Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfeseite Rückkehr. Flag Hjælp side Tilbage. Bandiera Guida Torna.
1 2 3 4

E N G E N E R A L. 23

matière des Eléments de laquelle elle engendre
la semence, maintenant nous parlerons
de la semence & des choses qui s'engendrent
avec semence. Toute chose donc qui a
semence est multipliée par icelle, mais sans
doute cela ne se fait pas sans l'aide de la
Nature: car la semence en un corps n'est autre
chose qu'un air congelé, ou une vapeur
humide: tellement que si elle n'est résolue
par une vapeur chaude, elle est inutile. Que
ceux qui recherchent l'art sachent donc que
c'est que la semence, afin qu'ils ne cherchent
une chose qui n'est pas. Or est-il que la semence
est triple, & est engendrée des quatre
Eléments. La première espèce de semence
est la minérale: la seconde la végétable: la
troisième l'animale. La semence minérale
est seulement connue des vrais Philosophes,
la semence végétable est connue & est
vulgaire comme nous voyons ès fruits: l'animale
se connaît par l'imagination; la végétable
nous montre à l'oeil comme la Nature
l'a crée des quatre Eléments: Car il faut
savoir que l'hiver est cause de putréfaction,
parce qu'il congèle les esprits vitaux ès arbres,
& lors qu'ils sont résolus par la chaleur
du soleil, auquel il y a une force magnétique
ou aimantine attractive de toute humidité,
B iij
@

24 D E L A N A T U R E
alors la chaleur de Nature excitée par mouvement
pousse à la circonférence une vapeur
d'eau subtile, qui ouvre les pores de l'arbre
& en fait distiller des gouttes, séparant
toujours le pur de l'impur? néanmoins
l'impur précède le pur, le pur se congèle
en fleurs, l'impur en feuilles, le gros & épais
en écorce, laquelle demeure fixe, mais
les feuilles tombent ou par le froid ou par le
chaud, quand les pores de l'arbre sont bouchés
& lors les fleurs sont congelées en la
même couleur qu'est la chaleur, & apporte
fruit ou semence. Comme la pomme, en laquelle
est le sperme, duquel ne naît pas l'arbre,
mais en icelui sperme est la semence intérieurement,
duquel naît l'arbre: car la
multiplication se fait non au sperme mais à
la semence, comme nous voyons oculairement
que la Nature crée la semence des
quatre Eléments, afin que nous ne fussions
occupés à cela, car ce qui est fait n'a besoin
de facteur. Il suffira en cet endroit d'avoir
admonesté le lecteur: Retournons à notre
propos minéral. Il faut donc savoir que la
Nature crée la semence minérale, ou métallique
dans les entrailles de la terre, c'est
pourquoi on ne croit pas qu'elle soit, parce
qu'elle est invisible. Mais ce n'est pas merveille

@

E N G E N E R A L. 25

que les ignares en doutent, puisqu'ils
ne peuvent même comprendre ce qui est
devant leurs yeux, à grand peine concevraient-ils
ce qui est caché & invisible. C'est
pourtant une chose très vraie que ce qui est
en haut est comme ce qui est en bas, & au
contraire ce qui naît en haut naît d'une
même source que ce qui est dessous dans les
entrailles de la terre, & je vous prie quelle
prérogative auraient les végétables par dessus
les métaux, que Dieu eût donné de la semence
à ceux-là & en eût exclus ceux-ci;
les métaux ne sont-ils pas en aussi grande
autorité envers Dieu que les arbres: tenons
donc pour tout assuré que rien ne croît
sans semence, car là où il n'y a point de semence
la chose est morte. Autrement il est
nécessaire que les quatre Eléments créent la
semence des métaux, ou qu'ils les produisent
sans semence, si c'est sans semence, ils
ne peuvent être parfaits, car toute chose
sans semence est imparfaite, eu égard au composé,
qui n'ajoute foi à cette indubitable
vérité il n'est pas digne de rechercher les secrets
de Nature, car rien ne naît au monde
sans semence: les métaux à la vérité ont en
eux vraiment & réellement leur semence,
mais leur génération se fait ainsi. Les

@

26 D E L A N A T U R E
quatre Eléments en la première opération
de Nature distillent par l'artifice d'Archaeus,
dans le centre de la terre, une vapeur d'eau
pondéreuse qui est la semence des métaux, &
s'appelle Mercure, à cause de sa fluidité, & facile
adhérence à chaque chose: il est accomparé
au soufre à cause de sa chaleur interne,
& après la congélation c'est l'humide radical,
& combien que les corps des métaux
soit procréé du Mercure (ce qui se doit entendre
du Mercure des Philosophes) néanmoins
il ne faut point écouter ceux qui estiment
que le Mercure vulgaire soit la semence
des métaux, & ainsi prennent le corps au
lieu de la semence, ne considérant pas que le
Mercure a aussi bien en soi sa semence que
les autres, l'erreur de tous ces gens-là sera
manifeste par l'exemple suivant, il est tout
certain que les hommes ont leur semence en
laquelle ils sont multipliés: le corps de l'homme
c'est le Mercure, la semence est cachée
dans ce corps, & eu égard au corps elle est
très petite en quantité. Qui veut donc engendrer
cet homme métallique, il ne faut
pas qu'il prenne le Mercure, qui n'est qu'un
corps, mais la semence qui est cette vapeur
d'eau congelée: Ainsi en la régénération des
métaux, les vulgaires Opérateurs y procèdent

@

E N G E N E R A L. 27

mal, car ils dissolvent les corps métalliques,
soit Mercure, soit Or, soit argent, soit
plomb, & les corrodent avec des eaux fortes,
& choses hétérogènes & étranges non requises
à la vraie science, puis après conjoignent
ces dissolutions, ignorants, ou ne prenant
pas garde que des pièces & morceaux
d'un corps ne peut être engendré un homme,
parce qu'en cette façon la corruption du
corps & la destruction de la semence a précédé;
une chacune chose se multiplie au mâle
& à la femelle, comme j'ai fait mention
au traité de la double matière, la disjonction
du sexe n'a garde de rien produire, mais c'est
la conjonction qui produit une nouvelle forme:
il faut donc qui veut faire quelque chose
de bon, prendre les spermes ou semences,
non les corps entiers: prends donc le mâle vif,
& la femelle vive, & les conjoints ensemble,
afin qu'ils s'imaginent un sperme pour procréer
un fruit de leur Nature: car il ne faut
point que pas un se mette en la fantaisie de
pouvoir faire la première matière. La première
matière de l'homme c'est la terre, de
laquelle il n'y a homme si effronté qu'il voulût
entreprendre d'en faire un homme, c'est
Dieu seul qui sait cet artifice: mais de la seconde
matière qui est déjà créée, facilement

@

28 D E L A N A T U R E
avec l'aide de Nature s'en engendrera la forme
de laquelle elle est semence. L'Artiste ne
fait rien en ceci, sinon de séparer ce qui est
subtil de ce qui est épais, & le mettre dans
un vaisseau convenable: Car il faut bien considérer
que comme une chose se commence
ainsi elle se finit; de un se font deux, & de
deux un & rien plus, il y a un Dieu, de cet
un est engendré le fils, tellement que un en
a donné deux, & deux ont donné un saint
Esprit, procédant de l'un & de l'autre, ainsi
a été créé le monde, & ainsi sera sa fin. Considérez
exactement ces quatre premiers
points, vous trouverez en iceux premièrement
le père, puis le père & le fils, enfin le
saint Esprit. Vous y trouverez les quatre
Eléments, & quatre Luminaires, deux célestes,
deux centriques: Bref il n'y a rien
au monde autrement qu'il apparaît en cette
figure, jamais n'a été, & jamais ne sera,
& si je voulais remarquer tous les mystères
qui se pourraient tirer de là il en naîtrait un
grand volume. Je retourne donc à mon propos,
& te dis en vérité mon fils, que d'un tu
ne saurais faire un, c'est à Dieu seul, à qui
est cela réservé en propre, qu'il te suffise
que tu puisses de deux en créer un qui te
soit utile, & à cet effet sachez que le sperme

@

E N G E N E R A L. 29

multiplicatif est la seconde & non la première
matière de tous métaux & de toutes
choses, la première est invisible, elle est cachée
dans la Nature ou dans les Eléments,
mais la seconde apparaît quelquefois aux
enfants de la science.

----------------------------------------------

De la vertu de la seconde matière.

T R A I T E' VII.

M AIS afin que tu puisses facilement comprendre qu'elle est cette seconde matière, je te décrirai les vertus
qu'elle a, par lesquelles tu la pourras connaître:
sachez donc au premier lieu que
la Nature est divisée en trois règnes, desquels
il y en a deux dont un chacun peut être lui
seul, encore que les deux autres ne fussent
pas. Il y a le règne minéral, végétal & animal:
le règne minéral il est manifeste qu'il
peut persister de soi-même, encore qu'il
n'y eût au monde ni herbes ni hommes, le
végétable de même n'a que faire pour son
établissement qu'il y ait au monde ni homme
ni métaux: le troisième au contraire

@

30 D E L A N A T U R E
prend vie des deux précédents, sans lesquels
il ne pourrait être, & est plus noble & précieux
que les deux susdits, & étant le dernier
domine sur eux, aussi la vertu se finit
toujours au troisième, & se multiplie au second:
vois-tu bien au règne végétable, la première
matière est l'herbe ou l'arbre que tu
ne saurais créer, c'est la Nature qui le fait,
mais la seconde matière c'est la semence que
tu vois, & en icelle se multiplie l'herbe ou
l'arbre. Au règne animal, la première matière
est la bête ou l'homme que tu ne saurais
créer, mais la seconde en laquelle il se multiplie
tu la connais, qui est la semence. Au règne
minéral tu ne peux créer un métal, & si
tu t'en vantes tu es vain & menteur: la Nature
a fait cela, & combien que tu eusses la
première matière selon les Philosophes, c'est
à savoir ce sel centrique, toutefois tu ne le
saurais multiplier sans l'or, mais la semence
des métaux est connue seulement des fils
de la science; Es végétables les semences apparaissent
extérieurement, & les reins de
leur digestion c'est l'air chaud. Aux animaux
la semence apparaît dedans les reins, ou le
lieu de sa digestion sont les reins de l'homme.
Quant aux minéraux, l'eau est leur semence,
qui est au centre du coeur d'iceux, &

@

E N G E N E R A L. 31

de leur vie, les reins ou le lieu de la digestion
d'icelle, est le feu. Le réceptacle de la semence
des végétaux c'est la terre, le réceptacle de
la semence animale c'est la matrice de la femelle,
& le réceptacle enfin de la semence
de l'eau minérale c'est l'air, & faut noter que
le réceptacle de la semence est tel qu'elle est
la congélation des corps, & telle est la digestion,
qu'elle est la solution, telle la putréfaction
qu'elle est la destruction. Or la vertu
d'une chacune semence est de se pouvoir conjoindre
à une chacune chose en son règne,
d'autant qu'elle est subtile, & n'est autre chose
qu'un air congelé dans l'eau par le moyen
de la graisse, or elle se connaît ainsi, c'est que
hors de son règne elle ne se joint naturellement
à chose quelconque, elle ne se dissout
point, mais se congèle: car elle n'a pas besoin
de solution, ais de congélation. Il est donc
nécessaire que les pores des corps s'ouvrent,
afin que le sperme soit poussé dehors, au
centre duquel est la semence, qui n'est autre
chose qu'air, & icelui quand il rencontre
matrice convenable, il se congèle, & congèle
quand & soi ce qu'il trouve de pur, ou impur
mêlé avec le pur. Tant qu'il y a de la semence
au corps, le corps est en vie, quand elle
est toute consumée, le corps meurt, néanmoins

@

32 D E L A N A T U R E
tous corps après l'émission de la semence,
sont débilités, & l'expérience nous
montre que les hommes les plus adonnés à
Vénus, sont volontiers les plus débiles, comme
les arbres qui font une année de grand
rapport sont stériles l'année suivante. La semence
donc pour conclusion est une chose
invisible, comme nous avons dit tant de fois,
mais le sperme est visible, & est presque comme
une âme vivante qui ne se trouve point
ès choses mortes, elle se tire en deux façons,
la première façon est douce, l'autre avec violence.
Mais d'autant qu'en cet endroit nous
parlons de la vertu d'icelle. Je dis que rien ne
naît au monde sans semence, & que par la
vertu d'icelle toutes choses se font, & sont
engendrées, sachent donc tous les fils de la
science, que c'est en vain qu'on cherche de
la semence en un arbre coupé, il la faut chercher
seulement en ceux qui sont verts & entiers.

@

E N G E N E R A L. 33

----------------------------------------------

De l'art, & comme la Nature opère par l'art en la semence.

T R A I T E' VIII.

T OUTE semence quelle qu'elle soit est de nulle valeur, si elle n'est mise ou par l'art, ou par la Nature en une matrice convenable,
& encore que la semence de soi soit
plus noble que toute créature, toutefois la
matrice est sa vie, laquelle fait pourrir le
grain ou le sperme, & cause de la congélation
du point, & en outre par la chaleur de son
corps, elle le nourrit, & le fait croître, cela se
fait en tous les trois règnes susdits de la Nature,
& se fait naturellement par mois, par années,
& par succession de temps. Mais subtil
est l'artiste qui peut dans les règnes minéral
& végétable, trouver quelque accourcissement
ou abréviation, non pas au règne animal;
Au minéral l'artifice seulement parachève
ce que Nature ne peut parachever, à cause
de la crudité de l'air, qui par sa violence a
bouché les pores d'un chacun corps, non dans
les entrailles de la terre, mais en la superficie
d'icelle, comme j'ai dit ci-devant ès précédents
C
@

34 D E L A N A T U R E
chapitres. Mais afin qu'on entende
plus facilement cela, j'ai bien voulu encore
ajouter, que les Eléments jettent quasi à
l'ennui l'un de l'autre leur semence au centre
de la terre, comme dans leurs reins, & le
centre par le mouvement continuel le pousse
dans les matrices, lesquelles sont sans nombre,
car autant de lieux autant de matrices,
l'une toutefois plus pure que l'autre, & ainsi
presque à l'infini. Notez donc qu'une pure
matrice engendrera un fruit pur & net en
son semblable. Comme pour exemple ès animaux
vous avez les matrices des Femmes,
des Vaches, des Juments, des chiennes &c.
Au règne minéral & végétal, sont les métaux,
les pierres, les sels: Car en ces deux règnes
principalement les sels sont à considérer,
& leurs lieux, selon le plus ou le moins.

----------------------------------------------

De la commixtion des métaux, ou de la façon de
tirer la semence métallique.

T R A I T E' IX.

N OUS avons parlé ci-dessus de la Nature, de l'art, du corps, du sperme & de la semence, descendons maintenant à la pratique,

@

E N G E N E R A L. 35

à savoir comment les métaux se doivent
mêler, & quelle est la correspondance
qu'ils ont entr'eux. Sachez donc que la femme
est une même chose que l'homme, car ils
naissent tous deux d'une même semence, &
dans une même matrice, il n'y a que faute
de digestion en la femme, & que la matrice
qui produit le mâle, a le sang & le sel plus
pur, ainsi la Lune est de même semence que
le Soleil, & d'une même matrice, mais en la
procréation de la Lune, la matrice a eu plus
d'eau que de sang digeste selon le temps de la
Lune céleste. Mais afin que tu te puisses plus
facilement imaginer, comment les métaux
s'assemblent & se joignent ensemble, pour
jeter & recevoir la semence, regarde le Ciel
& les Sphères des Planètes: Tu vois que Saturne
est le plus haut de tous auquel succède
Jupiter, & puis Mars, le Soleil, Vénus, Mercure,
& enfin la Lune. Considère maintenant
que les vertus des Planètes ne montent
pas, mais elles descendent, mêmes l'expérience
nous apprend, que le Mars se convertit
facilement en Vénus, & non le Vénus
en Mars, comme plus basse d'une Sphère.
Ainsi facilement le Jupiter est transmué en
Mercure, pour ce que Jupiter est plus haut
que Mercure, celui-là le second après le firmament,
C ij
@

36 D E L A N A T U R E
celui-ci le second au-dessus de la
terre, & Saturne le plus haut, la Lune la plus
basse, le Soleil se mêle au milieu: mais il n'est
jamais amélioré par les inférieurs. Or tu noteras
qu'il y a une grande correspondance
entre Saturne & la Lune, au milieu desquels
est le Soleil, comme aussi entre Mercure &
Jupiter, Mars & Vénus, lesquels tous ont le
Soleil au milieu. La plupart des opérateurs
savent bien comme on transmue le Fer en
Cuivre sans le Soleil: & comme il faut convertir
le Jupiter en Mercure, même il y en a
quelques-uns qui de Saturne en font de la
Lune? Mais s'ils savaient par ces mutations
seules, administrer la Nature; certes ils trouveraient
une chose plus précieuse que tous
les trésors du monde. C'est pourquoi je dis
qu'il faut savoir quels métaux tu dois conjoindre
ensemble, & desquels la Nature est
correspondante l'une à l'autre. C'est pourquoi
il y a un certain métal qui a la puissance
de consumer tous les autres: car c'est comme
leur eau & leur mère: & il n'y a qu'une
seule chose qui lui résiste, qui est l'humide
radical du Soleil & de la Lune, & est amélioré
par icelui, mais afin que je le découvre,
c'est l'Acier, il s'appelle ainsi, si une fois il se
joint avec l'or, ou l'or avec lui, il jette sa semence,

@

E N G E N E R A L. 37

& est débilité jusques à la mort, alors
l'acier conçoit & engendre un fils plus clair
que le père, puis après si la semence de ce fils
déjà né est mise en la matrice, elle la purge,
& la rend mille fois plus âpre à enfanter de
très bons fruits. Il y a toutefois un autre
Acier qui est accomparé à celui-ci, lequel
est de soi créé de la Nature, & sait par une
admirable force & puissance, tirer & extraire
des rayons du Soleil, ce que tant d'hommes
ont cherché, & qui est le commencement de
notre oeuvre.

----------------------------------------------

De la génération super-naturelle du fils du Soleil.

T R A I T E' X.

N OUS avons ci-devant traité des choses que la Nature crée tous les jours, & que Dieu a créées de longtemps, afin que ceux
qui sont inquisiteurs de la science entendissent
plus facilement la possibilité de la Nature
& jusques où elle peut étendre ses forces:
Mais pour ne différer plus longuement,
je commencerai à déclarer la manière de faire
la pierre des Philosophes. Sachez donc
que la pierre, ou la teinture des Philosophes,
C iij
@

38 D E L A N A T U R E
n'est autre chose que l'or, extrêmement
digeste c'est-à-dire réduit & amené à une superbe
digestion: Car l'or vulgaire, est comme
l'herbe sans semence, laquelle quand elle
vient à mûrir elle produit de la semence,
ainsi l'or quand il mûrit il pousse hors sa semence
ou sa teinture. Mais quelqu'un demandera
pourquoi l'or, ou un autre métal
ne produit point de semence? la raison est
d'autant qu'il ne peut se mûrir, à cause de la
crudité de l'air qui empêche qu'il n'ait une
chaleur suffisante, & en quelques lieux il se
trouve de l'or impur, que la nature eût bien
voulu parfaire, mais elle a été empêchée
par la crudité de l'air. Comme pour exemple
en Pologne croissent bien les Orangers comme
les autres arbres; en Italie & ailleurs où
est leur terre naturelle ils y croissent, non
seulement, mais ils y portent fruits quant &
quant, parce qu'ils ont de la chaleur à suffisance,
mais en ces lieux froids, nullement: car
lors qu'ils pensent mûrir ils sont empêchés
par la crudité de l'air, & ainsi on n'y a jamais
de bons fruits; que si quelquefois la Nature
y est aidée par l'art & industrie; comme de
les arroser d'eau tiède, & les tenir en des caves,
alors l'artifice fait éclore ce que la
Nature ne pouvait; & le même entièrement

@

E N G E N E R A L. 39

arrive aux métaux. L'or peut apporter
fruit, & semence, par le moyen de laquelle il
se peut multiplier, mais c'est par l'industrie
d'un habile artiste, qui sait aider & pousser
la Nature, autrement s'il voulait l'entreprendre
sans la nature, il errerait. Car non
seulement en cette science, mais en toutes
choses nous ne pouvons rien faire que aider
la Nature, & ne la pouvons aider par autre
moyen que par le feu, & par la chaleur.
Mais d'autant que cela ne se peut faire en un
corps métallique congelé à cause que les esprits
n'apparaissent point, il faut premièrement
que le corps soit dissous, & que les pores
d'icelui soient ouverts, afin que la Nature
puisse opérer: Mais à savoir-mon quelle
doit être cette solution? je veux ici avertir
le Lecteur, que combien qu'il y ait plusieurs
sortes de dissolutions, lesquelles sont toutes
inutiles, qu'il n'y en a néanmoins véritablement
que de deux sortes, dont l'une est vraie
& naturelle, l'autre violente, sous laquelle
toutes les autres sont comprises: la naturelle
est telle qu'il faut que les pores du corps
s'ouvrent en notre eau, afin que la semence
soit poussée dehors cuite & digeste, & puis
mise dans sa matrice. Mais cette eau, c'est notre
eau céleste, non vulgaire, qui ne mouille
C iiij
@

40 D E L A N A T U R E
point les mains, toutefois est comme de
pluie, le corps c'est l'or, qui donne sa semence,
la Lune est nôtre (non pas l'argent vulgaire)
qui la reçoit, le tout est puis après régi
par notre feu continuel, durant l'espace de
sept mois, & quelquefois dix, jusques à ce
que notre eau consume trois & en laisse un,
& ce au double, puis après elle est nourrie du
lait de la terre, ou de la graisse qui naît ès
mamelles d'icelle, & est régie & conservée
de putréfaction par le sel de Nature, & ainsi
est engendré cet enfant de la seconde génération.
Venons maintenant de la Théorie à
la Pratique.

----------------------------------------------

De la pratique & confection de la pierre ou teinture selon l'art.

T R A I T E' XI.
N OUS avons étendu notre discours par tous ces chapitres précédents, donnant les choses à entendre par exemples, afin que
plus facilement on peut comprendre la pratique,
laquelle en imitant la Nature se doit
faire en cette façon. Rx. De notre terre par
onze degrés, onze grains, & de notre or

@

E N G E N E R A L. 41

(non de l'or vulgaire) un grain, de notre argent,
& non de l'argent vulgaire, deux grains,
& garde toi bien, te dis-je, de prendre or ni argent
vulgaire, car ils sont morts, & n'ont aucune
vigueur, mais prend les nôtres qui sont
vifs, puis les mets dans notre feu, & de là se
fera une liqueur sèche, car premièrement la
terre se résoudra en eau, laquelle s'appelle le
Mercure des Philosophes, & cette eau résout
les corps du Soleil & de la Lune, & les
consume, de façon qu'il n'en demeure que la
dixième partie, avec une part, & voila ce
qu'on appelle humide radical. Puis après Rx.
de l'eau de sel nitre, tirée de notre terre, en
laquelle est le ruisseau & l'onde vive, si tu
sais caver & fouir dans la fosse naïve & naturelle,
prends donc en icelle de l'eau qui soit
bien claire, & dans icelle eau tu mettras cet
humide radical, mets le tout au feu de putréfaction
& génération, non tel toutefois comme
tu as fait en la première opération, gouverne
le tout avec grand artifice & discrétion,
jusques à ce que les couleurs apparaissent comme
une queue de Paon, gouverne bien encore
un coup, & qu'il ne t'ennuie point en digérant
toujours jusques à ce que les couleurs
cessent, & qu'il n'y en ait qu'une seule
qui apparaisse, à savoir la couleur verte, &

@

42 D E L A N A T U R E
ainsi des autres, & quand tu verras au fond
du vaisseau des cendres de couleur brune, &
l'eau comme rouge: ouvre ton vaisseau, alors
mouille une plume, & en oints un morceau
de fer, s'il teint, aie soudain de l'eau, de laquelle
nous parlerons tantôt, & y mets autant
de cette eau qu'il y a entré de air cru,
cuis le tout derechef jusques à ce qu'il teigne.
Jusques là est allée mon expérience, je
n'ai rien trouvé plus outre, je ne peux que
cela. Mais cette eau que je dis, doit être le
menstruel du monde, de la Sphère de la Lune,
tant de fois rectifié qu'il puisse calciner le
Soleil. Je t'ai voulu découvrir ici tout, & si
quelquefois tu entends mon intention, non
mes paroles, ou les syllabes, je t'ai révélé
tout, principalement au premier & second
oeuvre. Mais touchant le feu il nous reste encore
quelque chose à dire, le premier feu ou
le feu de la première opération, est le feu
d'un degré continuel, & qui environne la
matière: le second est un feu naturel, qui digère
la matière & la fige. Or je te dis la vérité,
que je t'ai découvert le régime du feu, si tu
entends la Nature. Il nous faut donc parler
du vaisseau, lequel doit être naturel, & deux
suffisent, mais le vaisseau du premier oeuvre
faut qu'il soit rond; & en la seconde oeuvre

@

E N G E N E R A L. 43

un peu moins, mais longuet comme une fiole
ou ovale: Mais en tout & par tout, sachez
que le feu de Nature est unique, & s'il y a de
la diversité, la distance des lieux en est cause.
Comme aussi le vaisseau de nature est unique,
mais nous nous servons de deux pour
abréger. La matière est aussi une, mais de
deux substances. Si tu bandes donc ton esprit,
& que ce soit ton intention de produire
quelques choses, regarde premièrement celles
qui sont déjà créées, car si tu ne peux venir
à bout de celles-ci, qui sont ordinairement
devant tes yeux, à grand peine viendras-tu à
bout de celles qui sont encore à naître, &
que tu désires produire: produis dis-je, car il
faut que tu saches que tu ne saurais rien
créer, cela est le propre de Dieu, mais de rendre
apparentes les choses occultes & cachées
à l'ombre, de les rendre dis-je évidentes, &
leur ôter leur ombre, cela est quelquefois
permis aux Philosophes qui ont de l'intelligence,
& Dieu le leur concède par le ministère
de la Nature. Considère un peu je te
prie en toi-même la simple eau de la pluie;
Qui est-ce qui croirait jamais qu'elle eût &
contint en soi toutes les choses qui sont au
monde, les pierres dures, les sels, l'air, la terre,
le feu, puisqu'en évidence elle n'apparaît

@

44 D E L A N A T U R E
autre chose qu'une simple eau? Que dirai-je
de la terre? qui contient en soi, eau, feu, air,
sel, & n'apparaît néanmoins que terre? O
admirable Nature! qui sait par l'eau, produire
des fruits admirables en la terre, & leur
suppéditer la vie par le moyen de l'air. Toutes
ces choses se font, & néanmoins les yeux
vulgaires ne le voient pas, mais ce sont les
yeux de l'intellect & de l'imagination, qui
le voient d'une vue très véritable: Car les
yeux des sages voient la Nature d'autre façon
que les yeux communs. Comme par exemple,
les yeux des hommes communs voient
que le Soleil est chaud: les yeux des Philosophes
au contraire, voient le Soleil être plutôt
froid, mais ses mouvements être chauds.
Car ses actions & ses effets sont connus
par la distance des lieux: le feu de Nature est
un, & même avec lui. Car tout ainsi comme
le Soleil tient le centre & le milieu entre les
Sphères, des Planètes, & que de ce centre
du ciel il épart en bas sa chaleur par son
mouvement. Ainsi au centre de la terre est
un Soleil terrestre, qui par son mouvement
perpétuel pousse la chaleur ou ses rayons en
haut à la superficie de la terre: & sans doute
cette chaleur intrinsèque est beaucoup plus
forte & plus efficace que ce feu élémentaire

@

E N G E N E R A L. 45

que nous voyons, mais elle est tempérée par
l'eau souterraine, qui de jour en jour pénètre
& passe par les pores de la terre en la rafraîchissant,
& par même similitude l'air
tempère le Soleil céleste & sa chaleur, l'air
dis-je, qui de jour en jour vole à l'entour de
la terre, & si cela n'était, par cette chaleur
toutes choses seraient consumées, & rien ne
naîtrait. Mais comme ce feu invisible, ou cette
chaleur centrale consumerait tout si l'eau
n'intercédait & ne la tempérait ainsi la chaleur
du Soleil détruirait tout n'était l'air
qui intervient au milieu. Mais je dirai maintenant
en peu de mots, comme ces Eléments
agissent entr'eux: Dans le centre de la terre
est le Soleil centrique qui par son mouvement
ou par le mouvement de son firmament,
jette une grande chaleur qui s'étend
jusques à la superficie de la terre. Cette chaleur
cause l'air en cette façon. La matrice de
l'air, c'est l'eau, laquelle engendre des fils de
sa Nature, mais dissemblables, & beaucoup
plus subtils, car où le passage est dénié à l'eau,
l'air y entre; puis quand cette chaleur centrale
(laquelle est perpétuelle) agit, elle fait
échauffer & distiller cette eau, & ainsi cette
eau par la force de la chaleur se change en
air, & par ce moyen passe jusques à la superficie

@

46 D E L A N A T U R E
de la terre, parce qu'il ne peut souffrir
d'être enfermé, où après qu'il est refroidi, il
se résout en eau dans les lieux opposites, cependant
il arrive quelquefois que non seulement
l'air, mais l'eau aussi passe jusques à la
superficie de la terre, comme il apparaît en
ces noires bruines qui sont portées par violences
jusques en l'air, de quoi je vous donnerai
un exemple familier. Faites chauffer de l'eau
dans un pot à feu lent, vous verrez s'élever
petit à petit des vapeurs lentes & douces, à
feu plus fort apparaîtront des vapeurs plus
crasses. Cette chaleur centrale opère en cette
même façon, l'eau la plus subtile est élevée
en l'air, & ce qui est plus crasse & épais tirant
sur le sel ou graisse, il le distribue à la terre,
d'où naissent choses diverses, le reste se change
en rochers & en pierres. Quelqu'un pourrait
objecter si la chose était ainsi, cela se ferait
continuellement, & néanmoins bien
souvent on ne sent aucun vent. Je réponds
qu'il n'y a point de vent à la vérité quand
l'eau n'est point jetée violemment dans le
vaisseau distillatoire, car peu d'eau excite peu
de vent. Vous voyez qu'il n'y a pas toujours
du tonnerre, encore qu'il pleuve & qu'il
vente, mais seulement quand par la force de
l'air une eau trouble est portée par violence

@

E N G E N E R A L. 47

jusques à la sphère du feu: car le feu n'endure
point l'eau. Nous en avons un exemple devant
nos yeux, jetez de l'eau froide dans une
fournaise ardente, vous ouïrez quels tonnerres
elle excitera: Mais pourquoi uniformément
l'eau n'entre-elle en ces lieux? la raison
est pour ce qu'il y a plusieurs de tels lieux vagues
& concavités, quelquefois une concavité
pousse hors de soi eau & vents par certains
jours ou mois jusques à ce qu'il se fasse
une répercussion d'icelle. Comme nous voyons
en la mer les flots se suivre plusieurs lieues
avant que trouver qui les repousse: mais retournons
à notre propos. Je dis donc que le
feu ou la chaleur est cause du mouvement de
l'air, & qu'il est la vie de toutes choses, & la
terre est la nourrice, ou le réceptacle de tout,
mais si ce n'était l'eau qui réfrigère la terre,
& notre air, la terre serait rendue extrêmement
sèche pour deux raisons susdites, c'est
à savoir à cause de la chaleur tant du mouvement
centrique que du Soleil céleste.
Néanmoins en quelques lieux il arrive que
les pores de la terre étant bouchés l'humidité
ne peut pénétrer, & alors par la correspondance
des deux Soleils, céleste & centrique,
qui ont entre eux une puissance aimantine,
il arrive dis-je que la terre s'enflamme à cette
chaleur.

@

48 D E L A N A T U R E
Et ainsi quelque jour le monde périra.
Fais donc que l'opération en notre terre soit telle, que la chaleur centrale puisse
changer l'eau en air, afin qu'elle sorte jusque
sur la superficie de la terre, & qu'elle
répande le reste par les pores de la terre, &
alors à l'opposite l'air se changea en eau
beaucoup plus subtile que n'était la première,
& cela se fera ainsi, si tu donnes à dénoter
à notre vieillard, l'or & l'argent, afin qu'il les
consume, & que lui enfin mourant soit
brûlé, que ses cendres soient éparses dans
l'eau, & alors cuits le tout jusques à ce que ce
soit assez, & tu auras une médecine qui guérit
la lèpre. Avise au moins que tu ne prennes
le froid pour le chaud, ou le chaud pour
le froid, mêle les natures ensemble, s'il y a
quelque chose de contraire à la nature, car
une seule chose t'est nécessaire, sépare-la, afin
que la Nature soit semblable à la Nature, fais
cela avec le feu, non avec la main, & saches
que si tu ne suis la Nature tout ton labeur est
vain, & je te jure par le Dieu qui est Saint,
que je t'ai ici dit tout ce que le père peut dire
à son fils. Qui a des oreilles qu'il oie, &
qui a du sens qu'il comprenne.
De la
@

E N G E N E R A L. 49

----------------------------------------------

De la pierre, & de sa vertu.

T R A I T E' XII.
N OUS avons assez amplement discouru aux chapitres précédents de la production des choses naturelles, des Eléments, &
des matières, première & seconde, des corps,
des semences, & enfin de l'usage & vertu d'iceux.
J'ai en outre écrit la façon de faire la
pierre, mais touchant la vertu d'icelle, j'en révélerai
maintenant tout autant que l'expérience
m'en a montré, & que la Nature m'en
a concédé. Mais afin que derechef sommairement
& en peu de paroles je mette par
abrégé ces douze traités, & que le lecteur
craignant Dieu puisse concevoir mon intention,
la chose en va ainsi. Quand à la vérité
de l'art, si quelqu'un en doute, qu'il lise
les écrits des Anciens vérifiés par raison
& par expérience, auxquels, comme dignes
de créance, on ne doit faire difficulté d'ajouter
foi en leur dire: que si quelqu'un trop
opiniâtre ne veut croire leurs écrits, alors
il se faut tenir à la maxime qui dit que contre
celui qui nie les principes il ne faut jamais
D
@

50 D E L A N A T U R E
disputer: car les sourds & les muets ne peuvent
parler. Et je vous prie quelle prérogative
auraient les autres choses universellement
qui sont au monde par dessus les métaux.
Pourquoi les exclurons-nous seuls de
l'universelle bénédiction que le Créateur a
donné à toutes choses, incontinent après la
création du monde, comme les saintes lettres
nous témoignent & qu'une vaine &
imaginaire dénégation de semence leur serait
attribuée. Que si nous sommes contraints
de confesser qu'ils ont de la semence,
qui est-ce qui est si sot, qu'il ne croie qu'ils
peuvent être multipliés en icelle? & en sa
Nature, la Physique est véritable, la Nature
l'est aussi, mais rarement il se trouve un Opérateur
qui soit vrai: Unique est la Nature,
l'art est unique: mais les Opérateurs sont divers.
Or quand à ce que la Nature crée les
choses des Eléments, elle le fait par le vouloir
de Dieu, & ce de la première matière,
que Dieu seul sait & connaît, mais elle les
multiplie par la seconde, que les Philosophes
connaissent. Rien ne se fait au monde sans
le vouloir de Dieu, & de la Nature. Car chaque
Elément à la vérité est en sa sphère, mais
l'un ne peut être sans l'autre, l'un vit par le
moyen de l'autre, & toutefois conjoints ensemble

@

E N G E N E R A L. 51

ils ne s'accordent point, mais l'eau est
le plus digne de tous les Eléments, pour ce
que c'est la mère de toutes choses, & sur icelle
nage l'esprit du feu, par le feu: L'eau est faite
la première matière, c'est à savoir par le
combat du feu avec l'eau, & ainsi s'engendrent
des vents ou vapeurs, aptes & faciles à
être congelés avec la terre par l'air cru, qui
dès le commencement a été séparé d'icelle,
ce qui se fait sans cesse, & par un mouvement
perpétuel, car le feu ou la chaleur n'est
point excitée autrement que par le mouvement,
ce qui se peut voir manifestement en
un fer, lequel en le limant devient aussi chaud
que s'il était rougi au feu, le mouvement
donc cause la chaleur, & émeut l'eau, & le
mouvement de l'eau cause l'air, qui est la vie
de toutes choses vivantes. Les choses donc
croissent en cette manière, comme j'ai dit ci-
dessus, c'est à savoir de l'eau, car de sa vapeur
plus subtile, les choses plus subtiles & légères
procèdent: mais de son huile, en viennent
choses plus belles & excellentes que les premières.
Si donc par votre opération vous
voulez amender Nature, & lui donner un
être plus parfait & accompli, faites dissoudre
le corps dont vous voulez vous servir,
& ôtez-lui son terrestre & superflu, lavez-le,
D ij
@

52 D E L A N A T U R E
& le nettoyez bien, mettez les choses
cuites avec les cuites, les pures avec les pures,
& les crues avec les crues, selon le poids
de Nature, & non pas de la matière: Car
vous devez savoir que le sel nitre central
ne prend point d'avantage de la terre, qu'il
lui en est besoin, pure ou non, mais la graisse
ou l'onctuosité de l'eau se gouverne & manie
d'autre façon, parce que jamais on n'en
peut avoir de pure, & se nettoie par double
chaleur, & derechef se réunit & conjoint.

F I N

----------------------------------------------

Epilogue, sommaire, & conclusion des douze traités ci-dessus.

A MI Lecteur, j'ai fait, & composé ces douze traités en faveur de ceux qui aiment cette science, afin qu'ils connaissent
les opérations que la nature nous enseigne,
avant qu'ils commencent à travailler: &
comme elle produit toutes les choses qui

@

E N G E N E R A L. 53

sont au monde afin qu'ils ne perdent point
le temps, & ne veuillent s'efforcer d'entrer
dans la porte sans avoir les clefs, parce que
celui se travaillera en vain, si premier il n'a la
connaissance de la Nature, voulant mettre la
main à l'ouvrage; Car en cette sacrée sainte,
& vénérable science, celui-la marchera en
perpétuelles ténèbres qui n'a le Soleil pour
flambeau qui lui éclaire, & est enveloppé
d'une obscurité grande, si Phoebe l'autre
lampe du monde ne lui fait voir sa lumière
argentine parmi l'obscur de la nuit. La
Nature a une lumière propre qui n'apparaît
pas à nos yeux, l'ombre de la nature n'est autre
chose qu'un corps à notre vue, celui
qui est éclairé de cette belle lumière naturelle,
tous nuages se dissipent & disparaissent
de devant ses yeux, il met toutes difficultés
sous le pied, toutes choses lui sont
claires, présentes & manifestes, & sans empêchement
aucun, on peut voir le point de
notre magnésie qui correspond à l'un & l'autre
centre du Soleil & de la terre, car la lumière
de Nature darde ses rayons jusques là &
nous fait voir ce qui est là de plus recelé;
prenez ceci pour exemple: Que l'on vête de
pareils vêtements un petit garçon & une fille
de même âge, mettez-les près l'un de l'autre,
D iij
@

54 D E L A N A T U R E
personne ne pourra reconnaître qui est
le mâle ou la femelle des deux, parce que
notre vue ne peut pénétrer jusques en l'intérieur,
& pour cette occasion nos yeux nous
trompent, & font que nous prenons le faux
pour le vrai: Mais quand ils sont désaccoutrés
& mis à nu, en façon que l'on les puisse
voir comme Nature les a formés, l'on reconnaît
facilement l'un & l'autre en son sexe:
Par semblable aussi notre intellect fait
ombre à l'ombre de la Nature, parce que le
corps nu en l'homme est l'ombre de la semence
de Nature: Tout ainsi donc que le
corps humain est couvert de vêtements, ainsi
la Nature humaine est couverte du corps: laquelle
Dieu s'est réservée à couvrir & découvrir
comme il lui plaît. Je pourrais en
cet endroit, amplement & Philosophiquement
discourir de la dignité de l'homme, de
sa création, & génération: mais je passerai
cela sous silence, vu que ce n'est pas ici le
lieu d'en traiter, nous parlerons seulement
un peu de sa vie. L'homme donc créé de la
terre, vit de l'air, car dedans l'air est cachée la
viande de la vie, que de nuit nous appelons
rosée, & de jour eau, mais eau raréfiée, de laquelle
l'esprit invisible congelé est meilleur
& plus précieux que toute la terre universelle:

@

E N G E N E R A L. 55

O sainte & admirable Nature, qui ne permet
point aux enfants de la science de faillir,
comme tu le démontres de jour en jour, ès
actions de la vie humaine. Or en ces douze
traités j'ai allégué toutes ces raisons naturelles,
afin que plus facilement le lecteur
craignant Dieu, & désireux de savoir, puisse
comprendre tout ce que j'ai vu de mes
yeux, & que j'ai fait de mes mains propres,
sans aucune fraude ni sophistications: Car il
est impossible d'atteindre à la perfection de
cet art, si ce n'est par une singulière révélation,
ou par une secrète démonstration faite
par un ami. C'est une chose vile, & très
précieuse, laquelle je répéterai ici volontiers
encore que je l'ai décrite quelquefois.
Rx. donc de notre air dix parties de l'or
vif, ou de la Lune vive une partie, & mets le
tout dans ton vaisseau, & le cuits avec l'air
premièrement, afin qu'il soit eau, & puis non
eau, si tu ignores cela, & que tu ne saches
cuire l'air, sans doute tu failleras, c'est là la
vraie matière des Philosophes. Car tu dois
prendre ce qui est, mais qui ne se voit pas jusques
à ce qu'il plaise à l'Opérateur, c'est l'eau
de notre rosée, de laquelle est tiré le salpêtre
des Philosophes, duquel toutes choses
croissent & se nourrissent. Sa matrice est le
D iiij
@

Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfeseite Rückkehr. Flag Hjælp side Tilbage. Bandiera Guida Torna.