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Réfer. : AL0300
Auteur : Roger Bachon. (R. Bacon).
Titre : De L'Admirable puissance de l'Art.
S/titre : et de Nature. Traduict de Latin en François
par Iacques Girard de Tournus.
Editeur : xxxx.
Date éd. : 17xx .


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pict

ROGER BACHON
DE L'ADMIRABLE PUIS-

SANCE DE L'ART , ET DE NATU- re, où est traité de la pierre philosophale,
traduit de Latin en Français par Iacques Girard de Tournus.

pict Ucuns y a, qui demandent lequel des deux est plus puissant, ou nature, ou art. Répondant à laquelle question, ou demande, je dis, combien que nature soit
puissante & admirable, que toutefois
l'art, usant de nature pour instrument,
est de plus grand pouvoir que
g iij
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112 De l'admirable puissance
la vertu naturelle, comme nous voyons
en plusieurs choses. Or tout ce
qui est sans opération de nature, ou
d'art, ce n'est point chose naturelle,
c'est à dire, que c'est chose feinte.
& environnée de fraudes & tromperies.
Même il y en a aucun, qui par
un subit & léger mouvement, & par
une apparence de membres, ou aussi
par diversité de voix, subtilité d'instruments,
ténèbres, ou accord, proposent
aux hommes maintes choses
admirables, qui ne sont aucunement
vraies ( le monde est plein de ces balliverneries,
comme il est manifeste.)
Qu'ainsi soit les joueurs, pleins de
raillerie & gaudisserie, baillent maints
mensonges d'une vélocité de
mains. Et les divinateurs d'une variété
de voix au ventre & gosier, par
choses controuvées & en leur bouche,
forment voix humaines de loin,
ou de près, ainsi qu'ils veulent: &

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de l'art, & de nature. 113
comme s'il y avait humain esprit,
qui lors parlât, voire ils feignent sons
des bêtes brutes. Mais les causes, ou
raisons sujettes à l'herbe & cachées
aux côtés de la terre, démontrent
que les choses que les dits divinateurs
feignent par grand mensonge,
sont une puissance humaine, & non
point esprit. Aussi ce n'est vérité, mais
fraude & déception, dire que les choses
inanimées se meuvent légèrement,
ou soudainement, par temps
de nuit, ou par temps que le jour
faut, qu'on appelle communément
entre chien & loup. Au reste, consentement
contrefait tout ce que
les humains veulent, selon qu'ils se
disposent par ensemble. En toutes
ces choses n'y a considération d'aucune
raison naturelle, ni d'art,& n'y
est point la puissance de nature: mais
en ceci l'occupation est plus méchante,
quand l'homme méprise les
g iiij
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114 De l'admirable puissance
lois de philosophie, & contre toute
raison invoque les méchants esprits
afin que par eux il accomplisse sa volonté.
En quoi certes il y a erreur, de
ce qu'il croit, que les esprits s'humilient
à lui, & qu'on les contraint par
humaine volonté (ce qui est impossible,
pour autant que l'humaine puissance
est beaucoup moindre, que
celle des esprits) & aussi, que par certaines
choses naturelles, desquelles
il use, il a ferme opinion, qu'on appelle,
ou qu'on figure les dits malins
esprits. Derechef il y a abus, quand
par invocations, déprécations, & sacrifices,
il s'efforce de les apaiser, &
amener pour l'utilité des mortels.
Considère que plus aisément, sans
comparaison, faudrait impétrer de
DIEU , ou des bons esprits, ce que
l'homme doit réputer utile & profitable.
Que comme soit ainsi, par telles
choses inutiles les mauvais esprits

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de l'art, & de nature. 115
n'assistent point pour lui favoriser,
ou pour obtempérer à sa volonté, si
non d'autant que DIEU ( lequel régi
& gouverne le genre humain) permet
pour les péchés des hommes.
Et pour ce, ces voies & manières là,
sont sans enseignements ou préceptes
de sagesse ( voire plutôt opèrent
au contraire) ni jamais les philosophes
en ont eu cure & soin.
Aussi ils ne se sont souciés des charmes
& caractères. Et pour dire ce
qu'il en faut tenir & croire ( après
tout considéré) je connais que sans
doute toutes choses semblables de
ce temps sont fausses & douteuses.
Voire, ne plus ne moins que cet oeuvre
la serait faux & abusif, quiconque
ferait caractères, & proférerait des
charmes devant un chacun, afin qu'il
se fît une vertu & puissance d'attraction
de fer par l'aimant, comme si
icelle totalement était inconnue.

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116 De l'admirable puissance
Certes aucune choses y a entre les
irraisonnables, c'est à dire, dont on
ne peut donner raison (comme on
dirait de la susdite attraction ) desquelles
les amoureux de science ont
fait mention par oeuvre de nature, &
d'art, afin qu'ils cachassent les secrets
aux gens indignes. Pour raison desquels
plusieurs choses sont cachées
en diverses façons & manières, aux
livres des dits Philosophes. Auxquels
le sage & prudent personnage
doit avoir cette considération &
sagesse, de mépriser les charmes &
caractères, & approuver l'oeuvre de
la nature & de l'art. Quoi faisant,
il verra les choses animées & inanimées
symboliser, & courir ensemblement
à nature, pour la conformité
d'icelle, non point pour la vertu du
charme, ou du caractère. Et en ce
point-là, les ignares estiment maints
secrets de nature, & d'art, être

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de l'art, & de nature. 117
choses magiques. Et aussi les magiciens
follement se confient aux charmes
& caractères, de ce qu'ils attribuent
je ne sais quelle vertu à iceux,
& , que pour leur gain & attente, délaissent
l'oeuvre de la nature & de l'art
pour l'abus des dits charmes & caractères.
Pour raison de quoi, l'un &
l'autre genre de ces hommes là (savoir
est, & ignares, & magiciens ) sont
dépouillés, ou privés de l'utilité de
sagesse, par leur sottise & folie, qui à
ce les contraint. Or il y a certaines
déprécations anciennement instituées
des hommes véritables, ou
plutôt ordonnées de Dieu, & des
Anges lesquelles peuvent retenir
leur premier & originelle vertu. Mêmement
en plusieurs régions se font
encore certaines oraisons sur le fer
ardent, & quasi blanc d'être embrasé
& allumé, & sur eau de fleuve, &
semblables choses, qu'on croit se

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118 De l'admirable puissance
faire par l'autorité des Prélats & auxquelles
les simples & innocents sont
approuvés, & les coupables condamnés
: comme on dirait les exorcismes
ou conjurations, que les Prêtres font
en l'eau bénite: & comme on lit en la
loi ancienne de l'eau de purgation, par
laquelle l'on approuvait adultères, ou
fidélité au mari, & plusieurs autres
choses de cette, ou telle, & semblable
sorte. Mais quant est des choses, &
des déprécations, qui sont contenues
aux livres des magiciens, on les doit
toutes rejeter (combien qu'il y ait quelque
chose de vérité) par ce qu'il y a
tant de choses fausses, qu'on ne peut
discerner vérité d'entre mensonge.
Dont il faut nier, que Salomon, &
je ne sais quels autres sages, les aient
composées à tous ceux qui le disent:
joint que tels livres ne sont point
reçus de l'autorité de l'Eglise, ni
des sages gens, mais de séducteurs,

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de l'art, & de nature. 119
qui prennent la simple lettre, composant
nouveaux livres, multipliant
nouvelles inventions : & à fin, que
plus fort ils attirent à eux les hommes,
(comme nous savons par expérience
) préposent titres renommés à
leurs oeuvres, & les attribuent impudemment
à l'autorité de tels ou tel
auteur ( comme s'ils n'opinaient
rien d'eux mêmes) & aussi font haut
style aux choses contingentes, &
sous ombre de texte feignent leurs
mensonges. Mais pour revenir &
choir à nôtre premier propos, les
caractères ( qui contiennent sens d'oraison
inventée ) ou ils sont composés
& portraits à la volée, ou ils
sont faits à la culture des Etoiles
en temps élus. Or tout ainsi comme
nous avons parlé des oraisons,
aussi nous jugerons premièrement
des dits caractères, & secondement
des signets ou images. Si les caractères

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120 De l'admirable puissance
ne sont faits en leurs temps,
l'on connaît qu'ils n'ont totalement
aucune efficace ou vertu. Et pour
ce, celui qui les portraits ainsi qu'ils
sont formés aux livres, n'ayant égard,
sinon qu'à la seule figure , laquelle
il fabrique à l'exemplaire, est
jugé de tout homme sage & de bon
esprit, qu'il ne fait chose qui vaille.
Au contraire, celui-là, qui en dues
constellations; (ou notations d'astres)
fait oeuvres aux aspects, ou Inspections
des cieux, peut disposer non
seulement les caractères, mais toutes
ces oeuvres tant d'art que de nature,
selon la vertu ou influence du ciel.
Toutefois, pour ce qu'il est difficile
de percevoir la certitude des corps
célestes, à cette cause, en ces choses,
il y a grande erreur en plusieurs, & par
façon, que peu de gens y a qui peuvent
véritablement & utilement ordonner
quelque chose. Même pour cela le

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de l'art, & de nature. 121
vulgaire des mathématiciens, qui jugent
& opèrent par les étoiles magiques,
& par oeuvres, comme par jugements
en temps élus, n'excelle
point beaucoup, ores qu'eux très experts,
& suffisamment ayant l'art
pourraient faire plusieurs utilités.
Néanmoins il est à considérer, que
le médecin expert, & un chacun d'autre
pratique & vacation, peut bien utilement
ajouter des charmes, & des
caractères (ores qu'ils soient feints)
selon l'opinion de Constantin médecin.
Non point pour ce qu'iceux caractères
& charmes soient de quelque
valeur, mais bien afin que plus dévotement,
& de plus grande avidité ou
courage le patient reçoive la médecine,
qu'on lui baillerait, qu'il se confie
d'avantage, qu'il se réjouisse, &
que l'esprit d'icelui s'excite. Aussi l'âme
étant excitée, peut renouveler
au propre corps plusieurs choses,

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122 De l'admirable puissance
tellement que d'infirmité ou maladie
il prendrait convalescence, &
viendrait à santé par la joie & confiance
qu'elle aurait. Si donc le médecin
fait tel ou semblable cas, & vient
à magnifier son oeuvre, afin que ledit
patient soit incité d'avoir espérance
de guérison, mais qu'il ne face point
cela pour aucune fraude & tromperie,
ni pour cuider faire croire audit
patient & malade, qu'il se porte bien,
il n'est point abominable de bailler
à aucun des charmes & brevets, si
nous croyons au dit Constantin
Médecin. Car lui en l'épître des
choses qu'on pend au col, ainsi permet
des charmes & caractères, & les
soutient en ce cas là. Joint (comme
dessus) que l'âme peut beaucoup sur
son corps par ses véhéments effets,
ainsi que démontre bien Avicenne
au livre de l'âme, & au VIII. des animaux,
& tous les sages s'y accordent.
A cette
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de l'art, & de nature. 123
A cette cause & raison l'on fait des
jeux, & apporte l'on des choses délectables
devant les malades ( voire,
aucune fois on permet à leur appétit
maintes choses contraires ) lesquelles
réjouissent tant iceux quelquefois,
que l'affection & désir de l'âme,
& leur grand espoir vient à vaincre &
surmonter leur maladie. Sur quoi,
pour ce qu'il ne faut aucunement
blesser vérité, c'est à dire, mentir, il
convient diligemment considérer, que
tout agent (non point seulement les
substances, ne pareillement les accidents
de la III. espèce de qualité)
fait vertu, & apporte ombre & apparence
en nature extrinsèque, &
que des choses se font certaines vertus
sensibles. Pour autant, cela (savoir
est, faire des jeux, & apporter
choses délectables, devant malades)
peut profiter, & faire tant pour ce
qu'il est plus notable qu'aucune
h
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124 De l'admirable puissance
choses corporelles, que principalement
pour l'excellence, & la dignité
de l'âme raisonnable, espèce hors soi.
Et n'exerce les hommes seulement
de chaleur, mais aussi les esprits sont
excités de lui, tout ainsi que des autres
animaux. Cela n'est point de
merveille, joint que nous voyons
bien qu'aucun animaux se transmuent,
& attirent des choses obéissantes
à eux. Comme l'on dirait, &
que nous lisons du basilic, qui tue
par le seul regard: du loup, qui rend
l'homme enroué, s'il le voit premier,
que l'homme le voie, & de la hyène
( ainsi que raconte Solinus des
merveilles du monde, & les autres
auteurs ) qui ne permet qu'entre
son ombre le chien jappe & aboie.
Item des juments en aucun royaumes,
qui s'emplissent & conçoivent
par l'odeur des chevaux, comme narre
le dit Solinus. Au cas pareil, & qui

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de l'art, & de nature. 125
plus est, Aristote dit au livre des choses
végétables, que les fruits des palmes
femelles prennent maturité par
l'odeur des mâles. Ainsi donc plusieurs
choses semblables & merveilleuses
adviennent par les espèces &
vertus des animaux, & des plantes
comme afferme le dit Aristote au
livre des secrets. Non point qu'il faille
dire pour cela, que les plantes, &
les animaux puissent atteindre à la dignité
de nature humaine. Car s'il était
ainsi, ils pourraient aucunement
faire vertus & espèces, & rendre ou
donner chaleurs pour attirer les corps
dehors eux, ce qu'ils ne peuvent faire.
Pour raison de quoi icelui même
Aristote dit au livre du sommeil
& veille, quel si la femme monstrueuse
regarde le miroir, elle l'infecte, &
qu'en icelui appert nuée de sang.
Aussi Solinus encore narre, qu'il y a
en Scythie des femmes, qui ont doubles
h ij
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126 De l'admirable puissance
prunelles es yeux (dont Ovide
dit, Nos quoque pupilla duplex) lesquelles
quand elles se courroucent, tuent les
hommes par leur seul regard. Certes
nous savons, que l'homme de mauvaise
complexion, & ayant maladie
contagieuse, comme lèpre, mal caduc,
fièvre aiguë, les yeux fort malades,
ou autre cas semblable, qu'il contamine
& infecte les autres, qui sont
de devant lui. Et à l'opposite, nous
connaissons que les hommes bien
complexionnés, & sains (& notamment
ceux là qui sont jeunes) confortent
les autres, & qu'on se réjouit
de leur présence. Qui est pour cause
des suaves esprits, des vapeurs salubres
& délectables, & de la bonne
chaleur naturelle & aussi pour cause
des vertus, qui se font d'iceux, ainsi
que Galien enseigne aux arts. Et ces
choses adviennent au mauvais, si l'âme
est corrompue par divers & grands

@

de l'art, & de nature. 127
péchés, si le corps est débile & de
mauvaise complexion, & semblablement
si la cogitation est forte, &
le désir véhément à nuire & porter
malencontre. Car lors la nature de
complexion, & de fermeté agit plus
fort par les cogitations de l'âme, &
par les grands désirs qu'on a. Dont le
lépreux, qui par grand souhait, cogitation, & véhémente sollicitude, pourchasserait
d'infecter ou envenimer
un autre qui serait devant lui, l'infecterait
plutôt & plus fort, que s'il
ne pensait point à cela, ni le désirerait,
& poursuivrait, joint que nature
(ainsi que démontre ledit Avicenne
aux lieux prédits ) obéit aux
pensées & véhémentes affections de
l'âme. Voire il ne se fait aucune opération
humaine, sinon par cela,
que la vertu naturelle obéit aux membres,
cogitations & souhaits de l'âme.
Or le dit Avicenne démontre au
h iij
@

128 De l'admirable puissance
troisième de la Métaphysique, que
cogitation est le premier mouvant,
en après le désir conferme à cogitation,
puis la vertu de l'âme étant aux
membres, qui obéissent aux cogitations
& désirs. Et cela (comme dit
est) advient aux mauvais, & semblablement
au bon. Par quoi, quand ces
choses se trouvent être en l'homme
à savoir bonne complexion, santé
de corps, jeunesse, beauté, élégance
de membres, âme nette de péché,
forte pensée, & ardent désir à quelque
oeuvre, alors tout ce qui se peut
faire par l'espèce, & vertu de l'homme,
par les esprits, & la chaleur naturelle,
il est de nécessité qu'il se fasse plus
fort & avec plus grande véhémence
par tels esprits, vapeurs & influences,
que s'il défaillait en aucune de ces
choses. Et principalement (dis-je) il est
de besoin qu'il se face avec plus grand
effort, s'il y a grand désir, & forte intention.

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de l'art, & de nature. 129
Ainsi donc le peuvent faire
de grandes choses par paroles & oeuvres
d'homme, quand toutes les causes
ci devant dictes concurrent,
joint que les dites paroles sont de
l'intérieur par pensées de l'âme, & que
le désir est par mouvement des esprits,
chaleur, & vocale artère, &
leur génération a voies ouvertes, par
lesquelles y a grand ressort d'esprits,
de chaleur, d'évaporation, de vertu,
& d'espèces, qui se peuvent faire de
l'âme & du coeur. Même nous voyons
que haleine & bâillement proviennent
du coeur par telles artères
aux parties intérieures, & que plusieurs
résolutions d'esprits, & de chaleur
se font, lesquelles nuisent aucune
fois, quand elles proviennent d'un
corps malade, & qui soit de mauvaise
complexion, & à l'opposite aident
& confortent, quand elles sont produites
d'un corps net, sain, & de bonne
h iiij
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130 De l'admirable puissance
complexion. Au moyen de quoi
certaines opérations naturelles se peuvent
par conséquent faire en la génération,
& en la prolation de paroles,
avec intention & désir d'opérer.
Dont non sans cause l'on dit, que
vive voix a grande vertu: non point
qu'elle ait cette efficace, ou puissance,
que les magiciens feignent, ni
semblablement qu'ils estiment à faire
& à altérer, mais selon que nature
a ordonné. Et à cette cause il faut bien
sagement prendre garde en ces choses:
joint que l'homme peut facilement
décliner & en l'une & en l'autre
partie: & que déjà plusieurs errent,
de ce que les uns nient toute opération,
& les autres en croient plus
qu'il ne faut, & déclinent à l'art magique.
Par façon qu'il y a au monde
plusieurs livres de charmes, caractères,
oraisons, conjurations, sacrifices
& semblables folies, qui sont purement

@

de l'art, & de nature. 131
magiques. Comme on dirait,
le livre des offices des esprits, le livre
de la mort de l'âme, le livre de l'art
notoire, & autres infinis, qui ne contiennent
(comme dit est) pouvoir
& puissance ni d'art ni de nature,
mais bien choses controuvés par
les magiciens. Toutefois il est nécessaire
de considérer qu'on répute
& estime plusieurs livres être de
ceux des magiciens, qui ne sont pas
tels, mais qui contiennent dignité de
sapience. Et quant à ce, l'expérience
d'un chacun démontrera ceux
là qui sont suspects, & ceux qui ne
le sont point. Même si aucun trouve
en quelqu'un d'iceux l'oeuvre de
nature ou d'art, qu'il le prouve & reçoive:
si autrement, qu'il le délaisse,
comme étant suspect & indigne
d'un homme sage, considéré que tel
livres serait superflu, & que c'est à
faire à un magicien de pénétrer chose

@

132 De l'admirable puissance
superflue, & non nécessaire. Et ne
faut douter qu'en éprouvant la nature
& l'art, on ne parvienne à chef
de l'intention qu'on aurait. Parce
que, comme Isaac a estimé au livre
des fièvres, l'âme raisonnable n'est
empêchée en ses opérations, si elle
n'est détenue par ignorance: & que
Aristote sus allégué est d'opinion au
livre des secrets, qu'en telles choses le
personnage sain & bon, peut toutes
choses qui sont nécessaires à l'homme,
avec toutefois influence de la vertu
divine. Ce que témoigne ledit Aristote
au III. des Météores, disant, qu'il
n'y a vertu, sinon par la puissance de
Dieu: & à la fin des Ethiques qu'il n'y
a vertu ni morale, ni naturelle de céleste
vertu, sans influence céleste &
divine. Dont quand nous parlons de
l'énergie & pouvoir des choses particulières
opérantes, nous ne rejetons
point l'agent universel de la première

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de l'art, & de nature. 133
cause, qui infonde plus en la chose causée, que ne fait la seconde, comme contient la première proposition
des causes.
Je raconterai donc maintenant merveilles par oeuvres d'art & de nature,
pour puis après assignant les
causes & manières des choses, auxquelles
il n'y a rien d'art magique, dire
& conclure, que toute puissance
magique est inférieure à ces opérations,
& indigne d'icelles. Premièrement
par figuration de l'art mêmes
instruments pour naviguer se peuvent
faire, sans qu'il y ait hommes nageants:
comme des grandes & marines
navires, qui iraient par un seul homme
gouvernant en plus grande légèreté,
que si elles étaient pleines
d'hommes navigants. Se peuvent aussi
faire des chariots, qui sans bête ou
animaux se mouvraient avec inestimable
effort, comme on estime avoir

@

134 De l'admirable puissance
été les chariots garnis, & munis
de rançon, desquels on bataillait
anciennement. Aussi peuvent être
faits instruments pour voler, où l'homme
étant assis au milieu de l'instrument,
virerait aucun engin, & par
icelui les ailes, pour ce faites & composées
artificiellement, battraient
l'air, à la manière d'un oiseau volant.
Item se peut faire instrument petit en
quantité, pour élever ou abaisser
plusieurs poids, duquel il n'est rien
plus utile au cas composé: joint
que par instrument de la hauteur de
trois doigts, & largeur d'iceux, &
de moindre quantité, pourrait quelqu'un,
soi mêmes & ses compagnons
délivrer de tout péril des prisons, &
les élever & descendre. Plus se peut
facilement faire un engin, par lequel
un homme tirerait à soi mille hommes
par violence, sans aucune volonté
d'iceux, se peuvent aussi faire

@

de l'art, & de nature. 135
instruments pour marcher en la
mer & au fleuve près d'un pré, sans
péril du cors , même Alexandre
le grand a usé de ces choses, à fin
qu'il vît les secrets de la mer, selon
que narre le moral astronome, & tels
instruments anciennement & de notre
temps ont été faits: & est certain
qu'il y a instrument pour voler,
lequel n'ai vu, & n'ai connu homme
qui l'ait vu, mais bien connais
par nom & surnom le sage, qui a excogité
cet artifice. Brief, ils se peuvent
faire infinies choses semblables:
comme des ponts sur fleuves sans
colonne, ou pilier, ou arc, & aucun
empêchement: & des machines
& engins, desquels on n'a point
encore ouï parler. Mais quoi? on
trouve plus des figurations naturelles,
savoir est, qu'on peut ainsi figurer
choses claires, & miroirs, qu'une
chose se montrerait plusieurs: un

@

136 De l'admirable puissance
homme, un exercite, & plusieurs, &
qu'il apparaîtrait tant de soleils, &
tant de lunes, que nous voudrions.
Car si aucune fois les vapeurs se figurent
tellement, que deux soleils,
ou trois, & deux lunes apparaissent
ensemble en l'air ( comme Pline dit,
au second livre de l'histoire naturelle)
par même raison aussi peut une
chose apparaître plusieurs & infinies.
Raison, c'est que après ce qu'elle
a excédé sa vertu, il n'y a ( comme
argumente Aristote au chapitre de
la chose vacque) nombre déterminé.
Au moyen de quoi se peuvent
faire, infinies terreurs à toute cité &
exercite, & certes périlleux, ou par
multitude d'apparitions d'étoiles
ou d'hommes sur eux assemblés,
principalement s'il choit & advenait
quelque cas, sous lequel ils se
trouvaient. Même (dis-je) se peuvent
figurer de choses si claires, qu'elles,

@

de l'art, & de nature. 137
étant mises très loin, apparaîtraient
très prochaines, & au contraire,
tellement, que par incroyable
distance nous aurions leu des lettres
très petites, & vu choses autant petites
que l'on eu pu penser, & aussi
aurions fait apparaître des étoiles
en quelle part nous aurions voulu.
Et estime l'on que Iules César en
ce point a aperçu, par grands miroirs,
au bort & rivage de la mer, en
la Gaule, la disposition & assiette des
châteaux & cités de la petite Bretagne. Il se peut aussi figurer des corps
de telle industrie, que les très grands
apparaîtraient très petits, & au contraire:
& les hauts apparaîtraient
bas & petits, & à l'opposite: & les occultes
apparaîtraient manifestes.
Qu'il soit ainsi, Socrate trouva &
aperçût que le dragon, qui corrompait
la cité, & la région de son haleine
& pestilente influence, résider

@

138 De l'admirable puissance
entre des cavernes de montagnes (&
ainsi toutes les choses qui seraient
contraires aux Cités & exercites, peuvent
être aperçues des ennemis. )
Aussi se peuvent tellement figurer
des corps, que les espèces & influences
venimeuses & infectes iraient
là où l'homme voudrait: ce qu'on
dit qu'Aristote enseigna à Alexandre,
par lequel enseignement ou
doctrine, il détourna contre la cité
même le venin du basilic, qui
était élevé sur les murailles d'icelle,
encontre son exercite. Ils se
peuvent pareillement figurer des
miroirs, tels que tout homme, qui
entrerait en quelque maison, verrait
véritablement or, argent, pierres
précieuses, & tout ce qu'il voudrait:
& quiconque se hâterait de
découvrir le lieu, ne trouverait rien.
Mais pour dire ce que je vois dire, est
des plus hautes puissances de figuration,
tion,
@

de l'art, & de nature. 139
qu'on peut amener & assembler
rayons par diverses flexions &
réflexions, en toute distance, que
nous voulons, par façon, que tout
objet se brûlerait ( ce que les miroirs,
qui brûlent devant & derrière
témoignent, comme certains auteurs
enseignent aux livres traitant
telles choses ) & davantage le plus
grand cas de toutes les figurations &
choses figurées, c'est qu'on décrive
les corps célestes selon leurs longitudes
& latitudes en figure corporelle,
par laquelle ils se meuvent
corporellement au mouvement diurnal.
Lesquelles choses vaudraient
un royaume à un homme discret &
sage. Et quant est pour exemples
de figurations, icelles suffiront, combien
qu'on pourrait proposer, &
mettre en avant plusieurs autres choses
admirables. Or à icelles il y en a
aucune annexées sans figurations:
i
@

140 De l'admirable puissance
& ( en toute distance que nous voulons)
pouvons artificiellement composer
feu brûlant de salpêtre, d'huile,
de pétrole rouge, & d'autres,
d'Ambre, de Naphte, Pétrole
blanc, & de semblables choses. Selon
laquelle façon de feu, Pline pré-*
allégué dit au 2. livre qu'il y en eut à
Rome un, qui se défendit contre
l'exercite des Romains, & que
par plusieurs projets il brûla les
gendarmes armés. A quoi est prochain
le feu Grégeois, & maintes
choses brûlantes. En outre, se peuvent
faire perpétuelles lumières, &
de bains ardents sans fin (ainsi comme
nous avons connu plusieurs
choses, qui ne brûlent point, mais
qui se purifient seulement) & d'autres
choses merveilleuses & épouvantables
de nature. Même l'on
peut faire en l'air des sons comme de
tonnerres, voir en plus grand horreur,

@

de l'art, & de nature. 141
que ne sont point les tonnerres,
qui se font naturellement ( & certes
un peu de matière, adaptée à la quantité
d'un pouce, fait horrible son, &
démontre véhément éclair, ce
qui advient en plusieurs sortes &
manières) par lesquels on détruirait
toute cité & tout exercite, à la manière
de l'artifice de Gédéon, qui a détruit
l'ost & l'armée des Madianites
avec seulement trois cents hommes,
par trousses de flèches & carquois
vides, & par flambeaux ou torches,
desquelles il sortait du feu avec un
bruit si violent, & un son si éclatant
qu'on ne le pourrait bonnement dire
ou exprimer. Lesquelles choses
sont merveilleuses qui en pourrait
user pleinement en due quantité &
matière. Mais je propose de l'autre
genre, savoir est des effets de l'art,
choses émerveillables, lesquelles ores
quelles ne soient de moult grande
i ij
@

142 De l'admirable puissance
utilité, toutefois ont indicible
démonstrance de sapience, & se peuvent
appliquer à la probation de toutes
choses occultes (auxquelles l'ignare
vulgaire contredit) & sont semblables
à l'attraction de fer par le diamant.
Car qui est celui qui croirait
telle attraction, si ne la voit, attendu
qu'il y a en icelle plusieurs choses
merveillables de nature, que le populaire
ne sait point, comme l'expérience
montre & enseigne l'homme
désireux. Mais ces choses sont plus
grandes & plus copieuses, de ce qu'il y a pareillement attraction de tous
métaux par la pierre d'or & d'argent:
& d'ailleurs que la pierre court au
vin aigre, & aussi les plantes l'une à
l'autre: & que les parties des animaux
divisées localement concurrent au
mouvement naturel. Ce qu'après
qu'ai entendu, il ne m'a été rien difficile
à croire (quand je considère

@

de l'art, & de nature. 143
bien tout) soit ceci, soit cela, tant en
choses artificielles, que naturelles.
Mais il y a plus grandes choses, que
celles là ne sont, savoir est, que toute
la puissance de mathématique (juste
l'artifice de Ptolomée au VIII. de
l'Almageste) ne met pour instrument
fors superficie, auquel toutes les choses
qui sont au Ciel seraient véritablement
décrites par leurs longitudes
& latitudes: & que néanmoins
ce n'est en la puissance du mathématicien,
savoir, qu'icelles se mouvraient
naturellement au mouvement
diurnal. Pour autant le fidèle,
& excellent expérimentateur souhaite,
qui est instrument, se fit de telle
matière, & par telle matière, & par
tel artifice. Et pour ce que plusieurs
choses se tournent au mouvement
des corps célestes, comme les comètes,
la mer en son cours, & autres
choses, en tout, ou en leurs parties,
i iij
@

144 De l'admirable puissance
il lui semble être possible, que naturellement
elles se meuvent par le
diurnal mouvement. Que s'il était
ainsi, tous instruments d'astrologie
seraient inutiles, tant les exquis que
vulgaires, ni le trésor d'un Roi se
pourrait à grande peine acquérir.
Or pour suivre mon dernier propos
de l'art, ils se peuvent faire de plus
grandes choses que n'avons dictes,
quant à l'utilité publique & privée,
non point quant à aucun miracle,
c'est à savoir que l'homme amènerait
quantité d'or & d'argent sur le
champ, & promptement, tant qu'il
lui plairait, selon la perfection de
l'art, & non toutefois selon la possibilité
de nature. Qu'il soit ainsi, il y a
dix sept espèces d'or, c'est à savoir
huit de la mixtion d'argent avec or,
& huit de l'admixtion de cuivre avec
or, comme la première manière

@

de l'art, & de nature. 145
se fait des parties de l'or avec aucune
parties de l'argent, jusques qu'il
parvienne au vingt deuxième carat
ou degré de l'or, augmentant toujours
un degré d'or avec un d'argent
tellement, que la dernière espèce soit
de vingt quatre degrés ou carats de
pur or, sans mixtion d'autre métal.
Outre lesquels vingt quatre carats,
nature ne peut point procéder, comme
l'expérience démontre. Mais
quant à l'art, il peut augmenter l'or
en beaucoup plus de degrés de pureté,
& semblablement l'accomplir
sans fraude ou déception. Mais cela
est plus grand cas que ne sont point
les choses précédentes, savoir est,
que l'âme raisonnable ne peut être
contrainte, & toutefois peut être
de fait disposée, induite, & excitée
à vouloir d'elle même, & de plein
gré changer ses moeurs, affections, &
cupidités, selon le désir & arbitre
i iiij
@

146 De l'admirable puissance
d'autrui. A quoi faire non seulement
une personne singulière peut être
provoquée, mais aussi toute une cité,
& tout le peuple d'un Royaume,
( Et le Philosophe Aristote démontre
telle expérience au livre des secrets,
tant de région, que d'exercite,
& d'une chacune personne) auxquelles
choses est presque la fin de
la nature, & de l'art. Toutefois le
dernier point, & degré jusques où
peut la perfection de l'art, avec toute
la puissance de nature, c'est prolongation
de vie jusques à un long
temps, laquelle certes plusieurs expériences
ont démontré être possible.
Même Pline, sus allégué, récite
qu'un gendarme puissant de corps,
& d'esprit, dura en état, outre accoutumé,
ou commun âge d'homme.
Auquel, comme Octavien Auguste
eu dit, & demandé, qu'il eut fait,
pour ce qu'il vivait si longuement, il

@

de l'art, & de nature. 147
répondit en énigme, qu'il avait mis
de l'huile par dehors, & du vin miellé
par dedans. Aussi depuis plusieurs
cas advinrent. Même un rustique
fouillant aux champs avec un
fossoir, ou une houe, trouva un vaisseau
d'or plein d'excellente liqueur,
de laquelle (estimant que c'était rosée
du ciel) lava sa face, & en bu: au
moyen de quoi il a été renouvelé
d'esprit, de corps, & de bonté de sapience.
D'un bouvier a été fait
messager du Roi de Sicile: ce qui advint
au temps du Roi Ozias. Plus, il est
prouvé par témoignage de lettres
Papales, que Almanic, étant captif
entre les Sarrasins, reçut médecine,
par le bénéfice de laquelle il prolongea
sa vie jusques à cinq cents ans, lors
& quand le Roi des dits Sarrasins,
qui le détenait prisonnier, ayant reçu
les messagers du Roi Magus,
avec cette médecine, qui lui était

@

148 De l'admirable puissance
envoyée, la voulut éprouver & expérimenter
au dit captif, pour ce
qu'il l'avait suspecte, & ne s'y fiait
point. Aussi la dame de Tormery en
la grand Bretagne, cherchant une biche
blanche, trouva de l'onguent,
duquel un forestier de bois s'était
oing par tout le corps, fors qu'aux
plantes des pieds, & vécu trois cents
ans sans corruption, exceptés douleurs
& passions de pieds. Et nous avons
expérimenté de nôtre temps
plusieurs fois, qu'aucun hommes
ruraux ont vécu sans conseil & aide
de médecin cent soixante ans,
ou environ. Lesquelles choses se
confirment par oeuvres des animaux,
comme on dirait du cerf,
de l'aigle, du serpent, & de plusieurs
autres, lesquels par la vertu
des herbes, & des pierres, renouvellent
leur âge & jeunesse. A raison
de quoi les sages & Philosophes se

@

de l'art, & de nature. 149
sont adonnés à tel secret, étant
excités par les exemples des bêtes irraisonnables,
& estimant qu'il est
possible à l'homme, ce qui est possible,
& permis aux animaux bruts.
Dont Artephius en sa sapience des
secrets ( où il enquiert les vertus des
dits animaux, des pierres, & d'autres
choses ) se glorifie pour les secrets
de nature, qu'il a su, & principalement
pour la longitude de vie
qu'il a vécu, & a régné par l'espace
de 1025. ans. Ainsi par là se corrobore
& confirme la possibilité &
prolongation de vie, joint, que
l'âme est naturellement immortelle,
& ne peut point mourir, & aussi qu'après
le péché Artephius a pu vivre
environ mil ans: dés lequel temps
petit à petit, lui est abrégée la longitude
de vie. Pour raison de quoi
faut dire, que telle abréviation soit
accidentelle: & vu qu'elle est telle,

@

150 De l'admirable puissance
faut aussi dire que la vie humaine se
pourra prolonger, si ce n'est en tout,
au moins en partie. Que si nous voulons
chercher la cause accidentelle ( comme
dit est ) de cette abréviation,
nous trouverons qu'elle n'est du
Ciel, ni d'autre chose, fors que du
défaut de régime de santé, & de la
corruption des père & mère. Même
en ce temps-ci les parents sont corrompus,
& advient par cela qu'ils
engendrent enfants de corrompue
complexion & composition: & leurs
fils de semblable cause se gâtent: &
descend la corruption des pères aux
fils jusques à ce que l'abréviation
de vie survienne, comme au temps
d'aujourd'hui. Toutefois pour cela
ne s'ensuit point, que toujours
elle s'abrégera, attendu qu'il y a
temps posé ou préfix aux choses humaines,
savoir est, que pour le plus
les hommes vivent septante ans: &

@

de l'art, & de nature. 151
au surplus ne leur reste que labeur &
douleur. Or est-il qu'il y aurait remède,
contre la propre corruption
d'un chacun, si un chacun exerçait
de sa jeunesse un parfait gouvernement
de santé, qui consiste au boire
& manger, sommeil & veille, mouvement
& repos, évacuation, constriction,
air & passion d'esprit. Même
si aucun observait ce régime-la
dés sa nativité, il vivrait tant que permettrait
nature prise des parents, &
parviendrait au dernier but de cette
nature tombée dés l'offense originelle,
lequel terme toutefois il ne
pourrait passer, pour autant que régime
n'a remède, ou antidote contre
l'antique souillure de nos premiers
pères. Mais quoi ? impossible
est que l'homme soit ainsi régi en
tout par médiocrité des choses susdites,
comme requiert & demande ledit
régime de santé. Et pourtant il

@

152 De l'admirable puissance
faut ( comme dit est ) que l'abréviation
de vie advienne, non seulement
de la corruption des pères &
mères, mais aussi de cette cause là.
Or l'art de médecine détermine suffisamment
ce régime là. Combien
que ni le riche, ni le pauvre, ni le
sage, ni le fol, ni les médecins mêmes,
tant parfaits qu'ils soient, ne
peuvent en eux, ni en autres, accomplir
& observer icelui régime également.
Toutefois pour dire, nature
ne défaut point en choses nécessaires,
ni l'art absolu, mais au contraire
peut surmarcher & vaincre les passions
accidentelles, de sorte qu'elles soient
effacées en tout, ou en partie. Et au
commencement que l'âge ses hommes,
commença décliner, le remède
eu été facile. Mais de six mille
ans, & plus de temps en çà, il est difficile
d'y mettre remède. Toutefois
& nonobstant cela, les gens savants,

@

de l'art, & de nature. 153
mus ( comme dit est ) des raisons
& considérations susdites se sont
évertués & efforcés de trouver les
voies, non seulement contre le propre
défaut de quelque régime que
ce soit, mais aussi contre la pollution
& corruption des parents. Non point
pour dire quel homme peut retourner
à la vie d'Adam, ou d'Artephius,
pour la corruption déjà corroborée:
mais qu'il peut vivre jusques à
cent ans, ou que plusieurs puissent
prolonger leur vie outre le commun
âge des hommes, à présent vivants,
quand les passions de vieillesse se retarderaient
& où elles ne pourraient
être retardées & cohibées, s'adouciraient.
Tellement, qu'outre estimation
humaine la vie se prolongerait
utilement, toutefois environ
toujours le dernier terme. Pour laquelle
chose connaître, faut entendre
qu'il y a une fin de nature qui est

@

154 De l'admirable puissance
établie aux premiers hommes après le
péché: & une autre fin ou terme d'un
chacun, venant de la propre corruption
des parents. Outre lesquels termes
l'on ne peut passer, mais on peut
bien passer celui la de propre corruption,
& non point toutefois parvenir
jusques au premier terme. A laquelle
prolongation de vie je crois que tel sage,
que l'on voudrait dire en ce temps,
pourrait atteindre combien que l'aptitude
de l'humaine nature ne soit possible,
selon qu'elle a été aux premiers
hommes ( ce qui n'est de merveille) &
que celle-ci s'étend à immortalité,
tout ainsi qu'elle a été devant le péché,
& qu'elle sera après la résurrection.
Mais si l'on dit que ni Aristote,
ni Platon, ni Hippocrate, ni Galien,
sont parvenus à tel prolongement
de vie, je répondrai qu'aussi ils ne
sont parvenus à plusieurs médiocres
vertus & sciences, qui après eux ont
été
@

de l'art, & de nature. 155
été sues par d'autres gens vertueux:
& que par ce ils ont peu ignorer
ces choses très grandes, combien
qu'ils y aient travaillé, & pris peine
à icelles. La cause c'est, qu'ils se sont
trop occupés aux autres, & sont plutôt
parvenus à vieillesse, consumant
leur vie aux pires choses, & vulgaires,
& non pas aux meilleures & rares,
combien qu'ils aient aperçu
plusieurs & divers secrets. Nous n'ignorons
point qu'Aristote dit aux
prédicamens, que la quadrature du
cercle peut être connue n'étant
néanmoins pour lors encore sue.
Par quoi taisiblement il confesse l'avoir
ignorée, & aussi tous les autres
jusques à son temps. Mais au contraire
nous sommes certains qu'aujourd'hui
la vérité s'en sait. Que comme
soit ainsi, beaucoup plus pouvait Aristote
ignorer les plus profonds secrets
de nature & quand il n'a su la
K
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