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142 La seconde Partie.
fait sortir la pierre des reins & de la vessie, si
elle n'est pas venue à l'extrême dureté, comme
du sable avec l'urine, de sorte qu'on s'en
peut aussi bien servir pour prévenir, que pour
guérir la peste, goutte, & pierre.
Et pour passer plus outre avec cet or de couleur de pourpre, & en faire un rubis soluble
pour l'usage de la médecine: le procédé sera
montré en la quatrième Partie, à cause qu'il
doit être fait par un feu violent dans un
creuset.
Si tu désires extraire la couleur de cet or précipité, verse dessus avant qu'il soit mis au
feu pour le calciner, du plus fort esprit de sel,
& à chaleur douce l'esprit dissoudra une partie
de l'or; lequel sera plus beau & plus enfoncé
en couleur, que s'il avait été fait par l'eau
royale; & sur la dissolution verse y cinq ou
six fois autant de bon esprit de vin déflegmé,
& les digère tous deux ensemble le temps nécessaire,
& par une longue digestion une partie
de l'or se précipitera hors de la solution au
fonds du vaisseau en poudre blanche, laquelle
peut être réduite avec du borax, ou sel nitre &
tartre: elle est blanche comme l'argent & aussi
pesante que d'autre or, & peut aisément recouvrer
sa couleur derechef par le moyen de
l'antimoine, le reste dont l'or blanc s'est précipité,
savoir l'esprit de sel mêlé avec l'esprit
de vin, doit être extrait hors de la teinture, &
il restera une liqueur plaisante & aigrette colorée
par l'or au fond du verre, laquelle a
presque les mêmes vertus qui sont attribuées

@

Des Fourneaux Philosophiques. 143

ci-devant aux autres teintures d'or, principalement
cette liqueur d'or fortifie le coeur, le
cerveau & l'estomac.
Quelquefois il sort dehors avec l'esprit de vin, un peu d'huile rouge, laquelle le plus fort
esprit de sel a séparée de l'esprit de vin, étant
empreint de la teinture de l'or. C'est un excellent
cordial, il y en a peu qui lui soient semblables
pour les vieillards faibles & abattus
par la maladie ou par l'âge, en prenant tous les
jours quelques gouttes, sans quoi ils seraient
contraints de perdre la vie manque d'humeur
radicale.
Ici quelqu'un peut demander si cette teinture peut être tenue pour une véritable teinture
d'or, ou si on en peut trouver une meilleure?
A quoi je réponds que beaucoup l'estiment
telle, & que moi-même je l'appelle ainsi en
cet endroit, néanmoins après une due examination
il se trouvera qu'elle n'est pas telle: car
quoi que quelques vertus soient tirées de l'or
par cette voie, néanmoins il est toujours lui-
même, quoi qu'il soit devenu pâle & faible,
vu qu'il recouvre si aisément sa première couleur
par un vil minéral: car si sa véritable teinture
ou âme de l'or étaient séparés de lui, certainement
un minéral inférieur ne lui saurait
redonner la vie; mais la nécessité pour pouvoir
faire cela est requise en une chose, laquelle
n'est pas seulement ce qui lui est nécessaire
pour elle-même, mais il faut qu'elle ait un
pouvoir si transcendant pour donner la vie
aux choses mortes, comme nous voyons dans

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144 La seconde Partie.
l'homme & dans la bête: s'ils ont perdu leur
vigueur, néanmoins par médecines préparées
ils peuvent être secourus & remis en leur première
santé, de sorte que la précédente maladie
ne paraît plus en eux, mais si leur âme est
une fois partie, le corps mort ne saurait être
remis en vie derechef, & demeure mort jusqu'à
ce que celui qui a le pouvoir de donner
& prendre la vie ait pitié de lui: de la même
façon le faut-il entendre de l'or, quand sa couleur
lui est ôtée, néanmoins il est en vie, &
recouvre la couleur par le moyen de l'antimoine
qui est sa médecine. Comme aussi par le
moyen du fer & du cuivre il est remis de telle
façon, qu'il recouvre sa première couleur &
beauté, de sorte qu'on ne reconnaît plus son
défaut, mais si la vie est séparée de son corps, il
est impossible à aucun métal ou minéral ordinaire
de la lui redonner; cela ne se peut que
par une chose plus excellente que l'or même:
car comme un homme vivant ne saurait donner
la vie à un homme mort, & qu'il faut que
Dieu le fasse, lequel a créé l'homme; de même
l'or ne saurait donner la vie à l'or auquel
elle a été ôtée. Comment donc cela se pourrait-il
par un minéral qui n'est point fixé? cela
n'appartient qu'à un vrai Philosophe qui ait
bonne connaissance de l'or & de sa composition.
A présent que nous avons entendu que le semblable ne peut aider son semblable, mais
que celui qui assiste doit être plus que celui
qui demande d'être assisté, de là il est évident
que
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Des Fourneaux Philosophiques. 145

que la teinture dont le corps (duquel elle est
extraite) est toujours or, ne peut être une vraie
teinture; car la vraie teinture consiste en ces
trois principes, & comment y peut elle consister,
vu que le corps d'où elle vient est encore
en vie, & procède indivisiblement de ces trois
principes? comme quoi peut-on ôter l'âme
de l'homme, & faire que le corps soit toujours
vivant? quelques-uns diront que nonobstant
cela elle peut passer pour une vraie teinture,
quoi que le corps soit toujours or, & qu'il soit
en vie: de même qu'un homme peut tirer un
peu de sang hors de son corps, quoi qu'il le
rende un peu plus pâle, néanmoins il vit toujours,
& le sang perdu peut être recouvré par
une bonne nourriture. Mais quelles objections
hors de jugement sont celles-ci? y a-t-il quelqu'un
qui soit si simple d'avoir dans sa pensée
qu'une plaine main de sang puisse être comparée
à la vie de l'homme? Je crois qu'il n'y a
point d'homme sage qui veuille avoir cette
pensée, car quoi que la vie sorte ou s'en aille
avec le sang, néanmoins le sang seul n'est pas
la vie: autrement les morts pourraient être
ressuscités par là, en mettant un verre de sang
dans le corps mort: mais cela a-t-il jamais été
vu ni ouï dire? comme sont ses fantasques
opinions qui présument de censurer la vérité
qui a été mise dans mon Traittè du véritable
or potable, disant, Geber, & Lulle, étaient aussi
d'opinion qu'on peut extraire une véritable
teinture hors de l'or, & que néanmoins il demeure
ou reste bon or: mais on peut demander,
k
@

146 La seconde Partie.
qu'est-ce donc qu'il a perdu pour avoir
donné une véritable teinture, puis qu'il est
toujours bon or? Ici je me doute fort qu'il
n'y aura personne au logis pour me répondre,
qu'est ce que les Ecrits de Geber où Lulle me
sont à moi? Je ne méprise pas ce qu'ils ont
écrit, c'étaient des grands, fort éclairés & expérimentés
Philosophes, & ils défendraient
suffisamment leurs Ecrits, s'ils étaient en vie:
& ce que j'écris, je suis capable de le soutenir.
Ces hommes pensent-ils, que les Ecrits de Geber & Lulle doivent être entendus au pied
de la lettre? Fais-moi voir une teinture d'or
qui ait été faite par les Ecrits de Geber ou de
Lulle? S'il était ainsi, chaque idiot, ou novice,
qui ne saurait seulement que lire le Latin,
ne serait pas seulement capable de faire par
ces Ecrits une teinture d'or, mais aussi la pierre
des Philosophes, de quoi ils ont écrit au
long, ce qui n'est pas de ce lieu, car on voit par
expérience journalière, que les plus doctes &
savants ont passé beaucoup d'années avec
grands frais, & pris grand peine nuit & jour à
étudier en leurs Livres, & n'y ont pas trouvé
la moindre chose.
Mais si ces Philosophes devaient être entendus littéralement, sans doute il n'y aurait point
tant de pauvres & misérables Alchimistes. C'est
pourquoi les Ecrits de ces grands hommes ne
doivent pas être entendus au pied de la lettre,
mais par un sens mystique.
Mais d'autant que la vérité est éclipsée en
@

Des Fourneaux Philosophiques. 147

leurs Livres, par tant de procédés sophistiques,
il est grandement difficile qu'aucun homme
la puisse tirer parmi tant de tromperies,
s'il n'est premièrement éclairé de Dieu, afin
qu'il connaisse comme il faut séparer les paroles
paraboliques de celles qui sont véritables
dans la lettre même: ou si un religieux Chimique
avec la grâce de Dieu le fait par ses travaux
sur un bon fondement, & néanmoins
doute, s'il est dans le vrai chemin ou non, alors
en lisant les bons & véritables Livres des philosophes,
il en apprendra à la fin la ferme &
constante vérité: autrement il est difficile de
réussir, au contraire après la perte du temps
qui est précieux, la dépense & l'altération de
la santé, l'homme sera forcé de mendier.
De la même façon, si la véritable teinture de cuivre en est tirée, le reste n'est plus métal,
& ne saurait être réduit derechef en substance
métallique par aucun Art, ni violence
de feu.
Mais si tu lui laisses quelque teinture en lui, il peut être réduit en un corps gris & friable,
semblable au fer mais plus cassant.
k ij
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148 La seconde Partie.
Une autre voie pour extraire une bonne teinture de l'or par le moyen de la liqueur des pierres ou sable.
P Rends une partie de cette chaux d'or qui a été précipitée avec l'huile de sable, trois
ou quatre parties de la liqueur de cristaux ou
sable, mêle la chaux d'or dans un bon creuset
avec la liqueur, & mets ce mélange en chaleur
douce afin que l'humidité s'évapore hors
de l'huile de sable, ce qui se fait fort difficilement,
car les cailloux ou sable à cause de leur
sécheresse gardent & retiennent l'humidité, &
ne la veulent pas laisser partir facilement, s'élevant
dans le pot ou creuset, comme le borax,
ou alun, quand on les calcine: c'est pourquoi
il ne faut remplir le creuset qu'à moitié,
afin que la liqueur & l'or ensemble aient assez
de place, & ne s'en aillent par dessus: & lors
que la matière ne s'élève plus, augmente le
feu tant que le pot soit très rouge, mets un couvercle
dessus qui joigne très bien, afin qu'il ne
tombe dedans des charbons, cendres, ou autres
impuretés: & lui donne feu violent dans
un four à vent tant que la liqueur & la chaux
d'or soient en fonte comme de l'eau, laisse les
comme cela en fonte tant que la liqueur & l'or
ensemble soient semblables à un transparent
rubis, ce qui sera fait en l'espace d'une heure

@

Des Fourneaux Philosophiques. 149

ou environ, alors verse le dans un mortier de
cuivre bien net, laisse le refroidir, puis le mets
en poudre, sur laquelle verseras de l'esprit de
vin, pour en extraire la teinture, laquelle sera
comme du sang net & clair, meilleure pour l'usage
que la précédente.
Ce qui reste après l'extraction de la teinture doit être brûlé avec du plomb, précipité &
tiré hors, de même qu'on tire les mines, & tu
trouveras l'or restant lequel n'est pas allé avec
l'esprit de vin: mais il est fort pâle, semblable
en couleur à l'argent, lequel s'il est fondu avec
l'antimoine, recouvre sa première couleur sans
aucune perte considérable de son poids. Le
moyen de fondre dans un creuset l'or restant,
sera montré plus ponctuellement en la quatrième
Partie. Je sais beaucoup d'autres beaux
procédés pour extraire aisément la couleur de
l'or, mais d'autant qu'il faut que l'or soit premièrement
préparé pour cela en le fondant au
creuset, il ne serait pas à propos de parler de
cette opération dans cette seconde Partie.
C'est pourquoi cela sera réservé pour la quatrième
Partie, là où tu seras instruit au long
non seulement comment il faut préparer l'or,
l'antimoine & autres minéraux, & les rendre
propres à être extraits, mais aussi comment il
les faut réduire en un verre soluble, & transparent
comme un rubis à l'épreuve du feu, ce qui
n'est pas une des moindres médecines: tu peux
procéder, de même avec les autres métaux &
minéraux pour en extraire leurs couleurs, comme
il a été dit de l'or. C'est pourquoi il n'est
k iij
@

150 La seconde Partie.
pas nécessaire de décrire la teinture de chaque
métal en particulier, car tous les procédés ensemble
seront décrits en un, savoir en celui
de l'or, autrement le Livre serait trop grand si
je voulais décrire chaque procédé séparément,
ce que je crois être inutile. Que ceci
suffise pour cette seconde Partie, où il a été
traité du moyen d'extraire la couleur de l'or
par une façon commune, qui est à la vérité une
bonne médecine, mais inutile pour la Chimie,
selon ce que j'en puis connaître. Celui qui
désire avoir une véritable teinture d'or, doit
chercher premièrement le moyen de détruire
l'or par le mercure universel tournant le dedans
en dehors, & le dehors en dedans & procéder
après selon l'Art. Alors l'âme de l'or se
joindra aisément avec l'esprit de vin, & deviendra
une bonne médecine, de quoi il est
plus amplement traité en mon or potable. Celui
qui possède le *chalibs de Sendivogius, peut
promptement & avec peu de peine avoir une
bonne médecine: mais parce que nous sommes
toujours des enfants ingrats envers Dieu,
ce n'est pas merveille s'il retire sa main de
dessous nous, & s'il nous laisse dans l'erreur.

Ce qui peut être fait de plus par la liqueur des cailloux.
B Eaucoup d'autres choses profitables peuvent être faites par l'huile de sable, aussi bien dans l'Alchimie que dans la médecine:

##Note :*chalibs: ?.
#

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Des Fourneaux Philosophiques. 151

comme par exemple, de belles couleurs pour
les Peintres peuvent être faites des métaux,
comme aussi du cristal, toute sorte de pierres
transparentes, lesquelles sont semblables en
beauté aux naturelles, & quelquefois plus
belles: comme aussi de belles *amauses & autres
choses profitables: mais cela n'appartient
pas à cette seconde Partie, étant réservé pour
la quatrième, où il sera traité exactement
de toutes ces choses avec les circonstances requises.

Le moyen de faire croître un arbre des métaux par le moyen de cette liqueur.
Q Uoi que ce procédé ne soit pas de grand usage en la médecine, néanmoins il donne une bonne connaissance au Médecin Chimique
des choses naturelles, & de leur changement,
ce que j'ai jugé être à propos te décrire
ici.
Prends de la susdite huile faite de cristal, sable, ou cailloux, autant qu'il te plaira, mêle-y
une petite quantité de lessive de tartre, remue-
les bien ensemble, de sorte que la liqueur ne se
puisse apercevoir dans la lessive, mais qu'ils
soient bien incorporés, les deux s'étant changés
en une solution claire, pour lors ton eau
sera préparée, pour faire croître les métaux,
qui doivent premièrement être dissous dans
k iiij
##Note :*amauses: Emaux.
#

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152 La seconde Partie.
leur propre menstrue, lequel soit après entièrement
extrait, mais non trop fort, de sorte que
la chaux du métal ne rougisse, autrement la
vertu de croître leur serait ôtée, alors tire les
hors du petit verre, & les romps en pièces de
la grosseur du pouce, & les mets dans la liqueur
susdite dans un verre clair & net, afin qu'on
puisse bien discerner au travers comme le métal
croît, & incontinent que les métaux préparés
seront ôtés hors du verre, il les faut préserver
de l'air, autrement ils perdent leur vertu
végétative: c'est pourquoi étant secs il les
faut couper par pièces, & les mettre au fond
du verre, où la liqueur est un doigt d'espace
entre l'un & l'autre, & non tous ensemble: il
faut que le verre demeure toujours en une
place, & le métal s'enflera incontinent, & jettera
des rameaux si agréablement que cela sera
digne d'admiration. Ne pense pas que ceci
serve seulement pour la récréation de la vue,
il y a beaucoup de choses cachées au dedans,
car tout sable ou cailloux, quoi qu'ils soient
blancs, cachent une teinture invisible ou soufre
d'or, ce que personne ne croira sans expérience,
car si tu digères de la limaille de
plomb, il s'y attachera de l'or aux côtés (lequel
or doit être lavé en eau) & le plomb paraîtra
comme s'il était doré. Cet or ne provient
que du sable ou cailloux, quoi qu'ils
fussent blancs & clairs, il montre encore
mieux sa vertu améliorante, lors que les métaux
croissent dedans, & qu'ils y sont digérés
par un certain espace de temps. Cela peut être

@

Des Fourneaux Philosophiques. 153

vu apparemment, que les métaux dans leur
végétation, s'augmentent dans cette liqueur,
& font extraction de ce qui leur est nécessaire:
quand on n'en mettrait que la grosseur d'un
pois pour végéter, il deviendra deux ou trois
fois plus grand, ce qui mérite d'être considéré.
Aussi le sable & cailloux sont la matrice
naturelle les métaux, & l'on voit une grande
sympathie entre eux, principalement avec les
imparfaits ou *immeurs, comme si la nature
voulait dire à ses métaux imparfaits & *immeurs,
retourne dans le ventre de ta mère, &
demeure là un temps convenable & requis,
ou tant que tu sois mûr, car tu as été tiré de là
trop tôt contre ma volonté. De plus on peut
faire avec cette liqueur un très bon borax pour
réduire & incorporer les métaux. On peut
aussi faire par cette liqueur de très belles &
fermes couleurs sur les vaisseaux de terre semblables
à la porcelaine de la Chine, comme en
la faisant bouillir avec eau, il se précipite une
terre blanche comme neige, tendre, & impalpable,
avec laquelle on peut faire des vaisseaux
semblables à la porcelaine.
Beaucoup d'autres bonnes choses peuvent être faites pour l'usage des choses mécaniques,
qu'il n'est pas nécessaire de décrire
ici.
Les minéraux *immeurs volatils peuvent être aussi fixés & mûris par ce moyen, non
seulement pour les rendre propres à l'usage
de la médecine, mais aussi pour tirer l'or &
l'argent volatils qu'ils peuvent contenir, de

##Note :*immeurs: non mûrs.
#

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154 La seconde Partie.
quoi il sera parlé davantage en la quatrième
Partie.
C'est ici que se rapporte le procédé de l'esprit de plomb, lait virginal, & sang de dragon.

De l'esprit d'urine, & de l'esprit volatil du sel armoniac.
D E l'urine & sel armoniac, on peut faire un esprit très puissant & pénétrant en diverses façons, lequel n'est pas seulement bon
pour l'usage de la médecine en plusieurs maladies,
mais il se trouve aussi fort bon pour les
opérations mécaniques, comme s'ensuit.
Prends de l'urine d'un homme sain qui vive chastement, assemblée en une bonne quantité
dans un vaisseau de bois, laisse la en putréfaction,
& en distille un esprit, lequel tu rectifieras
après sur du tartre calciné dans une grande
retorte de verre fort large de col, séparant
& gardant à part celui qui sort le premier, faisant
comme cela la seconde & troisième fois,
le plus fort & plus puissant peut servir pour
préparer les médecines métalliques, & le faible
pour la médecine tout seul, ou mêlé avec
des véhicules propres: le sel qui est sorti avec
l'esprit le plus fort en la rectification, peut être
mis avec l'esprit faible, pour le rendre plus
fort, ou bien être gardé tout seul dans un
verre net.
Mais d'autant que l'esprit d'urine est difficile à faire, je veux montrer à le faire plus facilement

@

Des Fourneaux Philosophiques. 155

avec le sel armoniac, la préparation
se fait ainsi.
Prends du sel armoniac, & pierre calamine ana, mets-les séparément en poudre & les mêle
ensemble, & les jette dans ton vaisseau tout
rouge, P/. ou I. à la fois & non plus, ayant
appliqué au vaisseau un grand récipient: car
cet esprit va avec tant de force & de violence,
qu'il est impossible de le distiller dans une retorte
sans danger & sans perte, j'ai rompu plus
d'un récipient avant que j'eusse inventé cet instrument.
Les esprits étant bien rassis dans le
récipient, jette dedans davantage de ton mélange,
continue comme cela tant que toute ta
matière soit distillée, alors ôte le récipient, &
mets l'esprit dans un fort verre, lequel soit
bien bouché en haut: non avec de la cire & de
la vessie, d'autant qu'il amollit la cire, & pénètre
la vessie: mais bouche le premièrement
avec du papier, puis fonds de la laque ou soufre
& le mets dessus, de sorte qu'il soit bien
bouché, & pour lors il ne se pourra exhaler, ou
bien prends un verre fait comme il sera montré
en la cinquième Partie, afin d'y garder les esprits
subtils pour plus d'assurance, & si on n'a
point mis d'eau dans le récipient, cet esprit
n'a pas besoin d'être rectifié, mais celui qui le
voudra avoir plus fort le peut rectifier par la
retorte de verre, & le garder pour l'usage.
C'est ici la meilleure voie pour faire un esprit du sel armoniac fort & puissant: on peut
aussi faire le même avec du zinc limé, au lieu
de la pierre calamine; comme aussi avec le sel

@

156 La seconde Partie.
de tartre, sel fait avec les lies de cendres de
bois, chaux vive, & semblables: mais l'esprit
n'approche pas de la force de l'autre (quoi
qu'il puisse être fait avec toutes ces choses
qui sont faites avec le précédent) comme celui
qui est fait avec la pierre calamine ou
le zinc.

La façon de le faire est celle-ci.
P Rends I. de sel armoniac en fine poudre, & autant de sel de tartre, mêle les deux ensemble par le moyen de la lie faite de tartre,
ou seulement avec eau commune, de sorte que
le tout vienne comme une pâte, ou bouillie, &
en jette une cuillerée à la fois dans le vaisseau
distillatoire, puis en jette davantage tant que
tu aies assez d'esprit.
Le sel de tartre peut aussi être mêlé sec avec le sel armoniac sans aucune lie ni eau, & distiller
comme cela: mais il n'est pas si bon, comme
lorsqu'il est mêlé & tempéré avec de la
lie ou de l'eau, car s'il est jeté dedans à sec,
l'esprit sortira en forme d'un sel volatil: mais si
le mélange a été humecté, alors la plus grande
partie sortira semblable à un esprit brûlant:
de même le mélange de la chaux vive & sel
armoniac doit être tempéré par l'humidité,
& donneras plus d'esprit que s'ils avaient été
distillés à sec.
On peut demander pourquoi la pierre calamine, le zinc, la chaux vive, le tartre calciné,
le sel de cendre de bois, le nitre fixe & semblables

@

Des Fourneaux Philosophiques. 157

choses préparées par le feu, doivent être
mêlées avec le sel armoniac? pourquoi ne serait-il
pas aussi bon d'y mettre du bol ou autre
terre (comme on fait communément avec
les autres sels) & comme cela en distiller un
esprit? A quoi je réponds, qu'il y a deux sortes
de sels dans le sel armoniac, savoir un sel
acide commun, & un sel volatil d'urine, lesquels
ne peuvent être séparés si on ne mortifie
l'un des deux: car incontinent qu'ils sentent
la chaleur, le sel volatil de l'urine emmène le
sel acide avec lui, & se subliment tous deux
ensemble, de la même nature & essence que le
sel commun lequel n'est pas sublimé. Le sel armoniac
est plus pur que le commun, & il n'en
sortira point d'esprit s'il est mêlé avec du bol,
brique, sable, ou autre terre astringente, &
comme cela distillé; mais le sel entier comme
il est en lui-même, laissant sa substance terrestre.
Il n'en est pas de même de la pierre calamine,
laquelle est aussi semblable à une terre,
de sorte qu'étant mêlée avec le sel armoniac,
elle fait la séparation des sels dans la distillation
de l'esprit, comme fait le zinc, à cause qu'ils
ont une grande affinité avec tous les esprits
acides, s'aimant mutuellement (de quoi a été
fait mention en la première Partie) de sorte
que les sels acides s'attachent à lui en la chaleur
& s'unissent ensemble, & le sel volatil est
délivré, & distillé en un esprit subtil; ce qui
n'aurait pas été fait, si le sel acide n'avait été
retenu par la pierre calamine ou le zinc. Or
qu'un esprit puisse être distillé par l'addition

@

158 La seconde Partie.
des sels fixes, la raison en est à cause que les
sels fixes sont contraires aux sels acides, lesquels
les mortifient, & leur ôtent leur force, par
où les choses qui y sont mêlées sont délivrées:
le même arrive aussi au sel armoniac, car par
l'addition des sels fixes végétaux l'esprit acide
du sel armoniac est mortifié. Le sel de l'urine,
qu'était premièrement lié avec lui, recouvre
sa première franchise & vertu, & se sublimant
se change en esprit; ce qui ne saurait avoir été
fait, si le sel commun avait été mêlé avec le
sel armoniac, au lieu de sel de tartre: car le sel
d'urine est par ce moyen mortifié comme étant
un plus grand ennemi, de sorte qu'il ne saurait
donner un esprit. J'ai cru être nécessaire
d'en donner la connaissance aux ignorants,
non à ceux qui le savent, afin qu'ils aient plus
de lumières par d'autres travaux: car j'ai souventes
fois vu, & vois toujours par expérience,
que la plupart des Chimistes vulgaires,
ayant su par lecture ou par ouï-dire ne
sont capables de donner aucune raison solide,
pour dire comme quoi ceci ou cela se fait
d'une telle ou d'une autre façon, ne travaillant
point pour trouver la nature & qualité des sels,
minéraux & autres matériaux, se contentant
seulement des recettes, disant un tel ou un tel
Auteur a écrit telle chose, & partant il faut
que cela soit ainsi. Le plus souvent tels Livres
sont tirés de divers Auteurs, & ceux qui s'y
attachent tombent d'un labyrinthe en un autre,
perdant misérablement leur temps & leurs
soins: mais s'ils considéraient seulement la

@

Des Fourneaux Philosophiques. 159

nature des choses, ils acquéraient plutôt la connaissance
de la vérité: J'espère que celui qui a
été en erreur me saura bon gré, & ne grondera
pas que j'instruise l'ignorant.
Ce qui reste après la distillation, est aussi bon pour l'usage, si l'addition a été avec le sel de
tartre: c'est une bonne poudre pour faire fondre
& réduire les métaux. La pierre calamine
& le zinc, donnent par *défaillance une huile
âcre, blanche, & pesante: car la partie acre
du sel armoniac, qui ne s'est point changée en
esprit a dissous la pierre calamine, & a presque
les mêmes vertus pour l'usage externe de la
Chirurgie, que celle dont a été parlé en la première
Partie, laquelle est faite avec la pierre
calamine & l'esprit de sel, excepté seulement
que celle-ci ne donne pas un si fort esprit en
la distillation comme l'autre, mais seulement
un sublimé âcre.

La vertu & usage de l'esprit de sel armoniac.
C Et esprit est une essence acide & pénétrante, & d'une nature chaude, aérée & humide; c'est pourquoi il peut être mis en
usage heureusement en beaucoup de maladies
depuis 8. 10. 12. gouttes dans des propres véhicules,
pénètre tout incontinent au travers de
tout le corps, causant une prompte sueur, ouvrant
les obstructions de la rate, dispersant &
détruisant beaucoup de malignités par les

##Note :*défaillance: méthode de distillation.
#

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160 La seconde Partie.
sueurs & urines, il guérit la fièvre quarte, la
colique, la suffocation de matrice, & beaucoup
d'autres maladies.
Enfin cet esprit est une douce, assurée & prompte médecine pour chasser & détruire
les grosses & vénéneuses humeurs. Il opère
aussi extérieurement, éteignant toutes inflammations,
guérir l'érésipèle, & la gangrène, allège
les douleurs de la goutte, si on trempe dedans
des linges pour les appliquer dessus: &
quoi qu'il fasse des pustules, il n'importe pas;
appliqué sur le *poux, il est bon aux fièvres ardentes,
allège les enflures & douleurs, dissipe
le sang congelé, est bon pour les foulures,
& pour les nerfs: son odeur guérit la migraine
antres maladies chroniques de la tête: car
il dissout l'humeur peccante & l'évacue par les
narines, remet l'ouïe perdue, étant appliqué
extérieurement avec un petit instrument fait
pour cela, est propre aussi aux obstructions des
fleurs des femmes étant appliqué avec un
instrument par une voie spirituelle, ouvre &
nettoie incontinent la matrice & rend les
femmes propres à concevoir &c. mêlé avec
de l'eau commune, & tenu dans la bouche allège
la douleur des dents, laquelle procède
d'une humeur âcre. Un peu d'icelui mis dans
un clystère, tue les vers dedans le corps, & apaise
la colique.
On se peut servir de cet esprit pour l'usage de beaucoup d'autres choses, principalement on
en peut préparer beaucoup de précieux médicaments
avec les métaux & minéraux, desquels
quels
##Note :*poux: pouce?.
#

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Des Fourneaux Philosophiques. 161

nous décrirons quelques-uns aux chapitres
suivants.
Il faut observer qu'il y a une autre matière, laquelle se trouve par tout & en tout temps,
que tout le monde peut avoir sans frais, ni
distillation, qui est aussi bonne pour les susdites
maladies que l'esprit distillé, si tous les
hommes la connaissaient, il ne se trouverait
pas partout tant de maladies, ni tant de Médecins
& d'Apothicaires.

Pour distiller une huile de vitriol rouge comme du sang par le moyen de l'esprit d'urine.
D Issous le vitriol d'Hongrie, ou autre bon vitriol, en eau commune, & le filtres par le papier, verse dessus du dit esprit, tant que
toute la verdeur en soit ôtée, & que l'eau
demeure claire, & tu auras en bas un soufre
jaune: alors verse l'eau claire, & le reste qui
est épais; mets-les ensemble dans le filtre, afin
que toute l'humidité passe au travers, & que la
terre du vitriol demeure dans le filtre de papier,
lequel tu sécheras, & en distilleras une
huile rouge comme sang, laquelle ouvre les
obstructions de tout le corps, & guérit parfaitement
l'épilepsie. L'eau claire doit être évaporée
à siccité & restera un sel, lequel étant
distillé donne un puissant esprit. Avant qu'il soit
distillé, c'est un purgatif spécifique pris depuis
l
@

162 La seconde Partie.
8. 10. 12, jusqu'à 24. grains, & peut sûrement
servir pour toutes maladies.

La teinture des végétaux.
L Es épices, semences, ou fleurs, étant extraites avec ledit esprit, digérées, & distillées, l'essence en sortira en forme d'une huile
rouge.

Vitriol de cuivre.
S I tu en verses sur la chaux de cuivre, faite en la rougissant & éteignant derechef, il extraira dans une heure de temps une belle
couleur bleue, & en ayant dissous là-dedans
autant qu'il faut, verse-la, & la laisse réduire
en cristaux en un lieu froid, & tu auras un très
beau vitriol, duquel une petite quantité provoque
de violents vomissements, le reste du
vitriol demeure en une huile bleue, bonne
pour la guérison des ulcères.

La teinture du tartre cru.
P Rends du tartre cru, & verse dessus de cet esprit, & le mets en digestion, l'esprit en extraira une teinture rouge comme sang, &
si l'esprit en est extrait, il restera une huile rouge
& agréable, qui n'a pas peu de pouvoir &
de vertu.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 163

Pour faire l'huile ou liqueur des sels.
C Et esprit dissout aussi les cristaux & autres pierres, s'ils sont premièrement dissous, précipités & réduits en poudre impalpable,
il les réduit en huiles & liqueurs, bonnes
pour l'Alchimie & médecine.

Pour précipiter tous les métaux avec le susdit esprit.
Q Uel métal que ce soit, étant dissous par un esprit acide, peut être mieux précipité & plus purement, qu'avec la liqueur de sel de
tartre; car l'or fulminant qui est précipité par
son moyen, fulmine avec plus de force que celui
qui est fait par l'huile de tartre.
Un peu de jus de citron avec la solution de l'or avant qu'il ait été précipité, fait que tout
l'or ne se précipitera pas, mais il en restera
quelque peu dans la solution, & avec le temps
se formeront de petites pierres vertes semblables
au vitriol commun, lesquelles données en
petite dose purgeront toutes les mauvaises
humeurs.
l ij
@

164 La seconde Partie.
L'huile & vitriol d'argent.
D Issous de l'argent en eau forte, & verse dessus autant de cet esprit jusqu'à ce qu'il cesse de bouillir, une partie de l'argent se précipitera
en forme d'une poudre noire, le reste
de l'argent demeure dans la liqueur: le flegme
en étant extrait au bain, jusqu'à la pellicule, &
après mis en lieu froid, il s'y formera des cristaux
blancs, lesquels étant tirés hors & séchés,
sont un bon purgatif contre la folie, hydropisie,
fièvres & autres maladies, on s'en
peut servir sans aucun danger tant aux jeunes
qu'aux vieux. Le reste de la liqueur qui ne
s'est point cristallisée peut être extraite avec
esprit de vin, les fèces étant jetées, l'extraction
en sera agréable, l'esprit de vin en étant
extrait, il restera une médecine, laquelle n'est
pas de peu de valeur en toutes les maladies du
cerveau.

Pour extraire une teinture rouge de l'antimoine ou du soufre commun.
F Ais bouillir le soufre ou l'antimoine en poudre, dans de la lie de sel de tartre, tant que la lie devienne rouge, & verse de cet esprit
dessus, & le distille doucement au bain, & il
en sortira une belle teinture avec l'esprit volatil,
l'argent qui en est oint sera doré, mais non

@

Des Fourneaux Philosophiques. 165

fixement, il sert pour toutes les maladies.

Le moyen de mûrir l'antimoine & soufre commun, de sorte qu'ils donnent une odeur pareille à celle des végétaux.
D Issous l'antimoine ou le soufre dans la liqueur des cailloux ou sable, coagule la solution en une masse rouge: verse de l'esprit
d'urine sur cette masse, & le laisse extraire à
chaleur douce. L'esprit étant teint en rouge
verse le hors, & en remets d'autre dessus, &
laisse aussi extraire, réitère cela tant que l'esprit
ne se teigne plus, alors mêle tous les extraits
ensemble, & en extraits l'esprit d'urine
au bain par l'alambic, & il restera une liqueur
rouge comme sang, & si tu verses dessus de
l'esprit de vin, il extraira une teinture plus belle
que n'était la précédente, laissant les fèces
en arrière, cette teinture sent comme l'ail: & si
elle est digérée trois ou quatre semaines à chaleur
lente, elle acquerra une odeur agréable,
semblable à celle des prunes jaunes ou pâles:
& si elle demeure plus longtemps en digestion
elle acquerra une odeur qui n'est pas inférieure
au musc & ambre; cette teinture n'est
pas seulement puissamment augmentée par le
feu en odeur & goût plaisant & agréable: mais
aussi en vertu: une si grande variété de douces
& agréables senteurs ne procèdent seulement
l iij
@

166 La seconde Partie.
que de l'esprit d'urine qui les mûrit, car
il y a un feu caché en lui, lequel ne détruit
point, mais préserve & gradue toutes les couleurs,
de quoi nous parlerons plus amplement
en un autre lieu.
Entre l'esprit d'urine & vénus, tant animale que minérale, il y a une grande sympathie,
car il n'aime pas seulement le cuivre par dessus
tous les autres métaux, se mêlant aisément
avec lui, & le rendant extraordinairement
beau or bon pour l'usage de la médecine, mais
il le prépare aussi pour une telle médecine qu'il
guérit toutes les affections vénéneuses, soit
extérieurement ou intérieurement, sans se servir
d'aucuns autres médicaments. Il rend les
femmes stériles, & fécondes selon qu'il est administré,
il nettoie la matrice, empêche la
suffocation, & provoque miraculeusement
les fleurs aux femmes par dessus tous les autres
médicaments.
Si cet esprit est mêlé avec l'esprit volatil de vitriol, ou du sel commun, il en sortira un sel
qui n'est inférieur à aucun autre pour la fusibilité,
& très bon pour l'usage de l'Alchimie &
de la Médecine.
La liqueur de sel de tartre, & l'esprit de vin ne se mêle point sans eau, étant le médium
procédant des deux natures, & si tu y joins de
l'esprit d'urine, ils ne se mêleront pas, mais chacun
gardera sa place tellement que ces trois
sortes de liqueurs étant mises dans un même
verre, de quelque façon qu'on les sache remuer,
elles ne s'incorporeront pas pour tout

@

Des Fourneaux Philosophiques. 167

cela; la liqueur de sel de tartre gardant le bas,
l'esprit d'urine dessus, & par dessus tout l'esprit
de vin: & si tu y mets une huile distillée,
elle ira par dessus tout, de manière que tu garderas
quatre sortes de liqueurs dans un verre,
sans qu'elles se mêlent l'une avec l'autre.
Quoi que ceci ne soit pas de grand profit, néanmoins il sert pour apprendre la différence
des esprits.

De l'esprit & huile de la corne de cerf.
P Rends de la corne de cerf, coupe-la en pièces de la grosseur d'un doigt, & en jette dedans une à la fois dans le susdit vaisseau distillatoire,
& lors que les esprits sont assis, jette
en une autre, continuant tant que tu aies assez
d'esprits & d'huile. Que si le vaisseau
s'emplit il faut en retirer les morceaux calcinés
avec des *mollets, puis continuer comme
auparavant tant qu'on en ait assez. Après la
distillation achevée, ôte le récipient & verse
dedans de l'esprit de vin déflegmé qui prendra
à soi le sel volatil, en sorte qu'on pourra tout
verser ensemble dans un entonnoir de papier
à filtrer qu'il faut avoir mouillé auparavant, &
ainsi l'esprit de vin & celui de corne de cerf
avec le sel volatil se filtreront à travers le papier,
& l'huile rouge noire demeurera dans le
papier la dernière, mais il faut prendre garde
de l'ôter bien vite, autrement elle passerait
l iiij
##Note :*mollets: ?.
#

@

168 La seconde Partie.
aussi à la fin, ainsi ce serait à recommencer. Il faut rectifier le sel volatil dans une retorte:
le meilleur esprit & le sel volatil montent
également ensemble avec l'esprit de vin: &
quand on aperçoit que le flegme commence
à venir, il faut ôter le récipient où est l'esprit,
afin que le flegme qui est inutile & puant ne se
mêle point avec, & faut bien conserver cet
esprit, car il est très volatil. On peut rectifier
l'huile dans une retorte de verre avec addition
de sel de tartre, elle devient claire. Si on
la veut avoir plus belle, il la faut rectifier avec
l'esprit de sel: mais celle qui est rectifiée avec
le sel de tartre a plus d'efficace que l'autre, elle
guérit la fièvre quarte, provoque fortement la
sueur, guérit toutes plaies intérieures & les
douleurs, qui proviennent de chute ou batture,
ou de quelqu'autre accident semblable:
en donnant d'icelle depuis 6. 8. 10. jusqu'à 20. gouttes dans du vin, puis mettant au lit &
faisant couvrir le malade pour suer. L'esprit
est très bon pour ouvrir les obstructions de
tout le corps, donné depuis P/. jusqu'à j.
dans quelque menstrue convenable, il provoque
l'urine, & les purgations lunaires retenues
avec très heureux succès, rectifie & nettoie le
sang, & fait suer copieusement, c'est pourquoi
il est très propre en la peste, la vérole, la lèpre,
scorbut, mélancolie, hypocondriaque &
dans les fièvres malignes, qui sont maladies où
la sueur est nécessaire.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 169

Pour faire un remède précieux avec l'esprit de cheveux humains.
O N peut aussi de cette même façon tirer l'esprit & l'huile de toutes les cornes, des poils des animaux & de toutes autres choses
semblables, mais nous n'en parlerons pas
davantage, parce qu'on haït leur usage en médecine,
à cause de leur odeur désagréable, quoi
qu'ils fassent pourtant des effets *émerveillables
dans des maladies importantes & difficiles,
comme en la suffocation de matrice, & en
l'épilepsie. Néanmoins il faut remarquer que
celui qui est fait des cheveux humains, n'est
pas à rejeter dans la métallique, car il dissout
le soufre commun & le réduit en lait, qui
puis après peut être cuit, digéré & mûri en
sang, ce que pas un autre esprit ne peut faire
également à celui-là. Combien qu'on le
puisse figer, ainsi de soi-même en rubis, sans
addition, mais celui qui est fait avec le soufre
est encore meilleur, & lors qu'il est venu si
avant que de lui faire perdre sa mauvaise odeur
par le moyen du feu, & qu'il est devenu fixe,
alors il peut plus que suffisamment payer la
peine & le charbon qu'on a employé pour le
mettre en cet état.
On doit rapporter & mettre ici le procédé de distiller la solution des métaux jetée sur la
râpure de corne de cerf.

##Note :*émerveillables: merveilleux.
#

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170 La seconde Partie.
Huile de succin.
L E succin, ambre, ou carabe donne une huile très efficace & très agréable, principalement le blanc: le jaune n'est pas si bon, &
le noir encore moindre: c'est pourquoi on
s'en sert fort peu intérieurement à cause de son
impureté, il monte aussi en la distillation avec
l'huile & une eau acide, & un sel volatil; pour
l'eau elle a peu de vertu, à ce que j'ai pu connaître.
Mais le sel est un bon diurétique en
la gravelle & pour la goutte, après l'avoir rectifié
avec le sel de tartre il est bon pris intérieurement.
L'huile rectifiée est très salutaire,
& peut être dite une médecine précieuse, principalement
la première qui monte en la rectification,
car elle fait des miracles, si on en donne
depuis 6. 8. 10. jusqu'à 20. gouttes dans les
véhicules propres, en la peste, épilepsie, suffocation
de matrice & contre la migraine, elle
fait aussi merveilles pour ces maladies & autres
incommodités appliquée extérieurement,
savoir la sentant seulement, ou s'en
frottant les narines, ou les autres parties affectées:
Et faut observer que quand elle a été
rectifiée avec l'esprit de sel, elle est beaucoup
plus belle & plus claire que si elle avait été
rectifiée sans addition: mais quand on la rectifie
sur du sel de tartre, elle a plus d'efficace &
de vertu que si on la rectifie avec l'esprit de sel,
quoi qu'elle ne soit pas si belle & si claire.
Que si on rectifie encore une fois celle qui
@

Des Fourneaux Philosophiques. 171

aura été rectifiée sur de l'esprit de sel, avec de
l'eau royale très forte, elle devient si subtile
qu'elle dissout même, Mars, & Venus, &
que ces métaux peuvent par ce moyen être
réduits en de très bons médicaments: notez
aussi qu'en cette seconde rectification toute
l'huile ne monte pas, mais qu'une partie d'icelle
se fixe par la force corrosive de l'eau, &
devient épaisse, pareille à de beau mastic, qui
s'amollit à la chaleur comme la cire, & peut
être maniée avec les doigts: mais au froid elle
est si dure qu'on la peut rompre & mettre
en poudre, cette masse est belle & luisante, &
jaune comme l'or.

Huile de Suie.
O N peut tirer de la suie qui s'attache aux cheminées où l'on ne brûle que du bois, un sel volatil acre, & une huile chaude, le sel
n'est pas dissemblable en vertus & propriétés
à celui qui se tire du succin & de la corne de
cerf, il apaise & éteint la brûlure puissamment,
de quelque nature que la brûlure puisse
être: on se peut servir de l'huile ainsi qu'elle
est sans être rectifiée, extérieurement, en
toute sorte de vilaine galle & dartres, comme
aussi en la mauvaise teigne de la tête, car cette
huile-là guérit radicalement mieux que tout
autre remède. Mais si elle est rectifiée comme
il a été dit de l'huile de succin, de tartre & de
corne de cerf, on s'en peut servir sûrement
dans le corps en toutes les maladies auxquelles

@

172 La seconde Partie.
nous avons dit que les huiles ci-dessus étaient
propres, car elle est non seulement aussi bonne
que les précédentes, mais elle est aussi plus efficace
en quelques accidents.

Comment on pourra faire une bonne huile de suie sans distillation.
I L faut faire bouillir la suie dans de l'eau commune jusqu'à ce que l'eau soit devenue rouge comme sang (l'urine vaut mieux que
l'eau) puis mets cette solution dans un grand
pot de terre, & l'expose durant l'hiver à la plus
forte gelée, si longtemps que le tout soit congelé,
en un seul morceau tout blanc; après
quoi il faut casser le pot & la glace, & tu trouveras
au milieu d'icelle l'huile de suie, belle,
coulante & rouge comme sang, qui ne cède
point en vertu à celle qui est distillée, néanmoins
on la peut aussi rectifier, & l'exalter en
vertu par ce moyen: & faut observer que cette
séparation ne se fait, & ne se peut faire que
pendant une très forte gelée, autrement cela
ne peut arriver de la sorte.

Esprit & huile de miel.
O N peut tirer du miel un esprit subtil & un vinaigre, à savoir en mêlant avec le miel deux fois autant pesant de sable bien
net & rougi au feu, puis les distiller: mais il
est encore meilleur de mêler des fleurs d'antimoine,

@

Des Fourneaux Philosophiques. 173

comme nous avons montré à les faire
en la première Partie, par ce que l'esprit en
est augmenté en vertu, & que les fleurs empêchent
que le miel ne monte, & ne fuie,
étant distillé de cette façon, il en sort un esprit
agréable, & un vinaigre âcre, avec un peu
d'huile rouge, qu'il faut séparer les uns des
autres. Quand l'esprit a été rectifié, il est profitable
à toutes les maladies du poumon, il
nettoie la poitrine & la dégage, fortifie le
coeur, ôte toutes les obstructions du foie &
de la rate, dissout & chasse le calcul, résiste à
la pourriture du sang, préserve de la peste & la
guérit, comme aussi toutes les fièvres, l'hydropisie,
& beaucoup d'autres maladies, s'en servant
tous les jours depuis . j. jusqu'à j. mêlé dans des eaux des plantes propres aux
maladies susdites, il ne manquera pas d'y faire
des merveilles: Le vinaigre âcre, colore les
cheveux & les ongles de couleur jaune doré,
chasse & ôte la démangeaison & la grattelle de
la peau, il guérit aussi les plaies vieilles &
récentes les en lavant, & les étuvant avec.
L'huile rouge est trop forte pour s'en servir
ainsi toute seule, c'est pourquoi il la faut mêler
avec l'esprit qui est monté le premier, &
ainsi s'en servir, elle augmente les vertus de
l'esprit.

@

174 La seconde Partie.
Huile & esprit de sucre.
I L se tire du sucre un esprit & une huile comme il a été dit du miel, à savoir le mêlant seulement avec du sable bien net, ou
bien (ce qui est encore meilleur) avec les fleurs
d'antimoine & en mettant toujours une cuillerée
à la fois dans le vaisseau, selon l'Art, il
en sort un esprit jaune, & un peu d'huile rouge,
qu'il faut digérer au bain ensemble, jusqu'à
ce que l'huile se soit jointe à l'esprit, & qu'il en
soit devenu tout rouge, il n'est pas besoin de le
rectifier, mais peut être donné, comme il est,
dans des menstrues convenables, il est égal en
vertu à celui qui a été tiré du miel, encore est-
il plus agréable que l'autre, il restaure & renouvelle
le sang en l'homme, car il a tiré beaucoup
de vertus des fleurs diaphorétiques de
l'antimoine. On se peut servir très utilement
de cet esprit en toutes les maladies sans aucune
appréhension, il ne peut faire aucun mal,
ni dans les maladies chaudes ni dans les froides:
car il est très ami de la nature, & produit
des effets qu'on ne se serait pas avisé de chercher
en lui, & qui sont presque incroyables.
Ceux qui s'en serviront tous les jours, & quelque
temps durant depuis . j. jusqu'à j. éprouveront si je lui donne ces louanges à
faux ou à juste titre. On peut se servir de ce
qui reste dans le vaisseau, pour mêler avec de
l'autre miel, ou de l'autre sucre, car il est tout
noir, ou bien le garder ainsi, sinon le jeter

@

Des Fourneaux Philosophiques. 175

dans le Fourneau du premier Livre, & le resublimer
en fleurs, ou bien le mettre dans un
creuset au fourneau du quatrième Livre avec
du mars & du tartre, & en tirer le régule, afin
qu'il n'y ait rien de perdu.

Pour tirer un esprit efficace du corail & du sucre, & une teinture rouge comme sang.
Q Uand on distille le corail rouge en poudre avec le sucre mêlés ensemble, il monte avec l'esprit une teinture rouge comme sang
en forme d'une huile pesante, qu'il faut joindre
avec l'esprit par la digestion, elle est aussi
efficace que celle qui a été faite avec addition
de fleurs diaphorétiques d'antimoine. Cette
liqueur guérit l'épilepsie radicalement, tant
aux jeunes qu'aux vieux sans plus revenir, elle
nettoie aussi le sang de toutes impuretés, en
sorte qu'on peut guérir avec, la plus effroyable
des maladies, à savoir la lèpre & toutes ses
dépendances, l'usage en est pareil à celui de
l'esprit de sucre antimonialisé.

De l'esprit du moût.
I L faut premièrement faire évaporer le moût ou le suc des raisins mûrs, jusqu'à consistance d'un sirop épais: puis il faut mêler
ce sirop avec de la poudre de corail, du sable

@

176 La seconde Partie.
bien net, ou pour le mieux avec des fleurs
diaphorétiques d'antimoine, il s'en tire par la
distillation un esprit qui est pareil à celui qui
se tire du sucre ou du miel, étant néanmoins
un peu plus aigre que celui du miel, car on
peut dissoudre quelques métaux avec le sucre,
le miel ou le sirop de raisins les faisant bouillir
ensemble, & les réduire ainsi en plusieurs
bons remèdes, soit en les distillant ou ne les
distillant pas, s'en servant seulement en sirops,
de la même façon que nous l'avons dit du
tartre: car le sucre, miel, ou sirop de raisins,
ne sont rien autre chose qu'un sel doux, qui
peut être changé en tartre acide, par la fermentation,
en y ajoutant quelque chose d'aigre,
& qui sera pareil en tout à celui qui s'assemble
dans les tonneaux. On peut aussi de
même en tirer des cerises, poires, pommes, figues
& autres fruits qui ont un suc doux, comme aussi de toute sorte de grains, comme froment,
blé, avoine, orge, & autres semblables,
de quoi nous traiterons plus amplement en
la troisième Partie.
Car on peut changer en tartre acide tout suc doux des Végétaux par la fermentation, &
il est très faux (comme pensent quelques-uns)
que le vin seul ait en soi un tartre, qui s'amasse
dans nos membres, par l'usage continuel de
la nourriture, & qui s'y coagule en guise de
pierre: car si cela était vrai, il n'y aurait point
de graveleux ni de goutteux, dans les pays
froids où l'on ne boit point de vin, & où il n'y
en croît point; commue l'expérience journalière
lière
@

Des Fourneaux Philosophiques. 177

nous apprend être faux; qu'il faut que je
confesse qu'il n'y a aucun végétable qui donne
plus de tartre que la vigne, & la cause en est
telle, à savoir qu'il faut du temps pour changer
la douceur en aigreur & en tartre, & que
tant plus un vin est doux, & tant moins il donne
de tartre, & plus il est aigre, plus il en donne.
Un Chimiste diligent & savant comprendra
assez de tout ce que dessus, l'origine, la nature
& la façon comment se fait le tartre, &
ainsi pourra en faire chercher & préparer d'autres
mixtes, lors qu'il viendra à manquer de
celui de vin, & les saura & pourra tirer du
miel, & du sucre, ou de la résine, & en pourra
tirer par distillation des esprits pour la solution
des métaux, qui ne sont pas à rejeter, ni en
la Médecine, ni en l'Alchimie.

De l'Huile d'Olives.
O N peut tirer de toutes huiles tirées par expression une huile fort pénétrante & subtile, de laquelle on ne se peut pas servir seulement
extérieurement; mais aussi intérieurement,
soit de l'huile d'olive, de lin, de noix, de
chanvre. Ce qui se fait ainsi. Fais des boulettes
de terre de potier, où il n'y ait point de sable
mêlé, de la grosseur d'un oeuf de pigeon ou
de poule, puis les fais rougir au feu, mais non
pas les cuire si fort qu'elles soient devenues
pierres, & qu'elles ne puissent plus attirer
l'huile, & quand elles sont aucunement éteintes,
& qu'elles sont pourtant encore chaudes
2. part. m
@

178 La seconde Partie.
suffisamment, il les faut jeter dans de l'huile
d'olives (qui est la meilleure de toutes) & les
y laisser si longtemps, que les boules se soient
imbibées de l'huile; & ne faut pas faire comme
les autres ont de coutume, qui les y mettent
toutes rouges, dont l'huile s'enflamme, &
ainsi la partie la plus volatile s'en évapore.
Après quoi il faut retirer ces morceaux dehors,
& en mettre un ou deux à la fois dans le
vaisseau bien rouge, puis laisser aller, & un
peu après en remettre, & ainsi continuer tant
qu'on ait assez d'huile; que si le vaisseau s'emplit,
il ne faut que le vider avec la cuillère
de fer, puis continuer comme devant, & ne
faut pas craindre que le récipient, ni la retorte,
rompent en distillant de cette façon, ou que
l'huile s'enflamme, ou se brûle, ou que quelque
antre danger arrive, il n'y a rien de semblable
à appréhender. Après la distillation, il faut
ôter le récipient, puis verser l'huile distillée
dans une retorte de verre, & la rectifier sur de
l'alun brûlé, ou sur du vitriol calciné, & l'alun
ou vitriol calcinés, retiendront à eux la
noirceur & la puanteur de l'huile distillée, &
l'huile monte belle & claire; que si on la veut
avoir encore plus belle, il la faut rectifier jusqu'à
une & deux fois, & toujours conserver
la première pour l'intérieur: parce que l'autre
est aucunement jaune, selon qu'on désire qu'elle
soit pénétrante. La seconde, ne peut servir
qu'extérieurement pour tirer la teinture de
quelques végétaux, comme herbes, fleurs, &
semences vulnéraires, pour en faire des baumes

@

Des Fourneaux Philosophiques. 179

précieux, pour les plaies froides & baveuses:
on peut aussi dissoudre avec cette huile
le succin, le mastic, l'encens, & autres semblables
matières attractives & maturatives, &
en former un emplâtre avec la cire & la colophane,
qui est un emplâtre très bon, contre
les plaies envenimées, pour en tirer le poison
dehors, & les rendre capables de guérison
en peu de temps: Si on dissout du soufre
commun en poudre dans cette huile, il s'en
fait un baume rouge comme le sang, qui chasse
bientôt toute sorte de galle, & autres semblables
impuretés du cuir, principalement si
on y ajoute un peu de ver de gris bien épuré,
& pour les affections chaudes, un peu de sucre
de Saturne qui se mêle facilement avec, par
l'agitation dans le mortier, & qui s'y dissout
aussi à une chaleur lente, & n'est pas besoin
que cela se fasse en des vaisseaux de verre, parce
que ceux de terre vernissés suffiront.

L'usage de l'huile bénite.
L A première huile qui est montée par la rectification, est d'une nature & propriété très pénétrante; car donnant d'icelle quelques
gouttes dans de l'esprit de vin, elle apaise aussitôt
la colique venteuse, comme aussi le
soulèvement de matrice, si on en met quelques
gouttes sur le nombril. C'est un bon remède,
pour les fluxions froides tombées sur les parties
nerveuses, qui les avaient engourdies &
estropiées, il ne faut que prendre de cette huile,
m ij
@

180 La seconde Partie.
& en abreuver la partie malade, la frottant
d'icelle avec la main chaude, elle ne manquera
pas de les remettre en bon état, & c'est
la raison pour laquelle cette huile mérite justement
le nom d'huile sainte, qui lui a toujours
été donné. Que si on extrait & dissous
avec cette huile les lamines de Mars, ou de
Venus, elle se charge de couleur verte, ou rouge,
selon le métal, & lors elle est miraculeuse,
pour consumer l'humidité superflue des plaies,
tant pour échauffer & guérir les ulcères froides,
que pour rafraîchir les chauds: car elle
guérit non seulement les mauvaises teignes de
la tête, & leurs dépendances, mais elle consume
& dissipe aussi toutes excroissances, & autres
vices de la peau, & résout toute l'humidité
de quelque ulcère que ce soit. On peut aussi
dissoudre l'euphorbe, & autres gommes chaudes
dans cette huile, & se servir de ces solutions
contre toutes les affections froides, de
quelque espèce qu'elles puissent être; & ne
faut pas craindre aucune maladie froide en une
partie qui en aura été frustrée, quelque mauvaise
qu'elle puisse être. On peut aussi redistiller
encore par la retorte les baumes & teintures
qu'on aura tirées avec cette huile, & ainsi
elles seront beaucoup meilleures en plusieurs
accidents, que celles qui n'auront pas été distillées.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 181

De l'Huile de Cire.
O N peut aussi faire l'huile de cire de la même façon, elle est de même propriété que la précédente, & principalement pour
les maux invétérés des jointures & tendons,
où elle a quelque faculté plus particulière que
l'autre.

Esprit contre le calcul.
O N tire des *anes, qui sont les grains contenus dans le raisin, un esprit acide, qui est un spécifique assuré contre la pierre des reins
& de la vessie, comme aussi en toutes les douleurs
de la goutte. En s'en servant non seulement
intérieurement tous les jours, mais aussi
en trompant des linges dedans, & les appliquant
sur la partie douloureuse, il ne manque
pas d'apaiser & d'ôter de la douleur.

De l'esprit, ou huile acide du soufre.
J Usques ici on a cherché le moyen de faire passer le soufre en un esprit acide, mais peut l'ont trouvé; car la plupart des Artistes
l'ont toujours fait avec des cloches de verre,
& n'en ont guères tiré par ce moyen, d'autant
que les cloches s'échauffent trop tôt, & ainsi
ne peuvent retenir l'huile qui s'évapore en
forme de fumée: autres ont tenté de la faire
par distillation, & d'autres par dissolution, mais


##Note :*anes: voir le texte.
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182 La seconde Partie.
ils n'ont bien réussi ni les uns ni les autres, ce
qui fait qu'il ne s'en trouve point, ou fort peu
de vraie; car celle qui se trouve communément
chez les droguistes, & dans les boutiques
des Apothicaires, n'est que l'huile de vitriol,
qui néanmoins n'est pas comparable à l'autre
en vertu & efficace: car son acidité n'est pas
seulement plus agréable, mais elle est aussi
beaucoup plus puissante en son essence; or à
cause que son usage est fort ordinaire, tant en
Médecine qu'en Alchimie, soit pour rendre le
breuvage des malades plus agréable par son
acidité, & ainsi étancher l'ardeur de leur soif,
fortifier l'estomac, & rafraîchir le poumon &
le foie, & soit aussi pour l'appliquer extérieurement
pour ôter l'inflammation des brûlures,
& les guérir; & de plus aussi qu'elle sert
à réduire les métaux en leurs vitriols, & les
cristalliser, & que ces vitriols sont très utiles,
tant en Médecine qu'en Alchimie. C'est cette
raison qui m'a obligé d'en mettre ici la préparation,
quoi qu'elle ne se fasse pas dans le
fourneau à distiller, qui est décrit en cette seconde
Partie, mais seulement en brûlant & allumant
le soufre, comme s'ensuit. Il faut faire
un petit fourneau avec une grille, au dessus
de laquelle il faut emmurer un fort creuset,
qu'il faut appuyer sur deux barres de fer, &
faut que le creuset soit accommodé en sorte
que la flamme & la fumée du feu ne communique
pas à côté d'icelui avec celle du soufre,
mais il faut que le feu prenne air par le côté du
fourneau, par quelque canal approprié à cela,

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Des Fourneaux Philosophiques. 183

& faut emplir le creuset de soufre, & le faire
brûler avec un feu de charbon sans flamme, &
le tenir toujours en cet état, & faut mettre au
dessus du creuset un vaisseau de bonne terre
de Beauvais, fait en forme d'un *réfrigère qu'il
faut emplir d'eau froide par dessus la tête du
vaisseau & l'entretenir toujours froide, & faut
que la flamme du soufre donne toujours
dans la tête du vaisseau: car pendant qu'il brûle,
sa graisse se consume, & ainsi son sel acide
est libéré & délié du corps du soufre, & se
sublime dans le vaisseau froid, où il se résout en
une huile très acide, puis coule par le canal
dans le récipient; quand le soufre est consumé
il y en faut remettre de l'autre, & faire
que le soufre brûle continuellement dans le
creuset, & que la flamme frappe toujours dans
le chapiteau contenu dans l'eau froide, & ainsi
on aura en peu de jours beaucoup plus d'huile
de soufre qu'on n'en peut faire de l'autre façon
en plusieurs semaines. On peut aussi faire
une huile acide par distillation en sublimant les
fleurs, savoir en jetant un morceau de soufre
de la grosseur d'un oeuf de poule, l'un
après l'autre dans le vaisseau rougi du feu, il
monte avec les fleurs dans le récipient une huile
aigre, qu'il faut séparer des fleurs avec de
l'eau de pluie distillée, puis en retirer l'eau au
sable dans une cucurbite, au fonds de laquelle
demeurera l'huile acide, qui a les mêmes vertus
que l'autre, mais on n'en aura pas tant à
beaucoup près, que de l'autre façon: que si on
ne cherche pas l'huile, il ne faut que la laisser

##Note :*réfrigère: instrument rempli ou parcouru par de l'eau froide,
destiné à provoquer la condensation.
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184 La seconde Partie.
avec les fleurs, qui en seront plus efficaces &
plus agréables, à cause de cette petite acidité
qui est en elles.

Fin de la seconde Partie.
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A M I L E C T E U R.
J 'Aurais pu mettre encore beaucoup d'autres préparations en cette seconde Partie, mais je crois avoir assez mis de procédés
pour faire que ceux qui y travailleront en
puissent chercher sur le Patron de ceux que
j'y ai mis; c'est pourquoi je conclus cette seconde
Partie. On trouvera dans les suivantes
ce qui peut appartenir à celle-ci, comme
aussi les autres choses qui auront été ou oubliées,
ou laissées exprès.

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L A T R O I S I E S M E P A R T I E
D E S N O V V E A V X F O V R N E A V X PHILOSOPHIQUES.
DANS LAQVELLE EST DESCRITE LA nature du troisiesme Fourneau.
Par le moyen duquel sans alambic, chauderons, ny
autres instrumens de cuiure, fer, plomb, & estain, on peut tirer des vegetaux, diuers esprits, extraits, huiles, sels, &c. Par le moyen d'vn certain petit instrument de cuiure, & vaisseaux de bois propres pour l'vsage de la Chymie & Medecine.
Composée par I E A N R O D O L P H E G L A V B E R
Et mise en François Par LE SIEVR DV TEIL. *o%o* Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie,
aux Armes de Hollande. ----------------------------------------------
M. D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
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L A T R O I S I E M E P A R T I E.
Des nouveaux fourneaux Philosophiques. ----------------------------------------------

La manière de faire l'instrument de fer ou de cuivre, & celle du Fourneau.
pict L faut faire l'instrument avec de
la platine de fer ou de cuivre qui soit bien forte en la forme suivante. Il faut premièrement faire deux demi-globes de platine de fer ou de cuivre rouge, ou de laiton, environ
de la grosseur de la tête d'un homme, il
faut souder ces deux demies-boules ensemble
avec de la très bonne soudure, & non pas
avec du plomb ou de l'étain; & faut qu'une
des moitiés ait un canal, fait comme les robins
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2 La troisième Partie.
que l'on met aux tonneaux, à savoir plus
large du côté de la boule qu'à l'autre bout, &
que ce canal ait pour le moins un empan de
long, & faut que ce canal soit proportionné à
la grosseur du globe, savoir plus large ou plus
étroit selon que la boule sera plus ou moins
grosse, & faut que ce canal soit aussi très bien
soudé au globe, & qu'il soit exactement rond,
afin qu'il emplisse également le trou rond
qu'on fera au vaisseau de bois, dans lequel il
faut qu'il entre; il faut que l'entrée de ce canal
ait deux travers de doigt de diamètre, & qu'il
soit bien exactement accommodé, afin qu'il
ne puisse ruisseler ni sortir aucune humidité.
Il faut ensuite faire faire un petit Fourneau
de platine de fer ou de cuivre, qu'il faut garnir
de briques en dedans, ou de très bonne terre,
afin de pouvoir mettre la boule dedans comme
on a accoutumé d'y mettre une retorte, à
savoir environ un empan au-dessus de la grille
du Fourneau, & faut qu'il y ait deux barres de fer
au Fourneau pour soutenir cet instrument, &
que le canal sorte pour le moins un empan de
longueur hors du Fourneau, & que le Fourneau
ait un cendrier, avec sa porte, & un couvercle
par-dessus avec un registre en haut pour
gouverner le feu; il faut aussi que ce Fourneau
ait trois pieds par dessous & deux *manuelles
aux côtés pour le porter où l'on voudra: Ce
qui est très nécessaire par ce que ce fourneau
ne sert pas seulement à la distillation des
esprits ardents par le moyen des Vaisseaux de
bois, au lieu de vaisseaux de cuivre: mais peut

##Note :*manuelles: poignées.
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