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Réfer. : AL0422
Auteur : Cosmopolite.
Titre : Novvelle Lvmière de la Physique Naturelle.
S/titre : Traictant de la constitution generale
des Elements simples & des composez.
Editeur : Abraham Pacard.
Date éd. : 1618 .


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C O S M O P O L I T E
o v N O V V E L L E L V M I E R E de la Physique naturelle.

Traictant de la constitution generale des Elements simples & des composez.

Traduit nouvellement de LATIN EN FRANÇOIS. Par le Sieur DE BOSNAY.
pict
A P A R I S
Chez A B R A H A M P A C A R D, ruë sainct Jacques, au sacrifice d'Abraham. --------------------------------
M. DC. XVIII.
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pict

A
M O N S E I G N E U R
M O N S E I G N E U R D E P U I S I E U X, C O N S E I L L E R du Roi en ses Conseils d'Etat & Privé, & Secrétaire de ses Commandements.

pict ONSEIGNEUR
On lit d'Aristipus, que quelque couleur qu'il prît en ses vêtements, que quelque sorte d'habits qu'il portât,
quoi qu'il dît, quoi qu'il fît, c'était avec
une extrême bienséance, ne pouvant offenser
ni en ses gestes, ni en ses paroles, voire
même les plus sévères & critiques. Aussi
répondit-il fort à propos, lorsqu'on lui dit
que Diogènes lui reprochait que s'il se voulait
contenter de vivre de pain, d'eau, & de
quelques herbes, il n'aurait que faire de
à ij
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2 E P I S T R E.
mendier la faveur des Rois, ni bâtir sa fortune
en l'esclavage de sa liberté.

----Si sciret inquit regibus vti Non pranderet olus.
parlant & se moquant de Diogènes. Car
à la vérité qui sait user des choses en leur
biais, & en leur vrai sens, il ne peut ni offenser
ni être offensé de personne. Ce discours
me servira Monseigneur, comme d'excuse,
pour adoucir ce qu'il y aurait de témérité
en moi, vous adressant ces Traités de
la Philosophie Chimique, comme abhorrant
de la profession à laquelle il a plu à Dieu
vous appeler, car une Ame bien née, une Ame
haute, une Ame relevée, prend toutes choses ainsi qu'il
faut, ne se déprime, ne s'élève, &
ne s'ébranle de rien, demeurant toujours
ferme & stable sur la solidité de son cube,
vrai hiéroglyphique de la vertu. D'ailleurs,
cette partie de la science naturelle, bien qu'elle
soit vilipendée, & méprisée par les ignorants,
& honnie, & décriée par les méchancetés
& faussetés des Pseudo-philosophes,

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E P I S T R E. 3
Charlatans, affronteurs & trompeurs, elle a
néanmoins en soi, en son intérieur, en sa vérité,
c'est-à-dire en son vrai biais, je ne sais
quoi de haut, je ne sais quoi de sublime, je
ne sais quoi de céleste, digne d'être su, digne
d'être admiré par ces belles âmes, par ces
rares esprits que Dieu fait naître parmi
nous comme grands luminaires, pour éclairer
nos obscurités, & auxquels tout est bienséant
quelque couleur, & quelque habit
qu'ils portent, ne pouvant offenser personne,
ni être offensés de quelque chose que ce soit.
Je prends donc la hardiesse, Monseigneur, avec cette précaution de faire voir au public
cette version en langage vulgaire, & pour la
seconde édition, sous la faveur & protection
de votre nom, non que je croie que vous
ayez jamais appliqué votre esprit, ou occupé
votre main à la recherche, & pratique
de cette plus que douteuse science (& qui
croirait aussi que vos plus graves, & sérieuses
occupations, vous en donnassent le loisir?)
mais pour ce que j'ai estimé, nec vana fides,
à iij
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4 E P I S T R E.
que votre rare esprit, que votre haut jugement,
pourrait plus équitablement juger du
fonds de cette doctrine, & plus facilement
digérer les aigreurs & amertumes qui se lisent
en ses axiomes, & finalement prendre le
tout selon son vrai biais, & son vrai sens.
Quoi que ce soit, vous prendrez s'il vous
plaît en bonne part ma bonne volonté, ne la
mesurant pas selon la vilité ou bassesse du
sujet, mais selon la candeur & sincérité de
mon affection, pour demeurer à jamais,

M O N S E I G N E V R,

Votre très humble & très obéissant serviteur. DE BOSNAY.
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pict

P R E F A C E.

Aux vrais, & naïfs Inquisiteurs de l'Art
Chimique, & enfants légitimes d'Hermès.

pict ONSIDERANT en moi-même
(Lecteurs bénévoles) combien de livres faux, combien de fausses recettes fabriquées & composées par les imposteurs
de ce temps, tombent entre les mains,
& viennent à la connaissance des indagateurs
& curieux des choses naturelles & occultes,
par lesquels faux livres plusieurs par
le passé ont été trompés, & le sont encore
pour le jourd'hui ceux qui vivent. J'ai estimé
que je ne pouvais rien faire de plus utile
& profitable aux vrais fils & héritiers de la
science, que de leur communiquer le Talent
qu'il a plu à ce grand Dieu père des lumières
me donner à fiance, & comme en dépôt,
afin que nos neveux croient, & connaissent
quelque jour, que cette bénédiction singulière
de la science Philosophique a été
octroyée à quelques signalés personnages,
à iiij
@

P R E F A C E.
non seulement ès siècles passés, mais encore
pendant nos jours. Je n'ai point été d'avis,
pour certaines causes de publier mon nom,
desquelles la principale est, que en ceci je ne
recherche point d'être loué & estimé, mais
seulement le profit & utilité des amateurs de
la Philosophie. Aussi je laisse librement cette
avidité de gloire à ceux qui aiment mieux
sembler être gens de bien, que de l'être
tout à fait. Or ce que j'écris ici pour assertion
& attestation de la vérité indubitable
de la Philosophie, bien que ce soit en peu de
paroles; le tout dis-je a été tiré de l'expérience
manuelle que j'en ai faite, par la grâce du
Très-haut, ce que je dis afin que les curieux
& affectionnés à cette louable science, ne
délaisse jamais l'exercice, & pratique de si
belles choses, & par même moyen je les puisse
assurer à l'encontre de cette misérable troupe
de Charlatans, trompeurs, & vendeurs de fumée,
à qui rien n'est si doux que de tromper.
Ce ne sont point des songes comme parle le
vulgaire ignorant. Ce ne sont point de vains
Commentaires de quelques esprits oiseux,
comme les fols estiment, que cette science.
C'est la pure & même vérité, laquelle comme
amateur d'icelle, je n'ai pu ni du celer
ni cacher, & moins passer sous silence, pour

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P R E F A C E.
le support, & confirmation de la science
Chimique, tant décriée sans l'avoir mérité,
bien que néanmoins la vérité ne puisse sortir
en public qu'avec grande crainte en ce
temps & règne malheureux, où le vice & la
vertu marchent à l'égal, & où l'ingratitude,
& l'infidélité rendent les hommes indignes
de ce grand trésor. Il est bien vrai que je
pourrais mettre en jeu plusieurs graves auteurs
pour témoins de sa certitude, selon
le commun & unanime consentement de
toute la vénérable antiquité, consentement
dis-je, univoque, bien que tiré de plusieurs
& diverses nations: Mais ce qui est attesté & confirmé
par l'expérience n'a besoin d'autre
preuve. Il n'y a pas longtemps, & j'en parle
comme savant, que plusieurs de grande &
basse qualité, ont vu cette Diane toute nue.
Et combien qu'il se trouve certains hommes
mal nés, qui par envie ou par malice, ou de
crainte que leurs impostures ne soient découvertes,
crient incessamment, que par un
certain artifice, qu'ils couvrent sous une vaine
ostentation de paroles fastueuses & ampoulées,
l'on peut tirer l'âme de l'or, qu'ils
appellent teinture, & être remise par projection
sur un autre corps, ce qui ne se fait, s'il
se fait, qu'avec un grand détriment, & une

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P R E F A C E.
grande perte de temps, de labeur, & d'argent.
Il faut néanmoins que tous les fils d'Hermès
sachent, & tiennent pour certain, que
cette telle quelle extraction d'âme qu'ils appellent
soit de Sol, soit de Lune, par quelque
voie sophistique qu'elle se fasse, n'est autre
chose que vaine persuasion, ce que plusieurs
ne croient pas, mais ils sont contraints
de le croire par l'expérience seule & vraie
maîtresse de la vérité, & c'est à leur dommage.
Au contraire, quiconque pourra sans
dol ni sans fraude teindre réellement le
moindre métal du monde, soit avec profit,
soit sans profit, en couleur de Sol ou de Lune,
demeurant & résistant à toute sorte
d'examens: je peux hardiment assurer que
les portes de la Nature sont ouvertes à celui-là
pour rechercher plus outre, & de plus
hauts secrets, & mêmes les acquérir, avec la
grâce & bénédiction de Dieu. Or est-il que
j'offre donc ces Traités ci aux enfants de la
science, afin que étudiant, & mettant toute
leur cogitation, & force d'esprit, à la recherche
des occultes opérations de la Nature, ils
puissent connaître au vrai la vérité des
choses, & la Nature même, en quoi seulement
consiste toute la perfection de ce saint
Art Philosophique, pourvu qu'on chemine

@

P R E F A C E.
par le chemin Royal, c'est-à-dire par le chemin
que la Nature nous montre en toutes
ses opérations. Et c'est pourquoi j'admoneste,
& avertis ici le Lecteur bénévole,
qu'il ne juge point de mes écrits selon l'écorce
& sens extérieurs des paroles, mais plutôt
par la force de la Nature, de peur qu'il
ne déplore à la fin son bien, son temps, & son
labeur, considérant que cette science n'est
point une science de fols & d'ignorants, mais
une science des Sages, desquels l'intention
est toute autre que ne la peuvent comprendre,
tous ces glorieux Trasons, tous ces doctes
moqueurs, tous ces hommes vicieux, &
pervers, qui ne se pouvant mettre en réputation
par leurs propres vertus, tâchent de
le faire en calomniant les autres, ni tous ces
vagabonds & ignorants souffleurs, qui ont jà
presque trompé tout le monde avec leurs
blanchissements & rubification, non sans
très grande diffamation & ignominie de cette
noble science. Car c'est un don de Dieu,
& est très certain qu'on n'y peut parvenir si
ce n'est par la grâce de Dieu, qui vienne à illuminer
l'esprit de celui qu'il connaît véritablement
être humble & patient, ou bien
par la révélation & démonstration d'un
maître fidèle & expert, c'est pourquoi Dieu

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P R E F A C E.
rejette toujours à bon droit ceux qui sont
hors de sa crainte. Au reste, je prie instamment
tous les fils de l'Art, qu'ils prennent en
bonne part l'envie que j'ai de leur faire plaisir,
& lors qu'ils auront fait Manifeste ce qui
est Occulte, & qu'ils seront arrivés au port
désiré par la grâce de Dieu, & par leur labeur
constant, ils chassent de leur compagnie
tous les indignes (selon l'exemple de tous
les Philosophes) c'est-à-dire, tous les méchants,
& se ressouvenant de leur prochain
pauvre & incommodé, se ressouvenant dis-je
de leur prochain d'une ressouvenance qui
soit selon la crainte de Dieu, & sans ostentation,
ils chantent louanges éternelles, à Dieu
trois fois très grand auteur de ce don spécial
qu'il leur a relevé, usant d'icelui sans
abus, & cachant dans leur sein sans en faire
semblant.

La simplicité est le vrai seau de la vérité.

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pict

T A B L E O U S O M M A I R E
des Traités du Cosmopolite, ou nouvelle lumière Chimique.

I. D e la Nature, que c'est que la Nature, & quels doivent être les scrutateurs d'icelle. II. Quelle est l'opération de la Nature en ce que nous nous proposons, & touchant le sperme que nous cherchons. III. De la vraie & première matière des métaux. IIII. De la génération des métaux, & comme elle se
fait dans les entrailles de la terre. V. De la génération de toutes les espèces de pierres. VI. De la seconde matière, & comme les choses se putréfient. VII. De la vertu de la seconde matière.
VIII. De l'Art, & en quelle façon la nature travaille
sur la semence. IX. Du mélange & commixtion des métaux, & en quelle manière il faut tirer la semence métallique. X. De la génération super-naturelle du fils du Soleil. XI. De la pratique & confection de la pierre, &
comment il faut faire la teinture selon l'Art.
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XII. De la pierre & de sa vertu. Epilogue, Sommaire, & conclusion des douze Traités ci-dessus. Enigme Philosophique du même auteur. Dialogue de Mercure, de l'Alchimiste, & de Nature.
pict
DE LA
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1 pict

D E L A N A T U R E E N général. Que c'est que la Nature, & quels doivent être les scrutateurs d'icelle.
T R A I T E' I.

pict LUSIEURS hommes sages & très
doctes ont par ci-devant (voire même selon le témoignage d'Hermès devant le déluge) écrit plusieurs préceptes
touchant la confection de la pierre des Philosophes,
& nous en ont laissé tant d'écrits,
que si la Nature ne faisait tous les jours devant
nos yeux des effets admirables, & lesquelles
nous ne pouvons nier, je crois qu'il
n'y aurait personne qui estimât qu'il y eu
une Nature au monde, vu la multitude des
inventions & des inventeurs qui sont en ce
temps. Aussi nos prédécesseurs sans s'amuser
à ces vaines recherches, ne considéraient autre
chose que la Nature & la possibilité ou
puissance d'icelle. Et bien qu'ils aient demeuré
A
@

2 D E L A N A T U R E
en cette voie simple de Nature, ils
ont néanmoins trouvé tant de choses, qu'à
grand peine les pourrions-nous imaginer
avec toutes nos subtilités multitude d'inventions.
Et ce qui est cause de cela, c'est que
la Nature & la génération ordinaire des choses
qui croissent sur la terre, nous semble trop
simple & de trop peu d'effet pour y employer
la pointe de notre intellect, qui ne
s'exerce cependant qu'à imaginer des choses
subtiles, non qui nous soient connues, mais
qui ne se peuvent faire, ou difficilement se
peuvent faire. C'est pourquoi il ne se faut
émerveiller s'il nous arrive d'excogiter plus
facilement quelques certaines subtilités,
voire telles qu'à la vérité les vrais Philosophes
n'eussent pu presque imaginer, que de
parvenir au vrai cours de la Nature & à leur
intention. Mais quoi? telle est l'humeur naturelle
des hommes de ce siècle, telle est leur
inclination, de négliger ce qu'ils savent, &
rechercher toujours plus outre quelque
chose de nouveau: que feront donc les entendements
humains, auxquels la Nature est
sujette? Comme pour exemple, vous verrez
un artisan qui aura recherché la perfection
de son art, il en cherchera un autre, ou bien
passera plus outre, ou le laissera là du tout.

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E N G E N E R A L. 3

Ainsi la généreuse Nature agit sans intermission,
jusques à son Iliade, c'est-à-dire, jusques
à son dernier terme, & puis cesse. Car dès le
commencement lui a été concédé de s'améliorer
en son cours, & posséder enfin un
repos solide & entier, auquel pour cet effet
elle tend de tout son pouvoir, se réjouissant
de sa fin, comme les fourmis se réjouissent
de leur vieillesse, qui leur donne des
ailes à la fin de leurs jours. De même façon
nos esprits ont procédé si avant, principalement
en l'art & pratique Philosophique,
que nous en sommes presque venus jusques
à l'Iliade ou dernier but. Car les Philosophes
de maintenant ont trouvé de telles subtilités,
qu'il est presque impossible d'en trouver
de plus grandes, & diffèrent de l'art des anciens
Philosophes, comme l'horlogerie est
différente de la simple serrurerie. Car combien
que le serrurier & l'horloger manient le
fer tous deux, & qu'ils soient maîtres en leur
art, l'un néanmoins ignore l'artifice de l'autre.
Si bien que je m'assure que si Hermès,
Geber, & Lulle, subtils & profonds Philosophes,
étaient maintenant au monde, ils ne
seraient estimés par ceux du jourd'hui que
pour disciples, à grand' peine pour Philosophes,
tant est vaine notre présomption.
A ij
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4 D E L A N A T U R E
Aussi, sans doute, ces grands hommes là
ignoraient tant d'inutiles distillations, usitées
aujourd'hui, tant de circulations, tant de
calcinations, & tant de vaines opérations que
nos modernes ont inventées, n'ayant pas
bien reconnu la lecture des livres de ces
bons & doctes personnages anciens. Ainsi
ces modernes n'ont manqué que d'une chose,
c'est de savoir seulement ce que les Anciens
ont su, qui est la teinture Physique.
Et au contraire, extravagants qu'ils sont, en
la cherchant ils rencontrent autre chose:
mais n'était que tel est l'instinct naturel de
l'homme, & que la nature n'usât en ceci de
son droit, à grand'peine nous dévoierions
nous. Pour retourner donc à notre propos,
j'ai promis en ce premier Traité d'expliquer
la Nature, afin que nos vaines imaginations
ne nous détournent de la vraie &
simple voie. Je dis donc que la Nature est
une, vraie, simple, entière en son être, & laquelle
Dieu a constituée devant tous les siècles,
& lui a enclos un certain esprit universel.
Il faut néanmoins noter que le terme de
la Nature est Dieu, comme il en est le principe,
car toute chose finit en ce en quoi elle a
pris son être & son commencement. J'ai dit
qu'elle est unique, & par laquelle Dieu fait

@

E N G E N E R A L. 5

tout ce qu'il fait, non que je dise qu'il ne pût
rien faire sans elle (car c'est lui qui l'a faite, &
il est Tout-puissant) mais il lui a plu ainsi: &
il l'a fait. Toutes choses proviennent de cette
seule & unique Nature, & n'y a rien en toute
la terre hors icelle Nature. Que si quelquefois
nous voyons arriver des avortons, c'est
la faute du lieu ou de l'artisan, & non pas de la
Nature. Or cette Nature est divisée en quatre
principales régions ou lieux où elle fait
tout ce qui se voit, & tout ce qui est caché:
car sans doute toutes choses sont plutôt à
l'ombre & cachées, que véritablement elles
apparaissent: Elle se change au mâle & à la femelle,
& est accomparée au Mercure, pour ce
qu'elle se joint à divers lieux, & selon les
lieux de la terre bons ou mauvais, elle produit
chaque chose, bien qu'à la vérité il n'y
ait point de mauvais lieux en terre comme
il nous semble. Il y a quatre qualités élémentées
en toutes choses, lesquelles ne sont jamais
d'accord, car l'une excède toujours l'autre.
Notez donc que la Nature n'est point visible,
bien qu'elle agisse visiblement, car ce n'est
qu'un esprit volatil, qui fait son office ès corps,
& a son siège & son lieu en la volonté divine.
Et en cet endroit elle ne nous sert d'autre
chose sinon afin que nous sachions connaître
A iij
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6 D E L A N A T U R E
les lieux d'icelle, & principalement
ceux qui lui sont plus proches & plus convenables,
& afin que nous sachions conjoindre
les choses ensembles selon la Nature,
de peur de conjoindre le bois à l'homme ou
le boeuf avec le métal, mais au contraire qu'un
semblable agisse sur son semblable, car alors
la Nature ne faillira de faire son office. Or le
lieu de la Nature n'est ailleurs qu'en la volonté
de Dieu comme nous avons dit.
Les scrutateurs de Nature doivent être tels qu'elle est, vrais, simples, patients, constants,
&c. & ce qui est le principal point,
pieux, craignant Dieu, & ne nuisant aucunement
à leur prochain, puis après qu'ils considèrent
si ce qu'ils se proposent est selon la
Nature, s'il est possible & faisable, & cela
qu'ils l'apprennent par exemples apparents, à
savoir avec quoi se fait toutes choses, comment
& avec quel vaisseau Nature travaille.
Car si simplement tu veux faire quelque
chose comme fait la Nature, suis-la, mais si
tu veux faire quelque chose de plus excellent,
regarde en quoi & par quoi elle l'améliore,
& tu trouveras que c'est toujours
avec son semblable. Comme pour exemple,
si tu veux étendre la nature intrinsèque de
quelque métal plus outre que la Nature, il te

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E N G E N E R A L. 7

faut prendre Nature métallique, & ce encore
au mâle & en la femelle, autrement tu ne
feras rien. Car si tu penses faire un métal d'une
herbe tu travailleras en vain, comme aussi
d'un chien tu ne saurais produire un arbre.

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De l'opération de la Nature en notre proposition & semence.

T R A I T E' II.

J 'AI dit ci-dessus que la Nature est unique,
vraie, & par tout apparente, continue, qu'elle est connue par les choses qu'elle
produit, comme bois, herbes, &c. Je vous
ai dit aussi que le scrutateur d'icelle doit
être de même, véritable, simple, patient,
constant, & appliquant son esprit à une chose
tant seulement. Il faut maintenant parler
de l'action de la Nature. Or notez que tout
ainsi comme la Nature est en la volonté de
Dieu, & que Dieu l'a créée & l'a mise en toute
imagination, de même la Nature s'est faite
une semence ès Eléments procédant de
sa volonté: la vérité est qu'elle est unique, &
toutefois elle produit choses diverses, mais
néanmoins elle ne produit rien sans sperme.
A iiij
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8 D E L A N A T U R E
Car la Nature fait tout ce que veut le
sperme, & elle n'est que comme l'instrument
de quelque artisan. Le sperme donc d'une
chacune chose est plus duisant & plus utile à
l'artiste que la Nature: car par la nature seule
vous ne ferez non plus sans sperme qu'un
orfèvre pourrait faire sans feu, ou le laboureur
sans grains. Ayez donc cette semence
ou sperme, & sans doute la Nature sera prête
de faire son devoir soit à mal soit à bien.
Elle agit sur le sperme comme Dieu sur la libre
volonté de l'homme. Et en cela il me
semble qu'il y a un grand miracle, que la Nature
obéisse à la semence, non forcée toutefois,
mais de sa propre volonté, comme
aussi Dieu accorde à l'homme tout ce qu'il
veut, non forcé toutefois, mais de sa libre
volonté. Et c'est pourquoi il a donné à
l'homme le libéral arbitre, soit au bien soit
au mal. Le sperme donc c'est l'Elixir ou la
quintessence d'une chacune chose, ou bien
encore la parfaite & accomplie décoction
& digestion d'une chacune chose ou le baume
du soufre, qui est une même chose
que l'humide radical des métaux. Nous
pourrions à la vérité ici faire un grand &
ample discours de ce sperme, mais nous ne
voulons tendre à autre chose qu'a ce que

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E N G E N E R A L. 9

nous avons proposé. En cet art les quatre
Eléments donc engendrent ce sperme par la
volonté de Dieu & par l'imagination de la
nature: car tout ainsi comme le sperme de
l'homme à son centre ou réceptacle convenable
dans les reins, de même les quatre Eléments,
par un mouvement infatigable & perpétuel,
chacun selon sa qualité, jetteront leur
sperme au centre de la terre où il est digéré,
& par le mouvement poussé dehors. Mais
quant au centre de la terre, c'est un certain lieu
vague où rien ne peut reposer en l'excentre
(s'il faut ainsi parler) ou à la marge & circonférence
du centre, les quatre Eléments jettent
leurs qualités: comme l'homme jette sa semence
dans l'habitacle de la femme, dans lequel
il ne demeure rien de la semence, mais
après que la matrice en a pris une due portion,
elle jette le reste dehors. De même arrive-t-il
au centre de la terre, que la force Magnétique
ou Aimantine de la partie de quelque
lieu attire à soi ce qui lui est propre
pour engendrer quelque chose, le reste elle le
pousse dehors pour en faire des pierres & autres
excréments. Car toutes choses ont leur
origine de cette fontaine, & rien ne naît en
tout le monde que par l'arrosement de ses
ruisseaux. Comme pour exemple, que l'on mette

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10 D E L A N A T U R E
sur une table bien polie un vaisseau plein
d'eau lequel soit colloqué au milieu d'icelle,
& à l'environ qu'il y ait plusieurs choses &
plusieurs couleurs, & entre autres choses
qu'il y ait du sel, & chaque chose séparément
colloquée: puisque l'on épanche l'eau, vous
la verrez couler deçà & delà, & que ce ruisseau-ci
venant à rencontrer la couleur rouge
se rubifiera avec icelle, celui-là passant
par le sel deviendra salé & ainsi des autres:
car la vérité est que l'eau ne change point les
lieux, mais la diversité des lieux change l'eau.
De même la semence ou sperme jeté par
les quatre Eléments au centre de la terre,
passe par divers lieux, tellement que chaque
chose naît selon la diversité des lieux: si il
parvient à un lieu ou il rencontre la terre &
l'eau pure, il se fait une chose pure. La semence
& le sperme de toutes choses est unique,
néanmoins il se procrée diverses choses,
comme il appert par l'exemple suivant:
La semence de l'homme est une semence noble,
au moins créée pour la génération de
l'homme, si l'homme néanmoins en abuse,
ce qui est en son libéral arbitre, il en naît un
avorton ou un Monstre, étant la Nature
unique, & la semence ne trouvant pas le lieu
qui lui est convenable: comme si par une inhumaine

@

E N G E N E R A L. 11

& détestable commixtion des
hommes avec les bêtes il naissait diverses
sortes d'animaux semblables aux hommes.
Car sans doute il arrive infailliblement que
si le sperme entre au centre, il en naît ce qu'il
en doit naître, mais si tôt qu'il est venu en
un lieu certain, & qui le conçoit, il ne change
plus alors de forme. Toutefois tant que le
sperme est dans le centre, il se peut de lui
aussi tôt créer un arbre qu'un métal, une
herbe qu'une pierre, & l'une chose plus pure
que l'autre, selon la pureté des lieux. Mais il
nous faut dire maintenant en quelle façon
les Eléments engendrent cette semence. Il
faut donc noter qu'ils sont quatre, deux desquels
sont graves, & deux autres légers: deux
secs, & deux humides, toutefois l'un extrêmement
sec, & l'autre extrêmement humide,
& en outre sont masculins & féminins.
Or un chacun d'iceux est très prompt à produire
choses semblables à soi en sa sphère;
car ainsi l'a voulu le Très-haut. Ces quatre
ne reposent jamais, mais agissent continuellement
l'un en l'autre, & un chacun pousse de
soi, & par soi ce qu'il a de plus subtil, & ont
leur rendez-vous général au centre, & dans
le centre est l'Archaeus serviteur de Nature
qui venant à mêler ces spermes là les jette

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12 D E L A N A T U R E
dehors. Or vous pourrez voir plus à plein en
la conclusion de ces douze traités comment
cela se fait.

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De la vraie & première matière des métaux
T R A I T E' III.

L A première matière des métaux est double, mais néanmoins l'une sans l'autre ne crée point un métal, la première & la principale
est une humidité de l'air mêlée avec
chaleur, & cette humidité les Philosophes
l'ont appelée Mercure, lequel est gouverné
par les rayons du Soleil & de la Lune, en notre
mer Philosophique, la seconde est la
chaleur de la terre qu'ils appellent soufre,
mais d'autant que tous les vrais Philosophes
l'ont caché le plus qu'ils ont pu, nous
au contraire l'expliquerons le plus clairement
que nous pourrons, principalement le poids,
lequel ignoré tout est détruit, & de là il arrive
que plusieurs d'une bonne chose produisent
des avortons: car tels il y en a-t-il qui prennent
tout le corps pour la matière ou semence,
les autres n'en prennent qu'un morceau,

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E N G E N E R A L. 13

& tous se dévoient du droit chemin:
comme par exemple, si quelqu'un était si
idiot que de prendre le pied d'un homme & la
main d'une femme, & qu'il présumât de là
pouvoir faire un homme, il n'y a celui pour
ignorant qu'il soit, qui ne juge bien que cela est
impossible, car en tout corps quelconque il y
a un centre & un lieu certain où le sperme se
repose, & est comme un point, comme environ
la mille deux centième partie du corps,
pour petit qu'il soit, voire même en un grain
de froment, & cela ne peut être autrement.
Aussi c'est folie de croire que tout le grain
ou tout le corps se convertît en semence, il
n'y en a qu'une petite scintille, laquelle est
préservée & gardée de toute excessive chaleur
& froideur par son corps, si tu as des
oreilles & de l'entendement prends garde ici,
& tu seras assuré contre ceux non seulement
qui ignorent le vrai lieu de la semence, &
veulent prendre tout le corps au lieu d'icelle,
mais encore contre ceux qui s'amusent à
une vaine dissolution des métaux, s'efforçant
de les dissoudre tout entièrement, afin de
créer un nouveau métal de leur mutuelle
commixtion, mais les bonnes gens s'ils considéraient
le progrès de la Nature, ils verraient
clairement que la chose va bien autrement:

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14 D E L A N A T U R E
Car il n'y a métal si pur qu'il soit qu'il n'ait
des impuretés, plus toutefois l'un que l'autre;
Toi donc, ami Lecteur, prends garde
au point de la Nature, & tu as assez, mais
tiens cette maxime assurée qu'il ne faut point
chercher ce point aux métaux du vulgaire,
car il n'y est point, aussi sont-ils morts, & les
nôtres au contraire vifs & ayant esprit, &
c'est ceux-là de par Dieu qu'il faut prendre:
car il faut que tu saches que la vie des métaux
n'est autre chose que le feu, cependant
qu'ils sont encore en leur première matière,
& leur mort est le feu, mais c'est le feu de fusion.
Or la première matière des métaux est
une certaine humidité mêlée avec un air
chaud, en semblance d'une eau grasse adhérente
à une chacune chose pure ou impure
qu'elle soit: en un lieu pourtant plus abondamment
qu'en l'autre: ce qui se fait, parce
que la terre est en un endroit plus ouverte &
poreuse, & ayant une plus grande force attractive
qu'en un autre. Elle provient quelquefois
& paraît au jour de soi-même,
mais vêtue de quelque robe, & principalement
aux endroits où elle n'a à quoi adhérer,
& se connaît ainsi, par ce que toute chose
est composée de trois principes. Mais en la
matière des métaux elle est unique & sans

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E N G E N E R A L. 15

conjonction, excepté sa robe ou son ombre
qui est son soufre.

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En quelle façon les métaux sont engendrés aux entrailles de la terre.
T R A I T E' IV.

L ES métaux sont produits en cette façon. Après que les quatre Eléments ont poussé leur force dans le centre de la terre, l'Archaeus
en distillant par la chaleur d'un mouvement
perpétuel les sublime à la superficie
de la terre, car la terre est poreuse, & le vent
en distillant par les pores de la terre se résout
en eau, d'où naissent toutes choses: sachent
donc les enfants de doctrine que le sperme
des métaux n'est point divers du sperme
de toutes les choses qui sont au monde, qui
est à savoir une vapeur humide. C'est pourquoi
les Alchimistes en vain recherchent la
réduction des métaux en leur première matière,
qui n'est autre chose qu'une vapeur.
Aussi les Philosophes n'ont point entendu
cette première matière, mais seulement la seconde,
comme dispute très bien Bernard
Trévisan, combien qu'à la vérité ce soit un

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16 D E L A N A T U R E
peu obscurément, par ce qu'il parle des quatre
Eléments, il a néanmoins entendu cela:
mais il parle seulement aux fils de doctrine.
Quant à moi, afin de découvrir plus ouvertement
la Théorique, j'ai voulu ici avertir
tout le monde de laisser là tant de solutions,
tant de circulations, tant de calcinations,
& réitérations, puisque c'est en vain
que l'on cherche cela en une chose dure qui
de soi est molle, & partant ne cherchez donc
plus cette première matière, mais la seconde,
à savoir telle que si tôt qu'elle est conçue,
elle ne peut changer de forme: que si quelqu'un
demande comme est-ce que le métal
se peut réduire en cette seconde matière, je
réponds que je suis en cela l'intention des
Philosophes: mais j'y insiste plus que les autres,
afin que les enfants de la science entendent
le sens des Auteurs & non pas les syllabes,
& que là où la Nature fait fin ès corps
parfaits métalliques, là il faut que l'Art commence.
Mais pour retourner à notre propos
(car nous n'entendons parler ici seulement
de la pierre) traitons un peu de la matière
des métaux. J'ai dit un peu auparavant que
toutes choses sont produites par un air liquide
& vaporeux que les Eléments distillent
dans les entrailles de la terre par un continuel
nuel
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E N G E N E R A L. 17

mouvement, & si tôt que l'Archaeus le
prend, il le sublime par les pores, & le distribue
par sa sagesse à un chacun lieu, & ainsi
par la variété des lieux les choses proviennent
& naissent diverses, comme nous avons
dit ci-dessus. Il y en a qui estime que le Saturne
a une semence, l'or une autre, & ainsi
chaque métal, mais cette opinion est vaine,
car il n'y a qu'une unique semence, tant au
Saturne qu'en l'or, en l'argent, & au fer. Mais
le lieu de leur naissance a été cause de leur
différence, si tu m'entends comme il faut, encore
que la Nature en la procréation de
l'argent a plutôt achevé son oeuvre que en
celle de l'or: Car quand cette vapeur que nous
avons dit est sublimée au centre de la terre, il
est nécessaire qu'elle passe par des lieux, ou
secs, ou chauds, si elle passe donc par des lieux
chauds & purs, ou une certaine graisse de
soufre adhère aux parois, alors icelle vapeur,
laquelle les Philosophes ont appelé
leur Mercure, s'accommode & se joint à cette
graisse, laquelle elle sublime par après avec
soi, & de ce mélange se fait une certaine onctuosité,
qui laissant le non de vapeur prend le
nom de graisse, & venant puis après à se sublimer
en autres lieux qui ont été nettoyés
par la vapeur précédente, & là où la terre est
B
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18 D E L A N A T U R E
subtile, pure & humide, elle emplit les pores
de cette terre, & se joint à icelle, & ainsi il se
fait de l'or. Que si cette onctuosité ou graisse
parvient à des lieux impurs & froids, c'est
là que s'engendre le Saturne, & si cette terre
est pure, mais mêlée de soufre alors s'engendre
le Vénus: Car tant plus le lieu est pur
& net, & tant plus purs sont les métaux qu'il
procrée: Aussi il faut noter que cette vapeur
sort continuellement du centre à la superficie,
& en allant elle purge les lieux: C'est pourquoi
il arrive qu'aujourd'hui se trouvent
des mines là où il y a mille ans qu'il n'y en
avait point: car cette vapeur par son continuel
progrès subtilise toujours le cru &
l'impur, tirant aussi successivement le pur
avec soi: & voilà la réitération ou circulation
de Nature, laquelle sublime tant de fois,
produisant choses nouvelles jusques à ce
que le lieu est entièrement bien dépuré, &
tant plus il est nettoyé, tant plus belles & nettes
choses il produit. Mais en Hiver quand
la froideur de l'air vient à resserrer la terre,
cette vapeur onctueuse vient à se congeler,
puis retournant le Printemps elle se résout,
se mêle avec la terre & avec l'eau, & delà se
fait la magnésie, tirant à soi un semblable
Mercure de l'air, qui donne vie à tous les

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E N G E N E R A L. 19

trois par les rayons du Soleil, de la Lune, &
des Etoiles, & ainsi sont produites les herbes,
les fleurs, & choses semblables, car la Nature
ne demeure jamais un moment de temps
oisive: mais les métaux au contraire sont engendrés
en cette façon, par une longue distillation
la terre est purgée, puis à l'arrivée de
cette vapeur onctueuse ou graisse ils sont
procréés, & non comme quelques-uns vainement
estiment, interprétant en cela sinistrement
les écrits des Philosophes.

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De la génération de toute sorte de pierre. T R A I T E' V.

L A matière des pierres est toute telle que des autres choses, & selon la pureté des lieux, elle naît de cette façon. Quand les
quatre Eléments distillent leur vapeur au
centre de la terre, l'Archaeus la repousse &
sublime tellement que passant par les lieux
& par les pores de la terre, elle attire quant &
soi toute l'impureté de la terre jusques à la
superficie, là où étant, elle est par l'air congelée,
parce que tout ce que l'air pur engendre,
il est congelé par l'air cru, aussi l'air a ingrès
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20 D E L A N A T U R E
dans l'air, & se joignent l'un l'autre, car
Nature s'éjouit de sa Nature, & ainsi se font
les pierres & les rochers pierreux, selon la
grandeur ou petitesse des pores de la terre,
lesquels tant plus ils sont grands, & tant mieux
est purgé le lieu, car passant par ce soupirail
une plus grande chaleur, & une plus grande
quantité d'eau, plus grande en est la dépuration
des lieux, auxquels par ce moyen plus
commodément naissent les métaux, comme
témoigne l'expérience, & qui nous apprend
qu'il ne faut point chercher l'or ailleurs
qu'ès montagnes, parce que difficilement se
trouve-t-il dans les campagnes, qui sont lieux
ordinairement humides & marécageux,
non à cause de cette vapeur que j'ai dit, mais
à cause de l'eau Elémentaire, laquelle attire
à soi la dite vapeur de telle façon qu'ils ne
se peuvent séparer, si bien que le Soleil venant
à la digérer, en fait de l'argile de laquelle
usent les potiers: mais aux lieux où il
y a une grosse arène, & cette vapeur n'a
point de soufre conjoint avec soi en ces
lieux-là, comme ès prés elle crée des herbes
& du foin. Il y a encore d'autres pierres précieuses
comme le Diamant, le Rubis, l'Emeraude,
Crisoperas, l'Onyx, & l'Escarboucle,
lesquelles sont engendrées en cette façon.

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E N G E N E R A L. 21

Quand cette vapeur de Nature se sublime
de soi-même sans ce soufre ou onctuosité
que nous avons dit, & qu'elle rencontre un
lieu d'eau pure de sel, alors se font les Diamants,
& cela ès lieux très froids, auxquels ne
peut parvenir cette graisse, parce que si elle
y arrivait elle empêcherait cet effet. Car
on sait bien que l'esprit de l'eau se sublime
facilement & à petite chaleur, non pas
l'huile ou graisse qui ne peut s'élever qu'à
force de chaleur & ce en lieux chauds, car
combien qu'elle procède du centre, il ne
lui faut pourtant guères de feu pour la congeler
& la faire arrêter. Si bien que la vapeur
passant toujours, vient à se congeler
dans l'eau en petit grains & pierrettes. Mais
c'est une autre question, à savoir comment
les couleurs se font ès dites pierres précieuses:
Pour en résoudre il faut savoir que c'est
à cause du soufre, & en cette façon, si la
graisse du soufre est congelée, par ce mouvement
perpétuel, l'esprit de l'eau puis après
le digère en passant, & le purifie par la vertu
du sel, jusques à ce qu'il soit coloré d'une
couleur digeste, rouge ou blanche, laquelle
couleur tendant toujours à sa perfection est
élevée par tant de distillations réitérées, que
l'esprit qui a puissance de pénétrer dans les
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22 D E L A N A T U R E
choses imparfaites; y introduit la dite couleur,
qui se joint puis après à cette eau en partie
congelée, & ainsi elle remplit ses pores, &
se fixe avec elle d'une fixation inséparable.
Car l'eau quelle qu'elle soit est congelée par
la chaleur, quand elle est sans esprit, & si elle
a des esprits, elle se congèle au froid: Mais
qui sait congeler l'eau au chaud, & joindre
l'esprit avec elle, il a certes trouvé une chose
mille fois plus précieuse que l'or, & que chose
qui soit au monde: Faites donc que l'esprit
se sépare de l'eau, & qu'il se pourrisse, & que
le grain apparaisse, puis après rejetant là les
fèces réduisez l'esprit en eau, & les faites
joindre ensemble, car cette conjonction engendrera
un rameau semblable en forme &
excellence à ses parents.

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De la seconde matière, & de la putréfaction
de toutes choses.

T R A I T E' VI.

N OUS avons ci-dessus traité de la première matière de toutes choses, & comme elles naissent par la Nature sans semence,
c'est-à-dire, comme la Nature reçoit la

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