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Réfer. : AL0817
Auteur : Grimaldy.
Titre : Oeuvres Posthumes.
S/titre : Premier Medecin du Roi de Sardaigne.

Editeur : Durant, à Paris.
Date éd. : 1745 .


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O E U V R E S P O S T H U M E S D E M. DE GRIMALDY,

P R E M I E R M E D E C I N DU ROI DE SARDAIGNE, & Chef de l'Université de Medecine de Chambéry.
Où sont contenus ses meilleurs Remedes.
Avec une Dissertation Physique sur les sujets qui entrent dans la composition de ces Remedes. Par M. *** Editeur de ces Oeuvres Posthumes.
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A P A R I S.
Chez Durand, rue Saint Jacques, au Grifon;
========================== M. DCC. XLV. Avec Approbation & Privilège du Roi.
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O E U V R E S P O S T H U M E S D E M. DE GRIMALDY,
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O E U V R E S P O S T H U M E S D E M. DE GRIMALDY,

P R E M I E R M E D E C I N DU ROI DE SARDAIGNE, & Chef de l'Université de Medecine de Chambéry.
Où sont contenus ses meilleurs Remedes.
Avec une Dissertation Physique sur les sujets qui entrent dans la composition de ces Remedes. Par M. *** Editeur de ces Oeuvres Posthumes.
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A P A R I S.
Chez Durand, rue Saint Jacques, au Grifon;
========================== M. DCC. XLV. Avec Approbation & Privilège du Roi.
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A M O N S E I G N E U R L E C O M T E D E S. FLORENTIN

Ministre & Secrétaire d'Etat.

pict ONSEIGNEUR,

Lorsque je formai le dessein de rendre publics les
principaux Remèdes de feu
M. de Grimaldy, reconnu
dans toute l'Europe pour un

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des plus grands Médecins de nos jours, mon projet fut que tout ce qui aurait rapport au Livre que j'ai fait à ce sujet, répondît aux sentiments purs & désintéressés de mon coeur, & à la liberté de mon esprit. Ainsi, MONSEIGNEUR, dans la Dédicace que j'ai l'honneur de vous faire de cet Ouvrage, je ne cherche ni l'élévation du Mécène, ni les avantages que je pourrais recevoir de sa protection. Libre dans mon choix par la loi que je me fuis faite de rester inconnu dans mon laboratoire, & de ne
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me proposer que le bien
public, après une mûre réflexion,
j'ai trouvé que ce
choix devait à bien des titres
ne regarder que VOTRE
GRANDEUR, sous quelque
point de vue que je prenne
la liberté de la considérer.
Vous avez un amour éclairé
pour les Sciences, une
connaissance parfaite de ce
qu'elles ont de plus curieux
& de plus utile, vous êtes
le soutien; & l'appui des
Savants. Elevé dés votre
plus grande jeunesse dans
une place éminente, vous
faites le bonheur & l'admiration

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du Public, vous montrant en tout l'héritier du génie, & des vertus de vos illustres Aïeux, qui depuis plusieurs siècles ont fait la félicité des peuples que nos Souverains ont mis sous leur administration. En effet, MONSEIGNEUR, y a-t-il jamais eu un Ministre d'Etat plus digne de l'être que VOTRE GRANDEUR. Quelle application pour les affaires! Quelle justesse dans ses décisions ! Quelle probité ! Quelle candeur ! Quelle urbanité anime toutes vos actions ! Vous réunissez
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parfaitement en votre personne
toutes les parties du
grand Ministre, de l'honnête
homme, & de l'homme
aimable. Lorsque vous
accordez un bienfait, la
manière de l'accorder en
est un second. Si vous êtes
dans la nécessité de refuser,
on se retire, pour ainsi dire,
content par les grâces dont
le refus est accompagné. Entreprendre,
MONSEIGNEUR.
l'éloge de vos
vertus, ce ne serait que répéter
ce que tout le monde
fait; le Public équitable
y ajouterait toujours;

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je me borne donc à vous assurer du zèle le plus vif & du respect le plus profond avec lesquels je suis,
MONSEIGNEUR,
De VOTRE GRANDEUR,

Le très-humble & très obéissant serviteur E. J. P.
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DISSERTATION P H Y S I Q U E D E L ' E D I T E U R
DISCOURS PRELIMINAIRE.
J E ne viens point en imposer
au Public, par une sotte vanité
me parer des plumes du
paon, me faire l'auteur des Remèdes
que je lui présente, dont
l'heureuse découverte est due au
génie, au travail, & à l'expérience
consommée de feu M. de
Grimaldy, premier Médecin du
Duc de Savoie, qui s'est immortalisé

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x
par le succès de ces mêmes Remèdes, administrés à un grand nombre de malades qui en ont été guéris. En un mot le plus brillant éloge qu'on puisse faire de leur auteur, est la confiance que M. Daquin premier Médecin du feu Roi, eut en sa capacité, confiance qui lui fit remettre entre ses mains son épouse affligée depuis longtemps d'une maladie qu'on regardait comme incurable, & qui cependant fut radicalement guérie par l'efficacité de ses remèdes. Ce sont ces mêmes remèdes dont je fais présent au Public Je ne ferai point comme certaines personnes qui distribuent, non tous les remèdes de ce savant Médecin, mais un fébrifuge qu'ils suppose être le même
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qui a opéré tant de cures miraculeuses.
Ils se contentent d'en
exalter les vertus & la puissance,
& ne disent rien de sa composition:
cette conduite me paraît
non-seulement très suspecte,
& peu satisfaisante pour le Public
judicieux, mais encore exposer
à des suites si funestes que
je n'ai jamais pu concevoir comment
on pourrait la tolérer.
Je ne suivrai donc point une route que le blâme: je vais
apprendre la composition de
ces remèdes, la manière de les
faire, leurs vertus, leurs usages,
leurs propriétés, & la façon
de s'en servir. Je ferai plus:
je donnerai une idée générale
de en quoi consiste la vie
& la santé, & de la cause des
maladies; & je ferai connaître
en détail les principales matières
qui entrent dans la composition

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de ces remèdes par une dissertation sur chacune d'elles, où je ferai connaître leurs vertus; par là tout le monde sera à portée d'agir conséquemment. L'unique avantage que je me propose de retirer de cet Ouvrage, est d'être utile au Public, en déterrant, pour ainsi dire, ces rares trésors ensevelis avec leur auteur, trésors dont la perte causait un regret sensible aux personnes sages & charitables, attendu que ce grand homme n'avait pas mis au jour ce qui lui avait acquis si justement une si grande réputation. Car encore une fois, tout ce qui a paru jusqu'ici sous son nom, sont des lambeaux imparfaits qui ne peuvent satisfaire un homme sensé. Il faut en quelque sorte s'en rapporter à la bonne foi de ceux qui nous distribuent les remèdes,
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ce qui n'est pas raisonnable,
& qui empêche Messieurs
les Médecins de s'en servir pour
leurs malades. Mais il en fera
tout autrement lorsqu'ils seront
sûrs d'employer les véritables
Remèdes de M. de Grimaldy.
Je déclare que je ne veux ni être connu, ni vendre, ni débiter
ces excellents Remèdes,
comptant avoir rempli mes vues
en donnant au Public les véritables
productions de ce célèbre
Médecin. Car quand il serait
possible qu'on me déterrât
dans le fond de mon cabinet & de
mon laboratoire, où un goût
déterminé pour l'étude de la nature
& de la science spagyrique
me fait passer une partie
de mon temps, je ne donnerai
pas même à mes meilleurs amis
aucun de ces remèdes, sans que
je sois pleinement convaincu

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que la personne qui veut s'en servir, le fait par l'avis & sous les yeux d'un Médecin. Je ferai voir dans la suite de ce discours ce qui me détermine à prendre ce parti. Comme l'on ne peut savoir les qualités que peuvent avoir les remèdes, & en faire une juste application, si l'on ne sait en quoi consistent la vie, la santé, & les causes des maladies, je vais commencer par donner une idée générale de toutes ces choses.

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pict

OE U V R E S P O S T H U M E S

D E
M. DE GRIMALDY, PREMIER MEDECIN DU ROI de Sardaigne.

CHAPITRE PREMIER,
Où l'on donne une idée de ce en quoi consiste la vie, la santé, & de ce qui cause les maladies.
pict A vie n'est autre chose que l'action
première de l'esprit pur, qui est composé d'une portion de la lumière céleste, ou des éléments supérieurs,
& d'une portion de la plus subtile
partie des éléments inférieurs.

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2 Oeuvres Posthumes
Cet esprit est double; l'un fixe, qui est arrêté au centre de chaque partie intégrante du composé, & qui est le principe du mouvement & de l'action, c'est le feu central, feu inné, feu de nature; l'autre est volatil, qui se répand jusqu'aux extrémités des parties, qui les meut, & les anime, comme un instrument dont l'esprit fixe se sert pour communiquer son action. Cet esprit volatil sert aussi à entretenir, ou nourrir l'esprit fixe. Ces deux esprits unis forment ce que nous appelons humide radical, & sont les principes & le soutien de la vie & de la santé. Plus ces esprits sont abondants & dégagés, plus leur action est forte, & par conséquent plus la vie est longue & la santé parfaite. Comme l'esprit fixe a besoin d'être entretenu & nourri par l'esprit volatil, de même l'esprit volatil a besoin d'être réparé par un autre & semblable esprit, qui remplace ce qui s'en dissipe continuellement. Cette dissipation est plus ou moins grande suivant la qualité & la quantité des actions du composé. Delà vient la nécessité indispensable des aliments, d'où ces nouveaux esprits réparateurs
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de M. de Grimaldy 3
sont tirés. L'on peut juger par-là de
quelle importance est le choix des aliments,
& de quelle nécessité pour la conservation
de la vie & de la santé il est
que leur préparation (je parle de leur
préparation intérieure) soit parfaite.
Le dépérissement & les maladies n'ont d'autre cause que les excréments qui se
forment dans nos corps, soit qu'ils viennent
des aliments que nous prenons, soit
de l'air que nous respirons. Les différentes
qualités de ces excréments, leur
quantité, & les différentes parties du
corps où ils se forment, font la différence
de nos maladies, & leurs différents
degrés.
La formation de ces excréments dans nos corps est inévitable, parce que tous
les aliments dont nous pouvons user en
sont remplis; il ne s'agit que du plus, ou
du moins; & ce n'est que par l'action des
esprits que les excréments sont séparés du
pur, & qu'ils sont expulsés hors du corps.
Cette séparation & cette expulsion se font par les différentes coctions qui se font
dans différentes parties de notre corps.
Ainsi il y a différents excréments, parce
qu'il y a différentes coctions. Il y a les

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4 Oeuvres Posthumes
excréments du ventricule, ceux du foie, du fiel, de la rate, des reins & de la vessie, du cour & de la poitrine, du poumon, de la tête & du cerveau, &c. Tous ces excréments ne sont autre chose que les portions des aliments qui, par les différentes coctions, ne peuvent prendre la nature de notre corps, lui étant hétérogènes, & qui par cette raison sont séparées par l'action de l'esprit des parties homogènes, qui seules sont converties en notre substance. Connaissant le principe de la vie & la source de la santé, ayant montré la cause des maladies, & ce qui les forme & les entretient, il n'est pas difficile d'en connaître les remèdes, & de juger des qualités qu'ils doivent avoir, des vertus, & des préparations qui leur sont nécessaires; ce que nous démontrerons plus particulièrement dans la suite. Mais comme les maladies auxquelles nos corps sont malheureusement soumis sont presque infinies, en nombre & en qualité, ce serait un ouvrage d'une étendue immense, que de vouloir raisonner en détail sur tous les remèdes particuliers. Qu'il nous suffise donc de dire quant
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de M. de Grimaldy 5
à présent deux choses; la première, que,
comme tous nos maux ne viennent que
du mélange des parties hétérogènes
avec les parties homogènes, & du défaut
d'équilibre ou de proportion des éléments
requis à chaque composé, l'on pourrait
avoir un remède qui, mettant dans
nos corps cette proportion, & faisant la
séparation requise, suffirait pour tous les
cas. Mais la difficulté d'avoir ce remède
universel est si grande, la dépravation du
genre humain si considérable, que cela
empêche les vrais adeptes de se manifester.
Aussi la plupart ne s'attachent à cette
science toute divine que par des motifs
humains, & des principes de cupidité,
motifs diamétralement contraires à cette
science; ce que nous nous proposons de
faire voir dans un ouvrage que nous donnerons
bientôt au public. Ainsi nous
nous contenterons de donner quelques
remèdes particuliers, & nous avons donné
la préférence à ceux de M. de Grimaldy,
comme les meilleurs que nous
connaissions.
La seconde chose que nous ayons à dire ici, & qui est de la dernière importance,
est 1°. qu'on ne peut tirer aucun

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6 Oeuvres Posthumes
bon remède que des substances pures; ou de ce qui est pur dans les substances; 2°. que le pur est ce qui est homogène à la nature du composé; 3°. que c'est principalement la partie spiritueuse qu'on doit rechercher; 4°. que l'agent dont on se sert pour extraire cette partie pure, doit être pur lui-même, autrement il la corromprait. Il doit être vif, pénétrant, conservateur; il doit être tout feu, mais feu vivifiant, agissant, non brûlant, & destructeur; le remède doit être l'opposé de ce qui cause nos maladies; il en doit être le destructeur, mais en même-temps le conservateur de ce qui fait notre santé & notre vie. Ce que nous venons de dire sur ce qui constitue la vie & la santé, & sur ce qui engendre les maladies, doit suffire pour donner une idée générale de toutes ces causes, & nous aider à faire des méditations & des réflexions sérieuses sur ces mêmes causes, pour trouver le moyen de remédier à celles qui nous sont nuisibles. Passons présentement à l'examen des matières qui composent les remèdes de M. de Grimaldy.
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de M. de Grimaldy 7
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C H A P I T R E II.
Concernant les matières qui composent les remèdes de M. de Grimaldy.
C Es remèdes consistent en cinq, savoir
pilules aurifiques, son fébrifuge,
son huile de vie, son élixir, enfin son
or potable.
Pour donner quelque ordre à ce discours, en faciliter l'intelligence, & mettre
les choses à la portée des lecteurs,
disons que de tous temps les Savants sont
convenu qu'on pouvait distinguer toutes
les substances sublunaires en trois règnes,
minéral, végétal, & animal, & que de
chacun de ces trois règnes en particulier
on peut tirer une médecine universelle.
Il est convenu aussi que des minéraux, & métaux on en tire les plus excellents remèdes;
il faut néanmoins convenir de
bonne foi qu'il y a du danger à employer
ces matières qui abondent en soufres impurs
& arsenicaux. Mais ces craintes &
ces doutes disparaissent dès qu'on a vu &
examiné les préparations que nous en faisons,

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8 Oeuvres Posthumes
& que nous enseignons, parce qu'elles réduisent le mixte à sa dernière pureté. Il est vrai que ce travail est pénible & laborieux; mais on est bien récompensé par le fruit qu'on en peut retirer. Le prince de la Médecine Hippocrate nous dit que l'Art de Médecine est long, & la vie de l'homme courte; Ars longa, vita brevis. Il a bien raison; car indépendamment de la difficulté qu'il y a à reconnaître les différentes causes & les différents symptômes des maladies, & en conséquence de trouver des remèdes efficaces, cette découverte coûte beaucoup de peines, de travaux, & de soins; mais l'on n'en saurait trop prendre pour composer ses remèdes, & les mettre en état de bien opérer. Nous reconnaissons si bien la nécessité indispensable qu'il y a de purifier le mixte qu'on emploie, que nous convenons que c'est en quoi consiste presque tout le secret. La science spagyrique consiste uniquement en l'art de séparer le pur de l'impur, ainsi que porte son nom tiré du mot grec σχαω. Nous exhortons donc de tout notre coeur ceux qui entreprendront de travailler à la composition de ces
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de M. de Grimaldy 9
remèdes de s'attacher au choix des matières,
& à leur purification.
Car si nous ne recevons pas le secours que la Médecine nous promet pour la
guérison de nos maladies, pour la conservation
de notre santé, & pour le prolongement
de la vie par les différents remèdes
que la Pharmacie vulgaire nous
prépare, & qui nous sont administrés
par l'ordonnance de Messieurs les Docteurs
en Médecine, ce n'est pas que les
végétaux, les minéraux, & les métaux ne
contiennent pas en eux les vertus que les
grands Maîtres de l'Art leur ont attribuées
pour le rétablissement & la conservation
du corps humain. Chaque mixte, outre
la vertu générale qu'il renferme dans son
centre, qui est la source & le principe
universel de la vie, est doué en particulier
de vertus & de qualités spécifiques à
chacune de nos infirmités; ce qui vient
des différentes proportions qui se trouvent
dans le mélange des principes qui
le composent.
Ces vertus sont plus fortes, ou plus faibles, suivant les différents degrés de
pureté, & de coction de ces mêmes principes.

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10 Oeuvres Posthumes
Pour pouvoir donc tirer d'un mixte les secours que nous en attendons, & que l'on nous promet, il faut connaître en quoi consiste sa vertu, & où sont ses qualités; il faut de plus, & c'est ici (nous le répétons) l'essentiel, tirer de leur masse grossière ce qui leur donne cette vertu, & renferme ces qualités. Or dans la préparation que l'on fait ordinairement des mixtes, cherche-t-on à les purifier, à dégager le pur qu'ils contiennent des excréments qui l'enveloppent, & des hétérogénéités qui l'altèrent? A peine travaille-t-on à le débarrasser de sa premiers écorce, & de sa terrestréité grossière; mais quant aux autres excréments, tant fixes que volatils, qui sont mêlés dans chaque partie insensible du mixte, & qui aux yeux vulgaires paraissent en faire le composé même & l'essentiel, il n'en est pas question; ainsi on ne peut faire un vrai & bon remède de ce mixte, puisqu'il n'y a que ce qu'il contient de pur qui communique sa vertu, & qui renferme ses bonnes qualités, que les excréments, dont on le laisse embarrassé, arrêtent & altèrent. C'est la première raison pourquoi la
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de M. de Grimaldy 11
plupart des remèdes que l'on nous donne
sont si inefficaces, & souvent même si
nuisibles. Les préparations que je demande
exigent un travail pénible, long
& assidu; un artiste adroit & savant dans
la nature; enfin à quoi l'on se refuse, ne
peuvent se faire sans dépense.
Une seconde raison de l'insuffisance des remèdes qu'on nous prépare, est que
ceux mêmes qui comprennent la nécessité
qu'il y a de purifier le mixte dont on se
sert, & de n'en prendre que le pur, ou ne
savent pas le véritable moyen de purifier
les mixtes, d'en ouvrir toutes les
parties jusqu'au centre, d'en dégager le
baume de vie qui y est renfermé, de
l'extraire & de le séparer de ce qui lui est
hétérogène, & de lui donner enfin un
corps analogue qui le rende sensible,
traitable, & propre à nous être administré;
ou, s'ils savent quel est ce moyen,
ils ignorent le lieu où ils pourront le trouver,
& l'art de le rendre propre aux actions,
auxquelles ils voudront l'appliquer.
L'agent dont nous parlons n'est pas unique. Il y en a plusieurs; mais qui partent
tous du même principe, & qui ont
tous la même source, la même origine,

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12 Oeuvres Posthumes
& les mêmes vertus quoiqu'en différents degrés. Les uns sont propres à tous les genres, d'autres à un seul, & d'autres seulement à quelques espèces particulières. Les uns sont nécessaires pour ouvrir, pour fouiller jusqu'au centre, pour décomposer radicalement; d'autres pour extraire les parties pures & essentielles qui ont été dégagées des liens qui les tenaient serrées. Celui dont se servait M. de Grimaldy, & que nous mettons en usage pour composer son or potable, est le plus efficace, & le plus merveilleux. Nous nous expliquerons sur cet article autant qu'il est permis de le faire. Je suis persuadé qu'il se trouvera des personnes qui me blâmeront de m'être trop expliqué; mais je les supplie de me pardonner en faveur de mes intentions. Je voudrais instruire mes frères. D'autres personnes, dont le nombre sera infiniment plus grand, trouveront que je ne m'explique pas suffisamment; mais je me rendrais criminel en le faisant d'avantage. Mais pour revenir à ce dissolvant, dont je traiterai dans la suite plus au long, il sert non seulement à extraire parfaitement toutes les teintures
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de M. de Grimaldy 13
des trois règnes, leur soufre pur, & leur
partie mercurielle, mais encore il les ouvre
seul, de quelque nature qu'ils soient;
il les ouvre, dis-je, dans leur centre, fait
la séparation requise, & ensuite l'extraction
parfaite des principes purs qui en
composent la quintessence.
Ce qui fait le mérite le plus considérable de cet esprit dissolvant & extracteur,
qui doit sans contredit lui faire donner
la préférence sur tous ceux que l'on
pourrait avoir pour toute force de sujets,
& entr'autres pour les matières médicinales,
est qu'il est le plus analogue à
notre nature, & que l'on n'en peut craindre
aucune corrosion, aucune mauvaise
impression, aucun danger, aucun mal ;
au contraire on doit en espérer toute sorte
de bien.
La base & le fondement des pilules & du fébrifuge de M. de Grimaldy est
l'antimoine, le fer, le cuivre, l'étain, &
le nitre. Acquittons-nous présentement
de ce que nous avons promis, & donnons
une dissertation sur ces matières minérales,
& métalliques, pour faire connaître
leurs vertus.
Pour cela nous nous servirons de ce
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14 Oeuvres Posthumes
qu'en ont dit les meilleurs Auteurs, & de ce que l'expérience que nous en avons faite nous a confirmé. Nous commencerons par l'antimoine.
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C H A P I T R E III.
Contenant une Dissertation sur l'Antimoine.
U N célèbre Auteur de notre temps donne pour maxime que tout est dit, que nous ne faisons que glaner après nos anciens & les habiles modernes. Il a raison; ce que je vais dire au sujet de l'Antimoine n'est pas nouveau, je l'ai pris des meilleurs auteurs qui en ont traité; j'ai choisi entr'eux tous ceux qui l'ont fait avec le plus de modération, pour ne rien dire qui paroisse outré. L'Antimoine est composé d'un souffre minéral, en partie très-pur, de la nature de celui de l'or, qui est rouge & fixe. C'est dans le centre de ce souffre solaire que résident les merveilleuses qualités de l'Antimoine. L'autre partie de souffre est impur, pareil au souffre commun; c'est à
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de M. de Grimaldy 15
ce dernier souffre qu'on doit attribuer la
violence de ses effets, lorsqu'il n'est pas
bien corrigé, ou bien séparé.
Ce minéral est fait d'un mercure métallique abondant, indigeste, & fuligineux,
néanmoins plus cuit & plus coagulé
que le vif-argent, participant de la
nature du plomb. Le surplus est une substance
terrestre, qu'il tient de sa matrice,
qui contient fort peu de sel apparent,
quoique le sel l'ait produit le premier;
mais il est changé de nature à cause des
diverses altérations & des divers changements
qui se sont faits par la cuite &
par la digestion de son feu central.
Il est aisé de voir par ce que nous venons de dire de l'Antimoine & de ses parties
constituantes, qu'il n'est autre chose
que le composé, ou l'assemblage d'un sel
vitriolique, d'un souffre, & d'un mercure
de la nature du plomb.
Ainsi écartons toutes les fausses préventions que nous pourrions avoir sur cet
admirable minéral, & ne perdons pas de
vu, que lorsque les Anciens ou les Moderne
qui ont traité de l'Antimoine, l'ont
qualifié de poisson, ce ne peut être que
par la comparaison des simples préparations

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16 Oeuvres Posthumes
de l'Antimoine, qui ne sont pas assez corrigées, qui purgent & font vomir avec violence, avec celles qu'ils enseignent, qui n'ont aucun mauvais effet, au contraire fortifient la nature, & l'aident à chasser insensiblement ce qui est nuisible. Nous pouvons nous en rapporter à ce qui nous en est dit par le savant M. Zwelfer dans les remarques qu'il a faites sur la pharmacopée d'Ausbourg, & aux louanges qu'il donne à ce minéral, loin d'être de l'avis de ceux qui s'avisent par un effet de leur ignorance, de le blâmer sans restriction. Voici les propres termes que j'ai traduis. » Quoique le nom seul de l'Antimoine » donne si mal parmi certains ignorans » qui ne s'attachent qu'à décrier les plus » beaux de tous les arts, ensorte que si » quelqu'un ose seulement prononcer ce » nom, aussi-tôt ils le déclarent exclus du » corps des Médecins, & le mettent au » rang des empoisonneurs; cependant » comme ce jugement sur l'Antimoine ne » peut sortir que d'un cerveau lunatique, » & que ce ne sont que ceux qui n'ont » pas la moindre connaissance des choses » qui en pensent si mal, & qui s'attachent
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de M. de Grimaldy 17
» à le décrier; nullement détourné
» du droit chemin par les cris des
» chiens qui aboient contre cet astre, je ne
» rougis point d'assurer que l'Antimoine
» est véritablement une des bases, & même
» la principale colonne de la Médecine.
» Car l'on tire de l'Antimoine seul, comme
» d'un prothée, seulement par différentes
» préparations, différents remèdes
» très-salutaires à différentes maladies, &
» qui operent de différentes manieres.
» On en tire des remèdes anti-vénériens,
» des diaphoretiques, des purgatifs, des
» vomitifs doux, des remèdes qui purifient
» toute la masse du sang, des vulnéraires,
» des stomachiques; en un mot
» on en fait une véritable panacée, un
» remède universel. Nous pouvons encore
» assurer qu'il n'y a aucun vomitif
» tiré des végétaux qui soit moins violent,
» & moins dangéreux, que ceux que l'on
» tire de l'Antimoine bien préparé; car
» jamais il ne causera ni tranchées, ni convultions,
» ni évacuation excessive,
» quand même on boiroit de l'eau froide
» par dessus.
Le témoignage d'un si savant personnage doit nous suffire. Passons au choix

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18 Oeuvres Posthumes
de l'Antimoine, & aux diverses dénominations que lui ont données ceux qui en ont voulu cacher la préparation & les mystères, afin que cela serve pour l'intelligence de leurs énigmes, & pour l'explication de leurs hiéroglyphes. Les Philosophes Chimistes nous dépeignent ce minéral avec un caractère qui représente le monde avec la croix au- dessus, pour nous signifier que comme le mystère de la croix purifie & sauve l'âme de toutes ses souillures spirituelles, l'Antimoine, & ses remèdes bien & dûment préparés, purifient & délivrent le corps de toutes les impuretés qui causent & entretiennent les maladies qui l'affligent. Ils le nomment de plusieurs noms énigmatiques, comme le Loup, à cause qu'il consomme & dévore tous les métaux, à l'exception de l'or. D'autres l'ont nommé Prothée, parce qu'il reçoit toute sorte de formes, & qu'il se revêt de toutes les couleurs par le moyen du feu. D'autres l'appellent la racine des métaux, tant à cause qu'on en trouve proche leurs minières, qu'à cause qu'il y en a qui croient qu'il est la racine & le principe des métaux. On l'appelle encore Plomb
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de M. de Grimaldy 19
sacré, Plomb des Philosophes, & Plomb
des Sages, parce qu'il a quelque rapport
à la nature de Saturne qui dévorait ses
enfants comme il dévore les métaux, &
parce qu'il y en a qui le prennent pour le
sujet du grand oeuvre des Philosophes,
& de leur quintessence. Glauber nous
le décrit comme le premier être de l'or.
Tous les Auteurs, & entr'autres Mrs Le Febvre & Lemery, qui ont fait un
grand-nombre d'expériences sur ce minéral,
demeurent d'accord qu'il faut
choisir l'Antimoine de Hongrie, ou celui
de Transylvanie, parce qu'il est le plus pur,
& qu'il participe davantage de la nature
solaire, & qu'ainsi son souffre interne est
beaucoup plus exalté. Malgré cela ils
conviennent que celui d'Allemagne, &
celui de France sont bons, & qu'on
peut s'en servir efficacement.
Il serait trop long de déduire les épreuves qu'on peut faire pour le choix
du meilleur Antimoine; mais la plus sure
est celle à laquelle il faut s'arrêter, c'est
de préférer celui qui donnera le plus de
régule, & qui sera le plus net, parce que
le régule n'est rien autre chose qu'un Antimoine
bien purifié; à quoi nous ajouterons

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20 Oeuvres Posthumes
une chose très-importante qui sera la clôture de ce que nous avions à dire en particulier sur l'Antimoine. Il y a apparence que Paracelse n'entend par le mercure d'Antimoine autre chose que son régule bien préparé sans aucune diminution de son souffre solaire & central. Ainsi on doit nous savoir gré si nous sommes si exacts en cette opération, & l'on doit nous suivre scrupuleusement pied à pied dans la manipulation que nous enseigneront, & se servir d'un nitre bien purifié, pareil, s'il est possible, à celui que nous employons, dont nous devons la préparation à notre travail, & duquel nous nous servons avec succès pour la purification de nos matières. Nous parlerons de ce nitre, bien différent du nitre ordinaire, après que nous aurons parlé des métaux tant en général qu'en particulier.
pict

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de M. de Grimaldy 21
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C H A P I T R E IV.
Concernant les Métaux en général.
Q Uoique nous ayons déjà fait voir
qu'on pouvait tirer les meilleurs
remèdes des Minéraux, & des Métaux,
pourvu qu'on les purifie, cependant pour
ne laisser rien à désirer sur ce sujet, nous
établirons de plus en plus cette vérité en
donnant une idée de leur conformation.
Comme il ne se trouve que trop d'ignorants parmi ceux dont l'art & la profession
ne doivent être fondées que sur
la connaissance parfaite de la nature &
de ses productions, & que cette ignorance
produit le mépris qu'ils ont pour
les remèdes tirés des Métaux, & des Minéraux
qu'ils décrient, qu'ils annoncent
hautement comme dangereux, & dont ils
impriment la crainte dans l'esprit du public,
ne se fondant que sur les mauvaises
préparations que les Sophistes, les ignorants,
& les paresseux en font, nous sommes
obligés ici de tâcher de détruire une
telle prévention, si contraire au bien &

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22 Oeuvres Posthumes
au salut du genre humain; ce que nous ferons en découvrant la nature des Métaux, & des Minéraux; en faisant voir qu'ils tirent leur origine de la même source que les végétaux & les animaux mêmes; & qu'ils ne sont composés que des mêmes principes. Ainsi pour les rendre aussi propres que les végétaux & les animaux à entretenir la vie de l'homme, pour en tirer contre toute sorte de maladies des remèdes plus puissants & plus salutaires que ne sont ceux que l'on tire des animaux & des végétaux, il n'y a qu'à les purifier, rompre cette tissure roide & forte qu'ils ont contractée dans les entrailles de la terre, en séparer ce qu'il peut y avoir d'étranger & de nuisible, & digérer & cuire ce qu'ils ont de crû & d'indigeste. Il est certain & indubitable, que les Métaux, & les Minéraux quels qu'ils soient, sont formés par la nature de la même matière que le sont les végétaux & les animaux, de sorte que l'on n'y peut découvrir rien de plus que l'esprit universel du monde, le ciel, & les éléments, dont la nature composé toutes choses. Car elle n'a aucun autre réservoir, ou
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de M. de Grimaldy 23
magasin particulier, d'où elle puisse tirer
une matière singulière pour employer
dans la composition des Métaux, ou Minéraux.
Ainsi elle est obligée de faire tous
ses ouvrages, & de produire tous les différents
mixtes, de la même matière tirée
du même laboratoire, & dont toute la
différence ne vient que des différents
moyens, des différents vaisseaux, & des
différents instruments, dont elle se sert pour
faire ses ouvrages.
C'est pourquoi voyons & examinons quelle est la route que la nature tient inviolablement
dans la production des Métaux.
Chaque élément, suivant l'ordre que le suprême Dispensateur de toutes choses
établi dans la nature, jette de son pur
& parfait de l'un dans l'autre, le supérieur
dans l'inférieur; car l'on doit savoir
que dans les productions les semences
ne montent pas, mais qu'elles descendent.
Ainsi les cieux les plus élevés
répandent leurs influences, qui sont, pour
ainsi dire, leurs semences dans les cieux;
inférieurs, de sorte que ces semences,
ces vertus, ces influences descendent par
ordre des uns aux autres jusqu'au centre
de la terre.

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24 Oeuvres Posthumes
Là de toutes ces semences il se compose une certaine vapeur, qui ensuite se résout en liqueur ou eau, laquelle monte & descend par une circulation perpétuelle de la terre aux cieux, & par la se purifie, se sublime, & enfin se coagule en terre, qui étant encore continuellement arrosée de cette même liqueur dont elle a été formée, est purifiée de plus en plus, & lavée de toutes ses taches, jusqu'à ce qu'elle devienne très-blanche, très-pure & très-nette. C'est ce que les Philosophes appellent le souffre blanc incombustible. Cette terre blanche, pure, & parfaitement lavée par sa propre eau, comme nous venons de le dire, est enfermée dans des souterrains parfaitement purs & nets, où elle ne peut être gâtée ni altérée par aucun mélange de matière étrangère, ni en ayant aucune dans ce lieu secret, où par sa chaleur naturelle & centrale, & par celle des autres causes qui Influent, elle se cuit, & se fixe en Métal parfait, & pur argent. Que si par une plus longue & plus forte coction, cette terre de blanche qu'elle est, devient terre ou souffre rouge, & qu'elle soit aussi renfermée dans
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de M. de Grimaldy 25
des matrices pures & nettes, sans aucun
mélange de terres étrangères ou souffres
impurs, elle se cuit & se fixe encore
plus parfaitement que n'a fait le souffre
blanc, & forme le roi des métaux, l'or.
Ainsi l'or & l'argent ne différent que par
les degrés de cuisson & de fixation. Car
pour ce qui est de la pureté & de l'harmonie
des parties, elle est la même dans
les deux.
Il n'en est pas de même dans les métaux, que l'on appelle imparfaits; leur
harmonie est différente & discordante,
& les impuretés dont leurs parties sont
infectées les altèrent & les dégradent de
différentes manières.
Car quoiqu'ils soient formés de la même semence métallique que l'or & l'argent,
de cette eau formée de la vapeur
qui s'élève du pur des cieux, & des éléments
descendus au centre de la terre, cependant
comme cette eau qui, pour se
purifier, & pour s'empreindre de plus en
plus des vertus célestes & élémentaires,
circule continuellement de bas en haut,
& de haut eu bas, pour se coaguler enfin
en terre vierge, n'acquiert pas toujours
par ce mécanisme de la nature, la

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26 Oeuvres Posthumes
pureté où elle tend, & qu'au contraire elle y contracte souvent des impuretés par le mélange, & la jonction qu'elle reçoit, des parties grossières excrémenteuses des éléments qu'elle rencontre dans ses différentes ascensions & descentes, qu'elle se coagule souvent non en terre pure & nette blanche ou rouge, mais en terre noire & fétide, qui en cet état d'imperfection est renfermée dans des matrices impures où il se trouve déjà des souffres impurs & grossiers, terrestres, brûlés, & un sel altéré; que là se cuisant & se fixant sans se dégager, il se produit un métal imparfait, dont les qualités, les vertus, & la forme différent suivant la vertu de la planète dont l'influence prédomine, & suivant la qualité des souffres & des sels qui se sont trouvés dans le souterrain; comme aussi suivant le degré d'impureté de l'eau ou mercure qui s'est coagulé en terre noire; les métaux imparfaits sont très-différents entr'eux dans leurs compositions pour leurs degrés d'imperfection, & pour leurs vertus & qualités. Mais on peut par art non seulement imiter & aider la nature, mais même aller
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de M. de Grimaldy 27
en quelque sorte plus loin qu'elle. On
peut réveiller & fortifier ce petit feu minéral
suffoqué dans un corps grossier
le dépouiller des impuretés sulfureuses
combustibles, des terrestréités incapables
de coction, en nettoyant & lavant
le corps pur, & lui donnant à boire
une liqueur de sa nature, & à manger une
viande de sa substance; on peut multiplier
cet esprit & ce feu naturel par un
esprit & un feu semblable; enfin on peut
assembler & réunir les principes de la vie
& du règne minéral, & les rendre analogues
à notre nature & à nos principes
vitaux.
Quoique nous soyons vivement pénétrés de toutes ces choses, quoique nous
en sentions les véritables beautés, quoique
nous eussions un plaisir extrême à
les communiquer, cependant comme ce
n'est point ici un traité de métallique en
forme que nous donnons au Public, nous
croyons avoir suffisamment rempli l'objet
que nous nous étions proposé; c'est-
à-dire, avoir démontré quelle est l'origine
des métaux en général; que les imparfaits
sortent de la même source, ont la
même semence que les parfaits, & que

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28 Oeuvres Posthumes
par l'art, en dégageant les imparfaits du mélange impur qu'ils ont contracté dans leur formation, & dont la nature n'a pu seule les dégager, comme elle n'a pu vaincre les obstacles qui se sont opposés à sa première intention, on peut donner à ceux-ci la pureté requise, & rendre leur vertu & leur efficace pareille aux autres. Enfin il nous suffit de dire que les uns & les autres, les parfaits & les imparfaits, sont composés de la même matière, & ont les mêmes principes que les végétaux & les animaux; qu'ainsi ils sont du moins aussi propres à nourrir, à guérir, & conserver, & à prolonger la vie de l'homme. Ajoutons à cela succinctement les bonnes & mauvaises qualités, les propriétés, les vertus, de chacun de ces métaux en particulier, pour pouvoir rejeter les unes, & conserver les autres. Quoique nous ayons montré suffisamment quels sont les principes de l'or & de l'argent, il reste à faire voir quelles sont leurs vertus médicinales. L'or parfaitement préparé est le plus souverain confortatif de la nature, pour
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de M. de Grimaldy 29
toutes les parties essentielles du corps
humain, parce qu'ayant son humide radical
semblable au notre, ces deux humides
s'unissent, & se convertissent sur
le champ en une seule & même substance,
& que ses parties étant plus fortement
fixées, s'attachent par des liens plus
forts. Par là il résiste plus fortement à toutes
les altérations auxquelles notre nature
est exposée, & par conséquent il retarde
beaucoup la vieillesse, ses incommodités
& sa caducité; ainsi il prolonge nos
jours au-delà de ce que nous pouvons espérer,
en augmentant notre humide radical,
le fixant ou le coagulant, & le serrant
par des liens plus forts que ne sont
ceux de notre propre nature.
On peut le donner dans toutes sortes de maladies. Il convient à toutes, &
n'est contraire à aucune, parce que fortifiant
merveilleusement notre nature, elle
devient par son moyen assez puissante
pour se délivrer elle-même de tous ses
maux.
L'on tire de l'argent un remède souverain & infaillible contre toute sorte
d'épilepsie, soit récente, soit invétérée,
parce qu'il fortifie tellement le cerveau,

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30 Oeuvres Posthumes
& en multiplie tellement les esprits, qu'il en chasse & dissipe toutes les humeurs & vapeurs, tant celles qui y sont poussées des parties inférieures, que celles qui s'y sont amalgamées, & qui y séjournent. Par la même raison il doit guérir la manie, la lycanthropie, & toutes les affections mélancoliques, la frénésie, & le délire. Il doit produire le même effet en tout temps & dans toute sorte de maux de tête & de cerveau; car l'argent est, pour ainsi dire, le vrai & l'unique microcosme du cerveau. Il en d'un très-grand secours aux hectiques & phtisiques; il rétablit leurs forces mourantes, il leur rend même leur première santé, sur-tout si on y joint quelques gouttes de quintessence d'or, & qu'on en prenne deux fois la semaine, le matin à jeun dans un peu d'eau de cannelle, ou de mélisse; le tout mêlé dans un bon bouillon.
pict

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de M. de Grimaldy 31
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C H A P I T R E V.
Contenant une Dissertation particulière sur chaque Métal imparfait.
L'Eau minérale empreinte des semences
astrales, & élémentaires,
venant à se coaguler en souffre rouge,
par la force de la chaleur qu'elle a eue
dans ses circulations, & n'ayant pas cependant
encore déposé toutes ses crasses,
& hétérogénéités, est enfermée dans des
souterrains, ou matrices impures, où il
se trouvait déjà beaucoup de souffre
rouge impur, & brûlé. Là l'eau minérale
congelée en terre ou souffre rouge,
se mêle, & s'incorpore, avec celui
qu'elle trouve dans la matrice, ils se cuisent
& se coagulent ensemble; ils ne peuvent
pourtant pas acquérir une fixation
parfaite, parce que les excréments, ou
parties hétérogènes, qui sont mêlées
avec les parties pures, empêchent le


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32 Oeuvres Posthumes
contact immédiat de celles-ci, & par conséquent leur union, d'où dépend la fixation. Ainsi se forme le métal imparfait appelé Cuivre, que les Chimistes nomment Venus, parce que c'est la planète de ce nom qui dans le temps de la production de ce métal, influe le plus, & y répand ses esprits, ou rayons, plus fortement & plus abondamment que les autres planètes, & qui par là lui communique ses vertus, & ses qualités particulières. Le Cuivre est le métal le moins imparfait des métaux imparfaits, ayant en soi une assez juste proportion des principes naturels, & ne pêchant que par la qualité brûlée d'une partie de son souffre, & par le mélange de quelque hétérogénéités, qui empêchent l'union, & la fixation de ses parties pures. Vertus du Le Cuivre nous donne des remèdes Cuivre, ou excellents pour guérir une infinité de maladies Venus. les plus fâcheuses. Il n'y a aucune mauvaise affection de cerveau qui ne lui cède aisément. Il guérit toute sorte de fièvres continues, ou intermittentes, parce qu'il purifie le sang par les voies critiques; qu'il
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de M. de Grimaldy 33
empêche la corruption, & chasse celle
qu'il trouve; qu'il fortifie tous les viscères,
& augmente la chaleur naturelle.
Il guérit toutes les maladies de la peau, galle, tigne, dartres vives, & invétérées,
même la lèpre; il consolide,
& donne une louable cicatrisation à toutes
blessures, & à tous ulcères, anciens,
récents, & cela par la seule application
extérieure, parce qu'il tempère, & qu'il
adoucit par l'exubérance de la douceur
vitale de son sel; toute l'âcreté mordicante
que la corruption a introduite dans
le sel de notre corps.
Il guérit toutes douleurs, & accidents de goutte, de sciatique, de rhumatisme.
Toutes les affections des muscles, ou des
nerfs cèdent à sa force, & son efficacité.
Il dissout, & chasse par son sel & son esprit,
les parties tartareuses, & mucilagineuses
qui sont arrêtées dans les articulations.
Il ramollit toutes les tumeurs dures, & squirreuses, &c. Mais il serait trop
long de rapporter ici toutes les propriétés,
& tous les avantages que la Médecine
peut tirer du Cuivre préparé philosophiquement.
Qu'il nous suffise donc


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34 Oeuvres Posthumes
de dire en un mot que l'on en tire les plus grands secours pour toute sorte de maladies.
Du Fer.
Le Fer est le métal le plus impur, & le plus imparfait dans sa composition, quoiqu'il soit le plus utile, & le plus nécessaire, pour le travail, & pour l'usage de la société civile. Il a même des vertus, & des qualités excellentes, pour servir d'agent, ou d'instrument, dans les ouvrages de la nature. Ce métal n'est presque composé que d'un souffre impur, rouge, brûlé, desséché, & dénué presque de toute humidité radicale, & d'un mercure aussi impur; l'un, & l'autre mêlé avec beaucoup de terre féculente, ou limon trouvé dans le lieu qui lui a servi de matrice, & où il a été fixé en métal. Ce souffre impur brûlé, & ce mercure impur dont il est composé, sont les crasses que l'eau minérale, en se purifiant pour se coaguler en souffre pur, blanc, ou rouge, a déposées, où par conséquent il reste très-peu de bon, & de pur. Il y en a pourtant, & du meilleur; mais il est très-difficile à extraire , & l'extraction
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de M. de Grimaldy 35
demande beaucoup de travail, & d'attention,
à cause de sa petite quantité.
Si vous prétendez donc vous servir de ces souffres grossiers, & terrestres,
rouges, combustibles, & fétides, que
l'on tire du Fer par les opérations vulgaires,
vous n'en ferez rien de bon, &
de vrai; mais si, séparant ces souffres
grossiers, & fétides, vous en tirez une
liqueur d'un beau rouge, clair, & brillant,
& dont vous vous servirez pour
tirer de son centre un sel pur, qui y est
caché, vous en pourrez tirer des usages
merveilleux, & surprenants, tant pour la
perfection de métaux, que pour la guérison
des maladies humaines, comme vous
dit, & vous enseigne Raymond Lulle.
Le défaut de mercure, ou d'humide radical,
& le mélange de limon, ou terre
impure, rend ce métal de très-difficile
fusion.
La planète de Mars, qui influe, & qui préside à la formation de ce métal,
lui communique ses vertus, & augmente
la qualité chaude dont son souffre est
brûlé, & presque entièrement desséché. Vertu du Les remèdes qu'on tire du Fer ne sont Fer, ou ni moins puissants, ni moins étendus que Mars.
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36 Oeuvres Posthumes
ceux que l'on tire du Cuivre. Son essence est un baume des plus merveilleux pour guérir toutes sortes d'ulcères, tant anciens que récents, & pour consolider toute sorte de blessure; car il resserre, & coagule très-puissamment; il dissout les humeurs corrosives, & change leur nature; il empêche par son sel fixe, la pourriture des parties, & y rappelle un sang pur, & des esprits en abondance. Il arrête par les mêmes raisons toute sorte de flux de ventre, & dysenterie, & particulièrement parce que par sa vertu astringente, il fortifie le ventricule, & augmente la chaleur naturelle. Il arrête aussi le flux hépatique, parce que lorsqu'il parvient aux orifices relâchés des veines du mésentère, il les resserre par la qualité astringente, & les laisse dans la proportion de la nature. Il n'est pas moins efficace pour arrêter par la même raison les pertes, & flux immodérés des femmes, de quelque nature qu'ils soient. Il fortifie leurs parties faibles, il soutient celles qui sont relâchées, & les empêche de descendre, & de couler en resserrant l'orifice de l'utérus.
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de M. de Grimaldy 37
Pour les guérisons des gonorrhées, quelles qu'elles soient, ou vénériennes,
ou autres, l'on peut dire que c'est un remède
infaillible, par la raison qu'il fortifie
merveilleusement le foie , en multipliant
les esprits, & en dégageant le
sang de toute humeur visqueuse & corrompue.

De L'Etain.
L'Etain, qu'il a plu aux Philosophes d'appeler Jupiter, parce que cette planète
influe plus fortement qu'aucune autre
dans le temps de la formation de ce
métal, & qu'elle lui communique toutes
ses vertus, & qualités, qui sont des plus
puissantes, & des plus bienfaisantes; L'Etain,
dis-je, se forme d'un souffre blanc,
& d'un mercure blanc, l'un, & l'autre
crû, & indigeste, infectés par quelque
peu d'excréments limoneux & onctueux;
ce qui empêche la digestion, & la coction
de ses principes; en sorte que le mercure,
ou l'humide radical, demeure
encore plus crû, & plus indigeste que
le souffre, parce que les poids de nature
manquant entre les deux principes, celui
du mercure excède celui du souffre.

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38 Oeuvres Posthumes
C'est du mélange de ces excréments, & de la crudité, & indigestion du mercure, que vient ce qu'on appelle cri dans l'Etain; sa trop légère fixation, & sa fusion trop prompte au feu, viennent de la surabondance de ce mercure. Vertus de L'on tire de l'Etain des remèdes excellents l'Etain, ou pour la guérison des maladies. On Jupiter. en tire aussi des secrets merveilleux pour la perfection de tous les ouvrages de la nature, que l'on ne saurait guère atteindre sans le secours de ce métal. Sa préparation dissout la pierre dans les reins, & dans la vessie, guérit radicalement toute sorte de coliques, toutes suffocations de matrice, toute sorte d'ulcères, même la gangrene; elle opère jusqu'à la guérison parfaite de la fièvre hectique, par son humide radical très-homogène, & semblable au nôtre, qui le répare parfaitement, & lui redonne aisément ses forces, & sa vigueur; Il délivre le sang de tous les sels acres, mordicants, & caustiques qui le corrompent, & le consomment. Il ne faut pas se flatter que l'on puisse jamais tirer de ce métal ces merveilleux & divins remèdes par les préparations
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de M. de Grimaldy 39
vulgaires; il faut, pour les extraire,
purifier parfaitement ses principes,
ce qui ne se peut faire qu'en les décomposant,
& les remettant dans leur simplicité
primordiale, telle qu'ils l'avaient avant
qu'ils fussent mêlés, & infectés par les
excréments qui s'y sont joints, après quoi
il n'y aura qu'à les cuire, & les fixer,
jusqu'au degré de la fixation solaire.
Qu'on travaille donc, & qu'on s'attache à trouver dans la nature les moyens
de parvenir à cette préparation. On les
trouvera si l'on emploie un travail assidu,
& une étude fondée sur les vrais principes
naturels; alors on verra avec joie que les
maux les plus cruels, & les maladies les
plus opiniâtres, cesseront de se moquer
des remèdes.
Mais si l'on croit faire des préparations utiles, & salutaires de ce métal,
ainsi que des autres, par d'autres voies
que par celles que nous venons d'indiquer,
l'on se trompe grossièrement, &
les pauvres malades sont abusés.

Du Plomb.
Le Plomb, ou Saturne, est un métal très-imparfait, quoiqu'il renferme


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40 Oeuvres Posthumes
dans son centre une certaine quantité de ce qu'il y a de meilleur, & de plus parfait dans la nature, je veux dire une portion de mercure, ou de l'humide pur, & une portion de souffre blanc, aussi très- pur; mais ces parties pures sont mélangées de tant d'impuretés, que la nature les ayant ainsi renfermées dans des concavités de rochers bien compactes, & bien serrés, avant que d'avoir fait la séparation de ces impuretés, le tout ensemble, circulant dans ce lieu, se cuit, & se fixe, quoique très-imparfaitement, en une espèce de terre grasse, & visqueuse, qui devient ensuite terre sèche, aride, & pesante. C'est ce que nous appelons Mine de Plomb, & dont par l'action du feu extérieur, l'on tire en grande quantité par la fusion, le métal nommé Plomb, & ordinairement en même-temps un peu d'argent pur. Il y a des mines de Plomb beaucoup plus riches les unes que les autres. Il y en a où l'on voit à l'oeil comme des étincelles blanches, & brillantes, éparses ça & là sur la mine, ou sur sa cendre. Si alors on refermait bien exactement le
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de M. de Grimaldy 41
trou du rocher par lequel on a fait l'ouverture
de la mine, en sorte qu'aucun
air ne put entrer, ni les esprits métalliques
en sortir, & qu'on laissât ainsi
cette mine sans l'ouvrir pendant un bon
nombre d'années, cent ans ou environ,
l'on trouverait alors au lieu d'une mine
de Plomb, une mine d'argent très-pur,
& parfait, parce que la nature aurait
achevé son ouvrage en séparant les impuretés,
desséchant les aquosités, & cuisant
les crudités, par la vertu de son feu
central, & par l'action, & la circulation
continuelle de son mercure pur.
Cette mine par une très-longue succession de temps, de mine d'argent, deviendrait
mine d'or.
Quelques Philosophes ont écrit que le Plomb n'était autre chose qu'un or
lépreux, infecté, & corrompu; ce qui ne
doit point se prendre à la lettre, comme
si le Plomb, dans sa nature de Plomb, contenait
réellement de l'or, ou un souffre
rouge pur, comme il contient un souffre
blanc pur, qui est réellement argent;
mais l'on doit entendre la pensée de ces
Philosophes dans ce sens, que le Plomb
contient en soi une portion très-épurée

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42 Oeuvres Posthumes
de souffre parfait, qui, de blanc qu'il est encore, deviendrait rouge par une coction continuée. Ces impuretés, dont nous dirons que le Plomb est rempli, sont humides, froides, & sèches, terrestres, crues, & indigestes. La surabondance de cette aquosité froide, empêche ce métal de pouvoir se cuire, & se fixer, jusqu'à ce que par un très-long espace de temps, l'humidité surabondante soit dissipée par la chaleur du souffre, & que les excréments terrestres soient séparés par une longue, & continuelle circulation, du vrai mercure, ou eau minérale. Aussi peut-on dire que le Plomb n'est qu'une semence métallique impure, simplement coagulée. Delà vient la facilité de sa fusion au feu. Vertus du Le Médecin habile peut tirer du Plomb Plomb, ou les mêmes remèdes que nous avons dit Saturne. que l'on tire de l'Etain, quoique d'une vertu un peu moindre, à cause de l'influence de Saturne, qui est moins favorable que celle de Jupiter; mais il faut travailler sur les mêmes principes, & suivre les mêmes voies que celles que nous avons indiquées pour l'Etain; autrement les secours que l'on en tirera seront des
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