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Réfer. : AL1308A
Auteur : David Lagneau.
Titre : Harmonie Mystique.
S/titre : ou Accord des Philosophes....

Editeur : Melchior Mondiere. Paris.
Date éd. : 1636 .


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H A R M O N I E M Y S T I Q V E,
o v ACCORD DES PHILOSOPHES Chymiques, avec les Scholies sur les plus difficiles
passages des Autheurs y allegués, desquels les noms sont és pages suiuantes.
Le tout par LE Sr L A G N E A U d'Aix en Prouence, Conseiller & Medecin ordinaire du Roi. Traduit par le Sr VEILLUTIL.
Celuy qui connaist le consentement & accord des Philosophes,traictant de cette partie, jouïst d'un admirable
contentement, & plusieurs sont plustost menés par
opinion aveugle, que par l'étude de la verité.

Turpe enim difficiles habere nugas, Et vanus labor est ineptiarum.
pict
A P A R I S , Chez MELCHIOR MONDIERE, en la Cour du Palais près la Chapelle Sainct Michel joignant
le bastiment neuf du Thresor. -------------------------------------- M. DC. XXXVI.
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pict

A M O N S I E U R R. S. D L. M. C. D. R. A P. D. D, très-
cher & parfait Ami, son très-humble
serviteur L. S. D. V. S. T. H.
lui donne,

pict O N S I E U R,


Je ne m'étais pas proposé de mettre mon travail entre les mains
d'aucune personne, mais seulement
de la laisser aller à l'aventure, sous
la protection de mon ami, que je
n'entendais être autre que celui qui
aurait la connaissance de la vraie
Philosophie. Vous avouant fort librement,
à ij
@


qu'encore que j'aie fait divers
voyages en Suisse, en Allemagne,
parcouru toute la France, & plusieurs
autres contrées pour trouver quelqu'un
avec lequel je pusse conférer de notre
très excellente science, je n'ai jamais
trouvé personne qui en eut le moindre
rayon de lumière; ne pouvant pas dire
comme Trévisan, d'en avoir vu jusques
à quinze qui en avaient l'entière
connaissance. Mais Dieu qui m'a fait
la grâce de vivre jusques à soixante &
dix ans (lesquels il augmentera de tel
nombre qu'il lui plaira) après m'avoir
comblé de sa miséricorde, m'a encore
fait cette faveur, que de vous susciter,
afin que j'eusse la satisfaction de discourir
de la plus haute science (qui soit après
la sainte Théologie) avec un homme
qui la possédât aussi bien que moi; & savourer
à longs traits le plaisir qu'il y a

@


dans cette sainte cabale, dont nos auteur
font tant d'état. La curiosité a
porté diverses personnes à prendre la
peine de me voir, & m'entretenir de
tout ce qu'ils avaient dans leur arrière
boutique, que e n'ai trouvé remplie que
de fumée inutile, laquelle en a fait mourir
quelques uns ignominieusement nonobstant
la grandeur de leur maison; mis
des autres dans le pendant du même
précipice, & fait voir aux autres que
leurs dépenses ont été très-vaines,
puis qu'ils n'ont eu que du vent. Sans
doute qu'ils auraient évité ces malheurs
& les uns & les autres, s'ils eussent comme
vous feuilleté attentivement les bons
livres, été curieux d'en avoir plusieurs,
afin d'avoir intelligence des uns par les
autres, s'ils eussent considéré leurs paroles,
& non pas les prendre à la lettre:
Mais tout au contraire ils ont méprisé
à iij
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leurs maîtres & taxé d'ignorance,
laquelle néanmoins n'avait pour fondement
que leur stupidité & aveuglement.
Vous me fîtes bien comprendre
que vous n'étiez pas de ces chercheurs
de recettes, lors qu'étant entré
dans ce discours vous me dites que cette
sorte de gens fuyaient ce qu'ils pourchassaient,
& qu'un de nos auteurs
appelait de fort bonne grâce des trompeurs
toux ceux qui se mêlaient d'en
donner en changent la première lettre
de leur besogne qui est R. en un D. si
bien qu'au lieu de dire recipe on devait
dire plus véritablement decipe. La
suite des conférences que j'ai eu l'honneur
d'avoir avec vous, m'ont confirmé
dans la croyance que j'avais de votre
esprit & de votre intelligence sur le
sujet de notre oeuvre: Et sur tout lors
que croyant de vous découvrir les deux

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points cachés, d'abord que vous les vîtes
à travers d'une nue vous me fîtes
un discours qui ressentait ce Calaziris
grand Prêtre d'Egypte qui fait là
meilleure partie de la mystérieuse histoire
d'Héliodore. Vous me dites que les
Philosophes Chimiques s'accordent en
une seule matière, un seul vaisseau, un
seul feu, & une seule opération, & que
la diversité des noms ne fait pas que la
chose soit diverse; mais que leur intention
n'ayant pas été de découvrir une
chose si aisée, & si facile à toutes sortes de
personnes; ils ont parlé de la sorte pour
la cacher autant qu'il leur a été possible,
de crainte qu'elle ne tombât entre
les mains des personnes ignorantes &
méchantes, laissant à Dieu seul de révéler
ce grand secret à qui on lui semblerait:
Etant bien assurés pourtant
de n'avoir point parlé si obscurément,
à iiij
@


que les véritables enfants d'Hermès ne
vissent très clairement dans leurs écrits.
Nonobstant ce discours je croyais
vous apprendre quelque chose dans
l'Amphithéâtre de Kunrath, & je vous
y trouve consumé, aussi bien qu'à découvrir
la vérité du songe simulé de Poliphile,
à donner des explications aux
hiéroglyphes qui y sont en divers endroits
beaucoup meilleurs que celles qui leur
ont été données par ceux qui ont traduit
cet auteur: Et à voir clairement
quelles cendres reposent dans les sépulcres
qui se trouvent relevés dans son
livre. C'est grande merveille, qu'en un
si jeune âge que vous êtes, vous soyez
si vieil en une science la plus haute, plus
excellente, plus mystique & cabalistique
qui soit au monde; à l'exclusion
pourtant de la sainte Théologie.
Faut que je vous avoue, Monsieur

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que cela m'a ravi, & fait changer de
résolution, vous voulant présenter &
donner mon travail, duquel j'avais jugé
incapables tous ceux de ma connaissance
pour n'y pouvoir rien comprendre.
Vous êtes le seul qui pouvez dénouer
les noeuds qui ne sont gordiens qu'en apparence,
je suis fort assuré que vous
n'y trouverez rien qui choque votre
sens, ni qui contrarie les opinions de
tous nos bons auteurs. J'ai été d'autant
plus convié à vous bailler mon ouvrage
que j'ai su que vous connaissiez
Laigneau (auteur de l'Harmonie que
j'ai traduit de Latin en Français, & éclairci
les passages les plus obscurs) avec
lequel vous ferez, s'il vous plaît, ma
paix, si le fortune il est en colère de ce
que j'ai entrepris de faire ce qu'il avait
promis, & qui était demeuré sans effet,

@


jusques à présent. Vous jugerez
facilement, Monsieur, par le travail de
Laigneau et le mien qu'un seul livre
suffit pour la recherche, connaissance, &
jouissance de ce qu'on appelle, pierre des
Philosophes, pourvu qu'il soit lu avec
une attention, méditation & spéculation
telle qu'elle est nécessaire pour une
si haute & relevée besogne, par le moyen
de laquelle on aura en horreur tous
ces bailleurs de recettes comme n'approchant
du tout point la nature ni
dans leur matière, ni dans leur opération,
pour arriver au but auquel ils
dirigent leur ouvrage. Je réputerai
tous-jours pour le plus heureux jour de
ma vie celui qui m'a fait avoir
l'honneur de votre connaissance, &
prierai Dieu du meilleur de mon coeur
qu'il lui plaise vous combler de ses

@


bénédictions, & me faire la grâce
vous témoigner avec effet que je
suis,

M O N S I E U R,


De Paris ce 20. Août 1636.
Votre très-humble & très obéissant serviteur VEILLUTIL.
@
@

pict

L E T R A D U C T E U R Scholiaste à son ami désire toute prospérité.
pict E ne me mets point sous vos
ailes, & ne vous appelle point pour prendre l'écu pour la défense ni l'épée pour l'offense, les corbeaux
& les chiens ont permission de
croasser & d'aboyer, les souffleurs,
charbonniers, abuseurs, charlatans vendeurs
de fumées, de recettes, de blancs
de rouges, tiercelets, cent pour cent, cinquante
pour cent, extracteurs de mercure,
de métaux, forgeurs de divers vaisseaux,
fourneaux, bâtisseurs de potence,
échafauds & semblables lieux infâmes
où ces canailles s'enlacent après s'être
abusés & avoir abusé plusieurs peuvent
débagouler à leur saoul, grande est la
Diane des Ephésiens, ce livre nous décrira,
nous découvrira, & nous ôtera

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notre gagne-pain, & montrera que nous
n'enfanterons qu'une malotrue souris,
certes si je pouvais, ou je les redresserais
tous & ferais en ce faisant de grandes épargnes,
ou n'en pouvant venir à bout
je les ferais sécher au Soleil le jour, & rafraîchir
à la Lune: Or , Monsieur mon
ami, l'ignorance de plusieurs cause leur
bêtise, & leur mauvaise âme les précipite
dans le labyrinthe, d'icelui dans le désespoir,
de là dans la mer d'angoisse, & enfin
dans l'abîme: votre inclination à
cet étude & désir le plus haut & sublime
qui soit au monde & le plus assuré,
& qui requiert plus la bénédiction de
Dieu après l'Ecriture sainte, pour discerner
le vrai du faux, & le droit du sens
qui lui est contraire, m'a tiré l'oreille &
comme contraint de vous mettre cette
pièce entre les mains pour vous montrer
le vrai & salutaire chemin, vous faire
voir & reconnaître les pas de ces faux sacrificateurs,
qui passant par la porte
cachée, mangeaient les viandes & breuvages
mis au devant de ce grand Bel Babylonien.
Considérez, Monsieur mon
ami, les détours, les dédales & la variété
des chemins bordés & jonchés

@


de bourses vides, de fourneaux, de
vaisseaux de terre, de métaux & de verre.
Relisez la variété & grand nombre
des recettes, variétés d'opérations, variété
& quantité des matières tirées des
animaux, végétaux & minéraux, &
puis jetez les yeux (accompagnés de
l'entendement illuminé du vrai Soleil
d'en haut) sur cette pièce que je vous
présente, comme un don sacré, & vous
verrez qu'elle s'accorde autant avec
tous ces ignorants & leurs ouvrages comme
le ciel avec un crapaud, la vérité est
une sans variation, & ne cherche aucune
cachette, ne demandant ni bravade, ni
fard, elle étant vraie fille du ciel, au
contraire le mensonge mère d'erreur
cherche la bravade, la subtilité, les abus
& en fin les cachettes, d'où aveuglée se
précipite à la mort honteuse: Puis que
vous connaissez toutes ces choses
& en êtes désabusé par une spéciale
grâce d'en haut: essayez de redresser vos
amis par la lecture des bons auteurs
lesquels quoi qu'ils semblent variables
en mots ne le sont pourtant comme
vous voyez à présent & si vous jugez
par la *mûreté de votre jugement être

@


nécessaire de les arracher des pattes de
l'erreur, montre leur l'ordre le plus
convenable, gardant toujours à vous
les deux points; lesquels il n'est permis
déclarer à chacun, & sans lesquels âme vivante
ne peut voir la fin désirée, ce sera
assez si me semble de les ôter hors d'erreur
& les ramener à la prière à Dieu, & méditation
des oeuvres de nature, principalement
de celle par laquelle l'animal
est engendré, nourri dans la matrice,
sorti d'icelle, & alimenté & élevé, par
après chaque chose engendre son semblable,
non prenant ce de quoi cette
chose est engendrée, mais ce qui est produit
d'icelle, vivez contant & sobre en
vos discours, & Dieu vous face la grâce
de voir la fin de votre entreprise, &
après une longue & heureuse vie la joie
& possession de son Royaume céleste
par l'intercession de son Fils notre seul
& unique Rédempteur médiateur & intercesseur,
Amen.

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A U L E C T E U R.
pict I tu es autant ami de la vérité,
comme je suis ennemi du mensonge, tu seras studieux des bons auteurs traitants de notre Philosophie, de laquelle la fin est d'avoir la
pierre qu'on nomme communément
philosophale, & fuiras l'abouchement &
conversation de tous charlatans, coureurs,
souffleurs, compositeurs & vendeurs
de recettes, extracteurs d'argent
vif, congélateurs, fixateurs, teinturiers,
tire-poil, & semblables prometteurs
& faussaires, qui en pipant les trop
crédules, ne traînent après eux qu'une
corde une honte, ou une misérable vie:
Que si tu me crois tu feras bien, autrement
la repentance te suit: Or par les
dix sept chapitres qui sont ci après (par
le moyen desquels je pouvais faire un
gros volume, & que je n'ai voulu pour
ne t'embarrasser) tu apprendras à savoir
par le Premier, que par la diversité 1 des noms, la matière n'est diverse,
qu'icelle est donnée, ou pour sa forme
accidentelle ou essentielle. Par le Second

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chap. tu apprendras qu'il n'y a 2 qu'un seul chemin, & un seul moyen
pour avoir cette pierre ou médecine,
quoi que ces clabaudeurs de souffleurs
ignorants aboient & jargonnent, &
par le troisième tu auras l'ordre & le
nombre, les matières & le nom de celles, 3 desquelles tu as besoin de travailler
pour te produire la matière, sans laquelle
rien en cet ouvrage ne peut être fait;
& comment cet un doit être retiré, te
seras appris dans le chapitre Quatrième: 4 ET d'autant qu'il y a en cette matière retirée
quelque chose superflue, le Cinquième
chapitre enseigne le moyen 5 d'y remédier: par le Sixième tu apprendras 6 que toutes les opérations mentionnées
en tous les auteurs peuvent être
réduites à cinq, qui sont composition,
digestion, extraction, nutrition & fixation.
Par le Septième tu apprendras que 7 ce qui est extrait qu'est poudre noire
ou de couleur quelque fois de brique,
impalpable, onctueuse & aucunement
puante & amère doit être nourrie, & de
quoi & comment; le Huitième t'apprendra 8 quel feu t'est nécessaire. Le
Neuvième, quel vaisseau te faut avoir: 9
@


le Dixième te montrera le temps durant 10 lequel te faut travailler avec patience,
& durant ce travail tu verras par les
couleurs qui surviendront si tu es au
bon chemin déclarées au Onzième chapitre: 11 le Douzième t'enseignera le moyen 12 de fixer cette matière volatile: le Troisième, 13 comme tu la multiplieras pour
ne te remettre à la recommencer: le
Quatorzième, comme tu éprouveras si 14
elle est bonne, parfaite ou parachevée
le Quinzième t'apprendra le moyen de 15 t'en servir pour purifier les métaux nommés
impurs & imparfaits: Le Seizième 16 te montrera, que l'argent vif & le soufre
des Philosophes ne sont ceux du
commun: mais toute autre chose, & ce
que par iceux il faut entendre: par le
Dix sept tu verras comme il faut entendre 17 la contemplation & conjonction
des astres & planètes, & s'il est possible
d'entendre & expliquer tous les énigmes
& façons obscures, desquelles les
anciens se sont servis en écrivant de
cette science, & te jure que ce labeur &
accord est si pénible, qu'il n'y a personne
qui l'ait entrepris qui en soit peu venir
à bout: Jouis en donc à ton contentement,

@


car il n'y a rien de caché, ni à désirer,
vrai est que l'extraction & dissolution
ou nutrition du noir sont deux
opérations, lesquelles demandent la
vue de l'opération, mais si tu lis tout ce
discours attentivement, & le relis avec
méditation, tu y pourras parvenir, étant
ces deux points faciles à faire à qui les
entend: mais très-difficiles, mêmes aux
plus exercés: Que si Dieu te fait la
grâce de les trouver, le reste n'est rien par
manière de dire: Loue le dont & le remercie,
& que ta joie soit intérieure, &
soit en travaillant, soit en jouissant de
ta moisson sois secret, & t'en sers à l'honneur
& louange de celui qui t'aura ouvert
les yeux, & aiguisé l'entendement,
& à la consolation des pauvres membres
de Jésus-Christ, qui nous doit tous juger
en son second avènement, lequel
adviendra, quoi qu'il tarde, au temps
déterminé dès la fondation du monde.
Voila Lecteur ce que je t'ai voulu dire.
AV
@

I
pict

L'H A R M O N I E C H Y M I Q U E. D E S N O M S DE LA PIERRE PHILOSOPHALE.
CHAPITRE PREMIER;
T E X T E.
pict ES Sages ont donné plusieurs Isaac. noms à la Pierre. Car après avoir tiré hors la matière de la Pierre, & icelle rendue subtile & spiritueuse, ont dit cette matière vile (de peu de valeur)
l'ayant sublimée, l'ont nommée Serpent &
bête venimeuse; l'ayant calcinée l'ont nommée
Sel, & des noms de même effet; l'ayant
dissoute, l'ont nommée Eau, & qu'elle se trouvait
par tout: l'ayant réduite en Huile l'ont
appelée chose visqueuse, & se trouve en tout
A
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2 HARMONIE CHIMIQUE
lieux à vendre: l'ayant congelée la disent
Terre, laquelle pauvres & riches ont: & l'ayant
blanchie, l'ont nommée Lait virginal, &
du nom de toute blancheur: l'ayant élevée à
la rougeur, a été appelée feu, & du nom de
toute rougeur. Et pour conclusion, cette matière
a changé de nom à mesure qu'elle changeait
de nature, jusqu'à tant qu'ayant acquis
la perfection elle a été fixe. Isaac Holland.
l. I. c. 126 des opérations Minérales. L'intelligence de cette science Scholie ou brève Exposition. est Cabalistique, il le qui pict A L I E N remarque que tandis que les du sens, Sophistes débattent des noms des choses, voila pourquoi le temps se perd, & l'ignorance de les auteurs ce qu'on cherche demeure, c'est la disent qu'il cause pourquoi il souhaitait que les choses faut avoir un pussent être communiquées & entendues sans appellation, jugement pro- pour ôter par là l'occasion aux Sophistes fond pour & contentieux (qui ne s'arrêtent qu'à l'écorce des entendre leurs mots de tirer incessamment comme ils font, la écrits qui vérité en des controverses douteuses, qui ne ont une chose nous produisent en fin autre chose qu'une irrésolution de l'écorce & incertitude: Car il n'y a rien qui embrouille d'une autre au & obscurcisse plus une connaissance dessous, voire que ces vaines & inutiles disputes de ces noms, un dans la qui ont poussé la plus part des gens doctes en des nouvelle. très-enveloppés labyrinthes d'erreurs. Or plusieurs
écrits ont été faits de telle façon, qu'en
d'aucuns on y trouve de trois sortes d'intelligences,
autrement sens. Le Premier desquels comme

@

CHAPITRE I. 3
la peau & l'écorce est connu & entendu d'un
chacun, & est nommé Littéral. Le second &
Moral, ou Allégorique, & est comme la chair
couverte de la peau, néanmoins percevable de
celui qui regarde dedans; & le sens Anagogique &
Divin, est comme les os les plus cachés, couverts
de chair & de peau, & pleins de moelle.
Ceste sorte & façon d'écrire a été mise en usage
de toue temps par les plus doctes, & non seulement
l'écriture, mais même la façon de parler
& sans m'arrêter à en chercher des exemples
toute la sainte Ecriture en est pleine, & notre
Seigneur Jésus Christ ayant parlé obscurément
au peuple, dit à ses Disciples, c'est à vous auxquels
appartient d'entendre le mystère du Royaume
des Cieux.
Apres la Sainte Ecriture contenue aux livres Canoniques du Vieil & Nouveau Testament, il
n'y en a aucune autre sous laquelle pour avoir
le secret, il faille plus bander l'esprit qu'en celle-là
ou la purification des métaux est décrite,
& qu'on appelle communément la Pierre
des Philosophes, témoin le Texte ci devant,
lequel nous commencerons d'éplucher & apprendrons
ce que nous ignorons, ou par autrui
qui nous montre le moyen & le chemin, soit
par parole, soit par signe; ou par nous mêmes
seulement méditant ou ratiocinant sans aucun
maître; & l'une & l'autre sont données par la
Nature & aidées par l'art & la méthode, & ne se
faut étonner si peu de gens profitent en la lecture
des livres, voire mêmes si plusieurs les rejettent,
puis que plusieurs rejettent la lecture de
A ij
@

4 HARMONIE CHIMIQUE
la Sainte Ecriture, pour ce, disent-ils, que plusieurs
en abusent, comme du son des cloches, plusieurs
même d'iceux aimant mieux disputer opiniâtrement,
voire même de ce qui ne tombe point
sous les sens ou raison pour être très simple, que
de se rendre, & donner les mains à la vérité.
Les Sages, ce mot ne s'entend pas de tous ceux qu'on estime sages, mais de ceux qui par l'étude
& la conférence qu'ils ont eue avec plusieurs
doctes, ont acquis la science & connaissance de
plusieurs choses grandes & admirables, desquels
George Venetus de Harmonia Mundi 1. 4. c. 9.
dit, ceux qui sont nommés Mages ont premièrement
étudié en la Médecine pour apprendre
& savoir que c'est qu'il convient à chasser la
colère, le flegme, la mélancolie, ce qui est
propre à tempérer le coeur, le foie , l'estomac,
& telles autres parties, & à fin de le faire mieux,
ils y ont ajouté l'Astronomie, estimant que
les infirmités & les natures de herbes des racines,
& des autres choses médicinales se pouvaient
seulement juger par les Planètes & Etoiles
à qui elles conviennent. Or ceux que les Perses
nommaient Mages, les Egyptiens les nommaient
Prêtres, les Indiens Gymnosophistes, les
Gaulois Druides, & les Grecs Sophos, que les
Latins disent Sapiens, & les Français Sages, c'est
donc de ces Sages que notre Auteur entend
ici, lesquels écrivant d'une science la plus haute
(après la connaissance de Dieu) qui puisse
être puis que celui qui l'a acquise n'a rien plus
à désirer en ce monde, faisant litière de toutes les
richesses qui y sont, en écrit avec telle retenue

@

CHAPITRE I. 5
qu'il veut allécher les vraiment doctes &
sages à la recherche d'icelle, & r'envoyer les ânes
aux chardons, donc ces Sages ont donné plusieurs
noms à la Pierre.
Notre Auteur se sert de ce mot de Pierre, pour être celui le plus commun, & reçu de
tous les autres Sages qui appellent Pierre tout
ce qui ne s'en va point au feu: or notre Pierre étant
parachevée, ne peut être en façon du monde
altérée, par quoi que ce soit ni simple ni
composé, mais il semble, & y a quelque apparence,
qu'il n'entend pas ce mot de Pierre par
cette perfection, puis qu'il dit.
Apres avoir tiré la matière de la Pierre, & icelle rendue subtile & spiritueuse, on dit cette
matière vile. Car si elle est parfaite, il s'ensuit
qu'elle ne souffre plus augmentation ni diminution,
si donc de cette Pierre parfaite on en
tirait la matière laquelle il entend, il s'ensuivrait
qu'elle ne serait parfaite. Venons donc
au but, les Sages font donc une composition de
deux substances crues, & nettes avec leur agent
propre pur & net, au poids convenable, &
desquels il sera parlé ci-après, Dieu aidant, laquelle
devient si dure dans peu d'heure qu'il est
impossible de la rompre sans marteau ou autre
chose dure & solide. Or de cette Masse à laquelle
notre Auteur donne le nom de Pierre à cause
de cette dureté se tire par l'ordre connu aux
seuls Sages & entendus en cette science, une matière
subtile, laquelle est en poudre impalpable
& volatile sur le feu qu'il dit spiritueuse, laquelle
est le fondement de l'Art, & sans laquelle il est
A iij
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6 HARMONIE CHIMIQUE
impossible trouver rien de bon pour parachever
& amener les métaux nommés imparfaits
au degré de l'argent ou de l'or: cette matière
sera donc sans nom propre en cet Auteur,
mais nous trouverons bien tantôt d'autres qui
lui en donneront, car les uns la nommeront
Soufre, les autres Mercure, les autres Mercure
double, les autres Mercure animé, les autres
Eau permanente, & autres autrement, desquels
noms nous donnerons quelque éclaircissement
en lieu propre. Or cette matière subtile & spiritueuse
nommée vile, c'est à dire de peu de valeur
ou de néant, (il faut noter qu'il ne dit pas simplement
est, mais est nommée vile, façon de parler
considérée de peu de personnes) étant sublimée
l'ont nommée Serpent & bête venimeuse. Cette
sublimation de laquelle cet Auteur parle n'est
la sublimation commune, de laquelle les Chimistes
vulgaires se servent, mais c'est un ordre &
moyen par lequel cette matière subtile & spiritueuse
& nommée vile est rendue plus excellente par
la blancheur ou rougeur qu'on lui acquiert:
mais pourquoi l'a on nommée alors qu'elle est
sublimée Serpent & bête venimeuse ? c'est pour ce
que comme le serpent se glisse insensiblement,
aussi cette matière vile entre & pénètre son extracteur,
& l'ayant pénétré & entré en lui le réduit
à sa propre substance, tellement qu'il lui ôte
son premier être, & l'anéantit tellement, qu'il
n'est plus, & ne sera jamais plus ce qu'il était,
quelque artifice qu'on y apporte, & partant est
nommé bête venimeuse: car le propre de tels animaux
venimeux est de tuer, ce qui ayant vie lui

@

CHAPITRE I. 7
est contraire.
Cette matière subtile, spiritueuse nommée vile, sublimée & nommée Serpent, doit être
calcinée, c'est à dire rendue blanche, par l'ordre
que nous dirons en son lieu, & alors elle est
nommée sel, non qu'elle soit salée, mais pour ce
qu'elle est stable, ferme & fixe, & qu'elle peut
servir d'ornement aux métaux inférieurs à l'argent,
comme le sel donne grâce, & goût
aux matières, auxquelles il est appliqué.
Cette matière dissoute, c'est à dire étendue au long & au large, en quantité & qualité est nommée
Eau & trouvée par tout, je sais bien qu'aucuns
entendent par ce trouvée par tout, être dit à
cause des quatre Éléments, à quoi je ne contredis,
mais je dis que cette façon de parler comme
plusieurs autres, est dite pour cacher le secret
aux ignorants, desquels les uns croient que ce
soit eau de rosée, d'urine, de Salpêtre, eau forte,
eau royale, & autres eaux qui mouillent
tout ce sur quoi elles sont mises; qu'on avise
donc pour la seconde fois que notre Auteur ne
dit pas simplement, est Eau, mais est nommée Eau,
& trouvée par tout: cette matière donc après
être calcinée doit être réduite en huile, & alors
elle est dite chose visqueuse, & trouvée en tout
lieux à vendre, il ne faut pas croire que ce soit
huile coulant, gras & brûlant, mais après que
cette matière est blanchie & nommée Eau, elle
est propre pour blanchir, mais elle doit être
réduite propre à demeurer sur la matière sur laquelle
elle sera jetée, comme l'huile s'attache
fermement sur la pièce sur laquelle il est tombé.
A iiij
@

8 HARMONIE CHIMIQUE
Et partant ayant telle propriété est nommé visqueuse
ou gluante, mais plus difficile (voire impossible)
d'être ôtée que les huiles & glus, &
personne ne peut effacer ce qu'il aura causé,
autre que l'Artiste même: or cette matière
ainsi huileuse & visqueuse se trouve aussi bien
par tout à vendre comme fait l'eau ci dessus.
Cette opération de congeler ne va de suite après l'huile, car elle n'y est plus propre, mais
est comme la première, car on appelle congelé
ce qui étant auparavant fluide comme l'eau &
l'huile, s'épaissit & gèle par le grand froid,
aussi l'agent en cette matière mêlé avec son
patient se rend dur, & ne se ramollit que par le
feu & à lors cette matière qui était coulante,
étant rendue dure est dite terre, si pauvres &
riches l'ont le faut entendre, comme trouvée
par tout.
L'ayant blanchie, c'est même chose que l'ayant calcinée, je n'ignore pas qu'elle peut
être blanchie & noircie plusieurs fois, mais
cette réitération n'est ici entendue, ces noms,
lait virginal, & de toute blancheur, marquent assez
être cette première blancheur avant l'huile,
d'autant qu'étant blanche elle est calcinée,
puis est rendue propre à teindre en blanc fixe,
tellement que ce blanc ne serait fixe s'il se pouvait
encore blanchir ou déteindre, & par
conséquent ne pourrait être élevée à la rougeur,
comme il ajoute de suite, disant, l'ayant
élevée à la rougeur est appelée feu, & du nom,
de toute rougeur, lises & méditez donc
attentivement; notre matière est tirée de deux

@

CHAPITRE I. 9
corps parfaits, purs & nets, auxquels le feu
pour violent qu'il soit, ni quelque autre chose
simple ou composée ne peut ajouter ou
diminuer aucune chose, par le moyen de celui
duquel ils ont eu leur commencement, les trois
(par le moyen d'un quatrième connu, & mis
en usage d'un chacun,) rendent une matière
subtile, impalpable (mais qui salit les doigts
de celui qui la touche) & est partie volatile, partie
fixe, comme verres, car si on la met dans
un creuset la partie volatile s'exhale & la fixe vernit
ou vitrifie le creuset. Je dirai autres marques
en lieu propre, cette matière subtile & spiritueuse
en partie, & en partie terrestre, est nommée en
plusieurs & diverses façons, & ne tient du naturel
d'aucun de ses composants desquels elle dégénère
si elle n'est régie comme il faut, c'est à dire
elle n'est de nulle estime non plus que la semence
sortie d'un homme sain & fort ne vaudra
rien, si elle n'est jetée & dardée en son lieu propre,
mais si notre matière est régie par bon ordre,
elle surmontera les corps parfaits desquels
elle est sortie, sans toutefois qu'il y ait altération
en ces dits corps, sinon quelque palliatif
durant leur action. Cette matière donc doit
être séparée étant sortie ou née du total, & étant
séparée doit être nourrie de son premier lait,
qu'elle convertit en sa propre substance, rendant
ce lait subtil, & spiritueux comme elle, &
continuera d'en être nourrie jusqu'à ce que son
teint basané soit blanchi, alors ne lui faudra dénier
une plus continuelle nourriture du dit lait,
mais comme elle ne sera plus allaitée, sa colère

@

10 HARMONIE CHIMIQUE
s'échauffera de telle sorte que s'épandant par
tout son corps lui causera, l'ictéritie ou jaunisse,
alors pour l'apaiser lui faudra donner à manger
la portion suffisante d'un des corps desquels il est
sorti, lui donnant à boire de son lait, ce qui
sera nécessaire pour détremper & mêler le tout
ensemble, qui ayant demeuré dans le *poile
propre, montreront ce de quoi ils ont besoin,
qui pourra être peut être un peu de lait pour le
rendre un peu plus agile pour lutter contre ses
ennemis, & après cela lui faudra donner quelque
morceau de la chair excellente pour lui donner
appétit de mieux employer ses dents à dévorer
ceux qui s'opposeront à lui: à lors il aura
beaucoup de forces; mais si on laisse cette matière
en sa colère jaune, elle s'échauffera de telle
sorte, qu'elle passera en colère rouge, à lors la
traitant comme j'ai dit ci devant, toutefois
avec son corps coloré à peu près comme elle, elle
aura de telles forces que chose du monde ne la
pourra vaincre, & pour ce qu'elle change souvent
de forces depuis le commencement jusqu'à sa fin,
elle participe aussi à la forme, essentielle ou accidentelle
de tout ce qui est au monde, & par
conséquent est appelée du nom de toutes choses,
jusques à ce qu'ayant acquis sa perfection elle
soit fixe. Que le rechercheur donc s'apprenne
de ne s'arrêter à tous les noms qu'il rencontrera,
mais qu'il épluche la nature de la chose nommée,
& il aura de quoi se contenter, & qu'il sache
que le moyen de l'extraction de la matière,
est fort caché, comme aussi, la séparation d'icelle,
mais sa nutrition, ou le moyen de la nourrir,

@

CHAPITRE I. 11
& sans laquelle elle est inutile, est la pièce
très cachée, & aucun ne l'a jamais enseigné que
par énigmes: je me suis véritablement essayé de
la décrire nuement, mais il m'a été impossible
aussi bien qu'à plusieurs autres, & sans une particulière
révélation de Dieu ou une profonde
méditation, ou l'enseignement d'un maître
ami il est impossible d'en venir à bout, encore
qu'elle soit si facile qu'elle & faite dans demie
heure pour le plus long terme; que le recherchent
ne se lasse pourtant d'étudier attentivement.

T E X T E.
A Près que les matières sont amalgamées, & à celle fin que cet amalgame Greverius. soit caché aux indignes, les Philosophes l'ont
nommé notre airain, notre Or, terre de Magnésie,
tout le composé: Saches, mon fils,
que notre semence est vraie Salamandre, laquelle
est conçue par le feu, nourrit par le
feu, & parfaite par le feu. Greverius p. 21.
& 36.

Scholie.
C' Est donc un amalgame, mais de quelles
matières, & de quel nombre il ne le dit point, mais ci après il en sera parlé, apprenons que ce
mot Amalgame signifie amollissement, c'est donc
quelque chose dure de la quelle il entend parler,
laquelle pour cacher aux ignorants (parlant seulement

@

12 HARMONIE CHIMIQUE
aux entendus) dit être nommée airain,
car l'airain ne sort tel de terre: mais est composé,
& étant composé ne retient le nom d'aucun
de ses composants, mais un particulier, aussi ceste
matière retient le nom de l'accident, & le
nom d'or lui est donné à cause de son excellence,
celui de terre & de Magnésie, non à cause de sa région
qui est en Macédoine jointe à la Thessalie
nommée Magnésie, ni aussi de la ville dite Magnésie,
en Ionie près du Méandre, distante d'environ
seize mille pas d'Ephèse, ni de cette espèce
de Marcassite nommée par les uns Magnésie,
& des autres Pyrites: mais, comme il y a apparence,
du nom du Magnes, ou aimant, car comme
l'aimant attire à soi le métal le plus crasse,
aussi cette science attire à soi les plus grossiers
d'entre les hommes, qui, quoi que désireux
ignorent, l'être, le commencement, le milieu,
& la fin de tout le composé, qui est la vraie Salamandre,
non que ce soit cet animal ainsi nommé ,
car cet animal (ni aucun autre quoi que quelques
uns disent le contraire) n'est conçu,
nourri, & parfait au feu, mais cet amalgame
mis au feu convenable, y engendre un fils
qui par continuation d'icelui y est nourri & parfait,
non que le feu de soi même face tout cela
sans addition de breuvage & viande solide,
comme quelques cerveaux vides croient, mais
iceux breuvage & viande solides mis en temps
propre sont aidés par le moyen du feu à agir &
pâtir, de même que par la chaleur naturelle es
corps des animaux les viandes & breuvages sont
aides les uns à agir, les autres à pâtir; & ne vois

@

CHAPITRE I. 13
aucun nom pouvoir être donné plus propre à ce
qui sort & est produit de cet amalgame que semence,
car comme d'un peu de semence traitée
méthodiquement provient une multiplication
innombrable de la chose de laquelle la semence
est sortie, de même de cette matière subtile spiritueuse
vraie semence de ses parents se fait une
multiplication si admirable, qu'il n'y a rien de
plus grand à désirer sous la concavité de la Lune,
& soutiens que ce qui est produit & comme engendré
de nouveau par icelle peut être rendu plus
excellent que les matières ou métaux dont cette
semence a été sortie.
T E X T E.
C Este noirceur a pris en son partage mille Alanus.
noms; car elle est nommée feu, âme, nuée, tête de corbeau, & cette noirceur joint l'âme
au corps. Alanus p. 56.

Scholie.
C Este matière, ou semence est maintenant nommée noirceur, à cause de sa couleur, & encore a elle plusieurs autres noms, comme
feu: car comme icelui dessèches les choses trop
humides, de même cette noirceur dessèche la
trop grande humidité, la quelle est à l'eau philosophique
blanche & coulante, à laquelle pour ce
qu'elle donne vie, est nommée âme, & pour ce
qu'elle couvre ce qu'en fin se produira, se nomme
nuée: & pour ce que cette matière ou semence
noire est le principe de l'Art, est nommé tête

@

14 HARMONIE CHIMIQUE
de corbeau, & joint l'âme au corps, lors qu'étant
parachevée, sa forme ou levain est mêlé par la
force & vertu d'icelle au corps mais pour ce que
ce texte est pressé, je ne me puis pas ici plus facilement
donner à entendre, ce sera, Dieu aidant,
par ci après plus à propos & plus clairement.

T E X T E.
L A Pierre des Philosophes est une, mais Pontanus.
nommée de plusieurs noms: car elle est aqueuse, aérienne, ignée, terrestre, Phlegmatique
cholérique, mélancolique, sulfureuse, & semblablement
argent vif, ayant plusieurs superfluités,
lesquelles par le Dieu vivant se convertissent
en vraie espère moyennant notre feu; &
celui qui sépare quelque chose du sujet croyant
cela être nécessaire, véritablement ne sait
rien en Philosophie, d'autant que le superflu,
le sale, *l'ord, le bourbeux, à finalement toute
la substance du sujet se parfait en corps spirituel
fixe par le moyen de notre feu, ce que les
sages n'ont jamais révélé, qu'est cause que peu
de gens parviennent à cet art, croyants qu'il y
ait sale & vilain. Pontanus p. 74.
Scholie.
P Ontanus nomme ce que les devant écrivains ont nommé matière amalgame noirceur Pierre des Philosophes, & non du vulgaire, mais
c'est à autre sens qu'Isaac, car il dit qu'on tire de

@

CHAPITRE I. 15
la Pierre une matière subtile & spiritueuse, mais
notre auteur tout d'un plain faut dit que la Pierre
des Philosophes est une, non qu'elle soit en ce commencement
Pierre, c'est à dire fixe à toute épreuve,
mais il a égard à sa fin, voila pourquoi décrivant
les degrés par lesquels cette Pierre ou
matière paisse il dit qu'elle est aqueuse, pour ce
qu'elle est humide, voire en faisant l'amalgame
elle est coulante presque comme d'eau, est aussi
aérienne ou subtile comme l'air, & pénétrante
comme lui, ignée à cause qu'elle dessèche l'humidité
superflue des métaux trop mols, & consume
ce qui n'est & ne peut être rendu fixe, Terrestre
à cause de la pesanteur, Phlegmatique pour
son humidité & blancheur, Cholérique pour sa chaleur
& jaunisse, Mélancolique par sa noirceur
première & siccité, Sulfureuse par sa propriété à
séparer le brûlable, du non brûlable, Argent vif
pour ce qu'elle rend son propre sang en sa propre
nature, comme l'argent vif les métaux; de ces
superfluités nous en parlerons ci après au chap.
cinquième, mais cependant faut noter que cet
auteur assure ce qu'il dit être véritable, &
cela se faire par le moyen de notre feu qui ne s'entend
pas du feu commun clair, lucide & échauffant,
mais du notre, dit il, qui n'est autre chose
que ce qu'il appelle Pierre unique, c'est à dire homogénéisée
qui ne peut être séparée en diverses
parties & différences entre elles, que si nous disons
encore que par l'aquosité, & phlegme
ils marquent la couleur blanche, & par l'aérienne
& la cholérique couleur jaune fin de
la blancheur & commencement de la rougeur

@

16 HARMONIE CHIMIQUE
la terrestre & la mélancolique la noirceur qui
paraît en chaque commencement soit de l'amalgame,
de la nutrition, de la fermentation
& de la multiplication en qualité, le tout se
trouvera vrai comme la raison & l'expérience
le démontrent à qui a du jugement & des
yeux.

T E X T E.
N Otre Pierre s'appelle aussi grain de Garlandius.
froment, lequel demeure seul, sans rien produire s'il ne meurt. Garlandius.

Scholie.
C Est auteur nomme cette matière subtile spiritueuse sortie des corps pierre & grain de froment par similitude (non d'identité,) car certes
si cette Pierre n'est gouvernée comme les
Sages ont enseigné, elle demeure inutile, ne
produira aucune chose, & produisait ce sera
en se noircissant encore d'avantage qu'elle
n'était, & cette noirceur est vraie putréfaction,
car elle acquiert une puanteur fâcheuse
& un goût piquant, & en pénétrant
jusque dans les narines émeut l'éternuement,
mais étant ainsi pourrie elle retire à son vrai
élément duquel étant pleine & augmentée,
en fin elle vient à acquérir une couleur blanche
qui est marque assurée de sa résurrection: qui
l'a vue la sait, & qui ne l'a vue la croie, car l'affaire
en va ainsi.
TEXTE.
@

CHAPITRE I. 17
T E X T E.
C Este composition de trois s'appelle pierre bénite, minérale, animale, végétale, Arnaud. pour ce qu'elle n'a aucun nom propre; minérale,
pour ce qu'elle est composée de minéraux,
végétale, pour ce qu'elle vit & croît,
animale, pour ce qu'elle a âme, esprit & corps,
comme les animaux, elle est nommée autrement
noir puant, pour ce qu'elle a le ventre
noir, s'appelle aussi Chaos ou origine du
monde, ou masse confuse, mais nous l'appelons
terre. Et aussi notre eau est nommée
du nom de toutes feuilles d'arbres, de verdeurs,
pour décevoir les fols: s'appelle aussi
eau bénite, tempérance des sages; vinaigre
très-fort, corps qui se dissout, gomme des
Philosophes, chose vile, chose chère, corps
dur & noir, mol & clair, exaltation d'eau
angle de l'oeuvre: Et faut noter que le père
& la mère de la pierre sont nommés Soleil
& Lune en la composition de l'élixir, qui
après en l'opération de la pierre sont nommés,
terre ou nourrice. Arnaud sur Hortulan
page 25. & 35.

Scholie.
T Out ce qui a un nom propre par lequel il est connu, n'en a besoin d'un autre pour
@

18 HARMONIE CHIMIQUE
en donner connaissance; mais ce qui n'en a point,
& qu'on veut donner ou à connaître, ou à entendre
a besoin ou de nom, ou de la description
de son être & de son effet: C'est pourquoi
cet Auteur dit, qu'à cause que cette matière ou
composition de trois n'a point de nom propre,
l'on lui en attribué plusieurs, comme sont cahos
ou masse confuse, d'autant que cette amalgame
n'est ni or, n'argent, ne mercure, mais tous trois,
& origine du monde, pour ce que d'icelle les quatre
éléments, ou quatre couleurs sortent, lui
donnant le nom particulièrement de Terre, comme
appui, fondement, & nourriture, du poulet
des Philosophes. Or ce qu'il a nommé Terre,
maintenant il nomme Eau, laquelle, dit-il,
prend encore le nom de toutes feuilles, arbres, &
verdeur. Et Pourquoi? pour, dit-il tromper les ignorants,
qui peut être adapté à ce que notre Seigneur
Jésus-Christ a dit, qu'il ne faut pas semer
les perles devant les pourceaux, & comme il est
porté en Esdras, l'Ange Uriel lui disant qu'il
publiât une partie des livres qu'il lui dictait au
commun peuple, mais l'autre partie laquelle
était la plus petite aux entendus & sages: toutefois
sans m'arrêter à cette tromperie, je dis
que comme les feuilles couvrent les fruits
étant encore aux arbres ou plantes, de même
sous ces feuilles ou noirceur, laquelle nageant par
dessus la masse ou composition, n'est pas plus
épaisse, qu'une toile d'araignée, la fin & fruit
désiré, recherché, & attendu est caché, dit encore
comme véritable, qu'en la première opération
par le moyen du feu bien régi & administré,

@

CHAPITRE I. 19
au milieu & au dessus de notre mer, s'élèvent
comme arbres & feuilles, desquelles le soufre,
l'argent vif, double, l'eau permanente & la terre
tombe. Mais pourquoi, Eau bénite? c'est
qu'elle chasse l'impureté des métaux; comme on
dit que fait l'eau bénite les diables, mais plus
véritablement l'une que l'autre, & Tempérance
des sages, pour ce qu'il faut observer un poids, un
nombre, qui n'excède trois, & une mesure, ou
vaisseau proportionné & la matière, ce qu'un
ignorant ne peut comprendre ni entendre, aussi
peu que, vinaigre très-fort, duquel (simplement pris)
les ignorants se servent pour dissoudre leur matière,
sans croire & savoir, que tout ce qui se mêle,
donne autant de communication de son être,
comme il en reçoit de ce avec quoi il est mené
& que la vertu séminaire imprime les forme;
essentielles dans le recevant, ainsi que de l'engendrant
naturellement est imprimée la forme
spécifique: Car d'un cheval est engendré un cheval,
& non un singe; & que le dissolvant communique
sa nature à ce qui est dissout. Or notre
vinaigre dissout de dissolution vraie, délie & sépare
l'impureté de la pureté des métaux, dits impurs
& imparfaits: Corps qui se dissout, pour ce
que la matière étant en corps, est dissoute par
icelui vinaigre & gomme des Philosophes, pour
montrer que ce n'est gomme commune, mais
que ce même vinaigre assemble tant avant la
dissolution qu'après icelle, ce qui est homogénéisée
en cette composition, laquelle est corps dur
& noir, rendue telle par le feu propre, & par la
patience étant auparavant molle & claire, & par
B ij
@

20 HARMONIE CHIMIQUE
l'ordre requis faite exaltation d'eau, c'est à dire plus
excellent & de beauté & de bonté & de valeur,
& enfin devenant l'angle de l'oeuvre: Car jamais
nul n'est parvenu, ni ne parviendra à la fin de
cet oeuvre si excellent sans cette composition,
aussi peu qu'il est possible faire aucun ouvrage
sans angle: Mais voici un avis non méprisable,
comme celui d'un Pythie homme savant,
& sage, qui n'a que sentences graves. Note, dit-
il, que ce qui est appelé en la composition de l'élixir
Soleil & Lune, en après en l'opération de la Pierre s'appelle
terre ou nourrice. Il ne faut faire aucun doute
que ce Soleil & Lune ne soient l'or & l'argent,
comme il se verra par ci après par plusieurs témoins:
Mais que veut-il & dire par Elixir, nous le
verrons au chap. 3. avec la distinction familière. Apprenons
cependant par préambule, que cette matière
étant blanche ou rouge est nommée Enfant,
d'autant qu'elle est ou volage volatile, & que les
Philosophes disent qu'elle doit être nourrie de
sa terre, à savoir la blanche de la blanche, qui
est l'argent, & la rouge de la rouge, qui est l'or.
Or écoutons Riplée qui nous épaule, oyons le
donc.

Texte.
N Otre matière de laquelle nous avons Riplée.
besoin pour notre oeuvre, & à laquelle le Soleil, & la Lune doivent être résolus,
n'est point le hyle ni le cahos, mais la première
matière plus prochaine, laquelle est

@

CHAPITRE I. 21
nommée sperme procédant des animaux,
des végétaux semences, & des minéraux soufre,
& argent vif, c'est à dire ou entendre
des Philosophes. Riplée c. 3. p. 6.
Notre pierre a des noms presque infinis, car elle est nommée du nom de toute chose noire, &
lorsqu'elle est blanches ou rouge, du nom de toute
chose blanche ou rouge, & à cause qu'elle est
luisante, elle a des noms propres, & toutefois
ce n'est qu'une même chose, le même 47.
L'airain du commencement qu'il se cuit se & fait eau, s'épaissit toujours en se cuisant,
jusqu'à ce que la pierre soit plus excellente que
tous les métaux, qui est la cause qu'elle s'appelle
pierre des Philosophes. Que si tu l'appelles
eau, tu dis vrai, si tu le nies, tu ne mens
point: prends toi donc garde d'être trompé
par la diversité des noms. Le même p. 139.
Quand on les cuit sagement ils se font un, & est nommée de plusieurs noms, lors que le
rouge se fait il est nommé fleur d'or, levain &
orpiment, tandis qu'il demeure cru, s'appelle
plomb d'airain, verge & l'âme de métal:
or on appelle l'airain, monnaie, & la
noirceur est appelée plomb des Philosophes,
Le même p. 142.
B iij
@

22 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
R Iplée suit la façon de parler d'Arnaud & Hortulan, disant notre pierre, mais il ajoute de laquelle nous avons besoin pour notre
oeuvre; Ce ne sont donc plusieurs matières, mais
une, à savoir celle, en laquelle le Soleil & la Lune
ont été réduits par le moyen du Mercure;
mais que le Lecteur & studieux en cette pénible
recherche se contente pour une fois que notre
Soleil, Lune, & Mercure ne sont pas l'or, l'argent,
ni l'argent vif vulgaires, car ces vulgaires sont
morts: mais les nôtres quoi qu'ils soient sortis
d'eux sont vifs, & de la façon de cette extraction,
j'en parlerai en temps propre. Cependant apprenons
que cette matière ne doit être réduite
au hyle ou invisible & imperceptible aux sens extérieurs,
ni aussi au cahos composé de matières hétérogènes,
mais bien en matière plus prochaine,
laquelle est homogénéisée, à laquelle on approprie
divers noms: (comme a été dit ci-devant, & sera
encore dit ci après, s'il plaît à Dieu) mais
avec addition ordinairement de notre ou des sages,
ou des Philosophes; pour preuve de quoi il dit,
notre matière, notre pierre, & non matière, ou
pierre simplement, se mettant par ce mot notre,
au nombre de ceux qui ont su la composition
de cet oeuvre admirable, de quoi il parle, comme
le Maître au disciple, lequel il avertit avoir
des noms infinis, & auxquels il ne se faut totalement
arrêter, vu que par tous iceux n'est entendu
qu'une même chose. L'airain donc, duquel il
nomme toute la matière ou composition se cuisant

@

CHAPITRE I. 23
se fait eau: or cette eau est entendue en trois façons, ou lors que tout le composé est liquide,
ou lors qu'il est poudre impalpable & noire, ou
lors qu'elle a acquis la blancheur; en toutes lesquelles
elle est volatile en partie, & en partie
vitrifiante. Je dis & assure volatile & au noir, &
au blanc, & au jaune, & au rouge, ne pouvant
être arrêtée sur le feu; que par sa mère au blanc,
& par son père au rouge, Car le jaune est la fin
du blanc, & commencement du rouge, voila
pourquoi il ajoute que cet airain s'épaissit toujours
en se cuisant, par l'ordre entendu qui l'élèvera
à un degré éminentissime, mais plus excellentissime,
que ces Eminentissimes qui ne peuvent
communiquer leur splendeur à autrui, sans diminuer
la leur; Mais cet airain communiquant
son éminentissime pourpre à ses inférieurs se
rend encore & plus désirable, plus recherchable
& plus admirable en toutes choses; si qu'étant
en si haut degré de perfection duquel il ne
peut jamais déchoir, il acquiert le nom de Pierre
des Philosophes, ou sages; que si alors on le dit
eau on dira vrai (par propriété) si on dit
le contraire, on ne mentira point, (par similitude)
avertissant charitablement de ne s'arrêter
à la diversité des noms, pour s'être trompé.
Or, dit-il quand on les cuits sagement, ils se font un.
Ils sont donc plusieurs, & pour le moins trois,
desquels deux ne s'accorderont jamais pour être
l'un chaud & sec, l'autre froid & humide, que
par le moyen, & l'entremise d'un tiers ami de
l'un & de l'autre, qui les peut unir & lier tellement,
qu'ils seront à jamais inséparablement un,
B iij
@

24 HARMONIE CHIMIQUE
& c'est un est alors (étant rouge) nommé fleur d'or,
mais auparavant étant noir était nommé plomb des
Philosophes, & non le commun, comme plusieurs
ignorants croient, & duquel plomb qu'ils nomment
mal à propos Saturne, ils veulent extraire l'argent
vif, qu'ils nomment aussi, & *ignoramment
Mercure. L'auteur des axiomes, axiome xi. &
xii. p.70 dit: Nous appelons tout le composé, notre
plomb, lequel prend sa splendeur du Soleil
& de la Lune, que si tu ôtes aux dits Soleil & Lune
leur splendeur, ils demeureront une terre de
peu de valeur, qu'on ne pense pas qu'il faille
ôter & tirer la couleur jaune de l'or, & la blancheur
de l'argent, comme plusieurs se figurent, ceci
va & s'entend d'autre façon, comme se pourra
voir ci après.

T E X T E.
L E Soleil, ou or est nommé par excellence Vogelius. corps métallique, d'autant que les autres métaux n'ont encore atteint cette perfection,
à laquelle toutefois ils peuvent parvenir.
Vogelius c. I. p 7.

Scholie.
Q Uoi que le Soleil porte de l'or, si est-ce
que notre auteur comprend l'un avec l'autre pour même chose, laquelle il dit être
appelée par certaine excellence corps métallique, à laquelle
peuvent parvenir, c'est à dire après être dépurés,
fixes & teints les autres: que si on veut

@

CHAPITRE I. 25
considérer ce mot de métal, on trouera que ce
mot métal en Grec vient du verbe metallo ou metallefuo,
qui veut dire fossoyer, ou rechercher,
ou selon quelques uns de para ta meta ta alla esfrisqueste,
qui signifie de difficilement trouve-on
une veine de métal, qu'on n'en trouve une autre
tout proche, la propriété donc que ce Soleil
ou or vrai métal, est que par lui tous les autres
métaux nommés imparfaits, peuvent acquérir
cette perfection, à savoir devenir argent ou or,
pour ce, comme j'ai déjà dit, qu'ils peuvent par icelui
être dépurés, fixes & teints; Ce qui ne peut
être fait par aucune autre façon, quoi que tous
les charlatans, coureurs, faux monnayeurs, extracteurs
de Mercures, & teintures de métaux,
disent.

T E X T E.
L 'Huile n'est autre chose que le limon de Vogelius. tous les métaux nageant sur la menstrue par la dissolution d'iceux, & s'assemble sur son
eau, de telle façon, qu'ils ne se mêlent point,
mais le dit huile nage au dessus se congelant
en forme d'une subtile peau de diverses couleurs,
& cette huile s'appelle aussi eau, levain.
Le même Vogelius p. 9. 10. 11.
Huile, teinture, or, âme, onguent des Philosophes, par lequel tout le magistère se
parfait, souffre, lumière, alun, gomme,
sang, levain, notre terre, esclave, teinture:

@

26 HARMONIE CHIMIQUE
d'autant qu'il colore & teint la terre nettoyée
& pure de toute saleté: huile, pour ce
qu'il demeure après la teinture sur les corps,
de même que l'huile sur le drap: Ame, d'autant
que comme par l'âme tous les animaux
& végétaux vivent, croissent, végètent &
multiplient: de même la pierre physique est parfaite
& lui adjoignant l'âme se fait belle,
resplendissante, se nourrit & croît: levain, d'autant
que comme le levain aigrit la pâte, &
la convertit à sa nature, de même cette huile
rend toute la pierre en sa nature. Or, mais
non vulgaire pour ce qu'il n'est plus solide comme
auparavant, mais atténué & spiritueux,
ce qu'il faut aussi entendre de l'Argent. Onguent,
d'autant que comme les graisses & les
onguents ramollissent & rendent les choses
auxquelles ils sont appliquées lubriques ou
glissantes, semblablement cette huile ramollit
les parties dures de la pierre, adoucit les aspres
& les rend coulantes. Soufre, pour ce qu'il
agit en la matière la congelant & figeant à
forme de soufre. Lumière à comparaison
de l'âme, laquelle illumine le corps. Alun par
la similitude des teinturiers, qui à la teinture
de leurs draps usent de l'alun. Le même
c. I. p. 33.
La matière simple est le corps dissout à la
@

CHAPITRE I. 27
différence du corps dur & solide, les éléments
des Chimiques sont dits composés, d'autant
qu'ils ne cherchent pas les simples (desquels
ils ne faisaient aucune génération) mais les
composés desquels l'un domine toujours sur
les trois qui lui sont joints, comme ils appellent
eau ce en quoi les qualités de l'eau domine,
à savoir froid & humide. Le même
c. 2. p. 21.
Les Philosophes appellent le soufre parfaitement nettoyé, purifié, & blanc, terre foliée.
Vogelius c. 4. p. 151. Vogelius.
Scholie.
N Otre auteur ayant dit huile, dit que c'est, pour marquer aux studieux, que ce n'est huile commun, brûlant, & flambant, & éclairant:
mais la façon comme cette huile, ou limon
est fait, & de quoi il n'en parle point (il dit
seulement qu'étant fait, il ne se mêle point avec
ce de quoi il est fait, mais qu'il s'assemble sur
son eau ou menstrue qui a dissout la matière, laquelle
étant séparée & amassée est dit eau,
donc déjà a été dit, & levain à cause que cette
noirceur ou limon onctueux convertit cinquante
fois autant qu'il pèse du dissolvant, par le
moyen duquel il a été engendré, sans lequel
tout artiste travaillera en vain, pour ce que sans
lui le magistère ne peut être ni commencé, ni
parfait, & lequel soit en son commencement,

@

28 HARMONIE CHIMIQUE
milieu, & fin a une milliasse de noms, expliquant
la raison d'une partie d'iceux, & laissant l'autre
partie à rechercher aux studieux.
Presque tous les rechercheurs en cette étude alambiquent leur esprit à alambiquer, décomposer
& réduire, disent ils, leurs matières en
quatre éléments simples, desquels ils disent être
composés, & puis de tels éléments simples rejoints
ils doivent faire des miracles: mais ces miracles
sont le contraire de Dieu, qui de rien, c'est
à dire, d'aucune matière visible & palpable, il
fit tout ce qui est & visible & palpable. Mais
ces curieux grossiers, de toutes choses ils font
rien, accomplissant par ce moyen le dire mal entendu
des Philo-chimiques qui commandent de
réduire ce de quoi on tire la matière nécessaire
en son premier être (entendant plus prochain
& non éloigné) qui est la matière simple, laquelle
procède du corps dissout, laquelle dissolution, ou
anéantissement est très mal entendu de ces grossiers
opérateurs; Cette dissolution est la vraie
quadrature du cercle réduite au triangle, en la
ligne & au point indivisible ce point contenant
autant en son indivisibilité, que faisait la ligne,
que le triangle, que le quadrangle, & que le cercle
sans séparation manuelle d'aucune chose,
mais seulement attraction de nouvelle qualité
l'une après l'autre. Ce cercle est une chose parfaite
à laquelle la nature ni l'homme ne peut ajouter
ni diminuer, le seul entendu & docte en
cette science (je dis science, car elle se recherche
& désire par soi même) la sait mener à un
degré dans lequel il montrera plus pleinement

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CHAPITRE I. 29
sa vertu & de ce degré qui est le quatrième ou
quadrature, il descend au troisième du troisième
au second nommé ligne, & du second ou ligne
au premier ou point qui est indivisible, & de
cet indivisible il se surhausse, montant jusqu'au
septième, d'icelui au plus bas, & du plus bas au
quatrième, dans lequel il s'enflamme de telle
façon, que sa couleur intérieure & extérieure devient
comme un rouge obscur, mais éclatant
& brillant. Les éléments donc des Chimiques sont dits
composez: car s'ils ne l'étaient, ce qui a été dit
n'en pourrait sortir, & la variété des noms de
cette matière simple a été donnée pour deux raisons
principales: la première, c'est à cause des
changements qui adviennent étant tantôt liquide,
tantôt un peu plus ferme, tantôt sèche,
tantôt arbre, tantôt poudre, tantôt graisse &
nageant, tantôt pesante & allant au fond, tantôt
volatile, tantôt congelée, tantôt fixe, tantôt
se nourrissant de son propre lait, tantôt de
son corps blanc ou rouge, tantôt noire, tantôt
blanche, tantôt jaune, tantôt rouge l'autre est
pour arrêter les bêtes aux chardons, qui veut
lent jouir d'un si grand bien sans se peiner: les
Dieux, disent les anciens, vendent leurs biens par
la sueur, & la véritable science ne s'acquiert pas
à dormir.
Non jacet in molli veneranda sciencia lecto. Ipsa, sed assiduo parta labore venit. La domination donc de chacune des qualités susdites est cause de la diversité des noms: car
étant liquide cette matière est nommée du nom
de toutes les choses liquides, étant dure, du

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30 HARMONIE CHIMIQUE
nom de toutes choses dures, étant frangible, du
nom de toutes choses frangibles, noire, blanche,
jaune, rouge, volatile, fixe, entrante, teignante,
purifiante & fixante, du nom de toutes
les choses qui sont aux sens communs dures,
frangibles, noires, blanches, jaunes, rouges,
volatiles, fixes, entrantes, teignantes, purifiantes
& fixantes. Que le rechercheur avise donc
bien avant que se mettre à travailler, d'entendre
les mots & noms propres de l'art, à celle fin qu'il
ne perde ni son temps ni son argent.

T E X T E.
N Otre eau s'appelle eau de vie, eau sereine, eau perpétuelle, & a mille autres Arnaud. noms, d'autant qu'elle donne vie aux corps
morts, & rend claires & nettes les choses sales
& sordides, eau perpétuelle, pour ce qu'elle
fait durer les corps qu'elle touche & même
à perfection. Arnaud. p. 21. & 17.
Tandis que l'ouvrage est cru, il est nommé notre argent vif, eau permanente, plomb, crachat Desiderable. de Lune, étant cuit s'appelle argent magnésie,
soufre blanc; étant rouge s'appelle orpiment,
corail, or, levain, pierre, eau luisante de
céleste couleur, trouvé par tout, à cause de la
participation des éléments; nommée du nom
de toutes choses, pour cacher sa nature; très-
vile, à cause de sa putréfaction, & très-cher à
cause de sa vertu, les Philosophes ne se souciant

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CHAPITRE I. 31
point des noms, mais seulement par iceux
ils donnent à entendre les choses. Desirable
p.21.
Notre pierre est dite naturelle, d'autant qu'elle est trouvée naturellement, & qu'elle a
les quatre qualités des éléments, elle est froide
& humide, à cause de la Lune & Mercure,
& à cause du Soleil est chaude, & sèche, elle
est dite animale, pour ce qu'elle est rouge
comme sang, & non qu'elle se face de sang:
Herbale, pour ce qu'elle a une âme vitale ou
multipliable, & s'appelle serviteur rouge.
Le même p. 56.

Scholie.
P Ar le premier texte que nous pouvons nommer corollaire, il se preuve que les Philo- chimiques se servent ordinairement presque de
ce mot notre, ils distinguent ce de quoi ils parlent
avec ce que par ce nom le vulgaire entend
la raison pour laquelle ces noms sont donnés, est
assez expliquée: Or le suivant dit, Tandis que
l'ouvrage est cru, voici une pierre d'achoppement,
laquelle fait broncher plusieurs lourdauds, qui
pour ce cru vont chercher par les mines des métaux
la matière, disent ils, commencée, mais
encore crue des métaux: mais cette matière a
elle quelque propriété avec l'argent vif, l'eau
permanente & plomb ? ô court voyant & oyant
prenez vos lunettes & cornets à oreilles. Notre

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