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Réfer. : AL0404
Auteur : Eugène Canseliet.
Titre : Deux Logis Alchimiques.
S/titre : En Marge de la Science et de l'Histoire.

Editeur : Jean Shemit. Paris.
Date éd. : 1945 .




**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****



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DEUX LOGIS ALCHIMIQUES
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EUGENE CANSELIET
D E U X L O G I S A L C H I M I Q U E S
En Marge de la Science et de l'Histoire
Ouvrage illustré de onze planches d'après dessins originaux et photographies.
Paris En vente à la librairie Jean Schemit 45, rue Laffitte, 45 1945
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Copyright by EUGENE CANSELIET, 1945. Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation
réservés pour tous pays.
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AUX CHERCHEURS, AUX CURIEUX, AUX ETUDIANTS DE TOUT AGE, dans le seul but de leur apporter un peu de ce sel christique, qui rend les études agréables et fructueuses.
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AVANT-PROPOS
Q UAND, au début de l'été de 1939, pressentant la guerre, nous résolûmes de nous installer dans ce petit village, nous n'envisagions certes pas les heures sombres
que nous devions y vivre, dans l'infinie détresse du pays tout
entier. Un an plus tard, c'était notre morne retour à la maison
pillée, après un bref séjour dans les T. M., avec les deux
dernières classes, à cette « Pyro » de Bourges, qui peuplait
étrangement la vieille capitale berrichonne d'ictériques en
uniforme.
Combien, au cours des longues années qui suivirent, trouvâmes-nous de consolation et d'apaisement dans les études
qui nous sont chères, et qui, moins que toute autre, ne sauraient
s'accommoder de l'occultation de l'esprit. Ainsi, en
dehors des heures quotidiennement absorbées par les inévitables
corvées de la vie campagnarde, nous utilisâmes nos
notes, réunies, depuis six ans, sur la villa Palombara, puis,
celles que nous possédions, plus récentes, relatives au Plessis-
Bourré, et que nous complétâmes peu à peu, malgré tous les
ennuis de la guerre. C'est ce qui explique que nous n'ayons
pas donné la priorité au château angevin sur la demeure
romaine, selon que le réclamait son plus grand âge, dans
notre livre, dont la rédaction restait tributaire d'une documentation
laborieuse. Et nous étions pressé, également, d'offrir
en lecture, à Monsieur Jean Schemit, la partie achevée

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x DEUX LOGIS ALCHIMIQUES
de notre travail, duquel il nous avait affectueusement promis
l'édition.
Cinq mois après le décès de notre vieil ami, demeuré, jusqu'au bout, tel un vivant symbole de clairvoyance et d'intégrité
professionnelles, notre ouvrage honore sa mémoire et
rappelle son profond attachement au beau métier qu'il pratiquait
avec maîtrise. Fin connaisseur en l'art de librairie, il
unissait l'autorité et le goût à la plus grande simplicité, et
cachait encore un coeur excellent, sous l'abord rude, quasi
bourru, du premier contact.
Cela nous reporte à près de vingt années en arrière, au jour où nous entrâmes, pour la première fois, dans l'ancienne
boutique de la rue Laffitte, en face, sur l'autre trottoir, au
numéro 52. Car on sait que nous avons eu l'honneur et le
privilège enviés de présenter au public, en les préfaçant, les
deux ouvrages de l'adepte dévolu à notre siècle, suivant le
dessein de Dieu et sa toute-puissante volonté d'initiation unanime
et perdurable.
A l'exemple de tous ses devanciers, Fulcanelli, de qui nous sommes l'unique disciple, a voilé sa personnalité avec un tel
soin, qu'il en reste, même pour nous, bien des côtés ignorés.
Dans l'étroit souci d'un état civil rigoureux, certains s'entêtent
à substituer le nom, réel selon eux, au pseudonyme
philosophique, tandis que d'autres, en des affirmations purement
gratuites, voire en des prétentions évidemment mensongères,
tentent, pour leur profit, d'accréditer une figure
banale de l'homme disparu, pauvrement adaptée à leur propre
valeur.
Notamment s'applique-t-on à répandre que Fulcanelli n'était autre que Pierre Dujols, bibliophile et érudit parisien,
décédé au printemps de 1926, -- c'est-à-dire cinq années
avant que paraisse Les Demeures Philosophales, -- avec qui
nous n'eûmes jamais la moindre relation, quoiqu'il est été
l'ami intime de Julien Champagne. C'est également au dessinateur
que, d'autre part, on attribue la paternité des deux
ouvrages, qu'il illustra avec autant d'intelligence que de talent
et de scrupuleuse habileté. Mort peu après, en août 1932, on
a cru, sans raisons sérieuses et à tort assurément, que cet

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AVANT-PROPOS xi
artiste remarquable avait succombé à des pratiques d'envoûtement;
il est certain qu'il fut victime d'une affection atroce,
qui le retint, pantelant et perclus, pendant près de deux ans,
dans ce sixième étage de la rue de Rochechouart, où nous
avions tous deux, en manière d'atelier et de laboratoire, nos
mansardes laborieuses.
Il y a encore ceux qui pensent que nous soyons nous-même l'auteur caché sous le nom de Fulcanelli, sans prendre garde
à notre jeunesse, peu compatible avec la maturité littéraire et
scientifique, qui se dégage, par exemple, du Mystère des
Cathédrales, publié, le premier, alors que nous avions à peine
27 ans. Pour cette raison, sans doute, feignant de totalement
nous ignorer, un occultiste, au sens le plus péjoratif du terme,
par un livre récent, diffus et copieux, a tenté de transposer,
dans le domaine d'une magie du plus mauvais aloi, l'hermétisme
alchimique de Fulcanelli, sans parvenir à faire plus
qu'une grotesque et pitoyable parodie. Aussi bien, pourrait-
on qualifier ce pastiche plus exactement et davantage, sans
qu'on sût vraiment trop quoi y prédomine, de la pompeuse
suffisance de l'auteur à l'égard de soi-même, ou de son acrimonie
discourtoise à l'endroit des autres et de l'Eglise en particulier.
Du même point de vue, pourquoi d'aucuns veulent-ils que l'alchimie entre, pour aussi peu que ce soit, dans les préoccupations
uniquement sociales et l'enseignement soi-disant secret
de la Franc-Maçonnerie moderne. Associant la Philosophie
chimique à la magie et à ses pratiques ténébreuses, comment
peuvent-ils écrire cette stupéfiante énormité, que l'alchimie
ait été employée à des fins de meurtres politiques et de crimes
rituels? Quelques aventuriers, savantasses et charlatans, sont
à l'origine de cette confusion, dans l'emploi abusif qu'ils
firent de leurs vagues notions d'une science généralement
réputée. Ainsi vit-on briller, dans les années qui précédèrent
la Révolution française, non sans qu'ils eussent toujours apporté
avec eux la tromperie, la spoliation et le scandale, les
Casanova, les Cagliostro, les Montfaucon de Villars, les
Gleichen, etc... Mais combien ces troubles personnages se
montrent différents des adeptes que nous connaissons si bien

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xii DEUX LOGIS ALCHIMIQUES
à travers leurs écrits, et dont les nobles figures se retrouvent,
invariablement, dans l'inébranlable pérennité d'une filiation
exempte de souillure.
Au demeurant, c'est là notre dessein de mieux faire connaître, s'il est possible, l'alchimie et ses représentants qualifiés,
en exhumant leur souvenir du passé où, dans une injuste
répudiation, la Science et l'Histoire les ont ensemble ensevelis.
Dans cette tâche, nous ne nous laisserons pas intimider
plus qu'il ne se doit par le discrédit et la malveillance, d'où
qu'ils viennent, de l'ignorance ou de l'envie; seules comptent,
à nos yeux, la qualité de l'oeuvre, ainsi que sa portée
dans le champ de la Connaissance humaine. Voilà bien pourquoi
nous nous faisons une idée fort modeste des pages que
nous avons écrites et que nous offrons avec confiance à la
curiosité bienveillante du lecteur. Elles n'exigent rien, quant
à leur publication, des précautions en apparence mystérieuses,
qui s'imposent parfois avec d'autant plus de force qu'on s'applique
davantage à les écarter. Tel fut le cas pour Fulcanelli;
telle s'en montra la nécessité pour Jonathan Swift, de qui
l'étrange et immortel Gulliver fut, par la portière d'un fiacre,
jeté anonyme dans la boutique de l'éditeur.

Blicourt (Oise), juin 1945.
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L A V I L L A P A L O M B A R A
D E R O M E
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Planche I
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ROME - PLACE VICTOR-EMMANUEL La Porte alchimique - 1680
Cliché Alinari à Florence (Italie)
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REFLEXIONS LIMINAIRES
I l est des choses étranges qui dépassent la raison, la séduisent ou l'inquiètent, et que celle-ci, esclave de l'ignorant
préjugé et du scepticisme de mode, d'emblée, rejette et
condamne ou, parfois, dissimule, après les avoir secrètement
acceptées. Lors même que le fait soit probant, s'il n'est rigoureusement
contrôlable en ses moindres parties, mieux vaut le
taire afin de n'être pas victime de la critique acerbe et de la
facile dérision. Alphonse Daudet le savait bien, qui demande
au négateur de fermer le livre où, sous l'impression de la
réalité, intimement perçue, sait le mieux exercé son talent de
peintre et de poète, sa psychologie vivante et délicate, éveillant
au plus haut point la sensibilité de l'âme: « Lecteur,
si tu es plus raisonnable que le petit Chose, si les rêves te
font sourire, si tu n'as jamais eu le coeur mordu par le pressentiment
des choses futures; si tu es un homme positif, une
de ces têtes de fer que la réalité seule impressionne et qui ne
laissent pas traîner un grain de superstition dans leurs cerveaux;
si tu ne veux en aucun cas croire au surnaturel,
admettre l'inexplicable, n'achève pas de lire ces mémoires. »
Ceci, par exemple, n'est-il point du ressort des sciences maudites, que le subconscient puisse agir pendant le sommeil,
entraînant des actions précises que la mémoire, ensuite,
ne saurait expliquer?
C'est un fait de ce genre que nous eûmes l'occasion de vérifier chez un jeune camarade, à qui ses connaissances rudimentaires
en latin et en hermétisme n'eussent point permis

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16 DEUX LOGIS ALCHIMIQUES
de formuler la sentence, tracée de sa main et la nuit, sur une
page de carnet. Quelle surprise il eut le matin, en découvrant,
à son chevet, ces lignes de rédaction parfaite, d'expression
savante et d'une écriture haute et ferme ne présentant rien
qui fût commun avec la sienne! Quelque vingt ans après,
lancé lui-même dans la science dont relève l'aphorisme latin
inconsciemment transcrit au cours de sa vision nocturne, il y
retrouva, en étudiant l'enseignement lapidaire des édifices
anciens, la phrase absconse demeurée l'objet troublant de son
souvenir:
Quando in tua domo nigri corvi parturient albas columbas tunc vocaberis sapiens.
Rien d'autre que ce cas étrange, auquel nous devons d'avoir appris l'existence de la porte alchimique de Rome, ne nous
parut concourir mieux ni davantage à la preuve matérielle
de la transmigration de l'âme, sinon le génie déconcertant
des enfants prodiges. Quant à ceux-ci, il est bien difficile, en
effet, de ne pas admettre un acquis antérieur, exceptionnellement
utilisable, peut-être par suite d'une cause pathologique,
ainsi que le montre la courte mais éloquente carrière de Jean-
Philippe Baratier, officiellement vérifiée et trop près de notre
époque pour être contestable. Né le 19 janvier 1721 à Schwabach,
proche de Nuremberg, dans le margraviat d'Anspach,
d'un père français d'origine, il se montra, dès sa prime
enfance, et quoique à peu près dépourvu de livres, d'une
prodigieuse précocité. A quatre ans, il savait le français,
l'allemand et le latin, auxquels il ajoutait, trois années plus
tard, la parfaite connaissance du grec et de l'hébreu. Avec le
potache qui, simplement, a préparé son latin-grec et nous-
même, qui savons ce que coûte l'entrée au sanctuaire des
deux langues mortes, on peut déjà, à bon droit, se montrer
émerveillé. Mais que penser de cet enfant qui, à neuf ans,
devait bientôt achever deux dictionnaires de chacun 400 pages
in-4°, l'un grec, l'autre hébreu, des mots les plus rares et les
plus difficiles! A onze ans, il traduisit la relation du voyage
de Benjamin de Tudèle, nous laissant l'unique translation
française directement faite sur le texte hébreu original. En
outre, il connaissait alors les langues chaldaïque, syriaque et

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LA VILLA PALOMBARA 17
rabbinique. Si quelque livre lui tombait sous la main, il y
trouvait immanquablement de quoi exercer sa critique, soit
qu'il y eût reconnu la fausseté, l'erreur, l'inexactitude ou le
plagiat. En 1735, Jean-Philippe Baratier, reçu magister à
l'université de Halle, était membre de l'Académie de Berlin.
Auteur de plusieurs dissertations savantes, sur les lettres et
l'astronomie en particulier, il venait de publier une étude
très importante sur la succession des pontifes romains (1), lorsqu'il
mourut, à dix-neuf ans, d'une sorte de maladie de langueur.
Au demeurant, la porte alchimique de Rome, ce beau vestige historique, trace indéniable de connaissances ordinairement
honnies ou galvaudées, nous apparut, sur le champ,
d'un intérêt considérable. Dès lors, décidé à en construire
une étude aussi complète et aussi claire que possible, nous
n'eûmes point de cesse que nous n'eussions découvert une
épreuve photographique convenable, qui nous permît l'examen
minutieux de ses cryptogrammes alchimiques, ainsi que
la lecture aisée et certaine des inscriptions gravées à leur
suite.
Malgré toutes les difficultés des relations postales avec l'Italie, dues à l'état de guerre, nous possédons enfin ce document
indispensable. Nous le devons à la persévérante obligeance
du professeur Mario Mazzoni de Sienne, qui, éprouvant
pour les sciences anciennes la même passion que nous,
se dispose, de son côté, à donner à l'édition un manuscrit
intitulé: « La Porta alchimica di Roma ». A cette reproduction
(pl. I), nous avons joint celle du dessin gravé (pl. II),
illustrant un opuscule de Francesco Cancellieri (2), savant archéologue
italien, afin que le lecteur pût contrôler ou compléter


1. Disquisitio chronologica de successione antiquissima episcoporum romanorum, inde a Petro usque ad Victorem... Accedunt quatuor dissertationes,
duae de constitutionibus apostolicis dictis, una de scriptis Dionysii PseudAeropagitae
et una de annis Aggrippae junioris, Judaeorum regis. Auctore
Johanne Philippo Baraterio... Ultrajecti, apud S. Neaulme, 1740. In-4°, XXII,
314 p. et les index.
2. Dissertazioni epistolari di G. B. Visconti e Filippo Waquier de la Barthe sopra la statua del Discobolo scoperta nella villa Palombara, e con le bizzarre
iscrizioni della villa Palombara da Francesco Cancellieri, in Roma nel
MDCCCVI Presso Antonio Fulgoni. Annotazioni di Francesco Cancellieri.
p. 42 à 45.
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18 DEUX LOGIS ALCHIMIQUES
l'une par l'autre et s'y reporter selon le besoin. Enfin, dans
le même but de sincérité et d'exactitude, demeuré profondément
le nôtre, nous nous référerons souvent à cet auteur,
sans négliger, après lui, le martiniste Bornia Pietro, qui, dans
un long article de revue (1), examina le même sujet, celui que
nous développons à notre tour.



LE VESTIGE DU SQUARE VICTOR-EMMANUEL


C ONSERVEE dans le square de la place Victor-Emmanuel à Rome, la porte alchimique, suivant qu'elle est désignée ordinairement, hélas! maintenant réduite au
cadre rectiligne limitant son ouverture, si elle n'offre que
peu d'intérêt du point de vue artistique, se signale, par
contre, avec force, à l'attention de l'amateur passionné du
symbolisme inhérent à la science secrète. Dans sa symétrie,
elle appartient encore à la Renaissance, après laquelle tous
les arts, hormis la musique, devaient bientôt décroître ou
s'éteindre en Italie. Combien nous la préférons ainsi, non
moins simple de forme que riche d'enseignement, surmontée,
suivant l'usage au XVIe siècle, de sa médaille portant, à défaut
d'effigie humaine, un globe crucifère; et quelle différence,
avec les compositions bizarres, sans âme ni pensée, de Francesco
Borromini, père du style baroque, lequel devait peupler


1. L'Initiation, Revue philosophique des Hautes Etudes, année 1895, n° 27, avril-juin, Paris, in-8°.
Nota bene: Nous indiquons ici, une fois pour toutes, la référence de ces deux auteurs, étant compris que le texte italien, cité dans le nôtre, est
uniquement emprunté au premier.

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L E C H A T E A U D U P L E S S I S-B O U R R E
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Planche VI
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LE PLESSIS-BOURRE (Maine-et-Loire) Le Château (XVe siècle) Cliché Archives Photographiques (Autor. 2904)
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JEAN BOURRE


I
L E château du Plessis-Bourré n'est certes pas aussi connu qu'il le mérite et semble bien subir, pour sa part, l'implacable volonté d'obscurcissement et d'oubli, qui a presque totalement absorbé la mémoire de son constructeur.
De celui-ci, les encyclopédies, qu'elles soient populaires ou
savantes, sont unanimes à taire le nom, quand elles citent, en
bonne place, nombre de criminels et de voleurs. C'est vainement
qu'on cherchera le patronyme Bourré dans les monuments
biographiques que sont les ouvrages de Firmin Didot
et de Michaud, tous deux sous la main du lecteur à la Bibliothèque
nationale. Pas davantage trouverait-on, par exemple,
le nom proscrit dans le dictionnaire de Bouillet, celui de la
conversation et de la lecture, la Grande Encyclopédie, le Pierre
Larousse ou même son abrégé de vulgarisation, en huit volumes
illustrés, lequel, par contre, consacre dix-sept lignes à
Lacenaire, vingt à Mandrin et trente à François Ravaillac,
assassin du bon roi Henri. Jean Bourré, eût sombré, de la
sorte, dans l'oubli total, si trois auteurs, dans le dernier quart
du siècle passé, n'avaient savamment tenté de l'en tirer avec
honneur. Ce sont Messieurs Paul Marchegay, Joseph Vaesen
et Georges Bricard: Le premier ayant consacré au ministre
angevin de courts articles dans le Bulletin de la Société industrielle
d'Angers (1); le second, une notice biographique reproduisant


1. XXVIII° année, Nos 3 et 6.
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76 DEUX LOGIS ALCHIMIQUES
à peu près les notes du précédent, suivie d'un catalogue
des manuscrits du fonds Bourré à la Bibliothèque nationale
(1); le troisième, un ouvrage bien complet, constituant,
par là même, un excellent résumé du règne de Louis XI (2).
Nous indiquons, en renvois, ces travaux, malheureusement
sans diffusion, rares et depuis longtemps épuisés, mais dont
l'objective bonne foi renforce, tout naturellement, notre point
de vue. Ainsi s'affirme davantage la solidité d'une thèse
qu'aucun des trois érudits n'a su dégager et que la vérité,
tout simplement, nous a fait concevoir. Aussi bien, la soutiendrons-nous
dans son objet propre et inédit, sans autre
guide que le fait historique patent et le document artistique
irréfutable, ni d'autre but que de lui assurer une irréprochable
valeur en rapport avec sa portée philosophique.
Quelle raison humaine et insaisissable s'accorde donc au destin imperscrutable et complice, en une sorte de conspiration
du silence, enveloppant l'auteur méconnu et l'oeuvre
toujours vivante? Nous n'exagérons rien, fort éloigné que
nous sommes de cette orientation d'esprit qu'on pourrait
nous prêter, de tout considérer à travers le miroir déformant
d'une imagination trop féconde. A l'égard de Jean Bourré,
nous ne nous trouvons pas seul à partager cette opinion, et
nous possédons, en particulier, de Monsieur le baron de Fontenay,
un autographe courtois et obligeant, qui, en post-
scriptum, formule la même constatation:
« Comme vous, j'estime que Bourré n'a pas dans l'histoire la place qu'il mérite. »
Cette lettre, de l'ancien président du Conseil municipal de Paris, nous précisait le 21 septembre 1937, en réponse à celle
que nous lui avions écrite, que le portrait de Jean Bourré ne
se trouvait plus dans son château de Jarzé, mais dans celui
de Monsieur Vaisse, au Plessis-Bourré, par Cheffes (Maine-
et-Loire).
Hélas! il nous faut bien le dire, nul ne pouvait mieux concourir à l'isolement de cette magnifique demeure que le


1. Extraits de la « Bibliothèque de l'Ecole des chartes », années 1882-1885. 2. Un serviteur et compère de Louis XI. Jean Bourré, seigneur du Plessis. Paris, Alphonse Picard et fils 1893.

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LE CHATEAU DU PLESSIS-BOURRE 77
couple misanthrope qui en habite tristement l'immensité
silencieuse. Quelle existence toute faite de morbide ennui
pour soi-même, d'inimitié irraisonnée à l'égard des autres,
peut bien y traîner ce ménage malheureux, farouche jusque
dans son mutisme et que rien ne saurait émouvoir derrière
son refus entêté et définitif. Celui-ci, invariablement, s'oppose
à toute demande, si bien présentée qu'elle soit, écrite ou verbale,
recommandée ou non, d'où qu'elle vienne enfin, dès
l'instant qu'il s'agit du château, d'un renseignement à fournir
ou d'une visite à accorder. Malheureusement, aucune loi
n'oblige le propriétaire d'un monument classé historique à
y recevoir le touriste même sous conditions. Deux lettres que,
pour notre part, nous avons adressées à Monsieur Vaisse,
avec toute la politesse requise et dont l'objet, brièvement
exposé, méritait cependant quelque considération, sont tout
simplement demeurées sans réponse, quand notre adresse,
indiquée avec soin au dos de l'enveloppe, exclut la possibilité
qu'elles aient été perdues. Il n'est pas d'excuse à semblable
attitude; aucune épreuve, aussi cruelle et douloureuse
qu'elle soit, ne justifie qu'on se dérobe à la noble et salutaire
résignation chrétienne, pour se venger des coups du sort sur le
prochain et paraître, conséquemment, l'en rendre responsable.
Que n'avons-nous pas tenté pour obtenir ce que nous refusait l'illustration des rares ouvrages consacrés au château du
Plessis-Bourré! Car nous nous méfions beaucoup du clichage
imprimé, dont le foulage, plus ou moins bon, « bouche »
les détails, créant, par surcroît, des illusions fâcheuses, génératrices
d'interprétations inexactes.
Pourtant, il est une monographie qui n'a pas laissé de nous être fort utile, par ses planches reproduisant au complet,
avec de brèves notes explicatives, l'oeuvre peinte où se tient
toujours l'âme enchantée du majestueux logis. Grâce à son
auteur, le chanoine Charles Urseau, qui, obligeamment, nous
communiqua, voici quatre années, deux clichés originaux,
nous avons pu agrémenter notre texte de deux images passables
(1). On trouvera, un peu plus loin, à leurs places, ces deux


1. Nous y avons été aimablement autorisé par Monsieur le chanoine G. Fabricius, directeur de l'Institution Urbain Mongazon à Angers. Cela, en sa


**** A T T E N T I O N ****

Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.

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TABLES
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TABLE DES PLANCHES -------

I. Rome. Place Victor-Emmanuel. La Porte alchimique (1680) ................................... 15 II. La Porte alchimique, d'après la gravure de Francesco Cancellieri (1806)........................ 16 III. Le sceau d'Adrian Mynsicht (1625)........... 40 IV. Henri de Linthaut. L'Aurore. Manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal....................... 42 V. La Colombe attachée à la Pierre............. 67 VI. Le Plessis-Bourré. Commune d'Ecuillé (Maine-et- Loire). Le Château (XVe siècle)........... 75 VII. Autographe de Jean Bourré................... 89 VIII. Donjon du Château de Chinon. Hémicycle et Millésime
des Templiers........................ 101 IX. Château du Plessis-Bourré. Plafond de la Salle des Gardes (Fragment)......................... 108 X. Château du Plessis-Bourré. Plafond de la Salle des Gardes (Fragment)......................... 134 XI. Musée de Colmar. La Vierge à la Licorne..... 145
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TABLE DES MATIERES -------

AVANT-PROPOS ...................................... IX
LA VILLA PALOMBARA DE ROME.
Réflexions liminaires ............................. 15 Le Vestige du square Victor-Emmanuel............... 18 L'Inscription extérieure........................... 19 La Petite Porte.................................... 27 Christine de Suède, G.-F. Borri et l'Herbe transmutatoire 29
La Matière et l'Esprit............................. 33 Le Saturne des Philosophes et la Purification...... 36 La Conversion des Eléments......................... 38 L'Homunculus ou le Fils de l'Homme................. 44 Alchimie et Magie.................................. 46 La Rosée des Philosophes et la Toison d'or......... 51 La Trinité minérale et le Secret philosophique..... 56 Sagesse et Noblesse................................ 60 Odon et Maximilien Palombara....................... 62 La Dame du Philosophe.............................. 64 La Voie courte..................................... 66 La Vérité éternelle................................ 71
LE CHATEAU DU PLESSIS-BOURRE.
Jean Bourré........................................ 75 Les Peintures de la Salle des Gardes............... 96 Les Deux Béliers................................... 99
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156 TABLE DES MATIERES
L'Ourse et les Deux Singes......................... 102 L'Ane chantant sa Messe............................ 104 Le Cerf soumis..................................... 107 La Fontaine indécente.............................. 109 Le Combat du Dragon et du Lion..................... 111 La Jeune Fille et la Tortue caudée................. 114 La Laie musicienne................................. 118 La Sirène obscure et enceinte...................... 121 Le Chariot à Voile et son Guide féminin............ 125 Le Phénix.......................................... 130 Les Deux Chiens.................................... 132 Le Centaure ....................................... 135 L'Anguipède et la Fileuse.......................... 138 L'Eléphant et le Singe............................. 141 La Licorne ........................................ 143
Epilogue .......................................... 146
TABLE DES PLANCHES................................. 153
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ACHEVE D'IMPRIMER LE 18 DECEMBRE 1945 PAR EMMANUEL GREVIN ET FILS, A LAGNY (SEINE-ET-MARNE). --- (c. o. 31.1245) ---


Autorisation, Paris N° 4130. Dépôt légal: 4°. trimestre 1945. N. d'Edition 66. -- N° d'Impression: 673. @


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