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Des Fourneaux Philosophiques. 13

Celui qui considérera la nature & les propriétés du miel, verra aisément la possibilité de ceci;
car il y a une grande affinité entre le sucre & le
miel, comme il se voit par la séparation des principes
de l'un & de l'autre, de quoi nous ne voulons
pas traiter maintenant, mais seulement enseigner
la possibilité. Le sucre est un certain suc
doux qui se trouve dans une canne ou roseau,
comme une moelle: étant mûri par la chaleur
du Soleil, on le coupe, on le brise avec la
meule, & on l'étreint, ayant une couleur brune
semblable à celle du miel, on le purifie & clarifie,
puis on le porte en Europe. Ainsi le miel est
un suc doux végétable, attiré par les Abeilles des
fleurs des arbres & autres végétaux qui naissent
dans les prairies & dans les champs, & qu'elles
amassent avec grand soin pour se sustenter: il
ressemble presque au sucre cru & grossier qui
n'est pas encore préparé, & même est plus cru
& plus impur. La chose étant donc ainsi, pourquoi
le miel ne peut-il pas être si bien purgé par
le moyen de l'art, qu'il en devint semblable au
sucre? Dans les boutiques des Apothicaires, ne
se sert-on pas souvent de miel au lieu de sucre,
& de sucre au lieu de miel, à savoir dans la préparation
des sirops, & des conserves? C'est qu'il
n'y a point d'autre différence entr'eux, sinon que
le sucre est naturellement plus pur & plus agréable
au goût, que le miel, auquel ôtant son mauvais
goût, on le peut rendre égal au sucre. Et
sans doute un jour, avec le secours de mes Livres,
le monde aura l'invention de faire du sucre de
miel? afin d'épargner tant de dépense.

@

14 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

Quant à faire le tartre du miel, il ne faut pas douter de sa possibilité, non plus que de faire le
sucre aussi du miel: ce qui est encore plus vraisemblable
d'autant que l'un & l'autre sont doux,
savoir le sucre & le miel, mais non le tartre qui
est dur & aride: c'est pourquoi j'en démontrerai
la possibilité par certains exemples, commençant
par celui du moût qui est doux avant
sa fermentation: par la cuisson il est épaissi, &
devient semblable en saveur au sucre & au miel.
Etant gardé dans des vaisseaux de terre ou de
verre bien nets, il donne par succession de temps
un sel propre essentiel, s'attachant au bord de la
grandeur des oeufs en guise du sucre candi rouge;
les fèces restant avec le résidu du sucre, lequel n'a
pu produire des cristaux à cause de la trop grande
limosité, ne cédant en rien en douceur au sucre
des Indes qui est né dans les cannes, & cette douceur
étant altérée par la fermentation, se convertit
en tartre aride. Par cet exemple nous pouvons
mieux considérer la possibilité de l'art, vu
que le sucre se fait du moût en lui ôtant sa limosité
& aquosité superflues. Cela même se voit
dans les raisins cuits au Soleil, dans lesquels, si
on les laisse l'espace d'une année, on trouve du
sucre en grain semblable à celui qui vient dans le
moût épaissi: c'est pourquoi dans les pays fertiles
en vin, les bons ménagers ont accoutumé
d'épaissir le moût jusqu'à consistance de
miel, duquel ils se servent le long de l'année dans
leur boire & dans leur manger. Cela se fait aussi
avec des cerises & poires douces, étant pilées,
exprimées, & épaissies en miel, lesquelles dans

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Des Fourneaux Philosophiques. 15

l'espace de quelques années donnent un sucre
comme le moût; la partie la plus pure pénètre
souvent les pores des vaisseaux de terre débiles,
c'est le sel essentiel attaché au vaisseau de terre,
congelé & cristallisé, très beau, & très blanc,
comme du sucre très pur, les fèces restantes dans
le fond. On voit donc par là que tout végétable
doux donne un sel doux comme sucre, & que
cette douceur se change en tartre: comment
peux-tu donc douter du miel qui est plus pur que
ces sucs exprimés? Diras-tu que le changement
du miel en sucre est vraisemblable, d'autant
qu'il en arrive le même aux autres sucs qui ressemblent
au sucre en douceur, lors qu'ils ont été
exprimés; mais qu'il n'y a pas d'apparence qu'il
se change en tartre, d'autant que le tartre est un
sel aride, & le sucre un sel doux: donc ils ne peuvent
venir d'une même racine? Je réponds, que
l'incrédulité provient de la stupidité du cerveau:
que s'il avait assez de pores comme les pots de
terre dont les femmes se servent pour convertir
le moût en sucre, la créance de la possibilité y
trouverait entrée, & les ignorants ne contrediraient
pas à la vérité.
Maintenant je dirai comment le tartre qui est aride, se fait des choses douces, non pas en faveur
des orgueilleux qui n'estiment rien qu'eux-mêmes,
mais en faveur de ceux qui n'ont point
honte d'apprendre. Considère le sel doux qui
provient du moût par le moyen de la condensation,
évaporant l'aquosité, laquelle n'étant pas
séparée par la fermentation, il se fait du tartre en
abondance; la cause de la séparation, c'est la

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16 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

fermentation, assemblant les parties les plus pures,
& divisant les plus grossières. Tu me demandes
si la fermentation seule est cause que les choses
douces produisent du tartre; pourquoi dans
l'hydromel ne se trouve-t-il jamais de tartre? De
là tu infères que ce n'est pas une fermentation
commune, par laquelle il en doit être tiré. Et
certes avec raison, celui qui ne sait pas tirer le
tartre du miel, n'en sait pas tirer aussi le vin.
Mais il ne faut pas ici révéler ce secret, qu'il faut
garder pour les Amis, jusques au temps de la révélation;
cependant contente-toi de la démonstration
de la possibilité. Certes, si quelqu'un
m'eût donné autrefois autant de lumières, je serais
plutôt parvenu à la connaissance de l'art; &
n'ayant jamais rien appris d'autrui, tu peux juger
quel travail, & quelle dépense il m'a fallu
faire pour cela.

Paragraphe 5.
U Ne particulière purification du tartre commun impur sans aucune perte, &c. Cette invention consiste uniquement en une précipitation convenable, par laquelle toute la limosité
est séparée du tartre dissous, d'où vient
qu'il ne s'en perd que peu ou point du tout; &
partant le tartre est facilement converti en
grands cristaux.

Paragraphe 6.
L A manière d'ôter l'odeur & le goût désagréable du miel, laquelle étant ôtée, on tire un esprit ardent très bon, qui ne sent pas le miel.
Ce
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Des Fourneaux Philosophiques. 17

Ce secret aussi consiste en la précipitation de la limosité superflue, & de l'odeur désagréable, le
miel acquérant une bonne odeur & saveur: tellement
qu'il s'en fait de bon vin, & de bon vinaigre.

Paragraphe 7.
L A confection d'un excellent hydromel très clair des raisins secs grands & petits, ayant le goût d'un bon vin d'Espagne, dont il se fait aussi de très bon &
très clair vinaigre.
Les raisins des pays chauds après avoir été séchés, sont envoyés en Allemagne & autres régions.
Ce n'est autre chose qu'un suc épaissi dans
la gousse des raisins, car l'aquosité en étant desséchée
y a laissé un suc doux comme sucre, ou
essence des raisins. L'humidité que la chaleur du
Soleil leur a ôtée peut être remise par une
autre eau, de sorte qu'il s'en peut faire du vin;
ce qui a été éprouvé par plusieurs qui ont versé
de l'eau chaude sur les raisins entiers ou coupés
pour la fermentation dans le vaisseau, pour en
tirer du vin d'Espagne par ce moyen: Mais la
chose n'a pas réussi selon leur désir, car au lieu de
vin ils n'en ont tiré qu'une liqueur douce, d'autant
que les raisins en se séchant avaient acquis
une autre nature, & ne pouvaient donner du vin
comme font les raisins frais. C'est pourquoi on
n'a point encore connu la manière de faire le vin
d'Espagne des raisins secs, tel qu'est celui des raisins
frais, laquelle est maintenant inventée.
Plusieurs croient que les raisins secs recouvrent
en jetant de l'eau dessus ce qu'elles avaient perdu
B
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18 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

en se desséchant, & que par conséquent on en peut
faire du vin pareil à celui des raisins frais mais
cela ne se fait pas par cette voie commune, mais
par une autre, qui est une précipitation laquelle
ôte le goût des raisins secs par la fermentation,
& séparation des parties hétérogènes. Car ce n'est
pas un art particulier, de faire des raisins secs par
l'addition de l'eau, en la manière connue un breuvage
doux qui est éprouvé comme un véritable
vin qui se peut garder, lequel n'étant pas encore
clarifié après la fermentation, s'aigrit peu à
peu; ce que ne fait pas le vin d'Espagne, vu qu'il
dure quelques années, s'il est bien conservé.
C'est pourquoi comme ces vins qui sont faits des
raisins secs par la voie commune ne sont pas de
durée (ce qui se voit par expérience) on a négligé
d'en faire, ayant crû qu'il était impossible.
Or la faute ne doit pas être attribuée aux raisins
secs, mais à l'ouvrier; car si en les faisant sécher,
il ne s'évapore qu'une humidité insipide, & que
tout ce qu'il y avait de bon, y demeure, pourquoi
ne s'en pourrait-il pas faire du vin semblable
au naturel par le moyen de l'eau qu'on y remettrait?
Mais tu me diras que le goût étrange
que les raisins ont acquis en se desséchant, empêche
cette opération; mais si on sait leur ôter
le goût, non seulement il en fera du vin d'Espagne,
mais encore de celui de Rhin. Mais tu me
demanderas, comment se peut-il faire du vin de
Rhin des raisins secs d'Espagne, vu que les frais
ne donnent qu'un vin doux? La réponse est dans
les Paragraphes précédents, ou se voit la possibilité
de faire des vins différents de quelque matière

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Des Fourneaux Philosophiques. 19

douce que ce puisse être.
Je puis assurer avec vérité que de ces raisins secs communs, & du miel, j'ai souvent fait des
vins doux, qui ont été bus pour des vins d'Espagne.
Je ne parlerai donc plus de ceci, qui sera
confirmé par l'expérience.
Or je te dirai pour conclusion, que si tu sais ôter au miel son goût & son odeur qui sont désagréables,
tu pourras en tous les lieux du monde, où il
se trouve du miel, ou des fruits doux, faire du vin
d'Espagne, ou autre, comme de la malvoisie, & celui
qui a tiré son nom du mont S. Pierre, sans y
employer des raisins secs; parce qu'il est plus aisé
de recouvrer partout les autres matières. Des
vins de cette sorte il se fait du vinaigre blanc, clair
& fort meilleur que celui de France & de Rhin:
outre cela telle sorte de vins se peut faire en toutes
les saisons de l'année, ce qui n'attache personne
& peut servir à ceux qui perdent tous les
ans beaucoup de vin.

Paragraphe 8.
C Omment il faut faire de bons vins, & de bons vinaigres aux lieux ou les raisins sont aigres; Ce secret est aussi très utile. On peut planter de la vigne dans les pays froids; mais les raisins
ne venant pas à maturité, il ne s'en peut pas faire
de bon vin, témoin l'Allemagne, où souvent
l'Eté s'étant trouvé froid, les raisins n'étant pas
bien mûrs donnent un petit vin vert, d'où souvent
les Vignerons reçoivent un grand dommage,
ne pouvant vendre leurs vins, lesquels ils sont
contraints de boire eux-mêmes, ou de les garder
B ij
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20 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

pour le mêler avec d'autre vin plus fort: Car si
l'année suivante est encore stérile, ou médiocrement
bonne, ces vins ne peuvent pas être perfectionnés
par d'autres qui ne sont guères meilleurs.
Il arrive aussi souvent que les Vignerons en
une mauvaise vendange choisissent les meilleurs
raisins, & laissent les autres; que s'ils savaient
la manière d'en ôter la verdeur, ils ne les mépriseraient
pas de la sorte.
D'autant que le vin vert peut être facilement corrigé, vu que des raisins verts & durs que j'ai
pilés avec un marteau, j'en ai fait du vin semblable
à celui de Rhin. Je laisse à juger de l'excellence
de ce secret, qui est utile non seulement dans
les pays froids où les raisins ne mûrissent jamais
parfaitement, mais encore dans les pays chauds
où il arrive une température d'air contraire, qui
les empêche de mûrir. Les raisins mêmes qui
naissent dans les champs incultes peuvent être
corrigés par cette invention, en sorte qu'il s'en
peut tirer d'excellent vin. Ce secret est donc très
utile, mais il ne le faut communiquer qu'avec
discrétion.

Paragraphe 9.
L A préparation de Boissons salutaires qui se font de *Ribes Meur. Ce Paragraphe se rapporte au 2. & 8. car la même invention qui sert à mûrir les raisins
verts, sert aussi à faire ce procédé, sans autre différence,
que de corriger cette odeur sauvage de ces
fruits, laquelle ne se rencontre pas dans les

@

Des Fourneaux Philosophiques. 21

raisins, & c'est en quoi les raisins leur sont préférables;
& les fruits susdits sont préférables aux
raisins, en ce qu'ils croissent en tous lieux en abondance,
& plus facilement. Car si une branche de
la longueur d'un empan ou deux est mise en terre
au Printemps, elle peut porter fruit cette année
même, dans les lieux les plus froids & incultes,
& par conséquent la terre la plus grasse
produit de meilleurs & de plus grands fruits.

Paragraphe 10.
L A manière de corriger les vins troubles, gras, rouges, moisis, Aigres. Quoi qu'il semble que ce Paragraphe ne soit de nulle importance, toutefois ce secret est nécessaire
pour faire les vins; car il arrive souvent
que les pleins tonneaux de vin se gâtent, deviennent
gras, rouges, moisis & puants. Faut-il les
jeter pour cela? nullement. Car ce serait grand
dommage. Il vaut bien mieux y remédier comme
l'on fait en secourant les hommes malades.
Si vous avez donc de tel vin, il en faut précipiter
tout le vice, & dans peu de jours il recouvrera sa
première bonté & douceur, & clarté. Le vin même
qui devient aigre, pourvu qu'il ne soit pas
tout à fait changé en vinaigre, peut être remis en
sa première bonté par des moyens convenables:
celui qui est trop aigre doit être converti en vinaigre.
B iij
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22 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

Paragraphe 11.
L A manière de faire un vinaigre très bon très clair & durable en grande quantité, de certains végétaux qui se trouvent partout &c.
Ce secret est excellent pour ces Villes maritimes qui sont fort marchandes, d'où le vinaigre
peut être transporté avec grand lucre en d'autres
régions.

Paragraphe 12.
L A production des vins dans les pays froids, lesquels ne céderont en rien en bonté, durée & clarté, à ceux qui proviennent en Allemagne, France, Italie, Espagne.
Ce secret est presque le même que celui du Paragraphe 8. & 9. Mais en celui-ci il est principalement
requis d'appliquer à la racine de la
vigne une Médecine nutritive, & confortative,
qui la rende féconde, & qui la préserve du froid
pour produire des raisins, lesquels quoi qu'ils ne
parviennent pas à la maturité, peuvent néanmoins
être tellement perfectionnés dans &
après la fermentation, qu'il s'en peut tirer un
très bon vin.

Paragraphe 13.
U N secret pour transporter aisément les vins des lieux montueux éloignés des rivières, & autres commodités de la voiture, en sorte que la voiture soit
six fois à meilleur marché.

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Des Fourneaux Philosophiques. 23

Ce Paragraphe a choqué beaucoup de gens tant doctes qu'ignorants des secrets, lesquels jugeaient
que c'étaient des chimères & des rêveries.
Cela étant venu à mes oreilles, je me repentis
d'avoir écrit, pour ce que je m'étais attiré
l'envie & la malveillance de plusieurs: mais je
me consolai, ayant considéré que c'était la coutume
de ce monde pervers & grossier, de blâmer
les honnêtes gens, & de reprendre leur doctrine.
Plusieurs disaient que la chose était impossible,
vu qu'on n'avait pas des chariots ailés, & se
confirmaient dans leur incrédulité. Mais je te
prie, pourquoi imites-tu les Zoïles envieux qui
ne cherchent que leur honneur propre, comme s'ils
en savaient plus que les autres, & s'ils n'étaient
pas contraints de faire les Parasites & les Charlatans,
qui ne songent qu'à éviter la peine, & qui
ont honte de manier les charbons. Mais revenons
à notre proposition pour montrer la vérité.
Le moût nouveau avant sa fermentation ne
perd rien de sa force, qu'une humidité insipide,
comme il se voit par expérience; quoi qu'après
la fermentation par la chaleur il soit privé de son
esprit ardent, qui est sa partie la plus noble, les
parties insipides & inutiles étant laissées, comme
il se voit dans la distillation du vin. Il s'ensuit
donc que le vin nouveau avant sa fermentation,
doit être cuit jusqu'à consistance de miel,
mais non dans un Chaudron qui lui donnerait
une saveur désagréable: l'humidité étant évaporée,
il reste la huitième ou dixième partie qui
ressemble au miel, dans laquelle est cachée toute
la force. Ce suc étant épaissi & mis dans le
B iiij
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24 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

tonneau, peut être transporté plus facilement
que les 10. parties n'étant pas épaissies, dont le
transport n'est pas seulement plus cher, mais encore
suspect de falsification & sophistiquerie qui
peut être faite par les Voituriers, qui mêlent
de l'eau dans le vin.
Ce suc étant transporté ailleurs épaissi se convertit en vin, pourvu qu'on le dissolve en une
suffisante quantité d'eau, à savoir autant qu'il
en avait perdu dans la cuisson & condensation,
ou en plus petite quantité, si tu désires que le vin
en soit meilleur & plus fort. Etant dissous, on le
met dans les tonneaux pour la fermentation,
Du moût épaissi il s'en peut faire des vins non seulement d'une espèce, mais de différentes,
selon la diverse quantité d'eau qu'on y veut mêler,
& non sans beaucoup de profit, de sorte
qu'on n'a pas besoin des vins doux étrangers de
France, d'Espagne & d'Italie, dont le transport est
de grande dépense.
N. B. Le moût ne doit pas être épaissi dans un Chaudron, à cause de la mauvaise odeur, saveur,
& adustion qu'il en contracte: joint qu'il y
faut une particulière précipitation, par le moyen
de laquelle est séparée la *jauneur & la saveur qui
est attirée par la cuisson pour le clarifier. Sans
quoi savoir la cuisson & la précipitation ou clarification
dans le temps de la fermentation, on ne
saurait faire de bon vin. Celui donc qui entendra
ce secret se pourra enrichir en peu d'années en
faisant des vins différents: mais celui qui ne l'entendra
pas, s'en doit abstenir.
Tu pourras en faire l'essai dans un petit vaisseau,
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Des Fourneaux Philosophiques. 25

& tu verras que le moût ne perd rien de sa
force en s'épaississant, & y mêler une suffisante
quantité d'eau pour le dissoudre, & tu auras un
moût avec sa première douceur, à la réserve de
la saveur qu'il attirera du chaudron: mais si tu
entends bien le secret, sans doute tu feras du moût
des vins très excellents.

Paragraphe 14.
L A préparation d'un airain vert du vieux cuivre, dont la livre n'excède pas le prix de six sols. C'est ici un très rare secret, par lequel par une voie facile & de peu de dépense, se fait le cuivre
vert en grande quantité, lequel est très utile aux
Peintres, & à ceux qui donnent des couleurs,
dont chacun peut honnêtement sustenter sa famille.

Paragraphe 15.
N Ouvelle & inouïe distillation du vinaigre en grande quantité, &c. Cette manière a été inconnue jusqu'à présent, & par conséquent elle mérite bien que j'en fasse mention
ici, d'autant que dans la Chimie personne
ne se peut passer de vinaigre distillé, d'autant que
par son moyen les couleurs sont purgées & clarifiées,
en sorte qu'elles sont vendues à plus haut
prix, dont un chacun peut honnêtement entretenir
sa famille: Ce qui ne se peut pas faire dans
la distillation du vinaigre dans des vaisseaux de
verre, étant ennuyeuse & de grande dépense.

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26 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

Paragraphe 16.
L A distillation très facile de l'esprit d'urine le plus fort, dont on peut faire 20. ou 30. livres &c. Dans le 2. traité des Fourn. Philos. j'ai fait ample mention de la distillation de cet esprit, & j'en
ai donné diverses façons: Mais je n'ai fait nulle
mention de celle-ci, d'autant qu'elle n'a aucune
affinité avec les autres qui se font par le moyen
des instruments de terre, de verre & de métal,
mais seulement avec ceux de bois sans aucun feu:
de sorte que 100. livres n'en demandent pas une
de charbons: & non seulement, 20. 30. mais 100.
livr. peuvent être faites pour une richedale: cette
distillation est certainement fort artificielle. N.
B. La distillation du vinaigre se fait presque de la
même sorte. Or dans mon Appendix je n'ai parlé
que de 20. ou 30. liv. à faire pour une richedale,
pour ce qu'il y avait plus de vraisemblance que
si j'eusse dit 100. Et pour ce que le prix de 20. ou
30. l. ne paraît pas vraisemblable aux ignorants,
je dis maintenant hautement que le prix de 100.
liv. n'excède pas une richedale. Le croit qui
voudra, cela m'est indifférent, & la chose indubitable.
Quoique cet esprit soit excellent pour
la Chimie, je l'ai pourtant voulu communiquer
pour la Médecine particulièrement. Car si on la
peut faire en grande quantité avec peu de frais &
peu de travail, on en peut user libéralement dans
la Médecine, surtout dans les bains secs, & humides,
par lequel moyen sont souvent heureusement
guéris des maux que l'on croyait incurables.

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Des Fourneaux Philosophiques. 27

Cet esprit fait des merveilles, & cause de
l'honneur & des richesses. Il ne faut pas donc
mépriser ce Paragraphe, à la façon des Zoïles
envieux.

Paragraphe 17.
U Ne distillation facile à peu de frais, de l'esprit de sel, &c. Dans la première partie de mes Fourn. Philos. j'ai donné une manière très facile de distiller
l'esprit de Sel en quantité. Mais dans ce Paragraphe
est traité d'une autre particulière distillation,
que je n'ai pas voulu divulguer. Or l'esprit
de Sel étant nécessaire à beaucoup de belles
opérations inconnues au peuple, j'ai cru qu'il fallait
publier ses louanges. Je mettrai donc à présent
ici quelquefois de ses usages chimiques en
peu de paroles, réservant les autres pour une autre
saison.

Paragraphe 18.
L A séparation de l'or d'avec l'argent, sans toucher aux ornements, &c. Les Chimistes savent la séparation de l'or d'avec l'argent par l'eau royale, & la solution &
séparation de l'or contenant du cuivre & de l'argent:
Mais on ne l'exerce guères pour les raisons
suivantes, d'autant qu'elle ne répare pas les frais
& la peine qu'il faut prendre à faire l'eau royale.
Or l'esprit de Sel se fait sans beaucoup de dépense.
Secondement, quoi que l'or se dissolue dans
l'eau royale, il ne peut être derechef séparé

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28 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

que difficilement. Quelques-uns après avoir dissous
l'or dans l'eau royale, l'ont précipité avec la
lessive du sel de tartre; l'ayant précipité, l'ont
édulcoré, puis réduit avec le borax: & d'autant
que cette chaux venant à sentir le feu, s'allume
avec un grand tonnerre, ils l'ont mêlée
avec soufre commun, & ont calciné ce mélange
pour ôter l'embrasement & le tonnerre, avant
que de le réduire avec le borax.
Ce travail requiert une grande diligence, & beaucoup de frais, si on ne veut faire quelque
perte de l'or, & c'est pourquoi ce n'est pas la
meilleure manière. D'autres par le moyen de la
distillation ont séparé l'eau royale de l'or dissous;
mais outre la peine, la puanteur, & le danger des
verres, ils ont souffert la perte de l'or par l'eau
royale. C'est pourquoi cette façon de séparer
n'est pas bonne. Quelques-uns ont précipité l'or
dissous par l'eau royale, avec solution de vitriol
& d'alun en poudre noire, lequel ils ont trouvé
dans la fusion mêlé avec le fer & le cuivre attirés
du vitriol: & partant cette façon de séparer
est inutile. Or dans notre séparation tels obstacles
ne se rencontrent pas; car l'or étant dissous
dans l'esprit de sel, soudain on y ajoute quelque
chose précipitante, & la solution dans un vaisseau
de cuivre (où il n'y a nul danger de fraction)
est mise sur le feu pour cuire, & pendant que cela
se fait l'or est séparé & précipité en perfection,
le cuivre demeurant dans l'esprit de sel, lequel il
faut édulcorer, puis sécher & réserver à ses usages.
Et par ce moyen tout se fait aisément sans
perte & sans dépense. Cette séparation est la

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Des Fourneaux Philosophiques. 29

meilleure de toutes les séparations humides de
l'or contenant du cuivre & de l'argent. De quoi
a été traité plus amplement dans la seconde partie
des Fourneaux.

Paragraphe 19.
L A séparation de l'or d'avec l'argile, sable, pierres à feu, & autres minéraux. Ce Paragraphe traite d'un certain travail qui doit être fait avec l'esprit de sel; par le moyen
duquel chacun peut honnêtement s'entretenir
de vivres, & de vêtements en tous lieux où il y a
des montagnes, des rochers, de l'argile & sable,
Car partout il se trouve de l'argile, du sable, & des
cailloux qui contiennent un or subtil, invisible
dans l'argile & dans le sable, mais paraissant
quelquefois dans les pierres & cailloux quand on
les rompt, lesquels s'ils sont trop durs, il faut
après les avoir bien fait chauffer, éteindre dans
de l'eau froide, afin qu'ils se fendent, & qu'étant
brisés ils s'en aillent en poudre: & par ce moyen
l'or qui est en eux se manifeste davantage. Il se
trouve quelquefois des montagnes entières pleines
de ces pierres douces d'un tel or spirituel &
subtil à un point, qu'il ne paye pas les frais de la
fusion, mais par le moyen de l'esprit de sel il est
facilement tiré avec honnête profit. Or il faut
connaître cette sorte de pierre, les rougir au feu,
puis les éteindre comme a été dit. Ces pierres
contiennent aussi du fer, lequel ne nuit point à
cette opération, d'autant que le seul or est précipité

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30 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

par l'esprit de sel, le fer restant dans l'eau.
Ce travail est beau & facile, & peut même être
fait en grande quantité avec très grand lucre, de
sorte que plusieurs personnes s'en peuvent sustenter,
& habiller, sans dommage de leur prochain.
Le secret consiste en deux choses, dans une copieuse
& facile préparation de l'esprit de sel, &
dans une due précipitation.

Paragraphe 20.
U Ne nouvelle & inouïe épreuve des minéraux sauvages, & rebelles, &c. Cette épreuve est bien différente de la vulgaire par les tuiles & coupelles, elle est particulièrement
destinée à ces minéraux sauvages & rebelles,
qui ne se mêlent point avec le plomb; & ne
se mêlant point avec le plomb, comment peut-on
savoir ce qu'ils tiennent: Ce secret est donc très
utile & très excellent, surtout pour ceux qui cherchent
leur fortune dans les montagnes, dans la terre,
dans les mines, & pierres. Car par ce moyen on
connaît aisément ce qu'ils tiennent, & par conséquent
le gain ou la perte qui s'y peut faire. Or ce
secret consiste principalement en la conjonction
du Saturne, car sans lui il est impossible de connaître
ce que tiennent les minéraux, dont il y en
a beaucoup abondants en or, lesquels pour n'avoir
aucune affinité avec le plomb, sont rejetés
comme pierres inutiles.
Mais si par le moyen d'un milieu ils sont dûment unis avec le plomb, ils montrent aussi bien
ce qu'ils tiennent que les autres minéraux plus

@

Des Fourneaux Philosophiques. 31

doux, & non sans utilité. C'est pourquoi il faut
tenir ce secret pour un fondement de l'Alchimie.

Paragraphe 21.
U Ne nouvelle & courte voie, par laquelle les minéraux sont promptement fondus en grande quantité avec beaucoup de lucre, &c.
Cette voie de fusion n'a pas encore été connue, par laquelle les métaux font fondus en grande
quantité; mais indubitablement elle sera un jour
publiée, étant beaucoup préférable à l'autre voie
commune. Or ce secret consiste en ce qu'il se
fait sans soufflets par de certains & particuliers
éventails qui allument les charbons aussi fortement
que les soufflets. Ceux qui travaillent aux
minéraux savent combien il leur coûte tous les
ans en soufflets & meules qui les élèvent. Au reste
il faut souvent transporter les minéraux & les
charbons dans des valons à cause des eaux sans
lesquelles on ne peut pas gouverner les soufflets,
& c'est une peine bien ennuyeuse & de grand
coût. Outre cela il y a cette commodité dans
cette façon de fondre, qu'on peut bâtir des Fourneaux
de la grandeur qu'on les veut; ce qui n'est
pas permis ailleurs, parce que les plus grands Fourneaux
demandent de plus grands soufflets, plus
grande quantité d'eau, & par conséquent de plus
grandes meules; ce qui ne se peut pas faire commodément
partout. Or dans notre nouvelle façon
de fondre nous n'avons besoin de soufflets ni
de meules, quelques grands que soient les Fourneaux;
car plus les Fourneaux sont grands, tant

@

32 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

plus y peut-on fondre une grande quantité. Or je
ne sais pas si toutes sortes de minéraux se peuvent
fondre en ce Fourneau, du moins j'en ai fait l'essai
en la mine de plomb, & non aux autres, faute
de minières & de lieu suffisant pour la construction
du Fourneau. Mais j'espère qu'en peu de
temps j'habiterai dans un lieu plus commode,
où les charbons & les mines ne me manqueront
pas pour faire mes essais.

Paragraphe 22.
U Ne meilleure façon de séparer les choses fondues, une meilleure séparation de l'argent d'avec le plomb.
Ce secret n'est autre chose qu'une particulière séparation du plomb d'avec l'argent contenu dans
le plomb. Car comme dans les boutiques le plomb
contenant de l'argent est séparé au feu en soufflant,
& converti en litharge: notre séparation se fait
presque en la même manière, le plomb étant réduit
en litharge, non pas à force de souffler, mais
par le moyen d'un certain Fourneau; c'est pourquoi
cette manière vaut mieux que la vulgaire.
Ceci se doit entendre de la séparation qui se fait
en grande quantité; mais il y a une autre séparation
des métaux de moindre poids, comme de
cent livres, laquelle ne se fait pas par les coupelles
communes faites de cendres; mais par les
creusets, dont on met six ou huit en un petit Fourneau
entre les charbons, immédiatement, & non
sous la tuile, & par ce moyen il se fait beaucoup
plus de preuves dans un jour, que sous la tuile

@

Des Fourneaux Philosophiques. 33

par le moyen des coupelles en huit jours; d'autant
que par cette voie la séparation se fait en une fois
en un vaisseau, & par la voie commune si les minéraux
sont rebelles, il les faut plutôt mettre au
feu, puis les cuire dans un creuset avec certaine
addition en un four à vent, ou avec les soufflets;
puis les ayant cuits sous la tuile les convertir en
scories, puis coupeller les scories. Et ces 4. travaux,
brûlure, décoction, scoriation, & coupellation
à peine se peuvent-ils faire en 3. ou 4. heures
de temps: & dans cette séparation les minéraux,
soient doux ou rebelles, ne sont brûlés ni
cuits, mais tous ensemble sont préparés dans un
creuset en moins d'une heure.
Cette preuve est très excellente & très utile, sans laquelle à peine aurais-je acquis une si grande
connaissance des métaux. Car on peut aisément
conjecturer combien de peine & de temps, sans
conter les charbons, il est requis, si pour chaque
preuve il faut allumer un feu en son propre fourneau
pour diverses séparations, lesquelles se font
toutes par un même feu & dans un même fourneau
dans notre nouvelle invention. Elle est propre
à ceux qui recherchent avec étude les secrets
de la Nature, & qui à cause de leurs occupations
ne peuvent pas pratiquer la voie commune; elle est
bonne aussi pour les Mineurs, & pour les Chimistes
qui travaillent en or & en argent, & qui veulent
en éprouver la bonté. Elle se peut faire en
grande quantité: car 10. ou 20. livres peuvent
être éprouvées par cette voie avec autant de facilité
qu'une ou deux onces: mais d'autant qu'en une
plus grande quantité il y faut plus de plomb, les

@

34 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

creusets doivent être plus grands. Or dans cette
nouvelle séparation il n'est pas besoin de tant de
plomb, qu'en la voie commune. Car il suffit du
double ou du triple du plomb pour une partie du
minéral, fût-ce même du cuivre, (lequel dans
l'autre voie demanderait 16. ou 18. parties du
plomb) outre cela il ne s'y perd rien ni du plomb
ni du cuivre, & il ne faut point le fondre derechef
& le tirer de la coupelle, dans laquelle comme
étant poreuse il a coutume d'entrer; d'autant qu'ici
le plomb est derechef aisément séparé du cuivre
par un petit feu.
Ce n'est donc pas un petit secret qui ouvre la porte à beaucoup d'autres. Tu me diras, que je
promets beaucoup, & que je fais peu; que je fais
mention de beaucoup de secrets, mais que je n'enseigne
rien. Qui pourra jamais trouver ces choses
par la subtilité de son esprit?
A cela je réponds, que mon dessein n'est pas de présenter les morceaux tous mâchés; c'est pourquoi
cherche & travaille incessamment, comme
j'ai fait, & les autres, si tu es avide de nouveauté.
Personne ne m'a jamais rien montré, & je n'ai appris
que de l'exercice, de l'usage, & de la fortune,
selon le proverbe. L'usage fait l'artiste, & en forgeant,
on devient Forgeron. Si j'eusse eu autant de lumières
que je t'en donne, sans doute je fusse parvenu à
de plus grandes choses avec moins de peine & de
dépense. L'Amérique ayant été découverte par
Christophe Colomb avec beaucoup de travail,
les autres ont eu bien de l'avantage d'en transporter
les trésors avec moins de danger, & de peine.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 35

N'est-il pas digne de louange d'avoir découvert
un pays si riche, quoi qu'il ne l'ait pas montré
au doigt à un chacun? Les autres ne l'ont-ils
pas suivi comme leur guide, & traversant l'Océan
n'en ont-ils pas emporté des richesses immenses?
Pourquoi donc ne prendras-tu pas la peine de
chercher ce secret par le moyen duquel on peut
avoir de l'or & de l'argent sans courir les hasards
de la navigation? Mais tu raisonnes comme le
Renard, disant que les traces des autres t'étonnent,
que tu en as vu plusieurs qui se sont ruinés
dans l'Alchimie; je l'avoue, mais ce n'est pas la
faute de l'art, c'est celle de l'Artiste.
Pour moi je ne doute point que mes écrits ne donnent beaucoup de lumière à toute l'Alchimie,
& ne retire plusieurs de l'erreur. Au reste sache
qu'il y a un autre Saturne que le vulgaire, par
lequel sont faites des choses merveilleuses; à savoir
celui que Paracelse vante si fort dans son ciel
Philosophique. Or dans cette séparation on use
du plomb connu de tout le monde, qui n'est pas
inférieur à celui des Philosophes son frère, lequel
étant lavé & spiritualisé ose entrer dans le
conclave royal pour y recevoir sa noblesse.

Paragraphe 23.
C Omment il faut fondre les minéraux avec des charbons fossiles au devant des charbons de bois, par une voie très facile, & très aisée.
Ce travail ne se fait pas par le moyen des soufflets, mais par la flamme des charbons ou de bois
ou fossiles, travaillant sur les minéraux, comme
C ij
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36 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

s'ils étaient environnés d'un creuset. Or cette
manière est du moins pour les métaux mous & faciles
à fondre, où il ne se fait pas une si grande
perte des minéraux comme ici.

Paragraphe 24.
L A fixation des minéraux sulfurés, Arsenicaux, Antimoniaux, de Cobalt, & autres volatils vénéneux, &c.
Les Mineurs savent bien qu'il se trouve quelquefois des minéraux *immeurs qui n'ont ni or ni
argent, lesquels étant un peu exposés à l'air, puis
éprouvés, donnent leur or & leur argent dans la
grande & dans la petite preuve; tels que sont le
Bismuth, le Cobalt, l'Orpiment, & le reste des antimoniaux
& arsenicaux. Puis donc que l'air cause
cette maturation, en incitant le sel actif & maturatif
des minéraux, Pourquoi tels minéraux
ne seraient-ils pas mûris & perfectionnés par le
moyen de l'art? Certes cela se peut faire par le
moyen de l'art & de la nature, quoi qu'il ne soit
pas compris par un entendement grossier. Quelle
résolution faut-il prendre? Faut-il révéler ce
secret à des incrédules ignorants? Point du tout;
qu'ils cherchent comme les autres, s'ils ont été
prédestinés de Dieu pour le trouver, ils le trouveront
sinon ils ne réussiraient pas, quoi qu'on les
instruisit. Or il faut que tu saches que l'or &
l'argent, lesquels par une maturation artificielle
ont été tirés de ces minéraux *immeurs, n'étaient
pas cachés en iceux corporellement (autrement
ils eussent pu être séparés par cette séparation

@

Des Fourneaux Philosophiques. 37

artificielle) mais spirituellement comme un enfant
enveloppé dans la matrice. Aussi Paracelse
appelle ces minéraux, Soufres *embrionnés,
qui ne manquent de rien que de la maturation, de
laquelle ils sont privés étant trop tôt ôtés des
mines. Or ce n'est pas ici le lieu d'enseigner la
manière de les fixer: mais je puis bien assurer
qu'il n'y a point de Soufre volatil *immeur qui
ait aucune affinité avec l'or fixe corporel, & par
conséquent qu'à peine se peut-il mêler avec lui,
comme il se voit par la séparation des métaux par
le moyen de la fonte, où il y a quelques métaux
fondus ensemble, fixes, ou non fixes, avec l'addition
du Soufre commun, lequel étant mêlé
avec les fixes qui ne lui sont pas proches, les convertit
en scories. Quant aux fixes, l'or, & l'argent,
& surtout l'or, ils ne veulent pas se mêler
avec lui, & le rejettent, se séparant naturellement
de ce mélange, allant au fond, & se convertissant
en régule, principalement l'or; lequel étant nettoyé
de toute sorte d'ordure, n'en veut plus être
taché derechef à cause de l'antipathie qui est entre
le Soufre fixe, & non fixe.
N.B. Or le Soufre commun étant fixé est plus facilement mêlé avec l'or qu'avec les autres
métaux imparfaits, ce que les ignorants admirent
comme un très rare secret. Les minéraux, Arsenicaux
& Cobalts se fixent aussi, de sorte que par
après ils demeurent unis avec l'argent. Quant à
l'Orpiment & à l'Antimoine, ils participent des
deux natures, de l'or & de l'argent, & en partie
ils peuvent être fixés. Sans mentir je confesse que
c'est un travail bien dangereux, c'est pourquoi
C iij
@

38 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

il ne le faut traiter qu'avec précaution, & par le
moyen de notre quatrième Fourneau. Pour
moi je proteste que les Fourneaux arsenicaux ne
m'ont jamais fait de mal, ne m'étant jamais servi
d'autre préservatif, sinon que de n'avoir jamais
commencé aucun travail à jeun. C'est pourquoi
celui qui voudra faire cette opération, prenne un
morceau de pain avec du beurre, boive un trait de vin d'Absinthe, & qu'il se garde de la fumée.

Paragraphe 25.
U Ne séparation fructueuse de l'or & de l'argent flammée, spongieux, & rare, d'avec le sable, l'Argile, & les cailloux.
Nous avons parlé ci-dessus dans le Paragraphe 19. d'un pareil or, lequel ne peut être séparé
au Sable ni par la force de l'ablution, ni de l'amalgamation,
d'autant qu'étant plus léger que le
sable il ne peut pas être rétréci séparément, & il
peut être séparé avec profit par la force de la lessive
avec l'esprit de Sel. Or ici il est dit qu'il peut
aussi être séparé par le moyen de la fonte, ce qui
semblera incroyable à plusieurs, à cause de la petite
quantité d'or mêlée à une grande quantité
de Sable: auxquels je réponds, que par le moyen
de la fonte ou addition de quelque autre chose, la
séparation ne s'en peut pas faire avec profit, d'autant
que l'or fondu ne peut pas compenser les
frais; il faut donc que cela se fasse d'une autre sorte.
Il y a certains métaux vils & impurs, lesquels
pour être détruits & perfectionnés par le moyen

@

Des Fourneaux Philosophiques. 39

de l'art demandent l'addition du Sable ou de
pierre à feu, sans quoi leur destruction & perfection
ne se peuvent exécuter; que si on y ajoute du sable & des pierres à feu, leur or qu'on
n'en peut extraire d'autre façon se manifeste avec
celui que donnent les métaux détruits & améliorés,
& ce avec beaucoup plus de fruit.

Paragraphe 26.
U Ne certaine extraction très fructueuse & très secrète de l'or qui est invisiblement contenu dans les métaux les plus vils & dans les minéraux; ce qui
ne peut être fait par cette autre voie commune.
Ce Paragraphe traite de la même affaire que le précédent. Et ce travail n'est autre chose que la
destruction des métaux les plus vils, comme Saturne,
Jupiter, Mars, & Vénus, & la réduction
d'iceux en un certain être terrestre semblable au
verre ou à la scorie; Par laquelle destruction &
réduction les métaux sont mûris par la force du
feu, & purgés en partie par le moyen de l'addition,
en sorte qu'ils peuvent ensuite donner leur
or & leur argent dans la séparation; ce qu'ils
n'auraient pu faire autrement.

Paragraphe 27.
U Ne très prompte séparation à peu de frais de l' or & de l'argent extraits par la fonte, &c. Ce travail est parfaitement beau, très prompt très utile, (d'autant qu'il se fait sans eau royale.)
Il n'y a personne qui ne sache les difficultés,
C iiij
@

40 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

qu'il y a à faire la séparation par l'eau royale,
laquelle se fait aisément en la manière suivante.
Il faut rompre l'argent en petites parcelles, dont
on remplit le creuset, y ajoutant le flux séparatoire;
l'argent étant fondu, l'or est précipité dans
l'argent avec certaine chose qui précipite en régule,
après quoi on verse le tout ensemble dans
un cornet; étant refroidi, on frappe avec un
marteau, & on sépare du reste de la masse le régule,
lequel n'est pas tout à fait privé d'argent,
contenant pour une livre d'or, deux ou trois liures
d'argent, lesquelles il faut séparer par la coupelle
& par l'eau forte. Et par ce moyen l'or qui
est contenu dans 100. Marcs, ou 50. livres d'argent,
est réduit en 2. ou 3. lesquelles sont par
après séparés par l'eau forte. Il n'est pas besoin
de purger par le feu ces 100. marcs, de les mettre
en grenaille, & de les séparer chacun par l'eau
forte; on n'a besoin d'eau forte que pour peu de
marcs; & l'on épargne beaucoup de frais nécessaires
pour acheter de l'eau forte en quantité,
des verres qui sont sujets à se rompre, & une grande
peine. Secondement par cette voie on peut
séparer une grande quantité d'argent en un jour
avec peu de travail & de dépense, ce qui ne se
peut faire par l'eau forte. Ne t'imagines pas que
cette voie soit celle que décrit Lazare Erker,
d'autant qu'il y a grande différence: Car quoi que
la voie que Lazare a enseignée ne soit pas à mépriser,
elle est pourtant en quelque façon ennuyeuse
& de beaucoup de dépense; ce que n'est pas
la nôtre.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 41

Paragraphe 28.
L A réduction de l'or mis en oeuvre, comme chaînes, anneaux, &c. Ici est fait mention d'une autre certaine séparation qui n'a nulle affinité avec la précédente,
pour séparer aisément l'or de l'argent du cuivre,
& pour le réduire au souverain degré. Ce travail
est aussi très facile & très utile, d'autant qu'il ne
se fait pas par le départ, par le ciment & antimoine,
mais par un flux particulier qu'il faut
ajouter au métal qui doit être fondu, lequel
étant fondu, ce flux assemble l'argent, le cuivre,
& autres, & les convertit en scories, ce qui est
après séparé, ôtant l'or tout pur séparé de l'addition:
L'addition du flux est aussi par après séparée
de l'addition de l'or par la précipitation.
En sorte que premièrement si on veut l'argent est
précipité du flux, & ensuite le cuivre, ou l'argent
seulement est séparé, le cuivre demeurant
dans le flux. Par cette voie, l'or, l'argent & le
cuivre sont séparés en l'espace d'une heure, &
même chacun à part, & par les autres voies à
peine cela se ferait-il en un jour. Certes c'est un
rare secret pour la séparation.

Paragraphe 29.
U Ne séparation de l'argent d'avec toute sorte de plomb en plus grande quantité que par la preuve des coupelles. Sans doute à la lecture de ces paroles, il se sera
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42 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

mu une dispute entre les Chimistes & les séparateurs
touchant la possibilité de ceci: auxquels
il a été répondu en la 4. partie de nos Fourneaux,
où il est traité de la preuve des métaux,
& où il est démontré que la preuve des coupelles
n'est pas suffisante pour une entière séparation de
l'argent d'avec le plomb, où je renvoie le lecteur.
Or qu'en toute sorte de plomb il y ait
beaucoup d'argent, je puis en rendre témoignage,
ayant souvent fait essai de cette séparation,
& je proteste avec candeur que Saturne n'est autre
chose qu'un argent impur & *immeur; celui
donc qui le saura purger & mûrir, aura sans
doute quelque chose d'excellent. Pour moi ayant
connu la possibilité, j'ai fait beaucoup de tentatives,
mais je n'ai pas pu parvenir à la fin désirée,
d'autant que jusqu'ici je n'ai pas pu avoir des
vaisseaux convenables pour retenir le Saturne
avec son savon, durant le temps destiné à ce travail.
Je le pourrais bien faire avec de petits creusets,
mettant l'un dans l'autre, de sorte que si la
matière en pénètre l'un, elle sera retenue par le
second ou par le troisième, mais non pas commodément.
Il faut donc attendre le temps des
miséricordes jusqu'à ce que Dieu nous enseigne
la matière dont se font les vaisseaux, lesquels peuvent
accourcir ou couper une jambe au Saturne
pour l'empêcher de s'échapper, afin que malgré
lui il attende le temps de sa maturation & purification.

@

Des Fourneaux Philosophiques. 43

Paragraphe 30.
L 'Extraction de l'or de quelque vieux fer que ce soit laquelle quoi qu'elle ne se fasse pas avec grand lucre, elle suffit néanmoins à ceux qui se contentent de
peu.
Non seulement les Philosophes, mais aussi les mineurs, assurent que le fer est participant de la
nature de l'or. Je ne dis pas que toute sorte de fer
soit également bon, vu qu'il y en a de plus pur
& contenant plus d'or l'un que l'autre. Il s'en trouve
de si riche en or, que souvente fois la mine étant
creusée (avant que le fer soit tiré) il se trouve de
petits grains, des veines, ou petites pierres d'or pur
au rapport de Matthesius en sa Sarepte avec les
Philosophes, assurant qu'en diverses pierres tirées
des mines de fer de la montagne appelée Fichtelberg
& des mines de Syrie, il avait souvent
vu de l'or pur en guise de petites veines. Paracelse
aussi vante extrêmement les mines de fer de la
Stirie & Carinthie, & leurs richesses, non pas à
cause du fer & de l'acier, mais de l'or abondant
qui est caché dans icelles, & qui est inconnu aux
Mineurs: au contraire l'or (fer?) de Suède, & celui
d'Allemagne, se trouve parfois dépourvu d'or,
ce que j'ai souvent éprouvé. C'est pourquoi tu
dois être prudent & avisé à choisir le fer.
Or cette séparation se fait avec l'Antimoine, lequel aussi ordinairement contient de l'or, l'un
plus, l'autre moins: Celui de Hongrie & de Transylvanie
sont les meilleurs, les autres n'en contiennent
guères. L'or, quelque modique qu'il soit,

@

44 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

dans le fer & dans l'Antimoine en peut être séparé,
mais non pas avec si grand lucre, que s'il y en
avait abondamment. Mais me diras-tu, si cela
est ainsi, pourquoi les mineurs n'en font-ils la séparation?
A cela je réponds que les mineurs ignorant
cette séparation, ne travaillent que par coutume
comme des Mercenaires, sans autre considération.
Cet excellent esprit Lazare Ercker avoue
aussi que les mines de fer possèdent quelquefois
beaucoup d'argent, lequel est mis sous le
marteau par l'ignorance des mineurs; il enseigne
aussi la séparation de l'argent d'avec le fer, mais il
ne fait aucune mention de celle de l'or, l'ayant
peut-être ignorée. Car personne ne peut savoir
toutes choses. Or quand même les mineurs
sauraient qu'il y a de l'or dans les susdites mines,
on demande s'ils auraient bien la commodité
d'en faire la séparation dans ces lieux avec profit.
Certes je crois que s'ils savaient la séparation
de l'or par l'Antimoine, ils le feraient bien
plutôt que de laisser l'or dans l'Antimoine pour
le vendre à vil prix. Ils n'ignorent pas qu'il y a de
l'or caché dans l'Antimoine, ils en savent la séparation,
mais avec dommage: c'est pourquoi
ils vendent plutôt l'or avec l'Antimoine, qu'ils ne
les séparent: or ils ne savent pas cette séparation
antimoniale par laquelle l'or n'est pas seulement
conservé, mais encore l'antimoine. S'ils ne faisaient
la séparation avec une copieuse addition de plomb
par le moyen de la coupelle, ils perdraient & le
plomb & l'antimoine. Or notre séparation ne
se fait pas de cette manière, mais l'or est séparé
du fer & de l'antimoine, étant liquéfiés sans addition

@

Des Fourneaux Philosophiques. 45

d'aucune chose étrange, en corrompant le
fer ou l'antimoine; de sorte que la séparation de
l'or étant faite, le fer & l'antimoine peuvent derechef
être mis en usage, rien ne se perdant que ce qui
s'évapore dans la séparation, ou qui est jeté sans y
penser: C'est par cette voie & non par autre que l'or
est séparé d'avec le fer & d'avec l'antimoine avec
profit. Or cette séparation ne regarde pas seulement
le fer & l'antimoine qui contiennent de l'or, mais
encore d'autres choses, comme les Marcassites,
la pierre calamine, & autres sauvages & rebelles
minéraux, dans lesquels est caché un or fort rare
& spirituel, & qui par conséquent n'en peut être
séparé avec profit par la voie ordinaire, comme
il le fait lors: ces minéraux sont liquéfiés avec
l'antimoine (quoi qu'il n'ait point d'or) & l'or
en est précipité par le fer en régule du poids d'une
livre venant de 100. de la mine & de l'antimoine,
& contenant en soi tout l'or de la mine de fer
& d'antimoine. Ce régule ensuite est facilement
élaboré pour toute séparation d'or sans beaucoup
de frais; dans laquelle est aussi conservé
l'antimoine qui peut derechef servir à d'autres
usages. C'est donc un secret très important que
cette séparation, quoi qu'il ne se trouvât jamais
de fer ni d'Antimoine qui eussent de l'or, pour séparer
l'or de ces minéraux rebelles; l'or étant jeté
à l'étroit ou en régule sans aucune perte. Là il
n'est pas besoin de cuire & de perdre tout l'antimoine
liquéfié avec plomb, & ce plutôt avec perte
que gain, vu qu'en notre opération non seulement
on tire l'or, mais on conserve l'antimoine.
Cette séparation est si assurée, que je la soumettrai
@

46 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

à la censure de tous les Chimistes & experts
Séparateurs, ne doutant pas de l'approbation
de tous ceux qui ne contrediront pas la vérité.
Outre cela il y a encore une autre séparation de
l'or d'avec le fer & antimoine, qui ne se fait pas
dans les creusets: lors on les fixe tous ensemble,
puis on les réduit immédiatement par un très
grand feu de charbons, pour savoir ce que tiennent
le fer, & l'antimoine.

Paragraphe 31.
P Lus une séparation de l'or & de l'argent d'avec quelque étain & cuivre que ce soit, selon le plus ou le moins.
Cette séparation se fait d'une autre sorte, non avec l'antimoine, mais avec le plomb, avec lequel
l'étain & le cuivre ont été mêlés auparavant
d'une mixtion spirituelle, sans laquelle la
mixtion corporelle des métaux ne vaut rien. Car
tout homme qui connaît les métaux sait bien
que l'étain étant fondu avec le plomb, par la
voie commune, ne se mêle point avec lui radicalement,
sans laquelle union radicale les métaux ne
peuvent être perfectionnés & améliorés. Ceux-
là donc se trompent qui s'imaginent de pouvoir
séparer l'or & l'argent de l'étain, cuivre, &
autres métaux imparfaits par la voie de la liquéfaction
vulgaire; puisqu'ils ignorent
cette union Philosophique, ils doivent s'abstenir
de tels travaux vains & inutiles. Je leur donne cet
avis en ami: ayant expérimenté la vérité de la
chose avec perte de temps & de frais. Or quelle

@

Des Fourneaux Philosophiques. 47

est cette mixtion spirituelle qui se fait par le
moyen des eaux tant humides que sèches? ce
grand Philosophe chimiste Theophraste Paracelse
te l'enseignera, il la vante beaucoup, & en a
écrit bien amplement.
Ici j'ai voulu avertir d'une chose surtout que pour cette radicale mixtion des métaux imparfaits,
il y faut aussi de l'or, par le moyen duquel
est faite la séparation du pur d'avec l'impur
dans les métaux imparfaits. Et cette séparation
peut être comparée à celle que Christ fera des
bons d'avec les méchants, attirant les bons, &
rejetant les autres, après la corruption des corps.
Ce qui arrive aux métaux dont les corps impurs
doivent être premièrement interrompus, puis
clarifiés, car alors l'or s'associe radicalement avec
eux, & fait la séparation, attirant à soi son semblable,
& rejetant son dissemblable. Car ainsi
que tout homme a une âme qui est une étincelle
divine, & salie par le péché par le soufre
infernal, par la fraude de Satan; de même
les métaux possèdent dans leur centre quelque
chose d'incorruptible: mais qui est tellement environné
de soufre impur terrestre, qu'ils ne
sauraient être corrigés, s'ils ne sont corrompus
& réduits au néant, dont par après l'or attire cette
bonne étincelle, & la convertit en bonne substance;
ce qui ne se peut faire avant que l'impureté
accidentelle du soufre noir lui soit ôtée.
De même aussi qui nous ne pouvons pas être
unis à Dieu que nos coeurs n'aient été purifiés
de ce vieux levain qui nous a été laissé par Adam,
& que nous ne soyons revêtus de Christ, & devenions

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48 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

semblable aux petits enfants. Ces paroles
difficiles qui nous persuadent la foi, & qui conviennent
avec la nature, ne sont observées que de
fort peu de gens. Et ce que nous avons dit de l'or
doit aussi être entendu de l'argent, lequel étant
mêlé avec les métaux imparfaits, attire à soi son
semblable comme la nourriture: comme font les
diverses semences en terre, chacune attirant son
semblable, & laissant le superflu. Pour exemple,
si on jetait en terre de la semence de fenouil, de
cumin, d'oignons, &c. la semence de fenouil attirerait
de la terre ce qui lui serait propre à la production
du fenouil, avec sa tige, feuilles & graines,
&c. Le même se trouve dans le règne minéral,
lors que les parfaits sont semés sur les imparfaits,
dans lesquels ils se corrompent & attirent
leur semblable pour croître. Je n'entends
pas néanmoins dire par cette similitude, que l'or
& l'argent soient la semence universelle des métaux,
car l'or n'est que l'habitacle de cette semence
métallique, n'étant pas semée en toute sa substance.
Et cette similitude n'a été apportée que
pour faire voir comment les semblables étant spiritualisés,
s'embrassent mutuellement & se retiennent.
Ne t'imagine pas néanmoins qu'il faille dissoudre
les métaux dans des eaux corrosives, & les distiller
par l'alambic; ce travail des Chimistes vulgaires
est nuisible & stérile, trompeur & sophistique; par
lequel beaucoup de gens doctes ont été trompés,
ayant cru pouvoir faire par ce moyen une teinture
contre le cours naturel; c'est pourquoi jamais on
n'en a pu tirer rien de bon; jamais Artiste n'a eu
sujet de rien espérer de cette voie inepte, qu'il
doit
@

Des Fourneaux Philosophiques. 49

doit quitter pour une meilleure, & sortir de l'aveuglement.
Il faut donc que les métaux soient spiritualisés Chimiquement sans eaux corrosives, & sans
divers instruments artificiels, par le moyen d'un
humide radical propre, sans beaucoup de travail
& de dépense. Car toute cette affaire (savoir
la purification, vivification, & spiritualisation
des métaux qui se fait par la solution, putréfaction,
distillation, & circulation Philosophique)
peut être exécutée par un savant Spagirique
sans verres en l'espace d'une heure: tellement
qu'il n'est pas nécessaire de les vexer & macérer
l'espace de tant de mois par les eaux corrosives
qui détruisent l'humide radical. Et cela se doit
entendre de la voie humide Philosophique d'une
séparation particulière. Que si on savait
plonger l'or, ou autre sujet doré, dans une substance
très pure, très pénétrante, fixe, & fusible, qui
pût entrer dans les autres métaux fondus, & qui
se mêlât radicalement avec les parties les plus
pures, sans doute on viendrait à une transmutation
particulière très prompte, ou à une séparation
du pur d'avec l'impur, avec une véritable
conduite à l'oeuvre universelle, dont tant de personnes
ont été jusqu'à présent inutilement embarrassées.

Paragraphe 32.
L A maturation des mines afin qu'elles puissent donner plus d'or & d'argent dans la fusion. C'est un de mes meilleurs secrets touchant la D
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50 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

correction des métaux, que cette maturation
car ayant souvent tâché de fixer les métaux &
les minéraux par une certaine voie secrète, j'ai
trouvé qu'ils peuvent être mûris en quelque partie,
en sorte qu'ils laissaient dans la coupelle l'or &
l'argent qu'ils n'y pouvaient pas laisser auparavant
qu'ils fussent mûris. Or je n'ai jamais éprouvé
cette vérité en grande quantité, & j'en ai dit la
cause au commencement de ces Annotations.
Il faut encore dire que cette fixation est de dépense; & partant elle ne se peut pas faire en tout
lieux avec profit, quoi que cela se puisse faire en
grande quantité. Car cette fixation se fait par le
moyen de certaine eau, dont la nature se sert dans
la terre, pourvu qu'elle soit bonne: & par cette
fixation le profit qu'on en doit attendre, c'est que
les minéraux donnent de l'or & de l'argent en
abondance: autrement c'est en vain que nous travaillons.
J'ai souvent fait des épreuves du poids
de cent livres des minéraux *immeurs, ou des demi
métaux, & je trouvai un marc & un tiers d'argent
pur, & dans le Bismuth 2. 3. 5. onces d'or.
La pierre calamine, & le Zinc aussi, donnèrent
leur or assez copieusement. Mais le plus souvent
ayant fait la computation du prix minéral qui était
à fixer, & de la matière fixante, & ayant fait
la déduction de ce prix d'avec celui de l'or & de
l'argent qui en provenaient, j'ai trouvé que le gain
était petit, & quelquefois qu'il n'y en avait point
du tout, de sorte que j'ai laissé l'ouvrage, jusqu'à
tant que j'ai pu acheter l'eau fixante à moindre
prix, ou mûrir les minéraux en plus de temps,
pour en tirer plus d'or & d'argent: ce que l'expérience

@

Des Fourneaux Philosophiques. 51

montrera: quoi que je ne sois jamais parvenu
à une perfection de cette maturité fructueuse,
je ne veux pas néanmoins la mépriser, comme
étant très utile en d'autres travaux chimiques;
ce qui me confirme dans l'opinion que
j'ai conçue de la perfection des métaux & des
minéraux imparfaits, tant par la nature que par
l'art, dans les entrailles de la terre, pour être convertis
en or. De quoi nous avons traité plus amplement
dans le livre de la Génération des métaux.

Paragraphe 33.
L A séparation de l'or & de l'argent d'avec l'Arsenic, l'Orpiment, & l'Antimoine. Ces minéraux volatils ont communément de l'or & de l'argent volatils, provenant principalement
des mines d'or & d'argent, ne laissant toutefois
rien dans la coupelle: que si l'on sait la manière
de les fixer un peu, & de leur ajouter un métal,
dans lequel ils se puissent cacher, on verra assurément
la possibilité d'extraire de bon or & argent
de ces minéraux volatils & abjects: non toutefois
de toute sorte d'Antimoine, Arsenic, & Orpiment.

Paragraphe 34.
L A séparation du soufre étranger pour la production du cuivre. L'expérience témoigne que le cuivre & le fer ont une grande affinité avec l'or.
Il est donc vraisemblable qu'il peut être purgé, D ij
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52 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

si nous en connaissions la manière, dont Paracelse
a parlé dans son livre des Vexations, en sorte
néanmoins qu'il laissât l'or & l'argent dans
la coupelle, ce qui ne se peut faire à cause de l'ignorance.
Mon secret regarde particulièrement la
mine de Vénus trouvée auprès de celle de l'or, &
non pas toute sorte de mine de Vénus, de laquelle
si on en sépare le Soufre superflu combustible,
on trouve l'or tout pur; mais ce travail ne peut
pas être exécuté en grande quantité, démontrant
la possibilité de l'art, mais ne promettant pas de
richesses; on en pourrait peut-être tirer quelque
commodité, s'il était bien fait avec la véritable
Vénus. Ce qui n'est pas de ce lieu, ailleurs il sera
montré plus au long. Or je veux que tu saches,
que le Soufre superflu de Vénus ne doit pas
être ôté en le brûlant par le feu vulgaire, comme
il se pratique ordinairement par ceux qui manient
les minéraux, mais il doit être spiritualisé
par un certain feu secret par le moyen duquel il
puisse exalter & corriger son corps, afin qu'il
soit rendu participant de la nature de l'or.
Car telles mines de cuivre fondues & purgées
par la voie ordinaire, ne donnent point d'or,
mais seulement de l'argent; par où il se voit qu'elles
n'acquièrent la perfection que par ce feu secret
de lavement & de graduation. Car les Chimistes
expérimentés ont un autre feu que le vulgaire,
par lequel les métaux sont fondus & examinés,
sans lequel les métaux ne sauraient être
bien maniés. Pour ex. Dans la fonte & brûlure
des mines par le feu vulgaire, la partie volatile du
métal, laquelle est l'esprit & vie végétable d'icelui,

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Des Fourneaux Philosophiques. 53

est chassée par la force de ce feu, & la partie
plus fixe & plus grossière demeure: Mais si les
parties les plus impures sont séparées par un feu
particulier, laissant l'esprit graduatoire avec le
corps, il se trouve un corps plus noble que celui
qui est séparé par ce feu commun & violent.
Dans le feu sont cachés plusieurs rares secrets
dont ces Chimistes vulgaires n'ont aucune connaissance.
Dans les scories qui restent après
avoir souffert la violence du feu, il y a quelque
chose de parfait caché, qui en est extrait, si elles
sont de nouveau fondues par une manière particulière;
Cette correction n'est faite que par le
feu commun de foyer. Mais la correction du
cuivre ne se fait qu'avec un feu lavant, purifiant, &
exaltant. J'ai souvent fait l'épreuve de la mine
du cuivre par les deux sortes de feu, mais j'ai
toujours vu que par la voie ordinaire il ne donnait
que de l'argent tant devant qu'après la fixation,
mais qu'il ne donnait de l'or sans argent
que par la voie du feu secret. L'Etain aussi examiné
par la voie vulgaire, ne donne que de l'argent;
mais étant réduit en cendres ou scories, il
ne donne que de l'or, comme ayant souffert une
plus grande force du feu. Il faut attribuer cela au
feu qui opère diversement selon la diversité du
régime. Il faut donc connaître la différence des
feux; car l'un détruit les métaux, l'autre les digère
& les mûrit; l'autre les lave & les mondifie:
un autre enfin les pénètre, les exalte, & les transmue
en une meilleure espèce. De sorte qu'il est
bien vrai de dire que toutes choses consistent
dans le Soleil & dans le sel.
D iij
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54 Annotations sur l'Appendix de la 5. Partie

Outre les feux susdits chauds & secs, il s'en trouve de froids & humides, qui n'ont aucune
affinité avec les autres, par le moyen desquels la
Nature détruit & régénère les métaux dans les
entrailles de la terre, & l'Artiste hors de la terre.
De quoi j'en pourrais dire davantage, s'il était
besoin: mais quoi! on s'attire de l'envie en faisant
mention des secrets inconnus. Je ne veux pas faire
un habit neuf d'un vieux drap, comme font
plusieurs. C'est pourquoi j'ai mieux aimé donner
occasion aux autres de chercher les secrets,
que de les publier indifféremment à tous. De tout
cela j'en traiterai plus au long dans le livre de
l'Origine des métaux, où je n'oublierai pas ce
qui manque ici.

Paragraphe 35.
L A séparation de l'argent d'avec les pots de terre, dans lesquels il a pénétré en faisant l'épreuve, sans liquéfaction, sans travail & dépense.
Cette invention est pour ceux qui n'ont pas la commodité de liquéfier leurs pots, pour en séparer
l'argent lequel est entré dans iceux avec le
plomb durant l'examen; & c'est un secret très
facile.

Paragraphe 36.
U Ne préparation ou confection de vaisseaux de terre très beaux, semblables aux porcelaines. A peine se peut-on passer de tels vaisseaux tant dans le ménage que dans le laboratoire, & boutiques

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Des Fourneaux Philosophiques. 55

des apothicaires. Pour le ménage, on
peut faire des plats, des assiettes, des coupes, &c.
Pour le laboratoire, des alambics, cucurbites, retortes,
écuelles, & autres choses nécessaires.
Pour les boutiques des Apothicaires, de grands
pots, & de petits pour les sirops, conserves, électuaires,
& pour les eaux des herbes, au défaut
des vaisseaux de verre. Et c'est avec raison que
tels vaisseaux sont préférés à ceux de verre, n'étant
pas si aisés à rompre, & retenant toutes les humidités
les plus subtiles. On les préfère aussi à
bon droit aux plats & assiettes d'étain, d'autant
que l'Hiver & l'Eté elles gardent leur politesse,
& sont plus aisément nettoyées avec l'eau.

Paragraphe 37.
L A manière de faire un alun fixant & exaltant toute sorte de couleurs, &c. Cet alun ne se vend pas, parce qu'il se fait par l'art de certains minéraux; il a cette vertu de fixer
& exalter les couleurs, de quelque sorte qu'elles
soient, tellement qu'elles ne sont pas altérées par
le soleil, l'air, & l'eau, à quoi est nécessaire un
chaudron tout particulier.
Car les Teinturiers de l'écarlate savent bien que les graines de cochenille, dont la couleur est
la plus belle & la plus précieuse du monde, sont
altérées dans des vaisseaux de cuivre; c'est pourquoi
on a coutume de les étamer, ou de les faire
de pur étain. Notre alun donc & notre
chaudron, sont préférables aux autres ordinaires,
& partant cette invention n'est pas à mépriser,
D iiij
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