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Réfer. : AL2307A
Auteur : Basile Valentin.
Titre : Le char triomphal de l'Antimoine.
S/titre : .

Editeur : Xxxxx. Leipzig.
Date éd. : 1646 .


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L E C H A R T R I O M P H A L
D E L'A N T I M O I N E
de Frère Basile Valentin religieux de l'ordre de saint Benoît
Avec une préface de Joachim Tancky professeur d'anatomie à Leipzig
Traduit de l'allemand par François Sauvin l'an 1646
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PREFACE DE JOACHIM TANCKY, PROFESSEUR DE L'UNIVERSITE DE LEIPZIG


La Sainte Ecriture, ami lecteur, nous enseigne
que la Très Sainte Trinité et Majesté divine a
créé les choses de l'univers, tant visibles
qu'invisibles, tant spirituelles que corporelles,
à cette fin première, savoir que ces trois Personnes
en la Trinité et Unité de son essence en
un seul Dieu, sa grandeur infinie, sa toute-
puissance et sapience soient reconnues par
icelles, honoré et loué son saint Nom en
toute éternité.
De plus, tout ce qui est compris depuis la
dernière sphère du ciel, sans aucune exception,
soit chose visible ou invisible, jusqu'au
centre de la terre, a été créé pour l'utilité de
l'homme. Car toutes les créatures sont des
témoignages de la sapience incompréhensible
de Dieu, laquelle ne fait pas seulement éclater
sa sainteté et toute-puissance resplendissante
en toutes choses, en la bonté des anges et des
hommes, mais aussi toutes les autres choses,
soient-elles petites ou grandes, montrent les
rayons brillants et la splendeur de la divine

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68 Préface
Providence et Sagesse. Et quoique toutes les
créatures de la terre fassent foi de leur Créateur,
à savoir de son essence et sapience, si
est-ce que pourtant ce témoignage est plus
clair et magnifique en la considération de
l'homme, d'autant que Dieu ne l'a pas non
seulement créé et tiré du néant, mais aussi
lui a inspiré l'esprit de vie et l'a formé à son
image et ressemblance. Et d'autant que l'essence
de Dieu consiste en l'unité de la divinité,
ou de sa nature, et en la différence des
trois Personnes, il s'ensuit aussi que cette
image, qui représente cette essence, ait sa
ressemblance en ce point.
La Majesté divine a créé tout ce qui est en ce
monde inférieur pour l'utilité de cette sienne
image. Elle a même tout soumis à sa disposition,
de sorte que l'homme commande, règne
et domine par-dessus toutes les créatures
terrestres et en tire les utilités qu'il en désire.
Car la terre est obligée de servir à l'homme.
C'est pourquoi elle produit de ses entrailles
fécondes tout ce qu'il peut souhaiter pour la
sustentation de son corps, soit viande ou
boisson. Et s'il arrive que l'homme tombe en
quelque maladie, nous voyons que la terre,
remplie de toutes sortes de médicaments, lui
donne prodiguement tout ce qui est nécessaire
pour la restauration et conservation de
sa santé. Elle nourrit les bêtes, en fait des
médicaments; elle produit une si grande
diversité de plantes, d'arbres, d'herbes, de
fleurs et de fruits; elle engendre toutes sortes
de minéraux et de métaux, pour l'utilité et la

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Le char triomphal de l'antimoine 69
santé de l'homme, mais non point pour s'en
servir au luxe et s'enorgueillir, comme l'on
fait aujourd'hui. Et la bénignité de la terre et
de la Nature est si fertile, si riche et si abondante,
qu'elle témoigne des ressentiments et
réjouissances quand elle serait utile et profitable
aux nécessités de l'homme.
Mais l'homme, à sa confusion, ne se sert pas
seulement de ces dons de la Nature en sa
nécessité, mais le plus souvent à sa destruction
et dommage, ainsi que nous voyons journellement
par expérience. Ce qui est plus à
regretter, c'est que plusieurs ne font aucune
estime de ces dons de la Nature, les
méprisent, et persécutent ceux qui s'emploient
à la connaissance de la Nature et à la
recherche de ses mystères.
Donc puisque la terre, qui est la mère de tous,
et la Nature providente produisent libéralement
tout ce qui est utile et nécessaire
aux hommes, n'est-il pas raisonnable que
l'homme ensuive aussi les traces de la Nature,
ne s'étudiant pas seulement à en tirer sa
propre utilité, mais aussi tâcher d'en faire
profiter un chacun comme son prochain ? Ne
devons-nous pas conformer nos actions à
celles de la Nature et travailler également
avec elle, afin que ce qu'elle ne peut perfectionner
d'elle-même et convertir à notre utilité
sans l'avoir préparé, nous achevions (de
le diriger, d'en juger et d'en faire l'anatomie),
de le parfaire et le rendre utile aux hommes,
puisque sans cela la Bonté divine et la Nature
ne l'auraient pas produit?

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70 Préface

A cette considération, je trouve nécessaire et
expédient au genre humain qu'un chacun ne
cache pas ses talents ni les ensevelisse; au
contraire, qu'il les publie et fasse profiter son
prochain des vertus que Dieu lui a données.
Et véritablement ceux-là méritent une gloire
éternelle qui font participant de leur art et
secrets le public, afin qu'ils soient utiles à
tout le monde. De même que ceux-là sont
dignes d'être loués en tout temps, qui maintiennent
par leurs labeurs les arts et les
sciences utiles à leur être et empêchent
qu'elles ne périssent.
C'est pourquoi M. Jean Thölde, sénateur et
conseiller à Franckenhausen, mérite une
gloire non pareille d'avoir pris la peine de
faire imprimer les oeuvres du très docte
frère Basile Valentin. Et sans doute ce petit
livre de la préparation et diverses utilités de
l'antimoine contient assez les louanges de
ses auteurs (1), quoique l'on trouve assez de ces
perturbateurs de la Nature qui méprisent
Dieu et ses créatures. Lesquels, poussés à
l'envie ou de vaine gloire, s'étudieront à censurer
ces oeuvres desquelles ils ne connaissent
pas la superficie et beaucoup moins peuvent-
ils avoir connaissance des expériences contenues
en icelles.
Car combien en trouve-t-on aujourd'hui
qui, par relation qu'ils en ont eue, croient
que l'antimoine est un poison, et qui le
méprisent et le bannissent de la médecine,


1. Basile Valentin, Roger Bacon, Isaac le Hollandais, etc.

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Le char triomphal de l'antimoine 71
quoiqu'ils ne sachent pas ce que c'est que
l'antimoine. Et si par aventure on leur en
montrait, ils ne sauraient dire ce que c'est.
Je suis bien assuré qu'il y a plusieurs personnes
qui ne connaissent pas autrement
l'antimoine et n'en savent dire autre chose
sinon ce qu'ils en ont lu dans quelques vieux
livres de médecine, qui n'en ont su eux-
mêmes ni la préparation ni l'utilité.
Il y en a d'autres si extravagants qu'ils font jugement
de la vertu de l'antimoine par l'étymologie
de son nom et disent qu'il est appelé
antimonium, du mot grec αντιμενειν, à cause
qu'il tue aussitôt les hommes et ne les laisse
pas longtemps sur la terre, car ceux qui s'en
servent, selon leur avis, ne vivent pas longtemps.
Mais ces rêveurs devraient bien auparavant
montrer que le mot d'antimoine est
un dicton grec. Et quand cela serait ainsi,
puisque l'antimoine est créé pour purger et
nettoyer l'or et les hommes, il est plus raisonnable
de dire que ce nom a été inventé par
quelque grand philosophe, si cette étymologie
est bonne, à raison qu'il ne laisse demeurer
aucune imperfection ou défaut dans les
corps parfaits, soit de l'homme ou de l'or,
mais les purge de telle façon qu'il n'y reste rien
d'impur. Car l'antimoine cru sépare de l'or
toutes ses impuretés, le nettoie et lui conserve
son esprit vital afin qu'il soit utile à l'usage
de la médecine et à la santé de l'homme.
L'or peut résister à l'antimoine, de sorte
qu'il ne lui puisse nuire, mais aussi le
contraint à quitter ses vertus, à les lui communiquer.

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72 Préface
Mais quoique l'homme soit un corps
parfait dans son espèce, [il] n'est pas assez fort
et robuste pour résister à l'antimoine comme
fait l'or, principalement s'il en prend en
quantité. Car l'or demeure dans le feu, lui
résiste et ne se laisse pas consumer. C'est
pourquoi, avant que de donner l'antimoine,
il le faut préparer par la séparation de ce qui
est contraire à l'homme d'avec ce qui lui est
utile. Et il ne faut pas s'étonner de ce que l'on
peut se servir des poisons en la médecine, car
si les maladies qui sont des poisons aux
hommes et qui apportent également la mort
se peuvent guérir, à plus forte raison peut-on
préparer les choses venimeuses et en faire des
bons médicaments.
N'agissent point en sages ceux qui veulent
juger des choses qu'ils n'entendent pas et
qu'ils n'ont pas apprises, car ils ressemblent
aux aveugles qui veulent juger des couleurs.
Ceux qui ne connaissent pas les couleurs et les
vertus de l'antimoine, et qui ne voient que sa
figure extérieure et son teint gris, croyant
qu'il est en toute chose pareil, s'abusent
grandement. Ceux qui veulent savoir et connaître
tout ce qui est caché dans les choses,
leurs facultés, leur opération, il faut qu'ils
recherchent soigneusement par l'antimoine
de chacune en particulier là vertu.
Car qui pourrait savoir les facultés du lait,
s'il ne séparait le beurre du petit lait et du
fromage? Qui connaîtrait les trois principes
contenus dans le vin, si ce n'était par la séparation
qui se fait de ses parties, tant par les

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Le char triomphal de l'antimoine 73
moyens de la Nature que de l'art? Car nous
voyons que le tartre s'attache autour du tonneau,
l'esprit ou le mercure se sépare par
artifice, de même que l'huile, la lie, demeure
au fond, ce qui semblerait incroyable aux
plus grands philosophes de la terre, s'ils
n'en voyaient l'expérience par leurs propres
yeux. D'autant que la Nature ne peut pas
faire une telle séparation ou résolution des
choses en leurs principes, elle nous enseigne
les moyens pour ce faire, lesquels doivent
être suivis par les perscrutateurs de la Nature.
Car ceux qui ne travaillent pas suivant les
règles et les lois de la Nature, ou qui font tout
le contraire, ils ne font que troubler leurs
opérations.
Tous ceux qui portent des beaux couteaux
enchâssés d'or ou d'argent à leur ceinture ne
sont pas pour cela bons cuisiniers.
La Nature ne se laisse pas gouverner par ceux
qui ne la savent pas traiter. Mais il n'y a que
l'art et l'industrie qui puissent coopérer avec
elle. C'est pourquoi ceux qui croient de devenir
tout aussitôt bons chimistes sans avoir
aucune expérience et ne faisant que commencer,
se trompent grandement et se fourvoieront
en plusieurs endroits, au grand détriment
de leur prochain.
La théorie doit toujours précéder la pratique.
La connaissance marche devant l'opération
et devant le jugement. Ceux qui
veulent juger des choses avant de les connaître
doivent retourner à l'école de Pythagore et
suivre les documents du silence.

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74 Préface
On en est venu aujourd'hui à tel point que
plusieurs, voulant juger des arts et sciences,
font de grands discours de tout ce à quoi ils
n'entendent rien, et ne laissent pas de troubler
ceux qui sont désireux de la vérité, et
font souvent suivre le mal pour laisser le bien
et le bon.
Il est bien plus honorable et expédient à ceux
qui n'ont pas encore les vrais fondements
d'une science, pour n'en avoir pas fait les
expériences, de se taire et consentir aux
autres qui sont expérimentés, jusqu'à ce
qu'ils soient parvenus au centre de tout ce
qui est requis à leur perfection, que de vouloir
opiniâtrement disputer à leur confusion
des choses dont ils ne peuvent rendre raison.
Personne ne peut arriver à ce degré de perfection,
s'il ne possède entièrement la théorie
et, après, n'en ait vu la pratique. Car la théorie
ne peut rien si elle n'est confirmée par la
pratique. Et celui-là ne se doit dire véritablement
bon chimiste, qui s'emploie totalement
à la pratique, sans avoir appris la théorie,
mais plutôt n'est autre chose qu'un trompeur
sophistique et pseudochimiste, [ce] qui signifie
faux chimiste, un charlatan qui veut voler
avant que d'avoir des ailes.
La théorie consiste en la considération de la
Nature, en la contemplation de ses vertus et
de sa puissance: comment elle fait ses opérations
et comment elle produit toutes choses,
d'autant qu'elle ne fait rien qu'en vue d'une
fin et d'un but particulier auquel elle dirige

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Le char triomphal de l'antimoine 75
toutes ses intentions. Le vrai chimiste la doit
aider et faire qu'en peu de temps elle achève ce
qu'elle n'aurait pu faire d'elle-même que
dans un très long temps. De même que le
docte Basile Valentin a fait en suivant les
mouvements de la même Nature, étant parvenu
à telle perfection de cette noble science
que l'on pourra difficilement trouver fort
peu de maîtres qui puissent lui être comparés.
Ceux qui voudront bien l'entendre et obtenir
les utilités qu'ils en désirent ne doivent pas
s'éloigner de la piste que Nature leur a tracée.
Car si une fois ils s'en éloignent, ils n'arriveront
jamais au but qu'ils se proposent.
Mais s'ils demeurent constamment avec elle,
ils obtiendront tout ce qu'ils peuvent souhaiter
et ce qu'ils auront cherché avec une
grande passion et travaux continuels. Vale.

Fait à Leipzig, le premier de septembre 1604.

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AVANT-PROPOS DE L'AUTEUR
Avant (1) que d'entrer plus particulièrement en
la matière contenue en ce livre, j'ai trouvé
nécessaire d'avertir le lecteur des points principaux
à un vrai spagirique craignant Dieu,
lesquels il doit observer exactement et sur
lesquels il doit établir le fondement de son
art, afin que l'édifice ne vienne pas à être
ébranlé par la furie des tempêtes. Ces considérations
ne laisseront pas d'être utiles, car
elles serviront à nos successeurs en la connaissance
de la divine Bonté et à la louange de son
saint Nom, et à suivre la loi de ses commandements
(2). Mais l'état de mon ordre requiert


1. Adde (ajoutez): Moi, frère Basile Valentin, moine profès de l'ordre
de saint Benoit, je te propose dès le début, ami lecteur, un bref avertissement
concernant ce que doit préalablement connaître le spagiriste
qui recherche avec scrupule le vrai Art. Ainsi le spagiriste, qui
désire posséder de manière très sûre cet Art hermétique, considérera-
t-il cela avec beaucoup de profondeur et une très haute intelligence.
En effet, si ce que je vais lui exposer était méprisé, il oeuvrerait très
certainement en vain, car ces choses doivent être observées comme il
suit.
2. Plus exactement : Car moi, puisque je suis moine, je tiens cela pour
hautement nécessaire -- et d'ailleurs cela restera sans doute longtemps
très nécessaire --, afin que quand moi et toi, que ce soit Heinz

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78 Avant-propos de l'auteur
un esprit tout différent de celui des autres
personnes séculières.
En cette considération, j'ai trouvé cinq choses
principales que tous les vrais philosophes et
amateurs des sciences doivent observer.
-- La première est l'invocation de l'assistance
divine.
-- La seconde est la contemplation des
choses (3);
-- La troisième est la vraie et sincère préparation
(des choses).
-- La quatrième est la méthode de s'en servir.
-- La cinquième est l'utilité qui en provient.
Il faut qu'un vrai chimiste (4) considère ces
cinq points et qu'il les connaisse parfaitement.
Car sans iceux (5), il ne peut jamais
acquérir la gloire d'un vrai spagirique.
Nous discourons en particulier de ces choses
pour en produire un oeuvre en général parfait
et utile à tous.

Premier point concernant l'invocation du saint
Nom de Dieu
L'invocation de Dieu se doit faire par le
moyen d'une dévotion (particulière et un zèle)
céleste du plus profond de nos coeurs, avec
une conscience nette et pure qui ne soit
point chargée d'envie, de gloire et d'avarice,


ou Sunz, Hansel ou Hans, nous serons retranchés ici-bas de la vue
des hommes, nous laissions dans le monde une mémoire honorable
en l'honneur de Dieu, pour que Sa Majesté divine soit louée et que
par une préparation adéquate nous nous préparions au voyage.
3. Plus exactement : de l'essence (des Wesens) ou de l'être.
4. Adde : et vrai alchimiste.
5. Adde : il ne peut être parfait et...

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Le char triomphal de l'antimoine 79
d'oppression du prochain et autres péchés
énormes, desquels il faut avoir la conscience
libre et déchargée. Car ne vous imaginez pas
de pouvoir obtenir les grâces du Saint-Esprit
et avoir les trésors de la santé corporelle, si
vous n'êtes auparavant sain d'esprit (6), Car
je vous dis en vérité que Dieu ne se laisse pas
tromper (7), mais qu'il veut être invoqué et
reconnu pour le créateur de toutes les choses
du monde par une reconnaissance et obéissance
réciproque. Ce qui est bien juste et raisonnable;
car l'homme n'a rien du tout que
ce qu'il plut à sa bonté infinie de lui donner.
Il lui a donné le corps, la vie, l'esprit et l'âme
immortelle (8). Et pour la conservation de tout
cela, il nous a donné (9) le vrai éternel Verbe
divin, pour la nourriture de l'âme spirituelle
et pour otage de la vie éternelle (10). Il a
ordonné pour l'entretien du corps tout ce
qui lui était nécessaire (11), de quoi n'auront
jamais faute ceux qui le demandent avec une
sincérité et pureté de conscience à celui qui
a créé (12) toutes choses visibles et invisibles,


6. Plus exactement : L'invocation de Dieu doit se faire au moyen d'une
dévotion céleste, d'un coeur pur et d'une conscience non faussée, sans
orgueil ni hypocrisie, ni autres vices tels que la superbe, l'arrogance,
les manières mondaines, le luxe, le faste, l'oppression du prochain et
autres tyrannies et tous autres abus de ce genre. Tous ces vices doivent
être extirpés du coeur et purifiés, afin que, si l'on veut parvenir au
trône de Grâce, pour la santé du corps, après avoir séparé le bon
grain de l'ivraie, un temple sacré et décoré au mieux soit apprêté.
7. Adde : comme l'imaginent les pseudo-savants et sages de ce siècle.
8. Plus exactement : l'esprit pour agir dans ce monde et l'âme très
noble.
9. Adde : par sa grâce.
10. Plus exactement : sa félicité éternelle.
11. Adde : la nourriture, la boisson, les vêtements, les chaussures.
12. Plus exactement : toutes choses qu'il donne à celui qui invoque

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80 Avant-propos de l'auteur
le firmament, les éléments (les planètes) et
toutes les autres créatures. Car je suis assuré
qu'aucun homme impie et méchant ne pourra
jamais obtenir la vraie science de médecine;
beaucoup moins il goûtera la douceur de ce
pain de vie éternelle (13).
C'est pourquoi, suivant ma doctrine, il faut
premièrement que tous vos desseins et vos
espérances soient fondés en la volonté du
Créateur; que vous demandiez sa bénédiction
éternelle, afin que vos principes soient tirés
de la crainte de Dieu et que, par son assistance,
vous puissiez arriver au but de la
sapience que vous désirez (14).
Ceux qui ont l'intention et le désir d'obtenir
cette grâce qui est la plus grande et la plus
belle du monde -- savoir la connaissance de
tous les biens des créatures que la bonté
divine a donnés pour l'utilité de l'homme, et
des vertus admirables qui résident ès pierres,
plantes, racines, semences, bêtes, minéraux,
métaux et autres semblables --, il faut qu'ils
éloignent de leur esprit toutes les pensées
mondaines, supportent patiemment les adversités
en attendant avec espérance en Dieu, le
priant avec humilité qu'il leur octroie la fin
de leurs désirs, ce qu'il fera infailliblement
lorsqu'on y pensera le moins (15). Car c'est lui


avec sincérité, humilité et du plus profond de lui-même, le Père très
ancien qui a créé le ciel et la terre.
13. Plus exactement : il goûtera le pain céleste, vrai, immuable et doux
de l'éternité.
14. Adde : car la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse.
15. Plus exactement : ce dont aucun homme ne peut douter ou désespérer.

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Le char triomphal de l'antimoine 81
qui est le dieu d'Israël, qui a délivré son
peuple des mains de Pharaon, qui accorde
tout ce qu'on lui demande avec droiture et
bonne intention. De sorte que la science ne se
peut établir autrement que par l'invocation et
l'assistance divine, laquelle ne se doit pas faire
avec une mauvaise intention ou un coeur
trompeur, mais de même que fit le bon capitaine
de Capharnaüm, d'une espérance ferme
et d'une foi constante, et comme la Cananéenne
(16). Et lorsqu'on invoque l'aide divine,
il faut avoir le désir de la charité chrétienne
de communiquer après à son prochain ce
qu'on espère obtenir par ses prières. Et, par
ce moyen, on aura tout ce qu'on désire et une
fin assurée de son espérance, tant de la santé
que des richesses.

Deuxième point concernant la contemplation des
choses
Après l'invocation de Dieu, s'ensuit la contemplation
de toutes choses. C'est-à-dire qu'il
faut considérer du commencement toutes les
circonstances de chaque chose en particulier
(17), et principalement connaître leurs opérations
et vertus, et comment telles facultés
leur sont communiquées; comment les
astres coopèrent; comment les éléments y
concourent et comment elles sont (18) formées


16. Adde : fit le salut de sa fille. Et ceci se doit faire par amour chrétien,
de même que le Samaritain rencontra le blessé sur le chemin de
Jéricho et versa de l'huile et du vin sur ses blessures et lui recommanda
de se soigner lui-même.
17. Adde : ce qui concerne leur matière et leur forme.
18. Adde : engendrées et...

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82 Avant-propos de l'auteur
de leurs trois principes; de même, comment
toutes les choses corporelles se peuvent
résoudre en leur première matière ou première
essence, ainsi que j'ai déjà dit en divers
endroits de mes écrits, afin que de la dernière
matière on en puisse faire la première et,
pareillement, de la première en faire la dernière.
Voilà ce qu'il faut considérer après l'invocation
de Dieu, cette considération étant spirituelle
et céleste (aussi bien que la première).
Car la contemplation (19) des choses pénètre
par la pensée spirituelle de l'homme au plus
profond des essences. Et toutes les pensées
sont des effets de la spéculation de laquelle
il y en a deux sortes. Les unes sont des choses
possibles et les autres des choses impossibles.
Celles des choses impossibles produisent
des pensées inutiles et superficielles desquelles
ne sortira jamais aucun effet possible ou
aucune chose réelle, sinon des chimères (20),
comme lorsque quelqu'un désire approfondir
l'éternité du Seigneur, ce qui est non seulement
impossible aux hommes, mais aussi
une vanité et un péché contre le Saint-
Esprit de vouloir pénétrer les mystères incompréhensibles
de la divinité (21).
L'autre contemplation de chaque chose


19. Adde : de la condition.
20. Plus exactement : des pensées inutiles et superficielles qui ne
peuvent produire rien de réel par nature et dans lesquelles on ne peut
saisir aucune forme de l'essence.
21. Plus exactement : de vouloir atteindre la divinité incommensurable
infinie et éternelle et de vouloir examiner les mystères incompréhensibles
de ses desseins.

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Le char triomphal de l'antimoine 83
consiste en la possibilité d'icelles. La théorie
n'est autre chose que la contemplation de
toutes les choses visibles et palpables et qui
ont une formelle et temporelle essence; comment
on les peut perfectionner ou résoudre
tout ce que chaque corps peut contenir en soi
ou produire d'utile; ce qu'il contient de bon
ou de mauvais, poison ou médicament, et
comment séparer ce qui est bon d'avec l'inutile
et contraire à la santé de l'homme. Comment
il faut faire l'anatomie de toutes les
choses. Comment il les faut diviser, rompre
et pulvériser (22) auparavant, afin qu'on puisse
séparer comme il faut les impuretés d'avec
ce qui est pur et net. Laquelle séparation se
peut faire en plusieurs manières (23): les unes
sont communes à la pratique; d'autres inconnues
et non vulgaires, comme lorsque vous
calcinez, sublimez, réverbérez, circulez, putréfiez,
digérez, distillez, cohobez et figez. Lesquelles
opérations se font les unes après les
autres, par degrés, en la pratique, et s'apprennent
en travaillant; et par le moyen desquelles
on peut connaître ce qui est fixé et ce
qui ne l'est pas; ce qui devient blanc, noir,
rouge, bleu ou vert, et ainsi du reste, en toutes
les opérations où les maîtres (24) agissent bien
(selon la nature), avec bonne considération.
Car les opérations où les maîtres (24) agissent
ainsi ne peuvent qu'être bonnes, parce que


22. Ou plutôt : rectifier.
23. Plus exactement : plusieurs types de manipulations, de nombreuses
voies et moyens.
24. Plus exactement : Artistes.

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84 Avant-propos de l'auteur
les opinions peuvent bien tromper (25), mais
la nature ne s'abuse jamais lorsqu'elle est
conduite (26) par celui qui opère avec elle. C'est
pourquoi si vous avez manqué de bien gouverner
la nature en la séparation de ses parties,
apprenez mieux la théorie pour faire
meilleur fondement de votre Art et avoir les
principes assurés pour la séparation ou la
résolution des choses, ce qui est le principal
point (27).

Troisième point concernant la vraie et sincère préparation
des choses
Après avoir bien entendu, en considérant
toutes ces choses en particulier, et pénétré
les circonstances susdites, ce qui n'est rien
autre chose que la théorie, s'ensuit la vraie
méthode de les préparer, laquelle se pratique
par opération manuelle, afin qu'il s'ensuive
des effets réels (28). Et par telles opérations,
vous acquerrez la science, les vrais fondements
et les moyens des vrais médicaments.
Les opérations manuelles se font par une pratique
continuelle. Et la science s'acquiert et
tient sa gloire de l'expérience, avec telle distinction


25. Plus exactement : car l'opinion peut reposer sur un mauvais fondement
et faillir au cas où elle n'atteindrait pas la voie.
26. Adde : correctement.
27. Adde : C'est pourquoi le second fondement de la philosophie
consiste dans la considération des choses singulières et des essences, et
on l'appelle la considération de la nature. Car il est écrit: « Cherchez
» d'abord le règne de Dieu et sa justice », etc., par l'invocation du
nom divin, et le reste vous sera donné de surcroît, c'est-à-dire les
biens temporels désirés par l'homme et ce qui est nécessaire à la
subsistance et à la conservation de la santé.
28. Adde : utiles et efficaces.


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Le char triomphal de l'antimoine 85
que l'une se connaît avant l'autre par
certaine faculté. Et l'anatomie des choses est
le vrai juge de toutes deux. Les opérations
manuelles donnent à connaître comment
toutes les choses (cachées) se peuvent rendre
manifestes et notoires. La science nous donne
la pratique et les vrais fondements pour devenir
bon praticien, et n'est autre chose que la
confirmation des opérations manuelles, lorsqu'elles
ont bien procédé et découvert les
secrets de la nature qui étaient auparavant
cachés (29).

Quatrième point concernant la méthode de se servir
des bons médicaments
La préparation des choses étant faite par la
séparation du bon d'avec le mauvais (30), il faut
observer la méthode de s'en servir pour les
hommes. En quoi il faut premièrement avoir
égard à la mesure et au poids des doses qu'il
en faut donner, ce qu'il faut noter et observer
en leurs opérations: voir si elles sont trop
fortes ou trop faibles, si elles profitent ou
portent dommages. Ce qu'un médecin doit
savoir auparavant que de les ordonner, s'il ne
veut faire ouvrir de nouveaux cimetières,
perdre son âme et sa réputation.

29. Adde : Car comme en ce qui concerne les choses spirituelles de
l'âme l'on doit préparer le chemin qui mène au Seigneur, ainsi pour
ces choses il faut qu'au préalable un chemin soit ouvert et préparé,
afin que le bon sentier soit atteint et emprunté pour la santé temporelle,
sans errance ni détour, et d'une manière profitable. Telle est la
préparation.
30. Adde : par résolution (Aufschliessung).

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86 Avant-propos de l'auteur
Cinquième et dernier point concernant l'utilité des
bons médicaments
Après que les médicaments ont fait leur opération
et se sont portés ès membres du corps
pour chasser la maladie et y faire les effets
destinés, il reste finalement à observer l'utilité
ou le dommage que telle opération aura produit.
Car il se peut bien faire que les médicaments
opèrent aussi bien en mal qu'en bien,
et en tel cas ils ne sont pas médicaments mais
poisons.
C'est pourquoi il faut bien remarquer ce dernier
point et mettre par écrit tout ce qui se
passe touchant l'utilité et dommage que les
médicaments font aux malades, afin qu'en cas
semblables on les puisse éviter. Il faut pareillement
avant que [de] prescrire les médicaments,
faire distinction des maladies internes
et externes (31) Car si elles consistent au centre
du corps, il les faut attirer ou chasser par
quelque remède intérieur à la circonférence
ou dehors, parce qu'il leur faut ordonner
tels médicaments qu'ils puissent pénétrer
jusqu'au centre de la maladie, dissiper les
causes morbifiques et restaurer ensuite la
santé, si on en vient jusqu'au centre.
Notez que toutes les maladies externes qui ont
leur origine de l'intérieur et qui sont arrêtées
en quelques parties ne se doivent pas guérir


31. Plus exactement : en outre, pour l'usage et l'utilité, il faut noter si
le mal est ouvert ou s'il possède seulement un siège interne non ouvert.
En effet, les maux externes diffèrent des internes, et leurs
remèdes sont différents. C'est pourquoi il convient de rechercher si
les maux peuvent être soignés par des remèdes purement externes ou
s'ils doivent être chassés de l'intérieur.

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Le char triomphal de l'antimoine 87
par les seuls médicaments externes, ou autrement
la mort est sûre. Car si on veut repousser
les fleurs d'une plante dans leurs boutons,
il est nécessairement vrai qu'un tel mouvement
contre nature sera cause de la perte de la
plante (32).
C'est pourquoi il faut faire grande différence
des plaies récentes extérieures d'avec les
ulcères et tumeurs anciennes procédant de
quelque indisposition interne. Car elles (33) se
peuvent guérir par des remèdes topiques et
extérieurs; mais celles-ci (34) ont besoin de
médicaments internes pour épuiser la source
de telles maladies. Il n'y a de finesse à guérir
une plaie récente faite par quelque cause
externe. Car un simple paysan la peut médicamenter
avec une pièce de lard. Mais l'artifice
consiste à empêcher les symptômes qui
peuvent y arriver et tarir la source de ceux
qui procèdent de quelques parties internes
offensées (35).


32. Plus exactement : De même que si quelqu'un voulait repousser
vers son centre les fleurs d'une plante qui poussent vers l'extérieur,
non seulement aucun fruit ne sortirait de la fleur, mais le suc, ayant
été rejeté contre nature vers le centre d'où il était monté en puisant
sa nourriture dans la terre, ne serait d'aucune utilité pour la plante,
à cause de ce violent rejet. Bien plus, la plante suffoquerait complètement,
parce que l'humidité provenant de la nourriture terrestre ne
pourrait pas s'échapper.
33. Les plaies externes.
34. Les ulcères.
35. Adde : Prêtez attention, vous tous, médecins et docteurs exerçant
la médecine sur cette terre. Maîtres, maîtres en l'une et l'autre médecine,
je veux dire l'externe et l'interne, réfléchissez sur votre titre honorifique
et, en votre conscience, examinez si vous le tenez de Dieu ou
s'il n'est pas seulement de pure forme et usurpé par ambition. Car il
y a une aussi grande différence entre la médecine externe et interne,
comme on l'a indiqué, qu'entre le ciel et la terre. Si vous tenez votre
titre de Dieu, alors l'Eternel vous prêtera assistance, bénédiction et

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88 Avant-propos de l'auteur
Or pour entamer les discours de nos inventions,
il faut remarquer que l'odeur des corps
se doit soigneusement observer par ceux qui
sont vraiment philosophes. Lesquels doivent
rechercher ce qu'est une telle odeur, bonne
ou mauvaise, d'où elle provient, en quoi
consiste sa vertu, et comment on peut en tirer
de l'utilité pour la santé de l'homme. Car il
arrive qu'une merde puante engraisse la terre,
la nourrisse et la fertilise, de sorte qu'elle en
produit des fruits odorants. Ce qui se fait par
plusieurs causes, lesquelles voulant toutes décrire
en particulier, aussi bien que celles de
l'altération, des corruptions et générations
admirables de la nature, il faudrait faire des
grands volumes. Mais la principale cause de
tels transmutation et changement d'une forme
en l'autre est celle-ci, savoir la digestion et la
putréfaction, en ce que le feu et l'air produisent


bonheur, salut, prospérité et opulence. Mais s'il est reçu et conçu sans
Dieu et seulement en vue d'assouvir un excès d'orgueil, alors vous
tomberez de votre grandeur et vous préparerez vous-mêmes le feu
éternel et indicible de l'enfer. Le Seigneur Christ, notre Sauveur, dit
à ses chers disciples: « Vous m'appelez Seigneur et Maître, et vous
» faites bien. » Ainsi quiconque veut porter légitimement son titre
honorifique doit réfléchir afin de bien agir, c'est-à-dire de ne pas
abuser de son titre et de ne pas se surestimer ni se vanter de plus de
choses qu'il n'a apprises. Celui qui veut avoir la réputation de professeur
et maître en l'une et l'autre médecine doit être versé en l'une
et l'autre, celle de l'intérieur et celle de l'extérieur, afin qu'il sache la
disposition interne des corps, grâce à l'anatomie et, de là, qu'il
extirpe la maladie de n'importe quel membre et puisse savoir indiquer
la raison, la cause et la manière dont il doit affronter ce mal; et
extérieurement, qu'il puisse comprendre les dommages ouverts et
les blessures. Mon Dieu! où donc rencontrerait-on ce titre et où
demeurerait-il un maître en l'une et l'autre médecine si l'on faisait
passer un examen sérieux à la foule de ceux qui le portent? Longtemps
avant moi et dans les temps anciens, les médecins soignaient
de leurs mains les maladies, notamment externes, puisque cet office

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Le char triomphal de l'antimoine 89
une maturité naturelle des choses,
afin que de l'eau et de la terre il se fasse un
changement. De même, on peut séparer un
baume odoriférant de la fiente puante d'un
paysan et réciproquement d'un baume odorant
en faire une matière bien puante. Vous
me pourrez dire avec raison que je vous apporte
des comparaisons bien grossières; il est
vrai, je l'avoue. Mais ceux qui cherchent la
cause des choses ne s'en doivent pas formaliser,
puisqu'elles nous enseignent comment
l'on peut transformer les choses viles en des
choses précieuses, et les nobles en d'autres
viles; comment on peut faire dégénérer un
bon médicament en poison et changer la malignité
d'un poison en un médicament très
utile; d'une chose douce et agréable à la Nature
en produire une amère et corrosive; et
des corrosives en faire des bonnes et utiles. La


de médecin l'exige. Mais en notre siècle, ils louent des valets et domestiques
qui exercent la chirurgie. Et ainsi cet art très noble est devenu
une vile besogne que ne peuvent guère avoir honte d'accomplir ceux
qui ne savent ni lire ni écrire. Bien plus, ceux-là mêmes qui sont
incapables de faire sortir un âne d'un champ labouré sont maintenant
maîtres en médecine externe -- et les docteurs médecins, leurs
disciples -- et ils peuvent exercer plus heureusement et avec meilleure
conscience cet art, pour dire librement la vérité, que toi, « médico-
chirurgien » ignare qui te glorifies de tes deux titres acquis par pure
ambition, mais qui n'es ni l'un ni l'autre.
Quelle sorte de docteur es-tu? Quelle sorte de médecin? Ne t'irrite
pas, de grâce, de mon discours et de mon opinion, car tu seras
contraint d'avouer ton ignorance si je t'interroge soigneusement au
sujet des blessures infligées par coupure et par piqûre; car il y a
autant de jugement sur ces choses dans ton cerveau que dans la tête
d'une poule peinte pour les petits enfants sur un abécédaire. Je vous
conseille donc à vous tous, érudits, que vous soyez d'une magnifique
ou d'une basse extraction, de considérer d'abord, en vertu de la
science et de la conscience qui sont exigées des docteurs et des
maîtres, la vraie doctrine qui consiste en la préparation des choses,

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90 Avant-propos de l'auteur
Nature ne laisse pas toujours ouvert le cabinet
de ses secrets à un chacun (36).

Sainte aspiration et prière de l'auteur au Seigneur
notre Dieu
Et vous, mon Dieu et mon Créateur, vous avez
donné la vie aux hommes si brève qu'ils ne
peuvent parvenir au bout de tous vos mystères
naturels. Vous avez bien fait de vous réserver
les plus grands, afin qu'un chacun se contente
de les admirer et vous en donne la gloire que
vous méritez comme le Créateur de toutes
choses. Accordez-moi la grâce que je puisse
toujours vous admirer en vos oeuvres et vous
louer éternellement dans mon coeur; que je
puisse, outre la santé et la nourriture corporelle
que votre bonté infinie m'a données, obtenir
celle de l'âme en votre céleste demeure,
de laquelle je n'ai aucun doute, puisqu'en
l'Arbre de la Croix vous avez répandu le vrai


et ensuite la méthode de s'en servir Alors vous vous arrogerez à bon
droit un titre honorifique adéquat, vous porterez avec confiance et
efficacité secours aux hommes, et rendrez grâce à votre Créateur
avec un coeur pur.
En fonction de ce que nous avons dit, chacun doit s'examiner et voir
s'il peut user légitimement de son titre. Car celui qui désire revendiquer
un titre doit le comprendre exactement et en justifier le port.
Il ne suffit pas, en effet, de dire avec le vulgaire: « Voici une grosse
merde très puante » -- sans vouloir choquer les oreilles honorables --
et ignorer la cause de la puanteur, bien que l'homme puisse avoir
mangé des mets à l'odeur très suave et rejeter ensuite un excrément
très fétide. Mais il convient de savoir la raison pour laquelle un mets
odorant se transforme en une chose monstrueuse dont la cause est
la putréfaction naturelle. Et inversement, il en est de même en ce qui
concerne les choses aromatiques. On ne doit pas simplement considérer
l'odeur, mais il est d'un i rai philosophe de rechercher...
36. Il faut transporter plus bas cette phrase et lire : O mon Dieu! la
Nature, etc., car vous avez donne...

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92 Avant-propos de l'auteur Baume et le Soufre céleste (37), pour moi, pauvre
pécheur, et pour tous les autres. C'est ce Soufre
admirable qui est le vrai médicament des
âmes pécheresses et pénitentes, qui les guérit
de la mort éternelle et qui donne la vie bienheureuse
à vos élus, aussi bien que la damnation
à Satan et à ses adhérents (38).

Analyse des grandes vertus de l'Antimoine
Venons maintenant (dit l'auteur) à notre Antimoine.
Et auparavant il faut savoir que toutes les
choses du monde contiennent en elles-mêmes
des esprits agissants et vivifiants qui habitent
dans les corps; lesquels se repaissent d'iceux,
se nourrissent, s'entretiennent; les éléments
mêmes ne sont pas sans esprit. Laquelle demeure
il faut rechercher dans tous les corps,
soit-elle bonne ou mauvaise. Les hommes et
tous les animaux ont en eux un esprit actif et
vivifiant, lequel étant séparé de leurs corps, il
ne reste plus qu'un cadavre. Toutes les plantes
contiennent en elles un esprit de la santé humaine,
autrement on ne s'en pourrait servir
dans la médecine. Les métaux pareillement
et tous les minéraux entretiennent avec eux
un esprit imperceptible dans lequel résident
principalement toutes leurs facultés et vertus,
en ce qu'ils peuvent servir à la vie de l'homme.


37. Plus exactement : soufre de l'âme.
38. Adde : Je prends spirituellement soin de mes frères par mes
prières et corporellement par des remèdes ordinaires. C'est pourquoi
j'espère qu'eux aussi veilleront spirituellement sur moi, afin
que nous habitions tous ensemble et pour l'éternité dans la demeure
de Dieu tout-puissant.

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