Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.

@

Page

Réfer. : AL0013C
Auteur : Artéphius.
Titre : Le Livre d'Artéphius.
S/titre : Bibliothèque des Philosophes Chimiques. Tome II.

Editeur : Cailleau André.
Date éd. : 1740 .
@

112 Le Livre d'Artéphius
pict

LE
LIVRE D'ARTEPHIUS,
ANCIEN PHILOSOPHE
Qui traite de l'Art secret, ou de la Pierre
Philosophale.
Le premier Mercure des Philosophes, est
un Soufre & un Argent-vif blanc, qui dissout l'Or & le blanchit.
L'ANTIMOINE est des parties de Saturne,
& il est entièrement de même
nature que lui, & l'Antimoine Saturnial
convient au Soleil, & dans cet Antimoine
il y a un Argent vif, dans lequel de tous
les Métaux, il n'y a que l'Or qui se submerge.
Je veux dire que le Soleil ne se dissout
véritablement que dans l'Argent-vif
Antimonial Saturnial, & que dans cet Argent-vif,
nul Métal ne peut être blanchi.
Il blanchit donc par conséquent le Laiton,
c'est-à-dire, l'Or; & il réduit le Corps
parfait en sa première Matière, laquelle
n'est
@

Le Livre d'Artéphius 113
n'est autre chose qu'un Soufre & un Argent
vif de couleur blanche, plus brillante
qu'un miroir. Cet Argent-vif dissout, dis-
je, le Corps parfait, qui est de même nature
que lui. Car c'est une Eau amie des
Métaux, & qui s'unit à eux, laquelle blanchit
le Soleil, à cause qu'elle a en soi un
Argent-vif blanc. D'où tu peux tirer un
très grand Secret; qui est que l'Eau de
l'Antimoine Saturnial doit être une Eau
mercurielle & blanche pour pouvoir blanchir
l'Or; que cette Eau n'est point brûlante,
mais dissolvante; & qu'après avoir dissout
le Corps, elle se congèle en manière
de Crème blanche. Ce qui a fait dire au
Philosophe que cette Eau rend le Corps volatil,
parce qu'après que le Corps a été dissous
dans cette Eau, & qu'il est refroidi,
il s'élève au-dessus d'elle. Prends, dit-il, de
l'Or cru, battu en feuilles ou en lamines,
ou qu'il soit calciné par le Mercure, & le
mets en notre Vinaigre Antimonial Saturnial,
(1) & du Sel Ammoniac (comme on

(1) Dans notre vinaigre, naigre Antimonial-Saturnial-
etc. Il y a dans le latin, Et Mercurial, & du Sel armoniac
pone in Aceto nostro Antomo- (comme on l'appelle) dans un
niali-Saturniali-Mercuriali, Vaisseau de verre qui soit large,
& Salis armoniaci, ut dicitur, etc. Où l'on voit que ces
in vase vitreo lato, etc c'est- mots, & Salis armoniaci, qui
à-dire, Mets (cet Or tout veulent dire, & du Sel armoniac,
cru battu en feuilles ou en n'ont nul rapport ni
lamines, ou bien calciné par nulle liaison avec ce qui
le Mercure) dans notre Vi- précède, & qu'il n'y a pas
TOME II * K
@

114 Le Livre d'Artéphius
l'appelle;) mets le tout dans un Vaisseau


même de construction. Et trouvent dans l'autre, qui est
ainsi je crois qu'ils ne sont crue & imparfaite. Où l'on
pas d'Artéphius. Ce qui voit que par la première de
paraît même par les mots ces deux Matières, Calid
suivants ut dicitur; c'est-à- entend parler de l'Or, qui
dire, comme on l'appelle. Il est n'est qu'un pur feu dans le Mercure
vrai que le véritable nom spiritualisé, dit un Philosophe,
de ce Sel, est Sel ammoniac, & & que par l'autre
que ce n'est que dans les qui est crue, où sont la Terre
boutiques, qu'il s'appelle & l'Eau, il veut dire le premier
Sel armoniac. Mais assurément Mercure des Philosophes,
Artéphius ne s'est qui est principalement
point amusé à faire cette composé d'Eau et de Terre,
différence. Outre que le Sel puisque Philalèthe nous
ammoniac ne peut point assure qu'il a la même forme
entrer dans la composition & les mêmes propriétés
du Magistère, qui ne se fait, que le Mercure vulgaire,
disent les Philosophes, que que l'on sait qui est composé
de deux matières prises de ces deux Eléments si
d'une même racine ou Origine, parfaitement unis l'un avec
qui sont le premier l'autre, que l'on ne
Mercure, qui est un Or saurait dire s'il est Terre,
cru & indigeste, dit Philalèthe, ou s'il est Eau; ou s'il est les
& l'Or vulgaire, deux tout ensemble, comme
battu en feuilles ou réduit il a déjà été dit. Ce que
en poudre fort déliées. Nous Philalèthe dit encore plus
n'avons à travailler au commencement clairement dans le Chapitre
de notre Oeuvre que XIII, où il assure que
de deux matières seulement, l'Or & le Mercure sont les
dit Calid, cité par Trévisan, deux véritables, & par
il ne s'y voit, ni ne s'y touche conséquent les seuls Matériaux
que deux choses, qui entrent de l'Oeuvre des Philosophes.
en sa Composition au commencement, Ainsi le Sel ammoniac,
au milieu, & à la fin. qui d'ailleurs n'est
Dans l'une de ces deux Matières, pas une Matière Métallique,
qui est la plus parfaite, mais étrangère à l'égard
sont le Feu & l'Air, qui sont du Magistère, ne pouvant
les deux plus dignes Eléments; point entrer en sa
& l'Eau & la Terre, qui sont Composition, il est certain
les deux Eléments les plus grossiers qu'Artéphius, qui est si sincère,
& les moins parfaits, se ne l'a point mis entre
@

Le Livre d'Artéphius 115
de verre, large & haut de quatre travers-
doigts ou plus, & le laisse-là dans une chaleur
tempérée, & en peu de temps tu verras
qu'il s'élèvera une Liqueur semblable à
de l'Huile, qui surnagera au-dessus comme
une petite peau. Ramasse-la avec une cuillère,

les Matières de l'Oeuvre nom que les Philosophes
avec l'Or & leur premier donnent ordinairement à
Mercure, qui sont, ce Mercure, à cause de son
comme il le dit ensuite, les acrimonie ou ponticité,
Matières de même nature comme d'autres la nomment,
& de même sang, qui s'amendent par laquelle ce premier
et se perfectionnent Mercure dissout l'Or
l'une l'autre; qui s'entr'aiment, en le réduisant en ses premiers
& qui s'unissent Principes, ainsi que
si exactement par leurs plus le Vinaigre commun dissout
petites parties, qu'elles ne les Perles. Et pour ce qui
sont plus qu'une seule & est de ces autres mots Antimonial-
même chose, sans pouvoir Saturnial-Mercuriel,
jamais être séparées. Je dis je crois qu'Artéphius veut
qu'Artéphius n'a point mis dire la même chose que ce
le Sel ammoniac avec l'Or que dit Philalèthe, quand
& leur premier Mercure. il assure dans le Chap. II.
Car il parle ouvertement que leur Eau, ou leur Mercure
de l'un & de l'autre, puisqu'il est composé d'un Feu, ou
dit que l'Or doit être d'un Soufre; du Suc de la Saturnie
pris tout cru, c'est-à-dire, végétable; & du Mercure,
tel qu'il sort de la Mine, dit qui sert de lien à ces
le Trévisan; quoi que Philalèthe deux autres choses. Et non
assure que si l'Or pas que ni l'Antimoine, ni
n'est pas pur, on peut lui le Saturne doivent entrer
donner une préparation, dans la Composition du
par l'Antimoine, par la premier Mercure des Philosophes,
Coupelle, ou par l'Eau régale. étant trop impurs
Et l'on ne peut pas pour cela, & ne pouvant
douter que c'est le premier servir tout au plus
Mercure qu'Artéphius qu'à la purgation, & à la
appelle Vinaigre Antimonial- préparation de la principale
Saturnial-Mercuriel. Il l'appelle Matière de ce Mercure.
Vinaigre, qui est un M. Salomon.
Kij
@

116 Le Livre d'Artéphius
ou avec une plume, & continue à
la ramasser plusieurs fois chaque jour, jusqu'à
ce que tu vois qu'il ne monte plus
rien. Ensuite, fais évaporer au feu toute
l'Eau, c'est-à-dire, l'Humidité superflue
du Vinaigre, & ce qui restera sera une
Quintessence d'Or, qui ressemblera à une
Huile blanche, mais qui sera incombustible.
Les Philosophes ont mis de grands
Secrets en cette Huile, laquelle a une très
grande douceur, & elle est fort bonne pour
apaiser les douleurs des plaies.
Tout le Secret donc de ce Vinaigre Antimonial consiste, en ce que par son moyen,
nous sachions tirer du Corps de la Magnésie
l'Argent-vif qui ne brûle point. Et c'est
là l'Antimoine & le Sublimé mercuriel;
c'est-à-dire, qu'il faut en tirer une Eau
vive incombustible, & la congeler ensuite
avec le Corps parfait du Soleil, lequel se
dissout en cette Eau, & se change en une
Nature, & en une Substance blanche, &
qui est congelée en manière de Crème. Et
il faut que le tout devienne blanc. Mais
auparavant, le Soleil étant mis en cette
Eau, & venant à s'y pourrir, & à s'y dissoudre,
il perdra d'abord sa lumière, il
s'obscurcira & deviendra noir, & à la fin il
s'élèvera au-dessus de l'Eau, & peu à peu
il paraîtra une Couleur blanche, qui surnagera
par dessus, comme une Substance

@

Le Livre d'Artéphius 117
blanche. Et c'est ce qu'on appelle blanchir
le Laiton rouge, le sublimer philosophiquement,
et le réduire en sa première Matière;
c'est-à-dire, en Soufre blanc incombustible,
et en Argent-vif fixe. Et de cette
sorte l'Humide terminé, je veux dire l'Or,
qui est notre Corps, étant plusieurs fois
liquéfié en Eau dissolvante, est réduit
en Soufre & en Argent-vif fixe. Et
ainsi le Corps parfait du Soleil, reçoit la
vie en cette Eau, et il devient vivant, il s'y
spiritualise, il y croît, & il y multiplie en
son Espèce, comme font les autres choses.
Car dans cette Eau, le Corps, qui est fait
des deux Corps, du Soleil & de la Lune,
s'enfle, se dilate, grossit, s'élève & croît
en y recevant une Substance & une Nature
animée & végétable.

Le premier Mercure, en dissolvant l'Or &
l'Argent, s'unit à eux inséparablement.

Au reste, notre Eau, que j'ai ci-devant appelée notre Vinaigre, est le Vinaigre
des Montagnes, c'est-à-dire, du Soleil &
de la Lune. C'est pourquoi il se mêle avec
le Soleil & la Lune, & il s'attache à eux,
sans en pouvoir être jamais séparé. Et
cette Eau communique au Corps sa Teinture
blanche, laquelle le rend resplendissant
d'une lueur inconcevable. Celui qui

@

118 Le Livre d'Artéphius
saura donc convertir le Corps en Argent
blanc, qui soit Médecine, il pourra par
après, par le moyen de cet Or blanc, convertir
fort aisément tous les Métaux imparfaits
en très bon et fin Argent. Et les
Philosophes appellent cet Or blanc, la
Lune blanche des Philosophes, l'Argent-
vif blanc fixe, l'Or de l'Alchimie & la Fumée
blanche. Et par conséquent on ne saurait
faire l'Or blanc de la chimie sans notre
Vinaigre Antimonial; & parce que
dans ce Vinaigre il y a double Substance
d'Argent-vif, l'une de l'Antimoine, &
l'autre du Mercure sublimé; cela est cause
qu'il donne double Poids & double Substance
d'Argent-vif fixe, & qu'il augmente
dans le Corps sa Couleur naturelle, sa
Substance & sa Teinture. Il faut donc que
notre Eau dissolvante donne une grande
Teinture & une grande Fusion; puisque
quand les Corps parfaits du Soleil & de la
Lune, sont mis dans cette Eau, dès aussitôt
qu'elle sent le feu vulgaire, elle fait
fondre ces Corps, les rend liquides, & les
convertit en une Substance blanche, telle
qu'elle est elle-même; & qu'elle en augmente
la Couleur, le Poids & la Teinture.

@

Le Livre d'Artéphius 119
Le premier Mercure dissout tous les Métaux
& les Pierres mêmes.
Cette Eau dissout pareillement tout ce qui peut être fondu & liquéfié. C'est une
Eau pesante, visqueuse ou gluante, précieuse,
& qui mérite d'être honorée; laquelle
résout tous les Corps, qui sont
crus, en leur première Matière; c'est-à-
dire en une Terre & Poudre visqueuse, ou,
pour le dire plus clairement, en Soufre &
en Argent-vif. Si tu mets donc dans cette
Eau quelque Métal que ce soit, en limaille,
ou en lamines déliées, & que tu l'y laisses
durant quelque temps en une chaleur douce,
le Métal se dissoudra tout, & il sera entièrement
changé en une Eau visqueuse, ou
Huile blanche, comme je viens de le dire.
Et ainsi cette Eau ramollit le Corps & le
prépare à la fusion & liquéfaction; même
elle rend fusible toutes choses, aussi bien
les Pierres que les Métaux, (1) & ensuite

(1) Ce que dit ici Artéphius, même beaucoup plus grosses
est une chose qui lui est singulière, que celles que la Nature
& qui ne se trouve produit, puisqu'il a la vertu
en nul autre ancien Philosophe de dissoudre les Pierres
: mais qui fait voir & les Perles; Car on peut
que ce n'est pas sans raison par ce Moyen, de plusieurs
qu'ils assurent qu'avec l'Elixir petits Diamants, ou des
on peut faire des Diamants fragments de Diamants, en
& d'autres sortes de faire de fort gros (ce que
Pierreries, & des Perles plusieurs ont tenté inutilement
@

120 Le Livre d'Artéphius
elle leur communique l'Esprit et la Vie. Et
partant elle dissout toutes choses d'une Dissolution
admirable, & elle convertit le
Corps parfait en une Médecine fusible,
fondante & pénétrante, qui est plus fixe
que le Corps ne l'est lui-même, & elle en
augmente le poids et la couleur.

Plusieurs noms du Mercure.
Travaille donc avec cette Eau, & tu auras ce que tu souhaites d'elle. Car elle
est l'Esprit & l'Ame du Soleil & de la Lune;
l'Huile & l'Eau dissolvante. La Fontaine,
le Bain-Marie, le Feu contre nature, le
Feu humide, le Feu secret, caché & invisible.
C'est le Vinaigre très aigre, duquel
un ancien Philosophe a dit. J'ai prié
Dieu, & il m'a montré une Eau nette, que
j'ai connue être un pur Vinaigre, altérant,
pénétrant & digérant. Un Vinaigre, dis-
je, pénétratif, & qui est l'Instrument, lequel
meut & dispose à pourrir, à résoudre,

par le moyen d'un a pas plus de raison que les
bain d'Or) & de plusieurs fragments de Diamants perdent
semences de Perles, en faire leur brillant & leur
tout de même de telle éclat, ni les semences de
grosseur que l'on voudra; Perles leur Eau par leur
& d'autant plus facilement, dissolution, que l'Or sa
que l'Elixir blanc peut couleur éclatante qu'il
donner la blancheur, l'Eau conserve après être dissous.
& l'oeil des Perles Orientales: M. Salomon.
& que d'ailleurs il n'y
@

Le Livre d'Artéphius 121
& à réduire l'Or & l'Argent en leur première
Matière. Et il n'y a en tout le Monde
que ce seul & unique Agent en cet Art,
qui ait le pouvoir de dissoudre & de réincruder
les Corps Métalliques, (1) en conservant
leurs Espèces. Cette Eau est donc
le seul moyen ou milieu propre & naturel,
par lequel nous devons résoudre les Corps
parfaits du Soleil & de la Lune, par une
Dissolution admirable & particulière, en
les conservant toujours en leur même Espèce,
& sans que ces Corps soient aucunement
détruits, que pour recevoir une Forme

(1) Les anciens Philosophes perfection qu'ils avaient avant
n'ont point parlé de que d'être dissous. De
ce qu'Artéphius dit ici. sorte que les Métaux, dissous
On appelle réincruder les par cette Eau Mercurielle,
Métaux, les dissoudre; Par semblent proprement
ce que comme ce Philosophe être en fusion. C'est
explique ensuite, par pourquoi Artéphius dit
la dissolution les Métaux que cet Argent-vif a le
sont réduits & remis dans pouvoir de dissoudre les
les Principes, dont ils sont Corps Métalliques (il entend
composés; c'est-à-dire, en principalement les
leur Argent-vif, & en leur deux Corps parfaits) & de
Soufre, sans néanmoins que les réincruder, en conservant
ces Principes soient séparés; leur Espèce; voulant dire
mais ils sont réduits que le Mercure & le Soufre
en une Eau Mercurielle, de l'Or, après qu'ils sont
comme était cette même dissous, ne déchoient point
Eau, étant encore crue, & de leur perfection. Ce qui
avant qu'elle fût coagulée est si vrai que l'Or fixe le
& fixée en Métal par l'action Mercure au même temps que
de son Soufre, & par le Mercure le dissout ; ce
la digestion de la Nature; qu'il ne serait pas si son
si ce n'est que ce Mercure & Soufre, dans s Dissolution,
ce Soufre conservent dans ne retenait sa vertu fixative.
leur dissolution la même M. Salomon.
Tome II. * L
@

122 Le Livre d'Artéphius
& une Génération nouvelle, plus noble
& plus excellente, que celle qu'ils
avaient auparavant : puisque c'est pour
être changés en la Pierre parfaite des Philosophes;
ce qui est leur Secret admirable.

Le Mercure est une moyenne Substance
claire, qui, en dissolvant les Corps
parfaits, se congèle & se fixe.
Au reste, cette Eau est une certaine moyenne Substance, claire comme de l'Argent
fin, laquelle doit recevoir les Teintures
du Soleil & de la Lune, pour être
congelée & convertie en Terre blanche
vivante. Car cette Eau a besoin des Corps
parfaits, afin qu'après les avoir dissous,
elle se congèle, se fixe & se coagule avec
eux, en une Terre blanche. Aussi leur solution
est leur congélation. Car ces deux
choses se font par une seule & même Opération.
Parce que l'un ne se dissout point,
qu'en même temps l'autre ne se congèle. Et
il n'y a point d'autre Eau qui puisse dissoudre
les Corps, que celle qui demeure avec
eux sous la même Matière & la même Forme.
Et c'est même une nécessité que cette
Eau, pour être permanente, c'est-à-dire,
pour pouvoir demeurer avec le Corps,
qu'elle dissout, soit de même nature que
lui; parce qu'ils doivent s'unir tous deux

@

Le Livre d'Artéphius 123
inséparablement, & n'être plus qu'une même
chose. Quand tu verras donc ton Eau
se coaguler elle-même avec les Corps, qui
auront été dissous en elle, sois assuré que
ta Science, ta Méthode, & tes Opérations
sont véritables & Philosophiques, & que
ton Procédé est selon les règles de l'Art.
Il s'ensuit de là que la Nature s'amende &
s'améliore en une Nature qui lui est toute
semblable; je veux dire, que l'Or & l'Argent
deviennent meilleurs & se perfectionnent
en notre Eau, comme notre Eau s'amende
aussi avec les Corps de l'Or & de
l'Argent. [Et acquiert avec eux une perfection
plus grande qu'elle n'avait.]

Autres noms du Mercure.
Cette Eau s'appelle encore le Moyen ou le Milieu de l'Ame, sans quoi nous ne saurions
rien faire en notre Art. C'est le feu
Végétable, Animal & Minéral, qui conserve
l'Esprit fixe du Soleil & de la Lune;
qui est le Destructeur des Corps, & qui
en est le Vainqueur; parce que ce Feu détruit,
dissout & change les Corps & leur
Forme Métallique. De sorte que de Corps
qu'ils étaient, il fait qu'ils ne sont plus
Corps, mais un Esprit fixe; en les convertissant
en une Substance humide, molle &
coulante, laquelle est entrante, ayant la
Lij
@

124 Le Livre d'Artéphius
vertu d'entrer & de pénétrer dans les Corps
imparfaits, de se mêler exactement avec
eux par leurs moindres parties, & de les
teindre & de les perfectionner. Ce que les
Corps parfaits ne pouvaient faire, lorsqu'ils
étaient des Corps Métalliques, secs
& durs; parce qu'en cet état ils ne peuvent
pas entrer dans les Corps imparfaits,
ni leur donner la Teinture & la perfection.
Nous avons donc raison de convertir les
Corps parfaits en une Substance liquide, &
coulante, parce que quelque Teinture que
ce soit, elle teindra plus avec la millième
partie de sa Substance, étant rendue liquide,
que si elle demeurait en Substance sèche;
comme il se voit dans le Safran, qui
ne peut communiquer sa Teinture, s'il
n'est dissous dans l'eau. Et par ainsi il est
impossible que la Transmutation des Métaux
imparfaits se fasse par les Corps parfaits,
tandis qu'ils seront en une consistance
dure & sèche, & si auparavant ils ne sont
réduits en leur première Matière molle &
coulante. Ainsi, il faut que l'humidité de
ces Corps, qui est la première Matière de
laquelle ils ont été faits, revienne & paraisse;
& ce qui est caché soit rendu apparent
& manifeste. Et c'est là ce qu'on
appelle réincruder les Corps; c'est-à-dire,
les décuire & les ramollir, jusqu'à ce qu'ils
soient dépouillés de leur corporalité dure

@

Le Livre d'Artéphius 125
& sèche; d'autant que ce qui est sec, n'est
ni entrant, ni tingeant, n'ayant de Teinture
que pour soi seulement. Et partant le
Corps, qui est sec et terrestre, ne peut donner
de Teinture, s'il n'est teint lui-même.
Parce que, comme je viens de le dire, toutes
les choses qui sont de consistance terrestre
& épaisse, ne peuvent entrer dans les
autres Corps, ni les teindre : car ne pouvant
les pénétrer, elles ne peuvent par conséquent
les changer. Et par cette raison
l'Or ne peut être tingeant, que son Esprit,
qui est caché au-dedans, ne soit tiré auparavant
de son intérieur, par notre Eau
blanche; & que ce même Or soit entièrement
rendu spirituel, & qu'il ne devienne
une Fumée blanche, un Esprit blanc, &
une Ame admirable.

Le premier effet du premier Mercure est
d'atténuer, altérer & ramollir les Corps parfaits.
C'est pourquoi, il faut premièrement que par notre Eau, nous atténuions les
Corps parfaits, que nous les altérions, &
que nous les ramollissions, en les rendant
liquides, afin qu'après ils puissent se mêler
avec les autres Corps imparfaits. Et par
ainsi, quand nous ne retirerions nul autre
avantage de cette Eau Antimoniale, que
Liij
@

126 Le Livre d'Artéphius
de rendre par son moyen les Corps parfaits,
subtils, mous & fluides, comme elle est
elle-même; cela seul nous suffirait. Car par
ce moyen elle réduit les Corps en leur première
origine de Soufre & de Mercure; &
par là elle nous donne le moyen de faire,
en fort peu de temps, & en moins d'une
heure sur terre, ce que la Nature n'a fait
sous terre, qu'en l'espace de mille années
dans les Mines; ce qui est en quelque manière
une chose miraculeuse.

Plus ce Mercure rend les Corps volatils,
plus il les spiritualise.
Tout notre Secret ne tend donc qu'à faire par notre Eau les Corps parfaits volatils
& spirituels, & les réduire en une
Eau tingeante & entrante. Car en incérant
les Corps, qui sont durs & secs, en les disposant
à être rendus fusibles, elle les change
en un véritable Esprit, c'est-à-dire, qu'elle
les convertit en une Eau permanente. Et
partant notre Eau réduit les Corps en une
Huile très précieuse & bénie, qui est la
vraie Teinture & l'Eau blanche permanente,
laquelle de sa nature est chaude & humide,
tempérée, subtile & fondante comme de la
cire : parce qu'elle pénètre jusqu'au profond,
& qu'ainsi elle teint & perfectionne les Corps imparfaits. Et partant notre Eau

@

Le Livre d'Artéphius 127
dissout soudainement l'Or & l'Argent, &
elle en fait une Huile incombustible, laquelle
peut alors être mêlée & unie aux
autres Corps imparfaits. Car notre Eau
convertit les Corps en la nature d'un Sel
fusible, qu'on appelle le Sel Albrot des Philosophes,
qui est le plus noble & le plus
excellent de tous les Sels; lequel par le
Régime de l'Oeuvre, devient fixe & ne
fuit point du feu. Et ce Sel, est une Huile
de nature chaude, & c'est un Sel subtil,
pénétrant & entrant, qu'on appelle Elixir
parfait, qui est le Secret si caché des sages
Alchimistes. Et par ainsi, celui qui saura
comment se doit faire & préparer ce Sel du
Soleil & de la Lune, & qui saura le mêler
ensuite avec les Corps imparfaits, & l'unir
inséparablement à eux; celui-là se peut vanter
de savoir un des plus grands Secrets
de la Nature, & une véritable voie de
perfection.

Le second Mercure des Philosophes comprend
les Soufres des deux corps parfaits avec leur Mercure.
Les Corps du Soleil & de la Lune étant ainsi dissous par notre Eau, sont appelés
Argent-vif. Or cet Argent-vif n'est point
sans Soufre, ni le Soufre sans la nature des
Luminaires, c'est-à-dire du Soleil & de la
Liiij
@

128 Le Livre d'Artéphius
Lune, parce que les Luminaires sont,
quant à la forme, les principaux Moyens
ou Milieux, par lesquels la Nature passe
pour parfaire & pour accomplir sa génération.
Et cet Argent-vif s'appelle le Sel honoré,
animé & engrossé; & Feu, parce que
ce Sel n'est qu'un Feu, & le Feu n'est que
Soufre, & le Soufre n'est qu'un Argent-
vif, qui a été tiré du Soleil & de la Lune
par notre Eau, & réduit en une Pierre de
haut prix. Je veux dire que c'est la Matière
des Luminaires, laquelle a été altérée,
changée & élevée d'une condition vile &
basse à une haute noblesse. Remarquez
que ce Soufre blanc est le Père des Métaux,
& que leur Mère, est notre Mercure, la
Mine d'Or, l'Ame, le Ferment, la Vertu
minérale, le Corps vivant, la Médecine
parfaite, notre Soufre & notre Argent-vif.
C'est-à-dire, qu'il est le Soufre du Soufre,
l'Argent-vif de l'Argent-vif, & le Mercure
du Mercure. Notre Eau a donc cette
propriété qu'elle liquéfie l'Or & l'Argent,
& qu'elle augmente en eux leur couleur
naturelle. Car elle change les Corps en
Esprits, en les dépouillant de leur corporalité
grossière, & c'est elle qui introduit
dans les Corps une Fumée blanche, laquelle
est l'Ame blanche, subtile, chaude, & qui
a beaucoup de Feu. Cette Eau s'appelle
encore la Pierre sanguinaire, & elle est

@

Le Livre d'Artéphius 129
encore la Vertu du sang spirituel, sans lequel
rien ne se fait. Elle est la Matière, &
le Sujet de tout ce qui peut être fondu, &
de la fusion : Et c'est une chose qui convient
parfaitement au Soleil & à la Lune,
& qui s'attache & s'unit à ces deux Corps,
sans pouvoir jamais en être séparée. Elle a
donc une grande affinité avec le Soleil & la
Lune; mais ce qu'il faut bien remarquer,
elle en a beaucoup plus avec le Soleil qu'avec
la Lune.

Autres noms du premier Mercure pris de ses effets.
On appelle encore cette même Eau un Moyen ou Milieu pour conjoindre les Teintures
du Soleil & de la Lune, avec les Métaux
imparfaits. Car cette Eau convertit les
deux Corps parfaits en une véritable Teinture,
pour teindre les autres Corps qui
sont imparfaits. Et c'est une Eau qui blanchit,
parce qu'elle est blanche, & qui vivifie
& anime à cause qu'elle est Ame. C'est
pourquoi elle entre promptement dans son
Corps, dit le Philosophe. Car c'est l'Eau
vive, qui vient arroser sa Terre, pour la
faire germer, & lui faire porter du fruit en
son temps déterminé; toutes les choses que
la Terre produit, ne naissant, & ne croissant
que par le seul arrosement. La Terre

@

130 Le Livre d'Artéphius
ne produit donc rien si elle n'est arrosée &
humectée. L'Eau de la rosée de Mai lave
les Corps, & comme l'Eau de pluie, elle
les pénètre & les blanchit, & de deux
Corps, elle en fait un nouveau Corps. Cette
Eau de vie étant régie & gouvernée avec
le corps, elle le blanchit, le changeant en
sa couleur blanche. Car cette Eau étant
une Fumée blanche, le Corps est par conséquent
blanchi avec elle. Il n'y a donc
qu'à blanchir le Corps, après quoi l'on n'a
plus besoin de livres.
Or entre ces deux choses, qui sont le Corps & l'Eau, il y a un amour & une
société, comme il y a entre le Mâle & la
Femelle; à cause de la proximité de leurs
natures, qui sont semblables. Car notre seconde
Eau vive est appelée Azot, qui lave
le Laiton; c'est-à-dire, le Corps, qui a été
composé du Soleil & de la Lune par notre
première Eau. On l'appelle aussi l'Ame
des Corps qui sont dissous, dont nous
avons déjà lié & conjoint les Ames ensemble,
afin qu'elles servent & obéissent aux
sages Philosophes. Que cette Eau est donc
une chose précieuse & excellente, puisque
sans elle l'Oeuvre ne peut être accomplie
ni parfaite!

@

Le Livre d'Artéphius 131

Suite des noms & des vertus du Mercure.

Cette Eau s'appelle encore le Vaisseau de la Nature, le Ventre, la Matrice, le
Réceptacle de la Teinture, la Terre & la
Nourrice. C'est aussi la Fontaine dans laquelle
le Roi & la Reine se baignent. C'est
la Mère qu'il faut mettre, & sceller dans
le ventre de son Enfant; c'est-à-dire, du Soleil,
lequel est sorti de cette Eau, & que
cette Eau a engendré. C'est pourquoi ils
s'entr'aiment comme une Mère & un Fils;
ils se chérissent, & ils s'unissent ensemble;
parce qu'ils sont venus tous deux d'une
seule & même Racine, & que tous deux
sont d'une même Substance & d'une même
Nature. Et d'autant que cette Eau est
l'Eau de la vie végétable, elle donne la
vie au corps qui est mort; elle le fait végéter,
croître & pulluler; & elle le ressuscite,
en le rendant vivant, de mort qu'il
était. Et elle fait tout cela par le moyen
de la Dissolution, & de la Sublimation.
Car dans cette Opération le Corps se change
en Esprit, & l'Esprit est changé en Corps.
Et alors se fait amitié, paix, accord &
union entre les contraires; c'est-à-dire,
entre le Corps & l'Esprit, qui changent leurs
natures l'un avec l'autre, recevant ce changement
de natures, & se le communiquant

@

132 Le Livre d'Artéphius
mutuellement, en se mêlant & s'unissant
ensemble par leurs plus petites parties. Ainsi
le Chaud se mêle avec le Froid, le Sec
avec l'Humide, & le Dur avec le Mou. Et
en cette manière il se fait un mélange des Natures contraires; c'est-à-savoir du Froid
avec le Chaud, & de l'Humide avec le Sec;
& par même moyen il se fait une liaison &
une union admirable entre les Ennemis &
les Contraires

Explication de la Dissolution des Corps
parfaits.
Ainsi la Dissolution Philosophique des Corps qui se fait en cette première Eau,
telle que nous avons dit, n'est autre chose
qu'une mortification de l'Humide avec le
Sec; parce que l'Humidité ne peut être
contenue, arrêtée, terminée, ni coagulée
en Corps, ou en Terre, que par la Sécheresse.
Il faut donc mettre les Corps durs
& secs en notre première Eau dans un vaisseau
bien bouché, où il les faut tenir jusqu'à
ce qu'ils soient dissous, & qu'ils s'élèvent
en haut. Et lors on peut appeler ces
Corps, un nouveau Corps, l'Or blanc de
la Chimie, la Pierre blanche, le Soufre
blanc qui ne brûle point, & la Pierre de
Paradis; c'est-à-dire, qui a la vertu de
changer les Métaux imparfaits, en fin Argent

@

Le Livre d'Artéphius 133
blanc. C'est alors que nous avons ensemble
le Corps, l'Ame & l'Esprit, desquels
Esprit & Ame les Philosophes ont
dit, qu'on ne les peut point tirer des Corps
parfaits, que par la conjonction de notre
Eau dissolvante; Etant certain qu'une chose
qui est fixe, (comme le sont les Corps parfaits,)
ne peut point être élevée en haut ni
sublimée, si elle n'est jointe avec une chose
volatile. L'Esprit & l'Ame sont donc tirés
des Corps par l'entremise de l'Eau, &
par ce moyen, le Corps est rendu non
Corps; parce que d'abord l'Esprit monte
en la plus haute partie du Vaisseau avec
l'Ame des Corps. Et c'est là la perfection
de la Pierre, & ce qu'on appelle Sublimation.
Cette Sublimation dit Florentinus
Cathalamus, se fait par des choses acides,
spirituelles & volatiles, qui sont d'une nature
sulfureuse & visqueuse, lesquelles
dissolvent les Corps & les font élever en
l'air & devenir Esprit. Et en cette Sublimation,
une partie de cette première Eau monte,
en s'unissant aux Corps, s'élevant, & sublimant
en une moyenne Substance, qui
tient & participe de la nature des deux choses,
qui sont les Corps & l'Eau. C'est pourquoi
on appelle cette moyenne Substance,
un Composé corporel & spirituel, Corsufle,
Cambar, Ethélia, Zandarith & le bon
Duenech. Mais son propre nom est seulement

@

134 Le Livre d'Artéphius
l'Eau permanente; parce qu'étant
mise dans le feu, elle ne s'enfuit, ni ne s'évapore
point; mais elle demeure inséparablement
unie & attachée aux Corps mêlés
avec elle : Et ces Corps ce sont le Soleil &
la Lune, auxquels elle communique une
Teinture vive, incombustible & très ferme,
plus noble & plus précieuse que celle
que ces deux Corps avaient auparavant
qu'ils fussent unis à elle. Car cette Teinture
étant en cet état, elle peut dorénavant couler,
& s'épandre comme de l'huile, perçant
& pénétrant tout, avec une fixation admirable.
Aussi cette Teinture est Esprit, &
cet Esprit est Ame, & cette Ame est Corps.
Parce que dans cette Opération le Corps
est fait Esprit, d'une nature très subtile,
& semblablement l'Esprit est fait Corps
avec les Corps. Et par ainsi notre Pierre
contient Corps, Ame & Esprit. O Nature,
comment tu changes le Corps en Esprit!
ce qui ne serait pas, si l'Esprit ne devenait
Corps avec les Corps; & si avec
l'Esprit les Corps n'étaient pas premièrement
faits volatils, & si ensuite le tout ensemble
ne devenait fixe & permanent. Ils
ont donc passé l'un dans l'autre, & ils ont
été changés mutuellement l'un en l'autre
par la Philosophie. O Philosophie! comment
tu fais l'Or volatil & fugitif, encore
qu'il soit naturellement très fixe. Il faut

@

Le Livre d'Artéphius 135
donc dissoudre ces Corps par notre Eau, &
en les rendant liquides & coulants, les changer
en une Eau permanente; une Eau dorée,
sublimée, & laisser au fond le gros,
le terrestre, & le sec superflu & inutile.

Le Feu pour faire la Sublimation doit être lent.
Le Feu, dont il se faut servir pour cette Sublimation, doit être lent; parce que si
par cette Sublimation les Corps ne sont
purifiés, & si leurs parties les plus grossières
(remarque bien ceci) qui sont terrestres,
ne sont séparées des impuretés du Mort par
un Feu doux; cela t'empêchera de pouvoir
achever l'Oeuvre avec ces Corps.
Car tu n'as besoin que de la nature déliée
& subtile des Corps dissous, laquelle tu
auras par notre Eau, pourvu que tu fasses
ton Opération à feu lent; parce que par le
moyen d'une chaleur douce, il se fera une
séparation des parties des Corps, qui sont
hétérogènes; d'avec les homogènes; c'est-
à-dire, des parties qui ne sont pas de même
nature d'avec celles qui le sont.


Il faut jeter les fèces & impuretés qui se
séparent dans la distillation.
Le Composé reçoit donc une modification
@

136 Le Livre d'Artéphius
de notre Feu humide. Ce qui se fait
en dissolvant le Corps, & en sublimant ce
qui est pur & blanc, & en rejetant les fèces
comme un vomissement qui se fait volontairement,
dit Azinaban. Car en cette
Dissolution & Sublimation naturelle, il se
fait un détachement des Eléments, une modification,
& une séparation du pur de
l'impur. De sorte que ce qui est pur &
blanc monte & s'élève en haut, & ce qui
est impur & terrestre demeure fixe au fond
de l'Eau, & du Vaisseau. Et cela il le faut
laisser & jeter comme une chose qui n'est
bonne à rien, & prendre seulement la
moyenne Substance blanche, fluente &
fondante, en laissant les fèces terrestres,
ou la terre féculente, qui est demeurée au
fond du Vaisseau, laquelle vient principalement,
& qui est une Scorie, & une Terre
damnée, qui ne vaut rien du tout, & qui
ne peut produire rien de bon, comme fait
cette Matière claire, blanche, pure &
nette, qui est la seule chose que nous devons
prendre. Et c'est là un écueil contre
lequel la Navire, ou la Science des Disciples
de Philosophie, se brise souvent, &
fait naufrage, par leur imprudence; comme
il m'est arrivé à moi-même. Car les Philosophes
disent bien souvent tout le contraire,
en assurant qu'il ne faut rien ôter,
hormis l'humidité, c'est-à-dire, la noirceur.
ceur.
@

Le Livre d'Artéphius 137
Ce qu'ils n'ont pourtant dit ni écrit,
que pour tromper ceux qui ne seront pas
assez prudents & avisés pour y prendre
garde, & qui s'imaginent pouvoir conquérir
cette Toison d'Or, sans avoir besoin de
Maîtres, sans lire avec assiduité les Philosophes,
& sans implorer le secours de Dieu,
& le prier instamment de les éclairer.

La Séparation du pur d'avec l'impur est la
Clef de l'Oeuvre.
Remarquez donc bien que cette Séparation, Division & Sublimation est indubitablement
la Clef de toute l'Oeuvre.
Après donc que la Putréfaction & la Dissolution
de ce Corps est faite, nos Corps
s'élèvent en couleur blanche au-dessus de
l'Eau dissolvante. Et cette blancheur est
la vie. Car l'Ame Antimoniale & Mercurielle
est infusée en cette blancheur, avec
les Esprits du Soleil & de la Lune, par la
volonté & l'ordre de la Nature, qui sépare
le subtil de l'épais, & le pur de l'impur, en
élevant peu à peu la partie subtile du Corps
de dessus ses fèces, jusqu'à ce que tout ce
qu'il y a de pur soit séparé & élevé. Et c'est
en cela que s'accomplit notre Sublimation
Philosophique & naturelle. Or avec cette
blancheur l'Ame, c'est-à-dire, la vertu minérale,
est infuse dans le Corps. Et cette
Tome II; * M
@

138 Le Livre d'Artéphius
Ame est plus subtile que le Feu, étant la
véritable Quintessence & la vie, qui ne demande
qu'à naître & à se dépouiller des
fèces terrestres & grossières, qui lui viennent
du menstrue & de la corruption. Et
c'est en cela que consiste notre Sublimation
Philosophique, & non pas dans le Mercure
vulgaire, qui ne vaut rien, & qui n'a en
soi nulle qualités pareilles à celles, dont
est doué notre Mercure; lequel est tiré de
ses Cavernes vitrioliques. Mais revenons à
la Sublimation.

L'Ame, ou la Teinture des Corps parfaits,
appelée l'Or blanc & la Magnésie, ne
peut être sublimée, que par le premier
Mercure, qui est volatil.
C'est donc une chose constante en cet Art, que cette Ame, qui est tirée des
Corps, ne peut être élevée, qu'en mettant
avec elle quelque chose de volatil, &
qui soit de même genre qu'elle, par le
moyen de quoi, les Corps sont rendus
volatils & spirituels, en s'élevant, se subtilisant,
& se sublimant contre leur propre
nature, qui est corporelle, massive, & pesante.
Et de cette manière ces Corps deviennent
incorporels & une Quintessence
d'une nature spirituelle, laquelle est appelée
l'Oiseau d'Hermès, & le Mercure tiré

@

Le Livre d'Artéphius 139
du Serviteur rouge. Et ainsi les parties
terrestres, ou pour mieux dire les parties
les plus grossières des Corps, lesquelles
ne peuvent, par quelqu'artifice que ce soit,
être entièrement dissoute, demeurent en
bas. Cette fumée blanche, cet Or blanc,
ou cette Quintessence, est aussi appelée
Magnésie, laquelle a en soi un Corps, une
Ame & un Esprit, ainsi que l'Homme; ou
qui est composé de Corps, d'Ame &
d'Esprit, de même que l'Homme en est
composé. Son Corps, c'est la Terre Solaire
fixe, laquelle étant extrêmement subtile,
est élevée pesamment par la force de
notre Eau divine. Son Ame, c'est la Teinture
du Soleil & de la Lune, qui provient
de la communication, & du mélange de
ces deux Corps ensemble, & de l'Eau. Et
cette Eau porte sur les Corps l'Ame, ou
la Teinture blanche, qui est tirée de ces
mêmes Corps : comme l'on voit que la
couleur, que font les teinturiers, est portée
sur le Drap, par le moyen de l'Eau qui
en est teinte. Et cet Esprit Mercuriel est
le lien de l'Ame du Soleil; & le Corps du
Soleil est le Corps qui donne la fixation,
lequel avec la Lune contient l'Esprit &
l'Ame. Ainsi l'Esprit, & ce qui pénètre
le Corps, est ce qui est fixe; l'Ame est ce
qui unit, qui teint & qui blanchit. Et notre
Pierre se forme de ces trois unis & conjoints
Mij
@

140 Le Livre d'Artéphius
ensemble; c'est-à-dire, qu'elle est
faite de Soleil, de Lune, & de Mercure.
De sorte qu'avec notre Eau dorée, il se
tire une Nature qui surpasse toute Nature:
Et par ainsi, si les Corps ne sont pas détruits,
abreuvés & broyés par cette Eau,
& si on ne les gouverne pas doucement,
& avec grand soin, jusqu'à ce qu'ils soient
détachés de la grossièreté & de l'épaisseur
de la Matière, & qu'ils soient changés en
un Esprit subtil & impalpable; on a beau
travailler, on ne saurait rien faire. Parce
que si les Corps ne sont rendus incorporels,
je veux dire, s'ils ne sont résolus &
changés en Mercure Philosophique, on
n'a pas encore trouvé la véritable voie,
ni la règle de l'Oeuvre. Et la raison en est,
parce qu'il est impossible de tirer des Corps
cette Ame si déliée & si subtile, laquelle a en
soi toute la Teinture, si auparavant ces
mêmes Corps ne sont résolus dans notre
Eau, c'est-à-dire, si par notre Eau, ils ne
sont réduits en leurs premiers Principes.

L'Ame, ou la Teinture, ne se retire que peu
à peu, par le Mercure, qui l'élève par sa volatilité.
Tu dois donc dissoudre les Corps du Soleil & de la Lune, dans l'Eau dorée, &
cuire, jusqu'à ce que, par le moyen de

@

Le Livre d'Artéphius 141
l'Eau, toute la Teinture sorte en Couleur
blanche, ou en Huile blanche. Et quand
tu verras cette blancheur sur l'Eau, sois
sûr que les Corps sont dissous & liquéfiés.
Continue à cuire jusqu'à ce que les Corps
enfantent une nuée ténébreuse, noire &
blanche, qu'ils ont conçue. Mets donc les
Corps parfaits dans notre Eau, en un Vaisseau
scellé hermétiquement, sur un Feu
doux, & cuis sans intermission, jusqu'à
ce qu'ils soient entièrement dissous & résolus
en une Huile très précieuse. Cuis,
dit Adfar, avec un feu lent & doux, tel qu'est
celui qui fait éclore les Oeufs, jusqu'à ce que
les Corps soient dissous, & que leur Teinture,
(remarque ceci) laquelle est très étroitement
unie avec eux, en soit tirée. Or on ne
tire pas tout d'un coup cette Teinture toute
entière; mais elle sort peu à peu tous les
jours, à chaque heure, jusqu'à ce qu'enfin
par un long temps la Dissolution soit
toute faite, dans laquelle, ce qui se dissout,
s'élève toujours en haut. Et pendant cette
Dissolution, le feu doit être doux & continuel,
jusqu'à ce que les Corps soit dissous
en une Eau visqueuse, impalpable, &
que toute la Teinture sorte premièrement
de couleur noire; ce qui est la marque d'une
véritable Dissolution. Continue à cuire, jusqu'à
ce qu'il se fasse une Eau permanente
blanche; parce qu'en la gouvernant en son

@

142 Le Livre d'Artéphius
bain, elle deviendra claire ensuite; &
enfin elle sera semblable à l'Argent-vif
vulgaire, s'élevant en l'air, au-dessus de
la première Eau. C'est pourquoi, lorsque
tu verras que les Corps sont dissous en
une Eau visqueuse, tu dois être assuré qu'en
cet état ces Corps ont été changés en vapeurs
: Que tu as les Ames séparées des
Corps morts : & Que par la Sublimation,
elles ont été élevées à la perfection, & à
la nature des Esprits. Et ainsi les deux
Corps, avec une partie de notre Eau, ont
été faits Esprits; lesquels s'élèvent & montent
en l'air. Et lors le Corps composé du
Mâle & de la Femelle, du Soleil & de la
Lune, & de cette très subtile nature, qui
a été nettoyée & purifiée par la Sublimation,
reçoit la vie & est inspirée par son
humidité; c'est-à-dire, par son Eau, comme
l'Homme entretient sa vie en respirant
l'air. Ainsi elle aura dorénavant la vertu
de se multiplier & de croître en son Espèce,
comme toutes les autres choses. Et en cette
Elévation & Sublimation Philosophique,
toutes ces choses se joignent ensemble; &
le nouveau Corps ayant été inspiré, ou
ayant reçu l'Esprit par l'air, il vit de la vie
végétative; ce qui est tout-à-fait surprenant
& miraculeux. Il s'ensuit de là que si
les Corps ne sont atténués & subtilisés par
le Feu & l'Eau, jusqu'à ce qu'ils s'élèvent,

@

Le Livre d'Artéphius 143
& qu'ils soient convertis en Esprit, & jusqu'à
ce qu'ils soient rendus liquides comme
de l'eau, ou convertit en vapeur comme
une fumée, ou faits semblables à du Mercure,
on ne fera jamais l'Oeuvre. Mais lorsqu'ils
viennent à monter, ils naissent dans
l'air; ils s'y changent, & ils deviennent vie
avec la vie. De sorte qu'ils ne peuvent
jamais être séparés, non plus que de l'eau,
qui est mêlée avec d'autre eau, ne le saurait
être. Les Philosophes ont donc parlé
fort sagement, lorsqu'ils ont dit que c'est
une chose qui est née dans l'air, parce que
par la Sublimation, elle est entièrement
rendue spirituelle. C'est là ce Vautour qui
volant sans ailes, crie sur la Montagne : Je
suis le blanc du noir, & le rouge du blanc,
& l'orangé fils du rouge. J'ai dit la vérité,
& je ne mens point. Il te suffit donc de mettre une seule fois les Corps, c'est-à-
dire l'Or, dans l'Eau & dans le Vaisseau,
le bouchant exactement, jusqu'à ce que la
véritable séparation soit faite, laquelle les
Envieux ont appelé Conjonction, Sublimation,
Assation, Extraction, Putréfaction,
Liaison, Fiançailles, Subtilisation, Génération,
& de plusieurs autres noms. Il faut,
dis-je, tenir le vaisseau bouché durant ce
temps-là, & jusqu'à ce que le Magistère soit
entièrement parfait. Il est donc de cette
Opération comme de la génération de

@

144 Le Livre d'Artéphius
l'Homme & de tous les végétaux. Il faut
mettre une seule fois la Semence dans la
Matrice, & la bien fermer ensuite.

Le Magistère se fait d'une seule chose,
& à peu de frais.
Ce qui nous fait voir évidemment que pour faire le Magistère nous n'avons pas
besoin de plusieurs choses, & qu'il ne faut
pas faire beaucoup de dépenses pour notre
Oeuvre. Car il n'y a qu'une Pierre, qu'une
Médecine, qu'un Vaisseau, qu'un Régime,
& qu'une seule disposition ou manière pour
faire successivement le blanc & le rouge.
Ainsi, quoi que nous disions en plusieurs
endroits, mets ceci, mets cela; néanmoins
nous n'entendons point qu'il faille prendre,
sinon une seule chose, la mettre une seule
fois dans le Vaisseau, & le fermer ensuite,
jusqu'à ce que l'Oeuvre soit entièrement
parfaite & accomplie; parce que, comme
je l'ai déjà remarqué, les Philosophes, qui
sont jaloux de leur Science, ne disent ces
choses, que pour tromper les Imprudents.
Et de vrai, ne sait-on pas que notre Art
est un Art cabalistique? je veux dire, qui
ne se révèle que de bouche, & qui est rempli
de mystères; & toi, pauvre Idiot que
tu es, serais-tu assez simple pour croire
que nous enseignassions ouvertement &
clairement
@

Le Livre d'Artéphius 145
clairement le plus grand & le plus important
de tous les Secrets, & de prendre nos
paroles à la lettre? Je t'assure de bonne foi
(car je ne suis point Envieux comme les
autres Philosophes,) je t'assure, dis-je
que celui qui voudra expliquer ce que les
autres Philosophes ont écrit, selon le sens
ordinaire & littéral des paroles, se trouvera
engagé dans les détours d'un labyrinthe,
d'où il ne se débarrassera jamais; parce qu'il
n'aura pas le fil d'Ariadne pour se conduire
& pour en sortir, & quelque dépense qu'il
fasse à travailler, ce sera tout autant d'argent
perdu. Et pour te dire la vérité, moi-
même Artéphius, qui écrit ceci, après avoir
eu appris la véritable & parfaite Sagesse,
dans les Livres du véridique Hermès, j'avoue
qu'autrefois j'ai été jaloux de la
Science, aussi bien que tous les autres Philosophes;
mais depuis mille ans, ou peu
s'en faut, que je suis au Monde, par la
grâce du seul Dieu tout-puissant, & par
l'usage de cette admirable Quintessence,
ayant reconnu pendant un si long espace
de temps que j'ai vécu, que personne ne
pouvait acquérir la connaissance du Magistère
d'Hermès, à cause du langage trop
obscur des Philosophes; émeu par la charité
& par les sentiments d'un Homme de
bien, j'ai résolu en ces derniers jours de ma
vie d'écrire le tout sincèrement & exactement;
Tome II. * N
@

146 Le Livre d'Artéphius
de sorte qu'on trouvera entièrement
dans mon Livre tout ce qu'on peut
souhaiter, & tout ce qu'il est nécessaire
de savoir, pour faire la Pierre Philosophale;
à la réserve toutefois de quelque
chose, qu'il n'est permis à personne d'écrire;
parce qu'il n'y a que Dieu seul, ou
un Ami qui doive le révéler. Je puis
dire néanmoins que pour peu que l'on ait
d'expérience, il ne sera pas difficile d'apprendre
cela même en ce livre, à moins
que d'être tout-à-fait stupide. Je proteste
donc que dans ce Livre j'ai écrit la Vérité
toute nue, & que je ne l'ai qu'un peu enveloppée;
afin que les Gens de bien & les
Sages puissent heureusement cueillir dans
cet Arbre Philosophique les admirables
Pommes des Espérides. C'est pourquoi
je vous exhorte, vous qui lirez ce Livre,
à louer & à remercier Dieu avec moi de ce
qu'il m'a inspiré des sentiments si charitables,
& de ce que dans une très grande vieillesse,
que je ne tiens que de lui, il a voulu me
donner une véritable & cordiale affection,
qui fait qu'il me semble que j'embrasse, que
je chéris, & que j'aime tendrement tous
les Hommes. Mais reprenons notre Discours,
& achevons de parler de la Science.

@

Le Livre d'Artéphius 147
L'Oeuvre n'est pas longue, & n'est
pas difficile.
A l'égard du temps qu'il faut pour notre Oeuvre, on peut dire qu'elle est bientôt
faite. Car au lieu que la chaleur du Soleil
emploie cent ans à digérer & à produire
un seul Métal dans les Mines, qui sont
dans la terre, comme je l'ai souvent vu &
remarqué, notre Feu secret, je veux dire
notre Eau ignée sulfureuse, qu'on appelle
Bain Marie, le fait en fort peu de
temps. L'Oeuvre n'est pas d'ailleurs d'un si
grand travail, à celui qui la sait & qui
l'entend, & la Matière qu'on emploie
pour la faire, n'est pas si chère, outre qu'il
en faut très peu, que la dépense doive empêcher
qui que se soit d'y travailler; non
plus que la difficulté de l'Opération, qui
est de si peu de durée, & si facile, que c'est
avec raison qu'on l'appelle un Ouvrage de
Femmes & un Jeu d'Enfants. Courage donc,
mon Fils, prie Dieu, lis continuellement
les Philosophes; car un Livre t'en fera entendre
un autre. Penses-y profondément;
n'emploie jamais aucune Matière qui se
dissipe, & qui s'exhale au feu; parce que
l'Ouvrage, que tu dois te proposer de faire,
ne consiste point en des Matières combustibles,
ou que le feu consume entièrement;
Nij
@

148 Le Livre d'Artéphius
mais seulement à cuire & à faire digérer
ton Eau, qui a été tirée des deux
Luminaires, le Soleil & la Lune; parce que
c'est cette Eau, qui donne & qui augmente
la couleur & le poids aux Corps imparfaits
jusqu'à l'infinie, qui est ce que tu prétends
faire, & dont tu as besoin. Et cette
Eau est une Fumée blanche, qui s'écoule
dans les Corps parfaits, & qui s'y unit,
comme l'Ame s'unit au Corps; qui nettoient
les Corps entièrement, & jusques dans
leur centre, leur ôtant leur noirceur &
ordure; qui conjoint les deux Corps,
& des deux n'en fait qu'un seul; & enfin
qui multiplie leur Eau; rien ne pouvant
ôter la couleur aux Corps parfaits, c'est-
à-dire, au Soleil & à la Lune, que le seul
Azot, je veux dire notre Eau, laquelle
teint le Corps qui est rouge, en le faisant
blanc, selon ses divers Régimes. Parlons
maintenant des Feux (car c'est dans la conduite
du Feu que consiste tout le Régime.)

Du Feu, de ses différences & de son Régime.

Notre Feu est minéral, il est égal, il est continuel, il ne s'évapore point, s'il n'est
trop fortement excité; il participe du Soufre;
il est pris d'autre chose que de la Matière,
il détruit tout, il dissout, congèle

@

Le Livre d'Artéphius 149
& calcine, & il y a de l'artifice à le trouver
& à le faire, & il ne coûte rien, ou du
moins fort peu. De plus il est humide, vaporeux,
digérant, altérant, pénétrant,
subtil, aérien, non violent, incomburant,
ou qui ne brûle point, environnant, contenant
& unique. Il est aussi la Fontaine
d'Eau vive, qui environne & contient le
lieu, où se baignent & se lavent le Roi &
la Reine. Ce feu humide suffit en toute
l'Oeuvre, au commencement, au milieu,
& à la fin; parce que tout l'Art consiste
en ce Feu. Il y a encore un Feu naturel,
un Feu contre Nature, & un Feu innaturel,
& qui ne brûle point, & enfin pour complément,
il y a un Feu chaud, sec, humide,
& froid. Pensez bien à ce que je viens
de dire, & travaillez bien & droitement,
sans vous servir d'aucune Matière étrangère.
Que si vous ne comprenez pas les
Feux, dont je viens de parler, écoutez ce
que je vais vous révéler des plus cachés
& plus secrets Mystères des anciens Philosophes,
sur le sujet des Feux, & qui n'a jamais
été écrit en aucun Livre jusqu'à présent.

Trois sortes de Feux dont on a besoin
dans l'Oeuvre.
Nous avons proprement trois Feux, sans Niij
@

150 Le Livre d'Artéphius
lesquels l'Art ne peut être parfait; & qui
travaillera sans ces Feux, il travaillera inutilement.
Le premier, c'est le Feu de la
Lampe, qui est un Feu continuel, humide,
vaporeux, aérien; & il y a de l'artifice
à le trouver. Car la Lampe doit être proportionnée
aux Lieux, où elle est enfermée;
& pour bien faire & bien conduire
ce Feu, il faut être fort judicieux; ce qu'un
Artiste étourdi ne pourra jamais faire; parce
que si le Feu de la Lampe n'est pas proportionné
Géométriquement; & comme il
faut, il arrivera de deux choses l'une : ou
que la chaleur étant trop faible, les Signes,
que les Philosophes ont dit qui devaient
arriver en un temps déterminé, ne paraîtront
point, & un si long retardement rendra ton
espérance vaine, ne se faisant rien de ce que
tu auras prétendu : ou que la chaleur étant
trop forte, les fleurs de l'Or se brûleront; &
tu auras regret d'avoir si malheureusement
employé ta peine & ton travail. Le second
Feu est le Feu de cendres, dans lesquelles
on pose & l'on enferme le Vaisseau scellé
Hermétiquement : ou pour mieux dire, ce
Feu est cette chaleur fort douce, qui vient
de la vapeur tempérée de la Lampe, lequel
environne également le Vaisseau. Ce
Feu là n'est point violent à moins qu'on ne
l'excite par trop. Il digère, il altère; il est
pris d'un autre Corps que la Matière [du

@

Le Livre d'Artéphius 151
Feu]. Il est unique, il est même humide, &
n'est pas naturel; & il a tout de même les
autres propriétés que je viens de dire. Le
troisième Feu, c'est le Feu naturel de notre
Eau, lequel on appelle autrement Feu contre
nature, parce que c'est une Eau, & cependant
ce Feu fait de l'Or un Esprit, ce
que le feu commun ne saurait faire. Ce
Feu est minéral, il est égal, il participe
du Soufre, il détruit tout, il congèle, il
dissout & il calcine. Il est pénétrant, subtil,
& ne brûle point. C'est la Fontaine
d'Eau vive, dans laquelle le Roi & la
Reine se baignent. Nous avons besoin de
ce Feu en toute l'Oeuvre, au commencement,
au milieu, & à la fin; mais nous n'avons
pas toujours besoin des autres Feux,
n'étant nécessaires qu'en un certain temps.
Quand tu liras donc les livres des Philosophes,
aie toujours présente en ta mémoire
ces trois manières de Feu, & les
applique à leurs paroles; & très assurément
tu entendras facilement tout ce qu'ils diront
du Feu.

Les couleurs de l'Oeuvre, & ce qui les produit.
Pour ce qui est des Couleurs, celui qui ne noircira point ne saurait blanchir: parce
que la Noirceur est le commencement de
Niiij
@

152 Le Livre d'Artéphius
la Blancheur, & c'est la marque de la putréfaction
& de l'altération; & lorsqu'elle
paraît, c'est un témoignage que le Corps
est déjà pénétré & mortifié. Voici comme
la chose se fait. En la putréfaction qui se
fait dans notre Eau, il paraît premièrement
une Noirceur, qui ressemble à du bouillon
gras, sur lequel on a jeté du poivre. Et
ensuite cette liqueur s'étant épaissie, &
étant devenue comme une terre noire, elle
se blanchit en continuant de la cuire. Ce
qui provient de ce que l'Ame du Corps surnage
au-dessus de l'Eau comme une Crème
blanche, & dans cette blancheur tous les
Esprits s'unissent si fortement, qu'ils ne
peuvent plus s'enfuir, n'étant plus volatils.
C'est pourquoi il n'y a en toute l'Oeuvre
qu'à blanchir le Laiton, & laisser là tous
les Livres, afin de ne nous point embarrasser
par leurs lectures en des imaginations
& en des travaux inutiles & ruineux. Car
cette blancheur est la Pierre parfaite au
blanc, & un Corps très noble, par la nécessité
de la fin; qui est de convertir les Métaux
imparfaits, en très pur Argent, étant
une Teinture d'une blancheur très exubérante,
qui les refait, & les perfectionne, &
qui a une lueur brillante, laquelle étant
unie aux Corps des Métaux imparfaits, y
demeure toujours, sans pouvoir jamais en
être séparée. Tu dois donc remarquer ici

@

Le Livre d'Artéphius 153
que les Esprits ne sont point rendus fixes
que dans la couleur blanche. Et par conséquent
elle est plus noble que les autres Couleurs
qui l'ont devancée, & on la doit toujours
fort souhaiter, parce qu'elle est en
quelque façon & en partie l'accomplissement de toute l'Oeuvre. Car notre Terre
se pourrit premièrement dans la Noirceur;
puis elle se nettoie en s'élevant, & en se
sublimant; & après qu'elle est desséchée,
la Noirceur disparaît, & alors elle blanchit,
& la domination humide & ténébreuse
de la Femme, ou de l'Eau finit. C'est
alors que la fumée blanche pénètre le nouveau
Corps, que les Esprits sont liés et fixés
dans le sec, et que ce qui faisait la corruption,
& qui était difforme & noir, provenant
de l'humide s'en va. C'est alors
encore que le nouveau Corps ressuscite
transparent, blanc, & immortel, & qu'il
est victorieux de tous ses Ennemis. Et de
même que la chaleur, agissant sur l'humide,
produit la Noirceur, laquelle est la première
Couleur qui paraît; aussi la même
chaleur continuant toujours à cuire, & de
cette manière agissant sur le sec, elle produit
la blancheur, qui est la seconde Couleur
principale de l'Oeuvre. Et enfin, la même
chaleur, agissant encore sur le Corps purement
sec, elle produit la Couleur Orangée
& la Rougeur, qui est la troisième & dernière

@

154 Le Livre d'Artéphius
Couleur du Magistère parfait. Voilà
pour les Couleurs. Cela fait voir que c'est
avec raison que les Philosophes ont dit que
ce qui a la tête rouge & puis blanche, les
pieds blancs & puis rouges, & qui avait auparavant
les yeux noirs, cela seul est le Magistère.

Sans la dissolution des Corps, l'Oeuvre ne
se peut faire. C'est par elle qu'ils sont vivifiés,
& qu'ils croissent & multiplient.

Dissous donc le Soleil & la Lune dans notre Eau dissolvante, qui est leur Amie,
étant de leur prochaine nature, qui les
réconcilie & les unit; qui est comme leur
Matrice, leur Mère, leur Origine, le Principe
& la Fin de la vie qu'ils reçoivent par son
moyen. Et c'est pour cela qu'en cette Eau
ces deux Corps deviennent plus excellents
& plus parfaits qu'ils n'étaient; parce que
Nature se plaît en Nature, & que Nature
contient Nature. Et ainsi ces Natures sont
conjointes ensemble par le lien d'un véritable
mariage, & elles ne sont plus qu'une
seule Nature, qu'un seul Corps renouvelé
& ressuscité, pour ne plus mourir, & pour
demeurer immortel. C'est ainsi que s'entend
ce que disent les Philosophes, Qu'il
faut allier les proches Parents avec les proches
Parents, & qui sont d'un même sang.

@

Le Livre d'Artéphius 155
Alors ces Natures se recherchent & se poursuivent
l'une l'autre; elles se pourrissent;
elles s'engendrent, & elles se plaisent d'être
ensemble; parce que la Nature est gouvernée
par la Nature, qui lui est la plus
proche, & qui l'aime. C'est ce qui a fait
dire à Danthin, Que notre Eau est une belle
& agréable Fontaine, claire, & qui est
destinée & préparée seulement pour le Roi
& la Reine, qu'elle connaît parfaitement,
comme eux la connaissent aussi fort bien. Car
cette Fontaine les attire à elle, & le Roi
& la Reine demeurent trois jours, c'est-à-
dire, trois mois à se baigner dans cette Fontaine,
& elle les rajeunit, & les rends beaux.
Et parce que le Soleil & la Lune ont pris
leur Origine de cette Eau, qui est leur
Mère, il faut nécessairement qu'ils rentrent
une seconde fois dans le ventre de leur
Mère, afin qu'ils renaissent, & qu'ils deviennent
plus vigoureux, plus nobles &
plus forts qu'ils n'étaient. Et partant, s'ils
ne meurent, & s'ils ne sont changés en Eau,
ils demeureront tout seuls, & ne rapporteront
jamais de fruit. Mais s'ils meurent,
& qu'ils soient dissous dans notre Eau, ils
rapporteront du fruit au centuple : Et du
même Lieu, où ils semblaient qu'ils eussent
été anéantis, & avoir perdu leur perfection,
& n'être plus ce qu'ils étaient; de là même
ils sortiront, & ils paraîtront ce qu'ils n'étaient

@

156 Le Livre d'Artéphius
pas, [parce qu'alors ils seront de
beaucoup plus parfaits qu'auparavant.] Il
faut donc fixer fort adroitement l'Esprit de
notre Eau vive avec le Soleil & la Lune,
parce que ces deux Corps étant convertis
en nature d'Eau, ils meurent & deviennent
semblables à des Corps morts; mais étant
ensuite réanimés par cet Esprit, ils deviennent
vivants, ils croissent & multiplient,
comme tout ce qui a la vie végétative croît
& multiplie.

Toute la préparation que l'Art peut donner
à la Matière n'est qu'extérieure, & la Nature fait le reste.
Tu n'as donc autre chose à faire qu'à préparer comme il faut la Matière, extérieurement,
parce que d'elle-même elle
fait intérieurement tout ce qui est nécessaire
pour se rendre parfaite. Car elle a en elle
un principe & un mouvement, qui lui est
intimement uni, & qui la fait agir par une
voie sûre sans se fourvoyer, & par un ordre
infaillible, qui est incomparablement
meilleur que quelque autre que ce soit que
les Hommes pourraient inventer & s'imaginer.
Ainsi prépare & dispose seulement
ta Matière, & la Nature fera tout le reste.
Car pourvu que la Nature ne soit point
empêchée, ni forcée à prendre une route

@

Le Livre d'Artéphius 157
opposée à son dessein, elle suivra son mouvement
& sa manière d'agir, qu'elle a fort
réglée, & fort certaine, tant pour concevoir
que pour engendrer. C'est pourquoi
après que tu auras préparé ta Matière, tu
dois prendre garde seulement à deux choses
: Premièrement à ne pas enflammer le
Bain, en faisant un feu trop fort : Secondement
à ne pas laisser exhaler l'Esprit, parce
que s'il sortait du Vaisseau, ton Opération
serait entièrement détruite, & tu n'en aurais
que du chagrin & du dépit. Ce que je
viens de dire fait voir évidemment la vérité
de l'Axiome, qui dit, Que selon le
cours & la manière d'agir de la Nature, il
faut de nécessité que celui-là ne connaisse pas
la Composition des Métaux, qui ne sait
pas comment on les doit détruire. Il faut
donc unir & conjoindre les Parents qui sont
de même sang, parce que les Natures rencontrent
les Natures qui sont leurs semblables,
& en se pourrissant, elles se mêlent
ensemble. Et partant il est nécessaire de
savoir comment se fait cette corruption
& cette génération, & de connaître comment
les Natures s'embrassent mutuellement,
& comment dans un Feu lent elles
deviennent Amies, font leur paix, & s'unissent
ensemble : Comment la Nature se
plaît de la Nature : & comment la Nature
retient la Nature & la convertit en nature

@

158 Le Livre d'Artéphius
blanche. Que si tu veux rougir cette nature
blanche, il faut que tu la cuises sans relâche
en un Feu sec, jusqu'à ce qu'elle devienne
rouge comme du sang, qui ne sera
qu'un pur Feu & une véritable Teinture.
Et ainsi par un Feu sec continuel, la Couleur
blanche s'amende & se perfectionne;
elle devient orangée, & puis elle se fait
rouge, qui est une Couleur véritable &
fixe. Et par conséquent, plus on la cuit,
plus elle se colore, & la Teinture devient
d'un rouge plus enfoncé. Il faut donc cuire
la Composition [des Corps & de l'Esprit]
avec un feu sec, & par une Calcination sèche,
sans aucune humidité; jusqu'à ce
qu'elle soit revêtue d'une Couleur très
rouge, & alors ce sera l'Elixir parfait.

De la Multiplication, & comment elle se
doit faire.
Après cela, si l'on veut multiplier cet Elixir, il faudra le dissoudre une seconde
fois dans de nouvelle Eau dissolvante, &
lui donner une seconde cuisson, pour le
blanchir & le rougir par les degrés du Feu,
en recommençant & refaisant tout de nouveau,
comme l'on vient de faire au premier
Régime. Dissous, congèle, réitère
ces deux Opérations, fermant, ouvrant &
multipliant en quantité & en qualité autant

@

Le Livre d'Artéphius 159
qu'il te plaira. Car par une nouvelle corruption
& par une seconde génération un
nouveau mouvement s'introduit dans la
Matière, de sorte qu'on ne pourrait jamais
voir la fin de la multiplication, si l'on voulait
toujours recommencer à dissoudre & à
congeler, par le moyen de notre Eau dissolvante,
en refaisant les mêmes Opérations
qu'au premier Régime, ainsi que je
l'ai déjà dit. De cette manière la vertu de
l'Elixir s'augmente & multiplie tellement
en quantité & en qualité, que si dans la
première Oeuvre, une partie avait la vertu
de teindre & de transmuer cent parties de
Métal imparfait; à la seconde, cette vertu
augmentera de dix fois autant, de sorte
qu'une partie en transmuera mille. A la
troisième fois elle augmentera encore d'autant,
& elle en transmuera dix mille. Et
si l'on continue [à multiplier l'Elixir,] sa
vertu ira à l'infini, & il teindra & fixera véritablement
& parfaitement quelque quantité
que ce soit de Métal imparfait. C'est
ainsi que par une chose de peu de valeur,
on peut augmenter la Couleur ou Teinture,
la vertu & le poids des métaux. Il
est donc vrai ce que disent les Philosophes,
Que notre Feu & l'Azot te suffisent pour
faire toute l'Oeuvre. Cuis une seconde fois,
réitère la cuisson, dissous, congèle & continue
à multiplier autant qu'il te plaira,

@

160 Le Livre d'Artéphius
jusqu'à ce que ta Médecine soit fondante
comme de la cire, & qu'elle ait la qualité
& la vertu que tu souhaites.

Récapitulation de la seconde Opération du
Magistère, & comment elle se fait.
La perfection & l'accomplissement de la seconde Oeuvre, ou pour mieux dire de la
seconde Pierre, c'est-à-dire du second Ouvrage
du Magistère, consiste donc en ce
que je vais dire, & que tu dois bien remarquer.
Il faut prendre le Corps parfait, &
le mettre dans notre Eau, les enfermer
dans une Maison de verre, qui soit bien
fermée & bouchée exactement avec du ciment,
de crainte que l'air n'y entre, ou
que l'humidité (je veux dire notre Eau
Mercurielle) que l'on y a mise, n'en sorte,
& ne s'évapore. On doit tenir cette Composition
en digestion dans une chaleur
douce, telle qu'est la chaleur bien tempérée
du bain ou du fumier, & continuer à la
cuire parfaitement, par un feu qu'il faut
incessamment entretenir, jusqu'à ce que le
Corps parfait pourrisse, & qu'il se dissolve
en une Matière noire, & qu'ensuite il soit
élevé & sublimé par l'Eau; afin que par ce
moyen il soit nettoyé de toute sa noirceur,
& qu'il sorte des ténèbres, qu'il soit blanchi
& rendu subtil, jusqu'à la dernière pureté
reté
@

Le Livre d'Artéphius 161
qu'il peut acquérir par la Sublimation;
& enfin jusqu'à ce qu'il devienne volatil, &
qu'il soit blanc dedans & dehors. Car, disent
les Philosophes, le Vautour, qui vole
sans ailes en l'air, crie, & demande de pouvoir
aller sur la Montagne: c'est-à-dire sur
l'Eau, au-dessus de laquelle l'Esprit blanc
est porté & élevé. Continue alors de faire
un feu qui soit propre & convenable, &
l'Esprit, c'est-à-dire la Substance subtile
du Corps & du Mercure, [laquelle est une
Quintessence plus blanche que la neige]
montera & s'élèvera sur l'Eau. Et sur la fin
continue & augmente ton feu, afin que
tout ce qui est spirituel monte entièrement.
Car tu dois savoir que tout ce qui
est clair, pur & spirituel s'élève en haut
dans l'air, & ressemble à une fumée
blanche; & c'est ce qu'on appelle le Lait
de la Vierge. Il faut donc, ainsi que l'a dit
la Sibylle, que le Fils de la Vierge soit exalté,
& qu'après sa Résurrection, sa Quintessence
blanche soit élevée vers le Ciel, & que
ce qu'il y a de grossier & d'épais demeure
en bas dans le fond du Vaisseau & de l'Eau.
Après cela, le Vaisseau étant refroidi, tu
trouveras dans le fond les fèces & impuretés
noires, brûlées & séparées de l'Esprit,
& de la Quintessence blanche, lesquelles il
faut jeter. C'est en ce temps-là que l'Argent-vif
pleut de notre Air, sur la Terre
Tome II. * O
@

162 Le Livre d'Artéphius
nouvelle; & cet Argent-vif s'appelle l'Argent-vif
sublimé avec l'Air, duquel se fait
l'Eau visqueuse, nette & blanche, qui est
la véritable Teinture, séparée de toute lie
& impureté noire. Et c'est ainsi que notre
Airain ou Laiton, est régi & gouverné
avec notre Eau; qu'il est purifié & embelli
d'une Couleur blanche, laquelle il
n'acquiert, & qui ne se fait que par la cuisson
& par la coagulation de l'Eau. Cuis
donc incessamment, lave le Laiton, pour
lui ôter sa noirceur; ce que tu feras, non
pas avec la main, mais avec la Pierre ou
le Feu; je veux dire, avec notre Eau seconde
Mercurielle, qui est une véritable
Teinture. Car ce n'est pas avec les mains
que se fait cette séparation du pur d'avec
l'impur; C'est la Nature elle-même qui
toute seule la fait, & qui donne véritablement
la dernière perfection, par les Opérations
qu'elle fait en cercle, c'est-à-dire en
recommençant toujours le même travail.

L'union de l'Esprit & du Corps est une Opération
de la Nature, & non pas de l'Art.
Il est évident de ce que nous venons de dire que la Composition qui se fait de l'Esprit
& du Corps, n'est pas une Opération
qui se passe avec la main, puisque
c'est un changement qui se fait des Natures

@

Le Livre d'Artéphius 163
de ces deux choses entre elles. Parce
que c'est la Nature elle-même, laquelle se
dissout & se coagule : c'est elle-même qui
se sublime, qui s'élève, & qui se blanchit,
après qu'elle a séparé les fèces & les impuretés.
Et dans la Sublimation, les parties
qui sont les plus subtiles, les plus pures,
& qui sont essentielles, se joignent &
s'unissent ensemble. Car le feu a cela de
propre, qu'en élevant les parties les plus
subtiles, il élève toujours les plus pures,
& par conséquent il laisse les plus grossières,
qui demeure au fond. C'est pourquoi
il faut sublimer continuellement en
vapeur, par un feu modéré, afin que ce
qui se sublime reçoive l'Esprit par l'air, &
qu'il ait la vie. Car la nature de toute chose
reçoit la vie par l'inspiration de l'air. Ainsi
tout notre Magistère ne consiste qu'à faire
une vapeur, & à sublimer l'Eau. Il faut
donc que notre Laiton soit élevé par les
degrés du feu, & que de lui-même, sans
nulle violence, il monte librement. Et part
ainsi, si le Corps n'est lavé & dissous avec
le Feu & l'Eau; s'il n'est tellement atténué
& rendu si subtil qu'il s'élève comme un Esprit,
ou comme de l'Argent-vif, qui monte
& se sublime, ou même comme une Ame
blanche séparée de son Corps, & enlevée
dans la Sublimation des Esprits, on ne
saurait rien faire. Mais lorsqu'il vient à
Oij
@

164 Le Livre d'Artéphius
s'élever, il naît dans l'air, & il se change
dans l'air, il s'y fait vivant avec la vie, &
il devient entièrement spirituel & incorruptible.
Ainsi, dans ce Régime, le Corps est
fait Esprit de nature subtile, & l'Esprit
s'incorpore ou devient Corps, & il n'est
plus qu'une seule & même chose avec lui.
Et outre cela en cette Sublimation, Conjonction
& Elévation, toute la Composition
se fait blanche.

La Sublimation qui fait l'union du Corps
& de l'Esprit.
Il est donc absolument nécessaire que cette Sublimation philosophique & naturelle
se fasse, parce que c'est elle qui fait
la paix entre le Corps & l'Esprit, & qui
les accorde en spiritualisant l'un, & corporifiant
l'autre, ce qu'il est impossible qui se
fasse autrement, qu'en séparant leurs parties
spirituelles, d'avec celles qui sont épaisses
& grossières. C'est pourquoi il fait sublimer
l'un & l'autre, c'est-à-dire le Corps
& l'Esprit, afin que ce qu'ils ont de pur
monte, & que ce qui est d'impur & de terrestre
descende pendant la tourmente de la
Mer orageuse. Et partant il faut cuire continuellement,
afin que la Composition devienne
d'une nature subtile; & jusqu'à ce
que le Corps prenne & attire l'Ame blanche

@

Le Livre d'Artéphius 165
mercurielle, qu'il retient naturellement,
& qu'il ne quitte jamais, sans qu'on l'en
puisse séparer; parce qu'elle est semblable
à lui, étant comme lui de la première nature
pure & simple. Il faut donc faire la séparation
de ces deux choses par la cuisson,
afin que rien ne reste de la graisse de l'Ame,
qui n'ait été élevé & exalté jusqu'au haut
du Vaisseau. Et de cette manière l'un &
l'autre, le Corps & l'Esprit, seront réduits
à la même simplicité, qui les rendra égaux
& semblables. Et par même moyen ils acquerront
ensemble une blancheur simple
& pure. Ainsi, ce que disent les Philosophes
est véritable, Que le Vautour, qui
vole dans l'air, & le Crapaud qui marche
sur la terre, sont le Magistère. C'est pourquoi,
quand tu sépareras la Terre de l'Eau,
c'est-à-dire du Feu, & le subtil de l'épais &
grossier, doucement & avec grande industrie,
ce qui sera pur montera de la Terre au
Ciel, & l'impur descendra en Terre, & la
partie la plus subtile recevra en haut, où
elle sera élevée, la nature de l'Esprit; & ce
qui descendra en bas, prendra la nature de
Corps terrestre.
Il faut donc que par cette Opération la Nature blanche, qui est l'Esprit, soit élevée
avec la plus subtile partie du Corps,
en laissant en bas les fèces & les impuretés;
ce qui se fera en peu de temps. Car l'Ame

@

166 Le Livre d'Artéphius
est unie avec le Corps, laquelle est sa Compagne,
& elle reçoit sa perfection de lui.
C'est pourquoi le Corps dit, ma Mère m'a
engendré, & j'engendre ma Mère. Or après
que l'Ame a rendu le Corps volatil; Elle,
en bonne Mère, couve & nourrit le mieux
qu'il lui est possible ce Fils, qu'elle a enfanté,
jusqu'à ce qu'il soit devenu en état
de perfection. Voici un Secret, écoute-
le. Tiens & conserve le Corps de notre
Eau mercurielle, jusqu'à ce qu'il monte
& s'élève avec l'Ame blanche, & que ce
qui est de terrestre, & qu'on appelle la
Terre restante, tombe au fond. Tu verras
alors que l'Eau se coagulera elle-même
avec son Corps; & quand tu le verras, soit
sûr que la Science est véritable, & que tu
as bien procédé. Car le Corps coagule
son Eau en la rendant une chose sèche,
comme la présure de l'Agneau caille le
lait, & le change en fromage. De cette
manière l'Esprit pénétrera le Corps, & ils
s'uniront en se mêlant par leurs moindres
parties, & le Corps attirera à soi son Eau,
je veux dire l'Ame blanche, comme l'Aimant
attire le Fer, tant par la ressemblance
de leur nature, que par son avidité ou attraction
naturelle. Alors l'un contient l'autre,
& c'est là notre Sublimation & notre
Coagulation, laquelle arrête & retient tout
ce qui est volatil, & l'empêche de fuir, en

@

Le Livre d'Artéphius 167
le rendant fixe. Cette Composition n'est
donc pas une Composition qui se fasse
avec les mains; mais, comme je l'ai déjà
dit, c'est un changement de Natures, &
une union admirable de leur froid avec
leur chaud, & de leur humide avec leur
sec. Car le chaud se mêle avec le froid,
& le sec avec l'humide. Et c'est aussi de
cette manière que se fait la mixtion & la
conjonction du Corps & de l'Esprit, que
les Philosophes appellent le changement
des Natures contraires, parce qu'en cette
Dissolution & Sublimation, l'Esprit est
changé en Corps, & le Corps est fait Esprit.
De même aussi ces deux choses étant
mêlées, & réduites en une, elles se changent
l'une l'autre, le Corps rendant l'Esprit
Corps, & l'Esprit changeant le Corps
en un Esprit teint & blanc.

Récapitulation de la seconde Opération
du Magistère, & les trois Signes qui marquent la Putréfaction.
Je le répète donc encore pour la dernière fois : Cuis le Corps dans notre Eau
blanche; c'est à-dire dans notre Mercure,
jusqu'à ce qu'il soit dissous, & qu'il devienne
noir. Ensuite, par une cuisson continuelle,
il perdra sa noirceur, & enfin le
Corps, ainsi dissous, s'élèvera avec l'Ame

@

168 Le Livre d'Artéphius
blanche; & lors l'un se mêlera avec l'autre,
& ils s'embrasseront tous deux si étroitement,
qu'en nulle manière ils ne pourront
être séparés l'un d'avec l'autre. C'est alors
que par un accord & une union réelle &
effective, l'Esprit est uni avec le Corps,
& qu'ils ne sont plus tous deux qu'une seule
& même chose permanente & fixe. Et c'est
là ce qu'on appelle la solution du Corps &
la Coagulation de l'Esprit, qui se font par
une seule & même Opération. Celui qui
saura donc marier, engrosser, mortifier
ou tuer, pourrir, engendrer, vivifier les
Espèces, introduire ou faire venir une Lumière
blanche, nettoyer le Vautour de sa
noirceur, & le faire sortir des ténèbres,
jusqu'à ce que par le feu, il soit purgé,
teint & coloré, & purifié de ses dernières
taches; celui-là aura en sa possession une
chose si excellente & si noble, que les Rois
auront de la vénération pour lui.
Il faut donc que le Corps demeure dans l'Eau, jusqu'à ce qu'il soit dissous en Poudre
noire au fond du Vaisseau & de l'Eau,
& cette Poudre est ce qu'on appelle la
Cendre noire. Et c'est là la corruption du
Corps, que les sages appellent Saturne,
Airain ou Laiton, Plomb des Philosophes,
& Poudre discontinuée, ou sans nulle liaison.
Et il y a trois Signes qui paraissent en
cette putréfaction, & résolution du Corps.
Le
@

Le Livre d'Artéphius 169
Le premier c'est une couleur noire; le
second, est une discontinuité ou désunion
des parties; & le troisième, une mauvaise
odeur, semblable à l'odeur qui sort des
Sépulcres quand on les ouvre. C'est donc
là cette Cendre, de laquelle les Philosophes
ont dit tant de choses, laquelle est demeurée
au fond du Vaisseau, & qu'ils disent,
que nous ne devons pas mépriser; parce
qu'en cette Cendre est le Diadème du Roi,
& l'Argent-vif noir & impur, à qui on
doit ôter la noirceur, en le cuisant continuellement
en notre Eau, jusqu'à ce qu'il
s'élève en haut en couleur blanche. Et alors
il est appelé l'Oye & le Poulet d'Hermogène.
Car celui qui noircit la Terre rouge
& la rend blanche, il a le Magistère, &
celui-là aussi qui tue le Vif, & qui ressuscite
le Mort. Blanchis donc le noir & rougis le
blanc, afin que tu accomplisses l'Oeuvre
parfaitement. Et quand tu verras paraître
la blancheur véritable, qui brille comme
une Epée nue, sache que la rougeur est
cachée dans cette blancheur. Il ne faut
pas alors tirer cette blancheur du Vaisseau;
mais il faut seulement la cuire, si l'on veut
qu'avec la sécheresse & la chaleur, la Couleur
orangée y survienne premièrement,
& enfin la très brillante rougeur. Quand
tu la verras, admire-la avec grand étonnement,
& loue Dieu très bon & très grand,
Tome II; * P
@

170 Le Livre d'Artéphius
qui donne la sagesse, & conséquemment
les Richesses, à qui il lui plaît, & qui ôte
tout de même l'un & l'autre aux Méchants,
& les en prive pour jamais, en punition
de leurs crimes, les livrant en la puissance
& en l'esclavage des Démons, leurs Ennemis.
Qu'il soit glorifié & loué à jamais,
& dans toute l'étendue & la durée des Siècles.
Ainsi soit-il.



pict

@

Le Livre d'Artéphius 171
pict

T A B L E DU LIVRE D'ARTEPHIUS ancien Philosophe,
Qui traite de l'Art secret, ou de la Pierre
Philosophale.

1 Le premier Mercure des Philosophes,
est un Soufre & un Argent-vif blanc,
qui dissout l'Or & le blanchit, page 112
2 Blanchir le Laiton, c'est le réduire en
un Argent-vif fixe, & un Soufre blanc
incombustible, p. 116
3 Le premier Mercure, en dissolvant l'Or
& l'Argent, s'unit à eux inséparablement,
p. 117
4 Le premier Mercure dissout tous les
Métaux & les Pierres mêmes, p. 119
5 Plusieurs noms de ce Mercure, p. 120
6 Le Mercure est une moyenne substance
claire, qui, en dissolvant les Corps parfaits,
se congèle & se fixe, p. 122
7 Autres noms de ce Mercure, p. 123
8 Le premier effet du Mercure est d'atténuer,
altérer & ramollir les Corps parfaits,
p. 125
P ij
@

172 Le Livre d'Artéphius
9 Plus ce Mercure les rend volatils, &
plus il les spiritualise, p. 126
10 Le second Mercure des Philosophes
comprend les Soufres des deux Corps
parfaits avec leur Mercure, p. 127
11 Autres noms du premier Mercure pris
de ses effets, p. 129
12 Suite des noms & des vertus de ce Mercure,
p. 131
13 Explication de la Dissolution des
Corps parfaits, p. 132
14 Le Feu doit être lent pour faire la Sublimation,
p. 135
15 Il faut jeter les fèces & impuretés qui
se séparent dans la dissolution, p. 135 |
16 Cette séparation est la Clef de l'Oeuvre,
p. 137
17 L'Ame ou Teinture des Corps parfaits,
appelé l'Or blanc ou la Magnésie,
ne peut être sublimée que par le premier
Mercure, qui est volatil, p. 138
18 Cette Ame ou teinture ne se tire que
peu à peu par le Mercure, qui s'élève
par sa volatilité, p. 140
19 Le Magistère se fait d'une seule chose,
& à peu de frais, p. 144
Il n'y a qu'une Pierre, qu'une Médecine,
qu'un Vaisseau, qu'un Régime, & qu'une
seule manière, pour faire successivement
le Blanc & le Rouge. Ainsi, quoique les
Philosophes disent souvent, mets ceci,
@

Le Livre d'Artéphius 173
mets cela, ils n'entendent point néanmoins
qu'il faille prendre plus d'une seule
chose, la mettre une seule fois dans le
Vaisseau, & le fermer ensuite, jusqu'à ce
que l'Oeuvre soit entièrement parfaite &
accomplie : Et les Philosophes n'ont dit
tout cela que pour tromper les imprudents,
p. 144
20 L'Oeuvre n'est ni longue, ni difficile,
p. 447
21 Du Feu, de ses Différences & de son
Régime, p. 148
22 Trois sortes de Feux, dont on a besoin
dans l'Oeuvre, p. 149
23 Des Couleurs de l'Oeuvre, & de ce
qui les produit, p. 151
24 Que sans la Dissolution des Corps,
l'Oeuvre ne se peut faire, & que c'est
par là qu'ils sont vivifiés, qu'ils croissent
& multiplient, p. 154
25 Toute la préparation que l'Art peut
donner à la Matière, n'est qu'extérieur,
& la nature fait le reste, p. 156
26 De la Multiplication, & comment elle
se doit faire, p. 158
27 Récapitulation de la seconde Opération
du Magistère, & comment elle se
fait, p. 160
28 L'union de l'Esprit & du Corps, est
une Opération de la Nature, & non pas
de l'Art, p. 162
Piij
@

174 Le Livre d'Artéphius
29 Que c'est la Sublimation qui fait cette
union du Corps & de l'Esprit, p. 164
30 Comment ce fait cette Sublimation &
cette union,& que c'est la Nature qui
les fait, p. 166
31 Récapitulation de la seconde Opération
du Magistère, & les trois Signes
qui marquent la Putréfaction, p. 167


pict
@
@

Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.