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18 La cinquième Partie,
après être lutées, & le matras ne sera jamais
en danger de se rompre.
Les susdites manières de boucher sont les meilleures, par le moyen desquelles on ne casse
point de verres, je parle pour ceux qui sont
dans l'erreur concernant la fixation des esprits,
des sels, minéraux & métaux, desquels
quoi qu'ils soient fixés avec grands frais &
labeur, néanmoins on n'en tire pas ce qu'on
s'en était promis: d'autant que toutes ces sortes
de fixations sont violentes & forcées, & par
conséquent contraires à la nature, mais il n'en
est pas de même en cette fixation des esprits
qui est profitable, par laquelle il nous faut
suivre la nature, & ne mettre pas notre travail
entre les mains de la fortune. Car il n'y a que
les fous qui cassent leurs verres avec leur teinture
supposée: mais les philosophes ne font
pas de même. Car toute chose qui est violente
est ennemie de la Nature & toutes les opérations
de la Nature sont aisées. Ceux-là donc
qui feront des fixations violentes ne parviendront
jamais à la fin qu'ils se sont proposée.
Je ne saurais être persuadé que les corps
morts, ou à demi morts puissent être mêlés,
pour pouvoir multiplier: mais je croirai fort
aisément que la conjonction d'un mâle & d'une
femelle d'une même espèce, sains & bien
nourris, avec bonnes & saines viandes est naturelle,
& qu'elle fera la multiplication en son
espèce, ce sont ceux qui endurent dans la bonne
& mauvaise fortune, dans la vie & dans la
mort: mais la conjonction des choses mortes,

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Des Fourneaux Philosophiques. 19

est morte & enterrée. Considère seulement
combien de diverses sortes d'instruments, comme
d'or d'argent, de cuivre, de fer, d'étain, &
de plomb, de terre, de verre, de pierres, & autres
vaisseaux d'autres matières ont été déjà
inventés pour fixer le mercure tout seul avec
l'or & l'argent, mais en vain, à cause qu'ils n'ont
aucune affinité. Car quoi que le mercure se
mêle avec les métaux, ou les métaux avec
lui, ce n'est pas par la raison qu'ils aient aucune
affinité pour la multiplication, ou perfection:
on voit par expérience que le mercure
s'enfuit dans le feu, & laisse l'or, l'argent, &
autres métaux. C'est pourquoi il est évident
qu'ils n'ont point cette mutuelle affinité requise
à la multiplication des métaux, & il n'est pas
même possible, car ceux qui ont une mutuelle
affinité s'embrassent l'un l'autre, & demeurent
ensemble pour jamais, quoi que volatils,
néanmoins ils ne se quittent point l'un l'autre,
comme font l'or & le mercure, lors qu'ils
sont mis ensemble avec le plus fort lien; de
sorte qu'ils ne puissent être jamais séparés dans
le feu le plus violent. Il faut donc avoir grand
soin dans la fixation des choses qui se joignent
ensemble, & se retiennent l'une l'autre, sans
l'assistance d'aucun verre curieux. Que si tu n'as
pas l'intelligence de ces choses, ne t'en mêle
point, d'autant que cela te serait plus nuisible
que profitable, comme l'expérience journalière
que d'autres & moi en avons faite, le témoigne.
Mais afin que tu puisses mieux entendre
quelles choses ont une mutuelle affinité

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20 La cinquième Partie,
l'une avec l'autre. Entends un peu ce que
je te dis.
Ne se moquerait-on pas de ceux qui voudraient mettre de l'eau de pluie, ou de l'eau
commune sur l'or, l'argent, & autres métaux
pour les fixer? c'est pourquoi prends garde à
la folie de plusieurs avares Alchimistes, lesquels
en une affaire si difficile, ont perdu leur
temps, recueillant selon qu'ils ont semé, à la
fin ils ont laissé le travail qu'ils avaient entrepris,
après avoir dépensé beaucoup inutilement.
J'en ai vu souvente fois qui ont choisi
pour leur dissolvant la rosée de Mai, la neige,
la pluie de Mars, ou l'eau distillée des excréments
des étoiles, des végétaux & animaux, en
quoi ils ont perdu leur peine.
Car la radicale union des dites choses avec les métaux étant impossible, il ne peut jamais
être produit rien de bon, à cause de leur différence.
Et ceux-là peuvent avec raison être
comparés à ceux qui désirent monter à une
échelle fort haute, qui a beaucoup de degrés,
& qui veulent incontinent voler du bas de
l'échelle en haut, ce qui est impossible, de
même il ne se peut faire aucune conjonction
des choses qui sont tout à fait différentes. Mais
comme chacun peut aisément monter au plus
haut de l'échelle par les degrés, de même chacun
peut joindre les choses les plus éloignées,
ajoutant premièrement une chose qui soit la
plus proche de celle qui est la plus éloignée,
& après celle-là une autre la plus proche, &
ainsi de suite.

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Des Fourneaux Philosophiques. 21

C'est un travail qui a besoin de beaucoup de temps, & qui est sans profit. Car si les choses
qui ont le plus d'affinité sont jointes ensemble,
l'une se délectera dans l'autre, & l'une embrassera
l'autre. Par exemple, il y a un certain sel,
qui convertit l'eau commune en un corps semblable
à soi-même: lequel peut être fixé en
peu de temps avec un certain minéral, grandement
volatil. Les minéraux peuvent aussi être
fixés par les métaux, & les métaux (ce que je
n'ai pourtant jamais éprouvé) avec une certaine
chose qui est plus excellente que les métaux.
Mais pour cela il n'est pas besoin dans
la fixation des minéraux, de commencer par la
coagulation de l'eau, laquelle se convertit en
sel, & après en un minéral, ce qui serait trop
ennuyeux; mais il suffit de commencer par des
choses plus proches, auxquelles la nature a
commencé son opération, & l'a laissée imparfaite,
lors il y a espérance de profit, si on n'y
joint aucune chose contraire, autrement il n'y
en a point. Considère comme la Nature est
prête à donner son secours, alors qu'elle le
peut. Par exemple, tire le sel du tartre calciné
par dissolution & congélation (mais ne
prends pas celui-ci pour celui duquel j'ai
fait mention un peu devant, lequel est beaucoup
meilleur que le sel de tartre) après que
tu l'auras calciné, observe bien le poids, sur
lequel puis après tu verseras la moitié de son
poids de pure eau de pluie, que tu distilleras
pour éviter tout soupçon d'impureté, puis retire
l'eau par le bain doux ou par le sable, laquelle

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22 La cinquième Partie,
tu cohoberas sur le sel de tartre, & distilleras
derechef, réitérant cela tant qu'il sera
nécessaire, jusqu'à ce que toute l'eau soit consommée,
ce fait tire hors le sel, & le fais rougir
au feu, puis le pèse, & tu trouveras qu'il a
augmenté en poids, cette augmentation ne
vient que de l'eau, & non d'ailleurs.
Remarque bien que la cohobation de l'eau doit être réitérée souvent sur le sel de tartre;
par ce moyen l'eau se peut convertir en sel, &c.
Que si tu ne crois la conversion des choses matérielles
& corporelles, comme quoi croiras-
tu la conversion des choses qui ne sont pas
matérielles, comme du Soleil, & du feu en
une substance matérielle & fixe? de quoi nous
dirons quelque chose dans notre traité de
l'Or potable, & plus au long ci-après dans
un traité de la génération des métaux, si Dieu
me le permet. Car il faut savoir la circulation
des Eléments & choses élémentées, comme
l'une est convertie en l'autre. Par exemple, la
terre donne l'eau, l'eau donne l'air, l'air le feu, &
le feu derechef la terre, & s'il est pur; il donne
une terre pure. Mais afin que tu entendes parfaitement
comme quoi chaque chose qui doit
être fixée, peut être retenue par une autre, à
raison de son affinité, observe l'exemple suivant.
Le laboureur jetant la semence en terre
pour la multiplier, ne choisit pas toute sorte
de terre, mais seulement celle qui lui est propre
pour la multiplication, à savoir une terre
qui n'est ni trop sèche, ni trop humide, car
la semence jetée sur le sable ne croît point, &

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Des Fourneaux Philosophiques. 23

se perd, de même ce qui est jeté dans l'eau se
gâte & se pourrit: toute chose qui doit être
conservée, le doit être par un tempérament
égal, lequel plus il est égal ou semblable, produit
une substance plus parfaite. C'est pourquoi
l'humidité est nécessairement requise
pour faire croître les végétables, sans laquelle
ils ne sauraient croître ni multiplier. Or
la semence étant jetée sur le sable humide, &
les rayons du Soleil venant à donner dessus, il
en consomme soudainement l'humidité, d'où
s'ensuit, que la semence est brûlée dans le sable
qui est sec, à cause qu'entre l'eau & le sable
il n'y avait point d'affinité, sans laquelle l'eau
ne saurait être retenue par le sable, & par
conséquent la semence est privée de sa nourriture.
Il s'ensuit donc nécessairement, qu'il y
doit avoir un milieu, ou un lien qui joigne
l'eau & le sable: ce lien n'est autre que le sel,
par le moyen duquel l'eau de pluie est arrêtée
par le sable, de sorte qu'elle n'est pas si aisément
consumée par la chaleur du Soleil.
Le sable donc retient le sel, & le sel l'eau de pluie pour la nourriture du germe. Mais toutes
sortes de sels ne sont pas propres à cela,
car quoi que Notre Seigneur dise au chapitre
14. de Saint Luc verset dernier, que la terre
qui est sans sel ne produit point, néanmoins il
ne faut pas entendre par là toute sorte de sel,
car quelques sels, comme le sel commun, sel
de vitriol, alun, &c. non seulement ils ne profitent
pas, mais ils gâtent les végétables, les
empêchant de croître & de germer, à raison

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24 La cinquième Partie,
de leur sécheresse, & les sels urineux les avancent;
ce que les paysans entendent mieux que
nos Sophistes; car ils connaissent comme il
faut aider leur terre stérile avec les excréments
des animaux, qui ne sont autre chose qu'un sel
urineux mêlé avec le soufre, faisant la terre
grasse & fertile, & par ce moyen un véhicule
(ou plutôt un lien) est administré à l'eau
de pluie, afin qu'elle ne soit pas si tôt consommée
par la chaleur du Soleil. De plus, toute
semence (consistant en un sel urineux, & en
soufre) aime son semblable, d'où ils tirent
leur nourriture, ce qui n'est observé que
par peu de savants, non par les ignorants:
les laboureurs peuvent être excusés de leur
ignorance, d'autant qu'ils travaillent seulement
par coutume, mais non pas ceux qui
portent le titre de savants, auxquels il appartient
de tendre raison de l'accroissement, ils devraient
avoir honte de leur ignorance, ayant
moins de connaissance que les paysans. Il est
évident que le *fient rend la terre fertile, mais
comment & par quelle raison, ils n'en savent
rien, que s'il manquait de sel nitreux, il ne la
rendrait pas fertile, ni n'avancerait pas le germe.
Car il n'est pas inconnu que le nitre est
fait des excréments des animaux: donc la bonté
du *fient consiste seulement au sel urineux
qu'il contient, & non dans la paille.
Mais tu me demanderas peut-être, pourquoi chacun des autres sels ne sert-il
point à rendre la terre fertile, pourquoi est
le sel du *fient plus nécessaire à la production
qu'un
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Des Fourneaux Philosophiques. 25

qu'un autre? Nous avons déjà répondu, que
chaque chose est aidée par son semblable, &
les contraires sont détruits par leurs contraires,
car l'expérience nous certifie, que chaque
semence consiste en sel urineux & en soufre,
& non dans aucun sel acide, c'est pourquoi il
désire & embrasse son semblable: que celui qui
ne le veut pas croire, fasse cet essai, savoir
qu'il distille la graine de quelque végétable, &
qu'il en fasse sortir une livre par la retorte, &
il verra par expérience qu'il n'en sortira pas
seulement un esprit acide, mais tout ensemble
un flegme, avec quantité d'huile, & un sel volatil
qui blanchira tout le récipient, ce qu'aucune
racine ni tige ne peut faire, car la principale
vertu, odeur & goût des végétables, animaux,
& minéraux, se trouve dans la semence,
auxquelles choses la Nature a pourvu, &
fait fort sagement, donnant les principales facultés
de la semence, laquelle est plus sujette à
divers accidents, que le reste, lequel est aussi
conservé, nourri & chéri par son semblable.
Maintenant ce discours, lequel pourrait autrement avoir été omis, a été institué, afin
que la cause de la génération ou production
des végétables, fût montrée plus clairement,
& que ce qui a été dit de l'attraction, & fixation
de toutes choses, puisse être mieux entendu;
c'est pourquoi il faut que la génération &
multiplication des minéraux, végétaux & animaux
soit d'elle même, & non forcée, comme
est celle des faux Alchimistes stérile & infructueux,
5. Part. C
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26 La cinquième Partie,
comme étant contraire à la Nature:
c'est pourquoi quand tu fixes quelque
chose, sois prévoyant d'avoir quelque chose
qui la retienne, sans laquelle elle ne peut être
fixée; à la vérité le feu fait toujours son office;
mais il ne sait pas assister ce qui est contraire
à la Nature, lequel il détruit entièrement,
& rien ne peut prévaloir contre lui s'il
n'est bien gouverné selon l'ordre de la Nature.
Ceci soit dit pour ton instruction, si tu prétends fixer quelque chose, autrement tu perdras
ta peine.

Pour faire les meilleurs creusets.
L Es meilleurs creusets qui sont requis pour la quatrième fournaise, ne se trouvent pas par tout, c'est pourquoi j'estime qu'il vaut
bien la peine d'en écrire la façon de les faire,
car je n'ignore pas que beaucoup sont contraints
ne trouvant pas de ceux-là, de prendre
de ceux qu'on use communément, & par là
avec grande perte de métal, quand les creusets
se rompent dans le feu, & par conséquent avec
grand trouble pour les en retirer.
Les Chimiques ont été un longtemps en grand erreur, & non seulement eux, mais encore
les Orfèvres, & ceux qui séparent les métaux.
Comme aussi d'autres qui ont besoin de
se servir de creusets, s'étant persuadés en eux-
mêmes, qu'il ne se peut trouver de bonne terre
en autre part qu'en Hesse, ce qui a été cause
qu'il a fallu transporter des creusets de ce

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Des Fourneaux Philosophiques. 27

pays la en celui-ci avec grands frais, ne considérant
pas qu'en tous les endroits d'Allemagne,
il s'en trouve de semblables. Ce qui est à
la vérité une grande folie des hommes, ne provenant
que de ne savoir pas connaître la
bonne terre, laquelle se trouve presque partout.
Je ne nie pas que la terre de Hesse ne
soit très bonne pour les creusets, tuiles, retortes,
& autres vaisseaux, qui doivent souffrir un
grand feu, à cause de quoi on recommande la
terre des creusets de Gipse & Valbourg.
Il y a peu d'années que quelques-uns ont fait leurs creusets & autres vaisseaux qui endurent
bien le feu, avec de la terre qu'on porte
d'Angleterre & de France en Hollande, lesquels
ont fort bien retenu les métaux dans le
feu, mais non les sels, d'autant qu'ils sont trop
poreux, & ne sont pas si compacts que ceux
de Hesse, c'est pourquoi ceux de Hesse sont
toujours préférés à tous autres, d'autant qu'ils
retiennent mieux les métaux & les sels, mais
quoi que cette terre soit transportée de là en
autres places, néanmoins cette sorte de forts
creusets n'en saurait être faite: la cause de
cela ne provient pas de la constitution de l'air,
ni du lieu, quoi que faussement, quelques-uns
lui aient voulu imputer, mais elle vient de
l'erreur en les faisant cuire, car en Hesse il y a
grande abondance de bois, lequel ils n'épargnent
point en cuisant les creusets, car ils les
cuisent jusqu'à la dureté de pierre. Ce qui ne
se peut faire avec un petit feu de tourbe.
La même erreur se commet en faisant d'autres C ij
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28 La cinquième Partie,
pots & vaisseaux, lesquels sont faits à Frechein,
Sibourg, & autres lieux proches de Cologne,
lesquels sont transportés presque par toute
l'Europe, la bonté desquels est attribuée à
la seule terre, & non à la manière de les faire.
Mais à présent l'expérience nous a fait voir,
que toute bonne terre devient pierre dans un
feu violent, sans considérer le lieu où elle est
prise: c'est pourquoi il est probable, vu la possibilité,
que tels vaisseaux sont faits partout ailleurs,
car toute terre qui est cuite retenant une
couleur blanche à un feu médiocre, rend les
pots & creusets poreux, mais à feu violent &
long, elle les rend compactes comme verre,
principalement si on jette dessus du sel commun
en abondance, après qu'ils ont été cuits à
feu très violent, lequel leur ajoute par dehors
une politesse pareille à celle du verre, & par ce
moyen ils seront plus capables de retenir les esprits
dans le feu, c'est pourquoi que personne
ne doute que tels vaisseaux ne se puissent faire
de toute terre qui devient blanche en la cuisant
à un feu violent: car plus elle devient blanche
en la cuisant, tant plus excellents en seront
les pots, qui en seront faits, voyant qu'il y
a grande différence en la façon de faire les
creusets qui doivent souffrir le feu, & les pots
de pierre qui retiennent les choses liquides. Je
montrerai la façon de faire les deux; les pots
qui servent pour la première & seconde fournaise,
& les creusets pour la quatrième, en la
manière suivante.
Celui qui veut faire l'essai de la bonne &
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Des Fourneaux Philosophiques. 29

pure terre blanche. Pour voir si elle se rend en
pierre dans le feu, qu'il jette une pièce de pure
terre de la grosseur d'un oeuf dans un feu
violent, observant si elle se crèvera en pièces
promptement ou lentement: si elle ne crève
& ne se réduit en poudre, quoi qu'elle ait
quelques fentes, c'est de bonne terre propre
pour être cuite, si le mélange est bien fait, en
quoi consiste tout l'art.
La terre qui doit servir pour les pots, récipients, & bouteilles, n'a pas besoin d'autre
préparation que celle qui sert pour la brique,
laquelle pour la plupart est trop grasse, avec
laquelle tu mêleras du fin fable bien tamisé
& fusible, pétris-la avec les pieds, & la manie
bien avec les mains avant qu'en faire les vaisseaux,
lesquels étant faits, il les faut sécher
au Soleil, ou en autre lieu chaud, étant secs, il
les faut cuire à feu violent l'espace de vingt-
quatre ou trente heures, sur lesquels tu jetteras
du sel en même temps autant qu'il te plaira,
lesquels étant bien cuits comme cela, sont
semblables au verre, retenant aisément toutes
choses liquides. Mais que celui qui fait
des creusets, tuiles, briques & autres vaisseaux
destinés pour souffrir un feu violent, use
de plus de précaution pour les faire. Premièrement,
il faut qu'il pile la terre bien séchée
au Soleil, ou ailleurs, en menue poudre avec
un marteau de bois, & étant en poudre, la passer
par un gros tamis; & pour une part de ladite
terre, y joindre deux, trois ou quatre parts
(ayant égard à la graisse de la terre) de la terre
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30 La cinquième Partie,
cuite dans la fournaise d'un potier de terre,
& mise en poudre, lesquelles étant mêlées
avec une suffisante quantité d'eau, il les faut
piler avec les pieds, & après les pétrir avec
les mains, & la terre sera préparée pour en former
des vaisseaux. Quand il fait des creusets
& coupelles qu'il se pourvoie de moules de
bois grands & petits faits au tour, d'autant que
lesdits vaisseaux ne sauraient être formés
par la voie ordinaire des potiers, à cause que
leur matière doit être fort maigre pour souffrir
un grand feu, c'est pourquoi on les fait
communément avec des moules, selon la façon
ci-dessous écrite.
Mettez une pièce de votre terre préparée dans le moule, lequel il faut tenir d'une main,
& appliquer la terre par dessus avec l'autre, ou
le tenir avec les pieds, ou entre les cuisses, afin
que la terre soit appliquée avec les deux mains.
Comme aussi il te faut premièrement bien
frotter le moule, avec du sable bien tamisé &
net; Car autrement la terre s'attachera au
moule de bois, de telle façon qu'il fera presque
impossible d'en détacher le creuset sans un
grand danger: ce fait, il est besoin de l'appliquer
encore plus avant en frappant dessus, avec
quelque instrument de bois bien poli, afin que
le creuset soit parfaitement mis dans le moule.
Par ce moyen les creusets deviennent extrêmement
forts. Ce fait tire le creuset hors, &
le mets sur une planche pour le sécher, premièrement
à l'air, puis par la chaleur du feu, ou
du Soleil, & après le cuis dans la première

@

Des Fourneaux Philosophiques. 31

chambre de notre quatrième fournaise, ou
dans une fournaise de potier. Mais si ton dessein
n'est autre que de fondre des métaux, tu
n'as pas besoin de les brûler, ou cuire à un feu
si violent, s'ils sont bien & exactement faits.
Or il faut user de cette précaution, en fondant avec ces creusets, qui ne sont pas brûlés,
c'est qu'il te faut commencer le feu peu à peu
par le haut, crainte que les creusets ne rompent
pour avoir pris le feu subitement.
De plus, afin qu'ils soient faits égaux en force, poids, & épaisseur, il te faut peser exactement
un creuset fait avec le moule mis dans
la balance, & une pièce de la terre préparée,
laquelle sera mise dans l'autre balance, & s'ils
sont égaux en poids tire hors cette pièce, &
en mets une autre, faisant cela si souvent tant
que tu aies le nombre des creusets que tu désires
faire, par ce moyen ils font faits égaux,
& tu n'as pas besoin de couper la terre superflue
lors qu'elle est bien appropriée au moule,
d'autant qu'ils sont faits égaux, par le moyen
de l'égalité du poids de la matière de la terre,
& le travail est plutôt fait que par aucune
autre voie.
A la vérité cette voie est la meilleure, mais ennuyeuse & de grand travail, ce qu'ayant considéré
un peu plus exactement, j'ai trouvé à
la fin que la façon suivante est beaucoup meilleure
que la précédente, par laquelle les creusets
ne se font pas seulement plus forts, mais
aussi il s'en fait plus dans une heure, que par
la précédente en trois ou quatre. C'est pourquoi
C iiii
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32 La cinquième Partie,
le moule est fait de laiton (dans lequel
je t'avise d'appliquer la terre) signifié par la
lettre A, qui est le meilleur qui soit fait par la
voie de la fusion, alors le contre-moule répond
à celui-ci, signifié par la lettre B, de telle
façon qu'il n'entre pas trop avant dans celui-
ci, afin qu'il ne touche au fonds, & qu'il y ait
pour le moins l'épaisseur d'un doigt, mais à
des creusets plus grands, qu'il y ait plus grande
épaisseur au fonds, comme la pratique te
fera voir.
C'est pourquoi celui qui veut faire des creusets doit appliquer la terre au moule, comme
a été dit en la première façon; ce fait retirer
derechef le creuset qui est formé ou jeté, & le
mettre à l'air pour sécher, alors ayant fait une
suffisante quantité de creusets, il faut nettoyer
le moule de la terre, ou sable, & l'oindre de
graisse ou huile d'olives avec une éponge.
Comme aussi le contre-moule, dans lequel il
faut mettre le creuset demi fait & séché, &
dans celui-ci le moule, lequel il faut frapper
deux ou trois fois avec un marteau de bois,
afin que la terre soit exactement appliquée au
moule; ce fait tirer hors le moule, & tourner
le creuset & le contre-moule ensemble, &
frapper un peu sur le banc (où se font les creusets)
& recevoir à la main le creuset qui en tombera,
lequel il faut après sécher & brûler,
comme a été dit ci-dessus dans la première
façon, & en cette manière sont faits les meilleurs
& mieux proportionnés, fixes & unis,
non seulement pour la fonte des métaux; mais

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pict
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Des Fourneaux Philosophiques. 33

aussi pour les minéraux, & pour les sels, dont je
n'en ai jamais vu de semblables qui sont
sans aucun danger, s'ils sont exactement faits
de la meilleure terre, égaux en poids & en
force, étant pesés, comme dit a été. Ce travail
est plus aisé & plus plaisant, par lequel ils sont
faits avec les mains seules, aussi bien grands
que petits, à votre volonté.
De la même façon sont faits les têts, par le moyen de semblables moules; il ne faut pas
qu'ils soient longs, mais plats, comme les têts
ordinaires, ainsi que nous voyons par la figure
suivante A & B, non seulement les têts, mais
aussi les coupelles sont faites par le moyen de
ces moules.
Les têts sont faits plus aisément par cette voie que les creusets, à cause que la terre se
pèse seulement, & étant maniée avec les mains
est mise dans le contre-moule, laquelle terre, il
te faut presser bien ferme par la partie supérieure,
afin qu'elle soit faite conformément au
moule plat, & non pas long, ce qui peut être
aisément fait, & à cause de cela ces creusets
sont aisément tirés hors, si le moule est tourné
ou que le contre-moule soit un peu frappé
contre le côté du banc; & si la terre était battue
si fort qu'elle sortît par les côtés, tu la couperas
avec un couteau, autrement le creuset ou
têt est difficilement tiré hors, s'attachant au
bord: ce que la pratique t'apprendra, car toutes
choses ne sauraient être montrées si exactement
par la plume.
Et prends ceci pour précaution, que tu ne
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34 La cinquième Partie,
fasses pas tes creusets & têts, de terre qui soit
trop molle, mais de celle qui est à demi sèche,
autrement ils sont difficilement tirés hors du
moule, car celle-là est plus aisément appliquée
au moule, & si tu y procèdes justement
comme il t'est prescrit, difficilement se perdra-
t-il un creuset entre cent.
Ceci doit aussi être observé, que la terre superflue qui est coupé, ne doit pas être mêlée
derechef avec la masse pour les creusets, à cause
qu'elle est gâtée avec la graisse ou huile,
dont on a oint les moules, c'est pourquoi elle
ne saurait être si bien mêlée derechef, &
étant brûlée, elle se crève, ce qui est cause
qu'on fait de mauvais creusets. Elle doit donc
être gardée à part, pour raccommoder les fournaises
qui sont gâtées par une trop grande
violence de feu, ou bien pour couvrir les creusets.
Ce qui se fait seulement avec les mains, ou
bien avec des moules, desquels nous ne manquerons
pas, si nous voulons travailler toutes
choses exactement.
Pour les tuiles & autres vaisseaux qui servent à la distillation & à la fonte, ils sont faits
par le moyen des moules de bois de la façon
suivante. Que les moules soient exactement
faits semblables aux tuiles, & autres vaisseaux,
qu'ensuite il soit coupé de la terre étant très
bien préparée des feuilles avec un fil de cuivre
sur deux tables de bois unies: lors une pièce
de la terre doit être mise avec un couteau sur
le moule, afin qu'elle acquière là une dureté.
Après il faut l'ôter de là, la bien sécher & brûler,

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Des Fourneaux Philosophiques. 35

& s'il y faut faire quelqu'autre chose, soit
en retranchant ou en ajoutant, il le faut faire
avec de la terre amortie, sèche, & un peu dure.
Par ce moyen qui que ce soit peut avoir les
vaisseaux qui lui sont nécessaires pour lui-
même sans beaucoup de frais, & sans beaucoup
de peine pour son assurance; car ceux
qu'on vend sont faits négligemment, & bien
souvent ils se crèvent en les séchant, à cause de
quoi ils ne durent pas au feu, mais se rompent,
non quelquefois sans grande perte de
métal; lequel il faut après chercher dans les
cendres par un lavement incommode. C'est
pourquoi il vaut mieux travailler ces vaisseaux
avec ses propres mains pour plus grande
assurance. Car tous les creusets ne peuvent
pas toujours être faits égaux, ni de semblable
durée au feu, quoi qu'ils soient faits avec
grand soin. Il faut donc considérer leur bonté
pour leurs divers usages; car les meilleurs doivent
servir à fondre les meilleurs métaux. Or
que personne ne se persuade que tous soient
indifféremment bons pour le feu, quoi qu'ils
soient les meilleurs de tous. Car je n'ai jamais
vu aucune terre qui soutienne la litharge, & le
sel de tartre, d'autant que la meilleure que j'aie
jamais vue, ne peut résister à leur pénétration,
ce qui est grandement incommode pour certaines
opérations profitables, lesquelles nous passons
sous silence.
Que ce qui a été dit suffise concernant la façon des creusets. Or pour ce qui concerne la
façon de faire les têts & les coupelles, & les

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36 La cinquième Partie,
appliquer aux dits moules, je n'ai pas cru que
ce fût ici le lieu de le montrer: d'autant
qu'il y a longtemps qu'il l'a été par d'autres,
particulièrement par cet ingénieux personnage
Lazarus Erker, aux écrits duquel
touchant la façon de faire les têts & les
coupelles, je n'ai rien à redire, & j'y renvoie
le Lecteur, d'autant qu'il trouvera là
une suffisante instruction pour les faire, il y a
d'autres têts desquels je ne dirai rien en cet
endroit, mais peut être en quelque autre lieu,
par le moyen desquels le plomb est rendu meilleur
dans l'essai, si on le fond derechef quelquefois.

De la vitrification des vaisseaux de terre, pour la première & seconde fournaise.
F Aute de vaisseaux de verre pour notre première fournaise, il en faut faire de semblables avec de la meilleure terre, lesquels étant
bien vitrifiés une ou deux fois, sont quelquefois
meilleurs que les verres mêmes, principalement
ceux qui sont faits avec de la terre qui
ne boit pas les esprits, laquelle se trouve presque
partout, se durcissant en pierre lors qu'elle
est bien brûlée. Jusqu'à présent l'art de brûler
n'a pas encore été bien connu, dont il a
déjà été dit quelque chose, où la terre étant
brûlée à un feu très violent, elle devient si

@

Des Fourneaux Philosophiques. 37

compacte qu'elle s'acquiert une solidité &
dureté de pierre. La fournaise des Potiers étant
trop faible pour un feu si violent, il est nécessaire
d'avoir une fournaise particulière pour ce
travail, dans laquelle on puisse donner un feu
très violent. Mais d'autant qu'on ne peut
bâtir une telle fournaise pour une petite quantité
de vaisseaux, ne méritant pas d'y faire une
telle dépense, ni de prendre tant de peine.
Voici une autre façon pour vitrifier quelle
sorte de terre que ce soit (excepté seulement
la terre rouge) laquelle n'est pas à mépriser, si
elle est bien faite, & spécialement si la matière à
vitrifier est froide, après que le brûlage est
fini, sans être crevée ou fendue, ni gâtée par
des esprits corrosifs: comme le verre fait avec
le plomb, retenant les esprits, aussi bien les
subtils que les corrosifs, telle qu'est cette vitrification
blanche des Italiens & Hollandais:
c'est pourquoi au défaut d'une fournaise propre
à brûler les vaisseaux en consistance de
pierre, fais-les de la meilleure terre, & les vitrifie
ou glace avec le meilleur verre fait d'étain,
mais non de plomb; & d'autant plus,
qu'il entre de chaux d'étain, dans le mélange
de la vitrification, d'autant mieux est-il fait.
Car l'étain étant réduit en chaux avec le
plomb, il n'a plus d'affinité avec les esprits corrosifs,
tellement qu'il est plus propre pour la
vitrification. Mais celui qui ne voudra pas faire
de si grands frais, qu'il les vitrifie avec du
verre de Venise en poudre, laquelle vitrification
n'est pas aussi à mépriser, elle demande

@

38 La cinquième Partie,
un grand feu, à cause que le flux ne se fait qu'avec
grande difficulté dans les fournaises communes
des Potiers. C'est pourquoi il faut mêler
un peu de borax avec le verre, afin qu'il flue
plus aisément dans la fournaise du Potier, autrement
tu verseras sur les vaisseaux de terre,
bien brûlés, de l'eau mêlée avec du verre, de
telle façon que le verre s'attache par tout exactement,
après quoi étant bien séchés, il les
faut bien industrieusement assembler, afin
qu'ils n'occupent pas trop d'espace, de même
que les plats de terre, qui doivent être brûlés,
& après il les faut entourer fort bien en tous
les endroits avec des briques brûlées, laissant
un trou en haut pour y jeter les charbons
dedans, de sorte néanmoins que les briques
soient distantes des vaisseaux la largeur de la
main, afin que les charbons étant jetés par
haut, puissent aller tout autour, & tomber plus
aisément en bas, lequel espace étant rempli
avec des charbons secs, tu mettras par dessus
ceux-là d'autres charbons, afin que le feu
commençant par haut, puisse brûler peu à peu
jusques en bas, & perfectionner le travail, &
faisant comme cela les vaisseaux seront sans aucun
danger, s'ils ont été bien séchés.
Le feu étant allumé & brûlant, tu couvriras le trou avec des pierres, & le laisseras éteindre
de lui-même, les charbons étant consumés,
& les vaisseaux étant froids.
N. B. S'il y a grande quantité de vaisseaux, il faut lors que les premiers charbons sont
brûlés en remettre de nouveaux, autrement

@

Des Fourneaux Philosophiques. 39

les vaisseaux étant placés au milieu, ils ne sauraient
être suffisamment brûlés, ni le verre
être suffisamment fluant, c'est pourquoi il
faut être soigneux à gouverner le feu en cette
affaire, & par cette voie, si tu fais toutes choses
adroitement, les vaisseaux sont mieux &
plus parfaitement cuits & vitrifiés, que par la
voie commune des fournaises des Potiers,
néanmoins en plus grand danger que dans les
fournaises de Potier, environnées de murailles.
Celui qui veut cuire des creusets & autres
petits vaisseaux, il les doit cuire dans notre
fournaise de fonte, ou dans celle de la distillation,
étant couverts avec des charbons,
& commencer le feu par haut. Car j'ai été
obligé moi-même de cuire & vitrifier tous
mes creusets & autres vaisseaux pour distiller
de la même façon, & cette voie est la meilleure
pour cuire & vitrifier, lors qu'on manque
d'autres fournaises, par laquelle les vaisseaux
sont exactement cuits & vitrifiés en l'espace
de trois ou quatre heures. Or la terre qui
doit être cuite promptement, doit être la
meilleure & plus durable au feu, de crainte de
rompre quelques vaisseaux: c'est pourquoi
pour ta plus grande assurance sers-toi de la
quatrième fournaise, qui est bâtie avec ses
chambres: dans la première desquelles tu peux
cuire & vitrifier sans danger; mais la susdite
façon de cuire & vitrifier ne doit pas être méprisée.
Partant, je t'admoneste de gouverner
soigneusement ton feu, afin que tu n'en donnes
trop ni trop peu, de ce qu'il faut, & qu'après

@

40 La cinquième Partie,
tu ne m'imputes la faute de ton erreur, si
les vaisseaux venaient à rompre, comme si je
n'avais pas écrit la vérité, mais que tu t'accuses
toi-même, & qu'à l'avenir tu uses de
plus grande précaution & diligence dans ton
travail.
Je sais d'autres vitrifications & de diverses couleurs qui ne sont pas connues, & à la vérité
très secrètes, lesquelles ne doivent pas
être communiquées indifféremment à tout le
monde, mais celui qui connaît la voie de réduire
les métaux en pur verre, réservant la
couleur du métal, est à la vérité l'inventeur
d'un très grand secret, s'il le considère plus
profondément, & s'exerce en l'opération, il a
une porte ouverte à de plus grandes lumières,
par la grâce de Dieu.
Il y a aussi d'autres vitrifications desquelles la terre étant couverte, il semble qu'elle soit
couverte de pierreries: mais d'autant que ce
n'est pas à présent notre dessein de traiter de
telles choses, je mettrai fin aux vitrifications,
une exceptée, laquelle je veux communiquer
pour le bien des malades & des Médecins,
elle se fait ainsi.
Fait de petites coupes de terre bien polies & blanches de la meilleure terre & bien cuite.
Alors fait fluer ou fondre le verre suivant dans
un creuset très fort, dans lequel tu tremperas
une coupe après l'autre, la tenant avec des pincettes,
& les fais premièrement rougir dans
une petite fournaise, les laissant là quelque
temps bien couvertes, afin que la terre fasse
meilleure
@

Des Fourneaux Philosophiques. 41

meilleure attraction du verre, cela fait, tire
les hors, & les mets derechef dans la susdite
fournaise close, là où elles ont été rougies
auparavant, après en avoir tiré une, trempes-
en une autre à la place de celle-là dans le verre
fondu, lequel doit être mis comme le premier
dans la susdite fournaise, & ceci doit
être réitéré si souvent, où tant que les coupes
soient glacées partout avec ledit verre. Ce
fait, la fournaise doit être bouchée bien exactement
partout, afin que le vent n'entre dedans,
& comme cela elle doit être laissée tant
qu'elle soit refroidie d'elle-même, & le verre
qui est sur les coupes restera entier, ce qui ne
se pourrait faire, si les coupes étaient mises
en lieu froid. Quant au verre il se fait comme
s'ensuit.
Prends deux parties d'antimoine cru, & une part de bon nitre, broie-les bien ensemble,
mets le mélange dans un creuset, &
y mets le feu avec un fer rouge, & le soufre
de l'antimoine se brûlera ensemble avec le
nitre, laissant une masse de couleur brune, laquelle
tireras hors pendant qu'elle est chaude
avec une spatule, afin qu'elle refroidisse, laquelle
étant après fondue dans un fort creuset
par l'espace de demie-heure, ou d'une heure,
il s'en fait le verre, par lequel lesdites coupes
sont glacées par dessus avec leurs couvercles.
D
@

42 La cinquième Partie,
L'usage des susdites coupes.
P Ersonne ne peut dénier que l'antimoine ne soit le plus excellent de tous les vomitifs. C'est pourquoi les Médecins ont inventé
tant de diverses opérations pour en tirer
hors la malignité, dont j'en ai montré quelques-unes,
avec leurs usages dans la première
& seconde partie du présent Livre, desquelles
l'une est toujours meilleure que l'autre, ce
néanmoins il est évident que l'antimoine réduit
en verre, est suffisant pour purger l'estomac
& les boyaux de toute humeur corrompue,
& ce sans aucun danger (étant droitement
administré) aussi bien par vomissement
que par les selles, par le moyen desquels
beaucoup de graves & dangereuses maladies
ne sont pas seulement prévenues, mais aussi
sont incontinent guéries.
Mais tu diras que ceci n'est que de l'antimoine cru, & partant une préparation imparfaite,
& par conséquent qu'elle n'est pas si
sûre; Sur quoi je réponds, que l'antimoine
qui purge, n'a pas besoin d'une si grande préparation,
d'autant que si toute la crudité en
était ôtée par la fixation, il ne ferait pas davantage
vomir ni aller à la selle, c'est pourquoi
le susdit verre d'antimoine n'est pas à
appréhender, d'autant qu'il n'est pas dangereux,
& se peut même donner facilement aux
enfants âgés d'un, ou deux ans, non en poudre,
mais en infusion, ou extraction faite avec

@

Des Fourneaux Philosophiques. 43

miel, ou sucre, & vin, doux ou aigret, & étant
donné de cette façon, il attire hors des boyaux
toutes les humeurs visqueuses, & les évacue
aussi bien par haut que par bas sans aucun danger.
De quoi nous parlerons plus amplement
ailleurs. Que celui donc qui se voudra servir
des dites coupes, y infuse une ou deux onces
de vin, & le mette l'espace d'une nuit en
quelque lieu chaud, & en extraira hors du
verre autant de vin qu'il sera nécessaire, lequel
étant après bu le matin, fera la même
opération, que l'infusion de la poudre du *stibium;
& cette voie est plus délicate que l'autre,
d'autant qu'une coupe est envoyée au malade,
afin qu'il infuse dedans deux ou trois
cuillerées de vin l'espace d'une nuit en quelque
lieu chaud, pour le boire le lendemain
matin avec une bonne conduite. Selon mon
jugement cette manière est plus délicate, étant
faite par sa propre main, avec son propre
vin, que ne font ces autres voies ennuyeuses,
de ces portions grandes, amères & malignes.
D'ailleurs, on se peut servir souvente
fois de ladite coupe, & si avec le temps le vin
ne faisait assez d'attraction, il faut mettre la
coupe & le vin avec de l'eau chaude par un
peu de temps, afin que le vin fasse mieux l'attraction,
& qu'il opère plus efficacement, lors
qu'il en sera besoin. Celui qui donne cette
sorte de coupes aux autres, doit les instruire
comme il s'en faut servir. Car une coupe est
suffisante à une famille pour tout le temps de
leur vie. Il ne faut pas pourtant que toutes
D ij
@

44 La cinquième Partie,
sortes de personnes s'en servent, ni indifféremment
en toutes maladies, mais seulement
ceux qui sont jeunes & robustes, auxquels les
principales parties ne sont pas offensées. Il
se peut aussi faire des coupes par une autre
voie qui seront vitrifiées sans antimoine,
comme s'ensuit.
Sublime l'orpiment dans un vaisseau de verte ou de terre, & prends ses belles fleurs dorées,
lesquelles étant fondues par une voie
particulière se réduisent en un très beau verre,
aussi rouge qu'un rubis oriental; c'est pourquoi
étant rompu en pièces, il peut servir
d'ornement: mais celui-ci est plus doux, &
plus fragile que le verre d'antimoine. Ce
verre, ou ces fleurs d'orpiment qui ne sont
pas encore réduites en verre, vitrifient parfaitement
bien les susdites coupes d'une couleur
rouge très agréable.
C'est pourquoi celui qui voudra vitrifier les susdites coupes, il faut qu'il les fasse premièrement
rougir entre les charbons ardents,
& étant rouges de feu, les tremper dans les
susdites fleurs fondues. Puis les ayant tirées
hors, les faut mettre dessus un pot de terre
ou fer, & les laisser refroidir. Elles font le
même effet, que celles d'antimoine, dont
nous avons parlé ci-dessus.
Ces coupes ne sont pas dangereuses: car comme l'antimoine est corrigé par la calcination:
l'orpiment l'est de même par la sublimation:
hors desquels si on tire toute la
malignité par la voie du feu, ou du nitre, la

@

Des Fourneaux Philosophiques. 45

vertu vomitive en est ôtée, comme il sera
montré plus amplement dans ces cinq parties,
dans une seconde édition augmentée du
traité touchant les purgatifs, & comme ils
montrent leurs vertus, si on prend garde à
leur malignité.
Il y a aussi d'autres voies pour vitrifier, & à la vérité très belles, que tout le monde
désirerait avoir, si elles étaient communiquées,
mais d'autant que ce n'est pas à présent
mon dessein de traiter ici des choses mécaniques,
mais seulement de quelques vitrifications
particulières qui servent à nos fourneaux.
J'ai résolu de n'en rien dire pour cette
fois, & mettre fin à ces Livres, ayant résolu,
Dieu aidant, de les mettre en lumière
plus corrects, & d'une façon plus ample, dans
lesquels beaucoup d'excellentes choses seront
publiées, lesquelles j'omets à présent pour
certaines raisons.
Je finirai donc ce cinquième Livre, & quoi que j'y pourrais avoir mis quelques
choses très singulières concernant des fournaises
artificielles, ce néanmoins le temps ne
me le permet pas à présent, ce qui sera différé
à un autre, où nous traiterons plus amplement
des essais, examens & séparations
des métaux, où sera montrée la meilleure
voie pour fondre les métaux en grande quantité,
ce qui n'a pas encore été connu, & quoi
que ceux qui travaillent en minéraux se persuadent
eux-mêmes d'être parfaits dans leur
art, ce néanmoins je puis montrer une voie
D iij
@

46 Appendix de la cinquième Partie,
plus facile & aisée pour la fonte des métaux,
& en moins de temps, en plus grande quantité
& avec moins de frais & peine, dont il sera
plus amplement parlé en quelqu'autre lieu.
C'est pourquoi (Ami Lecteur) contente-toi
de ceci, que si je connais qu'il te soit agréable,
je veux à ta considération & pour ton
profit, te montrer ci-après de très grands secrets,
lesquels le monde ne voudra pas croire.
#*
F I N.
pict

A P P E N D I X.
I L y a deux ans que j'ai commencé de publier ma nouvelle invention de fournaises, où il était fait mention de quelques
secrets, & quoi que j'eusse fait résolution de
ne les jamais divulguer, néanmoins j'en ai
souffert beaucoup d'importunités, c'est pourquoi
je prie un chacun, qu'ils ne me veuillent
plus troubler, ni se troubler eux-mêmes par
leurs supplications ou écrits, d'autant que
pour l'avenir je ne communiquerai autre
chose que ce qui s'ensuit. C'est pourquoi attends
patiemment le temps d'une addition,
lors que ces cinq Parties seront mises au jour
plus amples & corrigées, où beaucoup d'autres
secrets choisis seront communiqués, lesquels
ont été omis pour certaines raisons
dans la première addition.
Je communiquerai maintenant avec l'aide
@

Des Fourneaux Philosophiques. 47

de Dieu, les choses qui suivent, néanmoins
avec cette condition, à cause qu'il y en a
beaucoup par le moyen desquelles tu peux en
bonne conscience, sans faire tort à ton prochain,
gagner de grandes richesses, avec la
bénédiction de Dieu. Qu'il te souvienne des
pauvres, que tu sois bon économe des richesses
gagnées honnêtement, & que tu en uses
à la gloire de Dieu, & au salut éternel de ton
âme.
La préparation des blés, comme orge, froment, avoine, &c. des pommes, poires, cerises,
&c. desquels après la fermentation faite,
il s'en tire par le moyen de la distillation un
esprit semblable à l'esprit de vin, à peu de
frais, & de ce qui reste, si la matière est de blé,
il s'en peut faire de bonne bière, ou vinaigre:
mais si la matière est de quelque fruit, comme
pommes, poires, une bonne boisson semblable
au vin, & par ce moyen tu trouveras
double profit, sur quoi tu n'auras pas seulement
pour vivre honnêtement, mais aussi
pour en laisser à tes héritiers.
Une excellente & saine boisson de fruits & blés, qui est durable, & qui est semblable
au vin d'Espagne, de France, ou du Rhin.
Une distillation d'eau de vie, d'une certaine chose très vulgaire, sans beaucoup de frais,
semblable à l'eau de vie du vin de France &
du Rhin.
Une préparation de sucre, semblable à celui des Indes, & un tartre semblable au naturel
de vin de Rhin, tiré du miel sans beaucoup
D iiij
@

48 Appendix de la cinquième Partie,
de frais, la livre de sucre ne revenant au plus
haut qu'à huit ou dix sols, & la livre de tartre
au prix de deux sols.
Une particulière préparation du tartre sans perte, & le réduire en grands cristaux, la livre
desquels ne revient qu'à six sols.
Pour tirer hors du miel son mauvais goût & odeur, de telle façon qu'après cela il s'en
peut faire une bonne eau de vie, n'ayant plus
l'odeur ni goût du miel, comme aussi un très
bon breuvage semblable au très bon vin, laquelle
chose se peut faire comme avec le
meilleur vin.
Une préparation d'hydromel avec des raisins, grands & petits, très semblable en toutes
choses au vin d'Espagne, duquel est aussi
fait un très bon vinaigre à peu de frais.
Une préparation de vin & bon vinaigre, des grappes sauvages.
Des potions durables & saines de mûres, fraises & autres semblables.
Pour amender ou améliorer les vins troubles, aigres & moisis, &c.
La préparation d'un bon vinaigre tiré d'un certain végétable qui se trouve partout, qui
est aussi bon que celui qu'on porte de France,
& en grande quantité, desquels deux petits
tonneaux, qui sont trente-six pintes, ne montent
pas plus haut qu'un demi écu.
Pour avancer la maturité des vins des pays froids de l'Europe (excepté ceux qui sont extrêmement
froids) afin qu'ils produisent de
fort bons vins, & qui dureront longtemps,

@

Des Fourneaux Philosophiques. 49

de même que ceux qui sont produits dans
les pays chauds, lesquels ne pourraient autrement
venir à maturité.
Un certain secret pour transporter les vins hors des montagnes, où les charrettes, vaisseaux
& autres commodités manquent, où
le transport de dix tonneaux, ne coûte pas
davantage que le prix d'un tonneau par la
voie ordinaire, de telle façon que les vins
des pays étrangers peuvent être transportés
avec grand profit.
Une très bonne & aisée préparation de vert-de-gris, faite du cuivre, qui ne coûtera
pas au plus haut de six sols la livre.
Une nouvelle & aisée distillation de vinaigre, duquel soixante & dix pintes n'excéderont
pas le prix de trente sols, avec quoi
on peut faire beaucoup de choses, particulièrement
la cristallisation du vert-de-gris, duquel
une livre préparée de cette façon, ne
coûtera pas plus de trente sols.
Une aisée & excellente distillation d'un très fort esprit d'urine, & ce sans aucuns
frais, ni travail, de telle façon que vingt
ou trente pintes ne payeront pas le prix de
trois livres, étant très excellent en Médecine,
Alchimie, & affaires mécaniques,
avec lequel on peut faire un très beau vitriol
bleu hors du cuivre, étant très profitable
dans la Chimie & Médecine, réduisant
l'argent si fusible, que par ce moyen les
vaisseaux, comme bassins, plats, & chandeliers,
&c. seront si argentés, qu'on les prendra
pour de l'argent.

@

50 Appendix de la cinquième Partie,
Une voie pour distiller l'esprit de sel en grande quantité, & à peu de frais, de telle
façon que difficilement une livre coûtera
six sols, étant excellent dans la Chimie,
Médecine, & autres arts, particulièrement
pour faire les choses suivantes. La séparation
de l'or hors de l'argent; sans gâter les
vaisseaux; comme aussi la dissolution & séparation
de l'or mêlé avec le cuivre & argent,
par la force de la précipitation, lequel
menstrue se garde pour s'en servir derechef
au même usage, qui est la plus aisée de toutes
les séparations humides, par laquelle
voie l'or est mis à son plus haut degré.
La séparation de l'or volatil flambe hors
du sable, &c. très profitable, sans laquelle
on ne le saurait jamais séparer, ni par lavement,
ni par le mercure, ni par la force
de la fonte.
Un secret artificiel qui est aussi inconnu pour éprouver les minéraux rebelles. Ce
qui ne peut être fait par autre voie, car bien
souvent il se trouve des mines d'or, lesquelles
sont rebelles, dans lesquelles on ne trouve
rien par la voie commune; & par ce
moyen on les laisse là sans y travailler, &
quelquefois en autres lieux, où on ne trouve
point de mines de métaux, il s'y trouve
d'autres choses, comme du talc blanc &
rouge, qui ne donne rien par l'essai commun,
ou bien fort peu, tous lesquels abondent
en or, & argent, lequel peut être séparé
par cette voie.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 51

Une nouvelle façon non encore ouïe pour fondre les mines en grande quantité, où en
l'espace d'un jour, par la chaleur d'une certaine
fournaise de séparation, il s'en fondra
plus que par la voie commune en huit jours,
& on n'épargne pas seulement les frais, mais
il y a aussi espérance d'un plus grand profit.
Une autre façon pour mieux éprouver les choses fondues, & une nouvelle façon pour
séparer l'argent d'avec le plomb.
Une façon fort prompte pour fondre les minéraux, par laquelle ils sont fondus en
grande quantité par le moyen du charbon de
terre, & à son défaut d'autres charbons.
La fixation des minéraux, sulfureux, arsenicaux, antimoniaux, & autres qui sont volatils,
lesquels ne sauraient être retenus en
fonte par la force du feu, par le moyen d'une
certaine particulière fournaise avec une grille,
de telle façon qu'après ils peuvent par la
fusion donner de l'or, & de l'argent.
Pour fondre l'or & l'argent, flambants & raréfiés hors du sable, terre grasse, & pierres, &c.
par la voie de la fonte.
La séparation de l'or qui est dans les bas métaux & minéraux, très profitable. Ce qui
ne peut être fait par la voie commune.
Une prompte, artificielle & aisée séparation de l'or & l'argent fondus ensemble par la seule
fusion, de telle façon qu'en l'espace d'un
jour par le moyen d'une fournaise, des centaines
de marcs peuvent être séparés à moins
de frais & de peine, que par la voie commune

@

52 Appendix de la cinquième Partie,
du ciment & eau forte.
La réduction de l'or travaillé en chaînes & autres ornements au plus haut degré: Comme
aussi la séparation de l'or qui a servi à dorer
l'argent par la seule fusion, par laquelle
voie la séparation de cent marcs sera plutôt
faite, que vingt par la voie commune.
Une certaine voie par laquelle on sépare plus d'argent du plomb, que par les coupelles.
Une séparation de bon or de tout vieux fer, & quoi que ce ne soit pas un travail de grand
profit. Néanmoins il suffit pour ceux qui se
contentent de peu de chose.
Une séparation d'or & d'argent hors de l'étain & du cuivre, tantôt plus, tantôt moins.
La façon de mûrir les mines, afin qu'après
elles soient capables de donner plus d'or &
d'argent que par la voie commune. Comme
aussi la séparation de l'or & argent hors de
l'antimoine, arsenic & orpiment.
La séparation du soufre externe de Vénus, afin que le fils Cupidon puisse naître.
La séparation de l'argent hors des coupelles, dans lesquelles il entre, l'essai est sans fondre,
& sans aucun autre travail, ni dépense.
La préparation de divers vaisseaux de terre qui peuvent être faits par tous les endroits
du monde, semblables à la porcelaine, qui soutiennent
le feu, & retiennent les esprits.
Un certain alun exaltant & fixant toutes couleurs, principalement celles qui sont requises

@

pict
@

Des Fourneaux Philosophiques. 53

pour l'écarlate, & autres couleurs
précieuses, avec un certain chaudron perpétuel
qui n'altère point les couleurs, & n'est
pas de grand coût.
La façon de faire des couleurs pour les peintres, comme la laine pourprée, l'outremer
qui ne coûtent guères, & spécialement
ce très beau blanc qu'on n'a jamais vu auparavant,
semblable aux perles. Comme aussi
une particulière couleur d'or & d'argent.

F I N
@
@

A N N O T A T I O N S S V R L'A P P E N D I X D E L A C I N Q V I E S M E P A R T I E D E S F O V R N E A V X PHILOSOPHIQVES, Où il est traitté de plusieurs Secrets inconnus, & vtiles.
Mises en lumiere, en faueur des incredules &
ignorans, par IEAN RVDOLPHE GLAVBER.

Et traduite en François par le Sr DV TEIL.
*o%o*
A P A R I S, Chez T H O M A S I O L L Y Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Parcheminerie,
aux Armes de Hollande. ----------------------------------------------
M. D C. L I X.
Avec Privilege du Roy.
@
@

pict

P R E F A C E A U L E C T E U R.
pict Abord dès le commencement
de l'Appendix que j'ai ajouté aux cinq Parties de mes Fourneaux Philosophiques, on peut voir le sujet qui m'y a obligé. Il serait superflu de le répéter
ici. Outre cela mon but a été de montrer
au monde combien de secrets importants
Dieu avait réservés à ce siècle
pour l'entretien de notre vie, ne faisant
point de difficulté que les plus opiniâtres
& les plus ingrats n'en aient
quelque reconnaissance: mais il est arrivé
au contraire, que la plupart se sont
moqués de mon Appendix à leur accoutumée,
& ont dit qu'elle contenait
des choses tout à fait impossibles & fausses:
jusques à tenir ce discours. C'est
merveille que Glauber ne nous enseigne
A ij
@

Préface au Lecteur.
à faire du pain des pierres, vu qu'il a
enseigné à faire du vin de l'eau, afin que
les Laboureurs fussent désormais exempts
de peine. Voilà les sottes railleries de
ces impertinents qui ont bonne opinion
d'eux-mêmes, & qui ne sont que des
idiots orgueilleux, dont l'ignorance
m'étonne autant que mes écrits les ont
étonnés. Et je vois bien à présent pourquoi
beaucoup de personnes auxquelles
Dieu avait donné une très singulière
connaissance des choses naturelles, se
sont tenus dans le silence, & n'ont rien
laissé à la Postérité. Mais il n'importe,
il est impossible de plaire à tout le monde;
cela a toujours été, & sera de même.
Toutefois on ne doit pas trouver
étrange qu'un homme soit fâché de
ne recevoir que de l'ingratitude & de la
moquerie pour la récompense de ses
travaux, & d'entendre des gens malins
qui disent: Si Glauber a connaissance
de tant de choses dont il a fait mention
dans son Appendix, pourquoi ne se
fait-il pas riche le premier? Ces paroles
ne sont donc que des rêveries. Voilà
un beau jugement pareil à celui d'un
aveugle touchant les couleurs: Je ne
suis pas obligé de rendre raison à personne.

@

Préface au Lecteur.
Toutefois je leur veux dire, que
pour chercher sa vie dans les métaux, il
faut être dans les lieux où ils se trouvent.
Que si j'ai passé quelques années
ici dans l'incommodité, c'a été que
j'ai mieux aimé vivre en paix, & avoir
moins de bien, que d'en posséder beaucoup
dans les appréhensions de la guerre.
J'ai toutefois résolu, soit que la Paix
se fasse ou non en Allemagne, de m'en
aller habiter en des lieux où je puisse
manier le charbon & les mines; cela
étant, que ces moqueurs s'informent
si je vis dans l'oisiveté: mais non pas en
ce lieu, où je n'ai pu faire aucun essai
pour m'enrichir; car j'ai eu assez de
peine ici, où toutes choses sont extrêmement
chères, de subsister honnêtement,
& de rechercher les secrets de la
Nature pour ton profit, & de faire des
épreuves en petite quantité. Et voilà
la raison de l'explication de l'Appendix,
où je n'ai pas prétendu donner une connaissance
générale, mais une démonstration
de la vérité, afin que les incrédules
& les ignorants ne prennent pas
pour des bagatelles des secrets très importants,
dont j'ose bien avec vérité dire
que je suis l'inventeur. C'est pourquoi
A iij
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Préface au Lecteur.
je parcourrai brièvement toutes les
matières depuis le commencement jusques
à la fin: pour la réfutation des Zoïles.

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@

7
pict

A N N O T A T I O N S S U R L'A P P E N D I X de la cinquième Partie des Fourneaux Philosophiques.
Paragraphe Premier.
pict A préparation des Blés, Froment,
Orge, Avoine, &c. Des Poires, des Pommes, cerises, & autres fruits, se doit faire par une certaine fermentation, &c. Cette invention a paru fort étrange, vu qu'aucun encore n'en avait fait mention. Quelques-uns
ayant connaissance de l'art distillatoire
vulgaire, pensaient que la chose à distiller
étant mise dans la vessie, & douée d'un esprit
ardent, donnait dans le feu tout ce qu'elle avait,
sans que rien demeurât dans le reste. Cela doit
être pardonné à leur ignorance, ne travaillant
que par coutume, sans considérer qu'il y a une
meilleure voie pour distiller les esprits, & en
avoir plus grande quantité que par la voie vulgaire;
ou du moins que l'esprit étant extrait de
A iiij
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8 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie
la matière restante, il se fait quelque chose d'équivalent
à la matière distillée, tellement que par
cette manière l'esprit ardent ne coûte presque
rien: ce qui se fait de la sorte. On ne peut pas
nier que tous les végétaux, comme les blés &
les fruits, voire l'herbe même, étant préparés
& fermentés, ne donnent un esprit ardent plus
ou moins en quantité & qualité, eu égard à la
maturité & immaturité, à la graisse, & à l'aridité;
car les espèces les plus grasses, & les plus
douces, donnent plus d'esprits, que celles qui
sont *immeures, aigres, & sèches; & plus les
sujets sont secs & moins mûrs, moins donnent-
ils d'esprits, & même ne les donnent-ils qu'après
la fermentation, réduisant la graisse & la
douceur à donner dans la distillation leur esprit
ardent, qu'ils ne peuvent pas donner sans fermentation.
Il s'ensuit donc nécessairement que
la fermentation est cette cause unique de l'esprit
ardent, & par conséquent le seul médium par
lequel on peut avoir abondance d'esprits, savoir,
si les espèces sont dûment fermentées.
Mais la vulgaire fermentation n'étant pas suffisante
pour la totale élévation de l'esprit ardent,
il arrive que la meilleure part demeure
dans la vessie, de quoi on ne s'est servi jusqu'à
présent que pour engraisser les pourceaux, à
cause de l'ignorance, ce qui est mal fait; car la
matière qui est restée devait être privée de sa
graisse, soit par la distillation de beaucoup d'esprits,
soit par la confection de la bière ou du
vinaigre, avant que d'en jeter le reste aux pourceaux,
dont il arrive double profit à l'ouvrier;

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Des Fourneaux Philosophiques. 9

En outre il faut prendre garde de ne se pas servir
d'une chaudière commune, dans laquelle les
fruits peuvent contracter un empyreume, c'est
à dire une odeur & saveur désagréables, mais
d'un autre certain instrument, lequel empêche
l'adustion de la matière qui doit être distillée,
quelque épaisse qu'elle puisse être; & par ce
moyen on tire un esprit très suave & très abondant,
par le moyen de la secrète fermentation.
C'est par ces deux choses que vous voyez que
les esprits sont & plus agréables & plus abondants,
à savoir par un certain vaisseau, & par
une certaine fermentation.

Paragraphe 2.
L A façon d'un Vin qui n'est pas dissemblable à celui de Rhin, de France, ou d'Espagne, durable l'espace de plusieurs années, fait de blés & de
fruits.
En ce Paragraphe les choses s'y font tout autrement qu'au précédent: car au précédent il
est démontré comme sont tirés des esprits meilleurs,
& en plus grande quantité des blés & des
fruits, que par la voie vulgaire, mais en celui-
ci il est déclaré comment il s'en fait de la boisson
semblable au vin naturel de Rhin, de France, ou
d'Espagne; servant aux mêmes usages, en sorte
qu'il ne s'y remarque aucune différence. Ce qui
est une invention excellente & très utile, d'autant
que le vin clair est justement préféré à de la
bière trouble. Mais tu me diras que cette boisson
n'est pas du vin, quoi qu'elle lui ressemble

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10 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

en couleur & saveur, vu qu'elle n'est pas faite
de raisins, & qu'étant faite de blé, c'est plutôt
de la bière claire de bon goût. A quoi je réponds,
que je ne suis pas le premier qui ait donné
le nom de vin aux boissons qui ressemblent au
vin en couleur, odeur, & saveur: car ce suc tiré
des pommes & des poires, est communément
appelé moût, ou vin de pommes ou de poires;
& non sans raison, vu que les choses ayant les
mêmes qualités & propriétés, doivent avoir
le même nom. Cet esprit ardent qui est tiré des
blés, n'est-il pas appelé vin de blé par toute
la terre, & s'il était parfaitement bien fait, il
serait entièrement semblable à l'esprit de vin;
ce que personne n'a encore exécuté que moi.
C'est pourquoi il ne faut croire la chose impossible,
mais l'examiner plus exactement, & s'enquérir
à ceux qui ont la connaissance de ce secret.
Un homme qui dans les pays froids, où il
ne croît point de vin, pourrait faire une boisson
claire, salubre, sapide, & durable comme du vin,
ne ferait-il pas une chose agréable à tout le
monde? Certes quand on préférerait la bière
trouble comme une boisson accoutumée, celle-
ci serait toujours plus agréable aux vieillards
& aux personnes débiles: joint que de cette sorte
de vin il se fait du vinaigre meilleur que celui
qui se fait de la bière. Tu me diras que véritablement
ces breuvages faits de pommes & de poires
sont très communs, & qu'ils ne valent pas le
vin, n'étant pas de durée au delà de six mois ou
un an, & que le vinaigre qui s'en fait n'est pas de
durée aussi, qu'il rougit, se moisit, & devient

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Des Fourneaux Philosophiques. 11

gras. A quoi je réponds, que si on sait bien la
composition du vin qui se fait avec les fruits des
arbres, on en peut faire qui soit comparable à
celui qui se fait avec les raisins; tel qu'est celui
que je bois à mon ordinaire, lequel a souvent
été pris par ceux qui en ont bu, pour du vin de
Rhin, meilleur que le vin Français soufré &
sophistiqué. Tellement que l'invention est très
utile non seulement aux pays qui n'ont pas de
vin, mais en ceux qui en abondent; car en toutes
les régions, même les plus froides, il y a du blé
& des fruits d'arbres, dont on peut faire du vin
qui servira au lieu du vin de raisins qui coule
beaucoup, étant apporté de fort loin, ou fait
avec plus de dépense, vu que les vignes coûtent
plus que les autres arbres, qui donnent leur fruit
sans beaucoup de soin; les raisins au contraire ne
croissent point sans une grande culture, & une
chaleur convenable du Soleil. J'ai été élevé
dans la Franconie, région très fertile en vin où
la plupart des Vignerons ne boivent que de
l'eau, & vendent le vin pour acheter les choses
nécessaires; d'autant que les vignes requièrent
une très grande diligence durant tout l'Eté, lequel
étant chaud, le vin en est meilleur, & par
conséquent plus cher: on l'emporte dans les pays
qui ne recueillent pas de vin, & les Vignerons ne
s'en réservent que fort peu pour se réjouir quelquefois.
Que s'il arrive que la gelée du mois de
Mai, ou la trop grande chaleur de Juin, ou que
la grêle, & autres accidents, leur ôtent leur espérance,
ils sont contraints de vendre un morceau
de vigne pour avoir de quoi cultiver l'autre, & se

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12 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

sustenter, ou emprunter de l'argent à gros intérêt.
Or notre invention est bien propre en
cette occasion, & même dans les lieux qui abondent
en vin: ce que je prouve de la sorte. La
plupart de ces lieux n'ont point de bière, c'est
pourquoi les riches boivent le vin, & les pauvres
l'eau, ou un méchant breuvage fait d'eau & de
raisins pressés. Que s'ils avaient l'industrie de
faire une boisson des pommes & des poires qui
sont en abondance & à très bon marché, ils s'en
pourraient sustenter tout le long de l'année,
& vendre leur vin pour avoir leurs nécessités.
Peut-être tu me demanderas, s'il n'y a point de
blé pour faire de la bière. Je te réponds, qu'il y
en a quantité; mais que les habitants aiment
mieux boire de l'eau claire, que de la bière, qui
est trouble comme pissat de chevaux; & certes
ils ont raison, selon le proverbe d'Allemagne:
Mange choses cuites, bois des choses claires &
nettes, & dis la vérité, si tu veux bien vivre.

Paragraphe 3.
L A façon de faire à peu de frais, & des choses les plus viles, un esprit ardent semblable à celui de Rhin & de France.
Ce Paragraphe n'a pas besoin d'autre explication que de ce qui a été dit ci-devant.

Paragraphe 4.
L A façon de faire un sucre semblable à celui des Indes occidentales, & un Tartre semblable à celui de Rhin.

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