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Réfer. : HS0809
Auteur : J. Garcia Font.
Titre : Histoire de l'Alchimie en Espagne.
S/titre : Traduit de l'espagnol par A. Vieillard-Baron,
Préface d'Etienne Perot.
Editeur : Dervy-Livres. Paris.
Date éd. : 1980 .




**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
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**** A T T E N T I O N ****



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HISTOIRE DE L'ALCHIMIE EN ESPAGNE
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DANS LA MEME COLLECTION « HISTOIRE ET TRADITION »
Essai pour une philosophie ésotérique de l'histoire, par Pierre GUERIN.
Introduction au Zohar, par Maurice GRINBERG.
Les dix commandements, présentés par Maurice GRINBERG. Préface de Jean
CARMIGNAC, prêtre. L'homme et l'Absolu selon la Kabbale, par Léo SCHAYA.
Visage du druidisme, par André SAVORET.
Le grand siècle de la Franc-Maçonnerie, par le Docteur Albert LADRET.
Anthologie de la poésie hermétique, par Claude d'YGE.
L'ère du Verseau, par Paul LE COUR.
Terre du Dauphin et grand oeuvre solaire, par Guy BEATRICE et Séverin
BATFROI. Manuel maçonnique ou TUILEUR des divers rites de Maçonnerie pratiqués
en France. Reproduction de l'édition de 1830 par Vuillaume. Préface de Jean TOURNIAC. Psychanalyse de l'initiation maçonnique. Nouvelle édition revue et augmentée,
par Eliane BRAULT. De l'initiation maçonnique à l'orthodoxie chrétienne, par Yves MARSAUDON.
Oswald Wirth, par Jean BAYLOT.
Les nombres magiques nucléaires, clé de la Kabbale. Suivi de: Le Yi-King,
base du code génétique, par Léo Georges BARRY. Préface de Raymond ABELLIO. La montée vers l'Orient, par Edmond DELCAMP.
Deux clefs initiatiques de la légende dorée: La Kabbale et le Yi-King, par
Pierre STABLE. Le cycle de l'humanité adamique, par Jean PHAURE.
Le sens magique et alchimique du Kalevala, par Renée-Paule GUILLOT,
traduction de Jean-Louis PERRET. La symbolique chinoise, par Jean MAROLLEAU.
La symbolique maçonnique, par Jules BOUCHER.
La Franc-Maçonnerie et l'émancipation des femmes, par Eliane BRAULT.
Pour comprendre la Kabbale, par A.-D. GRAD.
Principes et problèmes spirituels du rite écossais rectifié, et de sa chevalerie
templière, par Jean TOURNIAC. Vie et perspective de la Franc-Maçonnerie, par Jean TOURNIAC.
Principes de la médecine selon la tradition, par Gilles ANDRES.
Nouvelle Assemblée des Philosophes Chymiques. Aperçus sur le Grand
Oeuvre des Alchimistes, par Claude d'YGE. Préface d'Eugène CANSELIET. L'ordre et les obédiences, par Marius LEPAGE.
La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, par Oswald WIRTH.
Les mystères de l'art royal, par Oswald WIRTH.
Manuel Maçonnique du Rite Ecossais Ancien et Accepté, par Roger BONGARD.
Maçonnerie et Astrologie, par E. BRUNET.

OUVRAGES DE PAUL NAUDON
La tradition et la connaissance primordiale dans la spiritualité de l'Occident,
Les Silènes de Rabelais. Les loges de Saint-Jean.
La Franc-Maçonnerie chrétienne. La tradition opérative, l'Arche Royale de
Jérusalem. Le Rite Ecossais rectifié. Histoire, rituels et tuileur des hauts grades maçonniques. Le Rite Ecossais
Ancien et Accepté. Les origines religieuses et corporatives de la Franc-Maçonnerie.
La Franc-Maçonnerie et le Divin.
L'humanisme maçonnique. Essai sur l'existentialisme initiatique.

HORS COLLECTION:
Travaux de la Loge de recherches de Villard de Honnecourt, tomes XII,
XIII et XIV.
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Collection « Histoire et Tradition »

J. Garcia Font

H I S T O I R E
D E l'A L C H I M I E
E N E S P A G N E

Traduit de l'espagnol par A. VIEILLARD-BARON Préface d'Etienne Perrot
pict
DERVY-LIVRES 6, rue de Savoie 75006 PARIS
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(C) Garcia Font, 1976. Editora Nacional-Madrid
(C) Dervy-Livres 1980. Paris, pour les pays de langue française
ISBN 2-85076-109-5
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PREFACE

La chaîne d'or et le fil rouge
Les pensées ne sont pas des abstractions sans racines. Ce sont des fleurs qui s'épanouissent sur certains sols, et l'on peut
leur appliquer la parole de la Table d'Emeraude à propos de la
Pierre: « La terre est sa nourrice. » Comment ne pas être frappé
par le fait que l'alchimie hispanique ait trouvé son historien en
Catalogne, cette contrée ardente encore habitée par l'esprit de
Raymond Lulle, le « docteur illuminé » de Majorque? Sans
rien sacrifier de la rigueur critique, l'ouvrage que j'ai l'honneur
de présenter traduit chez son auteur une préoccupation manifestée
dès le premier titre: « La question et son secret. » Et ce
n'est sans doute pas pour rien que le tableau de huit siècles de
recherche alchimique se clôt de façon inattendue par l'évocation
d'un « spagiriste du XXe siècle ». Il s'agit d'Antonio de Paula
Novellas y Roig, membre de l'Académie Royale de Médecine de
Barcelone, qui, en 1944, prononçait publiquement l'éloge de la
thériaque, ce remède presque aussi fameux que la panacée,
« devant une assemblée savante présidée par le Gouverneur
[de la province], en présence de toutes les autorités ecclésiastiques,
militaires, civiles et académiques ».
Juan Garcia Font a respiré dans sa ville le mystérieux parfum hermétique, parfum aussi envoûtant, aussi impérieux que
celui d'une Bien-Aimée fugitive, et cette invite l'a fait entrer à son
tour dans le labyrinthe au centre duquel se trouve -- et s'évanouit
-- la Pierre non-Pierre des anciens sages.
Il est significatif que cette Histoire de l'Alchimie en Espagne succède, dans son oeuvre, à une Histoire de la Science, publiée en
1964. On ne peut s'empêcher de penser à Marcelin Berthelot
gloire de notre IIIe République laïque et rationaliste, qui, parvenu
au faîte des honneurs, avait employé ses soins et ses relations
politiques à scruter « l'ancien secret », en tirant les manuscrits
des vieux alchimistes grecs de leur sommeil séculaire aux bibliothèques
de Venise et de l'Escurial.

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8 HISTOIRE DE L'ALCHIMIE EN ESPAGNE
La vision de M. Garcia Font est toutefois bien plus pénétrante
que celle de l'illustre chimiste français. Sans doute est-ce
une question d'époque -- la fission nucléaire n'a-t-elle pas anéanti
le matérialisme des savants d'hier? -- et aussi de discipline: un
esprit orienté vers la pensée médiévale, comme c'est le cas de
l'auteur, est en effet infiniment plus proche de l'univers alchimique
que celui d'un « scientifique » au sens moderne du terme,
car il est apte à faire sienne une vision unitaire du monde, où la
matière est le reflet et le lieu de manifestation de l'esprit divin.
A travers ses portraits d'alchimistes et ses analyses de leurs ouvrages, on ne cesse de voir l'homme présent derrière l'historien,
s'efforçant de faire revivre ces disparus, comme un nécromancien
évoque des fantômes pour leur arracher leur secret: « Quel
aiguillon vous poussait? Quel fruit avez-vous cueilli de vos
travaux? Quelle sagesse avez-vous extraite de tant de folies? »
Cette interrogation, insistante autant qu'elle est discrète et pudique,
fait à nos yeux le prix de son livre. Les anciens adeptes,
devançant en cela nos physiciens nucléaires, répétaient que l'art
chimique nécessite l'engagement de l'artisan (ars totum requirit
hominem). L'auteur, épousant étroitement son sujet, y entraîne
subtilement le lecteur de bonne volonté et fait naître en lui
l'écho de sa propre quête. Telle est la manière dont « la chaîne
d'or d'Hermès », lumière de conscience naissant du sein de
« la matière ténébreuse », et le « fil rouge » de la passion qui
entraîne, comme à son insu, le chercheur vers l'inconnu, réapparaissent
constamment au détour de ces pages, malgré les exigences
nécessairement pesantes de l'information érudite. Ils équivalent
au « van » des anciens mystères (mystica vannus Iacchi) et
permettent de faire le tri, dans cette longue galerie de chercheurs
d'or, entre la troupe des esprits grossiers fascinés par
l'apparence et le petit nombre rendu capable, à force d'épreuves,
d'entrer au plus profond du sanctuaire pour y contempler, au
coeur de la nuit, « le soleil terrestre ».
Moyennant que le lecteur ne se perde pas dans « la multiplicité des mots et des matières » dénoncée comme un piège
par un vieil alchimiste, le récit de cette millénaire aventure à
la poursuite d'un rêve à la figure de chimère le fera progressivement
quitter les rivages rassurants de son univers rationnel et
s'embarquer pour la navigation sur « l'océan des sages », avec
pour seul repère une étoile évanescente comme celui des Mages
mais, comme elle, témoin assuré du « petit roi de gloire », de
« l'enfant des philosophes ».
Tous les chemins mènent à Rome. En alchimie, ce qui doit compter pour l'aspirant sincère, ce n'est pas une vision claire
du but et des étapes y conduisant. Il importe, bien au contraire,

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INTRODUCTION
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La question et son secret
Quelle était la question que les alchimistes posaient à la réalité?... Quelle réponse espéraient-ils trouver entre les fumées,
les coctions et les distillations?... Trouver leur secret ne va pas
être une tâche facile.
Nous nous demanderons ici ce que peut être l'alchimie. Et la réponse, comme il fallait s'y attendre, ne saurait être une
définition à l'emporte-pièce... Elle doit être une aventure.
Il n'y a pas de définition de l'alchimie. Celle que pourrait offrir une encyclopédie volumineuse, ou même un traité
sur cette matière, risque de nous laisser entièrement sur notre
faim en ce qui concerne la substance même du problème.
Il se pourrait qu'une définition élaborée, ou un exposé documenté, ne parviennent même pas à effleurer la « grande
question ». Pire encore: ils pourraient nous éloigner de l'aspect
le plus vivant, le plus dynamique, le plus intéressant de l'affaire.
Une fois de plus, la lettre aurait tué l'esprit.
Si l'on consulte un ouvrage traitant spécifiquement de ce « genre de choses », par exemple le Dictionnaire
des Sciences Occultes et Répertoire Universel (1848) de l'abbé
Migne. On cherche « Alchimie », et on ne trouve pratiquement
rien. Cet article escamote toute définition et nous renvoie à
l'article « Pierre philosophale ». Ce n'est pas rien. D'emblée,
le nouvel article nous avertit: « On regarde la pierre philosophale
comme une chimère... (a). » Bon début! Ensuite l'article
nous fournit, sur le mode ironique, une série de faits. Il nous
présente une véritable galerie de fripons, de bateleurs et d'escrocs.
Un seul cas de « bonne foi » s'achève de manière désastreuse:
exemple édifiant de recherche inutile et de saine mise en garde
contre les chemins qui conduisent à des régions insolites.
Il faut reconnaître, malgré tout, que l'article en question décrit un certain processus alchimique, qui se trouve dans le
Traité de chimie philosophique et hermétique enrichi des opérations
les plus curieuses de l'art. Il s'agit d'un ouvrage imprimé
à Paris, en 1725, sans nom d'auteur. Mais l'article du Répertoire
de Migne, au lieu d'éclairer, paraît se complaire à souligner la
confusion que peut revêtir la « grande question » dans certains
contextes.

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(a) En français dans le texte.
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18 HISTOIRE DE L'ALCHIMIE EN ESPAGNE
En Occident, il existe, parallèlement à la tentation alchimique, une tradition « classique » de critiques de l'« art
d'Hermès ». Peut-être son origine doit-elle être cherchée dans
les dispositions des magistrats romains contre ceux qui prétendaient
obtenir des métaux nobles à partir des impurs...
Nous estimons que le moment est venu de prêter attention à certains phénomènes historiques sans sacrifier aux conventionnalismes
de « bon ton ». Un effort de compréhension, une attitude
positive, doivent nous permettre d'interroger, afin d'obtenir
le fruit désiré, sans tomber dans les moqueries ou les préjugés.
De toute façon, nous tiendrons compte des railleries et des
critiques passées, car, parfois, au lieu de dissimuler elles permettent
d'entrevoir...
Il semble que déjà Pline, dans son Histoire Naturelle, fasse allusion aux phénomènes alchimiques sous le nom de « magie »;
et Carbonelli -- qui a établi des parallèles entre les noms fournis
par Pline et ceux qui figurent dans certains manuscrits alchimiques
-- signale qu'à ce sujet le naturaliste de Côme suit l'opinion
des juristes et dirigeants romains, qui considéraient ces pratiques
comme frauduleuses.
Dans la version française de l'ouvrage du sieur Davissone, Les Eléments de la philosophie de l'Art du Feu ou Chemie (1651),
on insiste aussi sur l'attitude négative des Romains à l'égard de
ce savoir ou de cette pratique; mais, ici, on indique que semblable
attitude n'était pas due à l'aspect trompeur de l'art, mais
bien au contraire au fait que « cette science enfin a été cultivée
après la venue de Notre Seigneur par les Egyptiens, qui étaient
en réputation d'avoir amassé des Trésors inépuisables, par le
moyen desquels ils se défendaient, & se révoltaient souvent
contre l'Empire Romain. Ce qui obligea Dioclétien (à ce que
dit Suidas) de faire brûler tous les Livres Chimiques ou Egyptiens
transmutatoires, afin qu'étant privés de leurs secrets, ils
se tinssent dans l'obéissance Romaine... (b) ».
C'était donc presque une obligation pour le spécialiste, dès le début et selon les anciens auteurs, de s'en prendre à l'art
d'Hermès en soulignant son aspect trompeur; aspect qui, par
ailleurs, se voyait confirmé par le fait qu'il y a toujours eu des
gens prétendant faire passer pour de l'or ce qui n'en est pas.
Dans la tradition littéraire de l'Occident, il ne peut échapper au chercheur que Dante, au chant XXIX de l'Enfer, rapporte
qu'il a rencontré les âmes damnées de Griffolino d'Arezzo et de
Cappocchio de Sienne, tous deux alchimistes. Le premier confesse
qu'il se trouve dans cette triste situation à cause de « l'alchimia

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(b) En français dans le texte.
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INTRODUCTION 19
che nel mondo usai » Le second confesse sans réticence qu'il a
adultéré les métaux au moyen de l'alchimie.
Pétrarque, dans son De remediis utriusque fortunae parle de l'alchimiste comme d'un être qui espère obtenir autre chose
que fumée, cendre, sueur, soupirs, paroles, duperies et opprobres...
bien qu'au bout du compte, c'est tout ce que ses travaux
lui offriront. L'écho de ce sarcasme se retrouve dans les critiques
que Quevedo adressera plaisamment aux alchimistes.


Le terme « alchimie »
D'aucuns assurent que le terme « alchimie » vient du mot « Chema », qui ne serait rien de moins que le titre d'un livre
que les anges, déchus parce qu'ils avaient aimé « les filles des
hommes », donnèrent à celles-ci pour qu'elles apprennent des
métiers tels que le tissage, la teinture, l'orfèvrerie et la fonte
de l'or et de l'argent.
D'autres textes disent que les anges donnèrent à Caïn le livre de l'art aurifique et que, pour cela, notre terme viendrait
du nom du fils d'Adam.
Les Grecs l'appelèrent science sacrée (epistèmè hiera) ou art divin (teknè theia). Dans le Lexique de Suidas, on trouve
déjà le mot « chemeia », dont l'étymologie paraît dériver de
« cheo », fondre.
Un commentaire indique que les Argonautes n'emportèrent pas réellement avec eux une toison d'or, mais le secret, écrit sur
une peau de mouton, de la fabrication du noble métal.
Dans le traité Héraclius empereur sur la chimie à Modestus préfet de la Ville Sainte, qui peut remonter au Xe siècle, on
trouve une seule fois l'expression « alchimie ».
Certains textes alchimiques du XIIIe siècle font allusion à un monarque du nom d'Alchimius, qui traduisit en latin les
textes hébreux contenant l'enseignement de l'art, et c'est de lui
que viendrait le nom de l'art fameux.
Dans le traité connu sous le titre de Liber Laureatus, est exposé ce qui suit: « Etant donné qu'Alchimius fut le nom
de celui qui écrivit pour la première fois sur cette science, on a
appelé ce savoir Alchimie, ce qui signifie la même chose que
massa (matière, substance) en langue latine. »
Francisco del Rosal, dans son ouvrage Origen y ethymologia de todos los vocablos de la lengua castellana (1601), dira, à
propos de l'alchimie: « Ce n'est pas un métal, mais c'est un
art par le moyen duquel les métaux se transforment en d'autres,
soit véritablement, soit en apparence. De sorte que nous appellerons

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20 HISTOIRE DE L'ALCHIMIE EN ESPAGNE
or ou argent d'alchimie, l'or ou l'argent faux ou contrefaits. »
Sebastián de Covarrubias, dans son Tesoro (1611) nous dira: « Alchimie, bien qu'elle possède l'article arabe, est un
nom grec et semble provenir du verbe "chimo", je fonds, à
cause de la fusion. »
Diego de Urrea penche pour l'origine arabe du mot et signale qu'il équivaut à « quantité », car l'alchimie consiste à
multiplier au moyen de la pierre philosophale, c'est-à-dire au
moyen d'« augmentation »...
Dès les origines, l'énigme est là. Et le terme envoûte; en effet, qu'on le veuille ou non, il dissimule une secrète ambition, un
rêve inavoué, intimement lié au symbolisme de l'or, aux possibilités
que l'homme s'accorde à lui-même...


Différentes possibilités d'interprétation
L'alchimie est un message chiffré. Dans ce cas, il convient de rechercher quelle clef permet de le déchiffrer. Mais attention!...
N'est-il pas aventureux de partir à la recherche de cette
clef?... Et s'il n'y avait pas de clef?
Avant tout, nous allons considérer posément quelques perspectives d'interprétation et d'étude du phénomène.

1° -- L'alchimie comme expérience créatrice. L'alchimie pourrait bien être une tradition consistant seulement à proposer des énigmes sans solution préétablie. Dans
chaque cas, le sens final devrait être saisi exclusivement par
l'« adepte », et nous employons ici ce terme dans l'acception
que lui ont donnée les alchimistes, c'est-à-dire celui qui avait
réalisé la pierre. Dans cette hypothèse, adepte serait celui qui
parvenait à conférer un sens au non-sens.
L'alchimie apparaîtrait alors comme un ensemble d'incitations proposées à la libre création de celui qui serait parvenu à approfondir
suffisamment le matériel énigmatique. Le fait qu'elle se
présente comme une tradition secrète serait en quelque sorte
un facteur de prestige, de suggestion, à partir duquel l'artifex
réaliserait son « oeuvre ».
Dans ce cas, la similitude des incitations, qui caractériserait le langage alchimique, donnerait une certaine unité aux documents;
mais la phase ultime correspondrait exclusivement à celui qui se
serait aventuré dans le labyrinthe touffu d'images invitant et,
simultanément, s'opposant énigmatiquement aux efforts d'interprétation.

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INTRODUCTION 21
2° -- L'alchimie comme phénomène de transmission. On pourrait aussi considérer l'alchimie comme un phénomène de simple transmission. Sa portée se réduirait alors au transfert
d'un héritage constitué par certains produits culturels. Celui
qui participe au processus se limiterait à recevoir pieusement, à
enregistrer plus ou moins fidèlement, et à ouvrir une nouvelle
voie de retransmission. Il est certain que bien des centons de
formules alchimiques semblent n'être que des cahiers de collectionneur.
A côté de la « grande » littérature, surgit ce type d'ouvrages
dépourvus de structure, élaborés par simple juxtaposition,
qui passaient de main en main. Ils trahissent un aspect indiscutablement
pauvre au sein de la luxuriante production alchimique.
Et pourtant, ils mettent en évidence un mécanisme qui peut expliquer
certains aspects intéressants du phénomène.
Tel auteur, familier des problèmes de la littérature médiévale, a soutenu que la plupart des éléments figurant dans cette
littérature sont des lieux communs rhétoriques. L'affirmation
pourra paraître exagérée. Mais il faut se poser la question: l'alchimie
ne serait-elle qu'une tradition qui serpenterait à travers
les siècles sous la forme d'une simple collection de clichés d'une
certaine littérature?
Thomas R. Hart a étudié la fonction que remplit l'allégorie dans la littérature médiévale. Cet auteur a souligné l'importance
de la relation existant entre la manière de présenter et l'intention
qui se cache derrière elle. La dualité cortex-nucleus, c'est-à-
dire « coquille-amande », est une image constante du monde
allégorique. Le fait d'attirer l'attention sur une signification plus
profonde -- que celle-ci existe ou non -- est très fréquent dans ce
florilège de symboles que fut le Moyen Age. La coquille ou enveloppe
superficielle ne devait pas empêcher le lecteur de savourer
le nucleus qui se cachait comme une promesse. Cette comparaison
apparaît comme une constante littéraire chez divers auteurs d'époques
et de latitudes variées. Berceo (c) dira sentencieusement:
Messeigneurs et amis, ce que nous avons dit Est parole obscure, nous voulons l'expliquer: Enlevons l'écorce, parvenons à la moelle Saisissons l'intérieur, jetons l'extérieur. Et il ne s'agit pas seulement d'absoudre des libertés d'expression sous prétexte d'instruction morale. Cette amande, et aussi

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(c) Berceo, Gonzalo de: Né en 1180, mort en 1246, ce bénédictin est considéré comme le père de la poésie castillane et le précurseur
des grands mystiques du Siècle d'Or espagnol (N. d. T.).


**** A T T E N T I O N ****

Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.

**** A T T E N T I O N ****



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TABLE
PREFACE ............................................. 7
INTRODUCTION ........................................ 15 La question et son secret ........................... 17 Le terme alchimie ................................... 19 Différentes possibilités d'interprétation ........... 20 Le ferment gnostico-cathare ......................... 39
I. LES GRANDES ETAPES DE L'EVOLUTION
DE L'ALCHIMIE ....................................... 43 L'Antiquité et le problème des origines ............. 45 Le Moyen Age: Monnaie et alchimie ................... 50 Epoque Moderne: le chimiste sceptique et la question des
éléments ............................................ 59
II. L'ESPAGNE, PORTE ROYALE DE L'ALCHIMIE ........... 63 La Voie royale ...................................... 65 Un texte vénérable .................................. 65 Tolède, creuset d'alchimistes ....................... 67 Pedro Hispano ....................................... 72 Les secrets de Maître Jean .......................... 73 La plus ancienne recette d'Occident et l'or hispanique 74 Le traité « De aluminibus et salibus » ............... 76
III. L'ALCHIMIE A LA COUR DE CASTILLE ................ 79 Alphonse le Sage ..................................... 81 Don Juan Manuel ...................................... 89 Don Enrique de Villena ............................... 92 Alonso Carrillo, archevêque de Tolède ................ 109
IV. ARNAUD DE VILLENEUVE ............................. 113 Des origines obscures ................................ 115 Sa vie: une continuelle errance ...................... 116 Arnaud, occupe-toi de ta médecine .................... 117 Les étonnantes visions de Maître Arnaud .............. 118 Les songes de Fadrique de Sicile ..................... 119 La symbolique arnaldienne ............................ 123 La question alchimique ............................... 126 De la fleur et du sentier ............................ 130 Les lettres d'Arnaud sur des questions alchimiques ... 134
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368 HISTOIRE DE L'ALCHIMIE EN ESPAGNE
V. RAYMOND LULLE ET SA CRITIQUE DE
L'ALCHIMIE ........................................... 137 Lulle: un problème psychologique ..................... 139 Les indécisions de Gênes ............................. 140 Antillulisme et lullisme occultiste .................. 142 Raymond Lulle et l'alchimie .......................... 144 Les symboles dans la philosophie lullienne ........... 150 Conceptions des apocryphes lulliens .................. 155
VI. L'ALCHIMIE A LA COUR D'ARAGON .................... 159 La séduction du merveilleux .......................... 161 Eximenis et l'alchimie ............................... 164 L'implacable Eymerich ................................ 169 Le roi Martin et l'alchimiste Lustrach ............... 174 Le bénédictin Estrucio, ennemi de l'alchimie ......... 176
VII. JOHANNES DE RUPESCISSA .......................... 179 Le problème des origines ............................. 181 De prison en prison .................................. 185 Les spirituels, Jean XXII et l'alchimie .............. 186 Récupérer le temps perdu ............................. 190 Il est sage d'éviter la corruption ................... 191 Le Soleil est or ..................................... 192 L'Univers est lien d'amour ........................... 192 Le grand secret pour obtenir la quintessence ......... 194 Ressources pour les pauvres évangéliques ............. 196 Pour assimiler les vertus du Soleil .................. 197 Le lieu commun anti-alchimiste ....................... 198
VIII. L'ALCHIMIE A L'EPOQUE DE PHILIPPE II ........... 203 Les lulliens hermétiques au XVIe siècle .............. 205
Philippe II et l'art sacré ........................... 208 Critiques de l'alchimie et discernement de philosophes 217 Leonardo Fioravanti .................................. 228 Luis de Centelles .................................... 232
IX. L'ALCHIMIE AU XVIIe SIECLE ....................... 235 Alvaro Alonso Barba .................................. 237 Les divagations alchimiques du Comte-Duc d'Olivarès .. 247 Quevedo, expert et critique de l'alchimie ............ 253 L'alchimie, élément du genre picaresque .............. 262 Le lulliste Aldrete et l'eau de la vie ............... 276 Controverse à propos de la spagirique ................ 290 L'alchimie dans El Pasajero de Suárez de Figueroa .... 293
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TABLE 369
X. L'ALCHIMIE AU XVIIIe SIECLE ....................... 295 Feijoo et l'art sacré ................................ 297 Torres Villaroel ..................................... 311 Xavier de Santiago Palomares ......................... 340
XI. L'ALCHIMIE AUX XIXe ET XXe SIECLES ............... 343 Etudes sur l'alchimie ................................ 345 L'alchimie chez Pompeyo Gener ........................ 349 Un spagiriste du XXe siècle .......................... 355
EPILOGUE ............................................. 359
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ACHEVE D'IMPRIMER EN SEPTEMBRE 1980 SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE COR- BIERE ET JUGAIN, A ALENÇON (ORNE)
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C'est en 1964 que paraît le premier ouvrage de Juan Garcia Font: « Histoire de la Science ». Recherchant un nouveau style d'exposition,
l'auteur souligne, dans le processus de formation des sciences et parallèlement
aux progrès d'une connaissance rigoureuse, la persistance
d'aspects obscurs, rebelles à toute explication rationnelle. Cette perspective
conduira Garcia Font à étudier différentes attitudes et conceptions
de caractère para-rationnel, tout particulièrement dans le domaine
de l'alchimie. La présente « Histoire de l'Alchimie en Espagne » est
le fruit de ces travaux. Elle ne nous offre pas seulement un aperçu
d'ensemble sur des époques et des mentalités passées, elle met aussi
en valeur le détail significatif, le document presque oublié, le rapprochement
éclairant, dans une perspective inattendue, des phénomènes
qui captiveront de plus en plus l'attention du lecteur cultivé.
L'auteur est licencié ès-Lettres. Il a été professeur de Philosophie au Lycée « Maragall » de Barcelone et assistant de la chaire d'Histoire
de la Philosophie Médiévale à l'Université de cette ville. Il conduit ses
recherches avec une grande indépendance et refuse les cloisonnements
qu'impose une trop stricte spécialisation.


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