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Réfer. : AL0801A
Auteur : Géron T. F.
Titre : Clavicule de la Philosophie Hermétique.
S/titre : Ou les Misteres les plus Cachés Des Anciens
& Modernes sont Misse au jour en faveurs des Enfans de L'Art, & à la Gloire de Dieu.
Editeur : Xxxxx. Xxxxx.
Date éd. : 1753 .


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C L A V I C U L E
DE LA
PHILOSOPHIE HERMETIQUE,
Ou les Mistères les plus Cachés Des Anciens & Modernes sont Misse au jour en faveurs des Enfans de L'Art, & à la Gloire de Dieu par.
T. F. GERON,
Docteur en Medicine.
pict
1 7 5 3.
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A Dom Henry De Malese Prieur de L'Illustre
Impériale, Libre & Exempte Abbaye De Malmendy, Coprésident & Conseiller des Régence, & Provinciale de Son Altesse Celsissime
Le Prince de Stavelot, Malmendy &a. &a. &a.

Très Révérend Seigneur.
V Ous vous étonnerez peut-être de voir Paracelse en ce siècle demander la protection de Votre Révérence & Seigneurie, contre les ennemis de sa science & de
sa gloire, c'est par la seule lumière de ses écrits; que je
représente le véritable portrait de l'Alchimie, qui fait la
principale partie de la Médecine, & tous les fondements de
la Physique que Paracelse a rétabli par ses veilles, par ses
travaux & par ses voyages, je n'ai qu'à produire son épitaphe
pour faire voir qu'il n'y a point de maladie incurable
qu'elle ne guérisse par ses remèdes particuliers & quasi
miraculeux, je sais que la matière que je traite est si peu
connue, & je crains que votre Seigneurie en ait du dégoût,
c'est pourquoi je la supplie humblement de pardonner
à ma témérité par son juste discernement, que, si ce
Livre n'est pas charmant dans sa lecture, il l'est dans la
connaissance des secrets merveilleux qu'il renferme, &
A 2 qui
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qui sont d'autant plus estimables, que la santé surpasse &
est préférable à tous les trésors & à tous les biens de ce
Monde. Certes, je ne sais en quel endroit j'ai mérité l'estime
& la bienveillance.

Révérend Seigneur dont vous m'avez toujours honoré depuis le moment que j'ai eu l'honneur & le bien
de vous connaître. J'espère qu'en me la continuant vous
regarderez d'un oeil favorable mon étude, qui sera bien
récompensé, si je puis contribuer à la conservation de votre
Santé, c'est le désir très passionné de celui qui en est

Très Révérend Seigneur
Votre très humble & obéissant serviteur
T. F. G.
Docteur en Médecine.
Préface
@

pict

Préface.
E n la soixantième année de mon âge étant venu à bout de mon dessein dans la connaissance la plus occulte de Médecine, de Chimie & d'Alchimie, & voulant donner la main à ceux qui sont enveloppés dans un labyrinthe d'erreurs, & qui ont été séduits par les beaux
discours, ou plutôt par les rêveries de quantités de faux alchimistes, voient
& embrassent la lumière que je leur présente, pour se tirer du bourbier
en sûreté, ce sont des expériences réelles que j'ai faites & que je connais,
ce que tout homme expérimenté verra aisément par cet écrit.
C'est pourquoi j'écris uniquement pour le bien du prochain & pour la gloire
de Dieu, je ne laisse à un apprenti studieux aucun doute, car celui
qui désire d'emporter cette toison d'or; qu'il sache que la teinture ou poudre
aurifique, n'est autre chose, que l'or digéré au suprême degré de perfection,
& de fixité subtile, à laquelle la nature & le travail bien conduit
peut l'amener. Le caractère particulier des Ignorants n'est pas seulement
de mépriser, mais encore de blâmer ouvertement les choses qu'ils
ignorent, & le malheur le plus grand est quand des hommes que l'on
croit doctes donnent dans le sens du peuple, sans vouloir seulement prendre
la peine d'examiner les choses de plus près, afin de discerner au moins
le bon du mauvais, & la vérité du mensonge, ce qui devrait être l'unique
occupation des esprits les plus solides. L'Alchimie encore qu'elle soit une
science des plus nobles & des plus utiles, peut servir d'exemple au caprice
& au jugement des hommes, car encore bien que de toutes les sciences
qui sont en usage pour le bien & le service de l'homme, il n'y en a aucune,
qui la surpasse. Cependant chacun la blâme & la regarde comme la
plus grande folie du monde. Et moi au contraire, qui la tiens pour une
science divine, je crois qu'après l'immortalité de l'Ame, c'est l'un des plus
grands bienfaits, que Dieu ait fait aux hommes; car sans cette science, qui
embrasse la Philosophie, il serait impossible de connaître les vertus admirables,
dont Dieu a doué tous les corps sensibles & insensibles de la terre,
Animaux, Végétaux & Minéraux, & en quoi ils peuvent être utiles à l'homme
tant pour la conservation que pour la restauration de sa santé, ni
le lieu, qui enferme ces vertus dans chaque corps, ni les moyens de les en
tirer, pour les avoir dans leurs essences pures & nettes, afin que leurs actions
& opérations ne puissent être empêchées par le flegme & par la terre
entre lesquelles ses vertus sont enfermées, comme dans une prison obscure,
A 3 scure,
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tellement, que celui qui n'a pas une véritable & parfaite connaissance
de l'Alchimie est indigne du nom & du titre de médecin.
Quelques-uns l'appellent art Chimique, & d'autres l'art Spagirique; les alchimistes le nomment Spagirie, nom inventé par Théophraste Paracelse,
le plus habile spagiriste qui peut-être ait été depuis Hermès Trismégiste,
jusqu'à notre temps, comme ses livres le démontrent assez. Pour
moi je ne ferai pas de difficulté, de la nommer du nom, le plus en usage
savoir Alchimie, & pour faire comprendre ce que c'est que cette science,
je commencerai par sa définition.
L'Alchimie donc est une Science, qui enseigne à séparer les Eléments, de chaque composé produit par la nature, & de les recueillir adroitement
chacun en son vaisseau: autrement l'Alchimie est une science pratique qui
montre les moyens de séparer le subtil du grossier, le pur de l'impur, &
de tirer de chaque composé naturel son essence pure & nette en laquelle gît
toute la vertu du composé.
On peut la définir en troisième lieu, comme une science, par laquelle nous apprenons à connaître la matière première de tous les corps du monde,
soit Animaux, Végétaux, Minéraux, & la méthode dont la Nature s'est
servie en les produisant, & les perfectionnant jusqu'à leur dernière matière;
& en dernier lieu la voie que l'alchimiste doit prendre, pour les décomposer,
en rétrogradant l'ordre que la Nature a suivi, s'il veut voir oculairement
leur première Matière, & en procédant de cette sorte, il aura les trois
principes de tout corps, qui sont le Soufre le Sel & le Mercure, visibles & palpables
chacun en son Essence corporelle, après qu'ils sont séparés du composé
par cette science.
Les opérations de cette science sont en grand nombre, & toutes différentes les uns des autres, & néanmoins toutes ensemble, elles tendent à un
même but & au point de sa définition. Je les réduis pourtant au nombre
de Sept, qui sont la Calcination, la Putréfaction, la Dissolution, la Distillation,
la Coagulation, la Sublimation, & la Fixation.
Le principal instrument de toutes ces opérations, c'est le Feu, qui a des différences notables dans soi, & divers degrés que je réduis pareillement
à quatre principaux, dont le premier est le feu du fumier ou du bain-
Marie, qui convient aux putréfactions & dissolutions, comme aussi aux distillations
des liqueurs mercurielles: le second degré est le feu des cendres
plus chaud que le premier, il convient aux coagulations & aux distillations
des liqueurs grasses & huileuses, le troisième est le feu de sable plus chaud
que le second, ce dernier convient aux sublimations & fixations, comme
aussi aux distillations des liqueurs les plus tenaces & adhérentes aux autres
parties du composé; comme sont les minéraux spécialement les métalliques:
ques,
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& le quatrième est le feu de flammes, avec du bois ou des
charbons vifs très chauds, sur lequel le vaisseau étant placé, s'opèrent les
réverbérations, calcinations & incinérations de chaque composé.
Il faut savoir aussi que chacun de ces quatre feux, se doit réduire à d'autres degrés successifs selon l'exigence du composé, & de la chose que
nous en voulons tirer, comme le feu du bain-Marie à trois degrés, le premier
est quand le vaisseau contenant le composé est exposé sur la fumée de
l'eau échauffée, qu'on nomme bain de vapeur le second est, quand le vaisseau
est plongé dans cette eau échauffée sans bouillir, le troisième est quand,
avec grand feu on fait bouillir l'eau dudit bain. Ainsi se peuvent graduer
les autres trois feux de la cendre, du sable & du charbon, tant par les soupiraux
& par les registres des fourneaux bien faits, que par la quantité de
charbons ou du bois, que l'on met dedans à justes mesures, ou par le nombre
des mèches, quand il s'agit du feu de lampe selon l'exigence du composé
que l'on veut traiter.
Celui qui entendra bien tous ces feux, & qui avec cela n'ignorera pas le feu de la nature, tel qu'il est dans l'intérieur du composé, & de quelle
manière l'un peut exciter l'autre, augmenter sa vigueur & le corriger, méritera
le nom de Philosophe & pourra mener à bonne fin les choses les plus
excellentes du monde.
Or pour entendre plus particulièrement les susdites opérations de l'Alchimie, je viens d'abord à la première qui est la Calcination, parce qu'il
faut commencer par là, surtout celui qui veut faire une due séparation des
parties dans tous les composés solides & fixes, comme sont les métalliques;
& je dis que la Calcination a été trouvée pour deux causes: La première
est pour priver le composé de son humidité accidentelle, ou flegme superflu,
& le disposer aux autres opérations, même de solution, après laquelle & pas
autrement, se peut faire la séparation des parties du composé, la seconde est
pour ôter & consumer le soufre combustible, impur & corrompant, qui est
audit composé, qui n'est pas encore amené à sa perfection par la Nature.
Ceci pourra sembler étrange à plusieurs, qui n'ont aucune connaissance de l'Art, quand je dis qu'il faut calciner les corps solides & fixes & en
les calcinant les dépouiller de leur humidité accidentelle, pour les disposer
à solution; car au contraire diront-ils, cette humidité devrait être la cause
& le moyen de la solution, il vaudrait donc mieux de la conserver; mais
pour éclaircir ce doute, je dirai avec nos Maîtres en Philosophie, qu'il y a
deux humidités en chaque corps, l'une est accidentelle que nous rejetons
comme flegme inutile, & l'autre interne & radicale, qui contient en soi
l'esprit de Vie, & qui donne au corps sa forme & son Essence, cette seconde
humidité ne se sépare jamais du corps par la calcination, tant leur union
est
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est forte, mais elle fait ouvrir les pores du corps pour le disposer à recevoir
une autre humidité externe, qui sera propre à faire la dissolution selon l'intelligence
du bon Artiste, il est bien vrai, qu'après cette solution faite, on
peut encore priver ce corps de son humidité radicale par l'ouvrage de la
séparation des Eléments; de telle sorte, que ce corps demeurera en après
comme cendre & terre morte, c'est ce que nous appelons l'ouvrage de
l'Incinération; il faut donc ici bien noter la différence qui est très grande
entre la Calcination & l'Incinération, car à la Calcination le composé ne
perd aucune chose de sa forme comme j'ai dit, car il peut toujours être réduit
en son corps continué, plus pur qu'il n'était auparavant, mais à l'incinération
le composé est entièrement détruit & privé de sa forme, tellement
qu'après l'Incinération il ne pourrait plus être réduit en un corps semblable
à ce qu'il était auparavant.
Plusieurs Artistes ont failli grossièrement, pour n'avoir pas bien compris cette différence, qui est pour tant bien remarquable, & d'une importance
extrême.
La seconde opération, qui est la Putréfaction, est la principale clé de toute la science qui nous a été enseignée par la Nature même, car encore que
tout son but ne soit qu'à conserver toutes ses productions par des nouvelles
Générations & Multiplications à l'infini, toutes fois elle ne peut rien faire
sans que la Putréfaction ne précède, ce que Jésus Christ, nous enseigne dans
son testament, lors qu'il dit que le grain de froment, jeté dans la terre
venant à mourir & se pourrir, alors & point autrement il rapporte du fruit
au centuple; c'est à procurer cette Putréfaction que les bons alchimistes
doivent employer tous leurs soins & toute leur industrie sur toutes choses,
avant que d'entreprendre quoi que ce soit, sans quoi ils ne réussiront jamais
à faire une véritable séparation des parties élémentaires de leur composé,
& par conséquent n'en pourront jamais découvrir les vertus & encore
moins le rendre capable de faire une nouvelle génération, ou multiplication,
soit en quantité soit en vertu & en puissance, par quelque autre moyen
qu'ils le puissent traiter.
La troisième opération qui est la dissolution suit la précédente, & se fait en deux manières diamétralement contraires, l'une au chaud & l'autre
au froid, l'une & l'autre pourtant sont accompagnées d'une humidité externe,
la dissolution par le chaud humide se fait au bain-Marie ou au fumier
de Cheval, comme nous avons dit ci-dessus, & celle qui se fait par
le froid humide, se fait dans les puits ou fontaines & dans les caves & autres
lieux souterrains selon l'exigence du composé.
La quatrième opération qui est la Distillation, se fait pareillement de deux sortes: quant à celle qui se fait au chaud, nous en avons parlé assez,
quand
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quand nous avons parlé & traité du feu externe & de ses degrés; & quant
à l'autre qui se fait au froid, c'est-à-dire sans feu, la manière de faire l'hypocras
le distillant par une chausse de drap, est connue de tout le monde, mais il y a
une autre méthode plus subtile & meilleure, qui est en mettant des pièces
de drap coupées en forme de langues, par un bout dans le Vaisseau qui contient
la solution, & l'autre bout pendant dans le vaisseau, préparé pour
recevoir la distillation; laquelle est appelée filtration & cette filtration doit
se réitérer, jusqu'à ce qu'on ait sa liqueur pure & nette, de toute- fèces &
ordure, ce qui est la cause principale, que l'on a inventé cette distillation,
quoiqu'il y en ait une autre à l'égard des distillations, qui se font par le feu;
qui plus elles sont réitérées, plus elles ont de force, étant ainsi rectifiées; car
c'est une chose incontestable, que le feu externe n'excite pas seulement le
feu naturel, qui est enfermé dans le composé, de quelque chose que ce
soit; mais encore qu'il le multiplie & l'augmente, après avoir séparé &
écarté tout son flegme superflu & inutile.
La 5me Opération, que l'on appelle Coagulation, se fait par le feu sec, pas violent, mais fort doux, qui soit augmenté par degrés selon l'exigence
du composé avec conservation de son humide radicale, qui serait en danger
de s'exhaler par un feu trop poussé & administré sans mesure, ce qui brûlerait
& gâterait tout le corps.
La 6me opération, qui est la Sublimation, se doit faire par le feu sec gradué, de six en six heures, au commencement fort doux, pour évaporer
l'humidité superflue du composé, finalement fort & violent pour en tirer
l'Essence, l'arracher hors de ses fèces, la faire monter en haut séparément
& par-dessus les dites fèces. Cette sublimation doit se répéter tant de fois,
que l'Essence soit pure claire & transparente. Voilà pourquoi l'on a inventé
cette opération de sublimation, qui ne convient proprement qu'aux
corps spirituels, comme l'argent vif, soufre, arsenic, sel Armoniac &
semblables, afin de leur ôter d'une part leurs flegmes superflus, & ensuite
leurs soufres impurs & combustibles, qui s'évaporent & se consument par
cette sublimation, quand elle est bien faite & réitérée plusieurs fois: d'ailleurs
leurs terres féculentes demeurent au bas du vaisseau avec les fèces;
& la moyenne substance qui est sublimée dans le vaisseau est la pure &
vraie Essence du composé.
La septième & dernière opération, qui est la Fixation, en laquelle je comprends la réverbération requiert le feu du dernier degré, & elle a été inventée
pour faire la vraie consolidation des parties du composé; afin de le
rendre ferme & constant au combat du feu, qui est toute l'épreuve de la
perfection des corps & même des métalliques, comme aussi pour leur donner
le poids & la couleur fixe, premièrement en blancheur vive & finalement
B ment
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en rougeur parfaite, qui est la dernière couleur à laquelle le feu tâche
d'amener toutes choses qui lui résistent & demeurent fixes sans lui;
c'est pourquoi je comprends dans cette opération de fixation, les deux opérations
de déalbation & de rubification, dont plusieurs Philosophes ont fait
des chapitres à part pour venir à la perfection de la Teinture Physicale:
Outre cela ils ont fait un autre chapitre, pour le dernier de leur oeuvre,
qui est appelé l'opération de Cération, ou bien Cibation & Fermentation,
qu'on a inventées pour deux fins principales, l'une est pour donner à leur
Médecine bonne liquation ou fusion, afin qu'elle puisse entrer & pénétrer
dans les corps impurs & malades pour les guérir, nettoyer & dépurer de
leurs ordures, et c'est la vraie transmutation & amélioration, non seulement
des corps métalliques imparfaits, mais aussi des corps humains affectés de
maladies, pour les ramener à la perfection & à la santé, l'autre fin de la
Cération & Cibation est pour multiplier ladite médecine, en quantité & en
vertu. Selon que l'Artiste saura bien disposer & conduire son oeuvre. Je
veux pourtant bien l'avertir, que cette Cération ne peut se faire, sans ajouter
de l'humidité à son composé, après qu'il l'aura bien desséché par l'oeuvre
de Fixation, & que cette humidité se doit prendre de la racine même
du-dit composé & non pas de chose, qui lui soit étrangère. Je sais que
quelques savants, qui pensent être le plus au fait de la science de l'Alchimie,
diront que toutes ces opérations ne sont point nécessaires, à la Teinture
Physicale, ou du moins, qu'elles ne doivent pas être manuelles, parce
disent-ils, qu'il n'y faut qu'une matière un vaisseau un fourneau, & qu'après
avoir placé la matière dans son vaisseau convenable, bien fermé &
l'avoir mis sur son feu propre il n'est plus question d'y toucher; mais il
faut laisser agir la Nature, comme la semence virile enclose dans la matrice
d'une femme, ne demande autre artifice, ni assistance que la chaleur du
ventre féminin, pour la production d'un enfant jusqu'à la naissance, parce
que tous les plus habiles Philosophes assurent que la vraie composition de
cette pierre ou Teinture Physicale, ressemble de tout point à la procréation
de l'homme. Quant à moi qui n'ai encore osé faire d'essai sur une chose
si grande, je veux bien me déporter d'en parler plus avant, sinon qu'il
me semble & que je tiens pour certain, que l'art peut beaucoup aider à la
Nature, tant pour mettre la dernière main à ses intentions en toutes choses,
que pour abréger le temps qu'elle demande, pour les finir lorsqu'elle
travaille seule, ce que plusieurs grands Philosophes anciens & modernes
ont fort bien compris & spécialement Théophraste Paracelse, qui l'enseigne
bien intelligiblement aux Enfants de la Philosophie, en son Apocalypse d'Hermès
& en différents passages de ses autres livres, aussi mon intention
principale n'est que de montrer de quelle utilité & de quelle nécessité est
l'Al-
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l'Alchimie, pour la médecine, qui sert à la conservation & à la restauration,
de la santé humaine; puisque par cette science nous sommes véritablement
instruits, des vrais moyens, qu'il faut employer pour préparer tous
les simples dont nous voulons user, pour les dépurer & dépouiller de leur
flegme superflus & de leurs terres féculentes, qui les empêchent de manifester
la vigueur de leurs vertus, encore bien que plusieurs portants le nom
& le titre de médecins s'imaginent de n'avoir pas besoin de cela, parce qu'ils
n'usent jamais de minéraux, de métaux, ni d'autres composés de pareille
nature, mais ils se servent uniquement des végétaux, & plus encore de
ceux qui nous viennent d'outremer, que de ceux, qui croissent dans nos
régions de par deçà, je leur demanderais volontiers la raison, pourquoi ils
font tant de cas de ces végétaux étrangers, puisqu'on ne saurait nier, que
l'on ne trouve des pareilles vertus spécifiques, & dans un degré éminent
dans plusieurs de nos simples bien choisis; de plus croit-on que se soit peu
de choses, d'avoir ces simples toutes récentes à la main sans aucune sophistication,
au lieu que celles d'outremer ou du moins la plus grande partie, arrivants
de si loin, quand elles viennent jusqu'à nous, elles se trouvent vieux
moisis & pourris, de la marine & du charroi, ou brouillés & sophistiques
par l'avarice des marchands, qui les vendent à nos épiciers & aux apothicaires
ignorants, de quoi se sont plaints les plus savants médecins, qui ont traité
la matière des simples, comme Dioscoride, Pline, Théophraste, Galien,
Oribasius, Ruellus, Mariellus & entre les modernes, Fuchsius, Brassavolus
Manardus & Matthiolus, qui en font des plaintes amères, je sais néanmoins
qu'il est bien difficile d'abolir une vieille coutume, outre que ce serait en
quelque manière choquer le peuple, qui ne fait cas que de ce qui vient de
loin & qui coûte beaucoup d'argent; c'est donc pour ne pas blesser leur
préjugé, que nos médecins pour la plupart se sont tenu à ces simples ultramarins
à peine connus & ont négligés les nôtres, quoique je pourrais
démontrer par des expériences particulières, que leurs vertus ne sont pas
moindres que de ceux-là; Je sais que pour réponse ils m'allégueront les
autorités des anciens médecins & je leur répliquerai, que tous ces médecins
qui étaient presque tous Grecs ou Arabes, ont eu très peu de connaissance
de nos régions, ni des simples, qui y croissent & encore moins des
habitants & de leur complexion, non plus que des maladies régnantes dans
nos régions, & que par une conséquence évidente, leurs règles & canons
leurs médicaments & recettes ne nous conviennent nullement; mais elles
pourraient peut-être encore convenir aux hommes & aux maladies de
leurs régions ultramarines & ne serait ce pas faire un tort énorme à la
bonté divine de croire qu'ayant envoyé à chaque pays ses maladies particulières,
il n'eut pas donné aux simples, Animaux Végétaux & Minéraux,
B 2 qui
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qui y croissent, la vertu d'en guérir les habitants. Je dirai davantage: on ne
saurait disconvenir, que ces anciens médecins, Grecs & Arabes, qui ont
fondé une grande partie de leur médecine sur les simples végétaux de leurs
régions n'en aient considéré les vertus, & les propriétés, selon qu'ils les
ont trouvées en ces simples fraîches & récemment cueillies; mais nous, il nous
est impossible de les avoir, qu'ils ne soient secs, s'ils ne sont pas pourris &
gâtés. Or, qui pourrait nier que les végétaux, en quelque endroit qu'ils
croissent, soit par-deçà soit par-delà la mer, étant secs ne soient considérablement
de moindre vertu, que les récents; J'ose même avancer, que
la plupart de ces végétaux étant secs ont des vertus toutes contraires aux
récents, par exemple si les récents sont laxatifs, les secs seront restrictifs, ce
que n'ignorent pas les bons physiciens qui ont expérimenté leurs propriétés
de l'une & de l'autre manière, & si ces raisons ne suffisent pas à ceux,
qui sont trop attachés aux médicaments d'outre-mer, je voudrais bien leur
demander pourquoi ils laissent mourir, tant & tant de malades dans la
fleur de leur âge, qui se sont mis entre leurs mains? ou bien pourquoi ils
ne peuvent pas guérir les ladreries, les hydropisies, apoplexies, paralysies,
contractions de membres, mal caduc, fièvres quartes, hectiques, podagres
gonagres, chiragres, arthritiques, sciatiques & autres maladies, qu'ils regardent
comme perpétuelles & incurables, ils me répondront peut-être avec
le bon homme Accurse glossateur des lois Romaines: Graecum est ideo non legitur.
Et je dis moi que Dieu par sa bonté a donné aux humains les moyens
& les remèdes sûrs, propres & convenables contre toutes les maladies, qui
peuvent leur survenir en quelque région que ce soit; mais leur ignorance
& leur incrédulité sont cause, qu'ils ne comprennent rien à ces maladies,
ni aux médicaments nécessaires pour les guérir, c'est ce qui découvre manifestement
l'incertitude de leur science, qui n'est fondée que sur la simple
lettre morte, & point sur les lumières de la Nature, qui a ses raisons physiques,
& des démonstrations oculaires par de vraies & certaines expériences:
du moins devraient-ils penser que les maladies rapportées ci-dessus sont
en un degré si exorbitant, que les végétaux d'outremer ne peuvent venir
à bout de les guérir, non plus que les racines, semences, fruits, & gommes,
qui en résultent, ils devraient penser qu'il faudrait donc chercher ailleurs
des médicaments plus excellents & tels qu'ils puissent vaincre l'opiniâtreté
des dits maux, ou du moins égaler le degré de ces Maladies, qui jusqu'ici
sont réputées incurables. Je veux donc bien apprendre à ceux qui ne
le savent pas, comment & pourquoi le corps humain s'appelle le petit monde
ou le Microcosme, contenant les quatre Eléments & que chacun d'eux
fait son office particulier, comme ils font en ce grand monde, car la terre
y produit ses croissants, animaux, végétaux & minéraux, l'eau pure &
claire
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claire de la source par un nombre infini de rivières & de ruisseaux découlant
jusqu'à l'extrémité de chaque membre du corps les arrose, les
nourrit & les fait croître; l'air serein les fortifie & les entretient dans la joie
& le feu, convenable les digère & les mûrit en bonne substance, mais si
la terre n'est pas cultivée comme il faut, si les rivières & les ruisseaux
viennent à se tarir par la sécheresse, ou à se déborder par inondation,
l'air s'épaississant en vapeurs noires & en exhalaisons puantes, & si le feu
vient à se débiliter ou à s'augmenter au-delà des bornes prescrites par la
nature, ces dépravations pouvant arriver par notre faute, alors il
faut nécessairement que tous les croissants de ce petit monde en pâtissent
& se corrompent chacun selon qu'il aura été plus ou moins atteint & infecté
de l'intempérie & de la malice de son élément.
De plus il ne faut pas ignorer, que comme le Ciel a sept planètes principales, qui dominent sur les autres, la Terre a sept métaux plus solides,
que tous les autres minéraux, de même le Corps humain a sept membres,
qui dominent sur tout le reste du corps, je veux dire le Coeur, qui symbolise
avec le soleil, & l'Or, le Cerveau avec la Lune & l'argent, le foie avec
Mercure & l'argent vif, le poumon avec Jupiter et l'étain, la Rate avec Saturne
& le plomb les Rognons avec Vénus & le cuivre & le Fiel avec Mars
& le fer.
Cette symbolisation ou rapport naturel de ces choses entre elles ne provient d'autre source, que les dits métaux, tant de l'homme que de la terre
sont engendrés gouvernés & conduits par ces planètes célestes respectivement,
c'est ce qui a fait accorder tous les Philosophes en ce point, que
les astres & l'homme engendre l'homme, & que cette basse terre comme
une mère fertile, conçoit & produit seulement les choses, qu'il plaît au ciel
de produire en elle, comme père commun de toutes choses, & ces choses
étant produites sur la terre ce père a le soin de les nourrir de les entretenir
& de les faire croître & multiplier de sa propre substance.
Il s'ensuit donc que les susdits principaux membres de l'homme se peuvent appeler proprement métalliques, aussi bien que les maladies, qui
les affectent en général ou chacun d'eux en particulier, du nom spécial de
chaque métal corporel, qui se trouve malade; de là, nous pouvons comprendre,
que le remède le plus prochain & plus convenable se doit chercher
& extraire du métal terrien, qui symbolise avec lui, ce qui ne se
peut faire que par la véritable alchimie; voilà pourquoi j'ai bien voulu marquer
les points principaux des opérations de cette science, comme très nécessaires
à ceux qui veuillent dignement exercer la médecine, tant pour
l'intérieur que pour l'extérieur du corps humain.
Je ne veux pourtant pas nier & je conviens même, que ces grandes B 3 vertus
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vertus ne sont pas renfermées dans les seuls métaux, mais, que plusieurs
minéraux les approchent de près, s'ils ne les égalent tout à fait, comme sont
les Essences d'Antimoine, des perles, des coraux, des rubis, émeraudes hyacinthes,
saphirs, granites, cristal & autres, qui ont chacune leur vertu & sa
propriété spécifique; non seulement pour secourir les sept principaux membres
intérieurs du corps humain, mais encore tout le reste de ce corps,
plus que je ne puis dire ni écrire: mais me diront plusieurs, ces médicaments,
tirés des essences métalliques & minérales, sont fort violents, à raison
de leurs qualités chaudes; Mais je réponds qu'ils s'abusent extrêmement,
en ne faisant pas distinction des remèdes, qui se prennent par la bouche, &
de ceux qui s'appliquent à l'extérieur, car véritablement il faut à ce dernier
des médicaments gradués selon les degrés des maladies & on ne doit pas
se persuader qu'avec un brin de persil on puisse guérir ces vieux ulcères
malins, fistules, loups, chancres, polypes, noli-me-tangere & autres semblables
accidents, qui désolent le corps humain, mais quant aux remèdes
internes; parce que je n'approuve rien plus que les essences métalliques &
minérales, je veux bien assurer que rien n'est plus véritable, que leurs
quintes Essences, quand elles sont bien extraites, douces & bénignes, qu'elles
ne sont ni chaudes ni froides, mais tempérées, au moyen de cette température
& de leurs vertus naturelles, ces remèdes ramènent insensiblement,
à un juste tempérament, tout ce qu'ils trouvent de déréglé dans les
trois principes matériels de l'homme, qui sont le sel, le soufre & le mercure,
après en avoir séparé & écarté toutes les impuretés & les excréments
venimeux, que l'on appelle matière peccante, il est bien vrai, que le sage
médecin ne doit les administrer, que par doses mesurées & proportionnées
à la complexion du malade, à la qualité & au degré de sa maladie, car
le poids de trois ou quatre grains d'une bonne quinte Essence métallique,
fera plus d'effet que ne pourrait faire une charretée de végétaux, quels
qu'ils puissent être, & cela sans travailler l'estomac, ni faire la moindre violence,
à aucun des membres intérieurs, loin de cela ils les conforteront,
& remettront en pleine vigueur la nature de l'homme, je parle de ce que
je sais, & je rends témoignage de ce que j'ai vu, dans quantité des belles
expériences, & celui qui voudra étudier cette belle science & mettre la
main à l'oeuvre, s'il y est appelé de Dieu, ne pourra manquer d'en trouver
la vérité & même davantage, que je n'ai dit. Pour retourner à l'Alchimie,
je dirai encore, que Dieu nous en a donné la connaissance en
la création de l'univers ainsi que nous lisons dans l'écriture sainte où il est
dit positivement qu'en premier lieu il créa une matière confuse, que l'on
appelle Cahos, qu'il en tira les quatre Eléments, qu'il les sépara les uns des
autres, les plaçant chacun dans son vaisseau par son alchimie divine: le
pre-
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premier est le ciel, qui contient le Feu au plus haut lieu comme le plus
excellent, ensuite l'Air & puis l'Eau & finalement la Terre, qui fait le
centre des trois autres, qui l'environnent chacun en son ordre; de telle manière
qu'ils ne peuvent plus s'entremêler, ni se remettre dans leur première
masse confuse ou cahos; comme ils étaient auparavant, ils ne peuvent
non plus entreprendre sur la dignité l'un de l'autre, étant contraints de demeurer
séparés chacun dans son propre lieu, voilà donc comme cet excellent
alchimiste, Dieu le Créateur a traité cette grosse masse corporelle, séparant
le subtil du grossier, le pur de l'impur, & mis chaque partie dans
son propre vaisseau:
De plus, saurait-on voir une plus belle séparation alchimique, que celle de la lumière des ténèbres, & du jour de la nuit? Ne voyons-nous
pas tous les jours ses autres opérations, comme les putréfactions & les dissolutions
de toutes les semences, après qu'elles sont jetées en terre pour faire
une nouvelle génération de leurs espèces? Ne voit-on pas pareillement
les belles distillations par les pluies & les rosées, qui font sortir & croître
ces semences. Les sublimations par attractions des vapeurs fétides & souvent
si abondantes, qu'elles pourraient submerger, ou au moins gâter tout
ce qui croit sur la terre; les décoctions, les coagulations & les fixations,
qui se font par les différents degrés de la chaleur de son feu alchimique,
jusqu'à ce que les fruits de la terre soient parvenus, à une parfaite maturité,
prêts à être recueillis? Alors nous y trouvons aussi la vraie multiplication
de tous ces fruits, suffisante pour notre sustentation. Je dirai davantage
Dieu ne fait-il pas journellement au-dedans de nous-même,
qui sommes son petit monde, quantité d'autres opérations d'alchimie, qui
ne sont pas moins sublimes & admirables, que celles qu'il fait dans ce grand
monde: car en premier lieu sitôt que la semence de l'homme en forme
d'une liqueur blanche est enfermée dans son propre vaisseau, qui est la matrice
de la femme, il commence d'y travailler par l'ouvrage de putréfaction,
dont il suit naturellement la dissolution, qui dispose le composé à la séparation
de ses éléments, & après la séparation faite du flegme inutile, &
des fèces terrestres par l'ouvrage de la distillation, il vient à la coagulation
des parties pures dudit composé, en quoi l'on voit le commencement d'une
transmutation admirable, car ce qui n'était au commencement qu'une
liqueur claire & blanche, se trouve transformée en une masse de chair
solide & rubiconde, que l'on nomme embryon, & alors sur cette masse de
chair, se fait un merveilleux ouvrage d'alchimie, car elle se divise & se
sépare en soi-même en plusieurs parties comme la tête, les bras, les jambes
& avec tout le reste du corps, dans lequel plusieurs autres membres
distincts l'un de l'autre, & placé chacun en son propre lieu, sans aucune
confu-
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confusion, ayant chacun son office particulier, après cela par la voie de conjonction,
ce grand Opérateur joint l'Ame & l'Esprit avec le corps, & puis il
le passe par l'oeuvre de fixation, afin que l'union de ces trois choses se fasse
plus forte & indissoluble, ensuite la cibation suit naturellement par
laquelle le corps animé & vivifié de l'esprit s'augmente & se multiplie en
quantité & en vertu de jour en jour, jusqu'à ce que le premier composé
étant amené à la fin prétendue par les diverses opérations du grand Alchimiste
notre Dieu, il se tire finalement de son vaisseau maternel en forme
d'un bel enfant vivant & parfait.
On remarque de plus l'excellente transmutation, qu'il fait en convertissant en chair & en os, en sang & autres liqueurs, le pur lait, dont
l'enfant est nourri pendant un long temps, & il fait la même chose en nous
du pain & de bon vin que nous buvons & mangeons journellement.
Ne voyons-nous pas encore, comment il pratique continuellement dans nous-mêmes toutes les opérations d'alchimie, commençant toujours
par la putréfaction pour venir aux autres ouvrages de dissolution distillation
& séparation & tout cela dans un même fourneau, & point dans un seul
vaisseau, mais en plusieurs, & par différents degrés de chaleur: car dans
l'estomac se fait la première putréfaction des viandes que nous prenons pour
notre nourriture avec la séparation du grossier du subtil, du pur & de
l'impur, laquelle étant faite le grossier & l'impur qui est l'excrément sulfureux
est renvoyé aux boyaux qui en prennent leur nourriture nécessaire,
& ils rejettent le surplus, & le poussent hors du corps; mais le pur & le subtil
du nutriment universel, qui est un (sui?) que l'on nomme chyle, de l'estomac,
il s'en va au foie, qui en fait une autre digestion, & une autre séparation
pour le mieux raffiner; du plus fin & du plus subtil il fait le sang
pur & net, duquel il se nourrit aussi bien que tous ses autres compagnons
les membres du corps, envoyant à chacun par les veines sa portion congrue,
le reste se renvoie aux rognons, qui en font une nouvelle putréfaction
& une nouvelle séparation, retenant à eux le meilleur & pour le reste
qui est l'urine & l'excrément du sel, il le renvoient par ses canaux propres
à la vessie qui s'en décharge comme d'une chose superflue au corps humain.
Nous voyons aussi comme Dieu a bâti son fourneau, qui est le corps de l'homme, ce fourneau est d'une structure si belle & si admirable, qu'on
n'y saurait trouver à redire; il a ses soupiraux & ses registres nécessaires,
comme sont la bouche le nez & les oreilles, sans oublier les yeux, afin de
conserver dans ce fourneau la chaleur tempérée & son feu continuel aéré,
clair, & bien réglé, pour y faire toutes ses opérations alchimiques, ensuite
on voit les trois beaux vaisseaux distincts & séparés dans un très bel
ordre, qu'il a placé dans ce fourneau pour achever ses opérations.
Le
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Le second de ces vaisseaux est l'estomac, qui contient le coeur, qui est le premier & le principal membre du corps, & du coeur procèdent toutes
les artères, qui sont comme des petits tuyaux, qui portent en manière de
distillation les esprits vitaux dans & par toutes les parties du corps. Ce
second vaisseau, contient aussi l'air nécessaire pour l'entretien du feu alchimique
avec ses soufflets qui sont les poumons aux deux cotés du coeur,
pour lui conserver sa chaleur, & pourtant le rafraîchir tout doucement le préservant
de combustion, quand ce feu se trouverait déréglé par quelques excès.
Le premier vaisseau est la tête, qui contient le cerveau & dans celui- ci tous les sens de l'homme: Du cerveau procèdent aussi tous les nerfs, qui
lient & entretiennent tous les membres du corps, & lui administrent la faculté
de se mouvoir & de sentir.
Le troisième vaisseau est le ventre qui contient le foie, qui fait tout le sang humain, & de ce foie procèdent les veines, qui sont des autres
tuyaux, par lesquels le sang est distillé & conduit jusqu'aux extrémités de
tous les membres du corps, pour nourrir & sustenter chacun de ces membres
& par là leur fournir les forces naturelles. Et encore bien que dans ces
trois vaisseaux, il se fasse différentes opérations, toutes fois le tout ne tend
qu'à une même fin, qui est d'amener & entretenir ce corps en une parfaite
santé & longue vie avec la vertu & la puissance de multiplier son
espèce infiniment jusqu'à la consommation des siècles.
Aussi voit-on entre ces trois vaisseaux une harmonie & un accord admirable, en se servant l'un & l'autre des meilleures choses, qu'ils contiennent,
car le foie contenu au ventre, & qui est comme le maître d'hôtel de tout
le corps, envoie par des canaux propres l'aliment qui est nécessaire & convenable
au cerveau; il en fait autant au coeur par la grande veine, qui
porte le sang au côté droit du coeur & le transperce jusqu'au milieu ou ce
sang se raffine davantage & tellement que le plus subtil perçant plus outre,
étant parvenu jusqu'au côté gauche se convertit en esprits vitaux, dont
se remplissent les artères, qui prennent leur source & leur naissance de ce
côté gauche du Coeur, d'où elles se répandent par tout le corps, du côté
droit du coeur il sort une veine artériale, qui porte aux poumons le sang
nécessaire pour sa nourriture, & du côté gauche sort l'artère vénale par laquelle
le coeur reçoit du poumon l'air, qui lui est nécessaire, tant à rafraîchir
sa chaleur, qu'à attirer les vapeurs inutiles, qui naissent avec les esprits
vitaux, afin de les élever & faire sortir du corps par la canne gutturale.
Par cette harmonie des membres corporels, & au moyen du secours, que l'un donne à l'autre, le corps se conserve sain & parfait doué des quatre
vertus principales, savoir l'attractive, rétentive, immutative & expulsive,
par lesquelles chaque membre attire à soi aliment, qui leur convient;
C vient,
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l'ayant attiré il le retient; en le retenant il le transmue & convertie
en sa propre substance, & ce qui est superflu il le chasse & le rejette au dehors,
l'on voit de plus comme tout le corps humain contient la forme & la
figure d'un très beau & très propre alambic, pour toutes les opérations de
l'alchimie, car la tête y sert de chapiteau, & le surplus du corps est comme
une cucurbite contenant les matières dont le Souverain Alchimiste
fait ses opérations: entre le chapiteau & la cucurbite est le cou si bien joint
& adapté l'un à l'autre, que rien ne peut s'exhaler du vaisseau pour se perdre,
d'autant que dans le cou, il y a deux passages réellement distincts &
séparés, l'un est la canne du gosier pour le passage des esprits & de l'air
provenant du poumon, & l'autre est l'orifice pour le passage du boire & du
manger, qui descend au ventricule pour le nutriment du corps, tout dans
un ordre admirable.
En somme qui voudrait discourir en détail de toutes les belles opérations Alchimiques, que Dieu fait dans ce grand & dans ce petit monde, il
s'en pourrait faire un très gros livre, & d'une doctrine très profonde, que
je laisse maintenant à considérer plus profondément aux Amateurs de cette
noble science, me contentant d'en avoir fait cette ouverture comme chemin
faisant pour aller plus outre.
Il est bien vrai que ces belles opérations alchimiques se faisant, comme nous avons dit, dans le corps humain, il survient quelques fois de grandes
fautes, non par celle du grand Opérateur, qui avait parfaitement bien
disposé toute chose nécessaire à son oeuvre, mais la faute vient quelques fois
du fourneau, mal construit ou mal entretenu, quelques fois aussi des vaisseaux
fêlés ou mal sigillés, & le plus souvent du feu administré sans ordre
& sans mesure, le tout par la négligence du valet, sous la charge duquel
toutes ces choses ont été commises, voila la source de toutes les maladies,
qui nous attaquent journellement.
Et pour conclusion, je répète encore, qu'après la sainte Théologie, il n'y a science au monde, qui soit si nécessaire, ni si utile aux hommes, que
l'Alchimie, dans laquelle, il n'y a point de teinture, qui soit fixe & permanente,
ni qui soit suffisante à ôter & consumer les impuretés des métaux
sinon celle de la pierre ou de la Teinture Physicale, qui se doit composer
de matière homogène & de la propre semence de Nature sans addition d'autre
chose étrangère, comme le témoignent tous les bons Philosophes, qui
généralement s'accordent tous à cette maxime, que tous les individus de la
basse nature ont chacun sa propre semence pour conserver & multiplier
à l'infini leurs espèces jusqu'à la consommation du monde, tellement que pour
faire de l'Or, il ne faut pas chercher la matière ailleurs, que dans l'Or
même. C'est ce qu'a dit Augurel dans sa Chrysopée en peu de paroles.
,,Dans
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