Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfeseite Rückkehr. Flag Hjælp side Tilbage. Bandiera Guida Torna.
1 2 3

@

Page

Réfer. : AL0011
Auteur : Anonyme.
Titre : Le Grand Livre da la Nature.
S/titre : ou l'Apocalypse Philosophique et Hermétique.

Editeur : Au Midi, et de l'Imprimerie de la Vérité.
Date éd. : 179x .


@


LE GRAND LIVRE
DE LA
N A T U R E,
OU
L'A P O C A L Y P S E
PHILOSOPHIQUE ET HERMETIQUE.
OUVRAGE CURIEUX,
Dans lequel on traite de la Philosophie occulte, de
l'intelligence des hiéroglyphes des anciens, de la Société des Freres de la Rose-Croix, de la Transmutation des métaux & de la communication de l'homme avec des êtres supérieurs & intermédiaires entre lui & le grand-architecte.
Vû par une Société de Ph... Inc..., & publié par D........
Depuis I, jusqu'à l'an 1790.
pict
AU MIDI, ET DE L'IMPRIMERIE DE LA VERITE.
@
@

pict

I N T R O D U C T I O N.
Quelque nécessaire que fût la publication d'un ouvrage de la nature de celui que je
présente au public, nul mortel n'osa jamais
la tenter (*): l'erreur, l'ignorance
& la superstition se trouvèrent toujours
sur le passage de ceux qui voulurent faire
usage des forces de l'homme.

Des milliers de trésors sont dans nos mains sans que nous soyons à même d'en
jouir: l'être qui nous forma, nous montre
le bonheur, & nous avons la faiblesse
de n'y compter que dans un autre monde.

Principe de toutes choses! source de vérité! père de tout ce qui m'entoure!
serait-ce t'offenser que de rendre à l'homme
les lumières que tu lui donnas, & que des
siècles d'erreur lui ont fait perdre? puisque


_____________________________________________

(*) Non, on n'a point encore dévoilé les grands secrets de la nature. Ceux qui nous ont laissé des
indices, se sont enveloppés d'un voile; les anciens
philosophes se sont servis de paraboles pour nous instruire,
mais leurs écrits, sont à peu près nuls pour
le commun des hommes.
A 2
@

( 4 )
tu m'ouvris le grand Livre de la Nature,
puisque tu me permis de le parcourir, je
peux croire que tu m'as choisi pour rappeler
des vérités depuis longtemps cachées.
Oui, je dois penser que mon entreprise ne
saurait te déplaire, quand c'est à toi que
je dois l'idée & la puissance de l'exécution,

Avant que d'entrer en matière, je dois prévenir le lecteur que je ferai tous mes
efforts pour mettre cet ouvrage à sa portée;
si je parais quelquefois inintelligible,
ce sera toujours de la faute de ceux qui
me liront. Chaque Chapitre s'expliquera
par un autre.

Le titre de l'ouvrage fera rire quelques faux savants, & les empêchera de le parcourir:
plongés dans d'épaisses ténèbres,
ils ne pourront soupçonner l'existence de la
lumière.

O hommes! ô vous qui devriez être mes semblables! n'encenserez-vous plus que de
vaines idoles! faut-il que le temple de la
vérité soit si désert? Une institution antique
& sacrée [la F. M.] nous met encore
à portée de voir; mais les hiéroglyphes

@

( 5 )
qu'on met sous vos yeux, vous sont
inutiles. Le temple s'ouvre, le bandeau
s'arrache... Vous ne savez pas voir.....
Répondez, dites, qu'avez-vous vu?....

Je ne viens point vous séduire par de feintes promesses; mon but n'est pas de
vous tromper. Ce n'est pas un système que
je propose; je n'élève la voix qu'en faveur
des vérités utiles au genre humain. Je ramènerai
sous vos yeux les premiers âges
du monde, les desseins du Créateur, les
rapports des êtres créés, & les lois de la
nature. J'expliquerai quelques allégories
que vous appelez sacrées ou profanes suivant
votre intérêt. Enfin nous pénétrerons
dans tous les détours des sciences occultes.

J'aurais désiré me servir d'un style plus correct pour traiter cette matière, mais je
n'ai pu, par des engagements connus, changer
entièrement la manière reçue de parler
de philosophie. Il a été nécessaire que
je garde un petit voile que j'ai pourtant
éclairci tant que je l'ai pu.

Le principal morceau de ce livre, est l'Apocalypse hermétique; on y voit la
A 3
@

( 6 )
théorie & la pratique des Sciences inventées
& perfectionnées par de savants Egyptiens.
Les autres endroits du Livre en sont
l'interprétation; en lisant le tout avec attention,
on sera surpris de l'utilité & de
l'immensité des matières que j'y ai traitées.

Qu'on ne pense pas ne voir en moi que le vil copiste de quelques auteurs magiques,
alchimistes, &c; il y en a qui n'ont
écrit que pour insulter à l'homme. Je ne
saurais me tromper, ni tromper personne,
puisque ce que je présente, est le grand
Livre de la Nature.


Fin de l'Introduction.
@

pict

SCIENCES OCCULTES.
Quand on connaît l'homme, cet être si curieux de tout apprendre, on est étonné
que ses connaissances soient si bornées: on
le voit courir d'erreurs en erreurs, & malgré
ses écarts, tantôt se croire philosophe,
tantôt chimiste, tantôt astrologue, &
quelquefois médecin. Chacun, n'écoutant
que son amour-propre, se croit le juge
compétent de son savoir; & la faveur
élève des bustes à d'illustres ignorants.

Dans tous ses vains efforts l'homme ne montre pas, il est vrai, qu'il fait; mais
cela prouve qu'il fut créé pour savoir, &
que s'il est dans les ténèbres, c'est un effet
de son indolence & non de son organisation.

Il y eut de tout temps des êtres privilégiés qui sortirent du cercle étroit des connaissances
de leurs contemporains; mais
ces hommes furent non seulement rares,
ils se crurent encore obligés de garder
le silence, ou d'envelopper au moins leurs
idées sous des allégories dont le vulgaire
ne comprit jamais le sens. Si quelqu'un

@

( 8 )
se trouvait assez heureux pour obtenir
d'être initié, on lui imposait avant tout
la loi sacrée du silence; cérémonie qui
s'observe encore dans certaines occasions.

C'est dans les hiéroglyphes, dans les allégories des anciens qu'on trouve les éléments
des sciences les plus utiles. Quoique
de certaines personnes n'y voient que des
fables, cherchez-y des vérités, vos recherches
ne seront point vaines.

Pour me rendre intelligible, il est nécessaire que j'entre dans quelques détails
sur l'histoire des hommes, sur les progrès
comme sur la décadence de leurs connaissances.
Avant que de passer à l'étude des
sciences occultes, il faut être en état d'apprécier
celles qui sont connues.

Le célèbre Buffon dit, en parlant de l'homme, que tout annonce en lui le maître
de la terre: cet immortel écrivain, en
analysant ses semblables, leur fait sentir
bien vivement ce qu'ils pourraient être.
L'homme est, à n'en point douter, le plus
parfait des animaux; mais jouit-il de ses
avantages? fait-il se rendre heureux? comme

@

( 9 )
il prend rarement la route du bonheur,
il ose se dire avec assurance qu'on
ne saurait le trouver sur la terre. On se
forme des idées chimériques sur les intentions
du Créateur: on parle d'un crime
commis par le premier des hommes; on
explique de travers des allégories tracées
par nos aïeux; & l'on finirait par ne
plus s'entendre, si la force ne publiait de
temps à autre des lois, pour qu'on ait la
même idée, à peu de chose près.

C'est en parcourant l'histoire du monde qu'on est à portée de juger l'homme. Le
besoin se montre d'abord son premier maître
vient ensuite l'adresse. De là ces actions
que nous nommons vices ou vertu
suivant le rang de celui qui les a pratiquées.

L'homme honnête & laborieux s'en fût toujours tenu aux travaux de l'agriculture;
mais il dut se trouver dans la société
quelques oisifs qui créèrent des arts
inutiles. On vit qu'il serait plus aisé de
tromper ses semblables que de les nourrir.

Le génie fit naître les arts utiles: l'imposture en produisit de plus lucratifs encore:

@

( 10 )
cela étant, il est inutile de dire quels
ont été ceux dans lesquels on a fait le
plus de progrès. La théologie & la médecine,
faites pour découvrir de grandes
vérités, furent dans la suite la source d'une
infinité d'abus. On se dégoûta trop tôt
d'étudier, & l'on se mit à crier qu'on savait
tout.

Cependant, je le répète, l'homme était fait pour savoir beaucoup. Celui, qui fut
le premier créé, ne sortit point des mains
du Créateur dans un état d'enfance: le
Livre de la Nature lui fut ouvert & expliqué.
Tant qu'on s'est borné à cette lecture,
on a connu sa perfection; s'en est-
on écarté, il a fallu tomber dans l'erreur.

Les premiers âges du monde présentèrent le tableau de l'abondance & de la
concorde: alors il n'y avait pas une aussi
grande barrière entre l'homme & les êtres
célestes; communication qu'on soupçonne
encore de nos jours, mais dont on se rit,
parce qu'on se rend incapable de la connaître.

Mortels, rappelez-vous que vous n'êtes
@

( 11 )
pas seulement formés de matière! une portion
de feu céleste vous anime, & ne se
détruira jamais. Cette partie de votre être,
que vous nommez âme, peut & fait de
grandes choses!

Malgré tous les privilèges que l'homme reçut du Créateur, que fait-il de plus que
les autres animaux? comme ces derniers,
il est sujet aux maladies; l'on pourrait encore
ajouter qu'il sait bien moins s'en guérir.
Parcourons les sciences & les arts,
nous le verrons douter de tout, prendre
en tout de fausses routes, & s'égarer dans
les opérations les plus simples,

La nature travaille cependant chaque jour sous nos yeux: elle dit, elle opère, &
celui qui la connaîtrait parfaitement,
passerait peut-être pour un imposteur, ou
un ignorant. Quelques philosophes inconnus
s'occupent à ces recherches, mais le temps
d'instruire le monde en général, n'est point
encore venu.

On parvient à l'étude des sciences occultes par la juste connaissance des sciences
connues. Le mot de philosophie & de

@

( 12 )
philosophe, dont je me sers dans cet ouvrage,
n'est pas le même que celui qui
est à la mode. Les philosophes du jour,
& les vrais philosophes ne sont pas les
mêmes.

Je donne le nom de philosophe au vrai sage, qui porte ses travaux sur l'homme
même, qui explique les lois de la nature,
qui connaît la marche de ses productions,
qui voit sur la terre quelque chose
de plus que l'homme....

Je divise la philosophie en science connue, & en philosophie occulte. Celle qui
est connue, comprend la physique, l'histoire
naturelle, l'astrologie & la chimie.
La philosophie occulte embrasse la vraie
connaissance du créateur & des créatures;
elle enseigne la communication que tous
les êtres ont entre eux; elle apprend l'art
de changer les métaux & de les perfectionner;
elle montre enfin la futilité de la
médecine ordinaire. C'est de la philosophie
occulte que je traite particulièrement dans
cet ouvrage.

Tout ce qu'on lit dans Paracelse, Van
@

( 13 )
Helmont, Raimond, Lulle, Glauber, Trévisan,
Swedenborg, &c., n'est point un
effet de leur erreur, ni de l'imposture:
c'est donc dans ces écrivains qu'il faut
chercher les préceptes des sciences occultes.
Avec le Livre que je mets au jour,
les écrits des adeptes sont faciles à comprendre.
Court de Gebelin a donné dans
ses oeuvres l'explication des signes, des
hiéroglyphes des anciens, c'est le monde
primitif qu'il faut étudier.

Ce n'est que lorsqu'on n'a aucune connaissance préliminaire, qu'on juge de l'impossibilité
où l'on croit qu'est l'homme de
parvenir aux sciences occultes. Quand on
a la clef des sciences, on en voit la certitude.
J'ai tout dévoilé dans l'Apocalypse
hermétique, qu'on trouvera après l'article
des sciences occultes; ce que je dis maintenant,
n'est que pour préparer le lecteur
à l'étude de ce morceau sublime.

Après avoir peint la noblesse de l'artiste & de l'art, entrons dans l'atelier de la
nature; préparons-nous au grand oeuvre.
Cette tâche n'est pas modique; que d'abus
à détruire! que d'opinions à combattre!
que de préjugés à annuler.

@

( 14 )
Le flambeau, que le grand architecte plaça dans le centre des mondes, luit encore;
pourquoi sommes-nous dans les ténèbres?
Nature, montre-moi tes ressorts,
je veux analyser tes ouvrages, & profiter
de tes sublimes leçons!

La première opération, celle qui me frappe maintenant, c'est la végétation;
quel merveilleux spectacle! cet arbre, cette
petite plante, ne sont point des êtres morts,
ils tiennent aux autres créatures: ils naissent
& se reproduisent par des mâles &
des femelles. L'étude de ce travail de la
nature, est nécessaire au philosophe; c'est
par la connaissance des miracles de la végétation
qu'il passe au règne minéral.

Un vrai philosophe connaît la palingénésie, autrement appelée, le phoenix des végétaux. Cette curieuse résurrection des
plantes, conduit à la résurrection des animaux,
& à la transmutation des métaux.
Comme cette connaissance est indispensable,
je vais entrer dans quelques détails
à ce sujet.

Quelques esprits forts soutiennent que
@

( 15 )
la palingénésie ne peut s'exécuter; mais
après les expériences des vrais philosophes
& des habiles chimistes, on ne saurait
en douter. Coxe a fait en Angleterre des
essais très curieux sur ce sujet. Digbi a
connu les miracles de la palingénésie. Le
célèbre père Kircher en a beaucoup parlé.
J. Daniel Major donne un traité de palingénésie.
Le père Ferrari, Jésuite, Jean
Fabre, Hannemann, Paracelse, Libavius,
Bary dans sa physique, &c., ont tous traité
de cette opération.

Avant que de donner les règles pour réussir dans cette opération, écoutons ce
que dit à ce sujet Gui de la Brosse, dans
son Livre de la nature des plantes, Chap. 6
p. 44 & autres. » Un certain Polonais,
» dit M. de la Brosse, savait renfermer » les fantômes des plantes dedans des
» fioles; de sorte que toutes les fois que
» bon lui semblait, il faisait paraître une
» plante dans une fiole vide. Chaque vaisseau
» contenait sa plante: au fond paraissait
» un peu de terre comme cendres.
» Il était scellé du sceau d'Hermès. Quand
» il voulait l'exposer en vue, il chauffait
» doucement le bas du vaisseau: la chaleur

@

( 16 )
» pénétrant, faisait sortir du sein
» de la matière une tige, des branches;
» puis des feuilles & des fleurs selon la
» nature de la plante dont il avait enfermé
» l'âme. Le tout paraissait aussi
» longtemps aux yeux des regardants, que
» la chaleur excitante durait. »

Pour répéter cette opération, & produire ce phénomène, il faut agir de la
manière suivante: 1°. Prenez quatre livres
de graines de la plante que vous désirez
de faire renaître de ses cendres. Cette
graine doit être bien mûre; pilez-la dans
un mortier. Mettez le tout dans un vaisseau
de verre qui soit bien propre & de
la hauteur de la plante dont vous avez
pris la graine. Bouchez exactement le vaisseau,
& le gardez en un lieu tempéré.

2°. Choisissez un soir que le Ciel soit bien pur & bien serein; exposez votre
graine à la rosée de la nuit dans un large
bassin, afin qu'elle s'imprègne fortement
de la vertu vivifiante qui est dans la rosée.

3°. Avec un grand linge bien net, attaché à quatre pieux dans un pré, ramassez
massez
@

( 17 )
huit pintes de cette même rosée,
& la versez dans un vaisseau de verre,
qui soit propre.

4°. Remettez vos graines imbibées de la rosée dans leur vaisseau, avant que le
soleil se lève, parce qu'il ferait évaporer
la rosée. Posez ce vaisseau comme auparavant
en lieu tempéré.

5°. Quand vous aurez ramassé assez de rosée, il la faut filtrer, & puis la distiller,
afin qu'il n'y reste rien d'impur.
Les fèces qui restent, seront calcinées
pour en tirer un sel bien curieux & fort
agréable à voir.

6°. Versez la rosée distillée & imbue de ce sel sur les graines, & puis rebouchez
le vaisseau avec du verre pilé & du
borax. Le vaisseau est mis dans cet état
pour un mois dans du fumier de cheval.

7°. Retirez le vaisseau, vous verrez au fond la graine qui fera devenue comme
de la gelée; l'esprit sera comme une petite
peau de diverses couleurs qui surnagera
au-dessus de toute la matière. Entre
B
@

( 18 )
la peau & la substance limoneuse du fond,
on remarque une espèce de rosée verdâtre
qui représente une moisson.

8°. Exposez durant l'été ce vaisseau bien bouché de jour au soleil, & de nuit
à la lune. Lorsque le temps est pluvieux,
il le faut garder en lieu chaud jusqu'au
retour du beau temps. Il arrive quelquefois
que l'ouvrage se perfectionne en deux
mois; il faut quelquefois un an. Les marques
du succès sont, quand on voit que
la substance limoneuse s'enfle & s'élève;
que l'esprit ou la petite peau diminue tous
les jours, & que toute la matière s'épaissit.

9°. Enfin, de toute cette matière, il doit s'en former une poussière bleue. C'est
de cette poussière, que s'élèvent le tronc,
les branches & feuilles de la plante, lorsqu'on
expose le vaisseau à une douce chaleur.
Voilà comme se fait le phoenix végétal.

La palingénésie des végétaux ne serait qu'un objet d'amusement, si cette opération
n'en faisait entrevoir de plus grandes
& de plus utiles. La chimie peut, par

@

( 19 )
son art, fait revivre d'autres corps; elle
en détruit par le feu, & leur rend ensuite
leur première forme. La transmutation des
métaux, la pierre philosophale sont une
suite de la palingénésie métallique.

On fait sur les animaux ce qu'on fait sur les plantes; mais telle est la force de
mes engagements que je ne peux pas
m'expliquer ouvertement. Mais, que dis-
je? ne suis-je pas entré dans des détails
assez circonstanciés pour ceux qui cherchent
vraiment à s'instruire.

Le degré le plus merveilleux de la palingénésie, est l'art de la pratiquer sur les
restes des animaux. Quel enchantement de
jouir du plaisir de perpétuer l'ombre d'un
ami, lorsqu'il n'est plus? Artémise avala
les cendres de Mausole, elle ignorait, hélas,
le secret de tromper sa douleur.

Gaffarel, dans son livre des Curiosités inouïes, raconte des opérations merveilleuses
sur cette palingénésie des animaux.
Je me borne à l'annoncer, & je renvoie
pour la pratique, à la lecture de l'Apocalypse
hermétique qui est après cet article.
B 2
@

( 20 )
Il faut réfléchir sur les secrets de cette espèce pour passer à la découverte de ceux
qui peuvent être vraiment utiles. C'est par
des réflexions & méditations sur ce sujet,
qu'on a découvert les moyens de communiquer
avec les êtres qui sont bien au-
dessus de l'homme. Cette étude est difficile,
mais n'est pas moins satisfaisante.

Nature! je t'ai observée dans l'atelier de la végétation des plantes; voyons celle
des minéraux! montre-nous l'art de fabriquer
ce métal qui fait tant de mal dans
la société; nous en ferons un tout autre
usage.

Déjà je vois la terre s'animer par l'influence de la chaleur; les planètes se placent;
le feu agit; l'eau s'évapore, le mariage
se fait; & l'enfant voit 1e jour. Toutes
ces allégories sont sous un autre voile
bien moins épais dans mon Apocalypse
hermétique; c'est là qu'il faut puiser les
vraies connaissances des frères de la R. C.

Il n'y a plus qu'un point essentiel à connaître avant que d'être initié dans les grands
mystères; c'est la science des nombres.

@

( 21 )
Le calcul est la première clef de la vraie science: mais les vrais calculateurs
sont très rares: ce qui le prouve, c'est
que les loteries sont encore un emblème
pour le vulgaire. Si les philosophes étaient
des hommes intéressés, ils joueraient à ce
jeu, & toujours à coup sûr. Je renvoie
pour cela à mon Apocalypse.

Je reviens aux nombres & à leur connaissance. Les nombres sont les signes
utiles. Le négociant s'en sert pour marquer
des valeurs; l'adepte les emploie pour donner
des préceptes sur les sciences occultes.
Il n'y a qu'un nombre connu; ce nombre
part de l'inconnu qui est un; il se termine
à neuf; le vulgaire seul va plus loin.

Toute science tient à des lignes droites ou courbes; emblème du vrai & du faux.
Les caractères d'usage n'ont point été faits
au hasard; car un ne saurait être deux,
ni deux ne sauraient être quatre. Le zéro,
auquel les arithméticiens ajoutent toujours
un chiffre pour lui trouver de la valeur,
est la racine du grand nombre parmi les
Ph... Inc.... Voici comment ils démontrent
l'existence de la médecine universelle, &
B 3 @

( 22 )
comment ils en consignent le secret dans
leur sanctuaire.

Le jour on compte quatre: la nuit on ajoute trois: le lendemain on dit neuf,
pour revenir à sept. Deux fois sept se placent,
on enlève neuf, il reste cinq. Ce
n'est qu'après avoir lu tout ce livre, qu'on
sera en état de combiner & d'apprécier ce
calcul.

Cette étude est celle des Ph... Inc... C'est d'eux que je tiens toutes les vérités que
je consigne dans cet ouvrage. Comme on
pourrait ignorer ce que c'est que cette
société, je dois en exposer l'institut & les
travaux. O mes frères, ne craignez point
d'indiscrétion! je suppose tous ceux qui me
lisent, être F. M.. Je dirai tout, sans
parler aux profanes.

L'instituteur de l'ordre des frères de la Rose Croix, était d'une famille noble de
l'Allemagne; il était moine. A l'âge de
vingt & un an, il avait déjà parcouru
toute l'Europe. Il fut ensuite en Egypte,
& auprès des philosophes arabes, où il
s'instruisit.

@

( 23 )
Cette Société est sous la protection du St. Esprit. L'institut & les travaux sont à
peu près ceux de la F. M. excepté qu'où
ne s'assemble point; on écrit seulement au
chapitre sans s'y rendre. On s'occupe à
la réforme de tout ce qui n'est pas dans
l'ordre & l'harmonie des choses. On travaille
à la médecine universelle & à la
transmutation des métaux. On ne peut
pas nommer ces frères, Chevaliers de l'estomach,
car les banquets ne sont pas d'usage
ni de règle. Ceux qui désireront de
plus amples instructions sur ce sujet, pourront
consulter Paracelse & Libavius.

Passons maintenant aux travaux des élus, ou des vrais adeptes. Je préviens
qu'on ne saurait apporter trop d'attention
à la lecture de l'Apocalypse hermétique.
Si elle semble inintelligible à la première
lecture, on n'aura qu'à lire le Commentaire
qui la suit, & le Dictionnaire alchimique
qui est à la fin de ce Livre; en
revenant ensuite à l'Apocalypse, on ne
trouvera plus de difficultés.

@

pict

APOCALYPSE HERMETIQUE
==========================================

CHAPITRE PREMIER.
I. Je n'avais point joui du plus beau des sens depuis le moment de ma naissance;
il y avait pourtant trente-six ans que
j'étais parmi des hommes, en comptant
à leur manière ordinaire.

II. Quoique privé de la vue, j'étais assez tranquille, parce que je croyais qu'il
fût de mon essence d'être tel. Je végétais
parmi des milliers de plantes de mon espèce;
& malgré que je dusse ma vigueur
à l'influence de certaines constellations,
je ne me doutais pas de l'éclat de la voûte
azurée.

III. Assis sous un palmier, je réfléchissais un jour sur les malheurs de l'espèce
humaine. Pourquoi faut-il, me disais-je,
qu'un être aussi parfait que l'homme, n'ait
pas un sens de plus? Il serait, me semble,
bien heureux, s'il pouvait voir?

@

( 25 )
Cette pensée m'agita vivement, & me fit sentir mon malheur pour la première
fois de ma vie Quelques larmes coulèrent
de mes yeux. Elevant machinalement mes
mains vers le Ciel, j'adressai la parole
au Créateur.....

IV. Une odeur suave se répand alors autour de moi; je me tais pour en jouir.
Le charme augmente, je suis autre qu'auparavant.
Ce qui me surprit davantage,
c'est que je n'étais plus sous le palmier.
Mes mains cherchèrent en vain l'arbre qui
me servait d'appui, & le gazon sur lequel
je m'étais reposé; je ne touchais, ni
ne trouvais rien autour de moi. Où suis-
je?... Par quel être suis-je soutenu?....
Quoique je ne pusse m'instruire de ce qui
m'arrivait, je n'étais aucunement inquiet
sur mon sort.

V. J'ignore si je suis resté longtemps dans cet état; comme homme, je ne savais point
encore mesurer la durée du plaisir. Mes
pieds touchèrent enfin la terre. Mes mains
cherchèrent d'abord autour de moi pour
savoir si j'avais été rapporté sous le palmier;
point d'arbre, point de gazon!....

@

( 26 )
VI. Un bruit confus m'arrêta dans mes recherches; il me parut entendre quelques
ouvriers occupés à renverser des murailles,
ou à pratiquer une ouverture dans
un rocher. La crainte s'empara de moi,
parce qu'il semblait que les débris allaient
m'écraser à chaque instant; j'en entendais
rouler autour de moi, & se briser les uns
contre les autres. Comme je n'y voyais
rien, & que j'ignorais dans quel endroit
je me trouvais, il m'était bien difficile
de me soustraire au péril qui me menaçait.
Cette circonstance me fit sentir plus
que jamais combien j'étais à plaindre d'être
privé de la vue. Mes larmes coulèrent derechef
sur mes afflictions; j'implorai de nouveau
mon Créateur.

VII. Quoique je fusse seul, je sentis une main se poser sur mon front. J'en fus bien
épouvanté; mais mes yeux virent pour la
première fois de ma vie.

VIII. Dans tout autre temps, j'aurais sans doute été bien satisfait d'avoir un
sens de plus. Mais combien j'eus à frémir,
lorsque je me vis placé sur le bord
d'un rocher au bord de la mer; tandis que

@

( 27 )
du côté opposé, des pierres énormes venaient
à moi, & semblaient à chaque instant
prêtes à m'entraîner avec elles au
fond des eaux.

IX. Je ne savais, si je devais dans ce cas savoir bon gré du présent qu'on venait
de me faire. J'eus le malheur de faire
quelques réflexions à ce sujet, l'on m'en
punit.

X. Une pierre, détachée du vieux bâtiment placé au-dessus de moi, vint tomber
à mes côtés. Un petit éclat me frappa
au talon; la douleur fut vive, & j'y portai
la main, Mais n'ayant pas su conserver
l'équilibre dans ce mouvement trop précipité,
cette situation fit vaciller mon corps
déjà mal assuré, & je tombai dans le fond
de la mer.

XI. La nature, cette mère sage & prévoyante, m'avait sans doute instruit sur
l'art de parcourir adroitement les eaux;
sa leçon me fut utile dans cette circonstance.
Quelque pressé que je fusse de prendre
terre, je fis pourtant mes efforts pour
ne point aborder près de la chute aux

@

( 28 )
pierres. Je me mis à nager, & vint aboutir
à un petit rempart qui empêchait aux
eaux de pénétrer dans un jardin magnifique.

XII. Comme je faisais mes efforts pour traverser le mur & pénétrer dans le jardin,
un petit enfant vint à moi, & me tendit
la main pour m'aider à monter: je n'osais
profiter de son zèle, car je craignais de
l'entraîner avec moi. Il vit mon embarras,
sourit, & me tira de danger.

XIII. Dépouille tous les vêtements, me dit mon petit conducteur; on n'admet en
ce lieu que l'homme de la nature.

XIV. Ensuite me montrant trois chemins, il m'expliqua que j'étais libre de
choisir, & qu'il s'offrait à me conduire par
celui des trois qui me conviendrait. L'un,
ajouta-t il, conduit au blanc, l'autre au
vert, & le dernier au bleu. Comme j'avais
été aveugle pendant trente-six ans, il ne
m'était pas facile de juger des couleurs;
j'avouai mon embarras à mon guide, qui
me proposa, pour terminer la question,
d'en décider par le sort.

@

( 29 )
XV. Il me remit un papillon, qu'il était allé prendre sur une plante que je
ne connaissais point alors, mais dont j'ai
bien entendu parler depuis. En lui rendant
la liberté, remarque la route qu'il prendra,
& dis-moi de te précéder dans la même.

XVI. Le papillon prit le chemin vert, je le dis à l'enfant, & nous le suivîmes.

XVII. A mesure que nous avancions, mon conducteur plaçait un signe à de certaines
distances, en me disant, regarde
& souviens-toi, car il faudra que tu retournes
seul.

XVIII. Nous marchions depuis midi, le jour allait se terminer, & je n'apercevais
encore aucune habitation. Je fis part
de mes inquiétudes à l'enfant, qui les avait
déjà devinées, car il ne me donna pas le
temps de finir mon discours, pour me dire
de m'armer de patience, ou de me déterminer
à voyager seul, si je voulais me
plaindre d'une épreuve à laquelle je devais
me trouver fort heureux d'être soumis.

@

( 30 )
XIX. J'aperçus enfin une haute muraille. C'est dans cette enceinte qu'il s'agit
de pénétrer, me dit-il. Ce que tu vois est
un labyrinthe; sept portes y conduisent,
mais une seule mène à la vie.

XX Nous y voilà, ajouta-t il; je ne peux t'accompagner plus loin. Avant que
d'entrer dans ce vaste bâtiment, considère-en
l'enceinte; réfléchis sur les sept portes;
tu t'égareras sans doute, mais il faut de la
fermeté & de la constance. Tu te retrouveras
au bout des sept degrés d'expiation.

XXI. Je m'aperçois, continua mon guide célèbre, que tu juges mal dans ton
intérieur des épreuves & du succès. Tu
es libre de regagner ton premier état, si
tu le veux. Retourne sur tes pas; les
signes que j'ai placés, te ramèneront facilement
dans le jardin où tu m'as trouvé;
là, comme le vieillard des vieillards, tu
resteras quelques jours; tu jouiras & te
tromperas; mais un être au-dessus de toi
paraîtra le feu à la main, & te chassera
dans la région des douleurs.


@

( 31)
==========================================

CHAPITRE II.
I. Me voilà seul. Je considère l'extérieur du vaste bâtiment dans lequel je dois pénétrer;
comme on m'avait prévenu de faire
un choix réfléchi sur les sept portes qui y
conduisent, je me garde bien de me présenter
à la première sans avoir examiné
les six autres. Je marche & regarde; mais
mon embarras ne fait que s'accroître, car
les portes se ressemblent parfaitement.

II. J'aperçus un homme, placé comme une statue, & immobile comme elle,
le mouvement seul de ses yeux me disait
qu'il était vivant. Dans mon incertitude
je courus à lui pour lui demander des renseignements;
mais à peine avais-je commencé
de lui parler qu'il interrompit la
question en me donnant un soufflet.

III. Cet attouchement me rendit tel que je venais de le voir; je devins statue à
mon tour; & je vis celui, qui venait de
me frapper, s'avancer vers la porte qui
était en face de moi, & s'introduire dans
le labyrinthe.

@

( 32 )
IV. Trois ans se sont passés dans cette situation & à la même place: j'ai vu pendant
cet intervalle des choses que je ne
peux dévoiler qu'en partie. Des animaux
de toute espèce passaient sans cesse à mes
côtés; il y avait quelquefois parmi eux
de ces êtres mixtes qu'on appelle aussi des
hommes; couverts d'un sac brun, blanc,
noir ou pie: ces derniers étaient ceux qui
paraissaient le plus en vouloir à ma vie;
quelques-uns portaient une grande barbe;
tous avaient une corde autour du corps.
L'un de ces êtres capuchonnés vint à moi,
& me remit un gros volume intitulé, Des
peines de l'enfer: je le reçus de ses mains,
& je lus.

V. Après trois ans d'épreuve, je vois un jour au soleil levant, venir à moi un
homme fort embarrassé; cela me rappela
ce qui m'était arrivé lors du soufflet de la
statue. Comme on me fit la même question,
j'y répondis de même, & le charme
ne fut pas différent.

VI. Ayant été remplacé par un autre, je pris la route que j'avais vu suivre à
mon prédécesseur trois ans auparavant.
Je
@

( 33 )
Je me présentai à une porte qui s'ouvrit
avec bruit dès que j'en fus proche. Deux
gardes, l'épée à la main, s'emparèrent de
moi sans mot dire. Un troisième homme
me couvrit d'un manteau magnifique.
Après avoir fait quelques pas, d'une manière
connue par quelques personnes, on
m'introduisit dans un petit pavillon où je
trouvai une table bien servie.

VII. Trois espèces de mets furent offerts dans ce repas; j'en goûtai, & mes
forces furent réparées dans l'instant.

VIII. Quelques coups se font entendre, je regarde mes conducteurs pour savoir
ce que veut dire ce signal; mais tout a
disparu; je suis seul.

==========================================

CHAPITRE III.
I. Je me lève; & comme l'entrée du pavillon se trouvait fermée, je m'occupai
à examiner les tableaux dont ce salon
était décoré. Sur l'un, était représenté un
C
@

( 34 )
enfant assis près d'un ruisseau de lait, &
tenant une coupe à la main.

II. On voyait, dans un autre tableau, un vieillard infirme, couché sur des plumes
de corbeau.

III. Le peintre avait représenté, dans un autre endroit, une chèvre allaitant un
lion.

IV. Le quatrième tableau représentait une mer de feu sur laquelle flottait un
flacon que quelques hommes s'efforçaient
d'atteindre & d'attraper à la nage.

V. Il me vint dans l'idée que ces peintures allégoriques contenaient sans doute
quelques vérités; dans la certitude qu'elles
n'avaient été placées là que pour m'instruire,
je me mis à en chercher le sens.
Mon oeil fixa de nouveau le premier tableau;
comme il était placé dans un angle
où la lumière du jour était un peu interceptée,
je l'enlevai de sa place pour le
placer ailleurs, & l'examiner de plus près;
mais je ne l'eus pas ôté, que je ne songeai
plus à en étudier l'allégorie. Car ce

@

( 35 )
tableau masquait l'entrée d'un magnifique
appartement dans lequel je crus voir une
jeune & belle femme étendue sur un sofa
où elle était couverte de fleurs.

VI. La passion m'égara, ou, pour mieux dire, je fus trompé par les illusions de
la nature. M'élancer dans cet appartement,
& tomber aux genoux de la beauté,
ne fut qu'un instant pour moi. Mais,
en quittant le pavillon, j'eus le malheur
d'y laisser le manteau dont j'avais été couvert
en entrant dans le labyrinthe. (Voyez
le N°. VI. du Chap. II. )

VII. Assis près de la belle qui s'était réveillée, je sentis que j'avais un coeur;
je crus voir palpiter le sien; & je me livrai
à tous les charmes de l'amour.

VIII. Après quelque temps de jouissance, j'entendis frapper à la porte de l'appartement:
ma compagne ouvrit. Je reconnus
les deux gardes qui m'avaient conduit
dans le pavillon: ils mirent de nouveau
l'épée à la main, & me firent signe
de les suivre.
C 2

@

( 36 )
IX. On me conduisit, & l'on me laissa seul dans une grande salle, où était un
autel. J'en approchai. J'y vis un agneau
couché sur un gros livre. Comme je me
proposais de l'ouvrir, un homme vêtu de
noir parut à mes côtés, & me renversa
d'un coup qu'il me donna sur le front.

X. J'avais perdu tous mes sens, & ce ne fut qu'après quelques heures que je
revins à moi. Je m'étais déjà relevé, lorsque
ce même homme me recoucha aussi
brusquement qu'auparavant; cela fut répété
trois fois. Il me demanda ensuite pourquoi
je me trouvais dans ces lieux sans le manteau
dont j'avais été couvert, lors de ma
présentation; ne sachant où je l'avais laissé,
je ne pus répondre. Mon silence fut l'interprète
de ma honte; & l'on me condamna
à voyager jusqu'à ce que je l'eusse
retrouvé.

XI. Le même l'homme vêtu de noir, me conduisit hors de la salle; je me trouvai
dans une forêt, seul, sans vêtement &
sans défense.


@

( 37 )
==========================================

CHAPITRE IV.
I. Le Ciel se couvre de nuages épais, la foudre gronde, & l'éclair me montre
par intervalles que je suis entouré de précipices
& d'animaux féroces.

II. J'aperçois un abri sous une pierre énorme qui formait d'un côté une voûte
assez étroite, j'y pénètre, & je me trouve
aux côtés d'un tigre qui s'y était réfugié
par la même raison que moi. Je n'osais
fuir quand je l'aperçus, car je craignais:
mais je vis qu'il craignait presque autant
que moi. Le temps s'obscurcissait de plus
en plus; la grêle, l'orage, le tonnerre,
& ma frayeur, tout s'accroissait sans cesse.

III. Un loup se présente pour profiter de l'abri que je partageais avec le tigre.
Ce dernier s'élance sur le nouveau venu;
ils combattent, se déchirent & s'étouffent
tous deux.

VI. L'orage s'est calmé; le Ciel est serein; je quitte ma grotte, & je cherche
un sentier dans cette forêt.
C 3

@

( 38 )
V. Après quelque temps de marche, je me trouve dans une plaine. Je vois un
sentier au bord duquel je reconnais une
marque comme celles que plaçait l'enfant
qui me conduisait au labyrinthe. (Voyez
le N°. XVII du Chapitre premier.)

VI. Je suis ce sentier qui me ramène au jardin que j'avais trouvé en sortant
de la mer. En entrant dans le jardin, je
regarde autour de moi, & cherche l'enfant
qui m'avait servi de guide. Je l'aperçois
près d'une fontaine; comme il
était couché, je crus qu'il dormait: mais
je vis, dès que je fus près de lui, qu'il
était mort, car le mouvement du coeur
celui de la respiration étaient interceptés.
Je le pris dans mes bras, je l'agitai
en différents sens; ma bouche se colla sur
la sienne pour rappeler le feu dans ses
poumons. Cela étant inutile, j'essayai de
le frotter avec les différentes plantes que
je voyais dans le jardin; je mis ensuite
plusieurs animaux à mort dans l'espoir de
trouver quelques remèdes; mes soins, mes
regrets, mes pleurs, mes voeux au créateur,
tout fut sans succès.


@

( 39 )
VII. Il ne me restait plus qu'à lui rendre les derniers devoirs. Mes mains creusèrent
sa tombe, & l'y placèrent.

VIII. Après quelques larmes sincères répandues sur le tombeau, je me mis à
parcourir 1e jardin pour y chercher un
asile & des êtres semblables à moi. Quelque
chemin que je prisse, je me retrouvais
toujours dans l'endroit où j'avais inhumé
l'enfant.

IX. Alors, je sentis qu'il était inutile de faire des efforts pour m'en éloigner;
je m'étendis sur le gazon, & je passai
quelques heures dans le plus profond sommeil.

X. Ma paupière se rouvrit à la lumière du jour; mais quelle fut ma surprise, lorsque
j'aperçus une branche d'arbre placée
sur le tombeau, & autour de laquelle
était un serpent? mon premier mouvement
fut de m'éloigner; réfléchissant enfin
sur cette circonstance mystérieuse, je
m'armai de courage, & je mis le serpent
à mort. En le frappant, trois gouttes de
son sang coulèrent sur la tombe; la branche

@

( 40 )
d'arbre & les restes du serpent rentrèrent
dans la terre, & l'enfant, que j'avais
tant pleuré, fut rendu à la vie.

XI. C'est pour toi, me dit-il, que j'avais perdu la vie; tu me l'as rendue, nous
sommes quittes. Sans le sacrifice de mes
jours, ajouta-t-il, c'en était fait des tiens.

XII. Il s'expliqua trois fois de la même manière, & je l'entendis.

==========================================

CHAPITRE V.
I. J'avais consenti à tenter de nouvelles épreuves pour parvenir au labyrinthe.
Nous nous mîmes en marche, & prîmes
la route qui conduit au blanc. (Voyez
le N°. XIV. du Chapitre premier.)

II. A une certaine distance nous trouvâmes un escalier à sept marches; l'enfant
me dit d'y monter.

III. Lorsque je fus au sommet, je vis au-dessous de moi quelques hommes qui
travaillaient, & dont l'ouvrage allait bien
lentement.

@

Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfeseite Rückkehr. Flag Hjælp side Tilbage. Bandiera Guida Torna.