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Réfer. : AL0417
Auteur : Collectif.
Titre : Alchimie.
S/titre : Cahiers de l'Hermétisme. Réimp.

Editeur : Editions Dervy.
Date éd. : 1996 .




**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****



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Cahiers de l'Hermétisme
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Les « Cahiers de l'Hermétisme »...

« Cahiers », parce que chacun d'eux présente un ensemble d'études et de documents sur un sujet précis qui peut être une tradition
spirituelle, un courant ésotérique, un mythe, un grand thème littéraire
ou philosophique, un auteur.
Ce sont, à double titre, des Cahiers de l'« Hermétisme ». D'abord parce que, pour chaque sujet choisi, cette collection sous le signe d'Hermès confronte les différents niveaux d'interprétation,
non pas pour les opposer systématiquement, mais pour mieux
saisir le sujet dans sa spécificité, sans dogmatisme et sans a priori.
Ensuite, parce qu'à l'aube de notre ère l'ensemble des livres rassemblés à Alexandrie sous le nom d'Hermès Trismégiste (le « Trois
Fois Grand ») contribua à préciser la nature d'une relation, d'une
manière de penser et de sentir qui s'appellera l'hermétisme. Par là
nous entendons ici une conception du monde et de l'homme ne se
limitant pas au contexte alexandrin mais dont la manifestation se rencontre
dès les présocratiques, et jusqu'à nos jours en passant par l'alchimie
spirituelle, la Kabbale -- juive ou chrétienne --, la pensée de
Paracelse, de Jacob Böhme, de Saint-Martin.
Ces « Cahiers » sont conçus dans un esprit transdisciplinaire. Ils font appel aux mythologues, aux philosophes, aux historiens des idées
et de la littérature, à ceux des sciences. Ils tendent aussi à montrer que
l'histoire de notre pensée occidentale recèle des trésors qui n'ont
guère à envier aux métaphysiques et aux traditions de l'Orient.

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ALCHIMIE
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« Cahiers de l'Hermétisme »
DIRECTEUR
ANTOINE FAIVRE
COMITE DE REDACTION
+ ERNST BENZ Professeur à l'Université de Marburg

+ HENRY CORBIN Directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes

PIERRE DEGHAYE Professeur à l'Université de Caen

GILBERT DURAND Professeur à l'Université de Grenoble

ROLAND EDIGHOFFER Professeur à l'Université de Paris III

+ MIRCEA ELIADE Professeur à l'Université de Chicago

+ BERNARD GORCEIX Professeur à l'Université de Nanterre

+ HENRI-CHARLES PUECH Professeur au Collège de France

ROLF CHRISTIAN ZIMMERMANN Professeur à l'Université de Cologne
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Cahiers de l'Hermétisme

ALCHIMIE
par
ANDRE SAVORET BERNARD HUSSON FRANÇOIS TROJANI CLAUDE GILBERT DUBOIS ANTOINE FAIVRE RICHARD CARON

Editions Dervy 130, boulevard Saint-Germain 75006 Paris
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(C) 1996, Editions Dervy ISBN: 2-85076-729-8 @

SOMMAIRE
ANTOINE FAIVRE Avant-Propos

ANDRE SAVORET Qu'est-ce que l'Alchimie ?

BERNARD HUSSON Un texte alchimique du seizième siècle: Le "Discours d'Auteur incertain sur la Pierre des Philosophes" (1590)

FRANÇOIS TROJANI Commentaire sur dix-sept figures attribuées à Jean Conrad Barchusen (1718)

CLAUDE-GILBERT DUBOIS Isomorphisme de deux constructions imaginaires: le Grand Oeuvre alchimique et la Grande Oeuvre de Dieu

ANTOINE FAIVRE Pour une approche figurative de l'Alchimie

KARL VON ECKARTSHAUSEN Catéchisme de la Chimie supérieure (1819)

RICHARD CARON Bibliographie des ouvrages consacrés à l'Alchimie publiés en langue française (de 1900 à 1995)
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AVANT-PROPOS
L'Alchimie est l'un des aspects essentiels de l'ésotérisme occidental. Elle se devait donc d'occuper une place spécifique dans la collection des Cahiers de
l'Hermétisme. Aussi bien le premier paru de ces Cahiers, en 1978, lui fut-il
consacré. Ceci en est une réédition, quelque peu modifiée.
Conformément à l'orientation de la collection, l'on trouve ici des textes, et des études, portant sur l'alchimie occidentale, et plus particulièrement moderne
-- c'est-à-dire, depuis la Renaissance. Notre propos n'a point été de dresser
un panorama de ce courant considéré dans son ensemble: un tel ouvrage eût
été confié à un seul auteur et eût pris place, dès lors, dans l'autre collection, la
Bibliothèque de l'Hermétisme. Peut-être verra-t-il le jour. Nous nous sommes
donc borné, d'une part, à laisser s'exprimer quelques auteurs ayant entrepris
de s'engager sur le "chemin d'Amour et du Gay Scavoir", et d'autre part à présenter
quelques travaux historiques et critiques.
Ce recueil s'ouvre sur un essai, introuvable jusqu'à sa réédition par nos soins, d'André Savoret ("Qu'est-ce que l'Alchimie ?") (1) Suit un texte inédit du
XVIe siècle, le Discours d'Auteur incertain sur la Pierre des Philosophes, dont
l'importance est mise en valeur par la présentation qu'en fait Bernard Husson
à qui l'on doit, en particulier, l'introduction, la traduction et les commentaires
du Viridiarium Chymicum de Stolcius (2). Avec son interprétation de dix-sept
gravures attribuées à Barchusen, c'est au commentaire, gravure par gravure, de
la célèbre suite pour la première fois décryptée avec autant de précision, que se
livre François Trojani.
Il nous a semblé utile de reproduire ensuite le remarquable article de Claude-Gilbert Dubois, montrant "qu'entre la réflexion sur la matière de l'histoire
universelle, et la réflexion alchimique sur la matière, au XVIe et au début
du XVIIe siècle, il existe une homologie qui met en cause la nature même de la
réflexion" (3). Un autre type d'exégèse, mais complémentaire du précédent, est
proposé par mon texte "Pour une approche figurative de l'Alchimie" (4). Enfin,
j'ai choisi d'insérer, pour terminer l'ouvrage proprement dit, une petite perle de
l'alchimie chrétienne: un texte écrit vers 1798 par Karl von Eckartshausen
(Catéchisme de la Chimie Supérieure, pour prouver l'analogie des vérités de
la nature avec les vérités de la foi) (5).
Il était indispensable que ce Cahier se terminât par une bibliographie. Le nombre considérable des ouvrages nous obligeant à faire un choix, nous proposons

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12 ALCHIMIE
une bibliographie limitée aux livres et articles parus en français de 1900
à 1995. Elle a été établie par Richard Caron (6).

Antoine FAIVRE

1. Opuscule publié à peu d'exemplaires en 1947 (Paris, E. Psyché). 2. Paris, Librairie de Médicis, 1945. A propos du texte alchimique édité et présenté par B. Husson dans le présent Cahier, signalons qu'un article de Didier Kahn est actuellement sous presse,
intitulé "Alchimie et littérature à Paris en des temps troubles: le Discours d'auteur incertain
sur la Pierre des Philosophes (1590)", à paraître in: Réforme, Humanisme, Renaissance, en 1995.
3. Paru in: Australian Journal of French Studies, Vol XVII, Part I, 1980. Seul texte recomposé dans le présent ouvrage, les autres ayant été reproduits en fac-similé.
4. Paru in: Annales (Sociétés -- Civilisations), nr. spécial Histoire et Structure, Paris Armand Colin, 1971.
5. Pour compléter ma note d'Introduction à ce texte dans les pages y relatives ci-après (reproduites en fac-similé), signalons que ce Catéchisme a bien été réédité en 1978 (Ueber die
Zauberkräfte der Natur, reproduction en fac-similé avec une introduction en allemand, d'A.
Faivre; Freiburg-im-Breisgau, Aurum Verlag, 1978). En outre, il a été édité en traduction néerlandaise:
Catechismus van de Hogere Chemie, in De Magische Krachten van de Natuur,
Haarlem (Pays-Bas), Rozekruis Pers, 1992, avec la même introduction traduite en néerlandais.
6. On trouvera une bibliographie sélective (sommaire et générale) d'études historiques et critiques sur l'Alchimie, dans mon ouvrage Accès de l'Esotérisme occidental, tome II, Paris,
Gallimard, 1996 (cf. la partie intitulée "Guide bibliographique pour la recherche").

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AU CHERCHEUR
Que ceux qui pensent que l'Alchimie est strictement de nature terrestre, minérale et métallique, s'abstiennent. Que ceux qui pensent que l'Alchimie est uniquement spirituelle, s'abstiennent. Que ceux qui pensent que l'Alchimie est seulement un symbolisme utilisé pour dévoiler analogiquement le processus de la « Réalisation spirituelle », en un mot, que l'homme est la matière et l'athanor de l'Oeuvre, qu'ils abandonnent.
CLAUDE D'YGE Nouvelle Assemblée des Philosophes Chymiques Paris, Ed. Dervy, 1954, p. 39
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QU'EST-CE QUE L'ALCHIMIE ?
PAR
ANDRE SAVORET
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De quelques méprises

Pour le commun des mortels, comme sans doute pour certains alchimistes
(ou se croyant tels), l'alchimie est essentiellement « l'art de faire de l'or ».
L'unique différence entre ceux-ci et ceux-là, c'est que les premiers tiennent
un tel art pour chimérique alors que les seconds en affirment la réalité.
Quant aux profanes « éclairés », voire aux gens de science, leur appréciation est plus nuancée. S'ils supposent, en général, que la chimie a
fait prompte et roide justice des recettes bizarres ou fallacieuses dont foisonnent
les élucubrations des adeptes, ils concèdent, en revanche, que les
théories scientifiques les plus récentes recoupent sur bien des points les
idées des hermétistes (leurs « rêveries », disait-on encore aux jours, pas si
lointains, de la chimie lavoisienne). Les conceptions d'aujourd'hui sur
l'unité de la matière, sur l'inanité de la notion de corps « simples », sur
la possibilité d'en opérer la transmutation, sur l'analogie universelle
(l'atome, disent les savants, est un petit système solaire), etc., sont un
involontaire hommage rendu aux hermétistes qui, de tous temps, n'ont
jamais dit autre chose.
Peut-être, avant de condamner en bloc des opérations et manipulations apparemment défectueuses, les savants en place feraient-ils bien de
se demander comment ces fols d'alchimistes ont pu tirer des principes
aussi justes d'expériences aussi fallacieuses, alors que la chimie, depuis
Scheele et Lavoisier, partant d'expériences rigoureuses, a dû brûler plus
d'une fois ce qu'elle adorait la veille?
Inutile d'entamer ici des controverses superflues. Au surplus, l'alchimie -- vraie -- n'a nul besoin d'aller quémander quelque justification que ce soit chez les tenants de la moderne physico-
chimie.
Bien au contraire! Car c'est peut-être pour avoir succombé à cette manie d'approbativité, pour avoir cédé au chimérique espoir de convertir
quelques profanes aux convictions des fils d'Hermès que, de concessions
en abandons, la plupart des hermétistes ont fini par se cantonner au seul
domaine de la transmutation métallique, surtout depuis deux ou trois siècles
-- du moins dans leurs écrits publics.
Et l'impression que l'alchimie n'est rien de plus qu'une sorte de mauvaise chimie, compliquée d'idées biscornues et de prétentions extravagantes,
est bien celle que doit éprouver le profane en les lisant sans préparation
Or, ce qui devait arriver arriva. Quelques chimistes, séduits par la largeur des vues philosophiques des disciples d'Hermès et impressionnés
par leur unanimité doctrinale, ont cru de bonne foi qu'il suffirait de
« rajeunir » une terminologie désuète, de transposer en termes de chimie

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18 ALCHIMIE
moderne des manipulations décrites à demi-mot et de faire abstraction de
la partie « mystique » de la doctrine pour réconcilier les inconciliables.
Mais leurs efforts, en porte-à-faux, n'aboutirent qu'à créer un monstre
hybride, baptisé « hyperchimie » et dont -- à juste titre -- ni chimistes ni
alchimistes ne se soucièrent d'endosser la paternité, nul n'y reconnaissant
plus les siens!
Les hyperchimistes, dont François Jollivet-Castelot fut le type le plus représentatif (1), restèrent à une ou deux exceptions près (Delobel, par
exemple) des « souffleurs » patients et tenaces autant que mal inspirés et
malchanceux.
Précédent à méditer...

La vivante Alchimie

Certes, la transmutation des métaux par voie alchimique est -- toute théorie
mise de côté -- un fait sur lequel il est difficile d'ergoter. Et le seul
livre du très officiel Louis Figuier, L'Alchimie et les Alchimistes, mentionne
deux ou trois exemples de transmutations par projection (dont celle
du savant Van Helmont, adversaire déclaré de l'Alchimie, offre toutes les
circonstances de contrôle et d'impartialité souhaitables), dont une seule
suffirait à prouver la réalité de l'art transmutatoire et l'avance considérable
prise par les hermétistes sur M M. les physico-chimistes, nonobstant
leur manque de fours électriques et de cyclotrons.
Mais la partie n'est pas le tout et si l'Alchimie n'était qu'une sorte de chimie transcendante ou de métallurgie secrète, nous ne pourrions l'estimer
au point de rompre une lance en sa faveur.
Si l'or et les passions qu'il suscite, l'or et les maux qu'il provoque, l'or et les crimes qui lui font cortège avait été l'unique ou le principal but
poursuivi par les alchimistes, si son éclat fascinateur avait été l'unique
lumière de leur âme, nous ne pourrions que les plaindre et tenir à bon
droit pour folie leur prétendue sagesse.
Mais en est-il vraiment ainsi? Si nous lisons de véritables initiés à la science d'Hermès, tels que Khunrath, Jacob Böhme, d'Eckhartshausen, Grillot de Givry ou l'admirable
auteur de l'Hortulus Sacer, nous finissons par nous apercevoir que
tout en discourant aussi de l'Oeuvre métallique, ils parlent surtout d'autre
chose.
Qu'est-ce à dire? Exposons-le comme nous l'avons compris, sans prétendre avoir tout compris.
L'Alchimie vraie, l'Alchimie traditionnelle, est la connaissance des lois de la vie dans l'homme et dans la nature et la reconstitution du processus
par lequel cette vie, adultérée ici-bas par la chute adamique (2) a

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Qu'est-ce que l'Alchimie? 19
perdu et peut recouvrer sa pureté, sa splendeur, sa plénitude et ses prérogatives
primordiales: Ce qui, dans l'homme moral s'appelle rédemption
ou régénération (3); réincrudation dans l'homme physique; purification et
perfection dans la nature, enfin, dans le règne minéral proprement dit:
quintessenciation et transmutation.
Son domaine embrasse donc tout le créé (4) et, pour l'humanité militante, toute la portion du créé qu'elle a entraînée avec elle dans sa
déchéance et qui doit ressusciter avec elle et par elle, telle qu'elle fut
avant la Transgression.
Quoique son domaine le plus central soit le plan spirituel, l'Alchimie connaît cent applications plus ou moins contingentes, à tous les degrés et
sous tous les aspects de la vie.
Il existe donc une alchimie intellectuelle, une Alchimie morale, une sociale, une physiologique, une astrale, une animale, une végétale, une
minérale, et bien d'autres encore. Mais l'Alchimie spirituelle demeure le
modèle, la clé et la raison des autres. Et, conformément à l'énoncé d'Hermès
dans la fameuse Table d'Emeraude, la connaissance d'une quelconque
de ces adaptations (5) découvre implicitement celle de toutes les autres.
L'univers est un et cette unité est le sceau de la Vérité.
Or le suprême Grand'Oeuvre, le seul qui se puisse appeler sans outrance « la Voie de l'Absolu », c'est la réintégration de l'homme dans
sa dignité primordiale (6) selon un processus rarement réalisé ici-bas (mais
non irréalisable), processus que les Anciens appelaient, croyons-nous,
« l'Oeuvre du Phénix », et qu'on peut lire, ici et là, entre les lignes de certains
passages de la Bible, des Evangiles, de l'Apocalypse et de quelques
ouvrages, rosicruciens ou autres, dont plus d'un ne semble pas traiter, à
première vue, de ce qu'on entend vulgairement par « alchimie ».
Et cet Oeuvre-là n'est ni du goût, ni dans les cordes des amateurs de « petits particuliers », des collectionneurs de recettes bonnes seulement à
torturer inutilement les métaux, des fabricants d'homuncules, des distillateurs
d'herbes, de sang, de moelle ou de sperme, ni de ceux qui ne rêvent
de longévité corporelle que dans l'espoir misérable de rééditer les folies et
les désordres d'une jeunesse tumultueuse!
Il est même, assez probablement, hors de la portée de plus d'un adepte admiré comme tel pour sa réussite, réelle ou supposée, dans le
domaine de l'Alchimie métallique.
Car cette science (à tous les degrés de sa réalisation, y inclus la Pierre transmutatoire) est science de vie, science vive, science vivante à jamais --
et science des Vivants (7). Et seuls les « Vivants » peuvent la pratiquer intégralement
sans mensonge et sans dommage (8).
Telle est l'origine des malheurs qui ont émaillé, et parfois clos, l'existence de pas mal de faiseurs d'or qui n'étaient, hélas, rien de plus que des
« faiseurs d'or » -- sans parler de ceux qui ne furent que des « voleurs
d'or » (9).
Il n'y a que celui qui a régénéré, avec l'assistance d'En-Haut, ses propres métaux microcosmiques et les a dépouillés de la lèpre des sept

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20 ALCHIMIE
péchés qui peut de plein droit, de droit divin, régénérer à son gré les
métaux physiques. Celui-là n'agit qu'à bon escient, dans la Lumière du
Verbe (10).
Les autres -- qui n'en sont pas là -- ou bien font du Grand'Oeuvre une simple opération magique (car l'on peut réaliser des transmutations
apparentes par voie magique, mais ceci n'a rien à voir avec l'Alchimie) ou
bien ont vu leurs efforts, leurs souffrances, leurs travaux, leur persévérance
et leur charité couronnés d'or -- physique -- par la bonté du Ciel
toujours indulgent envers les débutants de bon vouloir; ou bien encore
ont eu pour toute sagesse l'art d'écouter aux portes et d'espionner par le
trou des serrures (11). Ceux-là, s'il en est qui aient réussi, se sont forgé avec
leur or maudit une chaîne plus lourde que celle de bien des criminels de
droit commun.
Il a été fait mention, quelques lignes plus haut, d'une catégorie de chercheurs, parfois heureux, qui représentent, pensons-nous, l'honnête
moyenne des hermétistes. Ceux-là en sont, intérieurement, aux préliminaires
de l'Oeuvre du Phénix. Le Ciel (eu égard à leur bonne volonté et aux
difficultés du début de la Voie) les inspire soit directement par une révélation
intérieure, soit indirectement en les orientant vers un véritable Maître,
leur permet d'accéder aux connaissances adéquates à telle partie de la
science et met à leur portée les moyens de réalisation. Ceux-là ont aussi
mandat d'agir, mais dans certaines limites et sous certaines conditions
(dont le désintéressement, la patience dans les épreuves, la charité et
l'humilité sont le plus universellement requises).
Mais ce droit est une grâce spéciale, par laquelle le Ciel escompte leur bonne volonté et fait crédit à leurs mérites.


De l'Oeuvre mystique et de l'Oeuvre physique

En résumé, l'homme régénéré est la pierre philosophale de la nature
déchue, de même que l'homme non régénéré est la materia bruta de ce
Grand'Oeuvre dont le Verbe divin est l'Alchimiste et l'Esprit Saint le feu
secret: il y a deux Voies dans l'Oeuvre, mais il n'y a qu'un Agent:
l'Amour! Et tous les vrais hermétistes chrétiens (12) -- non les souffleurs --
sont unanimes sur ce point (13) comme sur celui de la subordination de
l'Oeuvre physique à l'Oeuvre mystique (14).
Quant à l'homme « physique », son Grand'Oeuvre est sa transformation en « corps glorieux », en corps régénéré et incorruptible (15). Et cette
transformation (d'une absolue rareté) n'est possible que parce qu'il n'en
diffère que du fait de cet accident, de cet obscurcissement que la tradition
chrétienne nomme la Chute. Le corps glorieux, c'est le corps de l'homme
tel qu'il était avant la Chute (et ceci touche à un des aspects de la
« résurrection de la chair »); le corps physique, c'est le corps glorieux tel
que l'a transformé la Chute, rendu corruptible par les impuretés hétérogènes
de tous les lieux traversés par lui lors de sa descente ici-bas (impuretés

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Qu'est-ce que l'Alchimie? 21
dont la racine est le « gluten » ou matière du péché dont parle à diverses
reprises ce véritable alchimiste que fut d'Eckhartshausen).
Comme dans l'interne des métaux, il y a dans l'interne de l'homme une certaine « terre vierge », que les Aphorismes Basiliens nomment avec
Paracelse le « limbe du grand et du petit monde » et que doit dégager des
« immondices de la terre » et revivifier un « esprit tant du grand que du
petit monde », pour suivre la même terminologie. Comme le dit Jacob
(Révélation alchimique): « La fin du grand oeuvre est (pour l'adepte) de
se débarrasser quand il voudra de la chair corruptible sans passer par la
mort ».
Et St Paul ne nous dit-il pas que ce qui est semé corruptible est fait pour renaître incorruptible? Non pour être « détruit » mais pour être
« transfiguré ». Et ceci vaut universellement.
Le Grand'Oeuvre physique et le Grand'Oeuvre mystique sont analogues mais point identiques. Avoir réalisé le dernier c'est pouvoir réaliser
souverainement le premier; avoir réalisé le premier, c'est savoir quel chemin
peut conduire à la réalisation du dernier mais ce n'est pas forcément
avoir parcouru ce chemin. La nuance est de première importance.


Méthode alchimique et méthodes profanes

Puisque nous parlons du Grand'Oeuvre, profitons-en pour revenir sur un
point capital, déjà effleuré, c'est-à-dire sur l'abîme qui le sépare des essais
de transmutation par voie physico-chimique, essais auxquels la dissociation
atomique donne un regain d'actualité.
Tout d'abord, remarquons à quels frais, avec quel gaspillage d'énergie, dans quels laboratoires titanesques (que nulle fortune privée ne pourrait
s'offrir le luxe de financer) opèrent, en rangs serrés, nos modernes
Faust. Cela pour aboutir d'ailleurs à des « transmutations » de l'ordre de
un dix-millionième de gramme.
C'est la montagne qui enfante d'une souris!... En regard, le Grand'Oeuvre physique ne nécessite que quelques corps assez répandus, un peu de charbon, deux ou trois vases très simples,
aucune des sources d'énergie que consomme, en véritable ogresse, la
science actuelle et peut être accompli en entier par un seul homme avec
patience et longueur de temps. Ceci pour obtenir des transmutations éventuellement
massives.
Autre chose. La science d'aujourd'hui, dans sa furie de disséquer la matière aboutit, somme toute, à faire exploser l'atome en le désintégrant
brutalement. Cet aboutissement lui interdit évidemment tout nouveau pas
en avant dans la connaissance des choses, du moins par cette voie. Pour
faire une comparaison grossière et regrettablement irrévérencieuse, nous ne
voyons pas une bien fondamentale différence entre le geste du savant qui
met l'atome en charpie afin de le mieux connaître et le geste de l'enfant
qui brise un jouet mécanique dans le naïf espoir de « savoir ce qu'il a

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22 ALCHIMIE
dans le ventre », comme on dit! Seulement, le premier jeu s'avère infiniment
plus dangereux que le second...
Et, en dépit d'une terminologie barbare qui s'allonge tous les jours, où les ions, les électrons, les protons, les neutrons, les deutons et autres
ingrédients de la cuisine nucléaire jouent un rôle impressionnant, la
matière demeure « terre inconnue ».
Comme si l'on pouvait, d'ailleurs, expliquer la matière par la matière!...
Aussi, le bombardement atomique n'a pas fait exploser que l'atome. Il a mis en pièces du même coup tout l'édifice scientifique moderne. Et
c'est au seuil de nos super-laboratoires qu'on pourrait graver la phrase
fameuse: « Vous qui entrez ici, laissez toute espérance ! »
Et ceux qui y entrent -- les « initiés » tout au moins -- ont en effet peu d'illusions quant à la valeur philosophique et métaphysique (16) de leurs
recherches. Et sans doute également quant à leur contribution au bonheur
de l'humanité...
Puisque nous parlons de désintégration atomique, rappelons un petit fait qui pourrait nous rendre enclins à quelque modestie.
Lors de certaines expériences métapsychiques on a vu des objets matériels -- une bague en or, par exemple -- dématérialisés sous les yeux
des spectateurs, sans bruit ni explosion gigantesque, ni cyclotron. Puis on
les a vus se rematérialiser quelques minutes plus tard, sans altération de
poids, de substance ou de forme.
C'est que, dans la désintégration de la chimie nucléaire, les seuls éléments mis en oeuvre sont des forces physiques, matérielles, et des agrégats
de matière physique. Le résultat ne peut donc être qu'un changement
d'équilibre matériel entre les dits éléments, quel que soit le degré de subtilité
qu'on accorde à certains d'entre eux. Il ne s'agit toujours que de la
matière en action sur de la matière, sous cette même modalité qui constitue
la forme du monde où nous passons en tant que matériellement
vivants. La vie et la matière, en tant que revêtues d'autres états -- parfaitement
inaccessibles aux investigations de la physico-chimie moderne --
interviennent dans la désintégration métapsychique ci-dessus relatée,
comme dans tout travail hermétique normal.
Non, cent fois non, la voie royale de l'hermétisme ne passe pas et ne passera jamais par les laboratoires de la science officielle, luciférienne
dans ses principes et dans son inspiration, comme aussi dans ses résultats
humains.
Et la possession de cette science extérieure, n'est pas faite pour favoriser l'accès du sanctuaire alchimique, au contraire. Notre ami regretté
Auriger (qui joignait à ses connaissances hermétiques celles de l'ingénieur-
chimiste et était donc bien placé pour juger) nous écrivait peu avant sa
mort: « L'Alchimie est évidemment soeur de la mystique, il suffit de lire
Jacob Böhme pour s'en convaincre, et c'est dans ce sens que j'ai répondu
ces jours-ci à votre ami N... qui m'avait écrit. Il s'excusait presque
d'ignorer la chimie; c'est au contraire un atout dans son jeu et il ne risquera

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Qu'est-ce que l'Alchimie? 23
pas d'avoir l'esprit faussé par les théories modernes sur la constitution
de la matière. La chimie, telle que nous la concevons à l'époque
actuelle, peut sans doute jouer un rôle utile en biologie et parfois en thérapeutique,
mais quant au reste je lui dénie tout intérêt. Son rôle pendant
l'accomplissement du Grand'Oeuvre ne vaut guère plus que celui de la
chaisière pendant le Saint Sacrifice de la Messe! Je crois que sa connaissance
constitue plutôt un obstacle à la perception claire des buts et des
méthodes de l'alchimie. »
Tout commentaire affaiblirait la portée de cette opinion particulièrement autorisée.


Simples aperçus sur le Grand'Oeuvre

En résumé, dans l'oeuvre métallique, l'artiste utilise comme agent -- et
c'est par là qu'il se différencie le plus profondément du chimiste -- une
énergie vivante et universelle qu'il n'est pas utile de préciser pour l'instant.
Comme substrat, il se sert d'une substance purifiée, ranimée par
cette énergie universelle et portée progressivement par lui au degré requis
pour opérer la transmutation ou réincruder le composé humain.
Dans l'Oeuvre spirituel, même processus: purification, simplification, descente de l'Esprit (non plus universel ou cosmique mais divin). Ce qui
constitue le véritable et définitif « baptême de feu » dont parlait St Jean-
Baptiste et que le Verbe de Dieu peut seul conférer.
Non seulement la description de l'oeuvre physique s'adapte strictement aux phases de l'Oeuvre spirituel, mais il est possible de tirer d'une
description de l'Oeuvre spirituel une adaptation parfaite à l'oeuvre physique
(pourvu qu'on ait de l'un ou de l'autre un peu plus qu'une connaissance
simplement livresque et superficielle).
La première partie de l'Apocalypse de Jean s'adresse « aux Sept Eglises qui sont en Asie » et promettent au « vainqueur », entre autres récompenses,
« les fruits de l'Arbre de Vie », « la Manne cachée et le caillou
blanc où est écrit un nom nouveau », « l'Etoile du Matin », etc., autant
de symboles voilant des réalités qui, pour être « spirituelles » n'en sont
pas moins précises et fort peu nuageuses.
Or, fait digne de méditation, tout ceci a ses palpables correspondances dans l'Alchimie élémentaire, où l'oeuvrant s'adresse « aux sept métaux
qui sont en la terre » et où le « vainqueur du dragon » doit aussi trouver
successivement l'arbre de vie (qui pourrait être le Mercure des Sages), la
manne cachée, l'étoile du matin, et ainsi de suite.
Ceux qui sont familiarisés avec l'hermétisme comprendront parfaitement ce dont il s'agit et nous sauront gré d'en remettre l'interprétation à
des temps meilleurs.
Quant aux autres, nous ne leur conseillons nullement de se livrer aux difficiles travaux de l'Oeuvre, s'ils ne se sentent intérieurement appelés.

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24 ALCHIMIE
C'est ici le lieu de citer l'avertissement qui clôt la lettre d'invitation aux
Noces chimiques, de Valentin Andreae:

Examine-toi toi-même. Si tu ne t'es pas purifié assidûment Les Noces te feront dommage. Malheur à qui s'attarde là-bas. Que celui qui est trop léger s'abstienne.
Avertissement qui rappelle, non fortuitement, l'épisode évangélique du convive qui n'avait pas revêtu son habit de noces et qui est rejeté
« dans les ténèbres extérieures où il y aura des pleurs et des grincements
de dents » (17) (Matthieu XXII).
Tout ce qui peut être dit sur la partie matérielle de l'Oeuvre l'a été par les vrais adeptes, aussi complètement que possible. Ils ont seulement
réservé ou décrit par énigmes les travaux préparatoires, leur feu vivant et
le nom de la matière brute d'où proviendra la pierre des philosophes.
Ceux qui se sentent l'inspiration de travailler dans cette voie doivent
s'adresser à eux et non à nous. Il nous suffira de leur donner quelques
conseils très simples ou plutôt de les leur rappeler:

1° La vie minérale n'est pas une figure de rhétorique, le minéral a sa fleur, son fruit, son temps de maturité.

2° Les opérations alchimiques sont -- matériellement -- simples. Parfois d'autant plus simples que leur description se fait plus compliquée.

3° Les conditions de temps et de température jouent un rôle capital. Comme les « vitamines » des aliments, les ferments métalliques se détruisent
si la température dépasse le régime de cuisson requis.

4° Que l'inquisiteur de science se défie des petites recettes, qui traînent dans tant de bouquins: la Voie de l'Universel est universelle.

Ce n'est pas que de telles recettes soient sans enseignement, mais elles ne valent que rapportées à la recherche de la voie, comme sujets de
réflexions sur la marche de la nature et le sens de ses opérations.

5° Comme le dit Jacob, l'artiste doit préparer lui-même ses instruments de travail et purifier lui-même -- précautionneusement -- ses
matières.

6° Une seule matière est la vraie matière. Une autre cependant est matière adjuvante. C'est là le noeud d'un problème délicat à résoudre et
impossible à éluder.

7° L'alchimiste n'est pas un magiste. Et le feu qu'il emploie pour son oeuvre n'est pas, malgré l'opinion de certains modernes, son propre
« astral ». C'est cependant un feu « astral » si on l'envisage à un certain
point de vue. Rien d'alchimique ne se fait sans lui, rien de chimique ne se
fait avec lui. Connaître ce feu est aussi nécessaire avant de rien entreprendre
que connaître ou soupçonner quelle est la matière.


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Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.

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DANS LA MEME COLLECTION « Cahiers de l'Hermétisme »
Faust
* Jacob Böhme
* L'Ange et l'Homme
* Alchimie
* Kabbalistes chrétiens
* Paracelse
* Goethe
* Lumière et Cosmos
* Sophia et l'Ame du monde
* L'Astrologie
* L 'Androgyne I
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* Présence d'Hermès Trismégiste
* Magie et littérature
* L'Androgyne dans la littérature
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* La Littérature fantastique
* Les Vampires
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DANS LA COLLECTION « Bibliothèque de l'Hermétisme »
Initiation médiévale La Philosophie au douzième siècle par M. -M. Davy
Le Langage secret du blason par Gérard de Sorval
La Voie des lettres par Jean Canteins
Cinéma et nouvelle naissance par Henri Agel
La Symbolique du rêve par G.H. Schubert
Melkitsedeq ou la tradition primordiale par Jean Tourniac
L'Homme immortel Nouveau Regard sur l'Eden par Jean Tourniac
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La Magie spirituelle et angélique de Ficin à Campanella par D.P. Walker
L'Esotérisme musical en France 1750-1950 par Joscelyn Godwin
L'Etoile d'Hermès Fragments de philosophie hermétique par Mirko Sladeck
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515, le lieu du miroir Art et numérologie par Lima de Freitas
Les Harmonies du ciel et de la terre par Joscelyn Godwin
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L'impression et le brochage de cet ouvrage ont été effectués à l'imprimerie LUSSAUD 85200 Fontenay-le-Comte

Dépôt légal janvier 1996 n°2659
N° d'impression: 306
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ALCHIMIE
« Chemin d'Amour et de Gai Scavoir », l'Alchimie est l'une des branches maîtresses de l'ésotérisme occidental. Le présent Cahier, qui
présente à la fois des textes Alchimiques et des études tant historiques que
philosophiques, s'ouvre sur l'essai d'André Savoret (« Qu'est-ce que
l'Alchimie? »), suivi d'un inédit de 1590 (le Discours d'un auteur
incertain sur la pierre des philosophes), commenté par Bernard Husson,
et par les dix-sept gravures de Barchussen (1718) que décrypte ici
Alexandre Foriani. Une réflexion sur des textes des XVIe et XVIIe siècles,
et sur l'approche de l'alchimie selon Carl Gustav Jung, est proposé par
Claude Gilbert Dubois; elle est suivie par celle d'Antoine Faivre qui
s'interroge sur les « structures figuratives ». Une perle d'alchimie
« chrétienne », le Catéchisme de la Chimie supérieure (écrit vers 1798)
d'Eckartshausen, termine le recueil.
Enfin, une substantielle bibliographie des livres et articles en langue française pour la période 1900-1995, établie par Richard Caron, est
appelée à rendre d'indispensables services tant aux chercheurs qu'aux
simples amateurs.

ISBN: 2-85076-729-8

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