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Réfer. : AL0708
Auteur : Nicolas Flamel.
Titre : Oeuvres.
S/titre : Préface de E.-Ch. Flamand.

Editeur : Le courrier du livre.
Date éd. : 1989 .


**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****



OEUVRES
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DU MEME AUTEUR

CHEZ LE MEME EDITEUR
Les pierres magiques, par Elie-Charles Flamand

Collection Alchimie Erotique de l'alchimie, préface d'Eugène Canseliet.
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NICOLAS FLAMEL



OEUVRES

LES FIGURES HIEROGLYFIQUES LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE LE LIVRE DES LAVEURES LE BREVIERE

Préface de Elie-Charles Flamand




LE COURRIER DU LIVRE 21, rue de Seine, 75006 Paris
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ISBN 2-7029-0246-4 (C) Le Courrier du Livre, Paris 1989
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Introduction ----------------------------------------------------------------------

A la mémoire du Docteur Henri Hunwald et de Claude d'Ygé, apôtres de la Science Hermétique

Dans le courant du XIVe siècle, les écrivains jurés, calligraphes, enlumineurs et scribes publics de Paris se transportèrent en masse sur le
territoire de la paroisse Saint-Jacques-de-la-Boucherie, attirés par le voisinage
du Châtelet dont les officiers leur donnaient des actes à copier.
C'est ainsi que Nicolas Flamel, le plus célèbre des membres de cette corporation
et le plus populaire des mages parisiens, vint s'établir auprès
de l'église qu'il devait plus tard contribuer à faire embellir, et sur les
lieux mêmes où son souvenir reste toujours attaché. Auparavant, comme
beaucoup de ses confrères, il exerçait sa profession sous les voûtes entourant
le charnier des Innocents (à l'endroit qu'occupe actuellement le
square du même nom). Dans leur nouveau quartier, les écrivains se fixèrent
dans les loges disposées sur le côté septentrional de l'église Saint-
Jacques-de-la-Boucherie, entre les culées des arcs-boutants, et donnèrent
leur nom à la rue. Nicolas Flamel avait acheté deux de ces sortes d'échoppes.
Très exiguës, elles n'avaient ensemble, au dire du vieil historien
Sauval, que « cinq pieds de long et deux de lez ». Il ne pouvait donc s'en
servir que pour exposer ses manuscrits superbement enluminés et y traiter
ses affaires. La maison qu'il habitait était située en face, à l'angle de
la rue Mariveau ou Marivas (1), c'est-à-dire petit marais, et de la rue des
Ecrivains. A l'enseigne de la fleur de lys, elle lui servait aussi d'atelier

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1. C'est l'actuelle rue Nicolas-Flamel.
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et ses nombreux élèves, maîtres calligraphes et apprentis, y copiaient et
illustraient patiemment des livres d'heures et des Bibles.
Nicolas Flamel était né vers 1330. Dans Le Bréviaire, il se qualifie lui-même de « ruril de Pontoise ». On peut donc à bon droit penser
qu'il avait vu le jour dans cette petite ville des environs de Paris. Il fit
d'ailleurs, par testament, un legs à l'église à Notre-Dame de Pontoise, ce
qui confirme qu'il s'agit bien là de sa paroisse natale. De parents aisés,
Flamel, après quelques études au cours desquelles il apprit le latin, put
très jeune acheter sa charge d'écrivain-juré. Vers 1370, il épousa une
veuve plus âgée que lui et dont le souvenir est resté attaché au sien:
dame Perrenelle. Il trouva en sa femme une compagne fidèle et dévouée
et sa dot lui permit d'étendre ses opérations commerciales. Mais au milieu
de cette vie bourgeoise, besogneuse et bien réglée, l'appel mystique
devait se faire entendre. Une nuit, un ange apparut à Flamel dans son
sommeil. Tenant à la main un vieux livre richement historié, il prononça
ces paroles: « Flamel, regarde ce livre, tu n'y comprends rien, ni toi ni
bien d'autres, mais tu y verras un jour ce que nul n'y saurait voir ! »
Flamel tendit alors la main vers le livre, mais l'ange disparut aussitôt
avec lui dans un nuage d'or. Le temps passa et notre écrivain avait sans
doute oublié ce songe, lorsqu'un jour en 1357, il acheta à un inconnu
un ancien et fort singulier manuscrit à peintures qu'il paya deux florins.
Quelle ne fut pas sa stupéfaction lorsqu'il reconnut le livre que lui avait
montré jadis l'ange de son rêve. Ce manuscrit, dû à un mystérieux auteur
se faisant seulement connaître sous le nom d'Abraham Juif, se rapportait
à l'art alchimique. Flamel le décrit en détail, avec les emblèmes qui
l'illustraient, dans son Livre des Figures Hiéroglyphiques (2) que le lecteur

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2. De même que nous n'entreprendrons pas ici de prouver que Flamel a bien été un alchimiste, nous n'envisagerons pas non plus la question connexe de l'authenticité
du Livre des Figures Hiéroglyphiques. La réalité de l'un et l'autre fait nous
paraît avoir été suffisamment établie. Nous renverrons seulement le lecteur aux
deux études capitales sur ces sujets: ALBERT POISSON: Nicolas Flamel sa vie, ses
fondations, ses oeuvres, Bibliothèque Chacornac, Paris, 1893, et EUGENE CANSELIET:
« Nicolas Flamel » in La Tour Saint-Jacques n° 2, janvier-février 1956, et n° 3, mars-*
avril 1956.

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trouvera plus loin. Il raconte ensuite, de façon combien ingénue
et vivante, ses longues recherches pour pénétrer le sens des énigmes
posées par le texte et l'illustration du Livre d'Abraham Juif; les
fallacieuses indications qui lui furent données par des spagyristes (3)
et l'amenèrent à travailler sans aucun résultat, durant vingt et un ans,
sur des préparations sophistiques; son pèlerinage à Compostelle pour
y prier l'apôtre saint Jacques, patron des alchimistes, de l'éclairer sur
le sens des énigmes du Livre d'Abraham Juif; la rencontre de Maître
Canches, un cabaliste qui lui expliquera enfin le sens véritable des
emblèmes et lui confiera la vraie nature du Premier Agent et de
la Matière Première du Grand'OEuvre; leur retour par mer, la mort
de Maître Canches à Orléans.
Au sujet du pèlerinage de Flamel à Compostelle, il convient de dire que Fulcanelli a soutenu que ce voyage initiatique fut purement
symbolique. Pour l'auteur des Demeures Philosophales, Flamel s'est déguisé
lui-même sous les traits du sujet les sages ou Matière Première
du Grand'OEuvre, et tous les événements qui lui arrivent en cours
de route sont des allégories des différentes phases de la coction philosophale.
Nicolas Flamel représente le mercure philosophique et son
nom « parle comme un pseudonyme choisi tout exprès. Nicolas, en
grec Νικόλαος, signifie vainqueur de la pierre (de Νικη victoire et
λα̑ος, pierre, rocher) ». Maître Canches, quant à lui, « exprime le
soufre blanc, principe de coagulation et de sécheresse. Ce nom vient
du grec Καγχανος, sec, aride ». Le voyage commun de Flamel et de
Maître Canches marque donc l'amalgame philosophique des deux principes
mercuriel et sulfureux de l'OEuvre. Le voyage par mer indique
la voie humide, quant à la description du Livre d'Abraham Juif, elle
s'applique allégoriquement au minéral qui constitue la Matière Première,

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3. La spagyrie est la branche dégradée de la Science d'Hermès, qui est l'ancêtre de la chimie moderne et ne connaît pas les véritables principes spirituels de
l'Alchimie.

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1. Les figures hiéroglyphiques ----------------------------------------------------------------------


LE LIVRE DES FIGURES HIEROGLYPHIQUES DE NICOLAS FLAMEL ESCRIVAIN, AINSI QU'ELLES sont en la quatrième Arche du cimetière des Innocents à Paris, entrant par la porte, rue Saint-Denis, devers la main droite, avec l'ex-* plication d'icelles par ledit FLAMEL, traitant de la transmutation métallique, non jamais imprimé.
TRADUIT DU LATIN EN FRANCAIS par P. ARNAUD, sieur de la Chevalerie, Gentilhomme Poitevin.

AU LECTEUR, SALUT

Je t'eusse (amy lecteur) donné ces commentaires aussi bien Latins Français que j'ai fait ARTEPHIUS, mais à cause des diverses figures
qu'il faut souvent représenter, je n'ai pu te les bailler qu'en une langue.

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Car il eut été grossier de mettre les figures en tous les deux textes Latin
et Français, ou de n'en mettre qu'en un. Et n'en mettant qu'en un,
les figures, occupant l'espace, eussent empêché que le Latin et Français
ne se fussent pas bien rencontrés aux feuillets; j'ai donc été contraint
de te les bailler en cette-ci seulement. Or, j'ai choisi la Française, afin
que premièrement, tous bons Français les puissent entendre librement,
et par ainsi se retirer de leurs erreurs et dépenses, l'autre, afin que ce
Livre ne courre point aux nations étrangères qui en sont très-curieuses,
à comparaison de la Française. Que si je vois que tu y prennes plaisir,
je te les donnerai aussi en Latin, avec l'Histoire du Jardin des Hespérides,
composée par Lorthulain, très grave et très docte Auteur, laquelle
avec ceux-ci j'ai, par grandes sommes de deniers, recouvrée de mains
très curieuses, et qui les ont jusqu'à maintenant conservés aussi chers
que la pierre même, aussi ces Auteurs-ci, sur tous les autres, ne sont
point envieux. Adieu.


Loué soit éternellement le Seigneur mon Dieu, qui élève l'humble de la basse poudrière, et fait éjouir le coeur de ceux qui espèrent en lui,
qui ouvre aux croyants avec grâce les sources de sa bénignité, et met
sous leurs pieds les cercles mondains de toutes les félicités terriennes.
En lui soit toujours notre espérance, en sa crainte notre félicité, en sa
miséricorde la gloire de la réparation de notre nature, et en la prière
notre sûreté inébranlable. Et toi, ô Dieu tout-puissant, comme ta bénignité
a daigné d'ouvrir en la terre devant moi (ton indigne serf) tous les
trésors des richesses du monde, qu'il plaise à ta grande clémence, lorsque
je ne serai plus au nombre des vivants, de m'ouvrir encore les Trésors
des Cieux, et me laisser contempler ton divin visage dont la Majesté
est un délice inénarrable, et dont le ravissement n'est jamais monté en coeur d'homme vivant. Je te le demande par le Seigneur Jésus-Christ, ton
Fils bien-aimé, qui en l'Unité du Saint-Esprit vit avec toi aux siècles des
siècles. Ainsi soit-il.

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L'EXPLICATION DES FIGURES HIEROGLYPHIQUES MISES PAR MOI, NICOLAS FLAMEL ECRIVAIN, DANS LE CIMETIERE DES IN- NOCENTS EN LA QUATRIEME ARCHE, ENTRANT PAR LA GRANDE PORTE RUE SAINT DENIS, ET PRENANT LA MAIN DROITE.

AVANT-PROPOS.
Encore que moi, NICOLAS FLAMEL, Ecrivain et habitant de Paris, en cette année mille trois cent quatre-vingt et dix-neuf, et demeurant
en ma maison en la rue des Ecrivains, près la Chapelle Saint-Jacques-
de-la-Boucherie, encore, dis-je, que je n'aie appris qu'un peu de Latin
pour le peu de moyen de mes parents, qui, néanmoins, étaient par mes
envieux mêmes estimés gens de bien: Si est-ce que (par la grande grâce
de Dieu et intercession des benoîts Saints et Saintes de Paradis, principalement
de Monsieur Saint-Jacques de Galice), je n'ai pas laissé d'entendre
au long les livres des Philosophes, et d'apprendre en iceux leurs
tant occultes secrets. C'est pourquoi, il ne sera jamais moment en ma
vie, me souvenant de ce haut bien, qu'à genoux (si le lieu le permet),
ou bien dans mon coeur, de toute mon affection, je n'en rende grâces
à ce Dieu très-bénin, qui ne délaisse jamais l'enfant du juste mendier par
les portes; et qui ne déffraude point ceux qui espèrent entièrement en
sa bénédiction.
Donc, moi, Nicolas Flamel, écrivain, ainsi qu'après le décès de mes parents je gagnais ma vie en notre Art d'Ecriture, faisant des Inventaires,
dressant des comptes, et arrêtant les dépenses des tuteurs et mineurs,
il me tomba entre les mains pour la somme de deux Florins, un livre
doré fort vieux, et beaucoup large. Il n'était point en papier ou parchemin
comme sont les autres, mais seulement il était fait de déliées écorces
(comme il me semblait) de tendres arbrisseaux. Sa couverture était de

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cuivre bien délié, toute gravée de lettres ou figures étranges, et quant à
moi, je crois qu'elles pouvaient bien être des caractères Grecs, ou d'autre
semblable langue ancienne. Tant il y a que je ne les savais pas lire, et
que je sais bien qu'elles n'étaient point notes, ni lettres Latines ou Gauloises,
car nous y entendons un peu. Quant au dedans, ses feuilles d'écorces
étaient gravées, et d'une très grande industrie, écrites avec une pointe
de fer, en belles et très nettes lettres Latines colorées. Il contenait trois
fois sept feuillets, car iceux étaient ainsi comptés au haut du feuillet, le
septième desquels était toujours sans écriture, au lieu de laquelle il y
avait peint une Verge et des Serpents s'engloutissant; au second septième,
une Croix ou un serpent était crucifié; au dernier septième
étaient peints des déserts, au milieu desquels coulaient plusieurs belles
fontaines, dont sortaient plusieurs Serpents qui couraient par-ci, et par-là.
Au premier des feuillets, il y avait écrit en lettres grosses capitales dorées:
ABRAHAM LE JUIF, PRINCE, PRESTRE LEVITE, ASTROLOGUE, ET PHILOSOPHE, A LA GENT DES JUIFS, PAR L'IRE DE DIEU, DISPERSEE AUX GAULES, SALUT. D. I. Après cela il était rempli de grandes exécrations et malédictions, (avec ce mot MARANATHA qui
y était souvent répété), contre toute personne qui jetterait les yeux sur
lui, s'il n'était Sacrificateur ou Scribe.
Celui qui m'avait vendu ce livre ne savait pas ce qu'il valait, aussi peu que moi quand je l'achetai. Je crois qu'il avait été dérobé aux misérables
Juifs, ou trouvé quelque part caché dans l'ancien lieu de leur
demeure. Dans ce livre, au second feuillet, il consolait sa nation, la
conseillant de fuir les vices, et surtout l'idolâtrie, attendant le Messie à
venir avec douce patience, lequel vaincrait tous les Rois de la terre, et
régnerait avec sa gent, en gloire éternellement. Sans doute savoir été un
homme fort savant. Au troisième et en tous les autres suivants écrits,
pour aider sa captive nation à payer les tributs aux Empereurs Romains,
et pour faire autre chose que je ne dirai pas, il leur enseignait la transmutation
métallique en paroles communes, peignait les vaisseaux au côté,
et avertissait des couleurs et de tout le reste, sauf du premier agent duquel

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2. Le sommaire philosophique ----------------------------------------------------------------------




Qui veut avoir la cognoissance ¦ Mais les deux spermes dessusdicts
Des metaux et vraye science, ¦ Sont composez, c'est sans redicts,
Comment il les faut transmuer, ¦ Des quatre elemens, seurement
Et de l'un à l'autre muer; ¦ Cela j'afferme vrayement.
Premier il convient qu'il cognoisse ¦ C'est à sçavoir le premier sperme Le chemin et entiere adresse ¦ Masculin, pour sçavoir le terme,
Dequoy se doivent en leur miniere ¦ Qu'en Philosophie on appelle
Terrestre former, et maniere. ¦ Soulphre, par une façon telle,
Ainsi ne faut-il point qu'on erre, ¦ N'est autre chose que element
Regarder ès veines de terre ¦ De l'air et du feu seulement.
Toutes les transmutations, ¦ Et est le soulphre fix semblable
Dont sont formez en nations; ¦ Au feu sans estre variable,
Par quoy transmuer ils se peuvent ¦ Et de nature metallique:
Dehors les minieres où se treuvent ¦ Non pas pas soulphre vulgal
Estant premiers en leurs esprits: ¦ [ inique;
Assavoir pour n'estre repris, ¦ Car le soulphre vulgal n'a nulle
En leur soulphre et leur vif argent, ¦ Substance (qui bien le calcule) Que nature a faict par art gent. ¦ Metallique, à dire le vray,
Car tous metaux de soulphre sont ¦ Et ainsi je le prouveray.
Formez et vif argent qu'ils ont. ¦ L'autre sperme qu'est feminin,
Ce sont deux spermes des metaux, ¦ C'est celuy, pour sçavoir la fin,
Quels qu'ils soyent, tant froids ¦ Qu'on a coustume de nommer
[que chauds; ¦ Argent vif, et pour vous sommer,
L'un est masle l'autre femelle, ¦ Ce n'est seulement que eau et
Et leur complexion est telle. ¦ [ terre,

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Qui s'en veut plus à plain ¦ Qu'est enflambé avec son feu,
[enquerre. ¦ Va par l'air jectant peu à peu
Dont plusieurs hommes de science ¦ Feu & fumée venimeuse,
Ces deux Spermes -- là sans ¦ Qu'est une chose fort hideuse, [doutance, ¦ A regarder telle laydure.
Ont figurez par deux dragons, ¦ Ainsi pour vray faict le Mercure,
Ou Serpents pires, se dict-on: ¦ Quand il est sur le feu commun,
L'un ayant des ailes terribles, ¦ C'est-à-dire en des lieux aucun,
L'autre sans ailes, fort horrible. ¦ En un vaisseau mis & posé,
Le Dragon figuré sans ailes, ¦ Et le feu commun disposé,
Est le souphre, la chose est telle, ¦ Pour luy allumer promptement Lequel ne s'envolle jamais ¦ Son feu de nature asprement,
Du feu, voilà le premier mets. ¦ Qu'au profond de luy est caché.
L'autre serpent qui ailes porte, ¦ Alors si vous voulez tacher,
C'est argent vif, que vent ¦ Voir quelque chose véritable
[emporte, ¦ Par feu commun dict vegetable;
Qui est semence féminine, ¦ L'un enflambera par ardure
Faicte d'eau & terre pour mine. ¦ Du Mercure feu de Nature.
Pourtant au feu point ne demeure, ¦ Alors, si estes vigilant,
Ains s'envole quand veoit son ¦ Verrez par l'air jectant, courant
[heure. ¦ Une fumée venimeuse,
Mais quand ces deux spermes ¦ Mal odorante & malignieuse,
[disjoints, ¦ Trop pire, enflambe et en poyson,
Sont assemblez & bien conjoincts, ¦ Que n'est la teste d'un dragon,
Par une triomphant Nature, ¦ Sortant à coup de Babylone,
Dedans le ventre du mercure, ¦ Qui deux ou trois lieues
Qu'est le premier metal formé, ¦ [environne.
Et est celuy qui est nommé ¦ Autres Philosophes scavans
Mere de tous autres metaux. ¦ Ont voulu chercher tant avant,
Philosophes de monts & vaux ¦ Qu'ils l'ont figuré en la forme
L'ont appelé Dragon volant: ¦ D'un Lyon volant, sans difforme;
Pour ce qu'un Dragon en allant, ¦ Et l'ont aussi nommé Lyon:

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3. Le livre des laveures ----------------------------------------------------------------------


Ci commence la vraie pratique de la noble Science d'Alchimie. Le Désir désiré, et le prix que nul ne peut priser de tous les Philosophes composé, et des livres des anciens pris et tiré, ci en somme avons
abrégé, afin qu'à toi, cher ami, appère être très certain l'argument de
vérité de la plus excellente partie de la Philosophie, laquelle somme nous
appelons la pratique d'Alchimie pour ce que des livres des Philosophes
comme les roses des épines je l'ai tirée et arrachée, car la chose qui est
contraire à raison nuit à vérité. Pour ce les hommes de vérité avec toutes
choses à elle appartenant, en icelle, par clair sermon et par droit ordre,
et de mot à mot avec toutes les causes suffisantes avons baillé, avec toutes
les choses qui en leurs livres ont (été) trouvées être nécessaires à l'ouvrage
accomplir, sans rien mettre de superfluité, ni rien celer appartenant
à tout ledit ouvrage, pour laquelle chose je prie à Notre Seigneur
Jésus-Christ que par sa grâce vous veuille donner l'esprit d'entendement.
Et pour ce que ce livre est nommé vraie pratique d'Alchimie.
Premièrement je mettrai la définition d'Alchimie.

La définition d'alchimie
Alchimie est une partie cellée de Philosophie naturelle la plus nécessaire de laquelle est constitué un art, lequel est non pareil à tous autres,
lequel art enseigne de muer toutes pierres précieuses non parfaites à
vraie perfection, et tous corps humains malades à moult noble santé,
et à transmuer tous les corps des métaux en vrai soleil et en vraie lune
par un corps médicinal universel auquel toutes les particularités de médecine

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sont réduites, lequel est accompli et fait manuellement par un
secret régime révélé aux enfants de vérité par un moyen de chaleur tel
comme Nature désire. Cher ami, c'est une science qui est nommée fleur
réelle ou fleur de sapience, par laquelle est rectifié l'entendement humain
par force d'expérience au regard de l'oeil et de rurale connaissance, comme
il soit ainsi que telle expérience ne peut souffrir nulles probations
fantastiques, mais donne voie pour entrer vivement en toute autre
science en montrant à l'entendement comme on peut entrer aux vertus
divines qui moult sont à celer, et ainsi par Nature entendons ce qui est
de vérité, dont plusieurs fols cuident que ce ne soit rien. Mais nous
l'avons vue si c'est vérité ou non, et pour ce sera secret à homme qui
l'a connue, pour ce que par telle science est jeté hors l'entendement de
superfluité qui est contraire à toute vérité. Et comme il soit ainsi qu'en
forte louange resplendit amitié, et en loyautés connues fleurit toute révérence,
et aux constants véritables est trouvée loyauté en fruit qui est
perdurable, et pour ce comme j'ai trouvé amitié et vérité en vous, je,
comme familier ne vous refuserai d'écrire, en enseigne de singulier amour,
le secret révélé aux Enfants de vérité apercevant la très agréable fiance
que vous avez à moi. Ainsi comme évidemment je l'ai aperçue, et en
infaillible expérience réellement connue. Et pour ce comme vérité soit
en la personne qui expériment désir, avoir en Nature, et d'icelle soit
donnée et non (d') autre le puisse être. Ainsi comme il est écrit ès autorités
des Grecs qui disent garde vérité et tu auras louange en Dieu et
expériment en Nature. Sinon non. Laquelle autorité il faut exercer en
notre latin si nous voulons avoir vertu et expériment: et pour ce à vous
comme ce fils de vérité s'approche le don de grâce qui est vérité pure
sur le fondement de nature, et pour ce que ès choses dessus dites, j'ai
connu votre noble coeur hautement élevé en vrai entendement. Témoin
l'exemple que j'ai aperçu de la vérité de votre personne, et pour ce ne
reste autre chose, si ce n'est tant seulement à déclarer la voie droiturière
que vous devez avoir pour obtenir la vraie et pure intention de notre
maîtrise en propre ouvrage pour aconsuivir expérience fructueuse qui est

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secret de nature, trésor incomparable et clef, et terminaison de tout
cours de physique. Ce livre sera divisé en deux principales parties. C'est
à savoir en théorique et en pratique.


De la Théorique
Pour lequel trésor acquérir, vous, cher ami, devez en vous avoir, comme homme d'entendement réel, deux principales intentions si vous
voulez en vous obtenir l'ouvrage philosophal qui est sur tout le cours
de nature. La première intention ci est que vous devez acquérir engin
naturel par lequel le mercure naturellement se puisse endurcir. La seconde
intention ci est de savoir et connaître la raison et l'effet par lequel
s'endurcit et se congèle en succession intellectuelle selon la nature de
l'altération successive qui se fait en la matière de nature, et afin que
vous entendiez ces deux intentions. Je vous réponds à la seconde disent
les vrais Philosophes que nul temps l'argent vif ne peut rien muer, si
premièrement n'est mué à part et transformé d'une nature en l'autre,
et ainsi comme il est transmué, tout ainsi après il transmue. Car quand
il est dissous, après il dissout, et quand il est endurci et congelé, après
il endurcit et congèle. Par quoi il appert que la raison pourquoi nous
l'endurcissons et congelons est afin que après il puisse endurcir et congeler
et épaissir tout autre argent vif, non pas seulement en masse de
métal, mais en médecine parfaite, étant en forme de poudre élixirique
très pesante. Cher ami, entendez, car nulle chose ne se peut faire sans
connaître de cause, et je vous ai jà dit que connaissance de la cause est
que le mercure n'est transmué ni congelé (si) ce n'est par intention de
transmuer et congeler, car par icelui transmué nous transmuons en
l'espace d'une heure, et sans icelui transmué nous ne pourrions rien
transmuer car transmutation ne se fait si ce n'est selon raison et force
de Nature, et pour ce, quand la nature du mercure est une fois transmuée,
elle transmue tout autre mercure en semblable nature, pour laquelle
chose il appert, en retournant à la première intention, comme vous devez

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4. Le brévière ----------------------------------------------------------------------


Au nom de Dieu soit fait Amen. Le premier pas dans la Sagesse est la crainte de Dieu. Avant-Propos. Théorie.
Je Nicolas Flamel Ecrivain de Paris cette année de 1414 du règne de notre prince benoist Charles VI lequel Dieu veuille bénir
et après la mort de ma fidèle compagne Perrenelle, il me prend fantaisie
et liesse en me recordant d'elle, d'écrire en grâce de toi, cher neveu,
toute la maîtrise du secret de la Poudre de Projection ou Teinture
Philosophale que Dieu a pris vouloir de départir à son chétif serviteur,
que ai repéré comme repèreras en oeuvrant comme te dirai. Suis donc
de droit engin et entendement les sermons des Philosophes écrivant
du secret, mais ne prends leurs dires comme disent car ne te feraient
profit, ains que veulent être entendus selon Nature. C'est pourquoi
n'oublie mie de prier Dieu, que te baille entendement de raison, de
vérité et de nature, que verras en icelui livre, où est écrit le secret
de mot à mot et feuillet par feuillet, et ainsi comme j'ai fait et oeuvré
avec ta chère tante Perrenelle que je regrette moult grandement. Adonc
ai mis la maîtrise en cetui livre afin que ne t'oublie mie du haut bien
que Dieu t'accorde et qu'il te seconde. C'est afin que te recordes en
souvenance d'icelui de chanter et psalmodier ses louanges et ne peut
être plus idoine à placer un si beau fait si ce n'est parmi des chants
très hauts; adonc ai écrit cedit livre de ma propre main et que avais
destiné à l'église Saint-Jacques étant de ladite paroisse après que j'eus
recouvré ledit livre du Juif Abraham, ne me prit vouloir de le vendre
pour argent et ai icelui gardé moult avec cure pour en lui écrire ledit
secret d'alchimie en lettres et caractères de ma fantaisie dont te baille
la clé. Aye donc cure de le tenir secret et n'oublie mie de te tenir secret

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et d'avoir de moi souvenance quand je serai dans le suaire en remémoire
adonc que t'ai fait tel document c'est à savoir afin que te fasse grand
maître en alchimie philosophale car tel est mon plaisir mon vouloir
soulas et ma fantaisie de te bailler ledit secret. Adonc fais comme
ai fait et fais encore maintenant savoir que je suis avancé en âge
décrépit c'est à savoir tout en l'honneur de Dieu de l'Eglise au secours
des pauvres nécessiteux veuves et orphelins comme ai à cette heure que
j'ai fondé rentes et hôpitaux et orné vingt-deux maisons de Dieu en
piété et fidélité. Adonc écoute tes documents et mets au fond de ton
coeur et ne te divertis du droit chemin de vérité. Adonc rends grâces
à Dieu très bon qui t'a fait par moi impétrer telle maîtrise et n'oublie
que te baille par clair sermon de mot à mot tout ce que avons oeuvré
Perrenelle et moi et que avons tant quéri par moult plus de vingt-trois
ans en peine, sollicitude et laboeur et qu'avons finalement repéré maîtrise
à maintes reprises comme t'avons montré et que promis avons
te bailler avant ma mort pour souvenance de nous deux et quand tu
seras proche de mourir fais mettre ce livre en tes cendres: c'est afin
que le monde n'en fasse dommage et de quoi toi et moi serions noceux
pour ce que tout ordre mondain serait à rien et cuiderait tout mondain
être maître et serait tout perdu. Ainsi donc qu'amour de toi ne
me fasse dommage envers Dieu. Adonc tiens secret telle maîtrise prie
et invoque le Saint Esprit illuminant nos intentions et notre esprit et
impétrons nos intentions et notre esprit par tel chemin l'engin d'oeuvrer
en la maîtrise d'alchimie par voie de Nature.


THEORIE DE FLAMEL
Je vas donc commencer ton document par sermon clair et plein afin de (ne) pas brouiller ton entendement en avant de dire mot sur
la pratique d'oeuvrer, j'ai voulu te conduire par théorie à connaître
ce qu'est alchimie c'est à savoir science muante corps métalliques en
perfection d'or et d'argent produisant santé aux corps humains et muant

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vite pierre et caillou en fine sincères et précieuses. Adonc est icelle
connaissance et n'a nulle autre pareille et par icelle est constitué un
art qui n'a nul pareil à soi c'est à savoir au Philosophal par quoi
est fait un corps médicinal universel muant et en pur
clair luisant net et coloré comme ainsi que le minéral et encore icelui
meilleur que tout autre or métallin et inclut en soi vertu et force de
guérir tous maux quelconques et de faire avancer tous végétaux avant
son terme et muer tous cailloux en diamants et rubis: tel art et maîtrise
est donc faite en engin de Nature, secret régime de feu approprié
et industrie de l'opérant: et tout suivant raison naturelle d'entendement
et petit à petit se finit pourvu que ne t'ennuie mie de cuire en
patience non anxieuse adonc pour l'ouvrage philosophal impétrer qui
est sur tout le cours de Nature, tu dois comme un homme d'entendement
avoir deux principales intentions. La prime est entendement
droit et avoir l'intelligence des choses que te dirai. Car moi j'avais
bien avant d'oeuvrer et impétrer le droit chemin comme homme d'entendement
la raison de nature en , et comme ai dit en mon
livre où sont gravées les figures que verras ès arches des charniers.
Ains ai resté court par moult plus de vingt-trois ans et demi à labourer
sans pouvoir marier la lune qui est vif argent à l' et tirer d'icelui
le fumier de l' et l' seminale qu'est venin mortifère pour ce
que ne connaissais mie l'agent ou médium afin de fortifier le car
sans icelui medium est comme eau vulgale et que ne peut fuser a ou
ou encore, ains se fait eau acuée tout ainsi fixe ce à acuité ce
qu'après a force de labourer et d'ouvrer et ce qu'enfin moult finalement
ai dépeint au quatrième et cinquième feuillet de mon livre
d'Abraham.
C'est pour cette raison que la seconde intention est de savoir comme se doit fortifier ce mercure par agent métallin sans quoi ne
se peut mie aller au centre de l' et de l' qui sont durs ce que
ne peut être ouvré fors par l'esprit soufreux de l'or et l'. Adonc
métier est qu'après tout d'abord iceux avec agent métallin c'est à savoir

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**** A T T E N T I O N ****

Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.
**** A T T E N T I O N ****


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Table des matières ----------------------------------------------------------------------


Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Les Figures Hiéroglyphiques . . . . . . . . . . . . . . . 43
Le sommaire philosophique . . . . . . . . . . . . . . . . 89
Le Livre des Laveures . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
Le Brévière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191

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Achevé d'imprimer le 11 mai 1989 dans les ateliers de Normandie Impression S.A. à Alençon (Orne) N° d'imprimeur: 891013 Dépôt légal: mai 1989

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NICOLAS FLAMEL OEUVRES

La France a compté, et compte toujours, de nombreux alchimistes. Aucun cependant, même l'adepte contemporain
Fulcanelli, n'a égalé en réputation Nicolas Flamel. Il reste encore
de nos jours, à Paris, gravées dans la pierre, des traces visibles
de ses largesses et de sa prodigieuse fortune.
Nicolas Flamel naquit aux environs de 1330 dans une famille assez pauvre; il put cependant recevoir une éducation de lettré.
Très jeune il serait allé à Paris pour s'y établir comme écrivain
public. Ce métier allait de la rédaction d'inventaires à la rédaction
d'actes divers. Flamel raconte lui-même qu'un jour il acquit
pour quelques pièces un livre ancien en latin, avec des figures
énigmatiques peintes sur sept feuillets.
Flamel n'y comprit rien, mais il se mit à étudier les textes et figures pendant des mois et des années. Il y avait associé sa
femme, dame Perrenelle, et ils cherchaient toujours dans le
secret, le sens de ce livre. Dix, vingt années passèrent en
recherche alchimique, quand, vers 1382, apparaissent des
preuves de la fortune de Nicolas Flamel. En l'espace de quelques
mois, ils devint propriétaire de plus de trente maisons ou
domaines; il fit construire plusieurs chapelles et hôpitaux; il
consentit une dotation à l'établissement des Quinze-Vingt.
Dans sa propre paroisse, Saint-Jacques-la-Boucherie, on a retrouvé
trace d'une quarantaine d'actes faisant état de dons
considérables faits par le petit écrivain public.
Nicolas Flamel mourut en 1418 sans avoir cessé d'accroître sa renommée et sa fortune. Les actes notariés de ses diverses
possessions restent et apportent la preuve d'une fortune hors du
commun. Il légua la totalité de ses biens à Saint-Jacques-la-
Boucherie.
De nombreuses légendes ont couru sur Flamel et sa femme, notamment leur accession à une semi-immortalité. Ils se seraient
enfui, par prudence, aux Indes, où ils vécurent bien au-delà de
l'âge imparti aux simples humains.



Couverture : Document Roger-Viollet

2-7029-0246-4 75 F


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