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Réfer. : AL0802
Auteur : Bernard Gorceix.
Titre : Alchimie.
S/titre : Textes alchimiques Allemands.

Editeur : Fayard; Paris.
Date éd. : 1980 .




**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****



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L'ESPACE INTERIEUR Documents spirituels Collection dirigée par Roger Munier
Le fait majeur de notre époque serait-il un renouveau
spirituel?
Sensible surtout dans la jeunesse, une lame de fond
soulève notre vieille culture dont les valeurs, les
croyances, les raisons semblent céder l'une après
l'autre. C'est sans doute que le supplément d'âme appelé
jadis par Bergson pour compenser un développement
trop exclusif des conditions matérielles de
la vie n'est pas venu. Mais pouvait-on l'attendre
d'une vision du monde et de l'homme dominée
par les seules forces d'une raison organisatrice, efficace
certes, mais simplifiante et réductrice à raison
même? Dans le processus dont nous constatons
aujourd'hui les effets, tout une part du réel et de
l'homme est restée enfouie, qui demande à parler.
La présente collection se donne pour tâche de ranimer
ces profondeurs. Elle va en chercher les vestiges
partout où ils subsistent, dans les cultures autres que
la nôtre par l'espace et le temps, mais également dans
notre propre culture où un courant minoritaire n'a
cessé de se manifester au cours des siècles. Elle les
accueillera dans les témoignages mêmes d'aujourd'hui
d'où qu'ils viennent: pensée, poésie, expérience intérieure...
La vie de l'esprit, le travail, l'amour et jusqu'à la
simple vision des choses sont à réinventer. Ecoutons
d'abord ces autres voix venues d'ailleurs qui peuvent
nous aider à retrouver comme un chemin perdu de
l'âme, dans l'inconnu où nous entrons.

R.M.
OUVRAGES PARUS:
THOMAS MERTON Zen, Tao et Nirvâna
MIGUEL MOLINOS Le Guide spirituel Avec une introduction de Jean Grenier
E.-ALEXIS PREYRE Le Doute libérateur
JULIUS EVOLA Le Yoga tantrique
MILAREPA, ses méfaits, ses épreuves, son illumination Traduit du tibétain par Jacques Bacot
LIN-TSI Entretiens Traduits du chinois et commentés par Paul Demieville
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ALCHIMIE
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Prochains titres à paraître dans la même collection:
KRISTOFER SCHIPPER
Le corps taoïste
PARACELSE

Introduction, textes et traduction par Lucien Braun, de l'Université de Strasbourg.
A l'origine, et dans l'esprit de Jacques Masui son fondateur, la collection « Documents spirituels » avait pour objet de réunir des
documents attestant la réalité d'une expérience spirituelle hors du
commun. Elle s'est ouverte ensuite à des textes divers, émanant d'autres
horizons culturels, et de nature à rendre vie à des traditions perdues. Un
espace différent de la réalité intérieure s'est ainsi peu à peu dessiné, dont
elle reste le cadre. D'où le nouveau titre adopté, qui nous parait plus
conforme à sa véritable intention.

R.M.

Voir en fin de volume, la liste des ouvrages déjà parus dans la collection.

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L'espace intérieur Documents spirituels 23

Collection dirigée par Roger Munier

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Alchimie
Traités allemands du XVIe siècle traduits et présentés par Bernard GORCEIX de l'université de Paris X

Fayard @





(C) Librairie Arthème Fayard, 1980.

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Nous le savons en effet, toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement. Epître aux Romains, 8, 22.

Nous faisons nos chemins comme le feu ses étincelles... Nos vergers sont transhumants. Terre qui gémit pourrit dans l'espoir. René Char, Chants de la Balandrane.
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Présentation
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Par rapport à leurs prédécesseurs, les amateurs et les chercheurs qui se préoccupent d'alchimie sont de nos jours avantagés. Toute
étude en ce domaine supposait, voilà deux décennies à peine, une
ardente prosopopée. Il fallait, avant de commencer, éliminer de
coriaces préjugés, répéter avec acharnement: le seul but de
l'alchimie n'est pas la chimie, les textes alchimiques ne sont pas
des grimoires; certaine est leur valeur, scientifique, mais aussi
littéraire, religieuse, philosophique; bref: prenons au sérieux les
labourants. Nous savons désormais que l'alchimie constitue, au
sein des religions du Livre, mais aussi en Inde, en Chine, un
moment important de l'évolution historique, au même titre que la
théologie et la mystique. De la part de ses archéologues, elle mérite
la même attention. Grande est sa place dans la constitution des
différents systèmes spirituels, dans l'édification du taoïsme par
exemple, ou bien dans l'élaboration, au XVIe siècle, de la
philosophie européenne de la nature. L'alchimie forme un des
grands chapitres de l'histoire des sciences, mais aussi une section
importante de l'histoire des croyances. Document technique, notre
document est tout autant document de foi. L'un n'est pas premier
par rapport à l'autre. Les deux discours n'ont jamais été distincts.
Des origines jusqu'à la naissance du mécanisme, ils se sont toujours
interpénétrés, ils se sont mutuellement enrichis, ils ont mûri, ils
ont fleuri de concert.
Dans l'évocation, qui nous préoccupe ici, de la spiritualité alchimique, des progrès considérables ont été réalisés, même si la
vague confuse de l'occultisme a souvent joué le rôle de frein. Chez

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12 ALCHIMIE
ses premiers historiens, le mépris pour toutes les spéculations,
rejetées au rang d'obscurités, de « délires mystico-allégoriques »,
s'affichait avec la meilleure des consciences. Désormais, des routes
bien tracées pénètrent la jungle des bibliothèques alchimiques. Des
conférences des années 30 aux grands textes d'après-guerre, Carl
Gustav Jung a débrouillé l'écheveau des composantes religieuses de
la tradition; ses conclusions sur le parallélisme de l'alchimie et de
la christologie, sur le drame cosmique, sur le symbolisme du corps
glorieux, sont fondamentales. Durant les mêmes années, le R.P.
Festugière a défini le rôle de l'alchimie au sein des traités
hermétiques. Grâce aux travaux d'Henry Corbin, la gnose
alchimique islamique, jâbirienne en particulier, a révélé sa
puissance d'invention. Albert-Marie Schmidt a montré les liens
qui, au siècle de la Renaissance, unissaient la « haute science » et la
poésie française. Mircea Eliade a expliqué comment le syncrétisme
alchimique relie les mythologies métallurgiques, les cosmologies
primitives, mais aussi les Mystères gréco-orientaux, les perspectives
sotériologiques de l'Islam et du christianisme. Tous ces
auteurs fixent avec précision les noeuds réflexifs, refusant
l'anathème positiviste et les exagérations occultistes.
En présentant une traduction de documents allemands du XVIe siècle, nous voudrions illustrer l'originalité, la place, la cohérence,
mais aussi la force poétique de la méditation alchimique. Dans la
longue histoire de la tradition, une période surtout, celle de sa
dernière flambée, présente en effet un intérêt tout particulier, pour
qui cherche à élucider les assises spirituelles de la spagirie*. Par
rapport aux traités des siècles précédents, la Somme de perfection de
Geber ou le Secret des Secrets de Razi par exemple, la part que revêt
dans la plupart des écrits alchimiques du XVIe siècle germanique la
spéculation sur Dieu, sur la nature, sur l'homme, va s'exagérant.
Cette section réduit souvent, rejette parfois les considérations
traditionnelles consacrées aux corps, aux ustensiles, aux opérations:
exagération même qui compose pour nous la valeur de ces
documents. Par eux en effet, les intuitions parsemées des traités
composés depuis le XIIe siècle -- nous ne parlons ici que
d'alchimie chrétienne -- se trouvent repérées, regroupées, puis
intégrées dans une véritable tentative de synthèse spéculative, aussi
bien théologique que cosmologique, cosmogonique qu'anthropologique.

* Adjectif tiré de spagirie nom ancien donné à la chimie.

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Présentation 13
Certes, nous pouvons regretter la discrétion, voire
l'absence de traits caractéristiques si séduisants par le passé. Le récit
perd souvent sa densité imaginaire, mais aussi sa sobriété: pensons
à la Vision d'Arisleus ou à l'Aurore naissante. La description de
l'itinéraire des labourants, qui séduit tellement chez Nicolas Flamel
ou chez le bon Trévisan, s'estompe. L'évocation des différents
stades de l'opération devient succincte; elle est même parfois tout
simplement escamotée. L'allégorie, l'image enfin, présentes jadis
dans leur spontanéité, dans leur immédiateté, tendent à être
expliquées, commentées, dévoilées. Mais cette modification
d'accents, point du reste toujours aussi radicale, est compensée par
la densité de la recherche conceptuelle. Bien loin d'être dépréciée,
l'alchimie s'en trouve exaltée, insérée qu'elle est dans une somme
méditative dont l'exubérance, en bien des cas, confond le lecteur.
Les documents que nous avons choisis ont été rédigés en langue allemande. Comme, pour trois documents sur quatre, ils se
présentent sous la forme d'imprimés, non seulement la lecture,
mais aussi l'interprétation du texte se trouvent facilitées. Dans la
luxuriante floraison que goûte en la matière l'Europe de la seconde
moitié du XVIe siècle et des premières décennies du XVIIe siècle --
traités originaux, mais surtout rééditions de textes anciens --,
nous avons préféré choisir des auteurs et des textes mal connus,
voire inconnus, plutôt que de reprendre les écrits d'alchimistes
contemporains célèbres: Basile Valentin, Hesteau de Nuysement,
Denis Zachaire, Henri Khunrath, Michael Maier ou Sendivogius.
A part le premier, Caspar Hartung vom Hoff, dont nous
traduisons un texte de 1549, tous se placent dans la mouvance
paracelsienne: qu'il s'agisse de Gerhard Dorn dont nous
présentons un traité rédigé dans les années 70, L'Aurore des
Philosophes, ou bien de trois anonymes, L'Apocalypse d'Hermès, Le
Secret magique, De la lumière de la nature. Dans une quatrième
section, nous présentons l'oeuvre d'un inconnu, Franciscus Kieser,
qui publie en 1606 sa Kabbale chimique.
Pour analyser et pour comprendre la richesse et la beauté de la spiritualité alchimique, la méthode la plus appropriée est la lecture
patiente et fouillée, le lent décryptage des textes. Trop nombreuses
ont été en la matière les généralisations et les mystifications. Dans
notre préface, nous voulons repérer, isoler avec le plus d'exactitude
possible, avant d'entrevoir leur cohérence, les thèmes et les
structures dans l'oeuvre de ces spirituels qui sont, comme le disait

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14 ALCHIMIE
Langlet-Dufresnoy, « les plus illustres rêveurs dont l'humanité ait
connaissance ». Pour la clarté de l'exposé, nous divisons notre
présentation en trois parties. Nous essayons d'abord, après avoir
replacé nos textes dans leur temps et dans l'histoire de l'alchimie,
de définir les tâches qu'assignent à leur science nos auteurs
allemands du XVIe siècle; nous intitulons cette section: k
ministère de l'alchimiste. Nous décrivons ensuite la vision de la
nature qui sous-tend la réflexion. Dans un troisième moment,
nous essayons de dégager ce que nous appelons: la maîtrise
spirituelle du monde. Le mystique se détourne des choses pour
tenter de s'absorber en Dieu. L'alchimiste, lui, se consacre aux
choses, parce qu'il sait qu'elles vont vers Dieu, et parce qu'il les fait
aller vers Dieu.

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I.
Le ministère de l'alchimiste

Dans l'évolution de l'alchimie européenne, les historiens distinguent le plus souvent deux sommets, séparés non par des
dépressions, mais par une ligne de crête continue. Le premier se
situe au XIIe et surtout au XIIIe siècles, lorsque la tradition sous-
jacente en Occident s'enrichit de l'apport arabe. Pensons aux
autorités spagiriques du XIIIe siècle, aux traités parus sous les noms
d'Arnaud de Villeneuve, d'Albert le Grand. de Roger Bacon, de
Thomas d'Aquin, de Raimond Lulle. Le second sommet, lui, date
du siècle de la Renaissance, de la Réforme et de la Contre-
Réforme. Il concerne l'Europe entière, l'Italie d'Augurelli,
l'Angleterre de John Dee, la Pologne de Sendivogius, la France de
Nuysement et de Rémy Belleau. En Allemagne, à coup sûr, la
forêt alchimique offre les taillis les plus denses et les futaies les plus
belles. Au XVe siècle, l'attitude à l'égard de la pierre était devenue
réticente, voire agressive: dans La Nef des fous de Sebastian Brant,
les faiseurs d'or sont en bonne place. Au XVIe siècle, surtout dans
la seconde moitié du siècle, après la paix religieuse d'Augsbourg, la
situation se renverse. L'Allemagne connaît un véritable raz de
marée spagirique.
Signalons quelques échos de cette renaissance. La quasi-totalité des grandes anthologies qui nous permettent aujourd'hui de
reconstituer l'histoire de la science du grand Oeuvre date des
années de la Contre-Réforme. La plus célèbre est certainement ce
Theatrum chemicum dont le rideau se lève en 1602. Les six tomes
latins ne paraissent pas dans une officine de seconde zone, mais
aux frais d'un des plus grands éditeurs du siècle, le Strasbourgeois

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Textes
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1.
Caspar Hartung vom Hoff: Petit livre sur l'art
Au respectable, noble et au très instruit en Dieu sieur Wilhalb Guntzhoffer, prieur de Kreych, moi, Caspar Hartung vom Hoff (1),
j'ai dédié ce petit ouvrage philosophique (2), qui recèle une pratique
de qualité, éprouvée et expérimentée par les moyens de l'art, en
même temps que l'explication du genre naturel, avec un prologue
et des figures. 1549.
Respectable et noble révérend, hautement instruit en Dieu, voici la très fraternelle prière que je vous adresse: acceptez mon
petit ouvrage de bonne grâce et de plein gré, car je ne veux
vraiment d'aucune manière, pour le tout comme pour le détail,
ménager mon zèle, et puisque Dieu veut bien me placer en cet
état, puisqu'il me l'a enjoint, je veux exécuter mon travail avec
l'aide de Dieu, et de tout mon zèle, et le mener à joyeuse fin.
Or, voyant et ayant vu quel amour et quel intérêt l'on porte à cet art fort célèbre, mystérieux et divin -- les princes et les
seigneurs, les nobles et ceux qui ne le sont pas, ceux dont l'état est
élevé et ceux dont l'état est humble -- considérant qu'ils n'ont pu
accéder à la moindre vérité parfaite, qu'ils ont fini effroyablement,
tristement, et que l'unique responsable est leur incompétence, je
dis ceci: puissent-ils comprendre ce que la nature peut endurer et
ce qu'elle ne peut endurer, penser qu'un laxatif n'a aucun effet sur
un homme mort, que l'homme possède une nature, nature à
laquelle l'art vient en aide, pour qu'il se chauffe ou pour qu'il se
nourrisse bien. Lorsqu'un homme se vante, se targue, comme c'est
fort souvent le cas, de pouvoir, en partant du sel nitre, du sel, de
l'alun, du vert-de-gris, du vitriol, de l'orpiment, de la tuthie (3), de

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68 ALCHIMIE
l'arsenic, de l'ammoniac, de l'antimoine, blanchir un élixir au
point de réaliser une teinture qui transforme tous les métaux en
bon argent, je prétends qu'il s'agit d'une impossibilité, car les
natures sont différentes. Il est aussi difficile de faire de l'or et de
l'argent en pratiquant de telles recettes qu'il est difficile de
transformer une souris en vache laitière, pour un bon caillé. Il faut
prêter attention à la nature des corps, avant de les ramener à
l'unité. Arnaud de Villeneuve écrit: Rien ne donne ni le blanc, ni
le rouge, sinon par sa blancheur et par sa rougeur. Les espèces
n'ont elles non plus rien à voir dans l'affaire, comme le pensent les
sophistes, qui veulent recourir à l'atrament, à la calamine, à la
magnésie, à l'hématite, à l'urine d'enfant, ou au sang de bouc.
Raimond Lulle s'exprime ainsi: Notre art ne se trouve point dans
une multitude de choses, mais en une chose unique. Johannes
Leczen (4) dit que notre pierre est issue d'une chose unique, qui a
une âme vivante et qui provient des mines; bien qu'elle soit
désignée par trois noms, corps, ame et esprit, elle est unique. Pour
plus de clarté, il me faut commencer, à la grâce de Dieu, et comme
il convient, puis poursuivre mes expériences, apportant des
arguments honnêtes, désirables et philosophiques, m'appuyant sur
la lettre de l'Ecriture sainte et d'autres philosophes.
Le début de tout, c'est la Genèse, et le premier chapitre de Jean: Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, et la terre
était vague et vide, et les ténèbres couvraient l'abîme; l'Esprit de
Dieu planait sur les eaux. Et: Au commencement, le Verbe était,
et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu, il était au
commencement avec Dieu. Tout fut par lui et sans lui rien ne fut.
De tout être il était la vie, et la vie était une lumière des hommes et
la lumière luisait dans les ténèbres, et les ténèbres n'ont pu
l'atteindre. Citons aussi le psaume 139: Où irai-je loin de ton
esprit, où fuirai-je loin de ta face? Si j'escalade les cieux, tu es là,
qu'au shéol je me couche, te voici. Le psaume 29 dit: Rapportez à
Yahvé gloire et puissance, adorez Yahvé dans son parvis de
sainteté. Clameur de Yahvé sur les eaux. Le Dieu de gloire tonne:
Yahvé sur les eaux innombrables.
C'est ainsi que Dieu se mit à créer tout ce qui est dans le ciel sur terre et sous terre, en donnant à chaque nature sa nature
semblable, comme nous lisons aussi au septième chapitre de la
Genèse, quand Dieu dit à Noé: Entre dans l'arche, toi et toute ta
famille. Ainsi Dieu lui ordonne de faire monter dans l'arche des

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Petit livre sur l'art 69
animaux de chaque espèce, pure et impure, afin que chaque espèce,
au terme de la colère divine, engendrât un mâle et une femelle qui
lui soient semblables. De même nous lisons au 31e chapitre de
l'Exode que Dieu désigna Béçaléel, fils de Uri, fils de Hur, de la
tribu de Juda, et qu'il le combla de l'Esprit de Dieu, lui
départissant sagesse, intelligence et connaissance, afin de concevoir
par l'art toutes sortes d'oeuvres en or et en argent. C'est ainsi que
Dieu dota l'homme, qui désira alors sagesse et intelligence: afin
que, selon sa promesse, pour l'amour de l'Écriture sainte et de ses
prophètes, nous, qui avons foi et confiance en ses dires, recevions
l'éclat de la lumière qui est dans les ténèbres, et afin que nous soit
révélé ce qui est caché. C'est ce que Salomon dit aussi au septième
chapitre du livre de la Sagesse: C'est Dieu qui m'a donné la
science vraie de ce qui est, qui m'a fait connaître la structure du
monde et les propriétés des quatre éléments, le début, la fin et le
milieu des temps, l'alternance des solstices et la succession des
saisons, le déroulement de l'année et les positions des astres, la
nature des animaux et les instincts des bêtes sauvages, le pouvoir
des vents et les pensées des hommes, les vertus des racines. Tout
ce qui est caché, tout ce qui se voit, je l'ai appris; car c'est
l'ouvrière de toutes choses qui m'a instruit, la Sagesse! Et Salomon
ajoute au chapitre 16 des Proverbes: C'est le Seigneur Dieu qui a
oeuvré tout et chaque chose (5).
Ainsi l'on prouve véritablement par l'Ecriture, et indubitablement, que toute la philosophie exposée par Salomon dans les
passages précédents lui vient de la révélation de l'unique Esprit de
Dieu, et pour le service de Dieu. Cette constatation met un terme
rapide à la première partie du présent livre: en effet, après avoir au
début perdu mon temps six ans durant dans la sophistique inutile
et mondaine, et après avoir ensuite passé cinq ans à Spire dans
l'ordre de l'école florissante de Spire (6), j'ai repoussé tous les livres
inutiles, vains, erronés, pleins de fausses recettes et d'inutiles
disputes, et j'ai supplié Dieu de m'accorder sagesse; intelligence et
connaissance, de me permettre d'entrer dans le jardin des sages,
afin d'y rattraper le temps perdu et de trouver la chose de toutes
les choses, ce trésor caché dans le champ dont parle Christ au
treizième chapitre de Matthieu, en même temps que les perles
fines. Ainsi Christ dit en ce même chapitre que tout scribe devenu
disciple du royaume des cieux est semblable à un propriétaire qui
tire de son trésor du neuf et du vieux. De même il laisse le Siracide

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70 ALCHIMIE
terminer son livre par cette prière, qui constitue le 51e chapitre de
l'Ecclésiastique: Approchez-vous de moi, ignorants, mettez-vous
à l'école. Ce qui vous plaît, vous pouvez ici l'apprendre, car
certainement, vous êtes très assoiffés. J'ai ouvert la bouche pour
apprendre, réfléchissez et achetez la sagesse sans argent, mettez
votre cou sous le joug, laissez-vous instruire, elle est tout près
maintenant. Regardez-moi, j'ai peiné un moment et grande a été
la consolation que j'ai trouvée. J'ai levé vers elle un regard sérieux
et étonné, et nous devînmes dès le début un coeur unique, je l'ai
trouvée dans la pureté, mon coeur la réclamait, et j'ai obtenu un
bon trésor, acceptez donc cet enseignement comme un gros trésor
d argent, conservez-le comme un gros tas d'or, réjouissez-vous de
la miséricorde de Dieu, n'ayez pas honte de sa louange, faites ce
qu'on vous ordonne, et puisque vous avez le temps, il vous
récompensera bien en son temps. Quant à moi, pour remplacer et
pour rattraper le temps perdu, je veux maintenant y consacrer le
travail de mes mains et de mon esprit afin de puiser par le,
commandement de Jésus-Christ le mérite futur de la gloire
éternelle et afin de trouver l'aide divine pour la vie éternelle. Par
l'infusion de l'Esprit Saint, j'ai vu et j'ai expérimenté une chose
possible, j'ai compris l'utilité que je percevais dans la philosophie,
et le Dieu miséricordieux a fini par me révéler le sens, afin que j'en
fisse la révélation aux pauvres hommes pleins de recueillement qui
suivent les paroles du saint Evangile, aux prophètes de Dieu qui
prophétisent sur le mystère de tous les mystères. Médecine qui
guérit toutes les maladies aussi bien humaines qu'animales et
bestiales, sans exception, mais aussi toutes les maladies de toutes
plantes, de toutes racines, de tous les arbres. Bref, médecine qui
revigore et qui maintient en vie toutes choses jusqu'à l'heure et
jusqu'au terme que Dieu leur a fixés. Aussi supplié-je le Dieu
tout-puissant qui m'a révélé bien des mystères de la philosophie, à
moi vil et indigne pécheur, humblement et de toutes mes forces,
qu'il ne laisse pas ce présent livre tomber entre les mains ou au
pouvoir des méchants, des indignes, des tyrans avides, qui
voudraient s'en servir pour acquérir des lieux et des biens
terrestres, sans rien concéder, selon la volonté de Dieu, aux autres
hommes bienheureux et vertueux.
Mais je le supplie de le remettre aux vertueux, charitables, vigilants, sincères et profondément croyants: ainsi je remets ce
livre en main propre à mon Seigneur Dieu et à Jésus-Christ son


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Table des matières

PRESENTATION . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1. Le ministère de l'alchimie . . . . . . . . . . . . . 15 2. La vision de la nature . . . . . . . . . . . . . . . 28 3. La maîtrise spirituelle du monde . . . . . . . . . . 44

TEXTES

I. Caspar Hartung. Petit livre sur l'art. . . . . . . . 67 II. Gerhard Dorn. L'Aurore des philosopHes. . . . . . . 87 III. Anonymes. L'Apocalypse d'Hermès . . . . . . . . . . . . . . . . 139 Le secret magique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147 De la lumière de la nature. . . . . . . . . . . . . . 173 IV. Franciscus Kieser. La Kabbale chimique. . . . . . . 185

NOTES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221
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Ouvrages déjà parus dans la collection

1. Thomas MERTON: Zen, Tao et Nirvâna.
Une suite de pénétrantes études, par un moine chrétien, sur l'esprit et la contemplation dans le Taoïsme et le Bouddhisme (particulièrement l'école Tch'an ou Zen), confrontés avec la mystique catholique.
2. Miguel MOLINOS: Le Guide Spirituel.
Réédition de la « bible », du quiétisme, depuis longtemps devenue introuvable, qui exerça une si grande influence au XVIIe et au XVIIIe siècle. Oeuvre mal connue, elle est inséparable des écrits de Fénelon et de Mme Guyon.
3. E.-Alexis PREYRE: Le Doute Libérateur.
Se présentant comme un journal, un itinéraire spirituel insolite où voisinent de pénétrantes réflexions sur la vie intérieure et des extraits d'auteurs appartenant à tous les temps et à toutes les traditions.
4. Julius EVOLA: Le Yoga tantrique.
L'exposé le plus complet et le plus sérieux que nous ayons sur les fondements métaphysiques et les pratiques du Tantrisme, cette doctrine qui, d'après la tradition hindoue, est celle qui permet encore aujourd'hui une authentique réalisation spirituelle.
5. MILAREPA: Ses Méfaits, ses Épreuves, son Illumination.
Autobiographie du célèbre maître tibétain du XIe siècle, traduite du tibétain par Jacques Bacot. Un des plus grands documents spirituels de l'humanité, décrivant l'expérience mystique dans ce qu'elle a de plus intime et de plus concret. La meilleure introduction qui soit pour comprendre ce que fut le Tibet.
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236 Ouvrages déjà parus dans la collection
6. LIN-TSI: Entretiens
Première traduction en une langue occidentale de l'un des livres essentiels de la secte bouddhique tch'an (zen). Lin-tsi (japonais: Rinzai) est le fondateur de la branche du zen utilisant les fameux kobans. Traduction et commentaires par Paul Demiéville.
7. Henrich ZIMMER: Le Roi et le Cadavre.
Ni étude ni exégèse mais un recueil de contes mythologiques puisés dans les traditions de l'Inde, de l'Irlande et de l'Islam. Entrelacés de commentaires métaphysiques, cosmologiques et psychologiques, l'auteur nous fait assister aux luttes pour la reconquête de notre intégrité perdue.
8. Jacob BOEHME: Confessions.
Toute la doctrine de Boehme, aujourd'hui d'une si grande actualité, exposée par des textes choisis et commentée par Alexis Klimov. Une étude par le même spécialiste les accompagne: Le Philosophe teutonique ou l'Esprit d'aventure. Plusieurs esquisses biographiques par des témoins ayant connu Boehme figurent en appendice.
9. Choghyam TRUNGPA: Méditation et Action.
Recueil de causeries par un authentique moine tibétain, exposant sans érudition superflue la pratique de la méditation « vide », suivant l'approche lamaïque où l'action ne se sépare jamais de la vie intérieure.
10. Guiseppe TUCCI: Théorie et Pratique du Mandala.
Exposé détaillé des aspects métaphysiques et psychologiques des mandala psycho-cosmogrammes jouant un rôle déterminant dans les pratiques de méditation bouddhiques indiennes et tibétaines.
11. Hatha-yoga-pradipiba.
Traduit du Sanskrit, le plus ancien et le plus complet traité de Hatha- yoga, avec les commentaires de Brahmananda. Une longue et pénétrante étude sur toute la tradition yogique, par Tara Michaël,
12. DOV BAER DE LOUBAVITCH: Lettre aux Hassidim sur l'Extase.
La première traduction en français des instructions d'un maître du hassidisme, l'école mystique juive qui fit revivre au XVIIIe siècle les enseignements séculaires de la Cabbale.
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Ouvrages déjà parus dans la collection 237
13. SRI AUROBINDO: Le Secret du Véda.
Une clé pour comprendre l'un des plus anciens textes sacrés de l'humanité: le Rig Véda. Le maître de Pondichéry propose la première interprétation absolument cohérente de cette toile de fond de la sagesse et de la pensée indiennes.
14. SOHRAVARDI: L'Archange empourpré.
Quinze traités et récits mystiques, traduits du persan et de l'arabe, présentés et annotés par Henri Corbin. Réunis pour la première fois, ces textes présentent la doctrine des Platoniciens de Perse qui voulurent ressusciter la « philosophie de la lumière » des sages de la Perse préislamique. Cette école s'est perpétuée en Iran jusqu'à nos jours.
15. Haïku.
Précédée par une préface de Yves Bonnefoy, et traduite par Roger Munier, la première anthologie de haïku publiée en français. Beaucoup plus qu'un poème sur l'instant, le haïku propose une expérience spirituelle qui s'identifie à celle du satori, de l'illumination.
16. Antonio PORCHIA: Voix.
Homme simple et qui exerça divers métiers manuels, A. Porchia (1886-1968) n'écrivit qu'un seul livre, issu de cette vie même dont il consigne l'expérience extrême. Préfaçant ce Recueil de maximes qui ne relèvent d'aucune tradition mais atteignent un sorte de vérité immobile. J.-L. Borges écrit que l'on y « sent la présence immédiate d'un homme et de son destin ».
17. Toshihiko IZUTSU: Le kôan Zen.
Par un spécialiste d'histoire des religions, un essai sur les aspects fondamentaux du bouddhisme zen tels qu'ils s'expriment dans le monde étrange des kôans et des mondôs.
18. Jacques MASUI: Cheminements.
Notés au fil des années, ces « fragments » retracent l'itinéraire spirituel de Jacques Masui qui dirigea la collection Documents spirituels jusqu'en 1975. Ces textes sont suivis de « Souvenir de Jacques Masui » par Henri Michaux.
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238 Ouvrages déjà parus dans la collection
19. W.B. YEATS: Vision.
Clé pour comprendre l'oeuvre de Yeats, ce texte en prose écrit dans une langue magnifique constitue selon le critique anglais C. Brooks « la tentative la plus ambitieuse d'un poète pour créer un mythe ».
20. TRIPURARAHASYA: La doctrine secrète de la déesse Tripura.
Traduit du sanskrit par Michel Hulin, ce dialogue entre un maître spirituel et son disciple expose une philosophie originale qui opère la synthèse du Vedanta non-dualiste et de certains courants tantriques.
21. Alain DANIELOU: Shiva et Dionysos.
Pour Alain Daniélou, l'Occident a perdu sa propre tradition et éloigné l'homme de la nature et du divin. Il nous fait découvrir ici que les rites et les croyances du monde occidental ancien sont très proches du Shivaïsme et très aisément expliqués à l'aide des textes et des rites préservés dans l'Inde.
22. Roberto JUARROZ: Poésie verticale.
Pour Roberto Juarroz, « un grand poète d'instants absolus », selon Octavio Paz, c'est à la faveur d'un regard vertical que les choses de la surface prennent figure. Chacun de ces courts poèmes est donc une sorte de parcours où R. Juarroz éclaire le réel et parle en termes universels du destin de chacun.
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di ------------------------- Achevé d'imprimer le 10 septembre 1980 sur les presses de l'imprimerie Carlo Descamps pour le compte de la librairie Arthème Fayard 78 rue des Saints-Pères à Paris
ISBN 2-213-00920
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N° d'édition: 6063 N° d'impression:
Dépôt légal: 4e trimestre 1980 H/35-6690-8
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HEINRICH ZIMMER Le Roi et le Cadavre
JACOB BOEHME Confessions Préface d'Alexis Klimov
CHOGYAM TRUNGPA Méditation et Action
GIUSEPPE TUCCI Théorie et Pratique du Mandala
Hatha-Yoga Pradipika Traité sanskrit de Hatha-Yoga traduit et préfacé par Tara Michaël
DOV BAER DE LOUBAVITCH Lettre aux Hassidim sur l'extase Introduction et notes par Louis Jacobs
SRI AUROBINDO Le Secret de Véda Introduction par Jacques Masui
SOHRAVARDI L'Archange empourpré Traduit du persan et de l'arabe et commenté par Henry Corbin
Haiku Préface de Yves Bonnefay Version française de Roger Munier
ANTONIO PORCHIA Voix Traduit de l'argentin par Roger Munier
TOSHIHIKO IZUTSU Le koân zen Essai sur le bouddhisme zen
JACQUES MASUI Cheminements Post-face par Henri Michaux
WB. YEATS Vision Traduit de l'anglais par Léon-Gabriel Gros
TRIPURARAHASYA La doctrine secrète de la déesse Tripura Traduction, introduction et notes par Michel Hulin
ALAIN DANIÉLOU Shiva et Dionysios
ROBERTO JUARROZ Poésie verticale Traduit de l'espagnol par Roger Munier
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Depuis longtemps déjà, la signification spirituelle de la tradition alchimique n'est plus contestée. La période hellénistique,
l'apogée arabe, l'Europe du Moyen Age et de la Renaissance
perpétuent par l'alchimie, parallèlement aux grandes
orthodoxies, une réflexion originale et cohérente sur la matière
et sur l'esprit.
Cette réflexion connaît une véritable floraison spéculative dans les Allemagnes de la seconde moitié du XVIe siècle. Entre
Paracelse et Jacob Böhme, une lignée de chercheurs étudie avec
un remarquable degré de conscience les grandes questions qui
préoccupaient les esprits de cette époque: la vie angoissée de
la matière; sa transmutation et son accession à la lumière; le
rôle de l'alchimiste dans la spiritualisation de la nature.
Nous avons tenu à redonner vie à quelques témoignages oubliés de ce crépuscule, qui est aussi une nouvelle aurore de
l'alchimie. Il s'agit au plus haut titre de « documents spirituels ».
En pétrissant la matière, en surveillant le régime du feu, c'est
l'esprit que nos « labourants » veulent rencontrer. Le mystique
se détourne des choses pour tenter de s'absorber en Dieu.
L'alchimiste, lui, se consacre aux choses, parce qu'il sait qu'elles
vont vers Dieu, et que son art est de les incliner vers Dieu.
Ancien élève de l'école normale supérieure, professeur à l'université de Paris X Bernard Gorceix se consacre à l'étude
de la mystique, de l'alchimie, de la philosophie de la nature,
entre le Moyen Age et l'âge moderne, en Allemagne tout particulièrement.
Il a traduit Paracelse et Böhme, commenté les
premiers écrits des Rose-Croix, redécouvert des théosophes
oubliés, présenté la littérature mystique baroque de langue
allemande.

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80-X I.S.B.N. 2-213-009201 H/35-6690-8 9 782213 009209 @

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