Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfeseite Rückkehr. Flag Hjælp side Tilbage. Bandiera Guida Torna.
1 2 3 4

@

Page

Réfer. : AL0407
Auteur : Cosmopolite.
Titre : Nouvelle Lumière de la Physique Naturelle.
S/titre : Traitant de la constitution générale
des Eléments simples & des composés.
Editeur : Théodore Maire.
Date éd. : 1639 .


@


C O S M O P O L I T E OU NOUVELLE LUMIERE DE LA PHISIQUE NATURELLE

Traittant de la constitution generale des Elements simples & des composez.

Traduit nouvellement de Latin en François, par le Sieur DE BOSNAY.
pict
A LA HAYE

De l'Imprimerie de Theodore Maire, -------------------------
M. DC. XXXIX.
@

pict

A
M O N S E I G N E U R MONSEIGNEUR
D E P U I S I E U X,
Conseiller du Roi en ses Conseils d'Etat & Privé, & Secrétaire de ses Commandements.
pict onseigneur
On lit d'Aristipus, que quelque couleur qu'il prît en ses vêtements, que quelque sorte d'habits qu'il portât, quoi
qu'il dit, quoi qu'il fit, c'était avec une extrême
bien-séance, ne pouvant offenser ni en ses gestes,
ni en ses paroles, voire même les plus sévères
& critiques. Aussi répondit il fort à propos, lors
qu'on lui dit que Diogenes lui reprochait que s'il
H 5 se
@

E P I T R E.
se voulait contenter de vivre de pain, d'eau, &
de quelques herbes, il n'aurait que faire de mendier
la faveur des Rois, ni bâtir sa fortune en
l'esclavage de sa liberté.

----Si sciret inquit regibus uti Non pranderet olus.
Parlant & se moquant de Diogenes. Car à la vérité qui sait user des choses en leur biais,
& en leur vrai sens, il ne peut ni offenser ni
être offensé de personne. Ce discours me servira
Monseigneur, comme d'excuse, pour
adoucir ce qu'il y aurait de témérité en moi,
vous adressant ces Traités de la Philosophie
Chimique, comme abhorrant de la profession
à laquelle il a plu à Dieu vous appeler,
car une Ame bien née, une Ame haute, une
Ame relevée, prend toutes choses ainsi qu'il
faut, ne se déprime, ne s'élève, & ne s'ébranle
de rien, demeurant toujours ferme & stable sur
la solidité de son cube, vrai hiéroglyphique de
la vertu. D'ailleurs, cette partie de la science
naturelle, bien qu'elle soit vilipendée, & méprisée
par les ignorants, & honnie, & décriée par les
méchancetés & faussetés des Pseudo-philosophes
charlatans, affronteurs* & trompeurs, elle a
néan-
@

E P I T R E.
néanmoins en soi, en son intérieur, en sa vérité,
c'est à dire en son vrai biais, je ne sais quoi de
haut, je ne sais quoi de sublime, je ne sais quoi
de céleste, digne d'être su, digne d'être admiré
par ces belles âmes, par ces rares esprits que Dieu
fait naître parmi nous comme grands luminaires,
pour éclairer nos obscurités, & auxquels
tout est bien séant quelque couleur, & quelque
habit qu'ils portent, ne pouvant offenser
personne, ni être offensés de quelque chose
que ce soit.
Je prend donc la hardiesse, Monseigneur, avec cette précaution de faire voir au public
cette version en langage vulgaire, & pour la
seconde édition, sous la faveur & protection
de vôtre nom, non que je croie que vous
ayez jamais appliqué vôtre esprit, ou occupé
vôtre main à la recherche, & pratique de cette
plus que douteuse science (& qui croirait aussi
que vos plus graves, & sérieuses occupations,
vous en donnasse le loisir) mais pour ce que
j'ai estimé, nec vana fides, que vôtre rare
esprit, que vôtre haut jugement, pourrait
plus équitablement juger du fonds de cette doctrine,
& plus facilement digérer les aigreurs
& amertumes qui se lisent en ses axiomes,
H 6 & fi-
@

E P I T R E.
& finalement prendre le tout selon son vrai biais,
& son vrai sens. Quoi que ce soit, vous prendrez
s'il vous plaît en bonne part ma bonne volonté,
ne la mesurant pas selon la vilité* ou bassesse du
sujet, mais selon la candeur & sincérité de
mon affection, pour demeurer à jamais,

M O N S E I G N E U R,
Votre très humble & très obéissant serviteur.
De Bosnay.
pict
P R E-
@

pict

P R E F A C E.

Aux vrais, & naïfs Inquisiteurs de l'Art Chimique, & enfants légitimes d'Hermès.

C onsidérant en moi-même (Lecteurs bénévoles) combien de livres faux, combien de fausses recettes fabriquées & composées
par les imposteurs de ce temps, tombent
entre les mains et viennent à la connaissance
des indagateurs* & curieux des choses
naturelles & occultes, par lesquels faux livres
plusieurs par le passé ont été trompés, & le
sont encore pour le jourd'hui ceux qui vivent.
J'ai estimé que je ne pouvais rien faire
de plus utile & profitable aux vrais fils &
héritiers de la science que de leur communiquer
le Talent qu'il a plu à ce grand Dieu
père des lumières me donner à fiance, &
comme en dépôt, à fin que nos neveux
croient, & connaissent quelque jour, que cette
bénédiction singulière de la science Philosophique
a été octroyée à quelques signalés
lés
@

P R E F A C E
personnages non seulement es siècles passés,
mais encore pendant nos jours. Je n'ai
point été d'avis, pour certaines causes de
publier mon nom, desquelles la principale
est, que en ceci je ne recherche point d'être
loué & estimé, mais seulement le profit
& utilité des amateurs de la Philosophie.
Aussi je laisse librement cette avidité de
gloire à ceux qui aiment mieux sembler être
gens de bien, que de l'être tout à fait.
Or ce que j'écris ici pour assertion & attestation
de la vérité indubitable de la Philosophie,
bien que ce soit en peu de paroles;
le tout dis-je a été tiré de l'expérience manuelle
que j'en ay faite, par la grâce du
Très-haut, ce que je dit à fin que les curieux
& affectionnés à cette louable science,
ne délaisse jamais l'exercice, & pratique
de si belles choses, & par même
moyen je les puisse assurer à l'encontre de
cette misérable troupe de Charlatans, trompeurs,
& vendeurs de fumée, à qui rien
n'est si doux que de tromper. Ce ne sont
point des songes comme parle le vulgaire
ignorant, Ce ne sont point de vains Commentaires
de quelques esprits oiseux, comme
les fols estiment, que cette science.
C'est la pure & même vérité, laquelle comme
amateur d'icelle, je n'ai pu ni dû celer
ni cacher, & moins passer sous silence,
pour le support, & confirmation de la science
ce
@

P R E F A C E
Chimique, tant décriée sans l'avoir mérité
bien que néanmoins la vérité ne puisse
sortir en public qu'avec grande crainte en
ce temps & règne malheureux, où le vice
& la vertu marchent à l'égal, & où l'ingratitude,
& l'infidélité rendent les hommes
indignes de ce grand trésor. Il est bien
vrai que je pourrais mettre en jeu plusieurs
graves auteurs pour témoins de sa certitude,
selon le commun & unanime consentement
de toute la vénérable antiquité, consentement
dis-je, univoque, bien que tiré
de plusieurs et diverses nations: Mais ce qui
est attesté & confirmé par l'expérience n'a
besoin d'autre preuve. Il n'y a pas long
temps, & j'en parle comme savant, que
plusieurs de grande & basse qualité, ont vu
cette Diane toute nue. Et combien qu'il se
trouve certains hommes mal nés, qui par
envie ou par malice, ou de crainte que leurs
impostures ne soient découvertes, crient
incessamment, que par un certain artifice,
qu'ils couvrent sous une vaine ostentation de
paroles fastueuses & ampoulées, l'on peut
tirer l'âme de l'or, qu'ils appellent teinture,
& être remise par projection sur un autre
corps, ce qui ne se fait, s'il se fait, qu'avec
un grand détriment, & une grande perte
de temps, de labeur, & d'argent. Il
faut néanmoins que tous les fils d'Hermès
sachent, & tiennent pour certain, que
cette
@

P R E F A C E
cette telle quelle extraction d'âme qu'ils appellent
soit de Sol, soit de Lune, par quelque
voie sophistique qu'elle se face, n'est
autre chose que vaine persuasion, ce que
plusieurs ne croient pas, mais ils sont contraints
de le croire par l'expérience seule &
vraie maîtresse de la vérité, & c'est à leur
dommage. Au contraire, quiconque pourra
sans dol ni sans fraude teindre réellement
le moindre métal du monde, soit avec profit,
soit sans profit, en couleur de Sol ou
de Lune, demeurant & résistant à toute
sortes d'examens: je peux hardiment assurer
que les portes de la Nature sont ouvertes
à celui-là pour rechercher plus outre, &
de plus hauts secrets, & même les acquérir,
avec la grâce et bénédiction de Dieu.
Or est-il que j'offre donc ces Traités ci aux
enfants de la science, à fin que étudiant, &
mettant toute leur cogitation, & force d'esprit,
à la recherche des occultes opérations
de la Nature, ils puissent connaître au vrai
la vérité des choses, & la Nature même,
en quoi seulement consiste toute la perfection
de ce saint Art Philosophique, pourvu
qu'on chemine par le chemin Royal,
c'est à dire par le chemin que la Nature nous
montre en toutes ses opérations. Et c'est
pourquoi j'admoneste, & avertis ici le
Lecteur bénévole, qu'il ne juge point de mes
écrits selon l'écorce & sens extérieurs des
paroles,
@

P R E F A C E
paroles, mais plutôt par la force de la Nature,
de peur qu'il ne déplore à la fin son
bien, son temps, & son labeur, considérant
que cette science n'est point une science de
fols & d'ignorants, mais une science des Sages,
desquels l'intention est toute autre que
ne la peuvent comprendre, tous ces glorieux
Trasons*, tous ces doctes moqueurs, tous
ces hommes vicieux, & pervers, qui ne ce
pouvant mettre en réputation par leurs propres
vertus, tachent de le faire en calomniant
les autres, ni tous ces vagabonds &
ignorants souffleurs, qui ont ja* presque trompé
tout le monde avec leurs blanchissements
et rubification, non sans très grande diffamation
& ignominie de cette noble science.
Car c'est un don de Dieu, & est très certain
qu'on n'y peut parvenir si ce n'est par la grâce
de Dieu, qui vienne à illuminer l'esprit
de celui qu'il connaît véritablement être
humble & patient, ou bien par la révélation
& démonstration d'un maître fidèle &
expert, c'est pourquoi Dieu rejette toujours
à bon droit ceux qui sont hors de sa
crainte. Au reste, je prie instamment tous
les fils de l'Art, qu'il prennent en bonne
part l'envie que j'ai de leur faire plaisir, &
lors qu'ils auront fait Manifeste ce qui est Occulte,
& qu'il seront arrivés au port désiré
par la grâce de Dieu, & par leur labeur constant,
ils chassent de leur compagnie tous
les
@

P R E F A C E
les indignes (selon l'exemple de tous les Philosophes)
c'est à dire, tous les méchants, &
se ressouvenant de leur prochain pauvre &
incommodé, se ressouvenant dis-je de leur
prochain d'une ressouvenance qui soit selon
la crainte de Dieu, & sans ostentation, ils
chantent louanges éternelles, à Dieu trois
fois très grand auteur de ce don spécial
qu'il leur a révélé, usant d'icelui sans abus,
& cachant dans leur sein sans en faire
semblant.


La simplicité est le vrai seau de la vérité.

pict
T A-
@

pict

T A B L E

OU SOMMAIRE DES TRAITES DE COS- mopolite, ou nouvelle lumière Chimique.


I. De la nature, que c'est que la Nature, & quels doivent être les scrutateurs d'icelle.
II. Quelle est l'opération de la Nature en ce que nous nous proposons, & touchant le sperme que nous cherchons.
III. De la vraie & première matière des métaux.
IV. De la génération des métaux, & comme se fait dans les entrailles de la terre.
V. De la génération de toutes les espèces de pierres.
VI. De la seconde matière, & comme les choses se putréfient.
VII. De la vertu de la seconde matière.
VIII. De l'Art, & en quelle façon la nature travaille
sur la semence.
IX. Du mélange & commixtion des métaux, & en quelle manière il faut tirer la semence métallique.
X. De la génération supernaturelle du fils du Soleil.
XI. De
@

XI. De la pratique & confection de la pierre, & comment il faut faire la teinture selon l'Art.
XII. De la pierre & de sa vertu.
Epilogue, Sommaire, & Conclusion des douze Traités ci dessus.
Enigme Philosophique du même auteur.
Dialogue de Mercure, de l'Alchimiste, & de Nature.
pict
@

1 pict

D E
L A N A T U R E E N G E N E R A L

-------------------------------------------------------


Que c'est que la Nature, & quels doivent être
les scrutateurs d'icelle.

T R A I T E' I.

pict lusieurs hommes sages & très doctes
ont par ci devant (voire même selon le témoignage d'Hermès devant le déluge) écrit plusieurs préceptes touchant la confection de la pierre des Philosophes, & nous en ont laissé tant d'écrits, que si la Nature ne faisait tous les jours devant nos yeux des effets admirables, & lesquels
nous ne pouvons nier, je crois qu'il n'y aurait
personne qui estimât qu'il y eu une Nature au monde,
vu la multitude des inventions & des inventeurs qui
sont en ce temps. Aussi nos prédécesseurs sans s'amuser
à ces vaines recherches, ne considéraient autre chose
que la Nature & la possibilité ou puissance d'icelle. Et
bien qu'ils aient demeuré en cette voie simple de Nature,
re
@

2 D E L A N A T U R E
ils ont néanmoins trouvé tant de choses, qu'à grand
peine les pourrions nous imaginer avec toutes nos subtilités
multitude d'inventions. Et ce qui est cause de cela,
c'est que la Nature & la génération ordinaire des
choses qui croissent sur la terre, nous semble trop simple
& de trop peu d'effet pour y employer la pointe de
notre intellect, qui ne s'exerce cependant qu'à imaginer
des choses subtiles, non qui nous soient connues, mais
qui ne se peuvent faire, ou difficilement se peuvent faire.
C'est pourquoi il ne se faut émerveiller s'il nous arrive
d'excogiter* plus facilement quelques certaines subtilités,
voire telles qu'à la vérité les vrais Philosophes
n'eussent pu presque imaginer que de parvenir au vrai
cours de la Nature & à leur intention. Mais quoi? telle
est l'humeur naturelle des hommes de ce siècle, telle est
leur inclination, de négliger ce qu'ils savent, & rechercher
toujours plus outre quelque chose de nouveau:
que feront donc les entendements humains, auxquels la
Nature est sujette? Comme pour exemple, vous verrez
un artisan qui aura recherché la perfection de son art, il
en cherchera un autre, ou bien passera plus outre, ou le
laissera là du tout. Ainsi la généreuse Nature agit sans
intermission, jusques à son Iliade, c'est à dire, jusques
à son dernier terme, & puis cesse. Car des le commencement
lui a été concédé de s'améliorer en son cours, &
posséder en fin un repos solide & entier, auquel pour
cet effet elle tend de tout son pouvoir, se réjouissant
de sa fin, comme les fourmis se réjouissent de leur vieillesse,
qui leur donne des ailes à la fin de leur jours. De
même façon nos esprits ont procédé si avant, principalement
en l'art & pratique Philosophique, que nous en
sommes presque venus jusques à l'Iliade ou dernier but.
Car les Philosophes de maintenant ont trouvé de telles
subtilités, qu'il est presque impossible d'en trouver de
plus grandes, & différent de l'art des anciens Philosophes,
comme l'horlogerie est différente de la simple serrurerie.
Car combien que le serrurier & l'horloger manient
le fer tous deux, & qu'ils soit maîtres en leur
art, l'un néanmoins ignore l'artifice de l'autre. Si bien
que je m'assure que si Hermès, Geber, & Lulle, subtils &
profonds Philosophes, étaient maintenant au monde,
ils ne seraient estimés par ceux du jourd'hui que pour
disci-
@

E N G E N E R A L 3

disciples, à grand peine pour Philosophes, tant est vaine
notre présomption. Aussi, sans doute, ces grands hommes
là ignoraient tant d'inutiles distillations, usitées
aujourd'hui, tant de circulations, tant de calcinations,
& tant de vaines opérations que nos modernes ont inventées,
n'ayant pas bien reconnu la lecture des livres
de ces bons & doctes personnages anciens. Ainsi ces
modernes n'ont manqué que d'une chose, c'est de savoir
seulement ce que les anciens ont su, qui est la
teinture Physique. Et au contraire, extravagants qu'ils
sont, en la cherchant ils rencontrent autre chose :
mais n'était que tel est l'instinct naturel de l'homme,
& que la nature n'usât en ceci de son droit, à grand'
peine nous dévoierions nous. Pour retourner donc
à notre propos, j'ai promis en ce premier Traité
d'expliquer la Nature, à fin que nos vaines imaginations
ne nous détournent de la vraie & simple voie.
Je dis donc que la Nature est une, vraie, simple, entière
en son être, & laquelle Dieu a constituée devant tous
les siècles, & lui a enclos un certain esprit universel. Il
faut néanmoins noter que le terme de la Nature est
Dieu, comme il en est le principe, car toute chose finit
en ce en quoi elle a prit son être & son commencement.
J'ai dit qu'elle est unique, & par laquelle Dieu
fait tout ce qu'il fait, non que je dis qu'il ne peut rien
faire sans elle (car c'est lui qui l'a faite & il est Tout
puissant) mais il lui a plu ainsi: & il là fait. Toutes
choses proviennent de cette seule & unique Nature, &
n'y a rien en toute la terre hors icelle Nature. Que si
quelques fois nous voyons arriver des avortons, c'est la
faute du lieu ou de l'artisan, & non pas de la Nature. Or
cette Nature est divisée en quatre principales régions ou
lieux où elle fait tout ce qui se voit, & tout ce qui est
caché car sans doute toutes choses sont plutôt à l'ombre
& cachées, que véritablement elles apparaissent: Elle
se change au mâle & à la femelle, & est accomparée* au
Mercure, pour ce qu'elle se joint à divers lieux, & selon
les lieux de la terre bons ou mauvais, elle produit chaque
chose, bien qu'a la vérité il n'y ait point de mauvais
lieux en terre comme il nous semble. Il y a quatre
qualités élémentées en toutes choses, lesquelles ne sont
jamais d'accord, car l'une excède toujours l'autre.
Notez
@

4 D E L A N A T U R E
Notez donc que la Nature n'est point visible, bien qu'elle
agisse visiblement, car ce n'est qu'un esprit volatil,
qui fait son office es corps, & a son siège & son lieu en la
volonté divine. Et en cet endroit elle ne nous sert
d'autre chose sinon à fin que nous sachions connaître
les lieux d'icelle, & principalement ceux qui lui sont
plus proches & plus convenables, & à fin que nous sachions
conjoindre les choses ensembles selon la Nature,
de peur de conjoindre le bois à l'homme ou le boeuf avec
le métal, mais au contraire qu'un semblable agisse sur
son semblable, car alors la Nature ne faillira de faire son
office. Or le lieu de la Nature n'est ailleurs qu'en la volonté
de Dieu comme nous avons dit.
Les scrutateurs de Nature doivent être tels qu'elle est, vrais, simples, patients, constants, &c. & ce qui est le
principal point, pieux, craignant Dieu, & ne nuisant aucunement
à leur prochain, puis après qu'il considèrent
si ce qu'ils se proposent est selon la Nature, s'il est possible
& faisable, & cela qu'ils l'apprennent par exemples
apparents, à savoir avec quoi se fait toutes choses, comment
& avec quel vaisseau Nature travaille. Car si simplement
tu veux faire quelque chose comme fait la Nature,
suis la, mais si tu veux faire quelque chose de plus
excellent, regarde en quoi & par quoi elle l'améliore,
& tu trouveras que c'est toujours avec son semblable.
Comme pour exemple, si tu veux étendre la nature intrinsèque
de quelque métal plus outre que la Nature, il
te faut prendre Nature métallique, & ce encore au mâle
& en la femelle, autrement tu ne feras rien. Car si tu
pense faire un métal d'une herbe tu travailleras en vain,
comme aussi d'un chien tu ne saurait produire un arbre.


------------------------------------------------------


De l'opération de la Nature en notre proposition & semence.

T R A I T E' II.

I 'ay dit ci dessus que la Nature est unique, vraie, & par tout apparente, continue, qu'elle est connue par les choses qu'elle produit, comme bois, herbes, &c. Je
@

E N G E N E R A L 5

Je vous ay dit aussi que le scrutateur d'icelle doit être
de même, véritable, simple, patient, constant, & appliquant
son esprit à une chose tant seulement. Il faut
maintenant parler de l'action de la Nature. Or notez
que tout ainsi comme la Nature est en la volonté de Dieu,
& que Dieu l'a crée & l'a mise en toute imagination, de
même la Nature s'est faite une semence es Eléments
procédant de sa volonté : la vérité est qu'elle est unique,
& toutefois elle produit choses diverses, mais néanmoins
elle ne produit rien sans sperme. Car la Nature
fait tout ce que veux le sperme, & elle n'est que comme
l'instrument de quelque artisan. Le sperme donc d'une
chacune chose est plus duisant* & plus utile à l'artiste
que la Nature: car par la nature seule vous ne ferez non
plus sans sperme qu'un orfèvre pourrait faire sans feu,
ou le Laboureur sans grains. Ayez donc cette semence
ou sperme, & sans doute la Nature sera preste de faire
son devoir soit à mal soit à bien. Elle agit sur le sperme
comme Dieu sur la libre volonté de l'homme. Et en
cela il me semble qu'il y a un grand miracle, que la Nature
obéisse à la semence, non forcée toutefois, mais
de sa propre volonté, comme aussi Dieu accorde à l'homme
tout ce qu'il veut, non forcé toutefois, mais de sa
libre volonté. Et c'est pourquoi il a donné à l'homme
le libéral arbitre, soit au bien soit au mal. Le sperme
donc c'est l'Elixir ou la quinte-essence d'une chacune
chose, ou bien encore la parfaite & accomplie décoction
& digestion d'une chacune chose ou le baume
du soufre, qui est une même chose que l'humide
radical des métaux. Nous pourrions à la vérité ici faire
un grand & ample discours de ce sperme, mais nous ne
voulons tendre à autre chose qu'a ce que nous avons
proposé. En cet art les quatre Eléments donc engendrent
ce sperme par la volonté de Dieu & par l'imagination
de la nature: car tout ainsi comme le sperme
de l'homme à son centre ou réceptacle convenable
dans les reins, de même les quatre Eléments, par un
mouvement infatigable & perpétuel, chacun selon sa
qualité, jetteront leur sperme au centre de la terre où
il est digéré, & par le mouvement poussé dehors. Mais
quand au centre de la terre, c'est un certain lieu vague
où rien ne peut reposer en l'excentre (s'il faut ainsi
I parler)
@

6 D E L A N A T U R E
parler) ou à la marge & circonférence du centre, les
quatre Eléments jettent leurs qualités: comme l'homme
jette sa semence dans l'habitacle de la femme, dans lequel
il ne demeure rien de la semence, mais après que la
matrice en a pris une due portion, elle jette le reste
dehors. De même arrive-il au centre de la terre, que
la force Magnétique ou Aimantine de la partie de
quelque lieu attire à soi ce qui lui est propre pour engendrer
quelque chose, le reste elle le pousse dehors
pour en faire des pierres & autres excréments. Car toutes
choses ont leur origine de cette fontaine, & rien ne
naît en tout le mande que par l'arrosement de ses ruisseaux.
Comme pour exemple, que l'on mette sur une
table bien polie un vaisseau plein d'eau lequel soit colloqué
au milieu d'icelle, & à l'environ qu'il y ait plusieurs
choses & plusieurs couleurs, & entre-autres choses qu'il
y ait du sel, & chaque chose séparément colloquée: puis
que l'on épanche l'eau, vous la verrez couler deçà &
delà, & que ce ruisseau ci venant à rencontrer la couleur
rouge se rubifiera avec icelle, celui là passant par le
sel deviendra salé & ainsi des autres: car la vérité est que
l'eau ne change point les lieux, mais la diversité des lieux
change l'eau. De même la semence ou sperme jeté par
les quatre Eléments au centre de la terre, passe par divers
lieux, tellement que chaque chose naît selon la diversité
des lieux: si il parvient à un lieu où il rencontre la
terre & l'eau pure, il se fait une chose pure. La semence
& le sperme de toutes choses est unique, néanmoins
il se procrée diverses choses, comme il appert par l'exemple
suivant: La semence de l'homme est une semence noble,
au moins crée pour la génération de l'homme, si
l'homme néanmoins en abuse, ce qui est en son libéral
arbitre, il en naît un avorton ou un Monstre, étant la
Nature unique, & la semence ne trouvant pas le lieu qui
lui est convenable: comme si par une inhumaine & détestable
commixtion des hommes avec les bêtes il naissait
diverses sortes d'animaux semblables aux hommes.
Car sans doute il arrive infailliblement que si le sperme
entre au centre, il en naît ce qu'il en doit naître, mais si
tôt qu'il est venu en un lieu certain, & qu'il le conçoit, il
ne change plus alors de forme. Toutefois tant que le
sperme est dans le centre, il se peut de lui aussi tôt créer
un
@

E N G E N E R A L 7

un arbre qu'un métal, une herbe qu'une pierre, & l'une
chose plus pure que l'autre, selon la pureté des lieux.
Mais il nous faut dire maintenant en quelle façon les Eléments
engendrent cette semence. Il faut donc noter
qu'ils sont quatre, deux desquels sont graves, & deux autres
légers: deux secs, & deux humides, toutefois l'un
extrêmement sec, & l'autre extrêmement humide, & en
outre sont masculins & féminins. Or un chacun d'iceux
est très prompt à produire choses semblables à soi en sa
sphère: car ainsi l'a voulu le très haut. Ces quatre ne
reposent jamais, mais agissent continuellement l'un en
l'autre, & un chacun pousse de soi, & par soi ce qu'il a
de plus subtil, & ont leur rendez vous général au centre,
& dans le centre est l'Archaeus serviteur de Nature, qui
venant à mêler ces spermes la les jette dehors. Or vous
pourrez voir plus a plein en la conclusion de ces douze
traités comment cela se fait.


------------------------------------------------------


De la vraie & première matière des métaux

T R A I T E' III.

L a première matière des métaux est double, mais néanmoins l'une sans l'autre ne crée point un métal, la première & la principale est une humidité de l'air mêlée avec chaleur, & cette humidité les Philosophes
l'ont appelée Mercure, lequel est gouverné par les
rayons du Soleil & de la Lune, en notre mer Philosophique,
la seconde est la chaleur de la terre qu'ils appellent
soufre, mais d'autant que tous les vrais Philosophes
l'ont caché le plus qu'ils ont pu, nous au contraire
l'expliquerons le plus clairement que nous pourrons,
principalement le poids, lequel ignoré tout est détruit,
& delà il arrive que plusieurs d'une bonne chose produisent
des avortons: car tels il y en a-il qui prennent tout
I 2 le
@

8 D E L A N A T U R E
le corps pour la matière ou semence, les autres n'en
prennent qu'un morceau, & tous se dévoient du droit
chemin: comme par exemple, si quelqu'un était si
idiot que de prendre le pied d'un homme & la main
d'une femme, & qu'il présumât de la pouvoir faire un
homme, il n'y a celui pour ignorant qu'il soit, qui ne juge
bien que cela est impossible, car en tout corps quelconque
il y a un centre & un lieu certain où le sperme se repose,
& est comme un point, comme environ la mille deux-
centième partie du corps, pour petit qu'il soit, voire
même en un grain de froment, & cela ne peut être autrement.
Aussi c'est folie de croire que tout le grain ou
tout le corps se converti en semence, il n'y en a qu'une
petite scintille, laquelle est préservée & gardée de toute
excessive chaleur & froideur par son corps, si tu as des
oreilles & de l'entendement prends garde ici, & tu seras
assuré contre ceux non seulement qui ignorent le vrai
lieu de la semence, & veulent prendre tout le corps au
lieu d'icelle, mais encore contre ceux qui s'amusent à
une vaine dissolution des métaux, se forçant de les dissoudre
tout entièrement, à fin de créer un nouveau métal
de leur mutuelle commixtion, mais les bonnes gens
s'ils considéraient le progrès de la Nature, ils verraient
clairement que la chose va bien autrement: Car il n'y
a métal si pur qu'il soit qu'il n'aie des impuretés, plus
toutefois l'un que l'autre; Toi donc, ami Lecteur,
prend garde au point de la Nature, & tu as assez,
mais tien cette maxime assuré qu'il ne faut point chercher
ce point aux métaux du vulgaire, car il n'y est
point, aussi sont-ils morts, & les nôtres au contraires vifs
& ayant esprit, & c'est ceux-là de par Dieu qu'il faut
prendre: car il faut que tu sache que la vie des métaux
n'est autre chose que le feu, cependant qu'ils sont encore
en leur première matière, & leur mort est le feu,
mais c'est le feu de fusion. Or la première matière des
métaux est une certaine humidité mêlée avec un air
chaud, en semblance* d'une eau grasse adhérente à une
chacune chose pure ou impure qu'elle soit: en un lieu
pourtant plus abondamment qu'en l'autre: ce qui se fait,
parce que la terre est en un endroit plus ouverte & poreuse,
& ayant une plus grande force attractive qu'en
un autre. Elle provient quelquefois & parait au jour
de
@

E N G E N E R A L 9

de soi même, mais vêtue de quelque robe, & principalement
aux endroits où elle n'a à quoi adhérer, & se
connaît ainsi, par ce que toute chose est composée de
trois principes. Mais en la matière des métaux elle est
unique & sans conjonction, excepté sa robe ou son ombre
qui est son soufre.


------------------------------------------------------


En quelle façon les métaux sont engendrés aux entrailles de la terre.

T R A I T E' IV.

L es métaux sont produits en cette façon. Après que les quatre Eléments ont poussé leur force dans le centre de la terre. l'Archaeus en distillant par la chaleur d'un mouvement perpétuel les sublime à la superficie
de la terre, car la terre est poreuse, & le vent en
distillant par les pores de la terre se résout en eau, d'ou
naissent toutes choses: sachent donc les enfants de
doctrine que le sperme des métaux n'est point divers du
sperme de toutes les choses qui sont au monde, qui est à
savoir une vapeur humide. C'est pourquoi les Alchimistes
en vain recherchent la réduction des métaux en
leur première matière, qui n'est autre chose qu'une vapeur.
Aussi les Philosophes n'ont point entendu cette
première matière, mais seulement la seconde, comme
dispute très bien Bernard Trévisan, combien qu'à la vérité
ce soit un peu obscurément, par ce qu'il parle des
quatre Eléments, il a néanmoins entendu cela: mais il
parle seulement aux fils de doctrine. Quand à moi, à fin
de découvrir plus ouvertement la Théorie, j'ai voulu
ici avertir tout le monde de laisser là tant de solutions,
tant de circulations, tant de calcinations, & réitérations,
puis que c'est en vain que l'on cherche cela en une chose
dure qui de soi est molle, & partant ne chercher donc
plus cette première matière, mais la seconde, à savoir telle
que si tôt qu'elle est conçue, elle ne peut changer de
I 3 forme
@

10 D E L A N A T U R E
forme: que si quelqu'un demande comme est-ce que le
métal se peut réduire en cette seconde matière, je réponds
que je suis en cela l'intention des Philosophes: mais j'y
insiste plus que les autres, à fin que les enfants de la science
entendent le sens des Auteurs & non pas les syllabes,
& que là où la Nature fait fin es corps parfaits métalliques,
là il faut que l'Art commence. Mais pour retourner
à notre propos (car nous n'entendons parler
ici seulement de la pierre) traitons un peu de la matière
des métaux. J'ai dit un peu auparavant que toutes
choses sont produites par un air liquide & vaporeux que
les Eléments distillent dans les entrailles de la terre par
un continuel mouvement, & si tôt que l'Archaeus le
prend, il le sublime par les pores, & le distribue par sa sagesse
à un chacun lieu, & ainsi par la variété des lieux les
choses proviennent & naissent diverses, comme nous avons
dit ci-dessus. Il y en a qui estime que le Saturne
a une semence, l'or une autre, & ainsi chaque métal, mais
cette opinion est vaine, car il n'y a qu'une unique semence,
tant au Saturne qu'en l'or, en l'argent, & au fer. Mais
le lieu de leur naissance a été cause de leur différence, si
tu m'entends comme il faut, encore que la Nature en la
procréation de l'argent a plutôt achevé son oeuvre que
en celle de l'or: Car quand cette vapeur que nous avons
dit est sublimée au centre de la terre, il est nécessaire
qu'elle passe par des lieux, ou secs, ou chauds, si elle passe
donc par des lieux chauds & purs, ou une certaine graisse
soufre adhère aux parois, alors icelle vapeur, laquelle
les Philosophes ont appelé leur Mercure, s'accommode
& se joint à cette graisse, laquelle elle sublime par après
avec soi, & de ce mélange se fait une certaine onctuosité,
qui laissant le nom de vapeur prend le nom de graisse,
& venant puis après à se sublimer en autres lieux qui ont
été nettoyés par la vapeur précédente, & la où la terre est
subtile, pure & humide, elle emplit les pores de cette terre,
& se joint à icelle, & ainsi il se fait de l'or. Que si cette
onctuosité ou graisse parvient à des lieux impurs &
froids, c'est là que s'engendre le Saturne, & si cette terre
est pure, mais mêlée de soufre alors s'engendre le Vénus:
Car tant plus le lieu est pur & net, & tant plus purs
sont les métaux qu'il procrée: Aussi il faut noter que cette
vapeur sort continuellement du centre à la superficie,
& en
@

E N G E N E R A L 11

& en allant elle purge les lieux: C'est pourquoi il arrive
qu'aujourd'hui se trouvent des mines là où il y a mille
ans qu'il n'y en avait point: car cette vapeur par son continuel
progrès subtilise toujours le cru & l'impur, tirant
aussi successivement le pur avec soi: & voilà la réitération
ou circulation de Nature, laquelle sublime tant
de fois, produisant choses nouvelles jusques à ce que le
lieu est entièrement bien dépuré, & tant plus il est nettoyé,
tant plus belles & nettes choses il produit. Mais
en hiver quand la froideur de l'air vient à resserrer la
terre, cette vapeur onctueuse vient à se congeler, puis retournant
le printemps elle se résout, se mêle avec la terre
& avec l'eau, & delà se fait la magnésie, tirant à soi
un semblable Mercure de l'air, qui donne vie à tous les
trois par les rayons du Soleil, de la Lune, & des Etoiles,
& ainsi sont produites les herbes, les fleurs, & choses
semblables, car la Nature ne demeure jamais un moment
de temps oisive: mais les métaux au contraire sont engendrés
en cette façon, par une longue distillation la terre est
purgée, puis à l'arrivée de cette vapeur onctueuse ou
graisse ils sont procréés, & non comme quelques uns
vainement estiment, interprétants en cela sinistrement les
écrits des Philosophes.


------------------------------------------------------


De la génération de toute sorte de pierre. T R A I T E' V.

L a matière des pierres est toute telle que des autres choses, & selon la pureté des lieux, elle naît de cette façon. Quand les quatre Eléments distille leur vapeur au centre de la terre, l'Archaeus la repousse
et sublime tellement que passant par les lieux &
par les pores de la terre, elle attire quant & soi toute
l'impureté de la terre jusques à la superficie, là où étant,
elle est par l'air congelée, parce que tout ce que l'air pur
engendre, il est congelé par l'air cru, aussi l'air a ingrès
dans l'air, & se joignent l'un l'autre, car Nature s'éjouit*
I 4 de
@

12 D E L A N A T U R E
de sa Nature, & ainsi se font les pierres et les rochers
pierreux, selon la grandeur ou petitesse des pores de la
terre, lesquels tant plus ils sont grands, & tant mieux est
purgé le lieux, car passant par ce soupirail une plus grande
chaleur, & une plus grande quantité d'eau, plus grande
en est la dépuration des lieux, desquels par ce moyen
plus commodément naissent les métaux, comme témoigne
l'expérience, & qui nous apprend qu'il ne faut
point chercher l'or ailleurs qu'es montagnes, parce que
difficilement se trouve-il dans les campagnes, qui sont
lieux ordinairement humides et marécageux, non à
cause de cette vapeur que j'ai dit, mais à cause de l'eau
Elémentaire, laquelle attire à soi la dite vapeur de telle
façon qu'ils ne se peuvent séparer, si bien que le Soleil
venant à la digérer, en fait de l'argile de laquelle usent
les potiers: mais aux lieux où il y a une grosse arène,
& cette vapeur n'a point de soufre conjoint avec
soi en ces lieux là, comme es prés elle crée des herbes
& du foin. Il y a encore d'autres pierres précieuses
comme le Diamant, le Rubis, l'Emeraude, Crisoperas,
l'Onyx, & l'Escarboucle, lesquelles sont engendrées en
este façon. Quand cette vapeur de Nature se sublime de
soi même sans ce soufre ou onctuosité que nous avons
dit, & qu'elle rencontre un lieu d'eau pure de sel, alors
se font les Diamants, & cela es lieux très froids, desquels
ne peut parvenir cette graisse, parce que si elle y arrivait
elle empêcherait cet effet. Car on sait bien que
l'esprit de l'eau se sublime facilement & à petite chaleur,
non pas l'huile ou graisse qui ne peut s'élever qu'à
force de chaleur & ce en lieux chauds, car combien
qu'elle procède du centre, il ne lui faut pourtant guères
de feu pour la congeler & la faire arrêter. Si bien que
la vapeur passant toujours, vient à se congeler dans l'eau
en petit grains et pierrettes. Mais c'est une autre question,
à savoir comment les couleurs se font es dites
pierres précieuses: Pour en résoudre il faut savoir que
c'est à cause du soufre, & en cette façon, si la graisse
du soufre est congelée, par ce mouvement perpétuel,
l'esprit de l'eau puis après le digère en passant, & le purifie
par la vertu du sel, jusques à ce qu'il soit coloré
d'une couleur digeste, rouge ou blanche, la quelle couleur
tendant toujours à sa perfection est élevée par tant
de
@

E N G E N E R A L 13

de distillations réitérées, que l'esprit qui a puissance de
pénétrer dans les choses imparfaites; y introduit la dite
couleur, qui se joint puis après à cette eau en partie
congelée, & ainsi elle remplit ses pores, et se fixe avec
elle d'une fixation inséparable. Car l'eau quelle qu'elle
soit est congelée par la chaleur, quand elle est sans esprit,
& si elle a des esprits, elle se congèle au froid: Mais qui
sait congeler l'eau au chaud, & joindre l'esprit avec
elle, il a certes trouvé une chose mille fois plus précieuse
que l'or, & que chose qui soit au monde: Faites donc
que l'esprit se sépare de l'eau, & qu'il se pourrisse, & que
le grain apparaisse, puis après rejetant là les fèces réduisez
l'esprit en eau, & les faites joindre ensemble, car
cette conjonction engendrera un rameau semblable en
forme & excellence à ses parents.


------------------------------------------------------


De la seconde matière, & de la putréfaction de toutes choses.

T R A I T E' VI.

N ous avons ci dessus traité de la première matière de toutes choses, & comme elles naissent par la Nature sans semence, c'est à dire, comme la Nature reçoit la matière des Eléments de laquelle
elle engendre la semence, maintenant nous parlerons
de la semence & des choses qui s'engendrent avec semence.
Toute chose donc qui a semence est multipliée
par icelle, mais sans doute cela ne se fait pas sans l'aide
de la Nature: car la semence en un corps n'est autre
chose qu'un air congelé, ou une vapeur humide: tellement
que si elle n'est résoute par une vapeur chaude,
elle est inutile. Que ceux qui recherchent l'art sachent
donc que c'est que la semence, à fin qu'ils ne
cherchent une chose qui n'est pas. Or est-il que la semence
est triple, & est engendrée des quatre Eléments.
La première espèce de semence est la minérale: le seconde
la végétable: la troisième l'animale.
I 5 La
@

Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfeseite Rückkehr. Flag Hjælp side Tilbage. Bandiera Guida Torna.