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Réfer. : 1308 .
Auteur : Lagneau, David.
Titre : Harmonie Mystique.
S/titre : ou Accord des Philosophes....

Editeur : Melchior Mondiere. Paris.
Date éd. : 1636 .
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H A R M O N I E M Y S T I Q V E,
o v ACCORD DES PHILOSOPHES Chymiques, avec les Scholies sur les plus difficiles
passages des Autheurs y allegués, desquels les noms sont és pages suiuantes.
Le tout par LE Sr L A G N E A U d'Aix en Prouence, Conseiller & Medecin ordinaire du Roi. Traduit par le Sr VEILLUTIL.
Celuy qui connaist le consentement & accord des Philosophes,traictant de cette partie, jouïst d'un admirable
contentement, & plusieurs sont plustost menés par
opinion aveugle, que par l'étude de la verité.

Turpe enim difficiles habere nugas, Et vanus labor est ineptiarum.
pict
A P A R I S , Chez MELCHIOR MONDIERE, en la Cour du Palais près la Chapelle Sainct Michel joignant
le bastiment neuf du Thresor. -------------------------------------- M. DC. XXXVI.
+@

ATTENTION: **********************

Avertissement au lecteur.
------------------------------

Par erreur les notes des pages impaires ne sont pas à droite du texte, mais à gauche.
Les belles pages sont, quant à elles, correctes. Que l'aimable lecteur veuille bien nous en excuser,
la conformité du texte n'étant pas altérée par cet
incident.

Début de la seconde partie. Voir HARMO101
pour le début de cet ouvrage.
ATTENTION: **********************

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242 HARMONIE CHIMIQUE
faciles à fondre. Par quoi celui qui sublime
parfaitement, subtilise & parachève
tout l'ouvrage. Le même.
Si le Soleil, & la Lune étaient plus Bacon &
parfaits, ou au double, ou quadruple Jean Meung.
ou centuple, ou plus outre, ils parferaient
les imparfaits. Bacon p. 53. &
Jean de Meung p. 15.
La solution, & coagulation, sont en une Calid.
même opération, & requièrent même
opération, & ceci devant la composition,
mais après la composition
d'icelles, l'ouvrage sera divers, mais cette
solution & congélation que j'ai dictes
sont la dissolution des corps & congélation
de l'esprit, & sont deux, & ont
une même opération, d'autant que
l'esprit ne se congèle point, que par la
solution du corps, & semblablement, le
corps ne se dissout point sans la congélation
de l'esprit, & le corps & l'âme,
lors qu'ils se joignent ensemble, chacun
d'eux agit en son compagnon pour
le faire semblable à soi. Calid. c. I.
Si tu ne convertis les corps en subtilité,
tellement qu'ils soient subtils & impalpables
au toucher, tu n'auras point
ce que tu cherches, & s'ils ne sont triturés,
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CHAPITRE VI. 243
retourne à l'ouvrage jusques à ce
qu'ils soient triturés & faits subtils, que
si tu fais cela, ce que tu désires advienne.
Le même.
Apres la solution & la coagulation, on
nomme cela, composition. Le même.
L'Assation est la vraie putréfaction, Des Comtes.
& disposition première, laquelle est
nommée sublimation, or le subtil se sublime
de l'épais doucement, mais avec
grand jugement il montera de la terre
au ciel, & en après descendra du ciel en
terre, par quoi saches, mon fils, que
suivant que tu nettoieras notre médecine,
tu la trouveras sur la fin pure, ou
impure. Nicolas des Comtes p. 4.
Les dispositions du magistère sont 1.
première sublimation, 2. calcination, 3.
solution, 4. ablution, 5. cération, 6.
coagulation 7. fixation, quelques uns
en ont mis neuf, à savoir la distillation
& la descente, mais ces deux sont à l'ablution,
& ceci a été fait pour obscurcir
la science. Le même p. 6.
Geber a mis toute la perfection en la
seule sublimation, mais peu de gens
l'entendent, car la sublimation n'est
autre chose selon que les Philosophes
Q ij
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244 HARMONIE CHIMIQUE
veulent que la séparation des choses
subtiles d'avec les grossières, & ceci se
doit faire avec le feu lent, car si tu fais
séparation avec le feu violent, les parties
grosses montent avec les subtiles,
tellement qu'il n'y aurait aucune séparation.
Le même p. 9.
Notre sublimation n'est point la sublimation
vulgaire, pour ce qu'en cette
sublimation toutes les opérations
suivantes sont comprises, I. purification,
2. solution, 3. putréfaction, 4.
ablution ou incération, 5. coagulation
(en laquelle l'eau se dessèche doucement
par notre Soleil, & s'unissent &
coagulent ensemble, & se tournent en
pierre que si on fait cela, l'opération
sera complète, & non autrement) 6.
calcination, d'où nous disons que qui
sait parfaitement faire la sublimation,
sait tout l'ouvrage, & toutes ces opérations
se font en un vaisseau, & non en
plusieurs, en un fourneau & non en plusieurs.
Le même p. 11.
Les moyens de convertir les éléments
sont dissoudre le gros en simple, laver
l'obscur en suivant, réduire l'humide en
sec, & fixer le volatil sur son corps.
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CHAPITRE VI. 245
Le même p. 15.
Dissous les corps nets, & également
dedans le mercure cru. Le même p. 15.
Par le bénéfice de l'eau, notre oeuvre
se blanchit, se rougit, se tue, se vivifie,
se brûle, dissout, congèle, pourrit
& germe: cuits donc peu à peu pourrissant,
jusques à ce qu'il soit changé de
couleur en couleur parfaite, te gardant
bien au commencement de brûler
ses fleurs, ni sa verdeur, & ne veuille
tôt parachever ton oeuvre, prenant
garde que ta porte soit bien & sûrement
fermée, de peur que celui qui est
dedans ne s'envole, & par l'aide de
Dieu tu viendras à la perfection. Note
donc, mon fils très-cher, que dissoudre,
calciner, sublimer, teindre, laver, refroidir,
arroser, extraire, coaguler
humecter, imbiber, cuire, fixer, triturer
& dessécher sont même chose. Le
même p. 20.
Il a plusieurs noms qui ne sont qu'une
même chose, & même régime, d'autant
que ce n'est autre chose que cuire
& triturer, jusques à ce que la poudre
soit faite, cuisez donc le vif argent & le
soufre, jusques à ce qu'ils soient faits
Q iij
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246 HARMONIE CHIMIQUE
un dans le vaisseau bien clos. Le même
p. 23.
Le régime de notre pierre est un, Dastin.
icelui est cuire continuellement & incessamment
en son vaisseau, sans intermission,
jusques à ce qu'on aie la fin désirée.
Dastin p. 29.
Prends garde qu'en mondifiant tu ne
perdes sa vertu, que la force actrice ne
soit suffoquée, par quoi ne prend point
cette matière que pure, nette crue, lisse,
terrestre, sincère & droite, car si tu fais
autrement rien de bon ne sortira. Le même
p. 30.
Brûle notre airain avec un petit feu,
semblable à celui de la nourriture des
oeufs, jusques à ce que le corps soit abattu,
& la teinture soit extraite laquelle
ne s'extrait pas tout à la fois, mais fort
peu à peu, & de jour à autre, jusques à ce
que par un long temps soit achevé, ce
qui se dissout monte toujours en haut,
encore que le plus demeure en bas. Le
même, même p.
Le principe qui est le dernier en la Parisien.
résolution est le principe en la composition.
Un Parisien commence, Mon
Seigneur sous correction.
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CHAPITRE VI. 247
La sublimation n'est autre chose que Helie.
l'élévation des parties très-subtiles des
choses grossières, laquelle se fait par
un feu lent. Helie c. 5.
Toutes les opérations, à savoir sept
distillations, sept imbibitions, sept incérations,
sept putréfactions, sept descentes,
sept congélations, se font en un
même vaisseau, & non en plusieurs. Le
même à la fin du livre.
Conclus que tu n'as pas besoin de ces Armingan-
opérations mises pour aveugler les dus.
ignorants, à savoir sublimer, dissoudre, L'étude re-
humecter, arroser, imbiber, distiller, commande.
monter, descendre, pourrir, monder,
nourrir, chauffer, cuire, dessécher,
blanchir, teindre, cérer, congeler, calciner
& fixer, par quoi sois assidu à
l'étude, & persiste à l'opération. Armingandus
au commencement du livre I.
Tu sépareras, c'est à dire dissoudras, Ortulan.
car la dissolution est la séparation de la
terre d'avec le feu, & du subtil du grossier
& épais. Ortulan.
Prends la pierre récente, sans faire autre Daniel.
division, mets la dedans un vaisseau
bien scellé, & puis mets la dedans son
lit mollet, la cuisant jusques à tant
Q iiij
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248 HARMONIE CHIMIQUE
qu'elle soit parfaite, mais remarque
bien que tout l'effet consiste au feu,
& tout l'art se fait en un vaisseau, avec
un feu lent, & un seul fourneau, où se
sublime, calcine, distille, lave, descend,
incère, putréfie & fixe, & se tue & vivifie
soi même. Daniel de Justinopoli.
Il y a quatre régimes, à savoir la solution, Payen.
laquelle n'est autre chose que la
conversion de tous les éléments en eau,
2. ablution qu'est réduction de tous les
éléments en air & alors tous sont sublimés,
3. réduction, qu'est la conversion
de tous les éléments en terre, & imbibition
de l'eau sur la terre, 4. fixation,
dernière opération qui se fait convertissant
tous les éléments en feu. Payen
p. I.
L'imbibition, la décoction, contrition,
solution congélation, sublimation,
calcination se font en un même vaisseau.
Le même p. 8.
Le feu se coagule en air, l'air se coagule
& tourne en eau, l'eau se coagule & retourne Incertain.
en terre. Incertain, commençant,
Cher fils.
La séparation des éléments se fait, Rouillac.
lors que la terre passe en eau, l'eau en
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CHAPITRE VI. 249
air, l'air en feu, & ces opérations ne
sont autres que dissoudre. Rouillac p. 6.
Il faut quatre parties d'eau métallique
pour une de soufre. Le même p. 7.
Végéter, aiguiser, animer le suc de
la lunaire ou le minéral, sont même
chose, & cet ouvrage se fait peu à peu
avec un petit de notre soufre. Le même
p. 44.
Prends une once d'or, & quatre onces
d'argent vif ne plus ne moins. Le même
p. 52.
La séparation des éléments n'est point
séparer l'un d'avec l'autre parmi les
Philosophes chimiques, mais c'est convertir
l'eau en feu, & la terre en air,
comme un homme bilieux par succession
de temps se rend mélancolique, pour
ce qu'il se dessèche. Le même p. 56.
Note, mon fis, que dissoudre, calciner, Synésius.
teindre, blanchir, refroidir, humecter,
laver coaguler, imbiber, cuire,
fixer, triturer, dessécher, distiller
n'est qu'une opération, à savoir cuire la
matière jusques à la perfection, dedans
un vaisseau bien clos, jusques à ce que la
matière (par un feu seul) soit blanchie,
& le feu augmenté, rougie. Synésius p.
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250 HARMONIE CHIMIQUE
2. le livre commence, Combien que les Philosophes
anciens.
Nous ne pouvons point imiter nature Geber.
en toutes les différences des propriétés,
à savoir en la proportion des éléments
mêlables, ni au moyen de les
mêler ensemble, ni en chaleur, par laquelle
nature épaissit les métaux. Geber
l. I. c. 10. de la sommaire perfection.
Les opérations auxquelles l'artiste se
doit appliquer pour cet ouvrage, sont
la sublimation, la descente, la distillation,
calcination, solution, coagulation,
fixation & la cération. Le même p.
39.
Le Soleil, & la Lune, d'autant qu'ils sont
corps parfaits n'ont besoin d'autre préparation,
sinon que leurs parties soient
subtilisées, & réduites de la corporalité
à la spiritualité fixe, & après être préparés
suffisamment seront propres pour
faire l'élixir magistral blanc ou rouge.
Le même. c. I. de la recherche du magistère.
En tout le monde n'y a qu'un seul Artéphius.
agent pour cet art qui puisse résoudre,
& réincruder les corps métalliques sous
la conservation de leur espèce: Il y a
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CHAPITRE VI. 251
donc un seul moyen propre & naturel,
par lequel nous devons résoudre les
corps parfaits du Soleil & de la Lune
d'une admirable & authentique solution,
sous la conservation de leur espèce,
sans aucune destruction si ce n'est à une
nouvelle, plus noble & meilleure forme
ou génération, à savoir en pierre
parfaite des Philosophes, qui est leur
secret & trésor admirable. Or cette
eau est certaine substance moyenne,
claire comme argent pur, laquelle doit
recevoir les teintures du Soleil & de la
Lune, à celle fin qu'elle soit congelée &
convertie en terre blanche vive; Or ceste
eau a besoin des corps parfaits, à
celle fin qu'elle soit congelée, fixée &
coagulée en terre blanche après la dissolution,
& cette eau, est un feu végétable,
animal & minéral, conservant l'esprit
fixe du Soleil & de la Lune, & la transmutation
des métaux imparfaits ne
se peut faire par les corps parfaits
secs, si premièrement ils ne sont remis
en leur première matière molle & coulante.
Artéphius, p. 12. commence, l'antimoine.
La dernière fois, dis je, cuits en notre
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252 HARMONIE CHIMIQUE
eau blanche, c'est à dire au mercure
jusques à ce qu'il soit dissout en noirceur,
en après la noirceur se perdra par
la décoction naturelle. Le même p. 43.
L'esprit qui plus garde la nature de
l'esprit, tant mieux défend il de la
vitrification: or l'esprit qui est seulement
purifié le garde mieux, que celui qui est
purifié, fixé, calciné & dissout, par
quoi il est nécessaire de mener un tel
avec lui. Le même, même chap. & un
peu après il écrit.
De quelque matière que ce soit qu'on
tire la médecine du mercure, faut qu'icelle
matière soit d'une substance très-
subtile & très pure, adhérente à icelui
naturellement, fondante facilement, &
subtile comme eau, & tellement fixe
qu'elle résiste au feu.
Encore bien que les Philosophes Dominus
aient mis plusieurs ordres de travailler, vobiscum.
ils ne l'ont fait que pour aveugler l'esprit
des ignorants, car il n'y a qu'une
médecine, un vaisseau, un régime, une
disposition au blanc & au rouge, & n'est
besoin de triturer avec la main, ni
mettre rien d'étrange, ni rien de superflu,
une partie étant spirituelle, l'autre
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CHAPITRE VI. 253
corporelle, l'une améliorant l'autre.
Dominus vobiscum p. 56.
Cuisez le tout jusqu'à ce qu'il se fasse Ventura.
une graisse épaisse, mettez la sur un feu
lent, jusqu'à ce qu'il se fasse une pierre
blanche, cuisez la encore jusques à ce
qu'elle soit desséchée & réduite en
poudre sèche. Ventura c. 24. p. 134.
Cuisez avec l'eau de mer (car l'eau est
plus grande que la terre) jusques à ce
que les tablettes se rompent, c'est à dire
se dissolvent, & soit fait eau, ou comme
un bouillon gras. Le même c. 25.
p. 145.
La matière est dissoute par putréfaction Valentin.
& unie dedans le bain, & produit ses
fleurs sur les cendres & en son humidité
superflue est desséchée sur le sable,
mais la flamme vive fait le parfait
mûrissement, n'étant pourtant à dire
qu'il soit besoin, ni de bain marie, ni
de fiente de cheval, ni de cendre, ni de
sable, mais que le feu soit bien proportionné
selon que la matière le demande.
Basile, Valentin p. 45 clef. 10.
En décrivant l'augmentation, nous Greverius.
n'entendons pas la multiplication, d'autant
que la multiplication du germe n'est
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254 HARMONIE CHIMIQUE
point faite qu'après avoir semé de nouveau
la semence: or l'augmentation du
germe est faite avant la multiplication
de la semence. Greverius p. 27.
Prends ton corps noir & le calcine en Lulle.
même vaisseau par trois jours, & puis
le laisse refroidir, & ayant ouvert le
vaisseau, tu trouveras ta terre spongieuse
& morte, laquelle tu garderas jusques
à ce qu'il faille joindre le corps avec l'âme.
Raymond Lulle en sa Clavicule c. 8.
Toutes les distillations, subtilisations, 3. paroles.
calcinations, rubifications, fusions,
résolutions, congélations, & mortifications
du mercure se font dedans le feu,
p 57. c. 99. l. 3. du livre des trois parole de
Geber.
Saches que les Philosophes ont fait Tritemius.
plusieurs chapitres pour sublimer, distiller,
séparer, pourrir, laver, incérer,
calciner, toutes lesquelles ne sont qu'une
opération, lesquelles sont faites en un
vaisseau, Tritemius au dernier axiome Philosophique.
p. 106.
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CHAPITRE VI. 255
Scholie.
T Outes les opérations, lesquelles sont décrites
par les Philosophes chimiques, comme
nécessaires à ce divin oeuvre, peuvent être
mises en cinq classes ou ordres, au premier Cinq opéra-
nous mettons la commixtion, complexion, tions.
*circondation, composition, & amalgamation,
& dirons véritablement que toutes ces cinq ne 1.
font qu'une, à savoir l'amalgame, lequel il
faut cuire, mortifier, comburer, calciner, triturer, 2.
corrompre, digérer, dissoudre, rôtir,
noircir, & toutes ces dix ne sont aussi qu'une
opération, laquelle est noirceur, laquelle il
faut 3. séparer, distiller, extraire, diviser la partie
dissoute de l'entière, & ces quatre ne sont 3.
aussi qu'une à savoir séparer & cueillir la noirceur,
qui est la partie dissoute de la matière
non dissoute, laquelle faut 4. revivifier, fondre,
ajouter, paître, nourrir, submerger, donner 4.
ingrès, refroidir, incérer, réduire, conjoindre,
imprégner, laver, inhumer, mondifier,
congeler, coaguler, augmenter, multiplier
pour la première fois, blanchir pour la première
fois, rubifier pour la première fois,
dessécher, arroser, humecter, imbiber,
& toutes ces vingt cinq ne font qu'une, à savoir
arroser & dessécher, Cette dessiccation faite,
& le blanc ou le rouge obtenu, 5. faut fixer, marier, 5.
fermenter, descendre, monter, blanchir,
pour la seconde fois rougir pour la seconde
fois, le rendre de nature de feu & très rouge
pour la première fois & la sublimer pour
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256 HARMONIE CHIMIQUE
la troisième fois. Ceci fait si la matière
n'est assez coulante, c'est à dire promptement
fondante eu feu, l'on vient à la cération. Or
tous ces mots d'opération sont dits & marqués
par leurs auteurs, mais mal entendus par les
chercheurs qui s'abusent, les uns s'imaginant
vue opération particulière, les autres plusieurs,
& par conséquent plusieurs vaisseau: fourneaux,
feux & diversités de drogues, que si ces
gens avaient un bon jugement, ils éplucheraient
l'intelligence de ces mots; pour exemple,
en la commixtion il y a plus d'une matière,
si plus d'une matière, les ingrédients de cette
composition se doivent embrasser qu'est entendu
par complexion, cet embrassement est environné
de quelque chose qui est dit *circondation,
en cette *circondation la composition se
forme, & pour cette composition l'amalgamation
se fait nécessairement, qui est la *mollification
des matières dures, lesquelles se ramollissants
& rendant en se dissolvent
& jettent leur semence ou soufre en matière
noire, & telle qu'a été décrite ci dessus, laquelle
étant cueillie, la faut cuire, en cette
cuite elle prend la couleur noire, qui est dite
morte ou mortifiée, cette mortification est dicte
combustion, en cette combustion la matière
est dite calcinée, pour ce que la chaux est
matière subtile, cette subtilité est dite triturée,
cette trituration se fait par corruption (car aucune
nouvelle forme ne peut advenir à une matière
sans perte & corruption, de la première
forme) cette corruption ne se peut faire sans digestion,
gestion
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CHAPITRE VI. 257
& cuite, cette digestion ne se peut faire
sans la dissolution de la première forme, en
cette dissolution, la matière se rôtit & la *rôtissure
engendre peu à peu un noircissement.
Cette noirceur achevée d'être cueillie en la
quantité désirée, est séparé du superflu, qui
est la trop grande quantité ou de l'eau minérale,
ou du corps d'où elle est sortie: ce qui est donc
séparé l'est de ses fèces: or en la distillation,
le subtil est séparé & extrait, ou tiré de l'épais,
de la vapeur qui est la matière dissoute de celle
qui ne l'est pas, est divisée d'icelle, cette matière
donc noire & pure étant séparée de l'entière,
doit être revivifiée, pour ce qu'elle était morte,
rendue fusible, pour ce qu'elle était sèche
en y ajoutant la viande, nommée cibation, &
la nutrition qu'est le mercure qu'on y épand
par dessus, & qui se cache parmi cette noirceur
qu'on nomme submersion ou submerger, qui
pour ce qu'il pénètre facilement s'appelle ingression,
pour ce que le mercure ou l'eau humecte
cette matière chaude & sèche, est dite
réfrigération, & pour ce que par cette réfrigération
la matière se rend liquide & se peut étendre
sur la main comme de cire, est dite incération,
& cette incération est dite réduction,
à savoir de chaud & sec, en froid & humide,
& en cette réduction se fait conjonction de
l'eau avec la poudre noire, & pour ce qu'en cette
conjonction la poudre croît, est appelé conception,
& pour ce que la matière noire commence
à changer de couleur, elle est dite se laver,
& pour ce que le mercure ne se voit plus,
R
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258 HARMONIE CHIMIQUE
on le dit inhumer, & en s'inhumant il enferme
avec soi ou chasse la noirceur, il est dit
mondifier, & pour ce que ce mercure ne coule
pas, il est dit être congelé, coagulé, augmenté
multiplié pour la première fois, car l'on ne cesse
d'ajouter un nouveau mercure à celui qui est
desséché & réduit en poudre, jusques à ce que le
tout soit blanc de la première blancheur, laquelle
par continuation de feu se rougit de la
première rougeur, laquelle se dessèche encore
& s'humecte encore par l'imbibition, & l'irroration
pour la joindre avec son levain, qui est
l'argent pour le blanc, ou l'or pour le jaune,
qui est appelé fixation, mariage, fermentation,
descente, pour ce que cette matière qui
était blanche ou rouge redevient noire,
puis reprenant sa couleur blanche ou rouge est
dite monter, & alors cette blancheur ou rougeur
est dite seconde, & la rougeur éclatante,
& qui s'obscurcit en rouge brun comme
sang vermeil brûlé, est dite ignition première,
& pour ce que cette rougeur est parue par
trois fois, une sans levain, la seconde avec levain,
& cette troisième par le levain donné
plusieurs fois, est dite sublimation troisième,
c'est à dire rendue excellente pour la troisième
fois, c'est ainsi donc qu'il faut entendre les
bons auteurs, & non s'imaginer des fantaisies
qui ne furent & ne seront jamais, mais comment
s'accorderont ils à Arnaud & autres qui ne
veulent pas que l'on emploie en cette fabrique
plus haut de cinquante écus, Oyons Monstrelet
en ses Chroniques & aux additions, disant
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CHAPITRE VI. 259
que sous Louis XI, année 1465. l'écu
d'or valait 26. s. 6. d. pièce, & f 85. Apres la
mort du Connétable de saint Paul, les écus,
qui avaient cours pour 24. s. 6. d. Parisis auraient
cours pour 35. *unzains & 8. d. Parisis, &
qu'on ferait des autres écus d'or qui auraient
un croissant au lieu de la couronne qui était
aux autres écus qui vaudraient 36. *unzains du
pris de 26. f. 6. d Parisis, & des *unzains neufs
de 12. tournois pièce, & su premier volume f.
320. 310. chap. 238. 251. l'écu d'or ne valait
que 88. s. Parisis, & aux antiquités de Paris
est marqué qu'à la chasse de sainte Geneviève
il y a neuf vingt treize marcs & demi
d'argent à 45. f. Parisis le marc, & cinq marcs
& demi d'or à seize livres le marc, c'était
l'an 1242. le 10. de Novembre qu'elle fut faite.
Puis donc que l'or & l'argent ne valaient pas
tant le marc, qu'à présent l'once ( car l'once de
l'or à présent vaut quarante livres, & l'once de
l'argent trois livres, qu'est le marc de l'or
trois cents vingt livres, & le marc d'argent
vingt quatre livres) qu'on ne trouve pas étrange,
si à présent la dépense en cette recherche
& travail va à beaucoup d'avantage, vu que
les ouvriers & les ouvrages, & toutes choses
sont extrêmement augmentées, pour preuve
qu'on voie si un homme pourrait vivre pour
huit deniers de pain, un demi setier de vin,
& quatre deniers de viande: car on lit au livre
intitulé le grand Aumônier p. 75 & 186. que
Philippe le Hardy l'an 1271. ordonne à ses prêtres
huit deniers de pain par jour, un setier
R ij
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260 HARMONIE CHIMIQUE
vin, quatre deniers pour la cuisine à perpétuité,
& l'écu d'à présent n'était qu'un, sol alors:
entrons à présent à dénouer les noeuds les plus
entortillés, & sans les couper, comme fit le
grand Alexandre, commençons à découvrir
au mieux qu'il nous peut être permis depuis le
commencement jusques à la fin toute cette besogne,
pour laquelle faire bien comprendre, il
nous est nécessaire redire ici plusieurs choses
déjà dites, que si le Lecteur fâcheux ne le
trouve bon, qu'il sache que ce n'est pour lui
que ceci est écrit, & que nous avons eu plus
de peine d'écrire que lui de dire, & que par
dessus toutes les sciences, celle-ci requiert les
redites.
Nous pourrions décrire ici mille opérations
& une milliasse de recettes, que les charlatans
exposent & vendent, pour tirer la teinture des
métaux, pour déteindre & tirer la teinture de
l'or, pour faire des tiercelets, des médions, des
cinquante pour cent, & en fin, pour dire
tout on un mot faire la fausse monnaie: passant
donc sous silence toutes ces bagatelles, à la
vente desquelles les vendeurs sont plus avisés
que les acheteurs, car ils vendent, disent- ils,
un secret admirable, duquel ils ne se peuvent enrichir
qu'au moyen de cette vente, & ceux qui
l'achètent, croient en faire des montagnes
d'or, dont le premier n'est pas trompé, car il en
a l'argent, mais le second se trouve abusé, car il
a allégé & vidé sa bourse, & chargé & appesanti
son esprit de souci à chercher le moyen
de remplacer ce qu'il a baillé, mais laissons ce
@

CHAPITRE VI. 261
charlatan, vendeur aux corbeaux; & l'acheteur
au repentir. Nous disons & assurons qu'âme Aucun n'a
vivante n'a jamais fait ni or ni argent, ni ne pourra jamais fait
faire, cette fabrique étant oeuvre de la seule aucun mé-
nature, impossible aux vivants de l'imiter aussi peu tal.
de ce fait qu'en plusieurs autres, mais ce que l'art
fait, est de purifier les métaux qu'on appelle
impurs, chassant ce qu'y a été mêlé d'hétérogène
ou étrange, & par conséquent les diminuant
de poids, achevant la coction & fixation
du grain d'icelui, & lui donnant la couleur
requise; & par ce moyen, le prix en est plus
grand. Or pour parvenir à cette dépuration & fixation
il n'y a qu'un moyen, nous disons un moyen seul
& unique qui a déjà été proposé par les doctes,
mais méprisé par les ignorants: de quoi les sages
se moquent ne le trouvant étrange, car si
la semonce que fait notre seul Sauveur Jésus
Christ aux hommes n'est écoutée ni suivie,
disant, je suis la porte, la vérité, & la vie, nul
ne peut aller au père que par moi, venez à moi
& je vous soulagerai, prenez mon joug, car
il est léger: & saint Paul qui dit & assure que
nous allions au trône de grâce où nous
avons un Avocat qui perpétuellement intercède
pour nous, & qu'icelui seul (qui est
Jésus Christ) nous est donné pour satisfaction
envers Dieu, & qu'à contre poil les hommes
vains & fous se cherchent d'autres avocats &
d'autres satisfactions, pourquoi n'en fera on de
même en cette recherche? O mortels pécheurs,
& vous curieux chercheurs, aimez & craignez
Dieu filialement, & lui ajoutez foi à
R iij
@

262 HARMONIE CHIMIQUE
cause qu'il est bon, & non pour crainte de sa Exhortation
colère, Oderunt peccare mals formidine paena, à l'étude.
oderunt peccare boni virtutis amore, & vous curieux
trop tardifs à l'étude, & trop hâtifs à écouter
les charlatans, méchants & ignorants, écoutez
les doctes, qui assurent la science être vraie,
dans laquelle il n'est montré qu'une matière,
laquelle l'art ne fait point, aussi peu que la semence
de l'homme, mais la tire de l'or & de
l'argent par le moyen du mercure dedans un
simple vaisseau de verre sur un petit & lent feu,
notant en passant & y méditant, que lors que
notre cahos est sur le feu propre, & dans son
vaisseau convenable, l'eau y ramollit les corps,
mais lors que les corps y ont rendu leur feu
ou soufre, alors ce soufre qui est poudre
noire ou de couleur de brique impalpable, rend
l'eau en sa couleur & subtilité, mais l'eau en fin
rend ce soufre en sa couleur, elle demeurant
toujours sèche, poudre, & très subtile, jusqu'à
ce que par la continuation de la chaleur mesurée
& l'un & l'autre passent à la sphère du feu:
or étant sortie hors des corps doit être recueillie,
étant recueillie, doit être nourrie peu à peu,
& mise en pâte par le même mercure, qui
étant desséché & devenu poudre, doit être derechef
nourri & séché, & ainsi continuer de
nourrir & dessécher, jusques à ce que la blancheur
se montre, laquelle blancheur paraissant
on pourra fermenter commençant à se
jaunir ou bien la laisser sur le feu pour prendre
sa rougeur & icelle fermenter: à tout ceci
n'y a qu'un ordre, mais à cause que le temps est
@

CHAPITRE VI. 263
un peu long, &c duquel nous parlerons au chap.
dixième, & suivants. L'impatience des chercheurs
les fait égarer après des vanités, qui
promettent une grande brièveté pour aller à la
misère en poste, & à un repentir trop tardif
j'en appelle à témoin l'expérience journalière.

pict
D E L A N U T R I T I O N D E
LA PIERRE DES
Philosophes.

CHAPITRE VII.

T E X T E.

pict Umectez ce bas monde de Isaac.
la rosée de Mai, jusqu'à
ce qu'il porte des fleurs
blanches, jaunes & rouges,
ou nourri le Roi de
son propre lait, jusques à ce qu'il soit
grand; ou mouille la terre de l'eau claire
& nette de Paradis, & cette eau remontera
derechef au ciel, & descendant
sur la terre, l'arrosera, & la rendra
fertile. Isaac l. I. c. 38.
R iiij
@

264 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.

N Ous avons expressément tu une infinité
de discours que nous pouvions faire sur le
chap. précédent, pour ce que la diversité des
matières, sur lesquelles nous pouvions & pouvons
faire des gros volumes, aurait, été capable
de faire broncher plusieurs chercheurs,
notamment celles lesquelles nous avons éprouvées,
& avons vu éprouver à plusieurs opérateurs,
tant en cette ville de Paris, qu'à plusieurs
autres, auxquelles notre curiosité nous a porté
pour y voir & conférer avec ceux qui avaient
quelque bruit de science, car ce n'est notre intention
d'embrouiller les esprits encore faibles,
& comme perdus dans le labyrinthe du Dédale,
mais en leur ouvrant les yeux, leur bailler le peloton
d'Ariane; Quittez donc ces erreurs, sophistiques,
& amusement, nous vous en
conjurons par cette vérité, fille aînée du Ciel,
par le seul moyen de laquelle nous savons ce
que nous savons, & laquelle nous supplions
vous vouloir dessiller les paupières, &, sommes
assuré qu'elle le fera, si votre coeur est droit
& pur envers elle, comme elle se maintient sans
parure mondaine.
Arnaud, Hali, Calid, & plusieurs autres usé
usé de ce mot de Monde, nous marquant fort
clairement, qu'il n'est que cette matière noire,
laquelle au chap. précédent a été cueillie de
l'Electre, & maintenant nous est enseigné le
moyen de l'élever à notre désir, ce qui se fera
@

CHAPITRE VII. 265
en l'imbibant du mercure d'une façon subtile,
c'est à savoir en forme de rosée qu'il dit de Mai.
Or pour ce que c'est un des plus grands secrets
de l'art, je n'ai encore rencontré aucun auteur
qui en aie exprimé ni la façon, ni la
quantité de l'eau que cette terre noire demande,
ni la longueur du temps; notre auteur se
contentant de dire que ce sera jusqu'à tant que
la blancheur paraisse, & alors ce sera
assez imbibé, arrosée, & nourri: car une partie
de cette terre ou poudre, ou soufre, ou charbon,
ou tête de corbeau, ou mercure double
ou comme on le voudra appeler, aura bu pour
le moins cinquante parties de son eau: continuant
donc le feu, cette blancheur nommée
eau deviendra jaune, dite air, fin du blanc &
commencement du rouge, puis rouge, nommé
feu, duquel quelqu'un dit, qu'il n'y a que trois
éléments au blanc, à savoir terre pour noir,
eau pour blanc, & air pour jaune, mais qu'au
rouge le feu y est de plus, à savoir le rouge,
lequel ne changera jamais plus, sinon en rougeur
plus obscure, laquelle tant plus sera noire,
d'autant plus teindra elle les corps blancs. Ce
Roi donc & cette terre est ce même monde,
& ce lait n'est que le mercure, c'est à dire l'argent
vif très pur nommé de Paradis à cause de
sa pureté, lequel montera au ciel, faisant allusion
à ce que plusieurs tiennent qu'il est aérien,
mais il veut dire qu'en ce mercure jeté sur cette
noirceur, ou cette noirceur imbibée dedans la
mer bouillante & écumante, après être descendu
& comme perdu par sa pesanteur dedans
@

266 HARMONIE CHIMIQUE
les cavernes de la terre, remonte derechef au
Ciel, non qu'il quitte la terre & s'en sépare,
mais bien devienne subtil & excellent, plusieurs
se sont par trop amusés & abusés à cette montée
& descente, laquelle ils ont trouvée être
un jouet baillé aux enfants pour les trompant
cacher le secret, ou bien pour déclarer obscurément
la dernière opération, de laquelle nous
parlerons en temps propre.

Texte.

L Es corps ne sont point nourris Lulle.
mais seulement leurs germes en eux
mêmes avec la cuite du feu diversement
régie, car mêmes leurs corps ne sont
que la viande de leur semence, & cela
est vrai que les corps sont changés, altérés
& réduits à la nature du germe
spermatique, & ce germe s'augmente
en se coagulant, & se nourrit en se dilatant,
comme l'enfant au lait de la mère,
de même les corps se résolvent comme
la viande, & sont convertis en icelle,
de même la dissolution des corps
se fait alors que les corps se dissolvent,
la coagulation d'une nature ne se fait
point sans la dissolution de l'autre, ni
au contraire, & la forme à advenir, ne
peut être sans la corruption de la forme
@

CHAPITRE VII. 267
première, & la forme des corps à
cause de la forme venant des esprits,
& toute la substance des corps s'en va
en aliment & forme substantielle, & par
ainsi toute solution est mortification,
comme toute congélation est vinification
& cause de vie très-proche. Lulle
au codicille p. 69.
Lors que le noir s'imbibe avec l'eau,
après la séparation par le filtre, ladite
matière noire se blanchit sur le porphyre,
mais aussi tôt qu'on triture la matière,
la blancheur se cache en la matière,
tellement que toujours le même
advient, jusques à ce que la vertu de
l'eau surmonte la force de la terre, toutefois
avant qu'on vienne à ce vrai terme
& couleur de terre, plusieurs & infinies
couleurs apparaîtront, desquelles
personne ne saurait donner raison, car
la terre durant la coction fait plusieurs
*glandulosités ou bossettes, semblables
à des vessies, auxquelles toutes les
couleurs du monde fort resplendissantes
apparaissent, ce qu'on ne croira
qu'après l'avoir vu. Le même en la sommaire
conclusion de son testament p. 66.
Notre argent vif entre, & se mêle
@

268 HARMONIE CHIMIQUE
actuellement à l'autre vulgaire, desséchant
son humidité phlegmatique, &
ôtant la froideur du corps, & le noircissant
comme charbon, lequel en après
se convertit en poudre. Le même en la
Clavicule I.

Scholie.

C 'Est une erreur de croire que les corps de
l'or & de l'argent, ou tels qu'ils sont ou
fondus, ou réduits en eau, comme on croit, ou
par l'eau régale, ou par l'eau forte, ou limés,
ou passés, comme on dit par le bec de l'alambic,
puissent être nourris, augmentés, ou
multipliés, ou en quantité, ou en qualité, ni
mêmes en couleur permanente par aucun tire
poil, pour ce que tels qu'ils sont, ils sont morts,
non qu'ils n'aient en eux leur semence, ou
soufre, ou esprit, mais tellement accablés
de quantité de terrestréité, que s'il n'en est
développé les corps demeurant sans produire,
seront toujours dits être morts, mais si ce
germe est extrait, comme il a été dit ci devant,
il pourra être nourri & élevé à un degré très-
haut, & alors ne se voulant contenter du lait
(à savoir du simple & purifié mercure, à celle
fin de le rendre plus fort, fixe & robuste) il
lui faudra bailler & manger le propre corps (ou
semblable) du quel il est sorti, & c'est ce que
notre Auteur dit que les corps sont la viande
de leur semence, c'est à savoir l'argent de la
semence ou germe blanchi, & l'or du germe
rougi. Or ce corps étant uni avec son propre
@

CHAPITRE VII. 269
germe, augmenté, coagulé, nourri & dilaté,
perd sa nature & se dissout de telle façon, qu'il
ne peut jamais être plus or, ou argent, comme
la viande mangée ne peut jamais plus être viande,
mais quelque autre chose qui n'est plus viande
de l'estomac, mais est nourriture de toutes les
autres parties du corps, car cette viande perd
souvent la nature qu'elle prend en tous les
lieux, & de son séjour, & de son passage, d'autant
qu'une nouvelle forme ne peut advenir
que la précédente ne se perde, mais il faut entendre
& remarquer soigneusement que ce Note.
germe blanchi ou rougi ne mange point son
propre corps, c'est à dire ne doit être joint
à l'or ou à l'argent en corps qu'en la fermentation,
de laquelle il sera parlé en son propre lieu.
Mais voici un avertissement considérable Note.
c'est qu'à toutes les fois que ce noir est imbibé
sur le porphyre (entendent par ce porphyre le
vaisseau de verre) ou par arrosement, ou par
l'eau bouillante & écumante, la matière noire
se blanchit principalement recueillie en forme
d'écume ou graisse, mais dedans peu de temps
cette blancheur est engloutie ou cachée par la
noirceur, mais finalement l'eau surmontant de
beaucoup, comme de la cinquantième partie
plus ou moins la terre; elle commence à démontrer
sa force, & donne premièrement, diversité
de fleurs ou couleurs très belles à voir, lesquelles
ne durent pas beaucoup, la fin desquelles Note.
est la blancheur: faut aussi noter que
ce mercure ainsi tiré & noir est appelé fils ingrat,
pour ce qu'il ne se contente pas de se nourrir du
@

270 HARMONIE CHIMIQUE
lait ou mercure, mais il faut qu'il mange &
dévore sa mère ou son père, desquels il à été
engendré, que si c'est son père, il veut encore
dévorer sa mère, & l'ayant mangée il la
transmue en sa propre substance & couleur, si
que par après ni le fils qui a mangé son père &
sa mère, & le père & la mère qui ont été mangés,
sont tellement unis & faits une autre chose
qu'ils n'étaient auparavant, qu'il est impossible
de les séparer, ni anéantir par aucun
moyen ou cogité ou à cogiter.

Texte.

L A cibation est nommée nutrition Ripleus.
de notre matière sèche, donnant
du lait & de viande modérément jusques
à ce qu'elle soit réduite au troisième
ordre. Ripleus p. 82.

Scholie.

N Ous avons vu quelques uns, qui ayant,
de cette matière noire, ou par eux, ou par
autrui n'ont jamais peu trouver le moyen de
lui faire joindre & unir le mercure, & pour y
parvenir ont cherché une infinité de moyens
mais sans aucun fruit, lui donnant tantôt à
manger de viande froide, tantôt de liquide,
& lors qu'ils voient que la liquide disparaissait,
ils croient avoir trouvé la fève au gâteau,
mais le corps être gorgé du breuvage quatre
fois sa pesanteur, se mettait & montrait en
@

CHAPITRE VII. 271
corps disjoint de la matière ou poudre noire, &
se dépitant quittaient tout leur ouvrage: ô curieux
jusques à quand serez vous négligents à
chercher dans les livres (s'il ne vous est inspiré
d'en haut ou montré de quelque ami, ce grand secret,
où consiste l'union de l'eau froide, humide
& pesante avec cette matière noire, chaude,
sèche, & légère, laquelle par sa grande, puissante
& agissante chaleur & siccité, échauffera
& desséchera ladite humidité & froideur de
l'eau marine, & alors que cette noirceur aura
acquis sa perfection blanche ou rouge, alors,
dis je, l'on lui donnera de viande, & non du
lait, c'est à dire, l'on la fermentera avec l'or
ou l'argent, & non plus avec du mercure.

Texte.

F Ay la nourriture au feu de même Desiderable.
que l'enfant est nourri au ventre
de la mère, d'autant que les quatre éléments
sont là, à savoir deux secs, le
feu & la terre, & deux mous, l'air &
l'eau, tellement qu'à celle fin qu'ils s'entretiennent
doucement dans le feu, il
faut précéder doucement, l'eau du
mercure ainsi cuite est appelée huile,
c'est à dire onguent, par lequel notre
magistère est parachevé parfaitement,
& lors que le blanchissement se fait,
on l'appelle eau, & lors qu'elle teint
@

272 HARMONIE CHIMIQUE
huile & l'eau est appelée esprit, &
l'âme est dite la teinture qu'est en
l'esprit, & partant l'âme est semée dedans
la terre foliée qui la retient, & la
poudre noire retient son eau. Desiderable
p. 25.
La pierre est nourrie du seul feu, le feu
est le mercure parmi tous les Philosophes.
Le même p. 37.
Prends une once de notre soufre,
mets le avec quatre onces de mercure,
purge avec le sel & vinaigre dans un vaisseau
de verre fermé hermétiquement,
& le colloque dedans un fourneau secret,
y mettant le feu, & le cuisant continuellement,
patiemment, & sans se
hâter, jusques à ce que le tout se fasse
cendre, car l'un se coagule avec l'autre,
à savoir la terre avec l'eau, & garde
toi bien que les esprits ne s'enfuient
par la force du feu: Par quoi tout ce
magistère n'est autre chose que dissoudre
parfaitement la pierre, & puis la
coaguler, fuit donc en ceci toute hâte,
faisant le tout par une accoutumance
de son feu. Le même p. 68.
L'eau & le feu suffisent pour blanchir.
Le même p. 69.
La
@

CHAPITRE VII. 273
La noirceur se blanchit par le moyen
du blanc fuyant, qui se coagule avec le
non fuyant, & se fait une même chose
en buvant sept fois son eau. Le même p.
74.
L'arrosement de la terre à celle fin
qu'elle ne demeure sache, consiste totalement
en l'eau, prends la pierre & la triture
avec le lait, & sera blanche, se
multiplie, c'est à dire, se nourrit, si on
met une partie de la rosée de Mai avec
elle en la nutrition dans le vaisseau. Le
même p. 78.
Notre eau lave les saletés de notre
terre. Le même. p. 93.
Notre pierre ne végète point, ni n'est
point nourrie végétablement, mais
plutôt la multiplication arrive par apposition
de nature semblable à elle, car
chaque semblable arrête son semblable
lui étant apposé, & tant plus il en
prend & se multiplie, d'autant est il plus
pesant & actif en qualité & plus parfait.
Le même p. 158.
De même qu'en la première composition
de cet oeuvre, aucune chose
étrange de sa nature n'y entre, de même
rien ne le multiplie, qui ne soit de la
S
@

274 HARMONIE CHIMIQUE
première disposition, cette pierre se
nourrit de beaucoup de semence féminine,
c'est à savoir du mercure, l'unissant
sensiblement & le composant
moyennant toutefois la digestion,
car un semblable retient à soi son
semblable par entremêlement, &
non par multiplication végétable, car il
n'y a rien qui nourrisse & multiplie la
pierre sous la génération de la forme,
que la semence qui la nourrit par son
mélange. Le même p. 59. en son Auréole
p. 193.

Scholie.

L 'Eau du mercure, (laquelle n'est autre chose
que l'humidité d'icelui) étant consumée
par me moyen de la siccité de la terre noire
avec laquelle elle est mêlée sur un feu lent, est
appelée huile ou onguent. Il faut noter qu'elle
n'acquiert pas ce nom d'huile tandis qu'elle se
blanchit, mais bien après, car durant son action
elle est encore en état d'être séparée, mais après
elle ne le peut plus être par aucun artifice. Or,
dit il l'eau est nommée esprit, & l'âme est appelée
la teinture qu'est en l'esprit, & partant
l'âme est semée dedans la terre foliée qui la
retient, c'est autant que s'il disait, lors que la
matière nommée sera blanche ou rouge, jette la dedans
l'or ou l'argent qui sont appelés terre foliée,
ou en feuilles pour être battue en feuilles
@

CHAPITRE VII. 275
subtiles ou en monnaie combien que comme
les feuilles couvrent les fruits en l'arbre, ainsi
ces corps couvrent la force & la vertu de cette
âme. Je ne puis passer ceci sans avoir été extrêmement
étonné d'un artiste Parisien qui
ayant mis une certaine matière sur son feu,
croyait pour la voir élever tous les jours
durant un couple de mois qu'elle s'y nourrissait
fonde, disait-il sur l'autorité de notre
Maître, qui dit que la pierre est nourrie du
seul feu, mais il ne prenait pas garde que sa
matière s'élevait en forme d'éponge, & n'augmentait
en poids, comme la fin lui fit connaître,
qu'aussi par ce feu le mercure est entendu
par tous les Philosophes desquels il est souvent
appelé feu de géhenne, duquel les corps sont
tourmentés: certes nous n'avons encore appris
qu'aucune chose soit nourrie du feu, soit élément
ou élémenté, pas mêmes ces mouches
nommés *Pyrausses, desquelles on marque la
naissance & demeurance parmi les flammes
des fournaises les plus ardentes, mais laissons
ces disputes à autres, & retournons à notre discours,
lequel sera d'ajouter à une once de
soufre quatre onces de mercure purifié, plusieurs
lui en donnent à chaque fois tant qu'il
en peut prendre, mais autres ne lui en donnent
que son quart. Ceux qui ont essayé l'un & l'autre
ont trouvé la dernière imbibition la plus
sûre & plus facile, & plus brève, quoi que
plus pénible, à cause de la fréquente sortie de
matière du dedans de son vaisseau pour la
nourrir, mais pour ôter toute difficulté à ceux
S ij
@

276 HARMONIE CHIMIQUE
qui veulent entendre ce passage nuement, & disent
que la pierre se parfait elle même, &
d'elle même sans y rien toucher, notre Auteur
marque que notre pierre n'est point comme
une plante, pour attirer insensiblement l'aliment
des lieux plus prochains, mais que si
nous voulons qu'elle se nourrisse, & s'augmente,
il faut de nécessité que nous lui ajoutions de
nouvelle matière laquelle ne sera d'autre nature
que de la sienne, mais de celle même, par laquelle
elle a eu son commencement qu'est le mercure
qu'il nomme semence féminine, qui seul
la peut nourrir & multiplier, toute autre chose
n'y pouvant être propre, quoi que plusieurs
ignorants crient & croient autrement.

Texte.

C Est une grande industrie de faire Rosaire.
les corps esprit, & au contraire,
mais c'est chose véritable que si la quantité
volatile surmonte la quantité fixe,
finalement elle sera convertie en corps
spirituel, blanc ou rouge. Le petit Rosaire
p. 8.

Scholie.

N Ous avons par ci devant assez clairement
montré la manière de rendre les corps
esprit, à présent notre texte nous apprend que
pour faire quelque chose de bon, il nous faut
@

CHAPITRE VII. 277
ajouter grande quantité de mercure, sur un
peu de matière qu'il nomme fixe, quoi qu'elle
ne le soit actuellement, mais par puissance, ou
la comparant à la volatile du dit mercure, entendant
aussi la noirceur pour cette matière fixe, le
tout sera converti en un corps subtil, non pour
s'exhaler, mais propre à pénétrer, teindre &
parachever ce que nature a commencé dedans
les mines, & y laisse son commencement, comme
imparfait (suivant la commune opinion)
par les accidents qui s'y sont rencontrés, & ce parachèvement
sera l'étain le cuivre & le mercure,
en argent, & les uns & les autres en or vrai, nous
disons or vrai, d'autant que la fin de cet art n'est
de faire une teinture superficielle & séparable,
mais une fixe, & inséparable, ce qu'est impossible
à homme du Monde de faire que par cette
seule & unique voie, quoique les brouillons,
charlatans & trompeurs assurent au contraire.

Textes.

T Ournez & remettez l'eau sur sa Daustricus.
terre, jusques à ce qu'elle soit congelée,
alors elle est plutôt convertie en
même nature par nature, prenant
nouvelle nature à chaque degré d'opération,
rendant à la cendre selon le ternaire
de son eau, & triture, &
cuits & réitère ceci souvent sans te fâcher,
car la terre ne germera point, sans
S iij
@

278 HARMONIE CHIMIQUE
un fréquent arrosement, & ne prendra
point l'arrosement sans dessiccation
précédente, par quoi chaque fois que
tu auras desséché, verses y d'eau ni
peu ni trop, mais tempérément, car si on
y met trop d'eau, on fera une mer d'angoisse,
que si aussi il y eu y a trop peu,
tout se brûlera: cuits donc autant que
tu as ajouté pour dissoudre, & en
imbibant dissout autant que la chaleur
en a desséché, gardant toujours
que l'âpreté & violence du feu ne brûle,
ne cessant point aussi la chaleur jusqu'à
ce que le tout ait pris au fond du
vaisseau forme de pierre. Par quoi si tu
mesures bien la chaleur, l'eau & le feu te
suffisent, d'autant qu'ils lavent, nettoient,
nourrissent, & ôtent l'obscurité
du corps. Daustricus p. 25.

Scholie.

C Est auteur nous admoneste d'user d'une
très grande discrétion à l'arrosement, imbibition,
ou nutrition de notre terre, & véritablement
c'est en cet endroit, où la plus
grande partie des artistes & chercheurs faillent
les uns par impatience, les autres par imprudence,
& ignorance, les uns mettant trop
d'eau à la fois nient tout, sans toutefois que
@

CHAPITRE VII. 279
rien se mêle, les autres manquant au trop peu,
perdent aussi tout, certes cette union de la terre Histoire re-
noire avec l'eau blanche est toute la difficulté de marquable.
l'art, & assure avoir vu un personnage fort
docte & fort entendu en toutes les opérations
communes, qui par l'espace de vingt deux ans n'a
jamais su le trouver le moyen de joindre l'eau
avec la terre, tellement que je lui ai entendu
dire que cette terre noire n'était que la saleté
du mercure, & non la matière des Philosophes;
& caput corvi tant désiré, disant que si ce fut
été ce mercure & dissolution des corps, elle se
serait nourrie s'unissant avec son argent vif,
mais n'en étant que l'excrément, il ne se pouvait
ni unir, ni nourrir, ni augmenter, étant
chose vraie que l'excrément ne se peut ni nourrir,
ni augmenter, mais son ignorance le faisant
conclure, que puis qu'il ne savait faire
joindre l'une avec l'autre, & par conséquent
que ce noir ou tête de corbeau, tirée des deux
corps par le moyen d'un esprit très-dépurés au
jugement des plus pratiques, était leur excrément
& saleté, cela était mal conclu, tellement
qu'il quitta tout la pour chercher d'autres
chemins & opérations pour dissoudre l'or &
l'argent, & l'argent vif en leurs principes, lesquels
il croit être vrai soufre de vraie eau
transparente, & ayant quitté l'étude des bons
auteurs ne recherche que les recettes qu'il
achète ou à grand prix d'argent, ou de présent. Or
il faut joindre l'un avec l'autre par une subtilité
particulière, laquelle sera découverte en temps
& saison propre au chercheur, si son intérieur
S iiij
@

280 HARMONIE CHIMIQUE
est tel que la matière qu'il cherche & désire
avoir, est, ô mer que tu travailles de personnes!
ô graisse! ô écume nageante! ô eau bouillante
vue de plusieurs, & connue de peu, que
tu bourrelles de stupides! humectez, desséchez,
que votre tête de corbeau boive tout son soul
de son eau pure dedans la mer abondante, laquelle
bouillante unira & jettera hors de son
ventre une matière, comme graisse ou écume,
laquelle vous recueillerez au dessus de l'eau, ou
avec une cuillère percée, comme on fait l'écume
du pot, ou avec une plume, cette graisse ou
écume mise dedans sa matrice sur un feu propre
à couver un oeuf se desséchera, se mettra en
poudre, mais toujours noire, jusques à ce que
s'étant souvent plongée dedans la mer ondoyante
& desséchée par après sur le feu propre elle
devienne blanche, & demeure lavée, nourrie,
nettoyée, & reluisante au fond du vaisseau,
Dieu vous en fasse la grâce.

Texte.

L E mercure est mortifié par la vapeur La correction
du soufre sublimé & préparé des fous.
& est coagulé en dureté & forme
métallique, La Correction des fous c. 18.
{{p. 19.}
@

CHAPITRE VII. 281
Scholie.
N Ous avons dit ci devant que notre soufre
est ainsi appelé, à cause de sa chaleur,
siccité & facilité à pénétrer, c'est ce que notre
Auteur touche en peu de mots, car ce soufre
a été élevé ou sublimé à la superficie de l'Electre,
& se sentant agité dans la pleine & abondante
mer, il s'attache à ce qui le trouble & agite,
combattant & abatant, mais étant sorti de
ce combat tout trempé & tout mouillé n'a besoin
que d'être desséché, mais aussi tôt il rentre
au même lieu & & combat, d'où il sort encore
victorieux, mais toujours trempé &
mouillé, mais en fin comme il avait donné ses
couleurs à son combattant, finalement il les
contraindra non de céder, mais de prendre la
couleur de son dit combattant, & tous deux
demeurent coagulés & en dureté & en forme
métallique.

Texte.

L A terre est nommée mère des éléments, Trompette.
d'autant qu'elle porte son
fils dedans son ventre, c'est à dire, qu'il
le faut nourrir de sa première & pure
substance, & le fils est appelé corps, ou
terre foliée, c'est à dire esprit & corps
mort. Le son de la trompette p. 36.
Prends la terre noire triturée, & l'imbibe
@

282 HARMONIE CHIMIQUE
de mercure, & la mets sur les cendres
chaudes pour le sécher, & fait ceci
deux, trois & quatre fois, imbibant
& desséchant jusques à ce que la terre
soit assez blanche & d'une blancheur fixe.
Le même p. 45. & tout de suite dit,
L'azoth, c'est à dire l'eau mercuriale,
& le feu lavent & nettoient le laton,
c'est à dire la terre noire, & lui ôtent
son obscurité: or la préparation de la
terre se fait toujours avec l'eau, par
quoi telle pureté qu'il y aura en l'eau,
telle pureté se trouvera en la terre, &
ceci se fait au blanchissement & lavement
de la terre.
Lors qu'on a imbibé de mercure la terre
noire, il se faut prendre garde de ne
rompre pas le verre, & ceci se fait sur
les cendres chaudes, & le temps de la Vingt ou tren-
dessiccation de chacune imbibition est te jours
de vingt ou trente jours naturels. Le par chaque
même p.46. imbibition.
A la terre desséchée il faut mettre de
mercure sa sixième ou septième partie
dans un verre scellé, puis la mettre sécher
sur les cendres ou feu lent, continuant
cette congélation & dessiccation
pour le moins quatre fois, car tant plus
@

CHAPITRE VII. 283
cette terre sera dissoute & congelée,
tant plus sera elle subtile & pénétrante
en la nature. Le même p. 48.
L'eau est un esprit purgeant, subtilisant
& blanchissant le corps. Le même
p. 51.

Scholie.

L A terre est prise par les Auteurs en deux
façons, ou lors de la première composition,
car elle a son fils qu'est le soufre dans elle
même, & par conséquent les quatre éléments
qui sont le noir pour la terre, le blanc pour
l'eau, le jaune pour l'air, & le rouge pour le
feu; la seconde façon, cette terre est simplement
la noirceur, le soufre ou la semence,
comme on voudra dans laquelle noirceur le
blanc, le jaune & le rouge sont cachés, mais
en ce texte la première façon est entendue, &
ce fils qu'est la noirceur sera nourri du mercure
qui est sa première substance, l'imbibant,
& le desséchant sur un feu lent, non quatre
fois seulement, mais jusqu'à ce que la matière
devienne & demeure blanche, & pour les vingt
ou trente jours ne s'y faut amuser, car selon la
force de l'enfant, le sang se consume, & est
chose véritable que quelquefois la dessiccation
demeure beaucoup plus de temps à se faire,
laquelle si on n'attend patiemment & jusques
à ce que le tout soit fait poudre impalpable,
l'on est en danger de tout perdre: le reste
@

284 HARMONIE CHIMIQUE
de cet auteur est assez clair & facile.

Texte.

J Etez donc l'eau sur la terre, & mêlez
triturant & imbibant peu à peu de Avicenne.
semaine en semaine, cuisant & calcinant
en après doucement, jusqu'à ce
que la terre ait bu cinquante parties
de son eau, & saches qu'il faut nourrir
la terre de son eau, premièrement peu à
peu, puis un peu davantage, comme il
est facile de comprendre par l'élèvement
des enfants. Par quoi triture
souvent la terre, & l'imbibe peu à peu,
de huit en 3. jours, la cuisant & calcinant
médiocrement au feu, & ne t'ennuie
point de réitérer souvent cet ouvrage,
car la terre n'apporte aucun
fruit sans fréquent arrosement: donc
étant séchée, & ayant beaucoup de soif
elle boit son humidité & son eau, & la
trituration n'est point bonne jusqu'à ce
que la terre & l'eau soient une même
chose, & même corps, ne te laisse donc
point de triturer & rôtir, jusqu'à ce que
la terre soit sèche & blanche, car cette
blancheur s'engendre de cette fréquente
& sèche trituration & dessiccation:
Toutefois prends toi garde d'imbiber
@

CHAPITRE VII. 285
la terre que peu à peu, & avec longue
trituration après la dessiccation de
la terre, cuits autant en rôtissant que la
dissolution requière en imbibant. Avicenne
c. 5. p. 83.
Chasse la mort du corps par fréquent
arrosement, mais autant que tu auras
dissout en humidité, autant dessécheras
tu en rôtissant. L'école des Philosophes
p. 125. Scholie.

L A matière noire est dite morte pour deux
raisons, l'une à cause que demeurant toujours
noire elle ne peut rendre aux métaux la
splendeur & la fixation que nous recherchons,
& pour ce regard elle est dite morte, l'autre est
à cause de la couleur noire hiéroglyphique de
la mort, car les corps morts en fin se rendent
noirs: Il faut donc chasser la mort du corps, c'est
à dire la noirceur, par le moyen de la réitérée,
& fréquente imbibition & dessiccation du mercure,
duquel on l'humectera, non de huit en
huit jours, comme déjà a été dit, mais au
temps que la matière sera totalement desséchée,
voire quelques jours après, car elle peut demeurer
quelques jours sans nourriture, & alors
ayant grand soif elle en boira & plus facilement
& en plus grande quantité. Texte.

L 'Eau est le purgatif, & cause la clarté
à tout le corps, & à la médecine, Le jeu des
faisant deux choses à la terre, car il lave enfants.
@

286 HARMONIE CHIMIQUE
& teint, entend qui la lave s'appelle
eau, & en la teignant s'appelle air. Le
jeu des enfants p. 141.
Notre putréfaction n'est point sordide
ni impure, mais est un mélange
d'eau avec la terre, & de terre avec l'eau
par menues parties, jusques à tant que le
tout soit fait un, car si l'eau ne le desséchait
avec la terre les couleurs ne paraîtraient
point. Le même p. 143.
La réduction est le troisième degré Aristote.
de notre pierre & ouvrage, qui se fait
par la trituration de la terre, & l'incération
de l'eau sur icelle, or l'incération
de l'eau est réduire en humidité la terre
privée d'icelle humidité par la calcination,
& la faire en forme de terre, car
le corps sec & net est propre à boire:
d'autant que tout ce qui est sec désire
son humidité: liez donc les mains à la Lier les
femme allaitant, à son dos, à celle fin mains de la
qu'elle ne puisse offenser son fils, & mets femme allai-
sur son sain un crapaud qui la tète jusques tant cra-
à ce qu'elle soit morte, & la femme paud.
morte sera au feu, & le crapaud sera gros
du lait, mets donc la terre que dessus,
calcinée dedans un vaisseau, & mets y
dessus d'eau rectifiée, cuits ceci par un
@

CHAPITRE VII. 287
lent feu durant une semaine, & puis
calcine doucement cette matière cuite,
à laquelle il faut ajouter d'autre
eau comme auparavant, cuisant lentement
par une semaine, calcinant
bellement, & derechef remettant nouvelle
eau pour cuire, & ainsi faisant
continuellement jusqu'à ce que la terre
aura bu six fois autant qu'elle pèse
de son eau, car la terre ne porte fruit
sans l'arrosement réitéré. Arroser,
dessécher, inhumer souvent est
l'effet souverain en cette affaire, il
faut donc nourrir premièrement la terre
d'un peu de lait en après de davantage,
& pourtant lave la terre, & la triture,
& la cuits jusques à tant qu'elle
ait bu de son eau tout autant qu'elle
en pourra boire, ou jusques à ce que la
terre sera comme pâte adhérente avec
l'eau, & pour faire cela le feu & l'azoth
te suffisent: cuits le sec de la terre noire
avec l'humidité de son eau, jusques à
ce que le sec ait l'humide, & tu auras
tout le magistère, d'autant que l'eau
étant épaisse & coagulée, la terre sera
toujours imprégnée d'un foetus &
prompte à accoucher. Aristote p. 165. 166.
@

288 HARMONIE CHIMIQUE
Prends le corps de notre premier ouvrage, Aquin.
avec la queue du dragon,
c'est à dire le lait virginal, y ajoutant
de nouveau mercure sept parties sur la
matière restante suivant le poids des
poudres. D'Aquin c. 7.

Scholie.

R Edisons, quoique fort souvent, que le
premier degré de nos opérations est la dissolution
des corps, le second est la décollation
du corbeau ou collection de la matière dissoute
ou matière noire; le troisième en le lavement
ou nutrition de cette matière dissoute avec
l'eau qu'Aristote appelle incération, d'autant
qu'en cette opération la matière se rend facile à
être fondue comme cire: or pour montrer
qu'il n'y a point de poids à l'eau, il dit qu'il faut
continuer cette opération jusques à ce que la
terre n'en veuille plus, c'est à dire qu'elle soit
blanche, car ce que l'un dit cinquante fois,
l'autre dix, l'autre plus, l'autre moins, ce sont
des nombres finis pour des non finis: Par ci devant
nous avons parlé du crapaud, & de l'abus
que plusieurs y trouvent, lors qu'ils prennent
le crapaud animal, & lui ayant rempli (étant
encore en vie) le ventre d'argent vif, le mettent
dedans un vaisseau fermé au mieux qu'ils
peuvent, & puis dedans ou dessus un feu par
quelque temps, lequel passé, & le vaisseau refroidi,
& ouvert, trouvent le crapaud en cendre
dre
@

CHAPITRE VII. 289
si le feu a rougi le pot & le mercure, courant
comme il était auparavant, si le vaisseau
a été bien fermé, sinon exhalé, le crapaud est
la poudre noire, laquelle s'enfle & s'engrosse
par l'apposition du mercure qu'on lui ajoute,
& qui en fin se crevant pour avoir trop mangé,
son venin se répand, c'est à dire la noirceur
s'effaçant, le blanc, le jaune, & le rouge se
paraissent, qui sont le venin qui tue le mauvais
grain des métaux qu'on appelle imparfaits
& conserve en iceux ce qui y est de bon.

Texte.

L E composé étant arrosé par l'eau Flamel.
divine, ne laisse point rompre les
corps, mais bien plutôt leur ôte la
noirceur, que l'écume de l'argent de la
magnésie lui a mêlée, & blanchit les
corps, & les autres choses de même
genre. Flamel p. 108.
L'art est nourri de même des eaux
qu'est l'enfant du lait, voyez comme
vous arroserez vos terres, & comme
vous nourrirez vos semences, à celle fin
que vous en recueilliez un fruit mûr.
Le même p. 186.
T
@

290 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.

L E composé est le noir, fait & tiré en forme
de semence, du Soleil & de la Lune dissout,
& en cette eau divine est le mercure, mais
pourquoi, dit il qu'il ne laisse point rompre
les corps, vu que toute composition de métaux
à laquelle le mercure abonde le plus, comme
en cette ci, est frangible? serait-ce point
pour montrer la perfection de cet oeuvre, par
dessus toutes les autres, & pour aller au devant
du double qu'on en pourrait faire, principalement
ceux qui se sont servis des congélations
mercuriales, nous en pourrions apporter d'autres
raisons, mais nous nous contentons pour
maintenant de celles ci; Or ce qu'il a appelé
composé, maintenant il l'appelle Art, puis terre,
puis semence, & exhorte l'artiste & la prudence,
pour ne lui donner par trop à la fois
d'eau à cause des inconvénients déjà décrits, car
l'enfant sortant du ventre de sa mère, n'a l'estomac,
ni la force de contenir, retenir & cuire
tout le lait qu'il tète & suce, ce qu'il pourra
faire quelque temps après qu'il sera accoutumé
à telle nourriture, & partant il faudra bien
prendre garde à cette opération à laquelle consiste
le noeud & secret de toute l'affaire, d'autant
qu'il y a plus d'artifice à blanchir, qu'à
noircir, jaunir & & rougir, cette opération demandant
l'industrie & la patience.
@

CHAPITRE VII. 291
Textes.

N Otre pierre n'est point amendée Rosaire.
par matières de diverses natures,
& rien n'y entre qui n'en soit sorti, pour
ce qu'elle se corrompt tout aussi tôt
qu'on lui met quelque chose d'étrange,
& ne peut on faire d'elle ce qu'on cherche,
le magistère n'est autre chose que
cuire le mercure & le soufre, jusques
à ce que des deux soit fait un argent vif;
qui défende le soufre d'être brûlé,
ce qui se fera si le vaisseau est bien clos,
tellement que le mercure ne s'en puisse
sortir, ni le soufre brûler. Le Rosaire
p. 173.
L'eau est la chose qui blanchit &
fait rougir, l'eau tue & vivifie, l'eau dissout
& congèle, l'eau pourrit & fait
germer nouvelles & diverses choses:
Que donc toute ta pensée soit à cuire
l'eau, & ne t'en ennuie point si tu ne veux
avoir du fruit, & ne te soucie des autres
choses de néant, mais seulement
de la seule eau, laquelle tu dois cuire
la pourrissant peu à peu, jusques à tant
qu'elle soit changée de couleur en couleur
parfaite, car nature fait ses opérations
T ij
@

292 HARMONIE CHIMIQUE
peu à peu, & toi fait de même.
Le même p. 174.
Lors que l'eau se putréfie, ou purifie,
de sa noirceur, elle se rend blanche en
se lavant, & puis se fait rouge. Le même
p. 177.
La terre noire se dissout en eau en
couleur d'huile, alors elle est appelée
huile des Philosophes; le dragon
est né en la noirceur, & se paît de son
mercure, & se tue soi même, & se submerge
en icelui, & s'y blanchit un peu,
& c'est alors l'élixir, l'eau se nettoie
tout à fait de sa noirceur & demeure en
couleur de lait, & durant la noirceur
plusieurs couleurs paraissent. Le même
p. 182.
Cette pierre se putréfiée & mondifie
avec son eau, laquelle étant nettoyée
par l'aide de Dieu, tout l'ouvrage sera
parachevé. Le même p. 195.
L'eau mêlée avec l'airain se blanchit
au dedans, & ce blanchissement est appelé
de quelques uns imprégnation,
d'autant que la terre se blanchit, car
tant que l'eau domine, la terre croît &
se multiplie, & nouvelle génération
s'engendre de là. Prends ce qui descend
@

CHAPITRE VII. 293
au fond du vaisseau, & le lave avec le feu
chaud, jusques à ce que sa noirceur soit
ôtée, & son épaisseur soit retirée, &
fait envoler les humidités ajoutées,
jusques à tant que la chaux soit fort
blanche n'ayant aucune tache; alors
la terre est propre & disposée à recevoir
l'âme. Joignez le sec à l'humide,
c'est à dire la terre noire avec son eau
& les cuisez jusques à ce qu'ils blanchissent,
& ce blanc est appelé air. Le même
p. 207.
La terre sèche ne fait pas beaucoup
de fruit, si elle n'est humectée souvent
de l'eau de pluie, & sans l'eau à peine
ou jamais &c. Le même p. 209.
Mets l'eau premièrement la triturant
par intervalle, & puis la calcinant peu
à peu, jusques à ce que la terre en ait
bu sa cinquantième partie sachant Cinquante
qu'il faut nourrir la terre de peu d'eau, pars d'eau
& puis de davantage, de même qu'un contre une
petit enfant, par quoi triture la terre, la terre l. 2.
l'imbibant peu à peu de huit en huit c. 15. du Ro-
jours de son eau, car elle fait la terre saire colon-
blanche, toutefois prends toi bien garde ne 2015 c.
d'imbiber la terre, que peu à peu, 16. col. 2014.
avec longue trituration, qui sera après
T iij
@

294 HARMONIE CHIMIQUE
la dessiccation de la terre: outre plus le
poids est à observer, de peur que la trop
grande siccité & humidité n'engendrent
corruption: cuits donc autant en desséchant,
qu'il y a été ajouté par l'imbibition,
& en l'imbibant tu dissous autant
que la dessiccation a diminué de
l'humidité: Par quoi à chaque fois que
tu auras calciné, verse de l'eau tempérément,
ni peu ne trop, car s'il y en a
trop en feras une mer d'angoisse, & si
peu, eu brûleras; cuits donc lentement
& non en hâte, arrosant la terre de
huit en huit jours, la cuisant au fumier
& la calcinant jusqu'à ce qu'elle aura
bu la cinquantième partie d'eau.
Remarquant qu'après l'imbibition, elle
doit être inhumée par sept jours. Réitère
donc cet ouvrage plusieurs fois,
encore qu'il soit long, car tu ne verras
la teinture, ni auras aucun profit jusqu'à
la fin de l'oeuvre. Que si la terre
n'est blanche, triture la avec l'eau, puis
la calcine, car l'azoth & le feu lavent le
laton, & lui ôtent son obscurité, d'autant
que la préparation se fait toujours
avec l'eau, par quoi telle netteté
qu'aura l'eau telle, netteté
@

CHAPITRE VII. 295
aura la terre, & tant plus la terre sera
lavée, tant plus sera elle blanche. Le
même p. 238.
Le feu & l'eau lavent le laton, & le
nettoient de sa noirceur. Le même p. 248.
La terre se mêle avec son eau, & l'eau
se diminue peu à peu, à cause de la décoction
tempérée, & la terre croît, &
alors cette opération s'appelle cération
parfaite, car l'eau s'incère, s'imbibe,
& par la décoction tempérée du Soleil,
c'est à dire de la chaleur, se dessèche, &
toute sa nature se tourne en terre. Le
même p. 257.

Scholie.

D E prime entrée cet auteur nous avertit
de n'ajouter rien d'étrange à la pierre,
voulant que ce qui lui a donné son principe
la parachève, mais en cette opération il faut
prendre garde que par la trop grande quantité
d'eau, par la trop grande violence du feu, &
par l'ouverture du vaisseau toute la composition
soit perdue. Or il dit que l'eau se pourrit étant
mêlée avec la terre, c'est à dire se noircit, comme
a été vu par ci devant, mais peu à peu
l'eau surmontant la force de la terre, le tout se
blanchit, & alors l'âme y peut être mêlée,
que quelques uns entendent par la rougeur,
mais ce mélange de l'âme n'est autre chose que
T iiij
@

296 HARMONIE CHIMIQUE
la fermentation, vu qu'étant fermentée elle
peut vivifier les autres corps, & non auparavant,
ce qu'il réitère ici si souvent une même
chose, est pour rendre le studieux artiste plus
prudent & patient au travail.

Textes.

S I tu ne subtilises le corps jusqu'à ce Calid.
qu'il soit fait tout eau, ne se rouillera
point, ni ne se pourrira, & ne pourra
congeler les âmes fuyardes, lors que
le feu les attaquera, d'autant que c'est
le feu qui les congèle, de même les
Philosophes ont commandé de dissoudre
les corps, & nous les dissolvons, à
celle fin que la chaleur adhère au fond
d'iceux: Outre plus nous retournons
dissoudre les mêmes corps, & les congelons
après leur dissolution avec la
chose qui lui a été la plus proche, jusques
à ce que nous ayons conjoint toutes
choses d'un bon & propre mélange,
qu'est une quantité tempérée. Calid.
c. 5.
Prends le chien mâle de Corascène,
& la chienne d'Arménie, & joints les
ensemble, lesquels joint, t'engendreront
un chien de couleur de ciel, abreuve
le en sa soif de l'eau de la mer, & il gardera
@

CHAPITRE VII. 297
ton ami, saches que ceci est une
pierre à laquelle Garip, c'est à dire, autre
chose n'entre point. Le même p. 8.
Prends la pierre honorée, & la mets
dedans la cucurbite & la couvre de l'alambic,
& la ferme bien avec le lut de sagesse
& la laisse sécher, ce que tu réitéreras
toutes les fois que tu opéreras, en après
la mettras au fumier très-chaud, jusqu'à
ce que l'humidité soit desséchée, &
que la siccité aie puissance sur elle. Le
même p. 15.

Scholie.

E Ntre tous les Philosophes traitant de la
pierre, Calid s'est rendu des plus obscurs,
embarrassant, & pèle mêlant les opérations, il
veut donc qu'on subtilise les corps déjà redis si
souvent, à savoir l'or & l'argent, & qu'on les
rende comme eau, c'est à dire impalpables, &
alors la rouillure qu'est la noirceur surviendra
laquelle congèlera & arrêtera les âmes fuyardes,
qu'est le mercure qu'on lui ajoutera, &
que l'on mettra au feu, mais à quoi faire appeler
ce chien engendré de couleur de ciel,
vu que le ciel n'en a point, & qu'étant transparent
permet à notre vue pénétrer jusques au
firmament, serait-ce point qu'il ait égard à la
fin en laquelle la couleur recrée autant la vue
que fait celle du ciel en temps pur & serein?
@

298 HARMONIE CHIMIQUE
usant de cette phrase & façon de parler obscure
pour cacher la science aux ignorants se croyants
entendus, mais assez claire aux doctes & dociles?

Texte.

F Ais un petit feu jusques à ce que la Moyne.
paix soit faite entre l'eau & le feu,
& que l'esprit & le corps soient faits une
même chose. Le Moyne p. 14.
Le Dragon naît en sa noirceur, se
paît de son mercure, & est submergé
en icelui, & est blanchi quelque peu
par lui. Le même p. 15.
Continue le petit feu, à celle fin que
le corps dissout en poudre noire entre
dedans son eau. Le même p. 17.
Prends la pierre & la triture avec le lait Arnaud.
blanc, & sera blanche ou mêle le vil
avec le cher & il sera blanchi. Arnaud
des secrets de la nature p. 36.
Le feu est la terre noire au fond de la Dastinus.
cucurbite, lequel feu ayant dévoré son
eau brûlante, demeure noirci quarante
nuits. Dastinus p. 30.
Le feu & l'azoth, azoth & mercure Dominus.
est même chose, & le feu est instrument
qui cuit le mercure, qui entre par les
cavernes de la terre dans le soufre,
@

CHAPITRE VII. 299
lequel soufre cuit le mercure. Dominus
vobiscum p. 50.
Le mélange se fait de l'eau avec la Benoist.
terre, & au contraire, par petites parties,
jusques à ce qu'ils soient faits un par
le feu tempéré. Benoist p. 56.
Prends toi garde qu'en la coagulation Saturnin.
la chaleur ne peut être trop douce, &
te conseille que tu aies toujours un petit
feu, & qu'il soit continuel, quoi que
la perfection soit tardive. Saturnin p.
73

Scholie.

N ous avons dit par ci devant que notre
noir est nommé de plusieurs feu, celui-
ci l'entend ainsi disant, fait la paix de l'eau avec
le feu, il s'ensuit donc que le petit feu n'est
point le feu commun, ou que ce feu, lequel on
doit pacifier avec l'eau est quelque autre chose,
mais l'esprit, le mercure, l'eau, le lait, le vil,
l'eau brûlante & l'azoth sont même chose, &
le feu, le corps, le dragon, la pierre, le soufre,
le cher, la terre sont même chose, à savoir
le noir, & ces deux doivent être unis tellement
que la séparation en diverses parties de
propriétés en soit impossible.
@

300 HARMONIE CHIMIQUE
Texte.
D E même qu'en la première composition Trévisan.
de cet ouvrage aucune
chose étrange à sa nature n'y entre, de
même rien ne la multiplie qui ne soit de
sa première disposition, & cet ouvrage
ne mange point, pour ce qu'il n'est
pas un végétal, & encore qu'en cette
pierre des Philosophes il y ait corps,
âme, & esprit, il n'est véritablement
animé comme sont les arbres & les plantes,
& n'est nourri végétablement, mais
plutôt lui faut multiplication par apposition
de nature semblable à soi, &
non par végétation car un semblable prend
un autre semblable à lui *appositivement,
& tant plus il prend & se multiplie,
tant plus il devient pesant en quantité,
& actif & parfait en qualité. Par
quoi la flamme du feu ne multiplie
point notre pierre, pour ce que ce n'est
son élément propre, d'autant qu'il n'est
de sa première composition, mais un
accident extérieur pour les chauffer.
Quiconque donc nourrira la pierre de
cette façon, & la multipliera, n'errera
point, car ce qui multiplie est converti
@

CHAPITRE VII. 301
en même espèce. Trévisan à Thomas
p. 157.

Scholie.

N Ous avons déjà vu par ci devant, que
cet ouvrage n'est point augmenté ni nourri
à la façon des plantes communes, je dis
communes, pour en séparer le *Baromets, ou
agneau végétable de Scythie, si ce qu'on en
écrit est véritable, mais qu'il est nourri par
apposition de nouvelle matière, nous avons
aussi vu, que cette pierre ne se nourrit, ni
augmente par le feu élément ou élémenté, & la
raison pourquoi, & c'est ce que notre présent
auteur nous confirme.

Texte.

L Ors que tu as faim, & vois la viande Egidius.
tu ignores la quantité, laquelle t'est
nécessaire, mais en mangeant tu sens
par la force de ton estomac combien
il t'en faut, fait donc le même en ton
ouvrage. Egidius p. 27.
Crois moi; si la terre n'est revivifiée
d'eau, tu ne verras jamais la vraie congélation.
Le même p. 81.
@

302 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.

N Ous avons dit ci devant qu'aucun ne peut
marquer précisément la quantité du lait
nécessaire à l'enfant pour le renforcer jusques
au marcher, ni aussi celle, laquelle nous est nécessaire
pour nous saouler à un repas, nous entendons
au poids ou à mesure certaine, de même
nul ne peut dire la quantité absolue de l'eau
nécessaire pour blanchir notre more: imbibe
le donc & nourri continuellement jusques à la
blancheur, alors ce sera assez, & la terre sera
revivifiée par l'eau & la vraie congélation sera
faite.

Textes.

T Oi qui es curieux de cet art observe Libavius.
cette maxime qu'il faut premièrement
conjoindre l'argent vif au
mercure, ces choses étant bien cuites
sont la matière laquelle dissout l'or, lequel
ne s'amalgame pas simplement
avec elle, comme les orfèvres savent,
car cet amalgame profite peu à l'art,
en second lieu il faut joindre l'or ou l'argent,
& les cuire par même art. Libavius
en la défense de l'Alchimie p. 508.
La nourriture n'est autre chose que
@

CHAPITRE VII. 303
l'argent vif des Philosophes merveilleusement
purifié, car cette masse mercuriale
composée du mercure des corps, & du
mercure de nature, doit être nourrie, &
ainsi en mercure double, d'autant qu'on ne
nourrit pas une matière ou humeur simple
& pur, mais vue matière qui a une
substance fixe. Le même l. 2. Epître 77.
p. 461.

Scholie.

C Est Auteur parle ici de deux opérations,
la première est la nutrition, lors qu'il dit
qu'il faut joindre l'argent vif au mercure, la seconde
est la fermentation disant joindre l'or ou
l'argent. Il a usé du mot de *confectarium (qui
est un argument serré, auquel la conclusion suit
nécessairement l'antécédent) qu'avons retourné
par ce mot maxime, n'ayant trouvé un qui
fut plus propre, ni plus significatif pour l'exprimer.

Textes.

L 'Eau coopère à blanchir, laquelle est Ventura.
imbibée continuellement avec la
terre, & exhalée par la chaleur, mais
bien plutôt incorporée & desséchée
avec la terre, par quoi triture la souvent
avec son eau, & calcine la derechef,
@

304 HARMONIE CHIMIQUE
jusques à ce que la noirceur ou
obscurité s'en aille totalement par le
lavement de l'eau & du feu. Ventura p.
153.
De même que l'eau ne monte point
tout à coup de la terre, mais bien peu à
peu tirant avec soi l'âme, de même elle
est remise peu à peu sur la terre, d'autant
qu'elle n'est point coagulée & desséchée
tout à coup avec la terre, mais
peu à peu, tellement que la quantité de
l'eau se diminue de temps en temps peu
à peu, jusques à ce qu'elle soit toute desséchée
& réduite en poudre, & ceci se
fait par un feu lent. Le même p. 157.
Réduis l'eau sur la terre, la cuisant
peu à peu, jusques à ce que la terre soit
blanche. Le même p. 159.
L'ouvrage des Philosophes n'a besoin
d'aucun mélange étrange, mais
seulement de la propre semence métallique,
préparée de la terre philosophique,
d'où en produite une pierre
multipliable & infinie, pourvu
qu'elle soit nourrie de son propre menstrue
& humeur naturel, & par la
chaleur du Soleil des Philosophes sa
puissance est réduite en acte. Thibaud
de Hollande p. 92. Je
@

CHAPITRE VII. 305
Je commande qu'on ne verse tout à Tourbe.
coup l'eau, de peur que l'ysir ne soit submergé,
mais verses la peu à peu, tritures
la, dessèches la, & faites le souvent
jusques à ce qu'il soit fait eau. La tourbe
Sentence 42.
L'intention invariable des Philosophes,
& d'une même bouche est que la
force totale consiste à l'humectation
sans intervalle, & pulvérisation subséquente,
& ainsi l'on aura la fin. Le même
énigme 7.
Nourris le corps, anime de son lait,
c'est à dire de son eau, de laquelle l'ouvrage
a été fait ou commencé du premier
coup. Exercice 6 sur la tourbe.
Les Philosophes veulent nourrir le Aurore.
grain de l'humeur *connaturel, jusques à
ce qu'il soit végétable, & apporte fruit
tel qu'il a à son intérieur, & veulent vivifier
ce qui est mort de la forme métallique,
jusqu'à tant qu'il donne parfaite
fusion métallique, laquelle vivification
ou nutrition les Philosophes ont
nommée ingrès. L'Aurore c. 20. p. 231.
Le lavement du corps, est la réduction Rosinus.
de l'eau dessus lui, jusqu'à ce qu'aucune
chose de l'âme qui est la teinture ne
@

306 HARMONIE CHIMIQUE
demeure en lui, qui ne monte avec l'esprit.
Rosinus des divines interprétations
p. 292.
Prends la terre noire, mets la sur une lame Bellerive.
de verre, & y verse dessus un peu d'eau
de vie, tellement qu'elle soit en forme
de pâte, mettez la en un vaisseau de verre
sur un fourneau, & sur les cendres, lui
donnant par un jour & une nuit le feu
sans bouillir, & lors qu'elle sera sèche,
arrosez ladite terre de l'eau mercuriale
susdite, & desséchez encore & réitérez
jusqu'à ce que la terre soit blanche
imprégnée. Bellerive.
Apres que tu as séparé l'esprit & l'âme Arislaus.
de son corps (c'est à dire, & entendez
les essences aériennes) alors rendez
à sa racine la forme quantitative par
moyen d'union, & certes aussi tôt le
corps prend son âme, de même que la
nature sa nature. Alors procède à son régime,
jusqu'à ce que la terre coule, comme
quasi une quinte essence, & soit imbibée
de son eau en son temps, jusqu'à
tant qu'elle boive son eau, & commande
que la terre soit imprégnée. Arislaus.
Prends sa quantité & saches son poids Calid.
& lui ajoute de son humidité autant
@

CHAPITRE VII. 307
qu'il en pourra boire, de laquelle humidité
nous n'avons en cet ouvrage
aucun poids déterminé. Calid c. I.
Je ne te commande rien, mon fils, si Nicolas.
ce n'est de cuire notre eau, & notre
cuivre, jusques à ce qu'ils soient tirez,
se brûlants peu à peu, & que l'étain ait
changé de couleur, & soit nettoyé de
sa noirceur, cuis les jusqu'à ce que l'esprit
& le corps soient joints ensemble
& faits un, car l'esprit ne se pouvant
exhaler, il faut qu'il soit fixé & uni
avec son corps, & alors nature s'éjouit.
Nicolas des comtes p. 21.
Notre pierre ne végète pas, & n'est Trévisan à
pas nourrie comme les végétaux, mais Thomas de
elle est nourrie par apposition de nourriture Bologne.
semblable à sa nature. Trévisan à
Thomas de Bologne.
Il faut modérer le feu, jusques à ce Dastinius.
qu'il boive son humidité & soit fait sec
& fort blanc, alors il faut fortifier le
feu, jusques à ce qu'il soit jaune & fort
rouge. Dastin p. 29.
Remettez l'eau sur la terre, donnant
un feu tempéré, jusqu'à tant qu'il ait
fait racine propre à sa nature, or il la
faut nourrir premièrement d'un peu de
V ij
@

308 HARMONIE CHIMIQUE
lait, comme on fait un petit enfant
auquel du commencement on donne
un peu de lait, & tant plus il croît,
tant plus a il besoin de viande & de chaleur,
jusques à ce qu'il aura bu son humidité,
car l'humeur premièrement est
froid, qui est la cause qu'il se faut garder
du trop grand feu, comme étant
ennemi du froid, mais si le corps est mis
sur le feu sans vinaigre, il se brûlera, &
n'aurons de lui ce que nous désirons,
mais le vinaigre lui étant ajouté, le
gardera de brûler se desséchant avec le
corps, & gardera qu'il ne soit offensé,
& tant plus il demeure sur le feu, tant
plus le corps demeure aussi sur le feu, &
tant plus il se cache au centre de l'eau
pour n'être brûler de la chaleur du feu.
Toutefois je commande qu'on ne mette
point l'eau tout à coup, à celle fin
que l'élixir ne soit submergé mais bien
verse l'eau peu à peu, à celle fin que le
corps se cuise avec trois parties de son
eau, car s'il est gouverné comme il
faut sur le feu, il est pacifié avec son
eau, la patience donc & le temps sont
nécessaires, à celle fin que par la longueur
de cuire, l'eau vainque le combat
@

CHAPITRE VII. 309
du feu, car par la légère cuite, l'eau est
congelée, & l'humidité corrompant des
humeurs est tirée, le feu donc soit doux,
jusqu'à ce qu'elle soit congelée en pierre,
car alors tu verras l'eau se congeler,
& cela te montrera assurément que la
science est véritable, d'autant que le
corps coagule son humeur en siccité,
cuits donc le corps avec l'eau, & les
coagule au feu, jusqu'à ce qu'il soit
épais & sec, car étant sec il boit promptement
le résidu de son humidité, alors
mets y d'autre eau que tu cuiras lentement,
& ferme le vaisseau diligemment
ne te hâtant point, & sans te désister
de travailler. Le même p. 33.
Notre eau bénite vient à égaler sa
terre, nettoyer sa noirceur, & ôter
toute sa mauvaise odeur, d'autant qu'entre'eux
y a un amour, comme du mari à
la femme, garde toi donc que l'eau ne
sorte du vaisseau & périsse, mais la réduisant
sur la terre, coagule la par un
feu tempéré, comme la semence se coagule
dans la matrice, remets donc l'eau
sur sa terre, jusqu'à ce qu'elle soit coagulée
en bas, car alors elle est plus
promptement convertie de sa nature en
V iij
@

310 HARMONIE CHIMIQUE
autre nature. Le même p. 34.
Ne méprise point les cendres, mais
rends leur derechef leur sueur, laquelle
ils ont rejetée, jusqu'à tant que le tout
soit retourné en bas, toutes fois autant
de fois que la cendre est imbibée autant
de fois elle doit être desséchée jusqu'à
ce que tout soit tourné en blancheur,
il faut donc que l'airain soit trituré &
imbibé souvent avec l'eau de vie, & à
chaque fois desséché jusqu'à ce qu'il
aura bu son humidité. Les Philosophes
commandent de congeler l'eau vive, la
mener avec son corps, & la cuire jusques
à tant qu'elle soit desséchée, alors
tu trouveras toute l'eau vive coagulée
par soi même & convertie en terre,
& alors l'esprit est joint au corps,
l'eau à la cendre, & la femelle au mari;
pour ce que le cuivre étant bien gouverné
avec l'eau, la paix intervient, &
est blanchi: & la blancheur ne se fait
point que par la cuite & coagulation
de l'eau, & tant plus l'airain est blanchi,
ou lavé, tant plus la blancheur se rend
grande, convertis donc & cuits,
réitère & ne te fâche point de réitérer
avec son airain, cuits la nuée, lave la
@

CHAPITRE VII. 311
noirceur avec l'eau de vie, rôtissant le
laton, jusques à ce qu'il soit desséché &
soit fait corps nouveau, car l'eau de
vie bien gouvernée blanchit tout le
corps le convertissant entièrement en sa
couleur, mêle donc cette fumée à sa
fèce, cuits & triture souventes fois jusqu'à
ce qu'il soit congelé, & dénué de
la noirceur, car l'eau de la rosée de Mai
le blanchit & nettoie, & en descendant
du ciel en temps de pluie pénètre &
blanchit. Le même p. 35.
Quelques Philosophes mettent sur la Florent.
terre de son eau ou de l'esprit non fixé
sans poids ne mesure, l'imbibant d'icelle
tant qu'elle en peut boire, & que
la vertu de cette eau ou esprit non fixe,
au argent vif, ou queue de dragon ou
sperme survenant ait entièrement dissout
cette terre en eau, & soit faite
volatile, & derechef spirituelle, c'est à
dire de nature d'eau ou esprit déjà
dit, montant au ciel, c'est à dire en la
même eau, ou la sublimant, comme a
été du commencement en la première
opération, comme déjà est dit. Prends toi
garde que l'élixir ne soit submergé, ce
qui advient lors que la trop grande
V iij
@

312 HARMONIE CHIMIQUE
quantité du volatil surmonte le fixe,
Florent l. 2. c. 10.
Quelques Philosophes disent que
le dragon doit être extrait de son vaisseau
& trituré sur le marbre, mais pour
le marbre il faut entendre le fond du
vaisseau, car cela est dit par similitude,
& en ce fond sans extraction aucune,
mais moyennant l'industrie de l'artiste,
la solution, & la congélation se font. Le
même l. 2. c. 12.
Pour te parler clairement, je dis que Armingandus.
notre solution se fait avec notre feu,
(&) sans icelui tu ne parviendras point
à ton désir, car par sa force il rompt,
brise, dessèche rôtit, & triture, &
sans corruption de la combustion améliore.
Notre ouvrage n'est fait de main,
mais par nature, & en vérité de Dieu,
je trouve que le feu de nature agit en
ces corps, d'autant que l'argent vif agit
en ces corps car il les réduit en leur première
matière, à savoir en argent vif, en
second lieu il sépare & rejette tout ce
qu'il y trouve de superflu, en troisième
lieu il conjoint inséparablement l'âme
avec son corps & parfait l'imparfait.
Armingandus c. 2.
@

CHAPITRE VII. 313
Notre fille vierge se sentant grosse,
gît au lit, & semble être morte, d'autant
que ses forces sur célestes la délaissent,
& pourtant elle se dessèche, se noircit
étant dénuée de tous mouvements
& influences, laisse la donc reposer,
jusqu'à ce qu'elle respire & enfante son
fils premier né, & qu'icelui soit nourri,
car étant fort il convertira son père
& sa mère de même que lui. Le
même p. 4.
Le lavement n'est point fait par la
force du feu, mais bien avec l'eau du
soufre, & avec la chaleur tempérée
du Soleil. Le même c. 5.
Prends ce qui est demeuré au fond du Nicolas du
vaisseau, à savoir la lie laquelle est appelée Tauro.
par les sages verre ou corps, & la
lave avec le feu très chaud, jusqu'à ce
que la noirceur s'en aille, & la blanchi
d'un bon blanchissement & deviendra
chaux blanche, en après rends la à ses
natures premières qui montent d'elles,
à savoir eau, air & feu. Nicolas de Tauro
c. 1.
Mets d'eau dessus la terre, & puis la
dessèche, les jointures étant bien fermées,
& derechef ajoute d'eau, & la
@

314 HARMONIE CHIMIQUE
dessèche, & encore imbibe jusqu'à tant
qu'elle soit blanche. Vincent question
20.
Triture la chaux & l'imbibe de mercure Payen.
la cuisant jusqu'à ce qu'ils soient
unis & un corps, & ne t'ennuie point de
réitérer souvent ceci, car si le corps n'est
incorporé avec le mercure, il ne sera
jamais sublimé. Payen p. 7.
Lors que tu voudras congeler l'eau &
l'air, mets la sur les terres unies, une
fois après l'autre, jusqu'à ce que par la
vertu de ces terres, l'eau soit congelée
& épaissie, mais que ceci soit fait
peu à peu & par semaines cuisant chaque
fois, jusqu'à ce que la terre en aura
bu cinquante fois autant qu'elle pesait.
Le même p. 15.
Mets ta matière noire avec sa quarte Incertain.
partie d'eau non imprégnée dans un
vaisseau de verre rond, qui ait le col long,
étroit & bien fermé, sur le bain marie
ou fumier de cheval, jusqu'à ce qu'il
soit desséché, alors ajoute y d'autre
eau & ainsi réitère la solution & extraction
des éléments sans sortir la matière
du vaisseau, jusques à ce que la noirceur
soit blanche comme neige. Auteur
@

CHAPITRE VII. 315
incertain commence, Mon fils très-cher &c.
La terre à cause de sa sécheresse avalera Rouillac.
l'eau, l'épaissira & la coagulera
non tout à coup, mais peu à peu, &
partant il est besoin de grande patience,
& le vaisseau doit être bien
bouché, de peur que les esprits s'enfuient.
Rouillac. p. 6.
L'inspissation de quelque humidité Geber.
ne se fait point si premièrement l'exaltation
de ses parties subtiles ne se fait
avec la conservation des parties plus
grosses, & il faut que l'humide surmonte
le sec au mélange, & d'autant que
la vraie mixtion du sec & de l'humide
est en la température de l'humide & du
sec, & du sec & de l'humide, il faut que
d'iceux soit faite une substance homogène
pure & tempérée en ses parties,
ayant le milieu entre dur & mol, & s'étendant
en battant. Geber c. 10. l. I. de
la sommaire perfection.
De la multipliée réitération de l'imbibition
avec la contrition & légère assation
l'humidité grande du mercure est
ôtée, & alors tu verras ce blanc plus
excellent que la neige & demeurer aux
côtés de l'aludel &c. Le même livre c. 45.
@

316 HARMONIE CHIMIQUE
La partie non fixe que tu auras gardée
sera jointe peu à peu, & subtilement
sur cette partie de terre administrée, &
sera lavée par voie de sublimation, jusqu'à
ce que le fixe soit lavé totalement
avec le non fixe, que si cela n'advient
point, ajoute y parfois quelque quantité
de non fixe tant qu'il suffise au lavement,
en après fige le jusques à ce qu'il
donne une fusion facile avec son ignition.
Le même l. 2. c. 25.
Arrose ta poudre sèche & noire Lavements
lentement avec ton eau l'arrosant par par une peau.
une peau, jusqu'à ce qu'elle soit blanche.
Du livre des lavements.
Il faut que tu divises ce qui a été coagulé,
pour en donner puis après une Flamel.
nourriture qu'est lait de vie au petit
enfant naissant qui est doué par le Dieu
vivant d'une âme végétative, ce qui
est un secret très admirable, & très caché,
qui a fait affoler (faute de le comprendre)
tous ceux qui l'ont cherché
sans le trouver, ce qui a rendu sage toute
personne qui l'a contemplé des yeux,
soit du corps, soit de l'esprit, il te faut
donc faire deux parts & portions de ce
corps coagulé, l'une desquelles servira
@

CHAPITRE VII. 317
d'azoth pour laver & mondifier l'autre
qui s'appelle laton qu'il faut blanchir.
Celui qui est lavé est le serpent
Python, qui ayant pris son être de la corruption
du limon de la terre assemblé
par les eaux du déluge, quand toutes les
confections étaient eau, doit être occis
& vaincu par les flèches du Dieu
Apollon, par le blond soleil, c'est à dire
par notre feu égal à celui du Soleil.
Celui qui lave ou plutôt les lavements
qu'il faut continuer avec l'autre moitié,
ce sont les dents de ce serpent que le sage
opérateur, le vaillant Thésée sèmera
en la même terre, dont naîtront des
gendarmes qui se déconfiront en fin eux
mêmes. Flamel p. 75. du livre des hiéroglyphiques.
Je ne veux pas oublier en passant de t'avertir
que le lait de la Lune n'est pas
comme le lait virginal du Soleil, pense
donc que les imbibitions de la blancheur
requièrent vu lait plus blanc,
que celles de la rougeur & *auréité, car
en ce pas j'ai *cuidé faillir. Le même p.82.
Voulant passer de la pierre blanche à
la rouge, il faut imbiber d'un peu de
lait virginal solaire. Souviens toi donc
@

318 HARMONIE CHIMIQUE
de commencer la rubification par l'apposition
du mercure citrin rouge, mais
il n'en faut pas verser beaucoup, & seulement
une ou deux fois selon que tu
verras, car cette opération se doit parfaire
par le feu sec, par la sublimation
calcination sèche. Le même p. 86.

Scholie.

F Ermons ce chapitre redisant que des corps
du Soleil & de la Lune, par le moyen du
mercure aiguisé par un feu convenable, &
iceux dedans un vaisseau rond & col long d'un
pied ou environ, & duquel nous parlerons en
son propre chapitre: d'iceux on peut recueillir
une matière noire ou apparaissant telle par un
temps commode dessus toute ladite matière, ou
icelle tombée des arbres & feuilles qui ont été
élevées au milieu de la mer, que quelques uns
appellent vers naissants, mourants, renaissants &
re-mourants, & l'une & l'autre séparée des corps,
ou par la plume, ou par le tamis, sur cette matière
sera apposé & distillé par le chamois le breuvage
convenable de son eau désirée, ou bien ladite
matière noire rouge ou grisâtre, sera jetée
dedans la mer, laquelle mise sur un feu propre
& convenable s'élèvera peu à peu, & excitant la
tempête, cette noirceur se mêlera de telle façon
avec l'eau d'icelle mer, que combattant
l'un pour dissoudre, l'autre pour congeler, en
fin de tous deux las, s'engendrera une forme
@

CHAPITRE VII. 319
d'écume ou graisse, laquelle (toute la mer
étant calme) sera retirée on avec une cuillère,
non d'aucun métal, mais ou de verre, ou de
bois, ou de nacre ou une plume. Cette écume
dès la première fois se trouvera mêlée avec
même poids (qu'elle pesait étant poudre) de
l'eau marine, & par conséquent comme pâte,
laquelle sera mise dedans son vaisseau bien
bouché sur le feu lent, où cette pâte se desséchera
peu à peu, & se retournera en poudre
noire & impalpable, laquelle il faudra remettre
comme auparavant, & continuer jusqu'à temps que par
les réitérés imbibitions la blancheur paraisse.
Or s'il a fallu du temps & de la patience à la dissolution
des corps, il n'en faut pas moins à cette
nutrition, à laquelle peu de chercheurs peuvent
parvenir faute d'étude, de patience, &
de profonde cogitation ou méditation, ne comprenant
qu'est-ce que nutrition, à savoir que
la chose nourrissante est convertie en la propre
substance & nature de la chose nourrie, & partant
qu'il faut que ce dont cette semence, tête
de corbeau, soufre ou mercure double est
nourrie soit converti en même nature & substance.
Ce qui étant ignoré, tout l'est aussi,
principalement que chaque chose naît avec
son destructeur qui la suit sans cesse, voire jusqu'à
l'exterminer, sans en excepter l'or que
quelques uns croient prendre accroissement
parmi les choses qui semblent détruire les autres
métaux & matières, mais ce destructeur,
principalement de l'or est connu au docte artiste.
@

320 HARMONIE CHIMIQUE
Mais comment nourriront-ils l'enfant puis qu'ils
ne le savent extraire, & comment extraire,
s'ils ne le savent former, & comment former
s'ils ne savent assembler & accoupler les parents,
& comment accoupler les parents s'ils ne
les connaissent, & s'ils ne les connaissent, comment
connaîtront ils leurs maladies ou santé, &
s'ils ne connaissent leurs maladies, comment
les guériront ils, & par quels remèdes, puisque
leur nature leur est inconnue? O curieux
chercheurs jetez vous dans l'étude de notre
admirable connaissance, les livres vous dessilleront Exhortation
les paupières, vous dénoueront les difficultés; à l'étude.
& vous montreront que de deux par le moyen
d'un tiers un s'engendre, & font quatre, à ce
quatrième un survient qui font cinq, & ne sont
qu'un, à ces cinq quatre surviennent, dont le
premier paraît longuement, le second moyennement,
le tiers passa tôt, mais le quart qui
fait neuf s'arrête, mais il n'a aucune vertu active
sans le dixième qui venant à son aide le fait
honorer, rechercher, aimer, désirer & craindre
par tout, ils vous apprendront aussi cette
valeur des nombres tant chantée & louée par
Pythagore, & y verrez la vraie quadrature du
cercle, laquelle n'est autre chose que rendre le
parfait qu'est le cercle, imparfait, qu'est le
carré sans détruire le cercle, puis ce carré sera
réduit en triangle, ce triangle en ligne, &
cette ligne en point, lequel point quoi qu'indivisible, Quadrature
contiendra tout autant que faisaient la du cercle.
ligne, le triangle, le quadrangle & le cercle, je
des
@

CHAPITRE VII. 321
dis autant sans plus ne moins, outre ceci vous y
apprendrez une infinité de beaux secrets, à la connaissance
desquels vous aurez en quelque
lieu que soyez un grandissime contentement.
Que si nous n'avons assez de persuasion pour
vous faire prendre la volonté de lire les bons livres,
traitant de cette admirable matière, que
pour le moins le peu de rencontre heureux qu'avez
fait en vos opérations fâcheuses, pénibles
& de grand coût sans fruit honorable, & selon
Dieu, vous fassent faire retraite, de laquelle
Trévisan vous a montré le chemin: Que si aussi
nous n'avons éclairci ce que dessus, & n'éclaircissons
ce qui s'enfuit à votre contentement, &
selon notre désir, que notre peu de loisir
nous serve d'Avocat, peut être quelqu'un
nous suivra qui retirant la lumière du dessous
du boisseau la mettant sur la table, mettra en
profit le talent à lui commis, & s'essaiera (peut
être, tant par l'expérience visible, que par l'écriture)
de retirer les studieux du chemin tortu
pour le mettre au droit, plain & uni.
X
@

322

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D U F E U P R O P R E A L A
pierre des Philosophes,

CHAPITRE VIII.

T E X T E.

pict Ors que notre pierre se fixera,
soit avec le levain,
ou autre corps, le feu doit
être si petit qu'aucune
chose ne monte en haut, autrement
ce qui se sublimera, ne se fixera Isaac.
point ni avec le levain, ni avec le
corps. Isaac l. I. c. 5.
Faudra ajouter sous la matière le
feu fort petit, mais un peu plus chaud
que n'est le Soleil au milieu de l'Eté. Le
même c. 6.
Quoi que tu fasses, n'augmente jamais
le feu que tu n'aies ôté quelque
chose du poids, & l'ayant mise sur une
lame d'argent, comme déjà a été dit,
juges quelle chaleur peut porter avant,
& de cette sorte tu ne pourras faillir au
feu, ceci est le plus grand secret de
tout l'art. Quoique tu fasses use plutôt
d'un petit feu que d'un grand, & de
cette façon tu ne pourras faillir, & combien
qu'il te faille un temps plus long
@

CHAPITRE VIII. 323
pour la fixation, toutefois ce petit feu Note qu'il
est plus assuré. Plusieurs ouvrages se n'est pas dit
perdent par la négligence du feu, d'autant simplement
que souvent dans la longueur & espace cet ouvrage
de l'oraison dominicale le feu étant mais plu-
négligé il faut recommencer l'oeuvre. sieurs.
Le même c. 9.
Toutes les fois que la pierre changera
de couleur, tu augmenteras un peu ton
feu, jusques à ce que tout demeure en
bas & tout soit fixe, toutefois prends toi
garde de ne faire un grand feu, jusqu'à
ce que tout soit fixe & parvenu à la couleur
blanche. Le même c. 35.
Tu fixeras & sublimeras toujours la
matière avec un petit feu, encore que ce
temps soit long, car travaillant avec un
petit feu la matière retient mieux son
humidité. Le même c. 43.
Tu dois sublimer avec un feu fort petit,
à celle fin que l'esprit subtil & volatil
puisse premièrement voler des fèces
jusques à la supérieure partie du vaisseau,
autant que l'esprit moyen commence
à sortir des fèces. Le même c. 113.
Ferme le vaisseau d'un luth fort, étant
desséché mets le au fourneau de fixation
y ajoutant un feu fort tiède & semblable
X ij
@

324 HARMONIE CHIMIQUE
au Soleil luisant du mois de Mars, &
le tiens en cette chaleur nuit & jour
tant que tu voies ta matière se noircir
comme poix, & encore d'avantage, alors
augmente ton feu d'un petit degré, &
alors ce sera beaucoup sentant cette
chaleur un peu plus forte qu'auparavant.
Retiens ce feu en cette chaleur, jusqu'à
ce que tu voies une autre couleur
qu'est grise, rousse quasi comme cendre:
alors augmente un peu ton feu, mais
non guères, mais comme le Soleil chauffe
en Avril, retiens donc ton feu en ce degré,
jusques à ce que tu voies la couleur
verdâtre, telle qu'est la couleur de la
plume d'un perroquet alors augmente
ton feu d'un petit, jusques à ce que tu
voies la couleur semblable à celle de la
queue de Pan, qui a une infinité de couleurs,
alors augmente ton feu comme la
chaleur du soleil en Juin, & non plus
grande, alors tu n'augmenteras ce feu
que tu ne voies la parfaite blancheur &
la pierre blanche être parfaite, alors
augmente le feu, jusques à tant que tu
voies la matière prendre couleur cendrée,
alors augmente un peu ton feu,
tant seulement d'un petit degré,
@

CHAPITRE VIII. 325
jusques à ce que tu voies une couleur
blanche rousse, comme si c'était le caillé
duquel les Mégissiers préparent leurs
peaux, alors augmente ton feu d'un degré,
& le garde ainsi tant que voies la
couleur semblable à brique battue entre
rouge & roux, alors augmente ton
feu d'un petit degré, jusques à ce que tu
voies la couleur cendrée comme vert
blanc, alors augmente ton feu d'un petit
degré. Or la couleur cendrée est la
dernière de toutes les couleurs, alors tu
n'augmenteras plus le feu que premièrement
la pierre ne soit parfaite. La I.
couleur laquelle tu verras après cette ci
sera rouge comme rose, & peu à peu la
couleur se fera plus haute, & peu à peu
& de plus en plus rougira, tellement que
la matière deviendra si haute en couleur
que jamais l'oeil humain n'en a vu de
semblable, alors réjouis toi avec les
Philosophes, car la pierre est parachevée.
Le même p. 131.

Scholie.

V Oici l'une des pièces la plus difficile, &
presque le noeud de tout l'art, & où est
extrêmement nécessaire de diviser les temps
X iij
@

326 HARMONIE CHIMIQUE
pour accorder les écritures. Notre Auteur
ne nous marque point ici la composition en son
commencement de la pierre, mais seulement la
fixation d'icelle, c'est à dire la rendre telle qu'elle
ne puisse être gâtée par aucune voie ou manière
que ce soit, mais par quel ordre de venir
& cette si haute pièce, puis qu'il ne nous en dit
rien si nous n'avons passe par le chemin épineux?
Il faut donc sans nous effrayer marcher parmi
ces sentiers pleins d'hydres, de buissons, & de
labyrinthes, lesquels ont été franchis par plusieurs
rares esprits, & pavés par la perte des
ignorants & outrecuidants. Entamons donc notre
premier feu, qui est celui de la solution des
corps solides, entiers, nets & crus.
Le feu tend toujours en haut, mais parvenant
au ciel, pour ce qu'il ne peut croupir tend
aux autres choses, cherchant de s'amplifier &
dilater par tout, & d'autant qu'il ne peut être
tiré en bas, pour ce que sa nature y répugne d'une
très facile conduite & traite naturelle, il est
conduit de l'âme jusques à la vie, afin que par
la communion, qu'avec les choses plus hautes
il s'est acquise par la vie unique il passe aux suprêmes,
tâchant de convertir au suprême
non seulement lui, mais aussi tout ce qu'il peut
embrasser, car la nature du feu, autrement de chaleur
& siccité s'est tempérée avec la nature de chaleur
& humidité, & est provenu de ce tempérament
égal, l'élément du feu s'est tempéré
avec la nature d'humidité, d'où l'air & l'élément
de l'air est tempéré avec la nature de froideur
@

CHAPITRE VIII. 327
& humidité, d'où l'eau & l'élément de l'eau
s'est tempéré avec la nature de froideur & siccité
d'où la terre est. J'entends quelqu'un qui dit
que la fumée d'une chandelle éteinte & mise
plus bas que la chandelle allumée attire à soi
la lumière d'icelle. A quoi est répondu que
cette fumée, laquelle est grasse s'enflamme
facilement, & que cette flamme suit ce qui est
gras & onctueux, de quoi sera parlé en son lieu
propre.
Ceux qui veulent tirer la substance d'un chapon,
perdrix, mouton & semblables, ne s'amusent
point à la hacher menu, ni à user d'un
petit feu, encore que ce soient pièces faciles à
cuire, mais après qu'elles sont en gelée, alors ou
pour la foudre ou pour lui ordonner un peu plus de
cuite, l'on use d'un feu lent: l'exemple se peut prendre
encore d'un confiseur, qui du commencement
se sert d'un feu fort, mais sur la fin d'un
feu tempéré selon la matière qu'il traite. Disons
de même, nous avons à dissoudre des
corps fort solides, & pour les ôter de leur nature,
& les réduire à une autre, nous devons
suivre un ordre qui soit propre à la matière que
nous traitons, & de laquelle nous voulons tirer
cette matière, laquelle du commencement
est volatile, & laquelle vous faut fixer si nous
voulons en recevoir du contentement. Nous
avions proposé discourir en ce lieu d'une infinité
de questions qui s'émeuvent touchant ce feu,
mais pour ce qu'il en est parlé sur notre oeuvre
du Sabbat, nous nous contenterons de dire
X iiij
@

328 HARMONIE CHIMIQUE
que nous ne reconnaissons en tout ce qui est
dessous la Lune qu'un feu, icelui visible, attache
& léchant les matières onctueuses, grasses,
huileuses, bitumineuses, & invisibles, pour
être icelui caché dans la terre, cailloux, &
autres matières dures. Or ce feu visible agit &
montre ses forces selon la puissance du résistant,
c'est à dire selon la matière à laquelle il est attaché,
ou à laquelle, ou contre laquelle il veut
agir, c'est donc ici le lieu où nous devons remarquer
la matière, la quantité d'icelle, le lieu
où elle est contenue, & ce contre quoi ce feu agit
non pour soi ou sa nourriture ou entretien mais
contre qui il exerce sa domination, & veut démontrer
sa puissance.
La matière laquelle sert pour entretenir le feu
est diverse, car les uns y emploient le fumier,
les charbons, l'écorce des arbres, desquelles
les tanneurs se sont servis, l'huile, l'eau de vie,
& autres choses: la quantité de ces matières est
ou par poids, ou par mesure. Ce lieu est ou serré
& non visible à tous, ou non si serré & vu
de tous, mais la matière contre laquelle ce feu
agit est celle, laquelle donne la balance. Or cette
matière est ou cahos, grossière matérielle,
indistincte & comme principe (je dis comme
principe) oui élément élémentant, ou élément
élémenté ou point, c'est à dire matière indivisible
& par conséquent finie.
Le cahos est fait du milieu des sept a, & du
dernier d'en bas par le moyen du pénultième,
qu'il faut réduire au supérieur. Or pour
@

CHAPITRE VIII. 329
cet effet quelques uns se contentent d'un feu
de trois charbons blancs alimentés par la liqueur
de la paix, cette chaleur est douce & lente,
laquelle petit toujours durer vingt quatre
heures sans y toucher, pourvu que la maison &
caverne soient proportionnées au total, mais tout
bon artiste trouvera ce feu fort faible, & qui sera
un fort long temps à faire sortir le renard de
sa tanière, & la taupe de dessous de la terre, ce
milieu & dernier étant réduits au supérieur,
cette noirceur basanée sera séparée par le crible,
& jetée dans la mer pénultième, alors ce
premier feu sera changé ou augmenté en un
propre à faire bouillir la marmite & élever les
ondes de la mer: donne donc au feu des mores
en quantité suffisante pour faire séparer la graisse
& écume du pot, Merveille que notre fer
ne veuille & puisse prendre nourriture par arrosements
& autres opérations douces, mais
seulement par la violence, dedans laquelle elle
s'augmente en même poids. A cette graisse est
nécessaire le feu premier, mais un peu plus faible
& doux de peur d'une séparation, & jusques à ce
que toute la matière doit desséchée, à laquelle
dessiccation nous n'avons point trouvé un terme
préfix, les uns disent icelle être faite le huitième
jour, les autres le quinzième, le vingtième,
le trentième & quarantième: mais,
comme avons dit, nous n'y avons trouvé aucun
terme assuré. La dessiccation advenue cette
matière desséchée & en poudre impalpable
& noire, sera encore jetée dans la mer, ou elle
@

330 HARMONIE CHIMIQUE
prendra & endurera le bouleversement d'icelle,
& d'où derechef la graisse ou écume sera ôtée,
& remise sécher, & faudra continuer cette opération,
jusques à ce que Saturne soit fait Mars,
puis Jupiter, puis Lune, puis Venus déteinte
& jaune, puis Soleil couchant *caniculièrement,
alors ou Lune ou Soleil & mangeant son propre
corps, un feu plus grand sera nécessaire. O
chercheurs, considérez le feu nécessaire à cuire
une alouette, une perdrix, un mouton, & un
boeuf: Certes si vous êtes enfants d'Hermès,
vous comprendrez nos discours véritables, qui
ne se peuvent & doivent mettre au jour, de
peur que les bêtes ne les foulent aux pieds, cette
crainte a poussé tous les Philosophes à écrire
obscurément & diversement, qu'aucun
donc ne s'ébahisse si nous faisons le même, encore
que nous assurons les curieux de cette
science que nous avons écrit plus intelligiblement
qu'aucun autre que nous ayons vu &
lu: & en ce qui est dit que plusieurs ouvrages se
perdent, & qu'il les faut recommencer par la négligence
qu'on a eue au feu, ceci ne s'entend
pas simplement de notre travail, mais de
plusieurs autres qui se perdent le feu manquant,
l'ouvrage n'étant achevé comme à la verrerie,
émaillerie, orfèvrerie, poterie confiturerie,
& autres qui étant sur le feu y doivent tout de
suite être achevés, mais en celui, comme a
été dit, non tout de suite continuellement,
mais comme contiguëment, ce qu'Augurel &
plusieurs ses semblables n'ont pas entendu.
@

CHAPITRE VIII. 331
Texte.

L A matière doit être éparse au fond Libavius.
du vaisseau, & le feu augmenté jusqu
à ce qu'une partie d'icelle soit plus
blanche que la neige adhérente aux côtés
du vaisseau & y soit comme morte.
Libavius p. 92. de l'Azoth.
Crois moi que tout notre magistère Thomas.
dépend du seul régime du feu régi par
l'industrieuse capacité de l'artiste, car
nous ne travaillons pas, mais c'est le feu
bien conduit avec peu de peine & de
dépense qui opère par sa propre vertu,
& lors que notre pierre est en sa première
nature, à savoir en eau ou lait
virginal, ou queue de dragon (une fois
dissoute) alors cette même pierre
se calcine soi même, se sublime,
se distille se réduit, se lave, se congèle,
& par la vertu du feu proportionné se
parfait soi même dans un unique vaisseau
sans l'aide manuelle d'autrui. Thomas
Aquin à frère Reynaud. c. 3.
@

332 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.

L Ibavius confesse en quelques endroits de
ses oeuvres qu'il n'est parvenu jusques à
la fin & parachèvement de la pierre des Philosophes,
mais que par le commencement qu'il
a vu, il a jugé de la suite, c'est ce que nous
avons dit par ci devant, à savoir, que ceux qui
savent le commencement d'icelle en savent
aussi la fin: Nous entendons de ceux qui savent
les deux points cachés, qui sont l'extraction de
la rouillure ou noirceur, & l'imbibition d'icelle, Deux points
savent tout le reste, pourvu qu'ils le sachent cachés, &
ou par inspiration Divine, ou par l'étude, car quels.
quelqu'un pourra bien dire ces deux opérations
très-fâcheuses, très difficiles, & très-cachées,
mais il ne les entendra point, n'entendant pas
toutes les autres opérations. Or, dit notre Auteur,
notre matière doit être éparse au fond
du vaisseau, sur quoi on demande si cette opération
s'entend au temps qu'il faut rouiller, ou Demie.
au temps qu'il faut dessécher cette rouille imbibée
de son vinaigre, à quoi on répond que cet
éparpillement s'entend & pour l'une, & pour
l'autre opération, mais plus particulièrement Solution.
à la seconde, car en icelle les trois parties du
vaisseau doivent être vides, il faut regarder
par l'expérience qu'un linge mouillé & étendu
est plutôt sec qu'un amoncelé & qu'une
quantité de pâte étendue est plutôt cuite
qu'une entassée: il est donc nécessaire d'avoir un
@

CHAPITRE VIII. 333
vaisseau façonné à proportion de la matière, auquel
il faut bailler un feu un peu plus lent que
celui du rouillement (ladite rouillure tombant
des branches élevées au milieu de la mer)
qui continuera jusqu'à la blancheur de ladite
rouille, blancheur laquelle contente l'oeil: &
Thomas nous dit que le feu est tout le secret de
l'art, dépendant de l'industrie de l'artiste, ce
qu'il dit pour nous faire aviser, & pour montrer
qu'il n'y a point de règle, ne de degré limité,
comme plusieurs estiment, toutes fois ce
feu n'est de grande dépense, comme est celui
duquel parle Zacharie, & qu'est celui de la
plus grande partie des opérateurs de ce temps;
Sur ce feu on demande, si c'est celui qui opère
par sa propre vertu, visiblement contenu
dans les charbons, ou nourri par l'huile ou
l'eau de vie; ou l'invisible caché dans notre
pierre? à quoi on répond être ici parlé du visible
qui émouvant l'invisible est cause de toutes
ses opérations diverses: Or notre pierre est dite
être en sa première nature, ou lait virginal,
ou queue de dragon, lors qu'elle est poudre noire
ou noirâtre, impalpable volatile & plus facile
d'être vitrifiée que d'être réduite en pâte ou
écume ou graisse, alors elle même ayant ce qui
lui est nécessaire, comme l'oeuf qu'on met
couver, se calcine, ou blanchit, & pour dire
en un mot se parfait, de quoi l'oeuf du poulet,
l'enfant dans la matrice, & la plante dans la terre
est exemple familier, qui se parfont en, &
dans même lieu, différant seulement, en ce
@

334 HARMONIE CHIMIQUE
que le poulet consumant sa nourriture dedans
l'oeuf, & vidant la plus grande partie d'icelui
se met plus au large, la matrice s'étend, la terre
s'élargit & cède à sa nourriture, mais notre
vaisseau pour être de verre ne peut ni l'un, ni
l'autre il est donc nécessaire de changer de vaisseau,
toutefois de mêmes matière & forme,
lors que la matière s'augmente en quantité.

Texte.

T Out autant qu'il sera nécessaire Greverius.
refroidi, échauffé, humecte &
dessèche ta terre, sans crainte d'erreur,
voire même quand le feu serait éteint
& non continuel par quelques jours &
semaines, prenant garde seulement
qu'étant une fois éteint il ne demeure
toujours éteint, car un vaisseau se rompant,
ne faut-il pas remettre la matière
dedans un autre vaisseau semblable au
premier & le remettre en son feu?
Greverius p. 39
Mon fils je t'ouvre un secret, qui est
que pour venir à la maturation après
l'augmentation, ton feu doit rougir le
fond de l'écuelle, qui contient le sable;
mais non pas continuellement. Le même
p. 37.
@

CHAPITRE VIII. 335
L'on trouve deux feux tant seulement Alanus.
es livres des Philosophes, un sec,
l'autre humide. Le sec est l'élémentaire
l'humide est le mercure, duquel il est
parlé à la tourbe disant: Notre argent
vif est feu qui a plus de force de brûler
& tuer les corps que quelque feu que
ce soit, même plus que le feu élémentel,
le mercure est aussi nommé fumier
de cheval. Alanus p. 58.
Notre feu est minéral, égal, continuel, Pontanus.
non vaporeux s'il n'est trop excité
& participe du soufre, il est pris
d'ailleurs que de la matière, rompt toute
chose, dissout, congèle, & calcine,
& ce feu avec un petit feu parfait
tout l'ouvrage & fait toutes les sublimations
nécessaires. Pontanus p. 73.
Le feu contre nature doit tourmenter Ripleus.
les corps, & icelui est le dragon brûlant
les corps avec violence comme le
feu d'enfer. Ripleus p. 78.
A la solution le feu sera toujours Daustricus.
doux; à la sublimation médiocre, à la
coagulation tempéré; au blanchissement
continuel; & au rougissement
fort. Daustricus p. 12.
Le feu doit toujours être lent jusques
@

336 HARMONIE CHIMIQUE
au blanchissement. Le même p. 26.

Scholie.

P Lusieurs croient, comme dit Augurel, que
l'oeuvre philosophique ne doit jamais être
refroidi sur peine de perdre tout le passé, mais
Greverius montre bien qu'ils se trompent, &
véritablement, après quelque temps de nutrition
ayant été distrait par quelque année, &
par conséquent, le vaisseau & matière ôtée du
feu a repris très-bien nouvelle nourriture, &
très facilement, n'ayant rien perdu que le temps,
la force n'en étant aucunement diminuée,
pour ce que le vaisseau était très bien bouché,
si que rien n'y pouvait entrer ni en sortir, &
de fait, s'il faillait un feu égal & continuel
comment se pourrait il faire, lors que pour
dissoudre, congeler, fixer, il faut changer &
de vaisseau & de feu, car il y a une opération
à laquelle le feu doit être à tel degré, qu'il
rougisse le fond du vaisseau contenant celui
où est ma matière, & ce degré ne dure pas plus
d'une ou de deux heures, nous entendons à
l'opération première, car sur la fin il dure plus
long temps; Pour les deux feux, desquels Alanus
parle il les montre assez clairement, mais
en ce qu'il dit que le minéral n'est pris de la
matière, il entend de la matière que les Philosophes
ont tirée des deux substances, ni même
n'est tirée de la même mine, d'où l'or & l'argent
sont tirés, car le mercure a une mine particulière.
culière
@

CHAPITRE VIII. 337
Or ce mercure ou feu étant excité
par le feu commun pourrit, noircit, blanchit,
rougit, & donne ingrès à notre feu, & sans lequel
jamais la pierre ne pourra être parachevée.

Texte.

L E feu du premier degré ou régime
doit être semblable à celui d'une
poule, laquelle couve ses oeufs, ou comme
la chaleur naturelle digérant la
viande, & nourrissante le corps, ou comme
la chaleur du fumier, ou comme
celle du Soleil étant au Bélier, ce qui
a fait dire à quelques uns, qu'il fallait
commencer le Soleil étant au Bélier,
& la Lune au Taureau, & ce degré durera
jusques à la blancheur, qui sera augmenté,
icelle apparaissant jusqu'à dessiccation
parfaite de la pierre, & cette
chaleur est semblable à la chaleur du
Soleil allant aux Gémeaux. Or la pierre
étant desséchée & réduite en cendre, le
feu sera encore fortifié, jusques à ce
que la pierre soit rouge parfaitement,
& vêtue par le feu d'une robe royale,
& cette chaleur est semblable à celle du
Soleil étant au Lion. L'échelle des
Y
@

338 HARMONIE CHIMIQUE
Philosophes p. 107.
Le feu soit doux & égal sans aucun Ventura.
changement. Ventura p. 20.
Le mercure est un feu, dont le Philosophe Rosaire.
dit, saches que le mercure est un
feu, qui brûle mieux les corps que le
feu. Rosaire p. 172.
J'ordonne que tous les chercheurs
de cet art fassent un petit feu au commencement,
jusqu'à ce que l'accord
soit fait entre l'eau & le feu, & lors que
tu verras l'eau fixe sans aucune montée,
n'ayez souci quelque soit le feu, toutes
fois il est bon d'aller patiemment, jusqu'à
ce que l'esprit & le corps soient
unis, tellement que les corps soient esprits,
& les esprits soient corps. Le même
p. 174
Le feu est appelé tout ce qui fuit le
feu & qui ne se diminue point ni ne se
consume. Le même p. 179.
La seule chaleur tempérée épaissit
l'humidité, & si elle n'excède point parfera
la mixtion, car les générations &
procréations des choses naturelles se
font seulement par la chaleur très-tempérée
& égale, comme est celle du fumier
de cheval qui est chaud & humide.
@

CHAPITRE VIII. 339
Le même p. 181.
En la solution le feu sera toujours.
doux, en la sublimation médiocre, en la
coagulation tempéré, au blanchissement
continuel, en la rubification fort, que si
tu es ignorant & erres, le plus souvent
tu perdras ta peine. Le même p. 186.
La mesure de ta chaleur soit celle du
Soleil au mois de Juillet, jusques à ce
que par la cuite l'eau soit épaissie, & la
terre noircie. Le même p. 201.
Sois long temps & continuellement Desiderable.
à l'ouvrage, pour ce que la génération
& corruption ne se fait, que par
mouvement continuel, par l'air enfermé,
& la chaleur tempérée, de même que
la nourriture de l'oeuf, jusqu'à ce qu'il
soit blanc, & rompt avec le feu, & non
avec les mains. Desiderable p. 23.
Le feu soit continué en chaleur de Dominus
fièvre, d'autant que si au commencement vobiscum.
on donnait un grand feu au mercure, il
s'enfuirait à cause de sa grande froideur,
par quoi il faut cuire le mercure en fort
petite chaleur, jusques à ce que la froideur
soit amoindrie, & selon qu'elle se
débilite il faut augmenter le feu. Dominus
vobiscum dans l'Escot. p. 51.
Y ij
@

340 HARMONIE CHIMIQUE
En tout temps le feu sera petit, jusqu'à Benoist.
ce que l'eau soit congelée. Benoist
p. 57.
Par le feu tempéré une petite quantité Lescot.
sèche, dessèche l'humidité, & ceci se
fait peu à peu, & non subitement, &
tant plus la pierre est lavée, tant plus elle
se blanchit. Lescot p. 62.
Le feu du premier degré, c'est à dire Saturnin.
de la solution & putréfaction doit être
petit, tellement que rien ne monte de
ce qui peut monter, & ainsi ce feu
faible profite, qui fait entrer le mercure
dans le corps net, car par le feu fort
tout se perd. Saturnin p. 71. vois tout
ce chapitre.
En ce lieu le feu fort est dit, celui qui Vincent.
comme un chariot à quatre chevaux
court continuellement, ce que le feu de
flamme ne peut faire, mais bien celui
d'un four échauffé & fermé, sans que
les charbons s'y éteignent, & ce feu est
continuel sans brûler, & c'est celui duquel
nous avons besoin. Vincent p. 37.
Les Platoniciens constituent trois Laurens.
feus, luisant, & brûlant, luisant &
non brûlant, brûlant & non luisant.
Laurens en son anatomie. l. 21. questions 3.
@

CHAPITRE VIII. 341
La chaleur laquelle blanchit, ne Libavius.
doit point être forte, autrement il y a
faute, notant qu'en ce passage il est parlé
du premier blanc, qui est fait par la
nutrition. Libavius p. 117.
L'argent vif est comme feu brûlant Tourbe.
tout corps, mieux que le feu & mortifie
tous les corps, & quand le corps lui
est mêlé, il se triture & meurt. Tourbe,
sentence 47.
Encore que nous parlions toujours Bacon.
du feu lent, si est ce véritablement que
nous sommes d'accord que peu à peu &
par intervalles il doit être augmenté
jusqu'à la fin. Bacon c. 14.

Scholie.

T Out Philosophe sait la mixtion & différence
qu'il y a de la chaleur de la poule
d'avec celle de l'estomac, de celle laquelle digère
la viande d'avec celle qui nourrit, de celle
du fumier de cheval, & du pigeon, & de celle
du Soleil au Bélier au mois de Mars, & nous
contenterons de dire, que tous Ces auteurs
n'entendent & ordonnent qu'un feu tempéré
pour cuire la matière produisante, & celle laquelle
sera produite, & en près humectée
par son propre sang, & asséchée & faite avec
lui un, jusques à ce que cette noirceur produite
Y iij
@

342 HARMONIE CHIMIQUE
soit blanchie, après laquelle la raison & le
jugement requièrent l'augmentation du feu,
jusqu'au rougissement, lequel advenu, le feu
fort ne peut nuire, d'autant qu'en cet achèvement
il doit subsister au feu de fusion, pour s'incorporer
avec la matière à laquelle on veut ôter
la saleté pour la rendre toute belle. Or ce feu
duquel il est parlé ici, c'est le vu & senti
d'un chacun, mais celui duquel est parlé en
après par le rosaire, c'est le mercure, que si on
entend le vulgaire, l'on ne se trompera point, si
celui des Philosophes sera encore mieux le
vulgaire cru défait, blanchit & rend les métaux
blancs & coulants; mais celui des Philosophes
les rend d'un blanc, ou d'un rouge perdurable,
tel qu'il est. Or avant qu'arriver à ce
degré il faut passer cette opération difficile & cachée,
qui est d'unir l'eau avec le feu, opération
si extrêmement difficile, comme nous avons Opération
déjà dit, que presque tous les chercheurs s'y très difficile
perdent, quoique l'union soit fort facile, & & facile.
prompte à celui qui l'entend, car dans moins
d'un quart d'heure elle est faite, & dirons
franchement n'avoir pu encore trouver paroles
assez significatives pour la déclarer ni par
écrit, ni autrement que par l'action & opération:
en cette conjonction & union l'eau acquiert
la nature du feu, & le feu celle de l'eau
en égale quantité, cet un n'est du tout fixe, ni
du tout volatil, mais par continuation du feu
acquière la nature de fixe, étant auparavant,
c'est à dire aussi tôt être unie, volatile, mais
@

CHAPITRE VIII. 343
non brûlable, comme les autre matières, car
tout demeure ou tout s'en va, pour ce que cette
matière est homogène demeurant donc sur le
feu tempéré il s'y épaissit, & la génération dite
se fait, non à l'instant, mais par la longueur
du temps nécessaire car comme la poule n'a couvé
& éclos ses oeufs & poulets tout aussi tôt,
& un arbre ne rend dès la première année ses
fruits, mais au temps ordonné par nature, de
même est en cet oeuvre. Par ci devant nous
avons déjà vu que par l'air le mercure est entendu
& non autre chose. Par ces trois feux on
peut entendre le feu de flamme, qui luit &
brûle, l'éclat du rubis ou escarboucle, les écailles
des poissons, un certain bois pourri,
qui luisent & ne brûlent point, & celui des
cautères actuels, qui brûlent sans luire.

Textes.

P Rends le laton bien criblé, mets-le Nicolas des
dans le vaisseau physique, au feu Comtes.
physique, cuits le, le rôtissant doucement,
jusqu'à tant que toute la matière
soit fixe, & garde toi de faire le
feu violent, mais qu'il soit doux comme
il faut, car le feu fort détruit & dissipe,
& le doux cause la santé & fait bonne
substance, saches donc que tout le
régime est au feu & au vaisseau. Nicolas
Y iiij
@

344 HARMONIE CHIMIQUE
des Comtes p. 6.
L'ablution se fait au Soleil de Juin,
mettant Ernec au Lion vert, jusqu'à ce
qu'il soit réduit en pierre très-rouge, le
rôtissant en icelui doucement, alors il
est nommé en Arabe Kibrit, c'est à dire
soufre, lequel soufre n'est le vulgaire,
mais philosophique qui n'est point
seul, mais avec sa soeur. Le même. p. 8.
Lors que notre matière est dissoute,
& qu'il la faut coaguler, alors il est besoin
de diminuer la chaleur du Soleil, à
celle fin qu'en réitérant ladite solution
soit plus aisée; & saches qu'en ceci
plusieurs se trompent, d'autant qu'ayant
dissout ils veulent coaguler avec un
feu fort, ou chaleur forte du Soleil, &
ainsi continuent en toute cuite, & par
ce moyen ils endurcissent la matière, laquelle
finalement lors qu'il est nécessaire
ne peut être dissoute qu'avec un grand
labeur, qui ne profite rien, d'autant
que par ce moyen, la matière se vitrifie
& convertit en substance ou matière
vitrée, ou de verre suivant leur travail,
ce que je dis c'est à celle fin que si quelqu'un
me maudit que ce soit injustement,
car toute l'opération (sans menterie)
@

CHAPITRE VIII. 345
gît & consiste au régime du feu,
& celui qui sait régir le feu vient à la
perfection, & celui qui gouverne la
matière avec un feu lent, peut parvenir
à la perfection sans doute, d'autant
qu'il ne faut craindre que la matière se
vitrifie, ni que l'esprit qui est très-subtil
s'en aille. O opérateurs ignorants,
pourquoi êtes vous tant froids que
fassiez un si grand feu, vu que le feu
violent détruit & vitrifie notre matière?
n'avez vous point ouï tous
les Philosophes, qui disent que par un
feu lent vous fassiez toutes vos décoctions,
& que vous trouverez la science,
mais que si vous faites autrement vous
n'aurez aucun plaisir de votre travail.
Le même p. 9.
Le feu soit petit à la solution, médiocre Daustricus.
à la sublimation, tempéré à la
coagulation, continuel au blanchissement,
fort au rougissement, que si par
ignorance, tu fais autrement tu perdras
tout ton labeur. Daustricus p. 29. 33.
Il se faut donner de garde que l'eau
ne s'en aille par un trop grand feu à cette
fin l'eau est le combat du feu par la
longue cuite, car par la chaleur du
@

346 HARMONIE CHIMIQUE
Soleil l'eau combat contre le feu. Que
la chaleur soit petite jusqu'à la blancheur,
car si la chaleur est forte du commencement
le noir & le blanc s'en iront,
que si la vapeur s'enfuit, le composé se
fera rouge qui ne servira de rien. Le même
p. 35.
Le feu soit tellement tempéré que tu Florens.
puisses tenir la main sans te blesser au
fond du vaisseau, & le feu soit continuel,
travaille donc avec un grand
soin & industrie. Florens. l. I. c. xi.
Lors que tu voudras tirer l'animal
& mettre la pierre en poudre, ferme
très fort le vaisseau qu'il ne puisse plus
prendre l'air, & le mets sur les cendres
chaudes, & fais au dessous du vaisseau
un feu tempéré, & il mourra aussi tôt,
alors tout promptement dessèche le
& cuits le subtilement, afin qu'il se réduise
en poudre, en après ôte le du dit
vaisseau pour en faire poudre que tu
garderas soigneusement. Le même l. 3.
c. 14.
Tout le secret est au feu, garde toi Elie.
donc que tu ne fasses ton opération violente,
pour ce que tout ton ouvrage se
perdrait, use donc d'un feu lent. Elie c. 4.
@

CHAPITRE VIII. 347
Le feu soit comme la chaleur d'une Vincent.
poule qui couve les oeufs. Vincent question
24.
Le feu soit continuel & lent, Caprinus, Caprinus.
C'est la vérité que toutes les opérations Incertain.
se doivent faire dans le feu qui
soit lent, c'est la cause que tous les Philosophes
disent qu'au feu consiste tout
le fondement de l'art. Très cher
fils.
La seule chaleur tempérée épaissit Geber.
l'humidité, & parfait la mixtion, & non
point le feu violent. Geber l. I. c. 9. de la
grande perfection.
Rôtis doucement par un feu tempéré.
Le même l. 2. c. 25.
Le feu élémentel brûle, le céleste vivifie, Venetius.
le supercéleste brûle plus que
l'amour. George Vénitien en son harmonie
du monde p. 833.
Le feu extrinsèque sert de nourriture Traité du
au feu intrinsèque qui croît & se multiplie soufre.
comme le feu élémentaire par le
bois, & ce feu extrinsèque doit être nutritif
& multiplicatif, & non pas dévorant,
car ainsi les choses viennent à leur
perfection, la décoction donc est celle
qui amène toutes choses à perfection.
@

348 HARMONIE CHIMIQUE
Traité du soufre. p. 46.
Il y a quatre feux qui ont vertu de Atalante.
brûler, le naturel coagule, le non naturel
dissout, le contre nature corrompt,
& l'élémentel donne la première
chaleur, & premier mouvement, &
d'iceux se voit un ordre entre-suivi, car
le second feu est ému par le premier
& le tiers par le second, & le quart par
le troisième & par le premier, tellement
que l'un est agent, l'autre patient, de
façon que l'un est agent de l'autre patient
en diverses façons. Atalante fuyante
p. 78.
Observe tellement le degré de chaleur Basile.
que tu puisses distinguer entre froid
& chaud, que si tu l'as, tu as achevé
l'oeuvre. Notre feu est le feu commun,
& notre fourneau est un fourneau
commun. Basile, Valentin p. 74.
Cette chaleur, par laquelle les pourceaux Northonius.
ou les oies sont plumés, est propre
pour cette décoction, la chaleur qui
dessèche les linges de lits, sert aux trente
opérations de notre air. Northonius
Anglais c. 7. p. 179.
Le feu a mutuellement l'humidité de Hippocrate.
l'eau, car l'eau est naturellement humide,
@

CHAPITRE VIII. 349
& l'eau a mutuellement la siccité du
feu, car le feu a la siccité naturellement.
Hippocrate l. I. §. 5. de la diète.
Artéphius veut que le feu dit minéral, Artéphius.
égal, continuel non vaporeux
s'il n'est par trop excité participant du
soufre, pris d'autre part que de la
matière & ruinant tout, dissolvant, congelant,
calcinant artificiellement trouve,
abrège sans beaucoup de dépense,
l'humide vaporeux, digérant, altérant,
pénétrant, subtil, aérien, non violent,
non brûlant environnant, contenant,
unique, & pour corollaire chaud, sec,
humide & froid soit entendu par 3 feux,
à savoir le feu de lampe qui est luisant
& brûlant, le feu des cendres, sur lesquelles
on met le vaisseau, le troisième
est notre eau qui est aussi appelée
contre nature conjoints donc ces trois
feux & infailliblement tu feras l'oeuvre
des Philosophes, puisque tu entends
leur feu.
@

350 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.

P Rends le laton, dit notre auteur, c'est à
dire, la rouille ou la tête du corbeau, ou
les plumes d'icelui, crible la bien, c'est à dire,
sépare la si industrieusement soit avec le crible,
soit avec l'aile d'une plume, qu'aucune partie
soit de la chair, soit des os, ou autre partie du
corps, n'y demeure, autrement ce qui y demeurera
de terrestre & grossier empêchera le
subtil & spirituel de venir à l'effet désiré. Or
cette matière ainsi nettoyée qui sera d'un roux
noir, ou d'un gris noir, sera mise dans un vaisseau
propre avec de notre au de vie très-bien
rectifiée à la quantité décuple, sur un feu commode
à cuire, alors ces deux choses s'unissant
s'élèveront, bouillonneront, & produiront
comme une graisse, ou écume gluante, laquelle
étant refroidie faudra séparer proprement
de son superflu, qui sera réservé pour
servir encore plusieurs fois, cette écume Bave de cer-
est proprement la bave de Cerbère (chien bère.
à 3 têtes, gardien des portes d'enfer de laquelle
le venin tue ce sur quoi elle est tombée,
jette la donc dans une fosse, & ferme la bien
sûrement, te contre gardant de sa fumée,
ni d'en laisser la moindre partie parmi notre
eau de vie. Ceci fait notre laton étant colloqué
comme il faut se desséchera, & réduira
premièrement en matière discontinue, & comme
pâte, étant desséchée, & en poudre impalpable,
@

CHAPITRE VIII. 351
sera encore remise en pâte, puis re-desséchée,
& derechef faite pâte, & encore séchée,
& pour dire sommairement tant de fois
empâtée & desséchée que la noirceur disparaissant
la blancheur paraisse; alors cette pucelle
sera confinée dedans la prison très bien fermée
avec une chaleur convenable à chasser d'elle la
froideur, ou étant la colère la saisira si violemment
que s'épandant par tout son corps elle deviendra
ictérique, c'est à dire jaune, & cette
colère jaune se cuisant d'avantage (par la continuation
de son dépit se voyant emprisonnée
si étroitement, & sans lui donner de confort,
assistance, consolation, ni à manger, ni à boire)
deviendra si rouge, que l'écarlate ou autre
couleur agréable ne s'y peut parangonner: Que
si alors l'on l'interroge, & qu'on l'appelle Ernech,
elle ne répondra rien, mais si on l'appelle
par son propre nom, qui est Chybric ou soufre,
elle répondra, car l'ayant enclose cette
pucelle était telle en apparence, mais la regardant
sous sa chemise, elle était androgyne, hermaphrodite,
puis véritablement Ernech ou femelle,
puis Chybric: ou mâle, mais d'aller plus
outre ce n'est un Prothée, car il lui faut de nécessité
demeurer là. Or notre Auteur donne
un bel enseignement, car lors que la matière,
c'est à dire, le corbeau est dissout & détaché
de son corps & que l'ayant joint avec l'eau de
vie philosophique, l'on lui donne un feu trop
violent, je dis même ayant acquis le sceptre
de Jupiter, l'eau & la terre se sépareront infailliblement,
@

352 HARMONIE CHIMIQUE
la terre reprenant sa couleur noire
sèche, & l'eau comme auparavant sans se vouloir
réunir que par l'ordre philosophique connu
au fripier & teinturier, que si tu n'es savant
en ces deux métiers, recommence ton oeuvre,
& t'en va confesser à quelque bon prêtre si tu
le trouves, qui te donnera une bonne pénitence
sans absolution. Et en ce que Florent dit,
que l'animal meurt aussi tôt, ne l'entends pas
à la lettre, mais à proportion du temps que les
souffleurs emploient à cette mort qui est d'une Contre les
milliasse de lunaisons, car les pauvres ignorants souffleurs.
qu'ils sont ils croient que l'ayant congelé
avec leurs odeurs il soit mort, mais lors qu'il est
mis dans un feu un peu fort il s'envole à leur
honte & confusion, pourvu qu'il trouve tant
soit peu d'ouverture, ce qui n'arrive à celui
que les Philosophes ont tué. Concluons donc
avec tous les Philosophes, gouverner toujours
le feu avec bon jugement, subtilité, industrie,
& grande patience, l'augmentant lors qu'il
faut plumer l'oie & en tirer la graisse, & lors
qu'il faudra pulvériser cette graisse, faudra diminuer
le feu sans s'arrêter à ce nombre de
trente jours, car l'artiste en remarquera non
trente, mais cent, & non seulement cent, mais
mille, voire plus ou moins comme il lui plaira,
car l'un dit qu'il n'y en a qu'une qu'est coction,
l'autre coction & brûlement, l'autre y ajoute
la calcination, l'autre solution & congélation,
somme autant d'artistes, autant d'opérations,
& toutes fois tous sont d'accord sans autre
tre
@

CHAPITRE VIII. 353
contrariété que des noms & mots, vu que
ce qu'un nomme chapeau, l'autre l'appelle soulier,
l'autre gan, l'autre couvercle, & cependant
la variété des noms ne fait la variété d'opérations,
comme a été remarqué ci devant,
voyons à présent le lieu où notre ouvrage doit
être parfait.

------------------------------------------

D U V A I S S E A U D A N S
LEQUEL LES PHILO-
sophes font leur
pierre.

CHAPITRE IX.

T E X T E.

pict Ets diligemment ton Greverius.
amalgame en un vaisseau
de verre, de telle grandeur
que ton champ semé &
hersé, occupe seulement
la troisième partie d'icelui,
les autres deux parties demeurant
vides fermant en après l'orifice de ta
*boce avec le luth de sapience, alors
tu auras l'oeuf philosophique, qui n'est
Z
@

354 HARMONIE CHIMIQUE
qu'un vaisseau, une pierre, & une cuite,
seule. Greverius p. 21.
C'est chose rare qu'un vaisseau dure
depuis le commencement jusques à la
fin de l'oeuvre, mais pourtant n'estime
pas que les Philosophes aient menti
lors qu'ils disent que le magistère se parfait
dans un seul vaisseau, car lisant ceci,
entends que c'est de l'espèce, & non
de l'individu, & ainsi tu auras la vérité.
Le même p. 39.
Le vaisseau soit enseveli, jusqu'à la Alan.
moitié dans les cendres, & l'autre moitié
dehors, à celle fin que de jour à autre
tu y puisse voir. Alan p. 56.
Les vaisseaux soient de verre, larges Vogelius.
au fond, allants par haut en pointe, comme
une figure appelée coin, ou courbe,
ayant tête & sans bec, comme un alambic
borgne, à celle fin que les esprits
qui montent se puissent attacher aux
cotés d'icelui, & l'écuelle qui le contiendra
soit de terre, colloquée proprement
dans le fourneau. Vogelius p. 89.
Les vaisseaux de verre doivent être Libavius.
de diverses grandeurs, pour ce que du
commencement la quantité de la matière
est petite & puis croît, & toutes
@

CHAPITRE IX. 355
fois si tu considères la vérité de la chose,
tu trouveras que le tout s'achève en une
même forme de vaisseau, les uns ont les
instruments comme une Lune, les autres
comme un oeuf, les autres les trouvent
plus propres à façon d'aludel, qui ait le
col petit, & coupé de telle façon qu'il
puisse entrer dans un autre vaisseau lui
fermant comme de couvercle, comme si
c'étaient deux demi globes, se joignant
l'un l'autre, & ce verre me semble
plus propre à cause qu'il est facile
pour ouvrir & ferrer, car il se serre au
milieu du col avec un peu de pâte, mais
de quelque vaisseau que tu te serves, mais
qu'il soit toujours fermé fort soigneusement.
Libavius de la pierre des Philosophes.
p. 10.
Le vaisseau de la pierre est un, dans Desiderable.
lequel tout le magistère est fait, il faut
qu'il soit assez épais, long de demi coudée,
rond dessus & dessous, bien uni, &
assez grand, mais le fond soit un peu
courbe, & le haut ample, à celle fin que
la matière monte plus facilement, qu'il
soit de verre, de peur que les vapeurs ne
sortent, & par conséquent bien fermé,
de peur que notre mercure sorte du
Z ij
@

356 HARMONIE CHIMIQUE
vaisseau. Desiderable p. 22.
Le vaisseau de verre doit être rond, 3. paroles.
son col long & bien fermé, mis dans un
autre vaisseau, de peur que la chaleur ne
touche sans moyen la matière, & ainsi
elle sera cuite en triple vaisseau. Livre
des trois paroles p. 49.
Hermès dit, le vaisseau des Philosophes Jeu des en-
est leur eau. Le jeu des enfants p. 139. fans.
Nous n'avons besoin que d'un vaisseau, Flamel
que d'un fourneau, que d'une disposition
qu'il faut entendre après la préparation
de la première pierre. Flamel p.
150.
Le vaisseau soit de verre, bien fermé, Ventura.
le ventre rond, le col long & étroit,
long d'environ demi pied, & un vaisseau
suffit, le vaisseau s'appelle oeuf, sublimatoire,
crible, sphère, sépulcre, prison,
vieux lion, lion vert, urinal, cucurbite,
*boce & de plusieurs autres noms.
Ventura c. 15.
Nous n'avons besoin pour tout notre Rosaire.
ouvrage, après la préparation de la
première pierre que d'un vaisseau, d'un
fourneau, & d'une disposition. Rosaire
p. 211.
Il faut noter qu'après que la pierre
@

CHAPITRE IX. 357
sera purifiée & parfaitement nettoyée
de toute chose corrompante, & puis
fermentée, ne faut plus changer de vaisseau,
n'y l'ouvrir, mais seulement prier
Dieu que le vaisseau ne se casse, qu'est
cause que les Philosophes ont dit que
tout le magistère se parachève en un
seul vaisseau. Le même p. 252.
Le vaisseau soit de verre rond, & le Dominus
col long, étroit, & la matière n'occupera vobiscum.
que la troisième partie d'icelui.
Dominus vobiscum p. 51.
Mets ta matière en un vaisseau rond, Scot.
de verre fort qui ait l'orifice étroit &
sigillé. Scot p. 60.
Prends la pierre triturée que tu sais, Grèce.
mets la à l'alambic, qui n'a qu'un trou
au haut, que tu fermeras bien, & le mettra,
en un bain très-doux. Les femmes
de Grèce p. 92.
Les vaisseaux ou aludels propres à ce Calid.
magistère sont nommés par les sages,
cimetières ou cribles, d'autant qu'en
iceux les parties sont divisées & nettoyées,
parfaites, accomplies, & dépurées
des matières du magistère. Calid
c. 2. p. 208.
Le vaisseau doit être rond avec un Bacon.
Z iij
@

358 HARMONIE CHIMIQUE
petit col de verre ou de terre, semblable
en fermeté au verre, duquel la bouche
soit très-bien fermée. Bacon c. 5.
Prenez le corps que je vous ai déjà Nicolas.
montré, & le mettez en tablettes menues,
puis le mettez en notre vaisseau
physique, & fermez bien l'entrée du vaisseau,
afin que rien n'en sorte, & le rôtissez
par un feu lent, jusqu'à ce qu'il se
serre. Nicolas des Comtes p. 4.
Si la bouche du vaisseau n'est bien
fermée, & que les fumées subtiles sortent,
tout le magistère se perd. Le même
p. 6.
Prends l'azoth des Philosophes, mets le dans
notre lion bien fermé & cuits le à notre
soleil au mois de Mai, & que tout s'y
dissolue, & étant dissout laisse le ainsi au
Soleil dit, jusqu'à ce que tout soit coagulé
en pierre ou en poudre rouge laisse
le encore au susdit soleil, jusqu'à ce
que toute la matière soit fixe, & que rien
ne monte, alors elle est nommée Ernech
par les Arabes, & orpiment par les
Latins. Le même p. 7.
Dedans un seul vaisseau tout notre Dastinius.
magistère est parfait, & icelui est une
courge borgne n'ayant qu'une ouverture,
@

CHAPITRE IX. 359
où est un seul vaisseau de verre épais,
bien cuit, fermé de tous cotés, long
de demie coudée, rond en bas, le
fond un peu courbé, les cotés unis,
ne vaut rien d'autre matière que de verre,
ferme le bien que la matière n'en
sorte aucunement. Dastinius p. 79.
Le ventre & le fond du vaisseau soit Florens.
rond comme la Lune, & le col long
d'un demi pied ou plus, & le col étroit
pour y mettre le pouce, & bien fermé,
sur le feu fait de trois bois, ou bûchettes
sèches. Florens l. 2. c. 3.
Ungo, Gazel, Animal, Elbuses,
homme haut, Elhamach, c'est à dire
esprit, bain, ventre, jointure, soldan,
pisan, colatoire, fille pleurante, Elmiroch,
subscension, Elnarach Elhaye,
c'est à dire fuseau, Elphilas, c'est à dire
firmament, Heunede c'est à dire rosée,
Elbamazal, c'est à dire du zile, Elmagan
c'est à dire canal, Elmagal, c'est
à dire torrent, Eladii, c'est à dire morte,
pleurante, latera, sapha, elnible, barbatus,
descensorium & plusieurs autres
noms sont donnés au vaisseau des Philosophes,
qui est fait en pyramide. Le
même l. 3. c. 42.
Z iiij
@

360 HARMONIE CHIMIQUE
Le vaisseau des Philosophes doit être
de verre très pur sans aucun trou, ayant
le ventre rond comme une courge, &
l'orifice rond, & étroit d'une coudée de
longueur. Elie c. 3.
Prends la pierre connue dedans le lion
vert très-bien fermé & scellé. Le même
c. 5.
Le vaisseau soit de verre le fond rond Geber.
& de petite concavité, ne valant rien
s'il est d'autre matière. Geber de la grande
perfection l. I. c. 44.

Scholie.

N Ous ne pouvons que nous émerveiller de
l'aveuglement de la plus grande partie des
chercheurs de notre pierre qui comme aveuglés
sans bâton se précipitent en tous lieux
dangereux, & comme personnes qui se noient
se prennent à tout ce qui leur vient au devant, &
de fait qu'on visite leurs laboratoires qu'on
trouera remplis de tant de vaisseaux différents,
& en matière & en forme que l'on en sera étonné,
ce qui advient par la faute de lire, d'entendre
& d'étudier sérieusement, & de croire
les bons auteurs, qui unanimement disent,
notre vaisseau est de verre, clair, transparent,
duquel le ventre est rond, le col long d'un demi
pied, & étroit, qu'on nomme ordinairement
@

CHAPITRE IX. 361
matras, considère attentivement ce que
nous te disons, si ton orpiment, ton arsenic,
ton eau dévorante, pèsent dix onces, ton vaisseau
en pourra & devra contenir trente, dans
lequel tu pétrifieras, dissoudras, rouilleras &
sépareras la semence, ou soufre, ou noirceur
de son corps propre: cette noirceur est
quelquefois rousse, quelque fois grisâtre, &
quelque fois noirâtre, mais ne te soucie de
quelle couleur qu'elle soit, car peu à peu elle
se noircit assez: Prends le cas que tu aies une
once de cette noirceur, tu la mêleras avec une
douzaine d'onces de son eau dévorante dedans
un matras contenant environ trente six onces,
sur un feu d'ébullition (mais prends garde à ce
passage car il est facile à y glisser) par icelui le
sec & l'humide se combattront, & des deux se
fera vue pâte, & comme graisse ou écume elle
nagera, laquelle étant séparée pourra peser
deux onces, lesquelles faudra mettre dedans un
matras contenant environ six onces, très-bien
fermé sur le feu propre qui peu à peu réduira
cette pâte en poudre. Cette matière bien subtile
sera remise avec son eau bouillante, comme
auparavant, laquelle gouvernes dûment se
remettra en pâte, & retirée sera mise dedans
un autre vaisseau un peu plus grand; pour ce
qu'elle pèsera davantage, & étant desséchée
sera remise en pâte, & pour dire en un mot ceci
sera re-pâté & pulvérisé jusqu'à ce que la matière
soit blanche, alors tu n'y toucheras plus
jusqu'à tant que tu verra, la matière rougie
@

362 HARMONIE CHIMIQUE
d'une rougeur excellente, alors faudra ouvrir Fermenta-
le vaisseau pour venir à la fermentation, & d'icelle tions
à la cération, puis à l'ingression & communication Cération,
des métaux avec lesquels on veut faire Ingression,
la jonction pour la dépuration & faction qu'on Communi-
dit (mais faussement), de l'or ou de l'argent. cation.

------------------------------------------

D U T E M P S N E C E S S A I-
RE A PARACHEVER
l'oeuvre des Philosophes
nommé pierre Philosophale.


CHAPITRE X.

T E X T E S.

pict Otre matière se parfait Aquin.
soi même, se tournant en
poudre très-subtile qui est
dite terre morte, ou homme
mort au sépulcre,
ou magnésie altérée, &
ayant soif, pour ce que l'esprit est caché
avec lui dans le sépulcre, & l'âme
est comme retirée, laisse le donc demeurer
de cette façon dès le commencement
@

CHAPITRE X. 363
26. semaines, & alors le gros
est fait subtil, le léger pesant, l'aspre
mol, le doux amer, par la conversion
des natures & vertu du feu parfait secrètement.
Thomas d'Aquin c. 5.
Notre art ne peut être parachevé en Greverius.
peu de temps, il faut donc que l'Artiste
soit patient. Greverius p. 34.
Le moindre temps qui nous est nécessaire Ventura.
à notre préparation, est la révolution
du grand luminaire: La pierre
doit être tenue au feu, jusques à ce
qu'elle ne change plus, ni de nature,
ni de couleur, demeurant rouge
comme sang, coulant au feu comme
cire, mais tellement fixe qu'elle
ne s'envole jamais. Ventura c. 22 p. 121.
173.
Du noir au blanc vrai, il y a un long
temps, & plusieurs couleurs se passent
avant que la propre & dernière digestion
advienne. Le même c. 27. p. 168.
L'homme ne peut connaître le temps
déterminé de la conjonction, d'autant
que l'âme entre fort subitement au corps.
Le même c. 27. p. 168.
L'ouvrier soit assidu & long à l'ouvrage
qu'il ne se hâte point, mais sans se
@

364 HARMONIE CHIMIQUE
dépiter ni courroucer ni douter, attende
patiemment le temps propre à
recueillir ses fruits, de même que fait
le laboureur. Le même ch. 28.
Il nous faut être un an pour notre attente, Ripleus.
car en moindre espace de temps
notre chaux ne peut être achevée. Ripleus
p. 73.
Voyants la couleur noire, obscure &
mauvaise s'en aller après long temps,
& venir une couleur blanchâtre, grise
comme cendres, a été nommée incération
ou déalbation. Le même c. 112.
Le temps auquel tout l'ouvrage est Libavius.
achevé, n'est point défini certainement
par tous, car les uns prennent
neuf ou dix mois, auxquels l'enfant est
parachevé dans la matrice, combien que
cela soit inégal, antres 3. mois, autres
moins, mais y a plusieurs cases de la diversité
du temps, par quoi sans s'arrêter
à un temps préfix commandent que l'artiste
persévère jusques à la fin, marquant
toutefois chaque opération par les signes,
à celle fin qu'il sache quand &
comment il faut opérer. Libavius p. 108.
La diversité du temps vient à cause
de la quantité de la matière, & de l'industrie
@

CHAPITRE X. 365
de l'artiste. Le Moyne p. 17.
Le temps de la purification ne peut
être déterminé, mais l'oeuvre rouge se
fait dedans nonante jours. Le même p.
20.
Aux cinquante premiers jours se fait
la tête du corbeau, & en cent cinquante
la colombe, & en autres cent cinquante
le rouge, le feu jusques au blanc
soit petit. Le même. Saturnin
dit le même. Et un autre vieux Auteur
dit, le feu soit contenu huit cens jours,
ou un peu plus d'avantage.
La Médecine n'est point faite dans Manuscrit.
peu de jours ou mois, ni brièvement,
car il la faut long temps nourrir, & accoutumer
au feu. D'un certain manuscrit.
Les Philosophes ont marqué plusieurs
termes en la décoction de cet art, aucuns
un an autres un mois, autres un
jour, autres trois, mais comme nous
disons un jour l'espace du coucher & lever
du Soleil, ainsi ils disent le
temps du commencement de l'ouvrage jusqu'à
la fin un jour. Ceux qui disent un
mois, c'est pour ce que le Soleil va durant
un mois par chaque signe du ciel.
@

366 HARMONIE CHIMIQUE
Ceux qui disent trois jours, c'est à cause
du commencement, milieu & fin,
ceux qui disent un an, c'est à cause des
quatre couleurs. Le même.
Quand il aura demeuré en l'Eclipse L'échelle.
cinq mois, l'obscurité s'en allant & la
lumière venant, alors augmente sa chaleur.
L'Echelle des Philosophes p. 117.
Tout le cours de nature est de deux Lulle.
années, à savoir la pierre est de quinze
mois, car selon qu'elle se corrompt,
elle s'engendre. Lulle au vade mecum p.
160.
Il faut pour le moins un an pour parachever Rosaire.
l'élixir. Rosaire p. 178.
Saches que le chemin est très long,
par quoi il est besoin d'attente & de
patience en notre magistère. Le même
183. 210.
Je vous dis que vous ayez patience,
car par aventure il s'arrête, & la hâte
vient de la part du Diable: or qui
n'aura patience, n'y mette la main, car
la hâte gâte tout. Le même p. 247.
En quarante jours & autant de nuits
(après la purification de la pierre) se
fait l'oeuvre blanc, n'y ayant aucun
terme limité en la purification, sinon
@

CHAPITRE X. 367
que suivant l'opération de l'artiste, &
en nonante jours & autant de nuits le
rouge, & ces termes sont les vrais termes
pour la perfection entière, mais
il faut entendre ceci de la coagulation
qui se fait après la purification, laquelle
purification ne se peut faire qu'en la
putréfaction & corruption des corps en
vrai esprit, & quand tu l'auras, loue
Dieu. Le même p. 252.
Sois long à extraire la teinture, pour Desiderable.
ce que par la hâte on brûle tout.
Desiderable p. 25.
La patience & le retardement sont nécessaires, Benoist.
à celle fin que par la longueur
de cuire, l'eau vainque par légère décoction
la bataille du feu. Benoist p. 57.
L'oeuvre se peut parachever dans un an, Lescot.
à savoir d'épais, ce qui est épais le faire
subtil, le fixe volatil, & mettre ce qui
est dessous au dessus. Lescot p. 61.
Continue toujours le feu sans changer, Phénix.
jusques à ce que l'argent vif soit sec,
ce qui sera dedans deux ans, mais l'argent
vif ne doit surpasser deux livres.
Phénix p. 75.
Ta première décoction n'a aucun terme
limité & est ennuyeuse & longue
@

368 HARMONIE CHIMIQUE
laquelle toutes fois il faut attendre avec
joie, plusieurs sont périt par trop se hâter,
& étant ennuyés de la longueur
ont quitté l'oeuvre. Le même p. 176.
Sois long & patient, & non prompt à Nicolas.
faire la teinture, autrement tu brûleras
tout, & enverras l'ouvrage à une région
lointaine, aie donc patience à cuire
& triturer, & ne t'ennuie de réitérer
souvent cette opération, car ce qui est
imbibé par l'eau est amolli & tant plus
tu tritures, tant plus tu *mollifies, & tant
plus tu subtilises, jusques à ce que tout
soit dompté & divisé l'un de l'autre, car
l'esprit s'unit & se rend pâte avec le
corps, & tout ce qui s'empâte se dissout
totalement, car toute impastation
se fait avec trituration, incération &
assation: car par la contrition ou assation
qu'est même chose, & les parties
unies au feu par la viscosité de l'eau qui
est au corps sont déliées. Or les corps
dissout & réduits en forme d'esprits
sont inséparables, comme est l'eau de
l'eau. Nicolas des Comtes p. 16.
Quelques Princes principalement en Domine mi.
leur vieillesse, quoi qu'en petit nombre,
ont eu cette science. Or Geber dit vieux
&
@

CHAPITRE X. 369
& non jeunes, d'autant que les jeunes
impatients sont aveuglés par la brièveté
du temps, qui ne peut donner ce que
la longueur donne aux vieux patients,
à cette cause tous les Philosophes exhortent
d'avoir patience en la longueur,
qui donc n'aura patience ne travaille
point, car toute action n'a son
mouvement & temps préfix: Or la médecine
n'est pas faite en peu de jours
ou de mois ni brièvement, vu qu'il la
faut long temps dompter & nourrir au
feu, ce qui ne se fait pas que par un long
temps & grande dextérité. D'une épître,
commençant, Domine mi. p. 47.
Cuits & triture & ne t'ennuie de réitérer, Armingandus.
car tant plus tu tritures tant plus
tu subtilises les parties grosses, car par
la grande assation, trituration & longue
décoction nos corps sont dissout,
aie donc patience, pour ce
qu'ils sont de forte & dure résolution,
car si tu savais pleinement leurs natures,
tu attendrais patiemment, & avec
joie, qui n'aime donc la patience n'entreprenne
point notre oeuvre, de peur
qu'il ne se ruine. Armingandus c. 3.
Celui qui travaille en cette science
@

370 HARMONIE CHIMIQUE
aie de quoi vivre par deux ans au
moins sans s'occuper à autre besogne,
que la longueur de l'ouvrage ne le réduise
à la pauvreté. Albert c. 3. 4.
Comme la goutte cave la pierre, non
par force, mais peu à peu ainsi, l'humidité
de notre pierre se dessèche peu à
peu par un feu lent, ne t'ennuie donc
point de cuire longuement. Rouillac p.
6. commence les Poètes antiques.
Notre oeuvre peut être commencée
& achevée en tout temps & lieu dans un
petit vaisseau & feu, toutefois avec
grande patience & longueur, sans aucune
intermission ou colère, d'autant
qu'en une heure tout l'ouvrage serait
détruit. Le même p. 27.
Notre médecine ne peut être faite Geber.
en peu de jours on heures, car notre
médecine est faite par un long temps,
par quoi je vous exhorte d'avoir patience,
sans penser abréger le temps, qui
donc n'aura patience ne travaille
point car la croyance de la hâte
gâte tout & icelle vient du diable, car
toute action naturelle a son mouvement
& temps déterminé. Geber en la recherche
{{c. 12.}
@

CHAPITRE X. 371
Les corps du Soleil & de la Lune
mis dans le mercure vulgaire ont besoin
d'un long temps pour se dissoudre & réduire
en leur première matière, à savoir
soufre & argent vif des Philosophes.
Désir désiré attribué à Lulle, & à Flamel.
L'an lunaire ou court est un mois, l'an Viginaire.
grand, selon Cicéron, est le retour des
corps célestes au propre lieu d'où ils
sont partis, qui est selon les uns en 1500.
ans, selon Hortense en 12954. selon Platon
en 3600. selon Josèphe en 600. ans.
En Egypte l'an est de quatre mois, en
Arcadie de trois mois, en Arcananense
de six mois, en l'Anuvie de treize mois.
Viginaire sur Tite-Live. col. 1067.
La hâte n'est propre à cet art, car Valentin.
qui se hâte trop rarement fait-il quelque
chose de bon en ce magistère, car
en se hâtant on gâte plus que l'on ne
parfait, donc que le chercheur ne
se laisse tromper au trop hâté désir d'avoir.
Basile, Valentin p. 59. 10.
Si ce grand oeuvre peut être fait dans Northonius.
trois ans, ce fera une grande fortune.
Northonius en son crede mihi c. 4. p. 125.
Quelques novices sont autant prompts
que le feu, car ils ne désirent que demi
Aa ij
@

372 HARMONIE CHIMIQUE
année, les autres en moins d'une semaine
changent de volonté, les autres
dans un jour, & les autres croient dans un
mois ou au second mois, autrement ils
nient l'art: certes il vaudrait mieux
pour eux qu'ils quittassent du tout cet
art que de rechercher, que telles
mouches volent à leur plaisir. Le même
c. 6. p. 170.
La médecine solaire & la lunaire est
une même en science, & n'a qu'un même
ordre, c'est la cause pour laquelle
on la dit une seule médecine, ainsi dite
par nos anciens comme nous lisons dans
leurs livres, mais il y a addition de cou
leur jaune laquelle est faite par la substance
du soufre très-pur & fixe, le
quel seulement est pour le jaune, mais
non pour le blanc, & cette addition est
appelée troisième en ordre, d'autant
qu'il est fait par grande industrie pour
la perfection de l'oeuvre, mais il est besoin
d'un grand labeur & longue assiduité.
Geber L. 3. c. 78 p. 49. de la médecine de
l'ordre troisième.
@

CHAPITRE X. 373
Scholie.

E Ntre toutes les difficultés qu'on rencontre
en cette admirable recherche, n'y en a
pas une qui détourne tant les chercheurs que
la longueur nécessaire à parachever l'oeuvre,
c'est ce qui leur fait chercher quelques branches
(disent ils) de cet arbre en quelque *ânichon
pour porter la charge attendant qu'ils
aient de quoi mettre la main à la grand oeuvre
(qu'ils appellent) ils courent donc pour y être
plus tôt, à des congélations, fixations, blanchissements,
rougissements, médions tiercelets
dix pour cent, trente, quarante, qui plus, qui
moins pour cent, les uns veulent rendre la Lune
fixe (qui serait mal pour la terre si elle n'avait
ses quartiers & son croître & décroître)
les autres déteindre le Soleil (auquel si on ôtait
la couleur, l'on ôterait la lumière, & le monde Moquerie de
serait enténébrés) & de cette teinture en teindra cette fixation
pareille quantité de Lune (si on la trouve) de Lune &
car la Lune est beaucoup plus petite que le Soleil, déteindre le
les autres cherchent le mercure de Saturne Soleil &
au plomb, les uns courent après une recette, mercure de
autres après une autre, tel n'a qu'un fourneau, un Saturne.
autre en aura jusqu'à cent & d'avantage tous différents
l'un de l'autre. Certes il n'y a point de
branches, ni de médions pour chasser le soufre
des métaux imparfaits & pour en cuire &
teindre le mercure: Il n'y a que la seule matière
des sages qui soit vraie & parfaite, tout le reste
Aa iij
@

374 HARMONIE CHIMIQUE
s'en va en fumée, ce n'est qu'un amuse &
abuse lourdaud, piperie endiablée digne d'une Contre les
corde, chemin à la misère, à l'hôpital & désespoir. charlatans
Arrière de notre étude race maudite, qui & faussai-
sangsues cruelles ne cessez d'attirer la substance res.
des trop crédules, qui se fiant trop facilement
dessus vos discours endiablés, consument plus L'étude re-
d'années à suivre vos opérations maudites commande.
qu'ils ne feraient des Mois à l'ouvrage des vrais
Philosophes qui conseillent tous unanimement
l'assidue lecture des bons livres, lesquels vous
leur défendez, par lesquels ils apprendraient
à vous fuir & détester, & laisser nus, déchaux,
affamés & misérables, comme vous errez, &
vagabondez la plus part promettant des montagnes
d'or, & votre misère cependant croît
d'heure à autre. Tous les bons auteurs ne marquent
qu'une matière tirée de deux substances
par leur propre racine, un petit vaisseau, un petit
fourneau, un petit feu, une petite dépense
aisée à supporter (vu qu'elle ne surpasse pas
par jour en cette ville de Paris deux sols) & une
seule opération, laquelle n'empêche l'artiste
de vaquer à ses autres négoces, qu'on considère
vos ouvrages, vos promesses, vos menteries,
vos subterfuges & vos dépenses, où l'on trouvera
autant de différence que de la nuit au jour
& autant d'éloignement que du ciel à la terre
& de la vérité au mensonge: Mais en fin s'il reste
quelque chose de bon en vous, revenez à
vous mêmes, & oyez les bons auteurs qui
vous apprendront qu'il n'y a aucun terme limité
@

CHAPITRE X. 375
pour faire l'extraction du dissout d'avec le
corps: Jean André au titre du crime de Faux
dit, qu'Arnaud de Villeneuve faisait des lingots
d'or & d'argent à Rome, & permettait
qu'ils fussent éprouvés publiquement, ceux
qui font bien ne craignent la censure & punition,
comme vous autres faussaires qui ne
pouvez débiter vos *happelourdes que sous la
marque fausse de quelque Prince, que Dieu
vous extermine si vous ne vous changez en
mieux, venons aux opérations de nos doctes
maîtres, & peu à peu au temps nécessaire à nos
ouvrages. Ayant pris les deux corps très-épurés
en poids égal & en la quantité qu'on voudra,
il les faut réduire en poudre ou feuilles déliées, y
ajoutant de son eau propre au quadruple, ceci
se fait pâte qui sera mise dedans un matras
proportionné sur un feu lent, là où dedans quelque
temps elle prendra une couleur noire ou
noirâtre, laquelle noirceur sera retirée comme
déjà par ci devant a été dit, jusqu'à ce qu'on en
ait la quantité désirée qui pourra être d'environ
deux onces. En cette opération n'y peut
avoir aucun terme limité, car l'assiduité de l'artiste
y préside, & lequel étant poursuivi s'étend
presque de six mois jusques à neuf, voire à un
an, c'est celui-ci qui est le plus long, le plus
fâcheux & ennuyeux; La seconde est l'imbibition
de cette matière dissoute noire ou noirâtre,
& très sèche avec son eau propre, avec laquelle
la faut unir par un feu lent, jusques à ce que
cette noirceur soit tournée en blancheur, & à
Aa iiij
@

376 HARMONIE CHIMIQUE
cette opération aucun terme ne peut être donné
préfix, le blanc sera continué sur le feu jusques
à ce qu'il soit devenu rouge, cette opération
n'a aussi aucun terme limité, pour la fermentation,
& la cération, il en sera parlé en son
propre lieu, voila comme le temps du parachèvement
de tout l'ouvrage ne peut être limité.
Je sais que quelques uns s'arrêtent dessus
les années, mois & jours, pour ce qu'il en est parlé
par plusieurs auteurs, mais outre ce que nous
avons amené de Viginaire ci devant en ce chap.
nous disons que l'année parmi toutes les nations
n'a pas été de pareil nombre de mois,
mais de pareil nombre de lunaisons, à savoir de
douze que les Nations qui n'avaient ou ne comptaient
que trois mois, mettaient à chacun quatre
lunaisons, & ainsi des autres, & pour savoir
comme nos auteurs ont entendu leurs
jours, leurs semaines, leurs mois, & leurs
ans, qui est une façon de compter & d'entendre
particulière à eux; outre ce qui en a déjà été
dit, le curieux lisant leurs livres s'y pourra instruire.
@

377 ------------------------------------------
D E S C O U L E U R S A P-
PARAISSANT A LA FA-
ction de la pierre des
Philosophes.

CHAPITRE XI.

T E X T E S.

pict Edans peu de temps tu Isaac.
verras toute la matière
noire, alors saches que
la vraie conjonction est
arrivée, & que la blancheur
est sous la noirceur, saches aussi
que si la noirceur, n'apparaît à l'ouvrage,
aucune mixtion ni conjonction
ne se ferait, ni jamais l'un ne se pourrait
fixer avec l'autre, & que là où aucune
noirceur n'apparaît, là aucune fixation
entre l'âme, l'esprit & le corps ne
se peut faire. Isaac l. I. c. 64.
Voyant la noirceur, sois assuré que
la conjonction est faite. Le même c. 67.
Avant que la couleur claire & splendide
@

378 HARMONIE CHIMIQUE
vienne, toutes les couleurs du monde
apparaîtront & s'évanouiront,
après lesquelles tu verras une grande
blancheur, tellement qu'il te sera avis
que ce sera la vraie blancheur, mais non
car avant qu'icelle paraisse, tu verras
à l'entour & cotés du vaisseau à la matière
de la pierre comme des perles resplendissantes,
ou yeux de poissons,
alors soit assuré qu'en peu de jours tu
auras la parfaite blancheur, & voyant
cette matière aussi blanche que neige,
resplendissante comme perles d'Orient,
réjouis toi, car la pierre est parfaitement
blanche, alors laisse la refroidir
de soi même. Le même chap. 131.
Mêlez exactement l'eau avec l'eau, &
l'humide avec le sec, afin de voir la
noirceur de la mer, c'est à dire une couleur
noire, qui se verra en la putréfaction
qui se fait en vingt neuf jours, en
un petit feu, qui est signe de parfaite
conjonction. Le même c. 6. 33.
La noirceur est le secret de notre
vraie dissolution, laquelle est comme
charbon venant lors que le Soleil &
la Lune se joignent entr'eux, sans le séparer
jamais, & sont faits une poudre
@

CHAPITRE XI. 379
très-blanche, qui sont mâles & femelles
engendrés du vrai lien d'amour.
Lulle c. I.
Les jours marqués, passés, considère
si la première couleur de la blancheur Greverius.
(c'est à dire pour venir à la blancheur)
est changée en cendre obscur, ou noir
détrempé de quelque blancheur, que
si tu la vois, réjouis toi, car tu as baillé
la chaleur convenable, & déjà tes semences
germent. Greverius p. 24.
Le premier signe apparaissant sur la
matière est la couleur obscure, rouge
comme noircissant, comme brique
qui n'est ni rouge ni noire, ni brune,
mais comme mêlée de toutes, cette
noirceur est la poudre tombée des branches,
ce qu'il faut noter, l'autre est la
siccité de la terre qui se démontre par
les exhalations desquelles ne s'augmente
pas plus qu'auparavant, & les signes de
la *meureté parfaite sont couleur rouge
avec quelque jauneur intérieure aucunement
resplendissante, & défaut
d'exhalaisons. Le même p. 36.
Le plus souvent dans quarante jours
une noirceur semblable à la poix paraît
qui n'est autre chose qu'un signe de la
@

380 HARMONIE CHIMIQUE
solution des corps, car tout ce qui est
fait spirituel monte en haut, & toute
chose terrestre demeure au fond, & toute
chose légère demeure en haut, & toute
chose pesante tend en bas. Or quand le
corps est dissout par son eau en noirceur
& réduit en essence incompréhensible,
alors la teinture est dissoute en
noirceur, ainsi les quatre éléments s'assemblent
en un. Tout ce qui est dissout
avec le mercure se retourne élever
combien que la plus grande partie demeure
toujours au fond. Le même p. 56.
Quand la matière aura demeuré sur Alan.
une petite chaleur quarante jours, tu
verras paraître au dessus une noirceur
comme poix qui est la tête du corbeau
des Philosophes. Alan p. 63.
Cette pierre est triple, & une avant Garlandius.
quatre natures, & trois couleurs, noir,
blanc & rouge. Garlandius c. 13.
Toutes couleurs paraîtront avant le Ripleus.
parfait blanc, & puis le jaune, & faux
jaune, puis le sanguin rouge immuable,
alors tu as la médecine du troisième
ordre, qui peut être multipliée en son
genre. Ripleus p. 9.
La forme des corps étant premièrement Nicolas.
@

CHAPITRE XI. 381
résolue en notre mercure, une autre
forme est immédiatement introduite
par la corruption de leur forme, laquelle
forme est couleur noire, odeur
puante, subtile & discontinue au toucher,
& Arnaud en son miroir p. 55. de
laquelle Ventura c. 26. p 150. dit que
cela se comprend par l'intellect, & non
autrement, vois ce miroir, car il est bon)
Nicolas des Comtes p. 16.
La chaleur agissante en l'humidité
engendre premièrement la noirceur,
puis la blancheur, puis jaune, en après
rouge. Le même p. 5. 22.
Merveilleuses choses paraissent à Arnaud.
l'heure de la conjonction, car toutes
les couleurs qu'on peut imaginer au
monde apparaissent en travaillant, &
le corps imparfait se teint d'une couleur
ferme moyennant le levain. Arnaud
à la fleur.
La matière ne peut tellement être
détruite, qu'elle ne demeure sous
quelque forme, par quoi la première
forme des corps ruinée dans le mercure,
une autre y est introduite, laquelle est
sa couleur noire & son odeur puante,
au toucher subtile & discontinue, &
@

382 HARMONIE CHIMIQUE
ceci est le signe de la parfaite dissolution
des corps, pour ce que la chaleur
agissant en l'humidité engendre premièrement
la noirceur qui est la tête du corbeau
& commencement de l'oeuvre. Le
même au rosaire c. 4.
Lors que tu travailleras, aie premièrement Le Moyne.
la couleur noire qui est la clef de
l'art, alors sois assuré que tu travailles
dûment. Le Moyne p. 16.
La noirceur de l'oeuvre est la clef de Daustricus.
l'art pour ce qu'il ne peut être sans noirceur,
car c'est la teinture que nous
cherchons. Daustricus p. 16.
Le blanchissement ne se fait que par
la cuite & congélation de l'eau, & tant
plus se lave, tant plus se blanchit au
dedans. Le même p. 47.
La femelle domine tout autant que Jeu des en-
la noirceur, & icelle est la I. force de fans.
la pierre, pour ce que si elle n'est noire,
elle ne se fera ni blanche ne rouge, d'autant
que le rouge est composé du noir
& du blanc. Le même p. 28. & le jeu des
enfants p. 144.
Tant plus notre airain se cuit & tant
plus il se dissout, & noircit & se fait
eau plus subtile & spirituelle, secondement
@

CHAPITRE XI. 383
tant plus se cuit, tant plus s'épaissit
& dessèche & se fait blanc. Le jeu
d'enfants p. 144.
Lors que la terre sera blanche, broie la
avec son eau, & calcine la derechef,
pour ce que l'azoth & le feu lavent le laton
& lui ôtent son obscurité, car la
préparation se fait toujours avec l'eau,
& telle que sera la clarté de l'eau,
telle sera celle de la terre, & tant plus
on lavera, tant plus la terre sera blanche.
Avicenne c. 5. p. 83.
Ayant bu son eau brûlante, se noircit
& demeure en l'ombre du purgatoire
cent cinquante six jours avec les
nuits. l'échelle p. 129.
Les couleurs des éléments en l'oeuvre
sont depuis les pieds jusques aux genoux
terre, élément noir, des genoux
jusques au nombril aqueux, blanc &
& splendide, du nombril au coeur aérien,
roux jaune, & du coeur jusques au
col ignée brûlant, & rouge. Démocrite
dans Flamel p. 176.
Cette couleur noire demeure sur
l'eau du commencement, & peu à peu
s'enfonce au fond du vaisseau. Rosaire
p. 182., Ventura dit le même c. 23. p. 130.
@

384 HARMONIE CHIMIQUE
L'ordre est de noircir & pourrir, le
même p. 195.
Voyant la matière noircir, réjouis toi,
car c'est le commencement de l'oeuvre,
brûle donc notre airain par un feu
doux, comme la poule fait ses oeufs, jusques
à ce que le corps soit fait la teinture
tirée. Le même p. 197. 200.
Quelques uns ont dit que toutes les
couleurs du monde apparaissent dans
l'oeuvre, mais c'est un sophisme des Philosophes,
vu qu'il n'y en y a que quatre
principales, desquelles toutes les autres
se font, partant ne te soucie si elles ne
t'apparaissent pas, pourvu que tu
puisses séparer les éléments, car la couleur
jaune signifie la colère brûlée &
ignée, la rouge, le sang & air, la blanche,
le phlegme & eau, la noire la mélancolie
& terre qui a les quatre couleurs
& éléments. Le même p. 201. &
Nicolas des Comtes p. 18.
Le feu est la terre noire au fond du Dastinius.
vaisseau, lequel ayant bu son eau brûlante
demeure noirci & en obscurité
quarante nuits, & ainsi il conçoit dans
l'eau & enfante en l'air. Dastinius p. 30.
L'apparition de la teinture noire est
le
@

CHAPITRE XI. 385
le signe de la solution & entière putréfaction:
car le noir est le commencement
de la médecine. Le même p. 31.
La noirceur est signe de solution, & se Trois paro-
nomme vinaigre des Philosophes, & de les.
là vient à la blancheur, mais passant par
plusieurs couleurs, & après la blancheur
suit la rougeur. Au livre des trois paroles
p. 48.
Ce qui est liquéfié est notre corps Exemple.
étant noir & épais. L'exemple de la science,
p. 93.
Les couleurs sont seulement noir, Vobiscum.
blanc, rouge, & celles qui viennent entre
deux qui se changent, & lors qu'il
n'y a aucun changement de couleur & ne
fume point, là est la perfection. Dominus
vobiscum.
L'eau coopère à blanchir si elle est Ventura.
imbibée continuellement & exhalée par
chaleur, mais plutôt incorporée & desséchée
avec la terre, triture la donc
souvent avec son eau, & re-calcine la
jusqu'à ce que par le lavement se l'eau
& du feu, la noirceur & obscurité s'en
aille. Ventura p. 53.
Le blanc qui se fait par nutrition est Libavius.
comparé à la blancheur de l'étain, par
Bb
@

386 HARMONIE CHIMIQUE
quoi il ne faut croire que ce soit celle
tant désirée, & cette ci est attribuée à
Jupiter qui n'a pas une blancheur fixe,
pour ce qu'elle a encore un peu de lividité,
que donc la chaleur blanchissante
soit douce, autrement il y aura faute.
Libavius p. 117.
L'on demande si la tête du corbeau Lulle.
est du corps dissout ou du mercure
brûlé, certes ceux qui pensent être d'impureté,
se trompent malheureusement. Le
même sur la Clavicule de Lulle p. 281.
Ne crois point que l'eau qui demeure
blanche s'épaississe, mais elle paraît
noire par l'esprit noir nageant au dessus,
ou soufre noir qui étant séparé la
blancheur retourne paraître à l'eau, laquelle
est cause avec le feu que la terre
se blanchit. Le même au traité de l'azoth,
p. 89.
L'eau se blanchissant (nommée Ethelia) Tourbe.
blanchit & teint. Tourbe, sentence
56.
Qu'est-ce qui cause la noirceur? certes,
c'est l'humidité aiguë & adustible,
c'est la fumée aiguë, de laquelle il est
dit que l'humidité aiguë & adustive
corrompt l'ouvrage & le teint en noirceur,
@

CHAPITRE XI. 387
qui est nommée par les sages
en cet art Saturne, ou plomb, ou airain:
à cause de sa noirceur & saleté, de laquelle
il le faut nettoyer. D'une tourbe
écrite à la main p. 95.
Lors que la froideur & humidité commencent
à s'altérer, le corps se fait noir
comme charbon. Le même p. 70.
Noircissez la terre & séparez son âme Rosinus.
son eau, puis blanchissez la, & vous
trouverez ce que vous cherchez. Rosinus
à Eutichie.
Le second ouvrage se fait ainsi, ayant
marqué la première qu'est l'amalgame,
mais cette eau en un vaisseau, sur un feu
lent; jusque à ce que tu voies par dessus
la noirceur apparente, laquelle il faut
ôter subtilement, toutes les fois qu'elle
paraîtra, alors tu as l'eau & la terre,
sur cette terre ou noirceur mise dans un
vaisseau de verre, verse l'eau bénite jusqu'à
ce que l'eau soit faite blanche &
claire. Le même Rosinus à Saratantan p.
282.
Autant de couleurs autant de noms, Bacon. |
la première opération de notre pierre
est nommée putréfaction, & notre pierre
est faite noire, par quoi quand tu la
Bb ij
@

388 HARMONIE CHIMIQUE
trouveras noire, sache que la blancheur
est cachée là dessous, alors il la faut sortir
& tirer subtilement. Bacon c. 6.
La couleur noire est la première de Marguerite
toutes & la plus difficile à venir, & nouvelle.
montre que le ciel & la forme se sont
accomplis & qu'il sont conçu, & que
sans faute le venin parfait, désiré, &
(in)formant, (par)faitement composé de
l'égalité des éléments, viendra. L'autre
blanche montre que la forme s'en va à la
perfection, & au venin parfait. La tierce
safranée, par laquelle apparaît que
toutes choses ont commencé d'être un
manque que la semence est passée subtilement
déjà par tout le ciel. La quatrième
rouge, qui est le parfait venin,
montre manifestement les choses sorties.
Marguerite nouvelle.
La noirceur paraissant sur l'ouvrage,
t'assure avoir trouvé le droit chemin
de travailler, par quoi réjouis toi pour
ce que Dieu t'a donné un grand don.
Phénix p. 75.
N'ajoute ou diminue aucune chose Nicolas.
en notre pierre, mais mets la avec toute
sa substance dans son vaisseau fermé
philosophiquement, que rien ne s'exhale,
@

CHAPITRE XI. 389
mets le dans le four & feu
physique, jusqu'à ce que la plus
grande partie soit convertie en poudre
noire, alors toutes les opérations marquées
au chapitre des opérations sont
faites. Nicolas des Comtes p. 12.
Si du commencement après la noirceur
la rougeur vient ne crains point, fais seulement
que le vaisseau soit bien fermé, pour
ce qu'il faut nécessairement qu'il vienne
à sa nature. Le même p. 21.
La noirceur est signe de solution, & la Dastin.
clef de l'oeuvre, pour ce qu'il ne peut
être fait sans noircir, car c'est ce que
nous cherchons. Dastin p. 31.
L'esprit & l'âme ne se joignent avec le
corps qu'en la blancheur, car tandis que
la noirceur paraît, la femme obscure
domine. Le même p. 35.
Note que la blancheur est cachée Florent.
dans la noirceur de la terre, & partant
elle est noire à la vue mais blanche inférieurement,
donc ce qui est caché doit
être manifesté, & ce qui est en vue,
doit être caché. Florent l. 2. c. 8.
Toute perfection gît à ce que la pierre
demeure tant en notre feu dans son
vaisseau qu'elle soit convertie en noirceur,
Bb iij
@

390 HARMONIE CHIMIQUE
après diversités de couleurs paraîtront,
en fin la blancheur parfaite
s'offrira. Elie c. 5.
La chaleur agissant au corps humide, Armingandus.
convertit tout le composé en pure &
vraie noirceur qui est le commencement
de notre oeuvre, & si une autre couleur
paraît, c'est signe d'erreur, par quoi
aussi tôt corrige ta faute par vraie inhumation,
d'autant que par elle tout
brûlement est ôté & rétabli au degré
de perfection. Armingandus c. 4.
Il faut laisser le vaisseau de verre sur le
feu d'une lumière appelée feu de fièvre, Vincent.
jusqu'à tant que la noirceur de la
pierre soit toute ôtée & retirée peu à
peu, laquelle il faudra conserver soigneusement
dans un vaisseau bien net
de verre, car cette noirceur est signe de
la putréfaction & solution de la pierre.
Vincent aux question 16. 17.
Entre toutes les couleurs des fleurs Daniel.
comme d'un pré la noire te plaise, &
après icelle la blanche, & après celle de
l'or. Daniel de Justinopoli section 7.
Notre argent vif se congèle & épaissit Rosaire
par la force du blanc & du rouge, & Anglais.
la noirceur est signe parfait de perfection
@

CHAPITRE XI. 391
puis le rouge, puis le vert, puis toutes
couleurs, & alors le mariage se fait du
corps, de l'âme & de l'esprit, alors la
blancheur utile vient, & en cinquième
lieu, le rouge clair resplendissant. Rosaire
Anglais c. 2.
Infinies couleurs paraîtront en ton Carpinus.
ouvrage, desquelles tu ne dois faire
état, mais seulement de trois, comme
de noirceur, vraie blancheur, parfaite
rougeur. Tous les Philosophes disent
bien que travaillant aux couleurs,
l'on voit des merveilles mais que particulièrement,
ces trois couleurs montrent
la perfection de l'ouvrage, car
premièrement la noirceur montre la
bonté de la matière, le bon régime de
la cuite, la vraie conjonction, la mortification
& la dissolution, & sache que
la blancheur est cachée dans le noir, continue
donc le feu lent jusqu'à ce que tu
aies cette parfaite blancheur, en après
triture, & la cuits pour avoir la parfaite
rougeur, alors tu as la lame flamboyante
argentée, mets un peu d'icelle avec
la matière. Carpinus.
La première couleur de la pierre qui Rouillac.
vient en la cuite, est la noirceur, puis la
Bb iiij
@

392 HARMONIE CHIMIQUE
blancheur, puis la rougeur. Rouillac
p. 6.
Les matières (tandis qu'elles se pourrissent
& se convertissent en fange noire)
s'animent. Le même p. 57.
Cuits la matière, jusques à ce qu'elle Synésius.
soit réduite en couleur ou terre noire,
qui est nommée robe noire tête de corbeau,
élément terrestre ou sec. Synésius p. 4.
La noirceur est signe de la vraie putréfaction
& principe de dissolution. Le
même p. 6.
La noirceur doit être tirée des corps Flamel.
métalliques parfaits, qui durera cinq
mois, après laquelle viendra la blancheur
désirée. Flamel c. 3.
Faut noter que la diversité des couleurs
ne paraît point sinon en la conjonction
de l'âme avec le corps, comme
dit Morien, en une fois seulement, le
feu renouvelle en lui diverses couleurs.
Flamel au désir désiré paroles 6 p. 131-141.
Prends le corps que je t'ai montré Arnaud.
ci devant, à savoir l'airain, tourne le
en plomb, puis en airain, comme il
était, pour ce qu'ainsi le faut faire, car
les essences ne se changent pas mais
bien l'individu d'icelles, remets
@

CHAPITRE XI. 393
les donc en leurs premières natures ou
première couleur, tirant l'argent vif, &
ce qui sera demeuré au fond du vaisseau
tourne le en fer, puis par continuelle
cuite en étain, puis en argent, & alors
auras la pierre blanche; Continue à cuire,
jusques à ce qu'il soit tourné en Soleil,
alors auras le parachèvement. Arnaud
au miroir p. 55. disposition 8.
Si avec la putréfaction tu dissout ta
Matière tu la verras noire, puis verte,
en après safranée, rouge & de
diverses couleurs, & le tout se fait par
la vraie décoction. Le même p. 61.
Il faut remarquer que durant la noirceur Arnaud.
plusieurs autres couleurs paraissent
desquelles les Philosophes n'ont
point écrit, car la matière devient parfois
toute verte, quelque fois plombine,
quelque fois violette, quelquefois
aussi en un coté du vaisseau on voit du
vert, le dedans étant livide, & le dehors
vert, mais toutes ces couleurs sont
comprises sous la noire, pour ce qu'en
icelle, n'y a aucune perfection essentielle,
les Philosophes ne se souciant que
de la noire, blanche & rouge, qui sont
de la vertu de l'âme. Armingandus.
@

394 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.
T Out ce qui est arrivé ou doit advenir donne
des marques, ou de son arrivée présente,
ou de son arrivée advenu, ou de sa demeure,
ou de son départ ou prompt ou tardif, mais
pourtant la cause & sujet ne nous en est pas
toujours connu, comme les fleurs nous marquent
le fruit, l'imprégnation des femelles les
animaux à venir, ainsi la couleur noire survenant
en notre matière, nous marque icelle être
bonne & bien régie & gouvernée: Nous n'ignorons
point que plusieurs opérateurs n'aient
vu cette noirceur, mais ne la sachant mener &
conduire, comme il faut, l'ont comme jetée chose
inutile & excrémenteuse, voyant & disant
icelle être la saleté du mercure, mais leur disant
qu'ils le purifiassent en telle façon qu'ils
voudraient, & qu'ainsi purifié ils le mêlassent
avec l'or & l'argent, réduits l'un à vingt
quatre carats, & l'autre à douze deniers, car
alors l'un sortira du feu jaune & bruni & l'autre
blanc & bruni, ils ont mieux aimé demeurer
en leur opiniâtreté & ignorance demandant
à quoi bonne cette noirceur, si ce n'est à noircir
les souliers, ô, ignorants, cette noirceur est
signe, ou vraie matière dissoute sans laquelle
les philosophes n'ont jamais rien fait de bon,
ni aucune fera jamais en cet art, c'est cette noirceur,
laquelle est le principe, élément & fondement
du total, & de laquelle on a tant donné des
@

CHAPITRE XI. 395
noms différents, les uns des autres, non par envie,
mais pour inciter les rechercheurs à l'étude
& méditation, & ne croyez point qu'ils soient
différents entr'eux qu'en mots, ni du commencement,
ni du milieu, ni de la fin, ni de l'opération,
comme nous avons montré & vérifié ci
devant, ils ont marqué assez clairement aux entendus
les matières, leur dépuration, leur poids,
leur assemblage, leur dissolution, le signe d'icelle,
son extraction, collection, & séparation,
son imbibition, sa dessiccation, sa ré-humectation,
sa re-dessiccation, & la continuation d'icelles
jusques au blanc, ses fermentations, cération
& finale action, sans y rien omettre.
Mais de croire qu'ils aient écrit le tout si clairement
qu'on le puisse entendre du premier
coup, cela n'est pas, car il ne faut pas donner
les perles aux pourceaux, ni les choses saintes
aux chiens. Priez donc Dieu qu'il ouvre vos entendements,
& dessille vos paupières à bien entendre
ce que les Philosophes vous proposent, ou
qu'il vous envoie quelque parfait ami qui
vous montre de faire la dissolution, l'extraction
d'icelle, & la nutrition ou union de ce corps sec
avec son eau propre, puisque ce sont les opérateurs
les plus cachés en tout l'oeuvre, &
alors proposez vous (voire avant qu'obtenir
ce grand bien) de vouloir employer le fruit
qui en arrivera à l'honneur de Dieu, utilité de
vos prochains & soulagement des pauvres membres
de notre Seigneur Jésus Christ, qui vous
bénira selon vos souhaits vous montrant le
@

396 HARMONIE CHIMIQUE
commencement de l'oeuvre, sans lequel vous ne
pouvez venir à la fin.

------------------------------------------------

D E L A F E R M E N T A T I O N
DE LA PIERRE DES
Philosophes.

CHAPITRE XII.

T E X T E S.

pict Rends quatre parties de levain, Isaac.
& deux parties de ton
esprit préparé, triture les
subtilement comme pour
peindre avec un pinceau,
sèches les, étant secs & fixés, prends
pour quatre parties de matière une partie
d'esprit, qui feront cinq parties, mêle
les, comme auparavant, étant séchés,
prends encore la cinquième partie
d'esprit, comme auparavant, pour
quatre parties de matière, remets les
en son verre, comme par ci devant, &
fais ceci si souvent que ta matière se fonde
comme cire. Isaac l. I. c. 9.
Le levain avec l'esprit & le corps (ou
@

CHAPITRE XII. 397
terre) doit mourir, autrement tu perds
ta peine, & en montant se fait subtil,
de grande vertu, & s'unit avec son corps,
par quoi les sages ont appelé le levain
âme, quand ils disent l'esprit tire l'âme
en haut, & derechef descend en bas. Le
même, même livre c. 35.
Alors prends huit onces de levain, c'est
à dire si tu as huit onces de levain, aies
une once de son esprit sublimé, & les
mets dans un petit verre y mettant par
dessus d'eau distillée, comme aussi verse
d'eau distillée sur le levain. Le même
c. 64.
Je t'apprends que tu prennes huit parties
de levain & une d'esprit, pour ce que
tu fixeras souvent l'oeuvre, & souvent tu
la calcineras & congèleras, & l'oeuvre
se rendra si subtil, qu'il viendra à la plus
haute perfection. Le même c. 69.
La fermentation se fait après la
sortie de l'enfant, or le ferment n'est autre Lulle.
chose que viande pour manger, convertible
en l'essence de l'enfant, afin
que tout soit fait une nature, cette fermentation
mangeable doit être de sa
propre nature, & doit s'assembler &
unir ensemble, pour ce que s'il ne s'assimilait
@

398 HARMONIE CHIMIQUE
à lui, jamais il ne prendrait sa
nature, ni convertirait en nature de
soufre. Lulle au Codicille p. 70.
La fermentation est l'incorporation Ripleus.
de l'âme avec le corps, lui restaurant
son odeur naturelle, son goût & sa
couleur, par la naturelle inspissation
des choses séparées. Ripleus p. 85.
Le levain ne sera que du Soleil & ou Vogelius.
de la Lune, car nous ne demandons sinon
que la pierre se convertisse en son
semblable, pour ce que tout son tempérament
est d'iceux, & le levain n'est point
avant que les corps soient convertis en
leur première matière. Vogelius c. p. 10.
En la fermentation, il ne faut pas que Desiderable.
le volatil surmonte le fixe, autrement
le lien du mariage du corps s'enfuirait,
mais si on jette un peu de soufre sur
une quantité de corps, tellement qu'il fait
puissance sur lui, il le convertit bien
tôt en poudre de la même couleur du
corps, une once de poudre, & quatre
onces de corps. Desiderable p. 26.
Sache qu'il n'y a autre levain que le Arnaud.
Soleil & la Lune, c'est à dire l'or & l'argent.
Arnaud à la Fleur des fleurs. La trompet-
La fermentation est l'animation de la te.
@

CHAPITRE XII. 399
pierre. Son de la trompette p. 46.
Le ferment blanc se fait ainsi, Nourris
une partie de Lune très-pure, subtilement
limée, ou en feuilles avec son
double de mercure blanc bien purifié,
mêle les dans un mortier de pierre, jusques
à ce que le mercure ait bu sa toute
limaille, après lave la avec du vinaigre
& du sel, puis avec d'eau, après sèches
le, ajoutes y du soufre blanc une
partie, mêle le tout, & en fais comme
un corps, en après jette le avec une partie
d'eau & le fais sublimer, le ferment
rouge se fait de même avec le Soleil
pur. Le même p. 50.
Si tu ne mêles le levain avec l'élixir,
le corps ne se teint pas comme il faut,
d'autant que le Soleil ni la Lune ne paraîtront
point sans levain, mais quelque
autre chose, laquelle ne durera
point en nature de teinture métallique
si tu ne le prépares, c'est à savoir un
corps imparfait. Le même p. 51. 58.
Le corps imparfait est teint d'une
couleur ferme par le moyen du levain &
ce levain est l'âme du corps imparfait,
& l'esprit moyennant l'âme est joint &
lié avec le corps, & est converti avec
@

400 HARMONIE CHIMIQUE
elle en la couleur du ferment, & est
fait un avec eux. Rosaire p. 91. 221.
Fils tire l'ombre de sa racine, prends donc
la quatrième partie, c'est à dire, une
partie de levain, & trois parties du corps
imparfait, dissous le levain en égale
quantité d'eau mercuriale, cuits les ensemble
en un feu lent, & coagule le levain,
qu'il soit fait un corps imparfait,
le vaisseau bien bouché, & faisant comme
il a été dit, l'ouvrage sera préparé.
Le même p. 228.
Si nous voulons faire de Soleil, nous Dastinus.
mettons le Soleil, si de Lune de Lune
pour levain, que si tu ne mets le levain,
il ne se collera point, & si tu ne prépares
le corps, il n'endurera point le feu si tu
mets peu de levain, tu auras peu de teinture.
Dastinus p. 30.
Prends quatre parties de levain (qui Dominus
n'est autre chose que le mercure cuit, & vobiscum.
se cuit par breuvage & viande, pour ce
que le sec boit l'humide) & une de mercure
lavé, & l'amalgame ainsi, chauffe
le levain seul, & chauffe le mercure en
autre vaisseau, & lors que le mercure
commencera à bouillir, & le levain à
être rouge, jette le mercure sur levain
&
@

CHAPITRE XII. 401
remue le avec un bâton que rien
n'apparaisse de mercure, cela fait,
chauffe autant de mercure, comme auparavant
mais ne rougis plus le levain,
pour ce que le mercure s'en irait, suffit
qu'il soit un peu chaud; jette le mercure
bouillant sur ledit levain, le remuant
comme auparavant, & le tout étant
imbibé sera matière sèche, échauffe encore
de mercure, & fais le même, tellement
qu'il y ait autant de mercure que
de levain, & alors mets le tout dans un vaisseau
comme du commencement sur un
feu lent par deux jours, augmentant par
autres deux jours le feu un peu & ainsi
de deux en deux jours jusqu'à douze
jours, & ainsi toute la matière sera levain,
que si tu le veux augmenter davantage,
fais comme ci devant. Dominus
vobiscum p. 55.
Le levain est pris doublement, ou Marguerite
pour la poudre noire, lors qu'elle réduit nouvelle.
à soi le mercure, ou pour le Soleil
a la Lune, & est appelé d'un mot Latin
ferment qui signifie bouillir, pour ce
qu'il fait bouillir & élever la pâte à
une substance par tout semblable, &
une vertu victorieuse & dominante occultement
Cc
@

402 HARMONIE CHIMIQUE
& convertissant la pâte en
sa ressemblance, car en la rectifiant il la réduit
en plus digne & meilleur état.
Marguerite nouvelle p. 10.
Lors que l'artiste verra l'âme blanche,
qu'aussi tôt il la joigne avec son corps,
car l'âme ne peut demeurer sans son
corps, mais telle union ne se peut faire
sans l'esprit, pour ce que l'âme ne peut
avoir vie, ni demeurer dans son corps
que par l'esprit & telle union & conjonction
est la fin de l'oeuvre, il faut que
l'âme soit conjointe avec son premier
corps, duquel elle a été, & non avec un
autre, que si tu ne fais cela tu t'abuses,
comme font une infinité qui ne savent
ce secret, de même que la matière n'a
son être sans forme, mais tout son être
& dépendance vient de sa forme,
ainsi l'âme par l'esprit ne peut être en la
pierre que par les corps, pour ce que
leur être & perfection dépend du corps,
semblablement est apparent que le corps
soit la forme, d'autant que ce qui dispose
la chose en dernière disposition, &
qui la parachève, est la forme spécifique.
Or le corps est tel, donc &c semblablement
vu que tout composé l'est de matière
@

CHAPITRE XII. 403
& de forme, & que le même esprit
soit ma matière, donc le corps sera la
forme, le levain blanchit la confection
empêche la brûlure, conserve la
teinture, garde que les corps ne s'en aillent,
les adoucit & les fait entrer l'un
dans l'autre, qui est la fin de l'oeuvre,
ainsi le levain de la pâte est pâte. Le
même p. 112.
Lors que la pierre est liquéfiée par décoction
elle doit être coagulée, or la
coagulation est faite avec le levain, ou
avec son corps, qu'est même chose,
& ceci est proprement & instrumentalement
l'Alchimie. Le même p. 116.
En cette conjonction de résurrection,
tout le corps est fait spirituel, comme
l'âme même, & sont faits un comme
l'eau mêlée avec l'eau, & sont inséparables,
vu qu'il n'y a aucune diversité en
eux, mais bien unité & identité de tous
trois, à savoir de l'esprit, de l'âme & du
corps sans se séparer jamais. Le même c.
120.
Prends de quelque levain que ce soit Semita.
la quatre partie, comme si c'est une livre
de corps imparfait, prends du levain,
c'est à dire Soleil ou Lune trois livres, &
Cc ij
@

404 HARMONIE CHIMIQUE
& le levain soit dissout & fait terre comme
le corps imparfait, & étant préparé
de même façon soit joint & imbibé
avec l'eau bénite, & cuit par trois
jours ou plus, alors retourne l'imbiber
avec son eau, & cuire, réitère ceci
jusques à ce que les deux corps soient
faits un, ce qui se connaîtra lors que la
couleur ne changera plus, en après mets
y d'eau peu à peu, & qu'il en boive tant
qu'il pourra, lui donnant toujours
nouvelle eau. Semita, ou le sentier des sentiers
p. 72.
Si tu as une livre de corps imparfait, Rosaire.
prends un quarteron de levain qui est ou
Soleil ou Lune, & n'y a aucun autre levain,
& ce levain soit dissout &c fait terre,
comme le corps imparfait, & préparé
de même façon, joins-les & les imbibe.
Rosaire p. 283.
La poudre parachevée du premier parachèvement Rachaidibid.
est nommée premier levain
élémenté, donne lui donc le 2. levain
levé par égalité de tout élément
élémenté, qui est l'or, donne lui en la
quatrième partie, pourvu qu'il soit
calciné auparavant, & dissout dans l'eau
c'est ici l'eau élémentée également de
@

CHAPITRE XII. 405
tous les éléments donne lui le second
levain, & disant le second, j'assure que
c'est un arrêt second, & en icelui est la
teinture du soufre, & se nomme huile
des retenues, donne lui l'eau safranique,
donne lui l'eau sèche & chaude
l'imbibant subtilement, à savoir
goutte à goutte, que si tu donnes
moins des ses boissons, tout se confondra.
Rachaidibid p. 599.
Les esprits sont fugitifs, jusques à ce Calid.
que les corps y soient mêlés, & essayent
de combattre avec le feu & sa flamme,
& toutes fois ces parties conviennent
fort peu, si ce n'est par une bonne opération
& continuel & long labeur, pour
ce que l'âme de sa nature tend en
haut où est le centre de l'âme, & qui est
celui des artistes qui puisse conjoindre
deux divers & contraires, desquels les
centres sont différents, qu'après la conversion
de leurs natures & changement
de leurs substances, laquelle chose est
difficile à trouver. Donc celui
qui peut changer l'âme en corps, & le
corps en âme, & mêlera avec lui les esprits,
celui la teindra tout corps. Cal c. 6.
L'or est le levain de l'élixir, sans lequel Dastin.
Cc iij
@

406 HARMONIE CHIMIQUE
rien ne se fait. Dastin p. 27.
L'ouvrage rouge a besoin de levain
rouge & le blanc de blanc. Le même p. 29,
Il faut mettre un peu du corps sur beaucoup
de médecine qui aie la puissance
de la convertir en médecine, autrement
tout sera réduit en esprit semblable à
soi. Le même p. 39.
Sur la médecine parfaite au blanc
faut mettre la quatrième partie de levain Elie.
premièrement, & derechef le réduire
sur le premier oeuvre, que si tu
veux passer plus outre au rouge, fais le
même que tu as fait au blanc. Elie c. 6.
Lors que tu auras blanchi les corps Astanus.
& les auras sublimés mets y de leur levain,
à savoir d'or, & les triture avec
l'eau des élixirs tant qu'ils soient fermentés,
& soient faits une pâte levée. Astanus.
c. I.
Pour le Soleil, prends quatre parties de
la terre du corps imparfait, de terre du Vincent.
Soleil qui se nomme levain solifique une
partie, d'eau ce qu'il faut, mettez les dedans
un vaisseau rond de verre à petit col
sur un feu où ils se dessécheront. Vincent
question 25.
Les esprits fugitifs des corps métalliques Rouillac.
@

CHAPITRE XII. 407
ne se fixeront point sans levain. Rouillac
p. 23 commence les vieux Poètes.
Amalgamez trois onces de Lune pure Lavements.
& calcinée avec six onces de mercure
pur, puis ajoutez y une once de soufre
blanc, cuisez les que si le soufre
est rouge, mettez de Soleil & de mercure
comme dessus, cuisez les, augmentant
le feu jusqu'à l'achèvement, faite la
cération distillant goutte à goutte de
mercure dans le creuset tant qu'il fonde
comme cire, à celle fin qu'il adhère
plus facilement aux métaux. Au livre
des lavements.
Notre blanc est fugitif s'il n'est retenu Traité du
par le soufre blanc. Ventura p. 162. c. 27. soufre.
Notre airain n'est point teignant s'il
n'est fait fugitif, & cet or est le soufre
des Philosophes qui est caché dans
leur argent vif, & cet or est le levain
de l'une & de l'autre teinture, à savoir
blanche & rouge. Le même p. 167.
Prends au nom de Dieu la quatrième
partie du dit ferment du Soleil, à savoir
une partie du dit ferment, & trois parties
du corps imparfait, savoir est de
la Lune, & dissous le ferment, jusqu'à
ce qu'il soit fait comme corps imparfait,
Ce iiij
@

408 HARMONIE CHIMIQUE
& que le vaisseau soit bien bouché.
Traité du soufre. p. 125.
I Prends de la matière rouge & d'or parties D'un vieux
égales à savoir une once de chacune manuscrit à
de mercure au double, mettez les la main.
dans un vaisseau de verre bien fermé,
cuisez les par un feu de lampe par quatre
jours dans lesquels toutes les couleurs
paraîtront.
2 A cette matière ajoutez une once
d'or & trois de mercure, cuisez les comme
dessus.
3 Ajoutez encore deux onces d'or
& huit de mercure, cuisez les.
4 Ajoutez encore quatre onces
d'or, seize de mercure, & cuisez
les.
5 Ajoutez huit onces d'or, deux liures
de mercure, cuisez les.
6 Ajoutez seize onces d'or, & quatre
livres de mercure, cuisez les.
7 Réitérez les seize onces d'or & les
quatre livres de mercure, cuisez les.
8 Ajoutez huit onces d'or, & deux
livres de mercure, cuisez les.
9 Réitérez ces huit onces d'or, &
deux livres de mercure, cuisez les.
10 Ajoutez dix onces d'or, & cinquante
@

CHAPITRE XII. 409
de mercure, cuisez les: alors
la matière est fondante comme cire, &
se jette sur tous les métaux, & ne la
faut pas fermenter d'avantage. D'un
vieux parchemin écrit à la main. Tellement
que suivant cet auteur, une once
se peut augmenter, jusques à quatre
cent vingt onces.
Prends une once de cette médecine & Valentin.
pierre des Philosophes, & trois onces
d'or très-pur, & les conjoints dans le
creuset & leur donne un feu modéré par
douze heures, puis fond les, & les tiens en
ce feu par trois jours naturels, & la pierre
sera changée en vraie médecine, puis
prends une once de cette masse, & la jette
sur mille de métal fondu, & le tout sera
réduit en or pur. Basile, Valentin chap. 12,
clef 12. p. 128.

Scholie.

E ncore que notre matière soit tirée de deux
substances permanentes au feu & eau graduelle,
si n'est elle pourtant aussi forte que sont
ses parents, témoin le petit enfant sortant du
ventre de sa mère qui n'est & ne peut parvenir
à leur être que premièrement il n'ait passé par
la voie & ordre commun, par lequel ses père
@

410 HARMONIE CHIMIQUE
& mère ont passé pour parvenir à la force
d'engendrer. Or notre dite matière étant
sortie & recueillie, est en partie comme fixe &
en partie volatile, cette ci s'en allant en fumée
sur un feu fort, & dans un creuset, & l'autre
s'y attachant en forme de vernis tacheté de
points blancs, luisants, & comme petit clous
d'argent, & le tout sans fruit autre que trouver
cette chose véritable, & de laquelle plusieurs
Philosophes ont écrit pour l'avoir éprouvé,
& nous avec eux, & de quoi ils disent,
garde toi de la vitrification, mais si tout au
contraire de ce feu soit, on nourri cette matière
peu à peu avec son propre lait, elle s'augmentera
infiniment, comme a été dit ci devant,
& quelque augmentation, couleur noire,
blanche, jaune ou rouge qu'elle ait, elle pourra
toujours être envoyée en fumée, pour ce
qu'elle est toujours volatile comme nourrie
d'une matière volatile, mais lors qu'elle
aura pris la couleur blanche ou rouge, on l'allie
avec l'argent ou l'or, sans doute elle sera rendue
fixe & permanente à tout feu, & autre épreuve:
par ceci nous éclaircissons encore le
passage de celui qui dit que la pierre au blanc
est faite avec le mercure blanc & l'argent, &
la pierre au rouge avec le mercure rouge & avec
l'or, car le noir étant parvenu au blanc (nommé
mercure blanc) sera fermenté avec l'argent,
mais étant rouge (qui se fait par continuation
de feu) sera fermenté avec l'or, & cette est
la vérité sans s'imaginer autre fantaisie. Pour le
@

CHAPITRE XII. 411
levain ou ferment plusieurs l'entendent & le
prennent diversement, car les uns prennent la
poudre noire, blanche ou rouge, pour le levain
les autres pour l'argent ou l'or, mais cette
difficulté ne doit pas arrêter l'artiste, car
qu'importe si on appelle le levain, duquel on
fait lever la pâte du pain, pâte ou si on dit que
la farine qu'on mettra avec l'eau est le levain,
soit qu'on dise & spécifie ce mot par puissance
ou qu'on le taise, il suffit de savoir que comme
le levain qui est biens aigre, rend aigre la farine,
& l'eau réduite en pâte, & mêlée avec ledit
levain, de même cette poudre rend noir, subtil,
& impalpable le mercure qu'on lui ajoute
peu à peu & de temps en temps en très grande
quantité n'importe aussi de prendre l'argent
ou l'or pour le levain ou ferment, suffit
seulement de savoir que l'intention des Philosophes,
& leur doctrine est, qu'on doit nourrir
cette poudre noire, avec quantité de mercure,
jusqu'à ce que cette noirceur ait disparu, &
la blancheur survenue, & après icelle la rougeur,
cette matière noire, blanche ou rouge
est nommée par plusieurs terre, corps sale, *ord
& immonde, & volatile qu'il faut joindre avec
l'or que quelques uns appellent levain ferment,
corps, âme & autres noms, par le moyen du
mercure, nommé par plusieurs gomme, colle,
moyen, esprit conjoignant l'âme avec le corps
(car aussi sans icelui qui a nourri le noir & qui
tient de la nature, & d'icelui, & de l'argent, &
de l'or, l'union ne peut être faite seulement,
@

412 HARMONIE CHIMIQUE
mais on demande, qu'est-ce que cette poudre
noire, blanche & rouge? on répond (en cette
science) que c'est un corps ou accident sans forme,
puis qu'il est encore volatile, car après
qu'on lui aura donné sa fixation par la jonction
de la Lune au blanc, & de Soleil au rouge, & lors
elle aura sa forme & âme, vu que cette matière
subsistera & soutiendra toute sorte d'épreuve,
& ce avec raison, puisque c'est la forme, non
visible & accidentelle, mais l'essentielle qui
fait que les choses ont être, les Philosophes
disant que, forma dat esse rei. Or si cette matière
nourrie, fermentée, & en un mot achevée,
à la force, de dépurer si grande quantité
de métaux impurs, jetez sur iceux en fort petit
poids comme un grain sur mille, voire plus de
grains, quelque autre plus hardi en pourra
parler, nous assurons bien qu'une once de cette
tête de corbeau a réduit en noirceur, comme
elle une cinquantaine d'onces de mercure avant
que la blancheur soit partie, car après elle n'a plus
besoin d'être nourrie, & est croyable, qu'elle
peut beaucoup en peu de poids sur plusieurs
poids, mais si le rechercheur désire d'en savoir
la fin son patient & assidue travail l'en éclaircira.
Contentons nous de savoir ce que nous savons, &
d'avoir vu par une bénédiction particulière de
Dieu ce qu'il nous a permis de voir, jurant devant
celui qui nous permet encore de vivre
que nous avons parlé & écrit autant clairement
tous les moyens d'obtenir cet admirable trésor,
qu'aucun que nous ayons vu par ci devant,
@

CHAPITRE XII. 413
que si nos Lecteurs ne le peuvent comprendre à
la première lecture qu'ils relisent encore ce
traité, & Dieu leur pourra ouvrir l'entendement.

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L E M O Y E N D E
MULTIPLIER LA
pierre des Philo-
sophes.

CHAPITRE XIII.

T E X T E.

pict A couleur rouge céleste Isaac.
apparaissant, laisse refroidir
de soi même la matière,
& en prends ce qu'il te plaira,
que tu garderas soigneusement,
de ceci tu en prendras une dragme,
& vingt dragmes d'or pur passé par
le ciment trois ou quatre fois, tellement
qu'il soit très-pur, fais fondre ces vingt
dragmes d'or dans un creuset, & mets
ta dragme de poudre sur l'or fondu qui
se mêleront aussi tôt & se feront un
corps, laisse les refroidir, alors aie un
@

414 HARMONIE CHIMIQUE
creuset de terre qui endure bien le feu,
& un autre creuset de verre bien approprié
à celui de terre, mets les dans un
four à vent, les affineurs le nomment
une moufle, tiens le dans ce feu avec
tout ce que dessus durant trois jours
trois nuits, laisse les au bout d'iceux refroidir,
alors fond dans un creuset mille
parties d'argent pur, & une partie de cette
matière du four à vent, mêle les &
qu'ils demeurent fondus durant environ
demie heure, laisse les refroidir & tu
auras d'or pur à toute épreuve, peut
être sera il fragile, que si cela est tourne
fondre ces mille parties d'argent & y ajoute
davantage d'argent, voire tant
qu'il soit mol, & malléable, par aventure
une partie de cette dite matière convertira
deux ou trois parties d'argent en or,
& étant mol une partie a achevé son
oeuvre, l'expérience l'enseignera. Isaac
l. I. c. 132. 134.
Il y a une multiplication en vertu, laquelle Lescot.
se fait par altération, dissolvant
& congelant, l'autre est en quantité, laquelle
se fait par apposition de nouvelle
matière. Lescot p. 63.
La multiplication en quantité n'est Incertain.
@

CHAPITRE XIII. 415
autre chose qu'augmentation d'un poids
à infinis, tellement qu'on ne recommence
jamais l'oeuvre, & toutefois sans diminution
de ses forces. Prends donc
du mercure dit deux onces, fais les
bouillir dans un creuset, jettes-y
dessus quatre onces de ta médecine rouge,
qu'ils continuent à bouillir, jusqu'à
ce que le mercure demeure congelé &
en poudre, ce qui se fait bien tôt, mets
cette poudre dans un matras (fermé hermétiquement)
sur un feu tempéré par
quatre jours que tu augmenteras jusqu'à
huit jours, au bout desquels mets ta
matière dans deux creusets bien lutés,
donne leur le feu fort par vingt quatre
heures, au bout desquelles couvre
les de charbon, le tout étant froid, réitère
le si tu veux & auras merveilles,
pour la Lune prends de mercure & de médecine
blanche, parties égales, & fais comme
dessus. D'un incertain écrit à la main.
L'amendement de toutes choses est Richard.
augmentation de la chose dont elle est,
par quoi par plusieurs dits des Philosophes,
se trouve que nature est amendé
par l'art, outre le mouvement qu'elle a
en sa première forme. Richard c. I. p. 534.
@

416 HARMONIE CHIMIQUE
Il est impossible de multiplier le sel central
sans or: or les seuls enfants de doctrine Lumière.
connaissent la semence des métaux.
Nouvelle lumière chimique. p. 41.
Qui voudra savoir davantage de la Trompette.
multiplication lise le son de la trompette
au chap de la multiplication.
Si tu veux multiplier il faut derechef Artéphius.
résoudre ce rouge en nouvelle eau résolutive,
& derechef cuire, blanchir &
rougir par les degrés du feu réitérant le
premier régime, dissous, congèle ,réitère,
fermant, ouvrant, & multipliant
en quantité & qualité à ton plaisir, d'autant
que par nouvelle corruption & génération
on introduit nouveau mouvement,
& jamais nous n'aurions la fin
si toujours nous voulions travailler à
dissoudre & congeler moyennant notre
eau dissolutive, comme nous avons déjà
dit, & ainsi est faite l'augmentation
en quantité & qualité, tellement que si
en premier lieu l'oeuvre reçoit cent, au
second recevra mille, au troisième dix
mille, & ainsi poursuivant la projection
viendra à l'infini teignant vraiment
& parfaitement. Artéphius p. 38. Commence
l'antimoine.
Il
@

CHAPITRE XIII. 417
Il faut mêler une partie avec mille Rosier.
parties du corps le plus prochain, mettant
le tout dans un vaisseau propre très-
bien fermé, & le mettre en feu de fixation,
premièrement le feu sera lent,
l'augmentant peu à peu par trois jours,
dans lesquels le tout sera conjoint & cet
ouvrage est nommé de trois jours, &
derechef joindre une partie de ceci avec
mille parties du corps le plus prochain,
& le mettre encore au feu, & cette opération
est nommée oeuvre d'un jour,
ou d'une heure ou d'un moment. Rosier
Bacon en son miroir c. 7.

Scholie.

L A facilité de ce chapitre ne requiert de nous
un éclaircissement plus ample.
Dd
@

418

------------------------------------------

D E L A C E R A T I O N E T
PERFECTION DE LA
pierre des Philo-
sophes.

CHAPITRE XIIII.

T E X T E S.

pict Rends l'airain, nettoie, racle Isaac .
le & le poli, & y mets un
peu de ta matière & la
mets sur les charbons allumés,
si la matière se liquéfie
& s'épand par toute la lame (de cuivre)
rougie, & que le lieu où est la matière
demeure blanc, la médecine du second
ordre est parfaite, rends en grâces
à Dieu. Isaac l. I. c. 9 .
Prends un grain ou plus de ta semence
rouge, un peu resplendissante, mets la
sur un morceau de quelque pot de terre,
ou sur une lame de fer ou de cuivre, &
brûle le à un feu fort jusqu'à ce qu'il
rougisse, que s'il n'y fume point, & ne
@

CHAPITRE XIV. 419
perd point son poids, ou fort peu, il est
assez mûr, mais s'il fume, la fixation
n'est point complète. Greverius p. 36.
La médecine doit être plutôt fondue L'escot.
que le mercure bouillant, & que le
feu ne le consume, ni détruit, & alors
est nommé sel fusible, huile incombustible
& savon des sages. Rosaire p. 180.
A la fin (de l'oeuvre) le Roi couronné
sortira, resplendissant & clair comme
le soleil, ou escarboucle, coulant comme
cire, demeurant au feu, pénétrant
& retenant l'argent vif. Par la seule décoction
& continuation d'icelle, la blancheur
se fait rouge. Notre airain blanc
s'il est diligemment cuit, se rougit fort
bien, cuisez le donc en un feu sec, &
calcination sèche, jusques à ce qu'il
soit rouge comme cinabre, duquel ne
faut plus rien mettre, ni eau, ni autre
chose jusques à ce qu'il soit cuit entièrement.
Le même.
Les signes de l'Elixir parfait, sont la Rosaire.
subtilité plus grande que l'air, plus blanc
que le lait pur, & si c'est au rouge plus
brillant que le rubis; & la pierre blanche,
ne diffère de la rouge, que de l'addition
de la couleur jaune, qui est aussi
Dd ij
@

420 HARMONIE CHIMIQUE
reçue du seul mercure, qu'il soit donc
plus liquide que l'élément plus enflé &
plein de vessies, que l'écume maigre,
plus spiritueux que le vent, plus liquide
que l'eau vive, plus épais au combat
du feu & incoagulable au grand froid
& au grand chaud même pour petit
qu'il soit. L'escot p. 200.
Lors que la matière est blanche elle Arnaud.
n'est pas pourtant parfaite ni parachevée
de la vraie perfection, toutefois
elle amène tout ce qu'elle touche en
vraie Lune, mais pour ce que la Lune
n'est pas du tout parfaite à toute preuve,
nous disons que la médecine préparée
au blanc n'est pas parfaite en vrai
compliment, mais lors qu'elle est préparée
au rouge, nous la disons parfaite
à toute épreuve. Arnaud en son miroir
p. 8.
Prends ta matière & en mets un peu Carpinus.
sur une lame d'argent rougie, si ta matière
est fusible, il va bien, sinon cuits
la davantage y ajoutant un peu du
mercure restant de ton amalgame au
commencement de ton oeuvre, l'imbibant
peu à peu sur un porphyre, remets
la donc comme auparavant au feu
@

CHAPITRE XIV. 421
dedans un vaisseau par quatre jours,
puis éprouve le, que s'il coule comme
cire sans fumer, le tout va bien. Carpinus.
Prends ta matière, mêle la dans un
Vaisseau rond de verre en un feu de réverbère
par quatre jours, les deux premiers
jours le feu sera lent, le troisième
fort, & le quatrième encore plus
fort par vingt quatre heures, laisse le refroidir,
ouvre ton vaisseau, tu y trouveras
ta matière en une masse, triture la
subtilement, mets la dans un vaisseau
pour la dissoudre & congeler sur les
cendres chaudes sans le plus broyer,
mais seulement la dissoudre & congeler
dans le même vaisseau fais cela vingt
quatre fois: alors prends en une partie &
jette la dessus d'or très-pur, & se fera
poudre très rouge, de laquelle mets une
partie sur cent de mercure vif bien net,
& laisse la fiole de verre es cendres
chaudes par vingt quatre heures, & deviendra
huile, jette en une partie sur
cent de Lune raffinée, & sera Soleil très-
fin. Le même.
Lors que le mercure par plusieurs imbibitions
sera aussi blanc que neige, Geber.
Dd iij
@

422 HARMONIE CHIMIQUE
mets en un peu sur le feu, s'il se fond
facilement va bien, sinon ajoutes y
d'argent vif sublimé non fixe quelque
partie, & réitère la sublimation jusqu'à
ce qu'il soit fusible, & s'il est lucide
blanc, & a une couleur vive, alors il est
parfaitement sublimé & mondifié, si
autrement, non; Ne sois donc point paresseux
au nettoiement qui se fait par la sublimation,
d'autant que telle que sera
la mondification telle sera la perfection,
à celle fin que la projection se fasse sur
les corps imparfaits. Geber l. I. c. 45 de
la grande perfection.
Prends ce qu'il te plaira de la lame cristalline
que tu trouveras fixé au fond du
vaisseau, mets la dans un creuset sur un
feu propre, y jetant dessus goutte à
goutte de son air blanc fort prudemment,
regardant soigneusement si elle
se fond comme cire & sans fumer, si cela
est, le fait va bien, toutes fois après
être refroidi mets en un peu sur une lame
de fer ou de cuivre rougie au feu, si
cette matière s'y fond comme cire &
sans fumer, elle est propre pour faire
projection, si elle ne coule pas facilement,
remets la au creuset, & y ajoute
@

CHAPITRE XIV. 423
goutte à goutte de son air comme
dessus, jusqu'à ce qu'elle se fonde comme
cire & sans fumer. Lulle au Codicille
c. 69.

Scholie.

L E Sage dit, écoutez tout, mais éprouvés
aussi tout, si tous ceux qui recherchent cet
admirable oeuvre, avaient bien appris, & pratiquaient
bien cette leçon, la multitude des
coureurs, charlatans, faussaires & vendeurs de
recettes ne serait si grande, pour ce que ne trouvant
personne qui les écoutant seraient contraints
de se pendre & étrangler comme Judas,
ou d'apprendre quelque métier pour gagner
leur vie. Certes c'est une chose déplorable
en ce siècle que la faim d'avoir d'or est si
grande quelle ne donne aucun relâche, voire
aux plus grands d'en amasser, ne considérant
pas que la mort les talonne, & nonobstant ils
croient, au premier abuseur qui leur promet
de leur faire d'or, éprouvez, dit le Sage, tous les
esprits, éprouvez, disent les Philosophes, la
matière qu'on vous présente pour teindre les
métaux en or ou en argent, notre teinture, disent
ils, est fixe, semblable à celle que nature donne
dans la mine & endure toutes les forces & preuves
du feu, ce que l'oeuvre des souffleurs ne fera
pas, comme a été dit, aussi cherchent ils ordinairement
des cachettes pour débiter leurs faussetés,
Dd iiij
@

424 HARMONIE CHIMIQUE
lesquelles ne se permettent de mettre à
l'essai, ou après que notre matière aura acquis
les conditions susdites, l'on s'en pourra
servir, comme sera dit au chapitre suivant.

------------------------------------------

L E M O Y E N D E F A I R E L A

PROJECTION DE LA
pierre des Philosophes
sur les métaux nommés
imparfaits.

CHAPITRE XV.

T E X T E S.

pict I tu veux faire la projection Isaac.
sur l'étain tu le feras
fondre, & sur une
livre d'icelui tu mettras
une once d'argent fin, &
étant tout fondu, tu y
mettras de ta terre blanche, & le tout
sera argent fin, selon la subtilité de ta
pierre: que si tu veux faire projection de
ta pierre rouge, ce sera sur l'argent le
fondant & y jetant de la pierre rouge,
@

CHAPITRE XV. 425
& tu auras vrai or. Isaac l. I. c. 8. p. 117.
124. 164.
Aucune projection de la pierre rouge
ne se peut faire que sur la Lune. Le
même c. 81.
Regarde que tu jettes ta médecine sur Riplée.
ton levain, alors il sera frangible comme
le verre, jette cette frangibilité
sur les corps purs, alors tu auras un
métal à toute épreuve. Riplée p. 89.
N'ignores point ce secret, c'est que
notre mâle rouge, ni sa femme ne teignent
point s'ils ne sont teints. Le même
p. 90.
Si les poudres convertissent plus ou Vogelius.
moins, cela n'advint pas de la diversité
de la médecine, mais de la moindre
ou grande subtilité d'icelle, ou que leurs
vertus ont été diminuées ou épaissies
par plusieurs projections. Vogelius en son
préface.
Quelqu'un veut il changer par le
moyen de la pierre physique le plomb
en or ou en argent, qu'il mêle premièrement
du plomb avec elle, à celle fin
que ce soit une même chose, semblablement
de l'étain, du cuivre & de
l'argent. Le même p. 123.
@

426 HARMONIE CHIMIQUE
Prends ta pierre & la divise en trois parties, Manuscrit.
enveloppant chacune en cire blanche,
après prends une partie de Soleil pur, fond
le en un creuset net, jettes y une pilule,
remue le tout avec un bâton, peu à peu,
jette y l'autre, & après l'autre remuant
toujours, de ceci en faut jeter une partie
sur dix parties de métal imparfait,
& une d'icelles sur autres dix, tant que
la couleur te plaise. D'un vieux manuscrit
p. 70.
Si tu convertis quarante livres de mercure
blanc ou rouge en eau, & que tu le Lescot.
laisses un peu fumer au feu, & jettes dessus
une once de l'élixir, le tout sera converti
& fermenté en nature fixe. Lescot
p. 201.
Fais projection de la médecine rouge
sur l'argent, pour ce qu'il est le plus pur Rouillac.
fait des autres métaux, un poids sur cent,
que si tu le jette sur les métaux imparfaits,
ce sera seulement un poids sur
dix, pour ce qu'ils sont crus, froids, décolorés
& salés, & qui ne peuvent être
teints, chauffes, cuits & digérés par si
peu de poudre, mais la médecine blanche
va sur l'étain. Rouillac. p. 71.
Il est impossible d'arrêter le mercure Ventura.
@

CHAPITRE XV. 427
sur le feu, que par la pierre des Philosophes,
& partant tous les autres moyens
sont inutiles & sophistiques. Ventura c.
31. p. 189.
Les métaux demeurent imparfaits par Geber.
le peu de mercure, & par sa faible inspissation,
à quoi on remédiera par la projection
de la médecine faite d'icelui.
Geber l. 2. c. 14. de la perfection.
Quoique tous les métaux imparfaits Bacon.
puissent être réduits à la perfection par
l'élixir, si est-ce que ceux qui sont les
plus approchants d'icelle y sont plus facilement
amenés que les plus éloignés Cette redi-
à cette cause il faut mêler une partie de te n'est sans
l'élixir sur mille parties du corps le plus cause de trois
prochain, les enfermer dans un vaisseau jours &c.
propre, & bien fermé, & le mettre dans ci devant.
un feu de fixation, qui soit lent du commencement
l'augmentant peu à peu par
l'espace de trois jours, dans lesquels le
tout sera joint inséparablement & celui
ci est nommé ouvrage de trois
jours, & derechef faudra ajouter une
partie de cette matière dessus autres mile
parties de semblable corps plus prochain,
& faire comme auparavant, &
cet ouvrage est appelé d'un jour, d'une
@

428 HARMONIE CHIMIQUE
heure, voire d'un moment. Bacon c. 7. de
son miroir.

Scholie.

O N dit ordinairement que l'erreur commun
fait la loi, mais je dis que l'erreur
des ignorants ne donne pas la loi aux savants,
les ignorants veulent que la médecine des Philosophes
purifie tous les métaux, & comme ils
disent les réduisent en or, si elle est rouge, ou en
argent, si elle est blanche, ce qui ne peut être,
j'entends de leur médecine commune, & préparation.
Car aucun agent naturel, agissant selon
nature, n'agit plus outre que son propre degré,
s'il n'agit sur un sujet qui n'aie quelque qualité
semblable à soi, qui le rende susceptible de
telle action, & par cette propriété du sujet &
pâtissant, l'agent lui imprime & départ tout ce
qu'il peut: Exemple, la chandelle allumée dans
une chambre, éclairera l'air d'alentour, mais
l'air ne recevra pas plus d'air qu'il y a à la flamme
de la chandelle, autrement la flamme agirait
outre son degré, mais si on approche à cette flamme
un cristal, on verra en icelui une plus grande
lumière que celle qui est en la flamme de la
chandelle, ce qui advient de cette propriété ou
susceptibilité que le cristal a de recevoir cette
lumière, & non autrement; de même est en
notre médecine de laquelle tous les métaux
imparfaits ou sales, ne peuvent recevoir la pureté
@

CHAPITRE XV. 429
qu'on se propose, si on ignore l'ordre & façon
de la préparation & de l'agent & du patient avant
la projection. Ci dessus la préparation de la médecine
a été écrite soit amplement pour ceux
qui ont l'entendement capable, qu'est la cause
que nous dirons seulement que la médecine
rouge doit être jetée sur l'argent fin, qui n'a
besoin que de fixation & de teinture, & la
blanche va sur l'étain qui n'a besoin que de fixation,
pour les autres il se peut, mais avec de
la difficulté assez grande, notant que tout ce qui
est transmué en un autre, n'est plus ce qu'il était
auparavant, & par cette perte de ce qu'il
avait le corrompt entièrement de toute sorte de
corruption pour devenir nourriture d'un autre,
comme remarque Solon au banquet des
sept Sages, aux Opuscules de Plutarque: Et
toute transmutation suit la nature du transmuant,
& non le transmuant celle du transmué, si donc
le transmuant est volatile & combustible, ce qui
sera transmué sera de même. Picus Mirandulanus
& autres marquent avoir vu faire la projection
en plusieurs façons, ce qui ne marque
pourtant diverses médecines, mais une seule
qui peut être mêlée avec diverses matières,
comme avec cire, savon, suif, vitriol & semblables
qui s'en vont au feu, & la seule médecine
s'attache & unit avec le métal fondu, duquel
il sépare l'impureté & parfait le reste, & par
cette projection différente, les plus doctes aux
autres sciences sont abusés par la créance qu'ils
prennent, qu'il y ait diversités de façons, moyens
@

430 HARMONIE CHIMIQUE
& ordre de purifier & parfaire les métaux imparfaits
& sales. Or la pureté & impureté des
métaux se connaît par le poids, d'autant que le
plus pesant est le plus excellent, preuve, qu'on tire
par un même trou de la filière de tous les métaux
séparément, & qu'on les coupe de même
longueur, on trouvera que si on pèse une dragme
qu'est septante deux grains, l'argent ne
pèsera que trente six grains, & le plomb autant,
le cuivre trente, le fer vingt six, l'acier vingt sept,
l'étain vingt cinq, donc la cause vient du parfait
mélange des composant, & de la pureté
ou impureté d'iceux, & de la privation de
l'air, cuite parfaite & évaporation de l'humidité,
comme a observé Libavius p. 495. en sa différence
de l'Alchimie.
@

CHAPITRE XV. 431
------------------------------------------

D E L'A R G E N T V I F E T

DU SOUFRE DES
Philosophes.

CHAPITRE XVI.

T E X T E S.

pict Es anciens Philosophes Tauladan.
ont nommé l'argent vif, eau
sèche. Tauladan p. 171.
Il est assez clair quel est
cet argent vif que Geber
en sa somme veut être choisi, savoir la
pure substance du mercure enfermée
dans le Soleil & la Lune. Le même p. 193. Richard.
Le soufre provient de la graisse de
la terre, épaissi dans la mine par une
décoction tempérée, jusqu'à ce qu'elle
soit dure & sèche, & alors est nommé
soufre, mais l'argent vif en sa racine
est composé de terre blanche, subtile,
trop sulfurée, fort mêlée avec d'eau
claire par une subtile union, jusqu'à ce
@

432 HARMONIE CHIMIQUE
que l'humide soit tempéré par le sec, &
le sec par l'humide, tant que le tout
soit une substance, n'arrêtant pas en une
pleine superficie, ni adhérente à ce qu'il
touche à cause de la siccité qui a altéré
son aquosité, car il est homogène en
nature, d'autant que tout s'en va au feu,
ou tout demeure fixe, ou tout s'en va en
fumée, car il est incombustible & aérien,
& ceci est signe de perfection. Richard
c. 7. p. 541.
Le mercure cru dissout les corps, &
les réduit en leur première matière,
mais le mercure des corps ne peut faire
cela. Le même c. 15.
Le mercure des Philosophes est composé Libavius.
du mercure cru & du mercure des
corps d'union intérieure & inséparable,
comme l'eau simple mêlée avec l'eau
simple qui ne peut être séparée. Libavius
p. 62.
L'argent vif vulgaire n'est ni l'argent Nicolas fu-
vif des Philosophes, ni leur pierre, mais gitif pour-
il est une partie d'iceux, car il illustre,
& défend de brûler, & à cause de cela
plusieurs sont trompés: Or nous autres
ne le nommons pas argent vif, mais fugitif,
d'autant qu'il fuit toujours le feu
si
@

CHAPITRE XVI. 433
si ce n'est lors qu'il est lié avec notre argent
vif, car s'unissant à lui il se repose
au feu doucement, & s'éjouit avec nature,
& non avec choses étranges. Nicolas
des Comptes p. 2.
L'argent vif, est eau nette & vraie Dastinus.
teinture qui ôte l'ambre du cuivre.
Dastinus p. 36.
L'argent vif, duquel parle Geber, & Astanus.
veut que la substance soit prise, est l'argent
vif des Philosophes & non du commun,
mais il y égale, & partant est dit
physique, car il est composé par les Philosophes
Chimistes de trois substances
ou natures, desquelles une est nommée
mercure, c'est à dire argent vif, & ces
trois substances sont mises en un vaisseau
de verre, dans un fumier, où ils sont laissés
le temps marqué dans les livres des
Philosophes, là ils se pourrissent, & se
mêlent exactement, tellement que de
ces trois se fait une nature & substance
homogène, alors cette homogénéité
est dite argent vif physique, & toutes
fois ces trois substances, faites une,
n'ont été du commencement, à savoir
avant la perfection, qu'une partie d'argent
vif, & ainsi l'argent vif a été une
Ee
@

434 HARMONIE CHIMIQUE
partie d'icelui, à savoir du commencement
avant la putréfaction, &
c'est ainsi que l'ont entendu les Philosophes
& rechercheurs de cet art. Astanus.
Les métaux diffèrent seulement de Albert.
forme accidentelle, & non de l'essentielle,
car le dépouillement en est facile,
étant engendrés par continuelle coction
de soufre, & de l'argent vif. Albert,
c. I.
Nous cherchons seulement l'argent Rosaire, An-
vif, pour ce que tout ce que nous cherchons glais.
est en lui, car il contient sa teinture,
& a son corps qui demeure, son
âme qui vivifie, & son esprit qui teint,
ces choses sont au seul mercure, congelé
de l'épaisseur de l'eau & du soufre
non brûlant. Or notre mercure est
notre pierre, & rien autre ne la peut
être, lequel nous nommons eau sèche,
d'autant qu'il est épaissi par la force du
soufre blanc & rouge également. Rosaire
Anglais c. 2.
L'argent vif, par lequel le corps est Payen.
fait volatil, est nommé par Geber eau
forte & piquante, & vinaigre sept fois
distillé. Payen p. 8.
Par le mercure vulgaire le mercure Rouillac.
@

CHAPITRE XVI. 435
des corps est extrait. Rouillac. p. 8.
Notre moyen pour conjoindre les Synésius.
teintures est trouvé sans beaucoup de
dépense, & est aérien de sa nature, contenant
le genre masculin & féminin. Synésius
p. I.
L'argent vif est nommé mercure, est Geber.
ami & faisant la paix entre les métaux,
& est le moyen de conjoindre les teintures,
toutefois sa matière & sa nature
n'est pas notre médecine, quoi qu'elle
aide en quelque sorte. Geber de la perfection
l. I. c. 30.
L'eau de l'antimoine saturnin est faite
du Soleil & de la Lune, & en ce faisant
elle s'enfle, s'élève & croît prenant la
substance & nature animée des végétables,
& le Soleil & la Lune dissout par
notre eau sont dits argent vif qui n'est
point sans soufre, & le soufre sans
la nature des luminaires. Le même p. 15.
33.
L'argent vif ou mercure des Philosophes
est une eau visqueuse. Le même p.
30.
La substance de l'argent vif est uniforme
& le Soleil & la Lune se font nécessairement
de la pureté de l'argent vif
Ee ij
@

436 HARMONIE CHIMIQUE
Le même c. 53.
Le mercure pèse plus que l'or, sa substance
est visqueuse & dense, sa composition
est forte, il peut être figé sans consumer
son humidité, & sans le convertir
en terre, ne peut être divisé en parties,
car ou il s'en va totalement du feu,
ou il y demeure du tout. Le même c. 63.
C'est chose notoire que tant plus les
corps ont de perfection tant plus ont
ils d'argent vif, étudie toi donc en toutes
oeuvres que l'argent vif surmonte au
mélange. Le même c. 64.
Le soufre des Philosophes est un Richard An-
feu vif, simple, vivifiant les autres corps glais.
morts & les mûrissant, & supplée à ce
que leur défaut par nature, vu
qu'en lui y a plus de *meureté qu'il n'a
besoin, icelle venant par l'opération de
l'artiste qui l'a fort dépuré: Or tel soufre
ne se trouve qu'aux corps du Soleil
& de la Lune, desquels il est tiré par solution
& résolution d'iceux en leurs premières
matières, & ceci se fait sans y
mêler rien d'étrange. Richard Anglais
c. 11. p. 233.
Saches qu'autre chose est le germe, Traité du
& autre chose est la semence, la terre est le soufre.
@

CHAPITRE XVI. 437
réceptacle du germe, & l'eau est la matrice Aristote l. I.
de la semence. Traité du soufre. de la généra-
p. 6. tion des ani-
Le feu agissant contre l'air produit lei maux c. 2.
soufre, l'air agissant contre l'eau produit distingue la
le sel, l'eau agissant contre la terre géniture ou
produit le mercure, mais la terre ne germe d'avec
trouvant plus d'autre élément, contre la semence.
qui elle puisse agir ne peut aussi rien produire,
mais retient en son centre ce que
les autres trois ont produit, de sorte
qu'il n'y a que trois principes desquels
la terre demeure & matrice & nourrice.
Le même p. 40.
Le corps est la terre, l'esprit est l'eau,
l'âme est le feu, ou le soufre de l'or,
l'esprit n'augmente que la quantité du
corps, mais l'âme, ou le soufre, ou le
feu augmente la vertu, mais d'autant
qu'au poids il y a plus d'esprit, c'est à dire
d'eau que de feu, l'esprit s'exalte &
opprime le feu, & l'attire à soi, de manière
qu'un chacun de ces deux s'augmente
en vertu, & la terre qui est le
moyen ou milieu d'iceux croît en poids.
Le même p. 43.
Ee iij
@

438 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.

L Es médecins & les peintres sont obligés
aux rechercheurs de cette science, lesquels
pour n'entendre & ne connaître le mercure &
le soufre des Philosophes ont mêlé l'argent
vif commun avec le soufre commun, & avec
une industrieuse peine en ont fait ce qu'on appelle
cinabre, duquel nom les Philosophes ont
appelé leur matière, lors qu'elle est montée en
arbrisseaux, & quelle s'y rougit, les autres entendant
& lisant, que nous tirons notre mercure
du Saturne, s'amusent & abusent, comme
nous avons dit ci devant, à tirer le mercure du
plomb. Or le mercure, duquel nous nous servons
pour parfaire les imparfaits, n'est point
aux yeux, mais il le faut extraire des corps
parfaits, & icelui porte son soufre, & ne peut
être sans lui, & même souvent lui même est
nommé soufre, & ce soufre est la vertu ignée
y cachée, qui rend ce mercure sec, & en poudre,
qui étant arrosé de sa propre eau, est rendu
comme écume blanche & nageant dessus l'eau,
mais il faut noter que le mercure est pris pour
deux choses, ou en deux façons par les Philosophes,
à savoir pour matière volatile au feu,
& pour matière fixe & qui y demeure, que se le
diligent studieux considère attentivement les
passages des bons auteurs, il reconnaîtra facilement
la raison de la variété de tant de noms,
contentons nous pour le présent d'apprendre
@

CHAPITRE XVI. 439
que l'argent vif commun n'est point celui des
Philosophes aussi peu que le soufre commun,
nous confessons bien que le notre ne peut paraître
que par l'aide du commun, mais nous disons
aussi que le commun abandonne le notre
aussi tôt qu'il est sorti de ses deux corps, avec
lequel par après faut qu'il se joigne, mais si c'est
avec industrie, Dieu & ceux qui l'ont fait le
savent, pour le soufre commun il n'a aucun
accès ni entrée en notre matière, le notre
n'étant que la vertu chaude, sèche & desséchante,
sortie également des composants avec
notre mercure, de quoi par ci devant nous avons
discouru fort amplement: A présent il nous reste
de savoir s'il faut avoir égard aux astres &
faisons avant que commencer cet oeuvre, & s'il
est facile de dénouer & d'entendre tous les
énigmes dressés sur ce sujet.
Ee iiij
@

440

------------------------------------------

D E L A C O N T E M P L A-

TION ET OBSERVATION
des astres & saisons pour commencer
l'oeuvre ou pierre des
Philosophes, & si tous les
énigmes sur cette matière peuvent
être entendus.

CHAPITRE XVII.

T E X T E S.

pict Est oeuvre n'est causée par Marguerite.
le mouvement des supérieurs,
pour ce qu'en tout
temps il peut être fait.
Marguerite nouvelle p. 18.
Commence ton oeuvre en Trois paroles.
tout temps. Livre des trois paroles p. 48.
Le regard des cieux n'est nécessaire.
Libavius du mercure des philosophes p. 65.
Les astres sont changés à toute heure, Libavius.
& leur force n'est totalement reconnue
par aucun homme, & ne peuvent empêcher
@

CHAPITRE XVII. 441
de rompre un verre, ni moins
d'autre nuisance, d'ailleurs leur calcul
est incertain, & plusieurs Astronomes
suivant les marques des papiers des
anciens, se trompent entièrement, pour
ce qu'ils y entendent aussi peu que moi
à l'Océan Atlantique. Le même p. 66.
Il n'est point nécessaire d'observer la Geber.
situation des étoiles pour notre oeuvre.
Geber. l I c. xi.
Il ne faut point observer nécessairement Ventura.
la sortie, la course ni l'aspect, ni
des signes, ni des planètes, ni les saisons
de l'année, ni les jours, ni les
heures, pour ce que la génération de notre
pierre est entièrement naturelle,
comme est celle des autres choses que nature
produit. Ventura c. 13.
Celui qui voudra dénouer toutes les Libavius.
énigmes perdra plutôt l'art qu'il ne
l'acquerra, car il est impossible d'expliquer
au vrai toutes les allégories, d'autant
que les auteurs ont eu tantôt un
projet, tantôt un autre, & par ainsi
l'application en est ambiguë. Libavius p.
65.
C'est une folie de donner des laitues Vieux Au-
aux ânes, vu que les chardons leur teur.
@

442 HARMONIE CHIMIQUE
suffisent, celui qui divulgue les mystères,
en diminue l'excellence, tout ce qui
peut nuire étant divulgué doit être caché
mystiquement. D'un vieux Auteur.
Notre science est une partie de la cabale, Egidius.
qui est chose reçue par devis,
car les Philosophes traitant d'icelle,
l'ont enveloppée de tant d'énigmes, figures
& problèmes, qu'autant en enseigne
Pythagoras en se taisant que les
Philosophes en leurs écrits. Egidius c.
10. p. 28.
Au commencement & à la fin de cet Morien.
oeuvre il faut bien étudier, d'autant
que par l'étude & bénédiction de Dieu
l'on aura plutôt ce que l'on cherche &
désire. Morien p. 22. au second volume du
théâtre.
Les Prophéties, les choses naturelles,
*l'espagyrie, les secrets poétiques & plusieurs
autres choses sont toutes cachées.
Le même p. 102.
Il faut considérer mûrement ce en Vogelius.
quoi principalement conviennent les
auteurs, car la est cachée la vérité laquelle
est une & simple. Vogelius en sa
préface p. 10.
Les livres écrits de cette science Marguerite.
@

CHAPITRE XVII. 443
sont sous figure, desquels la plus grande
partie est tellement obscure, & les sentences
tellement embrouillées, qu'il n'y
a que les seuls auteurs qui les puissent
entendre. Marguerite nouvelle p. 45.
Il faut colliger des écrits des Philosophes Armingand.
les fleurs comme on les cueille aux
champs parmi les épines. Armingandus
au commencement du l. I.
L'anneau d'esprit d'or & couvert d'argent Arnaud.
est la pierre des Philosophes, qui en
son profond est d'or & mâle, & en l'extérieur
est argent & femelle, les sept
chaînes liants le livre, sont les sept opérations
qui environnent & parachèvent
le magistère de la pierre, l'écriture de
l'anneau signifie l'esprit du mercure qui
entrant subtilement le dispose intérieurement,
& tire de lui l'âme, & l'élève,
l'emportant avec soi en l'air. Arnaud à
la fleur des fleurs c. I.
Où faut il chercher la clef des Philosophes? Atalante.
l'Oracle répond, au lieu où
sont les os d'Orestes, c'est à dire, où le
vent battant & battu & le malheur des
hommes est trouvé, c'est à dire, comme
Lichas interprète, en la forge d'un
maréchal, car par les vents les
@

444 HARMONIE CHIMIQUE
soufflets sont entendus, par le battant
ou frappant le marteau, par le battu
l'enclume, par le malheur des hommes
le fer est entendu. Atalante fuyante discours.
27. p. 118.
L'oeuvre admirable des trois paroles, 3. paroles.
c'est celui qui est fait de trois, quelques
uns l'entendent autrement, mais
tous en ce fait sont d'accord, car cet
ouvrage se cherche en trois. Geber l. 3. c.
94 p. 56 des trois paroles.
De ces trois mots il nous faut tirer Subtilité re-
& composer par grande subtilité deux, quise au re-
car par cette façon de parler deux & sept chercheur.
sont entendus, c'est la cause pourquoi
tous ceux qui recherchent cet art doivent
être subtils pour ouvrir ce trésor
des trois, dans lesquels toute la vertu &
préparation de la pierre est cachée, je dis
l'huile sec & vif, chaud & humide, & la
teinture vive, & c'est l'exposition des
trois paroles. Le même c. 97. p. 57.
Cet art n'est point acquis que par Geber.
étude, par veilles & par tempérance.
D'une Epître à Alexandre au titre 13. p.
58. de Geber.
Nous n'avons pas décrit notre art
tout au long, mais par pièces mises en
@

CHAPITRE XVII. 445
divers chapitres, & l'avons ainsi fait,
pour ce qu'autrement elle aurait été
connue aussi bien des méchants que
des bons, & cette science nous l'avons
trouvée de nous mêmes, laquelle est
très-vrai & très-assurée. Geber l. 3. c. 91.
L'Alchimie n'use point de démonstrations, Bonus.
pour ce qu'elle ne prouve, ni
n'est prouvée, comme sont les autres
choses, ni n'exprime point ce qu'elle a
comme les autres, d'autant qu'elle s'étudie
à parler obscurément, étant comme
impossible montrer cet art par raisons.
Bonus à la marguerite nouvelle p. 18.
Avicenne ni aucun autre Philosophe
naturel n'ont jamais peu confirmer
les raisons naturelles les principes de
l'Alchimie, car ce qui est fixe, détruit
la forme spécifique, c'est à dire, ce qui
est fixe détruit la forme spécifique du
volatil, l'empêchant de fuir. Le même
p. 20.
@

446 HARMONIE CHIMIQUE
Scholie.

S Il est vrai dira le rechercheur curieux &
non subtil, qu'il ne faille avoir égard ni
aux astres, ni au temps, ni aux heures, pourquoi
est-ce que les philosophes nous disent de
commencer de travailler au mois de Mars, pour
quoi d'attendre la conjonction de Mercure avec
Saturne, pourquoi celle du dit Mercure avec
Mars, puis avec Jupiter, puis avec la Lune,
puis avec le Soleil, sans quoi l'on ne fera rien,
Certes comme la saison au mois de Mars est
tempérée, & que l'art n'y est ni trop chaud, ni
trop froid, ni trop sec, ni trop humide, aussi
veut on qu'au commencement la chaleur par
laquelle la cuite, pourriture ou rouillure de notre
cahos ou mélange, doit être faite, soit
douce, à celle fin que par cette douceur le total
s'embrasse & s'unisse mieux & plus facilement,
car si la chaleur était par trop grande, le lien,
glu, colle, & gomme, qui doit unir le mâle avec
la femelle s'évanouirait, & les deux corps demeureraient
à sec sans aucune production, ni
de noirceur, ni de branchages, ni d'autre
couleur, & même c'est chose véritable que
notre eau marine de laquelle le coeur ne peut
supporter la chaleur trop violente, sans tomber
en fièvre, mourrait, & par sa mort tout notre
ouvrage serait ruiné. Que la chaleur donc de
la saison en ce mois nous serve de modèle pour
la conduite de notre oeuvre, & ainsi nous servirons
@

CHAPITRE XVII. 447
de la conduite & similitude des autres mois
& saisons de l'année. Quand en des conjonctions
des planètes celle de Mercure avec
Saturne, c'est lors que la noirceur paraît
sur la matière à cause de l'humeur mélancolique,
celle de Mars, est la couleur grise, autres
disent que c'est la citrine rougeâtre, à cause de
la colère jaune un peu cuite, celle de Jupiter
la première blancheur, celle de la Lune la grande
blancheur à cause de la pituite, & celle du
Soleil à cause de la grande rougeur & du feu ou
sang: celle de Venus est lors que l'amour ou échauffement
se fait des deux substances, &
c'est de cette façon qu'il nous faut entendre les
dits des Philosophes tant anciens, que modernes,
& cette vérité fait, que nous ne nous
étendons pas au discours de ces sciences célestes,
puis qu'elles ne nous sont nécessaires en
ce fait, aussi peu que l'intelligence de tous les
énigmes, pour lesquels dénouer l'on aurait
plutôt fait de faire revivre les auteurs qui les
ont proposées que de les exposer & interpréter.
Car qui est le Géomètre qui puisse équarrir
le cercle, réduire ce carré en un triangle, ce
triangle en une ligne, & cette ligne en un point
(qui est indivisible) lequel contienne autant en
soi que faisait étant ligne étant triangle, le
triangle étant quadrangle, le quadrangle étant
rond ou cercle dira on pas cela être du tout
impossible? & toutefois le Philosophe chimique
le fait par l'accomplissement de cet art,
& sans cela il n'y entend rien, & homme du
@

448 HARMONIE CHIMIQUE
monde n'a jamais fait la pierre des Philosophes
ni ne la pourra faire sans cette réduction du cercle
au quadrangle, triangle, ligne & point: un
est engendré de deux par un, par un dedans
deux, son poids est un, il mange & dévore sans
dents & bouche cinquante, qu'il transmue en
sa propre nature, voire quatre cents & vingt,
alors il pèse en premier & second lieu cinquante
un, ce fait il tue, mange & dévore sa mère,
& la met dans son ventre, sa mère en ressuscitant
le tue & lui donne son Royaume, duquel
il jouit paisiblement & impérieusement, durant
ce règne il tue, mange & dévore son père,
& le met dans son ventre, mais en fin par sa
grande vertu cachée il ressuscite, tue, mange &
dévore son fils, qui tué, dévoré & mange, ravit
à son père la couronne, & ne se contentant du
Royaume se saisit de l'Empire & Monarchie du
monde, laquelle il gouverne tout seul sans autre
aide ou assistance que d'un vieux serpent
qui l'a accompagné de puis l'heure de sa naissance,
jusques à l'heure de sa grande force, mais
du depuis ne fait que le regarder sans autre
chose: Or qui est celui qui n'entendant notre
Philosophie, & ignorant ces façons de parler,
ne trouvera tout ceci ridicule impossible, &
contradictoire, & ne dis que c'est un conte
de vieille: O que cette connaissance
mystérieuse est éloignée de toutes les communes,
qui élèvent en public leurs disciples, &
cette ci les humilie vivants contant en eux même,
& faisans leurs aumônes, prières & grand
merci
@

CHAPITRE XVII. 449
ci au plus grand silence qu'ils peuvent,
étant si joyeux qu'ils voient le contenu plus
grand que le contenant, qu'ils rient en eux mêmes
de voir que les ignorants se moquent
d'eux, croyants qu'il est impossible que le contenu
soit plus grand que le contenant, & qu'un
contienne cinquante en poids, nombre, quantité
& qualité. Concluons donc ce traité par
quelques comparaisons, & songes qui nous ont
été communiqués par un de nos amis entendu
en cette science, & par cette sentence notable
que la vérité n'est qu'une, ce qui se témoigne
par le consentement de tous les Philosophes allégués
en ce traité, qui assurent que pour acquérir
la perfection désirée en cet art, il n'y a qu'une
seule matière tirée de deux par un dans un seul
vaisseau en figure, mais en quelques autres
à cause de plus grande capacité, la matière croissant
par apposition, un seul feu, & une seule
opération, & ne trouvons étrange si les auteurs
ont discouru si diversement & obscurément
de cette science, vu que l'ordinaire des
hommes est de méprise & faire état comme
de néant, des plus excellentes choses du monde,
quand elles leur semblent faciles, & de
louer magnifiquement, & avoir en admiration
ce qui ne se peut acquérir qu'avec beaucoup de
peine, de travail & de sueur, & celui qui s'empêche
de tomber en ce vice avec le commun
peuple, n'est pas homme de peu de jugement:
Et remarque en passant que les Astrologues disent
que selon que le Saturne est colloqué, telle
Ff
@

450 HARMONIE CHIMIQUE
est la quantité & bonté du plomb à la recherche
duquel l'homme gagne ou perd, de même
de l'or par le Soleil, de l'argent par la Lune,
qui a mu les Chimistes de nommer le plomb
Saturne, l'or Soleil, l'argent Lune, mais ils différent
des dits Astrologues, qui baillent à Jupiter
le cuivre, & eux lui donnent l'étain; à Venus
l'étain, & les Chimistes le cuivre, & tous
deux donnent à Mars le fer & le soufre, & l'argent
vif à Mercure. Que si la connaissance de
ce qu'on nomme communément la pierre des
Philosophes se pouvait acquérir par la dispute,
elle serait aucunement facile d'avoir, mais ceux
qui l'ont eue par le bon bout, ne se sont souciés
d'en écrire que pour montrer qu'elle est véritable,
& donner le moyen aux curieux rechercheurs
d'en avoir même connaissance, la décrivant
ou par énigmes, ou par similitude ou exemples,
mais plusieurs autres, pour ostentation
après avoir consumé leurs moyens & ceux
d'autrui en rêveries, fourneaux, vaisseaux,
feus, drogues minérales, animales, & *plantales,
s'amusants sans entendre le sens des auteurs
à tirer leur principe de matières volatiles
& brûlables, ne croyants pas que chacun
produit son semblable, ce qui se voit évidemment
par l'Ecrivain du Fasciculus Chymicus
imprimé à Paris chez Nicolas de la Vigne
1631 sous le nom d'Arthus Dee premier médecin
de l'Empereur de Russie, duquel les allégations
en chaque chapitre sont si mal jointes, & les
corollaires si mal ajustant & concluants, qu'il est
impossible de plus mal: mais vu que son principe
@

CHAPITRE XVII. 451
est tiré d'une chose brûlable, son produit
ne peut être stable; dans l'indice expurgatoire
qui sera bien tôt au jour, Dieu aidant, les bons
auteurs y seront distingués des brouillons, j'entends
de ceux, desquels on aura eu connaissance,
car il est très difficile d'avoir vu ni su tous
les livres qui en ont traité jusques à présent, &
ne faut aussi croire que tous les livres qui portent
le titre de quelque auteur ait été composé
par lui. Or j'assure qu'aucun ne peut entendre
à fond, ni distinguer un bon auteur d'un
mauvais, s'il n'a vu & ne sait très bien extraire
son feu, sans en détruire la matière, & icelui
nourrir, car ces deux points ignorés, tout le
reste l'est, l'intelligence de ces deux articles a
peu être plus facile à quelques autres esprits plus
épurés qu'à David Laigneau qui a employé 22.
ans en cette recherche, avant qu'être médecin
du Roi, & qui n'a composé & mis par ordre
son Harmonie sur le modèle de ce dit fagot broussailleux,
& épineux, qui avec son auteur que
je ne crois être celui duquel il porte le titre ne
mérite que le feu. Ne nous laissons donc emporter
aux souffleurs & trompeurs, tenons
nous fermes à la vérité, de laquelle Dieu nous
montrera la voie, & nous donnera la possession,
non tant seulement de ce trésor s'il connaît
nous être nécessaire, mais du céleste par
l'intercession de notre Seigneur Jésus Christ
notre seul Sauveur & Rédempteur, auquel
avec le Père & le Saint Esprit soit louange,
honneur & bénédiction au siècles des siècles. Amen
Ff ij
@

452

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L'I M P R I M E V R A V
Lecteur.

A Yant recouvert quelques
papiers déjà vieillis, & les visitant
avec quelques miens amis,
entendus en cette science mystique,
ils ont trouvé à propos de
donner au curieux studieux les
pièces suivantes, choisies parmi
iceux, n'étant en rien contraires
au traité ci devant: jouis en donc
à contentement.
@

453
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D I V E R S E S P I E C E S
TIREES DE DIVERS
auteurs, & traduites
en Français.

pict e vous dirai donc ce qui
m'a détenu jusqu'à si haute
heure dans mon lit y étant
enseveli ou arrêté par un
profond sommeil (contre
mon ordinaire, comme vous savez)
dans lequel j'ai ouï & vu des choses
étranges, & qui se sont présentées à
plusieurs & diverses fois y ayant certaines
intervalles d'une action à l'autre,
desquelles vous aurez le tout au long.
Apres quelque abouchement des I Action.
deux enfants de Latone, j'ai vu le
mâle sans tache ni macule être précipité
dans la mer bouillante, où étant
mis en pièces très-menues, & comme
imperceptibles, en a été retiré en pâte
coulant cette mer par un linge assez délié
mais cette pâte dans quelques heures
Ff iij
@

454 HARMONIE CHIMIQUE
est devenue dure, & comme matière
moyenne entre dure & molle, quelques
uns nomment cette consistance
amalgame.
Sa soeur se trouvant seule, & se fâchant
en cette solitude, & étant bien
épurée, & s'être trouvée telle par
l'essai du feu, a été précipitée dans
même mer y pensant retrouver son frère,
mais y ayant été réduite de même
que son dit frère, le même lui est advenu,
& lors tous deux à part croyants
leur mort proche, pour ce que tous deux
étaient devenus enflés, grossis, pâles,
& plus mols qu'ils n'étaient auparavant
se sont résolus de se joindre ensemble
pour engendrer de leur propre
substance, une fille & un fils propres à
leur succéder & tenir le sceptre de l'Empire.
Ils se couchent donc tous deux 2. Action.
ayant auparavant mêlé leurs corps &
membres pèle mêle dans un lit cristallin
en forme de bécasse quatre fois
plus grand qu'ils ne contenaient, &
pour ce que leurs corps depuis la sortie
de la mer s'était endurci, ils se sont encore
un peu arroser de ladite eau, si que
@

CHAPITRE XVII. 455
celle qu'ils avaient emportée de ladite
mer, & celle qu'on leur avait ajoutée
les surmontaient de trois parts, mais se
voyants en tel point, craignant qu'icelle
humidité les refroidissant par trop ils
fussent empêchés d'engendrer, ils
moyennèrent d'avoir sous leur lit un
feu propre à dessécher peu à peu, ou séparer
cette humidité ajoutée, ce qui
leur succéda heureusement, comme il
s'ensuit.
Etant ainsi brisés dans la mer bouillante, 3. Action.
retirez par un linge, essuyez au
possible chacun à part, endurcis, très-
bien broyez & mêlez ensemble, puis
re-durcis, rompus grossièrement, arrosés
de leur eau, mis dans leur lit se cristal,
fermé commodément & au dessous
du lit un feu propre, je vois dessus
ces deux corps s'élever comme de petits
bourgeons, qui peu à peu s'élèvent
se font branches, arbres, arbrisseaux; &
s'élèvent à telle hauteur & couleur resplendissante,
blanche, entremêlée de
quelques points rouges, qu'enfin tout
le lieu en fut rempli, si qu'il fallut rompre
la dite place & lieu, & voir ce que
c'était.
Ff iiij
@

456 HARMONIE CHIMIQUE
Rompu que fut le lit, tout le dedans 4. Action.
fut trouvé hérissé d'arbres, & de buissons,
lesquels on ôta subtilement de
dessus les corps, & les remit on à part
dedans un autre lieu très-bien bouché,
de peur que ce produit ne prit trop
d'air & ne perdit sa vertu.
Ces corps sont encore *re-menuisés, & 5. Action.
un peu arrosés de leur eau propre, &
remis dans un autre lit semblable au
premier, avec même feu ou nouvelle
matière d'arbres, branches & buissons
renaissent qui tournent remplir derechef
le lieu qui rompu, & ôtés sont remis
avec les premiers, & pour dire en
peu de paroles, cette action fut tant réitérée
que les corps furent presque tous
réduits en semblable matière.
Sur cette matière j'entendis quelqu'un Hors propos.
qui demande si elle procédait ou des
corps, ou de l'eau, d'autant, dit il, que
si c'est des corps, leur crasse épais, dur
& indomptable s'est fait léger, rare &
souple, mais si c'est l'eau, elle s'est rendue
sèche, arrêtée, maniable & traitable,
à quoi quelqu'un répondit d'attendre
la fin, pour en connaître la vérité,
Cette matière produite ou de ces 6. Action.
@

CHAPITRE XVII. 457
corps, & dessus ces corps, & blanche
est mise, comme déjà a été dit, dans un
lieu cristallin fait en tête de bécasse,
le bec d'un demi pied de long, le corps
rond, lequel avait de deux à trois parties
vides, fermé de très bonne serrure,
si qu'on ne pouvait rien voir ni
sentir sortir, & au dessous fut allumé
un feu composé de trois charbons
blancs, entretenus par la liqueur de la
paix, & fut encore colloqué (ce lit
cristallin) dans une tour de forte muraille,
de peur que quelque bête ne le
cassât. Par cet ordre ces broussailles
vinrent à changer de couleur, se noircir,
& acquérir une puanteur si grande
avec telle amertume, comme l'on aperçut
à l'ouverture du vaisseau, qu'elles
étaient presque insupportables au
nez & à la langue.
Cette matière broussailleuse ayant acquis 7. Action.
par cinq ou six mois au lieu susdit
cette couleur, odeur & goût, l'on
reconnut (l'ayant un peu retournée
par le contournement du vaisseau qu'il
s'était fait d'icelle une poudre noire
impalpable, de laquelle y avait quantité.
Ce qui occasionne d'ouvrir le vaisseau,
@

458 HARMONIE CHIMIQUE
& verser le tout dedans un autre large
(fait comme une écuelle blanche
polie, non toutes fois d'aucun métal) &
voyant cette poudre en assez bonne
quantité on la sépara par un crible propre,
& d'autant qu'on voulait voir si
toute ladite matière se pulvériserait de
soi même comme les prophéties anciennes
ont dit, on renferma ladite
matière broussailleuse dans son même
vaisseau en même ordre qu'auparavant,
& y fut laissé jusqu'à ce qu'une semblable
poudre fut aperçue, qui fut retirée
de même que la première, & cette
opération fut réitérée tant de fois
qu'enfin l'on eut de quoi contenter
la curiosité.
Cette poudre retirée & très-bien fermée Action.
& fort sèche, est mise à divers essais,
& tellement divers les uns des autres
que je serais fort longtemps à les décrire,
qui fut cause qu'elle a acquis une
infinité de noms, les uns à cause de sa
couleur, les autres à cause de son odeur,
les autres à cause de son goût, les autres
par sa subtilité, & nature, les autres
à cause de ses effets, (en) somme elle a
autant de noms qu'il y a de choses au
@

CHAPITRE XVII. 459
monde: voila pourquoi il semble que
tous les grands personnages qui en ont
parlé par prophéties ou autrement,
soient contraires les uns aux autres.
Cette poudre extrêmement sèche,
nous produira de terribles combats, &
merveilleux, agréables & fructueux: si
nous avons patience d'entendre l'ordre
que je la vis traiter. Premièrement tous
ceux presque qui l'avaient traitée, l'avaient
trouvée inhabile à se mêler avec
aucune chose, mais principalement
avec l'eau de la mer, par le moyen de laquelle
elle avait reçu son être, & comme
on parlait de la rejeter comme matière
*orde, sale, puante, & inutile, on
ouït une voix qui cria, qu'on la remit
dessus quantité suffisante, comme de
dix à un d'eau de sa mer dans un lit cristallin
grand à suffisance, & qu'on allumât
un feu d'ébullition par dessous, ce
qu'étant fait l'on s'essaya à froid d'en
voire quelque mélange, mais en vain, le
feu fut donc allumé, mais merveille des
merveilles cette poudre fut convertie
en serpent sans ailes, & cette eau marine
en serpent ailé, l'ailé veut dévorer
@

460 HARMONIE CHIMIQUE
le sans ailes, mais le dé-ailé l'engloutit,
& lui ôte & brûle ses ailes, l'ailé
s'efforce de recouvrer sa perte, mais
en vain: En fin voyant la victoire du côté
du dé-ailé, le feu s'amortit, & se
refroidit le serpent ailé demeure au
fond, & son victorieux se brave & promène
dessus, mais un peu las & hydropique,
pour ce qu'il avait mis dans son
ventre, de son ennemi environ sa pesanteur,
si que son ennemi & lui faisaient
égal poids.
Ce serpent glorieux qui a abattu les 10. Action.
ailes de son ennemi, & qui l'a rendu
semblable à lui & à sa propre substance,
& l'avait dévoré & consumé totalement,
est ôté avec un séparatoire propre
du dessus le corps de son ennemi; &
pour ce qu'il ne pouvait de long temps
digérer tout ce qu'il en avait dévoré on
lui fait rendre par inclination ce qu'il
ne pouvait qu'avec peine retenir, &
après on le colloque dedans une autre tête
de bécasse, de laquelle les deux ou
trois parties étaient vides, & l'entrée
close sûrement, fut colloqué en lieu
propre avec une chaleur lente faite
comme dessus, si qu'on pouvait supporter
@

CHAPITRE XVII. 461
fort facilement dans le creux de la
main le vaisseau en sa chaleur: Là notre
serpent victorieux ayant séjourné quelque
temps, & consumé & réduit en
poudre, comme il était au commencement
de ce combat, & serpent ailé; il
se résout (étant renforcé) de rentrer au
même combat qu'auparavant, ce qu'il
fait si heureusement, sans s'associer avec
quoi que ce fut, qu'il le dompte &
remporte encore la victoire, après Second com-
laquelle il est traité de même qu'auparavant, bat.
& pour conclure, ce combat est
si souvent réitéré, qu'en fin l'humidité
glissante du serpent ailé dévoré par le
dé-ailé, saisit tout son corps, & le
change totalement en sa couleur blanche,
& en sa propriété de volatilité, le
dépouillant de sa couleur noire; Ce qui
irrite tellement le serpent dé-ailé, qu'il
cherche toutes les astuces imaginables
pour s'en venger, se tenant donc quoi
dans son lit échauffé, mais d'une augmentation
convenable de chaleur, &
sans plus entrer au combat, on ne s'avise
que sa colère l'avait porté à une
icterité ou jaunisse qui s'augmenta de
telle sorte, qu'elle surpassa toute autre,
@

462 HARMONIE CHIMIQUE
vue par les médecins venant en jaunisse
de colère, ou bile nommée par eux
rouge.
Cette couleur, colère encore plus 11. Action.
notre victorieux, qui de dépit consulte Fermentation.
sa mère, qui lui dit qu'elle n'a aucune
force pour l'aider que de conseil qui
était d'aller trouver son père, lequel
il surpassait en excellence de couleur,
ce qu'il fait, étant donc ensemble,
& en s'entre-regardant comme
par dépit, & s'estimant aussi
grands l'un que l'autre, ils s'embrassent
& embarrassent si fort que
chancelants ils tombent dedans la
mer susdite, de laquelle ayant bu
quantité suffisante, comme de quatre
à une, & mis sur une étuve commode,
leur couleur devint noire,
puis d'une milliasse de couleurs,
puis blanche, puis jaune, puis de couleur
de pavot rouge champêtre, puis
de couleur de sang comme brûlé,
mais ce combat fut réitéré plusieurs
fois, si qu'en fin ce fils se sentit si
fort qu'il entreprit de combattre
toutes les puissances qui sont sous
la Lune, pour lesquelles abattre,
@

CHAPITRE XVII. 463
l'entrée lui manquait, pour à quoi 1 Action.
remédier il fut conseillé de se mettre Cération.
dans l'étuve, où étant on lui
versa de l'eau de la mer, goutte
à goutte, jusqu'à ce qu'en ayant
bu à suffisance il se fondit lui même
sur le feu, qui ayant étonné ses
familiers le sortent promptement du dit
feu; & l'ayant mis en l'air froid, il
reprend son visage & ses forces, mais
son corps séparé en diverses & très-
menues parties aussi fortes les unes
que les autres, mais ce qui était admirable,
c'est sa grande courtoisie & débonnaireté, Projection.
car s'attachant au combat
avec quelqu'un de ses inférieurs (car il
n'y a eu qu'un Hercules au monde) après
les avoir dépossédés de tous leurs héritages,
Empires, Royaumes & Principautés,
il leur donnait plus qu'il ne leur
avait ôté, & les rendait plus grands seigneurs
qu'ils n'étaient, & leur durée
était, est & sera jusques à la consommation
des siècles, à Dieu la gloire & l'honneur,
la louange, & la bénédiction au
siècle des siècles, par son seul Fils
notre Seigneur & Rédempteur, qui
vit & règne avec lui, & son S. Esprit
@

464 HARMONIE CHIMIQUE
éternellement. Amen.
Tout l'affaire en cette admirable recherche
est compris en ce peu de paroles.
Tirer le soufre noir puant, amer en
poudre impalpable, de notre cahos
ou masse confuse lequel soufre jeté
dans l'eau suffisante la noircit, & si on
en frotte une lame de cuivre, elle se blanchit,
& si ladite lame y est plongée rougie
du feu, la blancheur pénétrera davantage,
mais non jusques au centre.
Rendez en pâte cette poudre avec
sa propre eau, &c.
Réduisez en poudre cette pâte.
Refaites cette réduction en pâte,
cette pâte en poudre jusqu'à ce que la
blancheur survienne, & puis le jaune, &
puis le rouge.
Mettez l'âme à cette matière morte &
étant revivifiée elle vous contentera.
Car alors trouverez vous qu'elle est minérale,
puisque elle est tirée des minéraux:
végétable, puis qu'elle s'augmente,
& animale, lors qu'elle a reçu l'âme,
sans laquelle elle est infructueuse: si vous
avez failli, corrigez votre faute en la
même matière, d'autant que plus facilement
lement
@

CHAPITRE XVII. 465
vous y adviendrez, que si vous
en prenez une nouvelle, ce que l'expérience
confirme, & Arnaud écrit l. 2.
c. 13. de son Rosaire.
Sache que cette science est traitée
par les uns suivant les Talmudistes
qui déclarent & exposent les écritures
en tant qu'elles appartiennent à
ce bas monde sensible, & à la vie active.
Les autres délaissant aux Talmudistes
le souci des choses mondaines,
les jugements & tout usage politique
tant de la chose publique que privée, &
s'adonnant du tout à la contemplation
& à la plus haute vie, ont rapporté le
sens de toute l'écriture & l'Archétype,
& y ont interprété toutes choses par les
nombres ou par raison symbolisée, ou
par sens analogique, & correspondant.
Cabale signifie recueil de bouche. George
Vénitien c.7. . 2 p. 60.
Je sais qu'Hippocrate a fait un livre
& exposition des songes, mais si
vous le considérez attentivement, vous
trouverez qu'il en tire son pronostic
pour l'humeur dominant à celui qui
songe, je sais aussi que quelques songes
pronostiquent les choses à venir,
Gg
@

466 HARMONIE CHIMIQUE
mais non tous; car qui voudrait le contraire, Jamblicus
démentirait les songes de Joseph, dit que les
de Pharaon, de Nabuchodonosor, & songes arri-
autres, j'entends parmi ces songes les visions, vent le plus
telles que celles de Daniel, d'Esdras, souvent par
d'Isaie, de saint Jean, & autres les soucis, &
Prophètes, auxquels Dieu a voulu de sa que par fois
grâce communiquer de ses secrets, mais ils advien-
à cause de quelques songes particuliers nent, & par
conclure des généraux, cela ne peut être fois trompent.
fait valablement: Job nous en montre
la preuve en son chap. 7 vers. 13. & 14.
disant; Quand je dis, mon lit me soulagera,
ma couche emportera quelque chose de
ma complainte. Alors tu m'étonnes par
songes & me trouble par visions. Et Synésius
parlant des songes dit, Plusieurs ont
composé des livres pour l'exposition des songes,
de quoi je me moque, pour ce que ce n'est
à propos, d'autant que l'on ne peut prescrire
une loi assurée à chacun pour lui déclarer
la signification de sen songe, car de plusieurs
qui feront un même songe, à l'un signifiera
une chose, à l'autre une autre, voire
divers songes de diverses personnes leur
signifieront même chose, tellement qu'un
chacun qui songe doit peu à peu s'instruire,
& se rendre savant de l'événement des
@

CHAPITRE XVII. 467
songes qu'il fait communément sans ajouter
pleine foi à ceux qui se sont travaillés à en
donner des explications & tirer jugement assuré
par iceux de ce qui est à arriver. Je sais
bien que je fait des songes, lesquels me
me marquent sans faillir ce qu'il me doit arriver
le lendemain, ou d'en peu de jours
mais je sais aussi qu'à d'autres qui me
sont proches les mêmes songes leur présagent
le contraire, tellement qu'il y a
fort long temps que je ne m'arrête
point à tous les songes qui se promènent
par ma tête, mais puis que vous êtes si
désireux d'avoir au long celui duquel je
vous ai marqué (en riant) quelque chose.
Je vous veux contenter, mais de vous
assurer si c'est songe ou vision, je ne le
puis, aussi peu que si c'était en dormant,
ou veillant, ou en extase; mais une chose
sais je bien, que tel qu'il a été, il s'est
tellement imprimé dans ma mémoire,
que je crois que rien que la mort ne l'en
pourra effacer & même après icelle si
l'on ouvre ma tête, j'ai quelque opinion
qu'on y en pourra encore lire quelque
chose, mais je ne conseille pas qu'on
le fasse, car on me pourrait faire mal:
venons donc au songe, lequel a été réitéré Il se rit.
Gg ij
@

468 HARMONIE CHIMIQUE
en moi souvent & non tout à la
fois, car me couchant tard, & me levant
matin, le directeur des songes n'a
pu m'exposer toute cette fabrique en si
peu d'espace de temps, ç'a donc été
le commencement le premier jour de la
Lune, & faut noter que je n'avais mangé
à mon souper aucune chose propre &
recherché pour telles actions. Le quatrième
la fin du premier songe revient
& se continue le 6 jour, la fin du 2. retourne
& sur la fin m'exhorte de ne dire
rien, jusques à ce que j'eusse tout vu, le
septième 8 9 xi 12. 13 15 16. 18 19 22 26. En ces jours
29. 30, cette continuation, (& si forte les songes ont
impression en ma mémoire) me fait espérer quelque si-
quelque chose, mais d'assurer gnification.
quoi je ne l'ose.
Apres avoir soupé entre six ou sept
heure, d'une seule viande à mon accoutumée
qu'était mouton, & bu deux
fois de vin très bien trempé & ayant laissé
femme & enfants qui sont près de moi
à table achevant de prendre leur réfection,
je monte à mon étude à ma lecture
ordinaire, & sur les dix à onze heures
me mets dans mon lit où dormant à
mon avis, il me semble que je suis en
@

CHAPITRE XVII. 469
un lieu grand; & je ne sais comment
bâti, plein de toutes sortes de personnes
de tous sexes, ages, conditions,
vacations, qui criaient, tempêtaient,
disputaient, cherchaient, fouillaient
feuilletaient, se dépitaient, maugréaient,
promettaient, prenaient, venaient,
s'en allaient, & en fin j'apercevais
parmi cette tourbe turbulente
toutes sortes d'actions & grimaces hormis
de celle de contentement, & au dessus
d'eux en l'air quelqu'un, je ne sais
si c'était avec des ailes, ou sans ailes,
mais admirable en toute perfection,
qui déplorant la folie de tous ces insensés,
qui s'écrie ô fols jusques à quand
serez vous avisés & sans vous arrêter
à la vérité courrez après le mensonge;
lors se retirant & disparaissant un coq,
une poule, & un grand serpent tombent
au beau milieu de tout ce peuple, qui
aussi tôt se met en cercle, laissant ces
trois animaux au milieu de la place. Description
Le coq était grand, fort hardi, sa du coq qui
démarche superbe & glorieuse, & ne ne peut être
permettait aucun autre volatil se parangonner abattu par
à lui, sa chair (& je crois toutes qui que ce
ses entrailles) était d'une couleur jaune soit.
Gg iij
@

470 HARMONIE CHIMIQUE
dorée, admirée & désirée d'un chacun,
& ses plumes regardées attentivement
au Soleil étaient de toutes les
plus belles & agréables couleurs que
l'entendement humain puisse cogiter,
il était si fort & puissant, qu'il ne
craignait aucune force qu'elle que ce
soit, & entrant en plusieurs combats
(comme je vis) il en sortait toujours
victorieux, & de même qu'il y était
entré; mais avec la honte de tous ceux
qui avaient été l'attaquer.
Et j'appris qu'il était tel de sa naissance,
qu'il se maintenait toujours tel, mais
à cause que plusieurs poulaillers le revêtaient
d'autres plumages, & étrangers,
pris d'autres oiseaux inférieurs à
lui, il n'apparaissait toujours en sa naïveté, feu.
mais recourant à son père, par son
aide il était déchargé, & ne s'était
jamais voulu joindre & femelle du monde
pour engendrer semblable à lui, qu'alors
que son père eut engendré en sa
mère la poule, qu'était là venue avec
lui.
Cette poule est belle, grande, haute, Description
son démarcher est grave, approchant de la poule.
de toutes les conditions, presque du
@

CHAPITRE XVII. 471
coq endurant presque tous les assauts,
combats & travaux que fait le coq,
la chair (& je crois ses entrailles) & ses
plumes est d'une blancheur d'argent
très fin & épuré, sortant de toutes épreuves
& combats sans aucune tache,
ni diminution de force.
Ce serpent était long de plus de cent Description
coudées, clair comme la glace bien polie du serpent.
& nette du miroir de cristal, tantôt
il était entier, tantôt divisé en plusieurs
parties, sans odeur ni saveur, comme il
paraissait, & tantôt il se remettait en son
entier, il entrait au combat avec mille
& mille animaux, mais d'entre tous il se
développait glorieusement sans y rien
perdre du sien, bien est vrai qu'il paraissait
quelquefois mort mais s'il pouvait
rencontrer quelque chaleur convenable,
il témoignait que cette sorte de
mortification n'était qu'en apparence,
pour ce qu'échappant des mains de ceux
qui l'avaient ainsi accoutré, il s'en retourne
au lieu d'où il est venu.
Ces trois animaux beaux en toute perfection, Ce qu'il ar-
se mirant en eux mêmes, & rive à ces
ne prisant en ce monde qu'eux mêmes trois ani-
se moquaient de toute cette grande maux.
Gg iiij
@

472 HARMONIE CHIMIQUE
assemblée qui se contentaient de les admirer
sans passer plus outre, sinon
à les brouiller, vrai est que quelques
marauds & ennemis de vérité, & lumière
contraignirent le serpent de manger
& avaler quelques animaux volatils, &
jetèrent contre le coq & la poule de la
boue qui les salit quelque peu, mais
par la chaleur du Soleil par l'humidité
de la Lune, & par l'artifice de Vulcain, ils
en furent dépêtrés.
Parmi tous les contentements de ces Union de
trois, tout à coup Venus aiguillonne deux dans le
le coq, à s'assembler avec la poule, & troisième.
l'ayant caressée cherchent (au contraire des
autres, un lieu à l'écart & à couvert
pour jouir de leurs amours, ils voient la
gueule grande & spacieuse du serpent,
dans laquelle sans difficulté entrent,
mais hélas, ils ne savaient pas ce qu'il
leur devait advenir.
Ce serpent, duquel la nature est froide
& à tout le moins à toucher) avait
sous soi un petit feu qui les chauffait, &
faisait que le venin qu'il avait pénétrait
plus facilement, aussi tôt donc que les
deux oiseaux furent entrés dans lui, il
referma sa gueule, & les arrêta entièrement
@

CHAPITRE XVII. 473
dans son ventre, ce qu'ils devinrent
là dedans, je n'en vis rien, mais
voici ce que je vis quelque temps
après.
Ce serpent ayant dans son ventre ces
deux oiseaux, se glissa & ferma dedans
une pierre blanche, creuse, claire comme
cristal, faite en forme d'un instrument
nommée matras ou tête de bécasse,
duquel ce serpent ne remplissait que
la troisième partie, & avant ordonna
que la porte ou entrée de ladite pierre
fut très-bien fermée, & qu'on continuât
la chaleur, de laquelle il avait besoin
continuellement, jusqu'à ce qu'il en ordonnât
autrement.
Ces deux animaux dans quelque temps
produisent je ne sais quoi de différent à
eux mêlés, & ce produit était comme une
rouille de couleur d'écorce de grenade,
en poudre presque impalpable, laquelle
tachait les doigts la maniant un peu
âprement, mais ce qui était considérable,
c'est de ce que Venus en devint
belle & blanche s'en étant frottée, quoi
que cette dite poudre ne fut blanche.
Je vis quelqu'un qui admirant ce
produit le voulait entièrement séparer
@

474 HARMONIE CHIMIQUE
des produisant, mais une voix sortit je
ne sais d'où, qui cria, arrête jusqu'au
temps défini, c'est à dire, jusqu'à ce
qu'il y en aie quantité suffisante.
Ce terme venu, on sépare de toute
cette masse confuse qui n'était ni coq,
ni poule, ni serpent, mais tout ce produit
qui était poudre, rouille ou moisissure
comme on voudra, laquelle la
voix que dessus cria, qu'il fallait abreuver
& humecter de sa première eau, mais
de l'ordre, & comment ni mot plusieurs
s'essayent donc à cette nourriture, mais
ce fut en vain, quoi qu'essayée par plusieurs
fois & par divers moyens qui seraient
trop long à décrire, en fin un Génie
ou Démon de la légion de l'intelligence
prend ce produit, & l'ayant
mené avec la queue du serpent, dedans
laquelle, ni les chairs, ni la substance
du coq & poule n'étaient entiers, met
le tout dans un vaisseau semblable à celui
dans lequel le serpent était retiré,
& le chauffant en feu propre, le serpent
monte, descend, pleure, rit, ébranle
son habitation, mange, boit, re-vomit
ce produit, qui en fin ou s'évanouissant,
ou prenant autre forme, paraît
@

CHAPITRE XVII. 475
comme une écume blanche & nageant
dessus cette queue de serpent, d'où elle
fut séparée avec un vaisseau & instrument
propre, & trouva on que ce produit
s'était augmenté en humidité,
d'autant que ce qu'il pesait étant poudre,
& qu'alors étant comme beurre s'étendait
sur la main comme onguent.

R E S P O N S E A V N E
question.

S Ur la question proposée du mercure
des Philosophes qui adhère aux
métaux, à savoir si c'est du mercure
vulgaire qu'il le faut entendre? Je dis
que ceci se doit démontrer plus clairement
qu'il n'a été fait par aucun que
j'aie vu jusqu'à présent par un exemple
familier & connu d'un chacun.
Pour nourrir & sortir d'une maladie une
personne, laquelle ne peut rien manger
ni avaler de solide, que fera on pour
augmenter ses forces, & ajouter nouvelle
chair à sa chair? n'a on accoutumé
de mettre dedans l'eau commune, de
la chair de mouton, veau, volaille, herbes,
& autres choses, pour en bouillant
joindre la vertu & baume intérieur
@

476 HARMONIE CHIMIQUE
de ces matières & les implanter dedans
cette eau comme auparavant, &
maintenant étant ainsi imprégnée,
est elle encore eau commune? au commencement
elle était sans nourriture, sans
odeur & saveur, maintenant elle a nourriture
& saveur, non d'elle même, mais
en elle, qu'elle a tiré d'autrui, & de ce
qu'elle a tiré, elle qui est un milieu, ou
mitoyen, le porte & communique aux
parties qui demandant nourriture propre,
& à elles convenable: Ainsi va du
vulgaire, lequel ne peut nourrir, ni
adhérer aux métaux, car quoi qu'iceux
soient teints ou joints avec lui en sont
séparés facilement par le feu, mais si ce
vulgaire est bouilli philosophiquement
avec les métaux parfaits en forme
& façon convenable, ce vulgaire
tire d'iceux ce qui est le plus propre,
& l'incorpore si unanimement avec
lui, qu'il est impossible en faire la séparation,
aussi peu que de l'eau bouillie
avec les chairs ci dessus, cette union du
vulgaire avec les métaux parfaits
est de telle nature, qu'étant circulée
par l'ordre décrit par les Philosophes
est réduite à un baume tel, & de si
@

CHAPITRE XVII. 477
grande efficace, qu'appropriée aux métaux
imparfaits elle s'unit avec ce qui est de
bon en iceux, le cuit & purifie en chassant
toute l'impureté qui le rendait laid,
difforme, malade comme le serpent, qui
en temps convenable laisse, quitte, & se
dépouille de sa peau. Or comme l'eau
commune n'est plus eau commune imprégnée
du meilleur de ce qui a bouilli
en icelle, de même le vulgaire n'est
plus dit vulgaire, ayant attiré à soi le
meilleur des métaux parfaits avec lesquels
il a bouilli philosophiquement ou
sagement, & alors il adhère tellement
aux métaux dépouillés de leur ordure
qu'ils sont inséparables & dis encore,
que comme il est impossible que ce qui
a été tiré des matières qui ont bouilli
avec l'eau, puissent jamais être ce qu'ils
étaient auparavant, de même ce qui a
été tiré des métaux parfaits par le mercure
vulgaire ne peut jamais être remis
tel qu'il était, comme on fera de
l'or ou argent, qui auront été dissout
(comme on dit très-mal) par l'eau forte,
ou eau royale, ou esprit de sel & autres,
comme l'expérience montre: ce
qui se faisant par eux n'étant que corrosion,
@

478 HARMONIE CHIMIQUE
& non dissolution philosophique,
ou réduction en première matière,
qui est partie volatile, partie fixe, car
ce mercure vulgaire imprégné des
corps parfaits, qui paraît en ressemblance
de poudre noire, impalpable, teignant
les doigts en noir, qui s'en va par lavement
d'eau claire, & qui blanchit le
cuivre, qui ne s'en va que par le feu, mis
sur le feu propre dans un creuset, une
partie s'évapore, & l'autre partie se vitrifie
& s'attache aux parois du dit creuset,
& si on le met & évapore dans un
matras, j'assure qu'il teint le bout du
col du dit matras par où il passe de tant
de couleurs, & si fort, qu'icelui bout
ainsi teint refondu ne perdant aucunement
lesdites couleurs, ressemble la
plus belle opale qu'on puisse trouver,
chose qui donne quelque contentement
à l'artiste.
@

479
------------------------------------------

Athenagoras Philosophe Athénien
L. 9. f. 346. du parfait
amour, & nomme
ceci fable.

pict Pollon se présenta en place beau
ayant sa tresse blonde un peu
après je vis un Démon se montrant
sous un voile blanc, palpable ce
semblait, mais toutefois ne se pouvait il
arrêter: En moins de rien ce Démon
s'approchant d'Apollon, je ne sais quelle
illusion brouille mes yeux, car je perdis
de vue ce Dieu, & le Démon sembla
demeurer seul: Puis vint Vulcain
voulant, ce m'était avis, venger Apollon,
usant de grande violence contre
ce Démon, lequel ne pouvant supporter
cet effort, je fus étonné que je ne le
vis plus, & Apollon apparut comme
devant: je regardais fort attentivement
& observais de l'oeil autant qu'il m'était
possible, & néanmoins il m'était
impossible d'y remarquer aucune subtilité,
@

480 HARMONIE CHIMIQUE
ou tour de main, encore que cela
se fit cinq ou six fois, car aussi tôt que
Vulcain s'était retiré pensant avoir bien
vengé Apollon, & l'avoir remis & rendu
en première forme, ce Démon ne
faillait à revenir, & se saisissant promptement
de ce Dieu le rendait évanoui
comme devant. Vulcain revenait derechef
faisant pareils effets que la première
fois; mon esprit était en grande
peine voyant des actes si étranges. Or à
la sixième fois & Vulcain & le Démon
s'étant absentés, Apollon paru fort débile,
encore que son teint ne fut diminué,
& se plaignait fort d'avoir été corrompu
par ce Démon. Le Démon non
content de l'avoir tant tourmenté revint
encore un coup amenant avec soi
un sien compagnon, représenté avec un
vêtement blanc, qui le couvrait entièrement:
Ces deux envahirent ensemble
Apollon, & le réduisirent à telle extrémité
qu'il ne paraissait plus, & ce dernier
Démon plus fort que l'autre, semblait
paraître seul, Vulcain ne faillit à
venir secourir le Dieu, & se montrant
plus robuste contraignit ces deux Démons
de gagner le haut, Apollon se montra
tra
@

CHAPITRE XVII. 481
encore plus corrompu, qu'il n'avait
été, & ne pouvait plus se soutenir
demeurant toujours couché. Le médecin
le vint visiter, qui lui ordonna un
bain composé de certaines drogues nettoyées
de leurs immondices sablonneuses Nutrition
de bain devant un feu, fut oint Apollon & dessiccation.
par plusieurs fois, le séchant autant de
fois qu'on le frottait, puis fut remis en
bain fait des excréments de Bacchus
durant quelque espace de temps. Apollon
diminuait & se fondait en ce bain,
comme la neige au Soleil, & toute l'eau
du bain semblait que sa substance était
dissipée. Esculape fait écouler l'eau du
bain, laquelle il mettait à part, & lui
en re-baillait de pareille, le baignant ainsi
souventes fois, & quasi autant comme
il l'avait frotté, lavé, & séché de
l'autre. Apres pour le réchauffer, apposa
à ses eaux qu'il avait tirées du bain
un petit feu, au devant duquel l'humidité laut**.
qui rendait Apollon tout mouillé s'évapora,
& étant sec il semblait encore
avoir été rendu plus débile par tous ces
bains, onctions, & lavements: je croyais
que tout était perdu, mais ce médecin
invoquant le fils de l'air, de la Lune que
Hh
@

482 HARMONIE CHIMIQUE
je vis se présenter devant lui, icelui donna
à Esculape du plus beau & plus précieux
qui fut en lui, qu'il bailla soudain
à avaler à Apollon, qui après cette prise
sembla être ressuscité, reprenant un teint
vif & beau à merveilles avec une telle
plénitude de vie, que le communiquant Projection.
en tel état aux malades & décrépites, il
les remet en meilleure disposition qu'ils
n'avaient été.
@

pict

Ecusson Hiéroglyphique avec ses couleurs, est en une des
vitres de la salle ou Ecole en Théologie des Cordeliers de Paris
aux pieds de Saint Thomas d'Aquin, il se trouve aussi à une des
murailles du cloître des Jacobins, & en une des vitres de la Chapelle
du lit S. Thomas, laquelle est en même Eglise audit Paris:
Il se voit encore dans l'Eglise des Carmes en la chapelle S. Michel
en quatre endroits de ladite chapelle, savoir sur la porte & sur
l'Autel, gravé de relief, & peint contre la muraille & sur la vitre
avec mêmes couleurs que les précédents, contenant & démontrant
tout ce qui est nécessaire à l'opération de ce qu'on nomme
Pierre Philosophale.


Cet Ecusson Hiéroglyphique avec ses couleurs
est contre la muraille de la cinquième arche du
Cimetière saint Innocent, y entrant par la porte du
coté de la friperie allant vers celle des halles, il démontre
tout ce que Flamel a démontré & signifié
par toutes ses figures mises dans le même Cimetière
pour l'opération de ce qu'on nomme Pierre-Philosophale.

Ces figures se mettent à la fin du livre devant la Table.
@

pict

T A B L E D E S M A T I E R E S
C O N T E N V S E N
ce Traité.

A
pict
Dam a appor- que c'est 415
té la ma- Ame de la pierre 166. com-
tière de la me est extraite de son corps
pierre du 207. 211. logée aux sourcils,
Paradis ter- & la signification 109. l'âme,
restre 37 le levain & la forme est
même chose 74
l'Agent agit selon la forme Ame du Soleil & de la Lune
du résistant. 197 ne se tirent que peu à peu
Agent des minéraux. 38 181.
Agent & patient 145 Ame & esprit comme se
Airain d'Hermès 136.211. joignent & en quel temps
Albar aeris 149 388 401.
Alchimie que c'est 403. Amphithéâtre de Conrath
Alliages à l'or & à l'argent Lips, & l'Aureum Vellus
par les orfèvres ou mo- de Guillaume Mennens
nayeurs 189 improuvés, & pourquoi
Aludel 315 33.
Amalgame que c'est 77 40.
224. ou mis 151. 153. aman- Années comme entendues
dement de toutes choses, Hh ij
@

Table des Matières.
371. diverses langues 65.80,129.
Antimoine des Philosophes, 282. 198. 317.
quel. 213
Argent & son prix ancienne- B
ment & maintenant 259 Bain Marie & fumier de
l'Argent & l'argent vif com- cheval même chose. 314.
muns sont morts 217 Baromets ou agneau vé-
l'Argent vif a plusieurs & gétable de Scythie. 301
divers noms, & quels 69. 136
80, 98 160. que c'est 185. la Blancheur comme ad-
s'il est sale comme doit vient. 311
être épuré & nettoyé Blancheur de Jupiter n'est
190. des Philosophes de la tant désirée. 306
quoi fait 164. 165. comme Brûler la matière comme
il agit 312. tiré des métaux entendue, & pourquoi 70.
est inutile en cet art. 118. 206. 235.
Arsenic que c'est. 80 C
notre Art n'a besoin de 226
multitude de matière 81. Crapaud au sein de la femme
ne fait point la matière de 286. 288
la pierre 262. commence où Centres différents en l'oeu-
nature laisse 240. purifie vre. 405
les métaux nommés im- 295
purs 161. imite natu- 350
re & comment. 231 Chaleur tempérée, & son
Assation que c'est. 243 opération. 338
Assemblée ou mixtion est la 154
première opération de l'ar- Chacun engendre son sem-
tiste 70 blable 119. 161. 168
Aucun n'a jamais fait métal. Chaux des métaux comme
261. entendue. 189. 314
Autruche née en terre. 74. Chélidoine, pourchaille, &
Azoth & sa signification en mercuriale matières de la
@

Table des Matières.
pierre. 166 servation. 75
Chien & chienne 296. d' Ar- la Couleur jaune est la fin
ménie. 136 de la blanche & com-
Chybric que c'est. 344. mencement de la rouge.
le Ciel est animé & son mou- 25. 23. 34.
vement est volontaire. 78 le Cuivre doit être cuit jus-
Cimetière ou crible. 357 ques à la noirceur & ses
Clef de l'art qu'est-ce 307. noms. 69
238 D
la Coagulation comme fai- premier Degré de l'oeuvre,
te. 299. 314. second, troisième, &c.
faut Commencer la besogne 228
le Soleil étant au Bélier Destructeur accompagne
comme entendue. 337 chaque chose née. 319
Comparaison de la matière Destructeur de l'or co-
des Philosophes avec la se- nnu du seul vrai artiste.
mence des animaux. 9 319.
le Composé que c'est. 290 Dieu a tout fait de rien
Composition quand nom- (que de sa seule parole)
mée. 243. & les charlatans de tout
la Congélation & la solution font rien. 28
se font en même temps du Dieu doit être invoqué
corps & de l'esprit.236.242 par ceux qui cherchent &
Corps sale & immonde que désirent la pierre des Phi-
c'est. 50 losophes. 65
les Corps doivent être ré- Dieu seul crée l'or & l'ar-
solus en mercure par le gent, & toutes autres cho-
mercure. 193
les Corps purifiés doivent Dispositions du magistère
être mis dans le mercure & les nombres. 226. 243
mondifié. 203 le Dissolvant communi-
tout Corps tend à multipli- que de sa propriété à la
cation, génération & con- chose dissoute. 132
Hh iij
@

Table des Matières.
Dissolution pourquoi ain- mains. 74. brûle. 275. 24
si appelée. 74.117 136
la Dissolution est le princi- l'Eau dessèche avec la ter-
pe de l'art. 237. 247. re. 383
Divisible & indivisible que 91.
c'est. 119 314
Dragon brûlant est le feu Egypte & Perse nécessaires
contre nature. 335 au parachèvement de la
Dragon dont extrait 312 pierre comme entendu. 60
queue de Dragon que c'est. 281
288. 292. 298. 333 Eléments comme entendus.
le Dragon ne meurt qu'a- 283. comme convertis l'un
vec son frère & sa soeur 135 en l'autre. 244
E les Eléments des Chimi-
Eau bénite. 166. 309 ques sont composés. 29.
Eau céleste ne mouillant 140. 143
point les mains 159 Elixir se prend en diverses
Eau du mercure. 274. 306 façons. 83. 85. 130. 164 165.
l'Eau des Philosophes lave 166. 202. 193. 311
les saletés de la terre. 273. Enfant naissant. 316.ingrat.
278 111
Eau de pluie. 293 80. 344
Eau de vie & pourquoi 80. 358
366 l'Ecriture sainte où conte-
Eau dorée de quoi faite. nue. 3
108 l'Ecriture a trois sens ou
l'Eau & son opération. 2 I intelligences, littéral, mo-
l'Eau est nommée air. 286 ral ou allégorique, & ana-
l'Eau est un esprit purgeant, gogique. 2.3
& blanchissant les corps. Ecume ou graisse de la ma-
283 tière. 319
Eau marine. 319 Esprit moyen, que c'est 379,
Eau ne mouillant point les & comme tiré. 231.
@

Table des Matières.
Ethelie. 210. 386 le Feu peut être dit continue
l'Etude est fort recomman- 334.
dée en cette recherche. 68. Feu seul sous la Lune quoi
71. 101. 138. 208. 262. 320. que visible est invisible
374 & noms. 328
Exaltation du Soleil. 216. le Fils doit être nourri de
Excrément ne se nourrit sa propre & pure substance
point. 180 281 Fils ingrat. 269
Extraction de l'esprit du Le fixe des Philosophes que
corps, que c'est. 227.233 c'est. 11
l'Extraction, la séparation, 11
& la nutrition de la matière Fols comme doivent être
des Philosophes, sont ca- traités. 65. 68
chées, & le moyen de l'ap- Forme des Philosophes,
prendre & découvrir. 10. que c'est.36.74.155.228.306
11. 14 Forme spécifique, que
F c'est. 402
lier les mains à la Femme Fumier de cheval, & bain
à son dos. 286 marie. 314
Fermentation, que c'est.397 G
Feu d'amitié. 70. 145. 299. 136
noir, 154. vif.200.sec & hu- 95. 297.
mide. 135 143
Feux divers. 333. 337. pour Génération & corruption,
l'oeuvre. 340 145. comme se fait. 338
le Feu est nommé tout ce en la Chasse de Sainte Ge-
qui fuit le feu. 338 neviève de Paris, com-
Feu & soufre, même bien il y a de l'or & de l'ar-
chose. 262 gent. 259
le Feu lave.235.nourrie272. Germe & son augmenta-
293. 313 tion. 154
Feu lent & violent, leurs Grain incombustible, que
actions. 244. 248 c'est. 57
Hh iiij
@

Table des Matières.
Graisse de la terre.159.210. vérité, & la vie. 261
214.221.253.269.280. 319 369
350. 368 Ignorance de la composition,
la Graisse en combien de dissolution & extraction.182
temps est desséchée, & 279
comment ré-humectée. 329 Imbibition de la noirceur,
333 H comme faite. 284
Hercule. 111 Imprégnation & composi-
Histoire d'un mélange tion comme & de quoi
d'argent limé avec le cina- faite. 166. 292
bre. 36 305
Histoire d'un Parisien 275. 315
autre histoire. 279 Inspissation de quelque hu-
Histoire d'un qui se vantait midité, comme faite.315
de réduire les métaux en Intention invariable des
mercure, & attirer au dos Philosophes, quelle. 305
les anévrismes de la poi- 305
trine. 185 L
Histoire mal-heureux. 63
Homogénéité. 15. 35. 315 Lait de la Lune, & lait du
l'Homme est la minière de Soleil différence avec aver-
la pierre & comment. 72. tissement. 317
73 Lait virginal. 108. 111.283
Humidité Physique propre 313
pour l'oeuvre. 217 le Laton comme lavé & net-
Huile des Philosophes. 90. toyé. 282. 294. 317
183. 184.185.212.214. 271 le Lavement des corps que
274. 292 c'est. 305. 313
Huile des retenues, que la Lecture recommandée.
c'est. 405 195. 197
Huile incombustible & sa- Levain du mercure para-
von des sages. 419 chevant l'oeuvre. 172
I la Lie nommée terre ou
Jésus Christ est la porte, la corps 313
@

Table des Matières.
Limosité des métaux, quel- Matière noire comme trai-
le. 214 214 tée. 314
Lion vert. 146. 358 Matière qu'il faut prendre
Liquéfaction vulgaire n'est des métaux. 185
la philosophique. 197 la Matière tirée pour la
un Livre éclaircit un autre pierre a des marques, s'exha-
obscur. 197 le & se vitrifie mal condui-
un seul Livre n'apprend pas te. 9
tout ce qui est nécessaire Matière subtile tirée de la
pour l'oeuvre philosophique. masse & sa forme, fonde-
197 ment de l'art. 5. 9. 15
M Médecine des Philosophes
tout le magistère de la pier- qu'est-ce.130. de quoi fai-
re en quoi consiste. 272. te 160. de quoi produite.
291 220
Magnésie faite de plusieurs Médecine du second ordre.
choses. 149. 189 418
Marbre comme entendu. 90. 233
312 236
Mariage de Gabriel, & de Mercure animé, que c'est.
Beya. 161 173
Masse & femelle, père & le Mercure a divers noms.
mère, quels. 165 11. 74. 132
la Matière des Philosophes 330
n'est tirée des mines métal- le Mercure cru dissout les
liques. 165 corps. 177
la Matière de la pierre est 330
une & de même chose, de le Mercure est un feu brû-
vil prix. 74 lant mieux les corps que le
la Matière des Philosophes feu. 338
de quoi & comme nourrie, le Mercure fixe est l'oeuvre
& jusques à quand. 9. 137. parfaite. 177
354 le Mercure ne doit être
@

Table des Matières.
réduit en eau transparente, taux, mais non les teintu-
& pourquoi. 240 res comme entendu. 241
le Mercure ne peut être Nature s'amende en sa natu-
brûlé.129. & est mine par- re. 81. 84. 156
ticulière. 336 Nettoiement de l'argent vif
Mercure pourchaille, & ché- 190
lidoine matières de la pier- 287.
re. 166 314
Métaux de quoi engendrés. le Noir n'est point la saleté,
214 des corps desquels il est ti-
Métaux malades comme ré. 180
guéris. 177 Le noir se cueille dessus &
Métaux préparés, & leurs dessous la matière, & com-
noms. 74 ment. 184
le Métaux pour être puri- la Noirceur de la pierre, les
fiés requièrent plus que signes & cause 13.16.17.52
tout autre un esprit subtil 65.69.70. 81.111.114. 191.
& vif. 3. 4 194. 203. 215. 235
Minéraux & leur abjection. la Noirceur comme se blan-
144 chit. 273. pourquoi nom-
aux Minières de l'argent vif mée feu. 299
ne se trouve aucun métal. la Noirceur survenant à la
285 pierre est un très-bon si-
la Mort comme chassée gne. 377
des corps. 285 les Noms comme & pour-
Mortification comme fai- quoi donnés aux choses.
te. 219 67. 73
Mortification du mercure 302.
comme faite. 280 307. 319
les Mots des Philosophes O
doivent être entendus.110 89.
N 98. 356
Nature engendre les me- Opérations diverses en la
@

Table des Matières.
pierre inutiles & nuisibles & troisième. 208. 212. de
& comme entendues 223. trois jours. 417
2 9 237. 247 P
toutes les Opérations peu- la Paix des matières Philo-
vent être mises en cinq sophales, c'est à dire, com-
classes. 155 posantes l'oeuvre comme
l'Opération seule apprend faite 198
l'art. 227 Parties semblables & dissem-
Opinions diverses des Phi- blables comment se multi-
losophes sur le principe des plient, ce qui est à noter.
choses. 139 232
Or, argent, & argent vif, la Pâte des Philosophes
quand sont dits être vifs ou doit être desséchée, & com-
Soleil, Lune & mercure.190 ment. 319
Or, argent & mercure sont la Patience est requise en
le commencement de l'oeu- cet oeuvre. 143.308.318.369
vre. 70 Père & mère de la pierre,
l'Or des Philosophes, quel quels. 166
117. 174 les Philosophes ont décrit
Ordre troisième en notre diversement, & pourquoi.
ouvrage. 372 232. 238
Or & ses noms. 74. 81. 90. les Philosophes parlent
145. & sa valeur. 259 par figures. 38. 48. 100
l'Or & l'argent & leur de- 166
struction. 226 la Pierre des Philosophes
l'Orpiment est la clef de la de quoi composée. 14.17.22.
science. 80 23. 35. 48. 53
Or potable. 58. 90 la Pierre des Philosophes
l'Or vulgaire est impur, a plusieurs noms, voire
sale, moribond, stérile.217 nommée du nom de toutes
l'Ouvrage des Philosophes les choses du monde, &
comme parachevé. 94. 183. pourquoi.1 5.14.15.16.21.25
208. 312 29.34.39.55. il n'y a donc
Ouvrage premier & second, aucun nom comme vin
@

Table des Matières.
aigre très-fort.17.19. 36. de la pierre que c'est. 216
57.66. soufre, animale, aux Prêtres anciennement
végétable, minérale, gom- combien ordonné pour
me, mercure, nuée, trouvée leurs vivres.
par tout, pauvres & ri- Préparation des corps, quel-
ches l'ont, qu'on ne le le. 212. 276
trouve dans ce traité. Principes & éléments com-
une seule Pierre des Philo- me diffèrent 140. 145
sophes. 220 Principes ou éléments de
la Pierre des Philosophes l'Art, quels.171 278. 221
se parfait d'elle même, & Prix de l'or & de l'argent en
comment. 224. 230 l'année. 1242. 1465. & à
la Pierre en sa Composition présent. 259
a besoin de deux substances Purification du Soleil, Lune
crues, 5. 8. 9. 130 & eau de vie. 170
la Pierre est nourrie du seul la Putréfaction des Philo-
feu. 272. 273 sophes n'est point sale, &
la Pierre est super-naturelle que c'est. 386
& comme. 33. 76 Pyraustes, mouches s'engen-
Pierres mortes. 129 drant & nourrissant au feu
Pierre première. 356 275
la Pierre que c'est. 79 Q
Plaisante joie que c'est.171 la Quadrature du cercle
Plomb des sages. 69. 387 28. 63. 205. 320
Poudre des Philosophes. Quantité de l'eau sur les
270 corps pour les dissoudre.191
la Poudre sèche & noire 125. 333
comment arrosée, & jus- 77
que à quand. 3 6 R
Pourchaille, mercuriale, & Ebis que c'est. 130
chélidoine, matières de la Rechercheurs impa-
pierre. 166 tians à l'étude. 319
Pourriture & mondification Réduction à la première ma-
@

Table des Matières.
tière comme entendue. 228 des impures, pesantes & lé-
un seul Régime. 233 gères. 192
Réitération de mêmes cho- Séparation des éléments inu-
ses pourquoi. 296 tiles.178. comme entendue.
Rosée de Mai que c'est. 170. 248
273 149
Rouillure est nom feint. 69 Serpent horrible tué par
S Hercule. 111
les S Ages ont divers noms Serpent Python tué par A-
selon les diverses ré- pollon. 317
gions, comme Mages, Prê- 215
tres, Gymnosophistes, le Soleil, la Lune & le mer-
Druides. 4 cure des Philosophes ne sont
si Salomon a eu la pierre.33 les communs. 22.49.81. 90
Sangsue Philosophique que Solution du corps se fait
c'est, & pourquoi. 70. 71 peu à peu. 181. 231. 312
la Science comme acquise 3. Sophismes des Philosophes.
pourquoi cachée. 91 384.
chaque Science a ses noms les Sophistes s'amusent aux
propres. 92 noms & non à la matière.2
Secret de l'Art en quoi gît. Soufre des Philosophes de
136.146.191.211. 213. 316. quoi fait. 160. 176. 200.
Sel alcali. 154 206. 299
Sel de nature. 159 Soufre & feu même cho-
Sel fusible. 3. 419 se. 262
le Sel n'a rien de commun a- 194
vec la pierre. 196 Sperme des Philosophes quel
Semence animale ou de l'ho- 214.
me que c'est. 180. 196. 225.
Semence conçue, nourrie, 227. 229. 239. 241. 244
& parfaite par le feu.11.13 Superfluités en la pierre
Semence féminine. 274 q'est ce. 14. 95. 200.217
Séparation des parties pures 219. 221.
@

Table des Matières.
T Toute chose qui est sous les
T Aureaux ne jetant que Cieux est brûlable & vola-
feu. 117 tile hormis l'or & l'argent.
Teinture que c'est, 130.204. 132
232. 270. 277 Toute chose se détruit par
Temps divers comme en- le même moyen qu'elle se
tendus. 365 fait. 226
Temps du parachèvement de la Trituration comme faite.
l'oeuvre. 163 231
Terre blanche & terre rouge V
35. 36 N seul vaisseau, 213.
Terre comme préparée. comme entendu. 154
282. 285 un Vaisseau, un fourneau, &
Terre foliée pourquoi.72.73 une disposition comme &
272. 284 en quel temps s'entendent.
Terre morte. 362 356
la Terre ne germe point sans Vapeur & eau seuls en no-
assidue arrosement 278 tre oeuvre. 210
la Terre noire jusques à quand 131
imbibée. 310 Victoire nom de la pierre.
la Terre prise en deux fa- 211
çons. 283 Vieillard avale l'or & l'argent
Tête de corbeau. 70. n'est 160
d'impureté. 386 308
Thelesme que c'est. 91 Vinification de la matière.
Thésée sème les dents du 179. 344
serpent. 317 tout Vivant a une foi à sa
Toile d'araignée nageant mode. 20
dessus la matière.155.153 75
@


Privilège du Roi.
L Ouys par la grace de Dieu Roy de France & de Nauarre, A nos amez & feaux Conseillers les Gens tenans nos Cours de Parlemens, Maistres
des Requestes ordinaires de nostre Hostel, Baillifs
Seneschaux, Preuosts, leurs Lieutenans, & autres
nos Iusticiers & Officiers qu'il appartiendra,
Salut: Nostre cher & bien amé Melchior Mondiere
Marchand Libraire & Imprimeur de nostre
Ville de Paris. Nous a fait dire & remonstrer qu'il
a recouuert vn Liure intitulé Harmonie Mystique
ou accord des Philosophes Chymiques auec les Scholies,
sur les plus difficiles passages des Autheurs y alleguez,
&c. composé par DAVID LAIGNEAV Nostre Medecin
ordinaire, lequel il desireroit imprimer ou faire
imprimer, vendre & distribuer, pour cet effext
nous a faict supplier, luy vouloir accorder nos lettres
requises & necessaires, desirant le fauorablement
traiter: A CES CAVSES luy auons permis &
permetrons par ces presentes d'imprimer ou faire
imprimer, vendre ou faire vendre durant le temps
de douze ans ledit Liure, à compter du iour qu'il
sera acheué d'imprimer pour la premiere fois, en
telle forme, volume & caracteres que bon luy s'emblera,
pendant lequel temps faifons tres-expresses
inhibitions & deffences à toutes personnes de l'imprimer,
faire imprimer, vendre & distribuer sous

@

Privilège du Roi.
quelque deguisement ny pretexte que ce soit sans
le consentement dudit exposant, à peine de trois
mil liures d'amande, moitié à nous, l'autre moitié
enuers la partie, de confiscation desdits liures, &
tous despens, dommages & interests, à la charge
que ledit exposant sera tenu en mettre trois
emplaires; sçauoir deux en nostre Bibliotheque
& le troisiesme de nostre tres-cher & féal le sieur
Seguier Cheualier Chancellier de France, auant que
l'exposer en vente, à peine d'estre décheu du Priuilege.
SI VOVS MANDONS que du contenu en ces
presentes vous ayez à faire iouyr & vser le dit exposant,
& ceux qui auront charge de luy, sans souffrir
qu'il y soit troublé: & qu'en mettant au commencement
ou à la fin dudit Liure ces presentes
ou vn bref extrait d'icelles, voulons qu'elles soient
tenuës pour verifiées. Car tel est nostre plaisir.
Donné à Paris le I. iour de Septembre l'an de
grace 1636. & de nostre regne le vingt septiesme.

Par le Roy en son Conseil.
Signé R E N O V A R D.
Acheué d'imprimer pour la premiere fois le 12. Septembre 1636.
@



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