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Réfer. : AL0013E
Auteur : Nicolas Flamel.
Titre : Le livre de Nicolas Flamel, Contenant l'explication des Figures
S/titre : Hyérogliphiques qu'il a fait mettre au Cimetiére....

Editeur : André Cailleau. Paris. B. des Ph. Ch. Tome II.
Date éd. : 1740 .


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pict

L E L I V R E D E N I C O L A S F L A M E L,
Contenant l'explication des Figures Hiéroglyphiques qu'il a fait mettre au Cimetière des SS. Innocents à Paris.
AVANT - PROPOS.
pict OUE' soit éternellement le
Seigneur mon Dieu, qui élève l'humble de la boue, & fait éjouir le coeur de ceux qui espèrent en lui: Qui ouvre aux Croyants avec grâce les sources de sa
bénignité, & met sous leurs pieds les cercles
mondains de toutes les félicités terriennes.
En lui soit toujours notre espérance,
en sa crainte notre félicité, en sa
R ij
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196 Explication des Figures
miséricorde la gloire de la réparation de
notre nature, & en la prière notre sûreté
inébranlable. Et vous, ô Dieu Tout-puissant,
comme votre bonté a daigné d'ouvrir
en la Terre devant moi votre indigne
Serviteur, tous les Trésors des Richesses
du monde, qu'il plaise à votre clémence,
lorsque je ne serai plus au nombre des Vivants,
de m'ouvrir encore les Trésors des
Cieux, & me laisser contempler votre face
divine, dont la Majesté est un délice inénarrable,
& dont le ravissement n'est jamais monté en coeur d'Homme vivant. Je
vous le demande, par le Seigneur JESUS-
CHRIST votre Fils bien-aimé, qui en
l'Unité du Saint-Esprit vit avec vous au
siècle des siècles.
Encore que moi, NICOLAS FLAMEL, Ecrivain & Habitant de Paris, en cette
année mil trois cens quatre-vingt-dix-neuf,
& demeurant en ma maison en la rue des
Ecrivains, près la Chapelle Saint Jacques
de la Boucherie; encore, dis-je, que je
n'aie appris qu'un peu de Latin, pour le
peu de moyens de mes Parents, qui néanmoins
étaient par mes Envieux mêmes estimés
Gens de bien: Si est-ce que (par la
grande grâce de Dieu, & intercession des
bienheureux Saints & Saintes de Paradis,
principalement de Saint Jacques,) je n'ai
pas laissé d'entendre au long les Livres des

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de Nicolas Flamel. 197
Philosophes, & d'y apprendre leurs Secrets
si cachés. C'est pourquoi il ne sera
jamais moment en ma vie, me souvenant
de ce haut bien, qu'à genoux (si le lieu
le permet) ou bien dans mon coeur, de
toute mon affection, je n'en rende grâces
à ce Dieu très bénin, qui ne laisse jamais
l'Enfant du Juste mendier par les portes;
& qui ne trompe point ceux qui espèrent
entièrement en sa bénédiction. Donc,
ainsi qu'après le décès de mes Parents je
gagnais ma vie en notre art d'Ecriture,
faisant des Inventaires, dressant des Comptes,
& arrêtant les Dépenses des Tuteurs
& Mineurs, il me tomba entre les mains,
pour la somme de deux florins, un Livre
doré, fort vieux & beaucoup large. Il
n'était point de papier ou parchemin,
comme sont les autres, mais il était fait
de déliées écorces, (comme il me semblait)
de tendres Arbrisseaux. Sa couverture
était de cuivre bien délié, toute
gravée de lettres ou figures étranges; &
quant à moi, je crois qu'elles pouvaient
bien être des caractères Grecs, ou d'autre
semblable Langue ancienne. Tant y a
que je ne les savais pas lire, & que je
sais bien qu'elles n'étaient point notes ni
lettres Latines ou Gauloises, car j'y entends
un peu. Quant au dedans, ses feuilles
d'écorces étaient gravées, & d'une
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198 Explication des Figures
grande industrie, écrites avec un burin de
fer, en belles & très nettes lettres Latines
colorées. Il contenait trois fois sept feuillets,
car ils étaient ainsi cotés au haut du
feuillet, le septième desquels était toujours
sans écriture. (a) Au lieu de laquelle il y
avait peint au premier septième une Verge,
& des Serpents s'engloutissant. (b) Au second
septième, une Croix, où un Serpent
était crucifié. (c) Au dernier septième,
étaient peints des Déserts, au milieu desquels
coulaient plusieurs belles Fontaines,
dont sortaient plusieurs Serpents, qui couraient
par-ci & par-là. Au premier des feuillets
y avait écrit en Lettres grosses capitales
dorées. Abraham Juif, Prince, Prêtre
Lévite, Astrologue, & Philosophe, à
la Nation des Juifs, par l'ire de Dieu dispersée
aux Gaule. SALUT. D. I. Après
cela il était rempli de grandes exécrations
& malédictions, (avec ce mot, M A R A N
A T H A, qui y était souvent répété,)
contre toute Personne qui jetterait les yeux
dessus, s'il n'était Sacrificateur ou Scribe.
Celui qui m'avait vendu ce Livre ne savait
pas ce qu'il valait, aussi peu que moi
quand je l'achetai. Je crois qu'il avait été
dérobé aux misérables Juifs, ou trouvé


(a) V. Figure. (b) VI. Figure. (c) VII. Figure d'Abraham.
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de Nicolas Flamel. 199
quelque part caché dans l'ancien lieu de
leur demeure.
Dans ce Livre, au second feuillet, il consolait sa Nation, la conseillant de fuir les
vices & sur tout l'Idolâtrie, attendant le
Messie à venir avec douce patience, lequel
vaincrait tous les Rois de la Terre, & régnerait
avec son Peuple en gloire éternellement.
Sans doute, ç'avait été un Homme
fort savant.
Au troisième feuillet, & en tous les autres suivants écrits, pour aider sa captive
Nation à payer les tributs aux Empereurs
Romains, & pour faire autre chose, que
je ne dirai pas, il leur enseignait la Transmutation
Métallique en paroles communes,
peignait les Vaisseaux au côté, &
avertissait des Couleurs & de tout le reste,
hormis du premier Agent, dont il ne parlait
point: mais bien, comme il disait, il
le peignait, & figurait par très grand artifice
au quatrième & cinquième feuillets
entiers. Car encore qu'il fût bien intelligiblement
figuré & peint; toutefois aucun
ne l'eût su comprendre sans être fort avancé
en leur Cabale traditive, & sans avoir
bien étudié les Livres des Philosophes.
Donc le quatrième & cinquième feuillet
étaient sans écriture, tout rempli de belles
Figures enluminées, ou peintes, avec
grand artifice.
R iiij
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200 Explication des Figures
Premièrement, au quatrième feuillet il peignait (a) un jeune Homme avec des
ailes aux talons, ayant une Verge caducée
en main, entortillée de deux Serpents,
de laquelle il frappait un Casque qui lui
couvrait la tête. Il semblait, à mon avis,
le Dieu Mercure des Païens. Contre lui
venait courant & volant à ailes ouvertes,
un grand Vieillard, qui avait sur sa tête
une Horloge attachée, & en ses mains une
faux comme la Mort, de laquelle, terrible
& furieux, il voulait trancher les pieds à
Mercure.
A l'autre côté du quatrième feuillet, il peignait (b) une belle Fleur au sommet
d'une Montagne très haute, que l'Aquilon
ébranlait fort rudement. Elle avait la
tige bleue, les fleurs blanches & rouges,
les feuilles reluisantes comme l'Or fin, à
l'entour de laquelle les Dragons & Griffons
Aquiloniens faisaient leur nid & leur
demeure.
Au cinquième feuillet il y avait un beau (c) Rosier fleuri au milieu d'un beau Jardin,
appuyé contre un Chêne creux; au
pied desquels bouillonnait une Fontaine
d'Eau très blanche, qui s'allait précipiter
dans des abîmes, passant néanmoins premièrement


(a) I. Figure du Juif Abraham. (b) II. Figure d'Abraham. (c) III. Figure d'Abraham.
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de Nicolas Flamel. 201
entre les mains d'infinis Peuples qui
fouillaient en terre; la cherchant; mais
parce qu'ils étaient aveugles, nul ne la connaissait,
hormis quelqu'un qui en considérait
le poids.
A l'autre page du cinquième feuillet, il y avait (a) un Roi avec un grand coutelas,
qui faisait tuer en sa présence par des
Soldats, grande multitude de petits Enfants,
les Mères desquels pleuraient aux
pieds des impitoyables Gendarmes, & ce
sang était puis après ramassé par d'autres
Soldats, & mis dans un grand Vaisseau,
dans lequel le Soleil & la Lune du Ciel se
venaient baigner. Et parce que cette Histoire
représentait à peu près celle des Innocents,
tués par Hérode, & qu'en ce Livre
ci j'ai appris la plupart de l'Art, ç'a
été une des causes pourquoi j'ai mis en
leur Cimetière ces Symboles Hiéroglyphiques
de cette secrète Science. Voilà ce
qu'il y avait en ces cinq premiers feuillets.
Je ne représenterai point ce qui était écrit en beau & très intelligible Latin en
tous les autres feuillets écrits: car Dieu
me punirait, d'autant que je commettais
plus de méchanceté que celui, comme on
dit, qui désirait que tous les Hommes du
Monde n'eussent qu'une tête, & qu'il la pût
couper d'un seul coup.


(d) IV. Figure d'Abraham.
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202 Explication des Figures
Donc ayant chez moi ce beau Livre, je ne faisais nuit & jour qu'y étudier, entendant
très bien toutes les Opérations
qu'il démontrait, mais ne sachant point
avec quelle Matière il fallait commencer,
ce qui me causait une grande tristesse, me
tenait solitaire, & faisait soupirer à tout
moment. Ma Femme Perrenelle, que j'aimais
autant que moi-même, laquelle j'avais
épousée depuis peu, en était toute
étonnée, me consolant & demandant de
tout son courage, si elle me pourrait délivrer
de fâcherie. Je ne pus jamais tenir
ma langue, que je ne lui disse tout, & ne
lui montrasse ce beau Livre, duquel elle
fut autant amoureuse que moi-même, prenant
un extrême plaisir à contempler ces
belles Couvertures, Gravures, Images &
Portraits, à quoi elle entendait aussi peu
que moi. Toutefois ce m'était une grande
consolation d'en parler avec elle, & de m'entretenir
de ce qu'il faudrait faire pour en
avoir l'interprétation.
Enfin je fis peindre le plus au naturel que je pus dans mon logis toutes ces Figures
du quatrième & cinquième feuillets,
que je montrai à Paris à plusieurs Savants,
qui n'y entendirent pas plus que moi. Je
les avertissais même, que cela avait été
trouvé dans un Livre qui enseignait la
Pierre Philosophale, mais la plupart se

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de Nicolas Flamel. 203
moquèrent de moi & de la bénite Pierre,
hormis un appelé M. Anseaulme, qui était
Licencié en Médecine, lequel étudiait fort
en cette science. Il avait grande envie de
voir mon Livre, & n'y eut chose qu'il
ne fît pour le voir, mais je l'assurai toujours
que je ne l'avais point, bien lui fis-
je une grande description de sa Méthode.
Il disait que le premier Portrait représentait
le Temps, qui dévorait tout, & qu'il
fallait l'espace de six ans, selon les six feuillets
écrits, pour parfaire la Pierre, soutenait
qu'alors il fallait tourner l'horloge, &
ne cuire plus. Et quand je lui disais que cela
n'était peint que pour démontrer, & enseigner
le premier Agent (comme était dit
dans le Livre). Il répondait que cette coction
de six ans, était comme un second
Agent. Que véritablement le premier
Agent y était peint, qui était l'eau blanche
& pesante, qui sans doute était le
Vif-argent, que l'on ne pouvait fixer,
ni lui couper les pieds, c'est-à-dire, lui
ôter sa volatilité, que par cette longue décoction,
dans un Sang très pur de jeunes
Enfants. Que dans ce Sang, ce Vif-argent
se conjoignant avec l'or & l'argent, se
convertissait premièrement avec eux en
une Herbe semblable à celle qui était peinte;
puis après par corruption en Serpents,
lesquels étant après entièrement desséchés,

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204 Explication des Figures
& cuits par le feu, se réduiraient en Poudre
d'Or, qui serait la Pierre.
Cela fut cause que durant le long espace de vingt-un ans je fis mille brouilleries, non
toutefois avec le Sang, ce qui est méchant
& vilain. Car je trouvais dans mon Livre,
que les Philosophes appelaient Sang, l'esprit
minéral qui est dans les Métaux, principalement
dans le Soleil, la Lune, & le
Mercure, à l'assemblage desquels je tendais
toujours. Aussi ces interprétations, pour
la plupart, étaient plus subtiles que véritables.
Ne voyant donc jamais en mon
Opération les signes au temps écrit dans
mon Livre, j'étais toujours à recommencer.
Enfin, ayant perdu l'espérance de jamais
comprendre ces Figures, je fis un
voeu à Dieu, & à S. Jacques de Galice,
pour demander l'interprétation d'icelles à
quelque Prêtre juif, en quelqu'une des
Synagogues d'Espagne. Donc avec le
consentement de Perrenelle, portant sur
moi l'extrait de ces Figures, ayant pris
l'habit & le bourdon, en la même façon
qu'on me peut voir au-dehors de cette
même Arche, en laquelle je mets ces Figures
Hiéroglyphiques, par-dedans le Cimetière,
où j'ai aussi mis contre la muraille
d'un & d'autre côté, une Procession,sont représentées par ordre toutes les Couleurs
de la Pierre, ainsi qu'elles viennent

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de Nicolas Flamel. 205
& finissent, avec cette écriture Françoise:
Moult plaît à Dieu Procession S'elle est faite en dévotion. Ce qui est quasi le commencement du Livre du Roi Hercules, traitant des Couleurs
de la Pierre, intitulé, l'Iris en ces
termes, Operis processio multum naturae
placet, etc. Que j'ai mis là tout exprès
pour les Savants qui entendront l'allusion.
Donc en cette même façon, je me mis en
chemin, & enfin j'arrivai à Montjoye, &
puis à S. Jacques, où avec grande dévotion
j'accomplis mon voeu. Cela fait, au retour
je rencontrai dans Léon un Marchand
de Boulogne, qui me fit connaître à un
Médecin Juif de Nation, & lors Chrétien,
qui y demeurait, & qui était fort savant,
appelé Maître Canches, quand je lui eus
montré les Figures de mon extrait, ravi
de grand étonnement & de joie, il me demanda
incontinent si je savais nouvelles
du Livre, duquel elles étaient tirées.
Je lui répondis en Latin, comme il m'avait
interrogé: Que j'avais espérance d'en
avoir de bonnes nouvelles, si quelqu'un
me déchiffrait ces Enigmes. Tout à l'instant,
emporté de grande ardeur & joie,
il commença de m'en déchiffrer le commencement.
Or pour n'être long, il était
très content d'apprendre des nouvelles où
était ce livre, & moi de l'en ouïr parler.

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206 Explication des Figures
Et certes il en avait ouï discourir bien au
long; mais comme d'une chose qu'on
croyait entièrement perdue, comme il disait.
Nous résolûmes notre voyage, & de
Léon nous passâmes à Oviédo, & de-là à
Sanson, où nous nous mîmes sur Mer pour
venir en France. Notre voyage avait été
assez heureux, & déjà depuis que nous
étions entrés en ce Royaume, il m'avait
très véritablement interprété la plupart
de mes Figures, où jusqu'aux points même,
il trouvait de grands mystères, (ce
que je trouvais fort merveilleux,) quand
arrivant à Orléans, ce savant Homme
tomba extrêmement malade, affligé de
très grands vomissements, qui lui étaient
restés de ceux qu'il avait souffert sur la
Mer. Il craignait tellement que je le quittasse,
qu'il ne se peut imaginer rien de semblable.
Et bien que je fusse toujours à ses
côtés, si m'appelait-il incessamment. Enfin
il mourut sur la fin du septième jour
de sa maladie, dont je fus fort affligé. Au
mieux que je pus je le fis enterrer en l'Eglise
de Sainte-Croix à Orléans, où il repose
encore. Dieu ait son âme, car il
mourut bon Chrétien. Et certes si je ne
suis empêché par la mort, je donnerai à
cette Eglise quelques Rentes pour faire
dire pour son âme tous les jours quelques
messes.

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de Nicolas Flamel. 207
Qui voudra voir l'état de mon arrivée, & la joie de Perrenelle, qu'il nous contemple
tous deux en cette Ville de Paris
sur la Porte de la Chapelle de S. Jacques
de la Boucherie, du côté & tout auprès de ma maison, où nous sommes peints,
moi rendant grâces aux pieds de S. Jacques de
Galice, & Perrenelle à ceux de S. Jean,
qu'elle avait si souvent invoqué. Tant y
a que par la grâce de Dieu, & l'intercession
de la bienheureuse et Sainte Vierge, &
des bienheureux S. Jacques & S. Jean, je
sus ce que je désirais, c'est-à-dire, les
premiers principes, non toutefois leur
première Préparation, qui est une chose
très difficile sur toutes celles du Monde.
Mais je l'eus à la fin après les longues erreurs
de trois ans ou environ, durant lequel
temps je ne fis qu'étudier & travailler;
ainsi qu'on me peut voir hors de cette
Arche (où j'ai mis des processions contre
les deux Piliers d'icelle) sous les pieds
de S. Jacques & S. Jean, priant toujours
Dieu, le Chapelet en main, lisant très attentivement
dans un Livre, & pesant les
mots des Philosophes, & essayant puis
après les diverses Opérations que je m'imaginais
par leurs seuls mots.
Enfin je trouvai ce que je désirais, ce que je reconnus aussitôt par la senteur
forte. Ayant cela, j'accomplis aisément le

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208 Explication des Figures
Magistère. Aussi sachant la Préparation
des premiers Agents, suivant après à la
lettre mon Livre, je n'eusse pu faillir encore
que je l'eusse voulu. Donc la première
fois que je fis la Projection, ce fut
sur du Mercure, dont j'en convertis demi
livre ou environ, en pur Argent, meilleur
que celui de la Minière, comme j'ai
essayé & fait essayer par plusieurs fois.
Ce fut le 17 de Janvier, un Lundi environ
midi, en ma maison, en présence de
Perrenelle seule, l'An mil trois cent quatre-
vingt-deux. Et puis après, en suivant
toujours de mot à mot mon livre, je la
fis avec la Pierre rouge, sur semblable
quantité de Mercure, en présence encore
de Perrenelle seule, en la même maison, le
vingt-cinquième jour d'avril suivant de
la même année, sur les cinq heures du soir,
que je transmuai véritablement en quasi
autant de pur Or, meilleur certainement
que l'Or commun, plus doux et plus ployable.
Je le peux dire avec vérité. Je l'ai
parfaite trois fois avec l'aide de Perrenelle,
qui l'entendait aussi bien que moi, pour
m'avoir aidé aux Opérations, & sans doute,
si elle eût voulu entreprendre de la faire
toute seule, elle en serait venue à bout.
J'en avais bien assez la faisant une seule
fois; mais je prenais très grand plaisir à
voir & contempler dans les Vaisseaux les
Oeuvres
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de Nicolas Flamel. 209
Oeuvres admirables de la nature.
Pour te signifier comme je l'ai faite trois fois, tu verras en cette Arche, si tu le sais
connaître, trois Fourneaux semblables à
ceux qui servent à nos Opérations.
J'eus crainte longtemps que Perrenelle ne pût cacher la joie de sa félicité extrême,
que je mesurais par la mienne, &
qu'elle ne lâchât quelque parole à ses Parents
des grands Trésors que nous possédions;
car l'extrême joie ôte le sens, aussi
bien que la grande tristesse. Mais la bonté
du très grand Dieu, ne m'avait pas comblé
de cette seule bénédiction, que de me
donner une Femme chaste & sage, elle était
encore non seulement capable de raison,
mais aussi de parfaire ce qui était raisonnable,
& plus discrète & secrète que le commun
des autres Femmes. Sur tout elle était
fort dévote, c'est pourquoi, se voyant sans
espérance d'Enfants, & déjà bien avant sur
l'âge, elle commença tout de même que
moi à penser à Dieu, & à vaquer aux oeuvres
de miséricorde.
Lorsque j'écrivais ce Commentaire, en l'An mil quatre cent treize, sur la fin de
l'An, après le trépas de ma fidèle Compagne,
que je regretterai tous les jours de
ma vie, elle & moi avions déjà fondé &
renté quatorze Hôpitaux en cette Ville de
Paris, bâti tout de neuf trois Chapelles;
Tome II. * S
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210 Explication des Figures
décoré de grands dons & bonnes rentes
sept Eglises, avec plusieurs réparations
en leurs Cimetières, outre ce que nous
avions fait à Boulogne, qui n'est guères
moins que ce que nous avons fait ici. Je
ne parlerai point du bien que nous avons
fait ensemble aux pauvres Particuliers,
principalement aux Veuves & pauvres Orphelins.
Si je disais leurs noms, & comment
je faisais cela, outre que le salaire ne m'en
serait pas donné en ce monde, je pourrais
faire déplaisir à ces bonnes Personnes (que
Dieu veuille bénir) ce que je ne voudrais
faire pour rien du monde.
Bâtissant donc ces Eglises, Cimetières & Hôpitaux en cette Ville, je me résolus
de faire peindre en la quatrième Arche du
Cimetière des Innocents (entrant par la
grande porte de la rue S. Denis, & prenant
la main droite) les plus vraies & essentielles
marques de l'Art, sous néanmoins
des voiles & couvertures Hiéroglyphiques
à l'imitation de celles du Livre doré du
Juif Abraham, pouvant représenter deux
choses selon la capacité & savoir de ceux
qui les verront. Premièrement les Mystères
de notre Résurrection future & indubitable,
au jour du Jugement & Avènement
du bon JESUS, (auquel plaise nous faire
miséricorde,) Histoire qui convient bien
à un Cimetière. Et puis après encore, pouvant

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de Nicolas Flamel. 211
signifier à ceux, qui sont entendus en
la Philosophie Naturelle, toutes les principales
& nécessaires Opérations du Magistère.
Ces Figures Hiéroglyphiques serviront comme de deux chemins pour mener à la
vie céleste. Le premier sens plus ouvert,
enseignant les sacrés Mystères de notre Salut,
ainsi que je démontrerai ci-après. Et
l'autre, enseignant à tout homme, pour
peu entendu qu'il soit en la Pierre, la droite
voie de l'Oeuvre, laquelle étant parfaite
par quelqu'un, le change de mauvais en
bon, lui ôte la racine de tout péché (qui
est l'Avarice) le faisant libéral, doux,
pieux, religieux, & craignant Dieu, quelque
mauvais qu'il fût auparavant. Car
après cela il demeure toujours ravi dans
la grande grâce, & miséricorde qu'il a obtenue
de Dieu, & de la profondeur de ses
Oeuvres divines & admirables. Ce sont
les causes qui m'ont obligé à mettre ces
Figures cette façon, & en ce Lieu,
qui est un Cimetière, afin que si quelqu'un
obtient ce bien inestimable que de conquérir
cette riche Toison, il pense comme moi
de ne tenir point le talent de Dieu caché
dans la terre, achetant Terres & Possessions,
qui sont les vanités de ce Monde, mais
plutôt de secourir charitablement ses Frères,
se souvenant d'avoir appris ce Secret
S ij
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212 Explication des Figures
parmi les ossements des morts, avec lesquels
il se doit bientôt trouver, & qu'après
cette vie passagère, il faudra rendre
compte devant un juste & redoutable Juge,
qui censurera jusqu'à la parole oiseuse
& vaine.
Que donc celui qui ayant bien pesé mes mots, & bien connu et entendu mes Figures,
(sachant d'ailleurs les premiers
Principes & Agents, car certainement il
n'en trouvera aucun vestige ou enseignement
en ces Figures & Commentaires)
fasse, à la gloire de Dieu, le Magistère
d'Hermès, se souvenant de l'Eglise Catholique,
Apostolique & Romaine, &
de toutes les autres Eglises, Cimetières
& Hôpitaux, & surtout de l'église des
SS. Innocents de cette Ville, au Cimetière
de laquelle il aura contemplé ces véritables
démonstrations, ouvrant très largement sa
bourse aux pauvres Honteux, Gens de
bien désolés, Infirmes, Femmes veuves
& pauvres Orphelins. Ainsi soit-il.

pict
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de Nicolas Flamel. 213 ----------------------------------------

D E S I N T E R P R E T A T I O N S Théologiques, qu'on peut donner à ces Hiéroglyphiques, selon mon sens.
C H A P I T R E I.
J 'Ai donné à ce Cimetière, un Charnier qui est vis-à-vis de cette quatrième Arche, le Cimetière au milieu, & contre l'un des
Piliers de ce charnier, j'ai fait crayonner
& peindre grossièrement un Homme tout
noir, qui regarde ces Hiéroglyphes, à l'entour
duquel y a écrit en Français: Je vois
merveille dont moult je m'ébahis. Cela
& encore trois Plaques de fer & cuivre doré,
à l'Orient, Occident & Midi de l'Arche,
où sont ces Hiéroglyphiques, le Cimetière au
milieu, représentant la sainte Passion & Résurrection
du Fils de Dieu, cela dis-je, ne
doit point être autrement interprété que selon
le Sens commun Théologique, si ce n'est que
cet Homme noir, peut aussi bien crier merveille
de voir les oeuvres admirables de Dieu
en la Transmutation des Métaux, qui sont
figurées en ces Hiéroglyphiques, qu'il regarde
si attentivement, que de voir enterrer tant
de Corps morts, qui se lèveront hors de leurs

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214 Explication des Figures
Tombeaux au jour redoutable du Jugement.
D'ailleurs, je ne pense point qu'il faille expliquer
en Sens Théologique, ce Vaisseau de
terre à la main droite de ces Figures, dans
lequel il y a une Ecritoire, ou plutôt un Vaisseau
de Philosophie, (si on en ôte les liens
& que l'on joigne le canon au cornet:) non
plus que les deux autres Vaisseaux semblables,
qui sont aux côtés des Figures de S.
Pierre & de S. Paul, dans l'un desquels il y a
une N. qui veut dire Nicolas, & dans l'autre
un F. qui veut dire Flamel. Car ces Vaisseaux
ne signifient sinon que dans de semblables,
j'ai fait par trois fois le Magistère.
Qui voudra aussi croire que j'ai mis ces Vaisseaux
en forme d'Armoires, pour y faire représenter
cette Ecritoire, & les lettres Capitales
de mon nom, qu'il le croie s'il veut,
parce que toutes ces deux interprétations sont
véritables.
Il ne faut point aussi interpréter en Sens Théologique, cette écriture qui suit en ces
termes, Nicolas Flamel & Perrenelle sa
Femme, d'autant qu'elle ne signifie autre
chose, sinon que moi & ma Femme avons
fait bâtir cette Arche.
Quant aux troisième, quatrième & cinquième Tableaux suivants, au bas desquels
il y a écrit, Comment les Innocents furent
occis par le commandement du Roi Hérode;
le Sens Théologique s'y entend aussi

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de Nicolas Flamel. 215
assez par cette écriture, il faut seulement parler
du reste qui est au-dessus.
Les deux Dragons unis, & l'un dans l'autre, de couleur noire & bleue, en Champ
de Sable, c'est-à-dire noir, dont l'un a des
ailes dorées, & l'autre n'en a point, sont
les péchés, qui naturellement s'entretiennent;
car l'un a sa naissance de l'autre. De
ces péchés, les uns peuvent être chassés aisément,
comme ils viennent aisément; car
ils volent à toute heure vers nous. Mais ceux
qui n'ont point d'ailes, ne peuvent être chassés,
ainsi qu'est le péché contre le S. Esprit.
Cet Or des ailes, signifie que la plupart de
ces péchés viennent de la sacrée faim de
l'Or, qui rend tant de Personnes attentives,
& qui leur fait si attentivement penser d'où
ils en pourront avoir. Et la couleur noire
& bleue, démontre que ce sont des désirs
qui sortent des ténébreux puits d'enfer, lesquels
nous devons entièrement fuir. Ces deux
Dragons peuvent encore représenter moralement
les Légions des malins Esprits, qui
sont toujours à l'entour de nous, & qui nous
accuseront devant le juste Juge au jour redoutable
du Jugement, lesquels ne demandent
qu'à nous cribler.
L'homme & la Femme, qui viennent après, de couleur orangée sur un Champ
azuré & bleu, signifient que l'Homme & la
Femme ne doivent pas avoir leur espoir en

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216 Explication des Figures
ce Monde (car l'orangé marque désespoir)
ou laisser toute espérance ici. Et la couleur
azurée & bleue, sur laquelle ils sont peints,
représente qu'il faut penser aux choses célestes
futures, & dire comme le Rouleau de
l'Homme, Homo veniet ad judicium Dei;
c'est-à-dire, l'Homme viendra au Jugement
de Dieu. Ou comme celui de la Femme,
Verè illa dies terribilis erit; c'est-à-dire,
Certes ce jour sera terrible, afin que nous gardant
des Dragons, qui sont les péchés, Dieu
nous fasse miséricorde.
Ensuite de cela, en Champ de Sinople, c'est-à-dire vert, sont peints deux Hommes
& une Femme ressuscitant, desquels l'un sort
d'un Sépulcre, les deux autres de la Terre;
tous trois de couleur très blanche & pure,
levant les mains devant leurs yeux, &
leurs yeux vers le Ciel, sur lesquels il y a deux
Anges sonnant des Instruments musicaux,
comme s'ils avaient appelé ces Morts au
jour du Jugement. Car au-dessus des deux
Anges est la figure de notre Seigneur Jésus-
Christ, tenant le Monde en sa main, sur
la tête duquel un Ange met une Couronne,
assisté de deux autres, qui disent en leurs
Rouleaux, ô Pater omnipotens, ô Jesus
bone. O Père tout puissant, ô bon Jésus! Au
côté droit du Sauveur est peint S. Paul, vêtu
de blanc orangé, avec une épée, aux pieds
duquel est un Homme vêtu d'une robe orangée,
gée,
@

de Nicolas Flamel. 217
en laquelle apparaissent des plis noirs
& blancs, qui me ressemble au vif, lequel
demande pardon de ses péchés, tenant les
mains jointes, desquelles sortent ces paroles
écrites en un Rouleau, Dele mala quae feci.
Otez les maux que j'ai faits. De l'autre côté,
à la main gauche, est S. Pierre avec sa
clef, vêtu de rouge orangé, tenant la main
sur une Femme vêtue d'une robe orangée
qui est à ses genoux, représentant au vif Perrenelle,
laquelle tient les mains jointes,
ayant un Rouleau, où est écrit, Christe
precor esto pius. O Christ soyez-moi miséricordieux:
derrière laquelle y a un Ange à
genoux avec un Rouleau, qui dit: Salve
Domine Angelorum. Je vous salue, ô Seigneur
des Anges. Il y a aussi un autre Ange
à genoux derrière mon Image du côté de S.
Paul qui tient aussi un Rouleau, disant: O
Rex sempiterne! ô Roi éternel! Tout cela
est très clair, selon l'explication de la Résurrection
du Jugement futur, qu'on y peut
aisément adapter: aussi il semble que cette
Arche n'ait été peinte que pour représenter
cela, c'est pourquoi il ne s'y faut point arrêter
davantage, puisque les moindres & les plus
Ignorants lui sauront bien donner cette interprétation.
Après les trois Ressuscitants, viennent deux Anges de couleur orangée encore, sur
un Champ bleu, disant en leurs Rouleaux:
Tome II. * T
@

218 Explication des Figures
Surgite mortui, venite ad Judicium Domini
mei. Morts levez-vous, venez au Jugement
de mon Seigneur. Cela encore sert
à l'interprétation de la Résurrection. Tout
de même que les figures suivantes & dernières,
qui sont sur un Champ violet de l'Homme
rouge-vermillon, qui tient le pied d'un
Lion peint de rouge-vermillon aussi, qui a
des ailes, ouvrant la gueule comme pour dévorer.
Car on peut dire que celui-là représente
le malheureux Pécheur, qui dormant
léthargiquement dans la corruption des vices,
meurt sans repentance & confession, lequel
sans doute, en ce jour terrible, sera livré
au Diable, ici peint, en forme de Lion
rouge rugissant qui l'engloutira & emportera.

----------------------------------------

Les Interprétations Philosophiques selon
le Magistère d'Hermès.
C H A P I T R E II.
J E désire de tout mon coeur, que celui qui cherche ce secret des sages, ayant repassé en son esprit ces Idées de la Vie
& Résurrection future, fasse premièrement
son profit d'icelles. Qu'en second lieu, il
soit plus avisé qu'auparavant, qu'il fonde
& profonde mes Figures, Couleurs &

@

de Nicolas Flamel. 219
Rouleaux: notamment mes Rouleaux,
parce qu'en cet Art on ne parle point vulgairement.
Qu'il demande après en soi-
même, pourquoi la figure de S. Paul est
à la main droite, au lieu où on a coutume
de peindre S. Pierre, & celle de S. Pierre,
au lieu de S. Paul? Pourquoi la Figure
de S. Paul est vêtue de couleur blanche
orangée, & celle de S. Pierre d'orangée
rouge? Pourquoi aussi l'Homme & la
Femme, qui sont aux pieds de ces deux
Saints, priant Dieu comme s'ils étaient
au jour du Jugement, sont habillés de
couleurs diverses, & ne sont pas nus en
ossements comme ressuscitant? Pourquoi en
ce jour du Jugement on a peint cet Homme
& cette Femme aux pieds des saints; car
ils doivent être plus bas en Terre, & non
au Ciel? Pourquoi aussi les deux Anges
orangés, qui disent en leurs Rouleaux.
Surgite mortui, venite ad Judicium Domini
mei, c'est-à-dire, Morts levez-vous, venez
au Jugement de mon Seigneur, sont
vêtus de cette couleur, & hors de leur
place, car elle doit être en haut au Ciel,
avec les deux autres qui sonnent des Instruments?
Pourquoi ils ont un Champ violet
& bleu? mais principalement, pourquoi
leur Rouleau, qui parle aux Morts, finit en
la gueule ouverte du Lion rouge & volant?
Je voudrais donc qu'après ces questions,
T ij
@

220 Explication des Figures
& plusieurs autres, qu'on peut justement
faire, ouvrant entièrement les yeux
de l'Esprit, il vint à conclure, que cela
n'ayant point été fait sans cause, on doit
avoir représenté sous leur écorce quelques
grands Secrets, qu'il doit prier Dieu de lui
découvrir.
Ayant ainsi conduit sa créance par degrés, je souhaite encore qu'il croie que
ces Figures & Explications ne sont point
faites pour ceux qui n'ont jamais vu les
livres des Philosophes, & qui, ignorant
les Principes Métalliques, ne peuvent être
nommés Enfants de la Science. Car s'ils
veulent entendre entièrement ces Figures,
ignorant le premier agent, ils se tromperont
sans doute, & n'y entendront jamais
rien. Que personne donc ne me blâme,
s'il ne m'entend aisément; car il sera plus
blâmable que moi, d'autant que n'étant
point initié en ces sacrées & secrètes Interprétations
du premier agent, (qui est
la Clef ouvrant les Portes de toutes Sciences,)
néanmoins il veut entendre les Conceptions
les plus subtiles des Philosophes
qui ont été très envieux, & qui ne les ont
écrites que pour ceux qui savent déjà ces
Principes, lesquels ne se trouvent jamais en
aucun Livre, parce qu'ils les laissent à
Dieu, qui les révèle à qui lui plaît, ou bien
les fait enseigner de vive voix par un Maître

@

de Nicolas Flamel. 221
par tradition Cabalistique, ce qui arrive
très rarement.
Or mon Fils, (je te peux ainsi appeler; car je suis déjà fort vieux, & d'ailleurs,
peut-être, tu es Fils de la Science) Dieu
te laisse apprendre, & puis travailler à sa
gloire: écoute-moi donc attentivement;
mais ne passe pas plus avant, si tu ignores
les Principes dont je viens de parler. (1)

----------------------------------------

P R E M I E'R E F I G U R E.
Une Ecritoire dans une Niche, faite en forme de Fourneau.
C H A P I T R E III.
Explication de cette Figure, avec la manière du Feu.
C E Vaisseau de terre en cette forme, est appelé par les Philosophes le triple Vaisseau; car dans son milieu il y a un
étage, sur lequel il y a une Ecuelle pleine
de Cendres tièdes, dans lesquelles est posé


(1) Pour avoir quelque | les Notes répandues dans connaissance de ces Princi- | le Livre de Philalèthe, vous
pes, dont les Philosophes | y trouverez des éclaircisse- parlent obscurément, lisez | mens à ce sujet. T iij
@

222 Explication des Figures
l'Oeuf Philosophique, qui est un Matras
de verre, que tu vois peint en forme d'Ecritoire,
& qui est plein de Confections de
l'Art; c'est-à-dire, de l'Ecume de la Mer
Rouge, & de la Graisse du Vent Mercurial.
Or ce Vaisseau de terre s'ouvre par-
dessus, pour y mettre au-dedans l'Ecuelle
& le matras, sous lesquels, par cette porte
ouverte, se met le feu Philosophique,
comme tu sais. Ainsi tu as trois Vaisseaux,
& le Vaisseau triple. Les Envieux
l'ont appelé Athanor, Crible, Fumier,
Bain-marie, Fournaise, Sphère, Lion-
vert, Prison, Sépulcre, Urinal, Fiole,
Cucurbite, moi-même en mon Sommaire
philosophique, (1) que j'ai composé il y a
quatre ans deux mois, je le nomme sur la
fin, la Maison & Habitacle du Poulet,
& j'appelle les Cendres de l'Ecuelle, la
paille du Poulet. Son commun nom est
Fourneau, que je n'eusse jamais trouvé, si
Abraham Juif ne l'eût peint avec son Feu
proportionné, auquel consiste une grande
partie du grand Secret. Car il est comme le Ventre
& la Matrice, contenant la vraie chaleur
naturelle pour animer notre jeune Roi.
Si ce feu n'est mesuré clibaniquement, dit
Calid: S'il est allumé avec l'épée, dit Pythagoras:
Si tu enflammes ton Vaisseau, dit


(1) Vous trouverez ce | Explications. Sommaire à la suite de ces |
@

de Nicolas Flamel. 223
Morienus, & lui fais sentir l'ardeur du feu,
il te donnera un soufflet, & brûlera ses
fleurs avant qu'elles soient montées du profond
de ses moelles, & elles sortiront rouges
plutôt que blanches, & lors ton Opération
sera détruite, tout de même que si tu fais
trop de feu. Car alors aussi tu n'en verras
jamais la fin, à cause que les Natures sont
refroidies & morfondues, & qu'elles n'auront
point eu des mouvements assez puissants
pour se digérer ensemble.
La chaleur de ton feu, en ce Vaisseau, sera, comme dit Hermès & Rosinus, selon
l'Hiver, ou bien ainsi que dit Diomèdes,
selon la chaleur de l'Oiseau qui commence à
voler fort lentement depuis le signe d'Ariès,
jusqu'à celui de Cancer. Car, sache que l'Enfant,
du commencement est plein de flegme
froid & de lait, & que la chaleur trop
véhémente est ennemie de la froideur &
humidité de notre Embryon, & que les
deux Ennemis, c'est-à-dire, nos éléments
du froid & du chaud, ne s'embrasseront
jamais parfaitement que peu à peu, ayant
premièrement fait une longue demeure ensemble
au milieu de la tempérée chaleur
de leur Bain, & s'étant changés par longue
Décoction en Soufre incombustible.
Gouverne donc doucement, avec égalité
& proportion tes Natures hautaines, de
peur que si tu en favorises plus les unes
T iiij
@

224 Explication des Figures
que les autres, elles, qui sont naturellement
ennemies, ne se dépitent contre toi par jalousie
& colère sèche, & ne te fassent
longtemps soupirer.
Outre cela, il te les faut entretenir perpétuellement en cette chaleur tempérée,
c'est-à-dire, nuit & jour, jusqu'à ce que
l'Hiver, c'est-à-dire, le temps de l'humidité
des Matières soit passé, parce qu'elles
font leur paix, & se donnent la main en
s'échauffant ensemble, & que si elles se
trouvaient seulement une demie-heure
sans feu, ces Natures seraient à jamais irréconciliables.
Voilà pourquoi il est dit,
au Livre des septante Préceptes, Fais que
leur feu dure continuellement & sans cesse,
& qu'aucuns de leurs jours ne soient point
oubliez. Et Rasis, La hâte, qui mène avec
soi le trop de feu, est toujours suivie du Diable
et de l'Erreur. Quand l'oiseau doré, dit
Diomèdes, sera parvenu jusqu'au Cancer, &
que de-là il courra vers les Balances, alors il
te faudra augmenter un peu le feu. Et tout
de même, encore quand ce bel Oiseau s'envolera
de Libra vers le Capricorne, qui
est le désiré Automne, le temps des moissons,
& des fruits déjà mûrs.

pict
@

de Nicolas Flamel. 225 ----------------------------------------

S E C O N D E F I G U R E.
Deux Dragons de couleur jaunâtre, bleue & noire comme le Champ.
C H A P I T R E IV.
Explication de cette Figure.
C Onsidérez bien ces deux Dragons, car ce sont les vrais Principes de la Philosophie, que les Sages n'ont pas osé montrer
à leurs Enfants propres. Celui qui est
dessous sans ailes, c'est le Fixe, ou le
Mâle; celui qui est au-dessus, c'est le Volatil,
ou bien la Femelle noire & obscure,
qui va prendre la domination par plusieurs
mois. Le premier est appelé Soufre, ou
bien Calidité & Siccité, & le dernier, Argent
vif, ou Frigidité & Humidité. Ce
sont le Soleil & la Lune de Source Mercurielle,
& origine Sulfureuse, qui par
le feu continuel s'ornent d'Habillements
Royaux, pour vaincre toute chose métallique,
solide, dure & forte, lorsqu'ils
seront unis ensemble, & puis changez en
Quintessence. Ce sont ces serpents & Dragons,
que les anciens Egyptiens ont peints
en cercle, la tête mordant la queue, pour

@

226 Explication des Figures
dire qu'ils étaient sortis d'une même chose,
& qu'elle seule était suffisante à elle-même,
& qu'en son contour & circulation elle se
parfaisait. Ce sont ces Dragons que les anciens
Poètes ont mis à garder sans dormir
les Pommes dorées des Jardins des Vierges
Hespérides. Ce sont ceux sur lesquels
Jason, en l'aventure de la Toison
d'Or, versa le jus préparé par la belle Médée:
des discours desquels les Livres des
Philosophes sont si remplis, qu'il n'y a
point de Philosophe qui n'en ait écrit depuis
le véridique Hermès Trismégiste, Orphée,
Pythagoras, Artéphius, Morienus
& les autres suivants, jusqu'à moi.
Ce sont ces deux Serpents envoyés par Junon, qui est la Nature métallique, que
le fort Hercule, c'est-à-dire le Sage, doit
étrangler en son berceau: je veux dire,
vaincre, & tuer, pour les faire pourrir,
corrompre, & engendrer, au commencement
de son Oeuvre. Ce sont les deux Serpents
attachés autour du Caducée, ou
Verge de Mercure, avec lesquels il exerce
sa grande puissance, & se transfigure & se
change comme il lui plaît. Celui, dit Haly,
qui en tuera l'un, il tuera aussi l'autre, parce
que l'un ne peut mourir qu'avec son
Frère.
Ces deux-ci (qu'Avicenne appelle, Chienne de Corassene, & Chien d'Arménie,)

@

de Nicolas Flamel. 227
étant donc mis ensemble, dans le Vaisseau
du Sépulcre, ils se mordent tous
deux cruellement; & par leur grand poison
& rage furieuse, ne se laissent jamais
depuis le moment qu'ils se sont pris & entre-saisis
(si le froid ne les empêche) que
tous deux de leur bavant venin & mortelles
blessures, ne se soient ensanglantés
par toutes les parties de leurs Corps, &
finalement s'entre-tuant, ne se soient étouffés
dans leur venin propre, qui les change,
après leur mort, en Eau vive, & permanente:
avant quoi, ils perdent avec la corruption
& putréfaction, leurs premières
Formes naturelles, pour en reprendre après
une seule nouvelle plus noble & meilleure.
Ce sont ces deux Spermes, masculin & féminin, décrits au commencement de mon
Sommaire philosophique, qui sont engendrés,
(dit Rasis, Avicenne, & Abraham
Juif) dans les reins, entrailles, & des
opérations des quatre Eléments. Ce sont
l'Humide radical des Métaux, Soufre &
Argent-vif, non les vulgaires, & qui se
vendent par les Marchands Droguistes;
mais ce sont ceux que nous donnent ces
deux beaux & chers Corps, que nous aimons
tant. Ces deux Spermes, disait Démocrite,
ne se trouvent point sur la terre
des vivants. Le même, dit Avicenne; mais
ajoute-t-il, On les recueille de la fiente, ordure

@

228 Explication des Figures
& pourriture du Soleil & de la Lune.
O que bienheureux sont ceux qui les savent
recueillir! car d'eux puis après ils en
font une Thériaque, qui a puissance sur
toute douleur, tristesse, maladie, infirmité
& débilité, qui combat puissamment contre
la mort, prolongeant la vie selon la
permission de Dieu, jusqu'au temps déterminé,
en triomphant des misères de ce
Monde, & comblant l'Homme de ses richesses.
De ces deux Dragons ou Principes Métalliques, j'ai dit en mon Sommaire, que
l'ennemi enflammerait par son ardeur, le
feu de son Ennemi, & qu'alors, si l'on y
prenait garde, on verrait par l'air une fumée
venimeuse, & de mauvaise odeur, pire
en flamme & en poison, que n'est la tête envenimée
d'un Serpent, & d'un Dragon Babylonien.
La cause pourquoi j'ai peint ces deux Spermes en forme de Dragons, c'est parce
que leur puanteur est très grande, comme
est celle des Dragons, & les exhalaisons qui
montent dans le Matras sont obscures, noires,
bleues & jaunâtres, ainsi que sont ces
deux Dragons peints, la force desquels,
& des Corps dissous, est si venimeuse,
que véritablement il n'y a point au Monde
un plus grand venin. Car il est capable par
sa force & puanteur, de faire mourir &

@

de Nicolas Flamel. 229
tuer toute chose vivante. Le Philosophe
ne sent jamais cette puanteur, s'il ne casse
ses Vaisseaux, mais seulement il l'a juge
être telle par la vue & changement des
Couleurs, qui proviennent de la pourriture
de ses Confections.
Ces Couleurs donc signifient la Putréfaction & Génération qui nous est donnée,
par la morsure, & dissolution de nos corps
parfaits, laquelle dissolution, vient de la
chaleur externe qui aide, & de l'Ignéité
Pontique, & vertu aigre admirable du
poison de notre Mercure, qui met & résout
en pure poussière, même en poudre
impalpable, ce qu'il trouve qui lui résiste.
Ainsi la chaleur agissant sur & contre l'humidité
radicale métallique, visqueuse, ou
oléagineuse, engendre sur le Sujet, la noirceur.
Car au même temps la Matière se dissout,
se corrompt, noircit, & conçoit pour
engendrer: Parce que toute Corruption est
Génération, & l'on doit toujours souhaiter
cette noirceur. Elle est aussi ce voile
noir avec lequel le Navire de Thésée revint
victorieux de Crète, qui fut cause
de la mort de son Père. Aussi faut-il que le
Père meure, afin que des cendres de ce
Phoenix, il en renaisse un autre, & que le
Fils soit Roi.
Certes, qui ne voit cette noirceur, au commencement de ses Opérations, durant

@

230 Explication des Figures
les jours de la Pierre, quelle autre couleur
qu'il voie, il manque entièrement au
Magistère, & ne le peut plus parfaire avec
ce Cahos. Car il ne travaille pas bien, ne
putréfiant point, d'autant que si l'on ne pourrit,
on ne corrompt ni n'engendre point.
Par conséquent, la Pierre ne peut prendre
vie végétative pour croître & multiplier.
Et véritablement je te dis derechef, que
quand même tu travaillerais sur les vraies
Matières, si au commencement, après avoir
mis les Confections dans l'Oeuf Philosophique,
(c'est-à-dire, quelque temps après que
le feu les a irritées,) tu ne vois cette Tête
du Corbeau, noire du noir très noir, il te faut
recommencer. Car cette faute est irréparable,
& on ne la saurait corriger. Surtout,
on doit craindre une Couleur orangée,
ou demi rouge, parce que si dans ce
commencement tu la vois dans ton Oeuf,
sans doute tu brûles ou a brûlé la verdeur
& vivacité de la Pierre. La Couleur qu'il te
faut avoir, doit être entièrement parfaite en
noirceur, semblable à celle de ces Dragons,
& ce en l'espace de 40 jours.
Que donc ceux qui n'auront point ces marques essentielles, se retirent de bonne
heure des Opérations, afin qu'ils évitent
une perte assurée. Sache aussi & remarque
bien, que ce n'est rien en cet Art d'avoir
la noirceur, il n'y a rien plus aisé à avoir.

@

de Nicolas Flamel. 231
Car presque de toutes les choses du monde
mêlées avec l'humidité, tu en auras la noirceur
par le feu. Il te faut avoir une noirceur
qui provienne des Corps Métalliques
parfaits, qui dure un long espace de temps,
& qui ne se perde qu'en cinq mois, après laquelle
vient & succède la désirée blancheur.
Si tu as cela, tu as beaucoup, mais non pas
tout.
Quant à la Couleur bleuâtre & jaunâtre, elle signifie que la solution & putréfaction
n'est point encore achevée, & que les
Couleurs de notre Mercure ne sont point
encore bien mêlées & pourries avec ce qui
reste.
Donc cette Noirceur & Couleurs, enseignent clairement qu'en ce commencement
la Matière ou le Composé commence
à se pourrir, & dissoudre en poudre plus
menue que les Atomes du Soleil, lesquels
se changent après en Eau permanente. Et
cette Dissolution est appelée par les Philosophes
envieux, Mort, Destruction &
Perdition, parce que les Natures changent
de forme. De là sont sorties tant d'Allégories
sur les Morts, Tombes & Sépulcres.
Les autres l'ont nommée Calcination,
Dénudation, Séparation, Trituration,
Assation, parce que les Confections
sont changées & réduites en très menues
pièces ou parties. Les autres Réduction en

@

232 Explication des Figures
première Matière, Mollification, Extraction,
Commixtion, Liquéfaction, Conversion
d'Eléments, Subtilisation, Division,
Humation, Impastation, & Distillation,
parce que les Confections sont liquéfiées,
réduites en semence, amollies, & se circulent
dans le Matras. Les autres Xir, Putréfaction,
Corruption, Ombres Cimmériennes,
Gouffre, Enfer, Dragons, Génération,
Ingression, Submersion, Complexion,
Conjonction, & Imprégnation, parce
que la matière est noire & aqueuse, & que
les Natures se mêlent parfaitement, & se
retiennent les unes les autres. Car quand
la chaleur du Soleil agit sur elles, elles se
changent premièrement en Poudre, ou
Eau grasse & gluante, qui sentant la chaleur,
s'enfuit en haut en la tête du Poulet
avec la fumée, c'est-à-dire, avec le Vent
& l'air: de-là cette Eau tirée & fondue
des Confections, elle s'en reva en bas, &
en descendant réduit & résout tant qu'elle
peut le reste des Confections aromatiques,
faisant toujours ainsi jusqu'à ce que tout
soit comme un bouillon noir un peu gras.
Voilà pourquoi on appelle cela Sublimation,
& Volatilisation, car il vole en haut,
& Ascension & Descension, parce qu'il
monte & descend dans le Vaisseau.
Quelque temps après, l'Eau commence à s'engrossir & coaguler davantage, venant
nant
@

de Nicolas Flamel. 233
comme de la Poix très noire, & enfin
vient Corps & Terre, que les Envieux
ont appelée Terre fétide & puante. Car
alors à cause de la parfaite putréfaction
(qui est aussi naturelle que toute autre,)
cette Terre est puante, & donne une
odeur semblable au relent des Sépulcres
remplis de pourriture, & d'ossements, encore
chargés d'humeur naturelle. Cette
Terre a été appelée par Hermès, la Terre
des feuilles, néanmoins son plus propre
& vrai nom est le Laiton qu'on doit puis
après blanchir. Les anciens Sages Cabalistes
l'ont décrite dans les Métamorphoses
sous l'Histoire du Serpent de Mars, qui
avait dévoré les Compagnons de Cadmus,
lequel le tua en le perçant de sa
Lance contre un Chêne creux. Remarque
ce Chêne. (1)


(1) Ce sont les Cendres | quelle se pose l'Oeuf Phi- de bois de Chêne, bien ta- | losophique, après qu'on misées, qu'on met dans | l'a placée dans le Four- l'Ecuelle de terre, sur la- | neau.

pict
Tome II. * V
@

234 Explication des Figures ----------------------------------------

T R O I S I E'M E F I G U R E.
Un Homme & une Femme, vêtus de Robe orangée, sur un Champ azuré & bleu, avec leurs Rouleaux.
C H A P I T R E V.
Explication de cette Figure.
L 'Homme ici dépeint me ressemble tout exprès bien au naturel, tout de même que la Femme représente très naïvement
Perrenelle. La cause pourquoi nous sommes
peints au vif n'a rien de particulier.
Car il ne fallait représenter que le Mâle
& la Femelle, à quoi faire notre particulière
ressemblance n'était pas nécessairement
requise. Mais il a plu au Sculpteur
de nous mettre-la, tout ainsi qu'il a fait
aussi en cette même Arche plus haut, aux
pieds de la Figure de S. Paul & de S. Pierre,
selon que nous étions en notre jeunesse, &
encore ailleurs en plusieurs lieux, comme
sur la porte de la Chapelle S. Jacques de
la Boucherie, auprès de ma maison (encore
qu'en cette dernière y a une raison
particulière) comme aussi sur la porte
de Sainte Geneviève des Ardents, où tu
me pourras voir.

@

de Nicolas Flamel. 235
Je te peins donc ici deux Corps, un de Mâle, et l'autre de Femelle, pour t'enseigner
qu'en cette seconde Opération tu
as véritablement, mais non pas encore
parfaitement, deux Natures conjointes, &
mariées, la masculine & la féminine, ou
plutôt les quatre Eléments, & que les Ennemis
naturels, le Chaud & le Froid, le
Sec, & l'Humide, commencent de s'approcher
amiablement les uns des autres, &
par le moyen des Entremetteurs de paix,
déposent peu à peu l'ancienne inimitié du
vieux Chaos. Tu sais assez qui sont ces Entremetteurs
entre le Chaud et le Froid:
c'est l'Humide; car il est parent & allié
des deux, du Chaud, par sa chaleur, & du
Froid par son Humidité. Voilà pourquoi
pour commencer à faire cette paix, tu as
déjà en l'Opération précédente, converti
toutes les Confections en Eau par la dissolution.
Et puis après tu as fait coaguler
l'Eau nécessaire, qui s'est convertie en
cette Terre noire du noir très noir, pour
faire entièrement la paix. Car la terre qui
est sèche & humide, se trouvant aussi parente
& alliée avec le Sec & Humide, qui
sont Ennemis, les apaisera & accordera
entièrement. Ne considères-tu pas un mélange
très parfait de tous ces quatre Eléments,
les ayant premièrement convertis
en Eau, & maintenant en Terre. Je t'enseignerai
V ij
@

236 Explication des Figures
encore ci-après les autres conversions
en Air quand tout sera blanc, & en
Feu quand tout sera d'un parfait rouge de
Pourpre.
Tu as donc ici deux Natures mariées, dont l'une a conçu de l'autre, & par cette
conception, s'est convertie en Corps de
Mâle, & le Mâle en celui de Femelle;
c'est-à-dire, se sont faites un seul corps,
qui est l'Androgyne des anciens, qu'autrement
on appelle encore la Tête du corbeau,
& les Eléments convertis. En cette façon
je te peins ici que tu as deux Natures réconciliées,
qui (si elles sont conduites &
régies sagement) peuvent former un Embryon
en la matrice du Vaisseau, & puis
t'enfanter un Roi très puissant, invincible,
& incorruptible, parce qu'il sera une
Quintessence admirable. Voilà la principale
fin de cette représentation, & la plus
nécessaire.
La seconde, qui est aussi très notable, sera qu'il me fallait dépeindre deux Corps,
parce qu'il faut qu'en cette Opération tu
divises ce qui a été coagulé, pour en donner
puis après une nourriture, un lait de
vie, au petit Enfant naissant, qui est doué
(par le Dieu vivant) d'une Ame végétative.
Ce qui est un secret très admirable &
très caché, qui a fait raffoler, faute de le
comprendre, tous ceux qui l'ont cherché

@

de Nicolas Flamel. 237
sans le trouver, & qui a rendu sage toute
Personne qui l'a contemplé des yeux du
corps, ou de l'esprit.
Il te faut donc faire deux parts & portions de ce Corps coagulé, l'une desquelles
servira d'Azoth pour laver & mondifier
l'autre, qui s'appelle Laiton, qu'il faut
blanchir. Celui qui est lavé, C'est le Serpent
Python, qui ayant pris son être de la
corruption du limon de la Terre, assemblé
par les Eaux du déluge, quand toutes
les Confections étaient Eau, doit être
mis à mort, & vaincu par les flèches du
Dieu Apollon, par le blond Soleil, c'est-à-
dire, par notre feu, égal à celui du Soleil.
Celui qui lave, ou plutôt ces lavements, qu'il faut continuer avec l'autre moitié, ce
sont les dents de ce Serpent que le sage Opérateur,
le vaillant Thésée, sèmera dans la
même terre, dont naîtront des Soldats,
qui se détruiront enfin eux-mêmes, se laissant
par apposition résoudre en la même nature
de la terre, laissant emporter les conquêtes
méritées.
C'est sur ceci que les Philosophes ont écrit si souvent & tant de fois répété, Il
se dissout soi-même, se congèle, se noircit,
se blanchit, se tue, & vivifie soi-même. J'ai
fait peindre leur Champ azuré & bleu,
pour montrer que je ne fais que commencer
à sortir de la noirceur très noire. Car l'azuré

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238 Explication des Figures
& bleu, est une des premières Couleurs
que nous laisse voir l'obscure Femme,
c'est-à-dire, l'humidité cédant un peu à
la chaleur & sécheresse. L'homme & la
Femme sont la plupart orangés. Cela signifie
que nos Corps, (ou notre Corps,
que les Sages appellent ici Rébis,) n'a
point encore assez de digestion, & que
l'Humidité dont vient le noir, bleu & azuré,
n'est qu'à demi vaincue par la sécheresse.
Car quand la sécheresse dominera,
tout sera blanc, & la combattant ou étant
égale à l'Humidité, tout est en partie selon
ces Couleurs. Les Envieux ont appelé
encore ces Confections en cette Opération,
Numus, Ethelia, Arena, Boritis,
Corsufle, Cambar, Albar aeris, Duenech,
Randeric, Kukul, Thabitris, Ebisemeth,
Ixir, &c. Ce qu'ils ont commandé de blanchir.
La Femme a un cercle blanc en forme de rouleau à l'entour de son corps, pour te
montrer que Rébis commencera de se blanchir
de cette même façon, blanchissant
premièrement aux extrémités tout à l'entour
de ce cercle blanc. L'échelle des Philosophes
dit: Le signe de la première parfaite
blancheur, est quand l'on voit un certain
petit cercle capillaire, c'est-à-dire, passant
sur la tête, qui apparaîtra à l'entour de
la Matière aux côtés du Vaisseau, en couleur
tirant sur l'orangé.

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de Nicolas Flamel. 239
Il y a en leurs Rouleaux, Homo veniet ad Judicium Dei; c'est-à-dire, l'Homme
viendra au Jugement de Dieu. Verè, (dit la
Femme) illa dies terribilis erit. C'est-à-
dire, certes ce jour-là sera terrible. Ce ne
sont point des passages de la Sainte Ecriture,
mais seulement des dictions parlant
selon le Sens Théologique de la Résurrection
future. Je les ai mis ainsi; car ils me servent
pour celui qui contemple seulement
l'artifice grossier & plus naturel, prenant
l'interprétation de la Résurrection. Et servent
tout de même à ceux, qui voulant
recueillir les Paraboles de la Science, prennent
des yeux de Lyncée pour pénétrer
au-delà des Objets visibles. Il y a donc,
l'Homme viendra au Jugement de Dieu,
Certes ce jour sera terrible. C'est comme si je
disais, il faut que ceci vienne au Colorement
de la perfection, pour être jugé & nettoyé
de la noirceur & ordure, & être spiritualisé
& blanchi. Certes ce jour sera terrible. Oui
vraiment; aussi vous trouverez en l'Allégorie
d'Arisléus. L'horreur nous tint en la
Prison par quatre-vingts jours dans les ténèbres
des Ondes, dans l'extrême chaleur de
l'Eté, & dans les troubles de la Mer. Toutes
lesquelles choses doivent premièrement
passer avant que notre Roi puisse être
blanchi, venant de mort à vie, pour vaincre
puis après tous ses Ennemis.

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240 Explication des Figures
Pour t'enseigner encore mieux cette albification ou blanchissement, qui est plus
difficile que tout le reste, (jusqu'au quel
temps tu peux faillir à tout pas; mais après
non, ou tu casserais tes Vaisseaux,) je t'ai
fait encore ce Tableau suivant.

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Q U A T R I E'M E F I G U R E.
Un Homme semblable à S. Paul, vêtu d'une Robe blanche orangée, bordée d'Or, tenant une Epée nue, ayant à ses pieds un Homme à genoux, vêtu d'une Robe orangée, blanche & noire, tenant un Rouleau, où il y a, Dele mala quae feci. C'est-à-dire, Ote le mal que j'ai fait.
C H A P I T R E VI.
Explication de cette Figure.
R Egarde bien cet Homme en la forme d'un Saint Paul, vêtu d'une Robe entièrement orangée blanche. Si tu le considères
bien, il tourne le corps en posture,
qui démontre qu'il veut prendre l'Epée
nue,
@

de Nicolas Flamel. 241
nue, ou pour trancher la tête, ou pour faire
quelque autre chose sur cet homme qui
est à ses pieds à genoux, vêtu d'une Robe
orangée, blanche & noire, lequel dit en
son Rouleau. Dele mala quae feci, comme
disant: Ote-moi ma noirceur, terme de
l'Art. Car, mal, signifie par Allégorie la
noirceur, ainsi en la Tourbe on trouve, Cuis
jusqu'à la noirceur, qu'on estimera être mal.
Mais veux-tu savoir que veux dire cet
Homme qui prend l'épée? Il signifie qu'il
faut couper la tête au Corbeau, c'est-à-
dire, à cet Homme vêtu de diverses couleurs,
qui est à genoux. J'ai pris ce trait
& figure d'Hermès Trismégiste en son Livre
de l'art secret, où il dit: Ote la tête à
cet Homme noir; coupe la tête au Corbeau;
c'est-à-dire, blanchis notre sable. Lambsprink,
Gentilhomme Allemand, s'en était
déjà servi au Commentaire de ses Hiéroglyphiques,
disant: En ce bois il y a une
Bête, qui est toute couverte de noirceur; si
quelqu'un lui coupe la tête, alors elle perdra
sa noirceur, & vêtira la couleur très blanche.
Voulez-vous entendre ce que c'est? La
noirceur s'appelle la tête du Corbeau, laquelle
ôtée, à l'instant vient la couleur blanche,
alors, c'est-à-dire, quand la nuée n'apparaît
plus, ce Corps est appelé sans tête.
Ce sont ses propres mots. En même Sens
les Sages ont aussi dit ailleurs, Prends la
Tome II. * X
@

242 Explication des Figures
Vipère appelée de Rexa, coupe-lui la
tête; c'est-à-dire, ôte-lui la noirceur. Ils se
sont encore servis de cette périphrase,
quand pour signifier la Multiplication de
la Pierre, ils ont feint un Serpent Hydra,
auquel, si on coupait une tête, il lui en
renaissait dix. Car la Pierre augmente de
dix à chaque fois qu'on lui coupe cette
tête de Corbeau, qu'on la noircit, & blanchit,
c'est-à-dire, qu'on la dissout de nouveau,
& qu'après on la recoagule.
Regarde que l'Epée nue est entortillé d'une Ceinture noire, & que les bouts d'icelle
ne l'environnent pas tout à fait. Cette
Epée nue, resplendissante, est la Pierre
au blanc, si souvent décrite dans les Philosophes,
sous cette forme. Pour donc parvenir
à cette parfaite blancheur étincelante,
il te faut entendre les entortillements de
cette Ceinture noire, & ensuivre ce qu'ils
enseignent, qui est la quantité des Imbibitions.
Les deux bouts qui ne l'entortillent
pas tout à fait, représentent le commencement
& la fin: Pour le commencement, il enseigne
qu'il faut imbiber en ce premier
temps doucement & avec épargne, donnant
alors à la Pierre peu de lait, comme
à un petit enfant naissant, afin que
l'Ixir, (disent les auteurs) ne se submerge.
Le même faut-il faire à la fin, quand
nous voyons que notre Roi est saoul, &

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de Nicolas Flamel. 243
n'en veut plus. Le milieu de ces Opérations
est peint par les cinq entortillements entiers
de la Ceinture noire, auquel temps, (par
ce que notre Salamandre vit du feu, & au
milieu du feu, voire même est un feu, &
un Argent vif, courant au milieu du feu,
ne craignant rien,) il lui en faut donner
abondamment, de telle façon que le lait
virginal entoure toute la Matière.
J'ai fait peindre noirs ces enroulements de la Ceinture, parce que ce sont des Imbibitions,
& par conséquent des Noirceurs.
Car le feu avec l'humide (comme il est
tant de fois dit) cause la noirceur. Et
comme ces cinq enroulements entiers démontrent
qu'il faut faire cela cinq fois
entièrement, tout de même ils font connaître
qu'il faut faire cela cinq fois
mois entiers, un mois à chaque Imbibition:
Voilà pourquoi Hali Abenragel a
dit, La cuisson des choses se parfait en trois
fois cinquante jours. Il est vrai que si tu
veux compter ces petites Imbibitions du
commencement & de la fin, il y en a sept.
Sur quoi un des plus Envieux a dit, Notre
tête de corbeau est lépreuse: c'est pourquoi,
qui la voudra nettoyer, il la doit faire
descendre sept fois au fleuve de régénération
au Jourdain, ainsi que commande le
Prophète au lépreux Naaman Syrien. Comprenant
en cela le commencement qui n'est
X ij
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