Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfeseite Rückkehr. Flag Hjælp side Tilbage. Bandiera Guida Torna.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
11 12 13

52 La seconde Partie.
le filtre par le papier: puis le mets dans une petite
retorte de verre, & par une douce chaleur
du bain extrais-en presque tout l'esprit de sel
armoniac, lequel peut encore servir, & il restera
au fond une liqueur grasse qui doit être gardée
pour la médecine.
Mais s'il arrivait que tu tirasses trop d'esprit hors de la teinture d'argent, de façon que la
teinture resta à sec, & ni eut qu'un sel vert,
alors tu peux verser derechef dessus autant d'esprit
de sel armoniac qu'il en faut pour dissoudre
derechef le sel vert en liqueur. Que si tu désires
avoir la teinture plus pure, alors il faut extraire
toute l'humidité tant qu'il soit sec, sur lequel
tu verseras de bon esprit de vin, qui le dissoudra
promptement puis le filtreras, & il restera
des fèces, & la teinture sera plus belle: hors
de laquelle tu extrairas la meilleure partie du vin,
& la teinture en sera plus haute en vertu. Mais
si tu veux tu peux distiller ce sel vert auparavant
qu'il soit extrait avec l'esprit de vin dans une petite
retorte de verre, & tu auras un esprit subtil,
& une huile forte demeurant au fond de la
retorte un argent fusible qui n'a pas pu sortir.
Cela est admirable, que lors qu'on met de l'esprit de sel armoniac, ou de l'esprit de vin sur
ce sel ou pierre pour le dissoudre, le verre
devient si froid qu'il est presque impossible de le
tenir dans la main, laquelle froideur vient selon
mon opinion de l'argent, lequel est naturellement
froid.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 53

L'usage de cette liqueur verte dans l'Alchimie, & dans les opérations mécaniques.
C Ette liqueur verte ne sert pas seulement pour la médecine, mais aussi pour d'autres opérations Chimiques, car le cuivre & le verre
en peuvent être argentés fort facilement.
Elle est bonne pour l'usage de ceux qui sont curieux,
& qui aiment de faire montre de beaux
meubles: car si tu as des écuelles, assiettes, plats,
salières, tasses & autres vaisseaux de verre faits
à la façon de ceux d'argent, tu peux fort facilement
& à peu de frais les argenter dedans &
dehors, de telle sorte qu'à la vue on ne les saurait
discerner du véritable argent.
Outre toutes les susdites médecines, il s'en peut faire une autre très excellente avec les cristaux
d'argent: savoir en les dissolvant & digérant
quelque espace de temps avec l'eau universelle,
qui a été distillée par la nature même:
laquelle est connue de tous, Après sa digestion
d'un peu de temps, ayant changé de diverses
couleurs, il se trouvera une essence fort agréable,
laquelle n'est pas si amère que la susdite liqueur
verte, qui n'est pas encore parvenue à maturité
par le moyen de la chaleur.
N. B. dans ce doux menstrue universel, tous les autres métaux peuvent aussi par une petite
chaleur de digestion & en peu de temps être
mûris & rendus propres pour la Médecine,
d iij
@

54 La seconde Partie.
ayant premièrement été réduits en leurs vitriols
ou sels, & pour lors ils ne sont plus des corps
morts: mais par cette préparation ils ont recouvré
une nouvelle vie, ce ne sont plus les métaux
des avares, mais peuvent être appelés, les métaux
des Philosophes & des Médecins.

Usage des cristaux de Lune hors la Médecine.
E N dernier lieu on peut faire quantité de jolies choses, outre l'usage de la médecine, par le moyen des cristaux d'argent, car si tu les dissous
dans de l'eau de pluie, tu peux teindre la barbe,
les cheveux, la peau, & les ongles des hommes
& des bêtes de couleur incarnate rouge, brune
& noire selon que tu auras mis plus ou moins
de cristaux dans ladite eau; ou bien, selon le
plus ou le moins de temps que les cheveux en
auront été mouillés: par ce moyen les hommes
& les bêtes, ce qui ne doit pas être condamné
en certaines occasions, sont tellement
changés qu'on ne les saurait connaître.
Cette façon de colorer ou teindre peut aussi être faite avec le plomb, ou avec le mercure, de
même qu'avec l'argent: mais ils doivent être
préparés d'autre façon, de quoi il sera traité en
la quatrième Partie.
A présent j'ai montré comme il faut faire les fleurs & les teintures de l'or & de l'argent
par le moyen de l'esprit acide du nitre. On en
peut aussi faire beaucoup d'autres Médecines, il
n'est pas à propos d'en traiter davantage en ce
lieu, cela sera dit en d'autres lieux, tant de ce second
Livre, que des autres suivants.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 55

De même qu'on peut faire de bonnes Médecines de l'or & de l'argent par le moyen de
l'esprit de nitre: on en peut aussi faire des métaux
inférieurs; mais d'autant que leur description
est plus propre pour d'autres endroits de
ce Livre, je les passe sous silence ici. Néanmoins
je crois qu'il est bon d'écrire une préparation
de chaque métal. Après l'argent donc
s'ensuit le cuivre.

Une médecine du cuivre pour en user extérieurement.
D Issous des lames de cuivre brûlées dans de l'esprit de sel, & en extraits derechef l'esprit jusqu'à sécheresse, mais non trop fort, &
il restera au fonds une masse verte, laquelle tu
jetteras peu à peu dans la cornue pour la distiller,
comme a été fait de l'argent. Il en sort un
très fort & puissant esprit & des fleurs, pour l'usage
extérieur dans les plaies putrides, qui fait
un bon fondement pour la guérison.

Une médecine du fer ou acier.
I L faut procéder de même sur le fer ou acier, & il restera au fond un bon crocus qui est grandement astringent, principalement du fer ou
acier, il peut être mêlé avec onguents & emplâtres
fort utilement.

De l'étain, & du plomb.
S I on dissout là dedans de l'étain ou du plomb, après l'extraction d'une partie de
d iiij
@

56 La seconde Partie.
l'esprit, ils se tourneront en des cristaux clairs &
doux: mais l'étain ne se dissout pas si aisément
que le plomb. On se peut sûrement servir de
tous les deux dans la Médecine, on en peut aussi
tirer un esprit & des fleurs par la distillation de
tous les deux. La répétition de la préparation
n'est pas nécessaire, car celle de tous les autres
métaux se fait de même que celle de l'argent.

L'usage des cristaux de plomb, & d'étain.
L Es cristaux de plomb sont très excellents pour la peste, pour provoquer la sueur & chasser le venin hors du corps, ils peuvent
aussi être mis en usage avec bon succès contre
le flux de sang pour l'extérieur étant dissous
en eau claire on trempe des linges dedans, lesquels
appliqués rafraîchissent extraordinairement
bien, & éteignent toutes inflammations,
en quelle partie du corps que ce puisse être,
semblablement l'esprit & les fleurs étant mêlés
avec les onguents, font un grand effet.
Les cristaux d'étain ne font pas si promptement leur opération, quoi qu'ils fassent aussi leur
effet, & ils sont plus agréables que ceux de
plomb, car il se trouve dans l'étain un soufre
d'or, mais dans le plomb un soufre blanc
d'argent, comme il est prouvé dans mon Traité
de la génération & nature des métaux.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 57

Du Mercure.
S I tu dissous le mercure commun avec de l'esprit de nitre rectifié, & en extraits l'esprit derechef, il restera au fond un beau & transparent
précipité, mais quand l'esprit n'est point
rectifié, il ne sera pas si beau, à cause que les impuretés
de l'esprit demeurent avec le mercure &
le salissent. Ce mercure calciné est appelé par
aucuns mercure précipité, & par d'autres turbith
minéral, duquel les Chirurgiens & quelquefois
les Médecins qui ne sont pas expérimentés
donnent pour la guérison de la vérole, depuis
6. 8. ou 10. grains plus ou moins, selon sa
préparation, & violentent le malade: car si l'esprit
n'en est pas entièrement extrait, il travaille
très puissamment l'esprit qui reste avec le mercure
le rendant prompt & actif, ce qu'il ne ferait
pas autrement.
Les autres métaux aussi, s'ils ne sont pas premièrement rendus solubles par les sels ou esprits,
ne rendent que peu ou point d'opération
excepté le zinc ou le fer, lesquels étant aisément
dissous, sont capables de travailler
promptement sans aucune autre dissolution,
comme a été montré ci-devant, quand nous
avons traité de l'huile de vitriol: d'autant que
les esprits acides sont cause de l'opération, comme
il se peut voir manifestement; car quoi que
tu prennes demi once de vif argent & l'avales
dans l'estomac, néanmoins il sortira hors par

@

58 La seconde Partie.
le fondement, comme il a été pris. Mais s'il est
préparé avec les esprits ou sels, alors peu de
grains travaillerons puissamment, & plus il est
rendu soluble plus il travaille avec violence,
comme tu peux voir lors qu'il est sublimé avec
sel & vitriol, il devient si puissant par là qu'un
grain travaille plus que 8. ou 10. grains de turbith
minéral, tellement que 3. ou 4. grains tueront
un homme à cause de sa force plus grande
que celle du sublimé qui est dissous par l'esprit
de nitre & cristallisé; Tu n'en saurais mettre
sur la langue sans danger. Ce que quelques-
uns ayant aperçu, ils évaporent l'eau forte à
feu doux, de façon que le mercure demeure jaune,
lequel est plus fort en une petite dose que le
rouge, duquel l'esprit est entièrement évaporé.
On ne s'en sert pas seulement par dehors sur
l'impureté des ulcères & blessures pour corroder
ou manger la chair superflue, (ce qui ne se
fait pas sans un grand tourment du patient ) mais
aussi sans faire distinction de vieux ou de jeune
ils le donnent au dedans pour purger, ce qui est
une des dangereuses purgations dont on puisse
user. Ce mauvais hôte de quelle façon qu'on
le prépare, ne quitte point sa mauvaise qualité,
sinon qu'il soit réduit à une telle substance qu'il
ne puisse jamais plus être réduit en mercure
vif: car pour lors on en peut faire de bonnes
choses dans la médecine sans aucun danger de
préjudicier à la santé de l'homme, de quoi peut-
être il sera parlé plus amplement en un autre
endroit.
Je découvrirai ici un grand abus en faveur
@

Des Fourneaux Philosophiques. 59

des petits enfants, auxquels les Médecins ignorants
donnent du mercure pour tuer les vers. Ils
ne connaissent pas sa mauvaise nature, laquelle
est nuisible aux nerfs: car il y en a qui sont d'opinion,
que s'ils le savaient préparer de telle
façon qu'il put être donné en grande dose,
comme on fait le mercure doux, qu'il serait alors
bien préparé, mais ils errent grandement:
étant beaucoup plus expédient qu'il ne soit pas
si bien préparé, afin qu'il nuise moins à l'homme,
eu égard qu'ils ne l'osent pas donner en si
grande dose. Car si celui qui est préparé avec
l'eau forte ou avec l'esprit de nitre est en usage
pour être donné contre la vérole aux hommes
qui sont avancés en âge, il ne fera pas tant
de mal, d'autant qu'il est donné en petite dose,
& par ce moyen la nature est aidée
pour vaincre & détruire ce grand venin, & abattre
sa malignité par un violent crachat, qui est
une propriété dont nature la pourvu. De sorte
qu'il n'en arrive pas tant de mal que par le
mercure doux, duquel on donne à de petits enfants
depuis dix jusqu'à trente grains à la fois,
non sans beaucoup de danger, s'ils ne sont fort robustes,
vu qu'il leur cause une grande faiblesse
& contraction de membres.
De même ceux-là s'abusent aussi grandement qui secouent le mercure dans de l'eau ou bière
tant que l'eau soit de couleur grise, & la donnent
à des petits enfants à boire pour tuer les
vers, alléguant qu'ils ne donnent point la substance
ou corps du mercure, mais seulement sa
vertu. Toutefois cette grossière préparation

@

60 La seconde Partie.
n'est pas meilleure que s'ils avaient donné le
mercure même, & je n'ai jamais reconnu que
l'usage du mercure doux, ou l'eau colorée de
gris aient été suivis d'un bon événement pour
tuer les vers. Il est croyable que l'on pourrait
réussir par le précipité jaune ou rouge, eu égard
à son opération violente. Mais qui veut être si
grand ennemi de ses enfants, de les blesser &
torturer avec une médecine si nuisible & mortelle?
principalement; lors qu'on voit qu'il y a
& qu'on peut avoir d'autres médecines qui ne
font point de mal aux enfants, comme il se trouve
dans le fer ou acier, & dans l'huile douce
de vitriol.
Ce que je dis de l'abus du mercure, sera un bon avertissement à plusieurs, afin qu'ils ne
logent pas si aisément un hôte si tyrannique dans
aucune maison, autrement la ruine entière s'en
ensuivrait, & telle guérison ne mérite point de
louange du tout, lors qu'on guérit un membre
& qu'on en blesse deux ou trois autres, comme
nous voyons en la vérole, que lors qu'un membre
infecté est guéri par le mercure, à demi &
non entièrement, tout le reste du corps est en
danger pour l'avenir: c'est pourquoi il serait
beaucoup meilleur que telle médecine de
chevaux fût ôtée du nombre des bons médicaments,
& qu'on se servit en leur place d'autres,
lesquels sans porter aucun préjudice
aux autres parties accomplissent la cure ou guérison:
dont j'en ai montré diverses sortes
dans ce Livre. Ceux qui ont été gâtés par un
mercure si mal préparé, n'ont point de meilleur

@

Des Fourneaux Philosophiques. 61

remède pour les remettre en bon état, que les
médecines faites des métaux, avec lesquels le
mercure a une grande affinité comme l'or &
l'argent: car lors qu'on en use souvent, ils font
attraction du mercure hors de tous les membres,
& le traînent avec eux hors du corps, &
comme cela le guérissent, mais le mercure
précipité peut être plus doucement mis en
usage extérieurement, qu'intérieurement, en
cas qu'on n'en peut avoir d'autres; savoir pour
corroder ou manger la chair superflue des blessures:
Mais si en sa place on se sert de l'huile
corrosive d'antimoine, de vitriol, alun, ou sel
commun, on fera beaucoup mieux, & la guérison
en sera plutôt faite. Certes il serait plus à
propos qu'au commencement on se servît de
bons médicaments aux blessures nouvelles,
afin de n'être pas obligé d'avoir recours à tels
corrosifs qui donnent tant de tourment. Ce
mercure servira mieux pour les soldats, mendiants
& enfants qui vont à l'école, car si on en poudre
la tête des enfants, qu'on en mette dans
leurs linges ou habits, les poux n'y resteront pas
davantage, auquel cas il ne faut pas que le mercure
soit rendu rouge par sa préparation, mais
seulement jaune, & s'en faut servir diversement,
& ne le jeter pas trop épais, autrement
il corroderait la chair, ce qui causerait de grands
maux.

@

62 La seconde Partie.
De l'eau Forte.
P Rends du sel de nitre & vitriol parties égales, ou si tu ne veux pas l'eau si forte, deux parties de vitriol & une de sel nitre, & en distille
une eau forte qui est bonne pour dissoudre les
métaux, & pour les séparer l'un te l'autre, comme
l'or de l'argent, & l'argent de l'or, duquel
sera traité ponctuellement dans la quatrième
Partie.
L'eau forte sert aussi pour beaucoup d'autres opérations mécaniques, pour dissoudre & rendre
les métaux propres, afin qu'ils soient plus
aisément réduits en médicaments: mais d'autant
que l'esprit de nitre & l'eau forte sont presque
de même, & ont une semblable opération: car
si l'eau forte est déflegmée & rectifié, tu en
peux faire la même opération, qu'avec le nitre,
& d'autre côté l'esprit de nitre fera tout ce qui
peut être fait par l'eau forte: je n'en parlerai
pas ici d'avantage, réservant le surplus à la quatrième
Partie.
A présent je connais bien que des Artistes ignorants, lesquels font toutes choses par coutume,
sans considérer plus avant dans les choses
naturelles, blâmeront mon sentiment, à
cause que j'enseigne que l'eau forte faite de vitriol
& de salpêtre est de la même condition
& nature que l'esprit de nitre, lequel est fait
sans vitriol, disant que l'eau forte contient aussi
de l'esprit de vitriol, d'autant que le vitriol est
aussi en usage dans sa préparation. A quoi je

@

Des Fourneaux Philosophiques. 63

réponds, qu'encore que dans la préparation on
se serve du vitriol, néanmoins pour tout cela
dans la distillation il ne sort point ou bien peu
d'esprit avec l'esprit de nitre: car par une si petite
chaleur il ne peut s'élever si haut comme
fait l'esprit de nitre: & le vitriol n'est mêlé avec
le nitre, que pour empêcher qu'il ne fonde,
& pour mieux faciliter la distillation de l'esprit.
Et pour convaincre l'incrédule de cette vérité,
qu'il ait de l'esprit de nitre & qu'il y joigne un
peu d'huile de vitriol, & qu'il essaye de dissoudre
de l'argent doré avec, & il trouvera que l'esprit
de nitre est rendu incapable de faire cette séparation,
à cause de l'esprit de vitriol, car il travaille
puissamment sur l'or, ce que l'eau forte ne
fait pas.

Esprit de nitre sulfuré.
O N peut aussi faire un esprit de salpêtre avec du soufre: ce qui est en usage par mi beaucoup de gens; savoir ils prennent une
forte retorte de terre, qui a un tuyau en haut,
& l'attachent au fourneau & ayant mis du sel
nitre dedans, ils le laissent fondre, & lors ils jettent
par le tuyau un morceau de soufre de la
grosseur d'un poids l'un après l'autre lesquels
étant allumés ensemble avec le nitre, donnent
un esprit qui est appelé par quelques-uns
esprit de nitre, & par d'autres huile de soufre:
mais faussement, car il n'est ni l'un ni

@

64 La seconde Partie.
l'autre: d'autant que les métaux n'en sauraient
être dissous, comme ils le sont par d'autre esprit
de nitre ou de soufre, & il ne peut pas
beaucoup servir pour l'usage de la médecine, &
s'il était bon pour aucune opération Chimique,
il serait aisément fait & en grande quantité
par le moyen de mon vaisseau distillatoire.
Que si le salpêtre est mêlé avec le soufre en due proportion, & jeté sur les charbons ardents
dans le premier fourneau, alors tout sera
brûlé, & en sortira un esprit très fort, les vertus
duquel il n'est pas besoin de décrire ici:
mais il en sera dit davantage en un autre lieu.

Du Clissus.
L Es Médecins modernes ont fait mention d'un autre esprit; lequel ils font de l'antimoine soufre & salpêtre. ana, ils l'appellent
Clissus, & l'ont en grande estime non sans causes,
d'autant qu'il fait de merveilleux effets s'il est
bien préparé.
Celui qui l'a inventé se sert d'une retorte avec un tuyau, comme il a été dit de l'esprit de nitre
& soufre, par lequel tuyau il jette son mélange;
c'est une bonne voie, si on n'en connaissait
pas une meilleure: mais si l'Auteur eût
connu mon invention & voie de distiller, je ne
doute point qu'il n'eût quitté sa façon de retorte
avec son tuyau pour se servir de la mienne.
Les matières sont à la vérité bonnes, mais non le poids & proportion, car pourquoi tant de
soufre, n'étant pas capable de se brûler tout
avec
@

Des Fourneaux Philosophiques. 65

avec une si petite quantité de salpêtre: mais
seulement il est sublimé & bouche le col de la
retorte, & par là la distillation est empêchée,
comme quoi peut-il donc avoir aucune vertu?
C'est pourquoi il ne te faut pas prendre tant
de soufre, mais seulement telle quantité qu'il
faut à allumer le salpêtre: à savoir sur , de
nitre demi once de soufre: mais d'autant que
l'antimoine est un des ingrédients lequel a aussi
beaucoup de soufre (car il n'y a point d'antimoine
si pur qu'il ne contienne beaucoup
de soufre combustible, comme il sera prouvé
dans la quatrième Partie de ce Livre:) il n'est
donc pas besoin de mettre tant de soufre avec
l'antimoine pour le faire brûler, à cause qu'il
en a assez lui-même, & partant je veux écrire
ma composition, laquelle je trouve être meilleure
que la première.
Prends une livre d'antimoine, deux livres de sel nitre, trois onces de soufre, mets le tout en
poudre bien mêlés ensemble, & en jette deux
onces à la fois dans le vaisseau, & il en sortira
un esprit sulfureux & acide de l'antimoine, lequel
se mêlera avec l'eau qui a été mise auparavant
dans le récipient; la distillation finie tire le
hors & le garde dans un vaisseau bien clos pour
ton usage, c'est un bon diaphorétique, ou médecine
provoquant la sueur, principalement
aux fièvres, en la peste, épilepsie & toute autre
maladie, la guérison de laquelle doit être faite
par la sueur. La tète morte peut être sublimée
en fleurs dans le fourneau décrit en la première
Partie.

@

66 La seconde Partie.
Esprit de Nitre Tartarisé.
D E la même façon on peut distiller du nitre & du tartre ana, un très bon esprit qui provoque la sueur. L'usage duquel est très bien
pour la peste & autres fièvres malignes.
La tête morte est une bonne poudre pour fondre & réduire les chaux des métaux en
corps, ou bien il la faut dissoudre en lieu humide
en huile de tartre.

Esprit d'antimoine tartarisé.
U N meilleur esprit peut aussi être fait du tartre, nitre & antimoine ana, & mis en fine poudre bien mêlés ensemble, & quoi qu'il
ne soit pas si agréable à prendre, il ne doit pas
être méprisé: car il ne profite pas seulement en
la peste & fièvres, mais aussi en toutes les obstructions
& corruptions du sang, on s'en peut
servir avec admiration à cause qu'il assiste promptement.
La tête morte peut être tirée hors & fondue dans un creuset, & elle donnera un régule,
l'usage duquel est décrit dans la quatrième
Partie, des scories on en peut tirer avec l'esprit
de vin une teinture bonne pour beaucoup de
maladies. Mais avant que tu fasses l'extraction
avec l'esprit de vin, tu en peux tirer une lessive
rouge avec de l'eau douce, laquelle lessive est
bonne pour ôter les taches qui sont sur la peau,

@

Des Fourneaux Philosophiques. 67

& guérit les galles.
Si tu verses sur cette lessive du vinaigre ou autre esprit acide, il se précipitera une poudre
laquelle étant édulcorée & séchée, peut servir
à la médecine, elle est appelée par quelque
uns or diaphorétique, mais il n'est pas diaphorétique,
mais fait vomir violemment: de sorte
qu'en cas de nécessité, si tu n'as de meilleure
médecine en main, Il peut être donné pour un
vomitif depuis 6. 7. 9. jusqu'à 15. grains.
On peut aussi extraire des scories un beau soufre avec l'esprit d'urine, qui s'élève par l'alambic,
lequel est très bon pour toutes les maladies
des poumons.

Des charbons de pierres.
S I tu mêles des charbons de pierres avec poids égal de salpêtre, & les distilles, tu auras
un admirable esprit bon pour l'usage des enfleures
externes, car il nettoie & attire les
blessures ensemble extraordinairement bien.
Il en sortira aussi une vertu métallique en forme
d'une poudre rouge, laquelle doit être séparée
de l'esprit, & gardée pour son usage: mais
si tu jettes dedans les charbons tous seuls, &
les distilles, il en sortira non seulement un esprit
acide, mais aussi une huile chaude & rouge
comme sang, laquelle dessèche puissamment &
guérit tous les ulcères séreux, elle guérit particulièrement
la teigne mieux que toute autre
médecine, elle consume aussi toutes les croissances
humides & spongieuses de la peau, en
e ij
@

68 La seconde Partie.
quelque part qu'elles puissent être: mais si tu
sublimes les charbons de pierres, dans le fourneau
décrit dans la première Partie, il en sort
un esprit acide métallique, avec beaucoup de
fleurs noires & légères, lesquelles étanchent le
sang incontinent, & mises dans les emplâtres,
sont aussi bonnes que les autres fleurs métalliques.

Esprit de nitre ou eau forte sulfurée.
S I tu prends une partie de soufre, deux parties de nitre, & trois parties de vitriol, & les distilles, tu auras une eau forte graduatoire, laquelle
sent fortement le soufre, le soufre
étant rendu volatil par le salpêtre & le vitriol,
elle est meilleure pour la séparation des métaux,
que l'eau forte commune.
Si l'argent est mis dedans il devient noir, mais il n'est pas fixe: si tu en verses un peu sur l'argent
dissous, une grande partie se précipitera en
une chaux noire qui ne souffre pas l'examen. Tu
en peux aussi extraire un esprit volatil sulfureux,
lequel a la vertu aussi bien par dedans
que par dehors pour les bains, & peut être mis
en usage de même que l'esprit volatil du vitriol
& de l'alun.

L'esprit nitreux de l'arsenic.
S I tu prends de l'arsenic blanc, & de pur sel nitre ana broyés en fine poudre, & que tu
@

Des Fourneaux Philosophiques. 69

les distilles, tu auras un esprit bleu, lequel est
très fort; mais il ne faut point mettre d'eau dans
le récipient, autrement il deviendrait blanc car
l'arsenic, hors duquel le bleu sert, est précipité
par l'eau. Cet esprit dissout & gradue le cuivre
aussi blanc que l'argent, & le rend malléable,
mais il n'est pas fixe. La tête morte rend
le cuivre blanc, s'il est cimenté avec, mais fort
friable, cassant & non malléable. Or comme
quoi on peut tirer de bon argent de l'arsenic
avec profit, tu le trouveras dans la quatrième
Partie. Dans la médecine l'esprit bleu sert
pour tous ulcères chancreux & rongeants, si on
les en oint, il les mortifiera & rendra capables
de guérison.

Pour tirer l'esprit du soufre, tartre & nitre.
S I tu prends une part de soufre, deux parts de tartre, & quatre parties de nitre, & les broies ensemble philosophiquement, tu auras
un admirable esprit, qui réussit dans la médecine
& dans l'Alchimie. Je ne conseille personne
de le distiller par la retorte, car si ce mélange
prend sa chaleur par le bas, il fulmine de même
que la poudre à canon: mais s'il est allumé
par le haut il ne fulmine pas, brûlant seulement
comme un éclair, on s'en peut servir à fondre,
& réduire les métaux.
e iij
@

70 La seconde Partie.
Pour tirer un esprit du sel de tartre, du soufre, & du nitre.
P Rends une partie de sel de tartre, une partie & demie de soufre, & trois parties de nitre, broie-les ensemble, & tu auras une composition,
qui fulmine comme l'or fulminant, &
de même aussi qu'il a été dit de l'or, elle peut
être distillée en fleurs & esprits, lesquels ne sont
pas sans de particulières vertus & opérations:
car la corruption d'une chose est la génération
de l'autre.

Pour faire un esprit de sciure de bois, soufre & nitre.
F Ais un mélange de sciure de bois de *tillet une part, de soufre deux parts, & neuf parts de nitre, bien purifié & séché, jette les
peu à peu dans un vaisseau distillatoire, & il
sortira un esprit acide, lequel est mis en usage
pour l'extérieur: car il nettoie les blessures
sales si tu mêles cette composition avec des minéraux
ou métaux mis en fine poudre, & les distilles,
il n'en sortira pas seulement un esprit
métallique de grand pouvoir, mais aussi une
bonne quantité de fleurs selon la nature du minéral,
qui n'est pas de petite vertu: car les métaux
& les minéraux sont détruits & réduits en
une meilleure condition par ce feu prompt &

##Note :*tillet: Tilleul ?
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 71

violent, dont on pourrait écrire beaucoup de
choses: mais il n'est pas bon de les révéler.
Considère cette Sentence des Philosophes. Il
est impossible de détruire le soufre combustible des
chaux sans flamme, ce que fait la fosse de la minière.
Comme aussi les métaux & minéraux fusibles ne seront pas seulement fondus: mais aussi
coupellés dans un moment sur la table, sur la
main, ou dans une coque d'oeuf, par où l'on
peut faire des preuves particulières des mines
& des métaux beaucoup mieux que sur la coupelle,
de quoi sera parlé dans la quatrième
Partie de ce Livre. Ici la porte nous est ouverte
pour des choses hautes, si l'entrée nous
est permise, nous n'avons pas besoin de Livres
pour chercher les secrets.

Pour faire des esprits métalliques & fleurs par le moyen du nitre & du linge.
D Issous les métaux dans leurs propres menstrues, & dans la dissolution, où une bonne partie du nitre doit être dissoute, trempe des
linges fins dedans & les sèche, tu auras un métal
préparé, lequel peut être allumé, (comme la
fièvre) le soufre superflu étant consumé, la
substance mercuriale du métal se manifeste. Et
après la distillation finie tu trouveras une chaux
très singulière & bien purifiée, laquelle colore
e iiij
@

72 La seconde Partie.
les métaux comme celle de l'or dore l'argent
celle d'argent, argente le cuivre, & celle de cuivre
rend le fer comme s'il était cuivre &c. laquelle
couleur quoi qu'elle ne porte pas grand
profit, néanmoins j'ai cru n'être pas hors de
propos de montrer la possibilité, & peut être
y a-t-il quelque chose de caché de plus grande
importance, ce que tout le monde ne connaît
pas.

De la poudre à canon.
I L y aurait beaucoup de choses à dire de cette mauvaise composition & abus diabolique de la poudre à canon: mais d'autant que le monde
ne se plaît qu'à épandre le sang innocent, &
ne peut endurer le blâme de l'injustice, j'ai
cru qu'il valait mieux se taire & laisser répondre
chacun pour lui-même. Le temps viendra
qu'il nous faudra rendre compte de nos actions
devant un Juge juste; & lors on séparera les
bons des mauvais par celui qui épreuve les
coeurs, de même que l'or est affiné des scories,
& lors il sera vu ce que les Chrétiens auront
été. Nous en portons tous le nom, mais nos
actions ne témoignent pas que nous soyons
tels, chacun pense être meilleur que les
autres.
L'un injurie, condamne, & persécute l'autre jusqu'à la mort. Ce que C H R I S T ne nous a
pas enseigné, au contraire il nous a commandé
exactement de nous aimer l'un l'autre, sans regarder
ni faire différence de celui qui est bon

@

Des Fourneaux Philosophiques. 73

d'avec le mauvais, comme on a accoutumé de
faire par tout en ce temps ici, chacun s'appuyant
sur sa réputation, mais l'honneur de Dieu &
ses Commandements sont oubliés, mis & foulés
sous les pieds, si bien que l'hypocrisie Pharisienne,
l'avarice & l'ambition ont prévalu.
Les Chrétiens n'étant plus reconnaissables par
leurs oeuvres.
Toutes les bonnes coutumes sont tournées en mauvaises, les femmes se changent en hommes,
& les hommes en femmes dans leurs façons,
ce qui est contraire aux Institutions & Ordonnances
de Dieu & de la nature, enfin le
monde va de travers, si Héraclite & Démocrite
étaient à présent dans le monde, ils trouveraient
plus que jamais matière de rire & de
pleurer.
Il n'est donc pas merveille, que Dieu ait envoyé un si terrible fléau comme est la poudre à
canon: & il est croyable que s'il ne nous cause
point d'amendement, nous en aurons un plus
épouvantable, savoir tonnerres & éclairs tombant
des cieux, par lesquels le monde sera tourné
sens dessus dessous pour mettre fin à toute
vanité, avarice, ambition, tromperie & arrogance.
Cette préparation qui est le plus dangereux poison, la terreur de toute chose vivante, n'est
autre chose qu'un foudre terrestre qui nous annonce
la colère & la venue du Seigneur. Car
si CHRIST lors qu'il viendra pour juger le monde
doit venir avec éclairs & tonnerres: peut-
être que ce tonnerre terrestre nous est donné

@

74 La seconde Partie.
pour nous mettre en mémoire, & nous faire
craindre le temps qui est à venir. Néanmoins
non seulement on n'y prend pas garde, mais on
le prépare seulement pour faire du mal, & pour
détruire l'homme par une cruelle & abominable
façon, comme chacun le sait bien.
Car personne ne peut nier qu'il n'y a point de plus subtil poison que la poudre. Il est écrit
que le basilic tue par sa seule vue les hommes,
ce qu'ils peuvent éviter. Et même il ne s'en
trouve quasi point: mais ce poison se prépare à
présent par tout.
Combien de fois se rencontre-t-il, que le tonnerre met le feu dans les magasins de poudre,
comme étant son semblable: de sorte que tout
ce qui est dessus est détruit dans un moment &
emporté en l'air? comme aussi dans les sièges,
lors qu'une pièce est déchargée, ou que quelque
mine joue, tout ce qui est dessus est soudainement
tué & misérablement détruit, quel poison
plus subtil peut-on inventer? je crois qu'il
n'y en a point qui ne reconnaisse cette vérité.
Et voyant que les anciens Philosophes & Chimistes ont toujours été de cette opinion,
que plus le poison est grand, plus il s'en fait une
meilleure médecine, après qu'il est délivré du
poison. Nous qui sommes leur postérité nous
trouvons qu'il est véritable par beaucoup d'expériences,
comme nous voyons de l'antimoine,
arsenic, mercure, & semblables minéraux, lesquels sont de grands poisons, s'ils ne sont
préparés, mais par une dure préparation ils sont
réduits en très excellents médicaments: & quoi

@

Des Fourneaux Philosophiques. 75

que chacun ne le puisse pas comprendre, ni
croire, néanmoins les Chimistes connaissent
que la chose est véritable, & la façon de le faire
ne leur est pas une chose nouvelle, & d'autant
que je traite dans cette seconde Partie des esprits
bons pour la médecine, & d'autres excellents
médicaments, trouvant que celui-ci qui
est fait de la poudre à canon n'est pas des moindres,
je ne veux pas passer sous silence sa préparation,
laquelle se fait ainsi.

Pour faire l'esprit de la poudre à canon.
L E vaisseau distillatoire étant chaud, & un grand récipient attaché sans luter, avec bien de l'eau dedans, mets deux écuelles avec
de la poudre dedans, 12. ou 15. grains dans
chacune, l'une après l'autre, de la même façon
qu'il a été montré ci-devant avec l'or. Car si
tu en mets trop à la fois, il en naîtra trop de
vent, qui rompra le récipient.
Incontinent que tu l'as mis dans le vaisseau ferme la porte: la poudre prendra feu, & donnera
un tel coup qu'elle fera trembler le récipient
& une humidité viendra dans le récipient. Incontinent
que la poudre est brûlée, il en faut
jeter d'avantage dedans, avant que l'humidité
soit rassise, autrement il faudrait trop de temps
pour la distillation; continuant comme cela
tant que tu aies assez d'esprit. Alors laisse éteindre
le feu, & refroidir le fourneau, puis ôte le

@

76 La seconde Partie.
récipient & verse hors l'esprit, & l'eau qui a été
mise dedans auparavant (les fleurs étant premièrement
bien lavées) dans une cucurbite de
verre, pour être rectifiée au *M B. par l'alambic,
& il en sortira une eau qui aura l'odeur & le
goût du soufre, laquelle tu garderas, & dans
le verre tu trouveras un sel blanc, lequel tu garderas
aussi dans un verre. Prends la tête morte
qui a resté dans le vaisseau distillatoire, qui est
comme un sel gris, calcine-le dans un creuset
couvert tant qu'il soit blanc, mais sans qu'il se
fonde; & sur ce sel calciné verse ton eau puante,
qui est sortie par l'alambic, & dissout ledit
sel blanc calciné avec, & jette les fèces qui ne
se dissoudront pas, filtre la solution, & la mets
sur le sel blanc, qui a resté dans le verre, duquel
l'esprit sulfureux a été extrait auparavant, mets
le verre avec son alambic luté sur le sable, & en
extraits l'eau sulfureuse, laquelle sera jaunâtre,
sentant plus le soufre qu'elle ne faisait
auparavant, si cette eau est extraite plusieurs
fois sur le sel, elle deviendra blanche presque
semblable au lait, n'ayant plus le goût du soufre,
mais elle sera douce & plaisante, elle est
bonne pour les maladies des poumons, comme
aussi elle dore l'argent: mais non pas d'une
couleur fixe. Par la digestion elle peut être réduite
en une meilleure médecine.
Le sel qui reste dans le verre doit avoir feu violent, tel qu'il rougisse le sable, afin que le
verre demeure bien rouge, & il se sublimera un
sel blanc dans l'alambic qui a presque le goût du
sel armoniac, mais au milieu du verre, tu en

##Note :*M B.: peut être Bain Marie ?
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 77

trouveras un autre qui est jaunâtre, ayant un
goût minéral, & très chaud sur la langue.
Le sel sublimé aussi bien que celui qui est descendu dans l'alambic, comme aussi le jaune qui
a resté dans le corps du verre, sont bons pour la
peste, fièvres malignes & autres maladies, ou
la sueur est requise, car ils provoquent grandement
la sueur, ils confortent & nettoient l'estomac,
& quelquefois causent des selles fort
doucement.
Ils sont bons aussi pour l'usage de l'Alchimie, dont il n'est pas à propos de parler en cet
endroit.
Sur le sel qui a resté & qui n'a pas sublimé tu verseras de l'eau de pluie, & la dissoudras
dans le verre s'il n'est point rompu: mais s'il est
rompu, tire hors le sel tout sec, & le dissous, filtre
& coagule, & il se séparera beaucoup de fèces.
Ce sel purifié sera jaunâtre: fonds le dans
un creuset couvert, & il deviendra rouge comme
sang, & aussi chaud que le feu sur la langue,
lequel tu dissoudras derechef avec nouvelle
eau, filtreras & coaguleras, par laquelle opération
il sera plus pur & plus net, & la solution
sera entièrement verte auparavant qu'elle soit
coagulée, & aussi chaude & brûlante que le
sel rouge était avant la dissolution.
Cette dissolution verte étant coagulée derechef en un sel rouge & brûlant, il peut être
derechef fondu dans un creuset neuf & fort, &
il sera plus rouge & plus brûlant.
Cela est admirable que lors qu'on le fond il s'en fait beaucoup d'étincelles de feu, lesquelles

@

78 La seconde Partie.
ne s'allument point & ne prennent point
feu, comme d'autres étincelles de charbon ou
de bois ont accoutumé de faire, ce sel rouge
bien purifié étant mis en lieu humide, se dissout
en une huile rouge comme sang, laquelle dissous
l'or par la digestion; & laisse l'argent: cette
dissolution peut être coagulée & gardée pour
l'Alchimie.
On en peut aussi extraire une teinture précieuse avec de l'esprit de vin alcoolisé, laquelle
teinture dore l'argent, mais non fixement.
Et pour l'usage de la médecine, elle doit être gardée comme un grand trésor: mais si le sel
rouge brûlant est extrait avec l'esprit de vin auparavant
que l'or y soit dissous, il donnera aussi
une belle teinture rouge, mais elle n'est pas si
bonne pour la médecine comme celle ou l'or a
été dissous, & cette teinture peut aussi servir à
l'Alchimie, ce qui n'est pas propre à ce lieu:
d'autant que nous ne traitons que des médicaments.

L'usage de la Médecine par la teinture de la poudre à canon.
C Ette teinture, soit qu'elle soit avec de l'or
ou sans or, étant faite du sel rouge, est une des principales que je connaisse, si tu travailles
droitement & la prépares bien: car elle purifie
& nettoie le sang extraordinairement, &
provoque grandement les sueurs & les urines,
de sorte qu'elle peut être mise en usage avec

@

Des Fourneaux Philosophiques. 79

bon succès en la peste, fièvres, épilepsie, scorbut,
mélancolie hypocondriaque, goutte,
pierre, & autres semblables comme aussi pour
toutes les obstructions de la rate & du foie, en
toutes les maladies des poumons: c'est une
chose admirable que d'une chose si mauvaise on
en puisse préparer une si bonne Médecine. C'est
pourquoi il serait beaucoup meilleur d'en préparer
de bons médicaments pour remettre les
pauvres malades en santé, que de s'en servir
pour détruire ceux qui sont sains & gaillards.
Je connais un Chimique qui a dépensé beaucoup, & a été longtemps à chercher ce
vénéneux dragon, croyant d'en faire la médecine
universelle, ou pierre des Philosophes,
principalement lors qu'il voyait tant de divers
changements de couleurs, desquelles les Philosophes
font mention, lors qu'ils écrivent de
leur médecine & de sa préparation, tels que
sont le sang de dragon, lait virginal, lion vert &
rouge, noir plus noir que le noir, blanc plus
blanc que le blanc, & tant d'autres qu'il n'est
pas nécessaire de décrire. Ce qui peut aisément
persuader un homme crédule comme il
l'avait été: mais après il trouva que ce sujet auquel
il se confiait si fort était lépreux, & n'était
pas assez pur, & qu'il était impossible
d'en faire la pierre teingeante, afin d'exalter les
hommes & les métaux, de sorte qu'il fut bien
aise de se contenter d'une bonne médecine particulière,
& de remettre le reste à Dieu.
C'est assez parlé de ce vénéneux dragon, la poudre à canon; mais je ne veux pas nier qu'il y

@

80 La seconde Partie.
ait un autre dragon & plus pur duquel les Philosophes
parlent si souvent. Car la Nature
est grandement riche, & nous peut révéler
beaucoup de secrets par la permission de Dieu:
mais à cause que nous ne visons qu'à avoir de
grands honneurs & richesses, & que nous négligeons
les pauvres, il est bien raison que telles
choses demeurent cachées aux mauvais &
aux impies.

L'esprit & fleurs du nitre & des charbons.
D Istille le nitre bien purifié de son sel superflu, mêle avec de bons charbons; l'oiseau solaire Egyptien se brûlera, & hors de lui sortira
une eau singulière, très bonne pour l'usage
des hommes & des métaux. Ces cendres brûlées
sont semblables au tartre calciné, qui n'est
pas à mépriser pour la purgation des métaux.

Pour faire les fleurs & esprits des pierres, cristal ou sable, y ajoutant des charbons & salpêtre ensemble.
P Rends une partie de pierre ou sable, trois parties de charbons de *tillet & six parties de bon nitre, mêle-les bien ensemble, & les
jette dedans, & le soufre combustible des
pierres
##Note :*tillet: Tilleul ?
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 81

pierres s'allumera par le feu violent du salpêtre,
& fera une séparation, en emportant une
partie avec lui, laquelle se changera en esprit
& en fleurs, qu'il faut séparer par le filtre, l'esprit
a le même goût que s'il avait été fait
avec le sel de tartre & avec des pierres, il a les
mêmes vertus & qualités: la tête morte donne
une huile ou liqueur semblable en tout à
celle qui se fait de sel de tartre & de sable, c'est
pourquoi il n'est pas nécessaire de décrire ici
ses vertus, mais tu le trouveras lors que je traiterai
de l'esprit fait de sel de tartre & pierres.

Pour faire un esprit & huile de talc & salpêtre.
P Rends une partie de talc en fine poudre, trois parties de bois de *tillet, & les mêle avec cinq ou six parties de bon nitre, jette de ce mélange
une cuillerée après l'autre, & il en sortira
un esprit, & peu de fleurs, lesquels il faut
séparer, comme a été dit concernant les pierres.
Cet esprit n'est pas différent de celui du sable: la tête morte qui est grisâtre doit être
mise dans un creuset pour la faire fondre, puis
la verser hors, & tu auras une masse blanche &
transparente, de même que celle des pierres ou
de cristal, elle se dissout dans un lieu froid &
humide en une liqueur plus grasse à l'attouchement
que l'huile de pierres, elle est en quelque
façon piquante comme l'huile de tartre, elle
f
##Note :*tillet: Tilleul ?
#

@

82 La seconde Partie.
nettoie la peau, cheveux & ongles, & les rend
blancs; on se peut servir de l'esprit au dedans
pour provoquer la sueur & urine: extérieurement
il nettoie les blessures, & guérit toute
sorte de galle. Je ne sais pas ce qui s'en peut
faire d'avantage, mais il sera dit dans la quatrième
Partie comme quoi le talc, pierres & semblables
choses pierreuses peuvent être menées
à ce point, qu'elles puissent être dissoutes avec
l'esprit de vin, & réduites en bons médicaments.

Pour faire un esprit, fleurs, & huile de l'étain.
M Ele deux parties de limaille d'étain, avec une partie de bon nitre, & les jette dedans, comme il a été dit aux autres choses, alors le
soufre de l'étain allumera le sel nitre, & fera
une flamme, comme s'il était fait avec du soufre
commun, par où la séparation est faite, de
sorte qu'une partie de l'étain sort en fleurs & en
esprit, & le reste demeure dedans, si tu en tires
la tête morte, & que tu l'exposes en lieu humide,
une partie s'en ira en une liqueur ou huile,
laquelle peut servir extérieurement avec bon
succès pour nettoyer tous les ulcères. Elle a
aussi la vertu, étant dûment appliquée, de
graduer & exalter extraordinairement toutes
les couleurs des végétaux & des animaux, ce
qui est excellent pour l'usage des teintures, l'esprit
provoque grandement la sueur: les fleurs

@

Des Fourneaux Philosophiques. 83

étant édulcorées & mises dans les emplâtres,
dessèchent & guérissent fort promptement.

Pour faire un esprit, fleurs, & huile du Zinc.
T U peux travailler sur le zinc de la même façon qu'il a été dit de l'étain, & il donnera une bonne quantité de fleurs, comme
aussi un esprit & huile qui ont presque les
mêmes vertus que ceux de l'étain: ces fleurs
corrigées avec le nitre, sont meilleures que
celles dont il est parlé dans la première Partie
de ce Livre.

Pour faire un esprit, fleurs, & huile, de la pierre calamine.
M Ele deux parties de nitre, avec une partie de pierre calamine, & les jette dedans, & il en sortira un esprit acide, bon pour
la séparation des métaux, & aussi quelque peu
de fleurs jaunes. Le reste demeure dedans en
une masse verte obscure, laquelle est comme
un feu sur la langue, comme le sel de tartre, &
si elle est dissoute avec eau de pluie, elle donne
une solution de couleur verte d'herbe, laquelle
si elle n'est promptement coagulée en
sel, la verdeur se sépare elle-même du sel nitre,
& il tombe en bas une poudre rouge très fine,
laquelle étant édulcorée & séchée, & donnée
f ij
@

84 La seconde Partie.
depuis un grain jusqu'à dix ou douze, fait vomir
& aller à la selle doucement, mieux que l'antimoine
préparé: car la pierre calamine & le
zinc sont de nature d'or, comme il sera prouvé
dans la quatrième Partie: la lessive blanche où
lie, d'où le vert s'est précipité, doit être coagulée
en un sel blanc semblable au sel de tartre;
mais si tu coagules la solution verte, auparavant
que le vert soit séparé du nitre, alors tu auras
un très beau sel vert, haut en couleur &
plus brûlant ou âcre que le sel de tartre, duquel
on peut faire de bonnes choses dans l'Alchimie,
ce qui n'est pas de ce lieu. Et si tu désires
de faire ce sel vert pour l'usage de l'Alchimie,
tu n'as pas besoin de tant de peine, comme
de distiller un esprit hors du mélange, mais
prend trois ou quatre parties de bon nitre, &
le mêle avec une Partie de pierre calamine, &
laisse bouillir ce mélange ensemble dans un
four à vent, tant que le nitre soit coloré en vert
par la pierre calamine, alors verse le hors, & sépare
ce sel vert doré, & t'en sers aux choses
auxquelles tu le jugeras propre.
Mais si tu veux extraire une bonne teinture & médecine, mets le en poudre, & en fais extraction
avec esprit de vin, & il donnera une
teinture rouge comme sang, bonne pour la médecine
& Alchimie.
De plus, sache que de tous les métaux & minéraux, que je connais, excepté l'or & l'argent,
il n'y en a point hors desquels il se puisse
extraire une verdeur qui soit à l'épreuve du
feu, que de la seule pierre calamine, ce qui mérite

@

Des Fourneaux Philosophiques. 85

d'être bien considéré.

Pour faire un esprit de nitre, soufre, & sel commun.
P Rends une partie de sel, deux parties de soufre, & quatre parties de nitre, broie le tout ensemble, & en jette une cuillerée après
l'autre, & il en sortira un esprit acide jaune,
lequel s'il est mêlé avec de l'eau commune,
de sorte que l'eau ne soit pas rendue trop acide
ou aigre, c'est un fort bon bain pour beaucoup
de maladies: il guérit principalement & promptement
toutes galles. La tête morte peut aussi
être dissoute en eau pour les bains, mais l'esprit
est meilleur & opère plus promptement
dans la contraction des membres, & autres défauts
des nerfs, de cette sorte de bains il en sera
parlé plus amplement dans la troisième Partie,
le sel jaune & fixe qui reste, est bon pour l'usage
de l'Alchimie: car il gradue en quelque façon
l'argent par le ciment.

Pour tirer l'esprit, fleurs, & huile du nitre & régule de Mars.
P Rends une partie de régule de Mars étoilé, fait d'une partie de fer ou acier, & trois parties d'antimoine, la préparation duquel est
dans la quatrième partie, & trois parties de pur
nitre, mêle & broie le tout ensemble, & le
f iij
@

86 La seconde Partie.
jette peu à peu pour distiller, & il sortira ensemble
un esprit & un sublimé blanc, lequel doit
être séparé avec eau, comme il a été montré
ci-devant pour les autres fleurs, & tous les deux,
l'esprit & les fleurs sont bons pour provoquer
la sueur.
La tête morte restante, comme on l'appelle communément, n'est pas morte, mais est
pleine de vie & de vertu: car elle peut faire de
bonnes choses dans la médecine & Alchimie
comme s'ensuit. La masse restante qui sera
blanche si le régule est pur autrement elle est
jaunâtre, & est âcre & brûlante, elle doit être
dulcifiée avec eau commune, & rendra une lessive
avec l'eau douce semblable au tartre calciné,
mais plus âcre & plus pur, qui peut presque
servir à toutes les opérations au lieu de sel de
tartre (mais il faut que le régule soit premièrement
précipité avec eau) & après on le peut
coaguler en sel, & le garder pour son usage, l'antimoine
précipité & édulcoré par l'eau est une
poudre blanche & subtile très bonne pour la
peste, fièvres, & autres maladies où il est besoin
de sudorifiques, & quoi qu'il excite le vomissement,
lors qu'il est donné en trop grande quantité
il n'est pourtant pas à craindre. Et pour ce
qu'il n'a point de goût; & qu'il est insipide, il
peut être facilement pris. On le donne aux enfants
depuis 3. 4. jusqu'à 12. grains: aux plus
avancés en âge depuis P/. jusqu'à P/. il travaille
heureusement en toutes les maladies qui
ont besoin de diaphorétiques. Cet antimoine diaphorétique
peut aussi être fondu & réduit en

@

Des Fourneaux Philosophiques. 87

verre, lequel après peut être extrait & dissous
par l'esprit de sel, & être employé à divers
bons médicaments, si on voulait décrire au
long tout ce qui peut être fait par son moyen, il
faudrait trop de temps. La lessive étant coagulée
est douée de vertus merveilleuses & incroyables;
de façon que si on les voulait décrire,
il serait presque impossible qu'aucune
personne le voulût croire, à cause qu'elle est
faite d'une matière si vile & abjecte, & de si peu
de frais, & à la vérité la vie de l'homme est
trop courte pour pouvoir trouver par expérience
pour ce qui est en elle, & ce serait une
grande folie de le révéler, c'est pourquoi il est
meilleur de garder le secret, Basile Valentin
fait mention de ceci en son chariot de triomphe,
où il parle du signe étoilé, ou régule
étoilé, ce que peu de gens remarquent. Paracelse
aussi par-ci par-là dans ces Livres sous le
voile de quelque autre chose en parle souvent;
les Philosophes n'ont point parlé clairement de
la préparation & usage à cause des ingrats, mais
en faveur des personnes honnêtes, il en sera
ici fait mention.
Auparavant que tu édulcores le régule, fait par sublimation, tu en peux extraire une bonne
teinture médicinale avec l'esprit de vin, & si tu
le dissous avec l'esprit de sel, il s'en fera un talc
folié semblable au minéral, duquel on peut
faire une liqueur, laquelle colore la peau, & la
rend très blanche; mais si cette chaux d'antimoine
auparavant qu'on en fasse l'extraction
avec l'esprit de vin, ou qu'on la dissolve avec
f iiij
@

88 La seconde Partie.
l'esprit de sel, est mise en fine poudre & exposée
à l'air humide, elle se dissoudra en une liqueur
grasse, laquelle quoi qu'elle soit âcre,
néanmoins n'endommage point le cuir, si on
s'en sert avec discrétion, au contraire elle embellit
& nettoie plus que toute autre chose, &
fait le même aux cheveux & ongles, toutefois
quand on s'en sert il faut tout incontinent après
l'avoir appliquée la laver avec de l'eau, autrement
elle n'emporterait pas seulement le cuir
grossier: mais elle offenserait le cuir tendre &
délicat. C'est pourquoi je t'en avertis, afin
que tu t'en serves discrètement, car il te pourrait
arriver ce que le vieux Proverbe dit, qu'on
se peut faire du mal avec ce qui est bon de soi.
Si tu en mêles un peu avec de l'eau chaude en
forme de bain, tout le cuir de tout le corps se
pèlera: de sorte qu'il semblera que tu sois rajeuni.
Le même bain est aussi très bon pour
beaucoup de maladies, car il ouvre les pores extrêmement,
mondifie, & nettoie le sang par
tout le corps en tirant hors les humeurs vicieuses,
& par conséquent fortifie l'homme & le
rend léger & fort, étant premièrement purgé
avant le bain. Il sert aux mélancoliques, au
scorbut, à la lèpre, particulièrement si l'on use
outre cela de la teinture rouge qui en est extraite
par l'esprit de vin, le même bain profite
à ceux qui ont des cors aux pieds & autres excroissances
& durillons aux ongles qui coupent
la chair, lesquelles choses sont ramollies
par ce bain, comme cire, en sorte que tu les
peux couper, car il n'y a rien sous le Soleil qui

@

Des Fourneaux Philosophiques. 89

puisse mieux ramollir la dureté du cuir, des cheveux,
ongles & autres excroissances, que cette
huile & ceci soit dit en faveur de ceux qui sont
tourmentés te telles excroissances, car j'en connais
qui en sont si incommodés, qu'ils n'osent
mettre leurs pieds dans les souliers, mais si tu
coagules ladite huile en sel, & la fonds dans un
creuset, & la verses dans un vaisseau d'airain qui
soit plat, afin qu'il se dilate & se puisse mettre
en morceaux, c'est un des meilleurs caustiques
pour ouvrir le cuir où il est nécessaire si tu dissous
du tartre cru en icelui & le coagules derechef,
tu auras un sel qui sert à plusieurs opérations
Chimiques, duquel on peut extraire
avec l'esprit de vin une teinture rouge comme
sang, excellente aux obstructions.
Aussi tout soufre combustible se dissout aisément en icelui, lequel mêlé avec les bains
fait des merveilles, si on cuit en icelui aucunes
huiles des aromates en les faisant bouillir, alors
l'huile se dissoudra, & de tout il s'en fera un
baume qui se mêle avec l'eau & se prend par
dedans pour certains maux: il est interdit aux
femmes grosses, car il les ferait avorter, mais
après l'accouchement il est bon pour mettre
hors l'arrière-faix & autres superfluités, que si tu
fais bouillir & cuire l'huile de bois de roses, ou
cette liqueur avec eau rose aussi long temps
que l'huile s'incorpore avec la liqueur & eau,
l'aquosité étant séparée tu auras un savon
aussi blanc que neige, bon pour blanchir les
mains, qui est de très bonne odeur qui fortifie le
cerveau, mondifie & nettoie la tête & cheveux,

@

90 La seconde Partie.
si on se lave la tête d'icelui, ce savon
peut être distillé, & il en sortira une huile très
pénétrante & très utile pour les nerfs.
Et comme cette liqueur de régule d'antimoine ramollit parfaitement le cuir, cheveux,
ongles, plumes, & cornes, aussi il a le
même pouvoir de dissoudre non seulement les
métaux, mais encore les plus dures pierres, non
pas comme il est dit ci-dessus du soufre en
bouillant, mais par une autre voie de laquelle
nous ne traiterons point ici. Avec l'esprit de
sel, ou avec le vinaigre distillé on dissout le nitre
fixe igné, & on le sublime en terre foliée pour
l'usage auquel elle est destinée, nous n'en parlerons
point en ce lieu, ce sera peut-être en quelque
autre endroit.

Pour distiller un beurre d'antimoine, sel & vitriol, semblable à celui qui est fait avec l'antimoine & mercure sublimé.
P Rends une part d'antimoine cru, deux parts de sel commun, & quatre parts de vitriol calciné au blanc, mets le tout en poudre &
le mêle bien, & en jette dedans comme a été
dit des autres matières: & il en sortira une huile
d'antimoine épaisse comme beurre, laquelle
peut être rectifiée comme les autres huiles
qui sont faites par la voie commune avec le
mercure sublimé. Elle a la même vertu & usage,

@

Des Fourneaux Philosophiques. 91

lequel tu peux voir dans la première Partie.
Le même peut aussi être fait, & beaucoup
mieux & en plus grande quantité dans le premier
Fourneau, & avec moins de charbons, &
de temps, par le moyen d'un feu ouvert, d'autant
qu'il endure une plus grande chaleur que
le second Fourneau.

Pour distiller le beurre d'arsenic, & orpiment.
D E la même façon qu'il a été dit de l'antimoine, il peut être tiré hors de l'arsenic & orpiment, mêlé avec sel & vitriol, une huile
épaisse par distillation, laquelle n'est pas seulement
bonne pour le dehors, mais aussi peut
être doucement prise par dedans. Elle peut tellement
être corrigée qu'elle n'est nullement
inférieure en vertu au beurre d'antimoine, au
contraire elle est meilleure, ce qui peut être
semblera impossible à plusieurs. Mais celui qui
connaît la nature & qualité des minéraux, ne
s'étonnera pas de mes paroles, lesquelles lui
serviront de flambeau dans un lieu obscur.

Pour faire un rare esprit de vitriol.
D Issous le vitriol commun en eau, & le fais bouillir dedans du zinc en grenaille, tout le métal & le soufre contenu dans le vitriol se
précipiteront sur le zinc, & la solution deviendra
blanche, La matière précipitée n'est autre

@

92 La seconde Partie.
chose que fer, cuivre, & soufre, contenus dans
le sel du vitriol qui sont attirés: la raison pourquoi
le métal se précipite hors du sel sur le zinc,
appartient à la quatrième Partie, là où tu la
trouveras suffisamment expliquée, la solution
blanche d'où la matière métallique a été précipitée,
doit être coagulée en sel, pour en tirer
par elle-même un esprit, lequel fort aisément,
& dans son goût & vertu n'est pas dissemblable
à l'huile commune de vitriol, mais seulement
il est un peu plus pur.
Ici peut-être quelqu'un me fera cette objection, que le vitriol est privé de sa verdeur, laquelle
Paracelse veut être conservée. A quoi
je réponds, que je n'enseigne pas ici à faire
l'huile rouge & douce de vitriol, dont Paraselse
a écrit: mais seulement l'huile blanche acide
de vitriol, qui est faite du vitriol commun
impur. A quoi servirait-il de distiller le vitriol
vert, vu que sa verdeur ne peut pas être
extraite par le feu? Et quand elle le serait, en
quoi serait cette huile meilleure que la blanche?
car le vert dans le vitriol commun n'est
autre chose que cuivre & fer, dissous par l'eau
salée passant au travers des minières: incontinent
que ce vitriol vert sent le feu il devient
rouge, n'étant autre chose que du fer & cuivre
calcinés, ce qui te trouve manifeste dans la réduction
ou fonte par un feu violent.
Paracelse ne nous a point enseigné d'extraire la verdeur par la violence du feu en une
huile douce & rouge: mais il nous a montré
une autre voie, laquelle est connue de peu,

@

Des Fourneaux Philosophiques. 93

dont il a été fait mention au commencement
de cette seconde Partie.
Cet esprit ou huile acide, qui est distillé du vitriol purifié a une aigreur fort agréable, & sert
au même usage que celui du vitriol décrit ci-
devant. Et ce procédé n'est écrit à autre fin
que pour faire voir que lors que le vitriol est
purifié, il est plus aisément distillé, & donne un
esprit plus agréable que s'il est cru & impur.
Cette purification de vitriol n'est autre chose qu'une précipitation de métal, que l'eau, comme
a été dit ci-devant, prend en passant par les
veines ou mines ce qui se prouve ainsi. Dissous
tel métal que tu voudras dans son propre menstrue,
soit par un esprit acide distillé ou par des
sels âcres, lui ajoutant de l'eau commune, ou
bien par le feu dans un creuset, comme il te
plaira, & alors mets dans cette dissolution un
autre métal, tel que le dissolvant puisse promptement
agir dessus, & tu verras par expérience
que le dissolvant quitte le premier, & se joint à
l'autre qui lui est plus ami. De quoi nous
parlerons plus amplement en la quatrième
Partie.
C'est encore ici une chose digne de remarque, que parmi tous les métaux il n'y en a point
de plus aisée dissolution que le zinc: c'est pourquoi
tous les autres métaux, aussi bien par la
voie sèche que l'humide peuvent être précipités
par là, & réduits en chaux légère, de façon
que la chaux d'or ou d'argent précipitée de
cette manière, si tu y procèdes bien, retient sa
splendeur & clarté, & est semblable à une fine

@

94 La seconde Partie.
poudre propre à écrire avec la plume.

Pour faire un esprit & agréable huile de zinc.
D 'Autant que j'ai fait ici mention du zinc, j'ai trouvé à propos, de n'omettre pas qu'il s'en peut faire un esprit pénétrant & une
huile profitable par le moyen du vinaigre, ce
qui se fait ainsi. Prends une part des fleurs desquelles
a été parlé en la première partie, & les
mets dans un verre propre pour la digestion, &
verse dessus huit ou dix parts de bon vinaigre
de miel, & à son défaut sers-toi du vinaigre de
vin, & mets le verre, fleurs & vinaigre en un
lieu chaud pour dissoudre, la dissolution étant
faite verse le clair qui est teint en jaune, & après
l'avoir filtré extraits en le flegme, & il te restera
une liqueur ou baume rouge, laquelle tu mêleras
avec du sable bien brûlé, & la distilleras,
& il en sortira premièrement un flegme insipide,
après un esprit subtil, & à la fin une huile jaune
& rouge, laquelle doit être gardée séparément,
comme un grand trésor pour la guérison
prompte des blessures. L'esprit n'est pas
inférieur à l'huile, non seulement pour l'usage
interne, & pour provoquer la sueur, mais aussi
extérieurement pour éteindre toutes inflammations,
& sans doute cet esprit & cette huile ont
d'autres qualités, mais d'autant que mon expérience
n'est pas allée plus avant, je n'en veux
pas écrire, je laisse aux autres à en faire les expériences.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 95

Pour distiller un esprit & huile de Saturne ou Plomb.
D E la même façon qu'il a été dit du zinc, on peut aussi distiller du plomb un esprit subtil & une huile douce qui se fait ainsi. Verse
du vinaigre très fort sur du minium, ou autre
chaux de plomb, faire sans addition & non
avec soufre, laisse le digérer & dissoudre sur
le sable ou cendres chaudes, tant que le vinaigre
soit teint de couleur jaune par le plomb, &
devenu doux, alors verse la solution & d'autre
vinaigre dessus, & le laisse dissoudre, réitérant
cela tant que le vinaigre ne se teigne plus & ne
devienne plus doux, alors mêle toutes tes dissolutions,
& leur ôte l'humidité, & il te restera
au fond une liqueur jaune & douce comme du
miel, si le vinaigre n'était pas distillé, mais s'il
était distillé & clair, alors il ne restera pas en
liqueur, mais en un sel blanc & doux. Cette liqueur
ou sel peut être distillée de la même façon
qu'il a été dit du zinc, & il en sortira un
esprit subtil & une huile jaune, qui ne sera pas
en quantité, ayant les mêmes vertus & usages
que le susdit esprit & huile de zinc.
Il faut bien observer que pour faire cet esprit & huile, tu n'as pas besoin de vinaigre distillé,
car ils peuvent être faits aussi aisément avec le
vinaigre commun. Que si tu désires avoir un
sel blanc & clair, alors le vinaigre doit être distillé,
autrement il ne se tourne point en cristaux,

@

96 La seconde Partie.
mais demeure en une liqueur jaune &
épaisse comme miel. Il n'est pas aussi nécessaire
de faire la dissolution dans les verres, & par la
digestion continuer un long temps: car elle se
peut faire dans un pot de terre verni, savoir
en versant le vinaigre sur le minium dans ledit
pot, & le faisant bouillir à feu de charbon: &
tu ne dois point craindre qu'aucune chose du
vinaigre s'évapore, à cause que le plomb garde
tous les esprits, & laisse seulement évaporer
le flegme. Il faut que tu remues continuellement
le plomb avec une spatule de bois, autrement
il se tournerait en une masse dure comme
pierre, & ne se dissoudrait pas: la même chose
aussi peut être faite dans des verres, & par cette
voie la solution peut être faite en trois ou
quatre heures, & puis qu'il n'y a point de différence
entre ces deux sortes de solution, il faut
préférer la plus courte à la plus longue.
Si tu veux avoir cet esprit & huile avec plus de vertu, il te faut mêler de tartre cru en
fine poudre avec une livre de plomb dissous &
purifié, & comme cela le distiller de la même
façon que tu le distilles par lui-même, & tu
auras un esprit plus subtil & une meilleure huile
que s'il avait été distillé tout seul.
Pour
@

Des Fourneaux Philosophiques. 97

Pour distiller un esprit subtil & une huile du tartre cru.
P Lusieurs s'imaginent que c'est peu de chose que de distiller un esprit du tartre cru, supposant que pourvu qu'ils mettent du tartre
dans une retorte, & y joignent un récipient,
& que par un feu violent ils en tirent une eau,
ils ont réussi: sans songer, qu'au lieu d'en tirer
un esprit subtil & agréable, ils n'en tirent qu'un
vinaigre puant, ou un flegme: l'esprit agréable
s'en étant allé, ce que quelques Opérateurs soigneux
ayant aperçu, ont eu soin d'avoir de
grands récipients, croyant retenir l'esprit par ce
moyen: mais la distillation faite, ayant pesé
leurs esprits avec tout le reste, ils ont trouvé
qu'ils avaient beaucoup perdu: c'est pourquoi
ils ont supposé qu'il était impossible d'avoir
tous les esprits sans en perdre, & à la vérité il est
difficile de le faire autrement par la retorte: car
quoi que tu appliques un grand récipient à une
petite retorte, qu'il n'y ait aussi qu'un peu de
tartre dedans, que les jointures soient bien lutées
de sorte que rien ne passe au travers, & que
tu fasses aussi le feu fort petit, espérant d'avoir
l'esprit par cette voie, néanmoins pour tout
cela tu ne saurais empêcher qu'il ne s'en perde,
d'autant qu'à la fin la retorte commençant
à s'échauffer, & l'huile noire sortant, alors les
esprits subtils sortiront, autrement ils passeront
au travers des jointures, ou bien rompront la
g
@

Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfeseite Rückkehr. Flag Hjælp side Tilbage. Bandiera Guida Torna.