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DEUXIEME LETTRE.
Offre extraordinaire que le soussigné se permet de faire à
S. A. R. monseigneur le prince de Condé.
Je me suis maintes fois consulté avec moi- même, si je devais ou non me découvrir, et
faire une offre extraordinaire sans m'exposer
à des repentirs. -- Après une mûre réflexion
je me suis convaincu qu'en m'adressant à un
prince religieux et naturellement porté à être
utile à ses semblables, je n'aurais qu'à m'en féliciter.
-- Dans cette ferme persuasion, je me
suis décidé à vous écrire la lettre suivante:

« Monseigneur,
» Offrir à Votre Altesse Royale l'avantage de vivre soixante années de plus et en bonne
santé (je veux dire sans être sujet aux maladies
pendant tout ce temps), le faire revenir à
l'âge de trente-six ou de quarante ans, c'était le
moyen de le mettre à même de laisser après
lui des descendants et prolonger sa postérité.
» Voilà, monseigneur, ce que je viens vous proposer, non seulement pour vous personnellement,
mais même pour la personne à laquelle
vous vous intéresseriez le plus.

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» Mon offre vous paraîtra peut-être bizarre, folle, donnera lieu au ridicule. mais n'en sera
pas moins franche.
» C'est dans les contes des fées (me direz- vous peut-être) que l'on trouve la fontaine de
Jouvence. -- C'est vrai, mais elle n'y est représentée
que comme une chose fabuleuse et
pas du tout réelle, quoiqu'il soit très véritable
qu'elle existe; et c'est de ce dont je puis vous
assurer, monseigneur, puisque j'ai le bonheur
de posséder la manière de la rendre visible et
de vous en faire jouir. -- C'est la véritable médecine
universelle créée par Dieu, par la vertu
de laquelle toute maladie est guérie, toute vieillesse
est rajeunie: puisque par son moyen et
vertu l'homme redevient jeune et se dégage
de tout germe de maladies en lui rendant sa
fraîcheur, et en le rétablissant dans un état
parfait.
» Vous me ferez observer peut-être, monseigneur, qu'il est rare que l'homme puisse vivre
plus d'un siècle, et que le temps nous prouve
que les hommes en général ne vont pas plus
loin.
» Je répondrai à cette observation, que le
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temps et l'expérience sont contre moi et contre
mon offre; mais que si nous remontons aux
premiers siècles qui ont suivi la création de
l'homme, nous y verrons que nos premiers pères
ont vécus trois cents, cinq cents et même
jusqu'à huit cents ans.
» L'homme d'aujourd'hui ne pourrait-il pas avoir les mêmes avantages que l'homme d'alors?
Dieu nous aurait-il privé de pouvoir le
bénir longtemps sur cette terre?... Je ne puis
le croire, tout me dit le contraire, et si l'homme
meurt si tôt c'est qu'il n'a pas pu jouir de la médecine
universelle tant discréditée dans ce monde,
ou n'a pas voulu prendre la peine de la chercher.
-- Les moyens de la trouver sont partout,...
deux mille volumes en traitant, et écrits
par des hommes de toutes les nations et en toutes
langues devraient nous convaincre de son
existence. Moïse, le législateur des Juifs, en a
traité dans la Genèse, chapitre de la création,
en la désignant par l'arbre de vie et de celui
de la science du bien et du mal.
» Pourquoi et quelle raison Dieu aurait-il eue pour priver l'homme d'aujourd'hui ce grand
avantage, quand il a béni toute la postérité humaine

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en la personne d'Adam et dans les trois
principes servant de base à sa procréation, et
que les trois règnes n'ont été créés que pour lui
seul. -- Il n'est pas dans les principes ni volonté
du Tout-Puissant, après avoir (à cause
du premier péché) puni l'homme par le travail,
les privations et les souffrances, de lui ôter les
avantages qu'il lui avait donnés. -- Il a voulu
seulement que les hommes en général ne les
eussent point pour leur ôter les moyens de
nuire en les employant mal; mais il a voulu
(comme il nous est prouvé par tous les livres
traitant de cette divine science) que quelque
créature les possédât et s'en servit comme font
les philosophes hermétiques pour l'avantage de
quelque autre créature; et c'est de ce dont je
suis convaincu moi-même.
» M'étendre davantage sur ma proposition, et pour la prouver possible, l'appuyer des noms
de ceux qui ont possédé ce grand secret, soit
en France, par Arnaud de Villeneuve, le comte
de Saint-Germain, Zachaire et Flamel de Paris.
-- En Allemagne, par Basile Valentin. --
En Angleterre, par Philalèthe. -- En Italie,
par le Trévisan et par l'auteur des Fables égyptiennes

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et grecques dévoilées, par Pernety.
-- En Egypte, par Hermès et nombre d'autres,
ce serait peut-être vous ennuyer. -- Je m'arrêterai
et finirai par vous dire que, si ma proposition
peut vous plaire et que vous veuillez
jouir des avantages qui en résulteront, les dépenses
à faire ne sont presque rien et ne dépasseront
pas 6000 fr. -- Cette somme est plus
que suffisante pour travailler, me loger, et m'entretenir
pendant deux ans, temps suffisant pour
parvenir à la fin. -- Par ce moyen vous me
procurerez l'avantage de faire et de finir la plus
belle science et découverte qui soit au monde,
qui est le produit du grand oeuvre des philosophes
hermétiques.

» Veuillez, monseigneur, m'honorer de votre réponse, en attendant ce grand avantage;

» J'ai l'honneur d'être très parfaitement, de S. A. R. monseigneur le prince de Condé,
» Le très humble et très obéissant serviteur, » Louis CAMBRIEL. »
Paris, le 14 novembre 1825.
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TROISIEME CHAPITRE.
L'auteur du présent traité d'alchimie qu'on vient de lire, ne pouvant pas faire par lui-même
les frais que nécessite le travail hermétique
qui demande deux ans de temps environ, a fait
insérer plusieurs fois dans les Petites Affiches
l'avis suivant (Offre d'un grand bénéfice), et
il a eu le désagrément de ne trouver que des
hommes incrédules quoique fortement attachés
aux biens terrestres. Aucun n'a voulu lui
accorder sa confiance; ils ont même douté de la
vérité de la science, et ont méprisé les offres
qui leur ont été faites de les faire participer aux
grandes vertus qu'elle contient. Deux personnes
seulement ont cru la chose possible et lui
ont offert 6 000 fr.; mais il y ont mis cette
dure condition (qu'il n'a pu accepter) qu'il leur
montrerait en entier la chimie hermétique, et
que toutes les opérations s'en feraient devant
eux; ce qu'il n'a pu faire ni ne devait faire.
Ils se sont entêtés à persévérer dans leur demande, c'est ce qui a tout empêché.
Il a offert dans le temps et par lettres les grands avantages de la médecine universelle à
des hommes savants, distingués, enfin à des

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grands personnages, même à des millionnaires;
ils y ont ajouté si peu de croyance que
ses offres ne lui ont pas même mérité l'honneur
d'une réponse. De combien d'avantages
ils se sont privés! Ils l'ont sans doute pris pour
un homme exalté, pour un visionnaire!

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OFFRE D'UN GRAND BENEFICE.
Il a été reconnu de tout temps par la majeure partie des hommes que la pierre philosophale
était impossible à trouver; qu'elle n'était
qu'une chimère, une folie, et que tous ceux
qui la cherchaient (quoique sages et prudents) ne
s'étaient toujours attirés d'autre mérite, que celui
d'être classés parmi les fous.
Comme nous sommes convaincus du contraire par une longue expérience, et que nous
sommes parvenus par un travail de vingt-sept
ans à trouver le moyen de pouvoir réduire
tous les métaux ordinaires en or fin, et que nous
nous sommes assurés de la vérité de la transmutation
métallique de cette divine science,
nous ne craignons pas de nous exposer au ridicule
de ceux qui n'auront pas voulu prendre
la peine de se convaincre de sa réalité.

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Nous osons donc offrir vingt-cinq mille francs de bénéfice pour chaque mille francs
prêtés, à celui qui voudra nous accorder sa confiance,
et qui voudra nous fournir 6 000 fr.,
somme suffisante pour finir notre découverte,
laquelle somme ne nous sera remise qu'en dix-
sept payements, un chaque mois, sauf le premier
qui sera de 1200 fr.
Si cette offre qui paraît dans son abord aussi difficile à pouvoir remplir que l'est la découverte
même, peut plaire à quelque amateur de
fortune, ou l'assure d'avance qui n'aura qu'à
se louer de s'être lié d'affaires avec le proposant,
qui donnera sur sa moralité tous les renseignements
qu'on pourra désirer.
Si le grand commerce qui entreprend toute sorte de spéculations, et toujours avec beaucoup
moins d'avantage, et qui expose de gros
capitaux pour gagner 10, 15 et tout au plus 30
p. 100, trouve dans cette offre un bénéfice assez
fort, il peut en accepter une partie, ou l'offre
entière.
S'adresser, franc de port, à L. C..., chez M. Rivet, menuisier, rue Judas, n° 8, à
Paris.

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EXPLICATION
DE QUELQUES ARTICLES
DES CINQ PREMIERS CHAPITRES DE LA GENESE

-*:*-
Si tous ceux qui ont cherché à découvrir le vrai sens des articles des cinq premiers chapitres
de la Genèse (lesquels ont tant embarrasse
les chercheurs, comme le dit M. Freret,
dans son examen critique des apologistes,
chapitre XI), et que ces messieurs, tout savants
qu'ils étaient, eussent su, ou cru à la pierre
philosophale et à la médecine universelle, son
produit, ils auraient regardé ces articles obscurs,
comme cachant des vérités alchimiques,
et alors ils seraient parvenus à trouver
le sens caché de tout ce que Moïse en avait
écrit.
Ce législateur était alchimiste; il ne pouvait pas écrire plus clairement. Il traitait de la
science hermétique, et se servait de son
idiome pour démontrer en même temps la
création de l'univers, par le Tout-Puissant.
Sa soeur, Marie la prophétesse, était aussi alchimiste.

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Ces deux grands personnages, placés par Dieu pour conduire et donner des lois à son
peuple d'Israël, auraient dû prouver à ces
mêmes chercheurs de la vérité, que la science
hermétique était réelle, qu'elle avait été, et
qu'elle serait de tout temps, et, qu'ils n'auraient
pas dû s'entêter, comme font les savants
d'aujourd'hui, à douter de cette divine science
(par cela seul qu'ils ne le savaient pas); s'ils
s'étaient conduits par la foi, ils ne l'auraient pas
regardée comme fausse ou introuvable, et
n'auraient éprouvé aucune difficulté, et se seraient
rendus familiers tous les articles des
premiers chapitres de la création, qu'ils n'ont
trouvés que fabuleux ou inexplicables. « Les
eaux au-dessus du firmament; les jours avant
» le soleil; et plusieurs autres choses de cette
nature ne les » auraient pas étonnés. »
Je tâcherai dans ce chapitre et suivants, d'en démontrer le sens caché; les expliquer autant
que la science hermétique me le permettra, et
prouver aux incrédules de l'alchimie la vérité
de cette divine science, par les obscurités
mêmes que les savants ont trouvées dans les
articles des cinq premiers chapitres de la
Genèse.

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PREMIER, DEUXIEME ET TROISIEME JOUR DE LA CREATION
Dieu, avant tout, créa la lumière et deux paradis; le paradis céleste et le paradis terrestre.
Et ces deux paradis furent séparés par
le firmament séparateur, ou ciel; et le tout
forma et fut nommé l'univers,; et Dieu dit, que
la lumière soit, et la lumière fut.

Dieu travailla les trois premiers jours de la création, à la lueur de cette même lumière
éparse, qu'il avait créée le premier jour, et il
ne la rassembla, ou sépara des ténèbres, le
quatrième jour, que pour en former le soleil-
céleste, « (comme font les philosophes hermétiques,
» qui rassemblent » aussi la lumière
» contenue dans les métaux, pour en former
» leur soleil-hermétique.) » Et alors les jours
furent séparés des ténèbres, ou de la nuit.
Dieu n'eut donc besoin pour les premiers
jours de son ouvrage, que de la lumière éparse,
produite du mouvement; de lui-même, qui
avec les ténèbres ou le repos, formaient le
cahos divin, et Dieu en débrouillant ce cahos,
en créa tout.

@

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Et quoiqu'il paraisse vrai, qu'il n'a pas pu y avoir de jours avant le soleil, il ne sera pas
impossible de prouver, que le créateur a pu
travailler les trois premiers jours qu'il a faits
avant le soleil; et qu'il n'a été ou n'a voulu
être éclairé, dans son travail, que par la lumière
éparse, et que cette lumière première,
avant été ramassée ou rassemblée, le soleil-*
céleste en a été formé, et qu'alors, comme
avant, il y a eu le soir et le matin.
Dieu dit que le firmament soit fait au milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux d'avec les
eaux; ce qui fut fait. Et dans le firmament
séparateur des eaux ou ciel, il fut fait deux
corps lumineux, pour séparer le jour d'avec la
nuit, et pour éclairer la terre ou paradis terrestre.
Dieu alors fit deux grands luminaires, l'un pour présider au jour, l'autre à la nuit. Ce qui
fut fait le quatrième jour de la création.
« Le soleil et la lune, créés par Dieu, sont » bien distingués, » et plus beaux, et plus parfaits » que les autres astres, et au-dessus de tous.
» Le soleil nous éclaire pendant le jour, la » lune nous éclaire » pendant la nuit, mais pas
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» toujours, parce qu'elle n'est pas toujours
» éclairée elle-même, par le grand astre, le
» soleil.
» De même dans l'ouvrage hermétique, le » soleil ou l'or, qui en est le père, ou l'agent;
» et la lune ou l'argent, qui en est la mère, ou
» le patient, ne parviennent à produire l'enfant
» aurifique, ou à la perfection et fin de l'ouvrage;
» que quand la lune ou l'argent, a reçu du
» soleil ou de l'or, cette première clarté, cette
» vertu, cette forme solaire, que le mari, ou
» l'or des philosophes lui communique.
» Et que de même l'astre lunaire n'éclaire » aussi la terre » ou le globe, que par la lumière » réfléchie du soleil. De même notre lune,
» notre argent philosophique, n'éclaire et ne
» perfectionne l'ouvrage, que quand elle a
» montré et prouvé à l'artiste, que le soleil ou
» l'or s'est uni avec elle, et que cette dernière a
» été engrossée par le feu naturel de l'or, et
» qu'elle ne tient toute sa vertu, sa fécondité,
» que du soleil-métallique son mari, et qu'alors
» tous les deux se baignent, ou se peuvent baigner
» dans une même source. »

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SIXIEME JOUR DE LA CREATION
Dieu créa l'homme à son image et à sa ressemblance; il le créa mâle et femelle; il les
bénit et leur dit: croissez et multipliez.

« Adam fut donc créé à l'image de Dieu, et » fut placé dans le jardin délicieux, qui était
» dans le paradis terrestre, que Dieu avait crée
» le premier jour, pour qu'il le gardât et
» le cultivât. Et au milieu de ce même jardin,
» étaient plantés l'arbre de la science du
» bien et du mal et l'arbre de vie. »

La terre du jardin délicieux qui était dans le paradis terrestre, créé par le Tout-Puissant,
était une terre rouge, couleur de feu, tachetée
de blanc. C'était la terre adamique, de
laquelle, Adam, notre premier père fut formé
et reçut la vie, dans ledit paradis, devenu, à
cause du premier péché, le globe terrestre et
l'habitation des hommes.

« Le jardin des philosophes hermétiques, » qui est le même que celui désigné par Moïse,
» dans la Genèse, n'est composé que de cette
» terre rouge; et ces messieurs ne travaillent
» d'autre terre, que celle qui a cette couleur.
7*
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-- 162 --
» Ces mêmes philosophes, dans tous leurs écrits,
» placent ce fameux jardin » partout où ils se » trouvent; jamais à un endroit fixe du globe.

» Moïse, dans la Genèse, l'a placé dans le » paradis terrestre, mais n'en a pas désigné
» l'endroit. Il a dit seulement, qu'au milieu de
» ce jardin délicieux, on y voyait une source
» d'eau vive, qui arrosait ce jardin, et qui se
» divisait en quatre grands fleuves; lesquels
» représentaient les quatre éléments métalliques,
» qui par leur union composaient et formaient
» cette divine source (ou l'arbre de
» vie) et fontaine de Jouvence et de rajeunissement,
» et s'appelaient: le premier, Phison,
» et c'est celui qui coule autour du pays d'Hévila,
» où il vient de l'or, et l'or de cette terre
» ou fleuve, est très bon. C'est là aussi que se
» trouve le bdelium et la pierre d'onyx, aujourd'hui
» on dit pierre philosophale.
» Le deuxième, le troisième et le quatrième » n'ont pas besoin d'être désignés: le premier
» seul suffit pour prouver la vérité de ce que
» nous avançons, et que Moïse a obscurci.
» Ce fameux jardin, qui a toujours été caché
» aux hommes, représente et contient les principes

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» alchimiques purifiés, les opérations ou
» travail et le produit en résultant, qui est la
» médecine universelle, ou l'arbre de vie
» désigné par Moïse. »
Adam fut mis dans ce jardin délicieux pour qu'il le gardât et le cultivât. « Adam représente
» ici le philosophe hermétique, à qui Dieu a
» donné la science, pour qu'il travaille pendant
» plusieurs mois la terre philosophique composant
» le jardin des alchimistes. »

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La femme que Dieu donna à l'homme ne fut formée que d'une de ses côtes. « Ceci nous
» prouve le mariage des deux mercures sortant
» d'une même racine, ou de celui de l'or avec
» l'argent; et aussi, qu'Adam et Eve ne sont
» qu'une même chair adamique. »

--------
Le Créateur travailla six jours, et se reposa le septième.

1er. -- « Ceci nous représente les six métaux; » et se reposa le septième, qui représente l'or
» ou la perfection du règne métallique. »

2e. -- « Le blé, le vin et l'huile sont la perfection » du règne végétal. »

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3e. -- « L'homme et la femme sont la perfection du règne animal. »

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Adam notre premier père ne dut guère se mettre en peine ni des pays ou coulait le premier
fleuve, ni ne dut pas devoir en chercher
la raison. « Ce fleuve, ou Phison, possédait en
» lui de très bon or, et on y trouvait aussi la
» pierre d'onyx; c'est-à-dire que par le moyen
» de cet or philosophique on pouvait parvenir
» à faire la pierre philosophale (ou la pierre
» d'onyx), nom seul dont les alchimistes désignent
» le grand oeuvre, et peuvent parvenir
» à changer les métaux imparfaits en or, métal
» parfait. »

--------
Adam avait été créé immortel dans sa partie matérielle élémentaire, de même qu'Eve; sans
cela, il n'aurait pas été différent des autres
animaux: ce qui ne pouvait pas entrer dans
le plan, ni dans la volonté du Créateur, puisqu'il
l'avait créé à son image et à sa ressemblance.
Il fut donc créé parfait et semblable à
son père; et il ne devint mortel dans sa partie
matérielle élémentaire, qu'après avoir mangé
du fruit de l'arbre de la science du bien et

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du mal, duquel Dieu lui avait fortement recommandé
de ne pas manger.
Adam s'étant rendu coupable par sa désobéissance et ayant péché, le Seigneur dit:
Voilà Adam qui est devenu comme l'un de
nous, chassons-le du jardin délicieux qui est
dans le paradis terrestre, pour qu'il ne puisse
pas s'approcher ni manger du fruit de l'arbre
de vie qui le ferait vivre éternellement; ce
qui eût contrarié la volonté du Créateur et eût
paralysé la condamnation de mort que le
premier péché lui avait méritée. « L'arbre de
» la science du bien et du mal représente
» et renferme (comme il a été dit) les principes
» premiers ou » les éléments métalliques » nécessaires pour faire la pierre philosophale
» et obtenir l'arbre de vie, ou la médecine
» universelle, de laquelle Adam fut
» privé à cause de son péché. Ce qui nous
» prouve que l'homme qui a été créé immortel
» peut, par la vertu de l'arbre de vie
» ou médecine universelle, jouir sur la terre
» de sa première perfection. »
Adam ne fut déchu de sa perfection et chassé du jardin délicieux, qui était dans le paradis

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terrestre, qu'à cause qu'il avait trop écouté
les flatteries et mensonges du serpent (ou du
diable, nommé Vérin) qui parvint à tromper
Eve, notre première mère, et à lui faire
concevoir le premier enfant, nommé Caïn;
lequel tua Abel, enfant légitime, par envie
de sa vertu. « Ici les matières, pour faire la
» pierre philosophale, sont personnifiées; et
» la mort d'Abel, par Caïn, représente que
» dans le travail hermétique une matière tue
» l'autre et s'empare de sa vertu: Et la terre,
» ou Mercure, alors a ouvert sa bouche et a
» reçu le sang d'Abel, lorsque la main de
» Caïn l'a répandu (1).
Caïn n'ayant pas obtenu le pardon de son crime se plaint à Dieu, et lui dit que quiconque
le trouvera le tuera. Dieu mit alors un signe
sur Caïn pour que celui qui le trouverait
ne le tuât pas.
« Ce qui nous montre et nous donne la » preuve de la vertu aurifique de son frère Abel


(1) « Cette même terre ou Mercure, qui avant était vide et sans » beauté, fut, par ce meurtre, rendue belle, pleine de perfections et
» propre à la génération métallique ayant été imprégnée de la
» forme solaire masculine. »

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» dont il s'était emparé. » Si réellement une
créature, nommée Caïn, avait été le meurtrier
d'Abel, son frère, autre créature; Dieu
n'aurait pas mis une marque sur Caïn, et n'aurait
pas empêché qu'un fratricide fût puni.
Et qui aurait pu tuer Caïn? Il n'y avait que
lui sur la terre. »
« Ceci nous prouve et nous démontre une » preuve secrète hermétique, et doit faire bien
» voir et prouver aux incrédules que cette belle
» allégorie ou marque sur Caïn, traite et cache
» un secret alchimique. »

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Dans la généalogie des enfants d'Adam, on voit que c'est Seth, deuxième enfant légitime
d'Adam, qui forme la postérité humaine.
« On ne parle plus de Caïn ni d'Abel, parce » que en alchimie les matières ou natures qui se
» confondent ensemble en forment une troisième
» de laquelle seule on parle, les premières
» l'ayant produite ne sont plus rien.
» Il y a quelque chose de caché, d'obscur » dans cette union ou mariage des matières.
» Ceci ne peut donc prouver qu'une opération
» alchimique. »

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De l'ouvrage de la nature, et des Eaux au-dessus et au-*
dessous du Firmament, et d'une partie de ce qui se passe et se voit dans l'oeuf des philosophes, pendant la coction de leur mercure philosophal.
« L'ouvrage pour faire la pierre philosophale » se distingue en ouvrage de l'art ou travail
» manuel, et en ouvrage de la nature. Le
» premier dure environ cinq ou six mois, le
» second ou celui de la nature neuf mois, et
» le troisième qui est aussi de la nature, quatre,
» six ou sept mois, selon la volonté ou le
» temps de l'artiste.
» Et c'est au commencement de l'ouvrage » de la nature qui dure neuf mois, ou celui de
» la coction du mercure philosophal dans l'oeuf
» ou on ne voit qu'eaux dans le globe: et que
» ces eaux montent en vapeurs, redescendent
» en bruine, et retombent sur celles qui sont
» au bas ou au fond du globe, et qu'alors cette
» opération de la nature nous prouve et nous
» démontre bien que les eaux supérieures, desquelles
» le paradis céleste est composé, sont
» séparées par le firmament séparateur ou ciel,
» de celles qui avec la terre forment le paradis

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-- 169 --
» terrestre ou globe, quoique toutes les deux
» sortent du même principe, de la même racine,
» et que leur différence ne soit et ne consiste
» que dans leur pureté. Alors c'est une vérité
» reconnue par tous les philosophes hermétiques,
» qu'il y a des eaux au-dessus et au-
» dessous du firmament divin et aussi de celui
» des alchimistes, et que le paradis céleste n'a
» été formé que des eaux les plus pures, les
» plus raréfiées, et le globe ou paradis terrestre
» des autres. »

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Du Déluge universel.
Le déluge de la Genèse, par Moïse, et le déluge des philosophes hermétiques sont deux
déluges qui n'en forment ou n'en font qu'un de
véritable.

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Après que les eaux du déluge, par Moïse, furent diminuées et presque séchées par le vent
que Dieu fit souffler, et que la terre parut un
peu, Noé ouvrit la fenêtre de l'arche, et laissa
aller le corbeau, qui, étant sorti, ne revint
plus.
Sept jours après que le corbeau fut sorti, 8
@

-- 170 --
Noé fit sortir la colombe pour voir si les eaux
avaient cessé de couvrir la terre; mais la colombe
n'ayant pu trouver où mettre les pieds,
parce que la terre était encore un peu couverte
d'eau, elle revint à lui, et Noé étendant le bras
la prit et la remit dans l'arche. Il attendit encore
sept autres jours, et il renvoya de nouveau
la colombe hors de l'arche, elle revint à
lui sur le soir, portant dans son bec un rameau
d'olivier dont les feuilles étaient toutes
vertes.
» Noé reconnu alors que les eaux s'étaient retirées » de dessus la terre. Il attendit encore sept
» autres jours, et il renvoya de nouveau la colombe
» qui ne revint plus à lui. Et le vingt-septième
» jour du second mois la terre fut toute
» sèche.
« Alors de même les eaux du déluge des philosophes » hermétiques sont toutes changées
» en terre par la vertu du feu naturel formateur.
» Notez-bien que le corbeau représente la » couleur noire, ou la putréfaction des principes
» élémentaires des deux mercures (ou des
» eaux formant le déluge hermétique) que le

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-- 171 --
philosophe a mis dans l'oeuf, et qu'alors la
terre commence à paraître un peu. »

Le corbeau trouva donc la terre sur laquelle il pouvait rester, aussi il ne revint plus
dans l'arche. « Ce qui est essentiel, et qui doit
» arriver pour la réussite de l'ouvrage d'alchimie,
» parce qu'il faut que le corbeau ne rentre
» plus dans l'arche hermétique, et que la
» couleur noire ou putréfaction ne se répète
» pas; et cette couleur noire n'est parfaitement
» noire que le cinquantième jour. »
La colombe que Noé fit sortir de l'arche sept jours après le corbeau, ne trouva rien d'assez
sec, aussi elle revint à lui, ce qui obligea Noé
à la renvoyer de nouveau sept autres jours
après, et le soir même elle revint à lui, portant
dans son bec un rameau d'olivier dont les
feuilles étaient toutes vertes.
« Ceci nous prouve qu'à la fin de la couleur » noire, ou de la putréfaction de notre mercure,
» ou des eaux du déluge des philosophes,
» les couleurs bleue, jaune, orangée et verte
» se présentent un peu et forment l'arc-en-*
» ciel hermétique. »

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-- 172 --
Noé renvoya de nouveau la colombe pour la troisième fois, laquelle ne revint plus à lui.
« Cela nous montre qu'aux couleurs bleue, » jaune, orangée et verte (qui est celle qui dure
» plus que les autres), il n'y a plus d'humidité
» dans l'oeuf des philosophes, que les eaux se
» sont terrifiées, et que la couleur blanche va
» commencer à se montrer. Et la couleur verte
» qui paraît alors, marque que la pierre des
» philosophes a une âme végétative (ce qui
» renferme un mystère d'alchimie), qui prépare
» et précède la blanche, couleur principale. »
Après le déluge de la Genèse, par Moïse, ou à sa fin, Dieu fit et établit une alliance avec les
hommes qui en avaient été sauvés, et promit
de ne plus faire périr par les eaux tout animal
ayant vie, parce que, dit-il, il n'y aura plus de
déluge qui extermine toute la terre. -- Voici
le signe d'alliance que j'établis pour jamais entre
moi et vous, ainsi qu'avec tous les animaux
qui sont avec vous. Je mettrai mon arc-en-*
ciel dans les nuées, afin qu'il soit le signe de
l'alliance que j'ai faite avec la terre .

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Quel est celui qui croira que le Créateur de l'univers a fait une alliance avec la terre, son
ouvrage?
C'est avec les hommes qu'il aurait fait l'alliance, si toutefois Dieu en avait fait une.
« Ici ce sont les deux mercures, ou les eaux » formant le déluge hermétique, qui alors sont
» réduites en terre ou médecine universelle
» blanche.

» Moïse, comme philosophe hermétique, » n'a pas cru devoir s'expliquer plus clairement. »
Et lorsque j'aurai couvert le ciel de nuages mon arc paraîtra dans les nuées, et je me souviendrai
de l'alliance que j'ai faite avec vous,
et avec toute âme qui vit et anime la chair (il
fallait dire esprit), et il n'y aura plus à l'avenir
de déluge qui fasse périr dans ses eaux toute
chair qui a vie.
« Le déluge des philosophes hermétiques a » aussi son arc-en-ciel qui prouve à l'artiste
» que les eaux se sont retirées, et qu'il n'y aura
» plus de pluie, et que les vapeurs qui montaient
» au plus haut du globe ou oeuf, et descendaient
» en pluie ont cessé, et que l'arc-en-*

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-- 174 --
» ciel d'alchimie, visible dans le globe de
» verre ne se montrera plus, parce que toutes
» les eaux formant le déluge hermétique se
» sont changées en terre fixe, blanche, ayant
» vie. »
Si l'histoire grecque ni la latine ne parlent pas du déluge universel (comme le dit saint
Augustin), il ne faut prendre le déluge de la
Genèse, par Moïse, que comme une allégorie
hermétique; ce que nous croyons avoir prouvé
par tout ce que nous avons dit.

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A MES SEMBLABLES, ANCIENS ET MODERNES, VOYAGEANT SUR LA TERRE
J'aurai pu dans ce présent cours d'alchimie, où aucune opération manuelle n'a été cachée,
y joindre le moyen de faire la pierre philosophale
avec la moitié moins de temps qu'on y
emploie.
J'ai lu dans les ouvrages des philosophes hermétiques que deux philosophes seulement
y sont parvenus; mais n'ont pas écrit la manière
d'y faire parvenir les autres; ils ont gardé
la découverte pour eux-mêmes.
Moi j'ai eu une raison forte qui m'a empêché
@

-- 175 --
d'en montrer le moyen. On me taxera peut-
être de jaloux, mais si on fait bien attention à
mes dix-neuf leçons on verra que je ne le suis
point, puisque je crois m'être trop bien expliqué,
m'être rendu trop clair.
Cependant si je puis parvenir à trouver un de mes semblables, et qu'il veuille m'accorder
son amitié, pour lui donner une preuve de la
mienne, je lui montrerai la manière d'abréger
de moitié le temps pour faire l'ouvrage de la
philosophie naturelle que je ne tiens que de
Dieu.
J'ai près de quatre-vingts ans, mes forces sont tellement affaiblies, que je serai forcé malgré
moi, si mes semblables ne me fortifient
pas, de prendre un amateur jeune et fort pour
faire les premières opérations, ne pouvant pas
les faire moi-même, ce qui me forcera à montrer
ce que j'ai toujours caché; à quoi je ne serai
pas obligé, si mes semblables me traitent
comme leur égal.

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TROIS ADDITIONS
TRAITANT
D'UNE TROISIEME VIE EN L'HOMME, ANIMAL PARFAIT
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PREMIERE ADDITION
En dehors de l'Alchimie; faisant suite de la deuxième
note de la quatrième leçon, traitant d'une troisième vie en l'homme, contenue dans sa semence: de sa vertu; de son indépendance; et des abus que l'homme en fait.
A la quatrième leçon de ce présent Cours d'alchimie, je crois avoir prouvé que l'homme
avait deux vies en lui: l'une terrestre et l'autre
céleste; l'une mortelle et l'autre immortelle,
ce qui le rendait animal parfait et le différenciait
des autres animaux. -- Ce même homme
animal parfait a aussi en lui une troisième
vie, qui est celle servant à sa multiplication;
laquelle est contenue dans sa semence: ce que
je crois pouvoir prouver aussi.
La vie végétative ou première vie, qui constitue et anime tout animal, n'est produite
que de la semence qui lui est propre pour se

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-- 177 --
multiplier; cette semence est pleine de vie et
principe de vie, et est une troisième vie en
l'animal parfait et une deuxième vie en l'animal
à instinct ou imparfait. Elle est le résultat
et production du superflu de la santé de
tout animal parvenu à sa perfection; elle est
contenue en lui et quoique cela n'en fait pas
partie indispensable, puisque l'animal peut
exister longtemps quoique privé de cette
semence. -- Cette semence, formant une troisième
vie en l'homme animal parfait, à sa
demeure et lieu dans ses propres reins, et
n'est produite que de l'excédant de son plus
pur sang qui, s'y étant rassemble, se change
en quintessence (1).


(1) Dans le corps de l'homme comme dans celui de la femme, le sang s'augmente toujours en volume par la nutrition; et ce volume,
pour le maintien de leur santé, de leur vie, doit diminuer chaque
jour pour qu'il n'en reste que la quantité suffisante et nécessaire au
corps la contenant.
Cette diminution s'opère toujours, mais d'une manière différente. En l'homme, par les jouissances charnelles qui lui en enlèvent presque chaque jour plusieurs parties, qui ne sont toujours que le
superflu de son plus pur sang, lesquelles se coagulant dans ses reins,
par l'effet de la fermentation, se réduisent en une centième partie

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Le feu naturel du mâle qui amende son sang, le change de rouge en couleur blanche
ou en un baume plein de vie, de feu, blanc
et gluant: lequel ne représente qu'humidité.
Cette semence, cette quintessence ou forme,

de semence pour remplacer celle perdue par les précédentes jouissances.
Et chez la femme, le volume de son sang se diminue par les pertes de chaque mois, ou les purgations, qui n'arrivent et ne s'opèrent
que dans l'état ordinaire; et dans l'autre, ou lorsqu'elle a
conçu, par la nourriture que l'embryon en tire journellement; ce
qui va toujours en augmentant, vu que l'enfant en grossissant a besoin
de plus de nourriture, alors les femmes abondantes en menstrues
ne cessent pas, les premiers mois de leur grossesse, de rejeter
l'excédant de leur sang menstruel, l'embryon ne pouvant pas le tout:
consommer; ce qui ordinairement finit au deuxième ou troisième
mois. Et c'est d'autant plus vrai, que dans l'état de grossesse et vers
le huitième et neuvième mois nombre de femmes changent tout à
fait d'embonpoint (ne pouvant pas fournir assez de sang menstruel
pour satisfaire au besoin de leur enfant), deviennent brunes, maigres,
décharnées, et entrent dans une position bien différente de
celle du commencement de leur grossesse, puisque alors elles en
avaient trop abondamment: ce qui prouve clairement que l'enfant,
dans le ventre de sa mère, se nourrit de la même matière ou sang
menstruel dont il a été formé.

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Deuxième note qu'on a cru devoir ajouter à la première

Les hommes forts, par prudence, ne voulant pas jouir, sont exposés,
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-- 179 --
produite du sang de l'animal, n'a pu être poussée
à ce haut degré de perfection que par la
force et vertu de son feu naturel.
Cette semence, cette forme, n'est (comme il a été dit) que le résultat et superflu de la
première vie végétative de tout animal; et
cette vie ou superflu, est une deuxième vie en
lui. Ce qui nous prouve qu'une deuxième vie
est contenue dans la première vie végétative;
laquelle peut en être séparée pour multiplier
son espèce, sans faire presque rien perdre au
corps matériel la contenant.
La vertu de cette quintessence, de cette

à cause d'un excédent de sang, à des attaques d'apoplexie,
qui souvent les privent de la vie.
Les vieux, faibles, ne pouvant pas jouir, sont attaques par les hémorroïdes, qui les font beaucoup souffrir.
Les femmes, de quelque âge et de force qu'elles soient, n'ayant toujours (par la nature de leur constitution), que le sang qu'il leur
faut, sont moins sujettes aux attaques d'apoplexie.
Mais en l'homme, le sang s'augmentant toujours par la nutrition, comme il a été dit à la première note, il ne peut en diminuer le volume
que par les jouissances ou par un fort travail continuel. Ne
faisant rien de pénible et ne jouissant pas, il est sujet aux attaques
et à mourir.
L'homme ne peut jouir d'une bonne santé, qu'en évitant les extrêmes: le trop et le trop peu en tout.

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troisième vie en l'animal parfait, est de former
en corps animal la matière menstruelle ou semence
féminine, produite, comme celle du
mâle, de son plus pur sang. -- Dans cet état,
l'homme animal parfait est dans sa plus grande
perfection et force. Et c'est alors que les éléments
premiers, air et feu, ont le dessus sur
les grossiers, terre et eau. -- Mais cette perfection
et force, qui n'est venue que peu à peu,
doit décroître, diminuer et prouver à la créature,
qui y est parvenue, qu'elle n'est sur cette
terre que pour y souffrir et y passer.
Cette troisième vie contenue dans la semence de l'homme, ce superflu de vie et de
force en celui qui est vertueux et peu porté à
la jouissance, est forcée quelquefois de s'échapper
des reins où est sa principale demeure:
ce qui arrive quelquefois en songe, et prouve
que la semence de l'animal a une vie à elle,
indépendante de la première vie matérielle
végétative de ce même animal.
Chez quelques jeunes gens pleins de feu, elle s'échappe trop souvent par des moyens
connus ou par des jouissances qui détruisent
leur santé; lesquels voulant toujours jouir et

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ne donnant pas au sang pur le temps de se
perfectionner complètement et d'acquérir la
couleur blanche, la vertu formante et fixative:
enfin le temps de devenir quintessence, ne
produisent bien souvent dans leurs actes peu
sages de jouissance que le sang rouge qui était
destiné à se parfaire.
Il arrive aussi quelquefois aux gens d'un âge avancé qui étant en convalescence et prenant
des remèdes pour se guérir des maladies
contractées par de précédentes jouissances et
qui croyant avoir encore assez de force et de
vertu pour s'y livrer de nouveau; il leur arrive
alors qu'ils ne produisent dans cet acte que du
sang un peu caillé et moitié blanchi, au lieu
d'une semence parfaite.
Il arrive aussi qu'une trop longue privation de jouir occasionne un trop grand volume de
sang que la faiblesse du feu naturel, chez
quelques hommes, empêche de perfectionner.
Ce même sang alors s'échappe par des conduits
autour du fondement, et là, étant rassemblé
abondamment, il s'y fermente et prend
un caractère corrosif: ce qui se nomme les
hémorroïdes; et tout homme qui a eu le

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-- 182 --
désagrément d'en être attaqué, ne pourra pas
disconvenir que ce sang, par le mal qu'il lui
a fait éprouver, possédait complètement la
vertu corrosive et s'approchait de la nature
des menstrues de la femelle. -- Cette semence,
qui contient une troisième vie en l'animal
parfait, n'est pas soumise à la volonté corporelle,
quoique produite par la force de la
première vie du corps matériel; elle a son
pouvoir et sa chaude vertu séparées, et qui
bien souvent n'écoute ni la raison ni l'âge pour
démontrer qu'elle ne dépend que d'elle-même
pour s'échapper du corps la contenant et pour
se porter dans une matrice de son règne.
C'est, comme nous l'avons dit, un superflu de
santé du corps de tout animal, et de sa première
vie végétative; lequel lui sert de vase
préalable: elle est donc indépendante et n'est
pas du tout essentielle au corps lui-même,
puisqu'il peut exister sans elle.
Tout animal a donc dans sa semence une deuxième vie indépendante de la première vie
végétative, qui bien souvent s'échappe et
donne pour cela, à l'animal parfait, la preuve
de son indépendance.

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