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Expérimentés. 107
Quand l'eau claire ne coule plus il faut tirer le vaisseau du bain & le mettre sur un fourneau
à cendres, & poussant le feu graduellement, il
en sortira une eau blanche; mais auparavant que
de procéder à la seconde distillation, il faut ajouter
demie once de casse récente & demie once de
Spicanardi, & distiller la seconde eau, ce qu'étant
fait, vous la mettrez dans un vaisseau bien
bouché.
Les vertus de cette seconde eau font guérir les plaies, les noli-me-tangere, étant appliquée
trois ou quatre fois le jour sur les parties malades
avec des compresses mouillées dans ladite
eau.
On la peut aussi mêler avec la première, qui par le mélange devient plus forte & plus efficace,
particulièrement contre la pierre; elle sera
encore plus vertueuse si vous y ajoutez un peu
de sel de corail & de perles, de chacun demie
once & une once de cristal de tartre.
La troisième eau se fera en augmentant le feu jusqu'à ce qu'il en sorte une eau rougeâtre &
oléagineuse: celle-ci ne se mêle point avec aucune
des deux autres. Elle est excellente pour
les plaies, guérit les hémorroïdes étant souvent
lavées avec un linge trempé dans icelle: apaise
la douleur de la goutte froide en frottant la
partie malade.
L'expérience a fait voir que la première de ces eaux guérissait la Gangrène, en lavant &
étuvant la partie affligée trois ou quatre fois par
jour.
Autre
@

108 Secrets & Remèdes
Autre Eau cordiale pour l'étourdissement de tête.

F Aut prendre quatre livres de guignes noires sans les noyaux que broierez dans un mortier, & mêlerez avec des guignes dans un vaisseau
de verre, & y mettez une bonne poignée
de baume & autant des extrémités de Romarin,
de la cannelle, noix de muscade de chacune demie
once, puis versez sur tout cela deux pintes de
vin d'Espagne: bouchez bien le vaisseau & le
laissez digérer vingt-quatre heures, après distillez
au bain marie; adoucissez cet esprit de sucre
candi, buvez un petit verre le matin & le soir
en vous couchant.
Par ce Remède a été guérie une Dame de qualité d'un grand étourdissement de tête, &
plusieurs autres en ont expérimenté les mêmes
effets.

Eau cordiale de noix.
P Renez les fleurs de noix & les distillez & gardez en l'eau, jetez le caput mortuum comme inutile: puis les noix étant grosses comme noisettes, pilez les dans un mortier & en tirez
le jus en les pressant, & distillez jusqu'à ce
que le caput mortuum demeure en consistance
d'extrait, lequel vous garderez comme aussi l'eau.
Quand les noix seront grosses & remplies seulement
d'une certaine gelée qui deviendrait en
cerneau quinze jours après si on la laissait, vous
les pilerez comme dessus, & distillerez le jus
jusques à consistance de l'autre, puis mêlez vos
trois eaux ensemble qui feront un grand cordial,
les deux consistances restantes après les distillations,
tillations,
@

Expérimentés. 109
doivent être mêlées ensemble & évaporées
jusques à consistance d'emplâtre, si elles
ne sont pas déjà ainsi par les distillations: puis
ôtez les du feu y mêlant un peu de Térébenthine
de Venise environ huit ou dix parts, & un peu
de poudre de cannelle, de clous de girofle, de
farine de froment & de sel, puis le mettez dans
un pot, & les gardez pour en faire emplâtre à
l'estomac depuis le sternum jusques au nombril
sept ou huit doigts de large, que vous y laisserez
tant qu'il se détache de soi-même; il le faut
quelquefois ôter pour essuyer l'eau qu'il attire.
Il fortifie & corrobore merveilleusement l'estomac
ne faisant pas bien la digestion. Cette
emplâtre se gardera toute l'année. Si vous n'avez
pas de cette composition préparée, prenez
deux ou trois noix confites noires & non vertes
& blanches, que pilerez dans un mortier,
mêlez y la grosseur d'une noisette de térébenthine,
un peu de farine de froment, de sel, de cannelle
& de clous de girofle, & en faites emplâtre
au défaut de l'autre. Il faudra proportionner
le jus de ces trois eaux en parties égales.
Les noix confites sont bonnes pour les crudités
& indigestions d'estomac les mangeant le matin
à jeun, un verre de vin & une croûte de pain
après cela remet l'estomac en bon état: il faut
les confire noires; car ainsi elles ont toute leur
amertume & vertu: les blanches & vertes sont
pelées & bouillies dans plusieurs eaux, qui ont
tout à fait diminué leurs forces, vous les frottez
seulement d'une serviette ayant bouilli, & ficherez
des bâtons de cannelle & clous de girofle
au travers.
Pour
@

Manque les pages 110, et 111.

@

112 Secrets & Remèdes

ranges, prenez une eau de roses bien pure.

Extrait de Pavots rouges.
M Ettez de l'esprit de vin sur les fleurs de pavots, que digérerez jusqu'à-ce que l'esprit soit bien teint: puis versez-le & le mettez sur
des nouvelles fleurs, & digérez comme devant:
puis filtrez cette teinture extraite, & en distillez
l'esprit de vin jusqu'à-ce qu'il demeure au
fond en consistance, dont dix ou douze grains
feront la dose. On s'en sert au lieu de ladanum,
& avec beaucoup plus de succès pour
faire dormir & causer un peu de sueur, qui par
ce moyen décharge l'estomac de ce qui l'oppresse.

Eau cordiale & dormitive.
P Renez Diascordium une dragme, confection d'Alkermès une dragme & demie, sirop d'oeillets une bonne cuillerée: mêlez bien tout
ensemble avec une dragme & demie d'eau d'estragon
ou de pavots rouges ou de chardons bénits,
selon la maladie.
Ce Cordial est excellent pour aider à la digestion, on peut augmenter beaucoup la dose à
une grande personne.

Eau excellente pour les indigestions.
P Renez deux grands vaisseaux de verre à large embouchure, contenant chacun six pintes mettez dans chacun cinq pintes d'eau de
vie distillée un ***, puis mettez autant de pavots
rouges qu'il en pourra tenir, & laisser infuser
vingt quatre heures; après vous passerez
cette
@

Expérimentés. 113
cette liqueur, & y remettrez de nouvelles fleurs
que laisserez infuser comme auparavant; faisant
ainsi trois fois, infusant la dernière durant six
ou sept jours, puis les presser fort & passer la
liqueur seule, que remettrez dans le verre avec
six onces de raisins au Soleil sans les pépins,
une livre de cerise & une autre de sucre fin:
puis bouchez bien le verre & le garder pour en
servir dans l'occasion où vous en aurez besoin.

Pour faire excellente eau cordiale nommée Aqua admirabilis,
composée par Monsieur Digby.
V ous prendrez cubèbes, galanga, cardamum, fleurs de meliot, clous de girofle, cannelle, gingembre, fleurs de muscades, toutes grossièrement
pulvérisées, de chacune une dragme, une
chopine de jus de Calendine, jus de mente, jus
de baume, de chacun demi setier, sucre une
livre, fleurs de primulaveris, fleurs de romarin,
de bourrache & buglosse, de Calendula, de chacune
deux dragmes, eau d'angélique une chopine,
eau de roses rouges demi setier, mêlez
tout cela & versez dessus trois chopines de bon
vin d'Espagne, laissez infuser dix ou douze heures,
puis distiller, mettant au fond du distillatoire
des feuilles de scolopendre.
Cette Eau préserve & guérit les maladies des poumons, empêche la corruption du sang, le
multiplie & le purifie: elle est excellente pour
la vue & mélancolie, corrobore merveilleusement
l'estomac & la mémoire en conservant la
jeunesse & l'embonpoint. La dose est une cuillerée
le matin à jeun, une fois ou deux la semaine
en été, & l'Hiver deux ou trois fois.
Tome I. H 1 Le

@

114 Secrets & Remèdes
Le grand cordial du Chevalier Raligh.
P Renez fleurs de bourrache, fleurs de romarin, fleurs de calendula, des oeillets rouges, rossolis, fleurs de sureau, de chacune huit livres, étant séchées au Soleil & auparavant à
l'ombre: scordium, chardon bénit, angélique,
baume, mente, marjolaine, bétoine, de chacune
quatre poignées aussi séchées à l'ombre:
de l'écorce de falssafras, lignum aloès, de chacun
quatre onces en poudre fine, cubèbes, cardamome,
zedoire, de chacun une once, safran
demie once, grains de genièvres, racines de tormentille,
de chacun une once. Il faut extraire
la teinture de tout cela avec esprit de vin, puis
faire le sel de tous les ingrédients, lequel ajouterez
avec la teinture: puis prendrez six onces de
cet extrait & trois onces de la teinture de corail,
terra sigillata quatre dragmes, perles préparées
deux onces, pierre de bézoard trois dragmes,
corne de cerf calcinée quatre dragmes, ambre gris
quatre dragmes, musc trente grains, sucre candi
une livre & demie, le tout bien pulvérisé &
& broyé sur une pierre de marbre creuse: en le
brisant mêlez y sirop de citrons & sirop de roses,
& le faites bien broyer par un homme
robuste.

Pour faire la teinture de corail pour le cordial.

P Renez quatre onces de corail, mettez-le dans un pot au feu de réverbère l'espace de vingt quatre heures, jusqu'à-ce que le corail soit blanc comme neige: puis mettez dessus
trois pintes de vinaigre, distillez dans un matras
tras
@

Expérimentés. 115
à long col, & le bouchez bien de sorte
que le vinaigre distillé ne puisse évaporer, puis
le faites bouillir incessamment au sable l'espace de
vingt quatre heures: & étant refroidi, versez
tout le vinaigre distillé qui sera très-rouge, &
mettez dans un bassin ou autre vaisseau de verre
propre, & faites évaporer doucement au sable
jusqu'à ce que le corail demeure sec.

La meilleure façon de faire le esprits des herbes, comme Romarin, Mente, Sauge, Marjolaine, &c.
R Emplissez une cucurbite de fleurs de l'herbe que vous voudrez à un tiers pleine, puis distillez au bain avec chaleur modérée, & sans
faire bouillir jusqu'à ce que l'herbe demeure
quasi sèche, mais non tout à fait; car si vous
tiriez tout ce qu'il en pourrait venir, l'esprit
serait amer & désagréable, c'est pourquoi il faut
y goûter de temps en temps: puis remettez cette
eau sur des nouvelles fleurs, & distillez comme
devant. Faites ainsi trois ou quatre fois, &
quand vous en aurez assez, vous la distillerez
seule dans une cucurbite, en tirant seulement
les deux tiers, & jetant le reste comme inutile:
puis prenez ces deux tiers & les distillez
derechef, en tirant seulement encore les deux
tiers, jetez le reste comme dessus, & prenez
cette eau qui est bien spirituelle & agréable:
& dans une pinte d'icelle dissolvez du sucre très-
fin en poudre autant qu'il en faudra pour l'adoucir:
puis y mêlez quatre onces de bon esprit
de vin & deux onces d'eau de roses avec quelques
gouttes d'esprit d'ambre & un peu de musc:
si quelque huile en distille qui surnagera sur
H 2 l'eau,
@

116 Secrets & Remèdes
l'eau, prenez-la & la gardez pour quelqu'autre
usage.

Eau cordiale composée par le Docteur Stephen, dont il
a guéri plusieurs maladies.
P Renez gingembre, galanga, noix de muscade, grains de paradis & clous de girofle, anis, semence de caravaye, le tout brisé ensemble,
de chacun une dragme: sauge, mente, roses
rouges, thym, pellitoire, romarin, pullegium,
régale, montanum, camomille, scolopendre,
lavande, cariophilata, de chacun une poignée:
mettez tout infuser dans quatre pintes de bon
vin blanc l'espace de vingt-quatre heures remuant
quelquefois: puis distillez le tout dans un alambic
de verre, & recevez la première eau à part.
Cette eau fortifie merveilleusement les esprits vitaux, conserve la jeunesse, est bonne pour
toutes maladies qui viennent des humeurs froides:
pour la paralysie, apoplexie, pour les contractions
de nerfs, aide à la conception, elle est
aussi excellente pour la goutte froide, pour la
pierre & gravelle, douleurs de reins, maux de
dents, &c. Elle sera encore meilleure si on la
met au Soleil tout l'Eté.

Les vertus de l'esprit des herbes. Vertus de l'esprit de Primevère.
I L est excellent pour empêcher la consomption des poumons ou la phtisie, fortifie le coeur, il augmente l'humidité radicale, rétablit les forces
d'une femme accouchée.
La dose en est une cuillerée ou deux matin & soir.
L'esprit
@

Expérimentés. 117
L'esprit des fleurs de Romarin.
E St excellent pour la toux, maux d'estomac & pour toutes les vapeurs qui montent au cerveau, fortifie la mémoire, ouvre les obstructions
de la rate & du foie, empêche le vertigo,
paralysie, apoplexie, & autres de la sorte, guérit
la colique & dissipe les vents, la dose est une
cuillerée.

L'esprit de Mente.
E St bon pour fortifier l'estomac & la faculté rétentive: corrobore les esprits vitaux, est admirable pour le poumon, aide à la digestion,
& est un remède infaillible contre la mélancolie.
La dose est depuis deux jusques à trois
cuillerées.

Vertus de l'eau Thériacale.
E Lle est excellente pour tous maux de rate, empêche & guérit toute contagion. La dose est une cuillerée, étant attaqué de quelque maladie contagieuse, il en faut prendre
trois, & suer si l'on peut.

Vertus de l'esprit Diasatyrion magis gratum.
I L fortifie & répare la nature affaiblie, produit la semence & avance la génération, étant pris trois fois par jour, savoir le matin, après-
midi, & le soir, pourvu toutefois que l'on
s'abstienne du plaisir vénérien jusques après le
premier sommeil. La dose est une cuillerée
chaque fois.
H 3 L'es-
@

118 Secrets & Remèdes
L'esprit de Fraises.
P Urifie le sang, empêche & guérit la jaunisse, ouvre les obstructions & chasse la gravelle, La dose est une cuillerée.
Grand confortatif du Docteur Farrar.
F Aut prendre six onces de cochenille en poudre, que mettrez dans un verre large, & y versez de l'esprit de vin qui surnage de quatre
doigts. Laissez infuser cela l'espace de sept ou
huit jours, ayant bien bouché le vaisseau que
remuerez souvent: puis versez l'esprit de vin
pour en remettre d'autre, & digérez comme auparavant:
réitérez cela jusqu'à-ce que vous en
ayez extrait toute la teinture, & mêlez les extraits
ensemble pour les évaporer jusqu'à consistance
comme de bouillie épaisse; ensuite prenez
diasatyrion Nicolai magis gratum une livre;
magistère de perles fait par dissolution dans le
vinaigre; distillé & précipité avec huile de tartre,
magistère de corail préparé de même façon,
de chacun une once & demie, sirop de
safras quatre onces, confection d'Alkermès demie
once, sel de chaux vive la quantité de quatre
pintes d'eau, filtrez & évaporez jusques-à-
ce que la matière demeure comme miel, ambre
gris demie once: mêlez & incorporez tout ensemble,
& en prenez demie once matin & soir,
vous abstenant de manger entre les repas, auxquels
vous boirez peu du vin.
Grand
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Expérimentés. 119
Grand cordial restauratif.
P Renez des dattes dont ôterez l'écorce extérieure, comme aussi la pellicule blanche & épaisse qui est proche le noyau: coupez les en deux & les faites bouillir jusqu'à-ce qu'elles
soient tendres, & les conservez avec sucre, de
sorte que vous ne perdiez rien de leur substance
en les faisant bouillir. Mangez en tous les matins
si-tôt que serez éveillé trois ou quatre, &
dormez encore une heure ou deux avant de vous
lever.

Tablettes Cordiales.
P Renez trois onces de sucre fin en poudre, que ferez bouillir avec eau de fleurs d'oranges, jusques à consistance de manus Christi: puis y mettez deux ou trois dragmes de confection
d'Alkermès, & y versez une goutte ou
deux de la quintessence de cèdre & en faites
des tablettes.

Grand Vénérien.
P Renez Opii thebaici infusé avec esprit de vin une part, ambre gris trois parts: broyez- les biens avec sirop de fleurs de sauge, jusqu'à ce qu'ils soient en consistance d'opiat: puis
en donnez cinq ou six grains le soir en vous couchant
dans quelque véhicule convenable.
La manière de préparer l'opium est telle: faites-le dissoudre dans l'esprit de vin & puis le
passez par un linge, afin que les forces demeurent,
tirez ledit esprit de vin par distillation,
jusqu'à ce que l'opium soit en bonne consistance.
H 4 A U-
@

120 Secrets & Remèdes
A U T R E.
P Renez de conserve de fleurs d'anthos, bourrache, oeillets, de chacune demie once, électuaire de Diasatyrion une once, eringo confit six dragmes, deux dragmes de vieux thériaque,
semence d'eruca, de l'eau d'orties, de
chacune demie dragme, species diamoschi dulcis
deux scrupules, sirop de stechas une quantité
suffisante, & en faites électuaire: puis en prenez
la grosseur d'une noix muscade le matin &
soir, & buvez un verre de la décoction suivante.
Prenez feuilles de sauge, origan, romarin, calamintes, orties, de chacune une poignée,
chamor, chameni, Stechad, de chacune demie
poignée, semence d'eruca, orties, fenouil, de
chacune trois dragmes, racines, de pierre de
mie once, faites tout bouillir ensemble dans une
grande pinte d'eau de fontaine, & y ajoutez
ensuite une chopine de vin de Malaga.

Pour la tête a le sinus.
P Renez huile distillée de marjolaine & noix de muscade, de chacune trois parts, huile de clous de girofle une part, si vous voulez avoir cette matière liquide, vous pouvez
laisser ces ingrédients ensemble: mais si vous
souhaitez qu'elle soit épaisse & portative, vous
en ferez onguent avec huile de muscades ordinaires,
faite par expression: frottez de cela
deux fois la semaine la plante des pieds, comme
aussi le péritoine entre l'anus & scrotum,
& le dehors des émonctoires. Cela fortifie &
corrobore tout à fait la nature.
Baume
@

Expérimentés. 121
Baume du Soufre pour la poitrine & le poumon.

F Aites l'esprit de Térébenthine de la sorte. Distillez la dans une cucurbite sans aucune autre liqueur au bain marie, puis la rectifiez
trois ou quatre fois; la marque pour connaître
quand elle sera assez rectifiée, est lors qu'elle
s'unit bien avec l'esprit de vin. Mettez la ensuite
sur des fleurs de soufre qui ait été sublimé
cinq ou six fois: dirigez-les ensemble quelque
temps, & l'esprit de vin dissoudra tout le
soufre, s'il n'y a pas assez d'esprit pour le dissoudre
en une fois, versez-le & en remettez de
nouveau. Mêlez cette dissolution dans une cucurbite
avec douze fois autant d'eau distillée,
& distillez cela au bain marie jusqu'à-ce que la
substance demeure comme colophane, laquelle
étant refroidie sera transparente & rouge comme
un rubis. L'eau aura emporté tout l'esprit
de térébenthine n'y demeurant que le soufre.
Mettez cela en poudre, versant dessus de bon
esprit de vin qui fera tout dissoudre excepté
quelques fèces du dit soufre, qui sera en baume
mucilagineux.
Cela est excellent pour tous maux de poitrine & incommodités de poumons; si vous en oignez
aussi les dartres, gravelles ou autres infirmités,
elles seront guéries eu trois ou quatre jours.

Pour fixer le soufre commun, & en tirer la teinture
pour la poitrine & les poumons.
P Renez fleur de soufre commun trois livres, ou à vôtre volonté en poudre fine, que mettrez dans un matras, & de l'esprit de soufre
par
@

122 Secrets & Remèdes
par dessus qui surnagera de trois doigts: lutez-
le bien pour le mettre en digestion à petit feu de
sable du premier degré, l'espace de quinze jours
ou trois semaines, jusqu'à-ce que le soufre
devienne très noir: ensuite distillé à siccité &
en tirez tout l'esprit & pour le mieux, cohobez
ledit esprit sur les fèces broyées deux ou
trois fois: puis ledit soufre noir étant distillé
à siccité, vous le tirerez & le mettrez en poudre
fine pour calciner dans un pot à feu réverbère
ou de la verrerie, l'espace de deux ou trois
semaines: premièrement il sera mis noir, puis
deviendra blanchâtre, après jaune, & sur la
fin rouge brun.
Pour en extraire la teinture; prenez une livre de sel que ferez dissoudre dans de l'eau &
le filtrez; mettez cela dans une cucurbite, &
versez dessus peu à peu une livre de bonne huile
de vitriol, puis y ajoutez la chape & le récipient.
Quand tout sera dedans, il commencera
d'abord à distiller de soi-même à froid, vous le
mettrez au sable de chaleur médiocre, distillez-
en tant que pourrez & rectifiez de son phlegme.
Il demeurera dans la cucurbite un sel admirable
qui est fort subtil, & qu'il faut dulcifier par
plusieurs ablutions d'eau & en donner trois grains
pour dose.

Pour les Fluxions du Cerveau.
P Renez eau de roses, vinaigre & huile d'olive, que mêlerez bien ensemble, & appliquerez au front étant chaudes. A U-
@

Expérimentés. 123
A U T R E.
V Ous prendrez l'écorce mince & extérieure d'orange la plus déliée que vous pourrez couper: puis la mettez en rouleau, de manière
que le côté humide soit en dehors, & vous l'enfoncerez
dans chaque narine, cela fait éternuer
& attirer plusieurs eaux du cerveau.

Beosar dit thériacal du Père Benig de Beaune, Prêtre Apothicaire au Couvent des Capucins à Lyon.
V Ous prendrez la vipère & tenez-la fort avec le pouce & le doigt par le col, si bien qu'elle ne puisse remuer, & lui fendez le gosier avec
un canif, en sorte que vous puissiez lui arracher
la langue que mettrez à part, détachez aussi la
peau au tour du col joignant la tête, & écorchez
le tout: puis coupez le tronc un pouce
par dessus le nombril & jetez la queue: ensuite
ôtez tous les intestins, séparant la graisse à
part, le coeur & le foie aussi à part & la tête
aussi. Cela étant fait jetez ce qui est inutile;
préparez plusieurs vipères de la sorte, puis mettez
les troncs des corps sur une platine à part,
les coeurs & foies sur une autre, & les langues
sur une autre sans rien laver: mettez-les doucement
sécher dans un four médiocrement chaud;
il faut cependant qu'il y ait plus de chaleur au
commencement qu'à la fin, pour empêcher qu'elles
ne se corrompent, & pour chasser d'abord la
plus grande humidité: après il faudra les mettre
seulement dans un lieu sec, avec tant soit
peu de chaleur pour achever de les faire sécher
&
@

124 Secrets & Remèdes
& durcir afin de les piler, ce qui se fera en
neuf ou dix jours. Etant ainsi séchés mettez
toutes les parties à piler, y jetant de fois à
autre une goutte d'opabalsamum ou baume blanc
oriental, & quelque goutte de Baume composé,
mais avec tant de retenue & de discrétion,
que les baumes se puissent incontinent sécher &
imbiber dans la poudre sans qu'on puisse discerner
de liqueur, car cela empêcherait de broyer
& piler la poudre, remarquez aussi qu'il faut
beaucoup moins employer de baume naturel,
que de composé, car la plupart de l'humidité
de celui-ci s'exhale facilement par le mouvement
que l'on excite en pilant; au contraire
l'autre demeure & s'arrache bien plus étant visqueux:
par exemple, à une livre de substance
de vipères, une once ou au plus deux de baume
naturel, peuvent suffire: mais de l'autre
faites entrer le plus que vous pourrez, pourvu
que la poudre ne devienne pas humide & pâteuse,
quand il y entrerait une livre c'est le
mieux.
Il faut de fois & d'autre faire passer par un tamis de soie ce qui pourra passer, & remettre
ce qui ne peut passer pour le piler encore, &
y mettre de vos baumes: quand vous verrez encore
quelque apparence de quantité en poudre
déliée, vous le passerez par ledit tamis, & pilerez
le reste comme dessus, faisant cela jusques-
à-ce que tout soit passé, quoi que tout ne passe
pas absolument, comme m'a dit le Père Capucin,
parce qu'il y reste une certaine poudre
blanche, qui sont les os qu'il jette comme inutiles,
& ladite poudre sera faite.
Le
@

Expérimentés. 125
Le Baume composé se fait ainsi.
P Renez de la myrrhe, du bois d'aloès, du santal citrin, de chacun une once, des espèces aromatiques de roses deux dragmes: tirez la teinture de ces choses avec bon esprit
de vin tartarisé mettez la myrrhe à part en un
vaisseau, & mêlez les trois autres choses ensemble
dans un autre; quand l'une est bien teinte,
versez-la & en reprenez d'autre, jusqu'à-ce
qu'elle ne teigne plus. Prenez une once de
la teinture de myrrhe, une once de celle des trois
autres ingrédients, & une once d'excellente eau
de roses odoriférantes ou pales, & mêlez ces
trois onces ensemble: ce mélange deviendra
comme un baume gris, & c'est le baume composé.
La meilleure de roses se fait en mettant les roses pâles à putréfier, quand elles sont assez
fermentées: distillez l'eau que mettrez sur nouvelles
roses, & distillez comme devant; l'eau
qui en sort la première est la meilleure; il la
met ensuite au Soleil.
De cette poudre bézoardique thériacale, il en faut donner quatre ou cinq grains pour une dose,
dans du bouillon ou du vin.
Pour relever d'une grande maladie qui a beaucoup diminué les forces & affaibli le corps, ou
pour se précautionner de toute sorte de mauvais
air ou infection, il en faut prendre & continuer
quelques jours pour se maintenir en santé, le
Père recommande aussi son usage: assurant qu'elle
est encore excellente pour la petite vérole,
pour les fièvres intermittentes, même les quartes.
La dose est d'une demie dragme immédiatement ment
@

126 Secrets & Remèdes
devant le paroxysme, & aux continue,
elle se donne au jour de la crise: si la fièvre ne
quitte à la seconde ou troisième prise; donnez
au malade une purgation convenable immédiatement
après que le paroxysme est passé: il faut
aussi préparer le corps par une purgation, avant
que de commencer à prendre cette poudre.

Pour faire un très-grand confortatif, voici la manière.

P Renez conserve de roses rouges, conserve des fleurs d'orange, de chacune une once: confection d'hyacinthe, poudre subtile bézoardique
thériacale, de chacun deux dragmes: confection
d'alkermès une dragme, poudre d'or une scrupule:
enfermez les bien ensemble avec de l'opiat,
& si la composition est trop sèche, ajoutez y
du sirop de groseilles rouges tant qu'il en sera
besoin. Prenez tous les matins de cette composition
la grosseur d'une noisette.

La meilleure façon de faire la conserve de Roses,
est celle-ci.
P Renez les feuilles bien mondées de leurs ongles blancs: mettez les dans une cucurbite bien bouchée dans un bain marie, bouillant
pour une heure ou deux, jusqu'à-ce que les fleurs
soient parfaitement bien mortifiées; alors vous
les ôterez pour les piler, & y ajoutez leur
double poids de sucre en pain très-fin bien pilez
ensemble, & mettez-les en un pot pour
garder.
Les têtes, peaux & graisse de vipères que vous aurez séparées pour faire la poudre bézoardique,
se gardent, d'autant qu'elles sont douces & de
vertu
@

Expérimentés. 127
vertu particulière: séchez lentement les dites têtes
& peaux & les gardez. Faites fondre la
graisse, & la conservez en huile.
La tête portée proche de la gorge, est excellent pour sequinancie & maux de ladite gorge.
La peau mise sur les reins de la femme étant en travail d'enfant, aide à la délivrer, & si
l'arrière-faix ne vient pas après l'enfant, mettez
la sur la cuisse de la femme en dedans, & la
secondine viendra bien-tôt.
La graisse est merveilleuse pour la rougeur des visages bourgeonnés, en les oignant d'icelle.
La poudre bézoardique fait suer copieusement, si l'on se met en état de cela.
Les peaux sèches hachées menu & mêlées avec l'avoine que mange un cheval qui a le farcin,
le guérira étant continué quelque temps.

Opiat de Monsieur Chartier.
P Renez des racines d'enula campana, salsepareille de la chine, de la peone, des grains de genièvre, de chacun demie once, de racines
mechoacan une demie once, des feuilles orientales
une once & demie: broyez les & infusez
toutes ensemble dans trois livres d'eau par le
moyen du bain marie pendant un jour: ensuite
faites dissoudre dans la liqueur passée par un linge
ou tamis, de la moelle de casse nouvellement
tirée quatre onces, de la confection hamech
une once, de la poudre de rhubarbe, de
séné, jalap, de chacune une dragme & demie,
de la conserve de fleurs de nénuphar, buglosse,
violettes, de l'écorce de citrons confits, de la
poudre de térébenthine, & extrait de ligni sanctitriti,
de chacun demie once, de la poudre des
trois
@

128 Secrets & Remèdes
trois santaus trois dragmes, du vieux thériaque
quatre scrupules, du sirop de roses pales & sirop
de fleurs de pécher de chacun une once &
demie: puis faites l'opiat selon les règles de l'art,
& le gardez dans un vaisseau pour vous en servir.
La dose doit être d'une demie once.
Ladanum opiatum du Docteur Barcon.
P Renez opium thébaïcum quatre onces, du sel de tartre environ une once: rompez en morceaux l'opium, & le mêlez bien avec le sel dans
un mortier d'airain: puis mettez dans un vaisseau
de verre & versez dessus une chopine de vinaigre
distillé, une once d'esprit de sel: digérez le tout
ensemble jusqu'à-ce qu'il ne jette plus d'écume;
faites les bouillir après à consistance d'électuaire
en remuant toujours: ajoutez y de l'eau
de fontaine une pinte, dans laquelle le ferez
bouillir jusqu'à-ce que tout l'opium soit dissout:
faites bouillir encore les fèces dans de l'eau jusques
à dissolution & passez la liqueur; filtrez
ensuite & mêlez le tout ensemble sur le
feu jusques à consistance d'électuaire avec une
once de suc de réglisse, après ajoutez y deux
onces de teinture de grains de genièvre fait avec
eau d'anis, deux onces de poudre de safran,
une dragme de castoréum; faites le tout comme
est dit dessus, bouillir à petit feu, & remuez
bien y mettant de l'huile suivante, savoir
d'anis, muscade & clous de girofle, de
chacun un scrupule; ce qu'étant fait, vous les
garderez dans un vaisseau pour l'usage. La dose
en est depuis trois grains jusques à huit.
Pierre
@

Expérimentés. 129
Pierre Médicinale.
V Ous prendrez mercure d'antimoine ci-après décrit une once, teinture d'or une dragme: mêlez bien le tout dans un mortier de verre,
& le mettez dans un petit matras à tiers plein,
tenez le au four à la lampe, à laquelle vous ne
mettrez qu'un lumignon en dix jours; cuisez le
encore dix avec deux lumignons, autres dix avec
trois lumignons, & dix autres avec quatre, & le
tout sera converti en poudre rouge comme sang.
Ce remède est universel aux plus grandes maladies
chroniques, vérole, goutte, hydropisie, paralysie,
peste & autres; il opère par le ventre, sueur &
urines. La dose est de trois, quatre, ou cinq
grains, avec un peu de conserve de bourrache
ou violette.

Le Mercure d'Antimoine pour l'opération de la
pierre Médicinale.
V Ous prendrez des cendres gravelées, chaux vive parties égales, que mettrez dans un vaisseau de terre, versant dessus quantité d'eau
que ferez bouillir doucement & laisserez refroidir;
filtrez ensuite la liqueur qu'elle soit bien
claire. Ayez trois ou quatre onces de mercure
de vie qui est la poudre émétique, que mettrez
dans un matras, & verserez dessus quatre doigts
de vôtre liqueur ou lessive, les tenant en digestion
sur un four à cendres du deuxième degré,
l'espace de trois ou quatre jours, afin que la lessive
tire la teinture de vôtre mercure de vie:
séparez la lessive, remettez-en d'autre &
digérez, réitérant nouvelle addition de la
Tome I. I dite

@

130 Secrets & Remèdes
dite lessive & digestion tant qu'elle ne tire plus
de teinture, & que vôtre poudre soit bien atténuée,
sur laquelle vous ajouterez autant de sel
armoniac sublimé. Incorporez le tout avec le
double d'huile de tartre, purifié trente jours au
fumier de cheval, le temps expiré, mettez votre
matière dans un mortier de marbre, broyez
la y mettant un peu d'eau chaude: puis ajoutez-en
de la plus chaude & broyez. Séparez ladite
eau comme dessus, & y mettez du vinaigre
au lieu d'eau & broyez toujours; vous verrez
en peu de temps la poudre se convertir en mercure
coulant.
Si l'on sublime le régule avec quatre fois autant de sel armoniac, il monte en fleurs avec
ledit sel, desquelles (par la même façon) on
extrait le mercure.

Teinture d'or pour ladite opération.
P Renez de l'or fin en poudre ou paillettes que dissoudrez en eau philosophale de sel armoniac & nitre: étant dissout versez dedans
du mercure & le quart d'eau forte, tenez
en digestion sur cendres chaudes tant que le mercure
soit dissout: l'eau qui était orangée de la
dissolution de l'or viendra claire & blanche,
laissant l'or fort tenu & spongieux: séparez l'eau
de vôtre or, que laverez en plusieurs eaux pour
en ôter l'acrimonie: puis le sécherez & aurez
une chaux d'or, faites rougir dans un creuset de
la fine pierre de ponce & éteignez cinq ou six
fois l'ignition & extinction, alors elle sera bien
calcinée & se réduira facilement en poudre subtile
sur le marbre; rougissez encore demi quart
d'heure cette poudre; & la laissez refroidir,
la
@

Expérimentés. 131
la substituant après tant que vous pourrez;
Faites une couche de votre poudre dans un creuset de l'épaisseur d'un doigt: mettez dessus
de la poudre d'or, & dessus icelle nouvelle ponce,
sur la ponce de l'or, & sur l'or de la ponce,
couvrant le creuset d'une tuile & le luttant
bien: tenez le creuset vingt-quatre heures en
un four de verrier ou ils recuisent leurs cendres,
afin que le creuset soit toujours rouge, sans
que les matières fondent: laissez le refroidir,
& en séparez la poudre que broierez bien &
verserez dans un matras, & dessus icelle du dissolvant
qui suit.
Prenez du sel fondu au feu dans un creuset une livre, du miel d'Espagne deux livres: mêlez
ce sel, pulvérisez avec le miel & cuit en un
vaisseau de fer en forme de suppositoire: jetez
cette matière sur une pierre polie & la laissez
refroidir, mettez-la en poudre, sur cette poudre
mise en une cornue, versez bon vinaigre
distillé & rectifié trois livres: puis distillez au
sable par degré; ayant digéré auparavant vingt-
quatre heures; vous donnerez sur la fin grand
feu cinq ou six heures, que la cornue rougisse
la distillation achevée, laissez refroidir la cornue
douze heures; séparez le vinaigre & distillez
aux cendres à siccité séparant le phlegme:
lavez bien net l'alambic & rectifiez encore trois
ou quatre fois votre vinaigre, qu'il vienne
bien clair & blanc, au lieu qu'auparavant il
était jaune. C'est un dissolvant de chaux métallique.
De ce dissolvant, vous verserez sur vos poudres de ponce & de sel surnageant trois doigts,
tenez-les en digestion, dans un peu d'heures il
se colorera d'orangé. La digestion se doit faire
au four à cendres trois ou quatre jours: séparez
I 2 en-
@

132 Secrets & Remèdes
ensuite le dissolvant, versez-en d'autre sur vos
poudres, digérez tant que le dissolvant se teigne,
que séparerez & mettrez avec l'autre, le filtrant
& exhalant au bain en poudre un peu orangée;
si vous croyez qu'il y ait encore de la teinture
d'or dans la poudre, la faut sécher & réverbérer
quinze heures, puis procéder à la teinture
comme la précédente.
Sur cette pondre demeurée dans l'alambic & mise après dans un matras, versez de bon esprit
de vin, afin qu'ensuite étant séparé d'une hypostase,
le distilliez & cohobiez deux ou trois
fois au bain, vous aurez une espèce d'or potable,
séparant la moitié de l'esprit de vin au
bain. On en donne cinq ou six gouttes en liqueur
propre pour un plus grand corroborant
dans les plus grandes maladies.

Pour avoir l'esprit de vin propre pour ladite teinture,
de beaucoup plus excellent.
V Ous prendrez sel de tartre cristallin, qui se fait par diverses dissolutions, & congélations: puis réduisez en poudre quatre onces que
mettrez en une cornue; ajoutez-y d'un excellent
esprit de vin rectifié deux livres: digérez
vingt-quatre heures, puis en distillez seulement
une livre aux cendres tièdes, ou de premier degré
le reste est insipide, quelques rectifications que
puisse avoir l'esprit de vin; aussi est-il beaucoup
plus acre & plus propre à l'extrait des teintures.
La teinture de corail se met de même façon avec la pierre de ponce; le mettant tout entier,
la ponce par la sécheresse tire la teinture laissant
le corail blanc comme amidon qu'il faut séparer,
De la même manière tirerez la teinture de l'une qui vient bleue. Pa-
@

Expérimentés. 133
Panacée de Scordeus.
P Renez soufre d'Antimoine une once, régule d'Antimoine une once, huile de soufre ou de vitriol trois onces. Faites digérer le tout ensemble en fiente de cheval pendant
huit jours dans une petite cornue: puis distillez
& recohobez sur le marc la chose distillée
trois fois. Poussez après le feu au quatrième
degré durant douze heures, & pour lors il sera
tout fixe. Cassez la cornue, prenez votre matière,
que pilerez & laverez en eau rose & sécherez
sur le papier gris: mais étant sèche mettez-
la dans une écuelle de terre à réverbère pendant
cinq heures, & sera fait.
Prenez une once de cette poudre, magistère ou sel de corail deux once mêlez ensemble. La
dose est depuis dix jusques à vingt grains dans
des véhicules propres, du vin, eau de chardon
bénit, &c.

La vertu de cette Panacée.
E Lle guérit toute sorte de maladies, la peste & autres des plus dangereuses. Il faut recommencer plusieurs fois si l'on n'est guéri d'abord.
Elle guérit toutes les maladies qui demandent
la sueur, & purifie tout à fait le sang. Son effet
se fait par purgations, sueurs & insensibles
transpirations.

pict I 3 Soul-
@

134 Secrets & Remèdes
Soufre d'Antimoine.
P Renez du cinabre d'Antimoine qui se trouve au col de la retorte quand l'on a fait la poudre Emétique, que ferez bouillir en lessive très-
forte faite de chaux vive & de salpêtre, l'espace
de trois heures, & le mercure se séparera
tout coulant: filtrez cette lessive & la laissez reposer,
& vôtre soufre se précipitera de soi-
même au fond en poudre rouge, que ferez sécher;
& laverez ensuite avec eau chaude.

Autre Panacée d'Antimoine.
P Renez Antimoine cru, que pilerez & imbiberez peu à peu avec de bonne huile de vitriol, puis le mettrez cuire à feu de cendres
durant quinze jours, & réimbiberez derechef
& cuirez pendant quinze jours; vous ferez
la même chose pour la troisième fois: & la
dernière pour l'achever de fixer, il faut le mettre
dans une cornue, & pousser hors à grand
feu tous les esprits: puis cassez la cornue: où
vous trouverez votre Panacée fixe. La dose est
de trois à cinq grains en tel véhicule qu'on voudra.
Ce remède est bon pour toute sorte de
maladies, mais particulièrement pour l'apoplexie.

Autre Panacée.
F Aut sublimer le salpêtre avec le charbon, après lui donner grand feu pendant deux heures, puis le dissoudre en eau commune: filtrer
& évaporer jusques à siccité, & lui donner encore
grand feu l'espace de deux ou trois heures,
jus-
@

Expérimentés. 135
jusqu'à-ce qu'il devienne comme vert. Prenez
deux parties de cette poudre & sel de Nitre &
une partie d'Antimoine en poudre, que mettrez
ensemble dans un pot de terre vernissé avec une
quantité suffisante d'eau commune, puis faites
dessécher le tout, & étant sec, tenez votre pot
deux heures à grand feu, & jetez votre matière
dans l'eau commune, & cette eau tirera
la teinture de l'antimoine: laissez-la reposer une
nuit, & le lendemain vous trouverez cette teinture
au fond, videz l'eau par inclination, &
desséchez vôtre poudre.
Voila une Panacée de laquelle vous pouvez donner depuis dix jusques à vingt grains, qui
purgeront doucement par le bas.
Prenez de la Panacée susdite une once, régule d'Antimoine une once, huile de soufre
ou de vitriol rectifié trois onces: faites digérer
le tout ensemble en fiente de cheval dans une
petite cornue l'espace de huit jours, puis le distillez,
ensuite cohobez ladite huile distillée sur
le marc par trois fois, puis poussez ladite matière
au feu du quatrième degré pendant douze
heures, & alors tout vôtre Antimoine sera fixe.
Cassez la cornue;, prenez vôtre matière & la pilez,
réverbérez-la pendant deux heures dans une
écuelle de terre, & lavez ensuite en eau de rose
& la séchez sur le papier gris & sera faite.
Prenez une once de cette poudre, magistère ou sel de corail deux onces que mettrez ensemble.
La dose de cette excellente Panacée est de dix, quinze, jusques à vingt grains & non davantage.
Pour l'augmenter en vertu on y peut ajouter autant pesant de sel ou vitriol de Mars que
I 4 de
@

136 Secrets & Remèdes
de sel de corail fait comme il suit.
Dissolvez limaille d'acier en huile de soufre fait par la campane, pilez-le & le mettrez dissoudre
en eau commune, que filtrerez par le papier
gris: puis ferez évaporer jusques à siccité,
& pour le perfectionner davantage, vous le pourrez
derechef dissoudre, filtrer & évaporer.
Cette Panacée guérit toute sorte de maladies, hydropisie, phtisie, paralysie, peste & toutes autres
causées par obstructions, ou demandant la
sueur & la purification du sang.
Elle purge par sueurs, transpirations insensibles & souvent par bas. En cas qu'on ne soit
guéri de la première fois, il faut réitérer.

Autre Panacée.
P Renez de bon vitriol, & le dissolvez & congelez avec de l'esprit de vitriol, neuf ou dix fois: puis le rubéfiez, & dans plusieurs retortes distillez son huile, dans laquelle faites
dissoudre des cristaux d'or préparés selon l'art:
puis par digestion séparez la terre damnée de l'or,
& menez-le à la perfection par circulation. Cette
Panacée produit tous les effets que l'on peut attribuer
à une bonne Panacée, en toute sorte de
maladies, & renouvelle tout à fait le tempérament.

Préparation singulière du mercure de vie.
P Renez six onces d'Antimoine minéral bien net, qui n'ait jamais été fondu, autant de bon salpêtre trituré en poudre subtile, & mêlez:
puis ce mélange étant dans un creuset &
couvert d'un autre creuset percé au fond de la
gros-
@

Expérimentés. 137
grosseur d'un poix, donnez feu par degré &
cette matière fulminera; quand il ne sortira plus
de fumée par le trou du creuset supérieur, ôtez-le
du feu, & retirez la matière restée dans le creuset
inférieur pour le mettre en poudre subtile.
Prenez trois ducats d'or & six fois autant de ladite poudre, mettez la premièrement sur le
feu dans un creuset pour la faire fondre, &
quand elle sera fondue, jetez y l'un des ducats,
remuant avec un bâton jusqu'à-ce qu'il soit fondu,
& ferez ainsi successivement des autres ducats
l'un après l'autre: étant tous fondus ayant
demeuré un peu de temps sur le feu, retirez le
vaisseau, & étant refroidi, tirez toute la matière
que pilerez & passerez par le tamis, y mêlant
autant pesant de mercure sublimé pareillement
pulvérisé & passé par le tamis: mettez le
tout ensemble dans une cornue de verre bien
luttée par le col, & le posez dans un fourneau
donnant petit feu du commencement: & au bec
de la cornue adaptez un récipient plein d'eau
commune sans lutter les jointures, faisant entrer
le bec de ladite cornue dans l'eau du récipient,
& augmentant le feu peu à peu: vous verrez
couler la matière dans l'eau, mais la plupart
d'icelle demeurera attachée dans le col de la cornue,
laquelle on pourra retirer & faire tomber
avec un fer crochu dans le récipient; quand
il ne tombera plus rien à force de feu, laissez
refroidir, & ayant cassé la cornue, achevez de
retirer le reste de la matière élevée & attachée
au col & la mettez dans l'eau du récipient avec
l'autre, ayant laissé faire résidence à l'eau, versez-la
par inclination, la gardez pour la guérison
de toute sorte d'ulcères. Mettez de nouvelle
eau commune chaude sur la matière qui a
fait
@

138 Secrets & Remèdes
fait résidence au fond du récipient, & après l'avoir
agité quelque temps laissez la rasseoir, puis
versez l'eau & en remettez d'autre, réitérez les
lotions sept ou huit fois, & séparez ensuite le
mercure avec une plume, & mettez la poudre
dans de l'eau nouvelle chaude qu'y laisserez jusqu'au
jour suivant, auquel vous recommencerez
les lotions comme au précédent, ce que continuerez
six jours, & au septième vous laverez
avec eau fraîche: puis ayant fait sécher ladite
poudre, la garderez pour vous en servir dans
l'occasion.
La dose pour les enfants est d'un ou deux grains, & pour les adultes depuis quatre jusques à six ou
sept, selon la force.
On la met tremper dès le soir en deux ou trois onces de vin blanc jusques au matin: on coule
le vin pour le boire, demie heure après on prend
un bouillon.
On la peut aussi donner en substance: elle fait vomir doucement & purge aussi par les voies
du ventre. On en a toujours eu bon succès dans
la cure des fièvres intermittentes & de la goutte.

Grand Diaphorétique d'Antimoine.
P Renez bon Antimoine minéral bien pilé & mêlé avec demie livre de mercure sublimé, mettez le tout sans lui donner temps de s'humecter,
dans une cornue de verre sur le sable
(il rend davantage quand on le laisse quelque
temps à l'air) faites-en le beurre à l'ordinaire;
mais sur la fin de la distillation, faites presque
rougir le cul de la cornue: une partie passera en
beurre, & l'autre en cinabre fort dur, & l'Antimoine
restera au fond: si avant la distillation
ou
@

Expérimentés. 139
on laisse le mélange à l'air, il y passera beaucoup
plus de liqueur qu'il ne ferait s'il était en
beurre dur. Rectifiez ce beurre & faites le refondre,
& le mettez dans une nouvelle cornue,
& vous servez en la rectifiant d'une autre cornue;
pour récipient: faites le fondre encore pour
l'avoir plus clair & plus ramassé: mettez dessus
de très-bon esprit de Nitre bien rectifié, jusqu'à-
ce qu'il ne fasse aucune ébullition: distillez à
petit feu, & sur la fin faites feu à rougir le cul
de la cornue, il y passera une partie de l'esprit
de Nitre sans aucune couleur, après il passera
des fumées blanches, lesquelles à même temps
qu'elles passeront dans le récipient se dissoudront
& tiendront ledit esprit de Nitre en couleur de
dissolution d'or, comme il était avant d'être
mis sur le feu. Il ne faut point se servir de ce
qui se sublime, parce que ce sont les esprits arsenicaux
de l'antimoine; au fond il y reste une
matière fort spongieuse jaune & rouge: cette
matière pourra changer de couleur; mais pulvérisez-
la & mettez dessus de l'eau de fontaine
très-chaude, l'eau se blanchit comme du lait,
& reste au fond une matière noirâtre: cette eau
teinte vingt-quatre heures après, ne se déchargera
que fort peu, même la filtrant à double papier
gris, elle passera comme du petit lait; dulcifiez
la par diverses eaux, desséchez-la à très
petite chaleur, & la mettrez entre les deux
creusets bien luttés, & y donnez feu de roue
une heure durant; puis la laissez refroidir de soi-
même: rebroyez-la & remettez dans vos creusets
bien luttés, y donnant feu tant que les creusets
rougissent dessus & dessous, la poudre se
trouvera blanche: broyez-la bien & la mettez
dans une écuelle vernissée & de l'esprit de vin
par
@

140 Secrets & Remèdes
par dessus qui surnage d'un petit doigt, mettez-
y le feu, & en même temps que l'esprit de vin
brûlera, remuez bien & la poudre se desséchera:
vous la broierez y mêlant sept gros d'antimoine
diaphorétique ordinaire, passé trois fois
par le Nitre: broyez bien peu à peu les deux
matières ensemble, mettez le tout dans une petite
cornue, & par dessus trois onces & demie
d'excellent esprit de Nitre; tenez cette cornue
à feu de sable en digestion environ vingt-quatre
heures; après distillez à petit feu jusques à sécheresse,
lavez la matière restante avec eau de
chardons bénits distillée, en versant par inclination
jusqu'à-ce que la matière soit entièrement
édulcorée. Laissez la dessécher d'elle-même dans
un filtre & la broyez impalpable, l'ayant mise dans
une écuelle vernissée, & par dessus de l'esprit
de vin de l'épaisseur d'un doigt: laissez-la ainsi
sans autre digestion pendant six ou sept heures,
après cela brûlez l'esprit de vin, remuant toujours
avec une cuiller d'argent: rebroyez-la
& serrez dans un vaisseau de verre.
Cette poudre fait puissamment suer; prenez- la trois jours de suite dans quelques confitures,
quinze grains à chaque dose: puis trois autres
jours à vingt grains pour dose: & trois autres
encore à quinze seulement comme vous aurez
commencé, & un peu après l'avoir prise, il faut
un verre de la décoction suivante.
Prenez quatre onces de gayac; deux onces de salsepareille, une once de sassafras infusé en trois
pintes d'eau vingt-quatre heures: puis faites
bouillir cela ensemble l'espace de trois heures à
feu lent, & la tirez du feu; vous prendrez ladite
décoction toute chaude comme un bouillon.
Par ce Remède on guérit les gouttes, hydropisies, pisies,
@

Expérimentés. 141
paralysies & véroles: mais il faut auparavant
commencer par les minoratifs suivant
le tempérament chaud ou froid, sec ou humide
des personnes malades.
Ceux qui sont curieux de conserver leur santé & leur embonpoint, peuvent prendre de cette
poudre au Printemps & en l'Automne après s'être
purgés une fois ou deux. La dose sera de
dix ou douze grains avec un gros de la confection
d'Alkermès, & incontinent après un verre
de la décoction susdite.
Cette poudre résiste puissamment à la pourriture & corruption, desséchant les humeurs superflues,
& est un vrai concretif du sang.

Autre grand Diaphorétique d'Antimoine.
P Renez une part de régule d'antimoine & six parts de nitre: faites les brûler ensemble dans un creuset, réverbérez-les une heure après qu'ils
seront fondus: puis prenez une cruche de terre
pleine d'eau de fontaine, sur laquelle mettez un
creuset qui soit percé au fond, par lequel vous
verserez votre antimoine & salpêtre fondus; la
plupart du sel se dissoudra dans l'eau, l'antimoine
tombera au fond en poudre blanche: versez-
en l'eau quand tout sera rassis: & dulcifiez par
plusieurs ablutions en eau fraîche de la poudre
qui est restée, jusqu'à-ce qu'elle ne soit plus salée
& ne retienne aucun goût d'acrimonie; vous
la ferez ainsi sécher & garderez pour vous en
servir dans l'occasion.
Dia
@

142 Secrets & Remèdes
Diaphorétique de Monsieur le Comte d'Oxford.
V Ous prendrez du mercure bien purifié & du soufre de chacun une once: broyez les bien ensemble jusques-à-ce qu'il n'y paraisse aucun
atome du mercure, mais que tout soit en
poudre grise fort subtile: puis faites fondre une
dragme d'étain, & l'ayant un peu laissé refroidir,
vous y verserez votre dite poudre de mercure
& de soufre, & les remuerez & agiterez
bien ensemble: ensuite vous mettrez le tout
sur le feu pour calciner, y donnant grand feu
sur la fin: vous aurez tout achevé en l'espace
d'une bonne demie heure: après vous retirerez
le creuset & vous aurez une poudre brune, laquelle
est un très grand Diaphorétique au rapport
de ceux qui en ont fait expérience, comme
l'a témoigné Monsieur le Comte d'Oxford.
Vous en prendrez pour dose depuis cinq jusques à dix ou douze grains, selon la force de
vôtre tempérament & la malignité de la maladie
que vous voulez guérir.

Diaphorétique du Cristal d'Antimoine.
D Istillez un esprit & huile du sel & du vitriol, dans lequel ferez dissoudre & digérerez de l'antimoine l'espace d'un mois: vous
aurez une matière fort rouge, laquelle il faudra
distiller & cristalliser.
Vous n'en prendrez pas davantage pour la dose ordinaire que deux ou trois grains, si vous
ne vous apercevez en avoir besoin & nécessité
de plus.
Or
@

Expérimentés. 143
Or Potable.
B Royez de l'or avec nitre, sel & alun, selon que l'enseigne Zuelfer, ensuite faites-les bouillir dans de l'eau commune qu'évaporerez
jusques à parfaite siccité, puis mettez dessus du
pur esprit de vin, & digérez, l'esprit de vin se
teindra d'une teinture d'or: versez ledit esprit
teint & en remettez d'autre, faisant ainsi jusqu'à-ce
qu'il ait extrait tout l'or. Distillez fort
doucement l'esprit jusqu'à ce que la matière reste
comme un sirop, sur lequel mettez trois fois
son pesant d'esprit de miel, qui est pour empêcher
la fulmination: ensuite de cela faites le
précipiter avec de l'esprit d'urine & l'or tombera
au fond comme boue verte brune qui demeurera
dans le filtre: laissez rasseoir encore la
liqueur passée par le filtre dix ou douze jours,
& il se précipitera de soi même encore de la
matière, mais non pas si verte ni si brune comme
auparavant, que séparerez par le filtre; continuez
ceci jusqu'à-ce qu'il ne de précipite plus
d'or, & à chaque fois ce qui se précipitera sera
plus délié & subtil. Lavez vos précipitations
avec de l'eau distillée, jusqu'à-ce que vous ayez
ôté tout le sel & acrimonie: puis mettez-y vôtre
menstrue d'esprit de vin acué avec esprit ou
sel d'urine, & au fond il tirera une teinture rouge
& brune en vingt quatre heures, versez le
menstrue teint & en mettez d'autre, continuant
cela jusqu'à-ce qu'il ne teigne plus même à la
chaleur du bain marie. La première fois l'eau
se teindra au froid, mais après il faut la chaleur
du bain, car autrement il ne se tiendrait plus.
Distillez vôtre esprit teint jusqu'à-ce qu'il y reste
une
@

144 Secrets & Remèdes
une gomme humide, sur la fin de cette distillation
il passera quelque phlegme qu'il faut recevoir
à part; & si lors on donne trop de chaleur,
il montera quelque teinture avec ce phlegme,
car si vous le desséchez trop il ne se dissoudra
pas bien dans l'esprit de vin. Sur une
dragme de cette gomme mettez une once d'esprit
de vin & un demi setier de vin d'Espagne
& filtrez cela par le papier gris: de quoi donnerez
une once pour dose.
Pour ne rien perdre de vôtre or prenez le corps restant après que vôtre menstrue en a tiré
toute la teinture qu'il a pu, & réitérez avec
lui de nouveau toute l'opération comme vous
avez fait avec l'or cru: c'est à dire brûlez-le
avec les trois sels, & faites bouillir dans de l'eau
commune jusques à sécheresse. Réitérez encore
avec l'esprit de vin: filtrez ledit esprit & évaporez
à sirop: dissolvez dedans trois fois son
pesant d'esprit de miel, précipitez avec esprit
d'urine; abluez la précipitation de toute la salsuginosité,
& tirez en la teinture avec votre menstrue.
Notez qu'à toutes les fois que vous tirez
la teinture avec vôtre menstrue; la première
fois que vous la mettez, après avoir dulcifié vôtre
précipité, l'esprit de vin acué tirera la teinture
à froid; mais après que vous aurez versé
cette première extraction & que vous y versez
nouveau menstrue, il faut digérer au bain, car
autrement le menstrue ne se tiendrait pas; répétez
la même opération sur le corps qui ne donne
plus de teinture, commençant par l'ébullition
dans l'eau commune avec les trois sels, &
achevant par l'extraction de la teinture par le
moyen de vôtre menstrue; réitérez cela jusqu'à-
ce qu'il ne vous reste plus d'or: mais que le
tout
@

Expérimentés. 145
tout soit dissout en teinture, & vous verrez qu'à
chaque fois l'or deviendra plus pâteux, & en
digérant le menstrue sur l'or, il surnagera une
huile.
Voila comme l'or potable se fait, mais en travaillant pour y parvenir on a d'autres curiosités
quand on s'éloigne de ce droit chemin, &
particulièrement pour faire le crocus solis comme
l'enseigne Zuelfer, à savoir, broyez vôtre
or avec les trois sels; faites bouillir dans
l'eau commune, évaporez à siccité: dissolvez
de nouveau en eau commune; quand tout est
dissout, précipitez avec huile de Tartre: faites
passer la liqueur par le filtre, & l'on a trouvé
dans ledit filtre, du mercure coulant avec la
poudre que, Zuelfer appelle crocus solis, mais il
n'y a point d'or, c'est seulement quelque terrestréité
des sels, imprégnée de quelque esprit
d'or, lequel est tout dans la liqueur qui a passé
dans le filtre, qui ne se précipite pas avec le sel de
Tartre, mais l'esprit d'urine le précipite tout,
& il est fulminant: lors qu'il est précipité, versez
la liqueur surnageante, & sur l'or précipité
mettez de l'eau commune & du mercure coulant
que battrez ensemble, & le mercure fera que
l'or deviendra en poudre tannée laquelle laverez
bien de toute salure; & si vous la mettez dans
un creuset & la réverbérez à grand feu, cette
poudre d'or deviendra fixe: mais si vous la broyez
premièrement avec du soufre, puis la mettez
à réverbérer, tout l'or s'en ira avec le soufre.
Quand l'or dissout par les trois sels & l'eau commune a été retiré avec l'esprit de vin, on
le peut précipiter en l'agitant dans un matras
avec du mercure coulant: il tombe lors en poudre
violette fort subtile & si ouverte, que si on
Tome I. K la

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146 Secrets & Remèdes
la mêle avec-de soufre commun, elle sublimera
toute avec ledit soufre au feu d'ignition
ou de réverbère; néanmoins la teinture ne s'en
tire pas si facilement que de celle qui est précipitée
avec l'esprit d'urine.

Or Potable, pour servir aux maladies les plus abandonnées,
dont les effets sont admirables.
V Ous prendrez or en chaux une once, régule d'antimoine une once, sucre candi une once, bézoard demi gros, le tout bien pulvérisé
mêlé ensemble, vous le mettrez dans une
cornue luttée avec son récipient qui soit beaucoup
plus gros que la cornue, de peur que les
esprits retournant du récipient ne fassent crever
les vaisseaux, que mettrez à feu de degré pendant
douze heures, & durant les trois dernières
vous y ferez grand feu.

Autre Or Potable.
F Aites dissoudre une once de fin or dans huit onces d'eau régale: lors qu'il sera bien dissout vous verserez une pinte d'eau commune mesure
de Paris sur la distillation, afin d'affaiblir
l'eau régale: puis vous verserez dessus peu à
peu deux pintes d'une lessive faite d'eau commune
& de tartre calciné, qui fera précipiter
l'or au fond, & quand vous verrez que les ébullitions
cesseront, vous cesserez aussi de verser de
ladite lessive, & laisserez reposer le tout durant
vingt-quatre heures, ou jusqu'à-ce que vous
voyez tout vôtre or précipité au fond & qu'il
ne se précipite plus rien. Versez ensuite votre
eau par inclination fors doucement & en mettez
d'autre
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Expérimentés. 147
d'autre dessus, faisant cela par trois ou quatre
fois ou plus jusqu'à-ce que vous retiriez vôtre eau
insipide, comme quand vous l'y avez mise.
Cela fait versez vôtre or sur un papier gris étendu sur un entonnoir de verre, & l'y laissez
sécher doucement sans feu: quand il sera sec,
vous le mettrez dans une écuelle de verre ou
semblable vaisseau, & verserez peu à peu & à
diverses reprises, environ le poids de deux onces
de l'huile vitriolique & philosophique, ci dessous
décrite: & à l'instant il bouillira & s'échauffera,
devenant noir comme de l'ancre, &
sentira le relent des sépulcres, & même le vaisseau
s'échauffera, de sorte qu'il faudra le poser
sur une table, où vous le laisserez l'espace de
trois jours, pendant lequel temps le dissolvant
agira continuellement, comme vous reconnaîtrez
par les petites ébullitions qu'il fera.
Au bout de trois jours, vous verserez dessus peu à peu, quatre ou cinq pintes d'eau commune,
qui deviendra violette, & emportera
avec elle tout votre or dissout, & vous la mettrez
reposer dans quelque grand vase de verre
convenable; en un jour ou deux vôtre or qui
paraîtra comme des atomes spongieux, se précipitera
peu à peu au fond: quand il sera bien
précipité, vous verserez l'eau doucement par inclination,
& vous en remettrez d'autre par dessus,
& continuerez cela deux ou trois fois: après
quoi ayant versé l'eau, vous le ferez sécher à un
feu de cendres, dans le même vaisseau ou il est:
étant sec vous y mettrez du vinaigre distillé, en
sorte qu'il surnage de quatre doigts, & le mettez
en digestion: le vinaigre deviendra vert, &
tirera à soi tout ce qui peut être resté des esprits
du tartre & du vitriol: vous le verserez ensuite
K 2 par
@

148 Secrets & Remèdes
par inclination, & ferez dessécher la poudre
qui restera, & ensuite la mettrez encore dans un
creuset pour dessécher à petit feu médiocre.
Etant bien sèche, vous la mettrez dans un matras, & verserez dessus huit onces d'esprit de
sel bien rectifié, sans toutefois en séparer le
phlegme: puis vous la mettrez en digestion sur
les cendres, jusqu'à-ce que vous voyez votre esprit
teint & coloré d'une fort belle couleur
azurée, comme jaune orangée; & si vous voulez,
vous pourrez même verser encore de nouvel
esprit de sel sur les fèces, jusqu'à-ce qu'il ne
prenne plus de teinture.
Quand vous aurez tiré toute la teinture avec l'esprit de sel, vous le mettrez dans un petit
alambic, puis distillerez jusques à consistance de
miel, & cohoberez vôtre menstrue, & distillerez
jusqu'à sept fois, toujours en consistance
de miel, excepté la dernière fois, que vous tirerez
jusqu'à sec.
Cela étant fait, vous prendrez huit onces de bon esprit ardent de Saturne, que verserez sur
vôtre or & le mettrez en digestion durant vingt-
quatre heures ou plus, & se cohobera, & tirera
à soi toute la teinture de l'or dissout, &
amortira aussi tout les esprits fixes du sel, qui
peuvent être restés dans cette dissolution.
On s'en peut servir tout seul en cette matière, en versant une goutte ou deux, ou plus, dans
quelque liqueur convenable, mais j'estime qu'on
le peut rendre encore plus efficace, en le mêlant
avec les teintures de bézoard, de corail &
perles & d'ambre gris, tirez comme il suit.
Les perles & le corail se préparent de cette façon: il faut premièrement les dissoudre en du
vinaigre distillé, faire ensuite évaporer le vinaigre,
aigre,
@

Expérimentés. 149
& sur la matière qui reste au fond, versez
de l'eau-de-vie acuée, avec le quart de son
poids d'esprit de sel, laquelle se colorera d'une
fort belle couleur dorée: puis l'ayant versée par
inclination & ensuite fait évaporer, vous dissoudrez
cet extrait, qui restera dans de l'eau de
rose & de chardon bénit, moitié par moitié,
laquelle eau se teindra aussi en couleur jaune
dorée.
La teinture du bézoard se tire ainsi. On broie ledit bézoard, & on verse dessus de l'eau-de-vie
acuée par l'esprit de sel, comme dit est, laquelle
se colore d'un beau rouge; on la verse par
inclination, en versant d'autre jusqu'à ce qu'elle
ne tire plus de teinture. On fait évaporer le
menstrue, & sur l'extrait, on verse des dites eaux
de chardon bénit & de roses.
La teinture de l'ambre gris, se tire en versant de bon esprit de vin dessus, & le mettant
en digestion au Soleil & aux cendres, ou bien
en le dissolvant dans de l'esprit de miel, qui a
cette faculté de le dissoudre particulièrement.
L'eau régale pour dissoudre l'or, sec fait en distillant huit onces d'esprit de nitre avec son phlegme,
sur une once de sel commun, décrépité,
dissout & coagulé.
L'huile de vitriol philosophique se fait aussi en cette manière.
Prenez huit onces de bon étain & le faites fondre dans un creuset, tirez-le du feu, & comme
il sera encore en fonte, versez-y dedans huit
onces de mercure commun: puis à l'instant jetez-les
dans un mortier de marbre, & le broyez
avec un pilon de bois jusques à ce qu'il soit bien
étendu comme pour mettre derrière des glaces
de miroirs.
K 3
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150 Secrets & Remèdes
Cela fait prenez une livre de bon sublimé de
Venise & le broyez & triturez avec le susdit
amalgame d'étain & mercure, tant & si long
temps qu'il devienne noir & ensuite gras,
s'attache au pilon comme de la graisse, & enfin
se réduise comme en bouillie noire, & combien
que le mercure semble se détacher, il ne faut
pourtant pas séparer, mais toujours broyer le
tout ensemble.
Quand il sera réduit comme en bouillie noire claire, vous le viderez dans des écuelles de
faïence ou de verre, & le mettrez en un lieu
humide, ou le laisserez, sur une table ou fenêtre
au serein, mais en sorte que le vent, la pluie ni
le Soleil, ne donnent dessus, & votre huile philosophique
se séparera & surnagera dessus les
fèces, & la verserez doucement par inclination
dans une fiole, que laisserez reposer jusques à
ce qu'elle soit claire, afin qu'on ne s'en puisse
servir.
Cette huile est fort pesante, & est fixe au feu, comme les sels.
Il faut noter aussi que pour la bien faire, il faut choisir un temps humide ou pluvieux, ou une
cave fraîche, car autrement on n'en viendrait
jamais à bout, & la matière demeurerait toujours
en poudre dans le mortier de marbre.

Teinture d'Or.
P Renez soufre & borax, les fondez ensemble par trois fois dans une fiole, les broyant chaque fois: puis fondez l'or avec poids égal de rosettes, jetez dessus de la composition
susdite jusques à ce que la rosette soit toute réduite
en aes ustum; puis refondez cet or avec
nou-
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