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Des Fourneaux Philosophiques. 33

soit pris au dedans ou par dehors, comme est de
coutume en l'usage des autres médicaments &
gargarismes, car on en peut prendre tous les
jours sans danger, pour le moins trois fois,
avec grande admiration de sa prompte opération.

Huile de Mars.
D Issous des plaques de fer très déliées avec esprit de sel, prends la dissolution qui est verte & douce au goût, & sent comme
un souffre fétide, sépare-la des fèces par le filtre,
puis en tire l'humidité sur le sable, par l'alambic
de verre, (à feu doux) elle sera aussi insipide
que l'eau commune, la raison en est,
parce que le fer par sa sécheresse a fait attraction
de toute l'acidité vers lui, mais au fonds restera
vne masse aussi rouge que sang, brûlant la langue
de même que le feu, elle mange toute chair
superflue des plaies sans aucun danger, il la faut
garder dans un verre bien bouché, de peur
qu'elle ne fasse attraction de l'air, autrement
elle se résoudrait en huile, laquelle sera de
couleur jaune, mais celui qui la désire avoir en
huile, qu'il la mette sur le marbre dans une cave
humide, & dans un jour elle sera résolue en
huile, laquelle sera de couleur entre jaune &
rouge, c'est un excellent secret en tous les ulcères
corrosifs, fistules, cancer, &c. Etant incomparable
pour consolider & mondifier, &
elle n'est pas sans profit si on la mêle avec eau
C
@

34 La première Partie.
commune pour en laver les vieux, moisis &
fétides ulcères des jambes. Il la faut appliquer
bien chaude, car elle dessèche & guérit promptement,
si avec tout cela on se sert des purgatifs,
elle guérit aussi toute galle & teigne. Cette
masse rouge (avant qu'elle soit dissoute) étant
mise avec l'huile de sable (lequel est en la seconde
Partie) fait croître un arbre en l'espace
d'une ou deux heures, ayant racines, tronc, &
branches, lequel étant tiré hors & séché au
têt, rend de bon or, qu'il avait tiré de la terre
ou des cailloux, tu pourras examiner la chose
plus curieusement.

Huile de Vénus.
L' Esprit de sel ne travaille pas fort facilement sur le cuivre, sinon qu'il soit auparavant réduit en chaux, qui se fait de cette façon.
Prends des lames de cuivre, & les faits rougir
dans un creuset ouvert, & les éteints en eau
froide, elles s'écailleront en paillettes rouges,
faits rougir derechef les lames & les éteints,
retirer cela tant qu'aies une quantité suffisante
de chaux, & étant séchée & pulvérisée, faits
en l'extraction avec esprit de sel rectifié sur le
sable, tant que l'esprit de sel soit suffisamment
teint d'une couleur verte, que verseras par inclination,
& filtreras, puis en tire hors toute
l'humidité superflue, afin qu'il te reste une huile
verte & épaisse, laquelle est un excellent
remède pour les ulcères, principalement pour

@

Des Fourneaux Philosophiques. 35

ceux qui sont vénériens, étant appliqué au
dehors.

Huile de Jupiter, & de Saturne.
C Es deux métaux ne sauraient non plus être aisément dissous par l'esprit de sel néanmoins étant limés, ils sont dissous avec
du meilleur esprit de sel rectifié, mais l'opération
se fait mieux avec les fleurs des dits métaux
(la préparation desquels sera montrée
ci-après) c'est pourquoi prend les fleurs, sur
lesquelles dans un alambic de verre, tu verseras
de l'esprit de sel, & tout sur l'heure l'esprit commencera
à travailler, particulièrement s'il est
mis en lieu chaud, filtre la dissolution jaune, &
en tire l'humidité, tant qu'il reste au fond une
huile jaune & pesante, qui est bonne pour les
ulcères putrides.

Huile de Mercure.
C Elui-ci aussi ne se dissous pas aisément avec l'esprit de sel, mais étant sublimé avec sel & vitriol, il est aisément dissous, & rend
une huile fort corrosive, l'usage de laquelle
doit être avec discrétion; c'est pourquoi il ne
s'en faut pas servir, excepté qu'on n'en peut
pas trouver d'autre, car j'ai vu une femme
qui a été tuée subitement avec cette huile,
étant appliquée par un certain Chirurgien,
C ij
@

36 La première Partie.
mais cette huile ne doit pas être méprisée
pour les ulcères, dartres, &c. lesquels elle mortifie.

Huile d'Antimoine.
L 'Antimoine qui n'a jamais été fondu, est difficilement dissous par l'esprit de sel, & aussi le régule, mais le régule qui est en fine poudre
est plus aisément dissous, pourvu que l'esprit
soit suffisamment rectifié.
Le verre encore plus aisément, mais les plus aisées à dissoudre sont les fleurs telles qu'elles
sont faites selon notre précipitation qui sera
montrée un peu après, même le beurre d'antimoine
(qui est fait de Mercure sublimé &
d'Antimoine) n'est autre chose que le régule
d'antimoine dissous avec l'esprit de sel: car le
mercure sublimé étant mêlé avec l'antimoine,
sentant la chaleur du feu, est privé des esprits
corrosifs qui se joignent avec l'antimoine, d'où
vient l'huile épaisse: & pendant ce temps-là
le soufre d'antimoine se joint avec le vif-argent,
& il s'en fait un cinabre, qui s'attache au
col de la retorte, mais le reste du mercure demeure
au fond avec la tête morte, à cause qu'il
y en a fort peu qui distille, que si tu as de l'industrie
tu recouvreras derechef tout le poids du
mercure.
J'ai bien voulu montrer ces choses au Lecteur, à cause qu'il y en a beaucoup qui croient
que cette huile est celle de mercure, & par là

@

Des Fourneaux Philosophiques. 37

cette poudre blanche qui se fait en y mettant
quantité d'eau, ils l'appellent, mercure de vie,
dans laquelle il n'y a point de mélange du tout
du mercure, car ce n'est autre chose que pur régule
d'antimoine dissous avec l'esprit de sel, lequel
est séparé derechef, quand on verse l'eau
sur le beurre d'antimoine, comme il se voit par
expérience. Car cette poudre étant séchée
& fondue dans un creuset, une partie se réduit
en verre jaune, & l'autre en régule sans aucun
mercure.
Et par là il s'ensuit nécessairement que cette huile épaisse n'est autre chose qu'antimoine
dissous dans l'esprit de sel; car les fleurs d'antimoine
étant mêlées avec l'esprit de sel, font
une huile semblable en tout à celle qui est faite
avec l'antimoine, & mercure sublimé, laquelle
est aussi après cela précipitée de la même façon
en poudre blanche avec quantité d'eau,
qu'on l'appelle communément Mercure de vie,
on le tourne aussi par la même voie en bézoard
minéral, en faisant attraction de l'esprit de nitre,
& ce n'est autre chose qu'antimoine diaphorétique.
Car il n'importe pas que ce diaphorétique soit fait avec l'esprit de nitre, ou avec le nitre même
corporel, pour ce qu'ils ont la même vertu;
quoi que quelques-uns estiment que celui-là
doit être préféré à l'autre: Mais la vérité est
telle, qu'il n'y a point de différence, chacun soit
libre en son jugement. Je n'ai pas écrit ces
choses par ambition, mais pour trouver la
vérité.
C iij
@

38 La première Partie.
Maintenant revenons à notre propos, lequel est de montrer à faire une huile d'antimoine
avec l'esprit de sel.
Prends une livre de fleurs d'antimoine (dont sera parlé un peu après) sur lesquelles verseras
deux livres du meilleur esprit de sel rectifié,
mêle-les bien ensemble dans un verre, & les
mets sur le sable un jour & une nuit pour dissoudre,
alors verse la dissolution ensemble
avec les fleurs dans une retorte, qui soit lutée,
laquelle mettra sur le sable & donneras feu
doux, jusqu'à ce que le flegme soit hors, après
en augmentant le feu, sort un esprit faible, car
le plus fort reste au fonds avec l'antimoine;
alors donne grand feu, & il sortira une huile
semblable au beurre d'antimoine fait avec le
mercure sublimé, laquelle servira aux mêmes
usages, comme s'ensuit.

Les fleurs d'antimoine blanches & vomitives.
P Rends de ce beurre autant qu'il te plaira lequel mettras dans une cucurbite de verre ou autre verre large, sur lequel verseras une
grande quantité d'eau, tant que les fleurs blanches
ne se précipitent plus, alors tire l'eau par
inclination, hors des fleurs, lesquelles édulcoreras
avec eau chaude, & les sèche à chaleur
douce, de tu auras une poudre blanche.
La dose est, 1. 2. 3. 8. 10. grains, lesquels doivent être macérés l'espace d'une nuit dans

@

Des Fourneaux Philosophiques. 39

du vin: ce remède étant bu le matin, il purgera
par le haut & par le bas, mais il n'en faut
pas donner aux enfants, ni aux vieillards, ni à
ceux qui sont faibles, mais à ceux qui sont forts
robustes, & qui sont accoutumés à vomir.
Lors qu'il ne peut pas opérer, & que par sa
violence il rend le patient fort malade, il faut
qu'il se provoque le vomissement avec le doigt;
autrement il ne réussira pas, & rendra fort malades
ceux qui en auront pris, & les débilitera
presque jusqu'à la mort: il faut aussi dans la
violence de ces fleurs donner à boire au patient
un verre de bière chaude, ou pour le mieux de
l'eau chaude, dans laquelle ait bouilli du cerfeuil
ou persil, & elles travailleront plus médiocrement.
Mais que celui qui est capable de supporter
une telle opération, ne se rebute point
d'en prendre: car il y a grande espérance de recouvrer
sa santé par là, pour ce que ce remède
purge parfaitement bien la colère, & évacue le
flegme de l'estomac, & les humeurs qui ne
veulent pas céder à d'autres cathartiques; il ouvre
les obstructions, provenant de la putréfaction
du sang, qui est le fondement de beaucoup
de maladies, comme sont les fièvres, douleur de
tête, &c. Elles sont bonnes pour ceux qui ont
la lèpre, scorbut, pour les mélancoliques, hypocondriaques,
vérolés, & au commencement
de la peste, enfin elles font de grands effets.
Après qu'on les a prises, il faut garder le lit, ou pour le moins ne sortir point du logis, crainte
de prendre l'air; autrement on se pourrait
tromper.
C iiij
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40 La première Partie.
Et d'autant que leur violence les fait appréhender & fuir, je montrerai dans la quatrième
Partie de ce Livre, pour l'amour des malades,
une préparation qui est entre deux & plus
douce, telle qu'elle fera plutôt son opération
par les selles que par le vomissement, ou les vomissements
seront fort aisés, que tu pourras donner
aux enfants, & aux vieillards sans aucun
danger, néanmoins considérant toujours
l'âge & la maladie.

Les fleurs diaphorétiques d'antimoine.
S I les susdites fleurs sont jetées dans le nitre, & laissées quelque temps en fonte, elles sont fixées, de façon qu'elles deviennent diaphorétiques,
& perdent leur vertu cathartique.
L'eau acide étant séparée des fleurs, si elle est
évaporée, laisse un très bon esprit de sel qui sert
derechef pour le même usage ou autre semblable.

De l'usage externe de l'huile corrosive d'antimoine.
C Ette huile a été longtemps en usage par les Chirurgiens, car ils l'ont appliquée avec une plume sur des plaies presque incurables
pour séparer les impuretés, afin que les
autres médicaments étant appliqués fassent
mieux leur opération: mais elle est meilleure

@

Des Fourneaux Philosophiques. 41

étant mêlée avec l'esprit de sel, car
ils se mêlent aisément, l'huile en devient plus
douce, & la trop grande corrosion est corrigée
par là même. Il n'y en a point d'autre avec lequel
cette huile se mêle qu'avec l'esprit de sel,
excepté le très fort esprit de nitre; car l'esprit
faible de l'antimoine précipite le beurre d'antimoine.
Comme tu peux voir en la préparation
du bézoard minéral, mais l'esprit très fort
du nitre, dissolvant ce beurre, fait une dissolution
rouge qui a de grandes vertus dans les
choses Chimiques, de quoi nous ne traiterons
pas en ce lieu. Et s'il est derechef tiré par
distillation, il laisse derrière la première fois
un antimoine fixe & diaphorétique, lequel
doit être autrement tiré deux ou trois fois, s'il
est faible & incapable de dissoudre le beurre
sans précipitation.
Or ce bézoard est le meilleur, & le diaphorétique le plus doux, dans toutes les maladies
où la sueur est nécessaire, comme la peste, la
vérole, fièvres, scorbut, lèpre &c. si on en
donne depuis, 6. 8. 10. jusqu'à 20. grains dans
des véhicules propres, il pénètre tout le corps,
& évacue toutes les mauvaises humeurs par la
sueur & par l'urine.

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42 La première Partie.
De l'huile d'Arsenic, & de l'Orpiment.
D E même que l'esprit de sel n'agit point sur l'Antimoine, à cause de l'abondance de soufre cru qui est en lui, s'il n'est premier
réduit en fleurs, dans la préparation desquelles
une partie de son soufre se brûle: de même
façon l'arsenic & l'orpiment sont difficilement
dissous par l'esprit de sel, s'ils ne sont premier
réduits en fleurs, & si l'esprit de sel n'est très
fort, afin qu'il soit capable d'agir sur eux. Il
faut qu'ils soient distillés par la cornue, comme
l'Antimoine en une huile pesante & épaisse,
laquelle étant mise en usage pour les chancres
dévorants & ulcères, est beaucoup meilleure
que celle d'antimoine pour mortifier, mondifier
& purger leur malignité. De la même façon
on peut tirer l'huile corrosive de tous les
réalgars, servant seulement pour l'usage externe.

Huile de la Pierre Calamine.
P Renez de la meilleure pierre calamine jaune ou rouge, & la mettez en fine poudre: autant qu'il vous plaira, & mettez dessus cinq
ou six fois autant du meilleur esprit de sel rectifié,
remuez-les bien ensemble, & ne les laissez
pas longtemps sans remuer; mais de temps en
temps secouez le verre avec les matières, faisant

@

Des Fourneaux Philosophiques. 43

cela souvent: autrement la pierre calamine se
réduirait en pierre, laquelle ne se dissoudrait
plus, à quoi on obvie par cette réitérée secousse:
& lors que l'esprit de sel ne voudra plus se
dissoudre à froid, mettez le verre sur le sable
chaud, tant que l'esprit soit teint d'un jaune
obscur, lequel verserez par inclination, & en
versez de frais dessus, & le mettrez derechef en
digestion pour extraire la teinture, n'oubliant
pas de secouer le verre souvent. La dissolution
étant finie filtrez-la, & jetez le reste de la tête
morte. Après mettez la dissolution sur le sable,
& lui donnez feu, & presque les trois parts de
l'esprit de sel sortiront insipides, ce qui n'est autre
chose que le flegme, pour si bien que l'esprit
eût été rectifié; la raison de cela est la nature
sèche de la calamine, de laquelle l'esprit de sel
est grand ami, & à cause de cela très difficile à
être séparé. Car je n'ai jamais connu aucun
métal ni minéral (excepté le zinc) qui excède
la calamine en sécheresse. A la fin lors qu'il ne
sort plus de flegme, laissez refroidir le tout; ce
fait sortez hors le verre, & vous trouverez une
huile rouge & épaisse, aussi grasse que l'huile
d'olives, & qui n'est pas beaucoup corrosive,
car cet esprit de sel étant presque mortifié avec
la calamine est privé de son acidité. Il faut que
cette huile soit préservée de l'air, autrement en
peu de jours il ferait attraction de l'air qui le
convertirait en eau, & par là deviendrait
faible.
Cette huile a de très grandes vertus, aussi bien dedans que dehors le corps, & je m'étonne

@

44 La première Partie.
que dans un si long espace de temps il n'y
ait eu personne, qui ait opéré sur la pierre calamine
& décrit sa nature, vu qu'elle a en elle un
soufre doré (desquelles choses est traité au
quatrième Livre) car si la terrestréité était
séparée artificiellement; on verrait du pur or se
manifester dedans: mais la plupart est volatil
& *immûr, & ne saurait être aisément réduit
en corps par la fonte, ce qui a été cause que
cette pierre n'a pas été en estime parmi les
Chimistes, mais elle a été toujours précieuse
aux sages, &c.

L'usage de l'huile de la Pierre Calamine.
S I on la donne depuis 1. 2. 3. gouttes jusques à 10. & 15. dans des véhicules propres, elle purge l'hydropisie, lèpre, goutte, & autres malignes
humeurs qui sont fixées, & qui ne se veulent
pas rendre aux cathartiques végétables,
de quoi il est traité plus au long en la seconde
Partie traitant de l'esprit d'urine & du sel de
tartre. Elle sert au dehors pour un excellent
baume vulnéraire, duquel on ne saurait presque
trouver le semblable, non seulement en
guérissant les vieilles & corrompues blessures,
mais aussi celles qui sont récentes, car il dessèche
puissamment, mondifie, & consolide.
On s'en sert aussi dans l'économie, car la glu étant dissoute dedans il s'en fait une certaine
matière tenace qui sert à prendre les oiseaux

##Note :*immûr: non mûr.
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 45

& les souris, &c. à la maison ou aux champs, vu
qu'elle subsiste aussi bien à la chaleur du Soleil,
qu'à la froideur de l'hiver: c'est pourquoi on
s'en peut servir en toute saison de l'année, toute
sorte de petits animaux s'attachant à cette
matière, quand ils ne feraient seulement qu'y
toucher.
Une ligature en étant jointe & attachée au tour d'un arbre, empêche que les araignées &
autres sortes d'insectes ne nuisent au fruit, chose
qui mérite bien d'être connue.
Quoi qu'on verse de l'eau sur cette huile, elle ne se corrompt pas, ni ne se précipite pas
comme fait celle d'antimoine, c'est pourquoi
on s'en peut servir en beaucoup de choses, le
soufre commun étant bouilli dedans à feu
violent, tant qu'il soit dissous, nage par dessus
comme une graisse, étant par ce moyen purifié
& rendu aussi transparent qu'un verre jaune,
& c'est une meilleure médecine que les
fleurs communes de soufre: elle sert aussi à beaucoup
d'autres choses, lesquelles il serait trop
ennuyeux d'écrire ici.
Cette huile étant mêlée avec sable pur, & distillée par la retorte à feu violent (autrement
l'esprit de sel ne voudra pas quitter la calamine)
rend un esprit grandement igné, la pierre
calamine restant au fond de la retorte.
Cet esprit est si fort qu'il est presque impossible de le garder; il dissout tous les métaux &
minéraux [excepté l'argent & le soufre] c'est
pourquoi on peut préparer quantité d'excellents
médicaments par son moyen, ce qui ne

@

46 La première Partie.
saurait être fait par l'esprit commun si bien
qu'il puisse être rectifié: car quoi qu'il soit
souvent rectifié, il ne saurait être sans flegme,
lequel ne peut être séparé par la rectification, de
même que par la pierre calamine.
Cet esprit fait beaucoup de choses dans la Médecine, dans la Chimie & autres Arts, comme
tu peux aisément concevoir: mais je n'ai
pas le temps d'en parler davantage à présent,
néanmoins à la considération des malades, je
dirai une chose à laquelle il y en a fort peu qui
puissent être égalées, te priant ne t'offenser
point de la simplicité & brièveté de son procédé
qui est comme s'ensuit. Mêle cet esprit avec
du meilleur esprit de vin rectifié, digère-les
quelque temps, & l'esprit de sel fera séparation
de l'esprit de vin, & l'huile du vin nagera par
dessus, le sel volatil étant mortifié. Cette huile
est un cordial incomparable, principalement
si on abstrait la teinture des épices avec ledit
esprit de vin auparavant l'avoir mêlé avec l'esprit
de sel, & si aussi avec le susdit esprit de sel
on a dissous auparavant de l'or, car pour lors
dans la digestion de ce mélange, l'huile de vin
étant séparé a attiré l'essence cordiale des épices,
& autres végétaux, étant extraits auparavant
avec l'esprit de vin, comme aussi la teinture
de l'or, & par conséquent est rendue une incomparablement
bonne médecine universelle
pour toutes maladies, fortifiant l'humide radical,
le rendant capable de vaincre ses ennemis,
pour lequel nous avons à rendre grâces à ce
grand Dieu qui nous a révélé un si rare secret.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 47

L'usage de l'esprit de sel dans la cuisine.
O N s'en peut servir au lieu de vinaigre ou verjus, au lieu de jus de limons, maintenant il faut que je te montre son usage, en
considération du sain, aussi bien que du malade.
Que celui qui veut préparer des poulets, pigeons, veau &c. premièrement mette une quantité
suffisante d'épices, de l'eau & du beurre, &
après à son plaisir une grande, ou petite quantité
d'esprit de sel: & parce moyen la chair étant
bouillie est plutôt prête, que par la voie commune,
& la chair qui est dure est rendue aussi
tendre qu'un poulet par l'addition de cet esprit;
mais celui qui s'en voudra servir au lieu
de jus de citrons avec de la chair rôtie, il faut
qu'il mette dedans de l'écorce de limon, d'autant
qu'elle préserve de corruption, on s'en
sert au lieu de verjus étant tout seul, ou mêlé
avec un peu de sucre, s'il est trop acide.
Celui qui voudra macérer du boeuf, & le rendre aussi tendre qu'un chevreau, il faut qu'il
dissolue plutôt du tartre & un peu de sel dans
ledit esprit, premier qu'il trempe la chair dedans,
& la chair ne sera pas seulement préservée,
mais sera rendue plus tendre; or pour garder
la chair un longtemps il y faut mêler un
peu d'eau, & presser avec des poids la chair,
afin qu'elle soit couverte de la saumure: car par

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48 La première Partie.
ce moyen la chair sera préservée longtemps.
De la même façon on peut préserver tous les fruits des jardins, comme concombres,
pourpier, fenouil, genet, câpres d'Allemagne
&c. & à la vérité mieux que par le vinaigre.
Comme aussi les fleurs & les herbes peuvent
être longtemps préservées par ce moyen,
de telle façon que tu auras une rose tout le long
de l'hiver.
Il préserve aussi le vin, si on y en mêle un peu, mêlé avec le lait il précipite le fromage,
lequel s'il est bien fait ne se corrompt jamais,
semblable à ces fromages qu'on appellent parmesans,
le petit-lait qui en provient dissout le
fer, & guérit toute galle si on s'en lave.
Par le moyen de l'esprit de sel, on fait une très agréable boisson, avec du miel ou sucre,
semblable presque au vin, on fait aussi avec
l'esprit de sel un excellent vinaigre, semblable
à celui de Rhin de certains fruits: telles &
beaucoup d'autres choses, lesquelles je ne veux
pas divulguer à présent, peuvent être faites
avec l'esprit de sel.
Voilà donc à peu près l'usage de l'esprit de sel, mais ne crois pas que je t'aie découvert
toutes choses: car pour la brièveté & autres
raisons, j'en passe beaucoup sous silence, &
même je n'ai pas une connaissance universelle
de tout: j'ai déclaré ce que je savais, afin
que d'autres eussent par là le moyen de chercher
plus avant.
Pour décrire toutes les vertus qu'il a, il faudrait composer un gros volume, ce que je n'ai
pas
@

Des Fourneaux Philosophiques. 49

pas résolu de faire à présent, mais peut être une
autre fois. Je montrerai aussi dans la seconde
Partie quelques secrets qui doivent être préparés
par cet esprit: comme aussi pour le dulcifier,
pour extraire la teinture de l'or, & d'autres
métaux, laissant le corps blanc, laquelle teinture
est une médecine qui ne doit pas être méprisée:
c'est pourquoi voyant maintenant les
grandes choses que cet esprit peut faire, chacun
en désirera une grande quantité pour son usage,
principalement voyant que de très excellents
esprits peuvent être faits d'une façon plus aisée,
& par une voie plus courte.

Pour distiller un esprit acide, ou vinaigre, de tous les végétaux, comme herbes, bois, racines, semences &c.
P Remièrement, mets dans le fourneau un peu de charbons allumés, puis mets dessus le bois qui doit être distillé, afin qu'il soit brûlé:
duquel pendant qu'il brûle fort un esprit
acide qui va dans le récipient, & étant condensé
il tombe dans un autre récipient, presque
semblable au vinaigre commun à sa senteur:
c'est pourquoi il est appelé le vinaigre du
bois.
Par cette manière tu peux tirer un esprit acide de tous les bois, ou végétaux en grande quantité
& sans frais; d'autant que le bois qui est à distiller,
est mis sur une petite quantité de charbons
D
@

50 La première Partie.
ardents, & sur celui-là d'autre: car l'un
allume l'autre. Cet esprit ne coûte pas davantage
que le prix du bois qui est à distiller, & de
là il y a une grande différence entre cette façon
de distiller & la commune, car outre les retortes,
il est requis un autre feu, & difficilement se
peut-il distiller hors d'une grande retorte, plus
d'une livre d'esprit, en l'espace de cinq ou six
heures. Mais dans la nôtre en l'espace d'un
jour, sans aucuns frais ni travail on en peut extraire
vingt ou trente livres, à cause que le bois
qui doit être distillé, doit être jeté immédiatement
dans le feu pour être distillé, & non en
pièces mais entier. Or cet esprit (étant rectifié)
peut commodément servir à diverses opérations
Chimiques: car il dissout aisément les
pierres des animaux, comme les yeux de cancres,
la pierre des perches, & carpes, coraux &
perles &c. de même que fait le vinaigre de vin.
Par son moyen aussi on dissout les verres des
métaux, comme l'étain, plomb, antimoine, qui
sont extraits & réduits en huiles douces.
Ce vinaigre étant pris tour seul par le dedans provoque grandement les sueurs; c'est pourquoi
il est bon en beaucoup de maladies, spécialement
celui qui est fait de chêne, buis, gaïac,
genièvre, & autres bois pesants, car plus le
bois est pesant, plus il rend d'esprit acide.
Par le dehors il mondifie les ulcères, blessures, consolide, éteint & mitige les inflammations
causées par le feu, guérit la galle, spécialement
la décoction du même bois étant faite avec
ledit vinaigre, étant mêlé avec eau chaude pour

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Des Fourneaux Philosophiques. 51

un bain des parties basses du corps, il guérit les
maladies occultes des femmes, comme aussi
les ulcères malins des jambes.
Pour les raisons susdites, cet esprit mérite bien d'avoir une place dans les boutiques des
Apothicaires, dont il est injustement rejeté, vu
qu'il est aisé à faire dans la distillation de l'absinthe
& autres végétaux. Il reste au fonds du
fourneau des cendres, lesquelles étant extraites
avec eau chaude, il s'en tire un sel par décoction,
lequel étant derechef dissous par son esprit
ou vinaigre & filtré, le flegme étant évaporé,
& après mis dans un lieu froid, se réduit en
un sel cristallin, qui est de bon goût, ne sentant
pas la lessive, & ne se fondant pas à l'air comme
les autres sels. Ce sel à plus d'efficace (étant
réduit en cristaux par son propre esprit) que celui
qui est fait par le moyen du soufre, ou par
l'eau forte, & l'huile de vitriol, & autres voies
que les Chimiques & Apothicaires ont en
usage.

L'esprit de Papier & de linge.
L Es pièces de linge assemblées de chez les Lingères, & jetées dans le fourneau sur les charbons ardents, rendent un esprit acide, lequel
teint les ongles, le cuir & le poil d'une couleur
jaune, remet les membres détruits par le froid,
il est bon pour la gangrène & érysipèles, si on
trempe un linge dedans & l'applique dessus &c.
l'esprit de pièces de papier fait le même.
D ij
@

52 La première Partie.
Esprit de Soie.
D E la façon susdite on tire un esprit des pièces de soie, lequel n'est pas si rude que celui du linge & du papier, & même ne teint pas
le cuir, mais il est excellent aux vieilles & nouvelles
plaies, & rend le cuir très beau.

Esprit du poil des hommes & autres animaux, comme aussi des cornes.
O N tire aussi un esprit des cornes & des poils, mais il est très fétide, c'est pourquoi il n'est pas si bon pour l'usage, quoi qu'autrement
il peut servir à divers Arts: étant rectifié
il devient clair ayant l'odeur de l'esprit d'urine, il
dissout le soufre commun, & rend une eau qui
guérit la galle en fort peu de temps.
A quoi aussi sont propres les morceaux des draps qui ne sont pas teints, étant jetés en bonne
quantité dans le fourneau, les pièces de draps
trempées dans cet esprit & pendues dans les vignes
& dans les champs, empêchent les cerfs &
les sangliers d'y entrer, d'autant qu'ils craignent
l'odeur de cet esprit.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 53

L'esprit de Vinaigre, de miel, & de Sucre.
C Elui qui voudra distiller des choses liquides, doit jeter des charbons ardents dedans, comme par exemple dans le Vinaigre
étant dans le fourneau; ou si c'est du miel, ou
du sucre, faites-les premièrement dissoudre dans
de l'eau, & par ce moyen ils seront bus par les
charbons, & en étant imprégnés, il les faut
après jeter à diverses fois dans le fourneau pour
être brûlés; & lors que les charbons brûlent,
ce qui est incombustible fort dehors, & par ce
moyen on peut distiller les choses liquides en
grande quantité.
Le Vinaigre qui est distillé de cette manière, est de la même nature que celui qui est distillé
par les vaisseaux clos.
Mais le miel & le sucre qui sont distillés par cette manière sont un peu altérés & acquièrent
d'autres vertus: mais je montrerai dans la seconde
Partie, comme quoi on les peut distiller
sans perte de leur esprit volatil, & par cette
même voie toutes choses liquides peuvent
être bues par les charbons ardents & être
distillées.
Pour l'usage du vinaigre distillé on en peut dire beaucoup de choses, mais parce que les livres
des Chimistes en traitent assez abondamment,
il serait inutile de répéter ce qu'ils ont
écrit. Or ceci vaut bien la peine d'en prendre
D iij
@

54 La première Partie.
connaissance: c'est que le vinaigre le plus âcre
a une grande affinité avec quelques métaux, lesquels
par son moyen sont extraits, dissous
& réduits en médicaments. Certes beaucoup de
choses peuvent être faites par son moyen, comme
le témoignent tous les Livres des Chimistes.
Mais il y a un autre Vinaigre, duquel il est souventes fois parlé dans les Livres des Philosophes,
par le moyen duquel on fait quantité
de belles choses dans la solution des métaux,
son nom a été tenu dans le silence par les anciens,
& je n'en traite point en cet endroit, d'autant
qu'il ne saurait être fait par ce fourneau,
mais j'en traiterai ailleurs.

Comment il faut tirer les esprits du sel de tartre, du tartre vitriolé, de l'esprit de sel tartarisé, & d'autres semblables sels fixes.
L Es Chimistes ont presque tous été de cette opinion, qu'il ne se pourrait tirer un esprit du sel de tartre, & autres sels fixes. Car l'expérience
nous fait voir que par les retortes on
n'en tire que peu ou point du tout, comme j'ai
souvent expérimenté auparavant l'invention de
ce fourneau. La raison de cela est l'addition du
sable, terre, bol, poudre de brique &c. pour
empêcher la fleur du sel de tartre, étant dispersé
par ce moyen; cela a été fait par l'ignorance

@

Des Fourneaux Philosophiques. 55

des Auteurs, qui n'ont pas connu les
propriétés du sel de tartre. Car les choses pierreuses,
comme le sable, les pierres, le bol &c.
étant mêlés avec le sel de tartre, sentant la
chaleur du feu, & étant rougis ensemble, ils se
joignent exactement de telle façon, qu'on n'en
saurait tirer l'esprit, qui devient une pierre très
dure. Car le sable, & autres choses qui lui ressemblent,
ont une si grande affinité avec le sel
de tartre, que lors qu'ils sont une fois unis il est
difficile qu'ils puissent être séparés; néanmoins
il se peut faire par l'addition de pur sable ou
pierres: d'autant que toute la substance du sel
de tartre peut être tournée en esprit en l'espace
d'une ou de deux heures, comme il sera dit dans
la seconde Partie. Il excède tous autres médicaments
en vertu pour la cure de la pierre & de la
goutte. Et si par le régime de l'art est laissée une
tête morte dans cette distillation, étant dissoute
à l'air elle a le pouvoir de putréfier les métaux
étant préparés & mêlés avec, en l'espace de
peu d'heures, de telle façon qu'elle les fera devenir
noirs, & croître de même que des arbres
avec leurs racines, troncs, & branche, & plus
longtemps vous les *lairrez comme cela, & meilleurs
en seront-ils.
De la chaux de Saturne subtilisée, & du sel de tartre, il s'en peut faire un esprit graduatoire qui
a de grandes vertus dans la Médecine & Alchimie,
il s'en fait par *delique de la tête morte une
liqueur verte qui a de grandes vertus: ce qui témoigne
bien que Saturne n'est pas la plus basse
des planètes, c'est assez dit pour les sages.
D iiij
##Note :*lairrez: laisserez, abandonnerez.
*delique: déliquescence, liquéfaction.
#

@

56 La première Partie.
Et de même façon est fait le lait virginal, & le sang de dragon Philosophique.
Q Uelquefois il se trouve une certaine terre ou bol, qui a une affinité avec le tartre, lequel étant mêlé avec le sel de tartre, rend un
esprit en petite quantité, mais dans ce fourneau
toutes les choses fixes peuvent être élevées,
d'autant que les espèces n'y étant pas enfermé
mais dispersées, & jetées sur le feu, sont élevées
au travers de l'air, & étant refroidies dans les
récipients sont derechef condensées, ce qui ne se
peut si bien faire par une retorte fermée.
Celui donc qui voudra faire l'esprit de tartre, n'a besoin d'autre chose que de jeter le tartre
calciné dans le feu, & il s'en ira tout en esprit:
mais alors il est nécessaire d'avoir des récipients
de verre, d'autant que ceux de terre ne
les sauraient retenir.
C'est ici le moyen par lequel tous les sels fixes sont distillés en esprit par le premier fourneau,
dans le second il peut être mieux fait &
plus aisément, où nous décrirons la préparation
& l'usage tout ensemble.

pict
@

Des Fourneaux Philosophiques. 57

Les Esprits, Fleurs, & Sels, des minéraux & des pierres.
P Ar cette voie les Esprits de tous les minéraux peuvent être élevés, & aussi des pierres, sans addition d'autre chose: pourvu néanmoins
que les minéraux & pierres, comme pierres
à feu, cristal, talc, pierre calamine, marcassite,
antimoine, étant broyés, soient jetés avec
une cuillère de fer sur les charbons, & ensemble
avec un certain esprit acide, s'élèveront des
fleurs & quelque sel, lesquels il faut par après laver
& ôter du récipient & les filtrer, & les fleurs
resteront dans le papier à filtrer: l'eau, l'esprit &
le sel passeront au travers du filtre, tous lesquels
peuvent être rectifiés & gardés chacun séparément
pour leur propre usage. Mais il te faut
bien choisir des minéraux qui n'aient point senti
le feu, si tu désires en avoir l'esprit.

Le moyen de réduire les métaux minéraux en fleurs, & de leurs vertus.
J Usqu'à présent les fleurs des métaux & des minéraux n'ont pas été en usage, excepté les fleurs d'antimoine & de soufre, lesquelles
se subliment aisément, car les Chimistes n'ont
pas osé entreprendre la sublimation des autres
minéraux & métaux fixes, étant contents de leur

@

58 La première Partie.
dissolution avec eau forte, & eaux corrosives,
les précipitant avec la liqueur de sel de tartre,
après les édulcorant & faisant sécher. Les ayant
préparés comme cela, ils les ont appelés leurs
fleurs: or par mes fleurs j'entends cette matière;
laquelle par le moyen du feu sans addition d'autre
chose, est sublimée & changée en une poudre
subtile, qui ne peut être aperçue par les dents
ni par les yeux, laquelle peut (à mon jugement
passer pour les vraies fleurs; mais les fleurs que
les autres font sont corporelles, & ne sauraient
être si bien édulcorées, retenant quelque goût
salé en elles, comme il se peut voir par l'augmentation
de leurs poids, étant par conséquent
dangereuses aux yeux & autres parties.
Mais nos fleurs étant sublimées toutes seules par la force du feu, ne sont pas seulement sans
aucun fiel, mais sont si subtiles, qu'étant prises
par dedans elles opèrent incontinent, & font voir
leur vertu selon la volonté du Médecin, & leur
préparation n'est pas si chère.
Comme aussi les métaux & minéraux sont mûris & amendés dans leur sublimation, afin
qu'on s'en puisse servir avec plus de sûreté, mais
en d'autres préparations ils sont plutôt détruits
& corrompus, comme l'expérience le témoigne:
J'enseignerai présentement la manière
de faire ces fleurs de chaque métal en particulier,
afin que l'artiste n'erre point dans la préparation,
& premièrement.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 59

De l'Or & de L'Argent.
L Or & l'Argent sont difficilement réduits en fleurs, à cause que beaucoup sont d'opinion qu'il n'y a rien qui sorte d'eux dans le feu particulièrement
de l'or, quoi qu'il fût laissé là pour
toujours, & quoi que cela soit vrai, que rien
ne sorte de l'or dans le feu, quoi qu'il y demeure
un longtemps, & fort peu hors de l'argent,
excepté qu'il y ait du cuivre ou autre métal mêlé,
lequel s'évapore peu à peu.
Sur quoi je dis que quoi que cela soit, néanmoins étant rompus, subtilisés & jetés sur les
charbons, & comme cela dispersés, ils peuvent
être sublimés & réduits en fleurs par la force
du feu & l'assistance de l'air.
Mais d'autant que les susdits métaux sont chers, & de grand prix, & le fourneau & les récipients
devant être grands, je ne désire pas que
personne les y jette, particulièrement l'or, à cause
qu'il ne se recouvrerait pas tout, mais à ceux
qui désireront faire les fleurs, je leur montrerai
une autre voie dans la seconde Partie, par laquelle
ils les pourront faire sans aucune perte du
métal, là où je renvoie le Lecteur, car ce fourneau
ne sert que pour les métaux & minéraux
qui ne sont pas si précieux, desquels quoi qu'on en
perde une partie ce n'est pas grand'chose, ceci
soit dit pour faire voir que l'or & l'argent quoi
que fixes, peuvent être sublimés: Or les autres
métaux sont sublimés plus aisément, mais l'un

@

60 La première Partie.
plus facilement que l'autre, & ils n'ont pas besoin
d'autre préparation que de les mettre en
grenaille auparavant que les jeter au feu.

Fleurs de fer & de cuivre.
P Rends limaille de fer ou de cuivre, autant qu'il te plaira, jette-la avec une cuillère de fer sur les charbons ardents, en la dispersant, &
il se lèvera hors du fer une poudre rouge; mais
hors du cuivre une verte, & se sublimeront dans
les vaisseaux sublimatoires, & lors que le feu se
diminue il le faut renouveler avec des charbons
frais, & continuer de jeter de la limaille tant
que tu aies une quantité suffisante de fleurs,
alors laisse les refroidir: ce fait ôte les vaisseaux
sublimatoires, & en ôte les fleurs & les garde;
car elles sont très bonnes si elles sont mêlées
avec des onguents & emplâtres: & étant prises
par dedans provoquent le vomissement; c'est
pourquoi elles sont meilleures pour la Chirurgie,
il n'y a presque rien qui leur puisse être
égalé. Le cuivre étant dissous en esprit de sel,
précipité avec l'huile de vitriol, édulcoré séché
& sublimé, rend des fleurs, lesquelles étant
dissoutes à l'air en huile verte, sont très excellentes
pour les blessures. Et pour les vieux &
putréfiés ulcères, c'est un précieux trésor.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 61

Fleurs de Plomb & d'Etain.
T U n'as pas besoin de réduire ces métaux en limaille, il suffit de les jeter une pièce après l'autre, mais il faut mettre sous la grille un plat
de terre verni, rempli d'eau, pour ramasser ce
qui tombe fondu en bas, lequel tu tireras hors,
& le jetteras derechef sur le feu, & réitéreras cela,
tant que tout soit réduit en fleurs, lesquelles
tu tireras après que le vaisseau sera froid, comme
a été dit des fleurs de Mars & Vénus. Ces fleurs
sont excellentes & étant mêlées avec les emplâtres
& onguents pour vieilles & nouvelles
plaies, car elles ont plus de vertu pour dessécher
que les métaux calcinés, comme l'expérience le
certifie.

Du Mercure.
C Elui-ci est aisément réduit en fleurs, à cause qu'il est grandement volatil, mais non par la susdite voie, d'autant qu'il saute dans le
feu, & cherche à descendre. Mais si tu désires
d'en avoir les fleurs, mêle-le premièrement
avec du soufre, afin que tu le puisses pulvériser,
& le jette étant mortifié, & si tu jettes dans
un creuset rougi au fourneau un peu de mercure
de temps en temps avec une cuillère, il montera
incontinent en haut, & une partie se résoudra
en eau acide, laquelle doit être préférée aux

@

62 La première Partie.
fleurs selon mon jugement, & le reste du mercure
passe dans le récipient, mais à cette affaire
il est nécessaire d'avoir des vaisseaux de verre,
d'autant que la susdite eau se perd dans la terre,
cette eau sans nul doute fait quelque chose
dans la Chimie: elle est aussi bonne appliquée
par dehors, pour la galle, & ulcères vénériens.

Les fleurs du Zinc.
C 'Est un métal admirable, & qu'on a trouvé par l'anatomie spagirique être un pur souffre d'or *immûr: étant mis sur les charbons
ardents il s'enfuit soudainement, étant enflammé:
une partie duquel brûle comme soufre,
avec une flamme d'autre couleur d'or pourpré,
& rend de très belles fleurs blanches, &
légères.

Leur usage.
E Tant données depuis 4. 5. 6. jusques à 12. grains, elles provoquent grandement la sueur, & quelquefois le vomissement, & les selles,
selon la disposition du mal. Les vertus de
ces fleurs étant mises en usage par le dehors
font des effets incroyables; On ne saurait trouver
des fleurs meilleures, car elles ne consolident
pas seulement avec promptitude la chair
des plaies nouvelles: mais aussi des vieilles, telles
que sont celles qui jettent de l'eau, en quoi

##Note :*immûr: non mûr.
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 63

elles surpassent tous autres médicaments, ayant
une telle sécheresse jointe avec une vertu consolidante,
de telle sorte qu'elles font toujours
des effets incroyables. On s'en peut servir de diverses
façons, comme de mettre de la poudre
seule par dessus, puis un emplâtre *stictique, ou
en faire un onguent avec miel & le mettre aux
blessures: on les peut faire bouillir avec onguents
à consistance dure pour en faire des suppositoires
à mettre dans les blessures, puis les
couvrir d'un emplâtre, & se garder de l'air,
étant appliquées de cette façon, elles guérissent
fondamentalement, étant aussi mêlées avec
emplâtres elles font des merveilles.
Si elles sont mêlées avec une eau rose, ou eau de pluie, tant qu'elles soient unies ensemble,
& qu'après on mette quelques gouttes de ce
mélange dans les yeux tous les jours, cette eau
ne cède à autre ophtalmique pour les guérir.
Ces fleurs étant reçues sur un linge, & jetées sur les endroits ou les enfants ont été échauffés
par leur urine (ce lieu étant premier
lavé avec eau) les guérit promptement. Elles
guérissent aussi promptement toute sorte d'excoriation,
qui a été contrariée pour avoir été
longtemps malade, si on en jette dessus.
Ces fleurs se dissolvent aussi plus facilement dans les eaux corrosives, que les autres métaux
& minéraux, & jamais leur esprit ne les quitte
au feu, & ne distille qu'une eau insipide, laissant
une huile grasse & épaisse, comme a été
dit ci dessus de la pierre calamine, servant pour
les mêmes usages, mais avec plus d'efficace que

##Note :*stictique: Terme de chimie. Acide stictique, acide amer qui accompagne la cétrarine,
mais en est distinct.
#

@

64 La première Partie.
l'autre, cet esprit étant poussé hors par la violence
du feu, acquiert une telle force, qu'il est
presque impossible de le garder, & non seulement
l'esprit de sel, mais aussi l'eau forte, & l'eau
royale peuvent être exaltées par ce moyen,
de telle façon qu'ils seront capables de faire de
grandes choses dans la séparation des métaux.
Ce n'est pas ici le lieu d'en parler, ce sera dans la
quatrième Partie.
Or tu n'as pas besoin de choisir des fleurs pour ce travail, d'autant que le zinc cru fait le même,
quoi que les fleurs un peu mieux; d'où il
apparaît qu'un métal contracte un plus haut
degré de sécheresse dans la sublimation.

Fleurs d'Antimoine.
I L n'y a point de difficulté à faire les fleurs d'antimoine, car les Chimistes les ont mises, en usage il y a longtemps, & à cause que leur
préparation était ennuyeuse, elles n'étaient
pas vendues à un bas prix.
C'est pourquoi personne n'a eu la volonté d'essayer autre chose en elles, d'autant qu'on ne s'en
servait que pour faire vomir, la dose desquelles
était depuis 1. 2. 3. 4. jusqu'à 8. & 10. grains
pour les maux de l'estomac, & de la tête,
comme aussi aux fièvres, peste, vérole &c. & il
ne se faut pas étonner si les Chimistes n'ont pas
essayé plus avant, car il se trouve des hommes
en ce temps ici qui se persuadent eux-mêmes
qu'il n'y a rien qui n'ait été connu par les anciens
ciens
@

Des Fourneaux Philosophiques. 65

sages, mais à la vérité cette opinion est
grandement erronée, comme si Dieu avait tout
donné aux anciens, & n'eut rien réservé pour
ceux qui sont venus après, & même ils n'entendent
pas la nature dans leurs opérations, laquelle
travaille continuellement, & ne se lasse
jamais, &c. mais quoi qu'il en soit, il est évident
que Dieu a révélé en ce temps des choses
occultes, & il ne cessera de faire le même jusques
à la fin du monde.
Mais pour revenir à notre discours, qui est de montrer une voie plus aisée pour faire les
fleurs d'antimoine, par laquelle on en pourra
faire quantité, & qui puissent servir à d'autres
usages.
Prends de l'antimoine cru en poudre autant qu'il te plaira, mais premier faits rougir ton fourneau,
alors jette dedans à une fois une livre ou
environ d'antimoine, la disposant sur les charbons;
& il fluera incontinent, & se mêlera
avec les charbons, & par la force du feu il sublimera
au travers de l'air dans les récipients ou
pots comme une nuée, & se coagulera en fleurs
blanches. Note que lors que les premiers charbons
sont brûlés, il en faut mettre d'autres dedans
pour continuer la sublimation, & il les faut
allumer avant les mettre dedans, autrement la
poudre des charbons montera avec les fleurs, &
leur donnera une couleur grise; mais il n'importe
pas si tu ne désires t'en servir pour provoquer
le vomissement, car il n'y a point de danger
d'autant que cette couleur ne provient que de
la fumée du charbon, sur quoi tu ne dois avoir
E
@

66 La première Partie.
nulle crainte, mais que celui à qui cette couleur
déplaît, allume les charbons avant les mettre
au fourneau, & pour lors il aura des fleurs
blanches. Il ne faut pas aussi fermer le trou du
milieu, par où les charbons & l'antimoine sont
jetés dedans, afin que le feu brûle plus aisément,
autrement les fleurs du pot plus haut seraient
jaunes & rouges, à cause du soufre de
l'antimoine, lequel est sublimé plus haut que le
régule: or vous pouvez par cette voie faire
une livre de fleurs avec 3. 4. ou 5 livres de charbons,
car il s'en va fort peu de l'antimoine, le
soufre combustible se brûle, & tout le reste,
va en fleurs. Il faut avoir soin d'avoir quantité
de pots sublimatoires, car il est requis un grand
espace pour la sublimation de ces fleurs.
Les fleurs préparées par cette manière, ne sont pas si chères que celles qui sont préparées
de l'autre façon, & aussi elles ne sont pas si
violentes, étant faites à feu de flamme ouvert,
car elles ne provoquent pas le vomissement
avec tant de violence; de plus les fleurs du pot
plus bas proche du feu ne sont pas vomitives,
mais diaphorétiques, comme si elles avaient
été préparées par le nitre: car celles-ci sont
corrigées par le feu, & par ce moyen en une
même préparation, on fait diverses fleurs ayant
diverses opérations; car les fleurs du pot bas
sont diaphorétiques, celles du milieu vomitives,
& celles du dessus violemment vomitives:
car plus elles ont souffert du feu, elles sont d'autant
mieux corrigées; d'où provient la diversité
de leur pouvoir, c'est pourquoi il les faut

@

Des Fourneaux Philosophiques. 67

garder séparément, les plus hautes pour les emplâtres,
ou pour faire du beurre ou huile soit
doux ou corrosifs, celles du milieu pour purger
& vomir, & les basses pour suer, étant plus excellentes
que le bézoard minéral, ou l'antimoine
diaphorétique, fait avec le nitre. En vérité je ne
pense pas qu'il y ait une voie plus aisée que la
nôtre pour faire des fleurs vomitives & diaphorétiques,
mais pour leur usage, il faut que
tu saches que celles qui sont vomitives doivent
être données à ceux qui sont forts & accoutumés
à vomir: mais aux enfants & vieilles
gens avec discrétion, comme a été dit du beurre
d'antimoine: Pour celles qui sont diaphorétiques,
elles peuvent être données sans danger
aux jeunes & aux vieux, aux sains & aux malades,
en toutes affections qui requièrent la sueur,
comme en la peste, vérole, scorbut, lèpre, fièvres
&c. la dose est depuis, 3. 6. 9. 12. jusques à
24. grains avec de propres véhicules pour suer
dans le lit, car elles détruisent les mauvaises
humeurs, tant par les sueurs que par les urines,
d'autant que celles qui sont vomitives sont en plus
grande quantité que celles qui sont diaphorétiques,
& qui ne sont pas si nécessaires que celles-ci,
il est expédient que je te montre comme
quoi il faut changer les vomitives en
diaphorétiques. Cela se peut faire de trois façons,
les deux premières ayant déjà été montrées
concernant le beurre d'antimoine, fait
des fleurs avec esprit de sel, la troisième est celle-ci.
Mets les fleurs d'antimoine dans un creuset
couvert (sans luter) afin que rien ne tombe
E ij
@

68 La première Partie.
dedans, & ainsi les mets toutes seules à feu médiocre,
de telle façon qu'elles ne fondent point,
mais qu'elles rougissent l'espace de peu d'heures,
après laisse les refroidir, car elles sont fixes
& diaphorétiques, quoi qu'elles aient auparavant
fait attraction de quelque *jauneur ou couleur
de cendres, néanmoins par ce moyen elles
sont rendues blanches & belles, fixes & diaphorétiques.
On se sert aussi de telles fleurs aux
emplâtres *stictiques à cause de la nature sèche,
de laquelle elles sont douées.
Elles sont aussi fondues en verre transparent, & il n'y a point de meilleure voie ni plus aisée
pour réduire l'antimoine sans addition en verre
transparent:, que lors que l'antimoine est
premièrement sublimé, puis fondu en verre.
Cette sublimation sert en lieu de calcination, & par ce moyen vingt livres sont plutôt sublimées
que de l'autre façon une livre n'est réduite
en chaux.
Et il n'y a point de danger d'être incommodé des fumées, d'autant qu'après avoir jeté
l'antimoine dans le feu, vous pouvez vous retirer,
ce qui est une douce & aisée calcination; là
où par la voie commune il faut que l'artiste soit
continuellement présent pour remuer la matière,
ou autrement retirer la matière lors qu'elle
s'est prise ensemble, pour la broyer derechef,
par où il a beaucoup à faire, auparavant que la
matière devienne blanche, mais par notre voie
la matière est suffisamment blanche à la première
fois, & plus que par la commune calcination
& agitation; c'est pourquoi je suppose

##Note :*jauneur: couleur jaune.
*stictique: Terme de chimie. Acide stictique, acide amer qui accompagne la cétrarine,
mais en est distinct.
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 69

que j'ai montré la plus aisée façon à ceux qui
désireront faire le verre d'antimoine, laquelle
étant apprise, j'espère qu'il n'y a point d'homme
si fou qui veuille aller par une voie si ennuyeuse
que celle des anciens, mais qu'il suivra
mon instruction, par laquelle toute sorte de
Médecins seront capables de préparer eux-
mêmes les fleurs vomitives & diaphorétiques,
& aussi le verre d'antimoine transparent.
De ces fleurs on en peut faire des huiles douces & corrosives, & autres médicaments,
comme a été dit de l'esprit de sel, & sera encore
ci-après dans la seconde Partie.
Celui qui veut faire les fleurs du régule plus belles que celles qui ont été faites de l'antimoine
cru, doit le jeter en poudre sur le feu, &
procéder en toutes choses comme dessus, & il
les aura faites &c. car elles sont aisément sublimées:
or comme quoi le régule peut être fait
avec facilité, tu le trouveras dans la quatrième
Partie. Les scories sont aussi sublimées de telle
façon que rien ne se perd: mais celui qui voudra
faire des fleurs qui se dissolvent en liqueur
à l'air, il faut qu'il ait du tartre calciné ou autre
sel fixe végétable, & il aura des fleurs qui se
résoudront en liqueur: mais celui qui voudra
faire des fleurs rouges, aussi bien celles qui sont
diaphorétiques, que celles qui sont purgatives,
y mêlera du fer, & il aura des fleurs semblables
au cinabre, & s'il les désire vertes, qu'il y mêle
du cuivre, & de couleur de pourpre, avec la
pierre calamine.
E iij
@

70 La première Partie.
De même façon on peut faire les fleurs de tous les minéraux, soit fixes ou volatils: car
étant jetés dans le feu ils sont forcés de fuir
en haut, & peuvent servir diversement dans la
Chirurgie, dans les emplâtres & onguents:
car elles sont grandement astringentes & desséchantes,
particulièrement celles qui sont faites
de la pierre calamine, celles qui sont faites
des marcassites d'or & d'argent ne doivent pas
être méprisées: celles qui sont faites d'arsenic
& orpiment sont des poisons, mais on s'en
sert pour l'usage des peintres. L'arsenic & l'orpiment
étant calcinés avec le nitre, & après
sublimés, donnent des fleurs qui peuvent être
prises doucement par le dedans, chassant toute
sorte de poisons par les selles & les sueurs; car
elles sont corrigées par deux façons, la première
par le nitre, la seconde par le feu en les sublimant;
c'est pourquoi on ne doit pas les
craindre, vu que l'antimoine aussi était un
poison avant la préparation, & plus grand est le
poison auparavant la préparation, plus est-il
aussi par après une excellente médecine.
Il est parlé des fleurs de soufre dans la seconde Partie, & elles pourraient aussi être faites
par ce fourneau, sa nature & propriétés
étant connues par un artiste expert, autrement
il se brûlerait.
De même les pierres étant préparées sont réduites en fleurs, & beaucoup d'autres choses,
desquelles il n'est pas nécessaire de parler, mais
que celui qui s'y plaît en fasse l'épreuve.
Or je ne doute point que je ne t'aie montré
@

Des Fourneaux Philosophiques. 71

pleinement & clairement, comme quoi les
distillations se font par notre premier fourneau,
c'est pourquoi je veux finir à présent.
Celui qui connaîtra & entendra la fabrique
de ce fourneau (ce qui peut être entendu par la
description qui en a été faite) avec son usage,
ne déniera pas que je n'aie fait un bon travail,
& ne désapprouvera pas mon labeur.
C'est ici la meilleure manière pour distiller & sublimer les choses incombustibles. Dans la
seconde partie, tu trouveras un autre fourneau,
dans lequel sont distillées les choses combustibles
& les esprits très subtils. Le premier fourneau
sert aussi à d'autres usages, comme pour
la séparation du pur de l'impur des métaux, &
pour faire le sel central, & l'humide radical de
tous. Mais cela ne peut être fait de la façon
susdite, par laquelle les choses sont jetées sur
le feu, pour en avoir les fleurs & esprits: mais
par une certaine façon secrète & Philosophique
par le pouvoir d'un certain feu secret qui
a été caché par les Philosophes, (lequel je ne
prostitue pas à tout le monde,) il suffit que je
t'aie donné une entrée pour chercher plus
avant, & que j'aie montré le chemin aux autres.

Fin de la première Partie.
@

S E C O N D E P A R T I E
D E S
N O V V E A V X
F O V R N E A V X
PHILOSOPHIQVES.
D A N S L A Q V E L L E E S T D E S C R I T E L A proprieté du second Fourneau, par le moyen duquel on peut distiller toutes sortes de volatils, subtils & combustibles, vegetaux, animaux & mineraux, par vne voye courte, iusqu'à present inconnuë, par laquelle il ne se perd rien du tout, retenant iusqu'aux esprits les plus subtils, ce qui ne se peut faire par les retortes, & autres vaisseaux.
Composée par I E A N R O D O L P H E G L A V B E R
Et mise en François Par LE SIEVR DV TEIL. *o%o* Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie,
aux Armes de Hollande. ----------------------------------------------
M. D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
@
@

Page de gravures manquante. Remplacée par une reproduction extraite d'un autre
ouvrage.
pict
A. Le fourneau auec son instrument de fer et son recipient. B. L'artiste
qui de sa main droicte oste le couuercle, et de la gauche iette la matiere dedans. bo~s C. La figure exterieure du vaisseau. D. La figure interieure. E. Un autre vaisseau qui est sur les char

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pict

L A S E C O N D E P A R T I E. Des Fourneaux Philosophiques.
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D E L A C O N S T R U C T I O N
du second Fourneau.
pict E vaisseau pour distiller doit être
fait de fer, ou de bonne terre, telle qui puisse soutenir la violence du feu, de quoi il sera parlé dans la cinquième Partie; tu la peux faire aussi petite & aussi grande qu'il te plaira
selon la quantité, celle de fer est fort propre
pour s'en servire pour les esprits qui ne sont pas
fort rudes ni corrosifs, autrement ils corroderaient
le vaisseau: Mais on se doit servir de celle
de terre pour telles choses, qui montrent
leur vertu sur le fer, & qui le font fondre comme
le soufre, antimoine & semblables, c'est
a
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2 La seconde Partie.
pourquoi il faut que tu aies deux semblables
vaisseaux, un de fer, & un de terre, pour servir
à ces deux sortes de matières corrosives & non
corrosives, il faut que tu aies des vaisseaux &
fourneaux pour leurs distillations, qui ne
puissent être gâtés par des choses qui leur
soient contraires.
Le vaisseau est montré par la figure précédente. La partie plus basse est quelque peu
plus ample que la partie supérieure, & deux
fois aussi haut que large, ayant en haut un orifice
avec certaine distinction de profondeur d'un
travers doigt pour le moins, pour recevoir le
couvercle ayant une oreille, afin qu'avec la
pincette il puisse être ôté & remis à ton gré,
avec aussi une épaule qui réponde à la distinction
de la susdite partie inférieure. Il faut aussi
que la partie inférieure ait trois épaules collatérales,
desquelles elle s'appuie aux murailles
du fourneau, qui doit être des communes distillatoires
avec un couvercle, comme il se voit
par la figure: & si tu ne veux pas avoir de Fourneau,
tu n'auras pas besoin de ces trois épaules,
pourvu que le vaisseau distillatoire soit
plat dans le fond, ou qu'il ait des pieds dont le
tuyau soit long de demi pied, plus étroit en
la partie antérieure qu'en la postérieure, qu'il
sorte d'auprès la susdite distinction, étant destiné
à la distillation des esprits.

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Des Fourneaux Philosophiques. 3

La manière de distiller.
Q Uand tu voudras distiller, mets premièrement le feu dans le Fourneau, & faits rougir le vaisseau distillatoire, mais s'il n'est pas
attaché au fourneau, mets le sur une grille, &
mets des pierres tout au tour, & des charbons
entre deux, & le fais rougir, & mets du plomb
fondu dans l'espace des deux bords, afin que
le couvercle, quand il est mis dessus se ferme
exactement, & que les esprits ne passent pas au
travers: ce fait prends un peu de la matière que
tu désires distiller, & la jette dedans, & tout incontinent
couvre-la de son couvercle, & les esprits
n'auront point d'autre passage qu'au travers
du canon, auquel il faut avoir appliqué un
grand récipient bien luté, & incontinent que
la matière commence à devenir chaude, elle
laisse aller son esprit, lequel sort dans le récipient:
& d'autant qu'on a jeté peu de matière
dedans, elle n'a pas le pouvoir de forcer le
lut, ni de rompre le récipient; mais il faut
qu'elle se condense, ce fait jette encore un peu
de ta matière, couvre-la, & la laisse aller tant
qu'elle soit condensée, continuant ledit procédé
jusqu'à ce que tu aies assez d'esprit; prends
bien garde de ne jeter pas plus à la fois de matière
que le récipient est capable d'en contenir,
autrement il romprait, & si le vaisseau est plein
auparavant que la distillation soit finie, alors
ôte le couvercle, & avec une cuillère de fer
a ij
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4 La seconde Partie.
tire hors la tête morte, & recommence de jeter
de la matière comme devant, mais peu à la
fois, continuant cela tant qu'il te plaira.
Comme cela tu en distilleras plus en un jour dans un petit vaisseau, que tu ne saurais faire
de l'autre façon avec une grande retorte, & tu
ne dois pas craindre de perdre la moindre chose
des esprits subtils, ni de rompre le récipient
par l'abondance des esprits. Tu peux aussi laisser
ta distillation, & la commencer derechef
quand il te plaît, n'y ayant point de danger
que le feu ne soit trop violent, de façon qu'il
puisse faire aucun dommage, & par ce moyen
tu peux faire les esprits les plus subtils, ce qu'il
est impossible de faire par aucune retorte. Mais
si tu veux distiller un esprit subtil par la retorte,
comme le tartre, corne de cerf, sel armoniac,
& semblables, tu ne le saurais faire sans perte,
quoi qu'il ni eût que demie livre de matière:
car les esprits subtils sortant hors, s'efforcent de
pénétrer le lut s'il n'est bon, mais s'il est bon &
qu'ils ne puissent passer au travers, alors ils
rompent le récipient, à cause qu'il est impossible
qu'il puisse contenir une si grande quantité
d'esprits subtils à une fois, car lors qu'ils
viennent, ils viennent en si grande abondance, &
avec tant de violence, que le récipient ne les
saurait contenir, & comme cela il faut par nécessité
qu'ils s'enfuient, ou il faut qu'ils passent
au travers du lut, toutes lesquelles choses ne
sont pas à craindre ici, à cause qu'on n'en jette
qu'un peu à la fois, dont il ne saurait venir une
si grande quantité d'esprits, pour pouvoir rompre

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Des Fourneaux Philosophiques. 5

le récipient, & lors qu'il ne sort plus d'esprits
& qu'ils sont condensés, alors il y faut jeter derechef
de la matière, continuant cela tant que
tu aies assez d'esprits. Après ôte le récipient,
& mets l'esprit dans des verres dont il sera parlé
au cinquième Livre parmi les choses manuelles,
là où il sera gardé avec assurance sans
danger d'être gâté ni évaporé.
De cette manière toutes choses, végétaux, animaux, ou minéraux, peuvent être distillées
par ce fourneau, & beaucoup mieux que par la
retorte: particulièrement les esprits subtils
(ce qui ne saurait être fait de l'autre façon
de distillation, d'autant qu'ils passeraient au
travers du lut) sont sauvés par cette voie &
sont beaucoup meilleurs que les huiles pesantes,
qui sont communément prises pour esprits,
& ne le sont point, étant seulement des eaux
corrosives. Car la nature & qualité de l'esprit
est d'être volatil, pénétrant & subtil, & ceux-
là qu'on vend chez les Apothicaires ne sont pas
tels, comme sont les esprits de sel, vitriol, alun
& nitre, n'étant que des huiles pesantes, lesquelles
n'exhalent point de chaleur.
Car le véritable esprit propre pour l'usage de la Médecine, doit venir plutôt que le flegme,
& non après, d'autant que toute chose qui est
plus pesante que le flegme, n'est pas un esprit
volatil, mais un esprit pesant, ou pour le mieux
nommer, une huile pesante & acide: & il se
voit par expérience que l'esprit de vitriol des
Apothicaires ne guérit pas l'épilepsie ou mal caduc,
laquelle vertu est attribuée à cet esprit, &
a iij
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6 La seconde Partie.
à la vérité très justement: car le vrai esprit de
vitriol achève cette cure; semblablement leur
esprit de tartre comme ils l'appellent, n'est pas
un esprit, mais un flegme puant, ou vinaigre.
Je veux à présent montrer la manière de faire ces véritables esprits, d'autant que beaucoup
de belles choses peuvent être faites par leur
moyen dans la Médecine. Cette façon de distiller
sert à ceux qui cherchent de bonnes médecines:
mais ceux qui ne se soucient pas si leurs
médecines sont bien préparées ou non, n'ont
pas besoin de prendre tant de peine que de bâtir
un tel fourneau, ni de faire leurs esprits
eux-mêmes, car en tout temps ils peuvent
acheter à bon marché une bonne quantité d'esprits
morts & sans vertu chez les Apothicaires
& autres qui en vendent.
C'est pourquoi il ne se faut pas étonner si en ce temps on voit faire si peu d'effet aux médicaments
Chimiques, lesquels autrement sont
préférables à tous les Galénistes en bonté &
vertu. Mais les choses en sont venues à présent
à ce point, qu'un véritable Chimique, &
honnête fils d'Hermès est presque forcé de rougir,
lors qu'il entend parler les hommes des médecines
Chimiques, à cause qu'elles ne font pas
les miracles qu'on leur attribue, laquelle infamie
ne procède que de la négligence des Médecins,
quoi qu'ils se servent des Médecines
Chimiques, à cause qu'ils veulent être en réputation
de savoir plus que les autres: néanmoins
ils ont plus de soin de leur cuisine que
de la santé de leurs malades; & comme cela ils

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