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98 La seconde Partie.
retorte & le récipient, à cause qu'ils sortent en
abondance, & avec grand force, & ne se condensent
pas aisément: C'est pourquoi je veux
décrire ma façon pour tirer cet excellent &
très profitable esprit.

La préparation & usage de l'esprit de tartre.
P Rends de bon tartre cru, blanc ou rouge il n'importe, mets le en fine poudre, & lors que le vaisseau est rouge, jette en dedans avec
une cuillère de fer une demi once à la fois seulement,
& incontinent que les esprits seront
sortis & rassis, jette dedans une autre demi
once, continuant comme cela tant que tu aies
assez d'esprits, alors prends ce qui reste dedans,
& qui est noir, calcine le bien dans un creuset,
& le mets dans une retorte de verre, verse
l'esprit & huile noire qui en sont sortis par dessus,
& les distille au sable à feu doux au commencement;
lors les esprits subtils sortiront
puis le flegme, & sur la fin un vinaigre acide ensemble
avec l'huile, lesquels tu peux avoir chacun
séparément, mais si tu désires d'avoir l'esprit
subtil qui est sorti le premier plus pénétrant,
alors tu prendras la tête morte qui reste
dans la retorte, & la rougiras dans un creuset
pour en extraire l'esprit encore une fois. Le
tartre calciné gardera tout le flegme, & il n'en
sortira que l'esprit subtil d'une qualité très pénétrante,
lequel pris depuis demie dragme jusqu'à

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Des Fourneaux Philosophiques. 99

une once dans du vin ou autre liqueur
provoque de promptes & fortes sueurs; & c'est
une puissante médecine en toutes obstructions,
très approuvée & souvent expérimentée en la
peste, fièvres malignes, scorbut, mélancolie hypocondriaque,
colique, contraction, épilepsie,
& semblables maladies: & en beaucoup d'autres
procédant d'un sang corrompu, lesquelles
avec l'aide de Dieu en seront heureusement
guéries.
Le flegme ne sert de rien & peut être jeté, le vinaigre nettoie les blessures: l'huile soulage
les enflures & douleurs, guérit la galle,
les nodus, & autres excroissances qui viennent
sur la peau, si on s'en sert bien à propos.
Si l'huile noire & puante est rectifiée avec la tête morte calcinée, elle sera claire & subtile,
n'allégeant pas seulement les douleurs de la
goutte, mais aussi résolvant & détruisant la
gravelle coagulée aux reins, si on l'applique comme
un emplâtre ou onguent. De même façon
elle résoudra le tartre coagulé aux mains,
aux genoux, & aux pieds. Dans cette huile est
caché un sel volatil de très grande vertu, mais
si tu en désires voir l'expérience, verse sur cette
huile puante & noire un esprit acide, comme
l'esprit de sel commun, ou de vitriol, ou de
nitre ou seulement du vinaigre distillé, elle deviendra
chaude & fera une ébullition, comme
si on avait versé de l'eau forte sur du sel de tartre,
l'esprit acide sera mortifié par là, & se tournera
en sel. Cette huile bien purifiée dissout &
tire le tartre hors des jointures, s'il n'est parvenu
g ij
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100 La seconde Partie.
à une substance dure & pierreuse: de même
que le savon nettoie la saleté des draps, ou
pour le mieux comparer, de même que le semblable
attire son semblable, & ils sont aisément
mêlés, au contraire il n'y a rien qui se mêle à
un autre sans avoir de l'affinité avec lui. Comme
si tu veux te servir de l'eau pour ôter la poix
du drap, tu n'en viendras jamais à bout à cause
de sa contraire nature : car l'eau commune
n'a point d'affinité avec la poix ou autres choses
grasses, & ne se mêlera jamais avec elles
sans un médiateur, qui participe des deux natures,
savoir de la nature de la poix, & de la
nature de l'eau, comme sont les sels sulfureux,
& les sels nitreux, soit fixes ou volatils.
Ce que tu peux remarquer en ceux qui font le savon, lesquels par le moyen des sels sulfureux,
incorporent l'eau avec les choses grasses,
comme les graisses & les huiles. Mais si tu
prends de l'huile chaude ou autre substance
grasse, & la mets sur la poix ou résine, alors
l'huile l'accepte & se joint aisément avec son
semblable, & comme cela la poix est dissoute &
s'en va hors du drap, la graisse restante & l'huile
peuvent être ôtés du drap avec la lie du savon
& eau commune, & comme cela le drap
recouvre sa première beauté & pureté. Ce qui
se fait avec les choses sulfureuses, se fait aussi
avec les choses mercuriales: par exemple, si tu
veux ôter le sel du poisson salé avec une lessive,
tu ne réussiras pas, à cause que les sels nitreux
& acides sont de contraire nature.
Mais si tu verses sur le poisson salé de l'eau
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Des Fourneaux Philosophiques. 101

mêlée avec un peu de ce sel avec lequel le poisson
a été salé: l'eau salée tirera le sel hors du
poisson, comme étant son semblable, beaucoup
mieux que l'eau douce, dans laquelle il
n'y ait point de sel.
De la même façon toutes les choses dures, comme les pierres & les métaux, peuvent être
jointes & unies avec l'eau, de quoi il est parlé
plus amplement dans mes autres Livres, & qu'il
n'est pas nécessaire de répéter ici, je ne l'ai dit
que pour faire voir, que toujours le semblable doit être tiré avec son semblable. Il est vrai
qu'un contraire en mortifie un autre, & en ôte
la corrosivité, par ce moyen les douleurs se passent
pour un temps, mais la cause de la maladie
n'est pas ôtée.
Ici on me peut objecter, que je fais différence entre les sels sulfureux & mercuriaux, là où
on ne saurait voir auparavant ni soufre ni
mercure. Je réponds que celui qui n'entend
ni ne connait la nature des sels, n'est pas capable
de le concevoir: & je n'ai pas à présent le
temps d'en faire la démonstration, mais cela est
montré au long dans mon Livre de la Nature
des sels, car il y en a qui sont sulfureux & d'autres
mercuriaux. Celui qui en désire une plus
ample instruction, qu'il lise mon Livre de la
Sympathie & Antipathie, où il trouvera que
depuis la création du monde jusqu'à présent, il
y a toujours eu deux contraires natures se battant
l'une contre l'autre, ce combat durera jusqu'à
ce que le médiateur entre Dieu & l'homme,
Notre Sauveur Jésus-Christ mettra fin à
g iij
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102 La seconde Partie.
cette querelle, lors qu'il viendra pour séparer
le bon du mauvais, par la clarté duquel & la
flamme du feu le soufre superflu sera allumé &
consumé, la pure partie mercurielle étant laissée
dans le centre.

Le moyen de faire un précieux esprit & huile du tartre, joint avec quelques minéraux & métaux.
P Rends tel métal ou minéral que tu voudras, dissous le dans son propre menstrue, & le mêle avec une due proportion de tartre
cru, de sorte que le tartre cru étant mis en
poudre & mêlé avec la dissolution, il s'en fasse
une bouillie, alors jette en à la fois une cuillerée,
& en distille un esprit & huile, lesquels
doivent être séparés par la rectification, pour
les garder séparément pour leur usage.

L'usage de l'esprit & huile de tartre métallisé.
C Et esprit de tartre métallisé, est d'une telle qualité qu'il fait promptement son opération selon la force de l'esprit, & la nature du
métal ou minéral avec lequel il est fait. Car
l'esprit & l'huile d'or & de tartre, est bon pour
corroborer le coeur, & le garder de ses ennemis:
l'esprit d'argent & de tartre sert pour le

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Des Fourneaux Philosophiques. 103

cerveau: celui de mercure & de tartre pour le
foie: du plomb & de l'étain pour la rate &
pour les poumons: du Fer & du cuivre, pour
les reins & pour les vaisseaux séminaires; celui
d'antimoine & tartre pour tous les accidents &
infirmités de tout le corps. Les esprits métalliques
faits avec le tartre, provoquent extrêmement
la sueur par où beaucoup de mauvaises
humeurs sont chassées du corps, semblablement
l'huile a aussi ses opérations particulières:
quoi qu'il n'est pas bon de se servir de divers
métaux pour l'intérieur, comme du mercure &
du cuivre, d'autant qu'ils provoquent la salivation
& les vomissements violents, mais ils
sont très bons pour l'extérieur pour nettoyer
tous ulcères putrides, & par là asseoir un bon
fondement pour la guérison.
La tête morte qui reste après la distillation de l'esprit & de l'huile, doit être réduite derechef
en métal dans un creuset, afin que rien ne
se perde.
Et comme il t'a été montré de distiller les esprits & huiles des métaux dissous & du tartre
cru, de même tu les peux tirer du vitriol
commun & du tartre de cette façon. Prends une
partie de tartre en fine poudre, & deux parties
de pur vitriol, mêle-les ensemble, & en distille
un esprit. Quoi qu'il ne soit pas agréable au
goût, il est excellent en toute sorte d'obstructions
& corruption de sang, principalement
lors qu'il est rectifié avec la tête morte, & par
là affranchi de son flegme, sa meilleure vertu,
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104 La seconde Partie.
laquelle consiste au sel volatil, n'étant pas perdue
en la distillation.
Si tu désires avoir cet esprit plus efficace, alors il faut joindre le tartre & le vitriol ensemble,
les faire bouillir en eau commune & les cristalliser,
puis les jeter dedans & les distiller, & il
en sortira un esprit plus pur & plus pénétrant,
d'autant que dans leur dissolution & coagulation
il a resté beaucoup de fèces qui se sont séparées:
mais si à une partie de vitriol tu
y joins, dissous, filtres, & coagules, deux
parties de tartre, le tartre & le vitriol ne se
cristalliseront plus, mais demeureront en une liqueur
épaisse comme miel, de laquelle on peut
extraire avec l'esprit de vin une teinture bonne
pour les obstructions. Cette liqueur étant
prise depuis I. jusqu'à I. purge fort doucement,
& quelquefois provoque le vomissement,
particulièrement si le vitriol n'était pas
pur & bon, & il en peut aussi être distillé un
esprit qui n'est pas inférieur au précédent en
vertu. En outre la voie susdite, il y en a une autre
pour distiller un esprit de tartre métallisé,
par laquelle divers métaux & minéraux peuvent
être réduits en un esprit & huile agréable,
& de plus de vertu en la manière suivante.
Prends du tartre blanc de Rhin, & le mets en fine poudre, & verse dessus de l'eau de pluie
ou de rivière, de sorte que sur . de tartre tu
en mettes 10. ou 12. livr. d'eau, ou tant que le
tartre se dissolue dedans en bouillant, alors fais

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Des Fourneaux Philosophiques. 105

bien bouillir l'eau & le tartre dans un chaudron
bien étamé, ou pour le mieux dans un
pot plombé, & ce tant que tout le tartre soit
dissous, & dans le même temps en ôte l'écume
avec une écumoire de bois, lors qu'elle
s'élève en bouillant, & lors qu'il n'écume
plus, & que tout le tartre est dissous, alors passe
la solution toute chaude au travers d'un linge
sur un vaisseau vitré, afin que les fèces en soient
séparées. L'eau de tartre étant filtrée, laisse la
reposer par 24. ou 30. heures sans la remuer, &
il s'attachera aux cotés du vaisseau un tartre
cristallisé, lequel tu ôteras après avoir versé
l'eau, le laveras avec eau froide, & sécheras,
garde ce tartre purifié, jusqu'à ce que je t'enseigne
comme il t'en faut servir. Il est assez pur
pour les susdits procédés: savoir pour réduire
les métaux en huile, comme je dirai ci-après:
il est aussi bon pour la Médecine, car il
nettoie & lâche. Mais si tu le désires avoir
plus beau & plus blanc en guise de cristaux, tu
feras ainsi.
Pour réduire tous les sels en grands cristaux, il faut qui y en ait une grande quantité; car d'une
petite il ne s'en fait que des petits, beaux &
blancs du tartre, les grands ne seront pas meilleurs
que les petits: mais seulement plus agréables
à la vue, alors tu feras comme s'ensuit.
Prends du tartre blanc en fine poudre environ dix ou trente livres, verse autant d'eau par
dessus qu'il sera nécessaire pour le dissoudre, &
le fais bouillir dans un chaudron étamé à feu
violent, tant que tout le tartre soit dissous, ce

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106 La seconde Partie.
que tu connaîtras en le remuant avec une cuillère
de bois, écume bien toutes les saletés qui
viennent sur l'eau, & tu dois bien prendre garde
de ni mettre ni trop ni trop peu d'eau; car
si tu en mets trop peu une partie du tartre ne
se dissoudra pas, & comme cela on le jettera
avec les saletés: que si tu y en mets trop, alors
le tartre étant trop dispersé par l'eau, ne se cristallisera
pas bien, & comme cela il s'en perdra
aussi, étant jeté avec l'eau. Car j'en ai vu
beaucoup qui se plaignaient, & disaient qu'ils
n'en pouvaient tirer que peu d'une livre, & par
là supposaient que le tartre n'était pas bon,
quoi que la faute ne provint pas du tartre:
mais de celui qui le travaille, à cause qu'il n'a
pas bien manié son travail, en ayant jeté avec
l'eau une moitié, laquelle ne s'était pas cristallisée,
mais si tu y procèdes bien, alors quatre
livr. de tartre commun te donneront trois l.
de purs cristaux blancs. La dissolution étant
bien faite, de sorte qu'il ne vienne plus d'écume
au dessus: couvre le chaudron, & le laisse
refroidir sans le remuer de sa place chaude où
il est, l'oeuvre sera faite en trois ou quatre jours
si le chaudron est grand. Mais il faut ôter le
feu de dessous le chaudron, & le laisser là le
temps susdit, & dans ce temps le tartre se cristallisera
aux cotés du chaudron: ces cristaux
après que le temps est passé & qu'on a versé
l'eau, doivent être tirés hors, lavez & bouillez
derechef avec nouvelle eau, puis écumez
& cristallisez. Il faut réitérer ce procédé jusqu'à
tant que les cristaux soient assez blancs:

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Des Fourneaux Philosophiques. 107

alors tire les hors, sèche-les & les garde pour
l'usage. Etant pris en fine poudre depuis I. jusqu'à
I. dans du vin, bière, bouillon chaud ou
autre liqueur, ils feront faire des selles fort
doucement à ceux qui ne peuvent souffrir de
fortes Médecines. Ce tartre peut être donné
avec *diagrède ou autre drogue purgative, de
sorte qu'il ne t'est pas nécessaire d'en prendre
en grande quantité à la fois, car une petite dose
servira. Si tu ne te soucies pas de grands cristaux,
mais seulement du tartre bien purifié, tu
auras de très beaux & resplendissants petits cristaux,
lesquels n'ont pas besoin d'être mis en
poudre, mais qui par le travail deviendront si
purs & en aussi fine poudre comme s'ils avaient
été broyés sur la pierre, ne ressemblant pas à
une poudre morte, mais ayant un éclat comme
des petits flocons de neige transparents
lors qu'ils tombent en un temps froid, cela ce
fait en la manière suivante. Les cristaux ayant
été assez purifiés par diverses dissolutions &
coagulations, dissous les encore une fois dans
de l'eau pure, & verse la dissolution dans un
vaisseau de bois, cuivre, ou terre vernie: comme
a été dit des cristaux ci-dessus, remue les
continuellement avec une spatule de bois ou
bâton continuant tant que tout soit froid, ce
qui sera fait en demie-heure. Par ce mouvement,
le tartre n'a pas le temps de se cristalliser,
mais il se coagule en fine poudre transparente,
agréable à la vue, semblable à de la neige gelée,
alors verse l'eau dehors, sèche la poudre,
& la garde pour ton usage. L'eau que tu as répandue

##Note :*diagrède: ?.
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108 La seconde Partie.
ne doit pas être jetée, d'autant qu'elle
contient quelque peu de tartre, mais il la faut
évaporer, & tu recouvreras le tartre qu'elle
contenait: Comme cela il ne se perdra rien, &
par cette voie on ne réduira pas seulement le
tartre blanc en cristaux clairs: mais aussi le rouge,
lequel étant dissous & cristallisé par diverses
fois, perd sa rougeur & devient clair &
blanc. Outre la susdite façon, il y a une autre
voie pour réduire le tartre en grands cristaux
blancs en une seule fois par précipitation: mais
celle-ci est assez bonne pour cette affaire, savoir
pour tirer de bonnes médecines, des métaux,
en quoi il n'est pas besoin de perdre davantage
de temps.

Une autre façon de faire l'esprit de tartre métallisé.
P Rends du tartre purifié, dissout, & coagulé seulement une fois autant qu'il te plaira, verse dessus autant d'eau de pluie ou autre bonne
eau qu'elle le puisse dissoudre, dans laquelle
solution tu feras bouillir les lames des métaux,
tant que le tartre en ait assez dissous, & qu'il
n'en dissolve plus, ce que tu connaîtras lors
que la solution sera chargée de la couleur du
métal, & pendant qu'il bout & que l'eau s'évapore
il en faut verser d'autre dedans, autrement
le tartre se sécherait trop & se brûlerait: cette
dissolution peut être mieux faite dans un
vaisseau métallique, comme lors que tu veux

@

Des Fourneaux Philosophiques. 109

faire la solution du fer, il le faut faire dans un
pot de fer, & pour le cuivre dans un de cuivre,
& ainsi des autres métaux, que le vaisseau soit
de même, mais il faut que tu saches que l'or,
l'argent & le mercure cru ne peuvent pas être
dissous de même que le fer & le cuivre, s'ils
ne sont premièrement préparés; lors qu'ils sont
préparés pour cela, ils se dissolvent aussi: de
même il y a des minéraux qui doivent être
aussi premièrement préparés avant qu'ils puissent
être dissous par l'eau & le tartre. Que si
tu peux avoir de bons verres, ou des vaisseaux
de terre vernis, tu t'en peux servir pour dissoudre
tous les métaux & minéraux là dedans. Or
la dissolution n'est pas seulement bonne toute
seule pour l'usage de la médecine, mais aussi on
la peut distiller, & en tirer un très salutaire esprit
& huile, comme s'ensuit.

Pour distiller un esprit & huile de plomb & d'étain.
P Rends de la limaille de plomb & d'étain, & les faits bouillir dans la dissolution de tartre, dans un vaisseau plombé ou étamé,
tant que l'eau de tartre ait acquis une douceur,
& qu'elle ne veuille plus dissoudre, ce qui se fera
en vingt-quatre heures; car ces deux métaux
ne se dissolvent que lentement: mais si tu désires
faire la dissolution plus prompte, il faut que
tu réduises premièrement lesdits métaux en
chaux soluble, & pour lors ils seront dissous

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110 La seconde Partie.
en moins d'une heure. La solution étant faite,
filtre la, & en extraits au bain toute l'humidité
à consistance de miel, & il restera une liqueur
douce & agréable, laquelle peut être mise en
usage sans autre préparation, prise par dedans,
pour toutes les maladies, auxquelles les autres
médicaments faits des dits métaux sont en usage,
principalement la liqueur douce du plomb
& étain font beaucoup de bien en la peste, non
seulement en attirant le poison hors du coeur
par sueurs, mais aussi en rompant & allégeant
la chaleur intolérable: de sorte qu'il en suit
une heureuse guérison, extérieurement la liqueur
du plomb peut être mise en usage avec
bon succès en toutes inflammations, elle guérit
promptement, non seulement les nouvelles
plaies, mais aussi les vieux ulcères en fistules,
car le tartre nettoie, & le plomb consolide.
La liqueur de l'étain est meilleure pour en user intérieurement qu'extérieurement, son opération
jusqu'à présent n'est pas si bien connue
que celle du plomb. Si tu en veux distiller
un esprit, jette le dedans peu à peu, comme a
été souvent dit ci-devant aux autres opérations,
& il en sortira un subtil esprit de tartre
emportant avec soi la vertu & meilleure essence
des métaux. C'est pourquoi il se trouve par
expérience qu'il est plus salutaire que l'esprit
commun du tartre qui est fait sans addition.
Etant bien rectifié il peut passer pour un grand
trésor en toutes obstructions principalement
de la rate, & il y a peu de médecines qui aillent
au-delà de celles-ci. Outre cela on ne doit pas

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Des Fourneaux Philosophiques. 111

négliger les bonnes médecines purgatives, si la
nécessité le requiert. Avec l'esprit sort aussi une
huile qui est d'une prompte opération, spécialement
aux plaies & enflures des yeux: là où
les autres onguents & emplâtres ne sont pas si
propres pour cet usage, car elle n'apaise pas
seulement la chaleur & inflammation qui est un
symptôme commun aux plaies des yeux, mais
aussi elle empêche tous autres symptômes, ce
que peu d'autres médicaments sont capables
de faire. Pour le reste, si on le pousse plus avant
par un feu violent: alors il en sortira un sublimé,
lequel se dissout à l'air en une huile, qui a
un grand pouvoir non seulement en la médecine,
mais aussi en l'Alchimie.
Le plomb se fond en un beau régule blanc, plus blanc, plus pur, & plus beau que le plomb
commun, mais le tartre retient la noirceur, &
s'élève lui-même en haut comme une scorie
fusible empreinte du soufre de plomb, avec
lequel tu peux colorer le poil, les os, plumes
& semblables, & les rendre d'une couleur brune
& noire.
J'ai une fois essayé cette distillation dans un vaisseau de fer, de sorte que tout le dedans
était tellement blanchi par le plomb purifié,
de façon qu'en lustre il était semblable à l'argent
fin, ce qu'ayant essayé derechef, il n'est pas
devenu si beau qu'à la première fois, de quoi
on n'a pas à s'étonner, car s'il était nécessaire,
je pourrais écrire davantage touchant le
tartre, sachant bien à quoi il peut être employé,
si je ne craignais les railleurs qui méprisent

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112 La seconde Partie.
tout ce qu'ils n'entendent point. J'oserais
appeler le tartre, le savon des Philosophes,
car pour nettoyer certains métaux, j'ai
trouvé par une longue expérience qu'il avait
d'admirables vertus, quoique je ne veux pas
qu'on entende, que je le conte pour être le véritable
azot universel philosophique, avec lequel
on lave le laton: mais je ne puis dénier
qu'il est d'un usage particulier pour laver &
nettoyer divers métaux: d'autant qu'il est doué
d'admirables vertus pour l'usage des métaux,
de quoi il sera parlé davantage en un autre
lieu ci-après.

Le moyen de faire un esprit & huile de fer ou acier, & de cuivre tartarisé.
S I tu veux préparer une bonne médecine du fer, acier, ou cuivre, joint avec le tartre alors pour le fer ou l'acier, prends un pot de fer,
& pour le cuivre un pot de cuivre, nettoie-les
bien, & mets dedans de la limaille de fer ou
acier, ou cuivre comme il te plaira, & deux fois
autant de tartre pur en fine poudre, & autant
d'eau qu'elle puisse dissoudre le tartre, en
bouillant: comme cela fais bouillir le métal
avec l'eau de tartre, tant qu'il soit bien teint ou
coloré par le métal, savoir en rouge, par le
fer, & en vert par le cuivre; & comme l'eau
s'évapore en bouillant, il en faut toujours remettre
d'autre dedans, de peur que le tartre ne
se brûle,
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Des Fourneaux Philosophiques. 113

se brûle, car il faut qu'il y ait toujours assez
d'eau pour empêcher qu'il ne se fasse point de
pellicule dessus par le tartre: mais il n'y faut
pas aussi mettre trop d'eau: autrement elle serait
trop faible, & ne serait pas capable de dissoudre
le métal. La solution du fer ou acier
étant devenue rouge & douce, & en goût
semblable au vitriol, mais celle du cuivre verte
& amère: Verse la tout chaudement par inclination
dans un autre vaisseau bien net, & la
laisse sur un feu doux de charbons, tant que
presque toute l'eau soit évaporée, & que le tartre
& le métal dissous demeurent au fond en
consistance de miel.
Cette liqueur métallique peut être mise en usage intérieurement & extérieurement: principalement
celle de fer, elle purge doucement
& ouvre les obstructions du foie & de la rate,
nettoie l'estomac & tue les vers: use extérieurement,
c'est un très bon baume pour les
plaies, ayant beaucoup plus de vertu que tous
ceux qui sont faits des végétaux, c'est un très
grand trésor, non seulement pour la guérison
des nouvelles plaies, mais aussi pour nettoyer
& guérir les vieux, envenimés & corrompus
ulcères, qui se sont changés en fistules. La liqueur
de cuivre n'est pas si douce pour l'usage
intérieur, car elle n'est pas seulement désagréable
au goût, mais elle provoque des vomissements
violents; c'est pourquoi je ne conseille
à personne de s'en servir, excepté que ce
fut un corps robuste pour tuer les vers, en quoi
il surpasse tous les autres médicaments: mais
h
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114 La seconde Partie.
il n'en faut point donner du tout aux petits enfants,
à cause que son opération est violente.
Que si tu t'en sers pour en donner à des corps robustes contre les vers & fièvres, en cas que
le malade ne puisse vomir, il doit provoquer
le vomissement afin qu'il ne demeure pas dans
le corps d'autant que s'il y restait, il causerait un
dégoût. C'est pourquoi tu dois prendre garde
de ne t'en pas servir par dedans, & d'autant
que cette liqueur est très amère, tu y peux mêler
du sucre, pour la rendre plus aisée à prendre:
mais celle de fer n'a pas besoin d'un tel
correctif étant assez douce d'elle-même. Pour
cette raison je la préfère à l'autre: mais si tu as
besoin de celle de cuivre à cause de son opération
violente, il faut que le malade se préserve
bien de l'air froid, & qu'il ne charge pas
incontinent son estomac de forte boisson, ni
d'une superfluité de viande, se contentant de
bons bouillons, ou d'un petit verre de vin ou
bière, & le jour suivant il trouvera que son
manger & son boire lui seront plus utiles &
plus agréables.
Pour l'extérieur cette liqueur sert au même usage que celle de fer & d'acier, étant même
meilleure & plus prompte pour la guérison. Il
serait nécessaire que les Chirurgiens en connussent
la préparation, & qu'ils s'en servissent
au lieu de leurs onguents, qui changent les
nouvelles plaies en horribles ulcères, vu particulièrement
qu'elle se fait avec si peu de peine
& si peu de frais, si tu désires avoir cette liqueur
plus pure, il faut verser dessus de l'esprit

@

Des Fourneaux Philosophiques. 115

de vin, & il en extraira aisément leur teinture,
& laissera beaucoup de fèces lesquelles ne servent
à rien: mais la teinture sera beaucoup plus
pure & de plus d'efficace vu que pour te purger
c'est assez d'une jusqu'à 4. ou 5. gouttes, &
de l'autre il en faut depuis 4. 6. 8. jusqu'à 12. &
16. gouttes. Cette teinture opère beaucoup
mieux extérieurement, & se garde plus longtemps
que le baume ou liqueur, laquelle se
corrompt avec le temps: mais l'extraction ne
se gâte jamais. Si tu veux distiller la liqueur
ou baume, il n'est pas nécessaire d'en faire l'extraction,
il faut le distiller comme il est, après
qu'il a été bouilli, de la même façon qu'il a
été dit du plomb, & il en sortira un esprit jaune
& une huile hors du fer ou acier, & hors du
cuivre un esprit & huile verdâtre.
L'esprit & l'huile de fer peuvent être employés contre la peste, fièvres, obstructions, &
corruption du sang, depuis I. jusqu'à I. ils sont
beaucoup meilleurs pour provoquer la sueur,
que celui qui est fait du tartre cru, sans addition
de métal: celui qui est fait de cuivre fait
le même, & avec plus d'effet, & quelquefois
provoque le vomissement, s'il est donné en
trop grande quantité.
Quoi que les Chimistes préfèrent le cuivre au fer, comme un métal plus mûr, néanmoins
il se voit par expérience, que le fer à
cause de sa douceur est meilleur pour l'usage
interne que le cuivre, mais pour l'externe le
cuivre, s'il est bien préparé, est la meilleure &
plus propre médecine pour tous ulcères, en
h ij
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116 La seconde Partie.
tous les endroits du corps, étant bien nettoyé
par dedans par des purgations propres.
Je veux enseigner une purgation pour les Provinciaux qui sont éloignés des boutiques
des Apothicaires, ou qui n'ont point d'argent
pour acheter des médecines, elle doit être faite
avec le fer ou avec le cuivre, pour nettoyer
leur estomac rempli & gâté par une réplétion
désordonnée, d'où procèdent la douleur de
tête, les vers, fièvres & autres maladies. Les
vieux & jeunes, qui sont d'une nature faible, &
ne peuvent pas supporter une médecine si forte,
n'en doivent pas user. La préparation se
fait ainsi: prends P/. de pur tartre en fine poudre,
& P/. ou I. de sucre ou de miel, & P/.
ou I. d'eau de fontaine ou de pluie, mets le
tout dans un poêlon de cuivre bien net, où il
n'y ait point de graisse, & les faits bouillir sur
le feu aussi longtemps qu'il faut pour cuire un
oeuf, & au plus long un demi quart d'heure, ôtant
l'écume en bouillant, laisse les reposer: cette
boisson a presque le même goût que le vin
chauffé & adouci avec sucre, donne-la au malade,
& qu'il ne prenne rien après, en l'espace de demie-heure il commencera à travailler
par haut & par bas: & tu ne dois rien craindre,
mais seulement te tenir chaudement, &
dans une heure l'opération sera faite. Si tu
veux tuer les vers des petits enfants par la purgation,
au lieu d'un vaisseau de cuivre, prends
un vaisseau de fer bien net, mets dedans un
peu de tartre, sucre, & eau, & les fais bouillir
comme a été dit ci-dessus, donne leur en à

@

Des Fourneaux Philosophiques. 117

boire, la purgation ne sera que par le bas, quelquefois
elle provoque un petit vomissement,
qui ne fait point de mal, au contraire il nettoie
mieux l'estomac. Si la boisson est trop faible,
de sorte qu'elle ne travaille point, il en faut
donner derechef le lendemain, mais il y faut
mettre d'avantage d'ingrédients, ou bien les
faire bouillir plus longtemps: car il n'y a
point de danger du tout, si tu y procèdes comme
il faut, ce remède est plus agréable à
prendre, que le semen-contra qui est amer, lequel
ordinairement tourmente les enfants.
La raison pourquoi cette décoction travaille de cette façon, est celle-ci, c'est que le tartre
& le sucre étant bouillis dans un vaisseau
métallique avec de l'eau, travaillent sur le métal,
& en tirent une vertu qui cause le vomissement
& la purgation.

Pour faire l'esprit tartarisé du mercure.
L E mercure vulgaire ne saurait être dissous comme les susdits métaux avec l'eau & le tartre, sans une précédente préparation:
mais il le faut sublimer avec le sel & le vitriol,
ou le cristalliser avec l'eau forte, alors il peut
être dissout en bouillant avec le tartre & eau,
& réduit en baume de même que les autres
métaux, mais on ne s'en doit pas servir intérieurement,
excepté qu'il soit digéré un temps
suffisant, de sorte qu'il perde sa malignité. On
h iij
@

118 La seconde Partie.
s'en peut heureusement servir extérieurement
en tous les ulcères désespérés, principalement
vénériens, & c'est une très excellente médecine
pour cela. Mais son principal usage est pour
l'Alchimie, quoi que peu connaissent cet hôte,
d'autant qu'il ne veut pas être vu par un
chacun. L'esprit qui en sort par la distillation,
est une admirable chose, non seulement pour
la Médecine, mais aussi pour l'Alchimie: néanmoins
tu dois prendre garde qu'au lieu d'un
ami tu ne reçoives un grand ennemi: car ses
forces & ses vertus sont très puissantes.

Pour faire un esprit tartarisé de l'or, & de l'argent.
L 'Or & l'argent ne peuvent pas être dissous dans le tartre par la voie humide: mais par la voie sèche avec de l'assistance ils
se dissoudront aisément, ce qui n'est pas de ce
lieu. Si tu en veux tirer un esprit: l'or & l'argent
doivent être premièrement dissous &
coagulés en les réduisant en cristaux, puis dissous
avec du tartre purifié, & avec de l'eau.
De l'or tu auras une dissolution jaune, & de
l'argent une blanche tirant sur le vert, étant
réduit à consistance de miel. On s'en peut servir
sans rien craindre, la solution d'or lâche
& tient le corps ouvert, fortifie le ventricule,
le foie & les poumons, & autres membres
principaux: & celui d'argent purge puissamment
selon la quantité qu'on en donne, de

@

Des Fourneaux Philosophiques. 119

même qu'une autre purgation sans aucun mal
ni danger, de sorte qu'on s'en peut sûrement
servir en toutes les maladies où la purgation est
nécessaire, depuis I. jusqu'à P/. mais celle
de l'or se donne en moindre quantité: & toutes
les deux liqueurs de l'or & de l'argent peuvent
servir extérieurement avec bon succès:
mais d'autant que pour l'usage externe les métaux
inférieurs serviront assez, il n'est pas nécessaire
de se servir de choses si chères.
L'esprit qui en est tiré par la distillation est doué de très grandes vertus: car la partie volatile
du métal sort dehors jointe avec l'esprit
de tartre, ce qui reste doit être réduit en corps
comme il a été dit des autres métaux. Cet esprit,
principalement celui de l'or, est extraordinairement
bon pour la peste, & autres maladies,
ou la sueur est nécessaire: car il ne chasse
pas seulement par la sueur toutes les malignités
du coeur: mais aussi il fortifie le coeur,
& le préserve de tous symptômes. Semblablement
celui d'argent est très recommandable
principalement s'il est auparavant déflegmé
avec sa tête morte, comme a été montré ci-
dessus en la préparation du simple tartre. Car
tout Médecin expert en la Chimie jugera fort
aisément le pouvoir de l'esprit de tartre bien
rectifié & imprégné des vertus de l'or: C'est
pourquoi il n'est pas nécessaire d'en parler
davantage.
h iiij
@

120 La seconde Partie.
Esprit d'antimoine tartarisé.
L Antimoine cru ne saurait être dissous par la manière susdite: mais s'il a été premièrement préparé en fleurs ou en verre, il
donne aisément sa vertu en bouillant, & il se
fait ainsi. Prends une partie de fleurs ou de
verre d'antimoine en fine poudre, & trois parties
de pur tartre, & 12. ou 15. parties d'eau,
fais-les bouillir ensemble dans un pot verni
l'espace de trois ou quatre heures, remettant
toujours nouvelle eau à mesure qu'elle s'évapore,
afin que le tartre ne brûle manque
d'eau, le verre doit être remué quelquefois
avec une spatule de bois, de quoi les fleurs
n'ont pas besoin à cause qu'elles sont légères.
Ce fait l'eau de tartre sera teinte d'un rouge de
l'antimoine, laissant le reste de l'antimoine au
fond, duquel tu sépareras la solution, & après
l'avoir filtrée évapore l'eau, & en fais encore
une extraction avec esprit de vin, & tu auras un
extrait rouge comme sang, lequel depuis 1.
2. 3. jusqu'à 10. ou 12. gouttes à la fois, à cause
des vomissements & selles fort bénignes, pouvant
être doucement pris par vieux & par jeunes
en toutes les maladies qui ont besoin de
purgation, & tu n'as que faire de craindre aucun
danger du tout: car je ne connais point de
vomitif qui purge plus doucement que celui-
ci. Si tu veux tu peux faire que son opération
ne soit que par le bas, de sorte qu'il ne causera
point de nausée du tout: & tu n'as besoin d'autre

@

Des Fourneaux Philosophiques. 121

chose que de faire une rôtie de pain bis, &
la tenir toute chaude à ton nez & à ta bouche,
& quand celle-là est presque froide, il en faut
avoir une autre toute prête, & comme cela
l'une après l'autre tant que tu ne sentes point
de nausée, & que la vertu de l'antimoine ait
commencé de travailler ou opérer par le bas:
c'est un bon secret pour ceux qui désirent se
servir de médecines antimoniales, & qui craignent
les nausées, lesquelles ils ne peuvent supporter.
Mais si tu ne désires pas prendre tant
de peine pour faire cette extraction, faits comme
il t'a été montré ci devant avec le cuivre,
& prends dix ou douze grains de l'antimoine
préparé pour une personne âgée, mais
pour les jeunes, 5. ou 6. grains plus ou moins
selon la condition de la personne, & P/. ou vj.
de pur tartre, & iiij. ou vi. d'eau, & les mets
dans un petit pot, & les fais bouillir un quart
d'heure: alors mets la solution dans un verre,
& dissous dedans un peu de sucre, par où l'acidité
du tartre est en quelque façon amortie,
cette décoction étant bue bien chaude, il
faut de tenir chaudement comme il est requis,
& elle opérera beaucoup mieux, que si elle
avait été infusée toute la nuit dans du vin, ce
qui n'est pas agréable à tous pour le prendre à
jeun; mais cette décoction est plus agréable
à prendre, à cause qu'elle a le goût comme
d'un vin chaud & doux.
Cela est admirable, que l'antimoine bien préparé n'est jamais pris inutilement: car quoi
qu'il soit donné en petite quantité, de façon

@

122 La seconde Partie.
qu'il ne fasse point vomir ni aller à la selle,
néanmoins il travaille insensiblement, il nettoie
le sang, & détruit beaucoup de mauvaises
& malignes humeurs par la sueur, de sorte
que beaucoup de maladies sont détruites par
là, sans que l'opération en soit grandement
sensible, ce qui m'est souvent arrivé, & m'a
donné occasion de songer plus loin; c'est pourquoi
j'ai cherché le moyen de préparer l'antimoine
de telle façon qu'il pût être pris journellement,
sans qu'il causât aucune nausée ni
selles, ce que j'ai mis en exécution, & trouvé
qu'il était très bon, comme il sera montré
ci-après.
De la solution ci-dessus décrite, savoir des fleurs d'antimoine & du tartre, faits en une
bonne quantité, & après que l'eau est évaporée
distille en l'esprit, & il en sortira aussi une
huile, laquelle doit être séparée de l'esprit &
rectifiée, étant appliquée extérieurement elle
ne fera pas seulement les grandes opérations
qui sont attribuées ci-devant à la simple huile
de tartre, mais elle va beaucoup au-delà, d'autant
que la meilleure essence de l'antimoine
s'y est jointe dans la distillation, & comme cela
a doublé la vertu de l'huile de tartre: & cette
huile peut être mise en usage avec grand
succès non seulement pour donner soulagement
aux tumeurs de la podagre incontinent,
mais aussi à cause de sa sécheresse elle consume
toutes autres tumeurs par tout le corps,
quoi qu'elles procèdent du vent ou de l'eau:
car le sel volatil à cause de sa subtilité conduit

@

Des Fourneaux Philosophiques. 123

la vertu de l'antimoine dans toutes les parties
du corps d'une merveilleuse & incroyable façon,
avec lequel beaucoup de bonnes choses
peuvent être faites dans la Chirurgie.
Et pour ce qui est de l'esprit, on s'en peut heureusement servir en la peste, vérole, scorbut,
mélancolie hypocondriaque, fièvres &
autres obstructions, & corruptions du sang:
mais aussi si tu en mets un peu dans du vin
nouveau ou de la bière, & les laisse travailler
ensemble, le vin ou la bière, acquièrent par là
tant de vertu, que si on en boit tous les jours,
il arrête & empêche toutes sortes de maladies
qui procèdent des humeurs superflues & de la
corruption du sang, de telle façon que celui
qui en prend tous les jours ne doit point craindre
que la peste, scorbut, mélancolie hypocondriaque,
& autres maladies de cette nature
prennent aucune racine, & il n'y a point de métal
ni minéral, excepté l'or, qui lui puisse être
comparé: mais si tu n'as pas un lieu propre
pour faire cet esprit, & néanmoins que tu désires
avoir une telle boisson médicinale faite
de l'antimoine, alors ne prends autre chose
que la solution faite avec le tartre, avant qu'elle
soit distillée, & en mets une . ou une . &
demie, pour un *quartaut de vin nouveau, ou
bière, & les laisse travailler ensemble, & la
vertu de l'antimoine deviendra plus volatile
& efficace par la fermentation, & si tu ne peux
avoir de vin nouveau, à cause qu'il ne croit pas
par tout, tu peux faire un vin artificiel avec le
miel, sucre, poires, figues, cerises & semblables

##Note :*quartaut: Le quart d'un muid (ancienne mesure de capacité).
#

@

124 La seconde Partie.
fruits; comme il sera dit dans la troisième
Partie suivante, lequel peut servir au lieu de
vin naturel.
Ce vin médicinal est un doux & assuré préservatif, non seulement pour prévenir beaucoup
de maladies mais aussi si elles possèdent
déjà le corps, effectivement il s'y oppose &
les détruit, comme aussi toutes vieilles plaies,
auxquelles on ne peut donner aucun remède
par les emplâtres & onguents, car non seulement
Basile Valentin, & Theophraste Paracelse,
mais encore beaucoup d'autres devant &
après eux, l'ont très bien connu, & en ont écrit
beaucoup de bonnes choses, lesquelles peu de
gens ont entendues, & à cause que leurs écrits
sont en quelque façon obscurs, ont été méprisées
& tenues pour fausses.
C'est pourquoi mes écrits seront hautement estimés, à cause que je ne donne point
de procédés longs & de grands frais, mais seulement
selon la vérité & simplicité pour servir
mon prochain, ce qui ne plaît pas aux orgueilleux
qui s'attachent plutôt à des procédés
inutiles qu'à la vérité, & ce n'est pas merveille,
que Dieu laisse dans l'erreur ceux qui recherchent
des choses hautes, & méprisent les basses.
Pourquoi cherchons-nous donc des médecines en nous troublant le cerveau, par de subtils
& ennuyeux travaux, vu que Dieu nous
montre par la simple nature une autre voie?
pourquoi n'est-il pas meilleur de nous laisser
instruire à la simple nature? Certainement si
nous aimions les choses basses, nous trouverions

@

Des Fourneaux Philosophiques. 125

aussi les grandes. Mais parce que tous
les hommes ne cherchent que les choses hautes
& grandes, les petites leur sont aussi cachées;
c'est pourquoi il serait à propos de tenir
cette maxime, que les choses de quoi on fait
peu d'état peuvent être utiles, comme nous
pouvons voir par le tartre, & ce tant méprisé
antimoine. On n'épargnerait pas seulement
beaucoup de charbons, de verres, matériaux &
choses semblables, mais aussi le précieux temps
ne se perdrait pas en la préparation des médicaments:
car tout ce qui luit n'est pas or, mais
souventes fois il se trouve que sous une méchante
couverture est caché quelque chose de
haut & de précieux.
Quelques-uns me demanderont peut-être pourquoi j'enseigne de joindre premièrement
l'antimoine avec le tartre par le moyen de
l'eau, avant la fermentation avec le vin, pourquoi
ne serait-il pas aussi bon de le mettre tout
seul dedans en fine poudre, ou le dissoudre
avec l'esprit de sel, ce qui sera plus aisé à faire
qu'avec le tartre, & les laisser travailler comme
cela? Sur quoi je réponds que le vin ne
travaille point, & ne reçoit point de chaux
métalliques ou dissolutions, s'il n'est premièrement
préparé avec le tartre ou esprit de vin;
car si tu dissous l'antimoine, ou autre métal ou
minéral dans l'esprit de sel, ou de vitriol, ou de
sel nitre, ou autre esprit acide, pour le faire fermenter
avec le vin ou autre boisson, tu trouveras
qu'il ne réussit pas: car l'esprit acide empêche
la fermentation, & laisse tomber le métal

@

126 La seconde Partie.
dissout, & gâte le travail: Outre cela, le
tartre peut être en usage parmi toutes les
boissons, & s'accorde mieux avec son goût à
l'estomac, qu'aucun esprit corrosif.
De la même façon qu'a été dit de l'antimoine, les autres métaux & minéraux peuvent
être appropriés & joints avec le vin ou autre
boisson, & l'usage de ce vin antimonial est celui-ci,
savoir qu'il soit bu aux repas & entre
les repas de même que les autres boissons,
pour éteindre la soif, mais néanmoins il ne
doit pas être bu en plus grande quantité que la
nature n'est capable de pouvoir supporter, car
si tu en veux boire avec excès, il te provoquera
le vomissement, ce qui ne doit pas être, car
il doit travailler insensiblement, & ce faisant, il
ne préserve pas seulement le corps de toutes
les maladies qui procèdent d'un sang impur &
corrompu, comme la peste, lèpre, vérole, scorbut
& semblable, à cause de sa chaleur cachée,
par laquelle il consume & détruit toutes
les mauvaises humeurs salées, mais encore
il le guérit, consumant par sa chaleur les mauvaises
tumeurs, & les évacuant par sueurs &
urines, & comme cela affranchit le sang de toutes
ses humeurs âcres & mauvaises, il ne guérit
pas seulement les susdites maladies, mais aussi
les vieilles plaies, ulcères, fistules, lesquels à
cause des humeurs salées & superflues ne peuvent
être guéris, ce qu'il fait en peu de temps
d'une façon toute extraordinaire, & se sûrement
qu'il n'y a point de hasard.
Cette boisson n'est pas seulement bonne
@

Des Fourneaux Philosophiques. 127

pour ceux qui se portent bien, mais aussi pour
les malades, quoi qu'en plus petite quantité,
à cause qu'elle nettoie extraordinairement tout
le corps, & tu n'as à craindre la moindre incommodité
tant au jeune qu'au vieux, sain ou malade.
Que personne ne s'étonne de ce que
beaucoup d'ignorants déclament contre l'antimoine
& disent que c'est un poison, & en défendent
l'usage: s'ils le connaissaient bien, ils
ne feraient pas cela, mais parce que ces gens
ne savent que ce qu'ils ont lu ou entendu dire,
ils prononcent une fausse Sentence, & il
leur peut être répondu, comme Apelles, fit au
Cordonnier: Ne sutor ultra crepidam; Non
omnis fert omnia tellus, comme un âne après sa
mort produit des mouches qui peuvent voler,
ce qui était impossible à l'âne dont elles
sont sorties: cela soit dit contre les calomniateurs
du royal antimoine, savoir que leur postérité
ouvrira les yeux, & ne méprisera pas
ce qu'elle aura connu.
Je confesse que si l'antimoine n'est pas bien préparé, & outre cela bien administré par une
personne entendue, il préjudicierait à la santé
des hommes, ce que les végétaux font aussi,
mais de le rejeter à raison de l'abus, ce serait
une action imprudente, si par hasard un enfant
prenait un couteau en sa main qui fût
bien aiguisé, & qu'il se blessât lui-même, ou
quelque autre, à cause qu'il n'entend point
comme il s'en faut servir, l'usage des couteaux
doit-il être défendu à ceux qui le connaissent?

@

128 La seconde Partie.
Que personne ne s'étonne, de ce que j'attribue de si grandes vertus à l'antimoine, comme
étant abondamment enrichi du premier être
de l'or, si j'en disais dix fois d'avantage, je ne
mentirais pas, sa louange ne saurait être assez
exprimée par aucune langue: car pour purifier
le sang il n'y a point de minéral semblable,
il nettoie & purifie entièrement l'homme
au plus haut degré, s'il est premièrement bien
préparé, & discrètement administré. C'est le
meilleur & plus proche ami de l'or, lequel il
nettoie & purifie de toute immondice, ayant
beaucoup de sympathie avec icelui, car il se
fait de fort bon or de l'antimoine, comme il
sera dit en la quatrième Partie. Je dis bien
plus, une bonne partie se change en pur or par
une longue digestion. C'est pourquoi il est
évident, qu'il est de la nature & propriété de
l'or, étant meilleur pour l'usage de la Médecine
que l'or même, d'autant que l'or qui est en
lui est volatil, mais en l'autre il est fixe & compact,
& peut être comparé à un jeune enfant
au prix du vieillard. Je te conseille donc de
chercher la véritable Médecine dans l'antimoine.
Que si tu désires avoir les vertus de l'antimoine, ou quelque autre minéral ou métal
plus concentrées, tu peux faire évaporer l'humidité
sulfureuse au bain, & réduire la solution
faite avec tartre à consistance de miel, &
verser dessus de l'esprit de vin pour en faire
l'extraction, en peu de jours il sera fort rouge,
alors verse le hors & en remets d'autre dessus,
& le
@

Des Fourneaux Philosophiques. 129

& le laisse aussi extraire: continue ce procédé
avec nouveau esprit de vin, tant que
l'esprit ne se teigne plus, alors mets tous
les esprits de vin teints ensemble dans un
verre à col long, & le digère au bain tiède,
tant que la meilleure essence soit séparée de
l'esprit de vin, & précipitée au fond, semblable
à une huile épaisse & rouge comme sang.
De sorte que l'esprit de vin est derechef
devenu blanc; lequel doit être séparé de cette
belle & agréable huile d'antimoine, qui est faite
sans aucun corrosif, & doit être gardé comme
un grand trésor pour la médecine. L'esprit
de vin retient quelque chose de la vertu de
l'antimoine, & on s'en peut heureusement servir
extérieurement & intérieurement, mais la
teinture est comme une panacée en toutes maladies
avec grande admiration, & comme il a
été dit de l'antimoine, de la même façon par
le moyen du tartre & esprit de vin, on peut tirer
de tous les métaux une huile agréable &
douce, laquelle n'est pas des moindres dans la
Médecine: car le Chimiste qui a connaissance
& qui est expert, me confessera aisément,
que toute huile métallique séparée de la partie
grossière du métal sans corrosif, & réduite en
essence agréable, ne peut être sans une grande
& singulière vertu.
i
@

130 La seconde Partie.
Le moyen de tirer de bons esprits & huiles des coraux, perles, yeux de cancres, & autres pierres solubles des bêtes & des poissons.
P Rends une partie de perles ou coraux (en fine poudre) trois ou quatre parties de pur tartre, & autant d'eau qu'il en faut pour dissoudre
le tartre en bouillant, mets les coraux, tartre
& eau ensemble dans un vaisseau de verre
sur le sable, & donne un feu violent: de sorte que
l'eau & le tartre bouillent ensemble, & dissolvent
les coraux, cette dissolution peut aussi
être faite dans un pot de terre verni, & à mesure
que l'eau évapore en remettre d'autre,
(comme a été dit ci-devant concernant les
métaux) les coraux étant dissous laisse-les
refroidir, filtre la solution, & en extraits toute
l'humidité au bain, & restera une agréable liqueur
épaisse comme miel, laquelle peut être
mise en usage en la médecine toute seule, ou
bien il faut l'extraire encore une fois avec esprit
de vin purifié, ou bien la distiller comme il
te plaira.
L'extrait ou teinture est meilleure que la liqueur, & l'esprit est meilleur que l'extrait ou
teinture: & tous les trois peuvent être mis en
usage avec contentement, ils fortifient le coeur
& le cerveau, particulièrement ceux qui sont
faits de perles & coraux, ils poussent l'urine &

@

Des Fourneaux Philosophiques. 131

conservent le corps soluble. Ceux des yeux de
cancres, de perches & autres poissons, ouvrent
& nettoient de toute impureté le passage
de l'urine, & détruisent puissamment la
pierre & la gravelle des reins & de la vessie.
L'esprit distillé des coraux étant bien rectifié est bon pour l'épilepsie, mélancolie, &
apoplexie, il détruit & chasse tous poisons
par sueurs, à cause qu'il est de la nature & qualité
de l'or, de quoi il sera parlé plus amplement
en un autre lieu.

Pour distiller un esprit de sel, de tartre
& du tartre cru.
P Rends égales portions de sel de tartre, & du tartre cru, & les dissous avec eau puis évapore l'eau en écumant toujours tant
qu'il ne vienne plus d'écume, & la laisse refroidir,
& il se fera des cristaux blancs, lesquels
étant distillés, comme le tartre commun, ils
donneront un plus pur, subtil & agréable esprit,
que le tartre commun, l'usage duquel est
semblable en toutes choses au simple esprit de
tartre: c'est pourquoi il n'est pas nécessaire
d'en décrire ici l'usage. Avant que tu en distilles
l'esprit, tu t'en peux servir au lieu de tartre
vitriolé pour purger par des selles douces,
ils chassent la pierre & la gravelle, & ne sont
pas de mauvais goût à prendre. La dose est
depuis I. jusqu'à une dragme en eaux propres
pour cela. Ce sel étant dissous en eau purifie
i ij
@

132 La seconde Partie.
les métaux, si on les fait bouillir dedans, & les
rend plus beaux que ne fait le tartre commun.

Pour avoir un puissant esprit du sel de tartre par le moyen du sable pur, ou des pierres à feu.
D Ans la première Partie de ce Livre, j'ai enseigné à faire un tel esprit, mais d'autant que les matières qui doivent être distillées
dans ce Fourneau doivent être jetées sur
les charbons ardents, par où le reste est perdu,
& que toutes sortes de personnes n'ont pas le
lieu propre pour le bâtiment de ce fourneau,
à cause qu'il y faut plus de place qu'à celui-ci:
c'est pourquoi je veux montrer le moyen de
le faire avec plus de facilité dans ce second
Fourneau, sans perdre les fèces qui ne sont pas
inférieures à l'esprit même, cela se fait de la
sorte.
Prends un très beau sel du tartre calciné par dissolution, filtration & coagulation, pulvérise
le sel dans un mortier chauffé, & y mêle la
quatrième partie de cristal en fine poudre, ou
de pierres à feu, ou seulement du sable fin
bien lavé, mêle-les bien & en jette une cuillerée
à la fois dans ton vaisseau rougi qui sera
de terre, & le couvre: le mélange bouillira incontinent
qu'il sentira la chaleur (comme fait
l'alun commun, lors qu'il sent une chaleur

@

Des Fourneaux Philosophiques. 133

violente) & donnera un esprit blanc & pesant;
quand il sera sorti jette une autre cuillerée, &
attends qu'il soit condensé, & puis en jette une
autre, continuant tant que le mélange soit jeté
dedans, & lors qu'il ne sort plus d'esprit,
ôte le couvercle du vaisseau, & retire avec
une cuillère de fer ce qui reste dedans, pendant
le temps qu'il est chaud & liquide, & il
sera semblable à un verre clair, blanc, fusible &
transparent, lequel il faut garder de l'air, car il
se dissoudrait, jusqu'à ce que je te montre ce
que tu en dois faire.
L'esprit qui en est sorti peut être gardé comme il est, ou bien étant rectifié au sable par la
retorte de verte, on s'en peut servir en la Médecine.
Il est entièrement d'un autre goût que
l'esprit de sel commun & de vitriol, car il n'est
pas acide; il a une senteur de pierre sulfureuse,
le goût de l'urine, il est bon pour
ceux qui sont tourmentés de la goutte, pierre
& phtisie; car il provoque l'urine & la sueur
abondamment, & (d'autant qu'il nettoie &
fortifie l'estomac) donne un bon appétit. Ce
qu'il peut faire d'avantage m'est inconnu jusqu'à
présent, mais il est croyable qu'il est bon
en d'autres maladies, chacun a la liberté d'en
faire l'expérience. Selon mon opinion, puis
que le sel de tartre est bon de lui-même pour
l'usage de la pierre, & qu'ici il est fortifié par
le sable, qui a la signature de la pierre du Microcosme,
il est difficile de trouver une médecine
qui puisse aller au delà: mais je laisse chacun
dans son opinion & expérience. Pour, l'usage
i iij
@

134 La seconde Partie.
extérieur il éteint toutes inflammations, &
rend la peau belle &c. La tête morte que je
t'ai dit de garder & qui est comme un verre
transparent, n'est autre chose que le sel plus fixe
du sel de tartre & des pierres à feu, lesquels
se joignent ensemble, & se changent en verre
soluble, dans lequel est cachée une grande
chaleur, si longtemps qu'il est gardé sec, hors
de l'humidité de l'air, on ne saurait apercevoir,
mais si tu verses de l'eau dessus, alors
sa chaleur secrète se découvre elle-même. Et
si tu le mets en fine poudre dans un mortier
chaud, & le mets après à l'air humide, il se dissoudra
en une huile grasse & épaisse, & laissera
des fèces. Cette huile ou liqueur grasse des
pierres, sable, ou cristal, ne sers pas seulement
pour l'usage intérieur & extérieur par lui-même,
mais aussi il sert pour préparer les métaux
& minéraux en bonne médecines, ou pour les
rendre meilleurs par l'Art Chimique, car il y
a beaucoup de secrets cachés dans ces méprisables
pierres & sable; qu'un homme ignorant
& non expert ne croirait que très difficilement:
car aujourd'hui le monde est tellement
possédé d'avarice diabolique, qu'il ne cherche
que l'or & l'argent, les Arts & les Sciences ne
sont point regardées du tout, c'est pourquoi
Dieu nous ferme les yeux, afin que nous ne
voyions pas ce qui est devant nous, & que nous
tremblions sur nos pieds. Cet excellent homme
Paracelse nous l'a suffisamment donné à
entendre, quand il dit dans son Livre de la Vexation
des Alchimistes, que bien souvent une

@

Des Fourneaux Philosophiques. 135

pierre méprisée, jetée contre une vache, est de
plus grande valeur que la vache, non seulement
à cause qu'on en peut extraire de bon or, mais
aussi pour ce que les métaux inférieurs peuvent
être nettoyés par son moyen, de sorte qu'ils
sont semblables au meilleur or & argent à tous
essais, & quoi que je n'aie pas gagné beaucoup
de chose en le faisant, néanmoins il me
suffit d'en avoir vu souvent la vérité & la
possibilité, dont il sera parlé en son propre
lieu.
Cette liqueur de pierres rend les métaux parfaitement beaux, non comme les femmes
lors qu'elles curent & nettoient leurs vaisseaux
d'étain, cuivre, fer &c. avec de la lie
ou sable menu, tant que la saleté en soit ôtée,
& qu'ils aient un beau lustre; mais les métaux
sont dissous par l'Art Chimique, & digérés,
l'espace du temps requis, soit par la voie sèche
ou par la voie humide; ce que Paracelse
appelle, retourner dans le ventre de sa mère,
& renaître, si ceci est adroitement fait, alors,
la mère enfantera un pur enfant, tous les métaux
sont engendrés dans le sable ou pierres,
c'est pourquoi ils peuvent avec raison être
appelés la mère des métaux, plus pure est la
mère, plus purs & plus sains seront les enfants.
Parmi toutes les pierres il ne s'en trouve
point de plus pures que les pierres à feu, cristal
ou sable, lesquels sont d'une même nature
(s'ils sont simples sans aucune impression
des métaux) c'est pourquoi les cailloux & sable
sont les bains plus propres pour laver les
i iiij
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136 La seconde Partie.
métaux. Mais celui-là se tromperait bien qui
prendrait ce bain pour le bain des Philosophes
ou menstrue secret, par où ils exaltent au plus haut
degré de pureté: car leur bain est plus ami de
l'or, à cause de la plus grande affinité qu'il a
avec lui plus qu'avec les autres métaux, mais
celui-ci dissout plus aisément les autres métaux,
que l'or. C'est pourquoi il est évident,
que ce ne peut être la fontaine de Bernard,
mais seulement pour nettoyer particulièrement
les métaux, laissant ceci à une plus ample
pratique de ceux qui ne manquent pas de
temps & de lieu propre pour chercher plus
avant, & voir ce qui en pourra être fait, il
nous faut prendre connaissance de l'usage de
cette liqueur pour la Médecine, ce Livre
n'ayant été écrit qu'à ce dessein, pour montrer
que nous ne devons pas toujours regarder
les choses chères & précieuses: mais aussi
les plus viles & les plus abjectes dans lesquelles
il y a des trésors cachés, tels que sont les
pierres & le sable.

Pour extraire une teinture rouge comme sang de la liqueur des cailloux par l'esprit de vin.
S I tu veux extraire une teinture des cailloux, pour l'usage de la Médecine ou Alchimie, au lieu de pierres blanches, prends de belles
pierres jaunes, vertes ou bleues, ou pierres

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Des Fourneaux Philosophiques. 137

à feu, soit qu'elles contiennent de l'or fixe ou
volatil, & en distille premièrement un esprit
avec le sel de tartre; ou bien si tu ne te soucies
point de l'esprit, fonds le mélange dans un
creuset couvert en un verre soluble, fusible
& transparent, & le mets en fine poudre dans
un mortier chaud; mets cette poudre dans un
verre à long col, & verse dessus de l'esprit de
vin rectifié, il n'importe pas qu'il soit déflegmé,
mais qu'il soit seulement pur, il faut souvent
remuer le verre avec les cailloux, afin que
les cailloux soient séparés, & que l'esprit de
vin soit capable d'agir dessus, alors verse l'esprit
de vin teint, & en remets dessus de nouveau,
& le laisse aussi devenir rouge: verse
l'esprit hors & en remets d'autre, réitérant
tant que l'esprit ne se teigne plus. Mets tous
les esprits teints ensemble dans un alambic, &
en extraits le vin par le bain, & la teinture restera
au fond du verre comme un jus rouge, lequel
tu tireras & le garderas pour son usage.

L'usage de la teinture des pierres ou cailloux, en la médecine.
C Ette teinture, si elle est faite avec des cailloux ou sable, contenant de l'or, n'est pas une des moindres médecines, car elle résiste
puissamment à toutes les solubles tartareuses
coagulations, dans les mains, genoux, pieds,
reins & vessie, & quoi qu'à faute de ceux qui
contiennent de l'or, on fasse l'extraction des

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138 La seconde Partie.
seuls cailloux blancs, elle opère aussi, mais non
pas entièrement si bien que des autres. Que
personne ne s'émerveille, que le sable ou pierres
rendus potables, aient une si grande vertu;
car toutes choses ne sont pas connues à tous,
& cette teinture a beaucoup plus de pouvoir
& de vertu, si on a dissous de l'or dans la liqueur
des cailloux avant qu'en extraire la teinture:
& que personne aussi ne s'imagine que
cette teinture vient du sel de tartre (lequel on
prend pour préparer l'huile de cailloux ou sable)
à cause que de lui seul, il colore aussi l'esprit
de vin, car il y a grande différence entre
cette teinture & celle-là, qui est extraite du seul
sel de tartre: car si tu distilles celle de sel de tartre
dans un petit alambic ou retorte de verre, il
en sortira premièrement l'esprit de vin qui sera
très clair, après un flegme sans goût, & il restera
au fond un sel semblable en tout au sel de
tartre commun, auquel après qu'il est calciné
il ne reste aucune couleur, & d'autant qu'il
n'en est point sorti on peut demander qu'est-
ce qu'elle est donc devenue?
A quoi je réponds que ce n'était pas une véritable teinture, mais seulement que le soufre
dans l'esprit de vin était exalté ou gradué
par le sel corporel du tartre, & comme cela
avait pris une couleur rouge, laquelle il
perd incontinent qu'on lui ôte le sel de tartre,
& reprend sa première couleur blanche: comme
il se rencontre aussi, lors que le sel d'urine
ou de corne de cerf, de suie, ou autre semblable
sel urineux est digéré avec l'esprit de vin,

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Des Fourneaux Philosophiques. 139

l'esprit en devient rouge, non pas fixement,
mais de même façon qu'il a fait avec le sel de
tartre, car si par rectification il est séparé derechef
de l'esprit de vin, le sel & aussi l'esprit de
vin recouvrent derechef leur première forme
& couleur. Il se voit par là comme il a été dit
que ce n'était pas une vraie teinture que celui
qui ne le voudra croire, dissolve seulement
I. de sel de tartre commun bien blanc, dans
j. d'esprit de vin, & l'esprit deviendra aussi
rouge, comme s'il avait demeuré un longtemps
sur diverses livres de sel de tartre calciné
bleu ou vert; si je n'en avais pas fait moi-
même l'expérience diverses fois, j'aurais aussi
été de cette opinion: mais à cause que j'ai
trouvé que cela n'était pas, j'en veux dire mon
opinion: quoi que j'en doive recevoir peu de
remerciement de quelques-uns, particulièrement
de ceux qui aiment mieux errer avec le
grand nombre, que reconnaître & confesser
la vérité avec le petit nombre: néanmoins je
ne dis pas que cette teinture supposée de sel
de tartre soit sans vertu, & qu'on n'en doive
user; car je connais assez qu'elle est très efficace
en beaucoup de maladies, d'autant que la
partie la plus pure du sel de tartre a été dissoute
par l'esprit de vin, par où il est coloré; c'est
pourquoi le dit esprit de vin teint peut être
heureusement mis en usage: mais la teinture
qui est extraite des cailloux préparés est assurément
d'une autre qualité: car si tu en extrais
l'esprit de vin, quoi qu'aussi il en sorte blanc,
néanmoins il reste un sel teint en rouge, laquelle

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140 La seconde Partie.
couleur subsiste au plus violent feu, c'est
pourquoi on la peut tenir pour une vraie teinture.

Comme on peut extraire la teinture rouge de l'or par le moyen de cette liqueur, de sorte que ce qui restera sera blanc.
C Ette huile ou liqueur de cailloux est d'une telle qualité, qu'elle précipite tous les métaux qui sont dissous par des corrosifs, mais
non de la manière que fait le sel de tartre, car
les chaux des métaux précipitées par cette liqueur,
(à cause que les cailloux se mêlent ensemble
dedans) deviennent plus pesantes, par
là, que si elles avaient été précipitées avec le
sel de tartre.
Pour exemple, dissous autant d'or qu'il te plaira en eau royale, & verse dessus de cette
liqueur, tant que tout l'or soit tombé en bas
en une poudre jaune, & que la solution revienne
blanche & claire, laquelle tu verseras
hors, & édulcoreras l'or précipité avec eau
douce, puis le sèche (comme il t'a été montré
en l'or fulminant) & tu n'as que faire de craindre
qu'il s'allume ou fulmine en le séchant,
comme il a accoutumé de faire lors qu'il est
précipité avec le sel de tartre ou esprit d'urine;
mais tu le peux hardiment sécher par le feu,
il sera semblable à une terre jaune, & pèsera

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Des Fourneaux Philosophiques. 141

une fois autant que l'or pesait avant la dissolution:
la cause de ce poids provient des
cailloux, qui se sont précipités eux-mêmes
tous ensemble avec l'or. Car l'eau royale a
mortifié le sel de tartre par son acidité, & l'a
dépouillé de ses forces: de sorte qu'il a été
contraint de quitter les cailloux &c. & aussi
mutuellement le sel de tartre qui était dans la
liqueur des cailloux, a mortifié l'acidité de l'eau
royale, de sorte qu'elle ne saurait garder ou
retenir plus longtemps l'or, par où tous les
deux, l'or & les cailloux sont délivrés de leurs
dissolvants.
Cette poudre jaune étant édulcorée & séchée, mets la dans un creuset, entre les charbons ardents,
tant qu'il commence à rougir, mais non
pas longtemps, & cette poudre jaune se changera
en une très belle couleur de pourpre, laquelle
est très agréable à voir: mais si tu la
laisses trop longtemps, alors la couleur de
pourpre s'en ira, & se tournera en couleur
brune comme brique: c'est pourquoi si tu désires
avoir un bel or de couleur de pourpre, il
faut que tu le tires hors du feu incontinent
qu'il sera venu à cette couleur, & ne lui laisse
pas plus long temps, autrement il perd cette
couleur derechef.
Cette belle poudre d'or peut servir pour les riches, depuis I. jusqu'à P/. dans des véhicules
propres en toutes les maladies où la
sueur est nécessaire: car outre qu'elle provoque
la sueur, elle ne conforte pas seulement le
coeur, mais aussi par la vertu des cailloux elle

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