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Réfer. : AL1904B
Auteur : Philippe Rouillac, piémontois, Cordelier.
Titre : Abrégé du Traité du grand Oeuvre.
S/titre : des Philosophes. B.d.Ph.C.T-IV.

Editeur : André Charles Cailleau.
Date éd. : 1754 .


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234 A B R E G E'
pict

A B R E G E'
DU TRAITE DU GRAND OEUVRE
D E S P H I L O S O P H E S,
Par Philippe Rouillac, Piémontais, Cordelier.
Revu, & corrigé par Ph... Ur...
A U Nom de Dieu, nous commencerons le grand Oeuvre, ainsi nommé
d'autant que les hommes ne sauraient faire
en nature chose plus grande que celle-ci,
tant pour conserver leur santé, force, &
jeunesse, & la renouveler, retardant la
vieillesse, se préserver & guérir de toute
maladie, que pour chasser toute pauvreté ;
ce qui n'est autre chose qu'un Elixir & Médecine
universelle métallique, composée de
Soufre & de Mercure, unis inséparablement
par le moyen d'un feu proportionné:
cette Médecine est tempérée au plus haut
degré de nature, corrigeant toute superfluité
des corps humains & métalliques, soit
froide, soit chaude, sèche ou humide, gardant
& restaurant l'humide radical & la
chaleur naturelle en son égale & due proportion,
& qui est puissante en la fusion des
Métaux imparfaits pour en corriger & séparer
tous les accidents superflus & corrompus, &

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D U G R A N D OE U V R E. 235
y ajouter tout ce qui est requis à leur perfection.
Cet Oeuvre se fait avec le Mercure vulgaire philosophique, qui est la matière de la Pierre
cette voie semble la plus longue de toutes, à cause
de la longue préparation qu'il y faut, pour
en ôter (avant que d'en user) les accidents
qui l'empêchent d'être préparée à cet oeuvre;
c'est néanmoins la voie la plus courte
de toutes; il faut remarquer qu'il y a du
Mercure philosophique vulgaire plus propre
l'un que l'autre, attendu qu'il faut plus ou
moins de coction ou de préparation à chacun,
selon qu'il est plus chaud ou plus froid,
plus cru ou plus cuit, plus sec ou plus moite,
& qu'il a plus ou moins de soufre,
bref qu'il est plus ou moins parfait; & il y
a tel Mercure, que si on le pouvait trouver
aisément, l'Oeuvre serait bientôt accompli,
à cause qu'il est tout préparé & prêt à
mettre en oeuvre. Ce Mercure se doit tirer
du chef-règne minéral, & il y a du Mercure
plus propre l'un que l'autre pour le
grand Oeuvre, dont l'un ne se peut fixer en
Or ni en Argent, parce qu'il est trop imparfait,
trop cru, & qui aussi n'est pas si
bon pour l'élixir à cause de sa crudité, humidité
& privation de soufre; il est donc
de la prudence de l'Artiste de choisir pour
son Oeuvre un Mercure bien préparé, &
ici est le travail d'Hercule.
Je t'avertis que dans cet Oeuvre, tu dois V ij
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236 A B R E G E'
imiter en tout la nature, laquelle étant aidée
de notre simple labeur, & en lui administrant
dûment & proportionnellement les
choses requises à la génération, fait ce que
nous prétendons, ou tu dois seulement observer
les choses égales en vertu de la matière,
propres & non pas étrangères,
mêler l'espèce avec l'espèce, le genre avec
le genre, & prendre les vaisseaux commodes
pour l'enfermer jusqu'à la fin de l'Oeuvre,
sans l'en tirer ni laisser refroidir, non
plus que l'enfant qui est au ventre de sa mère;
il faut user du degré de feu requis & proportionné
à la température du composé; puis
laisser faire à la Nature le reste, laquelle nous
produira ce que nous désirons; & si nous
faisons toutes ces choses elle engendrera
quelque nouveauté selon la matière assemblée,
selon le poids & le feu que nous administrerons;
car elle ne laisse rien subsister
sans âme, & elle anime tout.
Saches donc que congeler & fixer ne sont pas des choses séparées de l'opération,
& ne crois pas que cela se fasse en
deux fois de diverses drogues & de divers
vaisseaux, tantôt les ôtant de dessus le feu,
& les refroidissant, & tantôt les réchauffant.
Quand les Philosophes ont usé de ces trois mots congeler, fixer, & teindre, ils n'ont
pas voulu introduire trois degrés ni trois
parties séparées, mais bien déclarer trois

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D U G R A N D OE U V R E. 237
actions par eux ingénieusement faites en
une pratique seule, à cause de trois divers
effets qui en proviennent successivement en
leur opération; à savoir que le Mercure de
sa nature coulant comme l'eau, est incompatible
au feu, volatil sur la chaleur, & blanc
en sa superficie; par le moyen de cet Oeuvre
il est arrêté & teint en rouge ou en couleur
blanche permanente, parce que le souffre
blanc ou rouge mêlé & incorporé inséparablement
avec lui en ses petites parties sur
le feu proportionné, le dessèche entièrement,
le fixe & le teint en blanc ou rouge selon
son naturel; ce qui est facile à entendre par
similitude du mortier des Maçons fait
d'eau, chaux & ciment arrosé & abreuvé
d'eau claire, qui s'éclaircissent, épaississent &
qui restreignent son corps: & aussi l'on voit
trois effets divers en une pratique, l'eau
claire, diaphane & coulante ou blanche qui
devient opaque, épaisse, arrêtée & teinte
en rouge par le ciment; aussi; le Mercure marié
avec son soufre sur le premier degré de
feu, se dissout & se mêle avec lui jusqu'aux
petites parties, & sur le second degré le
soufre se desséchant dessèche avec lui le
Mercure & le congèle; & sur le troisième
& sur le quatrième il le fixe & le teint; ce
que les Philosophes ont donné à entendre,
disant la congélation de l'un est la dissolution
de l'autre; & au contraire, car iceux
joints ensemble inséparablement en leur profond,

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238 A B R E G E'
le soufre de sa nature ignée & permanente
au feu, ne permet pas que le Mercure
uni en lui s'en aille & s'envole, d'autant
que les choses mêlées ensemble jusqu'à
leur profond & en leurs petites parties, sont
inséparables, tellement que si l'une s'en va,
l'autre l'accompagne; ainsi le soufre mêlé
avec le Mercure l'arrête si bien qu'il endure
le feu, il le digère tellement qu'il le
soutient, parce qu'il le teint de sa couleur,
& le fait métal de son espèce; le Mercure
donc qui était blanc auparavant, coulant
& impatient de chaleur, devient dur, arrêté,
rouge & permanent sur le feu, & après la
fusion est métal parfait; ce qui se doit faire
par une seule pratique & à une seule fois,
sans lever la matière de dessus le feu avant
la perfection depuis qu'elle aura été assise,
ni sans la refroidir aucunement ni l'ôter de
son vaisseau; que si une fois elle perd sa
chaleur première qui réduit l'Or en la première
matière, le dissolvant radicalement
sous la conservation de son espèce, l'esprit
en l'Or se refroidissant, périt sans espérance
de lui pouvoir jamais rendre; & si l'Artiste
refroidit la matière étant congelée après
la dissolution, & desséchée avant la perfection
en se refroidissant, elle s'endurcit, restreint
& resserre ses pores, tellement qu'elle
éteint & dissipe les esprits ; & on ne peut
à cause de la dureté les lui restaurer, parce
que la lenteur & douceur du degré

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D U G R A N D OE U V R E. 239
de feu requise pour sa décoction, ne peut
pénétrer jusqu'au fond de la masse de la
matière, & échauffer également le dehors
& le dedans, sans l'augmenter; ce que faisant
on brûle ou on contraint le Mercure
de s'envoler, ne pouvant encore à cause
de son immaturité soutenir le feu si âpre à
faute de décoction; ainsi l'Oeuvre périt,
aussi fait-il s'il est ôté de son vaisseau avant
qu'il soit cuit parfaitement, car l'air le corrompant
le dissipe & fait évanouir les esprits,
sans qu'il reste aucun moyen à l'Artiste de
les y rappeler.
Il en est de même que de l'Or de Rivière, qui étant emporté en grains en forme de sablon
par quelque torrent passant par la minière,
& brisant les vaisseaux naturels avant
sa parfaite coction, ne peut pas après par
aucun feu artificiellement être parfait, ni
achever de cuire; ce que la nature eut pu faire,
s'il eût demeuré dans son vaisseau naturel,
& sur la chaleur continuelle qu'elle lui
administrait par les mouvements du premier
mobile, & des autres Sphères & Globes
ignés: ce que les ignorants n'entendant pas,
ils veulent incontinent accomplir ce que la
nature au ventre de la terre ne peut faire en
moins de six ou sept cents ans; mais les Sages
y vont d'une autre manière, ils prennent
les choses déjà cuites par la nature, & les assemblent
par dose & poids proportionnés
en vertu & qualité, les cuisants sur le feu aussi

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proportionné à la température de leur matière,
en imitant la nature, réduisant les ans
en mois, les mois en semaines, & les semaines
en jours; ainsi avec le temps ils jouissent de
leurs désirs, & cueillent le fruit de leur oeuvre,
non pas cependant sitôt que pensent
ceux qui n'y entendent rien: car quelque
diligence que saurait employer l'Artiste pour
observer, compasser & proportionner son
feu à la qualité de la matière pour avoir
plutôt fait, il ne peut pourtant accomplir
son oeuvre sans y employer quelques années,
& ne peut l'avancer d'une seule heure;
d'autant qu'il faut si bien proportionner son
feu, & compasser la chaleur au tempérament
de la matière soumise, que la qualité
de l'un n'excède l'autre, autrement tout deviendrait
à rien ; car si la chaleur du feu
excédait la proportion de la ténuité & légèreté
de sa matière, il la brûlerait, & la
ferait évanouir; pareillement s'il était trop
faible, il retarderait l'effet désiré en celui-
ci, il n'y a point de danger hors l'ennui du
retardement, mais en l'autre il y a perdition
de tout l'oeuvre: ce que les Philosophes
experts crient sans cesse, disant que toute
activité est mauvaise, vient de la part
du diable & de l'ennemi, éteint l'espérance
de la fin attendue; & au contraire qu'il ne
faut point se fâcher, ni s'ennuyer si l'oeuvre
s'avance peu, d'autant que ce retardement
le rendra plus parfait, par ce qu'il
sera
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D U G R A N D OE U V R E. 241
sera moins hâté, & qu'il aura plus de temps
à se cuire, à l'imitation de la nature qui ne
peut rien engendrer soudainement, quoique
soudainement elle détruise toutes choses;
aussi la promptitude tend plutôt à la
destruction qu'à la génération, mais la lenteur
est la mine de notre pierre.

PREMIERE OPERATION.
Mon fils, prends donc, pour bien commencer ton oeuvre, un Mercure composé d'une
eau plus parfaite, que celle qui se trouve
dans les Mercures des herbes, & des minéraux
métalliques, & qui soit tiré d'une terre
ou le soufre soit plus cuit, & digéré par
une grande longueur de temps compétente,
dans les minières de la terre Vierge au
ventre des montagnes où s'engendrent les
métaux fluides; ce qui est cause qu'il approche
bien près de leur naturel, & est semblable
à celui du Levant, ou celui d'Espagne,
qui se font aux montagnes où sont les minières
d'Or & d'Argent vulgaires; partant
il sera aisé d'en faire Or & Argent, tant
par la voie du grand oeuvre, que par l'abréviation,
pourvu qu'il soit bien choisi; tu
connaîtras s'il est bon, si tu en animes
avec eau forte une lamine d'argent, & la
mets après sur le feu ardent pour faire
évaporer le Mercure, lequel en s'envolant
s'il ne laisse aucune apparence que l'on l'ait
animé, & qu'elle demeure noirâtre, ce Mercure
Tome IV. X
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242 A B R E G E'
est de ceux qui ne sont guère bons pour
l'oeuvre, mais si seulement il laisse la lamine
jaune, il est fort propre & bon pour faire
l'élixir & pour l'abréviation, pourvu qu'il soit
bien conduit; tout Mercure est la matière de
la pierre, & pour bien entendre cela, il faut
remarquer que l'imparfait en est le menstrue,
& le parfait la forme; il faut donc
conclure nécessairement que pour faire la
pierre il est absolument nécessaire qu'il y
ait des deux ensemble, car l'imparfait est
froid & humide, il ne saurait donc rien
faire tout seul, puisqu'il attend à être parachevé;
& le parfait est chaud, sec, & masculin,
qui ne cherche que sa femelle pour
engendrer le Soleil & la Lune; il ne peut
donc engendrer tout seul: en outre chacun
de ces mercures ne participe que des deux
éléments; le premier, que de l'eau & de la
terre; le second, que de l'air & du feu, & il
faut qu'en toutes générations les quatre éléments
soient proportionnés à la qualité &
matière du composé.

SECONDE OPERATION.
Sois averti, mon fils, que notre oeuvre est un mariage philosophique, qui doit être
composé de mâle & de femelle; car si le mâle
agent est seul, de quoi sera-t-il mâle: Sur quoi
aura-t-il son action? Il lui faut donc donner
une femelle sur laquelle il étende son action,
& avec laquelle il se conjoigne pour engendrer

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D U G R A N D OE U V R E. 243
leur semblable: que si aussi la femelle
était seule, que concevrait-elle, & de qui
souffrirait-elle l'action? Il faut donc lui donner
un mâle, duquel elle reçoive l'action; la
semence de laquelle étant engrossée, elle produira
un fruit agréable de son espèce; surtout
que le mâle & la femelle soient tous deux
vigoureux: car s'ils sont tels ils produiront
un enfant semblable à eux; or maintenant
quel mâle donnerons-nous à cette femelle,
& quelle femelle donnerons à ce mâle? Tous
deux sont d'une espèce, & non pas d'autre, autrement
ils n'engendreraient que des monstres;
& parce qu'il n'y a point d'autre femelle
de l'espèce du parfait que l'imparfait,
nous le lui donnerons pour femme: & aussi
de l'espèce de l'imparfait, il n'y a point d'autre
mâle que le parfait, nous le lui donnerons
pour mari, & les assemblerons tous deux
en poids proportionnés en qualité & non en
quantité; & ainsi nous ferons un mariage
qui nous engendrera & enfantera l'élixir des
Philosophes.
Tout le secret de cet Art est de dissoudre, qui n'est autre chose que réduire en mercure,
& c'est la première action de nos matières;
ceux-là se trompent grandement qui
veulent réduire l'Or en mercure, avant que
de le conjoindre en son menstrue: car si
tu mets l'Or en mercure, il n'y aura
point de coït, ni de dissolution ni d'imprégnation,
& partant l'oeuvre ne vaudrait rien.
X ij
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244 A B R E G E'
Ton Or donc en le mariant sera sa forme,
il suffit qu'il soit en chaux, & tu verras
que son menstrue le réduira en mercure;
il faut que le menstrue soit cru, autrement
il ne pourrait dissoudre son soufre, car la
seule crudité est cause de la dissolution; c'est
pourquoi tant plus un mercure est cuit, tant
moins il dissout; & tant plus il est cru, plutôt
il dissout, mais il se congèle plus tard, à
cause de sa froideur; & est plus longtemps à
s'en aller: la congélation ne provient que
de la chaleur radicale.
Il y a donc deux extrémités dans le mercure; la première, quand il est trop cuit, &
la seconde, quand il est trop cru, lesquels
ne servent de rien pour menstrue; ils sont
utiles néanmoins comme je vais dire: le trop
cuit est celui de l'Or & celui de la Lune, &
pour cela il ne saurait servir de menstrue,
mais étant dissous par le menstrue, il lui
donne forme parfaite avec le temps & le feu
proportionné, & ainsi ils servent de soufre;
le trop cru qui est l'autre extrême est le
Mercure vulgaire, par sa crudité extrême il
ne peut servir de menstrue; c'est pourquoi le
médiocre est bon; il n'est ni trop cuit ni trop
cru, mais proportionné à la qualité de son
soufre qui est celui des Métaux imparfaits,
& le Philosophique préparé qui est proportionné
à celui des imparfaits & aux qualités
de son soufre.
Parlons maintenant de la fixation qui se
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D U G R A N D OE U V R E. 245
fait par le soufre, lequel seul peut fixer
& arrêter le Mercure en Or & en Argent;
le soufre donc est chaud, sec, agent, & le
masculin de la nature du mercure & partant
quand il est joint avec ce mercure qui est
froid, humide, féminin & le patient de la
nature des Métaux, & de leur soufre, désirant
sa perfection, ils s'embrassent incontinent
afin de parvenir à la perfection métallique;
& alors le soufre mêlé par les petites
parties à cause de sa grande chaleur, doit dessécher
l'humidité de ce Mercure qui est de
sa nature; & selon la maxime des Philosophes,
toutes les choses sèches boivent subtilement
l'humidité de leur espèce; partant
notre soufre qui est de nature sèche boit
l'humidité de son Mercure, & le dessèche
à cause de sa grande chaleur, il échauffe sa
grande frigidité, & l'échauffant & desséchant
il l'épaissit & appesantit; l'épaississant
& appesantissant, il le teint; & en
le teignant, il lui donne la forme, le
transmue, & arrête en métal de son espèce
soutenant les essais & les jugements. Les
Sages ont bien rencontré lorsqu'ils ont dit
que l'Ame donne la forme, & le corps la
matière, prenant le soufre pour l'Ame, &
le Mercure pour la matière.
Congeler donc le Mercure & le fixer, n'est autre chose que le transmuer en un corps
de l'essence de la chose qui le congèle, teint
& fixe par le moyen du feu supposé avec
proportion. X iij
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246 A B R E G E'
Ce que nous disons en une manière signifiant ce que dessus, savoir que la teinture
vraie, n'est que le soufre des Métaux, qui
donne sa forme à la matière, & la rend &
fait de sa nature; le soufre donc est la forme,
& le Mercure est la matière, le recevant
avidement pour le désir qu'elle a de la perfection;
c'est pourquoi nous voyons qu'il
faut qu'ils soient d'une même nature, &
que le Mercure soit de l'espèce de la chose
de quoi il est fixé, autrement rien ne se
ferait.

MARIAGE DE LA SECONDE Opération.
Pour donc en faire Or & Argent, & la grande pierre, il le faut fermenter d'Or pour
le rouge, & d'Argent pour le blanc, & le
faire cuire sur le degré de feu proportionné,
qui les liera ensemble, & les rendra tels que
nous les désirons.
Plusieurs croient que cet Oeuvre soit difficile, rare & de grands frais, mais ils se
trompent bien fort, parce que c'est l'Oeuvre
de toutes les Oeuvres la plus aisée, qui se peut
commencer & achever en tous temps & saisons,
en tous Pays & Nations, avec un petit
vaisseau, un petit feu & une grande patience,
attendant que nature y ait mis fin, &
ait parfait la chose tant désirée sans la hâter
aucunement, car celui qui voudra la hâter
d'une seule heure perdra tout.

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D U G R A N D OE U V R E. 247
Mais pour revenir à la matière, elle est de deux, simples, homogènes & de même
nature, qui sont le soufre & le mercure,
& ne diffèrent aucunement, sinon que l'un
est masculin & l'autre féminin, lesquels assemblés
selon l'intention des Philosophes,
& gouvernés par proportion & poids de feu,
ils engendrent un corps beaucoup plus parfait
que celui duquel ils ont pris leur origine,
tellement qu'ils peuvent départir aux
imparfaits cette abondance de perfection,
pour en faire autant de poids que leur vertu
abondante surmonte la commune perfection.
Je veux déclarer ici ce que c'est que soufre & mercure; le soufre donc parfait des Métaux
désirés des Philosophes, & par lequel
nature accomplit l'Or & l'Argent, est une
vapeur métallique de la terre blanche, rouge
en son profond, glutineuse & huileuse, sans
mauvaise odeur, aérée & ignée, active &
masculine, chaude & sèche en son intérieur,
permanente sur le feu sans brûler à
cause de sa parfaite coction, puissante d'y
arrêter & conserver les esprits volatils &
fugitifs de son espèce; notre soufre donc
est fixe & permanent sur le feu, & parfait,
je n'entends pourtant parler que de celui que
nature a enclos dans l'Or & l'Argent hermétiques,
vrais spermes & matière de notre
pierre, car notre mercure Philosophique
est le germe métallique.
X iiij
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248 A B R E G E'
Mais le soufre des imparfaits est différent du premier, de coction, fixation & légèreté,
en ce qu'il ne saurait arrêter sur le
feu les esprits métalliques, & lui-même ne
peut endurer le feu, lesquelles qualités sont
requises en celui de notre Oeuvre, autrement
nous ne ferions rien & nous travaillerons
en vain; c'est pourquoi ce second ne
nous saurait servir de rien, car il faut que
ce qui arrête une autre chose soit permanent
& arrêté, d'autant que ce qui est fugitif
emporte facilement avec soi ce qui lui
est attaché, & que le pesant arrête le léger,
si son poids proportionné en qualité & force
surmonte le léger; & le léger pareillement
emporte le pesant qui lui est attaché,
si la qualité en son poids & vertu excède
celui du pesant; ainsi ce qui est fixé sur le
feu, & qui incombustible est attaché inséparablement
& proportionnellement avec le
volatil de son espèce, le contraint de demeurer
sur le feu, l'arrête & le conserve.
Le soufre donc parfait & celui des imparfaits ne diffèrent que de la qualité accidentelle:
à savoir de coction & non pas
d'essence, laquelle décoction par le moyen
de la projection par la chaleur de la poudre de
l'élixir, est incontinent accomplie sur le soufre
des imparfaits, & s'accomplissant ils
prennent la couleur & les autres qualités
du parfait, duquel la Pierre est faite. Disons
donc pour conclusion, que le parfait des parfaits

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D U G R A N D OE U V R E. 249
est celui-là seul duquel nous pouvons
faire le Soleil & la Lune, & l'élixir, lequel
à cause de ses effets admirables, a été caché
par les Sages Philosophes, & cela pour allécher
les enfants de doctrine à la recherche
d'icelui, & pour rebuter les ignorants.
Parlons donc maintenant de la teinture, ainsi dire, teindre n'est autre chose que
transmuer la chose teinte en l'espèce de
la teinture, par la vertu d'icelle, car la
teinture n'est que l'Ame & la forme; de
quoi il s'ensuit deux choses, l'une que la matière
sur quoi elle est jetée doit être de son
essence, autrement la forme ne pourrait se
disposer & animer, & la matière qui serait
incapable ne la recevrait pas; ce que les
Philosophes ne cessent de crier, disant, qu'elle
entre soudai(ne)ment dans son corps, & n'approche
jamais d'un étranger. Et en effet
nous ne saurions si tôt disposer une matière,
que son âme ne soit prête d'y entrer
incontinent, tant nature est prompte à la
génération; & si nous nous efforçons d'y
en faire entrer une d'autre espèce, nous
travaillons en vain, d'autant que nature en
infondra une autre propre selon que la matière
sera disposée, & non pas celle que
nous eussions voulue, ce que tous les vrais
Philosophes nous enseignent, nous disant que
nature contient nature, nature surmonte
nature, nature se jouit en sa nature; nulle
nature n'est amendée, sinon en sa propre
nature.

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250 A B R E G E'
Il s'ensuit secondement que la forme, ou âme transmue en son espèce la matière en
laquelle elle entre, & qui y est apte; car la
nature sans forme est chose imparfaite;
l'Ame donc & la forme donnent la perfection
à toutes les choses; si donc la perfection
parfait une matière imparfaite, la
perfection la rendra en son espèce, & non
pas en une autre, parce qu'elle ne saurait
donner ce qu'elle n'a pas, & ne peut
donner autre perfection que la sienne; de-
là les Philosophes ont conclu que la teinture
qui veut donner perfection aux Métaux
imparfaits, procède du Soleil & de la Lune.
Ceux qui ne sont pas expérimentés croient que blanchir une chose rouge, ou colorer en
rouge une chose blanche, c'est lui donner
une autre forme; mais ils se trompent grandement;
car former c'est donner essence,
animer, vivifier; c'est en un mot disposer
une matière, qui sans forme ne pourrait
être ni subsister en matière, tellement que
la forme est la même essence de sa matière,
de laquelle retirée, la matière périt, n'est
plus ce qu'elle était, & ne peut rester sans
reprendre encore sa forme. De manière
qu'elle ne peut subsister sans sa forme en la
nature, ni la forme aussi ne peut nous apparaître
sans matière; en sorte que les deux
choses ne font qu'une, & cette une font
deux choses; à savoir, la matière qui est
terrestre & corporelle, & la forme qui est

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D U G R A N D OE U V R E. 251
spirituelle; & quoique l'une ne peut paraître
à nos yeux sans l'autre, & l'autre
subsister en la nature sans elle, ce n'est
donc par là qu'une chose.
Voilà pourquoi les Philosophes ont appelé la matière de leur bénite pierre Rebis,
qui est un mot Latin composé de Res & de
Bis, qui est autant à dire une chose deux,
nous voulant induire à chercher deux choses,
qui ne sont pas deux, mais une seule
qu'ils ont nommés Soufre & Mercure.
De quoi il faut conclure qu'ils ont voulu que nous prissions un Soufre non étrange,
mais de la nature de notre Mercure, autrement
il ne lui pourrait donner sa forme; &
pareillement que le Mercure que nous prendrons
soit de la nature du Soufre, duquel
il désire la perfection & la forme; autrement
ce serait peine & dépense perdue. Or
pour revenir à la vraie teinture blanche &
rouge, elle donne forme parfaite aux imparfaites
en la fusion, les pénétrant jusqu'en
leur profond, s'entre embrassant inséparablement,
& leur donnant la forme de
son espèce, à savoir de Soleil & de Lune;
de quoi il s'ensuit nécessairement que le Soleil
& la Lune sont le Mercure des Philosophes.
La première chose requise à notre Soufre, c'est la fixation qui provient d'une parfaite
& mûre décoction, pour laquelle fixation
faire, il n'est que d'arrêter le soufre sur

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252 A B R E G E'
le feu, ce qui ne se peut faire par une matière
qui ne peut endurcir. La seconde qualité
requise à notre Soufre est la pureté,
netteté & mondicité; mais il faut prendre
garde qu'il est impossible à la Nature de
fixer les esprits fugitifs des Métaux imparfaits,
qu'avec les esprits fixes des parfaits.
Nous avons dit ci-dessus que la bénite Pierre était composée de Soufre & de Mercure;
quant au premier j'ai déclaré suffisamment
la forme en laquelle il le faut
prendre: & pour le dernier il ne reste qu'à
déclarer la première opération.

Fermentation de la Pierre parfaite sur Argent-vif vulgaire purifié.
Pour donc commencer, tu prendras du Mercure vulgaire ou d'Espagne choisi, duquel
la mortification consiste en trois choses;
à savoir à le purger, animer & échauffer,
lesquelles choses faisant & accomplissant,
tu auras la vraie & parfaite mortification
du Mercure vulgaire, & pour lors
il perd le nom & la qualité d'eau vulgaire,
en prenant celui & les qualités du Mercure
des Philosophes, parce qu'il est fait apte
pour le grand Oeuvre, & pour l'Elixir facile
à fixer en Soleil & en Lune par l'abréviation
de l'Oeuvre & à cause que la mortification
ou obstruction de la terre superflue,
noire & corrompue, adhérente à la
superficie, un peu mêlée avec son soufre pur

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D U G R A N D OE U V R E. 253
& net, & que cette terre noire empêchait
la perfection. Plusieurs considérant cela
ils ont inventé trois manières de le purger,
desquelles la première est de peu de conséquence,
qui se fait en le mettant au sel &
vinaigre.

Purgation de l'Argent-vif vulgaire.
Il y a une manière de purifier le Mercure, très excellente, qui se fait par amalgame,
comme font les Orfèvres pour dorer; il
faut prendre de l'Or très fin purgé par le
ciment royal ou passé par l'Antimoine, avec
quinze fois son poids de Mercure vulgaire
du Levant ou d'Espagne éprouvé sur la lamine
d'Argent, puis lave ton amalgame
avec eau chaude & vinaigre distillé tiède,
& le lave tant de fois que ton amalgame
soit clair & net, puis le sèche avec une
éponge ou un gros linge blanc; puis mets-
le à distiller, le Mercure montera pur & net,
& laissera au fonds sa crasse avec l'Or, lequel
tu refondras après, & amalgameras
huit ou dix fois avec le Mercure qui aura
monté, à chaque fois tu laveras l'amalgame
& distilleras le Mercure, & refondras
l'Or comme il a été dit ci-devant;
alors donc tu auras du Mercure bien purgé
& propre pour animer.
Animer, est incorporer inséparablement avec un esprit métallique qui le puisse rendre
propre à recevoir l'âme & teinture du

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254 A B R E G E'
Soleil ou de la Lune, selon qu'il aura été préparé.
L'âme, entre les Philosophes, est un simple feu & une substance aérée, ou ignée, céleste
& divine, éloignée des substances terrestres,
desquelles elle est la forme ; elle ne
la pourrait donner sans un moyen qu'ils
appellent esprit, participant de la matière
terrestre & de la nature aérée & ignée, ou
divine.

Effet de la Fermentation.
Le Mercure philosophique donc est un corps féminin froid & humide, & le sperme
du Soleil est un feu chaud & sec comparé
au feu & âme divine, lequel est tout
contraire au Mercure vulgaire, sa forme
étant médecine moins parfaite sans un esprit
participant de tous deux; lequel esprit
n'est autre chose que l'Or subtilié & dissout
en Mercure coulant avec le Mercure
vulgaire, en l'amalgame fait des deux cuits
sur le feu continu & propre à la parfaite
dissolution, de l'Or, lequel alors est esprit
qui se conjoint en faisant l'amalgame auparavant
la dissolution en Mercure, parce
qu'il est composé de Mercure; & après que
par cette cuisson & continuelle chaleur de
feu ce Mercure l'a dissout parfaitement,
il est de la nature du Soufre d'Or & d'Argent,
ainsi réduit & dissout en Mercure
avec le vulgaire, & entrés l'un dans l'autre

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D U G R A N D OE U V R E. 255
jusqu'à leur profondité, se mêlant par leurs
petites parties, & finalement ils s'embrassent
inséparablement. Voilà comment des
deux il se fait une matière & corps féminin,
pour recevoir la forme masculine parfaite,
qui n'est autre chose que l'Or plus
que parfait que nous appelons Soufre,
ferment, levain, & teinture parfaite des
Philosophes, sans laquelle il est impossible
de faire les transmutations métalliques: autant
s'en fait-il sur le blanc avec l'Argent.
Mais il ne faut pas s'émerveiller, si j'ai dit que l'esprit & l'âme n'est que l'Or réduit
en Mercure, ce qu'il faut entendre en cette
façon, qu'au commencement de la préparation
du Mercure vulgaire purgé, tu l'amalgameras
pour l'animer, n'y mettant guère
d'Or, que si peu que tu en mettes ne
le puisse congeler, que le feu aussi sur lequel
le Mercure dissout l'Or en esprit, l'échauffe
jusqu'au degré requis pour être
menstrue de l'Elixir & puissant de l'aider
à dissoudre, à l'échauffer un peu, &
n'y être pas congelé. Etant ainsi manié,
il est propre à recevoir la teinture & âme
du grand Oeuvre, & le soufre d'Or &
d'Argent; & quant à l'amalgame pour la
grande Pierre, après qu'elle est réchauffée
& animée, on lui donne tant d'Or, qu'après
qu'il est dissous, il se peut congeler & fixer;
& en cet état il est le vrai soufre qui lui
donne sa vraie forme, & celle de la Médecine

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256 A B R E G E'
parfaite, se cuisant tous deux à un plus
haut degré de perfection que l'Or; & pour
mieux entendre que cette définition est
véritable, & aussi ce que j'ai dit de l'esprit
en l'âme, s'ensuit la pratique.

Purification de l'Or pour le mariage, & suite
de la seconde Opération.
Passe l'Or par le ciment royal ou par l'Antimoine, & le mets en limaille ou en
feuilles subtiles comme celles de quoi on
dore sur le fer avec la Pierre sanguine, &
le marmorise impalpablement avec du vinaigre
distillé, puis le dessèche: mets
de cette poudre impalpable le poids d'un
denier pesant sur une once de Mercure philosophique
préparé comme son bain, &
l'amalgame, ainsi que font les Orfèvres
pour dorer, & surtout prends garde à cette
proportion. Sur une livre de Mercure il
faut une once d'Or mis en poudre impalpable
comme dessus; s'il y a moins de Mercure,
mets moins d'Or, proportion gardée;
puis lave ton amalgame tant que
l'eau en sorte claire, c'est-à-dire qu'elle surnage
sans autre lessive, le tout étant dans
un matras à long col, que tu sigilleras
du sceau d'Hermès, & de telle grandeur
que ton amalgame ne passé pas la troisième
partie de ton matras de verre bien renforcé,
qui puisse soutenir le feu; cela fait tu
le mettras dans son feu de digestion sur le feu
d'Egypte, c'est-à-dire de corruption; tu lui
en
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D U G R A N D OE U V R E. 257
en donneras le premier degré un an qui veut
dire un mois, & le second degré un autre an,
sans que le feu s'éteigne, ou que la matière
se refroidisse, sur peine de tout perdre;
ainsi ta matière dissoudra en Mercure ton
Or, lequel se mêlant avec lui, lui ôtera sa
frigidité, l'échauffera & mortifiera, suivant
l'instruction des Philosophes. Sois donc
bien diligent à garder les choses susdites,
d'autant que si tu mets plus d'un denier
d'Or sur une once de Mercure, il congèlera
le Mercure en son profond, avant
qu'être échauffé, & ne vaudra rien pour
ton Oeuvre; & si tu en mets moins,
il y en aurait trop peu pour l'échauffer &
ôter sa frigidité naturelle, laquelle perdue,
il est tout semblable au Mercure tiré des
corps imparfaits; il faut savoir que quand il a
été un an, c'est-à-dire un mois sur le premier
degré du feu d'Egypte, & un autre sur le
deuxième, il est égal à celui de Saturne ou
plomb. Continue-lui encore le second degré
du feu d'Egypte demi-an; ainsi au bout
de deux ans & demi, ce sera le vrai Mercure
de Jupiter, au moins il en aura toutes
les qualités; & si au bout de deux ans, tu
lui donnes le troisième degré du feu d'Egypte,
& lui continues encore un an au
bout de ces trois ans, il sera tempéré &
égal à celui de Venus; & si tu veux
avoir égard à celui des parfaits, il faut y
mettre plus d'Or, & le faire cuire davantage:
Tome IV. Y
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258 A B R E G E'
donc pour la Lune & pour le Soleil
tu mettras sur une once de Mercure philosophique
préparé, comme nous avons
dit, un denier & demi d'Or en poudre impalpable,
& pour celui de la Lune quatre
deniers & demi d'Argent accoutré comme
l'Or, puis tu le mettras sur le premier degré
du feu d'Egypte, un autre an, & deux ans
sur le troisième degré pour la Lune, & trois
ans pour le Soleil; tellement que pour le
tout il faut cinq ans, pour le moins sur le
feu; mais ce sont ans philosophiques, &
non pas tels que le Lecteur entend un sur
le premier, un sur le second, deux sur le
tiers; & en ce faisant tu auras le Mercure
de tous les corps, sans avoir la peine
de les tirer.
Observe surtout le feu & ses degrés; que le premier soit fébrile, c'est-à-dire à la
température du feu du Soleil, au temps du
mois de Février.
Que si tu manques au feu, tu perdras tout, parce que si tu donnes à ton Mercure
en cuisant la chaleur du dernier degré,
dès le commencement il s'envolera &
ne l'endurera pas, à cause de son humidité
& froideur; mais donne-lui au commencement
le premier degré si petit, que les autres
doublés & triplés ne le puissent faire
évaporer ni dessécher si vite, pour qu'il soit
conjoint à la forme du Mercure coulant,
car il ne serait plus sperme ni semence féminine,

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D U G R A N D OE U V R E. 259
& il ne vaudrait rien pour conjoindre
la grande Pierre s'il était sec & altéré,
il ne pourrait fondre ni subtilier le premier
degré; donc il sera si petit qu'il le puisse
soutenir, & en le soutenant il l'échauffera
& appesantira, en sorte qu'il endurera un
plus grand feu; & au bout de l'an tu lui
doubleras & continueras encore un autre
an. Ainsi petit à petit il s'accoutumera au
feu, & s'appesantira tellement qu'il endurera
encore le troisième degré, même deux
ou trois mois, sans s'envoler ni altérer ou
perdre sa forme. Voilà ce qui touche la
proportion du feu du Mercure des Métaux
imparfaits & parfaits, requis pour être
menstrue de la grande Pierre, & la matière
propre pour la multiplier en quantité: &
tout cela se fait naturellement & par une
conduite linéaire.
Mais s'il est question de la décoction de la grande Médecine, quoique le premier,
second & troisième degré du feu d'icelle
& celui de l'animation & échauffement
soient semblables & pareils en qualité, &
proportionnés à notre Mercure qui s'altère
en poudre noire, blanche & rouge, le fixe,
& fait permanent sur le feu à cause de
l'abondance du soufre, ce qui est défaillant
en celui qu'on anime pour servir au grand
Oeuvre; néanmoins il demeure, ainsi qu'il
est nécessaire, en sa forme vulgaire de Mercure
Y ij
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260 A B R E G E'
coulant, sans le fixer parfaitement;
mais après la décoction du grand Oeuvre,
il s'échauffe, appesantit & fixe petit à petit,
tant qu'il endure le feu excessif & ses
jugements, car le feu éprouve & juge tout.
Enfin les Philosophes nous avertissent d'user du feu d'Egypte, donnant à entendre
par ce mot qu'il faut user d'un aussi
petit feu que celui d'Egypte pour le commencement
de notre Pierre, comme si nous
voulions faire éclore des poulets, en la génération
desquels si le feu était trop grand,
il les cuirait, là où il faut qu'il les corrompe
& putréfie sous la conservation de leur espèce,
avant qu'ils s'animent, parce qu'il est
impossible d'animer une matière sans la corrompre,
& de la putréfier sans l'animer, car toute
putréfaction tend à nouvelle génération.
La putréfaction donc pour la génération de notre Médecine parfaite est requise en
l'oeuvre de notre Pierre; cependant il faut
user de ce petit feu comme celui des Egyptiens,
en éclosant les poulets, afin de corrompre
& putréfier nos matières sous la
conservation de leur espèce, autrement il
les corromprait radicalement, chassant &
faisant évanouir le Mercure en fumée, ou
en l'altérant avant le temps avec son soufre
en une poudre inutile, ou les brûlant; mais
s'il est proportionné à la qualité de nos matières,
il les putréfiera, & en cette putréfaction

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D U G R A N D OE U V R E. 261
la femelle dissoudra le mâle en sperme,
& semblable à elle; & la masculine l'animera
de la forme & âme de son espèce; ainsi il
faut que toute putréfaction se fasse avec
douce chaleur, lente, humide & requise
aux corruptions & générations.
Nous avons assez amplement discouru du feu, par le moyen duquel notre Pierre est
faite, dont la pratique n'est que d'assembler
& cuire notre Soufre & Mercure ensemble,
lesquels les Philosophes ont appelés de divers
noms; entr'autres ils ont appelé le
Soufre Roi, pour ce qu'il est le plus excellent
des Métaux, qu'il a une puissance occulte
de les enrichir & orner comme lui, en donnant
aide à la nature par notre Art; ils l'ont
aussi appelé Lion rougissant, parce qu'il est
le Roi des animaux, & qu'il a du rouge; &
de plusieurs autres noms. Ils ont aussi appelé
leur Mercure de divers & étranges
noms pour obscurcir & déguiser leur Oeuvre,
le nommant Dragon volant, & toujours
veillant, à cause qu'il a un venin mortel,
& si fort qu'il peut tuer le plus noble
métal en le mordant, c'est-à-dire l'Or en
le dissolvant; volant, pour ce qu'il ne peut,
endurer le feu, qu'il ne s'en aille & s'envole
en l'air & en fumée; & pugil, parce
qu'il est toujours flambant & éclairant, &
toujours mouvant, sans aucun arrêt, & de
divers autres noms. Quelques Philosophes
même les ont alliés ensemble, appelant le

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262 A B R E G E'
Soufre Gabricius, & le Mercure Beia, le
frère & la soeur, disant que pour venir à la
Médecine parfaite, il fallait que la soeur
tuât son frère, & que le frère tuât la soeur;
ce que vous verrez dans la dissolution,
c'est-à-dire que la matière agente & patiente
soient de même espèce, différente
seulement de sexe, vu que le frère & la
soeur sont tout d'un sang; aussi pour le
Soufre & le Mercure de notre Pierre: qui
plus est; cette consanguinité dénote que la
semence féminine de notre Oeuvre approche
si près de la masculine, que peu s'en
faut que ce ne soit une même chose, & la
différence n'est sinon de la chaleur de l'un,
& de la froideur de l'autre.

Préparation de l'Or pour le mariage, en la
seconde Opération.
Prends donc au Nom de Dieu, le Père Tout-Puissant, le Soleil bien purgé au ciment
royal, ou passé par l'Antimoine, tant
qu'il soit bien pur, puis battu en feuille,
comme celle dont on dore le fer avec la
Pierre sanguine, & le marmorise avec du
vinaigre distillé, puis le dessèche & remarmorise
en poudre impalpable, lequel ainsi
préparé est le vrai & vieux Roi des Philosophes,
dépouillé de ses habits & ornements
royaux, dépecé par menues pièces, séant
sur le bord de la fontaine pour être jeté dedans,
afin de recouvrer la santé, & de reprendre
un nouveau corps, en recouvrant

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D U G R A N D OE U V R E. 263
la fleur de sa jeunesse, avec dix fois plus de
force & de beauté qu'il n'avait, & se revêtant
de plus beaux & précieux ornements
qu'il n'avait oncques portés, par la vertu de
la fontaine son amoureuse qui l'aura tiré à
elle. Le Soleil donc, Roi des Métaux, pulvérisé,
comme j'ai dit, c'est le Roi qui est dépouillé
de sa forme, à cause qu'il est tranché
& découpé, & est dit pour ce sujet le Roi
dépouillé de ses vêtements, & alors il est
prêt d'être amalgamé avec son Mercure;
ils disent qu'il s'assit sur le bord de la fontaine,
dans laquelle il se jette & se précipite,
quand on l'amalgame avec son Mercure.
L'amalgame se fait ainsi: prends une demi-once de Soleil en poudre impalpable accoutré
comme dessus, & l'amalgame avec
deux onces de Mercure, comme j'ai dit ci-
dessus, d'un poids de Soleil sur quatre de
Mercure, cuit deux ans par le feu d'Egypte,
un an sur le premier degré, & l'autre sur le
second, puis fais laver ton amalgame
avec son eau nette tant de fois, qu'elle en
sorte claire sans aucune vilenie, & le dessèche;
il ne faut que deux onces de Mercure
& une demie de ferment; cet amalgame
ainsi fait, les Philosophes l'appellent
fermentation, parce que le Soleil est vrai
levain de l'Elixir: tu prendras donc cet
amalgame, & tu le mettras dans un matras
de verre, qui puisse soutenir le feu, & duquel

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