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Réfer. : SF0800
Auteur : Jean Rodolphe Glauber.
Titre : La description des nouveaux fourneaux Philosophiques.
S/titre : ou Art distillatoire, par le moyen duquel sont tirés les
esprits... Et traduit en notre langue par le Sieur Du Teil.
Editeur : Thomas Jolly. Paris.
Date éd. : 1659 .


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L A D E S C R I P T I O N
D E S N O V V E A V X
F O V R N E A V X
PHILOSOPHIQVES. O V A R T D I S T I L L A T O I R E, Par le moyen duquel sont tirez les Esprits,
Huiles, Fleurs, & autres Medicaments: Par vne voye aisée & auec grand profit, des Vegetaux, Animaux, & Mineraux.
Avec leur usage, tant dans la Chymie, que dans
la Medecine. Mis en lumiere en faueur des Amateurs de la Verité. Par I E A N R O D O L P H E G L A V B E R
Et traduit en nostre Langue, Par LE SIEVR DV TEIL. pict A P A R I S, Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie,
aux Armes de Hollande. ----------------------------------------------
M. D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
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pict

P R E' F A C E S U R L A T R A D U C T I O N
Française des Oeuvres
D E G L A U B E R.
pict I je n'étais pas ennemi
des longues Préfaces, j'aurais ici une belle carrière à m'étendre sur les louanges
de la Chimie, & sur celles
de Glauber, dont les Oeuvres
sont si universellement recherchées,
qu'elles seront bientôt
traduites d'Allemand en toutes
les principales Langues de l'Europe.
Je pourrais dire avec vérité
a ij
@

P R E F A C E.
que les Hommes ne sauraient
s'adonner à une étude
plus utile ni plus agréable qu'à
celle de la Chimie, puis qu'elle est
fondée sur les démonstrations
sensibles des Principes de la Nature.
C'est une analyse bien plus
certaine que celle d'Aristote, qui
n'apprend qu'à résoudre le sens
& l'interprétation des paroles:
Mais la Chimie apprend à résoudre
les substances; Elle pénètre
dans ce qu'il y a de plus caché;
& quelque soin que la Nature
ait pris de le dérober à notre
connaissance, elle l'expose à
nos yeux & à nos mains. L'usage
des Huiles, des Esprits, des
Sels, & des Essences, est bien plus
efficace & plus salutaire que celui

@

P R E F A C E.
des potions de la Médecine
commune. La Chimie ne charge
point l'estomac de ce qui est impur
& grossier, elle ne donne au
corps humain que ce qui le peut
soulager. Quant à cette Partie
qui enseigne la connaissance des
métaux, & le moyen de les conduire
jusques à la perfection de
l'or, quoi que la Pierre Philosophale
passe pour une Chimère
dans l'esprit du peuple, il faut
néanmoins avouer, qu'il y a des
raisons si pertinentes pour en
montrer la possibilité, & qu'une
si grande quantité d'habiles
gens en ont écrit, qu'il y a de
quoi convaincre les plus opiniâtres.
C'est de quoi les Anciens
tombent d'accord avec les Modernes,
a iij
@

P R E F A C E.
& depuis le siècle du
grand Hermès jusques au nôtre,
on trouvera que les hommes les
plus savants ont fait une particulière
profession de cet Art. Salomon
n'eut jamais eu une si parfaite
connaissance de toutes les
plantes, depuis l'hysope jusqu'au
Cèdre, s'il ne se fût servi des lumières
que l'on tire de ses opérations.
Pour concevoir l'estime
que l'on en doit faire, il ne faut
que lire ce qu'en ont écrit Geber,
Rasis, Roger Bacon, Arnaud
de Villeneuve, Isaac Hollandais:
l'incomparable Raymond Lulle,
l'Abbé Tritheme, Basile Valentin,
Paracelse, Dornaeus, Alexandre
Suctenius, Severinus
Danus, Sendivogius dit Cosmopolite,

@

P R E F A C E.
Robert Fludd, Quercetanus
ou la Violette, Helmont, &
sur tout il ne faut que savoir l'estime
qu'en fait Monsieur Valot,
très digne premier Médecin
du Roi, & le soin qu'il prend depuis
quelques années du laboratoire
qu'il a confié entre les mains
de Monsieur le Febvre Apothicaire
du Roi, qui s'en va au premier
jour recommencer le Cours
de Chimie qu'il a déjà plusieurs
fois enseigné, avec l'applaudissement
universel de tous ceux qui
ont écouté ses préceptes, & vu
ses démonstrations; & je veux
bien que le Lecteur sache l'obligation
qu'il lui a aussi bien que
moi, de m'avoir donné des lumières
pour le sens de quelques Dictions
a iiij
@

P R E F A C E.
& Phrases Allemandes,
étant aussi bien versé en cette
Langue qu'en la sienne propre, &
en la Latine.
Voilà pour la recommandation de l'Art, Pour celle de l'Artiste
qui est le fameux Glauber,
je n'ai besoin que de son nom seulement,
& c'est assez qu'on peut
dire de lui ce qu'on a dit autrefois
de Tite-Live, avec cette différence,
qu'on venait de toutes parts
à Rome pour entendre l'Eloquence
de cet Historien, & qu'on
va de toutes parts à Amsterdam,
pour voir & goûter le
savoir & l'expérience de ce grand
Naturaliste, qui a compris dans
ses Oeuvres tous les plus rares
secrets, & les plus salutaires remèdes

@

P R E F A C E.
de la Médecine Spagirique,
si bien qu'il n'y a personne
de quelque âge, condition
& métier qu'il puisse être, qui
n'y trouve chose dont il peut tirer
du plaisir & de l'utilité, vu que
les hommes ne sont sujets à aucune
maladie, dont les Livres de
Glauber n'enseignent quelque remède
pour la guérir entièrement,
ou du moins pour en alléger les
douleurs. Et si jamais on a dû
ajouter foi aux Ecrits d'un
homme consommé dans la Pratique,
je pense que c'est à ceux-ci,
qui sont le résultat d'une expérience
de plus de 60. ans. Et comme
l'amour du prochain a porté
l'Auteur à la composition & à
la publication de ses Oeuvres, je

@

P R E F A C E.
prie le Lecteur de croire que le
Traducteur agit aussi par un
même principe, & n'a pas voulu
que les autres Nations eussent
l'avantage sur nous de l'avoir fait
parler en leur Langue. Je le prie
aussi de considérer qu'il n'est pas
question de s'attacher à la politesse
du langage dans les styles dogmatiques,
& qu'il suffit que
cette Version soit exacte & fidèle,
encore qu'elle ne soit pas élégante,
comme on l'aurait pu faire
dans un autre genre d'écrire.

@

pict

Priuilege du Roy.
L O V I S par la grace de Dieu, Roy de France & de Nauarre: A nos amez & feaux, les gens tenans nos Cours
de Parlements, Maistres des Requestes
ordinaires de nostre Hostel, Baillifs,
Seneschaux, Preuosts, leurs Lieutenans,
& à tous autres nos Iusticiers &
Officiers qu'il appartiendra, S A L V T.
Notre tres cher & bien aimé B E R N A R D
D V T E I L, Sieur de Sainct Leonard: nous a fait remonstrer qu'auec beaucoup
de peine & de soin, il a fait vne
Version des Oeuures Chymiques de Iean
Rudolphe Glauber, de la Langue Latine
en la nostre, laquelle Version Françoise
ledit Exposant desireroit faire
imprimer sous le tiltre, le Miracle du
Monde, ou l'entiere & parfaite Description
de la Nature & des proprietez du
merueilleux subjet, appellé par les Anciens
Philosophes le Menstruë universel, ou le
Mercure des Philosophes; Mais il craint

@

qu'aussi-tost vn autre Libraire par
enuie ne voulust pareillement le faire
imprimer, si ledit Exposant n'auoit sur
ce nos Lettres necessaires. A C E S C A V S E S, Voulant fauorablement
traitter ledit Exposant, à cause de son
merite, & sçachant que ces precedentes
Versions ont esté bien receuës du
public, & qu'il ne seroit pas iuste qu'il
fust frustré des fruicts de son labeur;
Nous luy auons permis & octroyé, permettons
& octroyons par ces presentes,
de faire imprimer ladire Version des
Oeuures Chimiques dudit Iean Rodolphe
Glauber, sous ledit tiltre, du Miracle du
Monde, ou l'entiere & parfaite Description
de la Nature & des proprietez du merueilleux
subjet, appellé par les Anciens Philosophes
le Menstruë Vniuersel, ou le Mercure
des Philosophes, icelles exposer en
vente, & distribuer en un ou plusieurs
Volumes, coniointement ou separement,
en tels marges, caracteres, &
par tel Imprimeur ou Libraire que bon
luy semblera, durant le temps & espace
de neuf ans à compter du iour que chaque
piece & Volume sera acheué d'imprimer,

@

à la charge de les faire imprimer
correctement & sur bon papier:
Deffendons à tous Libraires, Imprimeurs,
& autres personnes, de quelque
qualité qu'ils soient, d'imprimer
ou faire imprimer, vendre ny distribuer
pendant ledit temps, d'autres que de
l'impression dudit Exposant, par toutes
les Terres & Seigneuries de nostre
obeïssance, soubs pretexte d'augmentation,
correction, changement de tiltre
ou autrement, en quelque sorte &
maniere que ce soit, sans le consentement
de l'Exposant ou de ceux qui auront
son droict, à peine de confiscation
des exemplaires, six mil liures d'amende,
payables par chacun des contreuenans,
& applicables vn tiers à Nous,
vn tiers à l'Hostel Dieu de Paris, & l'autre
tiers audit Exposant, & de tous dépens
dommages & interests enuers luy,
à la charge d'en mettre deux exemplaires
en nostre Bibliotheque publique,
vn autre en nostre Bibliotheque seruant
à nostre personne en nostre Chasteau
du Louure, appellé le Cabinet de
nos Liures, dont le Sieur de Chaumont

@

a la garde, & vn en celle de nostre tres
cher & feal Cheualier Chancelier de
France le Sieur Seguyer, auant que de
les exposer en vente, à peine de nullité
des presentes: comme aussi de faire registrer
les presentes és Registres de la
Communauté des Libraires de nostre-
dite Ville de Paris. SI V O V S M A N-
D O N S que de tout le contenu en ces presentes vous faciez ioüir pleinement
& paisiblement l'Exposant ou ceux qui
auront droict de luy, sans souffrir qu'il
leur soit donné aucun empeschement:
Voulons aussi qu'en mettant au commencement
ou à la fin de chacun des-
dits Ouurages, vn Extraict des presentes,
elles soient tenuës pour duëment
signifiées. M A N D O N S au premier
nostre Huissier ou Sergent sur ce requis,
de faire pour l'execution des presentes
tous exploicts necessaires sans demander
autre permission, nonobstant
oppositions ou appellations quelconques,
clameur de Haro, Chartre Normande
& Lettres contraires: Car tel est
nostre plaisir. D O N N E' à Paris, le

@

vingt-neufiéme iour de Septembre, l'an
de grace mil six cens cinquante huict.
Et de nostre Reigne le seiziesme,
Par le Roy en son Conseil, Signé,
L O Y S.

Registré sur le Liure de la communauté des Libraires, suiuant l'Arrest de la
Cour, du huictiesme iour d'Auril mil six
cens cinquante trois. Faict à Paris, le
cinquiéme Decembre mil six cens cinquante
huict. Signé, B E C H E T Syndic.

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E T ledit B E R N A R D D V T E I L Sieur de Sainct Leonard, a cedé droict au present Priuilege à T H O M A S I O L L Y, Libraire Iuré à Paris, pour en ioüir suiuant
l'accord fait entr'eux, le dernier
Ianuier 1659.

**Acheué d'imprimer pour la premiere fois
le premier Iuin 1659.
@

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Fautes survenues dans l'impression.
P Age 5. 6. 7. au lieu de pied, lisez empan. page 11. ligne 20. au lieu de qui lisez &. p. 32. lig. 23. au lieu d'vneration, lisez ulcération.
p. 34. lig. 21. au lieu de retirer, lisez, réitère. p.
48. lig, 20. au lieu de Reims, lisez Rhin.

@

pict

A V I S A U L E C T E U R
TOUCHANT L'ORDRE ET LA disposition qu'on a observée en l'Impression de la Traduction Française des Oeuvres de G L A U B E R.
pict E vous avertis que cette traduction
Française des oeuvres de Glauber, ayant été faite après l'édition Allemande, Latine, &
Anglaise, de la plupart des dites oeuvres,
dont il y a près de trente petits
Traités, sans compter ceux qu'on attend
de l'Auteur, qui est encore vivant,
& qui ne cesse de communiquer au public
les grandes lumières qu'il a reçues
de Dieu dans la Chimie: J'ai trouvé
bon de changer l'ordre & la disposition
a
@

des volumes, à la réserve du premier, contenant
les cinq Fourneaux Philosophiques,
l'Appendix, & les Annotations,
auquel on n'a rien innové, d'autant
qu'il est composé de Traités qui ont du
rapport & de l'affinité ensemble. Ce
rapport & cette affinité qui n'a pas été
suivie dans l'Edition de l'Auteur, lequel
a tantôt donné un Traité au Public,
& puis l'autre, selon qu'il lui a
plu; j'ai trouvé à-propos de l'observer,
faisant imprimer cette traduction Française.
Ainsi donc laissant le premier
Volume en son premier ordre: ils seront
imprimés, & mis ensemble comme
s'ensuit.

@

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O R D R E E T D I S P O S I T I O N D E S
Volumes des Oeuvres de G L A U B E R. traduites en Français par le Sieur DU TEIL.
Le premier Volume comprendra 7. Traités.
L A première Partie des nouveaux Fourneaux Philosophiques. La seconde Partie.
La troisième Partie.
La quatrième Partie.
La cinquième Partie.
L'Appendix de la cinquième Partie.
Les Annotations sur l'Appendix de la
cinquième Partie. Le second Volume contiendra 6. Traités. La première Partie de l'oeuvre minérale.
La seconde Partie.
La troisième Partie.
La teinture de l'or, ou vrai Or potable.
La Médecine universelle.
La consolation des Navigants.
Le troisième contiendra 5. Traités. Le miracle du monde, ou mercure des
Philosophes. L'explication du miracle du monde.
a ij
@

La continuation du miracle du monde.
La nature des sels.
La signature des sels.
Le quatrième contiendra 5. Traités. La première Partie de la prospérité
d'Allemagne. La seconde Partie.
La troisième Partie.
La quatrième Partie.
Des fèces du vin.
Le cinquième contiendra 6 Traités. La première Partie de la Pharmacopée
Spagyrique. La seconde Partie.
La troisième Partie.
La quatrième Partie.
La première Partie de l'Apologie.
La seconde partie de l'Apologie.

Les volumes étant ainsi rangés, ils seront presque d'une égale grosseur, & ne
seront composés que de Parties qui ont quelque
rapport entr'elles. Ce n'est pas qu'on ne
les trouve séparées chez le Libraire si on
veut. Adieu.

@

1
pict

P R E F A C E A U Lecteur.
pict N F I N j'ai résolu de communiquer
au Public les façons toutes particulières, que j'ai inventées depuis peu par mes travaux continuels, de faire des Fourneaux,
& de distiller, par le moyen desquelles
on peut faire beaucoup d'excellentes
opérations, lesquelles passent pour
impossibles dans l'esprit du Peuple: jusqu'ici
je les avais réservées en moi-même,
comme de très rares secrets; mais je
n'ai pas voulu frustrer mon prochain de
l'utilité qu'il en peut tirer, ni les curieux
Spagyriques d'une connaissance parfaite
& fondamentale, pour réussir plus facilement,
& avec moins de dépense dans
leurs desseins. Je diviserai ce Livre en
cinq parties. Dans la première j'enseignerai
la construction d'un certain fourneau,
dans lequel sont distillées & sublimées
les choses incombustibles; ce qui
ne se peut faire par le moyen des Retortes
& autres vaisseaux. Et aussi je montrerai
A
@

2 Préface
comme sont préparés les esprits
des Minéraux & des Métaux, les Fleurs,
les Huiles, & comment il en faut user.
Dans la seconde Partie, j'enseignerai la construction d'un autre fourneau, dans
lequel les combustibles, tels que sont
les Végétaux, les Animaux, & les Minéraux,
sont distillés & parfaitement subtilisés:
& par le moyen duquel on peut
préparer plusieurs médicaments pour la
guérison des maladies les plus désespérées.
Dans la troisième j'enseignerai une nouvelle invention inconnue jusqu'à
présent, de distiller les esprits ardents,
comme du vin, Froment, Fruits, Fleurs,
Herbes & Racines, voire même les eaux
des Végétaux & des Animaux en grande
quantité, en fort peu de temps, & à peu
de frais: Comme aussi la manière de cuire
la Bière, l'Hydromel, le Vin, & autres
choses, qui autrement se font dans de
grands Vaisseaux de cuivre, ou de fer,
par le moyen des Vaisseaux de bois, avec
l'aide seulement d'un certain petit instrument
de cuivre, ou de fer, du poids
de deux ou trois livres, c'est une voie aisée
sans aucun fourneau. Cette nouvelle
invention enseigne aussi plusieurs autres
opérations Chimiques, comme Putréfactions,
Digestions, Circulations,

@

au Lecteur. 3
Extractions, Abstractions, Cohobations,
Fixations, &c. Elle est tout à fait nécessaire,
principalement aux Apprentis,
d'autant que pour la confection des Esprits
ardents, des Eaux Végétables, &
autres médicaments, ils n'ont pas besoin
de tant de fourneaux, ni de tant de vaisseaux
de toutes manières, n'ayant besoin
seulement que d'un petit instrument
de cuivre, ou de fer, dans des
vaisseaux de bois, faisant les opérations,
aussi bien qu'avec les vessies, & autres
grands vaisseaux de cuivre. Par ce moyen
on épargne la dépense, &c.
Dans la quatrième partie sera enseignée la construction d'un autre certain
fourneau inconnu jusqu'à présent,
dans lequel on peut aisément faire toutes
les opérations Chimiques: qui sera
très utile pour découvrir la nature des
Minéraux, & des Métaux; pour les examiner
aussi, pour les fondre, coupeller,
séparer, en sorte qu'il ne s'en perde rien,
par une voie facile, prompte & fructueuse.
Dans la cinquième Partie sera montrée
la façon de faire, ou de préparer les
instruments de fer, de terre, de verre, &
autres nécessaires aux quatre fourneaux
susdits; on y verra aussi beaucoup d'autres
choses manuelles qui sont fort utiles.
A ij
@

4 Préface au Lecteur.
Même dans la première Partie, après avoir désigné la fabrique du premier
fourneau, je déclarerai comment par son
moyen sont faits les Esprits, les Huiles, les
Fleurs, & autres médicaments d'importance,
comment il en faut user selon leurs
forces & propriétés, le tout avec fidélité
& sans aucune tromperie. Je ne doute
point que ceux qui entendront mes Propositions,
ne les approuvent, & que ceux
qui ne les entendront pas, ne les méprisent;
c'est le Proverbe. Celui qui bâtit
auprès d'un grand chemin, est contraint
d'entendre beaucoup de choses des Envieux.
Mais il faudrait que ces malheureux
*Thrasons missent au jour quelque
chose de mieux, avant que de censurer
les travaux d'autrui.
Que si par hasard quelqu'un après avoir construit ce fourneau, & s'en être servi,
n'y trouvait pas son compte d'abord, & ne
réussissait pas comme il avait espéré, qu'il
fasse réflexion que peut-être il a manqué
en quelque chose, d'autant qu'on peut facilement
errer dans une opération nouvelle
& inconnue: qu'il ne murmure
point contre l'Auteur, & qu'il impute sa
faute à sa propre ignorance, qu'il s'exerce
dans le travail, & enfin il réussira, comme
je prie Dieu que tout le monde réussisse.

##Note :*Thrasons: ?
#

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Page de gravures manquante.
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P. I. Figure. I.
D le trou inférieur du Fourneau, E le premier
pot sublimatoire, mis dans le trou inférieur
du Fourneau, F, le second pot, G, le
troisième, H, le quatrième, & ainsi des autres.

P. I. 2. Figure.
A le cendrier de la même largeur de Fourneau,
B le trou par lequel sont jetés les
charbons & les espèces à distiller, C, le bouchon
de pierre qu'il y faut mettre après l'injection,
D le trou d'en haut avec un certain
faux fonds qu'il faut remplir de sable,
E le couvercle du trou d'en haut, lequel
est mis après l'injection, F le tuyau qui sort
hors du Fourneau, se joignant au premier
pot, G le premier récipient, H le second, I le troisième, K le siège sur quoi est appuyé le
premier récipient troué au milieu, afin que le
col du récipient puisse passer, auquel est attachée
l'écuelle, L l'écuelle par le tuyau de
laquelle descendent les esprits condensés
dans un réceptacle apposé, dans lequel distillent
les esprits ramassés dans l'écuelle, M
le récipient dans lequel les esprits assemblés
dans l'écuelle coulent, N le siège par le milieu
duquel passe une vis qui se peut lever
comme on veut, par le moyen de laquelle l'écuelle

@

L est appliquée au premier récipient,
c'est-à-dire au plus bas, O le lieu du tuyau
pour la distillation de l'esprit de vitriol &
d'alun, P la grille consistant en deux grosses
barres de fer qui traversent & qui sont
fermement appliquées au Fourneau, auxquelles
sont appuyées 4. ou 5. autres plus
petites, & qui se peuvent ôter, afin que le
Fourneau puisse être nettoyé des immondices.

P. I. Figure 3.
F le tuyau du Fourneau, G le premier tuyau
courbé & ajusté au tuyau du Fourneau, H
le récipient accommodé à ce tuyau mis dans
la cuve d'eau pour hâter les opérations, lequel
récipient a un couvercle avec 2. trous dans
le K, dans le premier desquels passe le premier
tuyau courbé, & par l'autre L l'autre tuyau
double, par un bras seulement, & l'autre allant
hors du récipient H, dans le second récipient
H H, étant mis comme le premier
dans une cuve I, aussi entre l'autre tuyau
courbé doublement M, par ce moyen les fleurs
sont sublimées, & les esprits distillés en
grande quantité.

@

5
pict

L A P R E M I E R E P A R T I E, Des Fourneaux Philosophiques.
----------------------------------------
DE LA STRUCTURE DU PREMIER Fourneau.
pict O U R ce qui est du premier fourneau, il peut être bâti grand ou petit, selon votre volonté, ayant égard à la quantité de la matière que désirez distiller. Comme aussi le faire rond, ou carré, avec des briques, ou bien
avec de la terre de Potier. Si le diamètre est d'un
pied au dedans, il faut que la hauteur soit de
quatre, savoir un pied du fond jusques à la
grille, un autre de la grille jusqu'à la porte par
où on met les Charbons dedans, & deux de là
jusques en haut du Canon: lequel doit sortir
hors du fourneau, pour le moins un pied, autrement
les récipients s'échauderaient étant trop
proches du fourneau: le Canon doit avoir la
quatrième partie du diamètre, répondant à la
A iij
@

6 La première Partie.
troisième partie de l'intrinsèque du diamètre du
fourneau. Comme aussi il doit être un peu plus
large en dedans qu'en dehors: que la grille soit
faite de telle façon que les barres se puissent retirer
à votre volonté, pour la nettoyer lors qu'elle
est bouchée par la matière, qui est jetée dessus
lors de la distillation; d'autant qu'elle se
bouche aisément quand on dissipe des sels qui
fondent avec les charbons. Par ce moyen l'air
est empêché de venir au feu, & par conséquent la
distillation empêchée. Ou bien faites mettre
deux grosses barres au travers du fourneau, sur
lesquelles vous en mettrez quatre ou cinq plus
petites, éloignées l'une de l'autre d'un doigt, sortant
un peu hors du fourneau; afin que lors qu'il
sera bouché vous les puissiez tirer hors avec les
pincettes, les reculer & les nettoyer de la matière
brûlée, puis les remettre derechef en leur place.
C'est pourquoi le fourneau doit aussi être
ouvert sous la grille, afin que vous la puissiez
mieux gouverner.
De plus, la grille doit avoir en haut un couvercle de fer, ou de pierre, avec un trou au milieu
d'une certaine distance qui doit être remplie de
sable, afin que le couvercle puisse plus justement
boucher le trou, pour empêcher que les
esprits ne s'exhalent: par ce moyen les esprits
seront forcés de passer par le Canon, & aller aux
récipients, après que vous aurez jeté dedans les
matières qui sont pour être distillées.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 7

Des Récipients.
Q Ue les récipients soient de verre, ou de terre forte qui puisse retenir les esprits, comme sont celles de Valdebourg, de Hesse, &c. Mais les
meilleurs sont ceux de verre, si on en peut avoir,
& particulièrement ceux qui sont faits d'un verre
très fort, lequel doit être poli & égalé avec
de l'émeri, afin de les mieux joindre ensemble,
& lors il n'est pas besoin de luter. Or comme
quoi ils doivent être polis avec de l'émeri pour
être bien joints, il sera dit au cinquième Livre,
qui traite des choses manuelles; d'autant que par
cette voie ils sont si bien joints ensemble, que
les esprits n'en sauraient sortir par les jointures,
autrement il faut fermer les jointures avec
du meilleur lut, tel qu'il ne laisse exhaler les esprits.
Ce qui sera montré au Livre qui traite
des choses manuelles. Pour la forme du récipient
tu la vois dans la démonstration du fourneau,
avec la quantité nécessaire, & sache que plus
grands ils sont, tant meilleurs sont-ils, & qu'il
n'en faut pas tant; mais il en faut davantage,
quand ils sont petits. Prends garde que le trou
supérieur soit plus large que l'inférieur, de telle
façon qu'un autre récipient avec son trou inférieur
se puisse joindre à lui, & que le trou inférieur
ait trois doigts de large ou environ, en
diamètre. J'entends en cas que le diamètre de la
Fournaise soit d'un pied, car à une fournaise plus
grande, il y faut de plus grands trous, & de plus
grands orifices des récipients, afin que par ce
A iiij
@

8 La première Partie.
moyen on puisse donner une suffisante & due
proportion d'air au feu: mais si le diamètre est
de plus d'un pied, il faut aussi qu'il ait deux ou
trois Canons (lesquels considérés ensemble,
doivent aussi avoir la largeur correspondante à
la largeur de la tierce partie du fourneau: car il
est nécessaire qu'il y ait autant de largeur, & autant
d'air, si le feu brûle aisément & fait son office)
auxquels il faut appliquer des vaisseaux de
la susdite proportion, afin que le feu ne s'éteigne.
A présent la figure ci-devant te montrera la conjonction des récipients; comme aussi leur
application sur le fourneau. Car premièrement
le récipient demeure sur un siège à trois pieds
percé au milieu, afin que le premier récipient passe
au travers, auquel est appliquée une écuelle
avec un Canon qui reçoit la distillation des esprits;
au premier on en joint un second, & à celui-là
un troisième, & comme cela ensuivant
(proche d'une muraille, ou échelle) tant qu'il
vous plaira. Laissez le récipient de dessus, & tous
les autres ouverts. Au plus bas, comme a été dit,
il y a une écuelle jointe avec le Canon, ou col,
par lequel l'esprit qui distille coule en bas dans
un autre certain vaisseau aussi appliqué, lequel
étant plein on le retire, & on en met un autre
à sa place, d'autant qu'il est mis dessous sans luter,
c'est pourquoi il peut être aisément changé.
Et s'il te plaît de distiller autre chose, il te
faut ôter cette écuelle, avec le canon ou col, &
le nettoyer, & le rejoindre derechef bien justement
(afin que l'esprit ne s'exhale) au col du

@

Des Fourneaux Philosophiques. 9

récipient d'en bas, & si l'écuelle ne peut être
jointe si exactement, pour empêcher que l'esprit
ne s'exhale, mets-y dedans une cuillerée d'eau,
car cela le retient, & ne gâte point l'esprit, d'autant
qu'il est séparé par la rectification.

Des vaisseaux sublimatoires.
P Our ces vaisseaux, il n'est pas nécessaire qu'ils soient de verre, ni de cette terre qui retienne les esprits, comme a été dit ci-devant: il
suffit qu'ils soient faits de bonne terre de potier
bien plombée par dedans, de la forme montrée
par la figure.
Néanmoins il faut choisir de la terre qui souffre le feu, car le pot plus bas souffre une telle
chaleur, qu'il se romprait, s'il n'était de
bonne terre.
Maintenant je te veux montrer en général la façon de distiller les choses manuelles qui sont
nécessaires en chaque distillation.

La manière de distiller.
P Remièrement il faut mettre dans le fourneau des charbons ardents, & après les couvrir d'autres, tant que le fourneau soit presque
plein jusques au col du Canon; ce fait ne couvre
point le trou du haut du fourneau de son
couvercle (afin que la chaleur avec la fumée
passent par là, & non au travers du col du canon
aux récipients, lequel serait par ce moyen rouge
du feu, & empêcherait la distillation) jusqu'à

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10 La première Partie.
ce que le feu soit bien allumé, & la fournaise
bien chaude; alors jette dedans avec une cuillère
de fer de ta matière préparée autant qu'il en
faut pour couvrir les charbons; ce fait ferme
bien le trou de dessus, avec son couvercle en le
pressant sur le sable qui est mis sur la partie basse
du trou, étant un lieu préparé pour cet effet.
Donc que celui qui jette quelque chose dedans
par le trou du milieu, le ferme promptement &
bien juste, avec un bouchon de pierre. Car par
ce moyen toutes les choses qui sont jetées dedans,
seront forcées de passer au travers du col du
canon, & aller aux récipients en forme d'une
nuée épaisse, & se condenser en un esprit acide,
ou huile, & de là distiller au travers du col dans
l'écuelle qui est dessous, par le trou de laquelle
elle coulera dans un autre récipient de verre.
Les charbons étant brûlés, & tous les esprits
étant sortis hors, il faut mettre dedans davantage
de charbon, & aussi de votre matière. Continuant
tant qu'ayez une suffisante quantité
d'esprits. Par cette façon de distiller vous pouvez
commencer & finir à votre volonté, sans
aucun danger.
Quand vous désirerez nettoyer le fourneau, il ne faut faire autre chose que tirer les petites barres
qui sont sur les deux grosses, afin que la tête
morte tombe en bas, laquelle tirerez hors avec
la poêle à feu, & remettrez derechef les petites
barres sur les deux grosses, comme devant, sur
lesquelles mettrez des charbons ardents, & sur
ceux-là d'autres, tant qu'il y en ait assez, alors
les charbons étant bien allumés, jetez vos matières
dessus.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 11

Quand tu voudras nettoyer les récipients, pour distiller autre chose, tu n'as pas besoin de
les ôter du lieu où ils sont: mais seulement verser
de l'eau nette dedans, par le récipient d'en
haut, & en descendant elle nettoiera les autres.
Et par ce moyen non seulement des Végétables, Volatils, & Minéraux (incombustibles)
mais aussi des métaux fixes, & des pierres, les esprits,
huiles & fleurs en sont tirés en abondance,
& aisément. Ce qui ne saurait être fait par la
distillation vulgaire.
Or dans cette fournaise, sont seulement distillées les matières, lesquelles en distillant jettent
une humidité incombustible, comme le sel commun,
vitriol, alun, & autres minéraux & métaux,
chacun desquels demande une particulière
opération si on travaille dessus.
Et d'autant que cette fournaise ne sert pas pour chaque chose indifféremment, à cause que
les matières qui s'y distillent, se jettent sur les
charbons ardents qui sont choses incombustibles;
J'ai résolu d'en donner une autre façon
dans la seconde partie, plus petite que celle-ci,
& néanmoins propre pour distiller toutes choses
combustibles, qui contiennent un esprit volatil,
comme le tartre, corne de cerf, ambre, sel
armoniac, urine, &c. On fait aussi par ce moyen
des esprits subtils, volatils, sulfureux, des sels
& des minéraux. Comme du sel commun, vitriol,
alun, nitre, antimoine, & autres minéraux
& métaux, lesquels ne peuvent être tirés sans
cette fournaise, avec lesquels esprits on fait des
choses incroyables dans la Médecine, & Alchimie.

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12 La première Partie.
Comme il sera montré plus au long dans la
seconde Partie.
Je te veux à présent montrer une autre voie pour faire d'autres récipients, servants à la première
fournaise, & à la vérité plus propres pour
certaines opérations. Comme les précédents sont
plus propres pour d'autres, celui qui voudra travailler
choisira de ceux-ci ou des autres comme
bon lui semblera.
Or comme les précédents sont dressés en montant contre une muraille ou échelle, afin que les
esprits descendent de l'un à l'autre, tant qu'étant
refroidis & condensés, ils dégouttent en bas dans
l'écuelle qui y est annexée: ceux-ci sont placés
tout au contraire, car ils sont joints à un vaisseau
plein d'eau froide pour condenser les esprits, &
par ce moyen tu n'as pas besoin de tant de récipients.
Comme aussi il ne faut pas qu'ils soient
façonnés de même que les autres. Comme d'être
ouverts en haut, & en bas, mais seulement
eu haut, semblables aux pots qui servent à bouillir.
Toutefois prends garde que plus ils sont larges
& profonds, & plus commodes sont-ils.
Il les faut aussi joindre ensemble par le moyen des canons de terre, avec cet intervalle, que les
esprits étant encore chauds ne puissent pas passer
de l'un dans l'autre, mais qu'étant forcés de
passer au milieu de la séparation du canal, ils aillent
au fonds de chaque récipient, & de là montent
par un autre canal dans un autre récipient
qui ait un double couvercle, semblable au précédent,
là où descendant derechef dans le fond qui
est froid, ils se refroidissent & se condensent. Or

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Des Fourneaux Philosophiques. 13

c'est assez de trois ou quatre de ceux-ci (& des
autres il en faut treize ou quatorze) ayant égard
à la grandeur.
Tu peux voir la figure de ces récipients; comme aussi la façon de les joindre ensemble par la
figure ici apposée, & ordinairement un suffit
pour ceux qui distillent peu de chose, principalement
si la matière n'est pas précieuse, & lors on
joint du moins un canon de terre courbé par un
bras avec le canon, qui sort hors du fourneau & par
l'autre avec le récipient. Mais de façon qu'il descende
en bas dans le récipient, jusqu'au milieu, &
lors tu n'as pas besoin de boucher l'orifice des
récipients: car il n'importe pas beaucoup, si quelque
peu s'évapore, la matière qui est à distiller
n'étant pas précieuse; & par cette voie, vous
pouvez faire à toute heure, nouveaux esprits &
nouvelles fleurs, par le moyen d'une fournaise,
& d'un récipient, mais avec cette précaution,
qu'à chaque nouvelle distillation, le récipient soit
bien lavé avec de l'eau, auparavant qu'il soit mis
au canal, auquel étant joint, tu peux jeter tes
espèces dans la fournaise, réitérant ledit procédé
tant que tu aies une suffisante quantité d'esprits.
Et cette manière de distillation sert spécialement pour éprouver les natures & propriétés de
beaucoup de divers minéraux, comme sont ceux
qui rendent des esprits & fleurs par le feu: car il
serait trop embarrassant de mettre un nouveau &
différent récipient, à chaque nouvelle distillation;
ce qui cause que beaucoup d'étudiants en
l'art Chimique, veulent quitter leur étude, n'étant
pas possible de faire plus d'un essai par la

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14 La première Partie.
retorte dans un jour, & ne se faut pas étonner si
la longueur du temps, & la dépense, en détournent
beaucoup.
Ici il n'est pas besoin de tant de retortes, ni de les luter, ni de tant de récipients & autres
choses superflues, ni même il n'est pas nécessaire
d'être toujours présent pour observer les degrés
du feu, lesquels étant négligés, les récipients
& retortes sont en danger d'être cassées, & par
conséquent tout le travail perdu. Ce qu'il ne
faut pas craindre en ce rencontre, d'autant qu'il
ne faut autre chose que jeter la matière sur les
charbons, & couvrir la fournaise; & lors les esprits
& les fleurs sortent incontinent de même
nature que leur minéral. Quand tu en as retiré
une quantité suffisante, il faut tirer hors les barres
de fer, sur lesquelles sont les charbons, afin
qu'ils tombent en bas, & qu'on les puisse retirer;
& pendant que la fournaise est encore chaude,
mettre les barres derechef dedans, sur lesquelles
tu mettras nouveaux charbons, qui s'allumeront
d'eux-mêmes par la chaleur de la fournaise, en
même temps il faut ôter le récipient, & le nettoyer,
puis le remettre derechef, ou bien un autre
fort net pour la nouvelle distillation d'autre
matière.
Par cette voie tu peux en l'espace d'une heure distiller & sublimer diverses choses, en petite
quantité: mais celui qui veut distiller ou sublimer
en grande quantité, se servira de trois ou
quatre pots, afin que les esprits passent de l'un à
l'autre, & que rien ne soit perdu. Il n'est pas
besoin (comme j'ai dit ci-devant) d'une présence

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Des Fourneaux Philosophiques. 15

continuelle de l'opérateur. Car il peut commencer,
cesser, ou continuer à son plaisir, d'autant
que le travail est sans aucun danger de rompre
les retortes & récipients.
Celui qui connaît l'usage de cette fournaise peut faire beaucoup de choses en peu de temps,
& à peu de frais, car qui que ce soit peut plus
faire par cette voie en l'espace d'une heure, que
par la voie commune en vingt-quatre heures.
On épargne aussi beaucoup de charbons, d'autant
que dix livres de charbon sont plus que cent
dans une autre manière. Celui qui sera expérimenté
distillera une livre d'esprit-de-sel dans une
heure, avec 3. 4. ou 5. livres de charbon, & il en
faudrait cinquante ou soixante livres, & pour le
moins vingt ou trente heures de temps par la
commune voie des retortes; ce qui est à la vérité
fort ennuyant.
De plus, on peut faire par cette voie les fleurs des Minéraux, & des Métaux, en grande quantité,
très aisément, en peu de temps, & à peu de
frais, de telle façon qu'en l'espace d'une heure,
avec trois ou quatre livres de charbon, on peut
faire une livre de fleurs d'antimoine, & ce n'est
pas un petit soulagement aux Médecins & Chimistes.
Cette fournaise aussi étant une fois bâtie, dure beaucoup d'années, & étant rompue, s'accommode
aisément.
Par cette voie tu n'as besoin que de matière pour distiller, les retortes & récipients n'étant
en nul danger; ce qui est une grande épargne.
Outre les susdites voies, j'en ai encore une
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16 La première Partie.
autre, qui est plus courte & aisée pour distiller, &
pour sublimer: par laquelle en fort peu de temps
on peut faire une incroyable quantité d'esprits
des sels, & des fleurs des minéraux, & des métaux,
je la remets à un autre temps, à cause que
j'en ai dit assez pour le présent.
Maintenant je ne doute pas, que les diligents Chimistes ne suivent mes enseignements, & ne
trouvent des choses qui me sont même inconnues.
Car il est plus aisé d'ajouter aux choses
déjà inventées, que de trouver celles qui sont
inconnues.
La construction de la fournaise étant à mon opinion clairement montrée, s'ensuit à présent
la façon de distiller & de sublimer.
Que si par hasard contre mon opinion, il s'y trouve quelque obscurité, néanmoins un procédé
éclaircira l'autre, & l'opérateur diligent à
chercher la nature, obtiendra sans doute par sa
pratique par la manière que j'ai décrite, ce qu'il
désire, comme j'en prie Dieu Tout puissant.

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Comme il faut distiller l'esprit de Sel.
L A raison pourquoi je commence par l'esprit de sel, premier que je dise aucune chose de l'esprit des Végétaux, est celle-ci,
d'autant que c'est le principal qui peut être fait
en cette fournaise. Car il y en a peu qui excédent
celui-ci en force & vertu, c'est pourquoi je lui
donne le premier rang: même il n'y a point
d'esprits,
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Des Fourneaux Philosophiques. 17

d'esprits, auxquels les Chimistes aient plus fait
de recherches qu'en celui-ci, c'est pourquoi
il a été toujours en grande estime, &c. Quelques-uns
ont mêlé le sel avec de la terre de Potier,
& en ont fait des petites boules pour en tirer
l'esprit, le sortant par la retorte à feu très
violent, d'autres l'ont mêlé avec du bol, quelques-uns
avec de la poudre de tuiles, & d'autres
avec alun brûlé.
D'autres se servant d'une voie plus courte, ont fait fondre le sel dans la retorte qui a un
tuyau ou Canal en haut & un autre en bas, &
par le tuyau d'en haut ils ont jeté quelque peu
d'eau froide, pour élever la pesanteur de l'esprit
du sel, & par le bas ils ont soufflé avec un soufflet,
pour forcer les esprits d'aller dans la retorte, &
cette façon ne doit pas être méprisée: Néanmoins
il y a cet inconvénient, qu'à la longueur
du temps les retortes sont rompues, car elles
ne peuvent pas retenir long temps le sel, & par
ce moyen la distillation est empêchée; quelques
uns ont essayé avec des retortes de fer,
mais par ce moyen les esprits sont amortis, d'autant
qu'ils s'attachent aisément avec le fer, & au
lieu de l'esprit ils n'ont que du flegme. Ils ont
inventé telles & semblables voies pour distiller,
par toutes lesquelles ils ont rarement atteint à
en distiller une livre en 24. ou 30. heures, avec
50. 60. ou 100. livres de Charbon. C'est pourquoi
ils ont fort peu profité pour avoir de bon
esprit, & c'est pour cela que ses vertus ont été
inconnues.
Pour cette raison je l'ai voulu faire connaître, B
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18 La première Partie.
afin que l'on voie combien cet esprit est
précieux; & comment à peu de frais & facilement,
il peut être fait par ma nouvelle invention
de distiller.
Il a été dit ci-dessus, que par cette voie de distillation, les matières doivent être jetées
immédiatement sur le feu, néanmoins ceci
doit être sagement entendu; car quoi que
quelques matières doivent être jetées immédiatement
sur le feu sans aucune préparation, il
ne s'ensuit pas que toutes en soient de même:
comme par exemple, si le sel était immédiatement
jeté, non seulement il ne donnerait point
d'esprits, mais il sauterait sur les charbons,
jusqu'à ce qu'il trouvât à descendre au fond du
fourneau. Mais ceci peut être prévenu par diverses
façons: & en premier lieu par celle-ci
dissous le sel dans l'eau: puis éteignez des
charbons ardents dans ladite eau, afin qu'ils
soient imprégnés du sel, puis les mettez dans la
fournaise, mais il faut avoir premièrement jeté
dedans des charbons ardents, sur lesquels,
vous jetterez ceux qui sont imprégnés avec le
sel, tant que la fournaise soit pleine comme a
été dit, & lors que les charbons brûlent, le sel
se résout en esprit.
Or celui qui veut distiller l'esprit de sel de cette façon, doit avoir des récipients de verre,
d'autant que l'esprit pendant qu'il est chaud, pénètre
à raison de sa très grande subtilité ceux
qui sont de terre, & cet esprit est de très bon
goût si tu manques de récipients de verre, je
te veux montrer une voie par laquelle tu te

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Des Fourneaux Philosophiques. 19

pourras servir de ceux de terre.
Mêle du sel, & du vitriol, ou alun ensemble, broie-les bien dans un mortier, (car mieux ils
sont broyés, & plus sort-il d'esprit) alors jette
ce mélange sur le feu, avec une cuillère de fer
autant qu'il suffit pour couvrir les charbons, &
lors avec un grand feu, les esprits sortent, &
vont dans le récipient, & étant coagulés, ils
descendent dans une écuelle, & après dans un
autre récipient, & si tu entends bien ce travail
l'esprit descendra continuellement comme de
l'eau au travers du canal, de la grosseur d'une
paille, & tu pourras aisément tirer toutes les
heures une livre d'esprit; la raison pourquoi tu
peux tirer plus d'esprit par cette voie, que par
l'autre en celle-ci, à cause que le vitriol & l'alun,
qui sont mêlés avec le sel, le font fluer promptement,
par laquelle voie il est empêché de
tomber en bas au travers des charbons au fonds
de la fournaise, mais s'attachant aux charbons,
il se tourne presque tout en esprit: la tête morte
qui est rougeâtre, tombe aisément avec les
cendres au travers de la grille, & ne peut être
plus distillée, rendant par la cuisson un sel fixe
& blanc, lequel sert pour fondre les métaux, &
étant dissous en eau chaude sert aussi pour un
clystère contre les vers, lesquels il tue, & purge
aussi les boyaux.
Tu m'objecteras que l'esprit fait de cette façon, n'est pas le véritable esprit de sel, à cause
du mélange du vitriol & de l'alun, étant mêlé
& composé. Je réponds, qu'il est impossible
que par cette voie, soit distillé aucun esprit de
B ij
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20 La première Partie.
vitriol ou d'alun, étant chose que j'ai souvent
expérimentée, jetant du vitriol ou alun dans la
fournaise, desquels je n'ai reçu nul esprit du
tout, la raison de ceci est, que ces esprits sont
beaucoup plus pesants que l'esprit de sel, & ne
peuvent monter si haut de trois pieds, mais ils
sont brûlés, & il n'y a rien que le flegme qui
distille. C'est pourquoi l'esprit de sel qui est
distillé de cette manière, n'est pas mêlé, mais
vrai & pur esprit de sel, du même goût & vertu
que celui qui est fait avec le sel seulement,
d'autant que l'esprit d'alun & de vitriol ne peut
être fait par cette fournaise, excepté qu'il y
ait un canon qui vienne hors de la fournaise, &
qui soit proche de la grille, comme tu peux voir
par la figure de la fournaise, car cela ne se peut
faire autrement: ces esprits se font mieux par
le second fourneau. Et prenez le cas qu'il en
sorte quelque peu avec l'esprit de sel (quoi qu'il
soit impossible) quel dommage je vous prie
vient-il de là, soit dans la solution des métaux,
ou dans la Médecine ? c'est pourquoi on ne doit
rien craindre en cette opération: néanmoins
je veux satisfaire l'incrédule, & lui veux montrer
une autre voie sans addition d'alun ni de
vitriol, pour la distillation de cet esprit mais ce
sera dans la seconde Partie de ce Livre, là où je
t'enseignerai le fourneau, par le moyen duquel
on fait l'esprit de nitre, & parmi les combustibles,
les huiles des végétaux & graisses des
animaux, & autres choses qui ne peuvent être
faites par celui-ci; ainsi je satisferai ceux auxquels
la précédente manière n'agrée pas.

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Des Fourneaux Philosophiques. 21

Au défaut des récipients de verre, on est forcé de prendre ceux de terre, lesquels ne sauraient
retenir l'esprit de sel, fait de la façon
susdite: auquel cas je pourrais découvrir une
petite chose manuelle, par le moyen de laquelle
les susdits esprits peuvent être reçus en grande
quantité dans des vaisseaux de verre; mais je
la passerai ici sous silence pour certaines raisons,
& je la remettrai jusques à l'addition de
la seconde Partie, qu'il te suffise donc que j'en
fasse mention seulement, & que je me dispose à
te montrer les vertus & les usages de cet esprit,
aussi bien dans la Chimie, que dans la Médecine,
& autres Arts mécaniques.
Il est juste de publier l'usage de l'esprit de sel, le pouvoir & les vertus de cet excellent esprit;
celles que les autres Auteurs ont dignement
écrites, je les passerai sous silence, & y renverrai
le Lecteur, ne disant seulement que
celles dont ils n'ont rien dit.
Plusieurs tiennent l'esprit de sel pour une excellente Médecine, de laquelle on se peut doucement
servir aussi bien dedans que dehors, il
éteint la soif contre-nature dans les maladies
chaudes, nettoie & consomme les humeurs
flegmatiques de l'estomac, excite l'appétit,
est bon pour l'Hydropisie, la Pierre, la Goutte
&c. C'est un menstrue qui dissout les métaux
par dessus tout autre, car il dissout tous les métaux
& minéraux (excepté l'argent) & presque
toutes les pierres, (étant exactement préparé)
& les réduit en excellents médicaments, il fait
aussi beaucoup d'excellentes choses dans
B iij
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22 La première Partie.
tous les Arts Mécaniques.
On ne le doit pas même mépriser pour la cuisine, car on en assaisonne diverses viandes
agréables & bonnes pour les malades, aussi bien
que pour ceux qui sont en santé, beaucoup
mieux qu'avec le vinaigre & autres choses acides,
& fait beaucoup plus en petite quantité que
ne fait le vinaigre en une grande; mais il sert
particulièrement pour les pays qui n'ont point
de vinaigre, on s'en sert aussi au lieu de verjus, &
de jus de limons: car étant préparé par cette
voie, il est à meilleur marché que le vinaigre ou
jus de limons: il n'est pas corruptible comme
sont les jus faits par expression, mais il devient
meilleur avec le temps étant mêlé avec sucre,
c'est une excellente sauce pour la viande rôtie.
Il préserve aussi diverses sortes de fruits par longues
années, il fait aussi enfler les raisins secs, de
sorte qu'ils reviennent dans leur première maturité,
lesquels sont bons pour rafraîchir les
malades qui ont l'estomac faible en diverses
maladies, & sert à préparer diverses façons de
viandes, tant de chair que de poisson, mais il faut
mêler un peu d'eau avec l'esprit, autrement les
raisins contracteraient trop d'acidité. Cet esprit
sert particulièrement pour rendre les viandes
acides & délicieuses: car quelque chose que l'on
prépare avec cet esprit, comme poulets, pigeons,
veau, &c. ils sont plus agréables au goût que
ceux qui sont préparés avec le vinaigre, le boeuf
étant macéré avec cet esprit, devient en peu de
jours si tendre, que s'il avait été macéré un longtemps
avec du vinaigre; l'esprit de sel peut faire
tout cela & beaucoup d'autres choses.

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Des Fourneaux Philosophiques. 23

Une distillation des Huiles des Végétaux,
par laquelle on en tire une plus grande quantité que par voie commune de la vessie.
J Usques à présent tous les distillateurs ont ignoré une meilleure voie que l'ordinaire,
qui est par la vessie pour distiller les épices, bois,
& semences, avec une grande quantité d'eau: &
quoi que cela se puisse aussi faire par la retorte,
il en faut avoir un grand soin, autrement ils
contractent un grand Empyreume; c'est pourquoi
la voie de la vessie a toujours été estimée
pour la meilleure, laquelle n'est pas à la vérité
à mépriser si vous distillez des végétaux de peu
de valeur, & tels qu'ils soient oléagineux; mais
non dans la distillation des épiceries, & autres
choses qui sont de grande valeur, comme sont
la cannelle, le *macer, safran &c. lesquels ne peuvent
être distillés dans la vessie sans beaucoup
de perte, d'autans qu'il y est requis une grande
quantité d'eau, & par conséquent de grands &
amples vaisseaux, auxquels il adhère quelquefois,
c'est pourquoi on en perd presque la moitié.
Ce qui n'est pas de si grande valeur aux végétaux
qui sont oléagineux, comme à l'anis, fenouil,
chanvre &c. Mais la perte qui se fait en
distillant des végétaux précieux, comme la cannelle,
lignum Rodii, & casse, est assez évidente, &
pas conséquent elle ne doit pas être méprisée,
B iiij
##Note :*macer: ?
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24 La première Partie.
il ne se peut pas faire aussi que toutes choses
soient distillées par cette voie; car par la coction
une bonne quantité acquiert une ténacité gommeuse,
laquelle ne saurait descendre avec l'eau,
mais afin de prévenir cela à l'avenir, je veux
montrer une autre voie pour distiller les huiles
des épices & autres choses précieuses; ce qui
se fait avec l'esprit de sel, par lequel toute l'huile
est tirée hors sans en rien perdre, ce qui se fait
ainsi: Emplis une cucurbite de cannelle, ou autre
bois, ou semence, sur quoi tu mettras autant
d'esprit de sel qu'il suffise pour couvrir le bois,
alors place-le avec son alambic sur le sable, &
lui donne feu par degrés, afin que l'esprit de sel
bouille, & toute l'huile distillera avec un peu
de flegme, car l'esprit de sel par son acrimonie
pénètre le bois, & affranchit l'huile, afin qu'elle
distille mieux & plus aisément, & par ce moyen
l'huile n'est pas perdue par cette grande quantité
d'eau dans ces grands & amples vaisseaux:
mais est tirée dans des petits verres avec l'addition
d'un peu d'humidité, la distillation finie, l'esprit
est versé par inclination hors du bois, servant
derechef pour le même usage, & s'il contracte
aucune impureté hors du bois il peut être
rectifié; mais le reste de l'esprit qui demeure
dans le bois peut être recouvré, si on jette ce
bois dans la susdite fournaise sur les charbons
ardents: par laquelle voie il sortira derechef
pur & net, & par ce moyen on ne perd rien de
l'esprit de sel, & on tire les huiles de tous les
végétaux qui sont chers ensemble avec leurs
fruits: ce qui ne peut être fait par la vessie.

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Des Fourneaux Philosophiques. 25

Par cette voie, aussi sont faites les huiles claires des gommes & des résines.

L'huile claire de mastic & d'encens.
P Rends de l'encens ou mastic en fine poudre, autant qu'il en faut pour remplir la troisième
partie d'une cornue (laquelle doit être lutée)
sur quoi verse une suffisante quantité d'esprit
de sel, prends bien garde que la retorte
ne soit trop pleine, autrement les esprits bouillants
s'enfuiraient, alors mets-la au sable, &
donne lui feu par degrés, il en sortira premier
un peu de flegme, & après une huile claire &
transparente avec l'esprit de sel, laquelle il faut
garder à part, & après une certaine huile jaune,
laquelle il faut aussi garder à part, & à la fin
de tout sort une huile rouge, laquelle ne doit
pas être méprisée, quoi qu'elle ne soit pas semblable
à la première servant pour l'usage du dehors,
étant mêlée avec onguents & emplâtres,
car elle consolide extrêmement, & partant elle
est bonne pour vieilles & nouvelles plaies, le
premier étant bien rectifié n'est pas dissemblable
à l'esprit de vin pour sa subtilité, & pénétrante
qualité, & on s'en peut profitablement servir
dedans & dehors en causes froides, particulièrement
en contraction de nerfs causée par des
humeurs froides, mais pour lors il faut premièrement
frotter la partie contractée avec un linge,
afin qu'elle soit bien chaude, & la frotter
après de l'huile avec la main chaude, car il fait

@

26 La première Partie.
des choses extraordinaires en semblables contractions
de nerfs.
De la même façon on peut tirer les huiles de toutes les gommes, les rouges, tenaces & puantes
huiles, le tartre, corne de cerf, ambre &c.
distillées par la voie commune de la retorte sont
aussi rectifiées avec l'esprit de sel, de sorte qu'elles
deviennent transparentes, & perdent l'empyreume
qu'elles ont contracté par la distillation.
Or la cause de la noirceur & fétidité de cette sorte d'huiles, est un certain sel volatil, lequel
se trouve aussi bien aux végétaux, qu'à certains
animaux, & se mêle aisément avec l'huile, &
lors la rend de couleur brune, car tout sel volatil,
soit-il d'urine, tartre, ambre, corne de cerf,
& d'autres végétaux & animaux, est de telle nature
& condition qu'il exalte & altère les couleurs
des choses sulfureuses, soit pour le pis soit
pour le mieux mais pour la plupart, il rend les
huiles épaisses, noires & puantes comme tu
peux voir en l'ambre, corne de cerf & tartre. La
cause donc de cette noirceur & fétidité des huiles
étant connue, nous la pouvons empêcher
plus aisément par la distillation, & l'ayant contractée,
la corriger derechef par le moyen de
l'esprit de sel, car tous les sels volatils ont une
contrariété avec tous esprits acides, & de l'autre
côté chaque esprit acide a une contrariété
avec tous les sels volatils, qui ont la nature du
sel de tartre: car les métaux qui sont dissous
avec des esprits acides, sont aussi bien précipités
avec l'esprit d'urine, ou quelque autre sel volatil,
comme avec la liqueur de sel de tartre; ce

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Des Fourneaux Philosophiques. 27

qui sera plus amplement déclaré en la seconde
Partie.
C'est pourquoi les esprits acides: comme du sel, vitriol, alun, vinaigre &c. mortifient le sel
volatil, lequel dépourvu de sa volatilité, ainsi
il doit être fixé, & par ce moyen comme étant
débilité il quitte son compagnon après l'avoir
noirci, il est nécessaire de procéder avec ces
huiles fétides de la même manière comme
s'ensuit.
Prends quelle huile fétide que ce soit, comme de tartre, d'ambre &c. & en remplis seulement
la quatrième partie d'une cornue de verre,
sur laquelle verse goutte-à-goutte de l'esprit
de sel, & il commencera d'être chaud. Comme
il a accoutumé de faire quand on verse de l'eau
forte sur du sel de tartre; c'est pourquoi il faut
verser l'esprit dessus peu à peu, crainte de rompre
le verre, à présent le signe pour connaître
que le sel volatil est mortifié, est lors qu'il cesse
de faire du bruit, alors il n'en faut plus verser
dessus, mais mettre ta retorte sur le sable, &
donner feu par degrés; comme on a accoutumé
de faire aux choses qui se lèvent aisément, & il
sortira premier une eau puante, après laquelle
sort une huile claire transparente & odorante:
& après cela une certaine huile jaune, claire &
de bonne odeur, mais non pas comme la I.
C'est pourquoi chacune doit être gardée séparément
changeant de récipients. Alors ces huiles
ont plus de pouvoir que les huiles fétides
qui se vendent aux boutiques; car ces huiles
gardent leur clarté & netteté; la cause de leur

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28 La première Partie.
fétidité & rougeur étant tirée hors par l'esprit
de sel, la noirceur du sel volatil restant au fond
de la retorte avec l'esprit de sel, lequel peut
être sublimé en un sel odorant, ayant le goût
du sel armoniac; cet esprit de sel est aussi privé
de son acidité, & coagulé par le sel volatil, semblable
au tartre vitriolé, servant aux mêmes
usages: comme il sera dit dans la seconde Partie
concernant l'esprit d'urine.
De la même façon sont rectifiées les autres huiles, lesquelles ont contracté par longueur de
temps une lenteur: comme sont les huiles de
cannelle, macis, girofles, &c. s'ils sont rectifiés par
la retorte, avec l'esprit de sel: car alors elles acquièrent
la même netteté & bonté qu'elles
avaient quand elles étaient nouvellement distillées.
Ici il faut que je fasse connaître une certaine erreur des Médecins, non seulement des ignorants
Galénistes, mais aussi des spagiriques, laquelle
ils commettent dans la préparation de
quelques Médicaments Chimiques: car beaucoup
se persuadent eux-mêmes, que l'huile de
tartre, de corne de cerf &c. ayant perdu leur
puanteur est une médecine qui guérit radicalement
toutes obstructions; étant prise avec un
grain de sel, quelques-uns ont rectifié ces sortes
d'huiles avec le vitriol calciné, & par ce moyen
leur ont fait perdre quelque chose de leur empyreume:
mais avec toutes leurs vertus. Ce que
d'autres ayant observé ils ont conçu que la fétidité
n'en doit pas être ôtée, à cause que leur
vertu est perdue par là, comme si la vertu consistait

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Des Fourneaux Philosophiques. 29

dans la fétidité, mais c'est une grande erreur,
d'autant que la fétidité est une grande ennemie
du coeur & de cerveau, n'ayant rien de
bon.
Il est constant que ceux qui tirent hors la fétidité de ces huiles, mortifient leurs vertus: mais
tu diras. Comme quoi donc procéderons-nous
pour ôter la fétidité sans en perdre les vertus?
Les faut-il rectifier par l'esprit de sel comme tu
nous as maintenant montré? R. Non: car
quoi que j'aie dit que les huiles peuvent être
clarifiées par l'esprit de sel; pour cela il ne s'ensuit
pas que mon intention soit que cette clarification
les amendât, puis que ce n'est seulement
qu'une voie de clarification pour les rendre
plus agréables, & n'est pas à mépriser si on n'en
connaît une meilleure; mais pour savoir comme
quoi elles doivent être rectifiées de leur fétidité
& noirceur sans perte de leurs valeurs, il
n'est pas à propos d'en parler en ce lieu, d'autant
que cela ne peut être fait par ce fourneau: c'est
pourquoi je remets le Lecteur à la seconde Partie,
là où il sera montré comment tels esprits
peuvent être rectifiés sans aucune perte de leurs
vertus, & étant préparés de la sorte ils peuvent
être mis au rang du quatrième pilier de la Médecine.
Ce sont ici les choses que j'avais dessein
de te montrer, ou pour le moins de t'en donner
avis, non à dessein de t'offenser, mais seulement
étant mu de pitié & compassion envers
mon prochain.

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30 La première Partie.
La quintessence de tous les végétaux.
V Erse sur les épices, semences, bois, racines, fruits, fleurs &c. de l'esprit de vin bien rectifié, & le mets en digestion pour en faire
extraction, tant que toute l'essence soit extraite
par l'esprit de vin, alors sur cet esprit de vin qui
est imprégné, verse du meilleur esprit de sel, &
étant mêlés ensemble mets les en digestion au
bain, jusqu'à ce que l'huile soit séparée & surnage
sur l'esprit de vin, alors sépare les avec un
verre de séparation, ou distille l'esprit de vin au
bain, & il sortira une huile claire, & si l'esprit
de vin n'en est point extrait, alors cette huile
sera aussi rouge que sang, & c'est la véritable
quinte-essence du végétable, que l'esprit de vin
avait extraite.

La quintessence de tous les métaux & minéraux.
D Issous quel métal que ce soit (excepté l'argent, lequel doit être dissous en eau forte) dans du plus fort esprit de sel, & en tire le
flegme par le bain, & à ce qui reste mets y du
meilleur esprit de vin, mets le en digestion, tant
que l'huile nage au dessus aussi rouge que
sang, & c'est la teinture & quintessence de ce
métal, qui est un précieux trésor pour la Médecine.

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Des Fourneaux Philosophiques. 31

Une huile rouge & douce des métaux & minéraux.
D Issous un métal ou minéral avec l'esprit de sel, dissous aussi un poids égal de sel, de vin essencifié, mêle les dissolutions, & les distille
par la retorte à chaleur graduée, & il en
sortira une huile douce aussi rouge que du sang,
mêle avec l'esprit de sel, & quelquefois le col
de la retorte, & le récipient seront de couleur de
queue de paon, de diverses couleurs, & quelquefois
de couleur dorée.
Et d'autant que je veux comprendre tous les métaux & minéraux dans un procédé sans aucune
différence; que celui qui veut faire l'essence
d'argent prenne l'esprit de nitre, & y procède
de même façon. Comme il a été dit des autres
métaux, & concernant l'usage des essences, il
n'est pas nécessaire d'en parler beaucoup: car
l'usage en sera découvert à ceux qui connaissent
la préparation, & pour ce qui concerne les
huiles corrosives des métaux & minéraux, sachant
qu'elles ne sauraient être décrites par
un seul procédé, il est juste d'écrire ce qui appartient
à chacune en particulier, comme s'ensuit.

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32 La première Partie.
L'huile ou liqueur d'or.
D Issous la chaux d'or en esprit de sel, (lequel doit être très fort, autrement il ne la saurait dissoudre) manquant d'esprit très
fort, mêle y un peu de pur salpêtre, mais l'huile
qui est faite avec l'esprit de sel tout seul, est la
meilleure: ce fait tire hors de l'or dissous, la
moitié de la dissolution, & il restera une huile
corrosive, sur laquelle verse du jus de citron, &
la dissolution deviendra verte, & un peu de fèces
tomberont au fonds, lesquelles peuvent être
réduites en corps par la fonte; cela fait, mets
cette liqueur verte au bain, & en tire le flegme,
& ce qui reste tire-le hors, & le mets sur le
marbre en un lieu froid & humide, & il se résoudra
en huile rouge, laquelle peut être prise
par dedans, doucement sans aucun danger, guérissant
ceux qui ont été offensés par le mercure;
mais elle est particulièrement recommandable
pour les vieux ulcères de la bouche, langue,
ou gosier, provenant de la grosse vérole,
lèpre, scorbut &c. là où les huiles d'autres choses
ne peuvent pas servir si doucement, il n'y a
point de meilleure médecine pour l'ulcération
& tumeurs des glandes, pour les ulcères de la
langue & gencives, ni qui les mondifie plutôt
& consolide, mais il ne faut pas négliger les
purgations nécessaires & sudorifiques, crainte
d'une rechute, la cause n'en étant pas ôtée.
Et il n'y a nul danger, quoi que ce remède soit
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