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LE NOBLE SAVOIR 47
que l'armée de Godefroy considérait comme une prophétie
annonçant la recouvrance du saint sépulcre sur les païens :
« Rex virtutum dilecti dilceti, et speciei domus dividere
spolia *; si dormiatis inter medios cleros pennae columbae deargentatae,
et posteriora dorsi ejus, in pallore auri. » (Ps. LXVII,
Vulg., y. 13, 14).
Foi, justice et constance, pureté, vérité et espoir, telles étaient les qualités symboliques exprimées par cette unique
superposition des métaux héraldiques, ou, pour employer les
termes du blason particuliers aux rois : « de la conjonction
du soleil et de la lune » (1).
Il est impossible de lire d'anciennes dissertations sur quelques blasons des croisades, sans rester convaincu que, à moins
que leurs auteurs n'aient puisé que dans leur imagination, les
lois et l'ordonnance du blason étaient fixées depuis longtemps,
dès la fin du onzième siècle. Les armes des rois d'Austrasie,
de Soissons et d'Orléans, de race mérovingienne; celles
des rois d'Aquitaine, d'Italie et de Germanie, de race carlovingienne,
et celles des Capétiens, à différentes périodes, se
trouvent dûment blasonnées dans le Théâtre d'honneur, publié
à Paris, en 1620, par Favyn. Charles VI restaura, sur
l'« écu » de France, les trois lis portés primitivement par
Clovis, la race de Pépin ayant adopté les « fleurs de lys sans
nombre », que les Capétiens conservèrent jusqu'en 1389. Les
ancêtres de Pépin portaient « de gueules à trois aigles d'or ».
Charles Martel doubla le nombre des aigles et y ajouta le « chef
de France ». Charlemagne porta « d'azur à l'aigle d'or ». Lorsqu'on
dépasse les temps carlovingiens, les pages du livre s'enluminent


(1) C'était se moquer agréablement du monde. Je ne crois pas me tromper de beaucoup en lisant ce rébus de la façon suivante : « Seule potence est
croix, car crois ce l'est l'une » La croix est la seule puissance, car crois
qu'elle est l'unique. L'anomalie de la superposition des métaux a disparu
dans le blason moderne de terre sainte, qui est « d'argent à la crois potencée
et croisetée de gueules ; mais il est devenu inexplicable, ce qui me
fait supposer que le héraut qui a composé le blason primitif avait besoin de
la superposition des métaux pour traduire sa pensée. On peut remarquer,
en effet, qu'il a trouvé le moyen de faire croiser le soleil et la lune : « Crois
ce l'est l'une ». (N. R.)
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48 LE NOBLE SAVOIR
de blasons aussi miraculeux que les légendes des
chroniques ecclésiastiques. Les prédécesseurs de Clovis portaient-ils
« de sable ou de sinople à trois crapauds »? « de
gueules à trois crapauds d'argent »? ou « d'argent à trois
crapauds de gueule »? La question a été débattue, mais non
résolue, par Favyn et le père Anselme, dont le Palais de l'honneur
fut publié en 1668 (1).


(1) Je ne connais aucun exemple de blason dans l'architecture carlovingienne ; mais les lis y sont tellement prodigués dans l'ornementation des
églises, qu'ils est permis d'accorder une certaine vraisemblance au « semis
de lys d'or en champ d'azur », qui aurait été notre drapeau national sous la
seconde race. Ce semis figure, en effet, sur la poignée de l'épée de Charlemagne
conservée à Nuremberg, qui semble authentique. Si le blason de
Pépin l'est également, il se lirait : « Encore el roy dort, travaille ». Le roi
dort encore, travaille. Charles Martel aurait reproduit l'impertinence du
sire de Montmorency : « Encore et roy dort, cisaille » ( tonds-le), et le chef
de France donne : « Bayle ché ve lieur », le maire sait veiller. L'écu primitif
de France conservé par les Capétiens jusqu'au règne de Charles V donne
une devise tout à fait philosophique. Le bleu ( bayle ) représente l'autorité
royale active ou la « balia », ce qui donne : « Balie ce m'est moult lieurre »
(bleu semé moult lys or). En français moderne : « L'autorité, ce n'est pour
moi qu'une grande désillusion ». Charles VI remplaça, on ne sait pourquoi,
cette belle devise par celle des trois lis (bleu 2, 1, 3, c'est lys or ): « Baille
Dieu honte, roy se leurre », que Dieu couvre de honte le roi, qui trompe.
Cette devise fut commentée de mille façons par les vassaux du roi qui se prétendaient
souvent trompés. J'ai déjà cité la devise hiéroglyphique du tombeau
d'Anne de Montmorency; elle se trouve sous une forme plus concise sur le
tombeau d'un chevalier lorrain « Espère et garde haut l'âme, secours roy
bé que leurre », et surtout dans le blason donné à la famille de Jeanne
d'Arc après sa mort : « Bel espoir garde l'âme, si maitre leurre ». Quant au
lis, cette fleur sans tache et sans épine, il parait avoir joué un rôle considérable
dans les traditions qui se rattachent à « Clovis ». En même temps
qu'une colombe apportait la sainte ampoule du sacre, un ange descendait
du ciel avec une poignée de lis, « sacrum Francorum signum ». « Lilia ipsi
Chlodovaeo, de coelo emissa e lapidei scuto, hodierna die videntur », dit un
vieux traité De flammula sive de vexillo santi Dionisii, vel de orilpha vel de
auriflamma, conservé dans la bibliothèque Bourbonienne à Naples. D'après
Ducange, l'oriflamme était l'étendard de la « baillie » ou autorité souveraine,
et son héraut se nommait « Montjoie », tandis que les « Pouyers »
ou le peuple avaient pour étendard le « beaucéan », qui était « noir et blanc »,
et dont le héraut portait le même nom. Ces deux étendards et ces deux
hérauts existaient dès l'époque carlovingienne. L'oriflamme fut déployée

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LE NOBLE SAVOIR 49

VI
Le champ favori de la science héraldique est le blason français, dont la caractère national et chevaleresque lui est tout à
fait particulier. Il est peu de vieilles grandes maisons françaises
qui ne puissent faire remonter leur origine jusqu'au
dixième siècle pour le moins, c'est-à-dire à l'époque où les
noms devinrent héréditaires et où s'élevaient les grands châteaux
de la noblesse. Dans l'empire britannique, il n'existe
qu'une pairie irlandaise et trois anglaises remontant au règne
de saint Louis. Des trois baronnies anglaises, une seule, celle
de Ros, est échue de lance en lance, le nom patronymique
étant encore le même que le titre. En France, à la même date,
la pairie ne comptait que le nombre de pairs originairement
créés par Charlemagne, c'est-à-dire six pairs ecclésiastiques et
six pairs laïques. Les premiers étaient le duc archevêque de
Reims, les ducs évêques de Laon et de Langre, et les comtes
évêques de Beauvais, Chartres et Noyon. Les seconds étaient
les ducs d'Aquitaine, de Bourgogne et de Normandie, et les
comtes de Toulouse, Champagne et Flandre. Ces grands seigneurs
ou sires avaient acquis un tel degré de puissance et
d'éclat, que la main de leurs héritières était ardemment recherchée
par les rois pour leurs propres fils. C'est ainsi que
Béatrix de Bourbon, ayant épousé Robert, septième fils de
saint Louis, devint la tige de la maison royale de Bourbon.
En fait, ces duchés, que Shakspeare appelle « almost kingly »
(presque royaux), étaient de petites souverainetés à demi
indépendantes, auxquelles on ne peut rien comparer en Angleterre,
à l'exception du royaume de Man, depuis la soumission
du pays de Galles. Comme duc de Normandie, le roi
d'Angleterre lui-même était pair de France, et tenu de rendre
hommage à son suzerain. Cette interposition de la pairie


pour la dernière fois à la prise d'Harfleur, par les Anglais, en 1414.
Charles VII la remplaça par la « cornette blanche », et l'on dit qu'elle est
restée dans le trésor de Saint-Denis jusqu'en 1594. Aujourd'hui, elle ne
figure plus que sur les armes de l'Auvergne. (N. R.)

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50 LE NOBLE SAVOIR
royale entre la couronne et les grands seigneurs terriens imprima
au développement du système féodal en France un
caractère entièrement distinct de celui qu'il prit en Angleterre,
où les cadets des nobles familles normandes qui suivirent le
duc Guillaume le Conquérant rendirent directement hommage
au roi. La première pairie ajoutée en France aux douze autres
pairies créées par Charlemagne fut le duché de Bretagne,
longtemps souverain, érigé en pairie en 1297 par Philippe IV.
En 1390, les pairs étaient au nombre de vingt et un; le quinzième
siècle en ajouta treize, le seizième trente-huit, le dix-
septième cinquante-cinq. L'ère des duchés-pairies, limités à
la descente en ligne masculine, du maintien des privilèges
desquels le duc de Saint-Simon (duc de 1635, bien que de
descendance carlovingienne) prédisait que dépendait la stabilité
de la monarchie française, commença en 1499 par la création
du duché, de Valentinois. L'érection en marquisat de
terres d'une certaine importance, dont Louis XIV donna
l'exemple, n'ajouta rien à la pairie proprement dite. Les pairies
anglaises de date antérieure à la reine Marie sont au nombre
de cinquante-cinq : mais la façon dont les titres étaient
considérés dans les deux pays était bien différente. Les maisons
de Montmorency et d'Albret ne pouvaient tirer un surcroît
de dignité des patentes de leurs duchés-pairies qui leur
furent octroyées en 1555 et 1556. Montmorency remontait de
père en fils à Bouchard, qui épousa Hildegarde, fille de Thibaut,
comte de Chartres en 953, et d'Albret à Amanieu, sire
d'Albret en 1050. Que pouvait ajouter la signature de Henri
de Valois à de semblables titres?
C'était au connétable de Montmorency que les fils de Henri II étaient particulièrement redevables de la conservation de leur
couronne, et lorsque la seigneurie d'Albret tomba en quenouille,
elle eut, comme représentant commun avec la couronne
de Navarre, Henri de Bourbon ; ce fut le sire d'Albret
qui remplaça sur le trône le dernier des Valois.
Le duc de Saint-Simon faisait donc preuve d'une irréprochable correction de vues lorsqu'il soutenait que le maintien
des privilèges de la pairie en tant qu'ordre distinct était l'unique

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LE NOBLE SAVOIR 51
barrière qu'on pût opposer à la dégradation progressive
de la noblesse par l'effet de l'exercice arbitraire du pouvoir,
qui prit une si destructive et si déplorable extension sous le
règne de Louis XIV. Ce fut ce qui rendit possible l'entier effondrement
de la société, bien plus que les fureurs du règne de
la Terreur. L'institution d'une pairie privilégiée a introduit
dans la constitution anglaise, à dater du roi Jean sans Terre,
un élément de stabilité qu'on n'avait plus de chances de faire
revivre en France par le rétablissement d'une pairie nouvelle
dès la fin du seizième siècle. La destruction des garanties
d'indépendance de la noblesse, si essentielles à la liberté et à
la stabilité de l'Etat, fut l'unique préoccupation de Louis XIV
pendant toute la durée de son règne. Il n'est pas jusqu'à ses
persécutions contre les huguenots qui ne lui fussent plutôt
soufflées par le dépit qu'il ressentait de ce que ces gentils-
hommes ne trouvassent point la religion du roi assez bonne
pour eux, qu'inspirées par des considérations ecclésiastiques
de quelque importance. D'ailleurs, dans les duchés-pairies du
seizième et du dix-septième siècle, l'élément épiscopal, qui
entrait pour moitié dans la pairie carlovingienne, était complètement
absent. Dès lors, les intérêts de l'Eglise étaient séparés
de ceux de la noblesse, et jamais la chambre des ducs
et pairs ne put s'élever à la dignité d'un sénat : les disputes
des cardinaux, des princes du sang et finalement des bâtards,
pour la préséance à la chambre des pairs, furent bien vues
dans leur vrai jour par Saint-Simon, comme étant une source
de dangers pour le pays. L'insolente et factieuse indépendance
de la haute noblesse en était arrivée à un tel point sous le
règne de Louis XI, que cet astucieux monarque sentit la nécessité
d'une vigoureuse politique de répression, faute de laquelle
le pouvoir royal se serait vu progressivement annihiler; mais
le maintien de cette politique jusqu'à l'entière extinction de la
noblesse territoriale par la pauvreté ou par sa transformation
en pure livrée de cour finit par être un mal plus irréparable
pour le pays que ces tyrannies au petit pied qui se trouvèrent
toutes absorbées par la grande tyrannie royale.
Le Nobiliaire français fait le récit du grand massacre des
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52 LE NOBLE SAVOIR
nobles à Azincourt dans un langage qui ne souffre pas de méprise.
« Cette note me dit que dix mille hommes furent égorgés sur le champ de bataille ; sur ce nombre des princes et nobles
portant bannières, là moururent cent vingt-six; ajoutez-y huit
mille quatre cents, desquels cinq cents étaient de la veille armés
chevaliers, de sorte que sur ces dix mille hommes qu'ils
ont perdus il n'y avait que seize cents mercenaires ; le reste
était princes, barons, sires, chevaliers, écuyers et gentils-
hommes de sang et qualité.
Jusqu'à la bataille d'Azincourt, les désignations patronymiques et territoriales suivaient une même règle : le chef de famille
était simplement appelé de son nom de baptême et de
celui de sa profession. Mais après 1415 on trouve les noms de
famille généralement spécifiés et différents de la désignation territoriale,
preuve du grand nombre de descendances masculines
qui furent tranchées par l'épée sur ce fatal champ de bataille.
Dans beaucoup de cas, la dernière lance de la famille se trouva
brisée à Azincourt ; dans d'autres, la propriété fut confisquée
au détriment des héritiers mineurs. Ainsi Guy VI, sire de la
Roche-Guyon, ayant péri laissant un fils en bas âge et une fille,
Henri V, roi d'Angleterre, réclama l'hommage de dame Perrette,
sa veuve, fille de Bureau de la Rivière. Cette dame refusa
de conserver son château et ses terres au prix de la reconnaissance
d'un usurpateur. La terre fut confisquée par Henri en
1419 et dame Perrette erra exilée avec ses deux enfants. A
l'expulsion des Anglais, le jeune Guy rentra dans son château
comme septième du nom. Il était le dernier mâle de sa lignée,
et sa fille unique, Marie, porta la terre à son mari Bertin de
Silly, qui devint sire de Roche-Guyon. C'est un exemple des
motifs pour lesquels, au quinzième siècle, les désignations territoriales
diffèrent si souvent des désignations patronymiques.


VII
Les pièces honorables ordinaires ont été considérées par quelques hérauts comme répondant à différentes pièces de la

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LE NOBLE SAVOIR 53
panoplie ou de l'attirail du chevalier. Ainsi le « chef » est dit
représenter le heaume, la « fasce » l'écharpe militaire, la
« bande » le baudrier, le e pal » la lance. le « chevron » la
selle. Il est cependant permis de présumer que ces ressemblances
sont plus qu'imaginaires. La « croix » et le « sautoir »,
qui sont des pièces du même groupe, ne peuvent se
rapporter au même symbolisme (1). II n'existe aucune tradition
connue qui associe les pièces honorables avec des événements
militaires, tels que l'écusson « gironné » des Châtillon,
Colley et Longueval, les « alérions » des Montmorency ou les
« chaînes » d'Albret, attribués au souvenir d'illustres combats.
Pour ce qui est des pièces de cette seconde nature, ce sens
hiéroglyphique est plus probable. Ainsi les « bezans » indiquent,
assure-t-on, le droit souverain de battre monnaie, et
l'on cite à l'appui de cette opinion les six bezans des ducs
d'Aquitaine ; les « billettes » signifient, dit-on, des châteaux,
les « tourteaux » des pains de munition ; les « fusées » la patience;
les « orles » la protection ; quelquefois des pièces de
moindre importance sont associées avec des traditions particulières
de famille ; tel est le cas des « chabots » portés par
la noble famille de ce nom en commémoration d'un siège
où elle en fut réduite à se nourrir de ce fade poisson. Les
treize « béquilles » qui accompagnent la bande sur le blason
de Champagne répondent, dit-on, aux treize châtellenies dont
elle se composait. Mais généralement ces sortes de « charges »
ont des dates historiques et ressemblent peu aux simples et
nobles divisions et aux « honorables » des plus anciens blasons.
Les chaînes d'Albret furent ajoutées au blason primitif
en 1212 et, ainsi changé, il fut porté par Henri IV sur un cartel
à part côte à côte avec le cartel fleurdelisé, sous la couronne
de France, comme roi de France et de Navarre, avant la
réunion des deux royaumes.
La signification de quelques « métaux » et « émaux » est

(1) Tous ces termes et les objets qu'ils représentent ont été empruntés à la langue des arts et métiers. et particulièrement à l'architecture, où ils sont
restés. (N. R.)
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54 LE NOBLE SAVOIR
donnée par quelques vieux auteurs français. On trouve beaucoup
de détails à ce sujet dans le Palais de l'honneur, du père
Anselme. Les rapports des couleurs héraldiques avec les planètes,
à tel point que les noms des planètes sont parfois usités
dans le « blasonnement » des armes des princes souverains
au lieu des couleurs, semblent donner du poids à cette assertion.
Les principales symbolisations des couleurs héraldiques
sont les suivantes :
1° « Or » en langue héraldique ; « sol », le soleil, dans les blasons souverains ; « topaze », dans ceux de la haute noblesse :
symbolise foi, justice, charité, honnêteté, prospérité,
constance et richesse. Noté par un pointillé ;
2° « Argent », « lune» dans les blasons royaux ; « perle », en tant que gemme : signifie pureté, espoir, vérité, conscience,
beauté, grâce, franchise et candeur ;
3° « Azur », bleu (vieux français, « belle eau, belieau), couleur de la planète Jupiter et du « saphir » comme gemme,
correspond à chasteté, loyauté, fidélité. Noté par un rayé
horizontal ;
4.° « Gueule », rouge (vieux français, roué, belic, belif); planète Mars, et « rubis » parmi les gemmes : amour, valeur, hardiesse,
courage et générosité. Noté par des rayures verticales
;
5° « Sable » noir, couleur de la planète Saturne et du « diamants »: prudence, sagesse, constance dans l'adversité et
le chagrin. Noté par des rayures horizontales et verticales
croisées ;
6° « Sinople », vert, couleur de la planète Vénus et de l'« émeraude » : courtoisie, civilité, amour, joie, abondance.
Noté par des rayures diagonales allant de gauche à droite.
Le « pourpre », qui n'existe guère que dans le blason anglais, n'a pas d'équivalent planétaire. Il indique la dévotion,
la tempérance, la libéralité et l'autorité souveraine
(comme couleur du vêtement impérial). Il se note comme
le « sinople » par des rayures diagonales, mais allant en sens
inverse.
L' « hermine» dénote la « pureté », la chasteté et l'honneur
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LE NOBLE SAVOIR 55
immaculé. L' « hermine pleine » , avec la devise : « Malo mori
quam foedari », fut adoptée par Jean V, duc de Bretagne,
en 1255 (1). Les armes des pairs laïques de France sont d'excellents
types de l'art héraldique primitif. Les voici :
Le duc de Bourgogne, qui fut le premier sujet français titré,

(1) Ces assimilations sont trop confuses et trop modernes pour avoir une valeur sérieuse, sauf celles des couleurs avec les gemmes. Les joailliers,
comme tout les antres corps de métiers, s'étaient fait une écriture hiéroglyphique,
avec les termes de leur profession, très à la mode au seizième
siècle, et dont Rabelais s'est servi pour écrire, une déclaration d'amour plus
que risquée à la grande dame de Paris fait aimer aux chiens, parce que
l'« a maulevrier ». En effet, Diane de « Pisseleu » était la femme du sire
de « Maulevrier », comte de Poitiers; de là cet audacieux chapitre qui
rappelle la façon non moins audacieuse dont Henri II écrivait lui-même le
nom de sa maîtresse dans la fontaine du château d'Anet. Sauf dans les supports,
tous les termes du blason ne pouvaient avoir qu'une valeur phonétique
transcrivant des « mots d'ordre » on ne peut plus nécessaires à l'époque
des croisades, où ils servaient de signes de reconnaissance à ceux qui
en possédaient le secret. A l'époque des devises, il servait le plus souvent à
voiler des idées ambitieuses, quelquefois impies. Les blasons les plus singuliers,
et aussi les plus faciles à lire, sont ceux dont la devise se lie au rébus,
comme dans celui des Carignans, cité par Ménage à l'article Rébus. La
devise est « tout n'est » et le cartel porte trois choux « cabus ». Il faut lire :
« Tout n'est sur terre qu'abus ». Cette devise donne la clef de celle de Savoie,
qui est beaucoup plus ancienne. La devise est « fort, fort, fort », ou
« fort ter » (3 fois); le cartel est « de gueule à la croix d'argent » ou, suivant
les conventions adoptées pour les blasons de la haute noblesse, « roué
croix perlée ». Sous « fort ter », c'est-à-dire « Roy crois perler, sut faire taire
castel » (tu crois que c'est un roi qui parle, car il en est qu'il sut faire taire).
Cette orgueilleuse devise fait allusion à une victoire remportée par un prince
de Savoie dur un empereur allemand. Les chaises d'Albret reproduisent à
peu près la même idée. Leur blason se lit en style héraldique princier :
« noué sautoir luné, cheilaine (chaîne) orlé » (roy souhaiter l'ont, se daigne
oirles ) (les rois ont à souhaiter qu'il daigne les entendre). Le blason de
Jean V, duc de Bretagne, est une ironie contre la devise qu'il avait adoptée:
« Potius mori quam foedari ». Le cartel porte « plein luné moucheté herminé »
(plein s'en monstre mon cartel) (mon cartel se montre plein de
mouchetures (souillures)). Le blason des Guises est le cartel carlovingien,
« baillie moult semis lys or » chargé en « trescheur » d'un lion d'argent à
droite (l'ont, très-sûrs l'y ont droit) (ils l'ont, à coup sur ils y ont droit).
Les armes de la ville de Corbeil sont un coeur sur un champ bleu (corbaille);
mais ce coeur est en « trescheur » et de couleur rouge, celui donne la de-

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56 LE NOBLE SAVOIR
avant que le legs du Dauphiné d'Auvergne au roi de France
transportât le titre de cette seigneurie à l'héritier du trône (?),
portait « bandé de six pièces azur et or ». Ces armes figurent
encore par descendance dans les quartiers du blason de l'empereur
d'Autriche et du roi des Deux-Siciles. La seconde maison
de Bourgogne, ayant pour chef Philippe le Hardi, fils de
Jean II, roi de France, portait les armes de France, « bordées
de carrés alternés argent et gueules ».
Le duc de Normandie portait « de gueules à deux lions d'or ». Dans le blason primitif, l'attitude des animaux n'était
pas fixée. Guillaume le Conquérant ne changea rien à ses
armes après la conquête d'Angleterre, et les rois d'Angleterre
et ducs de Normandie les portèrent sans modification jusqu'au
temps de Henri II, qui ajouta le troisième lion après son mariage
avec Aliénor ou Eléonore, duchesse d'Aquitaine, en vertu
de ses droits territoriaux (4). Depuis, les rois d'Angleterre
ont continué à porter les trois lions, qu'ils ont écartelés plus
tard des armes de France, d'Ecosse et d'Irlande. Ces lions
d'Angleterre, que quelques-uns prétendent être des léopards,
parce qu'un cartel ne peut porter qu'un seul lion, à moins
qu'il n'y en ait deux combattants, sont aujourd'hui blasonnés
passant et regardant.
Les armes d'Edouard le Confesseur, que le duc Guillaume

vise suivante : « Corbeil tres sur roy coeur baille» (Corbeil donne sûrement
son coeur au roi ). Arras a trois rats; Espalion, un lion qui mord la garde
d'une épée de gueule sur champ d'or: « Mord espée lion garde gueule or »
(meure Espalion, en garde gloire). Tels sont les principaux aspects de cette
écriture bizarre et de cette langue dont il existe tant de dictionnaires et pas
une grammaire. (N. R.) (1) Ce blason est un des plus curieux et des plus faciles à déchiffrer. Dans sa forme primitive il reproduit, ce qui est assez rare, le nom du fondateur
de la dynastie, Rollon ou Roulion, suivant la prononciation du temps
(le lion roux). « Roulion duc d'or car el est », car désormais Rollon est duc.
Le troisième lion ajouté par Henri II écrit aussi le nom de sa femme,
Léonore ou « Lionor », suivant la prononciation de l'époque. Il se lit :
« Roys Lionor traict en quarrel », Léonore attire rois en querelle, ce qui est
de la plus complète exactitude historique, car ce mariage fut l'origine des
querelles qui éclatèrent entre la France et l'Angleterre et ne finirent que
par la mission providentielle de Jeanne d'Arc. (N. R.)
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LE NOBLE SAVOIR 57
ne voulut point adopter, « une croix molinée entre cinq merlettes »,
se sont conservées dans l'écusson de l'abbaye de Westminster,
et fournissent un exemple parfaitement authentique
de blason antérieur aux croisades.
Le duc d'Aquitaine portait « d'azur sous chef d'or à six besans d'argent ». En anglais, les besans se disent « plates »,
ce qui est l'ancien nom français (1).
Les armes d'Aquitaine ne furent relevées ni par le roi de France, ni par le roi d'Angleterre, qui épousèrent successivement
l'unique héritière de cette pairie, Eléonore d'Aquitaine,
et elles ne reparaissent plus dans l'histoire héraldique. La maison
« Reigner », alliée à celle d'Aquitaine, porte les besans
sans le chef.
Le comte de Toulouse portait l'une des formes les plus curieuses de croix conventionnelles qui aient été usitées dans
le blason. Ses armes se blasonnaient « de gueules à la croix
pattée, vidée or, pommetée argent ». Cette pièce se composait
du squelette d'une croix curviligne, avec trois besans d'argent
ou pommes appliquées à l'extrémité de chaque branche. On
disait qu'ils représentaient les douze apôtres. La croix de
Toulouse devait être antérieure à la première croisade, car le
légat du pape Adhémar, vicomte de Lombes et évêque du
Puy, portait « mi-parti France et Toulouse ».
Le comte de Flandre portait « d'or au lion de sable » ; pièce qui s'est transmise à la maison d'Autriche et à celle des Deux-
Siciles.
Le comte de Champagne portait d'azur à la bande « d'or, assorti de deux paires de cotices, chargé de treize pièces potencées
argent ». C'étaient, avons-nous déjà dit, les symboles
de ses treize châtellenies. Il est à remarquer qu'Etienne de
Champagne-Blois, roi d'Angleterre, a porté des armes de son
propre choix, « trois centaures », qui se retrouvent encore sur
les tuiles de la salle du chapitre de Westminster au lieu de


(1) Ce blason est une charmante application de la transformation des couleur;» en « gemmes » par la haute noblesse. Il se lit : « Baillie sur chef
te pèse (topase) per lé si plait en car telle », l'autorité souveraine te pèse sur
la tête, encore plaît-elle par elle-même. (N. R.)
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58 LE NOBLE SAVOIR
celles de son ancêtre maternel, le duc de Normandie et roi
d'Angleterre, ou de celles de Champagne et de Boulogne (1).
G. D. (F.-R. CONDER, Dublin University Magazine.)

(1) L'auteur ne donne pas les blasons des pairs ecclésiastiques, ce qui lui eût fourni sans doute l'occasion d'insister sur un fait qu'il a déjà signalé :
le partage des représentants de la propriété en deux ordres, la noblesse et
le clergé, qui n'en ont jamais fait qu'un seul en Angleterre et n'ont jamais
été représentés que par une seule Chambre, celle des lords. C'est à cette
funeste division qu'on doit attribuer en grande partie l'échec de la pairie
française, et, par suite, la chute du régime monarchique. Le traducteur
n'essayera point de combler cette lacune, qui réclamerait trop de développements.
Il a traduit intégralement toute la partie politique de cette remarquable
étude en glissant sur la partie technique, qui, dans l'esprit de l'auteur,
devait occuper le premier rang, mais semblerait trop ardue à des
lecteurs peu familiarisés avec le « noble savoir ». Et cependant la science du
blason ne s'est pas confinée dans ce champ restreint, elle a été cultivée avec
passion par tous les artistes des temps qui ont précédé la révolution, car les
communes et les simples bourgeois prenaient tout autant de plaisir aux
« devises » que les gentilshommes. Aussi toutes les vieilles maisons de quelque
importance sont-elles décorées de blasons qui contiennent les secrets de
la famille ou de la corporation. Ils étaient composés d'après les mêmes
règles que ceux de la noblesse et ils n'en différaient que parce qu'ils ne
portaient pas de « timbres » et qu'aucune loi n'en garantissait l'hérédité.
Quant aux artistes, le blason leur fournissait le moyen de diversifier à l'infini
les motifs de leur ornementation, sans jamais se répéter. C'est donc à
cette science aujourd'hui perdue que le vieil art français doit toute sa variété
et son originalité. L'art moderne se borne à le copier sans le comprendre,
et il lui est impossible d'inventer du nouveau. Prenons par
exemple la décoration stérile du nouvel Opéra. Si l'auteur, qui est un
homme de grand talent, eût connu les règles qui guidaient avec une entière
certitude l'imagination de Jean Goujon et de Philibert Delorme, quel
parti n'eût-il pas su en tirer? (N. R.)
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