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Réfer. : AL0013C
Auteur : Artéphius.
Titre : Le Livre d'Artéphius.
S/titre : Bibliothèque des Philosophes Chimiques. Tome II.

Editeur : Cailleau André.
Date éd. : 1740 .


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112 Le Livre d'Artéphius
pict

LE
LIVRE D'ARTEPHIUS,
ANCIEN PHILOSOPHE
Qui traite de l'Art secret, ou de la Pierre
Philosophale.
Le premier Mercure des Philosophes, est
un Soufre & un Argent-vif blanc, qui dissout l'Or & le blanchit.
L'ANTIMOINE est des parties de Saturne,
& il est entièrement de même
nature que lui, & l'Antimoine Saturnial
convient au Soleil, & dans cet Antimoine
il y a un Argent vif, dans lequel de tous
les Métaux, il n'y a que l'Or qui se submerge.
Je veux dire que le Soleil ne se dissout
véritablement que dans l'Argent-vif
Antimonial Saturnial, & que dans cet Argent-vif,
nul Métal ne peut être blanchi.
Il blanchit donc par conséquent le Laiton,
c'est-à-dire, l'Or; & il réduit le Corps
parfait en sa première Matière, laquelle
n'est
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Le Livre d'Artéphius 113
n'est autre chose qu'un Soufre & un Argent
vif de couleur blanche, plus brillante
qu'un miroir. Cet Argent-vif dissout, dis-
je, le Corps parfait, qui est de même nature
que lui. Car c'est une Eau amie des
Métaux, & qui s'unit à eux, laquelle blanchit
le Soleil, à cause qu'elle a en soi un
Argent-vif blanc. D'où tu peux tirer un
très grand Secret; qui est que l'Eau de
l'Antimoine Saturnial doit être une Eau
mercurielle & blanche pour pouvoir blanchir
l'Or; que cette Eau n'est point brûlante,
mais dissolvante; & qu'après avoir dissout
le Corps, elle se congèle en manière
de Crème blanche. Ce qui a fait dire au
Philosophe que cette Eau rend le Corps volatil,
parce qu'après que le Corps a été dissous
dans cette Eau, & qu'il est refroidi,
il s'élève au-dessus d'elle. Prends, dit-il, de
l'Or cru, battu en feuilles ou en lamines,
ou qu'il soit calciné par le Mercure, & le
mets en notre Vinaigre Antimonial Saturnial,
(1) & du Sel Ammoniac (comme on

(1) Dans notre vinaigre, | naigre Antimonial-Saturnial- etc. Il y a dans le latin, Et | Mercurial, & du Sel armoniac pone in Aceto nostro Antomo- | (comme on l'appelle) dans un niali-Saturniali-Mercuriali, | Vaisseau de verre qui soit large, & Salis armoniaci, ut dicitur, | etc. Où l'on voit que ces in vase vitreo lato, etc c'est- | mots, & Salis armoniaci, qui à-dire, Mets (cet Or tout | veulent dire, & du Sel armoniac, cru battu en feuilles ou en | n'ont nul rapport ni lamines, ou bien calciné par | nulle liaison avec ce qui le Mercure) dans notre Vi- | précède, & qu'il n'y a pas TOME II * K
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114 Le Livre d'Artéphius
l'appelle;) mets le tout dans un Vaisseau


même de construction. Et | trouvent dans l'autre, qui est ainsi je crois qu'ils ne sont | crue & imparfaite. Où l'on pas d'Artéphius. Ce qui | voit que par la première de paraît même par les mots | ces deux Matières, Calid suivants ut dicitur; c'est-à- | entend parler de l'Or, qui dire, comme on l'appelle. Il est | n'est qu'un pur feu dans le Mercure
vrai que le véritable nom | spiritualisé, dit un Philosophe, de ce Sel, est Sel ammoniac, & | & que par l'autre que ce n'est que dans les | qui est crue, où sont la Terre boutiques, qu'il s'appelle | & l'Eau, il veut dire le premier Sel armoniac. Mais assurément | Mercure des Philosophes, Artéphius ne s'est | qui est principalement point amusé à faire cette | composé d'Eau et de Terre, différence. Outre que le Sel | puisque Philalèthe nous ammoniac ne peut point | assure qu'il a la même forme entrer dans la composition | & les mêmes propriétés du Magistère, qui ne se fait, | que le Mercure vulgaire, disent les Philosophes, que | que l'on sait qui est composé de deux matières prises | de ces deux Eléments si d'une même racine ou Origine, | parfaitement unis l'un avec qui sont le premier | l'autre, que l'on ne Mercure, qui est un Or | saurait dire s'il est Terre, cru & indigeste, dit Philalèthe, | ou s'il est Eau; ou s'il est les & l'Or vulgaire, | deux tout ensemble, comme battu en feuilles ou réduit | il a déjà été dit. Ce que en poudre fort déliées. Nous | Philalèthe dit encore plus n'avons à travailler au commencement | clairement dans le Chapitre de notre Oeuvre que | XIII, où il assure que de deux matières seulement, | l'Or & le Mercure sont les dit Calid, cité par Trévisan, | deux véritables, & par il ne s'y voit, ni ne s'y touche | conséquent les seuls Matériaux
que deux choses, qui entrent | de l'Oeuvre des Philosophes. en sa Composition au commencement, | Ainsi le Sel ammoniac, au milieu, & à la fin. | qui d'ailleurs n'est Dans l'une de ces deux Matières, | pas une Matière Métallique, qui est la plus parfaite,| mais étrangère à l'égard
sont le Feu & l'Air, qui sont | du Magistère, ne pouvant les deux plus dignes Eléments; | point entrer en sa & l'Eau & la Terre, qui sont | Composition, il est certain les deux Eléments les plus grossiers | qu'Artéphius, qui est si sincère,
& les moins parfaits, se | ne l'a point mis entre
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Le Livre d'Artéphius 115
de verre, large & haut de quatre travers-
doigts ou plus, & le laisse-là dans une chaleur
tempérée, & en peu de temps tu verras
qu'il s'élèvera une Liqueur semblable à
de l'Huile, qui surnagera au-dessus comme
une petite peau. Ramasse-la avec une cuillère,

les Matières de l'Oeuvre | nom que les Philosophes avec l'Or & leur premier | donnent ordinairement à Mercure, qui sont, | ce Mercure, à cause de son comme il le dit ensuite, les | acrimonie ou ponticité, Matières de même nature | comme d'autres la nomment, & de même sang, qui s'amendent | par laquelle ce premier et se perfectionnent | Mercure dissout l'Or l'une l'autre; qui s'entr'aiment, | en le réduisant en ses premiers & qui s'unissent | Principes, ainsi que si exactement par leurs plus | le Vinaigre commun dissout petites parties, qu'elles ne | les Perles. Et pour ce qui sont plus qu'une seule & | est de ces autres mots Antimonial- même chose, sans pouvoir | Saturnial-Mercuriel, jamais être séparées. Je dis | je crois qu'Artéphius veut qu'Artéphius n'a point mis | dire la même chose que ce le Sel ammoniac avec l'Or | que dit Philalèthe, quand & leur premier Mercure. | il assure dans le Chap. II. Car il parle ouvertement | que leur Eau, ou leur Mercure de l'un & de l'autre, puisqu'il | est composé d'un Feu, ou dit que l'Or doit être | d'un Soufre; du Suc de la Saturnie pris tout cru, c'est-à-dire, | végétable; & du Mercure, tel qu'il sort de la Mine, dit | qui sert de lien à ces le Trévisan; quoi que Philalèthe | deux autres choses. Et non assure que si l'Or | pas que ni l'Antimoine, ni n'est pas pur, on peut lui | le Saturne doivent entrer donner une préparation, | dans la Composition du par l'Antimoine, par la | premier Mercure des Philosophes, Coupelle, ou par l'Eau régale. | étant trop impurs Et l'on ne peut pas | pour cela, & ne pouvant douter que c'est le premier | servir tout au plus Mercure qu'Artéphius | qu'à la purgation, & à la appelle Vinaigre Antimonial- | préparation de la principale Saturnial-Mercuriel. Il l'appelle | Matière de ce Mercure. Vinaigre, qui est un | M. Salomon. Kij
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116 Le Livre d'Artéphius
ou avec une plume, & continue à
la ramasser plusieurs fois chaque jour, jusqu'à
ce que tu vois qu'il ne monte plus
rien. Ensuite, fais évaporer au feu toute
l'Eau, c'est-à-dire, l'Humidité superflue
du Vinaigre, & ce qui restera sera une
Quintessence d'Or, qui ressemblera à une
Huile blanche, mais qui sera incombustible.
Les Philosophes ont mis de grands
Secrets en cette Huile, laquelle a une très
grande douceur, & elle est fort bonne pour
apaiser les douleurs des plaies.
Tout le Secret donc de ce Vinaigre Antimonial consiste, en ce que par son moyen,
nous sachions tirer du Corps de la Magnésie
l'Argent-vif qui ne brûle point. Et c'est
là l'Antimoine & le Sublimé mercuriel;
c'est-à-dire, qu'il faut en tirer une Eau
vive incombustible, & la congeler ensuite
avec le Corps parfait du Soleil, lequel se
dissout en cette Eau, & se change en une
Nature, & en une Substance blanche, &
qui est congelée en manière de Crème. Et
il faut que le tout devienne blanc. Mais
auparavant, le Soleil étant mis en cette
Eau, & venant à s'y pourrir, & à s'y dissoudre,
il perdra d'abord sa lumière, il
s'obscurcira & deviendra noir, & à la fin il
s'élèvera au-dessus de l'Eau, & peu à peu
il paraîtra une Couleur blanche, qui surnagera
par dessus, comme une Substance

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Le Livre d'Artéphius 117
blanche. Et c'est ce qu'on appelle blanchir
le Laiton rouge, le sublimer philosophiquement,
et le réduire en sa première Matière;
c'est-à-dire, en Soufre blanc incombustible,
et en Argent-vif fixe. Et de cette
sorte l'Humide terminé, je veux dire l'Or,
qui est notre Corps, étant plusieurs fois
liquéfié en Eau dissolvante, est réduit
en Soufre & en Argent-vif fixe. Et
ainsi le Corps parfait du Soleil, reçoit la
vie en cette Eau, et il devient vivant, il s'y
spiritualise, il y croît, & il y multiplie en
son Espèce, comme font les autres choses.
Car dans cette Eau, le Corps, qui est fait
des deux Corps, du Soleil & de la Lune,
s'enfle, se dilate, grossit, s'élève & croît
en y recevant une Substance & une Nature
animée & végétable.

Le premier Mercure, en dissolvant l'Or &
l'Argent, s'unit à eux inséparablement.

Au reste, notre Eau, que j'ai ci-devant appelée notre Vinaigre, est le Vinaigre
des Montagnes, c'est-à-dire, du Soleil &
de la Lune. C'est pourquoi il se mêle avec
le Soleil & la Lune, & il s'attache à eux,
sans en pouvoir être jamais séparé. Et
cette Eau communique au Corps sa Teinture
blanche, laquelle le rend resplendissant
d'une lueur inconcevable. Celui qui

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118 Le Livre d'Artéphius
saura donc convertir le Corps en Argent
blanc, qui soit Médecine, il pourra par
après, par le moyen de cet Or blanc, convertir
fort aisément tous les Métaux imparfaits
en très bon et fin Argent. Et les
Philosophes appellent cet Or blanc, la
Lune blanche des Philosophes, l'Argent-
vif blanc fixe, l'Or de l'Alchimie & la Fumée
blanche. Et par conséquent on ne saurait
faire l'Or blanc de la chimie sans notre
Vinaigre Antimonial; & parce que
dans ce Vinaigre il y a double Substance
d'Argent-vif, l'une de l'Antimoine, &
l'autre du Mercure sublimé; cela est cause
qu'il donne double Poids & double Substance
d'Argent-vif fixe, & qu'il augmente
dans le Corps sa Couleur naturelle, sa
Substance & sa Teinture. Il faut donc que
notre Eau dissolvante donne une grande
Teinture & une grande Fusion; puisque
quand les Corps parfaits du Soleil & de la
Lune, sont mis dans cette Eau, dès aussitôt
qu'elle sent le feu vulgaire, elle fait
fondre ces Corps, les rend liquides, & les
convertit en une Substance blanche, telle
qu'elle est elle-même; & qu'elle en augmente
la Couleur, le Poids & la Teinture.

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Le Livre d'Artéphius 119
Le premier Mercure dissout tous les Métaux
& les Pierres mêmes.
Cette Eau dissout pareillement tout ce qui peut être fondu & liquéfié. C'est une
Eau pesante, visqueuse ou gluante, précieuse,
& qui mérite d'être honorée; laquelle
résout tous les Corps, qui sont
crus, en leur première Matière; c'est-à-
dire en une Terre & Poudre visqueuse, ou,
pour le dire plus clairement, en Soufre &
en Argent-vif. Si tu mets donc dans cette
Eau quelque Métal que ce soit, en limaille,
ou en lamines déliées, & que tu l'y laisses
durant quelque temps en une chaleur douce,
le Métal se dissoudra tout, & il sera entièrement
changé en une Eau visqueuse, ou
Huile blanche, comme je viens de le dire.
Et ainsi cette Eau ramollit le Corps & le
prépare à la fusion & liquéfaction; même
elle rend fusible toutes choses, aussi bien
les Pierres que les Métaux, (1) & ensuite

(1) Ce que dit ici Artéphius, | même beaucoup plus grosses est une chose qui lui est singulière, | que celles que la Nature & qui ne se trouve | produit, puisqu'il a la vertu en nul autre ancien Philosophe | de dissoudre les Pierres : mais qui fait voir | & les Perles; Car on peut que ce n'est pas sans raison | par ce Moyen, de plusieurs qu'ils assurent qu'avec l'Elixir | petits Diamants, ou des on peut faire des Diamants | fragments de Diamants, en & d'autres sortes de | faire de fort gros (ce que Pierreries, & des Perles | plusieurs ont tenté inutilement
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120 Le Livre d'Artéphius
elle leur communique l'Esprit et la Vie. Et
partant elle dissout toutes choses d'une Dissolution
admirable, & elle convertit le
Corps parfait en une Médecine fusible,
fondante & pénétrante, qui est plus fixe
que le Corps ne l'est lui-même, & elle en
augmente le poids et la couleur.

Plusieurs noms du Mercure.
Travaille donc avec cette Eau, & tu auras ce que tu souhaites d'elle. Car elle
est l'Esprit & l'Ame du Soleil & de la Lune;
l'Huile & l'Eau dissolvante. La Fontaine,
le Bain-Marie, le Feu contre nature, le
Feu humide, le Feu secret, caché & invisible.
C'est le Vinaigre très aigre, duquel
un ancien Philosophe a dit. J'ai prié
Dieu, & il m'a montré une Eau nette, que
j'ai connue être un pur Vinaigre, altérant,
pénétrant & digérant. Un Vinaigre, dis-
je, pénétratif, & qui est l'Instrument, lequel
meut & dispose à pourrir, à résoudre,

par le moyen d'un | a pas plus de raison que les bain d'Or) & de plusieurs | fragments de Diamants perdent semences de Perles, en faire | leur brillant & leur tout de même de telle | éclat, ni les semences de grosseur que l'on voudra; | Perles leur Eau par leur & d'autant plus facilement, | dissolution, que l'Or sa que l'Elixir blanc peut | couleur éclatante qu'il donner la blancheur, l'Eau | conserve après être dissous. & l'oeil des Perles Orientales: | M. Salomon. & que d'ailleurs il n'y |
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Le Livre d'Artéphius 121
& à réduire l'Or & l'Argent en leur première
Matière. Et il n'y a en tout le Monde
que ce seul & unique Agent en cet Art,
qui ait le pouvoir de dissoudre & de réincruder
les Corps Métalliques, (1) en conservant
leurs Espèces. Cette Eau est donc
le seul moyen ou milieu propre & naturel,
par lequel nous devons résoudre les Corps
parfaits du Soleil & de la Lune, par une
Dissolution admirable & particulière, en
les conservant toujours en leur même Espèce,
& sans que ces Corps soient aucunement
détruits, que pour recevoir une Forme

(1) Les anciens Philosophes | perfection qu'ils avaient avant point parlé de | que d'être dissous. De ce qu'Artéphius dit ici. | sorte que les Métaux, dissous On appelle réincruder les | par cette Eau Mercurielle, Métaux, les dissoudre; Par | semblent proprement ce que comme ce Philosophe | être en fusion. C'est explique ensuite, par | pourquoi Artéphius dit la dissolution les Métaux | que cet Argent-vif a le sont réduits & remis dans | pouvoir de dissoudre les les Principes, dont ils sont | Corps Métalliques (il entend composés; c'est-à-dire, en | principalement les leur Argent-vif, & en leur | deux Corps parfaits) & de Soufre, sans néanmoins que | les réincruder, en conservant ces Principes soient séparés; | leur Espèce; voulant dire mais ils sont réduits | que le Mercure & le Soufre en une Eau Mercurielle, | de l'Or, après qu'ils sont comme était cette même | dissous, ne déchoient point Eau, étant encore crue, & | de leur perfection. Ce qui avant qu'elle fût coagulée | est si vrai que l'Or fixe le & fixée en Métal par l'action | Mercure au même temps que de son Soufre, & par | le Mercure le dissout ; ce la digestion de la Nature; | qu'il ne serait pas si son si ce n'est que ce Mercure & | Soufre, dans s Dissolution, ce Soufre conservent dans | ne retenait sa vertu fixative. leur dissolution la même | M. Salomon. Tome II. * L
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122 Le Livre d'Artéphius
& une Génération nouvelle, plus noble
& plus excellente, que celle qu'ils
avaient auparavant : puisque c'est pour
être changés en la Pierre parfaite des Philosophes;
ce qui est leur Secret admirable.

Le Mercure est une moyenne Substance
claire, qui, en dissolvant les Corps
parfaits, se congèle & se fixe.
Au reste, cette Eau est une certaine moyenne Substance, claire comme de l'Argent
fin, laquelle doit recevoir les Teintures
du Soleil & de la Lune, pour être
congelée & convertie en Terre blanche
vivante. Car cette Eau a besoin des Corps
parfaits, afin qu'après les avoir dissous,
elle se congèle, se fixe & se coagule avec
eux, en une Terre blanche. Aussi leur solution
est leur congélation. Car ces deux
choses se font par une seule & même Opération.
Parce que l'un ne se dissout point,
qu'en même temps l'autre ne se congèle. Et
il n'y a point d'autre Eau qui puisse dissoudre
les Corps, que celle qui demeure avec
eux sous la même Matière & la même Forme.
Et c'est même une nécessité que cette
Eau, pour être permanente, c'est-à-dire,
pour pouvoir demeurer avec le Corps,
qu'elle dissout, soit de même nature que
lui; parce qu'ils doivent s'unir tous deux

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Le Livre d'Artéphius 123
inséparablement, & n'être plus qu'une même
chose. Quand tu verras donc ton Eau
se coaguler elle-même avec les Corps, qui
auront été dissous en elle, sois assuré que
ta Science, ta Méthode, & tes Opérations
sont véritables & Philosophiques, & que
ton Procédé est selon les règles de l'Art.
Il s'ensuit de là que la Nature s'amende &
s'améliore en une Nature qui lui est toute
semblable; je veux dire, que l'Or & l'Argent
deviennent meilleurs & se perfectionnent
en notre Eau, comme notre Eau s'amende
aussi avec les Corps de l'Or & de
l'Argent. [Et acquiert avec eux une perfection
plus grande qu'elle n'avait.]

Autres noms du Mercure.
Cette Eau s'appelle encore le Moyen ou le Milieu de l'Ame, sans quoi nous ne saurions
rien faire en notre Art. C'est le feu
Végétable, Animal & Minéral, qui conserve
l'Esprit fixe du Soleil & de la Lune;
qui est le Destructeur des Corps, & qui
en est le Vainqueur; parce que ce Feu détruit,
dissout & change les Corps & leur
Forme Métallique. De sorte que de Corps
qu'ils étaient, il fait qu'ils ne sont plus
Corps, mais un Esprit fixe; en les convertissant
en une Substance humide, molle &
coulante, laquelle est entrante, ayant la
Lij
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124 Le Livre d'Artéphius
vertu d'entrer & de pénétrer dans les Corps
imparfaits, de se mêler exactement avec
eux par leurs moindres parties, & de les
teindre & de les perfectionner. Ce que les
Corps parfaits ne pouvaient faire, lorsqu'ils
étaient des Corps Métalliques, secs
& durs; parce qu'en cet état ils ne peuvent
pas entrer dans les Corps imparfaits,
ni leur donner la Teinture & la perfection.
Nous avons donc raison de convertir les
Corps parfaits en une Substance liquide, &
coulante, parce que quelque Teinture que
ce soit, elle teindra plus avec la millième
partie de sa Substance, étant rendue liquide,
que si elle demeurait en Substance sèche;
comme il se voit dans le Safran, qui
ne peut communiquer sa Teinture, s'il
n'est dissous dans l'eau. Et par ainsi il est
impossible que la Transmutation des Métaux
imparfaits se fasse par les Corps parfaits,
tandis qu'ils seront en une consistance
dure & sèche, & si auparavant ils ne sont
réduits en leur première Matière molle &
coulante. Ainsi, il faut que l'humidité de
ces Corps, qui est la première Matière de
laquelle ils ont été faits, revienne & paraisse;
& ce qui est caché soit rendu apparent
& manifeste. Et c'est là ce qu'on
appelle réincruder les Corps; c'est-à-dire,
les décuire & les ramollir, jusqu'à ce qu'ils
soient dépouillés de leur corporalité dure

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Le Livre d'Artéphius 125
& sèche; d'autant que ce qui est sec, n'est
ni entrant, ni tingeant, n'ayant de Teinture
que pour soi seulement. Et partant le
Corps, qui est sec et terrestre, ne peut donner
de Teinture, s'il n'est teint lui-même.
Parce que, comme je viens de le dire, toutes
les choses qui sont de consistance terrestre
& épaisse, ne peuvent entrer dans les
autres Corps, ni les teindre : car ne pouvant
les pénétrer, elles ne peuvent par conséquent
les changer. Et par cette raison
l'Or ne peut être tingeant, que son Esprit,
qui est caché au-dedans, ne soit tiré auparavant
de son intérieur, par notre Eau
blanche; & que ce même Or soit entièrement
rendu spirituel, & qu'il ne devienne
une Fumée blanche, un Esprit blanc, &
une Ame admirable.

Le premier effet du premier Mercure est
d'atténuer, altérer & ramollir les Corps parfaits.
C'est pourquoi, il faut premièrement que par notre Eau, nous atténuions les
Corps parfaits, que nous les altérions, &
que nous les ramollissions, en les rendant
liquides, afin qu'après ils puissent se mêler
avec les autres Corps imparfaits. Et par
ainsi, quand nous ne retirerions nul autre
avantage de cette Eau Antimoniale, que
Liij
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126 Le Livre d'Artéphius
de rendre par son moyen les Corps parfaits,
subtils, mous & fluides, comme elle est
elle-même; cela seul nous suffirait. Car par
ce moyen elle réduit les Corps en leur première
origine de Soufre & de Mercure; &
par là elle nous donne le moyen de faire,
en fort peu de temps, & en moins d'une
heure sur terre, ce que la Nature n'a fait
sous terre, qu'en l'espace de mille années
dans les Mines; ce qui est en quelque manière
une chose miraculeuse.

Plus ce Mercure rend les Corps volatils,
plus il les spiritualise.
Tout notre Secret ne tend donc qu'à faire par notre Eau les Corps parfaits volatils
& spirituels, & les réduire en une
Eau tingeante & entrante. Car en incérant
les Corps, qui sont durs & secs, en les disposant
à être rendus fusibles, elle les change
en un véritable Esprit, c'est-à-dire, qu'elle
les convertit en une Eau permanente. Et
partant notre Eau réduit les Corps en une
Huile très précieuse & bénie, qui est la
vraie Teinture & l'Eau blanche permanente,
laquelle de sa nature est chaude & humide,
tempérée, subtile & fondante comme de la
cire : parce qu'elle pénètre jusqu'au profond,
& qu'ainsi elle teint & perfectionne les Corps imparfaits. Et partant notre Eau

@

Le Livre d'Artéphius 127
dissout soudainement l'Or & l'Argent, &
elle en fait une Huile incombustible, laquelle
peut alors être mêlée & unie aux
autres Corps imparfaits. Car notre Eau
convertit les Corps en la nature d'un Sel
fusible, qu'on appelle le Sel Albrot des Philosophes,
qui est le plus noble & le plus
excellent de tous les Sels; lequel par le
Régime de l'Oeuvre, devient fixe & ne
fuit point du feu. Et ce Sel, est une Huile
de nature chaude, & c'est un Sel subtil,
pénétrant & entrant, qu'on appelle Elixir
parfait, qui est le Secret si caché des sages
Alchimistes. Et par ainsi, celui qui saura
comment se doit faire & préparer ce Sel du
Soleil & de la Lune, & qui saura le mêler
ensuite avec les Corps imparfaits, & l'unir
inséparablement à eux; celui-là se peut vanter
de savoir un des plus grands Secrets
de la Nature, & une véritable voie de
perfection.

Le second Mercure des Philosophes comprend
les Soufres des deux corps parfaits avec leur Mercure.
Les Corps du Soleil & de la Lune étant ainsi dissous par notre Eau, sont appelés
Argent-vif. Or cet Argent-vif n'est point
sans Soufre, ni le Soufre sans la nature des
Luminaires, c'est-à-dire du Soleil & de la
Liiij
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128 Le Livre d'Artéphius
Lune, parce que les Luminaires sont,
quant à la forme, les principaux Moyens
ou Milieux, par lesquels la Nature passe
pour parfaire & pour accomplir sa génération.
Et cet Argent-vif s'appelle le Sel honoré,
animé & engrossé; & Feu, parce que
ce Sel n'est qu'un Feu, & le Feu n'est que
Soufre, & le Soufre n'est qu'un Argent-
vif, qui a été tiré du Soleil & de la Lune
par notre Eau, & réduit en une Pierre de
haut prix. Je veux dire que c'est la Matière
des Luminaires, laquelle a été altérée,
changée & élevée d'une condition vile &
basse à une haute noblesse. Remarquez
que ce Soufre blanc est le Père des Métaux,
& que leur Mère, est notre Mercure, la
Mine d'Or, l'Ame, le Ferment, la Vertu
minérale, le Corps vivant, la Médecine
parfaite, notre Soufre & notre Argent-vif.
C'est-à-dire, qu'il est le Soufre du Soufre,
l'Argent-vif de l'Argent-vif, & le Mercure
du Mercure. Notre Eau a donc cette
propriété qu'elle liquéfie l'Or & l'Argent,
& qu'elle augmente en eux leur couleur
naturelle. Car elle change les Corps en
Esprits, en les dépouillant de leur corporalité
grossière, & c'est elle qui introduit
dans les Corps une Fumée blanche, laquelle
est l'Ame blanche, subtile, chaude, & qui
a beaucoup de Feu. Cette Eau s'appelle
encore la Pierre sanguinaire, & elle est

@

Le Livre d'Artéphius 129
encore la Vertu du sang spirituel, sans lequel
rien ne se fait. Elle est la Matière, &
le Sujet de tout ce qui peut être fondu, &
de la fusion : Et c'est une chose qui convient
parfaitement au Soleil & à la Lune,
& qui s'attache & s'unit à ces deux Corps,
sans pouvoir jamais en être séparée. Elle a
donc une grande affinité avec le Soleil & la
Lune; mais ce qu'il faut bien remarquer,
elle en a beaucoup plus avec le Soleil qu'avec
la Lune.

Autres noms du premier Mercure pris de ses effets.
On appelle encore cette même Eau un Moyen ou Milieu pour conjoindre les Teintures
du Soleil & de la Lune, avec les Métaux
imparfaits. Car cette Eau convertit les
deux Corps parfaits en une véritable Teinture,
pour teindre les autres Corps qui
sont imparfaits. Et c'est une Eau qui blanchit,
parce qu'elle est blanche, & qui vivifie
& anime à cause qu'elle est Ame. C'est
pourquoi elle entre promptement dans son
Corps, dit le Philosophe. Car c'est l'Eau
vive, qui vient arroser sa Terre, pour la
faire germer, & lui faire porter du fruit en
son temps déterminé; toutes les choses que
la Terre produit, ne naissant, & ne croissant
que par le seul arrosement. La Terre

@

130 Le Livre d'Artéphius
ne produit donc rien si elle n'est arrosée &
humectée. L'Eau de la rosée de Mai lave
les Corps, & comme l'Eau de pluie, elle
les pénètre & les blanchit, & de deux
Corps, elle en fait un nouveau Corps. Cette
Eau de vie étant régie & gouvernée avec
le corps, elle le blanchit, le changeant en
sa couleur blanche. Car cette Eau étant
une Fumée blanche, le Corps est par conséquent
blanchi avec elle. Il n'y a donc
qu'à blanchir le Corps, après quoi l'on n'a
plus besoin de livres.
Or entre ces deux choses, qui sont le Corps & l'Eau, il y a un amour & une
société, comme il y a entre le Mâle & la
Femelle; à cause de la proximité de leurs
natures, qui sont semblables. Car notre seconde
Eau vive est appelée Azot, qui lave
le Laiton; c'est-à-dire, le Corps, qui a été
composé du Soleil & de la Lune par notre
première Eau. On l'appelle aussi l'Ame
des Corps qui sont dissous, dont nous
avons déjà lié & conjoint les Ames ensemble,
afin qu'elles servent & obéissent aux
sages Philosophes. Que cette Eau est donc
une chose précieuse & excellente, puisque
sans elle l'Oeuvre ne peut être accomplie
ni parfaite!

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Le Livre d'Artéphius 131

Suite des noms & des vertus du Mercure.

Cette Eau s'appelle encore le Vaisseau de la Nature, le Ventre, la Matrice, le
Réceptacle de la Teinture, la Terre & la
Nourrice. C'est aussi la Fontaine dans laquelle
le Roi & la Reine se baignent. C'est
la Mère qu'il faut mettre, & sceller dans
le ventre de son Enfant; c'est-à-dire, du Soleil,
lequel est sorti de cette Eau, & que
cette Eau a engendré. C'est pourquoi ils
s'entr'aiment comme une Mère & un Fils;
ils se chérissent, & ils s'unissent ensemble;
parce qu'ils sont venus tous deux d'une
seule & même Racine, & que tous deux
sont d'une même Substance & d'une même
Nature. Et d'autant que cette Eau est
l'Eau de la vie végétable, elle donne la
vie au corps qui est mort; elle le fait végéter,
croître & pulluler; & elle le ressuscite,
en le rendant vivant, de mort qu'il
était. Et elle fait tout cela par le moyen
de la Dissolution, & de la Sublimation.
Car dans cette Opération le Corps se change
en Esprit, & l'Esprit est changé en Corps.
Et alors se fait amitié, paix, accord &
union entre les contraires; c'est-à-dire,
entre le Corps & l'Esprit, qui changent leurs
natures l'un avec l'autre, recevant ce changement
de natures, & se le communiquant

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132 Le Livre d'Artéphius
mutuellement, en se mêlant & s'unissant
ensemble par leurs plus petites parties. Ainsi
le Chaud se mêle avec le Froid, le Sec
avec l'Humide, & le Dur avec le Mou. Et
en cette manière il se fait un mélange des Natures contraires; c'est-à-savoir du Froid
avec le Chaud, & de l'Humide avec le Sec;
& par même moyen il se fait une liaison &
une union admirable entre les Ennemis &
les Contraires

Explication de la Dissolution des Corps
parfaits.
Ainsi la Dissolution Philosophique des Corps qui se fait en cette première Eau,
telle que nous avons dit, n'est autre chose
qu'une mortification de l'Humide avec le
Sec; parce que l'Humidité ne peut être
contenue, arrêtée, terminée, ni coagulée
en Corps, ou en Terre, que par la Sécheresse.
Il faut donc mettre les Corps durs
& secs en notre première Eau dans un vaisseau
bien bouché, où il les faut tenir jusqu'à
ce qu'ils soient dissous, & qu'ils s'élèvent
en haut. Et lors on peut appeler ces
Corps, un nouveau Corps, l'Or blanc de
la Chimie, la Pierre blanche, le Soufre
blanc qui ne brûle point, & la Pierre de
Paradis; c'est-à-dire, qui a la vertu de
changer les Métaux imparfaits, en fin Argent

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Le Livre d'Artéphius 133
blanc. C'est alors que nous avons ensemble
le Corps, l'Ame & l'Esprit, desquels
Esprit & Ame les Philosophes ont
dit, qu'on ne les peut point tirer des Corps
parfaits, que par la conjonction de notre
Eau dissolvante; Etant certain qu'une chose
qui est fixe, (comme le sont les Corps parfaits,)
ne peut point être élevée en haut ni
sublimée, si elle n'est jointe avec une chose
volatile. L'Esprit & l'Ame sont donc tirés
des Corps par l'entremise de l'Eau, &
par ce moyen, le Corps est rendu non
Corps; parce que d'abord l'Esprit monte
en la plus haute partie du Vaisseau avec
l'Ame des Corps. Et c'est là la perfection
de la Pierre, & ce qu'on appelle Sublimation.
Cette Sublimation dit Florentinus
Cathalamus, se fait par des choses acides,
spirituelles & volatiles, qui sont d'une nature
sulfureuse & visqueuse, lesquelles
dissolvent les Corps & les font élever en
l'air & devenir Esprit. Et en cette Sublimation,
une partie de cette première Eau monte,
en s'unissant aux Corps, s'élevant, & sublimant
en une moyenne Substance, qui
tient & participe de la nature des deux choses,
qui sont les Corps & l'Eau. C'est pourquoi
on appelle cette moyenne Substance,
un Composé corporel & spirituel, Corsufle,
Cambar, Ethélia, Zandarith & le bon
Duenech. Mais son propre nom est seulement

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134 Le Livre d'Artéphius
l'Eau permanente; parce qu'étant
mise dans le feu, elle ne s'enfuit, ni ne s'évapore
point; mais elle demeure inséparablement
unie & attachée aux Corps mêlés
avec elle : Et ces Corps ce sont le Soleil &
la Lune, auxquels elle communique une
Teinture vive, incombustible & très ferme,
plus noble & plus précieuse que celle
que ces deux Corps avaient auparavant
qu'ils fussent unis à elle. Car cette Teinture
étant en cet état, elle peut dorénavant couler,
& s'épandre comme de l'huile, perçant
& pénétrant tout, avec une fixation admirable.
Aussi cette Teinture est Esprit, &
cet Esprit est Ame, & cette Ame est Corps.
Parce que dans cette Opération le Corps
est fait Esprit, d'une nature très subtile,
& semblablement l'Esprit est fait Corps
avec les Corps. Et par ainsi notre Pierre
contient Corps, Ame & Esprit. O Nature,
comment tu changes le Corps en Esprit!
ce qui ne serait pas, si l'Esprit ne devenait
Corps avec les Corps; & si avec
l'Esprit les Corps n'étaient pas premièrement
faits volatils, & si ensuite le tout ensemble
ne devenait fixe & permanent. Ils
ont donc passé l'un dans l'autre, & ils ont
été changés mutuellement l'un en l'autre
par la Philosophie. O Philosophie! comment
tu fais l'Or volatil & fugitif, encore
qu'il soit naturellement très fixe. Il faut

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Le Livre d'Artéphius 135
donc dissoudre ces Corps par notre Eau, &
en les rendant liquides & coulants, les changer
en une Eau permanente; une Eau dorée,
sublimée, & laisser au fond le gros,
le terrestre, & le sec superflu & inutile.

Le Feu pour faire la Sublimation doit être lent.
Le Feu, dont il se faut servir pour cette Sublimation, doit être lent; parce que si
par cette Sublimation les Corps ne sont
purifiés, & si leurs parties les plus grossières
(remarque bien ceci) qui sont terrestres,
ne sont séparées des impuretés du Mort par
un Feu doux; cela t'empêchera de pouvoir
achever l'Oeuvre avec ces Corps.
Car tu n'as besoin que de la nature déliée
& subtile des Corps dissous, laquelle tu
auras par notre Eau, pourvu que tu fasses
ton Opération à feu lent; parce que par le
moyen d'une chaleur douce, il se fera une
séparation des parties des Corps, qui sont
hétérogènes; d'avec les homogènes; c'est-
à-dire, des parties qui ne sont pas de même
nature d'avec celles qui le sont.


Il faut jeter les fèces & impuretés qui se
séparent dans la distillation.
Le Composé reçoit donc une modification
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136 Le Livre d'Artéphius
de notre Feu humide. Ce qui se fait
en dissolvant le Corps, & en sublimant ce
qui est pur & blanc, & en rejetant les fèces
comme un vomissement qui se fait volontairement,
dit Azinaban. Car en cette
Dissolution & Sublimation naturelle, il se
fait un détachement des Eléments, une modification,
& une séparation du pur de
l'impur. De sorte que ce qui est pur &
blanc monte & s'élève en haut, & ce qui
est impur & terrestre demeure fixe au fond
de l'Eau, & du Vaisseau. Et cela il le faut
laisser & jeter comme une chose qui n'est
bonne à rien, & prendre seulement la
moyenne Substance blanche, fluente &
fondante, en laissant les fèces terrestres,
ou la terre féculente, qui est demeurée au
fond du Vaisseau, laquelle vient principalement,
& qui est une Scorie, & une Terre
damnée, qui ne vaut rien du tout, & qui
ne peut produire rien de bon, comme fait
cette Matière claire, blanche, pure &
nette, qui est la seule chose que nous devons
prendre. Et c'est là un écueil contre
lequel la Navire, ou la Science des Disciples
de Philosophie, se brise souvent, &
fait naufrage, par leur imprudence; comme
il m'est arrivé à moi-même. Car les Philosophes
disent bien souvent tout le contraire,
en assurant qu'il ne faut rien ôter,
hormis l'humidité, c'est-à-dire, la noirceur.
ceur.
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Le Livre d'Artéphius 137
Ce qu'ils n'ont pourtant dit ni écrit,
que pour tromper ceux qui ne seront pas
assez prudents & avisés pour y prendre
garde, & qui s'imaginent pouvoir conquérir
cette Toison d'Or, sans avoir besoin de
Maîtres, sans lire avec assiduité les Philosophes,
& sans implorer le secours de Dieu,
& le prier instamment de les éclairer.

La Séparation du pur d'avec l'impur est la
Clef de l'Oeuvre.
Remarquez donc bien que cette Séparation, Division & Sublimation est indubitablement
la Clef de toute l'Oeuvre.
Après donc que la Putréfaction & la Dissolution
de ce Corps est faite, nos Corps
s'élèvent en couleur blanche au-dessus de
l'Eau dissolvante. Et cette blancheur est
la vie. Car l'Ame Antimoniale & Mercurielle
est infusée en cette blancheur, avec
les Esprits du Soleil & de la Lune, par la
volonté & l'ordre de la Nature, qui sépare
le subtil de l'épais, & le pur de l'impur, en
élevant peu à peu la partie subtile du Corps
de dessus ses fèces, jusqu'à ce que tout ce
qu'il y a de pur soit séparé & élevé. Et c'est
en cela que s'accomplit notre Sublimation
Philosophique & naturelle. Or avec cette
blancheur l'Ame, c'est-à-dire, la vertu minérale,
est infuse dans le Corps. Et cette
Tome II; * M
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