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48 La troisième Partie.
Un extrait cordial.
P Rends fleurs de roses rouges . iiij. du muguet . ij. fleurs de bourrache, romarin, & de sauge, de chacun . j. de la cannelle choisie,
du bois d'aloès, de chacun . ii. girofles, fleurs
de muscade, noix muscade, galanga, cardamome
en gousses de chacun . i. râpure d'ivoire,
& de corne de cerf de chacun . i. safran i. noix vomique i. corne de cerf une drachme & demie. Il faut pulvériser toutes ces choses,
puis en tirer la teinture avec l'esprit de vin,
lequel il faut retirer après la filtration, & réduire
le tout en consistance d'extrait selon l'art &
la façon des extraits précédents; il faut garder
cet extrait pour le besoin. On s'en peut servir
utilement dans toutes les défaillances, & faiblesses
du corps, pourvu qu'il n'y ait point
de chaleur, la dose est depuis 3. grains jusqu'à
6. 9. même jusqu'à . i. dans des liqueurs appropriées.
Etant donné souvent, il restaure &
rétablit les esprits, fortifie le coeur, le cerveau,
& les autres membres du corps. Il faut néanmoins
que je confesse que si on y avait mêlé
& joint les essences métalliques, & principalement
celle de l'or, on y apercevrait beaucoup
plus de vertu, comme on le trouvera ci-dessus,
quand j'ai parlé de l'huile douce de l'or,
dans la première Partie.
Un
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Des Fourneaux Philosophiques. 49

Un extrait odoriférant.
I L n'est pas nécessaire de beaucoup écrire pour apprendre de tirer des végétaux un extrait odorant & agréable; parce que nous avons
enseigné ci-dessus le moyen de tirer & distiller
les huiles des herbes, fleurs, & semences odoriférantes,
qui est la vraie essence du végétable,
& que l'odeur des dites huiles distillées fortifie
le coeur & le cerveau; on peut aussi porter
facilement & proprement ces huiles sur
soi quand elles ont été réduites en baumes.
C'est pourquoi je pense qu'il ne se peut faire
d'extraits de plantes, qui sentent meilleur que
les huiles; si ce n'est qu'on mêlât & joignît
la teinture tirée des plantes & des aromates par
l'esprit de vin, avec les solutions métalliques
par une longue digestion, lors il se séparera de
l'extrait une huile qui sentira très bon, qui ne
cède nullement à celle qui a été tirée par distillation,
au contraire, on la trouvera plus efficace
& plus agréable, parce que la vertu spirituelle
du métal s'est communiquée à cette
huile, soit des plantes odorantes, ou des aromates,
principalement si c'était une solution
d'or ou d'argent qu'on aura digérée. On peut
encore outre cela exalter l'odeur & la vertu
des huiles par le moyen de l'esprit d'urine ou
de sel armoniac, & non seulement les huiles
qui avaient déjà de l'odeur, mais celles aussi
qui n'en avaient que peu ou point du tout;
pourvu qu'on les digère avec l'un des dits esprits,
3. Part. d
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50 La troisième Partie.
elles acquièrent une odeur très agréable,
& de plus, on peut réduire les soufres
métalliques & minéraux, en des essences bien
agréables, si on les digère longtemps dans ces
esprits, qui ouvrent & font apercevoir l'odeur
qui était cachée dans leur intérieur: on
exalte les soufres en odeur & couleur par
les esprits urineux, & par les esprits acides on
les purifie; mais on leur change aussi leur couleur
& odeur. Le musc & la civette acquièrent
leur forte & agréable senteur par le plus subtil
esprit de l'urine des chats, lequel digère une liqueur
grasse toute particulière, dont résulte
cette matière qui sent si bon.
Ceci soit dit des extraits. Je me serais bien passé de les mettre ici, parce qu'il y a des Livres
innombrables en toutes langues, remplis
de ces descriptions: mais je ne l'ai fait qu'afin
qu'on trouvât aussi quelques remèdes dans
cette troisième Partie, comme on y trouve
l'ouverture des façons de distiller inconnues
jusques ici.

Des Bains.
N Ous avons parlé au commencement de ce traité d'une cuve dans laquelle on se puisse baigner, ou tout le corps avec la tête,
ou ayant aussi la tête dehors, dans l'eau commune,
ou dans des eaux médicinales & minérales:
nous avons aussi parlé d'un autre bain
sans eau, savoir par la vapeur de l'eau douce,
ou de l'eau médicinale. Quiconque aura besoin

@

Des Fourneaux Philosophiques. 51

de ces bains les pourra faire préparer en sa
maison, & par ce moyen guérir de beaucoup
de maladies, aussi bien, ou mieux que par les
bains des fontaines minérales qui font chaudes
naturellement. Si bien qu'au lieu de conduire
les malades si loin, avec grande incommodité
& grands frais, ils se peuvent faire accommoder
& traiter chez eux par leurs parents
& amis, sans s'éloigner de leurs femmes,
ni de leurs enfants: car il y en a plusieurs qui
ont besoin de ces bains, & qui les négligent, à
cause, ou de leurs occupations & charges, ou
des grands frais, ou parce qu'il faut qu'ils quittent
& abandonnent leurs affaires & leurs familles.
Or parce qu'il est vrai qu'on guérit par
le moyen des bains minéraux plusieurs maladies
dangereuses & importantes qui avaient
été auparavant abandonnées des Médecins,
& que cela arrive souvent avec heureux succès.
J'ai voulu pour le bien & soulagement de
mon prochain, enseigner comment on fera les
eaux médicinales & minérales, & comment
on se pourra servir de l'instrument pour graduer
la chaleur des bains; étant certain que
beaucoup en seront soulagés. Je veux donc
enseigner ingénument & le plus brièvement
que je pourrai, le moyen de faire & de se servir
des eaux minérales, aussi celui de l'eau
commune, comment il les faut apprêter, &
préparer pour s'en servir dans ces cuves &
buffets propres à se baigner, ou dans l'eau, ou
à la vapeur, & premièrement,
d ij
@

52 La troisième Partie.
Du Bain fait avec l'eau commune.
P Our ce qui concerne les bains communs, on les peut très facilement pratiquer, parce que cela ne requière pas grand art; car il ne
faut qu'emplir la cuve à baigner autant qu'on
voudra, ou qu'il sera nécessaire, à l'eau de rivière,
ou de pluie, puis mettre le feu sous la boule,
qui échauffera l'eau, autant qu'on le voudra,
ou qu'on le pourra endurer; il y faut ensuite
faire entrer le malade, puis couvrir le
bain de son couvercle propre, & ajusté, afin
que la vapeur chaude ne sorte pas, & qu'aussi
le corps ne soit frappé de l'air froid, il faut envelopper
la gorge du malade d'un linge chaud,
afin de mieux retenir la vapeur, il faut que le
malade y demeure 1. 2. ou 3. heures, selon que
la maladie le requerra, ou que les forces du
malade le pourront permettre; & pendant ce
temps il faut entretenir la chaleur égale du
bain, par le moyen de la boule. Que si le patient
avait soif pendant le bain, on lui pourra
donner un trait de boisson distillée, propre &
spécifique pour son mal; je ne parlerai point
ici de ces eaux parce que je réserve cela pour
un traité particulier que je ferai des bains, me
contentant ici de donner le moyen de se servir
de l'instrument de cuivre, pour échauffer
convenablement les bains, & les tenir en chaleur
proportionnée & nécessaire. Je ne laisserai
pas néanmoins de dite quelque chose en
passant des différents effets de quelques bains,

@

Des Fourneaux Philosophiques. 53

quoi que je n'en traite pas au fond, ni parfaitement
dans ce petit traité.

De la nature & des propriétés des bains chauds.
I L est nécessaire de savoir que la plupart des eaux médicales qui se trouvent en Allemagne, ou autres pays, soit chaudes, ou froides,
charrient avec elles une acidité spirituelle
sulfurée, que les unes sont plus acides, plus
spirituelles & plus sulfurées que les autres:
Et que c'est proprement dans cette acidité spirituelle
sulfurée que réside la vertu & les
propriétés de ces eaux; car si on leur ôte leur
odeur & leur goût par l'évaporation de ces
esprits subtils, elles sont aussi tôt dépouillées
de leurs vertus. Il y a pourtant aussi d'autres
eaux qui ne possèdent pas seulement un soufre
spirituel, mais aussi corporel, & qui sont
mêlées d'alun & de vitriol, empreintes de
quelque minéral, ou de quelque métal, dont
la vertu ne dépend pas seulement de l'esprit,
mais aussi du corps. Cette impression ne provient
que de ce que l'eau commune passe au
travers des conduits & des canaux, des mines
de ces minéraux, & de ces métaux. Il se trouve
aussi des bains pour la santé, qui ne tirent
point leur vertu, ni d'un soufre spirituel, ni
corporel, ni d'aucun métal, ni de sel corporel,
mais ils la tirent d'un sel spirituel mêlé d'une
terrestréité subtile, & fixe. Ces eaux ne passent
d iij
@

54 La troisième Partie.
pas comme les autres par les canaux des
mines, mais elles passent à travers les montagnes
où il y a des pierres calcinées par le feu
central, desquelles elles tirent leur acidité
subtile, & leur chaleur avec cette terrestréité insipide.
Tous ceux qui connaissent la volatilité,
& la fixité des sels, des minéraux & des métaux,
ne dénieront jamais la vérité de ce que
j'ai dit, & que je pourrais soutenir & appuyer
de plusieurs raisons palpables & évidentes,
que je laisse pour le traité que j'en ai promis,
puis que ce n'est pas le temps ni la commodité
d'en traiter ici. Je me contenterai de
montrer comment on pourra faire des bains
artificiels avec les sels, les minéraux, & les
métaux connus, qui seront non seulement égaux
en vertu aux naturels, mais qui les surpasseront
en efficace pour la guérison de plusieurs
maladies, & pour le recouvrement de
la santé parfaite. Quoi que j'eusse remis à traiter
de l'origine & de la source des bains chauds
dans le Livre que j'en ai promis, je ne laisserai
pourtant d'en dire quelque chose de fondamental,
que j'ai tiré de l'étude de la Nature
& de l'expérience, & principalement à cause
de la diversité des opinions de tant de personnes
doctes qui ont écrit sur ce sujet.
Il faut remarquer que l'acidité volatile ou corporelle, aussi bien que la chaleur, & la vertu
des eaux minérales, ne procèdent pas d'une
même source, autrement elles seraient toutes
douées d'une même vertu, ce qui n'est pas,
puis que l'expérience journalière nous l'enseigne

@

Des Fourneaux Philosophiques. 55

tout autrement. Car on sait assez, qu'il y
a des bains qui seront propres à beaucoup de
maladies & qu'au contraire, ils nuiront à d'autres,
ce qui est causé par la différente vertu &
propriété de l'eau, selon qu'elle est engrossée
des vertus des minéraux. Et pour en parler succinctement,
les eaux douces tirent leur chaleur,
leur vertu & leur propriété dans les montagnes,
qui sont farcies de minéraux & de métaux,
dont il s'en trouve de plusieurs sortes
dans la terre, qui ont en eux un esprit de sel
très âcre, comme sont les diverses espèces de
marcassites, & de cailloux sulfureux, qui tiennent
la plupart du fer & du cuivre, & quelquefois
aussi de l'or, & de l'argent, ou d'autres
métaux. Et même toutes ces autres sortes
de mines vitrioliques ou alumineuses, que les
anciens mineurs ont appelées mysii rarij,
chalciris, *melanteria, pyrites, dont les unes se
trouvent par veines & canaux, comme les métaux:
les autres se trouvent parmi la terre grasse
& argile en morceaux ronds, plus gros, ou
plus petits. Et quand l'eau douce prend son
cours à travers une mine de cette sorte, qui
tient du soufre & du sel, & qu'elle l'humecte;
alors l'esprit de sel ayant un véhicule, &
une aide pour agir dessus la mine & la dissoudre;
l'eau s'échauffe, par cette dissolution, de
même que si elle était dessus de la chaux non
éteinte, ou de même que si on jetait de l'esprit
de sel ou de vitriol dessus du fer, ou sur un
autre métal, & ainsi cette eau dissout & ronge
tous les jours quelque chose de la mine, & la
d iiij
##Note :*melanteria: Mélanthérite: schiste noir dont on se set pour dessiner?
#

@

56 La troisième Partie.
produit au jour; & l'eau est empreinte de la nature
& des propriétés de la mine, selon qu'elle
était contenue en icelle, & c'est de là que provient
la diversité des vertus des bains & des
eaux minérales, à cause de la diversité des mines,
par le moyen desquelles l'eau s'échauffe.
Quiconque ne voudra pas croire cela, qu'il
prenne un morceau de ces sortes de mines, &
qu'il l'enveloppe dans un linge un peu mouillé,
& il trouvera que cette pierre s'échauffera de
telle façon, comme si elle avait été mise au
feu, & que même à peine la pourra-t-il souffrir
en sa main, jusque-là que l'eau pourrait
bouillir dessus, & continuant ainsi, la pierre
se consumera par l'eau, & se résoudra ni plus
ni moins que fait la chaux vive commune.
J'ai voulu mettre ici brièvement ma pensée, touchant la chaleur des bains naturels:
m'étant proposé d'en traiter plus clairement
& plus amplement, si Dieu le permet. Encore
qu'il n'importe pas au malade d'où les eaux tirent
leur vertu & leur origine, il suffit qu'il sache
comment il faut qu'il s'en serve pour sa
guérison. Quant au reste, c'est à faire aux Philosophes
& aux Naturalistes d'en disputer:
Toutefois il n'y a personne qui en puisse mieux
traiter, ni plus fondamentalement que le Chimiste
bien expérimenté, lequel par une longue
suite de travail a connu suffisamment la nature
des mines, des métaux & des sels. Et premièrement,

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Des Fourneaux Philosophiques. 57

Des Bains & des eaux sulfurées qui sont mêlées d'une acidité subtile.
J 'Ai enseigné ci-devant dans le second Traité des Fourneaux Philosophiques, la façon de distiller les esprits sulfurés, volatils, subtils
& pénétrant du sel commun, du vitriol, de
l'alun, du nitre, du soufre, & de l'antimoine,
comme aussi de toute autre sorte de sels,
de minéraux & de métaux, & ce en plusieurs
manières, avec la description de leurs vertus,
pour les prendre intérieurement. Maintenant
je veux donner le moyen de se servir de ces esprits
en l'usage des bains artificiels. On sait
assez que la vertu de quelques bains ne provient
pas de l'eau commune sans goût & sans
vertu; mais de la volatilité des sels subtils, &
de l'esprit de soufre, & que néanmoins on
ne peut pas se servir de ces esprits minéraux
qui sont d'une nature chaude & pénétrante
pour la santé des hommes, sans les mêler avec
l'eau commune, parce qu'autrement ils seraient
plus nuisibles que profitables. Pour cette cause
Dieu a révélé aux hommes, quoi qu'indignes
& ingrats, par sa providence & par son
amour, par la nature, le moyen de s'en servir &
leur utilité, afin qu'ils le puissent supporter, &
par leur aide chasser les diverses infirmités &
faiblesses auxquelles ils sont naturellement assujettis:
cette sage nature fait cela, comme la
servante du Très-Haut, auquel elle obéit absolument,

@

58 La troisième Partie.
& duquel elle accomplit incessamment
la volonté, comme nous le voyons tous
les jours par les enseignements qu'elle nous
donne, par diverses distillations, transmutations,
& générations. C'est de ce maître qu'il
faut apprendre tous les arts & toutes les sciences,
si nous en voulons avoir une démonstration
fondamentale & infaillible, puis que la
Nature est comme un Livre écrit du doigt de
Dieu, & qui est rempli de beaucoup de différentes
& d'inépuisables merveilles. Cette manière
d'apprendre est bien plus sûre & plus
réelle, que celle de ces Philosophes ergotistes,
superbes & vains, qui n'ont qu'un babil inutile
& importun. Penses-tu qu'on puisse acheter
la vraie Philosophie pour des écus? comment
est-ce qu'un homme de cette nature pourrait discourir
des choses cachées en terre, & qui sont
invisible, lui qui ne connaît pas même celles
que le Soleil lui découvre, qui de plus ne
le veut pas connaître, & qui aurait honte d'apprendre
comment il les faut connaître? tout
irait bien, si la science était semblable à son
nom. Comment est-ce que celui qui ne connaît
pas le feu, pourra savoir ce qui s'ouvre
avec le feu, & ce qui se fait avec le feu? Le feu
nous découvre beaucoup de choses, par le
moyen desquelles nous sommes conduits à la
connaissance des choses plus cachées, comme
par un miroir. La vertu du feu nous montre
évidemment, comme toutes les eaux, les sels,
les minéraux, les métaux, & beaucoup d'autres
choses innombrables sont engendrées dans

@

Des Fourneaux Philosophiques. 59

les entrailles de la Terre par la réflection du
feu central & astral. Toute la Nature demeure
obscure & voilée, sans la connaissance du feu.
Car le feu, dont tous les vrais Philosophes
ont fait grand cas, est la clef de tous les plus
importants secrets; enfin, en un mot, qui ne
connaît pas le feu, ne connaît pas la Nature,
ni ses fruits, mais qui ne sait que ce qu'il a
lu, ou ce qu'il a ouï-dire, quoi que le commun
proverbe dise, que l'ouïr dire est grandement
sujet au mensonge: car qui ne sait autre chose
est obligé de croire un chacun, soit qu'il dise
vrai, ou faux, parce qu'il n'en reconnaît point
la différence. Que sais-tu, toi qui crois de léger,
si ton maître a écrit sa doctrine, ou conduit
de l'expérience, ou pour l'avoir trouvé
ainsi écrite ailleurs? ou que sais-tu si ses écrits
n'ont pas été tronqués, changés, & sophistiqués
par les mains de ceux qui les ont
lus & maniés? voire comprends-tu bien le
sens de ce qu'il a voulu dire? il vaut donc beaucoup
mieux savoir, que douter & penser. Il y
en a beaucoup de dévoyés par l'opinion, &
beaucoup de trompés, pour croire, & ne savoir
pas connaître ce qu'ils croient.
Il y en a beaucoup qui voudraient savoir, & pouvoir faire les belles choses, s'il ne coûtait
rien, & s'ils n'appréhendaient pas la noirceur
du charbon, & la rouille des pincettes &
des mollets, ces Messieurs aiment mieux manier
le cistre ou la mandore, que de se noircir
les mains, & se rendre savants par le travail.
Ces gens peuvent être comparés à ce jeune

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60 La troisième Partie.
homme dont il est fait mention en l'Evangile
selon S. Mathieu au chap. 19. qui eût volontiers
appris la vérité de JESUS CHRIST: mais
il n'eût pas voulu le suivre en pauvreté & misère,
il aima mieux se donner au bon temps &
demeurer en ténèbres. Les superbes paons, &
les perroquets remplis de babil, ne jettent que
des cris ennuyeux & désagréables: & au contraire,
un petit oiseau vil & méprisable réjouit
les assistants de la mélodie & de la douceur
de sa voix. Certes la perversité du monde
est à plaindre, puis qu'on s'attache plus opiniâtrement
à la vanité & à la superbe, qu'à la
vertu & aux arts, quoi qu'il n'y ait rien de
plus utile ni de plus honnête, après la parole
de Dieu qui nous révèle sa volonté pour nous
obliger à la charité envers notre prochain.
J'ai mis tout ceci en faveur de la jeunesse, afin qu'ils ne consument pas inutilement le
temps en choses vaines & superflues, mais
qu'ils l'emploient utilement à chercher avec
le feu & dans le feu, sans lequel on ne peut
avoir une vraie connaissance des choses naturelles,
il ne faut pas avoir honte d'apprendre
ni s'ennuyer; il ne faut pas aussi douter qu'il
ne soit difficile en la jeunesse: mais lors qu'on
est parvenu en un âge mûr, & que l'entendement
s'est fortifié par les expériences, on ne
manquera jamais de percevoir les fruits de
ses travaux.

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Des Fourneaux Philosophiques. 61

Suit la préparation ou le mélange des esprits salins & subtils des minéraux & des métaux avec l'eau douce commune.
P Our ce qui concerne le poids & la quantité qu'il faut mêler de ces esprits sulfureux & subtils parmi l'eau commune, pour
leur communiquer la même vertu des bains
minéraux & naturels, cela se doit entendre de
cette façon: Il faut avoir égard à la bonté &
subtilité des esprits, qui sont différents en ces
deux qualités, comme nous l'avons enseigné
dans notre seconde Partie, & selon cette bonté,
& les forces du patient & la nature de la
maladie y en mettre plus ou moins. Mais
pour le donner à entendre plus clairement, on
pourra mettre deux livres d'esprit dans une
cuve pleine d'eau, & y faire entrer le malade,
& diminuer ou augmenter cette quantité, selon
que le malade l'aura pu supporter: ce
que j'enseignerai plus nettement & plus amplement
dans le traité que je ferai des bains.
Mais il y a ceci de notable, & qu'il faut observer,
qu'il faut commencer par peu, puis aller
toujours en augmentant, afin que le malade
s'y puisse accoutumer peu à peu, autrement
cela l'affaiblirait trop, il faut donc agir en cela
avec jugement & circonspection. Le Lecteur
curieux se contentera de ceci, lui recommandant

@

62 La troisième Partie.
mon traité des Bains, dans lequel
il trouvera tout ce qui sera nécessaire
pour bien & utilement se servir du bain: n'ayant
voulu mettre ici que l'usage de l'instrument
de cuivre pour échauffer les bains, afin
que les malades s'en contentent, en attendant
que le reste suive pour sa plus grande instruction.
Maintenant s'ensuit l'usage.

Des Bains sulfureux, chers & précieux.
I L faut appliquer la boule de cuivre à la cuve à baigner, & mettre le petit fourneau dessous, puis mettre dedans la cuve la quantité
d'eau requise, qu'il faudra échauffer avec
la boule jusqu'à la chaleur nécessaire pour y
pouvoir demeurer, alors que cela est ainsi, que
le malade y entre, puis y verse la quantité proportionnée
de l'esprit sulfureux, ferme ensuite
exactement les ouvertures & les jointures
du couvercle de bain & le trou par où passe
la tête, afin que ces esprits volatils ne se
perdent, & ne s'envolent, après quoi il ne
faut plus qu'entretenir la chaleur égale durant
le temps que le malade sera dedans. Il faut
changer l'eau à toutes les fois, & y ajouter
du nouvel esprit. Voilà le véritable usage du
bain échauffé par le moyen de la boule de cuivre,
soit que ces bains soient faits d'eau simple,
ou de quelque décoction d'herbes, ou
qu'ils soient naturels ou artificiels par le

@

Des Fourneaux Philosophiques. 63

moyen des esprits sulfureux. L'expérience
journalière fait voir que plusieurs maladies
déplorables & invétérées ont été guéries par
ce moyen avec grand heur & avec grande facilité.
Ceci soit assez dit touchant l'usage de
la boule de cuivre pour échauffer les bains
aqueux, s'ensuit.

Comment il se faudra servir de ce Globe de cuivre pour les bains secs, qui valent beaucoup mieux que les humides en plusieurs maladies.
J 'Aurais pu remettre cette matière jusqu'à ce que je traitasse cela plus au long dans le Livre des bains que j'ai promis ci devant:
mais craignant que quelque empêchement
inopiné me prive de cette étude, j'ai trouvé
à propos de dire ici quelque chose des bains
secs qui servent à plusieurs maladies, afin que
je fasse voir comment on se pourra servir non
seulement des esprits subtils, sulfureux &
secs: mais aussi des esprits médicinaux & pénétrants,
tant des animaux que des végétaux,
parce que ces derniers sont plus propres &
plus convenables pour la guérison de plusieurs
différentes maladies que les autres. Or si on
veut faire suer quelqu'un avec ces esprits subtils,
il faudra avoir un buffet fait exprès pour
cet effet, proportionné en sorte que le malade
puisse être assis dedans, il faut aussi qu'il y

@

64 La troisième Partie.
ait un marche-pied & des accoudoirs, qu'il
ait un trou en haut pour passer la tête qui
referme avec des planches coulisses, & que
par en bas il y ait de chaque côté une petite
porte, pour y pouvoir mettre une lampe avec
de l'esprit de vin, ou un réchaud de terre, avec
du feu allumé, pour échauffer le buffet, & entretenir
la chaleur du malade, il faut que la
grande porte par où on entre, joigne bien juste,
& que la planche sur laquelle on s'assoit,
se puisse hausser & baisser, pour s'accommoder
à la nature des malades: le tout étant en
cet état, & le malade dedans, il faut boucher
bien exactement toutes les jointures, puis approcher
le petit instrument de cuivre, avec son
fourneau dessous, & ayant mis dedans la quantité
requise de l'esprit que tu veux employer,
le faut ajuster à son trou, & l'échauffer doucement,
pour le faire évaporer dans le buffet,
& qu'ainsi étant porté en vapeur subtile
pénétrante, il produise son effet, & pénètre
mieux le corps du malade: & afin que le malade
ne se refroidisse, il faut retenir la chaleur
ou avec la lampe avec l'esprit de vin, qui ait un
lumignon de fil d'or très délié, qui sera par
ce moyen incombustible: ou avec une écuelle
de terre garnie de charbons ardents de bois de
genièvre, ou de sarments de vigne, & ce qui serait
encore meilleur, de la racine de vigne,
pour ce que ces charbons durent plus longtemps,
& ne s'éteignent pas si facilement que
toutes les autres espèces de charbon. Nous
traiterons amplement de tout cela dans le
traité
@

Des Fourneaux Philosophiques. 65

traité de l'art de faire les bains, pour provoquer
la sueur. La vapeur de ces esprits étant
ainsi doucement dans le buffet, échauffe, &
pénètre tous les membres du malade, & produit
en quelques maladies un meilleur effet
que s'il était mêlé avec l'eau. Après que le
malade a été le temps requis là-dedans, il le
faut faire entrer dans un lit bien chaud pour
achever la sueur tout doucement. On peut aussi
donner une prise de ces esprits volatils, dans
quelque liqueur appropriée au malade, avant
que de le faire entrer, afin qu'ainsi l'intérieur
aide à l'extérieur, & que l'opération s'en ensuive,
& plutôt & mieux. Ainsi on pourra se
servir non seulement des esprits sulfureux, &
volatils, des sels, des minéraux & des métaux;
mais aussi de ceux de plusieurs végétaux, comme
de ceux de la semence de moutarde, de
cresson, alénois, de tartre, &c. comme pareillement
des esprits des animaux, comme de corne
de cerf, d'urine, de sel armoniac, & d'autres
de cette nature: on peut être assuré qu'on
en verra des effets incroyables pour la guérison
de plusieurs différentes maladies invétérées,
& crues incurables & désespérées à cause
de leur opération subite & très subtile: à cause
que la vertu des esprits sulfureux volatils
consiste en une essence ignée & sulfureuse, &
celle des végétaux & des animaux en une essence
mercurielle & aérienne, il ne faut pas confondre
l'usage de ces esprits; mais il se faut
servir de ces genres d'esprits de chacun en particulier,
parce qu'on trouve une différente
3. Part. c
@

66 La troisième Partie.
vertu dans ces esprits; ceux des sels, des minéraux
& des métaux, étant d'une toute autre
nature que ceux des végétaux & des animaux.
Car les esprits minéraux & sulfureux pourront être employés en quelques maladies,
auxquelles ceux des végétaux & des animaux
seraient contraires: & au contraire, ces derniers
seront plus utiles que les premiers en
d'autres rencontres, & cette contrariété doit
être très soigneusement considérée, c'est pourquoi
il faut avoir une connaissance exacte &
parfaite de la maladie & de la nature des bains,
afin qu'on ne se serve pas des choses de nature
contraire, & qu'ainsi on fasse plus de mal que
de bien. Car la plupart des bains médicinaux,
comme aussi tous les esprits volatils des sels,
des minéraux & des métaux tiennent d'un esprit
de sel sulfureux, qui pénètre, qui échauffe
& qui dessèche; & ceux des végétaux & des
animaux tiennent d'un esprit volatil urineux
& nitreux, qui est subtil, qui pénètre, qui échauffe,
qui ouvre, qui subtilise, & qui atténue;
ce qui est tout à fait contraire aux autres, ce
qui se voit quand on mêle un esprit volatil
sulfureux, soit celui de vitriol, de sel commun,
d'alun, ou quelqu'autre fait de minéral
ou de métal, avec celui d'urine ou de sel armoniac,
qui soit bien rectifié; car aussitôt l'un
tuera l'autre, & lui ôtera sa vertu volatil &
pénétrante, & ainsi de deux esprits très subtils
& très pénétrants, qui sont de différente nature,
il s'en fait un sel auquel on ne trouve plus
d'odeur ni de vertu apparente. Ce qui prouve

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Des Fourneaux Philosophiques. 67

que tous les esprits subtils ne sont pas de pareille
nature, ni d'une même essence, &
qu'ainsi ils ne peuvent pas être employés
pour les mêmes maladies: C'est pourquoi il
faut que ceux qui veulent se servir des esprits,
prennent bien garde à ce qu'ils font, à cause
qu'il y a de grandes vertus & de puissantes
actions cachées là-dessous, afin qu'ils ne donnent
pas l'ennemi pour l'ami, & le poison pour la
Médecine, & faut qu'ils sachent & qu'ils expérimentent
auparavant que de s'en servir en
Médecine, la nature de ces esprits, leur vertu
& leur essence. Mais quelqu'un pourrait demander;
qu'est donc devenue la grande vertu
de ces deux esprits en un instant? s'est-elle évanouie
& évaporée dans le combat qui s'est
fait entr'eux en les versant l'un avec l'autre.
Nullement, leur vertu ne s'est point évanouie
ou envolée; mais elle est changée de spirituelle
en corporelle, & ainsi du soufre minéral le
plus pur de tous, & d'un mercure animal le
plus volatil, & le plus pénétrant de tous, il
s'en fait un sel *émerveillable corporel, qu'on
pourrait très bien appeler l'aigle Philosophique:
parce qu'il monte comme un sel à la chaleur
lente, dans lequel il y a plusieurs secrets
cachés, parce qu'on peut avec ce sel anatomiser
les métaux d'une façon merveilleuse, &
particulièrement l'or: & qu'il peut aussi être
exalté & mûri en une Médecine très excellente,
tout seul, sans mélange de métal, de
quoi il n'est pas besoin d'écrire davantage ici:
que j'en aie dit, n'est qu'afin qu'on médite
e ij
##Note :*émerveillable: merveilleux.
#

@

68 La troisième Partie.
sérieusement sur la nature des esprits, & qu'on
apprenne diligemment à les connaître; afin
qu'on puisse bien savoir, que quand ils se revêtent
d'un autre corps, cela ne se doit pas
prendre pour leur mort; mais au contraire
pour leur amélioration.
Cela soit dit touchant l'usage des esprits pour faire suer dans l'étuve sèche, sans eau, pour
chasser plusieurs maladies; le Lecteur curieux
trouvera dans un traité particulier dont nous
avons fait tant de fois mention, si Dieu le permet,
à quelle maladie chaque esprit est destiné
pour y apporter le remède. Sache néanmoins
généralement que tous les esprits sulfureux,
soit des sels, des minéraux ou des métaux,
sont très efficaces contre toutes les obstructions
des parties internes, comme sont
celles du poumon, de la rate, du foie, & sur
tout pour les parties nerveuses refroidies parce
qu'ils échauffent puissamment, ils amollissent,
atténuent, chassent & nettoient: c'est aussi
à cause de ce que dessus, que ces esprits sont
un médicament précieux & rare contre la contraction
des membres, la paralysie, le scorbut,
l'épilepsie, la mélancolie hypocondriaque, la
vérole, la galle, ou contre toutes sortes d'ulcères
chancreux, fistuleux, & rongeants.
Les esprits qui sont de l'autre sorte, qui se tirent du tartre, de la corne de cerf, du sel armoniac,
de l'urine, & ceux des autres choses de
même nature, sont aussi d'une nature aucunement
chaude, mais ils ne sont pas si desséchants,
ayant avec leur chaleur une propriété pénétrante,

@

Des Fourneaux Philosophiques. 69

amollissante, atténuante, déchargeante,
& chassante, ce qui fait qu'ils sont aussi très
bons pour ôter toutes les obstructions des
parties contenues, & celles des parties contenantes,
dans lesquelles ils font des opérations
merveilleuses. Ces esprits ouvrent & amollissent
les pores plus que toute autre chose, ils
provoquent la sueur puissamment, ils amollissent
& ouvrent aussi les hémorroïdes, ils provoquent
les purgations lunaires retenues aux
vieilles & aux jeunes femmes, ils nettoient &
échauffent la matrice, causent la fertilité en
elles; ils réchauffent, nettoient & déchargent
les cerveaux refroidis & chargés, & causent
enfin une bonne mémoire & un bon entendement.
Mais il faut que les femmes enceintes
en évitent l'usage, avec ceux qui ont
les pores ouverts, & qui sont toujours en
sueur: on pourrait encore attribuer avec vérité
à ces esprits beaucoup d'autres bonnes
vertus, mais je m'en tairai à cause de la brièveté.
Ces deux sortes de bains ne sont pas les
moyens les plus faibles, ni les chemins les
plus longs pour restaurer la santé perdue, parce
que par eux on peut faire des choses incroyables;
à savoir, premièrement le bain humide
qui se fait dans l'eau empreinte de ces
esprits subtils. Et secondement le bain sec ou
vaporeux, par la vapeur de ces esprits, qui entrent
dedans le buffet, duquel nous avons fait
la description ci-dessus, avec l'aide de la boule
de cuivre, & de la chaleur de son fourneau, qui
est le moyen le meilleur pour faire que ces esprits
e iij
@

70 La troisième Partie.
pénètrent le corps, & ainsi cela fait qu'ils
accomplissent leur opération beaucoup mieux
& plus vite.
Mais à cause que les esprits desquels j'ai parlé ci-dessus, ne se trouvent pas dans les boutiques
ordinaires des Apothicaires, & que tout
le monde ne peut pas, & n'a pas le moyen de
les préparer selon que je l'ai enseigné dedans
mon second Traité; Je veux découvrir qu'il
se trouve encore une autre matière minérale,
qui n'a pas besoin d'être distillée: qu'on n'a
qu'à mettre dans l'instrument de cuivre, de laquelle
il sortira par sa propre vertu & puissance,
sans feu, un esprit sulfureux & pénétrant
en quantité, qui entrera dans le buffet,
où on fait suer le malade, & que cette vapeur
possède les mêmes vertus, & a la même nature
de ces esprits, que nous avons dit, qu'on tire
des sels des minéraux & des métaux, & qui
opère en tout aussi bien qu'eux, en sorte qu'il
y a de quoi s'émerveiller de cela.
La Nature nous a aussi pareillement préparé une autre matière qui se trouve par tout, &
qui se peut mettre de même dans l'instrument
de cuivre, qui donne sans feu, volontairement
& librement de soi-même & par sa propre
vertu, un esprit semblable en propriété, en vertu
& en opération à celui qui se tire du tartre
de la corne de Cerf, du sel armoniac, de la suie
de cheminée, de l'urine & d'autres choses
semblables, comme nous avons enseigné de
faire en notre second traité, assurant que
cet esprit produit les mêmes effets, que ces

@

Des Fourneaux Philosophiques. 71

autres qui sont tirés par le moyen de la distillation
avec beaucoup de frais & de travail.
Ces deux matières différentes suffisent pour ce
qui est des bains, & pour faire suer, en la place
des esprits sulfureux minéraux, & des esprits
mercuriels végétaux & animaux. Tout le monde
saurait volontiers quelles sont ces deux
matières qu'on peut ainsi avoir facilement &
sans frais, & avec lesquelles on peut faire tant
de merveilles dans les maladies: Je les enseignerais
de bon coeur aux bons: mais parce
que la plus grande bande est ingrate, & par
conséquent indigne de ce grand remède, je les
tairai, craignant de semer les perles devant les
pourceaux, mais les bons, auxquels Dieu le
permettra, les trouveront facilement par la
lecture de mes autres écrits.

Suit maintenant le moyen comment on se pourra servir d'une cuve de bois en la place d'une chaudière de cuivre ou d'airain, pour cuire & faire bouillir toutes sortes de choses, comme bière, hydromel, vinaigre, & autres choses semblables.
N Ous aurions beaucoup de choses à dire sur cette matière, à cause qu'il y a beaucoup de personnes qui font germer le grain, &
en font des bras, pour ensuite en faire de la
e iiij
@

72 La troisième Partie.
bière, ou du vinaigre, & quoi que cela se fasse
communément, & qu'il semble que tout le
monde le sache, il y aurait néanmoins beaucoup
de choses à enseigner, à reprendre & à
améliorer: mais comme ce n'est pas maintenant
mon intention de le montrer, on n'aura
qu'à se servir de la boule de cuivre, & l'approprier
à la cuve de bois, pour ceux qui n'auront
point de chaudières, & ainsi cette invention
lui servira, & on n'aura qu'à suivre la
manière que nous avons enseignée ci-dessus
en parlant des autres opérations, & ainsi faire
la bière, & les autres choses à sa manière accoutumée.
Je pourrais aussi en outre apprendre en peu de mots plusieurs secrets profitables; comment
on pourrait ôter au miel son mauvais goût &
sa mauvaise odeur par le moyen de la précipitation;
& puis après d'en tirer un esprit agréable,
semblable en tout à celui qui se tire du
vin, pareillement aussi le moyen d'en faire un
vin de très bon goût, plus agréable, plus clair
& plus durable que la meilleure malvoisie. De
plus, je pourrais aussi enseigner le moyen de le
cristalliser après sa purification, & de le rendre
aussi agréable, & aussi bon au goût que le
sucre, & encore la façon de changer sa douceur
en acide, & ainsi en faire du tartre, égal
en tout à celui qui s'amasse & qui se cristallise
dans les tonneaux de vin.
Je pourrais aussi encore montrer comment on pourrait faire du vin aussi bon que celui
qui se fait des raisins, & qui même sera plus

@

Des Fourneaux Philosophiques. 73

durable, & qui subsistera durant plus d'années,
& aura aussi bon goût que le naturel, du suc
des fruits des arbres, comme des cerises, des
poires, des pommes, & d'autres fruits semblables,
qui ne pourra être distingué des autres
vins, par son goût, par sa couleur, ni par sa
vertu. Je pourrais encore enseigner la façon
de faire de bon vin, avec des raisins non mûrs,
ou à cause de la froidure du climat du pays, ou
à cause de celle de la saison, & que ce vin ne
serait pas moindre que celui du Rhin, à savoir
avec le secret de changer leur acidité en
douceur. De plus, comment on pourrait faire
du tartre avec l'oseille, & autres végétables
pareils, pareil en tout, soit en goût, en couleur,
& en vertu à celui du Rhin à toutes épreuves,
& en grande quantité avec peu de
frais. Comment aussi on pourrait faire avec
le grain une bonne eau de vie, & faire du très
bon vinaigre, & aussi clair que celui du vin
de Rhin, sans faire moudre le grain, & sans
le faire germer. Et finalement le moyen de tirer
un très bon esprit, du grain réduit en farine;
sans altérer la farine, mais la laisser propre
pour en faire du pain, bon, nourrissant &
sain.
Je pourrais enseigner encore ici beaucoup d'autres beaux secrets semblables, qui seraient
très utiles, pour le changement & l'amélioration
des végétables. Mais il n'est pas nécessaire
de rendre toutes les belles choses communes,
en même temps, & toutes à la fois, ce
Livre se grossirait trop contre ma volonté, si

@

74 La troisième Partie.
j'enseignais ces secrets & plusieurs autres belles
possibilités de la Nature. C'est pourquoi
je le finirai, croyant néanmoins qu'il est assez
gros, & qu'il ne sera pas inutile à plusieurs curieux,
pour l'accomplissement de leurs intentions,
après quoi je les recommande à Dieu.

Fin de la troisième Partie.
@

Q V A T R I E S M E P A R T I E
DES
N O V V E A V X
F O V R N E A V X
PHILOSOPHIQVES.
D A N S L A Q V E L L E S E R A D E S C R I T E L A proprieté du quatriesme Fourneau, auec lequel on
pourra esprouuer les mines, les mineraux, & les metaux,
par vne façon de faire plus briesue & meilleure
que celle qui a esté sceuë iusques à present: Pareillement
aussi le moyen de pouuoir separer les metaux les
vns des autres par la fusion; & finalement comment
on pourra faire beaucoup de choses industrieuses par
la fonte.
#*
Oeuure qui sera utile & tres-agreable à lire à tous les Chymistes,
aux Afineurs, & à tous ceux qui trauaillent
aux mines.
Par I E A N R O D O L P H E G L A V B E R
*o%o* A P A R I S, Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie, aux Armes de Hollande. ----------------------------------------------
M. D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
@

pict
P. 4.
A. le cendrier auec sa porte. B. le registre destiné pour gouuer ner le feu. C. le trou auec sa porte pour les creusets, et charbo~ D. le trou auec sa porte de la premiere cha~ bre. E. un tuyau de fer long au sommet du fourneau.

@

3
pict

Q U A T R I E M E P A R T I E
DES
F O U R N E A U X
PHILOSOPHIQUES.
----------------------------------------------

De la préparation & du bâtiment du Fourneau.
pict N peut bâtir ce fourneau plus
grand, ou plus petit, selon sa volonté, & selon la quantité grande ou petite qu'on voudra fondre dedans pour parfaire le travail qu'on voudra
entreprendre. Si le fourneau a en dedans un
pied de diamètre, on pourra mettre dedans
un creuset de quatre, cinq, ou six marcs; que
si on voulait se servir d'un plus grand creuset,
il faudrait aussi élargir le fourneau à proportion.
Il faut bâtir ce fourneau en forme carrée
de terre & de briques qui soient permanentes
4. Part. A ij
@

4 La quatrième Partie.
au feu, il le faut élever de la hauteur
d'un pied ou de deux pieds, depuis la terre jusqu'à
la grille, que la grille soit faite en telle sorte
qu'on puisse la nettoyer, lors qu'il arrive que
les creusets se renversent, ou le fendent, & que
la matière mêlée avec les charbons emplit la
grille, ou bien il la faut faire semblable à celle
dont j'ai donné la façon dans le premier Livre,
à savoir de mettre premièrement deux
grosses barres de fer de travers, qu'il faut bien
emmurer dans le fourneau, que ces barres
soient limées en créneaux, en sorte qu'on y
puisse mettre six ou sept autres moindres barres,
qui entrent dans les créneaux, & qu'on les
puisse ôter, en cas qu'elles fussent remplies
de quelque matière vitrifiée, ou autre chose de
cette nature: Il faut faire la porte du cendrier
de la hauteur & de la largeur d'un empan, ou
environ, il faut qu'il y ait une porte de fer,
ou de cuivre pour le fermer bien juste, & l'ouvrir
quand on voudra: Et il faut faire une autre
ouverture à côté du fourneau, juste au
dessous de la grille, de la même dimension, qui
ait une porte coulisse de fer ou de cuivre pour
gouverner le feu, & lui fournir l'air nécessaire.
Il faut ensuite faire la porte du foyer au-dessus
de la grille, qui servira à mettre le charbon &
les creusets, & à les retirer: il faut que cette
porte soit proportionnée à la grandeur du
fourneau & des creusets: comme si le fourneau
a un pied de diamètre, il faut que la porte
du foyer ait demi pied de large, & près d'un
pied de haut, afin de pouvoir mettre plus
aisément
@

Des Fourneaux Philosophiques. 5

aisément les creusets, & les retirer, & de pouvoir
aussi y jeter le charbon avec une pelle
de fer, pour cette porte, il faut avoir une porte
de pierre qui résiste au feu, ou une porte de
fer qui soit lutée d'un bon lut, qu'on puisse
fermer & ouvrir facilement, & qui néanmoins
doit fermer bien juste, afin que le feu
ne puisse attirer de l'air froid de ce côté-là,
quand le creuset sera dans l'extrémité du feu:
mais qu'il soit contraint de tirer l'air de la
porte de dessous la grille, qui sert de registre;
Il faut que le fourneau soit encore exaucé de
la hauteur d'un empan par dessus la porte du
foyer, & là-dessus bâtir une voûte qui ait un
trou rond au milieu du diamètre de la troisième
partie du diamètre intérieur du fourneau,
afin que la fumée & la flamme puissent sortir
& se jouer par ce trou. Et lors qu'on voudra
fondre quelque chose à violence de feu, on
pourra ajuster sur le trou de la voûte un canal
de fer battu, dont la taule soit environ
de la hauteur de 5. de 6. de 8. ou de 12. pieds de
haut, car tant plus tu voudras avoir le feu
violent, d'autant plus faut-il aussi que le canal
soit haut. On pourra, si on veut, bâtir
une, deux, ou trois chambres, avec leurs portes
par dessus cette voûte: Que chaque chambre
ait un trou rond de la grandeur du premier,
par lequel elles recevront la flamme, &
qu'ainsi elle ne se perde pas inutilement, & par
ce moyen on aura la commodité pour beaucoup
de différentes opérations, à cause que
ces chambres ont divers degrés de chaleur:
4. Part. B
@

6 La quatrième Partie.
car celle d'en bas devient si chaude, qu'on y
pourra tenir en flux de fonte les métaux qui
se fondent facilement, comme aussi les minéraux
& les sels: On y pourra aussi cimenter,
calciner, & réverbérer; de plus, on y cuira, &
vernira les creusets & les autres instruments
de terre dont on a besoin pour le travail, selon
que nous enseignerons la manière de les
faire en nôtre cinquième Partie, & finalement
on pourra aussi, si la nécessité pressait,
coupeller, souffler & griller les mines dans
cette première chambre. Dedans la seconde
qui sera un peu moins chaude que la première,
on pourra aussi y griller & rôtir les mines
& les marcassites, & y préparer les chaux des
métaux desquelles on aura besoin, comme
sont celles de Saturne, de Jupiter, de Mars, de
Venus, &c. On y pourra aussi calciner le tartre,
& autres choses végétables, dont on voudra
tirer le sel, qui sert à beaucoup d'opérations
Chimiques: on peut aussi calciner dans
cette seconde chambre, & préparer les cornes,
les os, & les cendres gluantes & visqueuses
pour s'en servir après à faire les coupelles.
Dans la troisième qui est beaucoup moins
chaude que la seconde, on fera sécher les
creusets, les pots à cimenter, & les couvercles
qu'on aura faits de bonne terre, afin de les cuire
& réverbérer ensuite dans la première
chambre. On pourra aussi faire dans ces trois
chambres beaucoup d'autres choses nécessaires,
desquelles on a toujours besoin dans un
laboratoire Chimique, sans être obligé pour

@

Des Fourneaux Philosophiques. 7

cela d'allumer d'autre feu, & ainsi on épargnera
beaucoup de charbon. Si de plus on
veut que ce fourneau produise un feu de fusion,
& de chasse au plus haut degré, il faut
accommoder un long canal de fer au trou de
dessous la grille qui sert de registre, afin que
le feu soit contraint de tirer l'air de plus loin.
Car d'autant plus loin que le feu attire l'air,
d'autant plus haut aussi a-t-il à jouer & à agir,
auparavant que cet air ait retrouvé sa sortie, &
ainsi le feu donne une chaleur bien plus véhémente
pour la fonte: c'est pourquoi on a
besoin de ce canal en bas & en haut. Mais si
on avait une chambre commode laquelle eut
une cheminée qui eut un autre tuyau de cheminée
joint, qui vint d'en bas, on pourrait
bâtir le fourneau en la chambre haute dessous
la cheminée, & percer un trou en la muraille
du tuyau qui vient du bas, & touche à
l'autre, & accommoder un registre à ce trou,
par lequel il faudra que le feu tire l'air du profond
de la cheminée du bas: & par ce moyen
on n'aura pas besoin du canal de dessous la
grille pour attirer l'air de plus loin; parce
qu'il ne faudra qu'ouvrir une fenêtre en bas,
afin que l'air s'engouffre dans la cheminée;
alors le feu l'attire si puissamment à soi de ladite
cheminée, qu'il y a de quoi s'en émerveiller,
n'y ayant point de soufflet qui puisse
produire un pareil effet, jusques là qu'il est
capable de fondre le fourneau, s'il n'est pas
bâti avec de la terre fixe & permanente au
feu; ce qui arrive même aux meilleurs creusets,
B ij
@

8 La quatrième Partie.
quand ils demeurent longtemps dans
cette grande chaleur, car il est impossible
qu'ils y résistent, mais il ne se fait qu'une masse
confuse du tout, c'est pourquoi le registre
est nécessaire, pour graduer le feu, & ainsi en
donner plus ou moins, selon qu'il en sera besoin
& qu'on en voudra donner.
Quoi que ce fourneau semble d'abord méprisable, néanmoins par la grâce de Dieu, ce
fourneau est l'unique moyen par lequel je suis
parvenu à la connaissance de tout ce que je
sais de plus secret & de meilleur. Car auparavant
j'avais été contraint dès ma jeunesse
de travailler chez les autres, & du depuis encore
pour moi-même avec les fourneaux à
vent communs, & avec les soufflets. Ce qui a
beaucoup endommagé ma santé, parce qu'avec
ces sortes de travaux on ne peut pas éviter
les mauvaises vapeurs & les suies venimeuses;
mais avec ce fourneau on n'appréhende
pas les vapeurs puantes & venimeuses,
la fumée ni la poudre. On évite aussi la chaleur
insupportable: car ce fourneau ne jette
aucune fumée, que par le haut de son canal; il
attire aussi si violemment à soi, quand on ouvre
la porte du foyer, pour mettre ou pour
ôter les creusets, ou pour y jeter du charbon,
que s'il y avait même une autre fumée à
une demie aulne de distance, il l'attire par sa
propre force à soi; & à cause que le feu tire
si puissamment à soi, il conserve sa propre
chaleur, & la retient en sorte qu'on ne se peut
pas brûler auprès de ce fourneau. Il est néanmoins

@

Des Fourneaux Philosophiques. 9

besoin de couvrir la main de laquelle
on tient les mollets ou les pincettes avec un
gant de toile triple, qui soit mouillé, & en
l'autre main un para-feu de bois troué pour
mieux voir dans le fourneau, & empêcher
que la grande vivacité & la splendeur du feu
ne frappent le visage & n'éblouissent la vue,
n'y ayant rien autre chose à craindre, non pas
même la maligne vapeur des charbons, quand
on fond; ce qui n'est pas un petit avantage
pour les artistes. Je confesse ingénument que
si je n'avais trouvé & inventé ce fourneau,
que je n'ai que depuis environ quatre ans,
j'aurais abandonné l'Alchimie, avec tous ces
travaux importuns, ennuyeux & nuisibles; car
j'avais passé plusieurs années de ma vie, en
une grande misère, en chagrins importuns, &
en veilles laborieuses, & parmi des puanteurs
& des vapeurs nuisibles à la santé. Jusque-là
que je ne pouvais entrer dans mon laboratoire
sans chagrin & sans nausée, quand je
voyais tant d'espèces de choses & de drogues
différentes dans des papiers & dans des boîtes;
comme aussi de toutes sortes d'instruments
de verre, de terre, de fer, & de cuivre,
entiers, ou rompus, mêlés confusément les
uns avec les autres, le tout me faisait dresser
les cheveux à la tête, & je me réputais malheureux
de m'être adonné à un tel esclavage,
& principalement à cause que je considérais,
que de cent du nombre desquels j'étais,
qui se mêlent de l'Alchimie à peine y en a-t-il
un qui réussisse au point d'en pouvoir vivre
B iij
@

10 La quatrième Partie.
& s'en défrayer. Toutes ces raisons jointes
ensemble, m'avaient fait résoudre d'abandonner
& de dire adieu à l'Alchimie, & à toutes
mes vaines recherches, pour me donner tout
entier à la Médecine & à la Chirurgie, dans
lesquelles j'avais toujours réussi heureusement,
& tâcher par ce moyen de subsister
avec moins d'incommodité. Mais comme
j'étais prêt d'exécuter ma dernière résolution,
& que je voulais jeter tous ces différents
fatras de vaisseaux & de matières, je
trouvai des morceaux de creusets; dans lesquels
j'avais autrefois fondu de l'or & de
l'argent, où il y avait encore quelques grains
de ces métaux, je voulus les fondre avec quelques
autres restes que j'avais gardés pour en
retirer encore quelque petite chose. Mais
comme j'avais déjà vendu mes soufflets, &
qu'ainsi il m'était impossible sans cette aide
de fondre ces matières, qui étaient déjà de
soi très malaisées à fondre; Je méditai plus
sérieusement là-dessus, & ainsi j'inventai ce
fourneau, & le bâtis aussitôt, je l'éprouvai,
& le trouvai si merveilleux & si bon, que je
recommençai d'espérer. Et ainsi je changeai
de résolution: Car comme je remarquai combien
je pouvais brièvement & facilement
fondre toutes choses, je recommençai à chercher
de nouveau & à fondre, & ainsi je trouvai
de jour en jour les plus nouveaux & les
plus réservés secrets de la nature; ce qui ne
me réjouie pas peu; Je poursuivis donc,
& je cherchai si longtemps, qu'à la fin Dieu

@

Des Fourneaux Philosophiques. 11

m'ayant ouvert les yeux, j'ai trouvé & remarqué
ce qu'il y avait si longtemps que je
cherchais, avec tant de peine & si vainement.
A quoi je ne fusse jamais parvenu sans ce
fourneau, quoi que j'eusse su dès auparavant
beaucoup davantage: ainsi Dieu merci
j'ai trouvé de jour en jour de quoi m'émerveiller
de plus en plus, de quoi ce bon Dieu
Tout-puissant soit loué & bénit tout le temps
de ma vie, comme j'y suis obligé; Cela a fait
aussi que j'ai cru de mon devoir, de communiquer
l'invention de ce fourneau à mes
prochains, consciencieusement & fidèlement.
Je fais juge maintenant tout homme qui se mêle du feu, si ce fourneau n'est pas meilleur
que les fourneaux à vent communs, & la pratique
des soufflets. Car si on veut fondre quelque
métal dur à fondre, combien faut-il consumer
de temps & de charbons avant qu'on
l'ait mis en flux? que si on se sert du soufflet, il
faut nécessairement avoir quelqu'un pour
souffler, il faut aussi avoir continuellement
soin, que le creuset ne soit dégarni de charbons,
de peur que l'air froid venant à le frapper
ne le casse, & qu'ainsi tout ne se perde dans
le feu; ou bien on renverse le creuset en soufflant,
ou le couvercle tombe, & ainsi il entre
des impuretés dans le creuset. Il n'importe
pas néanmoins quand on fond des métaux,
qu'il y tombe des charbons: mais si on fond
des sels & des minéraux, sans lesquels les métaux
ne peuvent être perfectionnés par la
fonte, ils ne souffrent pas les charbons, au
B iiij
@

12 La quatrième Partie.
contraire, ils s'enfuient par dessus, ce qui apporte
un grand empêchement: or on ne peut
appréhender rien de pareil, avec ce fourneau,
parce que le vent ou l'air vient circulairement
par le bas, tout à l'entour du creuset. On peut
aussi y regarder quand on veut; parce que les
creusets ne sont pas ensevelis si avant dans les
charbons, comme ils le sont dans les fourneaux
à vent, & qu'il faut aussi qu'ils le soient,
lorsqu'on se sert des soufflets: Mais dans celui-ci
on peut fondre les matières, quoi que
le creuset ne soit qu'à demi dans le feu, &
ainsi le couvercle demeure libre, sans être
couvert de charbons; ainsi on n'a besoin de
personne pour se faire aider à souffler; puis
qu'on peut gouverner le feu par le registre, &
lui donner tel degré qu'on juge à propos,
comme si on avait l'air ou le vent en un sac,
& qu'on en prît ce qu'on voudrait.
Je recommande hautement ce fourneau à ceux qui cherchent leur fortune par le moyen
du feu, afin qu'ils le bâtissent comme il faut,
& qu'ils prennent garde de bien approprier
le registre, pour bien gouverner le feu: Je les
assure, si cela est ainsi, qu'ils pourront faire
quelque chose de bon, & que ce fourneau les
aidera à se remettre sur pied.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 13

Comment on doit faire l'épreuve des mines & des marcassites, pour savoir de quoi & combien elles tiennent.
L 'Epreuve & l'affinement des mines & des marcassites est à présent suffisamment connu; c'est pourquoi il n'est pas nécessaire
de s'étendre beaucoup là-dessus, principalement
à cause qu'il y a devant nous plusieurs
affineurs & mineurs très renommés qui ont
traité de cette matière proprement & amplement,
comme George Agricola, & Lazare Ercker,
& plusieurs autres auxquels je renvoie le Lecteur
curieux. Lazare Ercker qui est très renommé,
a mis au jour un Livre, dans lequel
il traite de la différence des bonnes & des
mauvaises mines, & du moyen de les éprouver,
en sorte qu'il n'y a rien à ajouter. Néanmoins
l'expérience nous fait voir, ou que lui
ni ses prédécesseurs n'ont pas tout su, ou
qu'ils ne l'ont pas voulu rendre commun.
Quoi qu'il en soit, les effets nous font voir
que les meilleures choses n'ont pas encore
été écrites, & qu'elles pourront bien ne l'être
pas encore si tôt à cause de l'ingratitude
du monde; si est-ce que les plus véritables &
les plus excellents Philosophes, nous assurent
tous d'un commun consentement, que les
métaux imparfaits, comme le plomb, l'étain,

@

14 La quatrième Partie.
le fer, le cuivre, & le vif-argent, sont en leur
intérieur bon or & bon argent, quoi que très
peu de personnes l'aient cru de cette sorte
jusques ici, & que la vérité n'ait pas été encore
découverte, à cause de la négligence &
l'inhabilité. On s'est simplement contenté de
ce qu'on avait vu, ou ouï de ses prédécesseurs;
comme pour exemple, on a tenu pour
constant, que tout ce qui ne laissait rien sur la
coupelle, après l'examen du plomb, n'avait
rien de bon en soi; quoi que l'épreuve faite
par la coupelle ne soit pas la vraie épreuve
des Philosophes, encore qu'elle ait été
estimée l'être par la plus grande partie; mais
elle n'est que l'épreuve des mineurs & des affineurs
communs, de quoi plusieurs Philosophes
me rendront témoignage, comme Isaac
Hollandais, & principalement Paracelse en
plusieurs lieux, où il parle des métaux, & particulièrement
dans son petit Livre, qu'il appelle
le Livre des vexations des Alchimistes,
où il décrit évidemment toute la propriété
fondamentale des métaux, & leur amélioration.
Et quoi qu'un chacun ne se puisse pas
entendre, n'importe, il n'est pas nécessaire que
cela devienne si commun. Quoi que l'art soit,
ou semble être en soi si vil & si facile, néanmoins
il nous avertit, que les métaux communs
étant dépouillés de leurs impuretés,
contiennent beaucoup de bon or, & de bon
argent. Mais il ne dit pas comment on doit
dépouiller & nettoyés les métaux communs;
de leurs ordures: il loue seulement & prise

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Des Fourneaux Philosophiques. 15

fort le plomb, comme le maître qui peut faire
cela; C'est de là que les Alchimistes sans
expérience ont cru que ce n'était que le
plomb commun; & ainsi ils n'ont point connu
son eau, par laquelle il ne lave pas seulement
les autres métaux, mais il se lave & se
nettoie aussi soi-même: ils se sont imaginé
qu'il ne fallait que mettre de l'étain, du fer,
ou cuivre sur une coupelle avec du plomb,
puis les chasser, pensant que c'était leur vrai
lavement, ne remarquant pas que le plomb
n'a point de communication dans le grand
feu, avec l'étain, ni avec le fer: mais qu'il
les laisse & les chasse arrière de soi aussi noirs
& aussi sales qu'auparavant, sans aucune amélioration,
comme il est connu de tous. Or voici
ce que peut faire le plomb commun, lors
qu'on a uni & mêlé avec icelui quelque mine
ou autre chose semblable, qui tienne d'or
ou d'argent, & qu'ils sont ensemble sur la coupelle;
le plomb entre dedans la coupelle
avec les scories & les impuretés de ces minéraux,
& ainsi l'or ou l'argent demeurent seuls
sur la coupelle; c'est ce que les mineurs appellent
affiner. Voici comme cela se fait. Cela
arrive à cause que l'or & l'argent sont naturellement
lavés, dépouillés & nettoyés de
leur soufre superflu: c'est pourquoi ils ne
se mêlent plus radicalement avec les métaux
imparfaits, qui sont remplis d'un soufre
grossier, impur, & non mûr: Il est vrai
néanmoins qu'ils se mêlent volontiers avec
eux par le moyen de la fonte, mais aussitôt

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16 La quatrième Partie.
que ce mélange est dans le feu, le soufre
combustible du métal commun, travaille sur
son propre mercure, & le réduit en scorie, &
cette matière impure entre dans la coupelle
par la violence du feu, si elle est bien faite, par
ce qu'elle est poreuse, & ainsi elle se sépare du
métal pur: ce qui n'arrive pas, si le mélange
est mis sur un têt qui soit fait de bonne terre
compacte, bien cuite, & permanente au feu;
car quoi que cette matière impure se sépare
du pur métal, si est-ce qu'elle n'entre point
dans le têt, mais elle demeure dessus en scorie
vitrée, cassante & vilaine; ce qui ne se fait pas
dans les coupelles, parce qu'elles sont poreuses,
étant faites des cendres des bois légers &
poreux & des os calcinés. Et ainsi le feu convertissant
peu à peu le plomb qui était avec
l'or ou avec l'argent, en scorie ou en litharge,
avec les matières des métaux imparfaits
qui étaient avec, le tout s'insinue & pénètre
dedans le corps de la coupelle, & ainsi le fin or
ou le fin argent demeure tout seul au-dessus.
Car la nature du plomb est telle, que s'il est
mis sur un vaisseau plat qui reçoive la chaleur
d'en haut, & qu'il soit froid par le bas, qu'il
se change tout en litharge: mais s'il est mis
sur un bon têt de terre fixe, compacte & permanente
au feu, il se change finalement en une
terre jaune transparent, s'il n'y a point d'autre
métal mêlé, après avoir été litharge: que
s'il est mêlé de quelqu'autre métal, comme
cuivre, fer, ou étain, le verre se colore, vert,
rouge, noir ou blanc, selon le plus ou le

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Des Fourneaux Philosophiques. 17

moins, du métal qui était mêlé avec le
plomb: mais si cela se fait sur une coupelle
faite de cendres légères, la litharge ou la scorie
trouvant des pores, elle se fourre dedans,
jusqu'à ce que tout le plomb soit entré, ce
qu'il n'aurait pas fait, s'il n'était pas devenu
litharge, mais il serait demeuré au-dessus. Ainsi
l'affinage n'est autre chose que la conversion
& le changement du plomb, & de l'addition
du métal ou de la mine imparfaite, en scorie
qui entre dans la coupelle, & l'or ou l'argent,
qui sont de leur nature fixes & purs, & qui ne
peuvent passer en scorie; demeurent derrière
en leur perfection.
Mais peut-être que ce discours te semblera superflu, d'autant que cet examen métallique
se voit par tout le monde. A quoi je réponds,
qu'il n'est pas superflu, d'autant que beaucoup
d'examinateurs errent dans l'opinion
qu'ils ont, que le plomb corporel entre dans
la coupelle avec les imparfaits, sans être converti
en litharge, pour ce qu'il en est derechef
tiré étant corporel: Ce discours n'est pas en
leur faveur, vu qu'ils ne travaillent que par
coutume, sans nulle discrétion, mais bien en
faveur de ceux qui recherchent incessamment
les secrets de la Nature, & cet examen Philosophique.
Or ce n'est pas ici qu'il faut découvrir ce que c'est que l'examen philosophique, par le
moyen duquel on tire plus d'or & d'argent
que par cette voie ordinaire: car il suffit d'en
avoir montré la possibilité, & il n'est pas à

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18 La quatrième Partie.
propos que tout le monde en ait la connaissance.
Sache pourtant, que si tu entends
bien la préparation du plomb, étain, cuivre &
fer, les rendant propres à cette union radicale
qui se fait par le moyen de la susdite eau de
Saturne, en sorte qu'ils puissent ensemble
supporter la force du feu, tu sépareras & attireras
l'or & l'argent des métaux imparfaits,
& le laisseras dans la coupelle avec profit, autrement
tu n'en auras que peu ou point. Car
ce n'est rien faire, que de les examiner avec le
plomb par la voie commune, & de les réduire
en scories, d'autant que l'étain & le fer qui
abondent en or & argent, ne durent pas avec
le plomb dans la violence du feu, mais sont
élevés en forme de peau ou scories, à cause
de leur soufre superflu, ou comme une
graisse qui nage sur l'eau, sans aucune séparation,
sinon que ce soit de l'étain & du fer
qui aient acquis l'or ou l'argent, dans la première
fonte qui en a été faire. Par ce moyen
il arrive quelquefois à un ignorant de faire
une bonne épreuve, mais n'en sachant pas
la cause, il ne la peut faire une seconde fois.
Si les Chimistes & Examinateurs pesaient
bien la chose, & considéraient comment le
plomb examiné, privé de son argent, & tiré
de la coupelle, contient néanmoins encore
de l'argent, ils établiraient un bon fondement,
sans lequel tout le travail qui se fait sur
les métaux imparfaits, est inutile. Voilà touchant
cet examen Philosophique connu de
peu de gens. L'autre commun est trop connu

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Des Fourneaux Philosophiques. 19

pour en parler. Lazarus Ercker en a traité à
fond. Il y aussi une autre sorte d'examen des
minéraux, laquelle se fait sans plomb, avec
du verre de Venise, ou autre bon fusible, dans
lequel on mêle un grain ou deux de minerai
pulvérisé, avec demie-once de verre pulvérisé,
on les mêle dans un creuset, on les fond,
puis on les verse: & par ce moyen le verre
attirera & dissoudra le minéral, lequel en sera
coloré, ce qui marquera le métal qui est contenu
dans la minière, & donnera lieu à un examen
plus fort par le moyen de Saturne, le premier
n'ayant été que pour reconnaître. Et
c'est la bonne épreuve des minéraux les plus
durs, & presque invincibles, comme sont la
pierre hématite, le *mery, & grenat, le talc
noir & rouge, abondant souvente fois en or &
en argent, ne se pouvant jamais mêler avec
le plomb, à raison de quoi ils sont méprisés,
& souvent jetés, quelque abondance d'or &
d'argent qui soit en eux, d'autant qu'ils ne
peuvent pas être éprouvés: ce qu'ils feront
par la susdite voie, tellement qu'ayant découvert
les trésors qui étaient cachés en eux, tu
les pourras traiter avec plus d'assurance, &
les perfectionner. Or voici comment les couleurs
marquent ce qu'ils contiennent.
Le verre représentant un vert de mer, signifie le pur cuivre: mais un vert de couleur
d'herbe, signifie que le cuivre & le fer y sont
mêlés: le verre de couleur obscure signifie le
fer: tirant sur le jaune, l'étain: jaune doré, ou
couleur de rubis, signifie l'argent: la couleur

##Note :*mery: béryl?.
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