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Réfer. : AL1308B
Auteur : David Lagneau.
Titre : Harmonie Mystique.
S/titre : ou Accord des Philosophes....

Editeur : Melchior Mondiere. Paris.
Date éd. : 1636 .


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H A R M O N I E M Y S T I Q V E,
o v ACCORD DES PHILOSOPHES Chymiques, avec les Scholies sur les plus difficiles
passages des Autheurs y allegués, desquels les noms sont és pages suiuantes.
Le tout par LE Sr L A G N E A U d'Aix en Prouence, Conseiller & Medecin ordinaire du Roi. Traduit par le Sr VEILLUTIL.
Celuy qui connaist le consentement & accord des Philosophes,traictant de cette partie, jouïst d'un admirable
contentement, & plusieurs sont plustost menés par
opinion aveugle, que par l'étude de la verité.

Turpe enim difficiles habere nugas, Et vanus labor est ineptiarum.
pict
A P A R I S , Chez MELCHIOR MONDIERE, en la Cour du Palais près la Chapelle Sainct Michel joignant
le bastiment neuf du Thresor. -------------------------------------- M. DC. XXXVI.
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ATTENTION: **********************

Début de la seconde partie. Voir HARMO101
pour le début de cet ouvrage.
ATTENTION: **********************

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242 HARMONIE CHIMIQUE
faciles à fondre. Par quoi celui qui sublime
parfaitement, subtilise & parachève
tout l'ouvrage. Le même.
Si le Soleil, & la Lune étaient plus Bacon & parfaits, ou au double, ou quadruple Jean Meung. ou centuple, ou plus outre, ils parferaient
les imparfaits. Bacon p. 53. &
Jean de Meung p. 15.
La solution, & coagulation, sont en une Calid. même opération, & requièrent même
opération, & ceci devant la composition,
mais après la composition
d'icelles, l'ouvrage sera divers, mais cette
solution & congélation que j'ai dictes
sont la dissolution des corps & congélation
de l'esprit, & sont deux, & ont
une même opération, d'autant que
l'esprit ne se congèle point, que par la
solution du corps, & semblablement, le
corps ne se dissout point sans la congélation
de l'esprit, & le corps & l'âme,
lors qu'ils se joignent ensemble, chacun
d'eux agit en son compagnon pour
le faire semblable à soi. Calid. c. I.
Si tu ne convertis les corps en subtilité, tellement qu'ils soient subtils & impalpables
au toucher, tu n'auras point
ce que tu cherches, & s'ils ne sont triturés,

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CHAPITRE VI. 243
retourne à l'ouvrage jusques à ce
qu'ils soient triturés & faits subtils, que
si tu fais cela, ce que tu désires advienne.
Le même.
Apres la solution & la coagulation, on nomme cela, composition. Le même.
L'Assation est la vraie putréfaction, Des Comtes. & disposition première, laquelle est
nommée sublimation, or le subtil se sublime
de l'épais doucement, mais avec
grand jugement il montera de la terre
au ciel, & en après descendra du ciel en
terre, par quoi saches, mon fils, que
suivant que tu nettoieras notre médecine,
tu la trouveras sur la fin pure, ou
impure. Nicolas des Comtes p. 4.
Les dispositions du magistère sont 1. première sublimation, 2. calcination, 3.
solution, 4. ablution, 5. cération, 6.
coagulation 7. fixation, quelques uns
en ont mis neuf, à savoir la distillation
& la descente, mais ces deux sont à l'ablution,
& ceci a été fait pour obscurcir
la science. Le même p. 6.
Geber a mis toute la perfection en la seule sublimation, mais peu de gens
l'entendent, car la sublimation n'est
autre chose selon que les Philosophes
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244 HARMONIE CHIMIQUE
veulent que la séparation des choses
subtiles d'avec les grossières, & ceci se
doit faire avec le feu lent, car si tu fais
séparation avec le feu violent, les parties
grosses montent avec les subtiles,
tellement qu'il n'y aurait aucune séparation.
Le même p. 9.
Notre sublimation n'est point la sublimation vulgaire, pour ce qu'en cette
sublimation toutes les opérations
suivantes sont comprises, I. purification,
2. solution, 3. putréfaction, 4.
ablution ou incération, 5. coagulation
(en laquelle l'eau se dessèche doucement
par notre Soleil, & s'unissent &
coagulent ensemble, & se tournent en
pierre que si on fait cela, l'opération
sera complète, & non autrement) 6.
calcination, d'où nous disons que qui
sait parfaitement faire la sublimation,
sait tout l'ouvrage, & toutes ces opérations
se font en un vaisseau, & non en
plusieurs, en un fourneau & non en plusieurs.
Le même p. 11.
Les moyens de convertir les éléments sont dissoudre le gros en simple, laver
l'obscur en suivant, réduire l'humide en
sec, & fixer le volatil sur son corps.

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CHAPITRE VI. 245
Le même p. 15.
Dissous les corps nets, & également dedans le mercure cru. Le même p. 15.
Par le bénéfice de l'eau, notre oeuvre se blanchit, se rougit, se tue, se vivifie,
se brûle, dissout, congèle, pourrit
& germe: cuits donc peu à peu pourrissant,
jusques à ce qu'il soit changé de
couleur en couleur parfaite, te gardant
bien au commencement de brûler
ses fleurs, ni sa verdeur, & ne veuille
tôt parachever ton oeuvre, prenant
garde que ta porte soit bien & sûrement
fermée, de peur que celui qui est
dedans ne s'envole, & par l'aide de
Dieu tu viendras à la perfection. Note
donc, mon fils très-cher, que dissoudre,
calciner, sublimer, teindre, laver, refroidir,
arroser, extraire, coaguler
humecter, imbiber, cuire, fixer, triturer
& dessécher sont même chose. Le
même p. 20.
Il a plusieurs noms qui ne sont qu'une même chose, & même régime, d'autant
que ce n'est autre chose que cuire
& triturer, jusques à ce que la poudre
soit faite, cuisez donc le vif argent & le
soufre, jusques à ce qu'ils soient faits
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246 HARMONIE CHIMIQUE
un dans le vaisseau bien clos. Le même
p. 23.
Le régime de notre pierre est un, Dastin. icelui est cuire continuellement & incessamment
en son vaisseau, sans intermission,
jusques à ce qu'on aie la fin désirée.
Dastin p. 29.
Prends garde qu'en mondifiant tu ne perdes sa vertu, que la force actrice ne
soit suffoquée, par quoi ne prend point
cette matière que pure, nette crue, lisse,
terrestre, sincère & droite, car si tu fais
autrement rien de bon ne sortira. Le même
p. 30.
Brûle notre airain avec un petit feu, semblable à celui de la nourriture des
oeufs, jusques à ce que le corps soit abattu,
& la teinture soit extraite laquelle
ne s'extrait pas tout à la fois, mais fort
peu à peu, & de jour à autre, jusques à ce
que par un long temps soit achevé, ce
qui se dissout monte toujours en haut,
encore que le plus demeure en bas. Le
même, même p.
Le principe qui est le dernier en la Parisien. résolution est le principe en la composition.
Un Parisien commence, Mon
Seigneur sous correction.

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CHAPITRE VI. 247
La sublimation n'est autre chose que Helie. l'élévation des parties très-subtiles des
choses grossières, laquelle se fait par
un feu lent. Helie c. 5.
Toutes les opérations, à savoir sept distillations, sept imbibitions, sept incérations,
sept putréfactions, sept descentes,
sept congélations, se font en un
même vaisseau, & non en plusieurs. Le
même à la fin du livre.
Conclus que tu n'as pas besoin de ces Armingan- opérations mises pour aveugler les dus. ignorants, à savoir sublimer, dissoudre, L'étude re- humecter, arroser, imbiber, distiller, commande. monter, descendre, pourrir, monder,
nourrir, chauffer, cuire, dessécher,
blanchir, teindre, cérer, congeler, calciner
& fixer, par quoi sois assidu à
l'étude, & persiste à l'opération. Armingandus
au commencement du livre I.
Tu sépareras, c'est à dire dissoudras, Ortulan. car la dissolution est la séparation de la
terre d'avec le feu, & du subtil du grossier
& épais. Ortulan.
Prends la pierre récente, sans faire autre Daniel. division, mets la dedans un vaisseau
bien scellé, & puis mets la dedans son
lit mollet, la cuisant jusques à tant
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248 HARMONIE CHIMIQUE
qu'elle soit parfaite, mais remarque
bien que tout l'effet consiste au feu,
& tout l'art se fait en un vaisseau, avec
un feu lent, & un seul fourneau, où se
sublime, calcine, distille, lave, descend,
incère, putréfie & fixe, & se tue & vivifie
soi même. Daniel de Justinopoli.
Il y a quatre régimes, à savoir la solution, Payen. laquelle n'est autre chose que la
conversion de tous les éléments en eau,
2. ablution qu'est réduction de tous les
éléments en air & alors tous sont sublimés,
3. réduction, qu'est la conversion
de tous les éléments en terre, & imbibition
de l'eau sur la terre, 4. fixation,
dernière opération qui se fait convertissant
tous les éléments en feu. Payen
p. I.
L'imbibition, la décoction, contrition, solution congélation, sublimation,
calcination se font en un même vaisseau.
Le même p. 8.
Le feu se coagule en air, l'air se coagule & tourne en eau, l'eau se coagule & retourne Incertain. en terre. Incertain, commençant,
Cher fils.
La séparation des éléments se fait, Rouillac. lors que la terre passe en eau, l'eau en

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CHAPITRE VI. 249
air, l'air en feu, & ces opérations ne
sont autres que dissoudre. Rouillac p. 6.
Il faut quatre parties d'eau métallique pour une de soufre. Le même p. 7.
Végéter, aiguiser, animer le suc de la lunaire ou le minéral, sont même
chose, & cet ouvrage se fait peu à peu
avec un petit de notre soufre. Le même
p. 44.
Prends une once d'or, & quatre onces d'argent vif ne plus ne moins. Le même
p. 52.
La séparation des éléments n'est point séparer l'un d'avec l'autre parmi les
Philosophes chimiques, mais c'est convertir
l'eau en feu, & la terre en air,
comme un homme bilieux par succession
de temps se rend mélancolique, pour
ce qu'il se dessèche. Le même p. 56.
Note, mon fis, que dissoudre, calciner, Synésius. teindre, blanchir, refroidir, humecter,
laver coaguler, imbiber, cuire,
fixer, triturer, dessécher, distiller
n'est qu'une opération, à savoir cuire la
matière jusques à la perfection, dedans
un vaisseau bien clos, jusques à ce que la
matière (par un feu seul) soit blanchie,
& le feu augmenté, rougie. Synésius p.

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250 HARMONIE CHIMIQUE
2. le livre commence, Combien que les Philosophes
anciens.
Nous ne pouvons point imiter nature Geber. en toutes les différences des propriétés,
à savoir en la proportion des éléments
mêlables, ni au moyen de les
mêler ensemble, ni en chaleur, par laquelle
nature épaissit les métaux. Geber
l. I. c. 10. de la sommaire perfection.
Les opérations auxquelles l'artiste se doit appliquer pour cet ouvrage, sont
la sublimation, la descente, la distillation,
calcination, solution, coagulation,
fixation & la cération. Le même p.
39.
Le Soleil, & la Lune, d'autant qu'ils sont corps parfaits n'ont besoin d'autre préparation,
sinon que leurs parties soient
subtilisées, & réduites de la corporalité
à la spiritualité fixe, & après être préparés
suffisamment seront propres pour
faire l'élixir magistral blanc ou rouge.
Le même. c. I. de la recherche du magistère.
En tout le monde n'y a qu'un seul Artéphius. agent pour cet art qui puisse résoudre,
& réincruder les corps métalliques sous
la conservation de leur espèce: Il y a

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CHAPITRE VI. 251
donc un seul moyen propre & naturel,
par lequel nous devons résoudre les
corps parfaits du Soleil & de la Lune
d'une admirable & authentique solution,
sous la conservation de leur espèce,
sans aucune destruction si ce n'est à une
nouvelle, plus noble & meilleure forme
ou génération, à savoir en pierre
parfaite des Philosophes, qui est leur
secret & trésor admirable. Or cette
eau est certaine substance moyenne,
claire comme argent pur, laquelle doit
recevoir les teintures du Soleil & de la
Lune, à celle fin qu'elle soit congelée &
convertie en terre blanche vive; Or ceste
eau a besoin des corps parfaits, à
celle fin qu'elle soit congelée, fixée &
coagulée en terre blanche après la dissolution,
& cette eau, est un feu végétable,
animal & minéral, conservant l'esprit
fixe du Soleil & de la Lune, & la transmutation
des métaux imparfaits ne
se peut faire par les corps parfaits
secs, si premièrement ils ne sont remis
en leur première matière molle & coulante.
Artéphius, p. 12. commence, l'antimoine.
La dernière fois, dis je, cuits en notre
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252 HARMONIE CHIMIQUE
eau blanche, c'est à dire au mercure
jusques à ce qu'il soit dissout en noirceur,
en après la noirceur se perdra par
la décoction naturelle. Le même p. 43.
L'esprit qui plus garde la nature de l'esprit, tant mieux défend il de la
vitrification: or l'esprit qui est seulement
purifié le garde mieux, que celui qui est
purifié, fixé, calciné & dissout, par
quoi il est nécessaire de mener un tel
avec lui. Le même, même chap. & un
peu après il écrit.
De quelque matière que ce soit qu'on tire la médecine du mercure, faut qu'icelle
matière soit d'une substance très-
subtile & très pure, adhérente à icelui
naturellement, fondante facilement, &
subtile comme eau, & tellement fixe
qu'elle résiste au feu.
Encore bien que les Philosophes Dominus aient mis plusieurs ordres de travailler, vobiscum.
ils ne l'ont fait que pour aveugler l'esprit
des ignorants, car il n'y a qu'une
médecine, un vaisseau, un régime, une
disposition au blanc & au rouge, & n'est
besoin de triturer avec la main, ni
mettre rien d'étrange, ni rien de superflu,
une partie étant spirituelle, l'autre

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CHAPITRE VI. 253
corporelle, l'une améliorant l'autre.
Dominus vobiscum p. 56.
Cuisez le tout jusqu'à ce qu'il se fasse Ventura. une graisse épaisse, mettez la sur un feu
lent, jusqu'à ce qu'il se fasse une pierre
blanche, cuisez la encore jusques à ce
qu'elle soit desséchée & réduite en
poudre sèche. Ventura c. 24. p. 134.
Cuisez avec l'eau de mer (car l'eau est plus grande que la terre) jusques à ce
que les tablettes se rompent, c'est à dire
se dissolvent, & soit fait eau, ou comme
un bouillon gras. Le même c. 25.
p. 145.
La matière est dissoute par putréfaction Valentin. & unie dedans le bain, & produit ses
fleurs sur les cendres & en son humidité
superflue est desséchée sur le sable,
mais la flamme vive fait le parfait
mûrissement, n'étant pourtant à dire
qu'il soit besoin, ni de bain marie, ni
de fiente de cheval, ni de cendre, ni de
sable, mais que le feu soit bien proportionné
selon que la matière le demande.
Basile, Valentin p. 45 clef. 10.
En décrivant l'augmentation, nous Greverius. n'entendons pas la multiplication, d'autant
que la multiplication du germe n'est

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254 HARMONIE CHIMIQUE
point faite qu'après avoir semé de nouveau
la semence: or l'augmentation du
germe est faite avant la multiplication
de la semence. Greverius p. 27.
Prends ton corps noir & le calcine en Lulle. même vaisseau par trois jours, & puis
le laisse refroidir, & ayant ouvert le
vaisseau, tu trouveras ta terre spongieuse
& morte, laquelle tu garderas jusques
à ce qu'il faille joindre le corps avec l'âme.
Raymond Lulle en sa Clavicule c. 8.
Toutes les distillations, subtilisations, 3. paroles. calcinations, rubifications, fusions,
résolutions, congélations, & mortifications
du mercure se font dedans le feu,
p 57. c. 99. l. 3. du livre des trois parole de
Geber.
Saches que les Philosophes ont fait Tritemius. plusieurs chapitres pour sublimer, distiller,
séparer, pourrir, laver, incérer,
calciner, toutes lesquelles ne sont qu'une
opération, lesquelles sont faites en un
vaisseau, Tritemius au dernier axiome Philosophique.
p. 106.

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CHAPITRE VI. 255
Scholie.
T Outes les opérations, lesquelles sont décrites par les Philosophes chimiques, comme nécessaires à ce divin oeuvre, peuvent être
mises en cinq classes ou ordres, au premier Cinq opéra- nous mettons la commixtion, complexion, tions. *circondation, composition, & amalgamation,
& dirons véritablement que toutes ces cinq ne 1. font qu'une, à savoir l'amalgame, lequel il
faut cuire, mortifier, comburer, calciner, triturer, 2. corrompre, digérer, dissoudre, rôtir,
noircir, & toutes ces dix ne sont aussi qu'une
opération, laquelle est noirceur, laquelle il
faut 3. séparer, distiller, extraire, diviser la partie
dissoute de l'entière, & ces quatre ne sont 3. aussi qu'une à savoir séparer & cueillir la noirceur,
qui est la partie dissoute de la matière
non dissoute, laquelle faut 4. revivifier, fondre,
ajouter, paître, nourrir, submerger, donner 4. ingrès, refroidir, incérer, réduire, conjoindre,
imprégner, laver, inhumer, mondifier,
congeler, coaguler, augmenter, multiplier
pour la première fois, blanchir pour la première
fois, rubifier pour la première fois,
dessécher, arroser, humecter, imbiber,
& toutes ces vingt cinq ne font qu'une, à savoir
arroser & dessécher, Cette dessiccation faite,
& le blanc ou le rouge obtenu, 5. faut fixer, marier, 5.
fermenter, descendre, monter, blanchir,
pour la seconde fois rougir pour la seconde
fois, le rendre de nature de feu & très rouge
pour la première fois & la sublimer pour

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256 HARMONIE CHIMIQUE
la troisième fois. Ceci fait si la matière
n'est assez coulante, c'est à dire promptement
fondante eu feu, l'on vient à la cération. Or
tous ces mots d'opération sont dits & marqués
par leurs auteurs, mais mal entendus par les
chercheurs qui s'abusent, les uns s'imaginant
vue opération particulière, les autres plusieurs,
& par conséquent plusieurs vaisseau: fourneaux,
feux & diversités de drogues, que si ces
gens avaient un bon jugement, ils éplucheraient
l'intelligence de ces mots; pour exemple,
en la commixtion il y a plus d'une matière,
si plus d'une matière, les ingrédients de cette
composition se doivent embrasser qu'est entendu
par complexion, cet embrassement est environné
de quelque chose qui est dit *circondation,
en cette *circondation la composition se
forme, & pour cette composition l'amalgamation
se fait nécessairement, qui est la *mollification
des matières dures, lesquelles se ramollissants
& rendant en se dissolvent
& jettent leur semence ou soufre en matière
noire, & telle qu'a été décrite ci dessus, laquelle
étant cueillie, la faut cuire, en cette
cuite elle prend la couleur noire, qui est dite
morte ou mortifiée, cette mortification est dicte
combustion, en cette combustion la matière
est dite calcinée, pour ce que la chaux est
matière subtile, cette subtilité est dite triturée,
cette trituration se fait par corruption (car aucune
nouvelle forme ne peut advenir à une matière
sans perte & corruption, de la première
forme) cette corruption ne se peut faire sans digestion,
gestion
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CHAPITRE VI. 257
& cuite, cette digestion ne se peut faire
sans la dissolution de la première forme, en
cette dissolution, la matière se rôtit & la *rôtissure
engendre peu à peu un noircissement.
Cette noirceur achevée d'être cueillie en la
quantité désirée, est séparé du superflu, qui
est la trop grande quantité ou de l'eau minérale,
ou du corps d'où elle est sortie: ce qui est donc
séparé l'est de ses fèces: or en la distillation,
le subtil est séparé & extrait, ou tiré de l'épais,
de la vapeur qui est la matière dissoute de celle
qui ne l'est pas, est divisée d'icelle, cette matière
donc noire & pure étant séparée de l'entière,
doit être revivifiée, pour ce qu'elle était morte,
rendue fusible, pour ce qu'elle était sèche
en y ajoutant la viande, nommée cibation, &
la nutrition qu'est le mercure qu'on y épand
par dessus, & qui se cache parmi cette noirceur
qu'on nomme submersion ou submerger, qui
pour ce qu'il pénètre facilement s'appelle ingression,
pour ce que le mercure ou l'eau humecte
cette matière chaude & sèche, est dite
réfrigération, & pour ce que par cette réfrigération
la matière se rend liquide & se peut étendre
sur la main comme de cire, est dite incération,
& cette incération est dite réduction,
à savoir de chaud & sec, en froid & humide,
& en cette réduction se fait conjonction de
l'eau avec la poudre noire, & pour ce qu'en cette
conjonction la poudre croît, est appelé conception,
& pour ce que la matière noire commence
à changer de couleur, elle est dite se laver,
& pour ce que le mercure ne se voit plus,
R
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258 HARMONIE CHIMIQUE
on le dit inhumer, & en s'inhumant il enferme
avec soi ou chasse la noirceur, il est dit
mondifier, & pour ce que ce mercure ne coule
pas, il est dit être congelé, coagulé, augmenté
multiplié pour la première fois, car l'on ne cesse
d'ajouter un nouveau mercure à celui qui est
desséché & réduit en poudre, jusques à ce que le
tout soit blanc de la première blancheur, laquelle
par continuation de feu se rougit de la
première rougeur, laquelle se dessèche encore
& s'humecte encore par l'imbibition, & l'irroration
pour la joindre avec son levain, qui est
l'argent pour le blanc, ou l'or pour le jaune,
qui est appelé fixation, mariage, fermentation,
descente, pour ce que cette matière qui
était blanche ou rouge redevient noire,
puis reprenant sa couleur blanche ou rouge est
dite monter, & alors cette blancheur ou rougeur
est dite seconde, & la rougeur éclatante,
& qui s'obscurcit en rouge brun comme
sang vermeil brûlé, est dite ignition première,
& pour ce que cette rougeur est parue par
trois fois, une sans levain, la seconde avec levain,
& cette troisième par le levain donné
plusieurs fois, est dite sublimation troisième,
c'est à dire rendue excellente pour la troisième
fois, c'est ainsi donc qu'il faut entendre les
bons auteurs, & non s'imaginer des fantaisies
qui ne furent & ne seront jamais, mais comment
s'accorderont ils à Arnaud & autres qui ne
veulent pas que l'on emploie en cette fabrique
plus haut de cinquante écus, Oyons Monstrelet
en ses Chroniques & aux additions, disant

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CHAPITRE VI. 259
que sous Louis XI, année 1465. l'écu
d'or valait 26. s. 6. d. pièce, & f 85. Apres la
mort du Connétable de saint Paul, les écus,
qui avaient cours pour 24. s. 6. d. Parisis auraient
cours pour 35. *unzains & 8. d. Parisis, &
qu'on ferait des autres écus d'or qui auraient
un croissant au lieu de la couronne qui était
aux autres écus qui vaudraient 36. *unzains du
pris de 26. f. 6. d Parisis, & des *unzains neufs
de 12. tournois pièce, & su premier volume f.
320. 310. chap. 238. 251. l'écu d'or ne valait
que 88. s. Parisis, & aux antiquités de Paris
est marqué qu'à la chasse de sainte Geneviève
il y a neuf vingt treize marcs & demi
d'argent à 45. f. Parisis le marc, & cinq marcs
& demi d'or à seize livres le marc, c'était
l'an 1242. le 10. de Novembre qu'elle fut faite.
Puis donc que l'or & l'argent ne valaient pas
tant le marc, qu'à présent l'once ( car l'once de
l'or à présent vaut quarante livres, & l'once de
l'argent trois livres, qu'est le marc de l'or
trois cents vingt livres, & le marc d'argent
vingt quatre livres) qu'on ne trouve pas étrange,
si à présent la dépense en cette recherche
& travail va à beaucoup d'avantage, vu que
les ouvriers & les ouvrages, & toutes choses
sont extrêmement augmentées, pour preuve
qu'on voie si un homme pourrait vivre pour
huit deniers de pain, un demi setier de vin,
& quatre deniers de viande: car on lit au livre
intitulé le grand Aumônier p. 75 & 186. que
Philippe le Hardy l'an 1271. ordonne à ses prêtres
huit deniers de pain par jour, un setier
R ij
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260 HARMONIE CHIMIQUE
vin, quatre deniers pour la cuisine à perpétuité,
& l'écu d'à présent n'était qu'un, sol alors:
entrons à présent à dénouer les noeuds les plus
entortillés, & sans les couper, comme fit le
grand Alexandre, commençons à découvrir
au mieux qu'il nous peut être permis depuis le
commencement jusques à la fin toute cette besogne,
pour laquelle faire bien comprendre, il
nous est nécessaire redire ici plusieurs choses
déjà dites, que si le Lecteur fâcheux ne le
trouve bon, qu'il sache que ce n'est pour lui
que ceci est écrit, & que nous avons eu plus
de peine d'écrire que lui de dire, & que par
dessus toutes les sciences, celle-ci requiert les
redites.
Nous pourrions décrire ici mille opérations & une milliasse de recettes, que les charlatans
exposent & vendent, pour tirer la teinture des
métaux, pour déteindre & tirer la teinture de
l'or, pour faire des tiercelets, des médions, des
cinquante pour cent, & en fin, pour dire
tout on un mot faire la fausse monnaie: passant
donc sous silence toutes ces bagatelles, à la
vente desquelles les vendeurs sont plus avisés
que les acheteurs, car ils vendent, disent- ils,
un secret admirable, duquel ils ne se peuvent enrichir
qu'au moyen de cette vente, & ceux qui
l'achètent, croient en faire des montagnes
d'or, dont le premier n'est pas trompé, car il en
a l'argent, mais le second se trouve abusé, car il
a allégé & vidé sa bourse, & chargé & appesanti
son esprit de souci à chercher le moyen
de remplacer ce qu'il a baillé, mais laissons ce

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CHAPITRE VI. 261
charlatan, vendeur aux corbeaux; & l'acheteur
au repentir. Nous disons & assurons qu'âme Aucun n'a vivante n'a jamais fait ni or ni argent, ni ne pourra jamais fait
faire, cette fabrique étant oeuvre de la seule aucun mé- nature, impossible aux vivants de l'imiter aussi peu tal.
de ce fait qu'en plusieurs autres, mais ce que l'art
fait, est de purifier les métaux qu'on appelle
impurs, chassant ce qu'y a été mêlé d'hétérogène
ou étrange, & par conséquent les diminuant
de poids, achevant la coction & fixation
du grain d'icelui, & lui donnant la couleur
requise; & par ce moyen, le prix en est plus
grand. Or pour parvenir à cette dépuration & fixation
il n'y a qu'un moyen, nous disons un moyen seul
& unique qui a déjà été proposé par les doctes,
mais méprisé par les ignorants: de quoi les sages
se moquent ne le trouvant étrange, car si
la semonce que fait notre seul Sauveur Jésus
Christ aux hommes n'est écoutée ni suivie,
disant, je suis la porte, la vérité, & la vie, nul
ne peut aller au père que par moi, venez à moi
& je vous soulagerai, prenez mon joug, car
il est léger: & saint Paul qui dit & assure que
nous allions au trône de grâce où nous
avons un Avocat qui perpétuellement intercède
pour nous, & qu'icelui seul (qui est
Jésus Christ) nous est donné pour satisfaction
envers Dieu, & qu'à contre poil les hommes
vains & fous se cherchent d'autres avocats &
d'autres satisfactions, pourquoi n'en fera on de
même en cette recherche? O mortels pécheurs,
& vous curieux chercheurs, aimez & craignez
Dieu filialement, & lui ajoutez foi à
R iij
@

262 HARMONIE CHIMIQUE
cause qu'il est bon, & non pour crainte de sa Exhortation colère, Oderunt peccare mals formidine paena, à l'étude.
oderunt peccare boni virtutis amore, & vous curieux
trop tardifs à l'étude, & trop hâtifs à écouter
les charlatans, méchants & ignorants, écoutez
les doctes, qui assurent la science être vraie,
dans laquelle il n'est montré qu'une matière,
laquelle l'art ne fait point, aussi peu que la semence
de l'homme, mais la tire de l'or & de
l'argent par le moyen du mercure dedans un
simple vaisseau de verre sur un petit & lent feu,
notant en passant & y méditant, que lors que
notre cahos est sur le feu propre, & dans son
vaisseau convenable, l'eau y ramollit les corps,
mais lors que les corps y ont rendu leur feu
ou soufre, alors ce soufre qui est poudre
noire ou de couleur de brique impalpable, rend
l'eau en sa couleur & subtilité, mais l'eau en fin
rend ce soufre en sa couleur, elle demeurant
toujours sèche, poudre, & très subtile, jusqu'à
ce que par la continuation de la chaleur mesurée
& l'un & l'autre passent à la sphère du feu:
or étant sortie hors des corps doit être recueillie,
étant recueillie, doit être nourrie peu à peu,
& mise en pâte par le même mercure, qui
étant desséché & devenu poudre, doit être derechef
nourri & séché, & ainsi continuer de
nourrir & dessécher, jusques à ce que la blancheur
se montre, laquelle blancheur paraissant
on pourra fermenter commençant à se
jaunir ou bien la laisser sur le feu pour prendre
sa rougeur & icelle fermenter: à tout ceci
n'y a qu'un ordre, mais à cause que le temps est

@

CHAPITRE VI. 263
un peu long, &c duquel nous parlerons au chap.
dixième, & suivants. L'impatience des chercheurs
les fait égarer après des vanités, qui
promettent une grande brièveté pour aller à la
misère en poste, & à un repentir trop tardif
j'en appelle à témoin l'expérience journalière.

pict

D E L A N U T R I T I O N D E LA PIERRE DES Philosophes.
CHAPITRE VII.
T E X T E.
pict Umectez ce bas monde de Isaac. la rosée de Mai, jusqu'à ce qu'il porte des fleurs blanches, jaunes & rouges, ou nourri le Roi de son propre lait, jusques à ce qu'il soit
grand; ou mouille la terre de l'eau claire
& nette de Paradis, & cette eau remontera
derechef au ciel, & descendant
sur la terre, l'arrosera, & la rendra
fertile. Isaac l. I. c. 38.
R iiij
@

264 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
N Ous avons expressément tu une infinité de discours que nous pouvions faire sur le chap. précédent, pour ce que la diversité des
matières, sur lesquelles nous pouvions & pouvons
faire des gros volumes, aurait, été capable
de faire broncher plusieurs chercheurs,
notamment celles lesquelles nous avons éprouvées,
& avons vu éprouver à plusieurs opérateurs,
tant en cette ville de Paris, qu'à plusieurs
autres, auxquelles notre curiosité nous a porté
pour y voir & conférer avec ceux qui avaient
quelque bruit de science, car ce n'est notre intention
d'embrouiller les esprits encore faibles,
& comme perdus dans le labyrinthe du Dédale,
mais en leur ouvrant les yeux, leur bailler le peloton
d'Ariane; Quittez donc ces erreurs, sophistiques,
& amusement, nous vous en
conjurons par cette vérité, fille aînée du Ciel,
par le seul moyen de laquelle nous savons ce
que nous savons, & laquelle nous supplions
vous vouloir dessiller les paupières, &, sommes
assuré qu'elle le fera, si votre coeur est droit
& pur envers elle, comme elle se maintient sans
parure mondaine.
Arnaud, Hali, Calid, & plusieurs autres usé usé de ce mot de Monde, nous marquant fort
clairement, qu'il n'est que cette matière noire,
laquelle au chap. précédent a été cueillie de
l'Electre, & maintenant nous est enseigné le
moyen de l'élever à notre désir, ce qui se fera

@

CHAPITRE VII. 265
en l'imbibant du mercure d'une façon subtile,
c'est à savoir en forme de rosée qu'il dit de Mai.
Or pour ce que c'est un des plus grands secrets
de l'art, je n'ai encore rencontré aucun auteur
qui en aie exprimé ni la façon, ni la
quantité de l'eau que cette terre noire demande,
ni la longueur du temps; notre auteur se
contentant de dire que ce sera jusqu'à tant que
la blancheur paraisse, & alors ce sera
assez imbibé, arrosée, & nourri: car une partie
de cette terre ou poudre, ou soufre, ou charbon,
ou tête de corbeau, ou mercure double
ou comme on le voudra appeler, aura bu pour
le moins cinquante parties de son eau: continuant
donc le feu, cette blancheur nommée
eau deviendra jaune, dite air, fin du blanc &
commencement du rouge, puis rouge, nommé
feu, duquel quelqu'un dit, qu'il n'y a que trois
éléments au blanc, à savoir terre pour noir,
eau pour blanc, & air pour jaune, mais qu'au
rouge le feu y est de plus, à savoir le rouge,
lequel ne changera jamais plus, sinon en rougeur
plus obscure, laquelle tant plus sera noire,
d'autant plus teindra elle les corps blancs. Ce
Roi donc & cette terre est ce même monde,
& ce lait n'est que le mercure, c'est à dire l'argent
vif très pur nommé de Paradis à cause de
sa pureté, lequel montera au ciel, faisant allusion
à ce que plusieurs tiennent qu'il est aérien,
mais il veut dire qu'en ce mercure jeté sur cette
noirceur, ou cette noirceur imbibée dedans la
mer bouillante & écumante, après être descendu
& comme perdu par sa pesanteur dedans

@

266 HARMONIE CHIMIQUE
les cavernes de la terre, remonte derechef au
Ciel, non qu'il quitte la terre & s'en sépare,
mais bien devienne subtil & excellent, plusieurs
se sont par trop amusés & abusés à cette montée
& descente, laquelle ils ont trouvée être
un jouet baillé aux enfants pour les trompant
cacher le secret, ou bien pour déclarer obscurément
la dernière opération, de laquelle nous
parlerons en temps propre.

Texte.
L Es corps ne sont point nourris Lulle.
mais seulement leurs germes en eux mêmes avec la cuite du feu diversement
régie, car mêmes leurs corps ne sont
que la viande de leur semence, & cela
est vrai que les corps sont changés, altérés
& réduits à la nature du germe
spermatique, & ce germe s'augmente
en se coagulant, & se nourrit en se dilatant,
comme l'enfant au lait de la mère,
de même les corps se résolvent comme
la viande, & sont convertis en icelle,
de même la dissolution des corps
se fait alors que les corps se dissolvent,
la coagulation d'une nature ne se fait
point sans la dissolution de l'autre, ni
au contraire, & la forme à advenir, ne
peut être sans la corruption de la forme

@

CHAPITRE VII. 267
première, & la forme des corps à
cause de la forme venant des esprits,
& toute la substance des corps s'en va
en aliment & forme substantielle, & par
ainsi toute solution est mortification,
comme toute congélation est vinification
& cause de vie très-proche. Lulle
au codicille p. 69.
Lors que le noir s'imbibe avec l'eau, après la séparation par le filtre, ladite
matière noire se blanchit sur le porphyre,
mais aussi tôt qu'on triture la matière,
la blancheur se cache en la matière,
tellement que toujours le même
advient, jusques à ce que la vertu de
l'eau surmonte la force de la terre, toutefois
avant qu'on vienne à ce vrai terme
& couleur de terre, plusieurs & infinies
couleurs apparaîtront, desquelles
personne ne saurait donner raison, car
la terre durant la coction fait plusieurs
*glandulosités ou bossettes, semblables
à des vessies, auxquelles toutes les
couleurs du monde fort resplendissantes
apparaissent, ce qu'on ne croira
qu'après l'avoir vu. Le même en la sommaire
conclusion de son testament p. 66.
Notre argent vif entre, & se mêle
@

268 HARMONIE CHIMIQUE
actuellement à l'autre vulgaire, desséchant
son humidité phlegmatique, &
ôtant la froideur du corps, & le noircissant
comme charbon, lequel en après
se convertit en poudre. Le même en la
Clavicule I.

Scholie.
C 'Est une erreur de croire que les corps de l'or & de l'argent, ou tels qu'ils sont ou fondus, ou réduits en eau, comme on croit, ou
par l'eau régale, ou par l'eau forte, ou limés,
ou passés, comme on dit par le bec de l'alambic,
puissent être nourris, augmentés, ou
multipliés, ou en quantité, ou en qualité, ni
mêmes en couleur permanente par aucun tire
poil, pour ce que tels qu'ils sont, ils sont morts,
non qu'ils n'aient en eux leur semence, ou
soufre, ou esprit, mais tellement accablés
de quantité de terrestréité, que s'il n'en est
développé les corps demeurant sans produire,
seront toujours dits être morts, mais si ce
germe est extrait, comme il a été dit ci devant,
il pourra être nourri & élevé à un degré très-
haut, & alors ne se voulant contenter du lait
(à savoir du simple & purifié mercure, à celle
fin de le rendre plus fort, fixe & robuste) il
lui faudra bailler & manger le propre corps (ou
semblable) du quel il est sorti, & c'est ce que
notre Auteur dit que les corps sont la viande
de leur semence, c'est à savoir l'argent de la
semence ou germe blanchi, & l'or du germe
rougi. Or ce corps étant uni avec son propre

@

CHAPITRE VII. 269
germe, augmenté, coagulé, nourri & dilaté,
perd sa nature & se dissout de telle façon, qu'il
ne peut jamais être plus or, ou argent, comme
la viande mangée ne peut jamais plus être viande,
mais quelque autre chose qui n'est plus viande
de l'estomac, mais est nourriture de toutes les
autres parties du corps, car cette viande perd
souvent la nature qu'elle prend en tous les
lieux, & de son séjour, & de son passage, d'autant
qu'une nouvelle forme ne peut advenir
que la précédente ne se perde, mais il faut entendre
& remarquer soigneusement que ce Note. germe blanchi ou rougi ne mange point son
propre corps, c'est à dire ne doit être joint
à l'or ou à l'argent en corps qu'en la fermentation,
de laquelle il sera parlé en son propre lieu.
Mais voici un avertissement considérable Note. c'est qu'à toutes les fois que ce noir est imbibé
sur le porphyre (entendent par ce porphyre le
vaisseau de verre) ou par arrosement, ou par
l'eau bouillante & écumante, la matière noire
se blanchit principalement recueillie en forme
d'écume ou graisse, mais dedans peu de temps
cette blancheur est engloutie ou cachée par la
noirceur, mais finalement l'eau surmontant de
beaucoup, comme de la cinquantième partie
plus ou moins la terre; elle commence à démontrer
sa force, & donne premièrement, diversité
de fleurs ou couleurs très belles à voir, lesquelles
ne durent pas beaucoup, la fin desquelles Note. est la blancheur: faut aussi noter que
ce mercure ainsi tiré & noir est appelé fils ingrat,
pour ce qu'il ne se contente pas de se nourrir du

@

270 HARMONIE CHIMIQUE
lait ou mercure, mais il faut qu'il mange &
dévore sa mère ou son père, desquels il à été
engendré, que si c'est son père, il veut encore
dévorer sa mère, & l'ayant mangée il la
transmue en sa propre substance & couleur, si
que par après ni le fils qui a mangé son père &
sa mère, & le père & la mère qui ont été mangés,
sont tellement unis & faits une autre chose
qu'ils n'étaient auparavant, qu'il est impossible
de les séparer, ni anéantir par aucun
moyen ou cogité ou à cogiter.

Texte.
L A cibation est nommée nutrition Ripleus.
de notre matière sèche, donnant du lait & de viande modérément jusques
à ce qu'elle soit réduite au troisième
ordre. Ripleus p. 82.

Scholie.
N Ous avons vu quelques uns, qui ayant, de cette matière noire, ou par eux, ou par
autrui n'ont jamais peu trouver le moyen de
lui faire joindre & unir le mercure, & pour y
parvenir ont cherché une infinité de moyens
mais sans aucun fruit, lui donnant tantôt à
manger de viande froide, tantôt de liquide,
& lors qu'ils voient que la liquide disparaissait,
ils croient avoir trouvé la fève au gâteau,
mais le corps être gorgé du breuvage quatre
fois sa pesanteur, se mettait & montrait en

@

CHAPITRE VII. 271
corps disjoint de la matière ou poudre noire, &
se dépitant quittaient tout leur ouvrage: ô curieux
jusques à quand serez vous négligents à
chercher dans les livres (s'il ne vous est inspiré
d'en haut ou montré de quelque ami, ce grand secret,
où consiste l'union de l'eau froide, humide
& pesante avec cette matière noire, chaude,
sèche, & légère, laquelle par sa grande, puissante
& agissante chaleur & siccité, échauffera
& desséchera ladite humidité & froideur de
l'eau marine, & alors que cette noirceur aura
acquis sa perfection blanche ou rouge, alors,
dis je, l'on lui donnera de viande, & non du
lait, c'est à dire, l'on la fermentera avec l'or
ou l'argent, & non plus avec du mercure.

Texte.
F Ay la nourriture au feu de même Desiderable.
que l'enfant est nourri au ventre de la mère, d'autant que les quatre éléments
sont là, à savoir deux secs, le
feu & la terre, & deux mous, l'air &
l'eau, tellement qu'à celle fin qu'ils s'entretiennent
doucement dans le feu, il
faut précéder doucement, l'eau du
mercure ainsi cuite est appelée huile,
c'est à dire onguent, par lequel notre
magistère est parachevé parfaitement,
& lors que le blanchissement se fait,
on l'appelle eau, & lors qu'elle teint

@

272 HARMONIE CHIMIQUE
huile & l'eau est appelée esprit, &
l'âme est dite la teinture qu'est en
l'esprit, & partant l'âme est semée dedans
la terre foliée qui la retient, & la
poudre noire retient son eau. Desiderable
p. 25.
La pierre est nourrie du seul feu, le feu est le mercure parmi tous les Philosophes.
Le même p. 37.
Prends une once de notre soufre, mets le avec quatre onces de mercure,
purge avec le sel & vinaigre dans un vaisseau
de verre fermé hermétiquement,
& le colloque dedans un fourneau secret,
y mettant le feu, & le cuisant continuellement,
patiemment, & sans se
hâter, jusques à ce que le tout se fasse
cendre, car l'un se coagule avec l'autre,
à savoir la terre avec l'eau, & garde
toi bien que les esprits ne s'enfuient
par la force du feu: Par quoi tout ce
magistère n'est autre chose que dissoudre
parfaitement la pierre, & puis la
coaguler, fuit donc en ceci toute hâte,
faisant le tout par une accoutumance
de son feu. Le même p. 68.
L'eau & le feu suffisent pour blanchir. Le même p. 69.
La
@

CHAPITRE VII. 273
La noirceur se blanchit par le moyen du blanc fuyant, qui se coagule avec le
non fuyant, & se fait une même chose
en buvant sept fois son eau. Le même p.
74.
L'arrosement de la terre à celle fin qu'elle ne demeure sache, consiste totalement
en l'eau, prends la pierre & la triture
avec le lait, & sera blanche, se
multiplie, c'est à dire, se nourrit, si on
met une partie de la rosée de Mai avec
elle en la nutrition dans le vaisseau. Le
même p. 78.
Notre eau lave les saletés de notre terre. Le même. p. 93.
Notre pierre ne végète point, ni n'est point nourrie végétablement, mais
plutôt la multiplication arrive par apposition
de nature semblable à elle, car
chaque semblable arrête son semblable
lui étant apposé, & tant plus il en
prend & se multiplie, d'autant est il plus
pesant & actif en qualité & plus parfait.
Le même p. 158.
De même qu'en la première composition de cet oeuvre, aucune chose
étrange de sa nature n'y entre, de même
rien ne le multiplie, qui ne soit de la
S
@

274 HARMONIE CHIMIQUE
première disposition, cette pierre se
nourrit de beaucoup de semence féminine,
c'est à savoir du mercure, l'unissant
sensiblement & le composant
moyennant toutefois la digestion,
car un semblable retient à soi son
semblable par entremêlement, &
non par multiplication végétable, car il
n'y a rien qui nourrisse & multiplie la
pierre sous la génération de la forme,
que la semence qui la nourrit par son
mélange. Le même p. 59. en son Auréole
p. 193.

Scholie.
L 'Eau du mercure, (laquelle n'est autre chose que l'humidité d'icelui) étant consumée par me moyen de la siccité de la terre noire
avec laquelle elle est mêlée sur un feu lent, est
appelée huile ou onguent. Il faut noter qu'elle
n'acquiert pas ce nom d'huile tandis qu'elle se
blanchit, mais bien après, car durant son action
elle est encore en état d'être séparée, mais après
elle ne le peut plus être par aucun artifice. Or,
dit il l'eau est nommée esprit, & l'âme est appelée
la teinture qu'est en l'esprit, & partant
l'âme est semée dedans la terre foliée qui la
retient, c'est autant que s'il disait, lors que la
matière nommée sera blanche ou rouge, jette la dedans
l'or ou l'argent qui sont appelés terre foliée,
ou en feuilles pour être battue en feuilles

@

CHAPITRE VII. 275
subtiles ou en monnaie combien que comme
les feuilles couvrent les fruits en l'arbre, ainsi
ces corps couvrent la force & la vertu de cette
âme. Je ne puis passer ceci sans avoir été extrêmement
étonné d'un artiste Parisien qui
ayant mis une certaine matière sur son feu,
croyait pour la voir élever tous les jours
durant un couple de mois qu'elle s'y nourrissait
fonde, disait-il sur l'autorité de notre
Maître, qui dit que la pierre est nourrie du
seul feu, mais il ne prenait pas garde que sa
matière s'élevait en forme d'éponge, & n'augmentait
en poids, comme la fin lui fit connaître,
qu'aussi par ce feu le mercure est entendu
par tous les Philosophes desquels il est souvent
appelé feu de géhenne, duquel les corps sont
tourmentés: certes nous n'avons encore appris
qu'aucune chose soit nourrie du feu, soit élément
ou élémenté, pas mêmes ces mouches
nommés *Pyrausses, desquelles on marque la
naissance & demeurance parmi les flammes
des fournaises les plus ardentes, mais laissons
ces disputes à autres, & retournons à notre discours,
lequel sera d'ajouter à une once de
soufre quatre onces de mercure purifié, plusieurs
lui en donnent à chaque fois tant qu'il
en peut prendre, mais autres ne lui en donnent
que son quart. Ceux qui ont essayé l'un & l'autre
ont trouvé la dernière imbibition la plus
sûre & plus facile, & plus brève, quoi que
plus pénible, à cause de la fréquente sortie de
matière du dedans de son vaisseau pour la
nourrir, mais pour ôter toute difficulté à ceux
S ij
@

276 HARMONIE CHIMIQUE
qui veulent entendre ce passage nuement, & disent
que la pierre se parfait elle même, &
d'elle même sans y rien toucher, notre Auteur
marque que notre pierre n'est point comme
une plante, pour attirer insensiblement l'aliment
des lieux plus prochains, mais que si
nous voulons qu'elle se nourrisse, & s'augmente,
il faut de nécessité que nous lui ajoutions de
nouvelle matière laquelle ne sera d'autre nature
que de la sienne, mais de celle même, par laquelle
elle a eu son commencement qu'est le mercure
qu'il nomme semence féminine, qui seul
la peut nourrir & multiplier, toute autre chose
n'y pouvant être propre, quoi que plusieurs
ignorants crient & croient autrement.

Texte.
C Est une grande industrie de faire Rosaire.
les corps esprit, & au contraire, mais c'est chose véritable que si la quantité
volatile surmonte la quantité fixe,
finalement elle sera convertie en corps
spirituel, blanc ou rouge. Le petit Rosaire
p. 8.

Scholie.
N Ous avons par ci devant assez clairement montré la manière de rendre les corps esprit, à présent notre texte nous apprend que
pour faire quelque chose de bon, il nous faut

@

CHAPITRE VII. 277
ajouter grande quantité de mercure, sur un
peu de matière qu'il nomme fixe, quoi qu'elle
ne le soit actuellement, mais par puissance, ou
la comparant à la volatile du dit mercure, entendant
aussi la noirceur pour cette matière fixe, le
tout sera converti en un corps subtil, non pour
s'exhaler, mais propre à pénétrer, teindre &
parachever ce que nature a commencé dedans
les mines, & y laisse son commencement, comme
imparfait (suivant la commune opinion)
par les accidents qui s'y sont rencontrés, & ce parachèvement
sera l'étain le cuivre & le mercure,
en argent, & les uns & les autres en or vrai, nous
disons or vrai, d'autant que la fin de cet art n'est
de faire une teinture superficielle & séparable,
mais une fixe, & inséparable, ce qu'est impossible
à homme du Monde de faire que par cette
seule & unique voie, quoique les brouillons,
charlatans & trompeurs assurent au contraire.

Textes.
T Ournez & remettez l'eau sur sa Daustricus.
terre, jusques à ce qu'elle soit congelée, alors elle est plutôt convertie en
même nature par nature, prenant
nouvelle nature à chaque degré d'opération,
rendant à la cendre selon le ternaire
de son eau, & triture, &
cuits & réitère ceci souvent sans te fâcher,
car la terre ne germera point, sans
S iij
@

278 HARMONIE CHIMIQUE
un fréquent arrosement, & ne prendra
point l'arrosement sans dessiccation
précédente, par quoi chaque fois que
tu auras desséché, verses y d'eau ni
peu ni trop, mais tempérément, car si on
y met trop d'eau, on fera une mer d'angoisse,
que si aussi il y eu y a trop peu,
tout se brûlera: cuits donc autant que
tu as ajouté pour dissoudre, & en
imbibant dissout autant que la chaleur
en a desséché, gardant toujours
que l'âpreté & violence du feu ne brûle,
ne cessant point aussi la chaleur jusqu'à
ce que le tout ait pris au fond du
vaisseau forme de pierre. Par quoi si tu
mesures bien la chaleur, l'eau & le feu te
suffisent, d'autant qu'ils lavent, nettoient,
nourrissent, & ôtent l'obscurité
du corps. Daustricus p. 25.

Scholie.
C Est auteur nous admoneste d'user d'une très grande discrétion à l'arrosement, imbibition, ou nutrition de notre terre, & véritablement
c'est en cet endroit, où la plus
grande partie des artistes & chercheurs faillent
les uns par impatience, les autres par imprudence,
& ignorance, les uns mettant trop
d'eau à la fois nient tout, sans toutefois que

@

CHAPITRE VII. 279
rien se mêle, les autres manquant au trop peu,
perdent aussi tout, certes cette union de la terre Histoire re- noire avec l'eau blanche est toute la difficulté de marquable.
l'art, & assure avoir vu un personnage fort
docte & fort entendu en toutes les opérations
communes, qui par l'espace de vingt deux ans n'a
jamais su le trouver le moyen de joindre l'eau
avec la terre, tellement que je lui ai entendu
dire que cette terre noire n'était que la saleté
du mercure, & non la matière des Philosophes;
& caput corvi tant désiré, disant que si ce fut
été ce mercure & dissolution des corps, elle se
serait nourrie s'unissant avec son argent vif,
mais n'en étant que l'excrément, il ne se pouvait
ni unir, ni nourrir, ni augmenter, étant
chose vraie que l'excrément ne se peut ni nourrir,
ni augmenter, mais son ignorance le faisant
conclure, que puis qu'il ne savait faire
joindre l'une avec l'autre, & par conséquent
que ce noir ou tête de corbeau, tirée des deux
corps par le moyen d'un esprit très-dépurés au
jugement des plus pratiques, était leur excrément
& saleté, cela était mal conclu, tellement
qu'il quitta tout la pour chercher d'autres
chemins & opérations pour dissoudre l'or &
l'argent, & l'argent vif en leurs principes, lesquels
il croit être vrai soufre de vraie eau
transparente, & ayant quitté l'étude des bons
auteurs ne recherche que les recettes qu'il
achète ou à grand prix d'argent, ou de présent. Or
il faut joindre l'un avec l'autre par une subtilité
particulière, laquelle sera découverte en temps
& saison propre au chercheur, si son intérieur
S iiij
@

280 HARMONIE CHIMIQUE
est tel que la matière qu'il cherche & désire
avoir, est, ô mer que tu travailles de personnes!
ô graisse! ô écume nageante! ô eau bouillante
vue de plusieurs, & connue de peu, que
tu bourrelles de stupides! humectez, desséchez,
que votre tête de corbeau boive tout son soul
de son eau pure dedans la mer abondante, laquelle
bouillante unira & jettera hors de son
ventre une matière, comme graisse ou écume,
laquelle vous recueillerez au dessus de l'eau, ou
avec une cuillère percée, comme on fait l'écume
du pot, ou avec une plume, cette graisse ou
écume mise dedans sa matrice sur un feu propre
à couver un oeuf se desséchera, se mettra en
poudre, mais toujours noire, jusques à ce que
s'étant souvent plongée dedans la mer ondoyante
& desséchée par après sur le feu propre elle
devienne blanche, & demeure lavée, nourrie,
nettoyée, & reluisante au fond du vaisseau,
Dieu vous en fasse la grâce.

Texte.
L E mercure est mortifié par la vapeur La correction
du soufre sublimé & préparé des fous. & est coagulé en dureté & forme
métallique, La Correction des fous c. 18.
p. 19.

@

CHAPITRE VII. 281
Scholie.
N Ous avons dit ci devant que notre soufre est ainsi appelé, à cause de sa chaleur, siccité & facilité à pénétrer, c'est ce que notre
Auteur touche en peu de mots, car ce soufre
a été élevé ou sublimé à la superficie de l'Electre,
& se sentant agité dans la pleine & abondante
mer, il s'attache à ce qui le trouble & agite,
combattant & abatant, mais étant sorti de
ce combat tout trempé & tout mouillé n'a besoin
que d'être desséché, mais aussi tôt il rentre
au même lieu & & combat, d'où il sort encore
victorieux, mais toujours trempé &
mouillé, mais en fin comme il avait donné ses
couleurs à son combattant, finalement il les
contraindra non de céder, mais de prendre la
couleur de son dit combattant, & tous deux
demeurent coagulés & en dureté & en forme
métallique.

Texte.
L A terre est nommée mère des éléments, Trompette.
d'autant qu'elle porte son fils dedans son ventre, c'est à dire, qu'il
le faut nourrir de sa première & pure
substance, & le fils est appelé corps, ou
terre foliée, c'est à dire esprit & corps
mort. Le son de la trompette p. 36.
Prends la terre noire triturée, & l'imbibe
@

282 HARMONIE CHIMIQUE
de mercure, & la mets sur les cendres
chaudes pour le sécher, & fait ceci
deux, trois & quatre fois, imbibant
& desséchant jusques à ce que la terre
soit assez blanche & d'une blancheur fixe.
Le même p. 45. & tout de suite dit,
L'azoth, c'est à dire l'eau mercuriale, & le feu lavent & nettoient le laton,
c'est à dire la terre noire, & lui ôtent
son obscurité: or la préparation de la
terre se fait toujours avec l'eau, par
quoi telle pureté qu'il y aura en l'eau,
telle pureté se trouvera en la terre, &
ceci se fait au blanchissement & lavement
de la terre.
Lors qu'on a imbibé de mercure la terre noire, il se faut prendre garde de ne
rompre pas le verre, & ceci se fait sur
les cendres chaudes, & le temps de la Vingt ou tren- dessiccation de chacune imbibition est te jours de vingt ou trente jours naturels. Le par chaque
même p.46. imbibition. A la terre desséchée il faut mettre de mercure sa sixième ou septième partie
dans un verre scellé, puis la mettre sécher
sur les cendres ou feu lent, continuant
cette congélation & dessiccation
pour le moins quatre fois, car tant plus

@

CHAPITRE VII. 283
cette terre sera dissoute & congelée,
tant plus sera elle subtile & pénétrante
en la nature. Le même p. 48.
L'eau est un esprit purgeant, subtilisant & blanchissant le corps. Le même
p. 51.

Scholie.
L A terre est prise par les Auteurs en deux façons, ou lors de la première composition, car elle a son fils qu'est le soufre dans elle
même, & par conséquent les quatre éléments
qui sont le noir pour la terre, le blanc pour
l'eau, le jaune pour l'air, & le rouge pour le
feu; la seconde façon, cette terre est simplement
la noirceur, le soufre ou la semence,
comme on voudra dans laquelle noirceur le
blanc, le jaune & le rouge sont cachés, mais
en ce texte la première façon est entendue, &
ce fils qu'est la noirceur sera nourri du mercure
qui est sa première substance, l'imbibant,
& le desséchant sur un feu lent, non quatre
fois seulement, mais jusqu'à ce que la matière
devienne & demeure blanche, & pour les vingt
ou trente jours ne s'y faut amuser, car selon la
force de l'enfant, le sang se consume, & est
chose véritable que quelquefois la dessiccation
demeure beaucoup plus de temps à se faire,
laquelle si on n'attend patiemment & jusques
à ce que le tout soit fait poudre impalpable,
l'on est en danger de tout perdre: le reste

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284 HARMONIE CHIMIQUE
de cet auteur est assez clair & facile.

Texte.
J Etez donc l'eau sur la terre, & mêlez triturant & imbibant peu à peu de Avicenne. semaine en semaine, cuisant & calcinant
en après doucement, jusqu'à ce
que la terre ait bu cinquante parties
de son eau, & saches qu'il faut nourrir
la terre de son eau, premièrement peu à
peu, puis un peu davantage, comme il
est facile de comprendre par l'élèvement
des enfants. Par quoi triture
souvent la terre, & l'imbibe peu à peu,
de huit en 3. jours, la cuisant & calcinant
médiocrement au feu, & ne t'ennuie
point de réitérer souvent cet ouvrage,
car la terre n'apporte aucun
fruit sans fréquent arrosement: donc
étant séchée, & ayant beaucoup de soif
elle boit son humidité & son eau, & la
trituration n'est point bonne jusqu'à ce
que la terre & l'eau soient une même
chose, & même corps, ne te laisse donc
point de triturer & rôtir, jusqu'à ce que
la terre soit sèche & blanche, car cette
blancheur s'engendre de cette fréquente
& sèche trituration & dessiccation:
Toutefois prends toi garde d'imbiber

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CHAPITRE VII. 285
la terre que peu à peu, & avec longue
trituration après la dessiccation de
la terre, cuits autant en rôtissant que la
dissolution requière en imbibant. Avicenne
c. 5. p. 83.
Chasse la mort du corps par fréquent arrosement, mais autant que tu auras
dissout en humidité, autant dessécheras
tu en rôtissant. L'école des Philosophes
p. 125. Scholie.
L A matière noire est dite morte pour deux raisons, l'une à cause que demeurant toujours noire elle ne peut rendre aux métaux la
splendeur & la fixation que nous recherchons,
& pour ce regard elle est dite morte, l'autre est
à cause de la couleur noire hiéroglyphique de
la mort, car les corps morts en fin se rendent
noirs: Il faut donc chasser la mort du corps, c'est
à dire la noirceur, par le moyen de la réitérée,
& fréquente imbibition & dessiccation du mercure,
duquel on l'humectera, non de huit en
huit jours, comme déjà a été dit, mais au
temps que la matière sera totalement desséchée,
voire quelques jours après, car elle peut demeurer
quelques jours sans nourriture, & alors
ayant grand soif elle en boira & plus facilement
& en plus grande quantité. Texte.
L 'Eau est le purgatif, & cause la clarté à tout le corps, & à la médecine, Le jeu des faisant deux choses à la terre, car il lave enfants.

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286 HARMONIE CHIMIQUE
& teint, entend qui la lave s'appelle
eau, & en la teignant s'appelle air. Le
jeu des enfants p. 141.
Notre putréfaction n'est point sordide ni impure, mais est un mélange
d'eau avec la terre, & de terre avec l'eau
par menues parties, jusques à tant que le
tout soit fait un, car si l'eau ne le desséchait
avec la terre les couleurs ne paraîtraient
point. Le même p. 143.
La réduction est le troisième degré Aristote. de notre pierre & ouvrage, qui se fait
par la trituration de la terre, & l'incération
de l'eau sur icelle, or l'incération
de l'eau est réduire en humidité la terre
privée d'icelle humidité par la calcination,
& la faire en forme de terre, car
le corps sec & net est propre à boire:
d'autant que tout ce qui est sec désire
son humidité: liez donc les mains à la Lier les femme allaitant, à son dos, à celle fin mains de la qu'elle ne puisse offenser son fils, & mets femme allai-
sur son sain un crapaud qui la tète jusques tant cra- à ce qu'elle soit morte, & la femme paud. morte sera au feu, & le crapaud sera gros
du lait, mets donc la terre que dessus,
calcinée dedans un vaisseau, & mets y
dessus d'eau rectifiée, cuits ceci par un

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CHAPITRE VII. 287
lent feu durant une semaine, & puis
calcine doucement cette matière cuite,
à laquelle il faut ajouter d'autre
eau comme auparavant, cuisant lentement
par une semaine, calcinant
bellement, & derechef remettant nouvelle
eau pour cuire, & ainsi faisant
continuellement jusqu'à ce que la terre
aura bu six fois autant qu'elle pèse
de son eau, car la terre ne porte fruit
sans l'arrosement réitéré. Arroser,
dessécher, inhumer souvent est
l'effet souverain en cette affaire, il
faut donc nourrir premièrement la terre
d'un peu de lait en après de davantage,
& pourtant lave la terre, & la triture,
& la cuits jusques à tant qu'elle
ait bu de son eau tout autant qu'elle
en pourra boire, ou jusques à ce que la
terre sera comme pâte adhérente avec
l'eau, & pour faire cela le feu & l'azoth
te suffisent: cuits le sec de la terre noire
avec l'humidité de son eau, jusques à
ce que le sec ait l'humide, & tu auras
tout le magistère, d'autant que l'eau
étant épaisse & coagulée, la terre sera
toujours imprégnée d'un foetus &
prompte à accoucher. Aristote p. 165. 166.

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288 HARMONIE CHIMIQUE
Prends le corps de notre premier ouvrage, Aquin. avec la queue du dragon,
c'est à dire le lait virginal, y ajoutant
de nouveau mercure sept parties sur la
matière restante suivant le poids des
poudres. D'Aquin c. 7.

Scholie.
R Edisons, quoique fort souvent, que le premier degré de nos opérations est la dissolution des corps, le second est la décollation
du corbeau ou collection de la matière dissoute
ou matière noire; le troisième en le lavement
ou nutrition de cette matière dissoute avec
l'eau qu'Aristote appelle incération, d'autant
qu'en cette opération la matière se rend facile à
être fondue comme cire: or pour montrer
qu'il n'y a point de poids à l'eau, il dit qu'il faut
continuer cette opération jusques à ce que la
terre n'en veuille plus, c'est à dire qu'elle soit
blanche, car ce que l'un dit cinquante fois,
l'autre dix, l'autre plus, l'autre moins, ce sont
des nombres finis pour des non finis: Par ci devant
nous avons parlé du crapaud, & de l'abus
que plusieurs y trouvent, lors qu'ils prennent
le crapaud animal, & lui ayant rempli (étant
encore en vie) le ventre d'argent vif, le mettent
dedans un vaisseau fermé au mieux qu'ils
peuvent, & puis dedans ou dessus un feu par
quelque temps, lequel passé, & le vaisseau refroidi,
& ouvert, trouvent le crapaud en cendre
dre
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CHAPITRE VII. 289
si le feu a rougi le pot & le mercure, courant
comme il était auparavant, si le vaisseau
a été bien fermé, sinon exhalé, le crapaud est
la poudre noire, laquelle s'enfle & s'engrosse
par l'apposition du mercure qu'on lui ajoute,
& qui en fin se crevant pour avoir trop mangé,
son venin se répand, c'est à dire la noirceur
s'effaçant, le blanc, le jaune, & le rouge se
paraissent, qui sont le venin qui tue le mauvais
grain des métaux qu'on appelle imparfaits
& conserve en iceux ce qui y est de bon.

Texte.
L E composé étant arrosé par l'eau Flamel.
divine, ne laisse point rompre les corps, mais bien plutôt leur ôte la
noirceur, que l'écume de l'argent de la
magnésie lui a mêlée, & blanchit les
corps, & les autres choses de même
genre. Flamel p. 108.
L'art est nourri de même des eaux qu'est l'enfant du lait, voyez comme
vous arroserez vos terres, & comme
vous nourrirez vos semences, à celle fin
que vous en recueilliez un fruit mûr.
Le même p. 186.
T
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