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Réfer. : AL1200
Auteur : Klossowski de Rola, Stanislas.
Titre : Alchimie.
S/titre : Florilège de l'Art secret.

Editeur : Editions du Seuil. Paris.
Date éd. : 1974 .


**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****
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A L C H I M I E
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STANISLAS KLOSSOWSKI DE ROLA

A L C H I M I E florilège de l'art secret

augmenté de La Fontaine des Amoureux de Science par Jehan de la Fontaine (1413)




EDITIONS DU SEUIL
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DANS LA MEME SERIE

L'ARBRE DE VIE par Roger Cook
ASTROLOGIE par Warren Kenton
LE CORPS SUBTIL par David Tansley
LA CREATION par David Maclagan
LA DANSE SACREE par Maria-Gabriele Wosien
L'ESPRIT DE LA TERRE par John Michell
MAGIE par Francis King
MYSTERES CELTES par John Sharkey
LES REVES par David Coxhead et Susan Hiller
LE SOUFISME par Laleh Bakhtiar
TANTRA par Philip Rawson
TAO par Philip Rawson et Laszlo Legeza

La série ART AND IMAGINATION est réalisée chez Thames
& Hudson sous la direction de Jill Purce.



Le texte français de cette édition a été établi par l'auteur : il
n'est pas une traduction des éditions anglo-saxonnes de ce livre.
Couverture : Dame Alchimie, détail d'un manuscrit du XVe s.
(recto); Le Lion vert, page d'un manuscrit du XVe s. (verso).

Titre de l'édition anglaise : ALCHEMY, The Secret Art.

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction
réservés pour tous les pays, y compris l'U.R.S.S.
(C) 1973, Thames and Hudson Ltd., Londres.
(C) 1974, Editions du Seuil pour l'édition française.

La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées
à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction
intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce
soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est
illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425
et suivants du Code pénal.

Imprimé aux Pays-Bas. Dépôt légal : 1er trimestre 1974, n° 3345.2.
ISBN 2-02-002931-6.

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INTRODUCTION






La plupart des dictionnaires et des encyclopédies modernes contribuent à renforcer l'opinion couramment répandue selon laquelle l'alchimie n'est qu'une science chimérique
dont les « folles rêveries » ont pour but la transmutation du plomb en or. Tout en se gaussant
de ces risibles ambitions médiévales, les savants auteurs concèdent toutefois à cette
« science empirique » le titre d'ancêtre de la chimie. L'alchimie se passe d'autant plus volontiers
de cette filiation qu'une telle désignation ne constitue au demeurant qu'une erreur
supplémentaire, s'ajoutant à la trame tissée par l'ignorance et brodée par la stupidité d'un
académisme aussi présomptueux que pédant. D'une manière paradoxale, cependant, nous
pourrions admettre la souche alchimique de la chimie en définissant celle-ci comme « la
science des effets substantiels »; son auguste ancêtre serait alors très précisément « la
science des causes essentielles ».
Cette antique et profonde science des causes essentielles a été longtemps et fort injustement exilée aux frontières de l'oubli et de l'incompréhension. Nous espérons donc, par ces
quelques pages, contribuer à dissiper les préjugés qui l'entourent et à mettre en lumière
certains aspects déterminants quant à la véritable nature de l'alchimie
Nous avons cru également important de soumettre à la curiosité du néophyte ainsi qu'à l'érudition de l'amoureux de science un florilège d'images glanées dans les collections de
quelques-unes des principales bibliothèques européennes. Ces images dont beaucoup n'ont
jamais été reproduites ne constituent d'ailleurs qu'une infime partie du vaste trésor iconographique
des alchimistes.
Nous tenons à saluer au passage les admirables travaux de recensement accomplis par l'historien d'art belge Jacques van Lennep, qui fut l'un de nos distingués prédécesseurs en
« terre d'Hermès ». Son intéressante étude de l'iconographie hermétique et de ses influences,
Art et Alchimie (Editions Meddens, Bruxelles, 1966), est complétée par une somme considérable
de notes et une judicieuse bibliographie dont nous lui fûmes grandement redevable.
Nous nous empressons cependant d'ajouter que nous ne sommes ni historien ni historien
d'art, et que nos recherches et nos travaux sont inspirés avant tout par le charme puissant
qu'exerce depuis longtemps sur nous l'alchimie traditionnelle.
Nous nous sommes naturellement référé aux célèbres traités des Adeptes de tous les temps et nous avons consulté les ouvrages de Grillot de Givry, Claude d'Ygé, René Alleau et
Eugène Canseliet. Il est enfin de notre devoir d'exprimer notre reconnaissante admiration
pour l'oeuvre magistrale du Grand Adepte contemporain Fulcanelli. Nous conseillons
vivement au lecteur qui s'intéresse à l'alchimie de lire le Mystère des cathédrales et
surtout les Demeures philosophales (réédités en 1973 chez Jean-Jacques Pauvert) il
y trouvera un trésor d'érudition et d'hermétique sagesse.

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... Et par ainsy puisque j'ay entreprins traitter la declaration, et vraye methode de cette Science (communement appellée Alchimie) je devois commencer par sa Definition, pour mieux déclarer la propriété des termes d'icelle. Mais je les renvoyeray volontiers aux Auteurs, qui nous ont précédé; lesquels s'estans mis en devoir d'en bailler certaine definition; ont esté contraints confesser, qu'il est impossible d'en donner; comme témoignent les écrits de Morien, Lilium et plusieurs autres. A raison dequoy ils en ont assigné en leurs livres diverses et variables descriptions, par lesquelles ils montrent les effets de nostre science; pour ce qu'elle n'a point des principes familiers, comme ont toutes les autres sciences. (Denys Zachaire, Opuscule.)
Si la fugace Alchimie répugne à se laisser aisément cerner et définir, c'est qu'elle est à la fois Science sacrée, Philosophie hermétique et Art secret; et qu'elle détient toujours la clef des mystères de l'univers. Car, dissimulés aux détours obscurs de ses textes ésotériques, voilés par la subtilité de ses figures hiéroglyphiques, se trouvent les moyens de pénétrer jusqu'au coeur des secrets de la Nature, de la Vie, de la Mort, et de conquérir les arcanes de l'Absolu. « L'Alchimie n'est pas tant seulement un art ou science pour enseigner la transmutation métallique », nous assure Pierre-Jean Fabre (1), « mais une vraye et solide science qui enseigne de cognoistre le centre de toutes choses, qu'en langage divin l'on appelle l'Esprit de vie ». Empressons-nous cependant de préciser que, si la transmutation des métaux n'est pas le but final du Grand Oeuvre, il est néanmoins certain qu'elle y joue un rôle capital et absolument indispensable, dès lors que le Grand Oeuvre est une réalisation à la fois spirituelle et matérielle. Le caractère simultané de ce double aspect a, malheureusement, été souvent négligé par les commentateurs. Certains auteurs, en effet, ont insisté principalement et presque exclusivement sur le caractère psychologique du symbolisme; tandis que d'autres, au contraire, se sont évertués à recueillir preuves et témoignages historiques afin de prouver (ou de nier) la réalité des transmutations alchimiques. Il est donc essentiel, pour éviter de se tromper, de constamment se rappeler les correspondances qui existent entre le visible et l'invisible, le haut et le bas, la matière et l'esprit. Il ne faut point négliger ni méconnaître les différentes analogies établies entre les planètes et les métaux. Ses caractéristiques physiques font de l'or le soleil de la matière. L'or a toujours représenté pour les alchimistes le symbole de la sublime perfection à laquelle ils aspiraient en « aidant » les métaux imparfaits à atteindre l'état béni de l'inaltérable résurrection : «... Dieu avoit au comansemant crés toutes choses bonnes et parfaites, mais la chute de l'Homme introduisant avec elle les maladies et finalement la mort introduisit aussy la maladie et la mort des metaux, ces surquoy s'excuse issy la nature et les empechemant qu'elle met en avant sont les maladies des metaux imparfaicts, qui n'est autre chose qu'une humidité superflue aderante au mercure et un soufre combustible se tenant au soufre naturelle et inconbustible, ors tans que ces deux superfluités demeurent les metaux sont malade perise et murent finament (2)... » Plus loin l'auteur ajoute : « Sy bien que cette crase causant l'imperfection des metaux empesche que la nature ne peu du premier coup en fair de l'or. La tradition hermétique considère que la Nature aidée par l'Art peut laver la tache obscure

1. Pierre-Jean Fabre, Les Secrets Chymiques, Paris, 1636. 2. Manuscrit anonyme de la Bibliothèque apostolique vaticane, intitulé Le trezor des trezors du sieur Christoffe de Gamon (XVIIe siècle), Vat. Lat. 8222. Au moment de mettre sous presse, Eugène Canseliet nous signale amicalement que l'auteur du commentaire est Henri de Linthaut.
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qui empêche la Matière de s'épanouir selon son parfait principe ou archétype parfait que
toute chose possède dans l'Absolu. Ce n'est qu'en combattant pour la délivrer que l'alchimiste
sera lui-même délivré de l'imparfaite condition humaine, sujette à la maladie, à la
vieillesse et à la mort. « Il faut, écrit Hermès en son quatrième Traité, connoistre nostre
divine et précieuse Pierre, laquelle crie incessament, deffends moy, et je t'aideray, rend moy
mon droit et je te secouriray » (D. Zachaire, Opuscule). C'est à cette mutuelle interdépendance
de l'homme et de la matière que nous faisions allusion plus haut. C'est elle qui rend
capital tout le processus de la quête du Graal alchimique. Car le Grand Oeuvre n'est autre,
en définitive, que la restauration de l'Etat divin primordial et la rédemption universelle
de tous les êtres et de toutes les choses. C'est ce sublime idéal qu'ont de tout temps poursuivi
les vrais alchimistes qui, dédaignant richesses et honneurs, prenaient la route de Compostelle.
Dès lors que la Voie est réservée à l'être d'exception, on peut aisément concevoir que son enseignement ne soit pas à la portée du premier venu. Il est donc pour le moins surprenant
que des auteurs non initiés (quelle que fût leur érudition dans d'autres branches) se soient
permis de porter un jugement de valeur sur l'alchimie, voire de la vilipender. Serait-il
raisonnable de déclarer absurde un ouvrage de physique nucléaire lorsque l'on ne connaît
ni les fondements ni les principes de cette science ? Serait-il tolérable de rejeter comme inepte
une langue dont on ignore et la grammaire et la syntaxe ?
« L'obscurité philosophique » et « le silence mystérieux » des alchimistes répondent à des raisons précises qui, échappant aux hommes, les irritent : « Ils déclament et fulminent
contre cette obscurité, et s'emportent à dire mille injures et à faire mille imprécations contre
nous qui en sommes les auteurs : ils nous appellent fourbes, menteurs, ignorans et enfans
de ténèbres. Ils disent que nous nous servons de cette obscurité, comme d'un voile et d'un
prétexte pour couvrir notre ignorance et notre imposture. Si nous avions écrit obscurément
de notre science à dessein de l'enseigner clairement à tout le monde, il est certain que l'on
auroit raison de nous faire ces reproches. Mais nous sommes bien éloignés de promettre
un si grand éclaircissement de notre doctrine; au contraire, nous disons et nous avertissons
très sincèrement, que nous n'avons jamais eu l'intention d'écrire que pour les fils de la
sciende seulement ; c'est-à-dire, pour ceux, qui par leur vertu, ont acquis la connoissance de
notre premier Mercure; et qu'à l'égard des autres, nous n'avons voulu ni n'avons dû écrire
autrement, ni moins obscurément que nous avons fait. Quel sujet donc de nous blâmer de
notre obscurité, puisqu'il n'y a que ceux qui ne nous entendent pas, qui nous blâment, et
que ce n'est pas pour ceux qui ne nous peuvent entendre, que nous avons écrit. Pourroit-on,
avec justice, trouver à redire qu'un homme qui, par la bénédiction que Dieu auroit donnée
à son industrie et à son travail, ayant légitimement amassé de très-grandes richesses, qu'il
tiendroit soigneusement cachées, laissât toutes ces richesses à ses enfans seulement, qui
auroient seuls la connoissance du lieu où il les auroit mises, et qui sauroit qu'ils en feroient
bon usage ? Pourroit-on, dis-je, blâmer cet homme, de laisser par son testament ce trésor
à ses enfans, à l'exclusion de tous les autres hommes (1)? »
Cette forme ésotérique de transmission répondait à plusieurs impératifs précis. Il y avait d'abord le souci de préserver l'antique sagesse traditionnelle des inévitables altérations
subies par les doctrines exotériques. En second lieu l'absolue nécessité d'empêcher que la
connaissance de forces formidables ne tombât entre les mains de personnes suspectes. Un
alchimiste chinois, Fo-Hi, remarque à ce propos que l'on doit s'assurer avant de travailler


1. Le Grand Oeuvre dévoilé en faveur des enfans de la lumière, traduit du chaldaïque par M. Coutan, Amsterdam, Paris, 1775.

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LA FONTAINE DES AMOUREUX DE SCIENCE par Jehan de la Fontaine
Ce poème hermétique, introuvable en librairie depuis un siècle (l'édition la plus récente date de 1861), fut composé en 1413 par Jehan de la Fontaine, natif de Valenciennes, dans le comté
du Hainaut. Le texte de ce grand classique de la littérature alchimique, fréquemment réédité
au XVIe siècle, a été plusieurs fois remanié par des compilateurs peu scrupuleux. Une étude comparative
des différentes éditions démontre cependant l'homogénéité des vers originaux et permet
aisément de déceler les altérations postérieures. Nous reproduisons ici le texte de la très sérieuse
édition lyonnaise de 1618, qui est, de l'avis de tous, la plus fidèle.



Ce fut au temps du mois de May,
Qu'on doibt fouïr dueil et esmay,
Que i'entray dedans vng vergier
Dont Zephirus fut iardinier.
Quand deuant le iardin passoye,
Ie n'estois pas vestu de soye,
Mais de pauures draps maintenu,
Pour n'apparoir en public nu.
Et m'esbattant auec desir
De chasser loing mon desplaisir,
Ouy vng chant harmonieux
De plusieurs oyseaux gratieux.

Adonc ie regarday l'entrée
Du iardin, qui estait fermée.
Mais comme ma veué estima,
Zephirus tost la defferma;
Puis se retira, par effect
Monstrant qu'il n'auoit cela faict.
Et quand ie vis celle maniere,
Ie me tiray vng peu arriere,
Et en apres entray dedans.
Du iour n'auois mangé des dents;
I'auoye grand soif et grand faim,
Mais portais auecq moy du pain
Qu'auois gardé vne sepmaine

Lors apperceu vne fontaine
D'eaue tres clere, pure et fine,
Qui estoit soubs vne aubespine.
Ioyeusement empres m'assis,
Et de mon pain soupes y fis;
Puis m'endormis, apres mangier,
Dedans ce gratieux vergier;
Et, selon mon entendement,
Ie dormy assez longuement,
Pour la plaisance que prenoys
Estant au songe que songeais.
Or pourrez scauoir de mon songe,
Et s'après le trouuay mensonge.

***

Il est vray qu'il me fut aduis
Que deux bell's dames au cler vis,
Semblables à filles de roy
Au regard de leur noble arroy,
Vers moy s'en vindrent doulcement;
Et ie les saluê humblement,
En leur disant : « Illustres dames,
Dieu vous sauf et de corps et d'aines!
Plaise vous à moy vos noms dire;
Ce ne me vueillez esconduire. »

L'vne respond par grand plaisance :
« Amy, i'ay à nom Congnoissance;
Voicy Raison que i'accompaigne,
Soit par monts, par vaux, par campaigne;
Elle te peult faire moult saige. »
Alors entendant ce langaige,
Et cuidant estre resueillé,
D'vng cas fus fort esmerueillé :
Car issir veis de la fontaine,
Qui est tant aggréable et saine,
Sept ruisseaux que veu ie n'auoye,
M'estant couchié en celle voye,
Lesquelz m'auoyent si fort mouillé
Que i'en estoye tout souillé.
Là s'espandoit l'eaue à foison.

Adonc priay dame Raison,
Qui estait auecq Congnoissance,
Me dire la signifiance
De la fontaine et des ruisseaux
Qui sont si plantureux et beaux,
Et à qui estoit le pourpris,
De tous costez bien entrepris,
D'arbres et de fleurs odorantes
Arrousez des eaues courantes,
En sorte que pareils iamais
Ne me semblait auoir veu. -- Mais
Elle me dict tresdoucement :
« Mon amy, tu scauras comment

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PLANCHES

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1. Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, est l'emblème éloquent de l'Unité fondamentale,
éternelle et infinie, de l'Univers et de la Matière. La création part de Dieu pour revenir à Dieu,
s'engendrant et se consommant elle-même en un éternel périple sacré. Ce symbole illustre bien
l'axiome grec EN TO PAN « Tout est un », « Tout est dans tout », qui souvent l'accompagne.
(Synosius, manuscrit copié en 1478 par Theodore Pelecanos, Bibliothèque nationale, Paris,
département des Manuscrits, Ms. grec 2327, f.279.)

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2. Le signe astrologique du Bélier correspond au nom caché de la Matière première ou sujet de
l'Oeuvre. Le loup gris dévorant Mercure indique qu'une purification du sujet semblable à celle
de l'or par l'antimoine doit avoir lieu.
3. Une triple sublimation (par le feu secret) « réduit » le sujet des Sages à son principe radical.
(Speculum veritatis, XVIIe siècle, Bibliothèque apostolique du Vatican, Cod. lat. 7286, f.2,3.)

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4. L'androgyne représente l'union indissoluble des principes opposés de l'Oeuvre. La volatilisation
du fixe (solve) est soulignée par l'aigle aux ailes déployées, tandis que la fixation du volatil
(coagula) est représentée par l'amas d'oiseaux piétinés.
5. La pratique de l'Art (souvent appelé Art de Musique) consiste en la conversion l'un dans l'autre
des Quatre Eléments (non vulgaires) qui se trouvent dans la Matière première. Il faut dissoudre
et coaguler, faire le corps esprit et l'esprit corps, le volatil fixe et le fixe volatil. C'est ce qu'effectue
la Nature aidée par l'Art dans le Vase des Philosophes. C'est l'ensemble de toutes ces choses
que symbolise ce monstre bicéphale et polymorphe. Notons encore que le serpent-archet correspond
à l'Eau mercurielle et le homard au Soufre.
(Aurora consurgens, fin du XIVe siècle, Bibliothèque centrale de Zurich, Cod. rhenovacensis 172.)

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6. La conjonction des Natures est suivie de la séparation des Eléments ou Ténèbres. La terre
devient eau (mercure). L'eau devient vapeur (feu) et c'est ce « feu » qui en retombant sur la terre
blanchit le laiton.
7. Vulcain (le feu secret) incite les oiseaux au vol c'est-à-dire à sept sublimations répétées. La
poule couve, ce qui indique le degré du feu, afin que Mercure devienne Hermaphrodite (double).
(Speculum veritatis, XVIIe siècle, Bibliothèque apostolique du Vatican, Cod. lat. 7286, f.4,5.)

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8. Le Maître prépare la composition, ou mélange, des principes matériels de l'Oeuvre. L'un de ses
aides « sépare le subtil de l'épais », tandis que son compagnon observe la succession des couleurs
qui ont, en alchimie, une importance capitale.
9. Quatre Grands Maîtres alchimistes, Geber, Arnauld de Villeneuve, Rhasis et Hermès Trismegiste
dictent les lois de l'Art. « Broie, broie, broie et broie toujours sans te lasser », dit le premier.
« Qu'il s'imbibe autant qu'il le peut jusqu'à douze fois », dit le second. Le troisième ordonne :
« Autant de fois le corps est imbibé, autant de fois il doit être desséché. » Hermès, enfin : « Brûle
et cuis ce laiton blanc, jusqu'à ce qu'il se fasse germer lui-même. »
(Norton's Ordinall, XVe siècle, British Museum, Londres, Add. 10.302, f.37v.,32v.)

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10. Les Philosophes vénèrent leur mercure, quelques-uns lui offrent de l'or, ce que tous ne font pas.
11. Ici « notre mercure » est débarrassé de ses impuretés extérieures.
(Speculum veritatis, XVIIe siècle, Bibliothèque apostolique du Vatican, Cod. lat. 7286, f.6,7.)

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12. L'alchimiste arabe Senior Zadith consulte un ouvrage quelquefois appelé « Les Tables d'Hermès
», sur la page de gauche duquel on peut voir deux oiseaux se battant, l'un ailé et l'autre
aptère. Cette bataille qui symbolise la volatilisation du fixe contraste avec les « aigles » sagittaires
qui font (entre autres) allusion à la fixation du volatil.
13. Ici s'affrontent les principes contraires de l'Oeuvre, Soleil et Lune, c'est-à-dire Soufre et Mercure
(des philosophes). Le Lion et le Griffon correspondent respectivement au fixe et au volatil;
ainsi la serre du Griffon reposant sur la patte du Lion indique subtilement l'initiale domination
de la femelle sur le mâle.
14. Le Dragon (« notre chaos ») n'est ici vaincu que par son frère et par sa soeur (Diane et Apollon)
c'est-à-dire le Soufre et l'Eau mercurielle qui, en se mêlant à lui, le transformeront afin que s'ouvre
la porte du merveilleux Jardin des Hespérides.
(Aurora consurgens, fin du XIVe s., Bibi. centrale de Zurich, Cod. rhenovacensis 172, f.3,10,36.)

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15. L'oeuf philosophique est ici confié à Vulcain afin que celui-ci le tienne au chaud et qu'ainsi
en naisse le Poulet hermétique.
16. « Notre mercure » tue le Roi c'est-à-dire que le fixe est rendu volatil, tandis que Cadmus transperce
le serpent en le clouant au chêne le volatil est rendu fixe.
(Speculum veritatis, XVIIe siècle, Bibliothèque apostolique du Vatican, Cod. lat. 7286, fo8,9.)

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17. Au livre VI de l'Enéide, Virgile raconte comment, guidé par les colombes de Vénus, Enée
découvrit le Rameau d'Or qui devait lui permettre d'avoir accès aux Enfers. Le Rameau d'Or,
symbole de la matière des Sages ou principe radical de l'Oeuvre, permet d'atteindre les ténèbres
infernales qui sont la Noirceur de la Putréfaction. Pour cela les degrés de chaleur doivent se
succéder aussi régulièrement que ceux de l'échelle. Notons au passage (parmi la singulière richesse
des symboles dont chaque détail de l'image témoigne) la tête blanche du grand oiseau noir qui
signifie que la couleur blanche est issue de la noire, tandis qu'auparavant apparaissent les couleurs
passagères (voir les robes des dames au bas de l'image). La couleur tyrienne dont est revêtu le
personnage principal au premier plan indique la Perfection finale de la Pierre.
(Salomon Trismosin, Splendor solis, XVIe siècle, British Museum, Londres, Harley 3469.)
18. Le Guerrier hermétique est le médiateur salin unissant l'eau ignée et le feu aqueux afin que
des deux « eaux » il n'en soit plus qu'une, qui possède à la fois les qualités de l'une et de l'autre.
Son sabre est une allusion au feu secret des Philosophes tandis que son armure reflète la succession
des couleurs de l'Oeuvre.
(Salomon Trismosin, La Toyson d'Or (version ultérieure de Splendor solis), XVIIIe siècle, Bibliothèque
nationale, Paris, Ms. français, 12.297, f.14.)

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C O M M E N T A I R E S I L L U S T R E'S
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Jean-Daniel Mylius publia en 1622 à Francfort, chez
Lucas Jennis, un important traité intitulé Philosophia
reformata. Cet ouvrage très rare est d'autant plus
précieux pour nous qu'il est orné de nombreuses
gravures traitant avec maîtrise et originalité les thèmes
fondamentaux de l'alchimie traditionnelle. Ces petits
chefs-d'oeuvre de la gravure hermétique eurent beaucoup
de succès auprès d'autres alchimistes qui s'en
servirent pour illustrer leurs propres traités. C'est
ainsi que cette série se retrouve dans l'édition allemande
du Crede Mihi de Northon et dans le Viatorium
Spagyricum de Jamsthaler. Nous avons été en mesure
de reproduire toutes ces illustrations à leur format
d'origine, ce qui n'avait jamais été fait jusqu'ici en
France. Nous n'avons omis qu'une illustration, d'un
format différent et d'ailleurs très souvent utilisée dans
les ouvrages modernes. Chacune de ces gravures mérite

***

autant l'attention admirative que celles des célèbres
ouvrages de Michel Maïer et de Basile Valentin.
Le lecteur y reconnaîtra plusieurs des symboles qui
lui ont été présentés au cours de cet ouvrage : les
quatre éléments, le Lion vert : mercurial dissolvant,
le mercure philosophique ou double mercure, les
oppositions soufre et mercure, fixe et volatil, et leurs
résolutions par les conjonctions : amours et morts,
suivies de résurrections, etc. Il serait dérisoire d'essayer
en quelques lignes d'en faire l'exégèse. Nous rappellerons
donc au lecteur que la vraie connaissance de
cette science s'acquiert par la divine intuition, elle-même
le fruit magique de l'âme imprégnée de Beauté.
(J.D. Mylius, Philosophia reformata, 1622, British
Museum, Londres (département des Imprimés), 1033.
i. 7, p. 96, 107, 117, 126, 167, 190, 216, 224, 243,
262, 281, 300, 316, 354, 359, 361.)

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Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.
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