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64 La quatrième Partie.
ou trois creusets, ou plus, se placent fort aisément
dans ce fourneau, étant gouvernés avec
un feu, ce qui ne peut être fait par un fourneau
commun) & voulant mettre un certain sel
dans le creuset, qui était proche de celui où
était l'or, que par mégarde je le jetai dans
le creuset de l'or seul, de sorte qu'il se fît une
telle ébullition, qu'il y eut danger que tout
ne fût perdu: c'est pourquoi je fus contraint
de le tirer promptement hors du fourneau,
avec les pincettes, supposant que le rubis
était perdu par la faute que j'avais faite d'y
jeter ce sel; & partant je voulais seulement
garder l'or. Et je trouvai cette masse étant
versée rouge comme sang, plus pure qu'un rubis,
mais point d'or, seulement des grains
blancs comme du plomb séparés d'un côté &
d'autre par ci, par là dans les sels, n'étant
séparables pour leur petitesse, que par la solution
des sels, lesquels séparés par la solution
de l'eau, avec une teinture rouge comme sang,
restèrent au fond du verre, puis après cela
étant assemblés, je les mis dans un creuset
neuf dans le fourneau, mais ayant volonté
d'essayer la fusion, je trouvai le creuset vide,
& l'or s'en étant envolé, excepté un peu qui
s'était attaché au haut du creuset & du couvercle,
ce que je ramassai, & le fondis pour
l'essayer dans un nouveau creuset couvert,
mais incontinent qu'il sentit la chaleur, il prit la
fuite sans laisser aucune marque, de même que
l'arsenic; & par ce moyen je fus privé de
mon or.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 65

A la fin je pris cette solution rouge, & tirai l'eau hors des sels, & je trouvai un sel rouge
comme sang, lequel je mis dans un creuset
neuf dans le fourneau pour essayer si j'en pourrais
extraire quelque corps métallique: mais
je trouvai la masse du sel privée de toute teinture
& rougeur, ce qui me sembla étrange
jusqu'à ce jourd'hui, que par le moyen de ce
sel, toute la substance de l'or, la teinture avec
tout le reste, s'en soient fuis, ayant une si grande
volatilité.
Je voulus ensuite réitérer ce travail, mais il il ne m'arriva pas de même qu'à la première
fois. Il y avait à la vérité quelque altération à
l'or, mais sa volatilité n'était pas si grande, la
cause de cela, selon mon sentiment, a été de
ce que j'ignorais le poids des dits sels, que je
jetai dedans la première fois contre ma volonté.
Il y a deux raisons particulières qui m'obligent à écrire cette Histoire, premièrement
afin qu'il apparaisse comme quoi on se peut
aisément tromper en une petite chose, qui
vous fait perdre tout le procédé. Secondement,
afin que la vérité des Philosophes soit
conçue, qui écrivent que l'or par le moyen
de l'art peut être réduit en un plus bas degré,
qui sera égal au plomb (ce qui m'est arrivé en
ce travail) & qu'il est plus difficile de détruire
l'or, & le rendre semblable à un métal imparfait,
que de transmuer un métal imparfait en
or. C'est pourquoi je suis joyeux en mon
coeur d'avoir vu une telle expérience, desquelles

@

66 La quatrième Partie.
choses nos Philosophes fantasques ne veulent
rien entendre, écrivant de grands volumes
contre la vérité, soutenant & affirmant,
que l'or est incorruptible, ce qui est une grande
menterie; car je puis montrer le contraire (s'il
en était besoin) par beaucoup de voies, je
m'étonne à la vérité de ce qui meut telles personnes
à mépriser les choses qu'ils ne connaissent
pas. Je n'ai pas de coutume de juger des
choses qui me sont inconnues.
Pourquoi osent-ils dénier la transmutation des métaux, ne connaissant pas comme il
se faut servir des pincettes & des charbons?
Certes, je confesse que ces ignorants charlatans
ne rendent pas peu méprisable la vérité
de la Chimie, en surprenant les hommes par
leurs fraudes; ils sont ordinairement gueux,
sinon que par aventure ils trouvent quelque
homme riche & crédule qui leur donne le vivre
& le vêtement sur l'espérance de faire du
gain. Comme aussi nous en voyons quelques-
uns de ces imposteurs, lesquels étant assistés de
ces avares, vont habillés en couleur de perroquets;
mais la noble Chimie ne doit pas pour
cela être méprisée. Quelques avares persuadés
par la folie donnent leur argent sur l'espoir
d'un gain incertain, & après les choses ne réussissant
pas, sont contraints de vivre en pauvreté:
ce qui ne doit pas être plain ni regretté.
Quelques-uns cherchent du bien, non par avarice,
mais plutôt pour avoir de quoi vivre;
connaître les secrets de la Nature: ceux-là
sont excusables, s'ils sont trompés par des

@

Des Fourneaux Philosophiques. 67

fourbes. Mais ils ne doivent pas être loués s'ils
dépensent au delà de leur pouvoir.

Une autre teinture & médecine d'or.
D Issous de l'or en eau royale, puis le précipite avec la liqueur de sel de pierres à feu; l'or étant tout précipité, verses-y une autre
portion de la liqueur susdite: mets l'or précipité
ensemble avec la liqueur des pierres à
feu sur le sable, pour cuire l'espace de quelques
heures, & cette liqueur de pierres à feu tirera
la teinture de l'or, & aura une couleur de pourpre:
verses-y de l'eau de pluie, & la fais cuire
ensemble avec la susdite liqueur pourprée, &
les pierres à feu seront précipitées, laissant la
teinture de la couleur plus excellente avec le
sel de tartre: de laquelle il faut ôter l'eau jusqu'à
la sécheresse, & il demeurera au fond du
verre un très beau sel de couleur de pourpre,
duquel est tirée par le moyen de l'esprit de vin
une teinture rouge comme sang, laquelle ne
cède guères en force à l'or potable. Or dans
ce sel pourpré sont cachées beaucoup de choses
dont il y aurait à faire un plus long discours,
si l'occasion était propre: c'est pourquoi
il suffit d'avoir montré la voie destructive
de l'or: car ce sel doré peut en moins d'une
heure être parfait avec peu de travail, &
changé en un miracle de nature, confondant
les calomniateurs du très noble art de la Chimie.
C'est un don de Dieu auquel nous devons
rendre grâces immortelles.

@

68 La quatrième Partie.
Des Miroirs.
J 'Ai fait mention dans le traité de l'or potable, non seulement de la chaleur matérielle du feu, mais aussi de changer les rayons du Soleil
en une substance matérielle & corporelle
par le moyen d'un certain instrument qui les
assemble. J'ai aussi fait mention de la préparation
du miroir concave: j'en veux donner la
description, n'étant connue de tout le monde,
la meilleure que je connaisse est celle qui suit.
Premièrement, il faut faire des moules, particulièrement
de poil & d'argile, de quoi est parlé
en la cinquième Partie, propres pour le verre
en forme & figure circulaire ronde, autrement
ils ne sauraient assembler les rayons du
Soleil ensemble, & derechef les réverbérer:
dont la faute ne doit être attribuée à autre
chose qu'au moule, car la fonte & polissage
n'est pas un art excellent, tel que celui
des fondeurs de cloches; mais de fondre de la
meilleure matière, & de bien polir, c'est là où
consiste l'art. Et premièrement pour couper les
moules bien ronds, par un instrument de fer
cela ne saurait être brièvement démontré:
c'est pourquoi je renvoie le Lecteur aux Auteurs
qui sont prolixes en ces choses comme
Archimède & Jean Baptiste Porta, & autres,
& manquant de ces Auteurs, ou ne les entendant
pas, tâche d'avoir un globe exactement
tourné pour faire les moules, comme s'ensuit;
premièrement fais un mélange de farine &
de cendres tamisées, que tu épandras également
ment
@

Des Fourneaux Philosophiques. 69

entre deux planches comme on fait pour
faire la pâte faite de farine & de beurre pour
les pâtés & tartes, répondant à l'épaisseur
du miroir que l'on veut fondre, puis mets le
compas comme il te plaira, & coupe la mesure
avec un couteau; & la mets sur un globe
& jette dessus de la chaux vive à travers un tamis,
& mets de l'argile bien préparée avec du
poil de l'épaisseur de deux doigts: & quoi que
ce soit une grande pièce, il te faut mettre des
fils de fer au travers, pour soutenir le moule,
autrement il se faussera ou rompra. Après qu'un
côté sera séché au Soleil ou au feu, tire tout
cela hors du rond, & le mets en quelque lieu
cave, où il soit bien appuyé de tous côtés, &
aussi jette de la chaux vive, ou cendres de charbons
sur l'autre côté, & mets sur celui ci
l'autre partie du moule, & le mets derechef
à sécher par degrés au Soleil ou au feu, autrement
il se fendrait. Après ôte les extrémités
qui font ces parties du moule, de ce qui est intrinsèque,
ou au milieu, & les oppose entr'elles
par le dedans pour le moins de la distance
d'un empan, et mets entre deux sur le haut un
peu de charbons ardents pour endurcir le moule
par tout, auquel tu mettras d'autres charbons
dessus, puis d'autres, & ainsi par degrés, jusques
en haut, afin qu'ils soient bien allumés
du côté le plus poli. Que si les moules étaient
fort grands, & fort épais, un feu ne suffira pas,
& il sera nécessaire d'ajouter davantage de
charbons, jusqu'à ce qu'ils soient bien allumés
au dedans. Après laisse allumer le feu par
4. Part. F
@

70 La quatrième Partie.
degrés, afin que le moule commence à refroidir,
non entièrement, mais de sorte que tu le
puisses toucher: & incontinent frotte le avec
un pinceau d'une cendre très subtilement criblée
& mêlée avec de l'eau, pour boucher les
fentes qui ont été causées par la brûlure du
poil, & pour polir les moules. Enfin assemble
& ajuste les deux parties (après y avoir fait un
trou pour verser dedans) prenant garde qu'elles
soient bien nettes, & les attache proprement
avec des fils de fer ou de cuivre, & lute
bien la jointure avec de l'argile préparée avec
du poil, mets-y un entonnoir de terre, & le
moule sur du sable sec jusques au haut. Or pendant
que tu brûles & prépares ton moule, il
faut fondre le mélange métallique, afin qu'il
soit jeté dans le moule, étant encore tout
chaud; lors que le métal sera bien fondu, jette
par dessus un linge ciré, lequel étant allumé,
verse le métal fondu dans le moule encore tout
chaud, prenant bien garde que ni charbon, ni
autre chose ne tombe dans le creuset, & qu'il
ne gâte le miroir en se mêlant dans le moule
avec le métal; puis laisse refroidir le miroir de
soi-même dans le moule, si la matière ne se diminue
pas dans le refroidissement: que si elle
se diminuait, il faut soudain ôter du moule le
miroir fondu, & le couvrir d'un vaisseau chaud
de terre ou de fer, afin qu'il refroidisse sous icelui,
car autrement s'il le refroidissait étant enfermé
dans le moule, il se briserait en parcelles.
Un peu après tu sauras quels sont ces métaux
qui se refroidissent sans se briser.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 71

Et c'est ici la façon commune, & la meilleure de fondre, si tu y es expert. Il y en a aussi
d'autres, premièrement quand les moules sont
faits de bois ou de plomb s'accordant au miroir
pour être imprimés sur le sable, ou sur la
plus fine poudre de tuiles, ou autre terre, comme
est la coutume des fondeurs de cuivre, &
cette voie sert seulement pour de petits miroirs.
La troisième façon & la meilleure de toutes, mais la plus difficile à ceux qui ne sont pas
experts, est comme s'ensuit. Fais un moule de
cire pour être placé avec un cylindre entre
deux planches, comme il a été dit ci-dessus
en la première façon, lequel mettras sur un
globe pour lui donner la forme, & le laisse
durcir au froid: alors ôte-le, & jette dessus
avec un pinceau le mélange suivant, lequel tu
dois sécher à l'ombre, alors applique l'argile
préparée avec le poil de l'épaisseur d'un ou
deux doigts: puis ôte derechef la cire du moule
de terre; fais dans le moule avec un couteau
un trou rond qui aille jusques à la cire, ce fait
mets auprès un feu de charbon, le moule, le
trou en bas, & la cire fondue passera par le
trou, dans lequel étant chaud, mais non brûlé,
verse le métal, &c. Il faut que ce liniment
dont la cire est frottée, soit bien préparé, de
peur que la cire se fondant, il ne tombe & s'écoule
avec la cire, & que la cire ne perce le
moule de terre, & le gâte. Voici la façon du
liniment. Brûle de l'argile bien lavée dans un
F ij
@

72 La quatrième Partie.
fourneau de terre, jusqu'à parfaite rougeur:
après broie-la, & sépare la partie la plus fine
en la lavant avec eau, de sorte que tu prennes
la terre la plus fine, laquelle sécheras & brûleras
derechef à feu violent, après broie la terre
avec eau de pluie, & sel armoniac sublimé
sur la pierre comme les peintres ont accoutumé
de faire leurs couleurs, porte le à une juste
consistance de peinture, & le mélange est
fait. Le sel armoniac préserve cette fine poudre,
autrement elle se fondrait, & s'en irait
avec la cire: mais la terre préparée fait une fusion
plus belle & plus délicate.

Le mélange métallique pour la matière des miroirs.
I L y a diverses façons de ces mélanges, desquels il y en a toujours une meilleure que l'autre. Plus le mélange est dur, & meilleur
aussi est le miroir; & plus dur est le métal tant
plus aisément est-il poli. Or la dureté du mélange
ne suffit pas, mais la blancheur est encore
requise: car le rouge qui provient de trop
de cuivre, le noir de trop de fer, l'obscur de
trop d'étain, ne font pas une véritable représentation
des choses, mais changent les espèces
& les couleurs. Par exemple, trop de cuivre
rend les espèces trop rouges, & ainsi du
reste. Fais donc que le mélange métallique
soit très blanc mais si tu ne veux faire que des
miroirs ardents, il n'importe pas de quelle couleur

@

Des Fourneaux Philosophiques. 73

ils soient, pourvu que le mélange soit
dur, j'en veux décrire un des meilleurs. . Du
cuivre en lames déliées & coupées en pièces
une partie, arsenic blanc un quart, oints premièrement
les lames avec la liqueur de sel de
tartre, & mets lit sur lit avec les lames & arsenic
en poudre, en jetant dessus tant que le
creuset soit plein, sur lequel verseras de l'huile
de tin autant qu'il suffise pour couvrir le cuivre
& l'arsenic: ce fait mets le couvercle avec
du meilleur lut, & place le creuset (le lut étant
sec) au sable, de telle façon que seulement la
partie supérieure du couvercle sorte hors: puis
donne feu par degrés, au commencement petit,
secondement un peu plus fort, jusqu'à ce
qu'à la fin il soit chaud, & que toute l'huile
se puisse évaporer; & dans ce même temps
l'huile préparera le cuivre, & retiendra l'arsenic
& le fera entrer dans les lames comme
l'huile qui perce le cuir. Ou bien mets le creuset
sur une grille, & lui donne feu par degrés,
jusqu'à ce que l'huile soit évaporée en bouillant.
En dernier lieu, lors que tout sera refroidi,
rompt le creuset, & tu trouveras le cuivre
de diverses couleurs, principalement si tu
prends de l'orpiment au lieu d'arsenic, augmentant
deux ou trois fois en grosseur & frangibilité.
. De ce cuivre une partie & du laiton deux parties, fonds-les à un feu violent, premièrement
le laiton, puis y mêle le cuivre friable,
verse-hors le mélange fondu, & tu auras un
métal résistant à la lime, non si friable, mais
F iij
@

74 La quatrième Partie.
semblable à l'acier, duquel on peut faire diverses
choses qui servent au lieu d'instruments de
fer & d'acier, prends de ce métal durci 3. parties
du meilleur étain qui soit sans plomb, une
partie, fonds-la, & la verse, & la matière des
miroirs sera faite. Ce mélange est un métal
blanc & dur pour faire les meilleurs miroirs.
Que si ce travail te semble ennuyeux, prends
trois parties de cuivre, une partie d'étain, &
demie partie d'arsenic blanc, pour la matière
des miroirs, lesquels seront beaux, mais cassants
aussi bien dans la fonte, comme en les polissant;
c'est pourquoi prends-y bien garde. Il faut que
j'écrive ici une chose digne d'être observée,
& qui est connue de peu: l'opinion de beaucoup
est fausse, particulièrement de ceux qui
s'attribuent la connaissance des propriétés
des métaux. Dans la seconde Partie, où il est
traité des esprits subtils, il a été fait mention
des pores des métaux: car l'expérience témoigne,
que ces esprits subtils, comme la corne
de cerf, tartre, suie, & quelquefois ces esprits
sulfureux des sels & des métaux s'évaporent
au travers des vaisseaux d'étain; Ce
qu'un chacun ne peut pas concevoir à la première
fois, à cause de quoi j'ai fait ce discours.
Fais deux balles de cuivre, & deux de pur étain, qui soit sans aucun mélange de plomb,
de la même forme & quantité, observant exactement
le poids des dites balles, ce fait fonds
derechef lesdites balles en une, premièrement
le cuivre, lequel étant fondu, mets y l'étain,

@

Des Fourneaux Philosophiques. 75

autrement beaucoup d'étain s'évaporerait
dans la fonte; verse incontinent le mélange
fondu dans le moule des premières balles, &
tu n'en trouveras pas quatre, mais difficilement
trois, qui auront le même poids des
quatre; si les métaux ne sont pas poreux, je te
prie d'où procède donc cette grande altération
de quantité? C'est pourquoi connais que
les métaux sont poreux plus ou moins. L'or a
les pores plus déliés, l'argent en a plus, mercure
plus que celui-là, le plomb plus que le
mercure, le cuivre plus que le plomb, & le fer
plus que le cuivre, mais l'étain plus que
tous.
Si nous pouvions détruire les métaux, & derechef les réduire du pouvoir en acte, certainement
ils ne seraient pas si poreux, & comme
un enfant qui n'a point de correction n'est
propre à rien de bon, mais étant corrigé, il
est doué de toute vertu & science, de même
nous faut-il entendre des métaux, lesquels
étant laissés en leur état naturel, particulièrement
étant tirés hors de la terre sans correction
ni amendement restent volatils, mais
étant corrompus & régénérés, ils sont rendus
plus nobles, de même que nos corps étant
détruits & corrompus, à la fin ressusciteront
& se clarifieront avant qu'ils viennent devant
Dieu. Paracelse dit bien, que si dans une heure
les métaux étaient détruits cent fois, néanmoins
ils ne seraient pas sans un corps, reprenant
une nouvelle espèce, & à la vérité meilleure.
Car il est dit bien à propos, que la corruption
F iiij
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76 La quatrième Partie.
de l'un est la génération de l'autre.
Car la mortification d'un corps sulfureux superflu,
est la régénération de l'âme mercuriale,
& si on ne détruit les métaux, ils ne peuvent
être perfectionnés: c'est pourquoi ils
doivent être détruits & rendus informes, afin
qu'après le soufre terrestre, superflu & combustible
soit séparé, & la pure espèce mercuriale
puisse pulluler. De quoi nous parlerons
plus amplement en traitant des *amauses.

Pour polir les Miroirs.
U N miroir quoi qu'il soit exactement fondu & proportionné, néanmoins il ne vaut rien s'il n'est bien poli & bruni, car en le polissant,
il peut être aisément endommagé &
gâté: c'est pourquoi il est nécessaire de lui
ôter premièrement le plus grossier par la roue
comme les étameurs & les chaudronniers ont
de coutume de faire avec une pierre sablonneuse,
après lui appliquer une *queux avec
de l'eau, jusques à ce qu'ils soient suffisamment
polis par l'attrition. Ce fait, il faut derechef
ôter le miroir hors de la roue, & le mettre
à la roue de bois couvert de cuir, frottant
dessus avec de l'émeri préparé pour polir, jusqu'à
ce que les fentes qui se sont faites en
tournant n'apparaissent plus, ayant pris une
ligne oblique; après cela une autre roue couverte
de cuir, laquelle doit être frottée de la
pierre sanguine préparée, & lavée avec des

##Note :*amauses: Emaux.
*queux: Sorte de pierre à éguiser.
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 77

cendres d'étain, & il faut semblablement par
la susdite voie & selon la même ligne, frotter
les miroirs si longtemps, qu'ils acquièrent
une suffisante finesse & éclat. Tu dois garder
le miroir de l'air humide & de l'haleine, & s'ils
en sont infectés les frotter, non avec aucun
drap de laine, ni linge, mais avec une peau
de chèvre ou de cerf, & non en autre endroit
que dans la ligne oblique, par où les miroirs
sont polis. Ils peuvent aussi être polis avec
du plomb artificiellement fondu avec de l'émeri
& de l'eau, premièrement en broyant:
secondement avec un émeri très pur, & avec
du plomb; en dernier lieu, avec la pierre sanguine,
& cendres d'étain; semblablement
aussi avec d'autres pierres, en mettant une autre
plus nette à chaque fois, à la fin il reçoit
son éclat par les cendres d'étain.
Comme aussi le dehors du miroir convexe peut être poli, lequel représente les espèces
petites, & jette des rayons dispersés: mais le
dedans concave assemble, multiplie & représente
les espèces.
Ceci suffise pour la fonte, & pour le polissage requis des miroirs propres à unir les
rayons Solaires, & quoi que du susdit mélange
on en puisse faire d'autres espèces de miroirs
représentant d'étranges choses, diverses
& merveilleuses, comme les cylindriques, pyramidaux,
&c. je les passe sous silence, comme
n'étant pas de ce lieu, je pourrais toutefois
montrer une façon de les faire, n'ayant peu
dépensé & travaillé en cherchant leur préparation

@

78 La quatrième Partie.
& usages. Mais de tous les miroirs
celui-là est le plus en usage, la préparation
duquel nous avons montrée, dont le diamètre
est pour le moins de deux ou trois empans,
si tu veux faire quelque chose de rare, & quoi
qu'il n'ait qu'un ou deux empans, néanmoins
il amasse abondance de rayons, de sorte que
tu en peux fondre l'étain & le plomb, s'il est
bien formé: toutefois les plus larges sont les
meilleurs, & ils ne doivent pas être trop profonds,
afin qu'ils puissent mieux jeter leurs
rayons, & les envoyer plus loin, laisse leur
avoir la vingtième ou trentième partie de la
sphère, la section étant exactement observée,
ce qui est le fondement de l'art.

Des verres métalliques.
P Our ce qui est des verres métalliques, lesquels conduisent fort à la perfection des métaux, & qui ont été estimés par les anciens
Philosophes, je ne les veux pas omettre en
ce lieu, à cause qu'ils sont aisément faits par ce
fourneau.
Et à la vérité les anciens ont trouvé ces verres par hasard, en réduisant les corps calcinés
en verre à feu très violent: car beaucoup de
secrets qu'on ne cherchait pas, ont par ce
moyen été trouvés. Il arrive souvente fois dans
nos travaux que passant au delà nous trouvons
quelque chose de meilleur, ou de plus mauvais
que la chose que nous cherchions, & je
crois que cela est arrivé en ces verres. Mais

@

Des Fourneaux Philosophiques. 79

quoi qu'il en soit je suis assuré que ces verres
ont été en grande estime car Isaac Hollandais
dit pleinement, que les métaux vitrifiés,
& remis en métaux par la réduction, donnent
de meilleurs & plus nobles métaux qu'à la première
vitrification, qu'à la vérité l'or donne
une teinture; l'argent l'or; & le cuivre l'argent,
& comme cela en suivant les verres des
autres métaux donnent de meilleurs métaux
en la réduction. Ce que l'expérience nous fait
voir, & quoi que je n'aie pas fait beaucoup
d'essais en ce travail, néanmoins je connais que
les métaux qui sont réduits en cendres, & changés
en verre transparent, ne peuvent être derechef
réduits en métaux sans un grand profit,
toutefois un métal est plus aisé que l'autre.
Or nos verres ne sont pas les *amauses des
Orfèvres, qu'ils font pour le seul ornement,
par l'addition du verre fait d'un sable fusible;
mais les nôtres sont faits des sucs des
métaux. Je ne dénie pas la vertu du verre de
Venise, mondifiant les métaux, particulièrement
du cuivre & de l'étain, laquelle n'est pas
comparable aux sucs métalliques. Je confesse
ingénument que j'ai expérimenté vingt fois
ces choses, & je n'ai jamais été trompé: mais
je ne sais pas s'il arriverait le même en grande
quantité, d'autant que je ne l'ai jamais expérimenté,
craignant que mes vaisseaux ne fussent
pas capables de tenir un temps requis le
verre en fonte; car j'ai beaucoup travaillé pour
trouver de tels vaisseaux, mais le tout en vain.
Car il y a espérance d'un grand profit, si tu as

##Note :*amauses: Emaux.
#

@

80 La quatrième Partie.
de forts creusets. Cette perfection n'est pas
sans raison, car lors que le métal est brûlé en
cendres, beaucoup de soufre superflu combustible
est brûlé (comme tu peux voir au
plomb, étain & cuivre, à savoir de leurs
bluettes apparaissant en leur calcination pendant
qu'on les remue & sépare) lequel étant
derechef réduit & calciné (sa meilleure partie)
par le bénéfice de la fonte, & le plus pesant
tombe, & le plus mauvais nage par dessus, & est
changé en scorie ou verre, & la séparation du
métal est faite par le moyen de la fonte seule,
ce qui est incroyable aux ignorants & non experts:
mais considère comme quoi l'argent
doré est séparé par la fonte, il est de même
que s'il était corrompu par le soufre commun,
& les espèces métalliques étant tournées
en scories noires, auparavant que dans la
fonte il délaisse l'or: par laquelle voie l'argent
est séparé du cuivre, & celui-ci du fer. Observe
aussi que le noir & cru antimoine, qui est
réduit en cendres par la calcination, & fondu,
est séparé à feu violent, la partie pure descendant
en bas blanche comme argent, mais la partie
impure montant se change en verre ou en
scorie laquelle séparation ne se serait jamais
faite sans incinération, quoi que l'antimoine
restât longtemps en fonte.
Tu vois donc le pouvoir du feu tout seul en la fonte des métaux, c'est pourquoi crois que
ton travail ne sera pas en vain, si tu entends
comme quoi il faut aider le feu: c'est pourquoi
exerce-toi en cela, car tu es suffisamment

@

Des Fourneaux Philosophiques. 81

instruit, & ce fourneau t'assistera, sans lequel il
est impossible de se mêler de telles choses, comme
l'expérience certifie en confirmant mes paroles.
Ayant fait mention des verres métalliques, lesquels dépendent de la perfection des métaux,
je suis forcé de dire aussi quelque chose
des autres *amauses, ou verres colorés, lesquels
sont appelés gemmes, & passent pour ornements.
Quoi que ce travail ne soit pas profitable,
néanmoins il est agréable à voir. Cette
connaissance a été longtemps cherchée, aussi
bien par le noble, que par le roturier, non pour
le profit, mais pour la récréation, errant du
vrai chemin (quoi que décrit prolixement
en beaucoup de langues) & ignorant l'art de
rendre le cristal ou les cailloux fusibles, & de
les colorer, se contentant du verre du plomb
fait d'une partie de cristal ou cailloux, & de
trois ou quatre parties de minium ou céruse,
qui sont verres de nulle valeur, étant non seulement
doux, & nullement propres à polir,
mais aussi plus pesants qu'il est nécessaire, à
cause du plomb, ayant une couleur jaune ou
verte; car tout verre de cristal, de cailloux, de
minium ou de céruse par eux-mêmes, sans addition
d'autres couleurs, acquiert une couleur
jaune du plomb, empêchant & altérant les
autres couleurs mêlées: c'est pourquoi une
bonne pierre n'est pas faite par cette voie du
plomb & de cailloux, mais ces verres Saturniens,
y joignant verre de Venise, cendres de
Jupiter, & des couleurs avec, peuvent être

##Note :*amauses: Emaux.
#

@

82 La quatrième Partie.
diversement mis en usage par les Orfèvres,
principalement pour colorer l'or, autrement
de nulle valeur.
C'est pourquoi je veux donner une autre préparation, particulièrement des cailloux ou
cristaux, sans minium ni céruse, avec des couleurs
métalliques, naturelles en couleur &
beauté des plus excellentes pierres; mais non
pas plus dures que le verre: car quoi que le
cristal soit plus dur que le verre, néanmoins
il est privé de sa dureté en quelque façon, & est
fait semblable au verre, & toutefois il réserve
assez de dureté, pour écrire sur un autre verre.
Ces verres sont aisément polis, étant en toutes
choses semblables, excepté la dureté, avec
pierres naturelles, avec lesquels on peut non
seulement faire diverses sortes de pierres & autres
d'or, d'argent, ouvrages de bois, ou peintures
embellies; mais aussi divers meubles,
comme salières, manières de coupes, &c. images
& antiquités peuvent être (par la fusion)
avec l'or, l'argent & pierres gravées, semblables
à celles qui sont gravées ou taillées sur les
gemmes par la main d'un ingénieux & diligent
maître.
Ils sont faits de cette façon: Premièrement, tu auras des pierres à feu, & cristaux qui ne
soient point colorés, mais fort blancs, pris du
sable & des ruisseaux, lesquels tu rougiras dans
un creuset couvert, puis les éteindras tous
rouges en eau froide, afin qu'ils se rompent &
puissent mettre en poudre, autrement ils sont
si durs, que lors qu'on les met en poudre, ils

@

Des Fourneaux Philosophiques. 83

prennent une partie du mortier, & ainsi ils se
salissent. C'est pourquoi il faut prendre la
peine de les bien préparer. Après . Des cailloux
préparés, & de très pur sel de tartre, égales
parties, mêle-les ensemble, & les garde
pour ton usage.
Mais si tu veux réduire cette masse en pierre précieuse, il faut premièrement mêler
quelque couleur agréable, puis dans un creuset
net & couvert, remplir jusqu'à moitié, & le
laisser dans un très grand feu, tant que tout le
sel de tartre s'évapore, & que la pierre avec la
couleur ait passé à une certaine substance fusible,
ressemblant à du verre, il faut aussi ensuite
mettre dedans un fil de fer bien net, & tirer
un peu de cette masse fondue, pour en faire
l'essai, & pour savoir si elle a assez demeuré
dans le feu; s'il y paraît des pustules, & petits
sablons, ou bien si étant exactement fondue
elle est descendue au fond. Cela étant fait, il
faut ôter le creuset, & le mettre sous un vaisseau
de fer ou de terre tout rouge de feu, afin
qu'il se refroidisse avec la pierre fondue: car
autrement la masse se briserait dans le creuset
en très petites parcelles, par conséquent ne
serait pas propre à en faire de grands ouvrages.
Il ne faut pas aussi verser la masse étant
fondue, de peur de l'attraction de l'air, & qu'il
n'y vienne des pustules. Or celui qui de cette
masse voudra former des médailles, & des
images, par le moyen de la fonte, & non de la
taille, n'a pas besoin de laisser refroidir la masse
dans le creuset: mais étant toute chaude, la

@

84 La quatrième Partie.
verser dans un mortier de cuivre, & par ce
moyen il ne s'attachera rien au creuset, & il
ne se perdra rien de la masse. Tu la pourras
réduire en poudre, ou briser en petites parcelles.
Etant refroidie dans le creuset, il le faut
rompre pour l'en ôter, & en faire des pierres
grandes & petites en les taillant. Quant à ce
qui est de fondre des médailles ou images, il
faut mettre la médaille ou image que l'on veut
imiter dans un anneau de fer en la partie femelle,
qui soit plus large que la médaille d'un travers
doigt, sur une pierre, ou bois uni, & jeter
un peu de *tripoly, ou sable fin sur l'image,
autant qu'il en faut pour couvrir le moule, &
par dessus en mettre d'autre humectée, comme
des cendres de coupelle, & l'imprimer fortement
sur le moule, avec précaution toutefois
que le moule ne se remue. Ce fait, tourne
l'anneau, & lève un peu le moule, avec un
couteau, puis l'ôte avec les mains ou pincettes,
l'image restant dans le sable pour la faire
sécher au Soleil ou au feu. Celui qui voudra
fondre après l'image, qu'il mette l'anneau
avec l'image imprimée sous la tuile, & qu'il lui
donne un feu violent, afin que l'anneau avec
le sable & l'image imprimée sur le sable soient
entièrement rougis au feu. Après qu'il ôte
l'anneau & qu'il voie, si l'image n'a point été
gâtée; que si elle ne l'a point été, il faut mettre
par dessus autant du susdit verre mis en
poudre grossière, qu'il en faut dans la fonte
pour remplir l'image imprimée sur le sable:
après cela il faut derechef mettre l'anneau
sous
##Note :*tripoly ou tripoli: Matière composée de silice pulvérulente.
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 85

sous la tuile, & lui donner feu de fonte, jusqu'à
tant que le verre se fonde dans l'anneau;
auquel il faut mettre un fer plat qui ait un
manche poli, rougi au feu, ayant ôté premièrement
l'anneau avec la pincette, imprimer
fortement le verre sur le moule; puis le
mettre sous un vaisseau de terre, ou de fer rougi
au feu, pour le laisser refroidir. Etant froid,
ôte l'image du moule, laquelle lui sera tout à
fait correspondante, si tu y as bien procédé, de
même qu'il se voit dans la gravure, ou cachet
imprimé sur une pierre, c'est un art très propre
à représenter les antiquités & les raretés.

S'ensuit la coloration de la susdite masse par le moyen de laquelle elle est rendue semblable aux pierres précieuses.
I L faut que les couleurs soient prises des métaux & des minéraux, savoir est du cuivre, du fer, de l'or, & de l'argent, du bismuth, de
la magnésie, des grenats. Pour les couleurs des
autres, je n'en sais rien de certain. Le cuivre
commun donne une couleur verte de mer; le
cuivre de fer, une couleur verte d'herbe; les
grenats une couleur d'émeraude: le fer une
couleur jaune, ou de jacinthe: l'or une très belle
couleur bleue très bonne: le bismuth une
couleur-bleue commune: la magnésie une couleur
d'améthyste. Ces métaux & minéraux étant
4. Part. G
@

86 La quatrième Partie.
mêlés ensemble donnent d'autres couleurs.
Par exemple, l'or & l'argent mêlés donnent
une couleur d'améthyste le fer & le cuivre une
couleur verdâtre ou pâle; le bismuth & la
magnésie une couleur pourprine: argent &
magnésie des couleurs diverses semblables à
une opale.
On fait aussi des images de diverses couleurs, si la masse de diverses couleurs est rompue en
petites parcelles, puis mêlée & mise sur le
moule. Que si tu désires une masse verte, rouge,
opaque, &c. ajoutes-y un peu de chaux
d'étain obscur, sur lequel les couleurs sont
comme sur une base. Pour exemple. Si tu veux
faire une turquoise, ou une pierre, mêle à la
couleur bleue faite de la marcassite d'argent,
ou saphir (pour colorer la masse) de la chaux
d'étain, afin qu'ils fondent ensemble, & avant
que l'impression soit faite, mets sur le moule
un peu d'or préparé, sur celui-ci la susdite
poudre de verre: & la fusion & impression
étant faite, il s'en formera une pierre ayant de
petites veines d'or comme la pierre, mais il
faut qu'il y ait de la chaux d'or, qui ne perd pas
son éclat par le feu, telle qu'elle est faite par
le mercure, ou celle qui est meilleure étant
précipitée de l'eau royale, dont il a été parlé
ci-devant.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 87

De la préparation des couleurs pour colorer la masse des pierres à feu, ou cristaux.
L Es lames de cuivre doivent être souvent rougies au feu, & éteintes en eau froide, dont il sera traité plus amplement en la cinquième
Partie. On en mêle depuis trois, quatre,
cinq, ou six grains à . j. de la masse, pour
une couleur vert de mer. Le fer est réduit en
crocus par le réverbère, duquel on mêle depuis
quatre jusqu'à dix grains, à . j. de la masse
pour une couleur jaune ou de jacinthe. L'argent
est dissous en eau forte, & précipité avec
la liqueur des cailloux, après qu'il est édulcoré
& séché, depuis un jusqu'à six grains mêlé à
. j. de la masse, fait des couleurs diverses.
L'or est dissous en eau royale précipité avec la liqueur des cailloux, édulcoré & séchée, duquel
depuis 4. 5. 6. 7. grains jusqu'à .P/. mêlé
à . j. de la masse, fait un très beau saphir.
Et si depuis trois jusqu'à six grains de ce rubis
soluble fait d'or, & de régule de Mars, on en
mêle à . j. de la masse, ils font un très beau
rubis. La magnésie étant pulvérisée, dont depuis
six jusqu'à quatorze grains mêlé à . j. de
la masse, se fait une améthyste.
La marcassite dissoute en eau royale se précipite avec la liqueur de cailloux, est édulcorée
& séchée, dont depuis un jusqu'à cinq
grains mêlé à . j. de la masse, se fait un saphir,
G ij
@

88 La quatrième Partie.
mais il n'est pas si beau que celui qui est fait
avec l'or.
Que si tu ne veux pas calciner la marcassite, prends de la *zafore, & depuis cinq jusqu'à
dix grains mêle à . j. de la masse.
Les grenats de Bohême, ou Orientaux sont mis en poudre; & depuis six grains jusqu'à . j.
mêlés avec . j. de la masse, pour faire de
petites pierres semblables à de naturelles émeraudes:
les autres choses qui concernent le
mélange de ces couleurs, doivent être apprises
par l'expérience.
Et pour ce qui est de l'usage à quoi les cailloux & cristaux teints peuvent servir, il
n'est pas à propos d'en parler ici, si ce n'est
pour remédier aux yeux qui se sont affaiblis
par les veilles, par la chaleur du feu, & par la
fumée, fournis-toi d'un moule de cire exactement
rond, de la grandeur d'une assiette, ou
d'un plat, auquel tu appliqueras de la meilleure
argile mêlée avec le poil: oins le moule
avec de l'huile, & applique exactement de la
meilleure terre de creuset bien préparée, & qui
résiste au feu, de l'épaisseur d'un doigt, lequel
étant sec, perce le en quelque endroit, afin
que lors que la cire se fondra par le feu, elle
coule; après brûle le moule dans un fourneau
de terre, étant brûlé remplis le de verre préparé,
& le place dans un fourneau à vent, tant
que le verre fonde, lequel à la fin étant refroidi,
ôte le moule, & tu auras un cristal semblable
au moule, lequel tu formeras après, & poliras
comme on fait des lunettes dans un plat de

##Note :*zafore: ?.
#

@

Des Fourneaux Philosophiques. 89

fer de tous les deux côtés, & l'ayant polie tu y
mettras un fil de fer, & tu auras un rond optique
à peu de frais, autrement à peine s'en fait-il de
cristal d'une telle grandeur. Et si tu veux tu
lui peux donner une couleur verte agréable à
la vue & lui attacher un pied pour ta commodité.
Ce verre ne sert pas seulement pour
la multiplication de la clarté en temps de nuit,
afin que tu voies les choses de loin dans une
chambre, mais aussi pour fixer & calciner les
minéraux par les rayons du Soleil, & fondre les
métaux, & multiplier les images de même
qu'un miroir concave, & il n'y a point d'autre
différence qu'en la seule réflexion.
Cet instrument de verre est aussi fait d'une autre façon, avec moins de peine & de frais, si
avec un diamant on coupe deux grands ronds
d'un miroir poli, & si étant ramollis dans un
fourneau approprié sur une pierre exactement
ronde, jusqu'à ce qu'ils s'attachent comme de
la cire, bien serrés contre la pierre; ce fait laisse-
les refroidir derechef, après étant tirés hors
ils représenteront la forme du miroir concave,
du côté de la partie convexe, on leur peut
accommoder une feuille.
Or ces verres sont le même que le miroir concave métallique, excepté la réflexion, qui
n'est pas si forte.
Et quoi que les verres soient plutôt rompus, néanmoins ils sont fort propres pour faire
l'instrument suivant.
Et ils sont fortement attachés ensemble avec un fort fil de fer, appliqué en croix dans
G iij
@

90 La quatrième Partie.
la partie concave, & un trou est coupé sur le
bord avec un diamant d'un côté de la grandeur
d'un pois, auquel est mise une vis d'étain
puis les jointures sont exactement fermées partout
avec du meilleur lut, de fait il y faut attacher
une bande d'argent ou de cuivre, serrant
ces verres étroitement, de sorte que l'instrument
soit propre au pied. Tout cela étant
bien fait, ces gros fils sont séparés ou coupés,
avec lesquels ces verres étaient liés au commencement,
principalement proche la bande
de cuivre, après cela on verse de pure eau de
vie par un entonnoir, autant qu'il en est requis
pour le remplir, l'instrument étant plein, le
trou est bouché, & cela doit être mis à part
pour l'usage. Or cet instrument fait le même
effet que le miroir concave, principalement
s'il a en son diamètre un pied de largeur, &
peut être appliqué à des peintures de perspective,
car il les représente ou multiplie parfaitement.
Au derrière duquel si tu mets une chandelle de nuit, il donne tant de clarté dans une
chambre, qu'il te semblera qu'elle vient du
Soleil. Il fait aussi beaucoup d'autres choses,
lesquelles j'omets ici comme étant superflues.
Et tu peux la nuit assembler la clarté
dispersée dans l'air avec ce verre, de telle sorte
que tu pourras lire l'écriture la plus menue.
Telles & autres semblables choses peuvent
être faites par ce fourneau, lesquelles grossiraient
trop ce Livre, si on les voulait écrire.
Le reste de l'examen & purification des

@

Des Fourneaux Philosophiques. 91

métaux par la fonte, sera dit en autre lieu.
Lecteur, prends ceci que je te donne en bonne part. Une autrefois tu auras quelque
chose de meilleur; ne blâme pas mes écrits,
comme si je n'approuvais pas les examens
des métaux par la fusion & séparation
des anciens, ne voulant seulement que communiquer
mon opinion, & donner mon assistance
pour aller plus avant; car je sais bien
que les examinateurs des métaux donnent
trop de crédit à leurs petites épreuves, lors
qu'ils ne trouvent rien, condamnent les mines
comme stériles, lesquelles abondent en or &
en argent: quoi que M. Jean Mathese dise
expressément en sa Sarepte, que souvent les
mines examinées en petite quantité ne donnent
point d'or ni d'argent, & en grande
quantité en donnent beaucoup. C'est pourquoi
on ne doit pas toujours ajouter foi à
telles preuves, qui trompent souvent, comme
l'expérience le certifie.
Cela n'arrive pas seulement en ces minéraux qui sont tirés hors des cavernes de la
terre, mais aussi en ces argileux & sablonneux
minéraux, abondants en flammes d'or & d'argent
desquels ni par les petites, ni par les
ablutions, ni par le mercure, on ne peut tirer
avec profit l'or dispersé en flammes, ce qui
peut être fait par de certaines eaux, sans aucun
feu avec facilité; car je sais que telles
mines sont trouvées proche beaucoup de rivières
en Allemagne, & en beaucoup d'autres
endroits de l'Europe, desquelles on peut tirer
G iiij
@

92 La quatrième Partie.
un honnête profit, à peu de travail, & à peu
de frais. Ce ne sont pas des songes, ce que j'ai
dit par parabole de la perfection des métaux:
car on peut avec l'art assister la nature pour
les perfectionner. C'est pourquoi il n'est besoin
d'autre chose que de connaissance, & la
nature des métaux étant connue avec leurs
propriétés, ils sont aisément séparés, purgés,
& perfectionnés.
Quant à ce que j'ai écrit de la Médecine universelle, je l'ai fait pour les susdites causes,
non comme professeur de l'art. Les autres
choses des verres colorés de rouge, & des miroirs,
je les ai ajoutées, à cause qu'ils sont
aisément préparés par ce fourneau, comme
étant quelquefois nécessaires en quelques
travaux. Le reste concernant le maniement des
métaux n'est pas omis ici sans cause. On en
parlera peut-être en quelqu'autre lieu, c'est
pourquoi nous finissons.

Fin de la quatrième Partie.
@

L A C I N Q V I E S M E P A R T I E

D E S
N O V V E A V X
F O V R N E A V X
PHILOSOPHIQVES.
Où il est traité de la nature admirable du cinquiesme
Fourneau: Comme aussi d'vne preparation facile des instrumens & des materiaux appartenans aux quatre Fourneaux, dont nous auons parlé cy deuant.
Composée par I E A N R O D O L P H E G L A V B E R.
Et mise en François Par LE SIEVR DV TEIL. *o%o* A P A R I S, Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie, aux Armes de Hollande. ----------------------------------------------
M. D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
@
@

3
pict

L A C I N Q U I E M E P A R T I E

D E S
F O U R N E A U X
PHILOSOPHIQUES.
----------------------------------------------

De la préparation du Fourneau.
pict E n'ai point fait mention de ce
Fourneau dans la Préface, & j'ai réservé d'en traiter en ce lieu, comme le plus à propos, pour en découvrir les merveilles, en faveur de ceux qui
s'étudient au laboratoire. Et quoi que je sache
bien que les ignorants se choqueront plus
en cet endroit que dans tous les autres de mes
ouvrages; je ne laisserai pas néanmoins d'exécuter
mon dessein, pour ce que je suis assuré
de faire une chose très agréable à ceux qui
recherchent avec soin les secrets de la Nature.
Car je proteste avec vérité que celui-ci est
5. Part. A ij
@

4 La cinquième Partie,
le plus rare & le plus curieux dans lequel, par
la grâce de Dieu, j'ai découvert des choses
tout à fait prodigieuses.
Quant à la construction de ce fourneau, il n'est pas nécessaire d'en dire beaucoup de choses,
d'autant qu'il n'en est pas de même que
des autres, vu qu'il se trouve partout bâti
des mains propres de la Nature, n'étant destiné
qu'aux opérations naturelles, pour la confection
de quelque menstrue, lequel dissout
sans aucun bruit l'or, l'argent, tous les autres
métaux, les pierres tant communes, que précieuses,
& même le verre, l'origine du fourneau
étant l'origine du menstrue. Il est aisé de
conjecturer, que ce fourneau produisant ce
menstrue royal, dont il a tiré son origine, n'est
pas de ces communs fourneaux, par le moyen
desquels les autres choses sont distillées, vu
qu'il donne ce menstrue non corrosif, & qui a
des vertus toutes particulières, lesquelles ont
plus d'efficace que toutes les eaux corrosives
en général & en particulier. Car toutes les
eaux corrosives telles qu'elles puissent être,
comme l'eau forte, l'eau royale, l'esprit de vitriol,
de sel, d'alun, & de nitre, ne sont pas capables
de dissoudre en une fois, l'or & l'argent,
& les autres sujets durs, & indissolubles par les
eaux les plus caustiques.
Sans mentir cela est étonnant & prodigieux, qu'une chose qui se trouve partout très vile,
& abjecte puisse faire de si merveilleux effets,
Je ne sais quelle raison m'a poussé à écrire sur
ce sujet, dont les savants me blâmeront, pour

@

Des Fourneaux Philosophiques. 5

en avoir écrit trop ouvertement, & les ignorants
m'accuseront de mensonge. Sans doute
ces considérations m'en auraient détourné, si
je n'eusse été certain, que je ferais une bonne
oeuvre, & que je retirerais plusieurs personnes
de l'erreur. Car il y a une infinité d'ignorants
qui s'imaginent qu'il n'y a point d'autre menstrue
dissolvant, que les susdits esprits corrosifs,
quoi que tous les Philosophes crient d'une
commune voix que ces esprits corrosifs &
détruisants, ne sont capables que de faire une
stérile solution des métaux. L'expérience témoigne
assez que toutes les solutions faites
par le moyen de l'eau forte, de l'eau royale, &
autres esprits colorent les mains, ce qui n'arrive
pas dans cette vraie solution Philosophique,
& que par conséquent toutes les solutions
qui colorent les mains sont fausses & malignes.
Que personne donc ne se persuade que ce menstrue
soit à mépriser, à cause qu'il est vil & facile
à trouver, moi-même j'y ai été trompé,
& ne l'ai pu croire jusqu'à ce que j'ai découvert
la vérité. Il arrive en ce rencontre, ce qui
arrive ordinairement, que les choses grandes
& splendides sont méprisées, & que les petites
& communes sont négligées. Ce qui est contraire
au cours de la Nature, laquelle fait tous
ses ouvrages avec simplicité. La pauvreté de
JESUS-CHRIST choquait les Juifs, & quoi qu'ils
vissent ses miracles, toutefois ils ne les croyaient
pas, à cause de la simplicité dont il agissait,
& de la forme humaine sans laquelle il ne
pouvait pas être notre Médiateur envers
A iij
@

6 La cinquième Partie,
Dieu. Car par la faute d'Adam nous étions
tellement séparés de Dieu, & endurcis dans
nos péchés, que nous étions devenus esclaves
de la Mort & de l'Enfer, ayant perdu le Saint
Esprit. Or par cette rosée & manne céleste
nos coeurs ont été arrosés, & par sa parole, &
par son Sang nous avons recouvert ce Saint
Esprit, sans lequel nous ne l'aurions jamais
trouvé. Ainsi comme jadis les Pharisiens & les
Prêtres ne reconnaissaient pas JESUS-CHRIST
à cause de sa pauvreté, de même on méprise
ce menstrue universel, parce qu'il est partout,
& qu'il se trouve même dans les ordures. Ne
me blâmez pas d'avoir fait cette comparaison,
car elle tourne plutôt à la gloire de Notre
Seigneur, lequel a pu délivrer le genre humain
de la puissance du Diable, de même que
le mercure ressuscite glorieusement pour le salut
du genre métallique.
J'eusse pu ajouter beaucoup d'autres choses touchant l'origine de ce menstrue universel
si vil & si abject, & amplifier ses vertus qui
dissolvent radicalement les métaux, les minéraux
& les pierres sans bruit, unissant & fixant,
dont la solution ne colore point les mains,
dont la conjonction est inséparable, & la fixation
incombustible, n'étaient les incommodités
que je me procurerais, la haine, & l'envie
des autres. D'autant qu'il s'en trouve peu qui
se contentent de la découverte qu'on leur fait
de la possibilité, désirant qu'on leur révèle
entièrement tout le mystère, autrement ils nous
persécutent par la haine & par l'envie. S'ils

@

Des Fourneaux Philosophiques. 7

avaient quelque connaissance de notre travail,
ils en feraient sans doute un meilleur jugement.
Contente toi donc, ami Lecteur, de
ce discours qui t'enseigne la possibilité de l'art
& de la Nature. Cherche-la bien avec la crainte
de Dieu, & tu profiteras infailliblement.

De la construction des Fourneaux.
P Our ce qui est des fourneaux du premier & second Livre, ils doivent être bâtis avec terre de potier, & avec des pierres, de
quoi je n'ai pas grande chose à dire, d'autant
qu'il y a beaucoup de Livres qui en traitent
suffisamment. Néanmoins il y a une chose digne
de remarque, c'est que les fourneaux auxquels
on ne doit pas donner un feu violent,
n'ont pas besoin de murailles si fortes, que
ceux où on distille, sublime & fond avec feu
violent. Et pour ce qui est des fourneaux pour
sublimer & distiller, tu les peux bâtir avec
des briques communes qui sont faites de bonne
terre grasse, & bien cuite, avec des murailles
fortes, afin qu'elles puissent garder plus
longtemps la chaleur: autrement tu auras
toujours quelque chose à refaire, & à refermer
les fentes, qui empêchent la conduite du
feu. C'est pourquoi il les faut entourer avec
des anneaux de fer, afin qu'elles soient plus
durables. Mais quant aux fourneaux de fonte,
les susdites briques ne servent de rien pour les
construire, d'autant qu'elles ne sauraient durer
au feu, & qu'elles se fondraient. Il faut donc

@

8 La cinquième Partie,
faire d'autres briques avec de très bonne terre,
qui soit fixe au feu, comme la terre des
creusets, dont il sera parlé ci-après, dans un
moule de bois ou de cuivre, il n'importe pas
qu'ils soient ronds ou carrés, ayant égard au
fourneau, afin que six ou huit puissent faire
un tour du fourneau, il n'est pas aussi nécessaire
de bâtir tout le fourneau de ces pierres, il
suffit seulement que le lieu où les charbons
demeurent soit des dites pierres, & le reste de
brique commune.

Lut pour bâtir les Fourneaux.
L E lut se peut faire de diverses façons pour cet effet cela dépend de la volonté d'un chacun. Quelques-uns mêlent avec la terre
de potier tamisée, le poil des boeufs, vaches, &
cerfs bien battus, de la paille d'orge, du lin,
fiente de cheval: & chose semblable, qui joignent
bien la terre, & empêchent qu'elle ne
se fende ou crevasse, avec lesquels ils mêlent
quelquefois du sable tamisé, si l'argile est trop
grasse, battant le mélange avec eau, tant qu'il
est à une consistance: & c'est là un bon mélange,
d'autant qu'il n'est pas sujet à crever.
Toutefois il est faible, d'autant que par longueur
de temps le poil & la paille sont brûlés,
ce qui cause que le fourneau devient mince &
faible. Il en a beaucoup qui laissent les choses
combustibles, & mêlent la terre grasse &
sable ensemble, & le tempèrent avec saumure,
pour bâtir leurs fourneaux, & c'est le meilleur
mélange,
@

Des Fourneaux Philosophiques. 9

mélange, d'autant qu'il n'est pas combustible
comme les autres, même il n'est pas sujet
à crever, à cause du sel, & pour cet effet
la saumure du poisson, ou de la chair salée y
est très propre, d'autant que le sang aide à
leur union; mais si la teste morte du vitriol, ou
de l'eau forte, ramollie avec de l'eau, est mêlée
avec la terre grasse, & le sable, ce sera encore
mieux pour ton travail; car ce lut n'est nullement
sujet à crever, étant fixe & permanent
au feu. Avec ce lut les cornues & cucurbites
sont bien lutées: Comme aussi les jointures des
retortes & récipients bouchés. Ce lut humecté
avec un linge mouillé se sépare aisément,
comme aussi celui avec lequel le sel est mêlé:
mais les luts où il n'y a point de sel ne se séparent
point. Ce qui cause que bien souvent les
verres sont cassés, c'est pourquoi si tu n'as
point de la tête du vitriol, tempère l'argile &
le sable avec saumure. Il y en a beaucoup qui
y mêlent la limaille de fer, le verre en poudre,
les cailloux, &c. Mais tu n'as pas besoin de cela
pour le bâtiment des fourneaux, mais seulement
pour lutter certains verres qui servent
pour la séparation & distillation, d'autant que
la limaille de fer étant mêlée avec le sel, lie
& joint très étroitement.
5. Part. B
@

10 La cinquième Partie,
Pour boucher les jointures qui empêchent l'évaporation des esprits.
L E susdit lut est suffisant pour boucher les jointures du premier fourneau, où les esprits ont assez d'air, mais non pour les vaisseaux
du second fourneau, où il faut distiller
les esprits très subtils, qu'il ne pourrait retenir,
à cause de leur pénétration avec la perte de
la meilleure partie. C'est pourquoi il t'en faut
choisir un autre, sinon qu'après qu'il est bien
sec, tu l'oignes avec un pinceau d'un mélange
fait de chaux vive en fine poudre, avec huile
de lin, alors l'argile en fera attraction par ses
pores, se fortifiera, & sera capable de retenir
les esprits les plus subtils. Or ce lut ne peut
être après séparé que fort difficilement, d'autant
que résistant à l'eau, il ne peut être ramolli.
C'est pourquoi la terre ne doit être tempérée
autrement qu'avec des blancs d'oeufs,
appliqués avec des linges. Mais il te faut prendre
garde que le linge ne se brûle par la grande
chaleur du col du récipient, en y mettant
entre deux un col de fer ou de verre très fort,
c'est à dire entre le récipient & la retorte: les
jointures peuvent aussi être bouchées avec
vessie de boeuf trempée en blanc d'oeuf. Comme
aussi avec amidon ou empois tempéré avec
eau, & appliqué sur du papier par diverses fois,
& par ce moyen ces esprits subtils sont aisément
retenus, mais non les corrosifs, auxquels

@

Des Fourneaux Philosophiques. 11

la tête morte de l'eau forte est plus propre, &
après qu'il est sec, il doit être touché avec le
mélange de chaux vive, & huile de vin.
La diversité de ces luts a été destinée à divers usages.

Autre lut pour les verres cassés.
I L arrive quelquefois que les vaisseaux de verre, comme récipients & retortes ont des fentes, sans lesquelles ils seraient encore bons:
les fentes sont plus grandes en ces verres qui
souffrent derechef la chaleur du feu, lesquels
se rompent à la fin; que si tu désires prévenir
cela, il te faut faire un lut délié avec chaux vive,
minium, & huile de lin, l'étendre sur du
linge & l'appliquer sur la fente, & étant sec,
en mettre un autre: mais si la fente est grande,
tu y peux appliquer trois ou quatre linges
pour plus grande assurance: tu y peux aussi
appliquer des blancs d'oeufs battus, avec un
linge, & jeter dessus de la chaux vive en fine
poudre, & la presser bien fort avec la main, ce
fait, il te faut appliquer dessus un autre linge
trempé en blanc d'oeuf, & jeter de la chaux
vive dessus; ce lut étant sec, retient les esprits,
mais il est plus sujet à la corrosion des esprits
corrosifs, que le précédent.
Remarque bien que la chaux vive ne doit pas être mêlée avec le blanc d'oeuf, ni mise
sur le linge, comme quelques-uns font, à cause
que le blanc d'oeuf reçoit une dureté de la
chaux vive, auparavant qu'ils soient unis, &
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12 La cinquième Partie,
par ce moyen il ne se peut attacher: mais il
faut que le linge soit mouillé auparavant que
la chaux vive soit mise dessus, de telle façon
qu'il ne faut pas que la chaux vive touche immédiatement
le verre, mais qu'elle soit appliquée
entre deux linges.

Comment on peut empêcher l'évaporation des esprits subtils, après qu'on les a préparés.
C Es verres dans lesquels les esprits sont gardés, sont ordinairement bouchés avec du linge ou de la cire, sur lesquels
on met après des vessies, lesquelles choses
sont bonnes pour certains esprits, qui ne
rongent point le linge, ni la cire: car tous
les esprits corrosifs, comme ceux de vitriol,
d'alun, de sel commun, de nitre, &c. rongent
le liège, & les esprits de corne de cerf, de tartre,
de sel armoniac, d'urine, de vin, &c. fondent
la cire & la pénètrent.
Et quoi qu'on les puisse boucher par autre voie, qui empêcherait que les deux
sortes d'esprits ne s'évaporent, ce néanmoins
ce serait une grande peine de les ouvrir si souvent,
& les boucher derechef, c'est pourquoi
j'ai inventé une façon de verre propre pour
cela, dont les orifices étant distingués,
sont propres pour recevoir leurs couvercles,
comme il appert par la figure, A signifie

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Des Fourneaux Philosophiques. 13

le couvercle, B le verre qui contient l'esprit,
C l'attractoire, par le moyen duquel les esprits
sont tirés hors du verre. Quand il est nécessaire
sur le bord de l'orifice du verre qui contient
l'esprit, on y met du vif-argent, & sur
cela on met le couvercle: cela fait le vif-
argent courant sur le bord, bouche exactement
l'ouverture des deux verres. De
sorte que rien du tout n'en peut être évaporé.
Car les esprits ne pénètrent pas le mercure, si
ce n'est qu'ils soient grandement corrosifs (ce
qui est remarquable) lesquels par succession
de temps réduisent le mercure en eau. Ce qui
arrive rarement, & lors le mercure doit être
renouvelé; mais il n'est pas besoin de faire
tant d'honneur aux esprits corrosifs, car ils ne
sont pas à égaler à ces esprits volatils, lesquels
étant tirés hors des corrosifs, n'agissent point
sur le mercure; encore moins le font les esprits
urineux, & c'est principalement pour eux
qu'a été inventée cette sorte de verres, par
le moyen duquel les esprits les plus subtils
sont préservés sans aucun danger, de la perte
de leurs vertus, aussi longtemps qu'on le désire:
& d'autant qu'en cas de nécessité les esprits
ne peuvent pas être versés à cause du
mercure qui est sur le bord, il faut que tu te
fournisses d'un attractoire semblable à celui
par le moyen duquel on tire le vin hors des tonneaux,
mais plus petit, ayant un ventre avec
un petit orifice fait bien proprement, l'ayant
mis dans le verre, vous en pouvez tirer autant
qu'il vous plaît, ou qu'il vous est nécessaire,
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14 La cinquième Partie,
le trou de dessus étant bouché avec le doigt,
rien n'en sortira, ce que vous avez tiré étant
mis dans un autre petit verre, pour vous en
servir à votre usage, alors il faut couvrir derechef
le reste de l'esprit qui est dans le verre, &
en tirer comme cela avec cet instrument, autant
qu'il vous est besoin pour votre usage,
c'est ici la voie la plus sûre pour garder les
esprits subtils, comme aussi ils sont fort bien
gardés dans les verres, dont les bouchons sont
de verre poli par l'attrition; mais cette voie
de garder les esprits est plus chère que l'autre,
& se fait comme s'ensuit.

La manière de polir les bouchons de verre pour retenir les esprits dans les vaisseaux de verre.
P Remièrement, il te faut avoir des bouteilles de verre de diverses façons, de grandes & petites, qui aient le col très fort & la bouche
aussi avec les bouchons de verre, lesquels
étant polis, bouchent bien l'orifice de la bouteille.
On les polit en cette manière. Mets le
bouchon dans un tour bien fermé dans du
bois, & le fait tourner, puis étant mouillé avec
émeri & eau, mêlés ensemble, mets-le à la
bouche de la bouteille, afin de le tourner tout
rond dans la bouche de la bouteille, laquelle
tu retireras souvent hors du bouchon, qui sera
bien attaché autour, pour l'humecter plus

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Des Fourneaux Philosophiques. 15

souvent avec ce mélange d'eau & d'émeri, par
le moyen d'un pinceau ou d'une plume, ce
qu'il faut faire si souvent, jusqu'à ce que le
bouchon ferme la bouche de la bouteille très
exactement. Ce fait il faut nettoyer le bouchon
& l'orifice de la bouteille, avec un linge
pour ôter l'émeri. Alors frotte le bouchon, &
la bouche de la bouteille, avec liniment fait
de fine terre lavée, & mêlée avec eau, ou bien
avec huile, & le tourne derechef dans la bouche
de la bouteille, & l'oins si souvent avec ce
nouveau mélange, tant que le bouchon soit
exactement poli. Après il le faut attacher à sa
propre bouteille. La même chose se doit entendre
de tout le reste, afin qu'un ne soit pas
pris pour l'autre, &c. & afin qu'il ne soit pas
nécessaire d'en ôter beaucoup des bouchons
& des bouteilles, sers-toi des moules de cuivre,
qui soient faits pour les bouchons, pendant
qu'ils sont encore chauds, mous & nouvellement
tirés hors de la fournaise: afin
qu'ils soient faits d'une juste rondeur. Comme
aussi d'autres moules de cuivre qui doivent
être mis aux orifices des bouteilles, pendant
qu'ils sont chauds & mous, afin de les faire
plus ronds, & que le bouchon soit plus promptement
& aisément rendu propre à fermer
exactement la bouche de la bouteille (par
exemple, A est le bouchon, B la bouteille) si
tu sais exactement comme il y faut procéder,
ils seront promptement & aisément rendus
propres l'un pour l'autre.
Et si tu n'as point de tour, tu y procéderas B iiij
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16 La cinquième Partie,
en la manière suivante, laquelle est à la vérité
plus longue, mais aussi elle est plus sûre, d'autant
qu'au tour souvente fois les verres étant
chauds, sont rompus, à cause de trop de précipitation.
Cela se fait ainsi. Il faut avoir un vaisseau
de fer, ou de bois propre pour recevoir
la bouteille, laquelle étant couverte avec du
linge & mise dedans, il te faut joindre les deux
parties avec adresse, par le moyen d'une vis,
afin que la bouteille ne se rompe; & d'autant
que cet instrument ou réceptacle de la bouteille
étant attaché à un banc par le moyen
d'une vis ne peut être changé de lieu: il te faut
avoir un autre instrument de bois pour le
bouchon. ( Exemple, A le bouchon avec son
réceptacle, B la bouteille avec son réceptacle)
lequel puisse être séparé au milieu, & derechef
réuni avec une vis, après y avoir mis le
bouchon, & l'ayant mouillé avec le susdit mélange
d'émeri, & d'eau; prends l'instrument
avec les deux mains, & mets le bouchon dans
l'orifice de la bouteille, & frotte en tournant
l'un sur l'autre. Comme font ceux qui polissent
les bondes des tonneaux à vin ou à bière,
faisant cela tant que le bouchon soit propre
pour la bouteille, alors réitère ledit travail
avec du *tripoly tant qu'il soit prêt, & il bouchera
aussi bien qu'un bouchon fait au tour.
De la même façon tu peux préparer ces grands récipients de verre de la première fournaise,
afin qu'ils puissent être bien bouchés
sans lutation. Les bouchons des matras pour les
fixations peuvent aussi être bouchés de cette

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Des Fourneaux Philosophiques. 17

façon, lesquels au lieu d'être lutés peuvent être
mis dans la bouche du matras, sur lesquels on
met de petits couvercles de plomb, afin qu'en cas
de nécessité, ils puissent être un peu soulevés,
lors que par un mauvais régime du feu, les esprits
sont trop excités & raréfiés, à cause du
danger que les verres ne cassent, & afin que
les bouchons de verre puissent être derechef
appliqués aux orifices des matras, lesquels en
cette manière seront bouchés très exactement.
Cette manière de boucher est meilleure,
que celle qui se fait avec liège, cire, soufre,
& autres choses: afin que s'il arrivait
que le régime du feu ne fût bien administré, &
que par conséquent tu eusses failli, tu puisses
préserver ton verre, en soulevant les bouchons,
quand les esprits sont trop excités.
Quoi que cette manière de boucher soit meilleure
que la commune, néanmoins celle qui
ensuit est encore meilleure que les autres, par
le moyen de laquelle les esprits sont plus aisément
retenus, le verre étant préservé sans aucun
danger de se rompre, voici comment.
Fais faire un canon de verre qui soit crochu comme la figure le montre, dans le ventre duquel
il faut mettre demie-once ou une once de
mercure, ou environ; que ce canon qui a un
ventre, entre dans le matras contenant la matière
qui doit être fixée; Par exemple A est le
canon avec le ventre B est le matras, & derechef
A signifie ce petit couvercle de plomb
avec le matras B, les jointures desquels doivent

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