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Réfer. : MD0500B
Auteur : Chevalier Digby.
Titre : Nouveaux Secrets expérimentez, pour conserver la beauté des Dames.
S/titre : Et pour guérir plusieurs sortes de Maladies. Tome2.

Editeur : Etienne Foulque. La Haye.
Date éd. : 1700 .


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N O U V E A U X S E C R E T S Expérimentez, pour conserver
L A B E A U T E
D E S D A M E S,
Et pour guérir plusieurs sortes D E M A L A D I E S.
Tirez des Mémoires de M. le Chevalier Digby, Chancelier de la Reine d'Angleterre.
Avec son Discours touchant la guérison des playes, par
la Poudre de Sympathie.
T O M E I I. Sixiéme Edition, revûe, corrigée & augmentée d'un Volume.

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A L A H A Y E,

Chez E T I E N N E F O U L Q U E, Marchand Libraire, dans le Poote. -------------------------------------------------- . . . M. D. C. C.
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T A B L E
Des Secrets & Remèdes contenus dans le second Volume.
D Iscours du Chevalier Digby touchant la guérison des Plaies par la Poudre de Sympathie. Page I & suivantes. Nouveaux secrets expérimentés tirés des mémoires
de divers Auteurs célèbres. 89 Poudre de Coloradilla pour les Plaies. ibid. Troisième Recette de la Poudre coloradilla. 90 Plusieurs manières de faire un très-bon Chocolat. ibid.
Autre manière de faire d'excellent Chocolat. ibid. Autre manière. 91 Huile de Talc. ibid. Autre. ibid. Teinture de Lune. 92 Autre Mercure de Saturne. ibid. Autre extraction de Mercure de Saturne. ibid. Pour blanchir le Cuivre. ibid. Pour jaunir le Mercure. ibid. Pour endurcir le fer, en sorte qu'il en coupe un
autre aisément. ibid. Teinture de Lune. 95 Restriction de Lune. ibid. Sable. ibid. Conversion de Saturne en Lune. 96 Extraction du Mercure. ibid. Fixa-
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T A B L E.
Fixation de salpêtre. 97 Autre. ibid. Fixation du Sel Armoniac. ibid. Sel fusible. ibid. Pour blanchir le Cuivre. 98 Pour donner l'onde au Fer. ibid. Pour faire croître la Salade promptement. ibid. Pour blanchir le Cuivre. ibid. Pour jaunir le Cuivre. 99 Or potable. ibid. Teinture de Lune. 100 Eau qui blanchit le Cuivre & lui donne ingrès. ibid. Autre blanchissage de Cuivre. 101 Poudre pour servir à ce que dessus. ibid. Teinture de Lune. ibid. Augmentation de l'or d'Allemagne. 102 Antimoine de M. d'Urfé. ibid. Teinture de Lune. ibid. Tiercelet. 103 Minière. ibid. Eau Mercuriale. 105 Huile de Vitriol. 106 Pour adoucir les Métaux. ibid. Mercure d'Antimoine. 107 Sel le Soufre. ibid. Préparation du soufre. 108 Préparation de l'Urine. ibid. Pour contrefaire l'écaille de Tortue sur le Cuivre.109
Autre sur la Corne. ibid. Mercure de Saturne. ibid. Fixation de soufre. ibid. Dissolvant Universel. 110 Médium. ibid. Pour fondre le Talc. ibid. Minière. 111 Pour ôter l'Encre de dessus le Parchemin & papier. 112
Pour la jaunisse. ibid. Pour
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D E S M A T I E R E S.
Pour le mal de sein ou de mamelles. 113 Pour un Cheval fourbu. ibid. Autre pour le même. ibid. Pour le farcin. 114 Pour la Pousse. ibid. Pour la colique venteuse. 115 Pour une piqûre d'épine. ibid. Pour le flux de sang. ibid. Pour le Flux de sang par le nez, ou celui des Femmes.
ibid. Pour la Goutte. ibid. Pour le Flux de sang. 116 Pour les Pulmonaires. ibid. Poudre de Cornachini. ibid. Or Potable. 119 Pour la Goutte. 120 Pour les Verrues. ibid. Pour les Ecrouelles. ibid. Pour faire croître le poil. ibid. Pour étancher le sang du nez. 121 Pour les Ecrouelles. ibid. Pour le Flux de sang. ibid. Autre pour le même. ibid. Pour la Pleurésie. 122 Pour le même. ibid. Autre. ibid. Pour la piqûre de serpent. 123 Pour faire faire des enfants à une femme stérile. ibid.
Pour les maux d'Estomac. ibid. Pour l'Hernie. ibid. Pour toutes sortes d'Hémorragies & flux de sang, de
quelque partie que ce soit. 124 Pour la Fièvre quarte. ibid. Pour guérir les Cancers & les Loups des jambes. ibid. Pour les Pulmonaires qui ont la Courte haleine. 125 Pour les personnes empoisonnées. ibid. * 2 Pour
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T A B L E.
Pour les faiblesse & maux d'Estomac. ibid. Pour le Boyau qui sort du fondement. 126 Pour les Hémorroïdes externes. ibid. Pour la Rage. ibid. Pour faire venir les Menstrues. ibid. Pour les verrues. ibid. Pour ne se point lasser en marchant. 127 Pour la Goutte. ibid. Autre. ibid. Pour tirer les dents sans douleur. 128 Pour les morsures de serpents. ibid. Pour la Gravelle. ibid. Pour relever la Luette. ibid. Pour les Cataractes & taches des yeux. ibid. Pour faire accoucher une femme même d'un enfant
mort. 129 Autre pour la même. ibid. Poudre de M. de Sensy contre toutes sortes de venins.
ibid. Pour blanchir les dents. 13O Pour la gravelle, obstructions & difficulté d'urine. ibid.
Fard très-excellent. 131 Essence de jasmin. ibid. Suffocation de matrice. ibid. Pour la Peste. ibid. Pour la Colique néphrétique & venteuse. 132 Vinaigre doux. ibid. Pour teindre les Turquoises. ibid. Autre pour le même. ibid. Vernis pour teindre les Pierreries. ibid. Pour faire un Rubis. 133 Pour faire Emeraudes. ibid. Pour faire Saphirs. ibid. Pour faire Diamants. ibid. Vernis. ibid. Pour noircir le Chagrin. 134 Pour
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D E S M A T I E R E S.
Pour la sciatique. ibid. Pour les Hémorroïdes. 135 Autre pour le même. ibid. Autre pour le même. ibid. Pour les Pulmonaires & courte haleine. ibid. Pour les Loupes. 136 Pour la Colique. ibid. Pour toutes Fièvres. ibid. Autre pour le même. ibid. Pour le Flux de sang. ibid. Parfum de Rose. 137 Teintures de Roses. ibid. Pour la Rate. ibid. Pour le mal de tête & migraine. ibid. Eau pour toutes sortes de Plaies & ulcères, & pour
les Carnosités, y mettant un peu d'eau commune, lors qu'on s'en sert pour la Verge. 138 Pour l'Hydropisie. ibid. Pour la migraine & maux de tête. ibid. Pour les Verrues. 139 Lait Virginal. ibid. Pour la Goutte. ibid. Pour dégraisser parfaitement un Chapeau. ibid. Pommade. ibid. Baume. 140 Ciment pour les Tonneaux. ibid. Préservatif contre la peste & Baume. ibid. Pour le mal de dents. ibid. Pour les Plaies. 141 Pour étancher la sang d'une plaie. ibid. Pour les Poudres parfumées. ibid. Pour que le vin n'enivre pas. ibid. Tache d'huile. ibid. Eau Céleste du grand Duc donnée à M. de Vendôme.
142 Première Eau. 143 Seconde Eau. ibid. Troisième Eau. ibid. Pour
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T A B L E D E S M A T I E R E S.

Pour faire paraître les Ecritures effacées sur les
vieux titres de parchemin. ibid. Lut pour sceller les Verres. 144 Eau pour les Plaies ouvertes, ulcères invétérés,
gangrène, & autres semblables maux. ibid. Eau pour toutes plaies, ulcères, os rompus, gravelle
accouchements. 145 Pour toutes sortes de fièvres. ibid. Pour toutes sortes de Coliques. 146 Pour la Colique. ibid. Orviétan de Desiderio de Combes. ibid. Vertus dudit Orviétan. 147 Eau précieuse de la Roque. 148 Vertus de cette Eau. 149 Pour les grandes chutes de lieu fort haut. ibid. Pour les plaies par fer, comme coupures, &c. 150 Pour mortifier la Volaille. ibid. Pour les Hémorroïdes. ibid. Pour la Pierre. ibid. De l'Essence de Perse & de la Céphalique. 151 Remède pour la fièvre quarte. 152 Remède pour la Gonorrhée. ibid. Pour la Loupe. 153 Pour mortifier la Volaille. ibid. Pour les Rossignols. ibid. Pour la Pleurésie, les Tumeurs des Chutes, & les Gouttes.
ibid. Autre pour la Pleurésie. 154 Autre pour la même. ibid. Pour la Fièvre. ibid. Pour la Dureté de sein. 155 Remède éprouvé pour la Goutte. ibid. Autre pour la Goutte sciatique. ibid. Autre. 156 Remède pour les Hémorroïdes. ibid. Très-beau Vermillon. ibid. Fin de la Table du second Volume. N O U-
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I
pict

N O U V E A U X
S E C R E T S
POUR CONSERVER
L A B E A U T E'
D E S D A M E S,
Et pour guérir plusieurs sortes de Maladies.
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D I S C O U R S
Fait en une célèbre Assemblée, par le Chevalier Digby,
Touchant la guérison des Plaies, par la Poudre
de Sympathie.
pict E crois, M E S S I E U R S, que vous
demeurerez tous d'accord avec moi, qu'il est nécessaire pour bien pénétrer & connaître un Sujet, de montrer en premier lieu, s'il est tel comme on le suppose ou qu'on se l'imagine: car
Tome II. A ne

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2 Discours de la Poudre
ne perdrait-on pas inutilement & son temps &
sa peine, de s'occuper à rechercher les causes
de ce qui n'est peut-être qu'une chimère, sans
aucun fondement de vérité?
Il me semble avoir lu en quelqu'endroit de Plutarque, qu'il propose cette question: Pourquoi les
chevaux qui pendant qu'ils étaient poulains, ont
été poursuivis par le loup, & se sont sauvés à force
de bien courir, sont plus vîtes que les autres. A
quoi il répond, qu'il se peut faire que l'épouvante
& la frayeur que le loup donne à une jeune bête,
lui fait faire toutes sortes d'efforts pour se délivrer
du danger qui la presse, & ainsi la peur lui dénoue
les jointures, lui étend les nerfs, & lui
rend souples les ligaments & autres parties qui
servent à la course; de telle sorte qu'il s'en ressent
tout le reste de sa vie, & en devient bon
coureur. Ou peut être (dit-il) c'est que les
poulains qui sont naturellement vîtes se sauvent
en fuyant: au lieu que les autres qui ne le sont
pas tant, sont attrapés par le loup & deviennent
sa proie. Et ainsi, ce n'est pas que pour avoir
échappé du loup ils en soient plus vîtes: mais
c'est que leur vitesse naturelle les a sauvés du
loup. Il en donne encore d'autres raisons: &
à la fin il conclut, que peut-être aussi la chose
n'est pas véritable. Je ne trouve pas à redire,
Messieurs, à ce procédé en des propos de
table, où le principal dessein de la conversation
est, de le divertir doucement & agréablement,
sans y mêler la sévérité des raisonnements forts,
qui tiennent les esprits bandés & attentifs.
Mais en une Assemblée si célèbre que celle-ci,
où il y a des personnes si judicieuses & si profondément
savantes; & qui en cette rencontre attendent
de moi que je les paye de raisons solides:
des:
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de Sympathie. 3
Je serais bien marri, qu'après avoir fait
mes derniers efforts pour éclaircir comment la
Poudre qu'on appelle communément de Sympathie,
guérit naturellement & sans magie les
plaies, sans qu'on y touche, & même sans
qu'on voit le blessé; l'on révoquât en doute,
si telle guérison se fait effectivement ou non.
En matière de fait, la détermination de l'existence & de la vérité dépend du rapport que
nos sens nous en font. Celle-ci est de cette nature:
car ceux qui en ont vu l'effet & l'expérience,
& ont été soigneux d'en examiner toutes
les circonstances requises, & se sont satisfaits
après avoir reconnu qu'il n'y a point de supercherie,
ne doutent point que la chose ne
soit véritable. Mais ceux qui n'ont point vu
de semblable expérience, s'en doivent rapporter
au récit & à l'autorité de ceux qui assurent les
avoir vues. J'en pourrais produire plusieurs
dont je suis témoin oculaire, & même, quorum
pars magna sui. Mais comme un exemple certain
& avéré en l'affirmatif, est convaincant pour
déterminer la possibilité & la vérité de quelque
matière dont on doute, je me contenterai, pour
ne vous pas ennuyer présentement, de vous en
rapporter un seulement sur ce sujet; mais ce
sera l'un des plus illustres, des plus éclatants,
& des plus avérés, qui ait jamais été, ou qui
puisse être; non seulement par les circonstances
remarquables qui s'y trouvent; mais aussi
par le mérite de la personne qui en a été le
Témoin oculaire. Car la guérison d'une fâcheuse
blessure a été faire par cette Poudre
de Sympathie en la personne d'un homme
qui était illustre, tant pour ses belles
lettres que pour son emploi. Toutes les cir-
A 2 constances
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manque les pages 4 et 5.


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6 Discours de la Poudre
sans avoir besoin de les toucher ou de les voir,
peut-être il ne le voudrait plus, parce qu'il croirait
cette manière de guérir, ou superstitieuse,
ou inefficace. Pour la dernière (dit-il) les grandes
merveilles que plusieurs personnes m'ont raconté
de vôtre médicament, ne me laissent point
douter de son efficace: Et pour la première, tout
ce que j'ai à dire est compris en ce proverbe Espagnol,
haga se el milagro, y hagalo Mahoma. Je
lui demandai donc quelque pièce d'étoffe ou de
linge sur laquelle il y avait du sang de ses plaies. Il
envoya incontinent quérir la jarretière qui lui avait
servi de premier bandage: Et cependant, je demandai
un bassin d'eau, comme si je me voulais laver
les mains, & pris une poignée de poudre de vitriol
que je tenais en un cabinet sur ma table,
& l'y fis promptement dissoudre. Aussi-
tôt que la jarretière me fut apportée, je la mis
dans le basin, remarquant bien ce que faisait
cependant Monsieur Howell: Il parlait à un Gentilhomme
en un coin de ma chambre, sans
prendre garde à ce que je faisais; & tout à
l'heure il tressaillit, & fit une action comme
s'il sentait en lui quelque grande émotion: Je
lui demandai ce qu'il sentait. Je ne sais (dit-il)
ce que j'ai, mais je sais bien que je ne sens plus
ma douleur: Il me semble qu'une fraîcheur agréable
comme si c'était une serviette mouillée &
froide, s'épand sur ma main, ce qui m'a ôté toute
l'inflammation que je sentais. Puis donc, lui répliquai-je,
que vous sentez déjà un si bon effet
de mon médicament, je vous conseille d'ôter
tous vos emplâtres, tenez seulement la plaie
nette & en un état modéré & tempéré de chaud
& de froid. Ceci fut aussi-tôt rapporté à Monsieur
de Bukingan, & peu après au Roi,
qui
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de Sympathie. 7
qui furent tous deux fort curieux de savoir la
suite de l'affaire: De sorte, qu'après dîner j'ôtai
la jarretière hors de l'eau & la mis sécher à
un grand feu. A peine était-elle bien sèche
(& pour cet effet, il fallait qu'elle eût été premièrement
bien échauffée) que voila le Laquais
de Monsieur Howell qui me vint dire, que son
Maître sentait depuis fort peu de temps autant
de douleur que jamais, & encore plus grande,
avec une chaleur si extrême, comme si sa main
eût été parmi les charbons ardents. Je lui répondis,
que quoi que cela lui fût arrivé à présent,
il ne laisserait pas de se bien porter dans
fort peu de temps; que je savais la cause de ce
nouvel accident, & que j'y donnerais ordre,
& que son Maître serait délivré de sa douleur
& inflammation, avant qu'il put être de retour
chez lui pour l'en assurer. Mais qu'en cas que
cela ne fût pas, qu'il revint m'en avertir, sinon,
qu'il n'avait que faire de retourner. Avec
cela il s'en va; & à l'instant je remets la jarretière
dans l'eau: sur quoi, encore qu'il n'y
eût que deux pas chez son Maître, il le trouva
tout à fait sans douleur; & même avant qu'il
n'arrivât, elle était entièrement cessée. Pour
faire court, il n'eût plus de douleur, & dans
cinq ou six jours sa plaie fût cicatrisée & entièrement
guérie. Le Roi Jaques se faisait
ponctuellement informer de tout ce qui se passait
en cette cure: Et après qu'elle fût achevée
& parfaite, il voulut savoir de moi comme
elle s'était faite, m'ayant premièrement raillé
(ce qu'il faisait toujours de très-bonne grâce)
de Magicien & de Sorcier. Je lui répondis,
que je serais toujours prêt à faire tout ce
que Sa Majesté m'ordonnerait: mais que je la
A 4 sup-
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8 Discours de la Poudre
suppliais très-humblement de me permettre
avant que de passer outre, de lui dire ce que
l'Auteur de qui j'avais appris le secret, dit
au grand Duc de Toscane en pareille occasion.
C'était un Religieux Carme nouvellement
venu des Indes & de la Perse à Florence,
& même il avait été en la Chine, qui
ayant fait de merveilleuses cures avec la poudre,
depuis son arrivée en Toscane, le Duc lui
témoigna qu'il serait bien aise de l'apprendre de
lui. C'était le Père du Grand Duc qui règne
aujourd'hui. Le Religieux lui répondit, que
c'était un secret qu'il avait appris en Orient,
& qu'il croyait qu'il n'y avoir que lui qui le sût
en Europe, & qu'il méritait qu'il ne fût pas
divulgué. Ce qui ne se pourrait pas faire, si
son Altesse se mêlait de l'exercer, d'autant qu'il
ne le ferait point par ses mains: & que s'il employait
son Chirurgien ou autre Valet, il y aurait
en peu de temps bien d'autres personnes qui
le sauraient aussi bien que lui. Sur quoi son
Altesse ne le voulut plus presser là-dessus. Mais
quelques mois après, j'eus le moyen de faire un
très-important plaisir à ce Religieux; ce qui fut
cause qu'il ne me voulut pas refuser son secret,
& la même année il s'en retourna en Perse. De
sorte que je crois être maintenant le seul de
toute l'Europe qui sache ce secret. Le Roi
me répliqua, que je n'appréhendasse point qu'il
le divulguât, car il ne se fierait à personne en
faisant expérience de cette cure; mais la ferait
toujours de sa main propre, & que je lui donnerais
de ma poudre. Ce que je fis, & l'instruisis
de toutes les circonstances, & Sa Majesté
en fit plusieurs épreuves; dans toutes lesquelles
elle eût une singulière satisfaction. Cependant, dant,
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de Sympathie. 9
Monsieur de Mayence son premier Médecin,
veillait pour découvrir ce qu'il pouvait
de ce secret; & à la fin il parvint à savoir
que le Roi se servait de Vitriol. Alors il m'aborde,
& me dit qu'il n'avait osé me demander
mon secret, parce qu'il avait su que j'avais
fait difficulté de le dire au Roi. Mais à
cette heure qu'il avait appris de quelle matière
il se fallait servir, il espérait que je lui communiquerais
toutes les circonstances de ce qu'il
fallait faire. Je lui répondis, que non seulement
à cette heure, mais que s'il me l'eue
demandé dès le commencement, je lui aurais
franchement tout dit. Car entre ses mains il
n'y avait point de danger qu'un tel secret se
prostituât. Et ensuite je lui dis le tout. Peu
après il s'en alla en France pour voir une belle
terre qu'il avait nouvellement achetée proche de
Genève, qui est la Baronnie d'Aubonne. En ce
voyage il alla voir Monsieur le Duc de Mayenne,
qui depuis long-temps avait été son grand
ami & Protecteur; & lui enseigna ce secret.
Le Duc en fit plusieurs expériences, qui en toutes
autres mains, que celles d'un Prince si pieux & si
religieux, auraient passé pour des effets de Magie
& d'enchantement. Après la mort du Duc (qui
fut tué au siège de Montauban) son Chirurgien
qui le servait à faire cette cure, vendit ce secret
à plusieurs personnes de condition, qui lui
en donnèrent des sommes considérables, de sorte
qu'en peu de temps il devint riche par ce moyen.
La chose étant ainsi tombée en plusieurs mains,
ne demeura pas long-temps en termes de secret
mais peu à peu elle s'est tellement divulguée,
qu'à peine y a-t-il aujourd'hui un Barbier de
Village qui ne la sache.
Voila
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manque les pages 10 et 11.

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12 Discours de la Poudre
me de métal pour y imprimer la marque de la
monnaie: à chaque tour qu'elle fait, elle ne
s'approche que peu, & quasi insensiblement; &
ne fait guères de bruit, il ne faut pas non plus
une si grande force pour la tourner mais son effort,
quoi que lent est si invisible qu'à la fin elle abat la
porte, & fait une impression profonde dans la plaque
d'or ou d'argent: Au lieu que des coups de
marteau ou de barres (auxquels se peuvent
comparer les discours ingénieux des beaux esprits)
demandent des bras de Géants, font
beaucoup de bruit & au bout du conte, produisent
peu d'effet. Pour entrer donc en
matière: je poserai premièrement (selon la
méthode des démonstrations géométriques) six
ou sept principes pour fondement sur lesquels
je bâtirai mon édifice. Mais aussi, je
les établirai si bien & si fermement, qu'on
ne fera pas difficulté de me les accorder. Ces
principes seront comme les roues de la machine
d'Archimède, par le moyen de laquelle un
enfant était capable d'attirer sur la terre la grosse
caraque du Roi Hizron, que cent paires de
boeufs avec toutes les cordes & câbles de son
arsenal, ne pouvaient pas faire seulement remuer.
Et par le moyen de ces principes, j'espère
de conduire ma conclusion à bon port.
Le premier principe donc sera, que l'orbe ou
sphère de l'air est rempli de lumière. S'il était
besoin de prouver en cet endroit que la lumière
est une substance matérielle & corporelle, &
non une qualité imaginaire & incompréhensible
(comme plusieurs de l'école le prétendent) je
le ferais avec assez d'évidence. Je l'ai fait suffisamment
en quelqu'autre traité qui a été publié
depuis quelques années. Et ce n'est pas une nouvelle
velle
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de Sympathie. 13
opinion: Car plusieurs Philosophes des plus
estimés parmi les anciens l'ont avancée; & même
le grand Saint Augustin en la troisième Épître à
Volusien témoigne qu'il est de ce sentiment.
Mais pour notre affaire présente, que la lumière
soit l'une, ou l'autre, c'est assez d'expliquer son
cours, & les voyages qu'elle fait, dont nos sens
nous rendent témoignage. Il est évident, que sortant
continuellement de sa source qui est le Soleil,
& s'élançant avec une merveilleuse vitesse
de tous côtés par lignes droites; là, où elle rencontre
quelques obstacles en son chemin par l'opposition
de quelques corps durs & opaques, elle
se réfléchit, elle faute de là, ad angulos aequales,
& reprend un autre cours par une autre ligne
droite, jusques à ce qu'elle ait bricolé vers un
autre côté par le choc d'un autre corps solide;
& ainsi elle continue de faire des nouveaux bonds
çà & là, tant qu'enfin étant chassée de tous côtés
par les corps qui s'opposent à son passage,
elle se lasse & s'éteint. Tout de même donc
que nous voyons une balle en un jeu de paume,
qui étant poussée par un puissant bras contre une
des murailles, faute de là à l'opposite, tant
que souvent elle fait le circuit de tout le jeu de
paume, & achève son mouvement proche du
lieu où elle l'avait commencé. Nos yeux mêmes
sont témoins de ce progrès de la lumière,
quand par réflexion elle illumine quelqu'endroit
obscur où elle ne peut pas parvenir directement:
ou quand sortant immédiatement du
Soleil & frappant sur la Lune ou sur quelqu'autre
des planètes, les rayons qui n'y peuvent pas
entrer rejaillissent jusques à nôtre terre (car sans
cela nous ne les pourrions pas voir) & là elle est
réfléchie, rompue & brisée par autant de corps
comme
@

14 Discours de la Poudre
comme elle en rencontre en ses réflexions diverses.
Le second principe sera, que la lumière frappant ainsi sur quelque corps, les rayons qui n'y
entrent pas bien avant mais qui rebondissent de
la superficie de ce corps, en détachent & emportent
avec soi quelques petites particules ou
atomes, tout de même que la balle dont nous venons
de parler, et emporterait avec elle quelque
humidité des murailles contre lesquelles elle bricolerait,
si le plâtre qui les enduit, était encore
humide, & comme elle emporte en effet
quelque teinture du noir dont ces murailles sont
collées. La raison de ceci est, que la lumière,
ce feu si subtil & raréfié, venant avec une si merveilleuse
vitesse (car ses dards sont dans nos
yeux, quasi aussi-tôt que sa tête est élevée dessus
nôtre horizon; faisant ainsi tant de milliers de
lieues en une espace imperceptible de temps) &
battant à plomb sur le corps qui lui est opposé,
elle ne peut pas manquer d'y faire quelques petites
incisions, proportionnées à sa rareté & subtilité:
Et ces petits atomes découpés & détachés
de leur trône, étant composés des quatre
Eléments (comme tous les corps du monde le
sont) le chaud de la lumière s'attache & s'incorpore
avec les parties humides, visqueuses & gluantes
des dits atomes, & elle les emporte bien loin
avec soi. L'expérience nous montre cette vérité,
aussi-bien que la raison. Quand on met quelque
linge ou drap humide à sécher devant le feu,
les rayons ignés frappant là dessus, ceux qui n'y
trouvent point d'entrée, mais réfléchissent hors
de là, emportent avec eux des corpuscules
humides, qui forment une espèce de brouillard
entre le linge & le feu: De même, le Soleil illuminant
luminant
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de Sympathie. 15
à son lever la terre, qui est humectée
par la pluie ou par la rosée de la nuit, ses rayons
élèvent un brouillard qui monte peu à peu jusques
aux sommets des collines; & ce brouillard se raréfie
à mesure que le Soleil a plus de force de le
tirer en haut: jusques à ce qu'à la fin nous le
perdons de vue, & il devient partie de l'air,
qui, à cause de sa ténuité, nous est invisible.
Ces atomes donc, sont comme des Cavaliers
montés sur des coursiers ailés qui vont bien loin,
jusques à ce que le Soleil se couchant, retire leurs
Pégases, & les laisse tous sans monture, & alors
ils se précipitent en foule vers la terre d'où ils
étaient attirés: la plus grande part & les plus
pesants tombent à la première retraite du Soleil,
& c'est ce qu'on appelle le serein, lequel quoi
qu'il soit trop subtil pour être vu, on ne laisse
pas pourtant de sentir, comme une infinité de
petits marteaux qui frappent nos têtes & nos
corps, principalement de ceux qui sont avancés
en l'âge: car les jeunes, à cause du bouillonnement
de leur sang & de la chaleur de leur complexion,
poussent hors d'eux une abondance
d'esprits; lesquels étant plus forts que ceux qui
tombent du serein, les repoussent & les empêchent
d'agir sur les corps d'où ces esprits
sortent; comme ils font sur ceux qui étant
refroidis par l'âge, n'en sont pas garantis par
une si forte émanation d'esprits qui sortent d'eux.
Le vent qui souffle & qui est porté de tous côtés,
n'est autre chose qu'un grand fleuve de
semblables atomes attirés de quelques corps solides
qui sont sur la terre; & puis sont ballottés
çà & là, selon qu'ils rencontrent des causes pour
cet effet. Il me souvient d'avoir une fois vu
oculairement comment le vent s'engendre: Je
passais
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16 Discours de la Poudre
passais le mont Cenis pour aller en Italie, au
commencement de l'Eté, & j'étais déjà à la
moitié de la montagne comme le Soleil se levait,
beau & lumineux. Mais avant, que de voir
son corps, que les montagnes me dérobaient encore,
je remarquai ses rayons qui doraient le
sommet du mont Viso, qui est une pyramide de
rochers, bien plus haute que le mont Cenis, &
que toutes les montagnes qui l'environnent.
Plusieurs mêmes sont d'opinion que c'est une
des plus hautes montagnes du monde, après le
Pic de Ténériffe dans les Iles Canaries, & elle est
toujours couverte de neige. Je remarquai donc
qu'à l'endroit qui était éclairé des rayons du Soleil,
il se formait un brouillard, qui au commencement
ne paraissait pas de plus grande étendue
qu'une grosse poule: mais qui peu à peu s'augmenta
tant qu'à la fin tout le sommet non seulement
de cette montagne, mais aussi de celles
qui sont autour, fût couvert d'une nuée. J'étais
déjà arrivé au plus haut du mont Cenis,
& me trouvant en la ligne droite qui passait du
Soleil au mont Viso, je m'arrêtai pour le regarder,
pendant que mes gens achevaient de
monter: car ayant plus d'hommes à porter ma
chaise qu'aucun d'eux, j'avais fait plus de diligence
qu'eux. Je n'y fus pas long-temps que le
brouillard sembla s'abaisser doucement vers le lieu
où j'étais, & je commençai à sentir comme
une petite fraîcheur qui me donnait sur le visage,
lors que je le tenais tourné de ce côté-là. Quand
toute ma troupe fût assemblée autour de moi,
nous allâmes descendre de l'autre côte du mont
Cenis vers Suze, & à mesure que nous descendions,
nous sentions très-perceptiblement que
le vent se roidissait à nôtre dos; car le chemin
nous
@

de Sympathie. 17
nous obligeait d'aller vers le côté où le Soleil
était. Nous rencontrâmes des Passagers qui
montaient par où nous descendions; ils nous
dirent que plus bas le vent était très-impétueux
qu'il les avait fort incommodés, leur soufflant
au visage & dans les yeux: mais qu'à mesure
qu'ils montaient, ils le trouvaient moins
fâcheux. Et de notre côté, quand nous arrivâmes
au lieu, où ils nous avaient dit que le
vent était si violent, nous trouvâmes comme
une espèce de tourmente: & il augmentait
toujours en descendant, jusques à ce que le Soleil
s'étant avancé, ne l'attirait plus par cette ligne
là, mais causait le vent en un autre quartier.
Les gens du pays m'assurèrent, que cela
arrivait toujours ainsi, quand quelque accident
extraordinaire & violent ne détournait point
son cours accoutumé, qui est qu'à une certaine
heure du jour le vent le lève à un certain rumb;
& quand le Soleil est parvenu à un autre point
un autre vent se lève; & ainsi de main en main
il change de rumb jusques au Soleil couchant
qui apporte toujours le calme, si le temps est
beau; & que le vent vienne de l'endroit
du mont Viso, opposé au Soleil. Et ils nous
dirent aussi, que le vent journalier est toujours
plus fort vers le bas de la montagne, que vers
le haut, dont la raison est évidente: c'est que
le mouvement naturel de tout corps (de même
que celui des choses pesantes) s'augmente toujours
en vitesse, à mesure qu'il avance vers son
centre, & ce en nombre impair (comme Gallien
l'a ingénieusement démontré; je l'ai aussi
fait en quelqu'autre traité) c'est à dire, si
dans le premier moment il s'avance d'une aulne
dans le second il s'avancera de trois aulnes, dans
Tome II. B le

@

18 Discours de la Poudre
le troisième de cinq, dans le quatrième de sept, &
ainsi toujours il continue à s'augmenter en
la même sorte: ce qui provient de la densité &
de la figure du corps descendant, agissant sur la
cessibilité du médium. Et ces corpuscules qui
causent le vent du mont Viso, sont denses &
terrestres: car la neige étant composée de parties
aquatiques & de parties terrestres unies ensemble
par le froid, lors que la chaleur des rayons
du Soleil les désunit & les sépare, les visqueuses
s'envolent avec eux, pendant que les terrestres
(trop pesantes pour monter bien haut) tombent
incontinent en bas. Ceci me fait souvenir
d'une chose assez remarquable, qui m'arriva
pendant que j'étais avec ma flotte dans le port
de Scanderonne ou Alexandrette, à l'extrémité
de la mer Méditerranée. L'on descend là pour
aller à Alep & à Babylone, j'avais déjà fait ce
que je m'étais proposé de faire en ces mers;
j'étais venu à bout de mon dessein avec un
heureux succès, & il m'importait de revenir en
Angleterre le plutôt qu'il me serait possible; &
d'autant plus, que tous mes navires avaient été
endommagés dans un combat que j'avais eu de
puis peu de jours en ce Port, contre une Puissance
formidable; qui bien que la victoire me
fut enfin demeurée, ne laissa pourtant pas dans
une si furieuse dispute, de mettre ma flotte en
grand désordre, & de remplir mes vaisseaux
d'hommes blessés. Pour prendre avis sur la route
la plus expédiente, pour me retirer au plutôt en
un lieu où je puisse me remettre en état de défense
& être en sûreté, je fis assembler tous les Capitaines,
les Pilotes & les Mariniers expérimentés de ma
flotte: & leur ayant proposé mon dessein, tous unanimement
furent d'avis, que le plus sûr était de
descendre
@

de Sympathie. 19
descendre vers le Midi, & de côtoyer toute la
Syrie, la Judée, l'Egypte & l'Afrique, & par
ce moyen nous rendre à l'embouchure du détroit
de Gibraltar: & qu'allant ainsi proche des cotes
nous aurions règlement toutes les nuits un
petit vent de terre (qu'ils appelaient brise)
lequel nous ferait faire en peu de temps notre
voyage; & que nous ne serions pas en si
grand danger de rencontrer la flotte de France
ni celle d'Espagne: car l'Angleterre était alors
en guerre contre ces deux Couronnes, & nous
avions avis que leur flottes nous attendaient
bien équipées sur les côtes pour le venger de ce
que nous avions fait au préjudice des deux
Nations, pendant seize mois que nous avions
été les maîtres dans ces mers. Ce que nous avions
raison sur tout d'éviter, disaient ils, puis que nous
devions être désormais plutôt en état d'employer
ce qui nous restait de forces à chercher en diligence
quelque bon port, où nous pussions en
sûreté réparer nos dommages, que de nous exposer
de nouveaux combats; car on pouvait bien
dire qu'effectivement nous n'en avions pas besoin.
Mon opinion était toute contraire à
la leur. Je croyais que notre plus court serait de
tirer vers le Septentrion & de cingler le long
de la côte de la Cilicie, de la Pamphylie, de la
Lydie, de l'Anatolie ou l'Asie Mineure, traverser
l'embouchure de l'Archipel, laisser la
mer Adriatique à droite, passer par la Sicile,
l'Italie, la Sardaigne, la Corse, le Golfe de
Lion, & côtoyer toute l'Espagne : leur remontrant,
que ce nous serait une grande honte
de nous détourner de nôtre route, pour
éviter la rencontre de nos ennemis; puis que
nous n'étions venus en ces mers, que pour
B 2 les
@

20 Discours de la Poudre
les chercher par tout où ils seraient: & que la
protection dont Dieu par sa bonté avait béni
nos Armes dans tant de combats en allant,
nous donnait lieu d'espérer avec joie une aussi
bonne issue de ceux qui nous pourraient arriver
à nôtre retour. Qu'il n'y avait point de doute
que la route que je leur proposais, considérée
simplement en soi, ne fût sans comparaison la
meilleure & la plus courte pour sortir de la
mer Méditerranée & gagner l'Océan; d'autant
(leur disais-je) qu'encore que nous ayons des
brises de la terre pendant que nous serons sur
les côtes de Syrie & d'Egypte, nous n'en aurons
point du tout pendant que nous serons sur
la côte de Libye, où sont ces affreux sables
qu'on appelle les Syrtes, qui sont d'une très-
grande étendue: cette côte là n'ayant aucune
humidité, car il n'y croît ni arbres, ni herbages;
& il n'y a que des sables mouvants, qui couvrirent
& enterrèrent autrefois tout à coup la
puissante Armée du grand Roi Cambise. Or
où il n'y a point d'humidité, le Soleil ne peut
rien attirer pour en former le vent. De sorte
que nous ne trouverons jamais là (principalement
en Eté) d'autre vent que le régulier qui
a son cours de l'Occident à l'Orient, selon le
cours du Soleil (le père des vents) si ce n'est
quand il en vient d'extraordinaire, ou des
terres d'Italie, qui sont vers le Nord, ou du fonds
de l'Ethiopie où sont les montagnes de la Lune,
& la source & les cataractes du Nil. Mais
si alors nous étions proches des Syrtes, le vent
d'Italie nous ferait infailliblement faire naufrage.
Je raisonnais ainsi selon les causes naturelles,
pendant que ceux de mon Conseil de guerre
se tenaient fermes sur leur expérience. Ce
qui
@

de Sympathie. 21
qui fut cause que je ne voulus rien faire contre
le sentiment unanime de tous, car encore que
la disposition & la résolution de toutes choses dépendissent
absolument de moi, il me semblait
néanmoins qu'on me pourrait avec justice accuser
de témérité, si je voulais préferer mon avis
particulier à celui de tous les autres. De sorte que
nous prîmes cette route là, & allâmes heureusement
jusques aux Syrtes de Libye. Mais en
cet endroit, nos brises nous manquèrent, & durant
trente-sept jours nous n'eûmes pour tout
vent que quelques Zéphyrs qui venaient de
l'Occident, où nous devions aller. Nous fûmes
contraints de nous tenir à l'Ancre tout ce temps-
là, avec beaucoup d'appréhension qu'il ne nous
vint quelque bourrasque du côté du Nord. Car
cela arrivant, nous étions perdus; d'autant que
nos Ancres n'auraient pu tenir ferme dans ces
sables mouvants, & ainsi nous aurions été infailliblement
jetés sur cette côte & y aurions fait
naufrage. Mais Dieu qui a voulu que j'eusse
l'honneur de vous entretenir aujourd'hui, me
délivra de ce péril. Et au bout de trente-sept
jours nous remarquâmes par le cours des nuées
dans l'air qu'elles venaient du Sud-Est, assez
lentement, mais d'heure en heure, elles se hâtaient
& se pressaient de plus en plus; de sorte
qu'au bout de deux jours le vent qui s'était
formé bien loin de là dans l'Ethiopie,
arriva comme une grande tempête au lieu où
nous étions, & nous mena bien-tôt au lieu
où nous devions aller: car s'il n'avait pas
eu cette impétuosité & cette force, il se serait
dissipé & perdu, avant que d'arriver au
bout d'un si long trajet. De ce discours nous
pouvons conclure, que par tout où il y a du
B 3 vent,
@

manque les pages 22 et 23.

@

24 Discours de la Poudre
de la faire purement par défaillance, qui est de
l'exposer à l'air humide; car je croyais fermement
qu'il eut dissout le sel de tartre dans l'eau de rose.
Il me jura qu'il n'y avoir mêlé aucune liqueur,
mais qu'il avait laissé le tartre calciné
dans sa cave dissoudre de soi-même: c'était
dans la saison des roses, & il semble que l'air
étant plein des atomes qui se tirent des roses
& se changeant en eau par l'attraction puissante
du sel de tartre, leur odeur se rendait sensible
au lieu où ils s'étaient amassés ensemble, comme
les rayons du Soleil brûlent, quand ils sont
rassemblés par un miroir ardent. Il arriva encore
une autre Merveille touchant cette huile
de tartre, qui pourra servir à prouver une proposition
que nous n'avons pas encore touchée;
c'est que, comme la saison des roses se passait, cette
huile perdait en même temps l'odeur d'eau de roses:
en sorte que dans trois ou quatre mois elle fut
tout à fait passée. Mais nous fumes bien surpris,
quand l'année suivante à la saison des roses, elle
devint aussi forte qu'auparavant: & puis vers
l'hiver elle se perdit encore: & depuis elle a toujours
gardé le même ordre. C'est pourquoi Monsieur
Ferrier la conserve comme une rareté singulière,
& je l'ai moi-même sentie chez lui l'Eté
dernier. Nous avons à Londres une malheureuse
confirmation de cette expérience, car l'air y
est plein de Semblables atomes. La matière dont
on fait le feu en cette grande Ville, est principalement
de charbon de terre, qu'on fait venir
de Neufcastel & d'Ecosse. Ce charbon contient
en soi une grande quantité de sel volatil
très acre, qui étant emporté avec la fumée, se
dissipe dans l'air & l'en rempli. Il en est
tel-
@

de Sympathie. 25
tellement chargé, que quoi qu'on ne le voit
pas, on s'aperçoit de ses effets; il gâte les
lits, les tapisseries, & les autres beaux meubles,
s'ils sont de quelque couleur belle & éclatante:
cet air fuligineux la ternit en peu
de temps: si on ferme une chambre sans y entrer
durant quelques mois, & qu'on veuille ensuite
faire nettoyer tout ce qui y est, on verra
une poudre noire, qui couvre tous ces meubles,
comme on en voit une blanche dans les
moulins & aux boutiques des boulangers; même
elle entre dans les coffres, & parait sur le linge
ou le papier, & sur semblables choses
blanches qui y font enfermées; car les rabats
& les manchettes s'y salissent plus
en un jour, qu'en dix à la campagne hors de
l'étendue de cette fumée; & on voit dans cette
Ville au Printemps, quand les arbres son(t) fleuris,
toutes les fleurs blanches salies par une fumée noire.
Or comme cet air est ce que les poumons de
tous les habitants attirent pour se refraîchir, il
fait que le flegme qu'on crache de la poitrine,
est tout noir & fuligineux, & l'âcreté du sel de
cette suie y fait un effet très-funeste; car il rend
tous les habitants de cette Ville fort sujets aux
inflammations, & ensuite à l'ulcération des
poumons. Il est mordicant & corrosif, que si
on met des jambons, ou du boeuf, on autre
chair, à fumer dans les cheminées, il les dessèche
si-tôt & si fort qu'il les gâte. Ceux donc qui ont
les poumons faibles, s'en ressentent bien-tôt, d'où
vient que la moitié de ceux qui meurent à Londres,
meurent pulmonaires & phtisiques, crachant
le sang continuellement de leurs poumons
ulcérés. Au commencement de cette maladie,
la
@

26 Discours de la Poudre
la guérison en est fort aisée. Il n'y a qu'à les envoyer
en quelque lieu où il y ait un bon air.
La plupart vont à Paris, savoir ceux qui ont
le moyen de faire la dépense du voyage; & ils
recouvrent bien-tôt leur santé parfaite. La même
chose, quoi que plus rarement, arrive
dans la ville de Liège, où de même qu'à Londres,
le commun peuple ne brûle que de ce charbon
de terre, qu'on appelle de la houille. Paris
même, quoi que l'air du pais y soit très-excellent,
n'est pas tout à fait exempt de pareilles
incommodités. Les boues excessives & puantes
de cette vaste Ville, corrompent extrêmement
la pureté de son air, le remplissant
par tout d'atomes infectés qui en sortent,
lesquels pourtant ne sont pas si pernicieux
que ceux de Londres. L'on y remarque, que
la vaisselle d'argent la plus nette & la plus polie,
exposée à l'air, devient en peu de temps livide
& sale: ce qui ne provient d'autre chose
que de ces atomes noirs, (vraie couleur de la
putréfaction) qui s'y attachent: & plus le
métal est poli & luisant, plus ils sont visibles.
Je connais une personne de condition, fort
de mes amies, qui est logée en un endroit,
où d'un côté de sa maison est une petite rue qui
n'est habitée que de pauvres gens, & où il
ne passe que très peu de charrettes & jamais de
carrosses. Les voisins du derrière de sa maison
n'étant guères propres, vident leurs immondices
au milieu de la rue, qui par ce moyen est
toute chargée de monceaux de boue. Long
temps après les tombereaux qui sont ordonnés
pour emporter les boues par tout, viennent aussi
là. Quand ils remuent ces ordures fermentées,
vous ne sauriez vous imaginer quelle puanteur &
quelle
@

de Sympathie. 27
quelle infection règne par tout. A l'instant
les gens de mon ami accourent pour
couvrir l'étoffe spongieuse & frisée, de
laine ou de coton, la vaisselle d'argent &
ses chenets, que ses servantes tiennent fort
propres & luisants: car sans cela, en un
moment le tout deviendrait noir comme de
l'ancre. Rien de cela toutefois ne se voit
dans l'air; mais ces expériences convainquent
évidemment qu'il est plein par tout de semblables
atomes. Je ne puis m'empêcher d'ajouter
encore ici une autre expérience, qui est que
nous voyons par les effets, que les rayons de la
Lune sont froids & humides. Il est certain que
ce qui est lumineux de ces rayons, vient du Soleil,
la Lune n'ayant point de lumière en soi,
comme en fait foi son Eclipse qui se fait lors
que la terre étant opposée entr'elle & le Soleil,
empêche qu'il ne l'éclaire de sa lumière;
& alors elle parait noire & obscure. Les
rayons donc qui viennent de la Lune, sont ceux
du Soleil, qui frappant sur elle sont réfléchis
jusques à nous, & les apportent de cet astre froid
& humide, qui participent de la source d'où ils
viennent. Si on leur expose donc un miroir
concave ou un bassin poli qui les assemble, vous
verrez qu'au lieu que ceux du Soleil brûlent en
semblable occasion, ceux-ci tout au contraire
rafraîchissent & humectent considérablement, &
& même laissent sur le miroir une substance aquatique,
visqueuse & gluante. Il semble que ce
serait une chose vaine de se laver les mains dans
un bassin d'argent bien poli, où l'on ne verrait
point d'eau ni autre chose que la réflexion des
rayons de la Lune: & néanmoins, si on continue;
à faire cela quelqu'espace de temps, on se
trouvera
@

28 Discours de la Poudre
trouvera les mains toutes humides: c'est même
un remède infaillible pour faire tomber les porreaux
des mains, quelque grand nombre qu'il y
en ait, pourvu qu'on le réitère plusieurs fois.
Concluons donc de tout ce discours, & de toutes
ces expériences, que l'air est plein des atomes,
qui s'attirent des corps par le moyen de
la lumière qui en réfléchit, ou qui en sort par
la chaleur naturelle & intérieure de ces mêmes
corps qui les chassent dehors. On dirait qu'il
est impossible qu'il puisse y avoir une si grande
émanation de corpuscules, qui soient tellement
répandus dans l'air, & soient emportés si loin
par un flux continuel, pour le dire ainsi, sans
que le plus souvent le corps d'où ils viennent,
en souffre aucune diminution sensible: car
quelquefois elle est fort visible, comme dans
l'évaporation de l'esprit de vin, du musc, &
de semblables substances volatiles. Mais cette
objection sera nulle, & les deux précédents principes
paraîtront plus vrai-semblables, quand nous en
aurons posé un quatrième, qui sera que tout
corps pour petit qu'il soit est divisible jusqu'à
l'infini. Non pas qu'il ait actuellement des parties
infinies (car le contraire de cela se peut
démontrer) mais qu'il se peut toujours diviser
& subdiviser en nouvelles parties, sans jamais
parvenir à la fin de sa division. Et c'est en ce
sens que nos Maîtres nous enseignent que la
quantité est infiniment divisible. Ceci est évident
à qui considérera profondément l'essence
& la raison formelle de la quantité, qui n'est
autre chose que divisibilité. Mais parce que
cette spéculation est fort subtile & Métaphysique,
je me servirai de quelques démonstrations
Géométriques pour prouver cette vérité, car
elles
@

de Sympathie. 29
elles s'accommodent mieux à l'imagination.
Euclide nous enseigne par la dixième proposition
de son sixième livre, que si on prend une ligne
courte & une autre longue, & que celle ci soit divisée
en plusieurs parties égales entr'elles, la petite
peut être divisée en autant de parties aussi égales
entr'elles, & chacune de ces parties encore en
autant d'autres, & chacune de ces dernières en
autant: & ainsi toujours sans jamais parvenir
à ce qui ne peut plus être divisé. Mais supposons
(qu'il soit impossible) qu'on puisse tant
diviser & subdiviser une ligne, qu'à la fin on
parvienne à des indivisibles, & voyons ce qui
en arrivera. Je dis donc, que puis que la ligne
se résout en indivisibles, elle en doit être composée.
Voyons si cela se vérifie. Pour cet effet
je prends trois indivisibles, lesquels, pour les
distinguer, soient A. B. & C. (car si trois
millions d'indivisibles font une longue ligne,
trois indivisibles en composeront une courte)
Je les mets donc de rang. Premièrement, voila
A. posé, puis je mets B. auprès de lui, en
sorte qu'ils se touchent: je dis qu'il faut nécessairement
que B. occupe la même place que
A. ou qu'il ne l'occupe pas. S'il occupe la
même place, les deux ensemble ne font
point d'extension: & par même raison ni 3. ni
3000. n'en feront point, mais tous ces indivisibles
s'uniront ensemble, & le résultat de tout
ne sera qu'un seul indivisible. Il faut donc que
n'étant pas tous deux en même place, mais
pourtant se touchant l'un l'autre, une partie
de A. & l'autre partie ne se touche pas. J'y
ajoute donc l'indivisible C. dont une partie
touchera la partie de B. qui ne touche point
A. & par ce moyen B. est le médiateur entre
A.
@

30 Discours de la Poudre
A. & C. pour faire cette extension. Pour
ceci, vous voyez qu'il faut admettre des
parties en B. & aussi dans les deux autres,
qui par votre supposition sont toutes indivisibles.
Ce qui étant absurde, la supposition
est impossible. Mais pour rendre la chose encore
plus claire, supposons que ces trois indivisibles
sont une extension & composent une
ligne, la proposition déjà citée d'Euclide démontre
que cette ligne peut être divisée en
trente parties égales, ou en autant qu'il vous
plaira. De sorte qu'il faut accorder que chacun
de ces trois indivisibles peut être divisé en dix
parties; ce qui est contre la nature & la définition
d'un Indivisible. Mais sans les diviser
en tant de parties, Euclide démontre par la dixième
proposition de son premier Elément,
que toute ligne se peut partager en deux parties
égales. Mais celle-ci étant composée d'indivisibles
de nombre impair, il faut que la partageant
en deux, il y air un indivisible, plus
d'un côté que de l'autre; ou que celui du milieu
soit partagé en deux moitiés. De sorte que celui
qui nie que la quantité ne se pût diviser à
l'infini, s'embarrasse en des absurdités & impossibilités
incompréhensibles: & au contraire, celui
qui l'accorde, ne trouvera point d'impossibilité,
ni d'inconvénient que les atomes de
tous les corps qui sont dans l'air, ne puissent
être divisés, étendus & portés à une merveilleuse
distance. Nos sens en font foi en quelque
façon. Il n'y a aucun corps au monde, que
nous sachions, si compacte, si pesant, & si
solide que l'or. Et néanmoins à quelle étrange
étendue & division ne se peut-il point réduire.
Prenons une once de ce métal massif, ce
ne
@

de Sympathie. 31
ne sera qu'un bouton gros comme le bout d'un
de mes doigts. Un batteur d'or fera mille feuilles
ou davantage de cette seule once. La moitié
d'une de ces feuilles suffira à dorer toute la
surface d'un lingot d'argent de trois ou quatre
onces: donnons ce lingot doré à ceux qui préparent
le fil d'or & d'argent pour en faire du
passement, & qu'ils le mettent dans leurs filières
pour le tirer à la plus grande longueur &
subtilité qu'ils peuvent: ils pourront le réduire
à la grosseur d'un cheveu, & ainsi ce filet aura
peut être un demi quart de lieue d'étendue, & encore
davantage. Et en toute cette longueur, il n'y
aura pas l'espace d'un atome dans superficie qui
ne soit couvert d'or. Voila une étrange & merveilleuse
dilatation de cette demie feuille. Faisons
de même de tout le reste de cet or battu.
Il est constant que par ce moyen, ce petit bouton
d'or peut être étendu de telle manière qu'il
arrivera de Montpellier à Paris, & pourra même
passer au delà. En combien de millions de
millions d'atomes ne se pourrait point couper
cette ligne dorée par des ciseaux déliés? Or il
est aisé à comprendre, que cette extension &
divisibilité faite par des instruments grossiers de
marteaux, de filières, & de ciseaux, n'est pas comparable
à celle qui se fait par la lumière & par
les rayons du Soleil. Car il est certain, que si
cet or peut être tiré à une si grande longueur
par des roues & par des filières de fer, quelques-
unes de ses parties pourront aussi être emportées
par les coursiers ailés dont nous avons parlé tantôt:
j'entends par les rayons qui volent en un
moment depuis le Soleil jusques à la terre. Si
je n'appréhendais de vous ennuyer par un long
discours, je vous entretiendrais de l'étrange subtilité
tilité
@

32 Discours de la Poudre
des corpuscules qui sortent d'un corps vivant
par le moyen desquels nos Chiens d'Angleterre
suivront à l'odorat, durant plusieurs lieues la
piste d'un homme ou d'une bête qui aura passé
par là quelques heures auparavant; & ainsi trouveront
l'homme ou la bête qu'on cherche. Et
non seulement cela, mais trouveront dans un
grand monceau de pierres, celle que cette personne
aura touché de sa main. Il faut que dessus
la terre & sur cette pierre il s'attache quelques
parties matérielles du corps qui y a touché, &
néanmoins ce corps ne se diminue point sensiblement,
non plus que l'ambre-gris & les peaux
d'Espagne qui exhalent leur odeur cent ans durant,
sans diminuer ni en quantité, ni en odeur.
En notre pais, on a accoutumé de semer toute
une campagne de même sorte de grains, savoir
une année d'orge, l'année suivante de froment,
la troisième de fèves; & la quatrième on laisse
la terre en friche pour la fumer, & pour la remettre
en bon état par l'attraction qu'elle fait
de l'esprit vital qui est dans l'air; & puis l'on
recommence de nouveau par ce même ordre.
Or l'année qu'elle est couverte de fèves, ceux
qui voyagent pendant qu'elles sont en fleur, les
sentent d'une fort grande distance, si le vent est
favorable. C'est une odeur suave, mais fade,
& à la longue déplaisante & entêtante. Mais
l'odeur du romarin qui vient de la côte d'Espagne,
va bien plus loin. J'ai voyagé par mer
le long de ces côtes trois ou quatre fois, & j'ai
toujours remarqué, que les Mariniers savent
quand ils sont à trente ou quarante lieues de ce
continent, je ne me souviens pas exactement de
la distance, ils ont cette connaissance par l'odeur
vive du romarin qui en vient. Je l'ai senti
moi-
@

de Sympathie. 33
moi-même, aussi fort que si j'eusse eu une branche
de romarin dans la main, & cela nous est arrivé
deux ou trois jours auparavant que nous pussions
découvrir la terre: il est vrai que le vent
était contraire. Quelques histoires nous marquent,
que des Vautours sont venus de deux ou
trois cens lieues à l'odeur des charognes des
corps morts qui étaient restés sur la terre, après
une sanglante bataille. Et l'on savait que ces
Vautours étaient venus de si loin, parce qu'il
n'y avait point de ce genre d'oiseaux plus près.
Ils ont l'odorat très-vif, & il faut que les atomes
pourris & puants de ces corps, aient été emportés
dans l'air aussi loin que cela: & que ces
oiseaux ayant une fois attrapé cette odeur,
l'aient suivie jusques à sa source, d'autant qu'elle
est plus forte, à mesure qu'elle en est plus proche.
Nous finirons ici ce que nous avions à dire
des corpuscules attirés par la lumière & par
les Rayons du Soleil de touS les corps composés
des quatre Eléments, lesquels remplisse
l'air & sont emportés à une distance merveilleuse
du lieu & du corps où ils ont leur
source & leur origine. Dont la preuve & l'explication
a été jusques ici le but de tout mon
discours.
Maintenant, Messieurs, il faut, s'il vous plaît, que je vous fasse voir que ces corpuscules qui
remplissent & composent l'air, sont quelquefois
attirés par une route tout à fait différente
de celle que leurs premières causes universelles
leur devaient faire tenir. Et ce fera notre cinquième
Principe. On peut remarquer dans le
cours & dans l'économie de la nature, plusieurs
sortes d'attractions. Comme celle qui se fait
par Succion, par laquelle j'ai vu une bale de
Tome II. C plomb

@

34 Discours de la Poudre
plomb au fonds d'un long fusil exactement travaille,
suivre l'air, qu'une personne suçait à
l'embouchure du canon, avec une telle impétuosité
& roideur, qu'elle lui cassa les dents.
L'attraction de l'eau ou du vin qui se fait par
un Siphon, est semblable à celle-ci: par son
moyen on fait passer une liqueur d'un vase dans
un autre sans la troubler & sans en faire monter
les fèces. Il y a une autre sorte d'attraction
qui s'appelle magnétique, par laquelle l'Aimant
attire le fer. Une autre Electrique, quand le
Carabé ou le Jayet attire la paille. Une autre de
la flamme, quand la fumée d'une chandelle éteinte
attire la flamme d'une autre qui brûle, & la fait
descendre pour allumer celle qui est éteinte. Une
autre est de Filtration, quand un corps humide
monte par un autre corps sec, ou que le contraire
arrive. Et enfin quand le feu ou quelque
substance chaude attire l'air & ce qui est mêlé
avec lui.
Nous parlerons ici seulement des deux dernières espèces d'attraction. J'ai assez expliqué les
autres en un autre lieu. La Filtration semblera
à celui qui ne la considère pas assez attentivement,
& qui n'en examine pas toutes les
circonstances, une merveille cachée de la nature;
& une personne d'un raisonnement médiocre,
& limité, l'attribuera à quelque vertu & à quelque
propriété occulte, & se persuadera que dans
le filtre il y a une secrète Sympathie qui fait
monter l'eau contre la nature: mais celui qui
l'examinera comme il faut, observant tout ce
qui s'y passe, sans omettre aucune circonstance,
il verra qu'il n'y a rien de plus naturel, & qu'il
est impossible qu'il arrive autrement. Et il
faut faire le même jugement des plus profonds
mis-
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de Sympathie. 35
mystères & des secrets les plus impénétrables de la
Nature, si on veut prendre la peine de les découvrir,
& si on veut les examiner comme il faut. Voici
donc comment la filtration se fait; on met
une longue languette de drap ou de coton, ou
quelqu'autre matière spongieuse, dans une terrine
d'eau ou d'autre liqueur, laissant pendre par-
dessus le bord de la terrine une bonne partie de
la languette. Et l'on voit bien-tôt monter l'eau
par le drap, passer par dessus le bord du vaisseau
& dégoutter par le bout d'en-bas de la languette
en terre, ou dans quelque vaisseau. Et
les Jardiniers se servent même de cette méthode,
pour arroser en Eté peu à peu leurs fleurs ou les
jeunes plantes: comme aussi les Apothicaires &
les Chimistes, pour séparer les liqueurs de leurs
fèces. Pour comprendre la raison pourquoi l'eau
monte ainsi, regardons de près & en détail tout
ce qui s'y passe. La partie du drap qui est
dans l'eau se mouille, c'est à dire, reçoit l'eau
parmi ses parties premièrement sèches, &
spongieuses. Ce drap s'enfle en recevant
l'eau; car deux corps joints ensemble, demandent
plus de place que ne ferait un seul. Considérons
cette enflure & extension augmentée
dans le dernier filet de ceux qui touchent l'eau,
savoir en celui qui est en superficie; lequel pour
le distinguer des autres, soit marqué par les
deux bouts, comme une ligne, & soit A. B.
le filet qui suit immédiatement & qui est au dessus
de lui, soir C. D. & le suivant E. F. puis G. H.
& ainsi jusques à l'extrémité de la languette. Je
dis donc que le filet A. B. se dilatant & grossissant
par le moyen de l'eau qui entre dans ses
fibres, s'approche peu à peu du filet C. D. qui
encore sec, parce qu'il ne touche pas l'eau.
C 2 Mais
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36 Discours de la Poudre
Mais quand A. B. est tellement grossi & enflé
par l'eau qui y entre, qu'il remplit tout le vide
& toute la distance. qui était entre lui &
C. D. à cause de son extension plus grande que
n'était l'espace compris entr'eux deux; alors il
mouille C. D. parce que le filet A. B. étant
pressé, la partie extérieure de l'eau qui était
en lui, venant à être poussée sur C. D. y cherche
place, entre dans ses fibres, & les mouille,
de même qu'au commencement sa partie
extérieure & plus élevée était elle-même
devenue mouillée. C. D. étant ainsi mouillé,
se dilatera comme a fait A. B. & par conséquent
pressant contre E. F. il doit faire le
même effet sur lui, qu'il avait auparavant
reçu en soi par l'enflure & dilatation d'A.
B. & ainsi de main en main chaque fil
mouille sou voisin, jusques au dernier filet de
la languette. Et il ne faut pas craindre que la
continuité de l'eau se rompe, en montant
cette échelle de cordes, ni qu'elle recule en
arrière: car ces échelons si aisés la font grimper,
monter fort facilement; & il semble que
les fibres laineuses de chaque fil l'attirent à eux. Et
ainsi la facilité d'aller à contremont, jointe à la
fluidité de l'eau, & à la nature de la quantité
qui tend toujours à l'unité des substances & des
corps qu'elle revêt, lors qu'il n'y a pas quelque
cause plus puissante pour la rompre & diviser,
fait que cette eau se tient toute d'une pièce, &
passe par dessus le bord de la terrine: après quoi
son voyage est encore plus aisé, car elle va son
penchant naturel en descendant toujours en bas.
Et si le bout de la languette pend plus hors de
la terrine, l'eau dégoutte en terre, ou dans quelque
que
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