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Réfer. : AL1904H
Auteur : Anonyme.
Titre : Préceptes et Instructions du Pére Abraham.
S/titre : à son fils. B. d. Ph. C. T-IV.

Editeur : André Charles Cailleau.
Date éd. : 1754 .


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552 Préceptes
pict

P R E'C E P T E S
E T I N S T R U C T I O N S:
DU PERE ABRAHAM
A SON FILS,
Contenant la vraie Sagesse hermétique, traduits de l'Arabe.
Omnia mecum; Nosce te ipsum.
I. M on cher fils, comme le dernier
sort de la vie militante de tous les hommes est la mort, dans l'espérance
que leurs corps réduits en pourriture & en
cendres, doivent un jour reprendre une
nouvelle vie glorieuse & immortelle; je te
veux renouveler cette idée, & te convaincre
de la vérité, que notre grand Dieu nous
a transmise par notre grand législateur, pour
trouver sur terre l'anticipation de cette vie
triomphante: cette anticipation se trouve
dans la Sagesse: qui l'aime, aime la vie.
II. Il faut donc que tu te mettes dans la voie du Seigneur, si tu veux comprendre
ses merveilles, & attirer sur toi la rosée
de ses grâces, plus précieuses que l'Or &
l'Argent,
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du Père Abraham. 553
l'Argent, selon notre grand Roi Prophète.
III. Elève donc ton coeur au Créateur de toutes choses, & conçois par le discours
que je te fais, sa puissance, sa bonté,
& sa sagesse infinie, laquelle éclate dans la
moindre de ses créatures; mais surtout dans
les pierres précieuses & les métaux philosophiques
qui sont au-dessus du Soleil & de la
Lune, lesquels tout parfaits qu'ils sont, ne
peuvent être sans tache, comme le sont nos
admirables Pierres & Métaux, auxquels Dieu
compare sa parole sacrée; ce qui nous les
doit faire estimer infiniment plus que tous
les Astres célestes.
IV. T'ayant dont initié, mon cher fils, dans la plus saine Philosophie, qui est de
connaître Dieu, son Verbe, & Saint-Esprit,
qui ne sont qu'une même Essence, je veux
te faire adorer sa bonté, d'avoir donné à
l'homme les plus vives lumières de son Créateur
dans un Art mystérieux qu'il a révélé
à ses vrais adorateurs, qu'on appelle Mages,
c'est-à-dire parfaits Philosophes en tout
genre.
V. Mais garde-toi des Opinions erronées de ces faux Rabbins & Vains Philosophes,
selon la science & les éléments ou principes
mondains & vulgaires, lesquelles d'une
science divine en ont fait une diabolique,
condamnée partout dans nos Livres sacrés,
& par le grand Dieu humanisé, mort &
Tome IV. A aa
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ressuscité, auquel tu dois être attaché jusqu'au
dernier moment de ta respiration.
VI. Ce que je t'enseigne te sera clairement intelligible, pour avoir foi à tous les
miracles décrits par les Sages: apprends à révérer
ce Mystère profond, de trois, un,
qui doit être pour toi plus véritable que ce
que l'art & la nature te feront connaître
par expérience.
VII. Tu trouveras, mon cher enfant, des milliers d'écrits de Philosophes, de tout
temps, de tout âge, de différents pays; mais
ne t'arrête qu'à ce que je te dirais: profites-
en pour la gloire du Très Haut, & l'utilité
du Prochain; je serai le plus bref qu'il me
sera possible, pour ne point t'embarrasser
l'esprit.
VIII. Apprends que tous les corps sont composés de quatre Eléments, Feu, Air,
Eau & Terre; ils sont toujours mêlés dans
eux-mêmes, & dans les corps qu'ils constituent;
selon qu'ils dominent plus ou moins
dans ces corps, leur espèce est différente,
ce qui va à l'infini.
IX. L'Eau est proprement le premier Elément, qui donne la naissance à tous corps
créés à produire, ou à être produits; l'Art
avec la Nature peut aider à la production:
ce qui fait que les philosophes en produisent
un, qui peut parfaire un métal imparfait
en un parfait. Si la Nature n'a pas
fait Or, ce qu'on appelle Saturne, l'Art

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du Père Abraham. 555
le peut faire; il faut pour cela composer un
sel qui ait cette qualité & cette vertu; ce
sel se fait de l'Or, ou de l'Argent conjoints
à l'eau argentine; il faut tirer cette eau primitive
& céleste du corps où elle est, &
qui s'exprime par sept lettres selon nous *,
signifiant la semence première de tous les
êtres, & non spécifiée ni déterminée dans
la maison d'Ariès pour engendrer son fils.
X. C'est à cette eau que les Philosophes ont donné tant de noms, l'appelant premièrement
Essence divine, puis Esprit de
vie, Vinaigre, Huile, Feu, Soufre, Terre,
Sel, Mercure, Argent-vif; c'est le dissolvant
universel, la vie & la santé de toute
chair.
XI. Les Philosophes disent que c'est dans cette Eau que le Soleil & la Lune se baignent,
& qu'ils se résolvent eux-mêmes en
eau, leur première origine; c'est par cette
résolution qu'il est dit qu'ils meurent, mais
leurs esprits sont portés sur les eaux de cette
mer, où ils étaient ensevelis.
XII. Cet esprit, comme un Phénix renaissant de ses cendres, se revêt d'un corps
noir, blanc & rouge, à l'aide du feu élémentaire
qui agit continuellement, mais par
degrés sur cette première matière, laquelle
voulant se dégager de la corruption se réunit

* Nota. En Grec on l'exprime par sept lettres, en Latin par cinq, qui sont propres à sa nomination & à sa
qualité.
A aaij
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au plus haut de la Sphère cristalline, d'où
elle est obligée de descendre par les vapeurs
des corps putréfiés, qui lui ôtent peu à peu
sa volatilité, & la forcent de prendre corps
avec eux; les Philosophes appellent cela sublimation,
trituration, ascension, distillation,
imbibition, incération; cette rosée
arrose la terre, pour qu'elle produise un
fruit précieux dans son temps.
XIII. Cette rosée circulant dans le vaisseau philosophique, démontre les agréables
couleurs de l'Iris, par les différentes réfractions
de la lumière sur les nuages vaporeux,
qui s'élèvent de la terre: l'oeil & les sens
sont ravis d'admiration de ces Phénomènes.
XIV. L'Or & l'Argent n'ont point, à proprement parler, de semences; & lorsque
ces Philosophes disent qu'il faut extraire la
semence de leur Or & de leur Argent, on
ne doit entendre autre chose, que de les réduire
dans la même forme que se réduisent
les végétaux qui portent une semence, laquelle
se résout dans la terre en espèce d'eau
gluante, ce qui arrive à leur Soleil & Lune,
semés dans notre eau, qui est comme leur
terre & leur matrice.
XV. L'on dit alors que ces corps sont pourris & réduits dans leur première nature,
tels qu'ils étaient d'abord dans se sein
de la mine, ou par composition homogène,
imprégnée de certains sels & soufres,

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du Père Abraham. 557
ils deviennent corps solides, doux & dociles
sous la main de l'homme, incapables
d'être détruits que par l'eau argentine, qui
ne mouille point, & que la Nature produit
dans le sein de la mère universelle des végétaux
& minéraux, dont l'Artiste toutefois
la tire par l'Acier magique.
XVI. Quoi qu'on dise, mon fils, qu'il y a d'autres manières de résoudre ces corps
en leur première matière, tiens-toi à celle
que je te déclare, comme je l'ai connue par
expérience, & selon que nos Anciens nous
l'ont transmis; car je ne suis point du tout
du sentiment de ces prétendus illuminés,
qui veulent que toutes les Semences des
Sages se rapportent à leurs matières chimériques,
ne concevant point que la Parabole
peut s'expliquer à l'infini, quoiqu'elle
n'ait qu'un sens véritable, qui renferme en
secret un trésor intarissable.
XVII. Tu dois donc concevoir que les corps peuvent être détruits, c'est-à-dire changés
de forme, sans cesser de subsister; &
que leurs parties peuvent le rejoindre à d'autres
corps, pour les rendre plus parfaits;
de-là vient qu'un corps opaque peut devenir
transparent, comme tu sais que le verre
se fait de la Pierre, qui est un corps au travers
duquel on ne peut voir la lumière, &
qu'un corps transparent & frangible peut
être rendu solide, résistant au marteau sans
se briser, & même devenir ductile, comme
A aaiij
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558 Préceptes
nos ancêtres nous l'ont appris dans l'exemple
du verre rendu malléable.
XVIII. Il est certain qu'on ne peut nier selon le raisonnement de la bonne Physique,
que l'art ne puisse rendre un métal plus parfait
qu'il ne l'a été par la nature, d'autant
mieux que l'expérience le confirme depuis
plusieurs siècles; mais laissant ces habiles
raisonneurs errer dans leurs sentiments,
contente-toi, mon fils, d'exercer ton admiration
sur ce que la pratique te démontrera;
il faut que tu sois constant, doux & patient,
en suivant la Nature.
XIX. Lorsque tu commenceras d'opérer, souviens-toi que la chaleur du ventre du Bélier
échauffe doucement le Roi & la Reine
dans leur lit nuptial, où ils dormiront paisiblement
pendant quarante jours au moins,
& quelquefois cinquante; au bout de ce
temps il sortira de leurs corps une vapeur sulfureuse,
qui couvrira la surface de la terre,
ce soufre s'épaississant de jour en jour formera
un nuage, qui n'est autre chose que
la résolution des corps royaux dans leur
premier être. L'esprit de la terre s'en voyant
offusqué, & voulant triompher de la défaite
de ceux qui l'avaient engendré dans
le sein de Cybèle, s'élèvera jusqu'aux voûtes
du Palais, qu'il parcourra jusqu'à ce
qu'il soit forcé lui-même de descendre sur
les précieuses cendres des corps détruits, qui
par les vapeurs piquantes qu'ils exhalent,

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du Père Abraham. 559
attirent avec eux le pur sang de leur vainqueur.
XX. II tâchera plusieurs fois de se relever, mais enfin if sera contraint d'expirer
avec eux, ils ne feront plus qu'une substance
putride, noirâtre & fétide; c'est là
que les Anciens onc donné sujet à exercer
la subtilité des esprits curieux, qui ne peuvent
comprendre le sens de leurs allusions
énigmatiques: ce qui les fait errer est le défaut
d'application à la connaissance de la
riche Nature.
XXI. Nos Mages appellent notre Eau, Dragon, Lion, Crapaud, Serpent, Python;
& ils disent que c'est le venin qu'il porte
qui tue le Roi, & qu'ensuite le corps mort,
semblable à Apollon, tue de ses flèches le
Serpent Python; ils nomment cette putréfaction
des trois corps, la tête du Corbeau.
XXII. Voilà donc la couleur noire, par où doit passer la Pierre, & cela arrive au
commencement du quatrième Signe. Laisse
agir la chaleur qui ayant réduit tout le Composé
en cendre, la calcinera peu à peu: continue
le feu ajoutant un troisième fil à ta
mèche, jusqu'à ce que tout devienne blanc;
ce qui sera au bout de trois autres Signes,
& cette matière effacera la neige par son
éclat: tu peux alors t'en servir pour rendre
tous les corps des métaux semblables à l'Argent.
A aaiii
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560 Préceptes
XXIII. Alors si tu veux parvenir au rouge, qui arrivera au bout de trois autres signes,
il faut que tu augmentes un quatrième
fil pour acquérir le Rubis céleste; observe
que ces fils d'augmentation sont
ceux de la tempérie de la cuisson continuée,
qui acquiert des forces & des degrés par addition
journalière & future à ceux du passé:
il en est ainsi des Saisons & Quatre-Temps
de l'année; mais surtout souviens-toi d'avoir
la patience en partage.
XXIV. Lorsque tu posséderas cette Pierre empourprée, tu pourras par elle, si tu es prudent,
prolonger & conserver tes jours en
parfaite santé, même transmuer tous ces
vils métaux en Or très pur; enfin tu auras
en ta main les clefs de la Nature, ses plus
riches & vertueux trésors: par leur moyen
tu pourras tout délier & ouvrir, tout lier &
fermer.
XXV Si ton sel blanc, ou rouge n'est pas fusible, ajoutes-y de ton essence, &
que le tout soit mol comme la première
masse, la passant par tous les degrés de chaleur,
comme tu as fait dans l'opération précédente,
& réitère jusqu'à ce que ton sel
soit devenu comme cire; loue Dieu dans
ton coeur, le priant instamment de te donner
les lumières nécessaires pour en user
avec prudence.
XXVI. Mon fils, comprenant ce petit abrégé, tu pourras aisément concilier les

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Philosophes, qui en effet ont possédé la
même Sagesse; il n'y a qu'une vérité, mais
ses vêtements sont divers: si l'un nous la
présente pompeusement parée de fines pierreries
& de l'Or le plus pur, l'autre aussi
véridique, la couvre de la fange & du fumier
pourri; un troisième s'écrie: ô heureux
Savants, dont la Science divine trouve dans
l'invisible un point indivisible, qui peut seul
composer le miracle de l'art.
XXVII. Ces trois bien entendus te déchirent le voile, & te découvrent à la vue
l'aimable vérité; il ne tiendra qu'à toi de
suivre ses préceptes, & par elle aisément
tu développeras les hiéroglyphiques & toutes
les fictions; tu verras, non sans étonnement,
cette Mer rouge agitée, retourner en
arrière, se frayant un passage pour la terre
promise; tu contempleras les Serpents, qui
s'engloutissant, se détruiront à tes regards
effrayés; & Mercure arrosant cette arène
engrossée, les fera reproduire pour en parer
sa verge, de laquelle frappant la salade qui
lui couvre la tête, tout se confondra dans
la première terre.
XXVIII. Dans l'Oeuf philosophique tu pourras découvrir ces deux Dragons antiques
de la race des Dieux; le feu secret sera
manifesté à tes yeux, & la Mer glaciale
soudain t'apparaîtra: le rameau d'Or sera
en ta puissance; les Lys & les Roses tu
cueilleras de tes mains: du fruit des Hespérides

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562 Préceptes
tranquille possesseur, tu pourras partager
le bonheur des Dieux, & boire dans
leur coupe à longs traits leur nectar, ou leur
ambroisie.
XXIX. Vois, sans étonnement, cet horrible Dragon, qui n'a d'autre pâture que
celle de lui-même; ce Phénix renaissant de
ses cendres, & ce Pélican charitable envers
ses petits; dans un même tableau te seront
représentées les montagnes fameuses du
Vulcain, ainsi que les divers Ouvrages des
Cyclopes; tu y verras aussi les impuissants
Titans vaincus par Apollon, Fils luminifère
du Soleil.
XXX. Pénétrant le cahos ténébreux, qui forma l'Univers, vois d'un Déluge affreux
la terre submergée, renaître en peu de temps
Lucide & purifiée; la vérité toujours terrassa le
mensonge: souviens-toi qu'elle est nue & une,
qu'elle ne peut apparaître qu'aux regards
du Sage, car le vulgaire y est aveugle.
XXXI. Réfléchis sur l'Histoire de Jason & celle de Cadmus; considère Enée dans
les Enfers, le beau Ganymède transporté
jusqu'aux cieux: vois la Mer agitée du Père
de nos Dieux, qui d'une bouillante écume
enfante à tes regards la Déesse Vénus, mère
des Amours à sa suite.
XXXII. Ha! souviens-toi, cher enfant, de nos Lettres sacrées; pénètres-en le sens
tu trouveras la vie: oui tu pourras t'expliquer,
avec un contentement indicible, les

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du Père Abraham. 563
ravissants tableaux du génie des humains;
prends ton crayon en main, pour former
un point; lui seul peut t'instruire, puisqu'il
renferme tout.
XXXIII. Extasié d'admiration surnaturelle, considère ce point, conçoit son centre,
vois sa circonférence, juge de l'étendue,
qui joint l'un avec l'autre; heureux,
mon fils, si le Père des lumières, par un
rayon de son Esprit divin & un feu radieux
d'intelligence, embrasant ton coeur te révèle
en secret la multiplication de ce point
par son centre.
XXXIV. Ce trine inséparable, qui a tout procréé, fondement éternel, se découvre
en toi, Image de ton Dieu; médite
ses Ouvrages & suivant la Nature, vois
son commencement, son progrès & sa fin; là
ravi d'admiration, adore le Tout-puissant.
XXXV. Repasse en ta mémoire cette simple opération, que tu fis sous mes yeux,
cueillant une plante garnie de ses racines
ainsi que de sa graine, que tu putréfias
pour en tirer un sel volatil; puis consommant
le reste par l'ardeur des flammes, il te
resta une cendre précieuse, qui te rendit un
sel fixe cristallin; par un moyen unissant les
deux, ils ne firent plus qu'un; que tu fis
jouer avec Vulcain; & retirant ce sel embrasé,
tu vis ô prodige étonnant! que
la pesanteur d'un grain de millet dans la
terre semé, te reproduisit un grand nombre
de plantes, surpassant de beaucoup en beauté,

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564 Préceptes
la première détruite: cette palingénésie
ne te prouva-t-elle point la résurrection des
végétaux.
XXXVI. Tu admiras avec moi dans le jeu de la Nature, le germe indestructible à chaque
créature: en voyant le miracle de la
végétation, tu compris qu'il pourrait conséquemment
arriver dans les deux autres règnes,
& tu compris aussi le mystère de la
résurrection universelle; tu t'écrias soudain,
ha! si la vile Créature accomplit ce prodige
notre foi pourrait elle refuser au Créateur
suprême la puissance & la vertu souveraine
de nous régénérer en des corps plus parfaits
pour jouir à jamais d'une vie éternelle?
Nous dis-je, âme de son âme esprit
de son esprit, que son amour paternel a
créés ses enfants privilégiés les plus puissants
& vertueux à son Image & à sa ressemblance.
XXXVII. Sois donc persuadé que le sel de tous les individus renferme en lui ce vrai
germe propre & vivace qui peut régénérer
& multiplier à l'infini; ce sel est la boîte
qui renferme le baume du soufre &
la liqueur mercurielle que nous appelons
Phison, ou fleuve des eaux vives, circulant
dans toute la terre de vie, où naît l'Or de nature;
& de l'expression de notre savant Législateur,
l'Or de cette terre est très bon, vrai
parfait & exquis: le soufre est un feu plus
parfait que le feu élémentaire, ce qui fait
que la forme qu'il renferme ne peut être détruite

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du Père Abraham. 565
par lui; le mercure est le bon compagnon
qui fournit tout ce qui est nécessaire
à la multiplication.
XXXVIII. Oui, cette porte ouverte te présente un heureux passage pour arriver au
sanctuaire de la Nature, fermé par trois
clefs différentes; la première est de fer, la
seconde d'argent très pur, & la troisième
est d'or éblouissant; mais surtout, souviens-
toi de joindre chaque clef à sa propre serrure,
pour pouvoir trouver la clef universelle
des merveilles du monde.
XXXIX. Si l'Esprit divin t'en procure l'entrée, fléchissant le genou, adore l'Eternel,
Immortel & Tout-Puissant; reçois des mains
de la Sagesse, cette Ampoule sacrée, qui
rappelle les morts du fond de leurs tombeaux,
& dont l'huile empourprée terrasse
le Démon jusqu'au profond des Enfers, &
confond en un moment l'ignorance aveugle
qui périt les humains.
XL. Cher enfant, souviens-toi des leçons de ton père; sois sobre & tempéré au
milieu des richesses, en soulageant tes frères
nécessiteux de cet Esprit de vie: conçois
qu'il en faut peu pour conserver les corps,
& qu'ils n'ont âme vivante que par lui;
en te donnant la connaissance de cette vérité,
j'obéis au Commandement que le Seigneur
Dieu nous fait par la bouche de son
Prophète Isaïe, c. 38. v. 19.

Uniquique Deus mandavit de proximo suo.

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