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Réfer. : AL0804
Auteur : Gosset.
Titre : Révélations Cabalistiques d'une Médecine Universelle.
S/titre : Tirée du vin, avec une manière d'extraire le sel de
rosée, et une dissertation sur les lampes sépulchrales.
Editeur : Aux dépends de l'Auteur. A Amiens.
Date éd. : 1735 .


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R E V E L A T I O N S CABALISTIQUES D'U N E MEDECINE UNIVERSELLE
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R E V E L A T I O N S C A B A L I S T I Q U E S D'U N E MEDECINE UNIVERSELLE TIRE'E DU VIN: AVEC UNE MANIERE d'extraire le Sel de rosée:
ET UNE DISSERTATION sur les Lampes sepulchrales.
Par le Sieur G o s s e t, Medecin.

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A A M I E N S Aux dépens de l'Auteur. --------------------------- AVEC PRIVlLEGE DV ROY M. D C C X X X V.
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pict

P R E F A C E.
pict A prévention chez
le commun des Hommes, a tant de force qu'elle leur tient lieu de
loi inviolable pour aimer ou
haïr ce qu'ils ont imaginé
être bon ou mauvais. Le mépris,
ou plutôt l'horreur que
les Médecins ignorants leur
ont inspiré de la Chimie, est
devenu la cause de la retenue
que les plus habiles Médecins
ont eu de s'en servir, & de
faire part au Public de leurs
découvertes.

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4 P R E F A C E.
Il est vrai que l'on a raison de se plaindre de certains caractères,
des noms inconnus,
des figures hiéroglyphiques,
des manières de parler embarrassantes
& énigmatiques,
que ceux qui ont traité de cet
Art ont employé dans leurs
Ecrits; mais ce sont les Auteurs,
& non pas l'Art qui a
manqué.
La Chimie ne consistant qu'à séparer le pur de l'impur
dans tous les mixtes de la nature,
il n'y a point d'occupation
plus nécessaire, & qui
doit être plus recherchée
pour l'usage de la Médecine.
Si l'action d'un mixte dépend des parties les plus subtiles
qu'il renferme, & tient

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embarrassées dans sa substance,
n'est-ce pas une conséquence
juste, qu'en retirant
ces parties, & les dégageant de
la matière, elles aient beaucoup
plus de vertu que si elles
demeuraient enveloppées?
N'est-il pas aussi plus à propos d'employer trois gouttes
d'huile de cannelle, dans un
véhicule convenable, qu'une
dragme de la poudre de cette
écorce, qui ne fera que charger
l'estomac, & ne pourra
se distribuer aux parties si
promptement, ni avec tant
d'utilité?
Sans doute que l'on doit préférer les essences, les élixirs,
les esprits, les sels fixes
& volatils, à la substance

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6 P R E F A C E.
grossière des choses dont ces
remèdes ont été tirés.
Ne semble-t-il pas que la Médecine vulgaire prenne
l'estomac délicat d'une Fille
pour celui d'une Autruche,
quand elle lui ordonne de la
poudre d'acier, au lieu des
teintures & des sels qu'on en
peut extraire, par les fins
qu'on se propose?
En un mot, pour autoriser l'usage de la Chimie, on entretient,
par la magnificence
de nos Rois, à Paris, un Laboratoire
au Jardin Royal,
où il y a un Professeur qui y
enseigne tous les ans cet Art;
où non-seulement les Ecoliers
de Médecine, mais plusieurs
personnes curieuses, se

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rendent pour y profiter des
Leçons, & y voir les opérations
qu'on y fait.
D'ailleurs tous nos Médecins modernes ne parlent
plus que d'acides, d'alcalis,
que des soufres, des sels, &c
pour expliquer les causes différentes
des maladies, pour
la guérison desquelles ils emploient
la plupart des remèdes
chimiques, acides, alcalis,
& des extraits amers, que
l'on prend en bol préférablement
aux plantes, dont la Médecine
vulgaire ordonne des
infusions très désagréables.
On doit donc être convaincu que cet Art mérite la
préférence pour être mis en
usage, tant pour conserver la

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8 P R E F A C E.
santé, que pour guérir les
maladies, tuto, cito & jucundè.
Les Médecins d'Angleterre,
surtout ceux de Londres, que
nous estimons fort habiles,
mettent journellement en
pratique la Pharmacopée Bateane,
qui est toute chimique.
On a mis dans l'esprit du vulgaire que les remèdes chimiques
sont chauds & violents;
ce n'est point le sentiment
d'Hypocrate, ni des plus habiles
Médecins de ce temps,
qui ne reconnaissent ni chaud
ni froid pour causes des maladies,
non plus que pour les
effets des remèdes bons ou
mauvais.
Le plus ancien de tous les Arts est la Chimie: il a fallu

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y avoir recours pour rendre
les métaux flexibles. Sans cet
Art on ne pourrait faire ni
chaux, ni briques, ni tuiles;
& les Cuisiniers sans le secours
de la Chimie naturelle, ne
pourraient apprêter leurs
viandes.
Après tout ce que je viens de dire, il y a encore une autre
espèce de Chimie; c'est à-
dire, Alchimie, par le moyen
de laquelle on fait une analyse
des trois règnes, minéral,
végétal & animal,
d'une manière si exacte, qu'elle
ne laisse rien dans l'intrinsèque
de leur substance,
qu'elle ne le réduise à l'état
élémentaire.
Quant au règne minéral,
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10 P R E F A C E.
on demande si on peut faire
une transmutation des métaux?
Tous les Savants n'en
doutent pas; mais ils conviennent
que c'est perdre son
temps à la rechercher, attendu
la difficulté de la trouver. Effectivement
tout ce qu'en ont
dit les Philosophes hermétiques
n'a été que pour prouver
son existence, & en éloigner
la connaissance. Le règne
animal est d'autant plus
propre à fournir des remèdes
convenables, qu'il combine
en tout avec la nature humaine.
Le règne végétal est celui
dont nous avons à traiter
à fond, prenant pour notre
Matière première, ou Sujet
chimique de ce règne, le vin.

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P R E F A C E. 11
Cette agréable liqueur qui,
après sa première fermentation,
est reconnue pour la
meilleure de toutes les boissons,
laisse un grand préjugé
pour espérer d'en extraire des
remèdes très précieux.
C'est avec raison qu'il est appelé le roi des végétaux, &
or potable végétal. On en
tire ordinairement un sel volatil,
éthéré, dissous dans du
phlegme, appelé communément
esprit de vin; comme
aussi un vinaigre, un sel de
tartre fixe, une huile & une
terre; mais j'enseignerai à en
tirer huit ou neuf substances
toutes différentes en couleur,
odeur & saveur, comme on
verra par les analyses que je

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12 P R E F A C E.
distinguerai en autant de
Chapitres. J'entreprends de
donner cet Ouvrage au Public
par un motif de charité:
Je me ferais un scrupule de
tenir caché ce qui peut produire
un bien considérable
pour conserver la santé, &
guérir beaucoup de malades.
Il est à craindre néanmoins, à cause du long travail & de
l'attention qu'il faut pour
bien opérer, que ce remède
ne se puisse trouver chez les
Apothicaires, ou que ce ne soit
comme de l'antihectique de
Potier, ou de l'esprit volatil
huileux de Sylvins, lesquels
remèdes se débitent tous les
jours sous les noms de ces Auteurs,
quoiqu'ils n'en aient

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P R E F A C E. 13
laissé la connaissance à personne.
S'il est vrai que l'Art de Médecine est long, & la vie de
l'homme courte, selon Hypocrate:
Ars longua vita brévis;
c'est sans doute à cause de la
grande difficulté qu'il y a de
reconnaître les différentes
causes & les différents symptômes
des maladies; & en conséquence,
de trouver des remèdes
efficaces.
Entre les Médecins qui en ont écrit, il s'en est vu quelques-uns,
comme Vanhelmont,
Paracelse, & plusieurs de
leurs Sectateurs, qui se sont
mis à déclamer contre les autres,
de ce qu'ils ne faisaient
de belles cures comme eux.

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14 P R E F A C E.
Tous les autres Médecins ont répondu fort à propos, que si
ceux-là avaient parlé le langage
du commun des hommes,
on aurait pu profiter de leurs
leçons; mais qu'ayant voilé
leurs arcanes, & seulement
publié leurs vertus, l'impossibilité
d'imiter ces Auteurs
les a rendu méprisables.
Or je viens aujourd'hui mettre au jour la plus grande
partie de ce qui était dans les
ténèbres. Je donne à connaître
le chemin qu'il faut tenir
pour mettre en exécution une
Médecine qui est appelée, à
juste titre, universelle, parce
qu'elle guérie toute seule plus
de malades, que cinq cens
remèdes communs & ordinaires

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P R E F A C E. 15
ne peuvent faire. Il est
vrai que cette seule Médecine
demande un travail considérable:
Dii, laboribus vendunt
Artes. Mais il sera bien récompensé.
Ce travail conduira
l'Artiste à des découvertes de
la Médecine, dans cinq ou six
mois, plus que la vie toute
entière ne pourra faire à celui
qui persistera dans l'étude
continuelle de la Médecine
telle qu'on lui aura enseigné.
La résolution des corps, & leurs principes, ou leur composition,
après leur résolution,
donne une parfaite connaissance
de la nature, parce
que les principes en sont incorruptibles
& inaltérables;
& d'autant que le corps humain

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16 P R E F A C E.
ne souffre qu'à cause du
mauvais mélange des éléments
qui le constituent, si on
sait l'art de purifier les médicaments
que l'on donnera aux
malades, on saura celui de
les guérir.
On ne saurait trop déplorer l'abus qu'il y a dans la pratique
& l'usage commun des
remèdes, & ce qui n'est pas
remède. Je ne sais par quelle
raison il y a nombre d'années,
que l'on se portait, pour ainsi
dire, avec fureur, tous les ans
au matin dans le mois de Mai,
derrière une Vache, comme
à la Fontaine de Jouvence,
pour y recevoir de l'eau de
mille fleurs, & la boire toute
nouvelle; c'était son urine.

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Il me paraît que pour cela on était prévenu faussement;
que c'était un remède simple
& innocent: aussi faut-il être
simple pour commettre pareilles
extravagances.
Mais pour ne point me détourner de mon sujet, il faut
avouer que dans les Dispensaires
ordinaires de Médecine,
on n'y verra pas une composition
décrite si longue &
si laborieuse que celle que je
donne au Public.
Je ne prétends pas néanmoins que le mystère consiste
au travail en tant que travail;
mais je fais connaître
que chaque élaboration sur
un mixte, faite à propos, lui
donne une nouvelle force,

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18 P R E F A C E.
plus belle couleur & meilleure
odeur: on distingue par les
sens, comme par la raison, que
c'est un chemin qui imite la
nature, qu'il faut suivre pour
réussir, & on apprend par ce
moyen à devenir bon Philosophe
& bon Médecin.
Les Philosophes ont distingué toutes les substances sublunaires
en trois règnes, minéral,
végétal & animal.
Le sujet de notre oeuvre se tire
du règne végétal, comme
il est dit, ce qui n'exclut
point la possibilité pareillement
d'extraire une Médecine
universelle de chacun
des deux autres règnes
Quant au minéral, je sais qu'on en peut faire de bons

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remèdes; mais le danger qu'il
y a de travailler sur des matières
qui abondent en soufres
impurs & arsenicaux, m'ont
empêché de mettre la main à
l'oeuvre.
Quant à celle que l'on peut tirer des animaux, elle me paraît
bien faisable, & digne d'être
entreprise par un curieux.
Je sais qu'un Prince d'Allemagne
s'entretenait dans un
état de jeunesse, quoi qu'il fût
âgé, par l'usage d'une liqueur,
ou élixir tiré d'un Cerf tout
entier. On sait aussi que le
Cerf peut vivre plusieurs siècles,
& que l'on peut par
conséquent en extraire des
principes de vie de plus longue
durée.

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20 P R E F A C E.
A ce sujet on mit tout le corps d'un Cerf en pièces;
après en avoir séparé les excréments,
on fracassa les os:
le tout fut mis en digestion,
puis distillé au bain-marie
dans un alambic de proportion
à pouvoir le contenir:
la liqueur étant distillée,
on en sépara le phlegme &
les esprits salins, par des digestions
& cohobations réitérées:
la matière restante
dans l'alambic fut poussée par
plusieurs cornues, elle donna
une huile jaune, & une autre
noire, sur la fin fort puante. La
tête morte qui resta fut calcinée:
on en tira un sel volatil
& un fixe: on en sépara une
terre, qui fut purifiée, & servit

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à dépurer les huiles, &
en tirer la puanteur: plusieurs
élaborations furent faites sur
chacune de ces substances,
jusqu'à ce qu'elles fussent réduites
à l'état élémentaire,
sans aucun mélange de matières
excrémenteuses, pour
lors on fit la jonction de
tous les principes, il en résulta
un élixir ou liqueur très
suave, fort pénétrante, &
d'une vertu singulière pour
prolonger la vie.
Voilà la description de la Médecine universelle du règne
animal en abrégé. Si
quelqu'un veut l'entreprendre
& la mettre en pratique,
l'intelligence du procédé de
notre oeuvre végétable sera

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22 P R E F A C E.
d'un grand secours pour y
réussir.
Pour ce qui est du règne végétal, ayant réfléchi que
parmi les substances alimentaires
de ce règne, dont
l'homme faisait usage, on ne
pouvait rien trouver de meilleur
que le vin. J'en fis une
analyse, comme il est dit, de
plusieurs substances, que je
trouvai toutes bonnes; chacune
desquelles, après avoir
été purifiées & séparées de
leurs parties grossières &
superflues, par art, je m'aperçus
qu'étant ainsi élaborées,
elles étaient infiniment meilleures,
& qui, pour servir de
remèdes, avaient beaucoup
plus de vertu que tous les vins

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P R E F A C E. 23
les plus exquis qu'on aurait
pu trouver.
Ce qui m'occasionne d'en faire un détail & d'en donner
la connaissance au Public.
Pour y réussir, j'explique toutes
les manipulations à la lettre,
& suivies par ordre, d'une
manière assez intelligible,
mais sans élégance, pour faire
une analyse exacte du vin à ne
pouvoir s'y tromper.
Tout ce que les Auteurs en ont dit est incomplet, & ne
sont que des rapsodies: d'ailleurs
s'il se rencontre quelque
Critique qui veuille trouver
à redire au grand nombre des
opérations, je lui répondrai
qu'il faut pour rendre un art
parfait, imiter la nature que

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24 P R E F A C E.
fait le pépin du raisin pour
produire la vigne: il faut qu'il
soit mis en terre, qu'il y reçoive
une digestion qui ouvre
& dilate tous ses pores, &
que par le concours des esprits
il se fasse une union vers la
pointe du grain pour y former
un germe; que ce germe soit
fomenté & entretenu pendant
tout l'hiver, pour paraître
au printemps, & former
alors une petite plante; que
cette plante soit nourrie par
le suc de la terre, humectée
par la pluie & la rosée, aidée
des rayons du soleil, pour à la
fin produire un raisin qui contient
un jus qui d'abord est
âpre, & à mesure qu'il grossit
devient acide; cet acide,

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P R E F A C E. 25
à l'aide d'une chaleur externe,
se change en une liqueur
douce & agréable.
Tous ces progrès que la nature fait, paraissent merveilleux
pour former un raisin.
Cela posé, combien doit-on
faire estime d'une analyse par
laquelle on pourra extraire
plusieurs substances, d'un
mixte si parfait, qu'elles aboutiront
dans leur réunion,
après les dépurations & digestions
requises, à un seul
point, où l'on trouvera
une concentration de toutes
les vertus médicinales, capables
de maintenir l'homme
dans une santé parfaite, & de
lui prolonger la vie aussi longtemps
que les plus âgés de notre

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26 P R E F A C E.
siècle? La preuve d'un
long travail, pour faire quelque
chose de grand, nous est
encore bien démontrée par
d'autres productions de la nature.
Si l'on considère le nombre
des années que l'or & l'argent
requièrent pour se perfectionner
dans les entrailles
de la terre, on conviendra
que cela n'a pu se faire que
par des longues élaborations,
à la différence de fer, de
plomb, & des minéraux; les
uns plus, les autres moins
avancés, qui se trouvent en
abondance par tout, parce
que la nature n'a point été
obligée d'employer beaucoup
de temps à les produire; les
plantes mêmes qui sont plus

@

P R E F A C E. 27
longtemps dans la terre, étant
mieux nourries, deviennent
plus fortes; de sorte que la
nature est un miroir qui représente
comme un tableau,
tout ce que l'art doit imiter. Je
dis plus, que comme depuis
le péché du premier homme,
la nature a dégénéré dans ses
productions, jusqu'à former
des poisons en quantité, le
Seigneur par un principe de
bonté a bien voulu donner
aux Hommes la connaissance
de séparer ces venins des
mixtes qui le contiennent par
le moyen de la Chimie; & si
les substances les plus malfaisantes
peuvent être améliorées
à pouvoir entrer dans le
corps humain sans l'endommager,

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28 P R E F A C E.
que ne doit-on point
espérer du vin (qui est de lui-
même & sans aucune préparation,
une des plus agréables
liqueurs) quand il sera parvenu
après une dernière élaboration
à une parfaite quintessence?
Ce qu'on appelle
quintessence, c'est la partie
la plus subtile & la plus pure
d'un mixte duquel on a séparé
tout ce qui est impur &
nuisible à la santé. Pour
mieux concevoir encore ce
que c'est, nous en jugeront
par l'exemple d'une bouteille
pleine d'un très bon vin, débouchée
& exposée à l'air;
au bout de huit jours, le vin
aura perdu toute sa qualité
& ne sera plus potable: or

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P R E F A C E. 29
ce qui aura fait la dégradation
de cette liqueur, se sera
tout au plus le poids d'une
dragme des esprits les plus
subtils dissipés.
D'ailleurs pour distinguer cette quintessence d'avec les
substances grossières des Médicaments
composés, & des
aliments dans l'usage qu'on
en fait, ne faut-il pas que
ceux-ci soient *subigés, filtrés
& dissous par la chaleur
naturelle, avant que leurs parties
les plus subtiles puissent
parvenir aux dernières digestions;
à la différence de la
quintessence, qui se communique
par radiation en pénétrant
tout le corps humain
comme une lumière qui, se

##Note :*subigés: latin subigo, réduire.
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30 P R E F A C E.
joignant aux esprits qui nous
animent, leur donne un renfort
qui les fait agir suivant
leur destination naturelle?
On dira que l'on a des compositions en quantité,
pour remédier à tous les maux
qui se présentent, c'est peut-
être à mon avis ce qui fait
une confusion dans la Médecine;
car comment concevoir
qu'il faille soixante-
cinq ou six sortes de drogues
pour le Thériaque, tandis
qu'une douzaine bien choisies
pourraient suffire? Je m'étonne
encore de ce que cette
composition étant un mélange
de vomitifs, de purgatifs,
de sudorifiques, des diurétiques
& d'astringents, pourquoi

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P R E F A C E. 31
vouloir présumer que
la combinaison de toutes ces
drogues d'une vertu opposée,
puisse concourir à faire du
bien? Ne semble-t-il pas
qu'une confusion d'ingrédients
a été inventée en grand
nombre, par le défaut d'avoir
connu leurs vertus, & dans
l'intention que si l'un ne porte
point coup, l'autre puisse
agir?
D'ailleurs si on fait réflexion que le Seigneur a créé
les médicaments pour l'usage
de l'homme, comme dit l'Ecriture,
il est à présumer qu'il
a donné à chaque plante une
vertu spécifique & particulière
pour un mal; Le Seigneur
n'a pas créé des êtres

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32 P R E F A C E.
sans nécessité, comme seraient
plusieurs plantes d'une
même vertu, tendant à une
même fin, dont la composition
serait à charge à la nature,
ou du moins inutile.
Mais on dira qu'il est à propos de mêler des correctifs,
principalement dans les
compositions des médecines
purgatives, qui portent toujours
avec elles des principes
irritants, qu'il faut adoucir par
un mélange de remèdes anodins
& confortatifs. En ce cas,
je demande s'il ne vaudrait
pas mieux retrancher par la
Chimie, ce que les remèdes
purgatifs ont de mauvais, plutôt
que de les associer avec des
bonnes choses, prétendant

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P R E F A C E. 33
les corriger; car de cette dernière
manière, c'est mêler du
bon avec du mauvais, & ce
n'est point ôter le mauvais:
de sorte que pour pareilles
compositions on entre tous
les jours en dispute, l'un veut
un correctif d'une façon, l'autre
d'une autre, ce qui donne
lieu à des disputes sans fin;
à la différence de notre Médecine
universelle, qui guérit
par la première intention
de la nature; c'est-à-dire, en
calmant toutes ses irritations,
fortifiant la chaleur naturelle,
& arrêtant la dissipation des
esprits; & cette guérison par
la première intention est véritablement
celle que tous les
Médecins doivent essayer de

@

34 P R E F A C E.
procurer à leurs malades, parce
qu'ils sont guéris agréablement
en peu de temps, & sans
mauvaise suite; c'est pour cela
que je crois être obligé de déclarer
mon remède au Public.
Je m'offre aussi, pourvu que l'on m'exempte du port
des lettres, de répondre aux
difficultés de ceux qui auront
entrepris d'exécuter cet ouvrage,
à condition que véritablement
ils auront mis la
main à l'oeuvre, ce que je reconnaîtrai
bien par le détail
de leurs opérations; & conseille
celui qui voudra travailler,
d'opérer lui-même,
pourvu qu'il soit un peu initié
dans le Spagirique, ou de
faire exécuter ce remède par

@

P R E F A C E. 35
un Artiste fidèle & bien entendu.
Il aura pour toute sa
vie, celle de sa famille & de
ses amis, de quoi à faire des
miracles, & soulager les pauvres.
Et pour encourager les curieux, je dis que quand les
matières de notre oeuvre seront
un peu avancées dans
leurs préparations, elles surpasseront
en vertu tous les remèdes
vulgaires. Il n'y a donc
qu'à travailler, les pièces en
seront bonnes. On aura facilement
un esprit de vin éthéré
philosophique, qui, pour
tirer la teinture de tous les
végétaux, sera sans comparaison
meilleur que le plus raffiné
qui se tire par le serpentin,

@

36 P R E F A C E.
ou qui se rectifie à la manière
ordinaire, dont les principes
séminaux & balsamiques
sont brûlés, ce qui n'arrivera
point au nôtre.
On aura aussi un sel de tartre très fondant, & une huile
de tartre, ou de vin, d'une
odeur très suave, au lieu qu'on
ne peut en débiter communément
que de la fétide
& puante.
De tout cela on pourra faire des remèdes, ou branches
particulières, tirés du corps
de notre Médecine universelle,
qui auront de très
grandes vertus. Je dirai en
passant que l'eau de Mélisse,
communément dite eau des
Carmes, sera encore beaucoup

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P R E F A C E. 37
inférieure à notre esprit
de vin éthéré philosophique.
On pourra en faire l'expérience
pour toutes les maladies
pour lesquelles l'eau
des Carmes est employée.
Je crois, sans trop présumer, être le premier qui révèle la
Science Cabalistique, qui démontre
toutes les opérations,
& par ordre, que l'on doit faire
pour obtenir ce grand circulé
de Paracelse, cet arcane
végétable, cette Médecine
universelle, dont les vertus
sont innombrables pour toutes
les maladies du corps humain,
tant internes, qu'externes.
Il n'est donc question que d'en vouloir profiter. La nécessité

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38 P R E F A C E.
est plus grande que jamais
de trouver du secours à
nos maux: Plus le monde
vieillit, plus nos infirmités se
multiplient. Il n'y a point de
doute que tout ce qui n'est
point éternel, en s'éloignant
de la création, ne s'altère
de plus en plus, comme
nous le remarquons visiblement
dans toutes les générations
& productions sublunaires.
Et depuis que les deux hommes envoyés à la découverte
de la Terre promise, ont rapporté
un raisin qui faisait leur
charge, on n'a point oui dire
en aucune contrée du monde,
qu'on ait vu un raisin qu'un
seul homme n'eût bien pu
porter.

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P R E F A C E. 39
J'ajouterai ce que S. Paul rapporte: Mors & morbus intraverunt
in naturam per peccatum.
Cela supposé, attendu que les
hommes sont devenus plus
criminels, c'est une suite nécessaire
qu'ils soient plus infirmes,
& que leur vie soit
devenue plus courte.
Mais comme le Seigneur veut bien faire reluire sa miséricorde
en même temps qu'il
éclate par sa justice, il permet
que l'on fasse tous les jours
de nouvelles découvertes en
Médecine. On a trouvé le
quinquina pour les fièvres intermittentes;
l'ipécacuana,
pour les cours de ventre & flux
dysentériques. Depuis cinquante
ans, ou environ, ces

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40 P R E F A C E.
deux spécifiques ont sauvé la
vie à plus d'un million d'hommes:
Et pour dire aussi ce
qui est connu de plusieurs à
mon égard, j'ai trouvé un
spécifique pour la gangrène,
dont le défunt Roi Louis XIV.
d'heureuse mémoire, ayant
été bien informé, m'a fait
l'honneur de me demander
à Versailles, par un exprès,
pour le traiter de ce mal;
mais il était trop tard.
Au reste, la fâcheuse circonstance de n'avoir pu y être
plutôt, pour soulager Sa Majesté,
ne doit rien diminuer
de la bonté du remède.
Et pour donner des preuves convaincantes de la possibilité
de guérir la gangrène

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P R E F A C E. 41
sans incisions ni amputations,
j'ai trouvé à propos d'en faire
ici une Dissertation.
De tous les maux dont le genre humain peut être attaqué,
il n'y en a pas de plus difficile
à dompter que celui qui
représente sur une partie de
l'homme, ou sur le tout, le
véritable caractère de la mort,
en y étouffant la chaleur naturelle,
& empêchant les esprits
d'y reluire.
Cette mortification effective & réelle, commence par une
inflammation, dont les différentes
causes, tant internes
qu'externes, la font dégénérer
en gangrène. Toutes les
fois que les parties sulfureuses
du suc nourricier étant

@

42 P R E F A C E.
coagulées par l'acide de la
lymphe, les fibres nerveuses
se trouvent tellement comprimées,
que les esprits n'y
peuvent plus couler; pour
lors ces mêmes fibres ne recevant
plus l'influence ordinaire
de ces esprits, perdent leur
ressort, en même temps s'affaissent
les unes sur les autres; &
les particules salines ne pouvant
plus sortir de leurs pores,
celles-ci les déchirent par le
mouvement qu'elles reçoivent
de la matière subtile;
c'est ce qui fait naître cette
insigne pourriture, dont les
premiers signes sont la chair
molasse, à laquelle succède la
couleur plombée; & à celle-
ci, une noirceur, puanteur &

@

P R E F A C E. 43
insensibilité. Voilà ce qui constitue
la gangrène; laquelle
prend aussi le nom de sphacèle,
sans différence toutefois
que du plus ou du moins.
On admet ordinairement deux causes de cette affection,
l'une externe, l'autre
interne. Entre les externes,
on raconte les plaies, ulcères,
contusions, le froid, le chaud
excessifs, les longues maladies
& détentions au lit, les
croupissements d'urine, &
d'autres semblables accidents.
Quant aux internes, les principales sont une nature
défaillante, une altération
considérable dans l'une ou
l'autre des parties nobles; ou
encore, quand la gangrène

@

44 P R E F A C E.
est rentrée dans l'une des trois
capacités, toutes ces causes
sont mortelles.
Mais en supposant que la masse du sang soit imprégnée
de parties âcres salines, accompagnées
d'un mauvais
soufre, en telle quantité
néanmoins que les esprits
soient d'une force supérieure
à pouvoir les *subiger & éliminer
par une fermentation
vigoureuse qu'ils exciteront
dans cette liqueur, il n'y a
pas de difficulté à croire que
la nature alors instituant une
crise, comme elle fait dans la
peste ou dans la petite vérole,
donnera la chasse à cette matière
étrangère, en l'éloignant
vers l'habitude du corps, où

##Note :*subigés: latin subigo, réduire.
#

@

P R E F A C E. 45
en se réunissant sur un membre,
elle y produira la mortification;
à la différence que
cette matière n'aura pu faire
naître dans la masse du sang,
la gangrène, parce qu'elle y
aura été dispersée & répandue;
que d'ailleurs elle y aura
été aussi combattue par les esprits,
dont la nature douce &
balsamique, corrige les âcretés
des sucs, de même que
l'esprit de vin adoucit l'eau-
forte.
On peut observer une mécanique à peu près semblable
dans ce qui se passe lors
qu'ayant mis de l'eau & de la
viande dans un pot sur le feu,
sitôt que cette eau vient à
bouillir, on voit paraître une

@

46 P R E F A C E.
crasse ou écume au-dehors,
que les corpuscules de feu,
qui tiennent lieu d'esprits, ont
détaché de la viande à force
de pirouetter & de s'insinuer
dans ses fibres; laquelle écume
aboutissant à la superficie,
requiert qu'on la sépare au
plus tôt, de crainte qu'elle ne
se remette à la masse du bouillon.
On ne peut pas disconvenir que la gangrène provenant de
cause interne, dans le cas supposé,
étant produite à la manière
de l'écume du pot, ne
puisse être enlevée & guérie
avec un aussi heureux succès
que si la cause en eût été externe,
ce qui doit être alors
considéré comme un dépôt

@

P R E F A C E. 47
critique, & non symptomatique:
Or pour séparer cette
mortification, on ne doit
point se servir de fer; non-
seulement parce que la grande
douleur qu'il cause irrite
les esprits, augmente la fièvre
& l'inflammation, mais aussi
parce que chaque ouverture
ou incision doit être regardée
comme un évent par où les
esprits mis en mouvement
sortent en foule, & causent
une si grande diminution de
force, qu'elle fait souvent
tomber les malades en défaillance.
Quant à l'amputation ou retranchement d'un ou plusieurs
membres entiers, dont
la fin la moins fâcheuse est de

@

48 P R E F A C E .
réduire le corps humain en
un misérable tronc, on devrait
bien travailler à la recherche
des moyens propres
à pouvoir éviter une si cruelle
opération. J'ajoute que je ne
crois point qu'il y ait jamais
eu une nécessité indispensable
de l'entreprendre sur aucun
sujet (sinon toutes les fois que
le membre s'est trouvé pendant,
& presque tout-à-fait
emporté de quelque coup,
ou de la gangrène.) La raison
de probabilité que j'en apporte
est fondée sur la force ou faiblesse
du malade ou du blessé.
Je dis que s'il est vigoureux,
& capable de résister à l'opération,
il n'y a aucun argument
convainquant qu'il

@

P R E F A C E. 49
n'ait pu être guéri sans l'avoir
entrepris cette opération,
puisque l'on voit tous
les jours des blessés survivre
au refus qu'ils ont fait de s'y
soumettre à la vue du triste
appareil que l'on fait ordinairement
dans ces sortes d'occasions,
& ces personnes ont
été guéries avec des simples
médicaments; que si d'un autre
côté ceux que l'on n'a
point trouvés avoir les forces
suffisantes pour supporter l'opération,
sont morts, on
peut tirer cette conséquence
juste, que la gangrène était
interne, & avait gagné les
parties nobles. J'ai observé
que presque tous ceux qui
ont résisté à l'amputation, je

@

50 P R E F A C E.
veux dire qui l'ont bien supporté
(ayant éprouvé la plus
rude secousse que l'on puisse
donner à l'homme, pour
ébranler les fondements de sa
vie) étaient les plus forts &
les plus robustes: en sorte
qu'il me paraît qu'on peut
conclure que quiconque a
été guéri par le moyen de
l'amputation, il avait fait ce
qu'il fallait pour l'éviter, &
se guérir sans qu'elle fût faite.
Je prétends donc guérir la gangrène qui provient de
toutes causes externes, pourvu
qu'elle n'ait point gagné
l'une des trois capacités, &
encore celle qui est produite
par une cause interne, comme
je l'ai ci-devant distingué;

@

P R E F A C E. 51
le tout sans incision, par l'application
d'un remède, dont
l'effet est de rappeler les esprits
& la chaleur naturelle sur la
partie, & de conduire l'ulcère
à parfaite guérison, par le
moyen d'une suppuration louable,
arrêtant en peu de temps
le progrès de la gangrène, qui
n'avance plus dans aucune
de ses dimensions.
Voilà trois avantages très considérables; le premier,
d'éviter les incisions & l'amputation;
le second, d'arrêter
le progrès de ce mal peu après
l'application du remède; le
troisième, est la guérison en
moins de temps, & plus certainement
que par tout autre
moyen.

@

52 P R E F A C E.
Quoique l'envie ait porté quelques personnes de l'art à
*improuver l'usage de ce remède,
l'honneur que Louis XIV.
d'heureuse mémoire, m'a fait
de me faire appeler pour sa
propre personne, à Versailles,
dans sa dernière maladie, doit
faire présumer que l'efficacité
de mon remède a été suffisamment
connue, dont la
Cour m'a ordonné sept cents
livres pour mon voyage.
Ceux qui ne savent que dire contre ce remède, ne peuvent
s'empêcher de m'imputer
de ce que je ne déclare
point publiquement ce de
quoi il est composé: Mais
comme il est inouï qu'il se
rencontre quelqu'un qui distribue

##Note :*improuver: désaprouver.
#

@

P R E F A C E. 53
son bien à tous venants;
moi qui estime ce remède
comme mon bien particulier,
je trouve à propos de me le
conserver: d'ailleurs les épreuves
que j'ai faites pour en acquérir
la connaissance, m'ont
assez coûté pour être en droit
de m'en attirer, la récompense,
dont je serais frustré en le
rendant public.
Au reste, sans avoir égard à cette dernière raison, je ne
suis pas le seul Médecin qui
s'est réservé la connaissance
de quelque spécifique. Hippocrate
en avait un contre la
peste; Sylvius possédait un sel
volatil huileux d'une grande
vertu; Potérius, Médecin
d'Angers, en avait trois ou

@

54 P R E F A C E.
quatre, son Antihectique,
stomachique, &c. Rivière, un
Fébrifuge qu'il a donné au
Public sous le voile d'une
énigme; Vanhelmont, Poleman,
Helvetius, de notre
temps, avaient des spécifiques,
qu'ils auront laissé à quelques-
uns de leurs amis, ou descendants,
ainsi que je prétends
faire dans la suite, pour ne
point frustrer le Public d'un
bien qui lui peut être utile.
Il serait donc à souhaiter que tous les Médecins voulussent
travailler pour acquérir
des connaissances particulières,
afin que se perfectionnant,
les uns dans une
chose, les autres dans une
autre, ils pussent enfin procurer

@

P R E F A C E. 55
du soulagement dans
plusieurs maladies, où ils ne
font qu'échoir; après s'être
servi seulement des remèdes
généraux, ils discourent toutefois
assez agréablement;
mais il en faut venir au fait.
Le genre humain, comme il est dit, se trouve accablé
toujours de plus en plus;
parce que le monde vieillissant
& dépérissant, chaque
jour le petit monde, qui est
l'homme, devient sujet à des
maladies plus fréquentes &
plus malignes; de telle manière
que sans un secours
proportionné à la décadence
de la vie humaine (laquelle
décadence paraît aujourd'hui
manifestement, si on la compare

@

56 P R E F A C E.
avec la vie de ceux qui
nous ont précédés) il est à
présumer que la Médecine,
dans les bornes où elle se
trouve renfermée présentement,
ne pourra être à l'avenir
d'un secours suffisant.

pict
@

57
pict

R E V E L A T I O N S C A B A L I S T I Q U E S D'U N E MEDECINE UNIVERSELLE TIRE'E DU VIN: AVEC UNE MANIERE d'extraire le Sel de rosée: ET UNE DISSERTATION sur les Lampes sépulcrales. --------------------------------

C H A P I T R E P R E M I E R.
DU VIN, ET DE SA PREMIERE préparation.
pict Uoique le Vin ait fermenté,
& qu'il ait acquis une vertu déjà exaltée immédiatement après avoir été
exprimé du raisin, il ne laisse

@

58 Révélations Cabalistiques
pas pour cela d'être un mixte,
c'est-à-dire, une substance capable
d'être disséquée en quantité
de parties différentes, qui seront
autant d'êtres nouveaux que
l'Art mettra au jour, dont les
plus actives, par une vertu magnifique,
se réuniront pour composer
notre Médecine universelle,
après qu'elles auront paru
sous la forme des esprits acides,
des esprits éthérés, des sels, tant
fixes que volatils, à l'exclusion
entière des principes passifs; savoir
la terre & l'eau, les deux
derniers étant des principes de
corruption & de mort: dans tous
les êtres sublunaires, sont aussi
les épines de notre Ouvrage, &
l'art séparatoire n'est employé
qu'à les défricher: Mais après
qu'on les aura séparés des principes
passifs, notre Art nous enseignera
à les dépurer chacun à
part, pour nous en servir à purifier
intrinsèquement les principes

@

d'une Médecine universelle 59
actifs, en les rejoignant avec
eux. C'est ici la clef de la Science
Cabalistique de savoir se servir
à propos du flegme & de la
terre, pour réduire les autres
principes à l'état élémentaire.
Or notre premier travail est donc de mettre le vin en fermentation,
pour rompre le lien de sa
mixtion vineuse. Pour ce sujet,
prenez, par exemple, vingt-
quatre pintes, mesure de Paris,
ou plus si vous voulez, du meilleur
vin de Bourgogne; pour
chaque pinte, prenez tartre
blanc cru, sel fixe de tartre, de
chacun demi-once en poudre:
esprit de vin commun, aussi
demi-once, et lie de vin nouvelle,
assez épaisse, une once:
mettez tout cela ensemble au
fumier dans plusieurs gros ballons,
un bon tiers du vaisseau
vide, & bouché avec un vaisseau
de rencontre, les jointures bien

@

60 Révélations Cabalistiques
lutées: on les y laissera pendant
deux mois.

Commentaire sur ce que dessus.
Q Ue l'on ne s'étonne pas si je nomme dans la suite l'esprit acide, du vinaigre, notre esprit de
vin, c'est qu'il est le plus actif, &
le premier principe de la mixtion.
Il est aussi le dernier dans la résolution:
Quod est primum in compositione
est ultimum in resolutione,
disent les Philosophes; à la différence
de l'esprit de vin vulgaire,
qui est aussi un esprit; mais il
n'est pas si agissant. Les Philosophes
l'ont reconnu de cette manière;
& suivant leur intention,
le tartre cru, qui contient un
puissant acide, fera effort contre
les alcalis contenus dans la
substance du vin; & en les choquant,
les ébranlera si fortement,
que toute la liqueur se dérangera,
& deviendra disproportionnée,

@

d'une Médecine universelle 61
étant aidée de la chaleur
externe. Le combat sera
d'autant plus grand, que le sel
de tartre sec & aride que l'on y
joindra, recevant dans ses pores
les pointes des acides qui sont
rudes, celles-ci exciteront de
nouvelles secousses, tandis que
les parties de l'huile éthérée
tendres & délicates, profitant de
l'agitation, se débarrasseront du
flegme qui les environnera:
partant du centre de la liqueur,
comme plus légère, gagneront le
dessus de la mixtion; c'est pour
cela qu'elles frapperont l'odorat
les premières quand on débouchera
les vaisseaux, ce qui se fait
plus fortement après la fermentation
que devant, parce qu'elles
sont extraverties & poussées par
le bouillonnement vers la circonférence,
cherchant à s'échapper,
comme parties plus volatiles du
mixte.

@

62 Révélations Cabalistiques --------------------------------

C H A P I T R E II.
DE LA MATIERE ETHERE'E, communément dite esprit de vin.

D ANS tous les règnes, on commence à séparer la partie volatile d'avec la fixe. Il faut
observer que dans le règne végétal,
c'est la partie sulfureuse
qui monte la première; dans le
minéral, c'est l'acide; & dans l'animal,
c'est le sel volatil: cela
s'entend des principes actifs, &
non de flegme, ni de la terre, qui
sont les passifs.
Puis donc que dans le règne végétal, la forme essentielle,
ou l'âme du mixte, consiste en
humide volatil, onctueux, aérien,
il le faut très bien dépurer &
séparer des autres principes.
Cette huile éthérée est différente de la grossière, en ce que
celle-là est très volatile, & se tire

@

d'une Médecine universelle 63
des liqueurs fermentées: celle-ci
est plus fixe, & sera élaborée
dans la suite, pour devenir semblable
à la première, à laquelle
elle sera jointe, & ne feront qu'une
seule substance. L'huile, ou
esprit éthéré, ne sort point pure
du commencement par la distillation,
mais un peu mélangée de
flegme: on la distille d'abord
toute seule, sans y rien ajouter,
à fort petite chaleur de bain, que
le doigt pourra supporter, séparant
le flegme d'avec la substance
la plus pesante qui reste au fond
de l'alambic & que l'on met à chaque
distillation de côté, rejetant
ce qui est tout à fait terreux, &
n'a point de goût de sel, gardant
ce qui est salin: or ce sel se tire
avec le flegme du mixte.
Quant au minéral, tout ce qui est sulfureux évaporable ne vaut
rien; à la différence de notre
règne végétal, aussi bien que
dans le règne animal, l'huile est

@

64 Révélations Cabalistiques
l'âme de notre sujet; qui ne peut se
joindre à son corps, c'est-à-dire,
au sel fixe, qu'avec l'esprit, qui
est la partie moyenne & acide,
comme on verra dans la suite: &
cet acide s'appelle medium conjunctionis.
Les premières rectifications en général de l'esprit éthéré, sont
au nombre de quatre, auxquelles
on n'ajoute rien au bain-marie:
en sorte que l'on diminue la chaleur
à chaque distillation, &
quand la liqueur distille, insipide,
& que les veines ne paraissent
plus à l'alambic, on ôte le flegme
de la cucurbite, pour le joindre
avec celui que l'on a réservé des
précédentes distillations.
Après ces quatre premières distillations, il faut ajouter du sel
de tartre fixe, bien dépuré par
la calcination, filtration & évaporation,
& cette dépuration
doit être réitérée après chaque
distillation, avec de l'eau

@

d'une Médecine universelle 65
distillée, ou flegme du mixte.
La dose du sel de tartre est d'une demi-livre, avec trois livres
d'esprit éthéré: il arrivera alors
que ce sel attirera à soi le flegme
qui embarrasse l'esprit, & ce sel
se gonflera & se chargera de ce
flegme, qui abandonnera l'esprit;
& par ce moyen, cet esprit éthéré
deviendra plus léger, & bien
exalté. Voilà ce qu'on appelle communément
l'esprit de vin tartarisé,
qui n'est point encore dans la
perfection pour notre oeuvre.
On observera entre chacune rectification, de mettre la matière
éthérée infuser pendant plusieurs
jours, comme je l'expliquerai au
Chapitre des degrés de feu, au
fumier, au poêle, ou dessus le
four d'un Boulanger, à commencer
dès la première, d'autant que
par ce moyen, le flegme se sépare
mieux dans les distillations.
Il est à remarquer que quand on tire le sel de tartre de la cucurbite

@

66 Révélations Cabalistiques
de même qu'on l'y a mis, sans
être dissous, c'est signe qu'il n'y
a plus de flegme parmi l'esprit
éthéré, & qu'ainsi cet esprit est
suffisamment rectifié.
Mais toutes les fois qu'on a retiré ce sel de tartre de la cucurbite,
il faut le distiller au bain de
sable, pour en faire sortir la partie
oléagineuse & grossière, que ce
sel a contracté de l'esprit éthéré,
& cette partie grossière sera mise,
avec les huiles grossières qu'on aura
réservé, à part; car c'est l'ordre
de cet ouvrage de joindre, paria
cum paribus, les essences congénères
ensemble, afin de ne rien
perdre des principes du mixte.
Le sel de tartre avant qu'il soit employé à l'usage que dessus, doit
être tellement purifié, qu'il ne
laisse aucune fèce sur le filtre.
Je dirai aussi qu'il est bien plus aisé de faire l'arcane des végétaux
& des animaux, que celui des minéraux,
parce que ceux-ci n'abandonnent

@

d'une Médecine universelle 67
pas si aisément leurs
principes dans l'analyse.
L'esprit éthéré bien purifié ne se voit point distiller en eau, & il
ne tombe point par gouttes dans
le récipient: il ne laisse pas de
l'emplir; c'est ce que j'ai bien
éprouvé: Il est alors véritablement
aérien ou éthéré. De plus,
il pénètre six doubles de papier
au lut sans le mouiller: il faut
alors employer la vessie de porc
avec le papier, pour luter les
vaisseaux.
Si le vin est bon, on doit en retirer la douzième partie d'esprit
éthéré avant de le rectifier sur le
sel de tartre.
Ensuite de ce que dessus, prenez une bouteille de verre, & mêlez
dedans ledit esprit, vous scellez
la bouteille hermétiquement; &
après avoir renversé le col en bas,
vous environnez la bouteille de
glace, qui aura été concassée en
morceaux comme le bout du petit

@

68 Révélations Cabalistiques
doigt, dont vous ferez un lit; &
sur ce lit, un autre lit de sel commun,
ensuite un de glace concassée
plus épais que le sel; ainsi, stratum
super stratum, jusqu'à par dessus
le matras, ou vaisseau qui contiendra
la liqueur à glacer, & faire
un petit trou dans la glace au-
dessous du vaisseau, pour laisser
écouler un peu d'eau qui sort de
la glace lors que toutes les parties
se resserrent & s'allient pour former
une substance uniforme, & il
faut que le vaisseau qui contiendra
ladite glace soit cylindrique;
comme de bois, & laisser ainsi reposer
la matière vingt-quatre
heures, ou trois jours, qui est le
temps auquel la glace a fait son
effet.
Helmont dit que, Summum frigus & summus celor reducunt
corpora ad elementalem naturam.
Peut-être que par ce moyen une
grenouille renfermée dans un
vaisseau à la glace, se réduirait

@

d'une Médecine universelle 69
en substance mucilagineuse transparente,
qui serait le Gluten de
aquatico de Paracelse: Pro cancri
medela: Et Vanhelmont dit que
la grenouille retourne par un
grand froid à sa matière première.
Pour revenir à notre esprit
éthéré, on connaîtra que le nombre
des rectifications sera suffisant:
non-seulement quand le sel
fixe ne s'y dissoudra plus, comme
nous avons dit, mais lors que brûlant
un peu de cet esprit sur de la
poudre à fusil, elle s'enflammera
après la consommation entière de
cette huile, & mettre la poudre
dans une écuelle de faïence ou
de verre vernissée; car en le
prenant dans une cuiller d'argent,
comme j'ai fait; la cuiller
s'échauffant, a consommé le peu
de flegme qui restait mêlé à la
quintessence: la poudre a pris feu,
quoique l'esprit n'ait point été
parfait. On peut encore l'éprouver
trempant un petit linge dans

@

70 Révélations Cabalistiques
la liqueur, puis y mettre le feu:
s'il brûle totalement, l'esprit
sera bon.
J'ajoute que pour avoir de l'esprit éthéré du vin sans feu, il faut
mettre un chapiteau de verre à
l'embouchure de chaque tonneau,
quand le vin nouveau commence
à fermenter aux vendanges, y
adapter un récipient entre le chapiteau
au tonneau, avec terre
grasse quand on en aura suffisamment,
on le rectifiera à notre
manière.

--------------------------------

C H A P I T R E III.
DES DEGRES DE CHALEUR des feux externes & internes.
Q Uand vous voudrez mettre la première fois votre matière au bain-marie, comme
elle sera crue & indigeste, accompagnée
de ses principes passifs,
vous chaufferez l'eau plus hardiment;

@

d'une Médecine universelle 71
mais surtout qu'elle ne
bouille pas, pour ne point brûler
le germe de la liqueur. Au reste,
une petite chaleur ne gâtera jamais
rien, & une trop grande détruira
tout. J'estime, pour le
mieux, que l'eau puisse toujours
être supportée du bout du doigt.
La première putréfaction, auparavant toute chose, sera faite au
fumier de cheval pendant deux
mois; puis après la première distillation,
c'est-à-dire, entre la
première & la seconde distillation,
mettre encore la matière en
digestion un mois; entre la deuxième
& la troisième, pendant
trois semaines; entre la troisième
& la quatrième, pendant quinze
jours; entre la quatrième & cinquième,
pendant huit jours; entre
la cinq & la six, pendant quatre
jours; entre la six & la sept,
pendant deux jours: tout cela fera
cent vingt jours ou environ.
Il faut bien prendre garde que
@

72 Révélations Cabalistiques
la chaleur soit égale, & jamais interrompue;
car il faudrait recommencer
l'ouvrage. Mais il
n'y a pas grand travail.
Voilà sept degrés de putréfaction qui font mûrir la matière,
& lui donnant une disposition
avantageuse pour devenir toute
céleste.
On voit assez qu'il faut d'abord une plus longue putréfaction, parce
que la matière est toute grossière;
& pour renouveler la chaleur,
il faut remettre du fumier
chaud & nouveau tous les huit
jours; d'autres font cette putréfaction
au bain-marie: mais le fumier
me semble convenir mieux.
Il faut aussi savoir la différence qu'il y a entre digérer, ou fermenter
& circuler. Quand on
veut faire fermenter ou digérer,
il faut prendre un alambic aveugle;
& pour circuler, il faut un
pélican ou circulatoire en forme
de calebasse, avec deux anses

@

d'une Médecine universelle 73
creuses: en sorte que par ces deux
tuyaux, la matière rentre dans le
ventre du circulatoire, dont le
trou d'en haut soit fermé avec un
bouchon de verre de proportion:
de plus, il faut que le vaisseau soit
à demi plein, ou les deux tiers tout
au plus; & en le tirant hors du
fumier, ne pas trop fort mouvoir
le vaisseau, de crainte que la matière
en fermentation ne le casse,
& ne le point déboucher qu'il ne
soit refroidi; parce qu'étant encore
chaud, il se dissipe beaucoup
d'esprit.
La différence qu'il y a encore du circulatoire, c'est que celui-ci
doit avoir la partie supérieure
hors du fumier environ un tiers du
vaisseau à l'air, afin que le froid
condense les vapeurs, & les fasse
retomber sur la liqueur. La circulation
se peut faire aussi au bain-
marie, aux cendres, ou dans le
marc des raisins. Quand la quintessence
sera parfaite, il sortira

@

74 Révélations Cabalistiques
une odeur du circulatoire très
suave, qui remplira en un moment
toute la chambre; & en la
goûtant, on sentira une douceur
enchantée, rien de brûlant ni
d'âcre comme l'esprit de vin
ordinaire.
Or il faut faire circuler ainsi tant de fois que l'on trouve l'esprit
avoir les qualités susdites.
Raymond Lulle, Liv. I. Chap, 2.
parlant du mercure végétal,
confirme ce que je viens de dire.
Il ajoute au Liv. I. Chap. 3. que
l'on peut tirer la quintessence de
tous les vins gâtés, pourvu qu'ils
ne soient point aigres.
Pour coller les récipients avec les cucurbites, on y mêle un peu
de sel commun avec de l'argile,
des crottes de cheval, délayées
dans de l'eau: on les laisse pourrir
quelque temps auparavant, avec
laquelle on délaye l'argile rougeâtre.
Je m'attache à expliquer la manipulation,
@

d'une Médecine universelle 75
c'est-à-dire, le travail
de la main, parce que je crois que
des curieux qui ne seront point
entièrement au fait de la Chimie,
qui seront d'ailleurs désintéressés,
ayant bonne volonté, pourront
en venir à la pratique; car le commun
des Médecins qui seront occupés
considérablement, n'en auront
point le temps. Les Apothicaires
trouveront mieux leur compte
à faire des compositions ordinaires,
à débiter du séné, de la
casse & d'autres remèdes communs,
que je ne méprise pas; mais
dont on entretient la santé & les
maladies: c'est donc faute de remèdes
qui guérissent radicalement,
& comme j'ai dit, par la
première intention de la nature,
si on se sert de ceux-là.
Pour ne pas sortir de notre sujet, qui consiste au régime du
feu, je dirai que ce travail doit
imiter la nature, qui n'est jamais
oisive; car tandis qu'il se fait un

@

76 Révélations Cabalistiques
dégagement des principes actifs
d'avec les passifs, & des matières
hétérogènes contenues dans la liqueur
par le mouvement interne,
excité & entretenu par le feu externe,
s'il survient de l'interruption:
ou surséance à ce mouvement,
les principes actifs se rejoindront
aux passifs, & se réemprisonneront,
pour ainsi dire, comme
auparavant.
A l'égard du trop grand feu, il n'y aura plus de ressource; parce
que les parties grossières du mixte
ayant été *retorridées, renfermeront
si étroitement les volatils,
que l'on ne pourra plus détacher
de la masse un esprit pur & élémentaire,
& on en enlèvera toujours
des parties âcres, dont les
subtiles seront enveloppées comme
elles se font sentir dans l'esprit de
vin commun tiré par le serpentin.
J'ai dit qu'il faut une chaleur égale,
d'autant que les différents mouvements
produisant différentes modifications

##Note :*retorridés: recuites.
#

@

d'une Médecine universelle 77
dans la liqueur, y apporteront
de l'altération. Il est donc
important que les secousses des
parties internes du mixte ne soient
ni trop violentes, ni trop ralenties.
Si elles sont ralenties, les
principes actifs auront de la peine
à se débourber: s'il se fait de fortes
secousses, il n'y aura point de séparation
des principes actifs, qui
demeureront en confusion avec
les passifs. Cette mécanique démontre
parfaitement ce qui se
passe dans le corps humain, quand
les liqueurs y sont en trouble, &
donne au Médecin Spagirique
une véritable connaissance des
causes internes des maladies, en
même temps qu'elle lui enseigne la
manière d'y remédier.
Outre les feux externes dont nous venons de parler, les Philosophes
en ont reconnu d'autres
internes; savoir, trois sortes de
feux volatils, comme l'huile, ou
esprit éthéré; une autre huile

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78 Révélations Cabalistiques
grossière, aussi combustible, & un
esprit acide liquide, ou sel volatil
appelé ammoniac.
Les feux fixes internes sont deux; savoir, l'acide concentré en l'alcali
du même mixte.
Les trois premiers feux sont humides & potables: les deux autres
sont secs.
Après que l'esprit éthéré a été mis à la glace, puis distillé, il le faut
faire circuler dans le pélican, ou
autre vaisseau, pendant trois semaines,
ou pour le plus un mois, ce qui
se fait à feu de lampe, aux cendres:
ensuite on en sépare le reste de
l'insipide ou flegme, par distillation
au bain vaporeux, qui
donnera le pur élément de l'huile
volatile éthérée, qu'on nomme
quintessence supérieure, propre à
recevoir l'union de l'huile grossière
après qu'elle aura été bien rectifiée,
& ensuite du soufre fixe,
par le moyen de l'esprit acide
mercuriel; c'est ainsi après que

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d'une Médecine universelle 79
par décoction, tout se réduit en un
seul soufre fixe, qui est le feu
de nature dans la terre, qui est
son propre domicile fixe; ainsi
le supérieur se découvre être le
même que l'inférieur, & l'inférieur
de même que le supérieur,
qui étant unis ensemble, font une
médecine d'une seule chose, qui a
la puissance des supérieures & inférieures,
& dont la force est
entière lors qu'elle est convertie
en terre fixe, où tous les éléments
sont concentrés, & ne reste plus
que là quintessence, dont le soleil,
c'est-à-dire, le feu de nature
ou le soufre des Philosophes est
le père, & la lune, c'est-à-dire le
mercuriel, la mère, que le vent,
c'est-à-dire, que l'esprit volatil a
porté en son ventre lors de la sublimation
& solution,
Le second feu est humide, & se trouve dans les végétaux; c'est leur
huile grossière, qui est aussi inflammable.

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80 Révélations Cabalistiques
Le troisième feu volatil des végétaux est leur esprit acide & leur
sel volatil, lesquels font leurs opérations
de la même manière que
l'esprit & le sel ammoniac d'urine.
Ce qui est à remarquer, c'est que quelques végétaux donnent
plus de sel volatil, & quelques autres
moins, à proportion de la
qualité de la mixtion qu'ils ont reçue
au commencement; car à proprement
parler, le sel volatil n'est
qu'une portion de sel fixe mêlé
avec l'esprit mercuriel acide, des
feux fixes, des végétaux. Le premier
se découvre dans le sel acide,
dont l'Artiste peut tirer par la
cornue un esprit de sel ou de nitre,
qui lui sert s'il veut pour les objets,
ou mercuriels, ou sulfureux.
Et enfin, le dernier feu qui se découvre dans les végétaux, est le
sel fixe qui reste dans les cendres
lors qu'on les a brûlés, & qui s'en
tire par le moyen du flegme ou de
l'eau commune distillée, & il est

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d'une Médecine universelle 81
appelé fixe avec raison, d'autant
qu'il dissout, même la Terre fixe,
& la fait parvenir jusqu'à une matière
fixe & résistante au feu comme
le verre.
Les feux volatils bien dépurés de la terre & du flegme, s'unissent
immédiatement avec ceux de leur
nature; savoir, les sulfureux
avec les sulfureux, & les mercuriels
avec les mercuriels; de
sorte que les trois feux supérieurs
se réduisent à deux liqueurs, l'une
mercurielle saline, l'autre sulfureuse.
La mercurielle dissout le fixe de sa nature & qualité, & la sulfureuse
dissout aussi la fixe de sa nature;
de sorte que par ce moyen
tout se réduit en deux par décoction;
les deux se coagulent, &
fixent en un, qui est notre quintessence,
dont on fait le grand
circulé, & ensuite l'alkaest de son règne; & enfin, l'alkaest universel,
pas la conjonction de l'alkaest

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82 Révélations Cabalistiques
des trois règnes de la nature, &
c'est toujours le feu de nature qui
domine sur tous les autres, & les
unit enfin en un de sa nature;
c'est pourquoi il fait tant de miracles
en cet état de sa proximité,
aux premiers êtres radicaux de
la nature créée.
Remarquez aussi que dans les dernières rectifications de l'huile
éthérée sur le sel de tartre, elle
pourra bien extraire quelque peu
de son semblable, qui est fixé dans
cet alcali, ce que j'ai reconnu en
brûlant une cuillerée de cet esprit
dans un petit pot de faïence, tout
le dedans du pot est resté comme
enfariné du sel volatil contenu
dans cet esprit, qui s'était exhalé
& attaché aux parois de ce pot,
provenant d'une partie du sel fixe
volatilisé; de sorte que je regardais
cela comme un petit commencement
de la volatilisation
du sel de tartre que Vanhelmont
vante comme un succédant de
l'alkaest.

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d'une Médecine universelle 83
Après toutes les préparations ci- dessus, notre huile éthérée étant
réduite à sa pureté élémentaire,
& aussi jointe avec les huiles grossières
qui auront été atténuées par
l'art, & rendues de sa nature, ce
ne sera plus qu'une quintessence
dont on fera la conjonction avec
le sel & le mercure végétable,
qui est l'acide, pour les fixer ensemble
aux feux des sages. Le
pierre végétable étant parfaite,
doit être dissous dans dix fois
autant d'huile éthérée, dont on
aura réservé une partie pour la
multiplication.

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C H A P I T R E IV.
DU FLEGME COMMUN
& élémentaire.
P Our ne point transposer les opérations, comme nous avons démontré la manière d'extraire
l'esprit éthéré dans sa dernière

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84 Révélations Cabalistiques
pureté, & qu'il est resté après
la distillation de cet esprit un flegme
abondant, il faut maintenant
retirer ce flegme, & le séparer des
autres matières qui l'accompagnent;
pour ce sujet, il le faut distiller
au bain-marie fort modéré,
afin que les acides ne montent
point avec lui.
On continuera cette distillation tant que la liqueur qui distillera
sera insipide; & lors qu'elle commencera
à se faire sentir au goût,
ayant quelque peu d'acide, cessez
de distiller, & mettez tout votre
flegme à part; vous trouverez dans
le fond de l'alambic, une liqueur
acide avec l'huile grossière, le sel
& les autres matières qui restent
du vin.
Or ce flegme que vous avez distillé & mis à part, doit être rectifié
& dépuré d'une certaine quantité
des parties essentielles du mixte
qu'il a emporté avec lui; car voilà
une difficulté du travail que toutes

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d'une Médecine universelle 85
les premières opérations ne
sont jamais pures ni sincères, &
pour cela il faut redistiller ce flegme
sans addition, deux ou trois
fois; réitérer tant qu'il ne reste plus
rien dans le fond de l'alambic, diminuant
le feu à chaque distillation;
que la liqueur du fond de
l'alambic soit aussi douce que celle
qui est passée la première par le
bec de l'alambic.
Finalement, il faut avoir une terre végétable privée de tout sel,
c'est-à-dire, tout à fait *exanimée
de ses principes; & en un mot,
qu'elle soit rendue élémentaire,
c'est-à-dire, poreuse, légère, insipide
& discontinue, de couleur
blanche. Nous enseignerons à la
rendre telle au Chap. de la terre
élémentaire. Cette terre mêlée
avec le flegme, servira à retenir,
tirant à soi comme un aimant, ce
qu'il y aura des autres principes
du sujet resté parmi la liqueur,
soit sel, soit huile, ou quelques autres

##Note :*exanimée: privée de vie, morte.
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86 Révélations Cabalistiques
matières hétérogènes, en le
recohobant au bain-marie.
Et après cette distillation, ayant calciné la terre restante, s'il y a
quelque sel fixe retenu dans cette
terre, on l'en séparera en y mêlant
du flegme, & le sel restera
après la distillation de ce flegme,
& sera réservé, pour le mettre avec
le sel fixe, que l'on retirera du
mixte, qui lui sera homogène & de
même nature: paria cum paribus.
On voit donc par cette mécanique que la terre ayant détaché du
flegme l'huile & le sel, l'huile se
trouve consommée par la calcination,
& le sel est repris par le
moyen du flegme. La terre redevient
vierge & *exanimée, & l'Artiste
en fait un aimant pour le règne
végétal.
L'eau & la terre sont des principes passifs, les vases ou *rétinacles
des autres éléments, qu'ils
contiennent fort étroitement, &
desquels on a de la peine à les séparer.

##Note :*exanimée: privée de vie, morte.
*rétinacles: recipients, matrices.
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