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Réfer. : AL2305A
Auteur : T. Vaughan.
Titre : L'Art Hermétique à découvert.
S/titre : Traduction Française du "Lumen de Lumine".

Editeur : Xxxxx.
Date éd. : 1787 .


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L'A R T H E R M E T I Q U E
à
D E C O U V E R T
ou
NOUVELLE
LUMIERE MAGIQUE

sont contenus diverses Mysteres des Egyptiens,
des Hebreux & des Caldéens. ------------------------------------
1787.
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L'Art Hermetique à decouvert ou
nouvelle Lumiere Magique, où sont
contenus diverses Mysteres des Egyptiens, des Hebreux & des Caldéens.
L a Maniere de s'exprimer simple & naturelle est ce me semble la plus
propre à esclairer les matieres revelées
des sciences, & à laquelle le lecteur
prend ordinairement plus de goût
& de plaisir, c'est pourquoy je tacherai
à m'y conformer autant qu'il mesera
possible.

Je vous dirai donc, que vers le temps que l'aurore commence à paroitre,
m'estant aprés tant de fatigues &
de lassitudes reposé dans un lieu fort
solitair & êloigné du commerce je me
trouvay tout d'un coup surpris du
sommeil; dans cet êtat la nuit me parut
bien plus noire, que celle que j'avois
A 2 passé
@

( 4 )
passé auparavant & il me sembloit,
que j'etois dans un desert si obscur &
si affreux, que j'avois peine à l'exprimer,
me paroissant au dela du naturel,
quoyque tout cela ne me causât aucune
crainte interieure; me croiant
donc dans un lieu si extraordinair &
qui m'etoit si peu connu, je tournay
ma Vüe de tous cotés pour tacher à
decouvrir quelque chose de Misterieux,
mais n'ayant rencontré que l'obscurité
& le silence, Je m'imaginay, que mon
destin fatal m'avoit transporté au Region
des morts.

Dans ce trouble & dans cet embarras, je jugay à propos de me munir
de patience & d'attendre qu'il se
presentât quelque chose de plus agreable,
lors qu'un doux Zephir commenca
de souffler d'une maniere qui sembloit
mouvoir des feuilles dans un bois
ou dans un forêt.

Ce vent si agreable étoit suivi d'un odeur celeste & charmante, pareille
à celle des roses sauvages, & ce
parfum ne fût pas plûtot passé, qu'il
luy succeda un bourdonnement comme
des mouches à miel parmy des fleurs,
ce qui me causa d'autant plus de surprise
prise
@

( 5 )
que le lieu où j'etois n'avoit aucun
raport avec le bruit.

J'avoüe que j'etois en quelque maniere surpris & interdit de tous ces
objets si extraordinairs & si imprevus
quand une nouvelle apparition me fit
oublier toutes les precedentes, car ce
ne fût guere loin de là que je decouvris
une lumiere blanchatre, qui eclatoit
un peu moins que celle d'une
chandelle, mais qui me parut fort
mysterieuse & que je crû un nouveau
phenomen ou une lumiere un peu
nebuleuse.

Le Centre de cette lumiere me sembloit de couleur pourprée & aussy
raïonante que le soleil dans sa plus
vive lumiere; vous eussié dis que c'etoit
celuy des champs Elisées, sa circum
ferance aiant l'aparance toute entiere
d'une blancheur de lait.

De l'union de ses parties lumineuses sortoit une couleur, qui aprochoit
fort de celle du soleil couchant, que
les anciens Romains avoient coutume
d'appeller le soleil des morts.

Comme j'etois fort occupé à considerer cet objet si extraordinair, je
A 3 m'a-
@

( 6 )
m'aperçus d'un mouvement subit &
inopiné, venant du Centre de cette
lumiere pourprée, qui produisit une
grande diversité de rayons, qui se dispersoient
ça & là en petits ruisselets
paroissants des fil d'argent, les quels
etants reflechis contre les arbres de
cette forest là formoient une ombrage
avec une verdure trés curieuse & trés
agreable, ce qui me persuada fortement,
que j'etois dans un bois de Lauriers
verdoiants.

Le Tissu de leurs branches étoit si uni, les feuillages si êpaisses & dans
une disposition si bien ordonnée, que
l'on auroit dit, que c'etoit un artifice
plustot, qu'un bois naturel, de sorte
que je crù, que ce pouvoit etre le
Temple de la nature, tant ce lieu etoit
agreable, & il sembloit, qu'on eût
joint l'artifice le plus accompli à ce
que la nature peut produire de plus
achevé.

Dans ce bois ombrageux & charmant on voioit un nombre infini de
rossignols, que je reconus aussitot à
leur poitrine roussate, lesquels faisoient
une harmonie si delectable au milieu
de ce bois & à la clarté de cette lumiere
miere
@

( 7 )
si extraordinaire, que tout cela
ensemble produisoit un spectacle, qui
enchantoit les sens, en sorte que l'on
eût dit, que c'etoit quelque chose de
celeste & de divin.

Le fond de ce lieu si surprenant tant de celuy qui êtoit proche, que
celuy qui étoit eloigné tenoit de la
ressemblance d'un eschiquier, parceque
ce phenomene lumineuse rencontrant
quelques gouttes de la rosée
composoit une infinité de reflechissements
brillans, comme si la terre eût
eté parée de pierres pretieuses.

Ces objets si rares & si surprenants donnerent une occupation agreable &
plaisante à mon esprit, lors qu'il s'y
en presenta une autre nouvelle, c'est
qu'entre moy et cette lumiere il parut
une beauté incomparable d'une taille
moyenne d'un air modeste, son vestement
êtoit de soie fort deliée et la
couleur si verte, que je n'en avois jamais
vû de semblable, ce n'etoit pas
de ces couleurs ordinaires & comunes,
il etoit garny de rubans blancs & argentins,
paroissant comme lys dans un
champ verte, sa tête etoit voilée d'une
coëffe blanche & flotante qu'elle soûtenoit
A 4 tenoit
@

( 8 )
de l'une de ses mains regardant
par dessous, ses yeux etoient vifs, frais
& celestes, brillants comme une etoile
embrasée, de dessous son voile on decouvroit
ses cheveux blonds comme
les rayons de soleil perçant l'obscurité
des nuages; qui etoient espars & flotoient
ça & là sur sa gorge d'une
maniere fort agreable en boucles,
qui ressembloient à des bagues fort
curieuses, ces bagues paroissoient des
pierres Emeraudes, parceque cette
beauté ne faisoit aucune estime des
metaux, & cependant c'etoient de
carboucles brulantes, en un mot tous
ces vestements étoient si magnifiques,
que l'on n'en pouvoit pas voir des
pareils, & il en sortoit un parfum si rare
si exquis, que toute l'Arabie n'en
sauroit produire de semblable.

Mais pendant que j'admirois les perfections incomparables, & que je
me disposois à l'aborder je m'apercû,
qu'elle venoit au devant de moy, comme
si elle eust eû dessein de me prevenir,
ce qui me caûsa une agreable
surprise; je m'attendois dabord à quelques
discours extraordinaires qu'elle
me tiendroit, au lieu de quoy m'ayant
dit
@

( 9 )
dit tout bas, que je devois la suivre,
elle me prit par la main. Je vous avoue,
que je fûs agreablement surpris de sa
maniere honeste, & je crû, que je ne
devois pas manquer d'obeir à un
ordre si doux venant d'une si belle &
si charmante personne, de laquelle il
me sembloit que je devois tout esperer,
même les choses le plus grandes
& les plus extraordinaires.

Cette admirable lumiere, que j'avois vû auparavant, me fit enfin comprendre,
qu'elle etoit sa compagne inseparable,
& qu'elle faisoit l'ornement
de sa gloire, ainsi mon unique sort
etoit d'observer jusqu'à la moindre de
leurs demarches.

Il me sembloit qu'elle ne marchoit sur aucune route frayée, & que
cette queüe qu'elle tenoit n'etoit pas
de l'herbe courte & fine presque
semblable à de la peloûse, & tout ce
chemin etoit parsemé des marguerites
printanieres.

Aprés que nous fûmes sortis de ce bois ombrageux de Lauriers, je
vie une clarté extraordinaire dans l'air,
qui ne resembloit pas à celle du jour,
A 5 &
@

( 10 )
qui tenoit de la Lueur du Crepuscule.

Les étoiles se mouvoient sûr nôtre tête, & s'arretoient touttes brillantes,
comme si elles eussent etés sur une
eminence fort haûte, car nous etions
dans un antre tres profond, & la terre
etoit au dessus de nous en telle sorte
que je crû être auprés de son centre.

Nous n'eumes pas marché bien avant, que je decouvris certains nuages
espaises & blancs c'est ainsy qu'ils
me parurent, lesquels remplirent cette
partie de la valée, qui étoit devant
nous: j'etois à la verité dans cette erreur,
mais comme je ne fûs pas longtemps
sans m'en apercevoir de plus
pres, je trouvay que c'etoit un rocher
ferme et solide, luisant et brillant
comme des Diamants.

Cet aspect si rare et si beau m'encouragea beaucoup & me fit naitre un
desir d'entendre parler ma maitresse, ce
fût en cette qualité, que je la considere
dans la suitte, afin d'aprendre
d'elle s'il étoit posible quelque chose
de ce que je venois voir.
Je
@

( 11 )
Je ne scavois comment faire pour y parvenir, parce qu'il me sembloit,
qu'elle ne vouloit qu'on luy parlât,
mais ayant pris une forte resolution
de la presser la dessus, je la suppliay
de me faire la grace de me dire son
nom.
Elle me repondit dabord avec beaucoup de courtoisie & d'une maniere
aussi affable, que si elle m'eut connu
depuis long temps en me disant, Eugenius!
J'ay divers noms mais celuy,
qui me convient le mieux & qui m'est
le plus cher est celuy de Thalia, parce
que je suis toujours verte & que je
ne seray jamais plus blanche que je la,
suis.
Sois attentif icy à considerer les montagnes de la Lune, & ensuitte je
te montreray l'origine du Nil qui sort
de ces rochers invisibles.

Fais un peu de reflexions sur leurs fondement & sur leurs hauteur,
particulierement sur ces monticules salines,
qui sont les veritables montagnes
lunaires philosophiques.

A-tu jamais vû une chose si surprenante & si incroiable; sur cela je
regarday les montagnes salines & j'y
obser-
@

( 12 )
observai ces cataractes ou chutes d'eau
si extraordinaires; dont le courant étoit
si rapide & si large, qu'aucune riviere
dans sa plus grande etendue, avec
cette circonstance singuliere, qu'ils couloient
au travers de ces roches salines
sans aucune impetuosité & avec un air
si doux & si tranquil, que leurs mouvements
etoient presque imperceptibles.

Comme elles couloient assés prés de moy, j'en ramassay un peu pour voir
la consistence, dont elles pouvoient
être, & en touchant cette eau, je
fût extremement surpris de sa douceur,
elle etoit si brillante & si blanche,
qu'elle effacoit la blancheur de la neige
ordinaire.

Je la trouvay trés differente de l'eau commune, parce qu'elle etoit
semblable à peu près à un huile de
qualité aqueuse, qui paroissoit d'une
nature mineralle, dont le gout etoit
d'une ardeur fade & visqueuse, sa lueur
eclatante commes des perles & transparante
comme du Chrystall; ayant
bien consideré cette substance aqueùse
& oleagineuse, elle me parut en quelque
sorte une substance spermatique
fort
@

( 31 )
fort degoutante à la vue & encor d'avantage
au goût.

Sur cela Thalia me fit entendre, que c'etoit la matiere premiere & la
veritable sperme naturel du grand &
petit monde, elle est, dit elle, invisible
& inconnue à la plus part des
gens! c'est pourquoy il y en a peu,
qui la puissent decouvrir, ce qui fait
croire à plusieurs, que c'est une Chimere
& une fixion toute pure.

Ce monde exterieur est une figure morte, & c'est un corps formé par
un esprit, qui reside en luy, & il ne
conserve cette figure, que pour un
certain témps.

On doit considerer, que chaque forme, aprés que l'esprit l'a quitée, se
detruit, & ne peut pas garder plus
longtemps sa premiere figure, ce qui
fait bien connoitre, que cet esprit fait
sa figure individuelle, & qu'il la soutient
dans son equilibre jusqu'à sa fin
comme étant son Agent & son Moteur.

Il en est de même pour ce qui regarde le grand & le petit monde,

@

( 14 )
où l'esprit les soûtient également tous
deux.

C'est pourquoy, Eugenius, me dit elle, il faut que tu comprenne, que
toutes ces compositions sont faites
par une vie active & intelligente, par
ceque ce qui se fait dans la composition
du grand monde en general, se
fait de même dans la generation du
petit Monde en particulier.

Il est certain que l'eau change de figure par sa coagulation l'agent
que Dieu a crée pour cela c'est la
terre, dont l'eau par le moien de la
terre est epaissie & coagulée en une
troisieme figure, qui n'est ni eau niterre,
& qui participe de l'une & de
l'autre qualité.

L'eau est un element simple & indeterminé, susceptible de touttes
sortes de figures & de formes.

L'air est une substance rare indeterminé l'agent qui le coagule est
l'eau, car comme l'eau ne peut étre
coagulée que par le moyen de la terre,
de même l'air ne peut etre espaissie
ni coagulé que par le moyen de
l' eau.
L'air
@

( 15 )
L'air coagule le feu & le rend une substance moienne & le feu coagule
& corporifie la lumiere en sorte
qu'elle devient visible à nos yeux.

Ce sont les moyens dont Dieu se sert pour unir les Elemens & en
former le sperme general & indeterminé
ou determiné, car l'eau & la
terre étants joints, de cette union resulte
cette matiere visqueuse & gluante,
qui tient le milieu entre les Elements
& les individus, dont la nature
se sert pour la generation.

Il faut donc que ceux qui veuillent produire quelque effet Magique
dans les causes naturelles, cherchent
cette eau visqueuse, puis qu'il n'y a
qu'elle, qui a la vertu de se coaguler
par l'operation du feu naturel, & qui
par sa coction puisse étre reduite par
la nature en metal.

Observe comme les oeufs s'endurcissent peu de temps aprés qu'ils ont
etez au feu, parce que la qualité humide
de l'eau & celle de la secheresse
de la terre sont en egale proportion.
Pren-
@

( 16 )
Prenez donc mon cher Eugenius de l'eau de la montagne de la lune,
qui est de l'eau, mais non pas de l'eau
vulgaire, fais la bouillir dans le feu
de la nature, qui est de couleur rouge
avec deux parties de terre blanche,
aprez cela nourri ces deux substances
d'air ou feu & de feu d'air, & tu aura
les deux luminaires magiques si recommandés
par les Anciens Philosophes.

Mais comme tu a eté de mes plus fidels Serviteurs depuis longtemps &
que ta patiente constance me fait connoitre
la sincerité de ton affection, je
te conduiray à mon sanctuair, où je te
feray voir ce dont le monde n'est pas
digne.

Elle n'eut pas plutôt prononcé ces paroles, que passant près de ces rochers
salins: elle me mena vers un autre
rocher de Diamants d'une figure
cubique.

Ce cube etoit la base d'une piramyde de feu, dont les flammes enfermées
s'elevoient vers le ciel, le
frontispice de ce rocher etoit un petit
portail auquel pendoit un tableau, qui
repre-
@

( 17 )
representoit le Dieu Saturne des anciens
avec ces mots au dessous.

Doucement, ou il vous poindra.
Nous entrames dans ce rocher, dont les parties internes paroissoient de
couleur d'Emeraude, et il me sembloit
voir en quelque endroit de feuillages de
pur or, et en d'autres quelque chose
de couleur pourpée.

Nous n'eumes pas marché bien avant que nous nous aprochames d'un
autel Majestueux et authentique d'où
sortoit une couleuvre d'une couleur blanche
et verte, se mouvant aussi foiblement
qu'un limaçon qui n'a pas vü le
soleil depuis longtemps; à l'endroit de
la base de cet Autel se voyoit une inscription
en caracteres hieroglifiques
Egyptiens.

Aux Dieux heureux dans le Ciel sous - terrain.
Dela nous continüames notre chemin jusqu'à ce que nous fusmes arrivés
à une caverne tres profonde et fort
obscure gluante et humide rendente
B une
@

( 18 )
une odeur fade et püante à peu près
comme celles des tombeaux, nous ne
nous y arretâmes que fort peu, et ayant
traversé ces lieux puants et affreux
nous abordames enfin au Sanctuaire
dont il est parlé cy dessus, où Thalia
s'étant trouvée de mon côté me tint
ces discours.

Eugenius! voicy le lieu que plusieurs ont desiré de voir sans l'avoir
vû, parce que la pluspart ne s'etoient
pas rendu dignes de la connoissance
d'un si grand Mystere, ils ne m'aimoient
pas asséz, ils ne connoissoient d'ailleurs
que les richesses et les thresors negligent
l'intelligence de la nature et des
ses operations, ils temoignoient beaucoup
d'inclinations à penetrer les choses cachées,
et quoy que je fusse en quelque
façon entre leurs mains et même que
je me trouvasse exposéé à leur violençe
neantmoins celuy qui m'a fait, n'a
pas permit par bonheur que je fusse
enlevée.

Entre tous ceux qui m'ont recherchée, je ne trouve que toy Eugenius
conforme à mon inclination; j'ay remarqué
que ton attente a eté toujours
beaubeaucoup
@

( 19 )
remplie de patience, ce qui
m'a porté à t'instruire de plusieurs des
mes mysteres: Viens donc enfin que
je te marque ma reconnoissance de touttes
les peines, je te donne de bon
coeur mon amitié et pour te temoigner
mon affection je veux te faire present
de mes deux clefs, dont l'une ouvre
et l'autre ferme; je te recommande
pourtant d'en user avec prudence et
discretion, et à l'egard des mysteres qu'
elles renferment, je te laisse la liberté
de t'informer de touttes leurs parties,
il n'y a rien de caché dans tous ce
monde universel, que je ne soit préte à
te reveler avec plaisir, j'ay seulement
une chose à te recommander, qui est
que tu ne divulgue jamais ces Mysteres
incomparables. Il ne faut pas, que
tu abuse de la permission que je t'ay
donnée d'en escrire, et prenne garde à
me faire une prostituée: je te veux de
plus donner icy une entiere permission
de le publier en faveur de ceux
que tu en jugera dignes; voila tout ce
que j'avois à te dire, pour le present;
adieu, je m'en vay pour un peu de
temps vers la region invisible, mais enfin
que le proverbe, hors de vüe hors
de pensée n'ayt pas lieu auprés de
B 2 toy,
@

( 20 )
toy, souviens toy de moy & sois heureux.

Elle ne m'eut pas plutôt donné ces instructions, qu'elle me mena vers
une lumiere fort eclatante, où je vü
des choses, dont il ne m'est pas permis
de parler, et m'ayant ainsy decouvert
touttes les parties de ce merveilleux
labyrinthe, elle me ramena hors
de la sa lumiere eclatante marchant toujours
devant moy.

Aprés que nous eûmes passé les rochers du Nil, elle me montra un escalier
merveilleux et rempli de Mysteres,
par le quel nous remontâmes de
cette vallée profonde vers nôtre terre
commune.

Icy Thalia s'arréta, et ayant jetté les yeux sur moy avec un petit sourire
accompagné d'un air de tendresse
qui marquoit, qu'elle avoit de la peine
à me quitter, elle passa devant mes
yeux en l'air ou aether de la nature,
son depart si subit me mit en quelque
desordre, mais m'etant remis le mieux
qu'il me füt possible, j'aperçûs un jardin
fort delicieux, où m'étant reposé
sur un banc de fleurs je repassay dans
mon esprit tout ce, que j'avois vû.
Je
@

( 21 )
Je ne fûs pas long temps dans celieu solitair sans étre interompû agreablement,
lors qu'il me sembla voir
l'aimable Thalia comme si celle eût
été à l'extremité de l'horison, où on
a accoutumé de voir lever des etoiles,
en effet un moment aprés elle me parût
dans les myrthes, où s'etante assise
fort près de moy, elle me tint
ces discours.

Je ne veux pas mon cher Eugenius que tu ignores que toutes les sciences
viennent de l'unité et qu'elles retournent
à l'unité; autre fois dans le
temps, où l'on etoit mieux instruit, où
la sagesse etoit plus pure et plus generalement
connüe, ses amateurs la diviserent
en trois parties, elementaire
coeleste & sur - coeleste ou spirituelle
la partie elémentaire contient tous les
secrets de la physique la partie coeleste
ceux d'Astrologie et la partie spirituelle
ceux de la Theologie; chacune
de ces parties de soy n'etoit qu'une
branche ou une intelligence de cette
unité: mais étantes jointes touttes trois
ensemble, elles faisoient une monocule
de touttes les sciences, mais dans ce
siecle icy personne ne sçauroit montrér
B 3 une
@

( 22 )
une veritable et reelle physique ou
astrologie, ni ne se pourra faire qu'on ait
aucune connoissance certaine de la Theologie,
d'autant plus que par succession
des temps ces trois sciences ayantes etés
divisées pour être chacune une faculté
à part, on a à cause de cela tant de peines
à trouver la verité.

Or Dieu avoit uny ces trois parties en un seul sujet naturel, mais l'homme
les a separées, et ne les a placeés
en aucun autre sujet que dans son
imagination, et termes obscurs et opinions
ridicules, au lieu d'etablir un
principe universel, qui sert de fondement
solide à des connoissances certaines
et evidentes.

Par exemple, si tu demembrois un homme, et pretendois, que quelqu'une
de ses parties produisit les mêmes effets
qu'auroit fait le corps entier vivant,
tu te tromperois visiblement, tu
scay par une experience veritable et
naturelle, que d'une même racine specifique
naissent de feuilles, des fleurs et
de semences, de même de la racine
universel qui est le Chaos sont produits
touttes les natures specifiques et leurs
individus.
Or
@

( 23 )
Or il n'y a point de veritable connoissance, qui ne soit fondée sur des
substances particulieres et sensibles ou
bien sur la substance universelle insensible
et sensible de laquelle sont sortis
touttes les particulieres.

Car pour ce qui est des universels abstraits, il ne s'en trouve point, ce
sont des imaginations et ruses, par ce
que les abstractions ne sont qu'autant
des suppositions fantastiques.

Considere donc à present mon cher Eugenius! que touttes les creatures
n'ont rien materiellement que ce qu'elles
reçoivent de la nature materielle et
universelle, considere encore, que les
mêmes creatures peuvent étre reduites
à leur premiere matiere universelle, et
par consequent cette matiere universelle
contient en soy les secréts mysteres
de tous les particuliers, car tous
ce qui contient le sujet, contient aussi
les qualités du sujet.

Pour conclusion la Divine sagesse est le centre de la substance generale
et universelle, mais les substances particulieres
et determinées sont produites
B 4 tes
@

( 24 )
de la premiere substance physique;
nous disons donc, que la substance
universelle est le Cahos qui contient en
puissance touttes les creatures; il est
l'unité premiere & par consequent l'origine
de touttes les sciences, ce que
nous pouvons facilement reconnoitre
par l'analise des choses, parceque touttes
les creatures peuvent y étre reduites.

Tout vient de l'unité et tout retourne à l'unité comme à son propre
principe, c'est la le grand Mystere et
l'intelligence de toutte la sagesse; ainsy
mon cher Eugenius, il faut que tu
cherche et que tu examine bien exactement
les parties de ce Cahos par les
Regles et les instructions que tu a recû
de moy, quand j'etois avec toy dans
la region des mines: ne t'attache pas
tant à la practique, parceque ce n'est
pas le chemin de penetrer, il faut auparavant
joindre la raison à l'experience,
et travailler de l'esprit aussi bien
que des mains, applique toy à connoitre
touttes les causes par leurs effets,
ne te contente pas d'etudier les autheurs
modernes, parce que la plus
part ne sont que de trompeurs, qui
pren-
@

( 25 )
prennent la qualité de Philosophe, quoi
qu'en verité ils ne soient aucunement.

Voila ce que j'ai jugai à propos d'adjouter à mes premieres preceptes, mais
ce qui m'a fait revenir à toy c'est
quelque autre chose, que je m'en veux
t'apprendre.

Je veux croire, que tu a ouy parler quelques fois de la partie berilitique
de la magie, ecoûte moy attentivement
et je t'en feray comprendre, le fondement.

Il faut que tu scache que les etoiles ne scauroient imprimer aucune
influence nouvelle dans des corps parfaits,
elles ne font que disposer ou reveiller
en quelque maniere celles, qui
y avoient été imprimées auparavant:
Il est trés certain mon cher Eugenius
qu'aucun astrololime ne peut être receû
dans aucun de ces corps, qu'il
n'ait receû auparavant quelques corruptions
ou alternations, car la nature
n'opere que dans les Elements elementairs,
ainsy cette disposition ne peut
proceder des etoiles, comme quelques
uns ont faussement crû, mais bien de
B 5 la
@

( 26 )
la contrarieté des elements, quand ils
agissent pour la resolution du corps,
alors le feu coeleste se presente aussitôt
pour les reconcilier, et ainsy engendre
une forme nouvelle, la premiere
ne pouvant plus subsister, il est à
observer, que le vrai temps des impressions
est, quand les principes sont
spermatiques, et cruëls, mais des aussitot,
qu'ils ont etéz formés en corps
parfaits, le temps de la classification
est passé.

N'a tu jamais ouy dire mon cher Eugenius comme les anciens sages font
mention de certaines figures talismaniques,
telles que sont des images des
bagues et de medailles, les quels étants
fabriqueés à certaines heures determinées
pour cela produisent des effets
extraordinaires.

Les Astrologues ordinairs de ce temps prennent des pierres ou quelque
piece de Metal, où ils gravent des caracteres
ridicules, puis les exposent
aux influences des planètes, ignorant
l'usage de la Themus de la sagesse,
mais quoy qu'ils manquent en touttes
leurs practiques, ils ne laissent pas
d'e-
@

( 27 )
d'étre bien persuadés, qu'ils entendent
parfaitement bien la sagesse, et enfin
mon cher Eugenius que tu ne
donne pas dans ces folies, je veux te
montrer ce que tu dois faire dans la
science universelle. Par exemple prens
un grain de bled, mets dans un vaze
de verre, où dans quelque autre vaisseau
exposé au soleil, et tu le verra
sans aucun changement ni alteration,
mais si tu le mets en la terre naturelle,
où l'humidité salée et nitreuse de
cet element puisse le dissoudre, alors
le soleil y travaillera de son côté, le
fera vegeter et le convertira en un
corps nouveau; il en est de même des
astrologues dont il est parlé cy dessus,
ils presentent aux planetes un corps
parfait, et par ce moien croient mettre
en pratique le Gammace ou pentacle
de sages pour joindre ensemble
le monde superieur avec le monde inferieur;
mais mon cher Eugenius,
si tu veut proceder en sage Philosophe,
il faut que tu prenne un corps, et
que tu le reduise en sperme afin que
l'humidité coeleste foeminine qui recoit
et retient l'impression de L'agent
astral soit en sa liberté d'exposer immediatement
au feu masculin de la nature,
ture
@

( 28 )
c'est icy le fondement de ce mysterieux
Beryle inconnu à la plus part
de gens. Souviens toy mon cher
Eugenius avant touttes choses, que
rien ne peut etre stelifié sans union
de la magnesie aymantine de trois
cercles; je t'ay dis ailleurs ce que
c'est, sans qu'il soit besoin de le repeter.

Aprés qu'elle eût ainsy parlé, elle tira de son giron deux medailles surprennantes,
qui n'etoient d'aucun metal,
et qui etoient telles, que de ma
vie je n'en avois vû de semblables,
ni pû comprendre qu'il peût y avoir
des substances si pures, ni si pretieuses
que l'aimable Thalia appelloit des
saphirs du Soleil et de la lune, me
conseillant d'estudier nuit et jour afin
de penetrer ces deux merveilles incomprehensibles,
adjoutant qu'elle ne
m'en pouvoit pas dire davantage pour
le present, à cause qu'elle etoit pressée
du sommeil, sans quoy elle m'en auroit
donné une explication plus grande et
plus intelligible, tout ce que je pû
faire dans cette occasion, ce fût d'admirer
Urim et Thumim, considerant
leurs grande splendeur et leurs lumiere,
je
@

( 29 )
je ne sçavois pas bien ce que je devois
faire; et m'etant tourné du costé
de Thalia pour voir si elle dormoit
encore, je ne la trouvay plus, ce qui
me causât beaucoup d'inquietudes et
de trouble, j'attendis son retour jusqu'à
tant que le jour etoit presque fini,
mais elle ne parut point, afin ayant
porté la Vüe vers le lieu où elle avoit
la coutume de se reposer, j'y trouvay
certaines pieces d'or, qu'elle y
avoit laissé près de moy, et un morceau
de papier, qu'elle y avoit laissé
en forme de lettre, je ramassay le
tout & comme la nuit s'aprochoit &
que l'etoile du soir appellée Venus
paroissoit vers l'occident, j'apercûs quelque
chose d'extraordinair, ce qui me
donna envie de m'en aprocher pour
voir ce que ce pouvoit étre, à même
temps je decouvris ma charmante
Thalia dont je recû une trés grande
joye, et elle me fit voir des raretez
incomprehensibles par le moien d'un
type que voicy.

C'etoit un type emblematique que Thalia me mit entre les mains dans
la region de l'invisible Diane: La partie
superieure de ce type represente
les
@

( 30 )
les montagnes de la lune, que les Anciens
philosophes appellent ordinairement
les montagnes des jndes, au sommet
des quelles est leurs fameuses Lunaria,
c'est une herbe facile â trouver,
parce qu'elle se decouvre d'elle même
particulierement la nuit, où elle reluit
comme des perles. La terre vierge
de ces montagnes est fort rouge
et d'une grande douceur audela de
toute expression, elle est pleine de rochers
de Christal, que les philosophes
appellent leur glaise en leur pierre pretieuse,
on y voit oûtre cela des Oyseaux
et des poissons. Un Certain arabe
nommé Haly tres excellent Autheur
parlant de ces montagnes dit; Va mon
fils vers les montagnes des Indes et
leur cavernes, & y prens des pierres
pretieuses, lesquelles êtantes trempeés
dans une certaine ëau, s'y dissolvent
et deviennent liquides.


Ou pourroit en verité dire bien des choses de ces montagnes s'il etoit
permis de publier les mysteres qui y
sont enfermés, mais je n'en dois pas
obmettre une, qui est, qu'aprés minuit
vous y rencontrez des objets fort susprennantes
et dangereux, ce sont des
feux,
@

( 31 )
feux, des spectres et des fantomes
causés par certains esprits facheux et
malfaisans, c'est en ce même lieu que
se trouve le sperme du Monde universel,
dans lequel ces esprits impriment
leurs imaginations et produisent souvent
des creatures fantastiques et monstrueuses;
le chemin et l'acces vers
ces montagnes est fidelement decrit
par les freres de la R. C. leurs expressions
sont trés simples, et au jugement
de la plus part meprisables,
par ce que ces freres n'affectent point
de parler avec elegance et leur doctrine
ne consiste pas en belles phrases
& periodes composés, mais bien
en la solidité et le bon sens, ainsy
qu'il se peut voir par la lettre qu'ils
escrivent à deux de leurs societé dont
voicy la copie.


La Lettre des Freres de la compagnie
de la croix d'Or. R. C. contenante la Montagne invisible.
Chacune desire naturellement de commander, d'étre puissant & considerable
rable
@

( 32 )
dans le monde et d'avoir de l'or
& de l'argent en abondance. Il est
vray que le Dieu a creé ces metaux
pour l'usage de l'homme, afin qu'il
admire sa bonté infini, & qu'il luy en
rende des actions de graces en l'honorant
et le benissant de tout son coeur;
mais nous remarquons avec estonement,
que ceux qui aspirent â ces tresors
les voudroient acquerir sans aucune
peine & sans courir aucun danger, ni
meme les aller chercher dans les endroits,
où Dieu les a mis, et où il veut,
que nous en fassions la decouverte, pour
ne les donner ensuite qu'à ceux qui
en seront dignes. Nous avoüons,
que ces endroits sont cachés depuis
un fort long tems, et que le chemin,
qui y conduit est tres penible et difficile
à trouver, vous ne devez pas pour
cela vous rebuter, puisque la volonté
de Dieu est, qu'avec le jugement avenir,
ce secret si rare et si desiré de
tout le monde sera revelé en ce dernier
temps de ceux qui l'aiment, &
qui se rendent dignes suivant le passage
de l'ecriture sainte, où il est dit, que
rien n'est si caché, qu'il ne doive estre
manifesté avec cette reserve neantmoins,
que ce soit par des expressions
figu-
@

( 33 )
figurées sous les quelles on doit cacher
la connoissance de ces mysteres,
afin qu'ils soient entierement obscurcis
à ceux, qui en font indignes; c'est
pourquoy poussez de l'esprit de Dieu
nous avons jugé à propos de publier
en diverses langues que sa volonté est,
qu'en ce temps icy ces secrets soient
communiqués aux gens de bien; Nous
ne doutons point, que la plupart de
personnes ne desapprouvent le dessein
que nous avons de les decouvrir, que
meme, il n'y en ayt plusieurs qui en
fassent de railleries, et qui en parlent
avec mepris, & qu'il n'y en ayt d'autres
enfin, les quels sans se mettre en
peine ni en soin de demander le secours
de Dieu croient du jour de ses graces
par nôtre ministere, et que nous leurs
enseignerons dabord les moiens de se
procurer des tresors considerables, de vivre
dans le monde avec pompe et
avec fierté de faire la guerre, d'exercer
des vols & des brigandages sur
la terre et sur mer, & passer le temps
aux promenades & festins, aux bals &
aux jeux en souillant leurs ames par
touttes sortes de crimes et de pechés
contrairs à la loy de Dieu. La parabolle
de dix vierges de l'Evangile, dont
C le
@

( 34 )
le cinq folles demandent de l'huile
aux cinq sages leurs devroit servir
d'exemple & d'instruction pour veiller
à travailler avec soin & avec peines,
afin de parvenir à la connoissançe de
ce sucre, aprés avoir imploré auparavant
avec ferveur l'assistence divine,
quant à nous, qui avons acquis cette
connoissance tant par les escrits de nos
freres, que par une revelation singuliere
du tout puissant, nous allons
fermer nos oreilles et nous cacher
sous une nüée, pour ne point entendre
les plaintes et les lamentations
continuelles de ceux qui connoissent
les richesses, & eviter les diverses calomnies
atroces, dont ils ne manqueront
pas de nous noircir, desquelles
toutte fois nous nous mettons fort
peu en peine, puis que Dieu les juge
à son temps. Cependant, comme nous
sommes bien informés tant par la renommée,
que par vos escrits des soins
& de l'application continuelle, que
vous avez â vous instruire à la connoissance
de Dieu par la lecture des
livres sacrez, nous avons jugé à propos
de vous faire reponse au plütot &
avec la permission de Dieu, & par l'avis
du St. Esprit vous reveler en quelque
que
@

( 35 )
maniere les grands & admirables
secrets, dont il parle cy dessûs.

Il y a une montagne située au milieu de la terre, c'est â dire au centre
du monde, laquelle est grande &
petitte, elle est molle, & extremement
dure & piereuse, elle est proche &
eloignée d'un chacun, mais par un decret
singulier de Dieu elle est invisible;
les tresors qu'elle renferme sont si
vastes & si riches que le monde ne les
sçauroit comprendre, cette montagne
par l'envie du Diable, qui de tout
temps s'est opposé à la gloire & au
bonheur de l'homme a esté jusqu'à
present environnée de touttes parts
de betes feroces d'oiseaux de proyes
& d'autres objets terribles, ensorte
qué l'accés en est tres difficil, & que
trés peu de personnes ont pù trouver
le chemin qui y conduit, mais aujourdhuy
Dieu suivant son decret éternel
desire gratifier de ses tresors inestimables
les gens de bien, pourvu que de
leur côté ils operent les soins et la
peine que merite un recherche grande
& si utile. Vous sçaurez donc,
que le voyage que vous avéz à entreprendre
vers cette montagne se doit
C 2 faire
@

( 36 )

faire la nuit, la quelle ne pouvant étre
que longue & obscure, il est necessaire
que vous vous preparies auparavant
par prieres ferventes. Souvenés vous
de tenir bien precisement la route qui
doit vous y conduir, sans vous enquerir
à personne, contentéz vous de suivre
exactement votre conducteur, qui
paroitra devant vous exprés pour vous
servir de guide, quoyque vous ne le
connoissies pas, il vous menera vers
cette montagne par le droit chemin à
minuit & dans l'obscurité la plus noire,
où tout en calme, observéz alors
de vous munir d'un courage intrepide
contre touttes les craintes &
les obstacles qui pourroient arrivér &
qui seroient capables sans cette precaution
de vous faire abandonner vôtre
entreprise; vous n'avéz besoin ni
d'Epée ni d'aucune autre sorte d'armes
pour vous deffendre, il suffit que
vous invoquiéz Dieu avec toutte la ferveur
& tout le zele dont vous étes
capable.

La premiere chose que vous rencontreréz, lors que vous serez près de
la montagne sera un vent si fort & si
impetueux, qu'il esbranlera & brisera
les
@

( 37 )
les rochers, vous verrez alors des lions,
des Dragons & d'autres bêtes effroyables,
dont n'ayez aucune crainte, demeuréz
ferme dans votre resolution, &
donnez bien de garde de vous en retourner
sur vos pas, car celuy, qui
vous conduit ne permettra pas, qu'il
vous arrive aucun mal; cependant le
tresor ne vous sera pas encore decouvert,
quoy que vous en seréz tout
proche, & au grand vent succedera un
tremblement, qui achevra de raser &
d'aplanir ce que le vent n'aùra pû
faire: souvenéz vous toujours exactement
de demeurer ferme dans votre
dessein & de ne vous point effrayer,
car ce tremblement fera sortir un si
grand feu, qu'il consommera toutte la
matiere terrestre, & à même temps le
tresor se manifestera, sans neantmoins
que vous le puissiéz voir, mais vers la
pointe du jour quand l'étoile du matin
s'avance vers notre horizont, & que
l'aurore se montre pendant une douce
tranquilité, vous decouvriréz pleinement
ce tresor si desirable, entre autres
richesses qu'il renferme, il contient
une teinture si parfaite & si penetrante,
qu'elle est capable de l'imprimer
dans le monde entier & de le
C 3 chan-
@

( 38 )
changer en or le plus parfait, si c'etoit
le bon plaisir de Dieu, & qu'il
fût digne de dons si grands & si extraordinaires,
votre conducteur vous
montrera la maniere de vous servir de
cette teinture, la quelle entre un nombre
infini de proprietez excelentes &
miraculeuses a celle de rajeunir les
hommes vieux & caducques, & de les
conserver en une santé parfaite pendant
le cours de leur vie, elle est aussy
d'une utilité singuliere à former des
pierres pretieuses de touttes sortes de
couleurs en leurs imprimant un eclat,
qui va au de la de l'imagination de
l'homme.

Ne faites rien de votre chef, & contentés vous de ce que votre conducteur
vous enseignera, rendéz de graces
continuelles à Dieu pour ces dons
inestimables, & en faitez un usage
juste & reglé sans vous elevér avec
orgueil & vanité, au contrair appliquez
vous à ce, qui est opposé au monde,
& à ses convoitises, & possedes vôtre
richesses en sorte, qu'elles ne vous
possedent pas: enfin songéz à mener
une vie sage reglée & exemplaire, &
à eviter touttes sortes de pechés &
de
@

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