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Réfer. : AL0911
Auteur : Bernard Husson.
Titre : Anthologie de l'Alchimie.
S/titre : Sciences Secrètes.

Editeur : Pierre Belfond. Paris.
Date éd. : 1971 .




**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****



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ANTHOLOGIE DE L'ALCHIMIE
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BERNARD HUSSON


ANTHOLOGIE DE L'ALCHIMIE



SCIENCES SECRETES Editions Pierre Belfond 10, Rue du Regard Paris 6e
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(c) Editions Pierre Belfond, 1971.
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S O M M A I R E



Avertissement ..................................................... 7
Introduction ...................................................... 29
Basile Valentin: Extraits des « Douze clefs de Philosophie » ...... 75
Bernard Trévisan: Extraits de son traité .......................... 89
Traité de l'Azoth. (Extraits.) .................................... 107
La Parabole de MaRs de Busto nicenas. (Texte intégral.) ............. 115 La Cassette du Petit Paysan: Première et seconde parties ............ 123 Jean d'Espagnet: L'ouvrage secret de la philosophie hermétique.......
(Extraits.) ................................................... 141
Jean de Bonai: L'Abrégé de l'Astronomie Inférieure. (Extraits.) ... 157
Huginus à Barma: Le règne de Saturne changé en siècle d'or. (Extraits.) 167 Eirénée Philalèthe: L'Entrée ouverte au palais fermé du roi: chapitres II
et III ........................................................ 179
Johann de Monte-Snyders: Traité de la Médecine Universelle. (Extraits.) 189 La lumière mercurielle, traité anonyme. (Extraits.) ................. 203 Marc Antoine Crassellame: La Lumière sortant par soi-même des ténè-
bres, chants I, Il, III ....................................... 211
Jacques Toll: Le chemin du ciel chimique. (Texte intégral.) ......... 219 Barent Coënders van Helpen: L'escalier des Sages. (Extraits.) ....... 231 Les Aphorismes d'Urbiger. (Texte intégral.) ....................... 245
L'allégorie sur la médecine universelle. (Texte intégral.) ........ 275
Cyliani Hermès Dévoilé. Préface ................................... 281
Récréations Hermétiques. (Texte intégral.) ........................ 301

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TABLE DES ILLUSTRATIONS



Frontispice: Planche de la « Saxonia Numismatica » de W.E. Tentzel,
Francfort, 1714. Athanor à tour. (Barchusen, « Elementa Chemiae », Leyde, 1718.) .. 27
Page de titre des « Oeuvres posthumes » de M. de Grimaldy, Paris, 1745. 35 Page de titre de « Essai des Merveilles de Nature » de René François,
Rouen, 1621 ................................................... 44
Gravure de frontispice du recueil: « Fünff curieuse chymische Tractätlein »,
Francfort, 1763 ............................................... 46
Page de titre de l' « Abrégé des Secrets Chimiques » de P.J. Fabre,
Paris, 1636 ................................................... 49
Page de titre des « Révélations cabalistiques d'une médecine universelle
de Gosset, Amiens, 1735 ....................................... 59
Page de titre du traité: « Der Chymische Wahrsager... » de D. Becker,
Langensaltza, 1755 ............................................ 62
Gravure du traité des « Douze Clefs de Frère Basile Valentin », Paris,
1660 .......................................................... 72
Page de titre du traité précédent ................................. 73
Page de titre du livre II du traité susdit ........................ 74
Gravure de J. Gobille illustrant la première clé dans le traité précité 76 Gravure de J. Gobille illustrant la cinquième clé dans le traité précité 79 Gravure de J. Gobille illustrant la dixième clé dans le traité précité 81 Bois gravé illustrant la dixième clé de Basile Valentin dans l'édition alle-
mande de ses oeuvres complètes (Hamburg, 1695) ................ 83

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Frontispice de l' « Opuscule très-excellent de la vraie philosophie natu-
relle des métaux » par D. Zecaire, avec le traité de Messire Bernard, comte de la Marche Trévisane. (Anvers, 1567.) ................. 88
Page de titre d'une édition allemande des oeuvres de Bernard Trévisan.
(Nüremberg, 1746.) ............................................ 92
Gravure vis à vis du frontispice de l'ouvrage précédent ........... 93
Fac-similé d'une page du traité de l'Azoth, Paris, 1624 ........... 105
Frontispice du traité ci-dessus ................................... 106
Bois gravé tiré du traité susdit .................................. 108
Bois gravé tiré du traité susdit .................................. 111
Bois gravé tiré du traité susdit .................................. 113
Gravure tirée du « Chymica Vannus ». Edition de Lyon, 1696 ........ 118
Frontispice d'une édition de l' « Aperta Arca Arcani ». (Francfort,
1643.) ........................................................ 122
Frontispice de l'édition originale de l' « Arcanum Hermeticae Philoso-
phiae Opus », Paris, 1623 ..................................... 140
Frontispice du « Testamentum Hadrianeum » d'A. Mynsicht. (Lübeck, . Gravure reproduisant une suite de fresques ayant orné le réfectoire d'un 151 monastère bénédictin de Souabe. (Barchusen, Elementa Chemiae Leyde, 1718.) ................................................. Planche du « Règne de Saturne changé en siècle d'or » de Huginus à 154 Barma, réédition de Paris, 1780 ............................... Portrait de John Winthrop, dans l'histoire du Connecticut de J. Trum- 177 bull. (Boston, 1797.) ......................................... 183
Frontispice de la « Metamorphosis Planetarum » de J. de Monte-Snyders. 188 Page autographe de Newton, interprétant un passage de Monte-Snyders
(page 12 du Catalogue Sotheby de la vente des papiers de Newton, faite le 13 juillet 1936. Lot 78.) ................................. 191
Syllabes chimiques, dans l'édition allemande (Francfort, 1662) de la « Phar-
macopée Universelle » de J. de Monte-Snyders .................. 194
Variante des Syllabes chimiques, dans l'édition latine (Amsterdam, 1666)
du traité « De Pharmaco catholico » ........................... 201

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Séquences de la coction (Elementa Chemiae de J. Barchusen, Leyde,
1718) ......................................................... 208
Sulphur. Planche de l '« Escalier des Sages », de Barent Coenders van
Helpen ........................................................ 235
Planche de la « Saxonia Numismatica » de W.E. Tentzel ............. 247
Frontispice du « Diadème des Sages » de Phylanthropos, Paris, 1781 . 274
Vignette de frontispice du « Philosophe sans prétention ou l'homme rare »,
de C.L. La Folie. (Paris, 1775.) .............................. 280
Caballistica Salomonis Sigilla, planche de l' « Hermaphroditisches Sonn
und Monds-Kind », Mayence, 1752 ................................... 281
Frontispice d' « Hermès Dévoilé » de Cyliani, Paris, 1832 ......... 286
Bois gravé du traité de l' « Azoth », Paris, 1624 ................. 322

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AVERTISSEMENT
Les textes choisis et rassembles dans ce recueil s'adressent aussi bien au lecteur dépourvu de connaissances particulières sur l'alchimie et sur son his-
toire, qu'à l'amateur averti.
Ce dernier y trouvera des précisions bibliographiques, biographiques et cri- tiques nouvelles, ainsi que des textes complets restés jusqu'à présent inédits ou
non encore traduits en français.
Le souci de ne pas rebuter la curiosité légitime du lecteur néophyte nous a fait écarter les textes par trop austères, qui foisonnent en ce domaine. C'est
la raison pour laquelle nous n'avons pas inclus ici d'auteurs médiévaux pourtant
classiques, tels Arnaud de Villeneuve ou Raymond Lulle, ni même de plus
récents, comme Georges Ripley: la forme qu'affecte leur exposé ne se serait,
au demeurant, guère accommodée des coupures nécessairement imposées par
le cadre réduit de cette anthologie.

* * *
Ce cadre est cependant, à notre avis, suffisant pour donner de l'alchimie une idée suffisamment complète et précise, à condition de bien définir ce qui s'est
entendu sous ce vocable.
Dans son acception récente, la plus large, il embrasse la description et le commentaire de tout processus de transformation appliqué à des substances
minérales ou organiques dans un processus opératoire inspiré par des concep-
tions philosophiques où les mutations éprouvées au sujet mis en oeuvre sont
attribuées à l'intervention d'énergies extérieures, astrales et cosmiques de carac-
tère « subtil », c'est-à-dire imperceptible aux sens, dans leur état libre, éven-

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tuellement hiérarchisées et finalement réductibles, à leur sommet, à un agent
unique qualifié d'esprit universel.
Une anthologie représentative de cette définition exhaustive mais valable, de l'alchimie, devrait, pour rendre compte de son antiquité et de l'ampleur de
son extension géographique, comprendre des traductions de textes cunéiformes,
hébreux, coptes, grecs, étrusques, latins, syriaques, arabes, chinois, birmans,
tibétains, mongols, sanscrits, tamils, urdus, turcs, hongrois, tchèques, polonais,
serbes, albanais, géorgiens (et nous en passons), outre les imprimés occidentaux
déjà connus. Aucun de ces textes (sauf les recettes pratiques d'artisans verriers,
teinturiers, métallurgistes, etc., mais alors il ne s'agit plus d'alchimie) ne saurait
être, nous ne disons pas compris, mais seulement reconnu appartenir à la disci-
pline envisagée, sans la connaissance suffisante des religions, des mythes, des
rites culturels, des philosophies auxquelles sont liés, de par la précédente défi-
nition de l'alchimie, les textes considérés.
En nous restreignant, par nécessité, à certains textes de l'Occident moderne (c'est-à-dire du XVe siècle à nos jours), les aperçus que nous donnerons du
processus alchimique ne requièrent plus du lecteur qu'une connaissance élémen-
taire de la mythologie gréco-latine, de la liturgie catholique et des livres sacrés
du christianisme.
C'est en Egypte que cette religion a reçu les éléments et les connaissances qui lui ont permis d'élaborer une liturgie à la puissance magique, dont l'alté-
ration, à partir du XVIe siècle, et la destruction consécutive, actuellement consom-
mée, en Occident du moins, lui ont fait perdre tout efficacité fonctionnelle.
L'ensemble des connaissances relatives au « plan subtil », influences astrales (planétaires) et cosmiques (zodiacales) sur lesquelles se fonde l'alchimie opéra-
tive, a reçu, en Occident, l'appellation de philosophie hermétique parce qu'il
dérive, dans ses dénominations, de l'hermétisme hellénico-alexandrin, constitué
dans l'Egypte des Ptolémées.
Prenant l'effet pour la cause, ceci a fait croire jusqu'à une époque assez récente, que l'alchimie était d'origine égyptienne.
Nous l'avons définie plus haut en accord avec la terminologie actuelle. Mais il faut reconnaître que cette acceptation se révèle trop large eu égard à
ce que fut l'alchimie en Europe. En fait, elle est motivée par le refus, de la
part des historiens, d'envisager même la possibilité des transmutations métal-
liques. Or, dès l'origine, le terme d'alchimie et même de chimie désigne stricto
sensu, exclusivement la chrysopée et l'argyropée.
Au XVe siècle, on a continué d'appliquer le vocable médiéval latin d'alchi- mia à des recueils de procédés purement chimiques, au sens actuel du terme

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(le premier d'entre eux, celui d'A. Libadius, paru en 1597, s'intitule Alche-
mia).
Inversement, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les traités alchimiques uti- lisent indifféremment les termes chimie, chimie et alchimie, comme on le verra
dans les extraits que nous en citons.
Séparé du préfixe arabe ajouté au grec et conservé en latin, le vocable chimie dérive du grec χημιά défini dans l'un des plus anciens lexiques connus,
celui de Suidas (auteur byzantin situé approximativement au IXe siècle de notre
ère) comme: « La confection de l'or et de l'argent » (ἡ του̑ ἀργύρου καἱ χρυσου̑
κατασκευή.)
Plus tard, Ibn Al Nâdim, libraire de Bagdad, dans son Fihrist (catalogue), rédigé vers 980, dont le dixième discours est consacré aux ouvrages traitant
d'alchimie, la définit élégamment comme l'art de faire de l'or et de l'argent sans
avoir recours à leur extraction minière.
Le vocable χημία nous ramène à l'Egypte, car il n'est que la transcription grecque du mot égyptien « kmit », qui signifie noir. C'était la couleur du prin-
cipal minerai aurifère dont l'Egypte, avec l'Espagne, était la mieux pourvue
dans l'Antiquité. (Nubie vient de l'égyptien nub, qui signifie or.)
Mais le noir est aussi la couleur du compost alchimique à un stade cru- cial du grand oeuvre, stade d'importance telle qu'au Moyen Age le terme
de nigromancie (divination par le noir) est, dans certains textes, en particulier
d'Albert le Grand, synonyme d'alchimie.
Si Al-Nâdim n'avait précisé nettement le caractère artificiel de l'or alchi- mique, ce qu'il déclare au paragraphe troisième du dixième discours de son
catalogue, pourrait passer pour de la simple technique d'extraction minière :
« En Egypte, il y a des édifices appelés Baraabi (transcription arabe du copte p'erpe, temple) construits en pierres énormes. Ces temples consistent en
appartements de dimensions variées où il y a des locaux pour broyer, concas-
ser, pulvériser, dissoudre, coaguler et distiller, ce qui montre que ces temples
étaient érigés pour la pratique de l'alchimie. Dans ces édifices, il y a des pein-
tures et des inscriptions. On y trouve aussi des trésors souterrains où ces
sciences étaient écrites sur des parchemins faits de papyrus et des écorces
d'arbrisseaux, et aussi sur des plaques d'or et de cuivre, et sur des tables de
pierre. »
Suidas, à l'article précité, ajoute que les livres chimiques des Egyptiens furent brûlés sur l'ordre de Dioclétien (donc au IIIe siècle) afin de priver ce
peuple de sources d'enrichissement qui lui eussent permis de payer des troupes
pour se libérer de la domination romaine.

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INTRODUCTION



Dans l'avertissement qui précède, le lecteur a été prévenu de la perspec- tive sous laquelle est présentée l'alchimie dans ce recueil: celle-là même des
auteurs qui en ont transmis la tradition et qui l'ont considérée comme un art
obéissant à des lois définies et devant conduire à des résultats positifs. A ce
titre, c'est une discipline ayant une réalité propre, d'où le titre: anthologie de
l'alchimie et non anthologie alchimique.
Ceux qui demeurent irréductiblement opposés à l'hypothèse de la réalité de la « transmutation », même définie comme nous l'avons rappelé, devraient
cependant considérer qu'il est légitime, voire même opportun, si l'on se penche
sur l'alchimie, de laisser la parole à ceux qui l'ont pratiquée. C'est pourtant
assez rarement le cas dans quantité d'ouvrages récents.
Ceci dit, un problème d'importance se pose à l'investigateur: comment déceler, parmi les très nombreux textes, les plus valablement représentatifs de
la tradition ?
Certes, la réputation, l'autorité de certains traités auprès de leurs contem- porains ou de leurs successeurs, en font de véritables classiques. C'est le cas
ici de ceux de Bernard Trévisan, de Basile Valentin, de Grasshof, du président
d'Espagnet, du Philalèthe, de Cyliani.
Mais ces classiques, le lecteur s'en rendra compte, s'ils semblent décrire certaines phases de l'oeuvre en détail et assez clairement, s'avèrent extrêmement
réservés, pour ne pas dire plus, sur les premières opérations et la nature des
substances initialement utilisées.
Sans aborder le problème si complexe de la raison d'être du secret alchi- mique, on comprendra aisément que tout homme qui a sacrifié une grande
partie de son existence et de ses moyens pécuniaires dans l'élaboration d'une
technique quelconque, se montrera extrêmement jaloux de ce qu'il aura pu

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obtenir de valable en ce domaine. Nous renvoyons ici à la préface de Bonai.
Par contre, celui qui n'a rien obtenu, soit qu'il n'ait pas cherché à oeuvrer, soit que ses travaux n'aient pas abouti, sera beaucoup plus enclin à faire part
au public de ses idées ou de ses tentatives.
Celles-ci, en alchimie, peuvent être très valables. C'est, à notre avis, le cas des écrits d'Urbiger, de Monte Snyders et, au jugement de l'Adepte Ful-
canelli, de Jacques Tol, tous cités ici.
D'ailleurs, ces auteurs se montrent également assez réservés. Ce que leurs écrits peuvent laisser transparaître ne doit, pas plus que les textes des Adeptes,
être pris au pied de la lettre.
Autant que des supercheries des escrocs, l'alchimie a souffert, dans sa réputation, de l'interprétation littérale qu'on s'est obstiné à vouloir faire de
ses textes, malgré les objurgations réitérées des Adeptes. Et pourtant, les subs-
tances chimiques définies à l'époque étant relativement peu nombreuses, il fal-
lait bien que certaines d'entre elles entrassent « canoniquement » dans l'oeuvre,
bien que toutes, sans exception, soient rejetées par les bons auteurs.
La solution de ce dilemme est pourtant assez simple: Les matériaux chimiquement définis n'interviennent dans les opérations alchimiques qu'en qualité de supports et non pas en substance. Au cours de
l'oeuvre, ils se chargent de l'influx astral si les conditions extérieures et opéra-
toires sont convenables, mais à la moindre erreur, cette charge s'échappe, soit
insensiblement, soit brutalement, exposant alors l'opérateur, surtout dans la voie
brève, ou sèche, à de graves dangers.
Faute de faire intervenir l'agent cosmique mystérieux appelé parfois « lumière de nature », bien qu'il ne soit lumineux que fortement concentré, à
la fin des travaux, on retombe dans la chimie ordinaire. L'immense majorité
de ceux qui se croyaient alchimistes n'étaient que des « cacochymistes », le
plus souvent de bonne foi. Beaucoup de débutants furent la victime de ces cher-
cheurs, surtout lorsqu'ils tentaient d'expérimenter aux dépens d'émules plus for-
tunés qu'eux-mêmes:

« Lorsqu'ils promettent des montagnes d'or, ils dressent des embûches à votre bourse; ils demandent que vous fassiez marcher devant (eux) le soleil de vos écus, parce qu'eux-mêmes marchent dans les ténèbres. »
avertit le président d'Espagnet au Canon XXV de son ouvrage, dont on trou-
vera les passages les plus significatifs dans ce recueil.

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La « lumière de nature », dans la tradition alchimique et, selon nous, dans la réalité, est en quelque sorte la vie universelle. Elle constitue la trame
de ce que l'ésotérisme de l'Islam intitule « le plan subtil » et elle s'identifie
absolument avec ce qu'en Occident, jusqu'au XVIe siècle inclusivement, on a
appelé la « Nature » et plus précisément la Nature « naturante ». Lorsque Rabe-
lais, Philosophe Hermétique apparemment initié dans le processus de l'oeuvre,
comme quantité de personnages du temps, sans avoir obligatoirement pratiqué
l'alchimie lui-même, parce qu'il existait à l'époque des sociétés initiatiques
valables, s'écrie « suivez la nature », c'est surtout à ce domaine qu'il fait allu-
sion (sans évidemment exclure des plans plus prosaïques).
Ceci rend compte de la dénomination de « Philosophie Naturelle » souvent synonyme de Philosophie Hermétique.
Pour la même raison, lorsque les alchimistes disent que la substance de l'oeuvre est partout, c'est cette « lumière » qu'ils désignent.
Constituant, sous diverses différenciations, au sein de notre organisme cor- porel, une entité vitale, ou « corps subtil », cette lumière est évidemment un
agent thérapeutique, en même temps qu'un aliment.
A ce titre, elle rend compte de l'efficacité, dans la pharmacopée ancienne, de composés dont la vertu était fonction de sa présence, à un degré d'exaltation
variable, en leur sein. Que l'on pense, par analogie seulement, aux découvertes
récentes sur l'influence des ions lourds dans la salubrité d'une atmosphère.
Voilà qui explique certaines querelles célèbres dans les milieux médicaux du XVIIe siècle, en particulier celle de l'antimoine.
Le corps simple actuellement désigné sous ce nom n'est que la partie « métal- lique », le régule, comme on disait, du trisulfure Sb2 S3 que ce terme définissait
expressément. Sa toxicité est avérée, mais certains de ses sels organiques sont
encore utilisés en pharmacie. L'émétique, vomitif violent, constitue le remède
le plus grossier que l'on puisse en préparer, mais les opérations subtiles des
« artistes » iatrochymiques, ou spagyristes, pouvaient, en le chargeant de cette
lumière de nature, en faire un sudorifique délicat, susceptible d'éliminer les
toxines, à la base de quantité de maux très divers. Par là le remède devenait
panacée, mais l'Adepte, seul, pouvait préparer la « Médecine Universelle »;
Cette dernière ne contient plus un seul atome d'antimoine, mais semble avoir été constituée de sels chargés à l'extrême de la « lumière de Nature » ou esprit
astral.
Tout dépendait donc du préparateur. La plupart du temps, c'étaient de simples apothicaires, entre les mains desquels l'antimoine s'avéra fort dangereux et nocif,
justifiant pratiquement la polémique susdite.

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1. Basile Valentin
moine bénédictin du XVe siècle ------------------------------------------------------------------------------


Un des Adeptes occidentaux les plus prestigieux, qui fut aussi un chimiste remarquable et le premier à détailler avec précision la préparation des prin-
cipaux composés antimoniaux. Aussi les historiens se sont-ils penchés sur sa
biographie, dès le début du XVIe siècle. L'enquête ordonnée par l'Empereur
Maximilien vers 1530, sans rien donner de positif, établit cependant que les
manuscrits du bénédictin à l'Abbaye d'Erfurt s'étaient déjà répandus à cette
époque. Le Dr Joseph Theele, dans ses recherches sur les manuscrits de cette
abbaye, parues à Leipzig en 1920, décrit une copie du XVIIIe siècle d'un manuscrit
autographique « écrit par moi (Basile Valentin) au couvent de Saint-Pierre l'an
du seigneur 1480 ».
Il semble que l'on doive retenir cette époque comme la plus probable; elle explique en effet que Paracelse ait pu, l'un des premiers, assimiler le contenu des
écrits de Basile et s'en servir pour établir sa théorie des trois principes, ce dont
tous les chimistes du XVIIe siècle étaient convaincus.
Ce n'est que tout récemment qu'on a voulu à tout prix attribuer la paternité de cette théorie à Paracelse. Certains veulent même que les écrits les plus célèbres
de Basile Valentin aient été composés par Tholde, qui en donna les premières
éditions, tardives il faut le reconnaître, en 1599.


LES DOUZE CLEFS DE PHILOSOPHIE DE FRERE BASILE VALENTIN (1)
CHAPITRE I
De la préparation de la première matière.
Saches mon ami, que tous corps immondes et lépreux ne sont propres à notre oeuvre, car leur lèpre et impureté, non seulement ne peut rien produire
de bon, mais aussi empêche que ce qui est propre puisse produire.


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1. L'orthographe des textes en vieux français a été respectée (N.d.E.).
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Toute marchandise de marchand tirée des minières est vendue chacune à son prix; mais lors qu'elle est falsifiée, elle est rendue inutile, pour ce qu'elle est gâtée,
et n'étant pas semblable à la naturelle, elle ne peut faire les opérations dues.
Comme le Médecin purge le dedans du corps et nettoie de toutes les ordures, par les médicaments, tout de même aussi, nos corps doivent être purgés et
nettoyés de toutes leurs impuretés, afin qu'en notre génération, ce qui est parfait
puisse exercer des opérations parfaites, car les sages demandent un corps net,
point fouillé ni contaminé par la présence d'un corps impur, pour ce que le
mélange des choses étranges est la lèpre et la destruction de nos métaux.
Que la couronne du Roi soit d'or très-pur, et que l'on lui joigne la chaste épouse: Si donc tu veux opérer en nos matières, prends un loup affamé et ravis-
sant, sujet à cause de l'étymologie de son nom au guerrier Mars, mais de race
tenant de Saturne, comme étant son fils.

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L'on le trouve dans les vallées et montagnes toujours mourant de faim: Jette lui le corps du Roi, afin qu'il s'en saoule, après qu'il l'aura mangé jettes le dans un
grand feu pour y être du tout consommé, et le Roi sera délivré. Après que tu
auras fait cela trois fois, le Lyon aura du tout surmonté le Loup, et le Loup ne
pourra plus rien consumer du Roi, et notre matière sera préparée et prête à
commencer l'oeuvre.
Et apprends que ce n'est que par ce chemin là que l'on peut opérer nos matières pures, car l'on lave et purge le Lyon du sang du Loup, et la nature du
Lyon se délecte merveilleusement en la teinture du Loup, pour ce qu'il y a une
grande affinité et comme parentage entre le sang de l'un et de l'autre. Quand
donc le Lyon se sera saoulé et son esprit fortifié, ses yeux reluiront et éclaireront
comme le Soleil, et sera sa force intérieure bien grande et de grand profit et
utilité à tout ce que vous voudrez, et après qu'il aura été dûment préparé,
servira de grand remède aux Epileptiques, et autres détenus de grave maladie:
et dix lépreux le suivront voulant boire de son sang, et tous ceux qui sont malades,
quelque mal qu'ils aient, se plairont grandement en son esprit: Bref tous ceux
qui boiront de cette fontaine découlante d'or seront rendus joyeux de corps et
d'esprit, jouiront d'une santé parfaite, sentiront un rétablissement de leurs forces,
restauration de son sang, confortement de coeur, et entière disposition de tous
leurs membres, tant au dedans qu'au dehors, pour ce qu'elle conforte les nerfs,
et ouvre les conduits pour chasser les maladies, et introduire en leur place la santé.
Mon ami, prends garde diligemment à ce que la fontaine de vie soit très-pure, et ne se mêle quelqu'autre eau étrangère avec icelle, de peur qu'il ne s'engendre
un montre, et que le salutaire poisson ne se change en venimeux poison, et
si l'on a ajouté quelque eau forte et corrosive pour dissoudre les matières, que
l'on l'ôte, et que l'on lave diligemment toute force corrosive, car nulle acrimonie
et corrosion n'est propre à donner la fuite aux maladies, pour ce qu'elle pénètre,
mais avec destruction et corruption du sujet, et engendre bien davantage de
maladies, et combien que l'on puisse pousser une cheville par une cheville, de
même il nous faut chasser le poison par le poison, il faut néanmoins que
notre fontaine en soit totalement purgée, et du tout rendue exempte de
corrosion.
L'on coupe tout arbre qui n'apporte pas de bon et odoriférant fruit et on ente sur le tronc une meilleure greffe, cela fait, le tronc produit un rameau,
et de là se fait un arbre fructifiant, selon le désir du jardinier.
Le Souverain, voyage par six villes célestes, il fait sa résidence en la septième, pour ce que son palais Royal y est orné et embelli d'or, et de bâtiments
dorés.

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Si tu entends ce que je viens de dire, tu as ouvert la première porte de la première Clef, et as passé la première barrière, mais si tu n'y vois encore
goutte, et ne vois aucune clarté, tu auras beau manier et regarder le verre, cela
ne te servira de rien, et ne t'aidera aucunement la vue corporelle, pour trouver
à la fin ce qui te manque au commencement, car je ne parlerai pas davantage de
cette Clef, comme m'a enseigné Luce Papirius.


CINQUIEME CLEF DE l'oeuvre des Philosophes.
CHAPITRE V

La vie qui est cachée dans la terre produit choses qui prennent naissance d'icelle, quiconque donc dit que la terre n'est point animée, est menteur, car
ce qui est mort ne peut rien donner à un vivant, et n'est susceptible d'aucune
chose, pour ce que l'esprit de vie s'en est envolé et dissipé: C'est pourquoi l'esprit
est la vie et l'âme de la terre, où il demeure et acquiert ses vertus empreintes à la
nature terrestre par l'être céleste et propriétés des Astres. Car toutes les herbes,
arbres, racines, métaux et minéraux reçoivent leur force et nourriture de l'esprit
de la terre, pour ce que c'est la vie que cet esprit qui est nourri des Astres, et
sustente toutes choses qui croissent sur la terre: Et comme la mère nourrit elle
même l'enfant qu'elle porte dans son ventre, de même la terre produit et
nourrit de l'esprit dissolu du Ciel les minéraux qu'elle porte dans ses entrailles.
Ce n'est donc pas la terre qui baille les formes à chaque nature, mais l'esprit de vie qu'elle contient. Et si elle était une fois destituée de son esprit, elle serait
morte, et ne pourrait donner aucun aliment, pour ce qu'elle manquerait de l'esprit
de son Soufre qui conserve la vertu vitale; et qui de sa vertu fait germer toutes
choses.
Deux choses contraires demeurent bien ensemble, ils ne se peuvent néanmoins bien accorder, car vous voyez que mettant le feu dans la poudre à canon,
ces deux esprits desquels elle est composée se séparent l'un de l'autre avec un
grand bruit et violence, et s'envolant en l'air ne peuvent plus être vus de
personne, ne sait-on où ils sont allés, et ce qu'ils sont devenus, si l'on n'a
appris quels ils sont, et en quelle matière ils étaient cachés.
Par là tu connaîtra que la vie n'est qu'un pur esprit, c'est pourquoi tout ce que l'ignorant estime être mort, doit vivre d'une vie incompréhensible, visible

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ACHEVE D'IMPRIMER LE 6 AVRIL 1971, SUR LES PRESSES DE R. MOURRAL POUR P. BELFOND, EDITEUR A PARIS.
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Dépôt légal: 2e trimestre 1971. Numéro d'impression: 4 295.
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