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20 La quatrième Partie.
bleue ou de saphir, signifie l'or tout pur: la
couleur d'émeraude signifie l'or & l'argent
mêlés, la couleur d'améthyste signifie l'or,
l'argent, le cuivre & le fer mêlés. Le verre
rend aussi quelquefois d'autres couleurs, selon
la diversité du poids des métaux qui sont
mêlés ensemble, ce qui se connaîtra par l'usage,
& pas l'épreuve qu'il faut faire avec le
Saturne.
Il se fait aussi une autre épreuve avec salpêtre, avant que d'en venir à la dernière, &
dans cette épreuve principalement l'étain, le
fer & le cuivre donnent largement leurs trésors,
lesquels ils ne veulent pas donner dans
l'examen fait avec le plomb: ce qui n'est pas
une marque de disette, mais que Saturne n'est
pas le véritable juge des métaux: car s'il l'était,
il en attirerait également les trésors,
tant en grande qu'en petite quantité. Ensuite
est l'épreuve par le nitre.
Mêle une partie de soufre: 2. de tartre pur, & 4. de nitre purifié. Puis prends une
once de ce mélange, une drachme du métal
ou du minéral brisé. Mêle-les; & les mets
dans un creuset, leur appliquant un fer chaud
ou un charbon ardent: ce mélange s'enflammera,
& donnera un feu très véhément, lequel
réduira ce minéral en scorie: tout ce qui
ne sera pas réduit en scorie, il le faut mêler
derechef avec le mélange susdit, & le brûler
tant que le tout soit consumé par le feu. En
après fait couler dans un fort creuset ces scories,
ou sel contenant en soi le métal qui a
été
@

Des Fourneaux Philosophiques. 21

été dévoré, tant qu'il se change en verre, lequel
étant versé, on trouve un petit grain d'or
ou d'argent provenant du minéral ou métal
éprouvé. Ce travail étant dûment exécuté
te donnera du plaisir, mais non pas du profit
d'autant qu'il ne se peut faire en grande quantité.
C'est pourquoi cette sorte d'épreuve n'a
été mise ici que pour faire voir que presque
tout étain, fer, & cuivre, contiennent de l'or
& de l'argent, quoi qu'ils ne le donnent pas
dans la coupelle.
Or il ne faut pas croire que ce soit une transmutation, vu que ce n'est qu'une séparation,
c'est pourquoi tu dois penser à leur différence.
Prends garde de n'allumer pas ce mélange par
le bas, mais par le haut, de peur de la fulmination.
Les métaux qui sont aisément fusibles, sont aussi éprouvés par le mélange suivant. Prends
une partie de raclure de bois de *tillet sec, deux
parties de soufre, huit ou neuf parties de
nitre pur, fait stratum super stratum dans le
creuset, & prends pour 11. ou 12. parties de ce
mélange, une partie du minéral brisé très
subtilement, & l'allume, lors la mine fondue
donnera un grain, lequel sera de l'or pur, ou
de l'argent.
Si la mine n'est pas trop impure, l'impureté étant consumée par le feu véhément, & si cette
épreuve n'est pas pour ton profit, elle est
néanmoins rationnelle, & peut être pour ton
instruction.
4. Part. C
##Note :*tillet: Tilleul?.
#

@

22 La quatrième Partie.
De la fonte des mines & métaux.
L A fonte de ceux-ci en grande quantité n'est pas pour cet endroit, d'autant que cela ne peut être fait par ce fourneau; mais il
en est parlé assez amplement dans les écrits
des autres, concernant les minéraux.

De la séparation des métaux.
C 'Est ici un art très ancien & profitable, par lequel un métal peut être séparé de l'autre: & il se fait pour la plupart de quatre
façons, savoir par l'eau forte, par le cément,
par le flux avec le soufre, & plomb, & enfin
par l'antimoine: lesquelles façons ont été clairement
& distinctement décrites par ce fameux
Lazarus Ercker, à la description duquel
il n'y a rien à redire, quoi qu'on y pourrait
joindre quelque chose, mais n'étant pas de
peu d'importance, il serait superflu d'en parler
en ce lieu.
Et cette séparation consiste en trois principaux métaux, qui sont or, argent, & cuivre: il
ne fait nulle mention des autres métaux, &
deux des quatre susdites façons sont en usage,
comme étant aisées, savoir par l'eau forte, &
par ciment: les autres deux sont communément
négligée, qui sont par le bénéfice de la
fonte avec le soufre, & le plomb, & aussi
par l'antimoine: ce qui est admirable, d'autant
que les métaux sont plus aisément séparés
par ces deux voies que par l'eau forte, & par le

@

Des Fourneaux Philosophiques. 23

ciment, supposant une grande perte, laquelle
ne provient pas du soufre & de l'antimoine;
Mais l'ignorance de l'artisan, qui ne connaît
pas la nature du soufre, & de l'antimoine,
doit plutôt être blâmée à cause qu'il ne connaît
pas comme il s'en faut servir. Et comme
cela il laisse la plus aisée voie de séparation;
mais il faut que je confesse, que je ne voudrais
pas faire la séparation avec eux sans ce fourneau,
d'autant que par cette façon commune
de fourneaux & soufflets, la puanteur du soufre,
& de l'antimoine, offense le foie, les
poumons, le cerveau, & le coeur; il est reçu
par le nez au dommage de la santé: à cause de
quoi je ne m'étonne pas si ces deux façons
qui requièrent une diligence plus grande que
les deux précédentes par l'eau forte, & par le
ciment sont rejetées: mais ce fourneau étant
connu, avec lequel on peut fondre sans danger,
je ne doute pas que les 2. façons dernières
ne prévalent, comme plus profitables; Car
celui qui connaît l'antimoine, non seulement
séparera l'or de toute addition, plus aisément,
à peu de frais, sans en rien perdre, lequel sera
plus promptement affiné, mais encore il séparera
plus aisément l'argent doré, que par le
soufre, plomb & en grande quantité, sans
perte de l'or ni de l'argent.
C'est ici la meilleure & la plus aisée séparation de l'or & de l'argent, laquelle se fait par
le bénéfice de la fonte, ne requérant autre dépense
que les charbons; car l'antimoine a autant
d'or en lui qu'il peut valoir, ce qui sera le
C ij
@

24 La quatrième Partie.
profit du séparateur; je veux que tu saches
ceci, que l'antimoine peut être séparé derechef
de l'or, & de l'argent, non par la façon
commune des soufflets, mais d'une façon particulière
par laquelle l'antimoine est préservé,
de telle façon qu'il pourra servir derechef au
même usage, de quoi je veux traiter en un autre
endroit. Outre les susdites quatre façons,
il y en a une autre qui est la meilleure de toutes,
qui se fait par l'esprit nitreux du sel, nommément
de cette manière.
. Esprit de sel (préparé par notre premier ou second fourneau) & y jette du nitre
qui se dissolue dedans, auquel mettras des
grains d'or & d'argent mêlés & du cuivre;
mets cela dans une cucurbite sur le sable chaud
à dissoudre, & l'or & le cuivre se dissoudront
ensemble, & l'argent sera laissé en bas du verre;
verse la dissolution par inclination, sur laquelle
mets quelque chose pour précipiter
l'or, & les fais bouillir ensemble; & le pur or
se séparera & se précipitera comme de très fine
farine, servant pour les écrivains & pour
les peintres, le cuivre étant laissé dans l'eau; lequel
précipiteras s'il te plaît hors de l'eau, mais
il est meilleur de tirer l'eau dehors, laquelle
servira derechef pour le même usage, si l'or
précipité est lavé & séché, il donnera dans la
fonte (par où rien n'est perdu) le meilleur &
pur or qui se puisse, car l'or fin ne saurait être
fait par l'eau forte, ni par l'antimoine.
C'est pourquoi c'est ici la meilleure façon de toutes non seulement pour le peu de frais,

@

Des Fourneaux Philosophiques. 25

mais pour la facilité & pour avoir le meilleur
or de tous.
Ensuite prends l'argent calciné qui est dans le verre & le sèche, ce fait, fais fondre un peu de
sel de tartre dans un creuset, & mets ton argent
affiné peu à peu dedans avec une cuillère,
& il se réduira incontinent en corps sans
aucune perte. Tu peux aussi faire bouillir cette
chaux avant la faire sécher, quand tu la
tires hors du verre avec de la lie de sel de tartre,
tant que toute l'humidité soit évaporée:
& fondre ce qui reste: par où aussi rien ne se
perd. Sans ce médium l'argent calciné (par
l'eau régale) n'est point fusible de lui-même,
se tournant en une matière cassante, comme
une corne, étant blanche, ou d'une couleur
mêlée entre blanc & jaune: c'est pourquoi
les Chimistes l'appellent la corne de Lune, ou
Lune cornue: laquelle beaucoup ce sont essayés
de réduire en corps, de laquelle réduction
nous avons déjà parlé. Si tu n'as point
d'esprit de sel, prends de l'eau régale faite d'eau
forte & de sel armoniac, laquelle fait les mêmes
effets, mais est plus chère. Cette manière
est aussi préférable à toutes les autres, parce
qu'elle est propre à la séparation de quelque
or que ce soit, pourvu qu'il surpasse en poids
la Lune; ce qui est absolument nécessaire dans
la solution qui se fait par l'eau régale.
Mais afin que tu voies la prérogative de cette séparation; remarque un peu quand tu sépares
par l'eau de départ, ou eau forte, il faut
justement que tu mettes deux ou trois parts de
G iij
@

26 La quatrième Partie.
fin argent, contre une de ton or bas: là où
il faut la peine & les frais pour affiner l'argent
pour le fondre & grenailler avec l'or: après
une grande quantité d'eau forte pour dissoudre,
précipiter, édulcorer, sécher, & fondre
une grande quantité d'argent. Considère, je te
prie le travail & les frais de ma séparation,
avec la vulgaire. Quand tu sépares par ciment,
il est besoin d'avoir des boëtes, & un feu continuel
d'un degré, lequel travail est ennuyeux,
à cause du temps & de la dépense pour les
charbons, & doit être fait deux ou trois fois,
eu égard au mélange des scories. Or considère
derechef la peine & les charges de ces deux
séparations. Quand tu sépares par le soufre
& par l'antimoine qui est la meilleure façon,
sans beaucoup de frais, si tu connais comme
quoi il faut séparer l'or de l'antimoine sans
souffler; mais aussi ennuyeuse, à cause de la peine
trois fois plus grande que celle de la nôtre,
& à cause de la difficile séparation de l'or & de
l'argent des scories de l'antimoine. C'est pourquoi
pense bien de quelle façon de séparation
tu désires te servir, certainement tu choisiras la
mienne.
Cette façon de séparation a aussi cet avantage, qu'elle n'a pas besoin d'argent affiné, par
la brûlure, mais seulement de le mettre en grenaille,
le dissoudre, ou séparer par le moyen de
l'eau forte, & quoi que le cuivre mêlé avec
l'argent emporte beaucoup, néanmoins par le
moyen de ce sel il est plutôt précipité: par ce
moyen l'argent doré est plutôt séparé; l'or

@

Des Fourneaux Philosophiques. 27

étant dissous par l'esprit nitreux, & précipité
avec la susdite matière précipitante. Pour la
séparation de l'argent doré, elle se fait par le
moyen de la fonte. Il n'y en a point de plus aisée
à faire que celle qui se fait par le soufre
& par l'antimoine. Car les choses manuelles
étant connues, une grande quantité est séparée
en peu de temps; mais ne connaissant pas
comme il se faut servir de l'antimoine, & du
soufre (pour laquelle chose notre fourneau
est propre) laisse le, & te sert de la façon commune,
c'est pourquoi ne jette pas ta faute sur
mes écrits, que je n'ai mis au jour que pour
ton profit.

La séparation des métaux imparfaits.
L A façon de séparer l'étain du plomb, & le cuivre du fer, sans perte d'aucun des deux métaux, n'a pas encore été connue, &
me semble impossible, à cause de la combustibilité
des deux métaux, & superflue pour le
peu de profit qui ne regarde pas la dépense.
On a cherché longtemps inutilement la façon de séparer l'or & l'argent de l'étain sans
perte. Mais si on examine bien la chose, on
trouvera la possibilité. Et bien que je n'en aie
jamais fait l'épreuve en grande quantité; m'étant
contenté de la précipitation en petite
quantité, je crois pourtant que cela pourrait
réussir en grande quantité, & même avec
beaucoup de fruit, par le moyen d'un fourneau
particulier, dans lequel l'or & l'argent
C iiij
@

28 La quatrième Partie.
étant précipités avec le plomb ou halb Kopf,
par un feu très véhément, l'étain est séparé,
jusques à la dixième partie, & ce résidu doit
être particulièrement réservé. Après quoi il
faut précipiter de nouvel étain dans le susdit
fourneau, & le séparer jusques au résidu du
Régule, lequel doit être ajouté au premier
qui avait été reserué. Et il faut réitérer ce
travail tant qu'on ait une suffisante quantité
de régules qui remplisse le fourneau, laquelle
quantité il faut derechef précipiter;
d'autant que par ce moyen l'or & l'argent sont
réduits à l'étroit, tellement qu'ils sont par
après facilement séparés de l'étain superflu. Je
crois que cette séparation sera fructueuse, lors
qu'il y a peu de déchet du poids, qui s'en va
en cendres & fumée, & l'addition du plomb
ou halb Kopf n'est pas nuisible, pour ce que
l'on a accoutumé d'ajouter l'étain au plomb
halb Kopf, & est derechef séparé. C'est pourquoi
il est bon de séparer la vieille vaisselle, à
cause du mélange du plomb & halb Kopf, &
d'en précipiter l'or & l'argent avec l'addition
du sel, & lors on peut ou vendre ou travailler
derechef le résidu qui n'a été nullement altéré
par le halb Kopf, ce qui à mon avis n'est
pas un petit avantage.

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Des Fourneaux Philosophiques. 29

De la perfection des métaux.
C Ette question n'est pas aisée à décider, vu la diversité des opinions de tant de Siècles, de sorte que la plupart des hommes
ne veulent pas croire la vérité qui a
été publiée par les Philosophes. La principale
raison est, que de cent, à peine s'en trouve-t-il
un qui ne soit réduit à la pauvreté par ce travail.
C'est pourquoi on ne saurait blâmer
les incrédules, là où il n'y a pas apparence de
vérité.
L'expérience néanmoins prouve la possibilité par le moyen de l'art & de la Nature, quoi
que les exemples soient fort rares. Mais quelle
absurdité serait-ce de nier le Ciel & l'Enfer
pour ne les avoir jamais vus? Mais tu me diras
qu'il le faut croire, pour ce que les Prophètes
& les Apôtres nous l'ont révélé; & qu'il
n'en est pas de même de la tradition des Philosophes.
A quoi je réponds, que tous les
Philosophes n'ont pas été Païens, & que
beaucoup de Chrétiens ont écrit touchant
cet art, outre que parmi les Païens il y en
eut de fort gens de bien, qui eussent cru à
l'Evangile, s'il leur eût été annoncé, & qui
ne sont pas si blâmables que nous, qui faisant
profession du Christianisme par nos paroles, le
nions par nos oeuvres. Pourquoi eussent-ils
voulu nous abuser par des mensonges & par
des sottises, dont ils ne pouvaient espérer aucun
profit? vu que même la plupart ont été

@

30 La quatrième Partie.
des Princes fort puissants. Parmi les Chrétiens
il y en a plusieurs qui ont assuré la
vérité de cet art fort religieusement, tels qu'ont
été de grands Prélats, comme Saint Thomas
d'Aquin, Albert le Grand, Lulle, Arnaud, Roger
Bacon, Basile, &c. Comment se peut-il faire
que des hommes pieux eussent voulu abuser
& jeter dans l'erreur la postérité? quand
même les écrits de ces illustres personnages
ne seraient pas en lumière, il y aurait des témoignages
vivants pour la confirmation de cette
vérité. Et je ne doute point qu'il n'y ait des
gens qui possèdent la connaissance de l'art, sans
le publier. Car qui serait l'insensé qui se voudrait
découvrir au monde, pour n'en avoir autre
récompense que de l'envie? quelqu'un me
demandera peut-être pourquoi je prends le
parti de l'art avec tant de chaleur, comme si
j'avais vu ou fait quelque chose? Il est vrai
que je n'en sois jamais venu à la projection, &
que je n'ai point vu de transmutation; toutefois
je suis certain de la vérité, d'autant que
par le moyen du feu j'ai souvent tiré de l'or &
de l'argent des métaux, avec ceux qui ne laissent
aucun or, ni argent dans la coupelle. Ce
n'est pas que par là je veuille entendre qu'un
métal perfectionne l'autre, ou le change en
or & argent. Mais voici mon sentiment:
Comme dans le règne des végétaux l'eau mondifie l'eau, ou le suc par la cuisson, ce qui
arrive dans la purification du miel & du sucre,
ou autre suc végétable, avec de l'eau commune,
& des blancs d'oeufs: il faut avoir la même

@

Des Fourneaux Philosophiques. 31

opinion des sucs minéraux, ou des métaux,
desquels si nous connaissons l'eau & le blanc
d'oeuf propres & convenables à les purger,
nous pourrons sans doute ôter leur impureté,
& réduire de puissance en acte leur or & leur
argent qui est caché en eux comme dans des
cosses noires. Ce qui ne serait pas une transmutation
de métaux, mais seulement une extraction
d'or & d'argent de parmi les ordures.
Tu me demanderas comment l'or & l'argent
se peuvent tirer du cuivre, fer, étain, & plomb
par le moyen de ce lavement, vu qu'il ne s'y
en trouve point par l'épreuve des coupelles?
Nous avons ci-dessus répondu, que l'épreuve
des coupelles n'est pas suffisante pour toutes
sortes de métaux; c'est pourquoi je renvoie
le Lecteur au Livre de Paracelse de la
vexation des Alchimistes, où il trouvera un
autre lavement & purification des métaux, laquelle
n'a pas été comme des anciens mineurs.
Pour exemple: Le mineur trouvant une mine
de cuivre se sert de la méthode qu'il tient des
anciens, & suivant icelle, il la purifie & réduit
en métal: il la brise premièrement en morceaux,
& la brûle pour en ôter le soufre superflu,
puis par la force de la fonte il la réduit
en pierre, laquelle il met derechef au feu, &
par l'addition du plomb, la prive de son or &
argent; ce qui étant fait, il la noircit, puis enfin
la rougit & réduit en cuivre, & par son
dernier travail le rend malléable & propre au
débit. Ensuite le Chimiste tente une autre
séparation, par le moyen de laquelle il en tire

@

32 La quatrième Partie.
l'or & l'argent. Ce que peu de gens savent
pratiquer. Le même Paracelse dit au même
endroit, que Dieu a donné à certaines personnes
une voie plus facile & plus prompte de
séparer l'or & l'argent des métaux imparfaits,
sans la culture des mines, par le moyen de l'art,
laquelle il n'enseigne pas ouvertement, mais il
assure qu'il l'a suffisamment montrée dans
les 7. règles du Livre, auquel il traite de la nature
& propriété des métaux, où tu la peux aussi
trouver.
Cette purification des métaux imparfaits me semble la plus aisée, laquelle j'ai souvent
éprouvée en petite quantité. Et je ne doute
point que Dieu n'en ait encore montré d'autres
voies à d'autres Artistes par le moyen de
la Nature. Pour exemple. Si quelqu'un purgeait
quelque fruit de la terre de ses fèces par
la distillation, de sorte qu'étant dépouillé de
ses impuretés il parut au jour avec un corps
nouveau, & transparent: comme si quelqu'un
distillait par la retorte l'ambre noir & impur,
il se ferait par le feu une séparation de l'eau, de
l'huile, de l'empyreume du sage, du sel volatil,
la tête morte restant au fond de la retorte. Et
par ce moyen en peu de temps, sans beaucoup
de frais, l'ambre serait notablement altéré &
corrigé, quoi que l'huile soit impure & fétide:
que si on la distille derechef avec quelque eau
mondifiante, comme l'esprit de sel dans une
retorte de verre neuve & bien nette, il se fera
une nouvelle séparation, & l'huile en sortira
beaucoup plus claire, les fèces demeurant au

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Des Fourneaux Philosophiques. 33

fond de la retorte avec la puanteur, & l'on
peut derechef par deux ou trois fois la rectifier
avec de nouvel esprit de sel, tant qu'elle parvienne
à la clarté de l'eau, & a une odeur agréable
pareille à celle du musc & de l'ambre.
Cette transmutation d'une chose dure en fait une molle liquide, & oléagineuse, laquelle
toutefois peut derechef être coagulée, & reprendre
sa première forme, en la manière suivante.
Prends de l'huile susdite parfaitement
purifiée, ajoutes y de nouvel esprit de sel,
mets-là en digestion, & elle attire assez de sel
pour sa coagulation & pour acquérir la dureté
de l'ambre d'une couleur excellente &
diaphane, dont demie once sera plus précieuse
que des livres entières de l'ambre noir; dont
à peine dans la purification a-t-il resté la huitième
ou dixième partie, les impuretés superflues
en étant ôtées.
C'est ainsi qu'il faut procéder à la purification & correction des métaux, pourvu qu'on
eût connaissance de la manière de les purifier
par la distillation, sublimation, & re-coagulation.
Mais tu me diras que les métaux ne
peuvent pas être purifiés par la distillation de
même que les végétaux. A quoi je ne veux
qu'opposer notre premier fourneau, qui n'a
pas été inventé pour les rustiques, mais bien
pour les Chimistes qui travaillent à la purification
des métaux. Et comme le moyen de les
perfectionner a été prouvé par deux exemples,
ainsi montre qu'on les peut aussi perfectionner
par la fermentation. Car comme le ferment

@

34 La quatrième Partie.
nouveau peut fermenter les sucs végétables,
lesquels sont purgés de leurs fèces, comme
il se voit dans le vin, bière & autres liqueurs,
dont la perfection ne se fait que par la
fermentation, sans laquelle ils ne pourraient
pas durer longtemps, comme ils font par
après durant quelques années; pareillement si
nous savions les fermentations propres des
métaux: certes nous pourrions les purger &
perfectionner, de sorte qu'ils ne seraient plus
sujets à la rouille, & résisteraient au feu, & à
l'eau, étant nourris & élevés dans le feu, &
dans l'eau. Aussi le monde qui périt autrefois
par l'eau, doit périr par le feu, & il faut que
nos corps se pourrissent, & soient clarifiés par
le feu, avant que de venir devant Dieu. Voilà
pour la fermentation des métaux, lesquels sont
aussi purifiés & corrigés à la façon du lait exposé
à la chaleur, dont la meilleure partie, qui
est la crème dont se fait le beurre, est séparée
en haut de la sérosité du fromage: & plus le
lieu est chaud, plus est hâtée la séparation. Il
en est de même de celle des métaux: lesquels
étant mis en un lieu de chaleur convenable
(je suppose qu'ils aient été auparavant réduits
en substance de lait) sont séparés d'eux-
mêmes sans addition d'aucune chose étrangère
par succession de temps, les parties les plus
nobles se séparant des moins nobles, & découvrant
un grand trésor. Et comme en Hiver
faute de chaleur le lait ne se sépare qu'avec
difficulté, il en est de même des métaux, s'ils
ne sont pas aidés par le feu. Cela se voit dans

@

Des Fourneaux Philosophiques. 35

le fer, lequel à la longue se convertit en or
sous la terre sans l'assistance de l'art. Car on
trouve souvent des mines de fer remplies de
petites veines d'or très agréables à la vue, lesquelles
ont été séparées d'un soufre grossier
terrestre, & *immeur, par la force de la chaleur
centrale. Et dans ces mines ordinairement
il ne se trouve point de vitriol du tout, qui soit
séparé de son contraire, & perfectionné. Or
il faut un longtemps pour faire cette séparation
souterraine, laquelle l'art peut faire en
peu de temps, comme nous faisons le beurre
durant l'Hiver, exposant le lait à la chaleur
pour en séparer la crème en peu de temps; ce
que nous avançons par la précipitation faite
avec des acides mortifiant le sel urineux du
lait; & par ce moyen tous les principes sont
séparés chacun à part, savoir le beurre, le fromage,
& la sérosité. Ainsi en peu d'heures se
peut faire la séparation, laquelle autrement
sans les acides ne se ferait qu'en l'espace de plusieurs
semaines. Si cela est possible dans les
végétaux & dans les animaux, pourquoi ne le
fera-t-il pas dans les minéraux? pourquoi dans
le fer, dans le plomb, dans le cuivre, & dans l'étain,
ne se trouvera-t-il pas de l'or & de l'argent,
quoi qu'ils ne paraissent pas? Pourquoi
veut-on ôter toute sorte de bonté aux métaux
imparfaits, puisqu'on l'accorde aux végétaux,
& aux animaux qui ne les égalent pas en
durée? La Nature cherche toujours la perfection
de ses ouvrages; or les bas métaux sont
imparfaits, pourquoi donc l'art n'aidera-t-il

##Note :*immeur: Non mûr.
#

@

36 La quatrième Partie.
pas la Nature pour les perfectionner? Mais il
faut particulièrement remarquer le lien des
parties métalliques, lequel étant rompu, les
parties sont séparées. Le sel urineux est le lien
des parties qui composent le lait, lequel doit
être mortifié par l'acide, qui est son contraire,
pour la séparation. Or les parties du fer
sont liées par le sel vitriolé, lequel doit être
mortifié par son contraire, qui est le sel urineux
ou nitreux, pour la séparation. Celui donc qui
saura ôter le sel superflu du fer, soit par la
voie humide, ou par la sèche, il aura sans doute
un fer qui ne sera pas aisément sujet à la
rouille. Le feu aussi a une puissance incroyable
dans la transmutation des métaux. L'acier ne
se fait-il pas du fer par le moyen du feu, & le
fer de l'acier par un procédé différent? L'expérience
journalière nous apprend les diverses
transmutations & corrections par le moyen du
feu. Pourquoi le Chimiste expérimenté n'en
fera-t-il pas autant? qui aurait jamais cru qu'il
y eut un oiseau vivant caché dans un oeuf, &
dans le grain une herbe qui dût avoir des
feuilles, des fleurs, & de l'odeur? Pourquoi
donc les métaux *embryonnés qui n'ont pas
encore atteint leur perfection, ne pourront-ils
pas l'atteindre par l'assistance de l'art? Une
pomme verte & non encore mûre, n'est-elle
pas mûrie par la chaleur du Soleil? C'est à
quoi des esprits curieux ayant pris garde, ils
ont imité la Nature, & trouvé que certains métaux
qui n'étaient pas encore détruits par la
violence du feu, sont devenus plus riches &
plus
##Note :*embryonnés: Métaux embryonnaires (voir Livre 4. Page 56. Ligne 6.)..
#

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Des Fourneaux Philosophiques. 37

plus précieux par une douce chaleur; de sorte
qu'étant fondus après la digestion, ils ont
donné le poids double d'or & d'argent. Moi-
même j'ai vu une mine de plomb commune
mise en digestion par la manière susdite, laquelle
n'en devint pas seulement plus riche en
argent; mais encore il se trouva qu'elle contenait
de l'or, qu'auparavant on ne luit avait
point trouvé dans l'examen ordinaire. Et ce
travail peut être fait même en grande quantité,
ce qui apporterait indubitablement beaucoup
de profit à ceux qui possèdent des mines
de plomb. Or sache que toute mine de plomb
ne devient pas riche d'or par ce moyen, mais
que l'expérience nous fait voir, qu'elle est
toujours riche d'argent.
Il y a mille autres secrets qui paraissent incroyables aux ignorants. Que si nous étions
plus curieux à feuilleter le Livre de la Nature
que Dieu même a écrit de sa main propre
dans les pages des 4. Eléments, nous découvririons
beaucoup d'autres merveilles: mais les
arts & les richesses ne s'acquièrent pas par l'oisiveté:
au contraire, par le travail & par l'industrie.
C'est pourquoi prie & travaille. Les
métaux se perfectionnent aussi par le moyen
de la graduation semblable au germe. Car il
est évident qu'un greffon d'un bon arbre mis
sur un sauvageon, fait qu'il porte ensuite des
fruits non sauvages, mais excellents, convenables
à l'espèce de l'arbre dont le greffon a été
pris. Comme l'on voit dans le fer qui a été
dissous dans un esprit acide, fermenté par
4. Part. D
@

38 La quatrième Partie.
Vénus, & transmué en cuivre: Et par ce moyen
le cuivre serait transmuable en argent, l'argent
en or, si l'on connaissait bien la manière d'approprier
la fermentation; de même que la
chaleur naturelle change dans l'estomac la
nourriture par la digestion, faisant dans celui
d'un cheval ou d'un boeuf de la chair, de l'herbe
qu'ils ont mangée.
Les meilleures parties peuvent aussi être séparées des plus viles par la vertu attractive des
semblables, comme il se voit dans un métal
abondant en soufre, auquel si on ajoute
du fer dans la fonte, le soufre quitte son métal,
qui est rendu plus pur par ce moyen, & s'associe
avec le fer, avec lequel il a une plus grande
affinité, & familiarité qu'avec son propre
métal. Pour exemple, si on ajoute du fer dans
le flux d'une mine de plomb abondant en soufre,
le métal fondu est rendu malléable, lequel
autrement fût sorti de la mine, noir &
friable. Et si nous avions encore connaissance
de quelqu'autre chose pour ajouter à la fonte
des métaux malléables, pour en ôter le soufre
superflu, *immeur & combustible, sans
doute on les rendrait encore plus. Faute de
cette connaissance les métaux demeurent dans
leur impureté naturelle. Et certes Dieu a bien
fait de nous la cacher, comme il a toujours
bien fait dans le reste de ses oeuvres. Car si les
avares en savaient le secret, ils achèteraient
tout le plomb, étain, cuivre & fer pour en séparer
l'or & l'argent, tellement que les pauvres
gens rustiques à peine trouveraient-ils des

##Note :*immeur: Non mûr.
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 39

instruments métalliques qui leur sont nécessaires.
Ainsi Dieu n'a pas voulu que tous les métaux
fussent changés en or.
Après avoir donné la similitude d'ôter le soufre superflu de certains métaux dans la
fonte, pour conserver les parties les plus pures;
aussi on donne une autre manière de séparer les
parties pures d'avec les impures, par la force
attractive des semblables, les parties impures
hétérogènes étant rejetées. Ce qui peut
être démontré, tant par la voie humide, que
par la voie sèche. Exemple de la voie humide.
Si on ajoute du mercure vif à de l'or ou à de l'argent impur dissousadans son propre menstrue,
ce mercure attire à soi l'or & l'argent
invisible mêlé dans l'impureté, & s'associe celui
qui est le plus pur. Cette séparation se fait
fort promptement. Le mercure en fait de même
dans la voie sèche: lors qu'une terre contenant
de l'or ou de l'argent est humectée par
une eau acide, & sont broyés ensemble, tant
que le mercure ait attiré la meilleure partie.
Ce qui étant fait, il faut laver avec eau commune
la terre morte qui reste, & après avoir
séché le mercure le séparer de l'or & de l'argent
qu'il avait attirés en le passant au travers
d'un cuir. Or le mercure n'attire de la terre
pour une fois qu'un métal, voire le meilleur,
lequel étant séparé, il en attire un autre la seconde
fois. Pour exemple. S'il y avait dans
une terre de l'or, de l'argent, du cuivre, & de
fer cachés; le Mercure attirerait l'or, la première
D ij
@

40 La quatrième Partie.
fois; la seconde, l'argent, le cuivre & le
fer difficilement, à cause des impuretés; l'étain
& le plomb facilement. Mais l'or plus
facilement que tous les autres, à cause que
l'or par sa pureté, est très semblable au mercure.

Autre démonstration par la voie sèche.
M Ets une coupelle sous la tuile avec du plomb, auquel ajoute un grain de très pur or, pesé exactement, fait fulminer l'or dans
la coupelle & le plomb entrera dans la coupelle,
laissant l'or pâle dans la coupelle, la cause
de cette couleur pâle n'étant autre que le
mélange de l'argent attiré du plomb par l'or.
Mais tu me diras, que tu sais bien que l'or
fulminé avec le plomb, est rendu plus pâle &
plus pesant, à cause de l'argent qui était dans
le plomb & qui a été laissé avec l'or dans l'examen,
augmentant son poids, & le faisant
pâlir. Mais je réponds, qu'encore que le
plomb laisse quelque peu d'argent dans l'examen
à la coupelle, se mêlant avec l'or qui lui
a été ajouté, augmentant le poids de l'or, &
altérant sa couleur, il se prouve toutefois par
le poids, que le plomb mêlé avec l'or en laisse
plus que sans l'or. Par là on voit donc que
l'on attire des autres métaux son semblable,
qui augmente son poids. L'or fait aussi ce même
effet dans la voie humide: car s'il est

@

Des Fourneaux Philosophiques. 41

dissous dans un menstrue convenable, avec le
cuivre, & mis en digestion, il attire l'or séparé
du cuivre. Lequel travail, quoi qu'il ne se fasse
pas avec profit, néanmoins marque la possibilité.
Mais si on connaissait un menstrue
qui augmentât la force attractive de l'or, &
diminuât la rétentrice du cuivre, sans doute
on en pourrait attendre quelque profit; &
certes davantage, si l'or & le cuivre étaient
fondus ensemble avec un menstrue minéral
sec; par laquelle manière le poids de l'or serait
augmenté selon Paracelse disant, que les
métaux étant fondus ensemble à feu violent
continué quelque temps, les imparfaits s'évanouissent,
& les parfaits demeurent en leur
place.
Ce travail étant dûment fait n'est pas sans profit. Car j'avoue ingénument, que j'ai
quelquefois essayé de vouloir rendre la Lune
compacte par le moyen de Mars, & dans cette
rencontre l'or m'a donné par le moyen de
Mars un accroissement considérable de bon
or, au lieu de la Lune fixe que je cherchais.
De cette manière il arrive souvent aux Artistes
quelque chose d'inopiné, lors qu'il n'examinera
pas bien la chose. C'est pourquoi travaillant
sur les métaux, prends bien garde quand
tu trouveras quelque augmentation, pour en
rechercher l'origine. Car plusieurs s'imaginent
travaillant longtemps sur la Lune,
& sur Mars avec la pierre sanguine, l'aimant,
l'émeri, la pierre calamine, le talc rouge,
les grenats, l'antimoine, l'orpiment, le
D iij
@

42 La quatrième Partie.
soufre, les pierres à feu, & qui contiennent
de l'or mûr, & *immeur, volatil, & fixe, trouvant
de bon or dans l'examen, que cet or a été fait
par le moyen de la Lune & des minéraux susdits.
Ce qui est faux. Car la Lune a attiré de
ces minéraux l'or volatil qui y était caché. Je
ne veux pas néanmoins nier la possibilité de
la transmutation de la Lune, comme étant
intrinsèquement très semblable à l'or; mais
non pas par le moyen du ciment avec les minéraux
susdits, d'autant que cet or ne provient
point de la Lune, mais des minéraux,
desquels il est attiré par la Lune, Ce travail
est comparé à la semence jetée dans une bonne
terre, dans laquelle pourrissant, elle attire
son semblable par sa propre force, dont il multiplie
au centuple. Or dans cette opération, il
faut humecter la terre métallique d'eaux métalliques
appropriées, ce qui s'appelle incération.
Autrement la terre serait stérile. Il faut
que ces eaux soient amies de la terre, afin
qu'étant unies, elles composent une certaine
graisse. Comme il se voit dans une terre sèche,
& sablonneuse, étant arrosée de la pluie, laquelle
ne peut pas produire des fruits convenables
à la semence, d'autant que la chaleur du
Soleil consume le peu d'humeur qu'elle a, &
brûle la semence: mais si on y mêle du fumier,
elle retient l'humidité, en telle sorte
qu'elle n'est pas si aisément consumée par la
chaleur du Soleil. Par la même raison, il faut
aussi que ta terre & ton eau soient unies, de
peur que ta semence soit brûlée. Si ce travail

##Note :*immeur: Non mûr.
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 43

est bien exécuté il ne sera pas inutile, ayant besoin
d'une extrême diligence pour entretenir
la terre de la chaleur, & de l'humeur nécessaire.
Car par la trop grande humidité la terre
est submergée, & si elle en manque, l'augmentation
est empêchée. Cette opération est une
des meilleures par lesquelles je tire l'or & l'argent
des métaux les plus vils, étant nécessaire
d'avoir des vaisseaux qui retiennent la semence
avec la terre & l'eau dans une chaleur convenable.
Je ne doute point que ce travail ne se
puisse faire en grande quantité, croyant fermement
que les métaux imparfaits, & particulièrement
le Saturne, peuvent être mûris en or,
& en argent, & même en une bonne Médecine.
Le Chimiste doit se servir prudemment de
ce don de Dieu qui lui est un grand soulagement.
Dieu ne veut pas que tous ses dons soient
communs: car il m'est arrivé qu'ayant inventé
quelque chose de rare, & le voulant communiquer
à un de mes amis, non seulement
je ne lui pus jamais enseigne, mais encore,
je ne l'ai pu depuis exécuter, pour moi-même.
C'est pourquoi ce n'est pas sans raison
que les autres sont si circonspects à écrire des
choses hautes, d'autant qu'il y en a plusieurs
qui tâchent d'attraper les secrets par toutes
sortes de voies. Il est donc plus sûr de se taire,
& d'obliger le monde à chercher & expérimenter
les peines & les frais qui sont nécessaires
pour les choses hautes & difficiles. Cela
est cause que je prie tous les hommes de quelque
condition qu'ils soient, de ne me plus accabler
d iiij
@

44 La quatrième Partie.
de demandes, comme si j'étais possesseur
de montagnes d'or. Je n'ai jamais fait
d'essai en grande quantité, & j'ai seulement
voulu chercher la vérité & montrer la possibilité.
Un autre pourra faire l'essai en grande
quantité en ayant l'occasion favorable. Pour
moi qui ne l'ai pas, j'attends le secours divin
pour recueillir le fruit de mes travaux.
Les métaux sont aussi altérés par une autre voie, à savoir par le moyen d'un esprit teignant
& métallique, comme il se voit en l'or
fulminant étant par diverses fois allumé sur
une lame de métal nette & polie, lui imprimant
sans l'endommager une teinture d'or
très profondément, en sorte qu'une aiguille
en peut faire l'épreuve. Il en arrive le même
dans la voie humide, lors que les métaux en
lames étant mis sur un esprit graduatoire fait
de nitre, & de certains minéraux, & étant pénétrés
par ledit esprit, acquièrent une autre
espèce qui lui est convenable. Que si quelqu'un
doute de la graduation métallique faite
avec l'or fulminant, il en sera assuré en allumant
souvent l'or fulminant récent sur une
même lame, car il verra, que ce n'est pas une
apparence de métal doré extérieurement, mais
teint & perfectionné profondément. D'où on
voit clairement l'action & la passion mutuelle
des métaux subtilisés; car la puissance des esprits
est grande & incroyable à celui qui n'est
pas expérimenté. Cette graduation des métaux
inférieurs n'est pas seulement confirmée
par les Philosophes anciens & modernes, mais

@

Des Fourneaux Philosophiques. 45

encore par les mineurs qui savent par expérience,
que les vapeurs minérales transforment
les métaux vils & imparfaits en meilleurs,
témoin Lazare Ercker, qui assure
que dans les eaux vertes salées le fer se change
en cuivre naturel & bon; & qu'il a vu une fosse,
dans laquelle les clous de fer, & autres
choses qu'on y jetait, se convertissaient en
bon cuivre par la pénétration de l'esprit de
cuivre. Je confesse que les solutions métalliques
précipitées sur les lames de certains métaux
s'attachent à elles, & leur donnent la
teinture de l'or & de l'argent, ou du cuivre.
Car il est manifeste que le fer jeté dans de
l'eau vitriolaire, ne se change pas en cuivre,
mais attire le cuivre de l'eau; de quoi nous ne
traitons pas ici, assurant la possibilité de la
transmutation métallique par l'esprit teignant
& pénétrant. Et partant j'assure derechef,
que les esprits métalliques ont une grande
vertu. N'est-il pas vrai que les Provinces entières
soient quelquefois détruites par l'inondation
qui emporte les Villes entières? L'air ne
peut-il pas aussi faire d'étranges ravages, lors
qu'étant enclos dans la terre, il excite des tremblements
à quelques milles à l'entour, emportant
les Villes & les montagnes avec la ruine
d'une infinité d'hommes, ce qui se fait naturellement.
Le vent qui est artificiellement excité
par le nitre fait bien d'autres effets. Quoi
que les éléments corporels aient une si grande
puissance, ils ne sauraient toutefois pénétrer
les métaux sans lésion, non plus que les pierres,

@

46 La quatrième Partie.
& le verre qui sont facilement pénétrés par
le feu, dont la force est ouverte & non cachée.
Pourquoi donc aussi les métaux compacts ne
seront-ils pas pénétrés par un esprit métallique
par le secours du feu, & transformés en
une autre espèce comme il a été dit de l'or
fulminant, de l'eau graduatoire? C'est pourquoi
il ne faut pas douter de la vertu de l'esprit
teignant & transmuant les métaux imparfaits
en plus nobles & plus précieux.
Les métaux peuvent aussi être purifiés par le même moyen que le tartre, le vitriol, & les
autres sels, savoir par le moyen d'une eau copieuse.
Car il est constant que le vitriol est
purgé par le mélange du fer & du cuivre, après
qu'il a été dissous dans une grande quantité
d'eau, & après coagulé, tellement qu'il devient
blanc comme l'alun: laquelle purification n'est
que la séparation du métal d'avec le sel, faite
par la quantité d'eau qui débilite le sel, tellement
qu'il ne peut plus retenir le métal mêlé,
lequel est précipité comme une chose limoneuse,
laquelle n'est pas inutile, étant la
principale partie du vitriol, d'où vient la Verdeur,
le cuivre, le fer & le soufre. Et comme
par la séparation les métaux qui sont plus
parfaits que les sels, sont tirés des sels du vitriol,
il en faut dire autant des métaux, lors
que la partie plus noble est séparée par la précipitation.
Quant au tartre, il est vrai qu'il
est purifié par l'addition de quantité d'eau, mais
sa principale partie n'est pas précipitée comme
dans le vitriol, au contraire, c'est la partie la

@

Des Fourneaux Philosophiques. 47

plus vile par sa noirceur & par ses fèces. Remarque
cet exemple. Le tartre commun est
rendu très pur, & très blanc par une fréquente
solution faite avec suffisante quantité d'eau,
& par la coagulation, d'autant qu'en chaque
solution faite avec eau claire & nette, il devient
toujours plus pur: & par ce moyen non
seulement le tartre blanc, mais le rouge & féculent
est réduit en cristaux transparents, &
même fort promptement par le moyen de
certaine précipitation, sa limosité n'étant qu'une
chose insipide, morte, inefficace, mêlée
avec le tartre dans la coagulation faite dans les
tonneaux; puis séparée derechef par la force
de la solution.
Ces exemples des deux sels, du vitriol & du tartre ne sont pas ici rapportés sans cause,
pour ce qu'ils montrent la différence de la précipitation:
car en certains métaux la partie la
plus vile est séparée par la précipitation; en
d'autres la partie la plus noble, selon la prédominance
de l'une ou de l'autre partie.
Dans le vitriol sa partie la plus noble (le cuivre & le fer) est sa plus petite portion, laquelle
est précipitée & séparée par sa partie la
plus vile & la plus copieuse, qui est le sel. Dans
le tartre sa partie la plus vile & la plus petite est
précipitée & séparée par la partie la plus grande
& la plus noble étant clarifiée. Il en arrive
de même dans les métaux. Et partant chacun
doit bien considérer en faisant sa séparation,
laquelle partie du métal, la plus noble ou la
plus vile doit être précipitée. Sans quoi personne

@

48 La quatrième Partie.
ne se doit mêler de ce travail: que l'artiste
aussi qui attend quelque utilité se donne
bien garde des eaux corrosives, comme eau
forte, eau régale, esprit de sel de vitriol, d'alun,
de vinaigre, &c. dans la solution, d'autant
que les choses susdites gâtent & détruisent
tout: ajoutant foi à ces paroles. Des métaux,
par les métaux, & avec les métaux, les
métaux sont perfectionnés. Ils le sont aussi
par le nitre qui brûle le soufre superflu
combustible.
Toutes les susdites perfections des métaux sont particulières, car toute Médecine tant humaine
que métallique, purge, sépare & perfectionne
en ôtant le superflu. Mais la Médecine
universelle opère ses perfections & améliorations
par la fortification & multiplication de
l'humide radical, tant animal que métallique,
lequel chasse après son ennemi par sa force
naturelle. Mais tu me diras, tu nous proposes
de beaux exemples, & non la manière d'opérer.
Je réponds, que je t'ai enseigné plus que
tu ne penses. Car je suis assuré qu'après ma
mort mes Livres seront plus estimés, par lesquels
on verra que je n'ai point cherché une
vaine gloire: mais l'utilité de mon prochain
autant que j'ai peu. Mais ne t'imagines pas
d'abuser de ma facilité, & que je veuille m'attirer
de la peine & de l'importunité. Car je ne
peux pas satisfaire aux demandes, ni répondre
aux lettres de chacun, ni enrichir tout le
monde. Car quoi que j'aie acquis beaucoup
de connaissance, par la grâce de Dieu, & que

@

Des Fourneaux Philosophiques. 49

j'aie expérimenté la vérité dans une petite
quantité, je n'en suis pas venu à l'essai dans
une grande pour acquérir des richesses, m'étant
contenté de la bénédiction divine.
Cela suffira touchant les particulières améliorations des métaux, selon mon expérience.
Quant à cette Médecine universelle dont on
a tant parlé, je n'en puis juger comme d'une
chose connue, mais j'en soutiens seulement la
possibilité à raison de ces particulières transmutations
des métaux. Il se faut contenter de
la science que Dieu nous donne & quelquefois
il vaut mieux savoir peu, que d'être orgueilleux,
& ressembler au Diable qui est l'auteur
de la superbe.

De la pierre Philosophale.
L A Médecine universelle portant les hommes & les métaux en un haut degré de perfection, & sa possibilité n'a pas seulement
été crue depuis beaucoup de Siècles par plusieurs
fameux, mais aussi elle a été prouvée,
par beaucoup de personnages, Juifs, Païens, &
Chrétiens, sur quoi on a écrit un grand nombre
de Livres en divers langages faux & véritables;
& il n'est pas besoin d'y rien ajouter
du mien; vu que je suis tout à fait ignorant,
quoi que j'aie ouï dire quelquefois qu'en divers
endroits les métaux vils & abjects ont été
changés en pur or, particulièrement le plomb,
ayant été préparé par une Médecine artificielle:
néanmoins j'ai laissé cette sorte de discours

@

50 La quatrième Partie.
en sa valeur, résolu de n'entreprendre jamais
un tel travail, étant instruit par l'exemple
des autres hommes, tant de haute que de
basse qualité, doctes & ignorants, perdant leur
temps & leurs biens en cet art; mais je suis
plutôt persuadé, qu'une telle Médecine universelle
ne peut être trouvée dans le Monde.
Quoi que j'aie vu beaucoup de choses en
mes travaux qui m'y oblige, néanmoins je
n'ai jamais osé entreprendre ce travail, manquant
d'opportunité & de lieu; jusqu'à ce qu'à
la fin une croyance de la possibilité soit venue
entre mes mains, cherchant quelque autre
chose de petite valeur. Car j'ai beaucoup dépensé
& travaillé par plusieurs années pour
extraire la teinture du sel de l'or, pour en faire
une Médecine, ce que j'ai à la fin obtenu, là
où j'ai observé, que ce qui reste de l'or, après
que l'âme ou meilleure partie est extraite, n'est
plus or, & ne résiste plus au feu. De quoi je
conjecture, que si une telle extraction était
derechef fixée, elle perfectionnerait les métaux
imparfaits, & les changerait en pur or.
Mais je n'ai pas aussi pu faire l'essai de la vérité
des opinions que j'avais conçues, demeurant
à présent dans un pays étranger;
c'est pourquoi contre ma volonté, quelque
avide que je fusse de nouveauté, j'ai été forcé
de m'abstenir du travail. Et dans le même
temps considérant les opinions des Philosophes
concernant leur or, non le vulgaire, pour
préparer avec icelui la Médecine universelle.
J'ai derechef versé un certain vinaigre philosophal

@

Des Fourneaux Philosophiques. 51

sur le cuivre pour en extraire la teinture;
où presque tout le cuivre est devenu une
terre blanchâtre séparée de sa teinture en digestion,
laquelle terre il m'a été impossible de
réduire derechef en corps métallique par aucune
voie.
Cette expérience m'a derechef confirmé la possibilité de cette Médecine. Et quoi que je
n'aie jamais suivi ce travail, néanmoins je
ne doute point que ce ne soit une véritable
Médecine humaine, quoi que non métallique,
qui peut être faite par un diligent Artiste. L'âme
donc avec tous les attributs métalliques
consiste en une si petite quantité, qu'elle est
à peine la centième partie du poids, laquelle
étant extraite & séparée le corps qui reste
n'est plus métal, mais une terre morte; il n'y a
point de doute qu'étant fixée derechef, elle
peut perfectionner d'autres corps métalliques.
C'est pourquoi je suis absolument persuadé
par les raisons susdites, que cette Médecine
peut être faite avec des choses minérales &
métalliques dans la fonte, changeant les métaux
imparfaits en parfaits. Mais ne pense pas que
j'écrive ces choses pour faire croire que l'or
ou le cuivre soient la matière de cette Médecine,
ce que je ne dis pas, connaissant bien qu'il
y a d'autres sujets aisés à trouver qui abondent
en teintures.
Quoi que cette Médecine soit rare & difficile à obtenir, néanmoins l'art & la Nature
n'en doive pas être blâmés: mais au contraire,
nous qui sommes convoiteux, orgueilleux

@

52 La quatrième Partie.
& impies: car l'homme méchant n'est
pas digne de cet art, ni ceux qui méprisent
Dieu & sa parole, ni les envieux du bien de
leur prochain. Tu dis, ceci est le travail de la
Nature & de l'art, c'est pourquoi nous ne le
devons pas attribuer à notre vie, ayant été
donné aux Païens, lesquels n'étaient pas à
comparer à nous pour la piété comme n'ayant
pas la véritable connaissance de Dieu. C'est
pourquoi ma vie (quoi qu'impie) ne me peut
empêcher: d'autant que cet art consiste en la
connaissance des choses naturelles. Je réponds,
ô petit compagnon! tu es entièrement trompé;
penses-tu que les Philosophes Païens ne
connussent point le vrai Dieu, ils avaient
plus de connaissance de Dieu que tu n'as; car
quoi que Christ ne leur fut pas prêché, néanmoins
ils l'ont connu par la Nature; & selon
l'ordre de cette connaissance, ils ont gouverné
leurs vies, obtenant ce don de Dieu, afin qu'ils
ne l'employassent pas à un mauvais usage, mais
au profit de leur prochain. Et toi qui te persuades
de surpasser ton prochain en science,
voyant le fétu qu'il a dans l'oeil, & non la poutre
qui est dans le tien qui employant ta vie
en prodigalité, superbe, envie, médisance, &
autres plaisirs nuisibles & mauvais, penses-tu
en toi-même d'être caché à l'oeil de Dieu, de
sorte qu'il ne puisse t'attraper? Certes une si
grande chose n'est pas donnée de Dieu aux
envieux, superbes, & faux Chrétiens. C'est
pourquoi chacun se doit particulièrement
examiner soi-même auparavant que d'entreprendre
prendre
@

Des Fourneaux Philosophiques. 53

un tel travail, & voir s'il vient avec
les mains nettes ou sales: car il est très certain
& véritable, que jamais un homme de mauvaise
conscience n'obtiendra ce don, lequel est
de Dieu seul, & non de l'homme.
Ainsi tu as entendu mon opinion de la Médecine universelle, avec mes expériences sur
l'or, cuivre, & autres métaux & minéraux, ce
que je ne prêche pas pour Evangile, d'autant
que c'est une chose humaine d'errer.
C'est pourquoi il n'y peut avoir aucune assurance, auparavant la fin, accomplissement
& perfection: éprouver même une ou deux
fois pour une assurance certaine. Car il est
bon d'éprouver souvent une excellente voie
qui a déjà été trouvée, ce qui est sans doute
arrivé aussi bien à d'autres qu'à moi. Il ne faut
pas donc triompher avant la victoire, vu les
empêchements qui rendent notre espérance
vaine: mais au contraire, Dieu doit être invoqué
en nos labeurs, afin qu'il lui plaise de les
bénir, afin que nous usions bien de ses dons en
cette vie, comme bons ménagers, pour après
recevoir la récompense de nos travaux, veilles
& soins, principalement le salut éternel par sa
pure miséricorde.
4. Part. E
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54 La quatrième Partie.
Savoir si les minéraux, comme l'antimoine, Arsenic, Orpiment, Cobalt, Zinc, Soufre, &c. peuvent être transmués en métaux, & en quels.
I L y a déjà longtemps qu'on dispute parmi les Chimistes, savoir si les susdits minéraux procèdent des mêmes principes que les métaux,
& s'ils doivent être comptés pour métaux:
dans laquelle controverse ils ne se sont
pas accordés encore jusqu'à ce jourd'hui, car
lors que l'un approuve ceci, un autre le dénie,
de sorte qu'une personne qui étudie en la
Chimie, ne sait de quel côté se tourner.
Or cette connaissance n'étant pas de petite importance, concernant la purification des
métaux. Je veux aussi mettre mon opinion
fondée sur l'expérience, pour la satisfaction de
ceux qui doutent. La simplicité de ces gens-là
est grande, lesquels ne veulent pas que le commencement
des métaux & des minéraux soit une
même chose, disant que si les minéraux sont
changés en métaux par la Nature, certainement
il y a longtemps que cela serait fait: mais jamais
cela n'a été, comme l'expérience le témoigne:
car les minéraux durables & permanents
ne sont jamais changés en métaux. Je
réponds, que les métaux croissent d'une façon,
& les végétaux d'une autre, étant promptement
nés, & derechef promptement morts.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 55

Il n'est pas le même des métaux, car toutes
choses qui durent longtemps ont une longue
digestion, selon le dire. Ce qui est promptement
fait, est promptement fini. Ceci doit
être entendu non seulement des végétaux &
des minéraux, mais aussi des animaux, comme
il appert par la naissance de certains végétaux,
qui viennent en l'espace de six mois en leur perfection,
& périssent aussi promptement: là où
ceux qui requièrent un plus longtemps de
digestion & perfection sont de plus longue durée.
Un champignon qui croît en l'espace
d'une ou deux nuits, d'un bois pourri, finit aussi
promptement. Mais non pas les chênes, les
boeufs, & chevaux qui viennent en l'espace de
deux ou trois ans à leur perfection, vivent rarement
plus de vingt ou vingt-quatre ans.
Mais à l'homme il est requis vingt-quatre ans
pour sa perfection, il vit soixante, quatre-vingts
ou cent ans. De sorte que nous devons concevoir
le même des métaux auxquels est requis
beaucoup d'âges: comme aussi un longtemps
pour leur digestion & perfection. C'est
pourquoi comme les métaux doivent avoir un
fort longtemps pour leur digestion & pour
leur perfection: il n'est pas octroyé à l'homme
de pouvoir voir leur commencement &
leur fin, la transplantation des minéraux en
métaux par la Nature ne peut être niée, particulièrement
à cause que dans la mine des métaux,
principalement des imparfaits, on y
trouve aussi les minéraux: c'est pourquoi quand
les mineurs des minéraux en trouvent, ils ont
E ij
@

56 La quatrième Partie.
bonne espérance de trouver des métaux, lesquels
ils appellent couvertures, car rarement
trouve-t-on des métaux sans minéraux,
ou des minéraux sans métaux: & même on
ne trouve jamais de minéraux sans or, ou argent;
c'est pourquoi les minéraux sont proprement
appelés embryons des métaux, à cause
que par le moyen de l'art & du feu, on en tire
une bonne partie d'or & d'argent par la fusion.
Que s'ils ne sortaient pas d'une même
racine métallique, d'où viendrait cet or, & cet
argent? car d'un boeuf il n'en provient pas un
enfant, ni d'un homme un veau, & toujours
le semblable produit son semblable.
Les minéraux donc ne sont comptés que pour des fruits verts & non mûrs, eu égard
aux métaux, n'ayant obtenu leur maturité &
perfection, ni la séparation de leur terre sulfureuse:
car comme quoi par le moyen de la
chaleur pourrait sortir un oiseau d'un oeuf, s'il
n'était prédestiné pour la génération de l'oiseau:
nous devons entendre de même des minéraux,
lesquels s'ils étaient privés de la Nature
métallique, comment les métaux en seraient-ils
produits par le moyen du feu? Mais
tu dis que tu n'as jamais vu que les métaux
parfaits aient été produits des imparfaits,
c'est pourquoi il n'est pas vraisemblable, &
tu n'en crois rien. A quoi je réponds, qu'il y
a encore beaucoup de choses cachées à plusieurs
qui les nient, déniant malicieusement
& follement. Car l'expérience journalière
nous témoigne, que les métaux & minéraux

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Des Fourneaux Philosophiques. 57

vils & abjects, en leur ôtant leur soufre superflu
(de quelle façon que cela se fasse) obtiennent
un plus grand degré de perfection:
pourquoi donc ton coeur ne croît-il pas, & ta
langue ne dit-elle pas ce que tu vois de tes
yeux? Car l'expérience nous montre qu'on
peut tirer de bon or & de bon argent par le
moyen de l'art, presque de tous les métaux &
minéraux, néanmoins plus des uns que des
autres, & plus facilement: d'autant qu'il n'y a
point de nuit si obscure qui soit entièrement
privée de clarté, qui ne puisse être manifesté
par un miroir concave, & il n'y a point d'élément
(pour si pur qu'il puisse être) qui ne
soit mêlé avec les autres éléments, ni aucune
malignité qu'il n'y ait quelque chose de bon,
& ainsi au contraire. Et comme il est possible
d'assembler les rayons du Soleil qui sont en
l'air, de même les rayons parfaits métalliques
qui sont dispersés dans les imparfaits & dans
les minéraux, peuvent être assemblés par le
feu, & par un bon artiste: s'ils sont une fois
placés au feu avec leurs propres dissolvants
par où les parties homogènes sont assemblées,
& les hétérogènes séparées. De sorte qu'il n'est
pas nécessaire d'aller aux Indes pour chercher
de l'or & de l'argent dans ces nouvelles Iles,
le pouvant trouver en abondance ici, en Allemagne,
s'il plaît à Dieu de détourner ces
cruelles plaies, & les tirer hors des vieux métaux,
plomb, feu, étain, & cuivre, laissez-là par
ceux qui travaillent en minéraux, sans cultiver
les métaux. Que personne donc ne s'estime
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58 La quatrième Partie.
lui-même pauvre, à cause que celui-là seul
est en disette & pauvreté (quoi qu'autrement
fort riche & abondant en biens, qu'en un moment
il est forcé de quitter) lequel est ingrat,
& ne reconnaît point Dieu en son travail.
Je te prie, qu'est ce qui est en moindre estime dans le monde que le vieux fer, & plomb,
desquels les Sages ont voulu se servir à laver
le cuivre, & l'étain avec le minéral blanc.
Mais comment il est difficile de savoir de quoi
ils doivent être lavés, celui qui n'est point expérimenté
au feu, ne le comprend pas, & il sera
montré par similitude; Tu vois l'Antimoine
nouvellement tiré de la terre qui est fort
noir & impur; lequel par la fonte se sépare des
superfluités (quoi que la Nature ne les lui
ait pas données en vain, mais comme une assistance
pour sa purification, selon qu'il est dit:
Dieu & la Nature ne font rien en vain) est
rendu plus pur & doué d'un corps plus proche
des métaux, que son minéral, lequel étant
après jeté avec le sel de tartre: le soufre
cru & combustible est mortifié par là, & réduit
en scorie, & séparé de la pure partie mercuriale,
de sorte qu'il s'en fait par là une nouvelle
séparation, la partie blanche & cassante
tombe au fond, & l'autre plus légère, avec le
soufre combustible, est au dessus avec le sel
de tartre; lesquels étant versés dans le cornet,
& refroidis peuvent être séparés avec le marteau;
la partie inférieure est appelée par les
Chimistes, Régule, lequel est plus pur que
l'antimoine qui a été premièrement tiré de sa

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Des Fourneaux Philosophiques. 59

mine, & c'est ici la façon ordinaire des Chimistes
pour le purger, auquel (Régule) si après
on y mettait quelqu'autre chose, pour une
troisième purification, sans doute il ne serait
pas seulement rendu plus pur, mais plus fixe
& plus malléable; Car si le régule blanc, peut
être séparé de l'antimoine noir, pourquoi non
aussi un métal malléable du régule.

Une autre voie pour séparer le soufre superflu antimonial.
. A Ntimoine en poudre une partie, salpêtre la moitié autant, mêle-les ensemble, & allume le mélange avec un charbon
ardent, & ce soufre antimonial se brûlera
avec le nitre: laissant une masse obscure de
couleur brune, laquelle tu fondras l'espace
d'une heure dans un fort creuset à feu violent,
& tu auras un antimoine semblable à celui
qui a été fait avec le sel de tartre, mais en
plus petite quantité. De même aussi les parties
des animaux sont séparées; si on mêle
l'antimoine, le tartre & le nitre, par égal poids,
& étant mêlés, on les allume & les fond. Il
se fait aussi une autre séparation des parties antimoniales.
Quand on met une partie de pointes
de clous dans un fort creuset, dans un four
à vent, sur lequel étant bien rouge, jette deux
parties d'antimoine en poudre, pour les fondre,
& le soufre combustible superflu oubliera
l'antimoine, & se joindra au fer en un métal
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60 La quatrième Partie.
qui lui est plus amiable que les sulfureux,
avec lequel étant mêlé, il oublie son propre
pur mercure & soufre ou régule, qui est
presque la moitié de l'antimoine.
Ces quatre voies par lesquelles le soufre superflu & combustible est séparé de l'antimoine,
sont très communes, & je ne les ai pas
mises ici comme des secrets: mais par démonstration,
afin qu'il paraisse comme quoi les
minéraux sulfureux peuvent être perfectionnés
& purifiés; quoi que la correction soit
petite, néanmoins elle montre une meilleure
voie, non seulement pour l'antimoine, mais
aussi pour l'arsenic, & l'orpiment, quoi que
ces deux ne peuvent être faites comme cela
avec le fer, salpêtre, & tartre, à cause de leur
volatilité, mais avec huile ou autre chose grasse
dans un creuset bien clos, ils donnent un
Régule semblable à celui de l'antimoine, &
ces régules rendent l'étain dur & sonnant, &
ils seront compacts, si tu en mets une once
sur une livre, lors qu'il est en fonte, pour faire
de belle vaisselle, & à l'épreuve ils donnent
de bon or.
Et comme il a été dit de purger l'antimoine, tu dois entendre le même du reste, comme bismuth,
zinc, pierre calamine, plomb, étain,
fer & cuivre, pour être purgés de leurs soufres
superflus. Si tu en veux extraire des
métaux plus parfaits, or & argent avec profit.
Et comme cela je mets fin aux lavements métalliques,
recommandant aux Chimistes le
nitre, tartre, cailloux & plomb, car ceux qui

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Des Fourneaux Philosophiques. 61

savent comme il s'en faut servir, ne perdront
pas leur labeur en la Chimie: mais cela est
étonnant, qu'on ne trouve pas partout de
bonne terre & fixe au feu, qui puisse retenir le
plomb & les sels: car sans notre vieux Saturne
peu de chose, ou point du tout, peut être fait
en l'affinage des métaux; c'est pourquoi celui
qui veut essayer quelque chose en cet art, qu'il
cherche de la meilleure terre qui retienne en
fonte le plomb l'espace de vingt-quatre heures:
après qu'il consulte avec l'étain, & ce que
Vulcan a à faire avec le fer, lequel lui dira ce
qu'il faut souffrir, auparavant que d'obtenir
la couronne.

De la teinture de l'or & de l'antimoine.
Q Uelquefois il arrive une altération au corps de l'homme par l'attraction des vapeurs minérales (ce qui ne peut arriver par
mon fourneau) dans les essais. C'est pourquoi
je veux ici décrire une certaine Médecine à
la considération des Artistes, servant aussi bien
pour préservatif, que pour guérir, principalement
un rubis clair, fixe, & soluble de l'or &
de l'antimoine. Prends demie-once de pur or,
& le dissous en eau royale, précipite la solution
avec la liqueur des cailloux, comme a été
dit en la seconde Partie, édulcore & sèche la
chaux, & elle sera préparée. Prends du régule
de Mars (duquel est parlé un peu devant) mets

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62 La quatrième Partie.
le en poudre, avec lequel tu mêleras trois parties
de pur nitre: mets le mélange dans un
fort creuset entre les charbons ardents, & donnant
le feu par degrés: ce fait, donne grand feu
de fonte, car alors la masse sera de couleur de
pourpre, laquelle laisseras refroidir, en le tirant
hors, puis la mettras en fine poudre, de
laquelle en prendras trois ou quatre parties, &
les mêleras avec une partie de la susdite chaux
d'or, mets-les dans un fort creuset bien couvert
dans le susdit four à vent, & fais que la
masse fonde ensemble comme un métal, & ce
nitre antimonial prendra dans la fonte, & dissoudra
l'or ou la chaux d'or, & s'en fera une
masse de couleur d'améthyste, laquelle laisseras
dans le feu si longtemps, qu'elle devienne de
la clarté d'un rubis, lequel tu peux essayer avec
un fil de fer bien net que tu mettras dedans.
Mais si dans ce même temps la masse était
privée de sa fusibilité, & devenait épaisse, il est
nécessaire d'y jeter du tartre & du nitre pour
avancer la fusion, & faire cela si souvent qu'il
sera nécessaire. Sur la fin lors que la masse sera
à cette grande rougeur de rubis, verses-la toute
chaude dans un mortier de cuivre bien net, &
la laisse-là tant qu'elle soit froide, & elle sera
en couleur semblable à un rubis oriental; alors
broie-la en poudre toute chaude, autrement si
elle prenait l'air, elle se dissoudrait: puis en
extraits la teinture par l'infusion de l'esprit de
vin dans une bouteille, & l'or & l'antimoine
ensemble resteront fort blancs, semblables à
un beau talc, lesquels laveras avec eau nette

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Des Fourneaux Philosophiques. 63

dans un verre, édulcoreras, sécheras, & fondras
à feu violent, & ils donneront un verre
vert, dans lequel l'or ne se montre & n'apparaît
point, néanmoins il peut être séparé par
la précipitation avec la limaille de mars & de
cuivre, par le moyen desquels il recouvre son
ancienne couleur, mais sans profit, l'esprit teint
doit être extrait hors de la teinture, laquelle est
un souverain remède, ou médecine en beaucoup
de graves maladies.
Et quoi que tu puisses douter que ceci n'est pas la simple teinture de l'or, mais du nitre &
du tartre mêlés, sois assuré que la quantité
du nitre ne doit pas excéder; & supposé que ce
soit la teinture du tartre & du nitre, je te prie,
quel danger y a-t-il, vu que c'est une si bonne
médecine d'elle-même? Je suis persuadé,
que cette teinture d'or est meilleure que celles
qui sont écrites dans la seconde Partie. On se
peut servir de ce rubis pour l'usage par lui-
même dans de propres véhicules, voyant que
c'est une souveraine médecine d'elle-même;
ou bien exposée à l'air, & dissoute en une liqueur:
car la médecine n'est pas moindre que
la teinture, d'autant que l'or lui-même & la
plus pure partie de l'antimoine sont faits potables
sans aucun corrosif. Grand est le pouvoir
des sels pour détruire les métaux, les
changer & perfectionner dans la fusion: Car
il m'est arrivé qu'une fois en faisant ce rubis, &
plaçant aussi deux autres creusets avec des métaux,
proche de celui-ci qui contenait l'or
avec le régule préparé de l'antimoine (car deux

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