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efforcé & n'a fait autre chose que consommer
son temps, & son bien. Et partant il commença
à maudire le Mercure, & blasphémer
contre la nature de ce qu'elle l'avait créé.
Mais la Nature oyant ces blasphèmes, elle
appela le Mercure à soi, & lui dit, qu'as-tu
fait à cet homme qu'il te maudit & blasphème
contre moi? que ne fais-tu ce que tu
dois. Mais le Mercure s'excusa fort modestement,
& la Nature lui commanda d'être
fort obéissant aux enfants de la science, qui le
recherchent; ce que le Mercure lui promit
faire, & dit, Mère Nature, qui est-ce qui pourra
contenter les fols? La Nature se souriant
s'en alla, & le Mercure qui était en colère
contre l'Alchimiste, s'en alla aussi.
Quelques jours après il tomba en l'esprit de Monsieur l'Alchimiste qu'il avait oublié
quelque chose, il reprend donc encore ce
pauvre Mercure, & le mêle avec de la merde
de pourceau. Mais le Mercure fâché de ce
qu'il avait été accusé mal à propos devant
la Mère Nature, se prit à crier, & dit, viens ça
maître fol, que veux-tu avoir de moi, pourquoi
m'as-tu accusé? L'Alch. Es-tu celui-là
que je désire tant de voir? Le Merc. Oui, je le
suis, mais je te dis que les aveugles ne me
peuvent voir. L'Alch. Je ne suis point aveugle

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moi. Le Merc. Si es en vérité, & grandement
aveugle, car tu ne te vois pas toi-même,
à grand' peine me pourrais-tu voir.
L'Alch. Vois, vois, depuis quand es-tu devenu
si superbe? Je parle avec toi, le plus modestement
qu'il m'est possible, & tu me méprises.
Peut-être ne sais-tu pas que j'ai travaillé
avec les grands Princes, & qu'ils m'ont en opinion
d'être Philosophe? Le Mercure. C'est à la
cour des grands Princes, que courent ordinairement
les fols, car là ils sont honorés,
& en estime par dessus tous autres, tu as
donc aussi été à la cour? L'Alch. Ha, sans
doute tu es un diable, & non pas Mercure,
puisque tu veux parler comme cela, avec les
Philosophes, voilà comme tu m'as trompé
ci-devant. Le Merc. Mais dis-moi, par ta foi
connais-tu les Philosophes. L'Alch. Demandes-tu
si je connais les Philosophes, je suis
moi-même Philosophe? Le Merc. Ha, ha, ha,
voici un Philosophe que nous avons de
nouveau, & bien, bien, Monsieur le Philosophe,
dites-moi donc, que cherchez-vous,
que voulez-vous avoir, que désirez-vous de
faire. L'Alch. Belle demande, je veux faire la
pierre des Philosophes. Le Merc. Mais avec
quelle matière veux-tu faire la pierre des
Philosophes? L'Alch. Avec quelle matière, avec notre

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Mercure? Le Merc. Garde toi bien de dire
comme cela, car si tu parles ainsi, je m'enfuirai,
car je ne suis pas vôtre. L'Alch. O pardieu,
tu ne peux être autre chose qu'un diable
qui me veut séduire. Le Merc. Certainement,
mon Philosophe, c'est toi qui m'es pire
qu'un diable, & non pas moi, car tu m'as
traité très méchamment, & d'une manière
diabolique. L'Alch. O qu'est-ce que j'entends,
certes c'est là un démon, car je n'ai rien
fais, que selon les écrits des Philosophes, &
je suis très bon Opérateur. Le Merc. Vraiment,
oui, tu es un bon Opérateur, car tu fais
plus que tu ne sais, & que tu ne lis dans les
livres. Car les Philosophes disent tous unanimement
qu'il faut mêler les Natures avec
les Natures, & hors la Nature, ils ne commandent
rien. Et toi, au contraire tu m'as mêlé
avec toutes les choses les plus sordides, puantes,
& infectes, qui soient au monde, ne craignant
point de te souiller avec toutes sortes
de fientes, pourvu que tu me tourmentasses.
L'Alch. Tu as menti, je ne fais rien hors de
la Nature, mais je sème la semence en sa terre,
comme disent les Philosophes. Le Merc. Oui,
vraiment, tu es un beau semeur, tu me sèmes
dans de la merde, & le temps de la moisson venu,
je m'envole, & toi tu ne moissonnes que

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de la merde. L'Alchimiste. Mais les Philosophes
ont écrit néanmoins qu'il fallait chercher
leur matière dans les fumiers, & dans les retraits.
Le Merc. Ce qu'ils ont écrit, est vrai,
& tu le prends à la lettre, ne regardant que les
syllabes, sans te soucier de leur intention.
L'Alch. Je commence à comprendre qu'il
peut être que tu es Mercure, mais tu ne me
veux pas obéir, & alors recommença à le
conjurer derechef, disant, Vx. Vx. Os. tas, &c.
Mais le Mercure lui répondit en riant, & se
moquant de lui. Tu as beau dire Vx. Vx.
tu ne profites de rien mon ami, tu ne gagnes
rien. L'Alch. Ce n'est pas sans occasion
qu'on dit de toi, que tu es admirable, que tu
es inconstant & volatil. Je te vas donner la
résolution là-dessus. Je suis constant à un Opérateur,
& artiste constant, je suis fixe à un esprit
fixe. Mais toi & tes semblables êtes de
vraies girouettes, vagabondant d'une chose
en une autre, d'une matière en une autre.
L'Alch. Dis-moi donc si tu es le Mercure duquel
les Philosophes ont écrit, & assuré
qu'il était le principe de toutes choses, avec
le soufre & le sel, ou bien s'il en faut chercher
un autre. Le Merc. Certainement, le fruit
ne tombe pas loin de son arbre, mais je ne
cherche point ma gloire. Ecoute-moi bien,

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je suis le même que j'ai été, mais mes années
sont diverses. Dès le commencement
j'ai été jeune, aussi longtemps comme j'ai
été seul, maintenant je commence à être
vieil, & si suis le même que j'ai été. L'Alch.
Ha, ha, tu me plais à cette heure, de dire que
tu commences à vieillir, car j'ai toujours cherché
le Mercure qui fût le plus mûr, & le
plus fixe, afin de me pouvoir plus facilement
accorder avec lui. Le Merc. En vérité, mon
bon ami, c'est en vain que tu me recherches,
& visites en ma vieillesse, puisque tu ne m'as
pas connu en ma jeunesse. L'Alch. Qu'est-ce
que tu dis, que je ne t'ai pas connu en ta jeunesse?
Et je n'ai cessé de te manier en tant
de diverses façons, comme toi-même le confesses;
& assure-toi que je ne suis pas encore
las, & que je te ferai pis que je n'ai fait
jusques à ce que j'ai accompli l'oeuvre des
Philosophes. Le Merc. O misérable que je suis,
que ferai-je; ce fol ici me mêlera peut-être
avec de la merde encore, l'appréhension seule
m'en tourmente déjà. Hé, Monsieur le
Philosophe, je te prie au moins d'une chose,
ne me mêle pas avec de la merde de pourceau,
autrement me voilà perdu, car cette
puanteur là me contraint à changer ma forme.
Et que diable veux-tu que je fasse d'avantage,

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ne suis-je pas assez tourmenté? ne t'obéis-
je pas? ne me mêlai-je pas avec tout ce que
tu veux, ne suis-je pas sublimé, ne suis-je pas
précipité, ne suis-je pas Turbith, ne suis-je
pas Amalgame, quand il te plaît, ne suis-je
pas enfin tout ce que tu veux? que demandes-
tu d'avantage de moi? Mon corps est de telle
façon, craché, souillé, & flagellé, que même
une pierre aurait pitié de moi, tu tires de
moi du lait, tu tires de moi de la chair, tu
tires de moi du sang, tu tires de moi du beurre
de l'huile, de l'eau, & bref que ne tires-tu
point de moi? & lequel est-ce de tous les
métaux, ni de tous les minéraux, dis gros
butor, qui puisse faire ce que je fais moi
seul? Et il n'y a point de miséricorde avec
moi. O quelle pitié! L'Alch. Vraiment, tu
m'en contes bien, tout cela ne te nuit point,
car tu es méchant, & quelque forme que
tu prennes en apparence; ce n'est que pour
nous tromper, car tu retournes toujours
en ta première forme. Le Merc. Tu es un mauvais
homme, de dire cela, car je fais tout ce
que tu veux. Si tu veux que je sois corps, je
le suis, si tu veux que je sois poudre, je la suis.
Je ne sais en quelle façon m'humilier d'avantage,
que de devenir poudre, & ombre,
pour t'obéir. L'Alch. Dis-moi donc quel tu

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es en ton centre, & je ne te tourmenterai plus.
Le Merc. Je vois bien, que je serais contraint de
parler fondamentalement avec toi. Si tu
veux, tu me peux entendre, & comprendre
mes paroles, écoute les donc. Tu vois ma
forme à l'extérieur, tu n'as que faire de cela.
Mais quand à ce que tu m'interroges de mon
centre, je te veux répondre catégoriquement.
Mon centre est le coeur très fixe de
toutes les choses, immortel, & pénétrant, en
icelui est le repos de mon Seigneur. Mais
moi, je suis la voie, le précurseur, le pèlerin,
le domestique, le fidèle à mes compagnons,
qui ne laisse point ceux qui m'accompagnent,
mais demeure avec eux, & péris avec eux.
Je suis un corps immortel, & si je meurs
quand on me tue, mais je ressuscite au jugement
par devant un Juge sage, & discret.
L'Alch. Tu es donc la pierre des Philosophes.
Le Merc. Ma mère est telle. D'icelle naît artificiellement
un je ne sais quoi, mais mon
frère qui habite dans sa forteresse, a en son
vouloir, tout ce que veut le Philosophe.
L'Alch. Mais dis-moi es-tu vieil? Le Merc. Ma
mère m'a engendré, mais je suis plus vieil que
ma mère. L'Alch. Qui diable te pourrait entendre?
Tu ne réponds jamais à propos, tu
me contes toujours des paraboles. Dis-moi

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en un mot, si tu es la fontaine, de laquelle Bernard
Comte Trévisan a écrit si solennellement.
Le Merc. Je ne suis point fontaine, mais
je suis eau, c'est la fontaine qui m'environne.
L'Alch. L'or se dissout-il en toi, puisque tu es
eau? Le Merc. J'aime tout ce qui est avec
moi, comme mon ami, & tout ce qui naît
avec moi, je lui donne nourriture, & tout
ce qui est nu, je le couvre de mes ailes.
L'Alch. Je vois bien qu'il n'y a pas moyen de
parler avec toi, je te demande une chose, tu
me réponds d'une autre. Si tu ne me veux
mieux répondre que cela, je te vais encore
sangler mieux que devant. Le Merc. Hé, mon
bon Monsieur, soyez-moi pitoyable, je te
dirais librement ce que je sais. L'Alch. Dis-
moi donc si tu crains le feu? Le Merc. Si je
crains le feu, je suis feu moi-même. L'Alch.
Pourquoi t'enfuis-tu donc du feu? Le Merc.
Ce n'est pas que je m'enfuie, mais mon esprit,
& l'esprit du feu s'entr'aiment, & tant
qu'ils peuvent l'un accompagne l'autre. L'Alch.
Et où t'en vas-tu, quand tu montes avec le
feu? Le Merc. Ne sais-tu pas qu'un pèlerin
tend toujours du côté de son pays, & quand
il est arrivé d'où il est sorti, il se repose, & retourne
toujours plus sage, qu'il n'était.
L'Alch. Et quoi? retournes-tu donc quelquefois?
fois?
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Le Merc. Je retourne voirement, mais
en une autre forme. L'Alch. Je n'entends point
cela, & touchant le feu je ne sais que c'est.
Le Merc. Si il y a quelqu'un qui connaisse le
feu de mon coeur, celui-là connaîtra que le
feu (c'est-à-dire une due chaleur) est ma
vraie viande, & tant plus longtemps l'esprit
de mon coeur mange de feu, tant plus gras
devient-il, duquel la mort, & puis après la
vie de toutes les choses qui sont au règne où
je suis. L'Alch. Es-tu grand? Le Merc. Prends
l'exemple de moi-même, de mille & mille
gouttelettes, je me ressemble en un, & d'un
je me résous un mille & mille gouttelettes,
comme tu vois mon corps devant tes yeux:
si tu sais jouer avec moi, tu me peux diviser
en tout autant de parties que tu voudras, &
derechef je serai un. Que seras-ce donc de
mon esprit intrinsèque, qui est mon coeur, &
mon centre lequel toujours d'une petite
partie en produit plusieurs milliers? L'Alch. Et
comment donc faut-il procéder avec toi
pour te rendre tel que cela? Le Merc. Je suis
feu en mon intérieur, le feu est ma viande,
& le feu est ma vie, & la vie du feu est l'air,
car sans l'air le feu s'éteint. Le feu est plus
fort que l'air, c'est pourquoi je ne suis point
en repos, & l'air cru ne me peut coaguler ni
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restreindre, ajoute l'air avec l'air, afin qu'ils
soient un, & qu'ils aient poids, conjoints-le
avec le feu chaud, & le donne au temps pour
le garder. L'Alch. Qu'arrivera-t-il après tout
cela? Le Merc. Le superflu s'ôtera, & le reste
tu le brûleras avec le feu, & le mettras dans
l'eau, & puis le cuiras, & étant cuit tu le
donneras hardiment en médecine aux malades.
L'Alch. Tout cela & rien, c'est tout un,
tu ne réponds point à mes questions, je vois
bien que tu ne veux seulement que me tromper
avec tes paraboles. Ça ma femme apporte-moi
de la merde de pourceau, que
je traite ce maître galant de Mercure à la
nouvelle façon, pardieu je lui ferai bien dire
comme il faut faire la pierre des Philosophes.
Le pauvre Mercure ayant oui tous ces beaux discours, commence à se lamenter &
plaindre de ce bel Alchimiste, s'en va à la
mère Nature, & accuse cet ingrat Opérateur.
La Nature croit son fils Mercure qu'elle
sait bien être véritable, & toute en colère
elle appelle l'Alchimiste? holà, ho, où es-tu
maître Alchimiste? L'Alch. Qui est-ce qui
m'appelle? La Nat. Viens ça maître fol qu'est-ce
que tu fais avec mon fils Mercure? pourquoi
le tourmentes-tu? pourquoi lui fais

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tu tant d'injures, lui qui désire te faire tant de
bien, si seulement tu le voulais entendre?
L'Alch. Qui diable est cet impudent qui me
tance si aigrement, moi qui suis un si grand
homme, & si excellent Philosophe? Nat. O
fol, le plus fol de tous les hommes, plein d'orgueil,
& la lie des Philosophes, c'est moi qui
connais les vrais Philosophes, & les vrais
sages que j'aime, & ils m'aiment aussi réciproquement,
& font tout ce qu'il me plaît,
& m'aident en ce que je ne peux. Mais vous
autres Alchimistes, du nombre desquels tu
es, vous faites tout ce que vous faites sans
mon su, & sans mon consentement, &
contre mon dessein, aussi tout ce qui vous
arrive est au contraire du vôtre. Vous estimez
que vous traitez bien, mes enfants, mais
vous ne faites rien qui vaille. Mais si vous
considérez bien, vous ne les traitez pas, mais
ce sont eux qui vous manient à leur volonté,
car vous ne savez & ne pouvez rien faire
d'eux, eux au contraire font de vous quand
il leur plaît des insensés, & des fols. L'Alch.
Cela n'est pas vrai. Je suis Philosophe, &
sais fort bien travailler, j'ai été avec plusieurs
Princes; qui ont fait état de mon savoir, ma
femme le sait bien. Je ne m'en soucie point,
j'ai un livre manuscrit, qui a été caché
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plusieurs centaines d'années dans une muraille,
je sais bien enfin que j'en viendrai
à bout, & que je saurai la pierre des Philosophes,
car cela m'a été révélé en songe. Je
ne songe jamais que choses vraies, tu le sais
bien ma femme. Nat. Tu feras comme les
autres tes compagnons, qui au commencement
savent tout ou présument savoir, &
à la fin il n'y a rien de plus ignorant, ni de si
âne. L'Alch. Si tu es toutefois la vraie Nature,
c'est de toi de qui on fait l'oeuvre.
La Nat. Cela est vrai, mais ce sont seulement
ceux qui me connaissent, qui sont en petit
nombre. Et ceux-là n'ont garde de tourmenter
mes enfants, ne font rien qui empêche
mes actions, mais font tout ce qui me
plaît, & qui augmente mes biens, & guérit
les corps de mes enfants. L'Alch. Ne fais-je
pas comme cela? Nat. Toi, tu fais tout ce
qui m'est contraire, & procède avec mes
fils contre ma volonté. Tu tues, là où tu devrais
revivifier. Tu sublimes, là où tu devrais
figer, tu distilles, là où tu devrais calciner,
principalement le Mercure qui m'est un
bon & obéissant fils, avec combien d'eaux
corrosives & vénéneuses l'affliges-tu? L'Alch.
Ne procédais-je pas avec icelui tout doucement
par digestion tant seulement. Nat.

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Cela va bien ainsi que tu l'entends, sinon tu ne
lui nuiras pas, mais à toi-même & à tes
folles dépenses. Celui est tout autant d'être
mêlé avec de la fiente, comme avec de
l'or, tout de même que la pierre précieuse,
à qui la fiente ne nuit point, elle demeure
toujours ce qu'elle est, car étant lavée elle
est aussi resplendissante qu'auparavant. L'Alch.
Tout cela, n'est rien, je voudrais bien faire la
pierre des Philosophes. Nat. Ne traites donc
point si cruellement mon fils Mercure. Car
il faut que tu saches que j'ai plusieurs fils &
plusieurs filles, & que je suis prompte à secourir
ceux qui me cherchent, s'ils en sont
dignes. L'Alch. Dites-moi donc qui est ce
Mercure? Nat. Sache que je n'ai qu'un fils
qui soit tel, il est un de sept, & le premier de
tous, & même il est toutes choses, & lui qui
était un, n'est rien, & si son nombre est entier.
En icelui sont les quatre Eléments, lui
qui n'est pas toutefois Elément, il est esprit,
lui qui est néanmoins corps. Il est mâle,
& fait néanmoins office de femme, il est enfant,
& porte les armes d'un homme, il est
animal, & a néanmoins les ailes d'un oiseau.
C'est un venin, & néanmoins il guérit la lèpre,
il est la vie, & néanmoins il tue tout, il
est Roi, & si un autre possède son Royaume,

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il s'enfuit au feu, & néanmoins le feu est
tiré d'icelui, c'est une eau, & il ne mouille
point, c'est une terre, & néanmoins il est semé,
il est l'air, & il vit de l'eau. L'Alch. Je vois
bien maintenant que je ne sais rien, mais
je ne l'ose dire: car je perdrais ma bonne réputation,
& mon voisin ne voudrait plus
fournir aux frais, s'il savait que je susse
rien. Je ne laisserai pas de dire que je sais
quelque chose, autrement au diable l'un qui
me voudrait avoir donné un morceau de
pain, & plusieurs espèrent de moi beaucoup
de biens. Nat. Enfin que penses-tu faire encore
que tu prolonges tes tromperies, tant
que tu voudras, il viendra toutefois un jour,
qu'un chacun te redemandera ce que tu lui
auras coûté. L'Alch. Je les repaîtrai d'espérance
tant que je pourrai, & ceux que je ne
pourrai, &c. Nat. Mais à la parfin, quoi? L'Alch.
Cependant à cachette & sans faire semblant
de rien, j'essayerai divers labeurs, s'ils succèdent
tant mieux, je les paierai, sinon tant
pis, je m'en irai en un autre Province, & en
ferai encore de même. Nat. Tout cela ne
veut rien dire, car encore faut-il une fin.
L'Alch. Ha, ha, ha, il y a tant de Provinces, il
y a tant d'avaricieux, je leur promettrai à
tous des montagnes d'or, & ce en peu de

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temps, & cependant la mort arrivera. Nat.
En vérité tels Philosophes n'attendent qu'une
corde, va t'en à la mal'-heure, & mets fin en ta
telle quelle Philosophie au plus tôt que tu
pourras. Car par ce seul conseil tu ne tromperas
ni moi qui suis la Nature, ni ton prochain,
ni toi-même.

F I N.
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