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264 A B R E G E'
l'amalgame n'occupera que la troisième
partie; la matière étant dedans, il faudra
sigiller du sceau d'Hermès, & note que
s'il n'est bien fort, tu es en danger de
tout perdre.
Les Philosophes l'ont figuré sous le nom d'une chambre claire & diaphane, disant
que la fontaine dans laquelle le Roi s'était
baigné, ou le lit où il était couché avec sa
mie ou sa femme, était une chambre claire
& transparente, entendant par la chambre
le matras, lequel il faut mettre dans le
four de digestion, pour le cuire à feu d'Egypte
quatre mois ou plus, selon l'Almanach
philosophique, pour le blanc & le rouge, c'est-
à-dire autant de mois qu'il sera de besoin.
Ils ont caché le four sous le nom de muraille de pierre, laquelle avait ladite
chambre, si bien close & fermée, qu'il n'y
avait qu'une seule porte, par laquelle un
seul Valet de chambre, sans plus, entrait &
administrait au Roi ce qui lui était nécessaire;
voulant par cela nous faire entendre
que depuis que la matière est dans le fourneau,
il ne faut qu'un homme & qu'une
porte pour gouverner & entretenir le feu,
le continuer également à chacun des degrés
sans refroidir, s'augmentant de Saison en
Saison, en le continuant jusqu'à la fin de
l'Oeuvre, sans croître ou décroître la chaleur:
& par ces degrés également proportionnés,
tout notre Oeuvre est parfait; à
toutes
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D U G R A N D OE U V R E. 265
toutes ces choses l'Artiste sera attentif, &
ainsi il n'aura pas grande peine.
Les Philosophes l'ont signifié, en disant que la pratique & façon de la Pierre des
Philosophes est l'Oeuvre des femmes, pour
qui la première occupation en leur ménage
est d'attiser le feu, & de faire bouillir le
pot; ce qui est plus difficile que d'entretenir
notre feu, & le continuer proportionné
par ses degrés; tu allumeras donc
le premier degré du feu d'Egypte sous notre
matière un an, qui veut dire quarante
jours sans l'éteindre, croître, ni diminuer,
ni sans ôter la matière de dessus le feu, en
façon que ce soit, ni sans la refroidir pendant
ce temps; à l'aide de ce feu linéaire
la dissolution & putréfaction se font par une
même action de feu intérieur, & de la matière
féminine agente sur la masculine; il
est ici requis de savoir ce que c'est que putréfaction.
Putréfaction est une action tempérée de la chaleur extérieure sur l'humidité de la
matière, qui a pouvoir de corrompre & altérer
sa forme, & lui induire une nouvelle;
ce que nous voyons dans la première année
par le premier degré de feu d'Egypte,
qui aide à l'humidité du menstrue, & corrompt
la grosse & solide forme du Mercure,
comme lui qui est la vraie solution de la
matière.
Cette solution est une réduction d'une Tome IV. Z
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matière, laquelle finit aussitôt que le Soleil
est réduit en Mercure; ainsi elle n'est
qu'une espèce de putréfaction, & quoiqu'il
ne se fasse point de dissolution sans putréfaction,
cependant la putréfaction peut se
faire sans dissolution; la putréfaction donc
dure jusqu'à ce que la matière soit devenue
blanchâtre.
Quand les Philosophes ont dit que le fixe fut fait volatil, & le volatil fut fait fixe, &
que ce qui était en bas était comme ce qui
était en haut, & que le haut est comme le
bas, ils n'ont pas voulu inférer autre chose,
sinon qu'il fallait que le Soleil qui est fixe,
& corps terrestre, lequel pour sa pesanteur
tombe toujours en bas, fût dissous en Mercure,
à cause qu'il est esprit volatil & léger,
& s'envole en fumée, cherchant son élément,
ainsi que sont toutes les choses
aérées & ignées qui mentent sans cesse,
pourvu qu'elles ne soient renfermés: & encore
quand elles sont encloses elles ne font
que tournoyer & circuler dans leurs vaisseaux,
cherchant leur issue pour monter à
leur centre; il faut donc fixer le volatil,
c'est-à-dire faire en sorte que le Mercure soit
fixe & arrêté de la nature du Soleil, ce qui
se fait lorsque la dissolution se fait dûment,
continuant le feu par les règles générales des
Philosophes, qui disent que cette dissolution
est le premier principe de la congélation,
& que le ferment étant dissous, aussitôt

@

D U G R A N D OE U V R E. 267
il congèle son menstrue, ce qui se fait,
en cuisant continuellement notre matière par
les règles du feu, tant qu'elle soit fixe & arrêtée
sur les jugements & essais.
Notre Soleil donc subtilisé & réduit en sperme, est le vrai soufre & ferment de notre
Pierre, lequel étant joint à notre Mercure,
& ému par le feu extérieur, ils s'embrassent
si amoureusement tous deux, qu'ils se
mêlent jusqu'à leurs petites parties en se
congelant, car le ferment chaud & sec en
son intérieur boit incontinent l'humidité de
son menstrue & le dessèche, parce qu'il est
de son espèce, & le desséchant, il l'endurcit
& appesantit, arrête, & fixe avec lui;
en telle sorte, qu'ils sont faits tous deux
d'une matière seule & parfaite.
Parlons maintenant de la conversion des éléments, fort nécessaire pour la confection
de notre Oeuvre, c'est-à-dire de leur
séparation, ce qui est entendu de fort peu
de personnes; mais les Philosophes par ce
mot de séparation ont voulu dénoter qu'il
fallait que la matière de notre Pierre reçoive
de degré en degré la qualité des éléments,
avant que de venir à la maturité & perfection
requise, & quand ils ont dit, qu'il fallait
mettre l'eau à part, & chacun des quatre
éléments, ils ont voulu faire entendre que leur
matière doit recevoir la qualité des quatre
éléments l'un après l'autre, depuis la plus
parfaite jusqu'à la plus imparfaite; parce que
Z ij
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268 A B R E G E'
l'on ne saurait passer d'une extrémité à l'autre
sans un milieu & moyen; la séparation
donc des éléments faite selon les Philosophes,
il faut retourner à notre solution de
la matière, & déclarer ses effets & les énigmes
des Philosophes, & puis nous déclarerons
le reste de la putréfaction.
Quand les Philosophes ont dit qu'il fallait que la soeur tuât son frère, parlant
du Dragon volant, du Dragon sans ailes,
& du Lion rugissant, ils ont voulu signifier
que la menstrue, déguisée sous ces
noms, dissolve son soufre & ferment, qui
est le Soleil, lequel ne saurait rien engendrer
s'il n'est réduit en sperme, sa première
matière; cela arrivant en la dissolution, il
est propre à multiplier son espèce, ce que
les Philosophes entendent sous ces paroles
obscures, appelant la dissolution coït, &
assemblement naturel du mâle & de la femelle;
après lequel coït s'ensuit la conception,
parce que les deux semences qui sont
rencontrées demeurent enfermées dans le
ventre de la femelle, c'est-à-dire dans le
vaisseau propre du naturel, sur le feu proportionné,
lequel par son acte achève de putréfier
les matières, & en les putréfiant la
nature les anime; c'est alors quelles perdent
leur forme spermatique, & quelles
deviennent en boue & en fange noire, qui
est le principe de la congélation laquelle se
fait ainsi.

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D U G R A N D OE U V R E. 269
Congélation est la dessiccation d'une matière humide; & la restriction d'une matière
coulante par la chaleur du feu extérieur &
intérieur, desséchant l'humidité de la matière.
Au commencement de cette congélation le frère tue la soeur, & la soeur tue le frère,
& incontinent venant à putréfier la nature
convoiteuse de la génération, les unit &
anime; ainsi les deux morts pourrissent ensemble
& reprennent une forme plus excellente
que n'était leur première; ce que les
anciens Philosophes ont autrement figuré
disant: le Roi être sorti de la fontaine
dans laquelle il avait été noyé, & son corps
coupé & desséché, être guéri & consolidé,
ayant un corps plus jeune, plus beau, plus
robuste, & plus excellent de la moitié que le
premier.
Aussitôt que l'âme est infuse dans la matière, l'imprégnation se fait par l'âme qui
entre dans icelle, & n'est autre chose que
l'entrée du soufre dans le profond des petites
parties de son menstrue, lesquelles il fait
végéter & croître en son espèce, desséchant
leur humidité petit à petit, selon la proportion
du feu à ce requise; que si la congélation
se fait avant le temps, & si la matière
paraît rougeâtre ou d'autre couleur que noire,
l'Artiste se doit déconforter; car le feu
qui agit tempérament en la matière onctueuse,
la fait premièrement noircir, de plus blanchir,
Z iij
@

270 A B R E G E'
& alors il peut se réjouir & s'assurer
de la fin désirée; & si au bout du temps compétent
il voit que sa matière se congèle, &
se congelant demeure noire, c'est signe de
parfaite & mûre dissolution , & que la matière
est animée, de quoi la couleur noire
donne assurance certaine, & réjouit le Philosophe.
Les Philosophes ont appelé la tête du corbeau cette bienheureuse noirceur, parce
que tout ainsi que les petits des Corbeaux,
nouvellement nés, sont blancs huit ou dix
jours, & que leur père & mère les abandonnent
jusqu'à ce qu'ils soient vêtus de
plumes noires comme eux, alors ils les
reconnaissent pour leurs enfants, & les nourrissent
en leurs nids; notre pierre aussi avant
sa dissolution est blanche, & quelque temps
après: ce qui nous empêche de pouvoir
juger si la dissolution requise est parfaite, jusqu'à
ce qu'elle ait changé de couleur, laquelle
si elle est autre que noire en son changement,
elle n'engendrera rien au désir de
l'espérance; & pour cela l'opérant la doit
abandonner comme font les Corbeaux envers
leurs petits.
Mais si elle est noire, c'est signe de parfaite dissolution physique, précédant l'imprégnation,
avec assurance de la naissance
de l'enfant désiré. Pourquoi l'Artiste doit
prendre courage, reconnaître son oeuvre
légitime, & le noircir jusqu'à la perfection

@

D U G R A N D OE U V R E. 271
avec le feu d'Egypte, selon son exigence,
lui allumant son second degré du feu d'Egypte
pour lui ôter la noirceur; & à l'heure
que l'Artiste voit la couleur noire nager dessus
la matière, qui est la grossière terre
puante, sulfurée, infecte, corrompante &
inutile, il la faut séparer d'avec le pur, en
lavant & relavant tant de fois avec eau nouvelle,
qu'elle en devienne blanche; ce qui
se fait par la nature aidée de l'Art, & est
entendu de fort peu de gens, qui manquent
en ce seul point de lavement de la noirceur
de la Pierre, faute d'entendre les
Philosophes, qui disent qu'il faut laver &
relaver leur matière avec réitération d'eau
nouvelle, tant que la noirceur s'en soit allée:
toutefois ils n'entendent pas par ces
lavements & relavements qu'il faille ôter la
matière de dessus le feu, & y ajouter nouvelle
eau, ni essuyer la taie noire qui nage
dessus; mais qu'il faut continuer le feu, en
l'augmentant par sa continuité, qui en accroît
la force d'un degré, duquel la chaleur
humide & tournoyante échauffe & dessèche
la matière tellement, qu'elle blanchisse.
Que s'ils entendaient bien que le feu purge & nettoie mieux que l'eau, & que
par le moyen d'icelui les Philosophes ont
signifiée la clarté luisante, continue & mondificative
des solutions & ordures de notre
Pierre, ils ne tomberaient pas dans l'inconvénient
comme ils sont, & ils parviendraient
Z iiij
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272 A B R E G E'
à leur dessein; en quoi manquant,
ils tuent & privent leur matière de son esprit,
en lui ajoutant de nouveau menstrue,
& en l'ôtant de dessus le feu, & de son
vaisseau; par-là ils la refroidissent, ce qu'on
ne peut faire sur peine de la rendre inutile;
ils ne s'y tromperaient point, s'ils entendaient
ce que c'est que ablution.
Ablution n'est autre chose que l'abstraction de la noirceur, tache, souillure & immondicité,
laquelle se fait par la continuation
du second degré de feu d'Egypte qu'il
faut allumer & doubler sous la matière aussitôt
qu'on la voit noire, le continuer un an
entier sans l'augmenter ni diminuer, ni lever
la matière de dessus le feu, ni la refroidir;
& cette augmentation de feu procède
en ce temps de la continuité.
Le feu donc de notre Pierre par sa continuation & assiduité lavera, nettoiera &
purgera la noirceur, puanteur, venin &
poison de notre matière, que la putréfaction
a engendré; non pas en les séparant
d'icelle, mais en les dévorant & attirant à
lui invisiblement, à cause de la noirceur,
dont il donne la marque pour signe de sa
mondification, par les couleurs qui apparaissent
sur la matière; à savoir la grise, puis
la noire, qui est le commencement de la dessiccation,
dévotement & purgation de l'immondicité,
& ensuite la blancheur, qui est la
parfaite mondification; puis après elle, apparaît

@

D U G R A N D OE U V R E. 273
la couleur plus rouge qu'un rubis, qui
est l'extrême dessiccation, & la purgation la
plus accomplie que l'on saurait trouver en
ce monde. Lorsque la matière commence
à perdre la blancheur & à rougir, il apparaît
un nuage de toutes les couleurs dans
le ventre du matras, comme la couleur
d'Iris en la Mer, laquelle s'engendre des
rayons du Soleil retenus & réfléchis dans la
concavité de la nuée humide; ainsi notre
matière qui a un peu d'humidité, que le quatrième
degré de feu élève dans le matras en
blanc & diaphane, rend une vapeur rutilante
brûlante, qui se réverbère dans le creux du
vaisseau, parce qu'elle se peut sortir, où par
le moyen rayon du feu extérieur, elle reçoit
diverses couleurs, changeant de tannée
en jaune rouge & verte, qui apparaissent
dans le ventre & la concavité du matras,
comme sont les rayons du Soleil dans l'Arc
en Ciel que nous appelons Iris.
On voit donc en notre Pierre toutes les couleurs, desquelles la première est la noire,
pendant laquelle il faut séparer le pur d'avec
l'impur, le salubre d'avec le corruptible
& venin mortel, que les Philosophes
ont ainsi nommé, à cause de la putréfaction
qu'elle engendre, & pour signifier l'action
du Lion & du Dragon, & finalement
à cause des matières qui étaient mortes; ce
qui n'arriverait point, si la nature & l'imprégnation
de notre Enfant Philosophique,

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ou grand Elixir, ne les eut animés pour le
produire & enfanter à nos yeux, à quoi nous
ne pouvons parvenir sans le nourrir au ventre
de sa mère, jusqu'au temps de son enfantement,
qui n'est que le matras de verre
clair & blanc comme la Lune: ils usent de
ce nom, d'autant qu'il n'y a rien plus semblable
à la Lune, que le verre; car il est
clair & pâle comme elle, & reçoit les couleurs
des vapeurs auprès du feu, comme
elle fait celle du Soleil. Ils ont ainsi appelé
ce verre ou matras le ventre de la mère,
qui ne veut point d'autre matière pour
nourrir son enfant, que le vrai soufre &
ferment parfait inclus en icelui; & il ne faut
que deux onces de menstrue, sur une demi-
once d'icelle, & toute la matière ne doit
peser que deux onces & demie en tout ni plus
ni moins selon le poids Philosophique, auquel
il faut avoir recours; & les Philosophes
appellent le menstrue, la matière de leur
Pierre, le Lion, l'Elément de l'eau, le Dragon
igné, l'Elément terrestre imprégné d'un
feu de nature.
Tout ce qui paraît à nos yeux est composé de forme & de matière, desquelles la
première est l'air & le feu, l'esprit, la vie,
l'Ame, l'essence, & la disposition qui donnent
à leurs sujets action & être; la seconde
est la terre & l'eau, la froideur, l'humidité,
la matière morte, indisposée, sans
mouvement, sans vie, vigueur, ou subsistance:

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D U G R A N D OE U V R E. 275
& c'est celle qui est le menstrue de
la Pierre; c'est pourquoi elle retient le nom
de matière; au contraire le soufre retient
le nom de forme, parce que sans lui le
menstrue ne saurait pourvoir à la dignité
de la Pierre.
Les Sages ont même dit comment le menstrue est la matière de la Pierre; savoir,
parce qu'elle représente les deux Eléments
l'eau & la terre, patientes féminines,
lesquelles ne peuvent rien produire, s'ils ne
sont échauffés de l'air & du feu masculins &
agents, représentés en notre Pierre par le
soufre & ferment Philosophal; & à cette
occasion ils en retiennent le nom, à l'exemple
des animaux, & ainsi ils les ont nommés
semences masculines & féminines,
desquelles la première est l'âme qui forme
& dispose la féminine, qui est une matière
homogène: cela se connaît aux animaux,
vu qu'il n'y entre qu'un peu de semence
solaire & ignée du mâle & à une fois, laquelle
la femelle conçoit en son ventre où
elle anime, fomente & nourrit la semence
par son sperme lunaire & humide: ainsi en
notre Oeuvre, l'enfant est conçu par l'opération
du soufre spirituel, & après est nourri
de sa propre substance humide maternelle
jusqu'à l'enfantement; ainsi donc un peu de
soufre est nourri d'une grande quantité de
menstrue, tous deux enclos dans un petit
vaisseau, comme un petit germe de coq

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276 A B R E G E'
dans un oeuf, avec une grosse masse de matière
& semence féminine, laquelle il digère
& amène à sa perfection, par le moyen de
la chaleur continuée, jusqu'à temps que le
poulet soit éclos.
Il n'y a génération au monde, qui approche tant de notre Pierre que celle des poulets,
ce qui est cause que les Philosophes ont appelé
leur matière enclose dans le matras sigillé
du sceau d'Hermès, l'oeuf des Philosophes;
car si à l'un il n'y a qu'un peu de semence
masculine sur une grosse masse féminine,
ainsi est-il de l'autre; s'il ne faut qu'un
petit feu pour amener l'un à sa perfection,
l'autre n'en veut point de grand; & si le
feu de l'un semble avoir de l'humidité avec sa
sécheresse, celui de l'autre est fait des deux:
de même, si le feu de l'un doit être continuel
sans que la matière refroidisse, ou
qu'il soit interrompu, ou sans qu'on la puisse
cuire à deux fois, à peine de faire mourir
le poulet sans jamais pouvoir ressusciter, aussi
si le feu de l'autre est éteint, ou discontinué,
ou que la matière refroidisse, l'Oeuvre périra
sans aucune espérance de lui pouvoir rendre
les esprits vitaux. Ainsi tout ainsi qu'un oeuf
a tout ce qu'il lui est nécessaire pour la génération
du poulet, qu'il n'y faut rien ajouter,
& qu'il n'y a rien de superflu qu'il faille
ôter, de même aussi il faut enclore en
notre oeuf tout ce qui est nécessaire à la
génération de la Pierre, tout cela est contraire

@

D U G R A N D OE U V R E. 277
aux lavements, dont usent, plusieurs mal expérimentés
pour ôter la noirceur de leur matière.
Aussi si l'on rompait les oeufs avant le
temps que les poulets doivent sortir, ils mourraient,
& on ne pourrait trouver moyen de
les achever de couver ni éclore, parce que
l'esprit solaire séminal & agent, déconcerté
en son ouvrage, se dissipant, tournerait à
autre Iliade; d'ailleurs, l'eau élémentaire &
extérieure les tuerait & humerait les esprits
essentiels de vie, laquelle cesserait faute d'archée
moteur; ce qu'aussi ferait notre matière
si on débouchait le matras, & si on en tirait
la matière dehors; car on dissiperait &
éteindrait les esprits de notre Pierre, lesquels
en font le mouvement & l'opération.
Pour conclusion, tu continueras ton feu jusqu'à la fin de l'Oeuvre, lequel tu
nourriras de chaleur graduée, de laquelle
le second degré sera doublé de moitié, &
continué depuis la noirceur jusqu'au commencement
de la blancheur, ce qui doit être
40 jours pour le moins autant que le premier
degré. Après les 40 jours & les deux premiers
degrés de feu finis, tu tripleras ton feu,
& le continueras tant que la matière passe
en blancheur toutes les neiges du monde;
& pour le moins aussi longtemps qu'un chacun
des premiers degrés. Maintenant il faut
noter, que si la matière est fermentée de
Soleil pour le rouge, elle est parfaite pour le
blanc sur le tiers degré du feu, à l'heure qu'elle

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278 A B R E G E'
est sur le plus haut point de sa blancheur,
sans que tu la lui puisses cuire davantage
sur le blanc, à peine de perdre & gâter le
tout, pendant la couleur blanche, parce
qu'elle rougira pour parvenir & sa perfection
rouge par l'action du feu, qui achèvera de
dessécher son soufre & lui ôter son humidité,
causée de sa blancheur en laquelle notre
Médecine n'est que le Soleil; ce que les
Philosophes ont montré, disant, qu'on ne
peut transmuer le Soleil en Lune que par la
voie de la Pierre, en les cuisant, & que celui
qui sait conduire jusqu'à ce point de
parfaite blancheur, sait tout.
Mais si la Pierre est fermentée de Soleil & Lune après le troisième degré de feu d'Egypte,
il lui faut encore donner un autre
feu pour la fixer, non pas d'Egypte, car il
finit en l'Oeuvre à la fin du troisième degré;
mais le quatrième degré de feu à la mode de
Perse, que tu continueras pour le moins
un an, ou même autant que chacun des autres:
& finalement jusqu'à ce que la matière
soit fixe sans s'envoler ni fumer sur la lamine
de cuivre ardente; que si elle fumait, il
la faudrait encore continuer dur le quatrième
degré de feu de Perse, jusqu'à ce qu'elle
ne fume plus, & en cet endroit il faut remarquer
que ce quatrième degré de feu de Perse
se doit donner & conduire aussi par degrés;
le premier plus doux, le second plus fort,
le troisième encore redoublé, & le quatrième

@

D U G R A N D OE U V R E. 279
renforcé de mo(i)tié. Toutefois ces 4 degrés
ne doivent non plus durer qu'un des
autres degrés qui est de 40 jours, à la fin
duquel tu laisseras mourir ton feu & refroidir
ta matière sur les cendres; ce qui
étant fait, elle sera propre à recevoir l'incération,
après laquelle elle sera parachevée:
ainsi est la Médecine rouge, après qu'elle
a été fixée sur le dernier degré du feu de
Perse.
Les trois premiers degrés de feu donc cuisent la matière, la purgent de toutes
mauvaises humeurs, & la mettent au plus
haut degré de blancheur qui soit en la nature,
par quoi elle est prête d'être tirée de son
vaisseau; ce qu'étant fait, elle peut vivre,
c'est-à-dire porter son exubérance, & donner
perfection aux imparfaits par sa perfection,
& les parfaire comme une Lune fixe;
mais elle est parachevée de cuire, & digérée
par le cinquième degré de feu de Perse;
lorsque la Médecine ne fume plus, & qu'elle
prend la couleur rouge, tant qu'elle passe le
rubis en beauté & couleur rouge cramoisi,
enfin elle est permanente. Pour lors il est temps
de l'ôter de dessus le feu, parce qu'elle est parfaite
& vivra, c'est-à-dire qu'elle donnera la
vie & transmuera les corps imparfaits en fin
Soleil, & même guérira toutes les infirmités
du corps humain par son extrême chaleur sans
excès; néanmoins elle a acquise une grande
vertu & force céleste en son tempérament

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280 A B R E G E'
sur le cinquième & dernier degré de
feu de Perse, que les Philosophes ont comparé
aux Astres du cinquième Ciel, lesquels
par leur chaleur dessèchent durant le cours
de neuf mois, les humeurs nouvellement
émues & amassées sur l'enfant par l'Etoile
du huitième mois.
Lorsque ta matière est ainsi rouge, les Philosophes l'appellent chaux du Soleil
calciné avec le mercure au four de réverbération,
selon l'intention des Sages; mais
cette chaux Philosophique n'est pas encore
fusible; car elle est comme morte, c'est-à-dire
sans assez de vigueur, si elle n'a point encore
été incérée; & l'incération est prise par les
Philosophes pour la fixation: il est grandement
requis, pour en faire la distinction, de
savoir ce que c'est qu'incération.
L'Incération donc est une fixation molle, ou l'adoucissement d'une matière sèche, aride
& sans fusion ni ingrès, qui l'a rend fusible
comme cire, aiguë, permanente dans
les corps avec lesquels elle est fondue. Il faut
que cette Incération se fasse avec du mercure
pareil, & de même matière, que celui
duquel la Pierre est faite, & non autrement,
ce que tu feras ainsi.
Prends une Médecine fixée comme dessus sans s'envoler sur la lamine ardente; tu la
réduiras en poudre impalpable sur un porphyre;
puis faits en un amalgame, avec six
fois son poids de mercure mortifié, comme
j'ai
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D U G R A N D OE U V R E. 281
j'ai dit ci-dessus, & animé, qui ait été deux
ans sur le feu, un sur le premier degré, &
l'autre sur le deuxième; & pour faire court,
il faut qu'il soit de celui la même de quoi
la Pierre est faite, que tu incéreras & mollifieras.
Sur quoi tu dois noter que la Médecine
blanche doit être nécessairement
amollie, adoucie & incérée avec du mercure
animé de la Lune pour le blanc, & du
Soleil pour le rouge, autrement tu ne feras
rien qui vaille, & perdras ta Médecine.
Ton amalgame étant fait, tu le feras laver & relaver avec son eau tiède &
claire, tant de fois qu'il en sorte clair &
net, puis tu le feras dessécher naturellement
par le travail; il ne restera d'humide
que ce qui suffira pour tenir la matière un
peu plus molle en forme de pâte bien épaisse,
laquelle restant dans son matras bien luté
de bon lut par le col, & scellé du sceau
d'Hermès, le passera au four d'athanor, sur
le feu Philosophique, que tu gouverneras
par degrés; le premier sera petit & modéré,
le second plus fort de moitié, & le troisième
encore renforcé de moitié, & tu continueras
chacun pour trois mois, ou comme
tu verras que les couleurs qui apparaîtront,
le requerront.
Si tu vois que ton mercure s'envole, & qu'il ne se puisse fixer si tôt, ne t'étonne
pas pour cela, car il suffit que son
Tome IV. Aa
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282 A B R E G E'
odeur demeure, & qu'il mollifie la matière
sans qu'il la fixe; & s'il y demeure, c'est
tout un: & si pour une, deux ou trois fois
la matière n'est pas fusible comme cire, tu
la repulvériseras & l'amalgameras avec six
fois son poids du même mercure que tu as
fait; & autant qu'il sera requis, fait encore
laver ton amalgame, dessèche-le, &
après fais cuire comme dessus: continue
tant de fois cela que la matière soit
fusible comme cire, & alors elle sera prête à
être jetée en projection sur les imparfaits.
Elle n'est plus en cet état une matière impuissante,
mais elle méritera le nom de Roi
devenu plus beau, plus fort, plus parfait &
plus jeune qu'il n'était avant que d'entrer
en la fontaine, & enrichi d'une couronne,
de vêtements & ornements plus précieux &
plus riches qu'il n'avait jamais porté; par-là
seront aussi le frère & la soeur, le Lion &
le Dragon, ressuscités plus jeunes & plus
beaux qu'ils n'avaient été.
Il nous faut maintenant venir à la projection & enseigner le moyen de la faire sur
les corps imparfaits, ou sur le mercure mortifié
ou animé, ce que nous enseignerons
de degré en degré, suivant le discours de
cette pratique sur le mercure vulgaire ou
argent vif.
Projection est une fusion de la Médecine parfaite sur les corps imparfaits, ou moyens
minéraux, chauds & bouillants; ce qui de
fait ainsi.

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D U G R A N D OE U V R E. 283
Fonds cent poids de lune pure, laisse- la bien bouillir, & lorsqu'elle sera bien bouillie,
fait des petites pelotes d'un poids
de la Médecine rouge, & en jette une sur
la lune fondue & bouillante, & quand elle
sera consommée, jettes-y en une autre: ce
que tu continueras tant que cent poids de
ta lune aient consommé un poids de ta
Médecine rouge; laisse-le tout en bonne
fonte, remuant depuis le commencement
jusqu'à la fin, avec une verge de coudre ou
autre bois; afin que tout se mêle bien ensemble
l'espace d'une heure ou de deux:
puis couvre le creuset de charbons, & étant
refroidi, romps-le, & en retire la matière
que tu referas fondre & jetteras en lingot,
& tu auras Soleil à 24 carats, meilleur que
celui de la minière terrestre.
Il ne faut pas s'étonner si j'ai dit qu'il faut jeter la Médecine rouge sur la Lune,
parce que la Lune est plus parfaite que
les autres imparfaits, ce qui est cause qu'elle
se transmue plutôt, avec moins de peine,
& moins de médecine, & plus parfaitement
que les imparfaits; ce que tu
peux reconnaître, parce qu'un poids de la
médecine rouge ne tombe que sur dix des
imparfaits, en ce qu'ils sont si crus, froids
& pleins de vilenie, de terre & soufre noir
& puant, qu'un si petit poids ne saurait
teindre, échauffer, cuire & digérer un plus
grand nombre, ni le purger de ses imperfections
Aa ij
@

284 A B R E G E'
& infections, ce qu'il faut néanmoins
que la médecine fasse, autrement elle
ne transmuera pas en Soleil; mais en transmuant
la Lune, elle n'a pas beaucoup de
peine, car elle est pure & nette, presque
assez cuite, & est rouge en don intérieur,
tellement qu'il ne faut qu'un peu de médecine
pour achever sa digestion, & pour parfaire
la teinture occulte.
Si tu veux faire fin Soleil & Lune des imparfaits, choisis celui qui d'entr'eux
est le plus parfait; savoir le cuivre, &
fais projection sur lui, blanche ou rouge,
selon que tu voudras transmuer & en
fondre, dix poids; & quand il fera bien
fondu, & si chaud qu'il commencera à tourner
en fumée, jettes y une dixième partie
de notre médecine, trois fois mise en
pelotes, & gouverne le feu comme j'ai
dit de la Lune; puis jette ta matière en
lingot, & tu auras Soleil ou Lune selon
que sera la médecine, meilleur que le naturel;
les autres imparfaits se transmuent
aussi en Soleil & en Lune de cette façon,
mais ils ne sont pas ni si clairs ni si beaux,
que ceux qui sont faits de l'imparfait ci-dessus,
parce qu'il est plus beau, plus clair,
& plus net que les autres imparfaits, & approche
plus de la perfection.
Or si tu veux faire projection de cette médecine sur le mercure vulgaire, tu le
peux faire, comme aussi sur le Mercure

@

D U G R A N D OE U V R E. 285
des corps imparfaits, moyens & minéraux,
sans aucune préparation, pourvu qu'en les
transmuant, ils aient été bien séparés &
purgés de leur grosse terre, puante & infectée,
car autrement la terre empêcherait la
perfection, & ne ferait rien qui vaille.
Note en cet endroit, que le Mercure vulgaire, animé & réchauffé, se peut convertir
en Soleil, quoiqu'il soit fermenté de
Soleil ou de Lune, & non au contraire;
car le Mercure vulgaire, qui est seulement
fermenté de l'Or, comme par exemple d'un
poids & demi d'Or sur vingt-quatre poids
du dit Mercure, qui par ce moyen est vrai
Mercure d'Or, puisqu'il en a toutes les qualités,
ne peut se transmuer en Lune, par la
médecine blanche, parce qu'il est trop parfait,
& qu'en se congelant & fixant avec
elle, il tire toujours sur la couleur d'Or
ou de Mercure; & partant il faut conserver
ce Mercure pour la multiplication, ou
pour faire l'Or avec la médecine rouge,
ou soufre du Soleil pour l'abréviation.
Mais les autres Mercures que l'on peut tirer des imparfaits, & moyens minéraux,
& tous autres Mercures vulgaires préparés,
comme nous avons enseigné, excepté celui
du Soleil, reçoivent la forme parfaite de la
Lune par la médecine blanche, si tu les
gouvernes comme s'ensuit.
Mets dans un creuset six poids de Mercure vulgaire, ou de quelqu'autre des imparfaits

@

286 A B R E G E'
sur le feu de charbons ardents, &
l'y laisse tant qu'il commence à pétiller, &
s'envoler; puis jette sur icelui un autre
poids de médecine, qui fondra incontinent,
& en fondant elle congèlera le Mercure:
tous les deux se congèleront & fixeront
en une poudre grisâtre, qui ne fera
aucun signe de s'en aller ou s'envoler; lorsque
tu verras cela, tu approcheras &
accroîtras le feu autour du creuset, & le
souffleras doucement, puis continueras, tant
que la matière commence à devenir fort
blanche, ou très rouge; ensuite couvre tout
ton creuset de charbons, & laisse mourir
le feu, & refroidir ta matière; après
quoi fonds-la, & tu auras bon Or ou
Argent, selon la nature de ta médecine.
Cette projection a été figurée par les Philosophes, disant que le Roi à l'issue de la
fontaine, amande tous ses sujets, & les a
fait Rois; les a couronnés de riches couronnes,
voulant signifier par les sujets ces corps
imparfaits qui reçoivent la perfection par
la projection de la médecine; ils ont aussi
figuré la fixation de tous les Mercures en
Or ou Lune, disant que les Oiseaux qui
passaient par-dessus la chambre où était le
Roi, s'arrêtait & perdaient leurs ailes,
appelants ainsi le Mercure du nom des Oiseaux;
ils ont même signifié cette projection,
par les dents des Dragons ressuscités,

@

D U G R A N D OE U V R E. 287
qu'ils disaient avoir tant de force, que leurs
dents jetées & semées en terre produisaient
des hommes, tant ils étaient vertueux; signifiants
par les dents la poudre de la médecine,
& par les hommes, les Métaux imparfaits
fondus en toutes sortes de Mercures;
ils ont aussi signifié la projection, disant
que leur Oeuvre était un jeu de petits
enfants qui se réjouissent ensemble à faire
de petites choses émerveillables, & qui sont
bien aisées: voulant dire qu'après que la
médecine est faite, ce n'est qu'un petit
passe-temps pour faire la projection, transmuer
les corps imparfaits, & les rendre
parfaits.
Il est temps maintenant de venir à la multiplication de la Pierre, qui est de deux espèces,
l'une en vertu ou qualité, & l'autre
en quantité.
La multiplication en qualité est une augmentation de vertu, tellement que la médecine
qui n'a de vertu que sur dix poids,
se multipliera en telle sorte, qu'elle aura
force & puissance sur cent, & celle de cent
étant multiplié ira sur mille, & ainsi de
suite jusqu'à l'infini; si pourtant tu veux
que ta médecine tombe un poids sur cent
des Métaux imparfaits fondus, & sur autant
de Mercure animé & échauffé, & sur
dix poids de Mercure vulgaire cru, & sans
être mortifié ni préparé, il faut commencer
ton Oeuvre tout de nouveau en cette
façon.

@

288 A B R E G E'
Fais une Amalgame de quatre onces de ta Médecine parfaite après la première
préparation ou façon, avec dix onces de
Mercure animé & cuit deux ans, pareil à
celui de quoi elle est faite, & te donne
de garde de prendre du Mercure animé de
Lune, pour amalgamer la Médecine rouge,
autrement tu gâteras tout ton Amalgame:
cela fait, lave & relave-la dans son eau,
tiède & nette, en l'oeuf Philosophique, tant
qu'elle soit claire; la matière ne doit pas
passer la moitié du dit matras, lequel tu
sigilleras du sceau d'hermès, & le mettras
dans le fourneau sur le Feu philosophal.
Ce qu'étant fait, tu lui donneras le premier degré du Feu d'Egypte, jusqu'à ce
que la matière soit dissoute, qu'elle commence
à s'épaissir, & qu'elle soit noire; puis
tu lui augmenteras le Feu d'Egypte d'un
degré, & lui continueras tant qu'elle soit
plus blanche que neige; & si c'est la Médecine
blanche, pour lors le Feu d'Egypte est
fini, il faudra pourtant rallumer le Feu de
Perse pour le quatrième degré, lequel tu
lui donneras par quatre degrés entiers, lesquels
tu compasseras en longueur de temps
seulement, dans un des degrés du Feu d'Egypte,
& les départiras en quatre, donnant
à chacun degré d'icelui Feu de Perse, une
quatrième partie du temps du Feu d'Egypte;
un des sept degrés, comme j'ai dit, lui augmentant
de moitié, & changeant l'un après
l'autre
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D U G R A N D OE U V R E. 289
l'autre, tellement qu'au dernier, le feu soit
bien fort & bien grand; puis laisse-le mourir,
& refroidir la matière sur les cendres.
Mais si la matière est fermentée de rouge
il faut que, lorsqu'elle aura acquis une
couleur très blanche, tu lui donnes après
les trois degrés encore un degré de Feu
d'Egypte qui sera quadruple, & le continueras
autant que l'un des autres ou jusqu'à
ce que la matière soit bien rouge; lequel
finit, le Feu d'Egypte finit pour la
Médecine rouge; & alors il lui faut donner
le Feu de Perse par quatre degrés, ainsi
que j'ai dit de la Lune; lequel étant fini, la
matière sera rouge comme un rubis, &
fixe: tu la prendras & incéreras avec du
Mercure, pareil à celui duquel elle a été
faite, & la gouverneras ainsi que j'ai dit en
l'incération; & tu réitéreras tant de fois qu'elle
fonde comme cire, & alors elle aura dix
fois plus de force & vertu qu'elle n'avait;
un poids tombera sur cent des imparfaits,
moyens, & minéraux.
Si tu veux qu'un poids tombe sur mille, recommence l'oeuvre tout de nouveau,
prenant toujours la dernière Médecine.
Fais donc ton Amalgame de deux
onces avec dix onces de Mercure animé, &
cuis ton oeuvre tout du long, comme
dessus; puis la commence encore, prenant
de cette dernière Médecine, & fais l'amalgame
d'une once d'icelle; avec cent de Mercure;
Tome IV. Bb
@

290 A B R E G E'
augmentant toujours le poids du Mercure
ou menstrue, dix fois autant que de la
Médecine; c'est ainsi que la Médecine est
multipliée en vertu.
Il faut ici noter un très grand secret tenu fort caché par les Philosophes, afin d'obscurcir
la multiplication en quantité; car si
tu ne mets guère de Mercure, sa froideur
n'excéderait pas l'extrême chaleur de la
Pierre, pour quoi il ne la pourra dissoudre;
car elle se congèlerait en Soleil ou Lune incontinent,
& cela avant qu'il eût le loisir
de la réduire en Mercure comme lui; ce
que ne faisant point, la vertu de la Pierre
ne pourrait pas croître, ne pouvant recevoir
de nouvelles décoctions.
Car tout ainsi que le Soleil n'engendre rien, s'il n'est réduit en Mercure, & subtilisé
en sperme & semence de son espèce;
ainsi ne fera la Pierre, si elle n'est mise en
la première semence & sperme du Mercure,
ce qu'une petite quantité de Mercure ne
saurait faire; car elle se congèlerait en Or,
avant qu'il eût dissous la Médecine. Par-là
il est évident qu'il faut tant mettre de Mercure,
qu'il surmonte la chaleur de la Médecine,
& ainsi il se dissoudra; puis elle se congèlera;
& se congelant se fixera par la force
& continuité du feu, qui la décuira de nouveau;
& par ce moyen la vertu se décuplera
autant de fois, que la multiplication sera
réitérée.

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D U G R A N D OE U V R E. 291
Nous avons assez parlé de la multiplication de qualité, il est temps maintenant de
parler de celle de quantité, qui est autant
éloignée de l'instruction des Sophistes, que
la précédente, tant en substance de matière,
que quantité & façon de faire; lesquelles
les Sages ont inventé, afin que la poudre
de projection ne leur manquât, pendant qu'ils
refont l'oeuvre de nouveau pour multiplier
la vertu de la Médecine; & aussi parce
que plusieurs ayant fait une fois la Pierre,
s'en contentent sans la refaire; & même parce
que quelques autres l'ayant réitérée deux
ou trois fois, ne voulant plus s'y amuser,
désirent toutefois que la matière & poudre
ne leur manquent. C'est donc pour ce sujet,
qu'ils se sont imaginés par raisons naturelles
& véritables, d'augmenter leur poudre
de projection.
La multiplication donc en quantité est une augmentation d'un poids d'icelle, jusqu'à
un poids infini, sans refaire de nouveau
toute l'oeuvre, & sans diminuer toutes
les forces, vertus & qualités d'icelle;
mais en la conduisant en toutes les proportions
de sa perfection, & en convertissant
la matière, c'est-à-dire, en l'augmentant
& transmuant promptement en Médecine,
telle qu'est celle à laquelle elle est jointe,
selon la vraie méthode de notre Art.
Cette augmentation se peut faire avec le Mercure vulgaire du Soleil ou de la Lune, ou
Bb ij
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292 A B R E G E'
bien ainsi qu'est mon intention avec le Mercure
vulgaire proportionné en toutes ses qualités
à celle du Soleil & de la Lune, ce que
je t'ai enseigné ci-dessus; mais il faut
bien prendre garde de multiplier la Pierre
blanche avec du Mercure animé du Soleil,
ni la rouge avec celui qui est animé de Lune,
car nous gâterions tout; & au lieu de
multiplier ta matière, tu la perdrais, & éteindrais
sa force & vertu.
Pour donc multiplier la Médecine rouge prends deux onces de mercure vulgaire, animé,
d'un denier & demi sur une once, &
cuis le temps requis; puis le fais chauffer en
un creuset; lorsqu'il commencera à bouillir
jette sur ce Mercure, quatre onces de ta
Médecine fusible sans l'ôter de dessus le
feu, jusqu'à ce qu'elle ait congelé ledit Mercure
en poudre, ce qu'elle fera bientôt;
puis tu l'ôteras, & mettras dans un matras
bien lutté que tu boucheras bien; après
cela tu le laisseras sur un feu de charbon
assez modéré & tempéré, & l'y tiendras
quatre jours entiers, comme si tu voulais
distiller; puis augmente-lui le feu de
moitié, & lui continue quatre jours entiers
naturels; finalement tu lui donneras
encore huit jours entiers, beaucoup plus
fort que les premiers.
A la fin desquels tu prendras ta matière, & la mettras entre deux creusets
lutés l'un sur l'autre, & la tiendras au feu

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D U G R A N D OE U V R E. 293
de réverbère par vingt-quatre heures pour l'achever
de fixer, lesquelles passées, tu laisseras
refroidir la matière, diminuant le feu
de six en six heures; & au bout de dix-huit
heures, ta matière n'étant pas refroidie,
tu entoureras le creuset de charbons ardents,
& lui entretiendras encore six heures;
puis tu laisseras entièrement mourir
le feu, & refroidir la matière; lors tu auras
deux onces d'augmentation de Médecine,
qui aura autant de pouvoir que la première,
& tu la pourras après multiplier
avec deux onces du dit Mercure, tu
ne la gouverneras ni plus ni moins que j'ai
dit, & tu auras quatre onces d'augmentation;
puis recommence le tout avec quatre
onces de ton Mercure, réitérant (t)oujours
avec nouveau Mercure, & tu multiplieras
ta Médecine tant que tu voudras,
selon la projection requise, & tu auras de
meilleur Or que le naturel.
Et si tu veux multiplier ta Médecine en poudre blanche, tu prendras deux onces
de Mercure animé & fermenté de
Lune, cuit le temps requis, & quatre onces
de Médecine blanche, & en fais comme
de la rouge; ainsi tu la pourras multiplier
jusqu'à l'infini, aussi bien que la rouge; partant
si tu désires avoir grande quantité de
poudre de projection, il te faut animer
beaucoup de Mercure vulgaire, avec Or ou
Argent, & les cuire comme il a été dit; &

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