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Réfer. : AL0412
Auteur : Collesson Iean.
Titre : L'Idée Parfaite de la Philosophie Hermetique.
S/titre : Observation... et une Méditation....

Editeur : Hervé du Mesnil. Paris.
Date éd. : 1631 .


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L'I D E E P A R F A I C T E D E L A P H I L O S O P H I E H E R M E T I Q V E, Ou L'ABBREGE DE LA THEORIE & Pratique de la Pierre des Philosophes. S E C O N D E E D I T I O N.
Augmentée d'Obseruations pour l'Intelligence des Principes & Fonde-
ments de la Nature, & de la Philo-
sophie Hermetique.

Avec vne Meditation sur les Mysteres de la
Sapience Diuine & Humaine. Par M. I. Collesson, Doyen de Maigné. pict A P A R I S, Chez Herué du Mesnil, ruë S. Iacques,
à la Samaritaine. M. D C. X X X I. AVEC PRIVILEGE DV ROY.
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pict

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3
pict

A MONSEIGNEUR, M O N S E I G N E U R FILS DE FRANCE, Frère Unique du Roi, Duc d'Orléans, de Valois, de Chartres, & Comte de Blois.
pict ONSEIGNEUR,

Il n'y a rien qui convienne davantage aux Princes que l'étude de la Philosophie Hermétique,

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4 Épître
car comme ils surpassent à
cause de leur naissance le reste
des hommes en grandeur & puissance,
ils doivent s'efforcer à ce
qu'ils les surmontent en la science
de Dieu & de la Nature, ce qui ne
se peut obtenir facilement que
par la susdite Philosophie. Les
anciens Rois d'Égypte, & d'Arabie,
entre lesquels cette vraie
Philosophie a principalement régné,
sachant combien il leur importait
pour leur conservation
d'être versés aux sacrés Mystères
de la pure Philosophie, instruisaient
cabalistiquement leurs Enfants
en iceux, afin que par la
communication qu'ils leur en
faisaient ils eussent toutes sortes
d'avantages sur leurs sujets.
L'Utilité & le contentement que vous recevrez, M O N S E I G N E U R,
de l'agréable divertissement de

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Épître 5
cette étude de Sagesse, vous convient
à l'embrasser avec affection:
car pour ce qui est du premier,
qui a-t-il plus nécessaire & profitable
que de pouvoir convertir en
Argent & en Or les Métaux imparfaits,
par la seule projection
qu'on fait de la poudre divine,
que les vrais & fidèles Enfants
d'Hermès composent suivant l'admirable
artifice qu'ils ont appris
de leur Père & Maître en sa Table
d'Émeraude? & pour ce qui
regarde le second, quel contentement
y a-t-il pareil à celui de la santé,
& de la prolongation de la vie,
sans aucun ressentiment de maladies
& infirmités, ce qui arrive
par l'usage de la susdite Poudre,
à cause qu'en icelle sont concentrées
& fixées toutes les vertus,
influences, & puissances du Ciel
par le moyen de l'Ame Universelle

@

6 Épître
du monde dedans le corps le plus
parfait qui soit en la Nature, savoir
en l'Or Vulgaire incorruptible.
Je ne fais aucun doute, M O N- S E I G N E U R, que vous ne soyez
étonné de ce que je vous offre en
Abrégé toute la Théorie & Pratique
du divin Magistère Philosophique,
attendu que par une juste
permission & punition de Dieu,
ou la Pierre des Philosophes, qu'il
enseigne, est estimée de la plupart
des hommes impossible, ou
bien si elle est crue faisable, tout
le monde pense qu'on n'en peut
arriver à la composition & perfection
pour les grandes difficultés
qui se rencontrent tant à reconnaître
les Matières convenables
& nécessaires, qu'à découvrir
le procédé qu'il faut tenir &
observer aux Opérations & en la
Pratique d'icelle.

@

Épître 7
Mais j'espère, M O N S E I- G N E U R, que je vous relèverai
de ce doute, si je vous dis que chaque
chose a reçu au commencement
du monde la bénédiction
de Dieu pour se multiplier, engendrer
son semblable, & ainsi conserver
son espèce: & que par Expérience
j'ai rendu l'Or Vulgaire
Animé & Végétable, de mort qu'il
semble être aux yeux des ignorants
incrédules, & ce sans addition
d'aucune matière quelle qu'elle
soit, ne m'étant servi que de
la seule Nature, laquelle fait en
se singularisant & déterminant
d'indifférente, commune & universelle
qu'elle était auparavant,
dedans les semences particulières
des Animaux, Végétaux, Minéraux
& Métaux, qu'un chacun
d'iceux peut par génération parfaite
univoque, naturelle & ordinaire

@

8 Épître
se perpétuer & produire
son semblable; & que de plus je
n'ai rien mis en avant en ce petit
Traité Cabalistique, de quoi je
ne puisse vous satisfaire & contenter
amplement tant par Expériences,
que par bonnes raisons
naturelles & irréfragables, qui
la suivent & qui y sont fondées.
Or M O N S E I G N E U R, j'ai été principalement incité à vous
consacrer cet Abrégé de la plus
secrète Philosophie, tant à cause
de votre non pareil & transcendant
Esprit, qui n'est en rien inférieur
à votre naissance, & lequel
est naturellement porté à la
recherche des choses hautes, excellentes
& relevées, & à aimer les
savants & curieux qui avec connaissance
s'y occupent & adonnent;
que pour la bonne volonté
& grande affection que vous
avez
@

Épître 9
avez témoignée & continuez de
montrer à ceux de la Ville de
Saint Dizier, ma chère Patrie, aux
Prières continuelles desquels
j'ajouterai toujours les miennes
pour la prospérité & conservation
de V. A L T E S S E, faisant de mon côté à Dieu des voeux particuliers,
à ce qu'il me fasse la grâce
de vous faire voir un jour par effet
la vérité de la science réelle
dont je traite & de ne vivre que
pour être & mourir,


M O N S E I G N E U R

Votre très humble, très obéissant & très fidèle serviteur. Jean Collesson de S. Dizier.
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10
----------------------------------
S O N N E T.
Au Fidèle Enfant de Doctrine.

P Rends l'Eau que tu ne vois qui naturellement Est jointe à un Feu doux dans la même
Minière: L'Or s'y dévêtira de sa Robe première,
Pour l'Oeuvre commencer d'Hermès heureusement.
Et conservant ton Roi dans son bain
chaudement, Afin qu'aidé de l'Art plus de force il acquière,
Attendras tant qu'il soit tout réduit en
poussière, Et que l'Ame se joigne à son Corps fixement,
En la conjonction de la Terre & de l'Eau,
Tu verras promptement la Tête du Corbeau.
De Saturne Jupin sortira vénérable,
Qui a Latone joint d'une étroite union,
En elle engendrera Diane & Apollon,
Apollon des mortels sur les Dieux adorable.

I. C. D. S. D.
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L'I D É E P A R F A I T E D E L A P H I L O S O P H I E H E R M É T I Q U E, Ou L'Abrégé de la Théorie & Pratique de la Pierre des Phi- losophes.
I
pict A Pierre des Philosophes
introduit naturellement dedans les Métaux imparfaits la forme d'Or Vulgaire avec toutes
ses qualités, accidents, signatures
& propriétés: Et par conséquent
la Pierre des Philosophes
doit avoir en soi la forme d'Or

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12 L'Idée Parfaite de la
Vulgaire, car autrement si elle ne
l'avait, elle ne pourrait actuellement
l'introduire.
II Maintenant de toutes les substances qui sont déterminées dedans
quelqu'une des trois Familles
de Nature, à savoir des Végétaux,
Animaux & Minéraux, il
n'y a que le seul Or Vulgaire qui
ait en soi actuellement la forme
& les qualités, accidents, signatures
& propriétés de l'Or Vulgaire:
Et par conséquent le seul Or
Vulgaire sera le seul & unique
sujet, duquel il faut avoir la forme
d'Or, pour la composition de
la Pierre des Philosophes. Or que
le seul Or Vulgaire ait la forme
d'Or Vulgaire il se prouve aisément
de ce que chaque Composé
Naturel est distinct de tous les
autres Composés Naturels, à cause
qu'il a sa forme particulière,

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Philosophie Hermétique 13
qui est réellement & actuellement
distincte de toutes les autres
formes des divers Composés
Naturels: Partant si l'Or Vulgaire
est distinct de tous les autres
Composés Naturels, ce sera à cause
qu'il a lui seul la forme d'Or
Vulgaire & que les autres Composés
Naturels ne l'ont pas.
III L'Or Vulgaire n'est que simplement parfait par Nature, c'est-
à-dire, n'a qu'autant de perfection
qu'il lui en faut pour être parfait,
sans qu'il en puisse faire part
aux Métaux imparfaits: Et partant
si on veut que l'Or Vulgaire
introduise la forme d'Or Vulgaire
dedans les Métaux imparfaits
pour les parfaire, il est nécessaire
que l'Or Vulgaire soit rendu plus
que parfait: car tandis qu'il n'aura
que sa simple perfection naturelle,
il ne pourra jamais parfaire

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14 L'Idée Parfaite de la
les Métaux imparfaits, ni leur
communiquer la forme d'Or.
IV Maintenant l'Or Vulgaire ne peut être rendu plus que parfait,
si ce n'est avec chose qui soit
plus parfaite, je veux dire plus
subtile, plus active & plus spirituelle
que l'Or Vulgaire, & qui de
plus soit ou puisse être rendue
homogène à l'Or, c'est-à-dire, ait
la forme d'Or éminemment ou
puisse la recevoir par détermination
en se particularisant dedans
l'Or Vulgaire, de la même façon
que nous voyons que la pluie qui
est indéterminée à produire plutôt
une Rose qu'une Tulipe, d'autant
qu'en soi considérée elle ne
contient qu'éminemment, universellement
& indéterminément
les Semences & formes de la Rose
& Tulipe, à raison de l'Esprit Universel
du Monde vraie semence

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Philosophie Hermétique 15
commune & forme générale de
toutes choses, duquel la pluie est
empreinte & engrossée, sans
néanmoins avoir aucune homogénéité
actuelle, particulière &
prochaine avec les semences &
formes de la Rose & Tulipe, que
lors que l'Esprit du Monde qui est
indéterminé dedans la pluie à devenir
Rose ou Tulipe, étant attiré
par les Esprits particuliers de
la Rose & Tulipe (qui sont dérivés
de l'Esprit Général du Monde,
& qui n'ont été déterminés
dedans la Rose & la Tulipe, pour
en être leurs formes & semences,
que par la parole de Dieu en l'origine
des choses) devient & se fait
Rose en la Rose, & Tulipe en la
Tulipe; & ainsi en se particularisant
actuellement devient prochainement
& immédiatement
homogène à la Rose & à la Tulipe

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16 L'Idée Parfaite de la
(& autant en faut-il dire quand
il est déterminé & attiré par les
autres Esprits particuliers des Végétaux,
Animaux, Minéraux &
Métaux) combien qu'avant cette
spécification & détermination
dedans la Rose ou Tulipe, la
pluie n'eut à raison de l'Esprit
Général du Monde qu'éminemment
& universellement, médiatement
& indéterminément les
semences & les formes de la Rose
& de la Tulipe, auquel état véritablement
toute l'homogénéité,
qu'il a aux semences & formes
de la Rose & Tulipe; n'est qu'éloignée,
médiate & universelle,
laquelle devient prochaine, immédiate
& particulière en se spécifiant
& déterminant actuellement
dedans la Rose & Tulipe.
Où en passant il faut remarquer
que l'Esprit Universel du Monde
insépa-
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Philosophie Hermétique 17
inséparablement revêtu d'une
substance humide sans mouiller
les mains, très subtile, grandement
raréfiée, du tout céleste &
quintessencifiée est l'Ame Universelle
du Monde, & la Première Matière
active des Philosophes Hermétiques,
d'où la Rose, la Tulipe, l'Or
Vulgaire & toutes les autres natures
particulières ont eu originairement
leurs semences & avec
icelles leurs formes plus ou moins
actives & parfaites à notre regard,
selon que Dieu voulut faire
paraître plus ou moins en diverses
Espèces & Genres sur le
Théâtre du Monde, les effets admirables
de sa divine Majesté &
puissance infinie.
Or que la chose qui doit rendre l'Or Vulgaire plus que parfait
doive être plus parfaite, plus
subtile, plus spirituelle, & plus

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18 L'Idée Parfaite de la
active que l'Or Vulgaire, & pour
le dire librement & franchement
en un mot, qu'elle doive être la
Première Matière de l'Or & de
toutes choses, qui sont distinctes
réellement de l'Or Vulgaire, avec
laquelle & de laquelle l'Or Vulgaire
doit être nourri, par l'Artifice
Hermétique, à ce qu'il devienne
plus que parfait pour parfaire
les Métaux imparfaits, il se
prouve de ce qu'elle doit dissoudre
l'Or naturellement, l'animer
& vivifier sur-abondamment &
n'être à jamais qu'une même
substance avec lui; & de ce que si
on mêle avec l'Or quelque matière
grossière, corporelle, hétérogène,
imparfaite, ou simplement
parfaite, l'Or pour cela
n'en sera rendu plus parfait, plus
actif & plus propre à la génération,
mais telles matières grossières,

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Philosophie Hermétique 19
corporelles, hétérogènes &
imparfaites ne le dissoudront, &
par leur mélange lui feront perdre
sa simple perfection naturelle
qu'il avait avant le mélange, d'autant
qu'elles sont hétérogènes à
l'Or Vulgaire, avec les principes
duquel partant elles n'auront jamais
aucune commixtion naturelle,
radicale & comme on dit per
minima, à raison de leurs impuretés
hétérogènes à l'Or: & les matières
parfaites simplement (qui
ne peuvent être que d'autre Or)
le laisseront, après la mixtion qu'on
en fera, en la simple perfection naturelle,
qu'il avait avant la mixtion,
sans que l'Or Vulgaire en reçoive
aucune perfection plus grande en
qualité, sans qu'il en devienne plus
spirituel, plus animé, plus actif,
plus intrant & plus propre pour
parfaire les Métaux imparfaits.

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20 L'Idée Parfaite de la
Et de plus que la chose qui doit
rendre l'Or Vulgaire plus que parfait
doive être homogène à l'Or
en acte ou en puissance, immédiatement
ou médiatement, il se montre
de ce qu'elle doit se mêler
naturellement & radicalement avec
les principes de l'Or, & pénétrer
l'Or en toutes ses plus petites
parties, sans qu'aucune séparation
s'en puisse faire après le mélange,
ce qui ne se fera jamais, si cette
chose n'est homogène à l'Or Vulgaire
en acte ou en puissance, immédiatement
ou médiatement,
& de telle nature qu'elle puisse s'unir
inséparablement avec l'Or Vulgaire,
par la nouvelle détermination
& spécification, qui s'en fera
au moyen du subtil Artifice de
l'industrieux Philosophe Hermétique:
car autrement l'Or n'en deviendrait
jamais plus parfait. Et

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Philosophie Hermétique 21
partant pour ce qui est grossier,
corporel, imparfait & hétérogène
à l'Or, ou qui n'est que simplement
parfait, bref qui n'est
la Première Matière de toutes choses &
l'Ame Universelle du Monde, ne peut
donner à l'Or Vulgaire aucune exubérance
de perfection, vu qu'icelle
seule peut dilater & multiplier
les semences de toutes les
natures singulières par sa seule &
nouvelle corporification & détermination
qui s'en fait toujours,
& qu'elle seule peut nourrir l'Or
Vulgaire, le faire végéter, germer,
& l'animer surabondamment, pour
le rendre plus que parfait & propre
à la génération.
V Il est vrai que toutes les substances Végétables, que toutes
les Animales, que toutes les Minérales
& que toutes les Métalliques (qui ne sont actuellement

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22 L'Idée Parfaite de la
Or Vulgaire) sont Hétérogènes
à l'Or Vulgaire: d'autant qu'elles
ne différent de l'Or Vulgaire,
qu'à cause qu'elles n'ont la Nature,
& la forme de l'Or Vulgaire: Et
partant toutes ces substances n'auront
jamais, quelque Artifice &
subtilité qu'on y apporte, aucune
commixion radicale, naturelle
& homogène avec les Principes
de l'Or Vulgaire, d'où jamais elles
ne s'uniront inséparablement
avec l'Or Vulgaire: Et par conséquent,
en étant toujours séparables,
elles ne rendront jamais l'Or
Vulgaire plus que parfait. Et de
plus toutes ces matières & substances
ne sont si parfaites que
l'Or Vulgaire; car l'expérience
fait voir, que le feu & les Agents
communs Naturels les peuvent
corrompre & détruire, lesquels
toutefois n'ont aucun pouvoir

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Philosophie Hermétique 23
sur l'Or Vulgaire. C'est pourquoi
toutes les substances Végétables,
toutes les Animales, toutes les
Minérales & toutes les Métalliques,
ne pourront par aucun artifice,
invention, dépuration, préparation
& subtilité qu'on y apporte,
rendre l'Or Vulgaire plus
que parfait.
VI Pour rendre donc l'Or Vulgaire plus que parfait, à ce
qu'il rende les Métaux imparfaits
parfaits, de nécessité absolue
il faut avoir recours à la Matière
Première & Universelle de toutes
choses, que le Père des vrais Philosophes
Hermès nomme Lune, &
ses Disciples & Enfants Bain de Diane,
Eau Hyléale, Eau Azotique
& Eau Primordiale: & à la Forme
Première & Universelle de toutes choses,
que le même Hermès appelle
Soleil, & ses Disciples & Enfants

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24 L'Idée Parfaite de la
Diane, Nature, Soufre Incombustible
& l'Esprit Général du Monde,
qui selon l'Historiographe sacré
Moïse au Premier de la Genèse,
en l'origine des choses était porté
sur les Eaux de l'Abîme.
VII La Matière Première & Universelle, & la Forme Première
& Universelle de toutes choses
sont réellement une même
substance, & ne se peuvent séparer
actuellement l'une de l'autre:
c'est pourquoi les Philosophes
Hermétiques rejettent & ne tiennent
compte de la Matière Première
des Péripatéticiens, qui selon
leur Auteur, au moins à ce qu'ils
disent, est invisible, sans forme, &
presque rien.
VIII Combien que la Matière Première & Universelle, &
la forme Première & Universelle
de toutes choses ne soient réellement
ment
@

Philosophie Hermétique 25
qu'une même chose & substance
en un seul & même sujet
savoir en l'Eau Hyléale &
Azothique, si est-ce qu'on peut
par raison les séparer, & ainsi on
peut admettre entre ces deux une
distinction formelle ou de raison
donnant à l'Esprit invisible, qui
est l'Interne de l'Eau Hyléale &
Azothique, le nom de forme &
d'Agent, & le nom de Matière
& de Patient à l'Externe de la même
Eau Hyléale & Azothique,
savoir à la substance humide Éthérée
& Quintessenciée, laquelle
par fois & en certains temps se
fait voir aux seuls vrais Enfants
d'Hermès tantôt en Vapeur &
tantôt en Eau. Et de fait, peut-
être que l'on ne s'éloignera pas
de la vérité & doctrine des anciens
Philosophes & des Cabalistes, si
on dit que l'Interne de l'Eau Hyléale

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26 L'Idée Parfaite de la
& Azothique considérée à part
sans l'Externe est l'Esprit Général
du Monde, & la forme Première &
Universelle de toutes choses; & que
l'Externe de la même Eau Hyléale, &
Azothique considérée à part sans
l'Interne est la Matière Première &
Universelle de toutes choses: & que
lors qu'on conçoit l'Interne &
l'Externe ensemble, savoir l'Esprit
revêtu de la pure substance humide
Ethérée & Quintessenciée, les deux
ainsi ensemble sont & font l'Ame Catholique
ou Universelle du Monde, qui
est toute Forme & toute Matière
considérée intérieurement ou extérieurement,
& laquelle partant
nourrit toutes choses, en suite
de quoi elle cause toutes les générations,
transplantations & multiplications
de tous les individus
des diverses Espèces & Genres
qui sont aux trois familles de Nature

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Philosophie Hermétique 27
par la détermination, spécification,
& corporification qui se
fait d'icelle Ame Générale du Monde
dedans les semences des différents
individus des dites trois Familles,
un chacun d'iceux attirant
à soi perpétuellement & corporifiant
en soi spirituellement la susdite
Ame Générale du Monde, pour
l'extension & multiplication de
semence.
IX L'Ame du Monde est en tous les individus des diverses Familles
de Nature, puisque toutes
les Formes diverses & matérielles
des dits différents individus
sont dérivées originairement de
l'Ame Universelle du Monde, & à
laquelle partant elles demeureront
réunies après la destruction
& conflagration du Monde. Toutefois
on ne peut séparer par aucun
artifice de la Chimie commune

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28 L'Idée Parfaite de la
l'Ame du Monde d'aucun sujet
déterminé, visible & particulier
quel qu'il soit, pour la plus
grande perfection de l'Or Vulgaire:
mais ce qu'on en extraira sera
toujours particularité retenant
la Nature, accidents, conditions
& propriétés du composé Naturel
particulier, duquel il a été extrait:
Et partant tout ce qu'on
en séparera sera toujours Hétérogène
à l'Or Vulgaire, & trop
impur & imparfait pour la Matière
de la pierre des Philosophes.
X L'Ame du Monde en sa Génération & Universalité, n'ayant jamais
encore été spécifiée & déterminée
en aucun sujet particulier
& visible, est la Matière de la
Pierre des Philosophes, comme l'Or Vulgaire
qui la détermine & spécifie par sa
vertu aimantine & sympathique en est
la Forme. L'Ame du Monde est le

@

Philosophie Hermétique 29
Mercure & le dissolvant des Philosophes,
avec lequel l'Or Vulgaire
doit être naturellement & sans
violence dissout. Et de la conjonction
fixe de ces deux résulte &
naît la vraie Salamandre philosophique,
& le cher Enfant du Soleil,
lequel étant tout feu consomme
en un instant toutes les impuretés
des Métaux imparfaits sur lesquels
il est projeté, décuisant au
même temps la substance Mercurielle
qui est dedans les dits
Métaux imparfaits en Argent
ou en Or, selon le degré de perfection,
auquel la Divine Pierre
des Philosophes a été menée
pour l'un ou l'autre effet.
XI La Pratique de l'Oeuvre Hermétique consiste en deux Opérations,
après qu'on a dépuré
aux préparations l'Or Vulgaire
de toutes matières hétérogènes

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30 L'Idée Parfaite de la
& qu'on l'a rendu subtil & atténué
pour être plus susceptible de l'Esprit
vivifique de l'Ame Catholique du
Monde.
XII Frère Basile Valentin Religieux de l'Ordre de saint Benoît
enseigne que pour les Préparations
qu'il faut apporter à l'Or
avant que commencer l'Oeuvre
Philosophique, il faut le passer
trois fois par l'Antimoine, après
que les affineurs l'ont dépuré autant
qu'ils ont pu par la Coupelle
& l'inquart.
Que la couronne du Roi, dit ce grand Philosophe, soit d'Or très
pur, & que l'on lui joigne sa chaste Épouse.
Si donc tu veux opérer en
nos matières, Prends un Loup affamé &
ravissant, sujet, à cause de l'étymologie
de son nom, au guerrier Mars, mais
de race tenant de Saturne comme étant
son fils. L'on le trouve dans les vallées

@

Philosophie Hermétique 31
& montagnes toujours mourant de
faim. Jette-lui le corps du Roi, afin qu'il
s'en soûle; après qu'il l'aura mangé
jette-le dedans un grand feu pour y être
du tout consommé, & le Roi sera
délivré. Après que tu auras fait cela
trois fois, le Lyon aura du tout surmonté
le Loup, & le Loup ne pourra plus
rien consommer du Roi, & notre Matière
sera préparée & prête à commencer
l'Oeuvre. Et apprends que ce n'est que
par ce chemin-là que l'on peut opérer nos
Matières pures, car l'on lave & purge
le Lyon du sang du Loup, & la Nature
du Lyon se délecte merveilleusement
en la teinture du Loup, pour ce qu'il y a
une grande affinité & comme parentage*
entre le sang de l'un & de l'autre.
Quand donc le Lyon se sera soûlé,
& son Esprit fortifié, ses yeux reluiront
& éclaireront comme le Soleil, & sera sa
force intérieure bien grande, & de grand profit
& utilité à tout ce que tu voudras.

@

32 L'Idée Parfaite de la
XIII En la Première Opération de la Pierre des Philosophes
on ne tend qu'à nourrir & à animer
l'Or Vulgaire de l'Ame Universelle
du Monde, à ce qu'il devienne
plus que parfait; pour ôter la
lèpre des Métaux imparfaits,
pour entretenir l'homme en santé
& lui prolonger ses jours au-
delà du terme ordinaire de la vie
commune & le guérir indifféremment
de toutes les maladies, auxquelles
il peut tomber.
Or jamais l'Or Vulgaire n'est nourri, empreint, animé & vivifié
de l'Ame Générale du Monde,
qu'il ne soit rendu de mort vif,
qu'il ne végète visiblement, que la
queue du Paon ne paraisse, non
pas en la Matière, mais au tour du
vaisseau, représentant toutes les
Couleurs qu'on saurait s'imaginer,
entre lesquelles la verte prédomine
domine
@

Philosophie Hermétique 33
aux autres, & après icelle
une rouge & pourprée. Et cette
première Opération s'achève après
l'animation, calcination & dissolution
de l'Or Vulgaire dedans
l'Eau Philosophique, qui n'est autre
chose que l'Ame Générale du Monde
par la séparation des Éléments,
savoir du feu de la terre, du subtil
de l'épais, du volatil de son
fixe, & de l'Ame pure & blanche
de son corps impur & noir, qui
demeure tout discontinué en poudre
très fixe sans pouvoir aucunement
se fondre.
Frère Basile Valentin parle en cette sorte de la Première Opération
de l'Oeuvre Hermétique au
Premier livre de ses douze Clefs
de Philosophie. Prends, dit-il, de
bon Or, mets-le en pièces, & le dissout
comme enseigne la Nature aux Amateurs
de science, & le réduit en ses

@

34 L'Idée Parfaite de la
premiers principes, comme le Médecin
a de coutume de faire dissection d'un
corps humain pour connaître ses parties
intérieures, & tu trouveras une semence
qui est le commencement, le milieu
& la fin de l'Oeuvre, de laquelle
notre Or & sa femme sont produits,
savoir est un subtil & pénétrant Esprit,
une Ame délicate, nette & pure,
& un sel & baume des Astres, lesquels
étant unis ne sont qu'une liqueur
& Eau Mercurielle.
Et plus bas le même Philosophe traite derechef de la Première
Opération Philosophique
en ces termes, par lesquels il donne
assez de lumière au moins
clairvoyant pour se conduire en
cette Première Opération; Éveille-
toi, dit-il, Peuple Mortel, & regarde
la lumière, de peur que les ténèbres &
obscurités ne te trompent. Les Dieux du
bonheur, & les grands Dieux m'ont révélé

@

Philosophie Hermétique 35
ceci en un profond sommeil. Ô
qu'heureux est celui qui connaît les
Dieux, & les merveilles qu'ils opèrent,
& qui a les yeux éclairés pour voir la
lumière qui lui était cachée auparavant.
Il s'est levé par la bonté des Dieux deux
Étoiles aux hommes, pour chercher la
vraie & profonde Sagesse: regarde-les,
ô Mortel, & marche à leur clarté, pour
ce que l'on y trouve la Sagesse. Le Phénix
Oiseau Méridional vite & léger
arrache le coeur du corps d'un grand Animal
d'Orient: baille des ailes à l'Animal
d'Orient, afin qu'ils soient semblables,
car il faut que l'on ôte à la Bête
Orientale sa peau de Lyon, & que derechef
ses ailes disparaissent & qu'il entre
ensemble dans la grande Mer salée
Océane, & qu'il en sorte derechef avec
beauté; alors jette tes Esprits remuants dans une profonde fontaine, où l'Eau ne
tarisse jamais, afin qu'ils soient rendus
semblables à leur Mère qui y est cachée,

@

36 L'Idée Parfaite de la
& laquelle a pris sa naissance de trois.
XIV En la Seconde Opération du Magistère Hermétique, par
laquelle il semble selon la plupart
des Auteurs que l'Oeuvre des
Philosophes commence (car ils
ne parlent que fort peu, & encore
très obscurément de la première,
sans laquelle toutefois on
ne peut rien faire en cette science
Transmutatoire) le Sage & industrieux
Philosophe fixe l'Ame Générale
du Monde dedans l'Or Vulgaire,
converti le feu en terre, le
subtil en épais, le volatil en fixe,
& rend l'Ame pure & blanche à
son corps immobile, grossier &
terrestre. Et si l'Artiste a eu besoin
de patience au Premier labeur,
il ne faut pas que la même
lui manque en ce Second, car la
Putréfaction, qu'ils nomment
Teste de Corbeau, lui durera sept,

@

Philosophie Hermétique 37
neuf ou dix mois, après lesquels
il jouira premièrement des faveurs
de la Reine blanche, & en
suite de celles de son Roi vermeil
& sanguin, pourvu qu'il sache
la juste administration du feu.
Frère Basile Valentin montre au premier livre de ses douze Clefs
de Philosophie, ce que le Philosophe
doit faire en cette Seconde
Opération, quand il dit, Qu'il faut
tellement rectifier le Mercure, le Soufre
& le sel Philosophiques, que l'Ame
l'Esprit & le Corps soient si bien unis,
qu'ils ne se puissent jamais quitter, qu'alors
sera fait le vrai lien d'Amour, &
que la maison de gloire & d'honneur sera
bâtie, & que ceci n'est rien autre
chose que l'Eau sèche conjointe à une
Substance terrestre, qu'il faut faire
(savoir en la Première Opération)
à la terre de grandes ailes & la rencogner
& presser tellement qu'elle monte

@

38 L'Idée Parfaite de la
en haut & vole par-dessus toutes les
Montagnes, jusques au Firmament, &
qu'alors (pour la Seconde Opération)
il faut couper à la terre les ailes à force
de feu, afin qu'elle tombe dans la mer
rouge, & s'y noie, puisqu'il faut faire
calmer la mer, & dessécher ses Eaux par
feu & par air afin que la terre renaisse.
XV Or sans recommencer de nouveau un ouvrage si ennuyeux,
le Philosophe multipliera son Oeuvre,
quand il est parvenu à la blancheur
ou rougeur, tant en quantité
qu'en qualité jusques à l'infini,
s'il le dissout & fixe avec nouvelle
Eau Philosophique, gardant le même
procédé qu'il a tenu auparavant.
Où il remarquera qu'à chaque
Multiplication la divine Pierre
Blanche ou Rouge acquerra dix
fois autant de vertu qu'elle avait
avant qu'elle fût multipliée: de
manière que si à la première fois

@

Philosophie Hermétique 39
un poids d'icelle en convertissait
cent de Métal imparfait en Argent
ou en Or, la seconde fois il
en convertira mille, la troisième
dix mille, la quatrième cent mille, &
ainsi à l'infini, d'autant qu'à chaque
Multiplication il y a eu addition
d'autant de nouvelle Matière
Philosophique, savoir de l'Ame
Générale du Monde, qu'il en a fallu
pour augmenter la Poudre en vertu
de dix fois autant qu'elle pouvait
avant la multiplication.
XVI Pour la perfection & accomplissement du grand Oeuvre
des Philosophes après les Multiplications,
il ne faut omettre la
Fermentation, qu'on nomme ordinairement
l'Oeuvre de trois jours
à telle fin que la Divine Pierre ait
plus facilement ingrès dedans les
Métaux imparfaits: car autrement
à cause de sa grande spiritualité

@

40 L'Idée Parfaite de la
& subtilité elle surnagerait
toujours le Métal imparfait sur
lequel on la projetterait. C'est
pourquoi on fermente l'Oeuvre
au Blanc avec l'Argent Vulgaire,
& l'Oeuvre au Rouge avec l'Or
Vulgaire: le Blanc en deux jours,
le Rouge en trois; au premier
desquels les matières sont noires,
au second blanches, ou les Esprits
avec grand bruit s'unissent fixement
aux Corps: & au troisième
elles deviennent Rouges & Sanguines;
après quoi il ne reste plus
que de faire projection de la Divine
Pierre des Philosophes sur les
Métaux imparfaits pour les convertir
en Argent ou en Or, selon
la Teinture de la Médecine.
XVII Il appert de ce que dessus que la Pierre des Philosophes se compose
de deux substances & parties,
l'une desquelles est matérielle &
détermi-
@

Philosophie Hermétique 41
déterminable, savoir l'Ame Générale
du Monde: & l'autre est formelle
& déterminante, savoir
l'Or Vulgaire. D'où on connaît
que ceux qui ont défini la Pierre,
par l'Esprit Universel du Monde,
qui par l'entremise du Ciel a été
corporifié au ventre pur & virginal
de la Terre Adamique, ont
eu égard à la Matière de la Pierre,
attendu que par l'Esprit ils ont
entendu l'Interne de l'Ame Générale
du Monde; & par le Ciel l'Externe
de la même Ame du Monde &
la pure Substance Éthérée & Aérienne:
& que ceux qui l'ont définie
par l'Or exalté à un suprême
degré de perfection, par digestions
Philosophiques, ont voulu
la déclarer par sa forme, voulant
que l'exubérance de perfection,
qui arrive à l'Or Vulgaire, vienne
de la corporification, détermination

@

42 L'Idée Parfaite de la
& particularisation de l'Ame
Générale du Monde dedans l'Or
Vulgaire préparé & atténué, comme
de la Matière Première & Universelle
dedans le sujet particulier
& formel, qui doit communiquer
sa forme, par l'extension &
multiplication, qui arrive de sa semence,
par la nouvelle corporification,
qui s'y fait de l'Ame Générale
du Monde.
XVIII De ce petit Abrégé Cabalistique, il est aisé d'entendre,
que la Philosophie Hermétique
n'est autre chose, que la Connaissance
de l'Ame Générale du Monde
déterminable en sa Généralité &
Universalité dedans l'Or Vulgaire,
pour en composer une Médecine
Universelle & Panacée, qu'on
nomme Vulgairement Pierre Philosophale.
Je dis dedans l'Or Vulgaire,
d'autant que d'icelui seul,

@

Philosophie Hermétique 43
& de l'Ame Générale du Monde, on
en compose les deux Pierres des
Philosophes, savoir la blanche &
la Rouge, combien que je ne nie
pas, que de l'Argent Vulgaire &
de la même Ame Générale du Monde,
on en puisse faire une Pierre
blanche, pour convertir en Argent
les inférieurs Métaux imparfaits.
XIX Pour Récapitulation de toute la Théorie & Pratique de
la Pierre précieuse des anciens
Philosophes, je dis que toute la
Sapience Hermétique ne gît
qu'à Dissoudre & à Congeler &
que l'Argent Vulgaire & l'Or Vulgaire
purifiés & atténués, sont les
Corps qu'il faut dissoudre, savoir
l'Argent pour l'Oeuvre au
Blanc, & l'Or pour l'Oeuvre au
Rouge (si quand on travaille sur
l'Or, on ne se contente de l'Opération,
quand les Matières sont Blanches,

@

44 L'Idée Parfaite de la
sans se soucier de les faire
rougir; auquel cas il faudrait
multiplier & fermenter les dites
Matières Blanches avec l'Ame Générale
du Monde & l'Argent Vulgaire:
Et que pour ce qui est de la
Substance, qui dissout naturellement
& Philosophiquement l'Argent
& l'Or Vulgaires, il ne faut
s'imaginer qu'il y en ait d'autre,
que l'Ame Générale du Monde, qui
par les Aimants & moyens Philosophiques,
se tire & attire des
Corps Supérieurs & principalement
des Rayons du Soleil & de
la Lune.
D'où on connaît que ceux-là n'ont la connaissance du Mercure
ou Menstrue des Philosophes,
qui pensent dissoudre naturellement
& Philosophiquement les
Métaux parfaits avec des dissolvants
particuliers tirés de l'Antimoine,

@

Philosophie Hermétique 45
du Saturne, Vitriol, Salpêtre,
du Sang humain, de l'Esprit
de Vin, du Miel, ou du Vinaigre,
ou de quelque autre matière quelle
qu'elle soit, Animale, Végétable,
Minérale, ou Métallique,
comme ainsi soit que toutes ces
matières-là & toutes les Substances,
qu'on en pourra jamais préparer
& extraire, n'auront aucune
Homogénéité & Conformité de
Nature avec les Corps parfaits
Métalliques, d'où elles ne pourront
s'unir inséparablement avec
iceux, & d'où ensuite elles ne
leur donneront jamais aucune exubérance
de perfection: ce qui
est néanmoins absolument nécessaire,
à telle fin qu'ils soient &
deviennent la Pierre des Philosophes.
Or comme au commencement de l'Oeuvre Philosophique, pour la

@

46 L'Idée Parfaite de la
Première Opération, on n'a principalement
qu'à dissoudre, c'est-à-
dire, qu'à spiritualiser & volatiliser
l'Or & l'Argent Vulgaires par l'Ame
Générale du Monde, qui en discontinuant
toutes leurs plus petites
parties, s'unit à icelles avec Homogénéité
& inséparablement, à
cause que leur semence en est venue;
de la même façon que l'Eau
chaude agissant sur la glace, la rend
Eau & s'unit inséparablement à
icelle avec Homogénéité, d'autant
que la glace a eu son Être de l'Eau;
aussi pour la Seconde Opération
de la susdite Pierre des Philosophes,
tout le but des Sages n'est
que de Coaguler & Congeler l'Or
& l'Argent Vulgaires ainsi dissout:
ou pour mieux dire, leur intention
ne tend qu'à coaguler &
congeler fixement l'Ame Générale
du Monde dedans l'Or ou l'Argent,

@

Philosophie Hermétique 47
puisque d'ailleurs ces Corps parfaits
Métalliques sont assez coagulés
& congelés de leur Nature;
& que comme la Dissolution n'est
qu'à raison des Corps, la Congélation
aussi n'est & ne peut être qu'à
l'égard des Esprits, & Substances
spirituelles, telle qu'est la susdite
Ame Générale du Monde: après laquelle
Congélation, il n'est nécessaire,
pour la perfection de la divine
Pierre des Philosophes, que de
multiplier & fermenter l'Oeuvre
au Blanc avec l'Ame Générale du
Monde, & l'Argent vulgaire;
comme l'Oeuvre au Rouge avec
la même Ame Générale du Monde
& l'Or Vulgaire.
XX La Nature & l'ordre que Dieu a établi au Monde, l'Expérience,
la Raison & les Livres des
Philosophes Hermétiques bien &
sainement entendus, ne veulent

@

48 L'Idée Parfaite de la
& ne peuvent permettre qu'on
parle autrement de la Théorie &
Pratique de la Pierre des Philosophes.
Et partant il faut tenir
pour peu savants en la Nature,
& encore moins versés en la Philosophie
Hermétique, ceux qui en
traitent autrement qui prennent
d'autres Matières, qui suivent
d'autres procédés, & qui pensent
que par autre Chemin, que celui
que j'ai enseigné en cet Abrégé
Cabalistique, on puisse parvenir
à la fin de cette tant noble
Science, & à la composition de la
très précieuse Pierre des Philosophes.
Toutefois il ne faut tenir
les anciens Philosophes ignorants,
qui en ont écrit autrement, je
veux dire obscurément, sous paraboles
& énigmes; ni méchants
de ce qu'ils ont enseigné quantité
de Matières & d'Opérations fausses
ses
@

Philosophie Hermétique 49
inutiles & impertinentes, vu
qu'ils n'ont fait cela, que pour empêcher
que les Méchants & indignes
n'en arrivassent à la connaissance,
sachant fort bien que cette
science étant après celle de
Dieu, la Première de toutes les autres,
& le plus grand bien que la
Divine Bonté ait communiqué
aux hommes; les gens de bien
qui la rechercheraient avec bonne
intention, par la grâce de Dieu;
ne la concevraient que trop en
leurs Écrits, sur tout si en suivant
leurs conseils, ils jetaient toujours
les yeux sur la Nature, pour
reconnaître comment elle se
gouverne en ses Générations, de
quelle matière elle se sert, quel
ordre & quel procédé elle y observe
perpétuellement de ma même
façon.
Au reste tout ce que j'ai déclaré
@

50 L'Idée Parfaite de la
ci-dessus, appartient au Grand Oeuvre
des Philosophes, auquel fort
peu parviennent, à faute de science &
de patience, qui est requise pour
en attendre la fin, comme ainsi
soit qu'il ne se puisse faire qu'en
fort long temps.
Mais il y a des Oeuvres réels Particuliers & de très grand profit
en la science Transmutatoire, qui
sont comme des branches & dépendances
du Grand Oeuvre Philosophique,
pour la composition
desquels, il ne faut tant de temps,
qu'il est requis, pour achever le
Magistère Hermétique; combien
qu'ils ne se puissent accomplir sans
la connaissance de l'Artifice, avec
lequel il faut attirer & déterminer
l'Ame Générale du Monde dedans
l'Argent & l'Or Vulgaires, & du
moyen de dépurer par & avec la
même Ame Générale du Monde l'humide

@

Philosophie Hermétique 51
radicale des Métaux, je veux
dire le Mercure Vulgaire, de sa
double lèpre qu'il a contractée aux
Minières des Matrices Aqueuse
& Terrestre. Et à telle fin que ceux
qui jusques ici ont peu avancé
en cette étude de Philosophie, commençassent
à en recevoir quelques
commodités, pour les encourager
davantage à aspirer à la Pratique
de la divine Pierre, j'ai pris résolution
d'enseigner brièvement deux
Secrets Particuliers très véritables
& de peu de frais, & de grand profit,
à la faveur desquels ils pourront
joyeusement & avec patience,
attendre le temps du long &
ennuyeux travail du grand Oeuvre
des Philosophes.
Le Premier Secret se fait & compose d'une partie d'Or Vulgaire
Vif c'est-à-dire, qui n'a encore
été fondu, ou qui est empreint

@

52 L'Idée Parfaite de la
de l'Ame Générale du Monde, & de
dix parties de Mercure Vulgaire
engrossé de l'Ame Universelle du Monde,
avec laquelle, & par laquelle il
a été délivré d'un phlegme hétérogène
à sa nature, qui le rendait
hydropique, & d'une terre noire
excrémenteuse qui n'était de
composition naturelle, & qui empêchait
qu'il ne se mêlât inséparablement
avec l'Or. Ces Matières
étant ainsi préparées, il faut les
amalgamer ensemble, selon l'Art,
les sigiller Hermétiquement dans
un vaisseau de verre, & leur donner
trois mois entiers un feu de Putréfaction,
après lesquels on les entretiendra
six autres mois au même
degré de feu au commencement,
augmentant après par degrés
selon l'Art, à telle fin que par
fréquentes & réitérées sublimations
& descensions, les Matières

@

Philosophie Hermétique 53
se purifient, blanchissent & rougissent,
pour avoir le Soufre requis
à cet Oeuvre. Lors il faudra
prendre une partie de ce soufre,
deux parties d'Or Vif, & quatre
parties de Mercure préparé & animé
comme dit est, & donner le
feu par degrés trois autres mois,
pour achever l'Opération, & avoir
la Médecine parfaite. Laquelle
on multipliera à l'infini, en
prenant & décuisant une partie
d'icelle Médecine, avec deux parties
d'Or Vif, & quatre parties de
Mercure préparé & animé comme
dit est. Quoi fait, il ne restera
plus que de faire projection de
cette excellente Médecine sur le
Mercure Vulgaire ou sur quelque
Métal imparfait pour le convertir
en Or. Que si on voulait
avoir une Médecine, qui convertît
en Argent les Métaux imparfaits,

@

54 L'Idée Parfaite de la
il faudrait au lieu d'Or Vif
prendre de l'Argent Vif & garder
les mêmes poids & procédé que
dessus.
Le second Secret, est pour montrer l'affinité qu'il y a du Mercure
préparé & animé comme dit est,
avec l'Or Vif ou l'Argent Vif: car
l'on prend un gros de ce Mercure
préparé & animé, & si après on
le mêle avec un autre gros d'Or
Vif ou d'Argent Vif, il ne faut faire
autre chose que les décuire Philosophiquement,
& rajouter à neuf
diverses fois neuf autres gros de
Mercure préparé & animé, comme
dit est, décuisant les Matières
chaque fois, tant qu'elles soient
fixes, & ainsi on verra qu'une partie
d'Or Vif aura converti en Or
dix parties de Mercure préparé &
animé, & qu'autant en aura fait
une partie d'Argent Vif sur dix parties

@

Philosophie Hermétique 55
de Mercure préparé & animé
comme dessus de l'Ame Générale du
Monde.

pict

@

S O N N E T. Du Mercure des Philosophes.
E Ntre tous mes Enfants Celle qui m'est Unique l'engrosse bien qu'Esprit d'un Céleste Baiser Elle chaste qui veut son Amour apaiser,
Par mes Embrassements devient Mère Pudique.
Mère, Enfant, sexe nul, de Nature Angélique, Esprit & Corps ensemble, Esprit prompt à voler,
Et Corps grave qui tend à toujours dévaler:
Deux Contraires en Un, Guerriers, Pacifiques.
Ayant donc senti le Miel, qui de mon Sein, Découle dedans Elle: Elle n'a plus dessein
Pour son contentement d'autres Mets, d'autre Chose.
Fort que de s'échauffer par Art légèrement, Pour se rendre plus prompte à cet Embrassement,
Qui la fait Corps, Esprit, Mère, Enfant, Fille, Épouse.
P. P. P.
-------------------------------------

S O N N E T. Du Sel des Philosophes. E au Sèche Humide Feu d'Androgyne Nature, Pur Esprit & vrai Corps, Amphibie parfait, Cher Enfant de mon Père il est par moi défait:
Et moi du mien je suis la plus chère Pâture.
Que dis-je Père, Enfant? d'aucune Créature Je ne suis ni l'Enfant, ni le Père de fait:
Bien d'Un Père & d'Un Fils procédais-je en effet:
Dualiste fait Un, Géniteur, Géniture.
La Nature sans Art ne me peut concevoir: Ni Lui sans Elle aussi ne me saurait avoir.
De ces Deux assemblés mon Être se rassemble,
Puissant Hermaphrodite aussi de vrai je suis, Tout Sexe & Sexe Nul: Car dire je ne puis,
Tout Feu, toute Eau, tout Air & toute terre ensemble.
P. P. P.
@

S O N N E T. Du Soufre des Philosophes.
T Erre prise de l'Air, & Feu tiré de l'Onde, Le Feu me fait pesant, l'Onde Atome léger, Animé par ma Mort sans d'un lieu me bouger,
Dans le Feu, l'Air & l'Eau j'ai circuit tout le Monde.
En Moi Seul est aussi la Quadrature Ronde, Le Feu y étant Eau, l'Eau Terre & la Terre Air,
Et de plus haut & bas de ce qu'on peut parler
De Parfait en ce Tout, Tout en Moi Seul abonde,
Aussi serais-je au Feu mille ans sans avoir soif. Et tout autant à l'Eau sans sentir aucun froid,
Eau Pure du Soleil et Vrai Feu de la Lune.
C'est pourquoi quand on m'a l'on peut dire en tout temps.
Avoir un Riche Automne, avoir un Beau Printemps.
Et bref avoir à soi Toutes Choses en Une.
P. P. P.
----------------------------------

S O N N E T. De l'Oeuvre Parfait.
E Au Feu, non Eau ni Feu, j'ai surmonté les flammes, J'ai desséché les Eaux j'ai la Terre dompté, J'ai traversé les Airs, & sublime ai monté
Dans l'étage du Feu Domicile des Ames.
Je vogue dans la Mer des riches oriflammes, J'arbore mes vaisseaux de double majesté,
De Roi de la Richesse, de Roi de la Santé,
Heureux qui peut tirer la moindre de mes Rames.
De Dieu seul Tout-Puissant je relève en plein sus, Les Puissances de Feu, de l'Eau, l'Air & la Terre,
Aussi Roi de ce Tout, j'enrichi de ce Tout Tous les Individus de l'un à l'autre bout,
Seul ayant les Trésors, qu'un chacun veut acquerre.
P. P. P.
@

pict

Q U A T R A I N.
Sur la Vraie Matière de la Pierre
des Philosophes.
D Eux Mercures tirés d'une même Racine, L'Un Cuit, & l'Autre Cru; l'Un du tout Imparfait, Mais bien plus Excellent; & l'Autre tout Parfait,
Mais Moindre de beaucoup, parfont la Médecine.
P. P. P.


OBSERVATIONS
@

O B S E R V A T I O N S
POVR L'INTELLIGENCE des Principes & Fondements de la Nature, & de la Philosophie Hermetique.
Auec une
M E D I T A T I O N sur les Mysteres de la Sapience
Diuine & Humaine.
Par M. I. Collesson, Doyen de Maigné.
pict
A P A R I S, Chez Herué du Mesnil, ruë S. Iacques,
à la Samaritaine, M. D C. X X X I.
Avec Privilege du Roy.
@
@

pict

A MONSEIGNEUR M O N S E I G N E U R
L'ÉMINENTISSIME CARDINAL DE LA ROCHE- FOUCAULT, GRAND AUMÔNIER de France.
pict ONSEIGNEUR,

Je crois faire chose agréable à Dieu, honorable à l'Église, & utile au Public, que de faire voir
le jour à ces Observations Philosophiques,
sous la splendeur de Votre Très
illustre Nom. Dieu qui n'a créé l'homme
que pour lui communiquer sa Gloire,
après qu'il aurait été adoré & reconnu
de lui comme il convient, désire
au coeur de l'homme une grande pureté,

@

Épître
en ses actions une sainteté, & justice
selon ses divins commandements.
Mais l'homme est si misérable, qu'à peine
songe-t-il à s'acquitter de son devoir, s'il
n'y est poussé par les exemples des Lumières
de l'Église: & lorsqu'il en connaît
les Prélats vivre une Vie conforme
à ce qu'ils sont, il a coutume de
se régler à leur modèle. J'allumerais,
M O N S E I G N E U R, un flambeau
en plein midi, si je publiais Votre Vertu,
puisqu'elle est si exemplaire & reconnue
de tout le Monde, que lors
qu'on parle de vous, on n'en dit autre
chose, sinon que vous vivez en Terre
aussi Saintement, que les Bienheureux
font au Ciel; & que vous êtes en quelque
façon plus heureux qu'ils ne sont
pas, en ce que vous ajoutez tous les
jours, & à tous moments à Votre Félicité,
des degrés d'une Gloire surabondante,
que vous méritent les grandissimes
Charités & Libéralités, que

@

Épître
vous exercez envers toutes sortes de
souffreteux, qui pâtissent sous les misères
d'une affreuse mendicité; ne Vous
contentant pas seulement d'assister ceux
qui aux yeux du Monde apparaissent
& sont tels; mais ayant des Personnes
Pieuses, qui ont charge de savoir secrètement
les vrais Pauvres, que la honte
retient de produire publiquement l'état
pitoyable de leur pauvreté. Paris
sait, M O N S E I G N E U R, comme il
a vu autrefois l'Église de sa Sainte
Patronne; & ne sait aujourd'hui s'il
vous en doit donner le Titre de Fondateur.
Celui qui est à Sainte Geneviève
cherche l'Église de Sainte Geneviève
au milieu de l'Église de Sainte
Geneviève. La Vie Religieuse qui est
maintenant par votre moyen si étroitement
observée en cette tant célèbre
Abbaye, provoque tous ceux qui le visitent
à se convertir à Dieu. La Supériorité
Abbatiale, qui sera ci-après élective

@

Épître
entre les Religieux, avertit non de parole,
mais d'effet, ceux qui jouissent
de pareille dignité, de ce qu'ils doivent
faire, pour opérer leur Salut avec assurance
en leur charge. Personne ne peut
avoir l'honneur de Votre Vue, qu'il
ne reconnaisse en Votre Visage le Portrait
de la Sainteté représenté au vif
& au naturel. Personne ne sait Vos
Exercices de Dévotion, qu'il ne soit contraint
d'avouer, que vous êtes le
Vrai Miroir de Piété. Personne ne
vous connaît, qu'il n'estime que vous
êtes quelque chose plus que n'est l'homme,
& que vous êtes un Esprit Bienheureux,
qui revêtu du corps d'un
homme apprend aux hommes à vivre
la Vie des Saints. Le Fils de Dieu a
voulu autrefois prendre la Nature de
l'homme, pour racheter & sauver
l'homme, qui s'était perdu & livré à la
mort par son péché: & Dieu a voulu
qu'en notre Siècle corrompu & plein

@

Épître
de vices, de misères & de pauvretés,
vous prissiez naissance, pour enseigner
aux hommes à renoncer aux vices, à
embrasser la vertu, & à faire des fruits
dignes de pénitence, pour participer aux
fruits de la Passion de Jésus Christ.
Vous enseignez, M O N S E I G N E U R,
cette Doctrine non seulement de Vive
Voix, mais aussi par toutes les Actions
vertueuses que vous faites, lesquelles
comme vous le commencez en Dieu &
pour Dieu, aussi vous les achevez en
Dieu, pour la gloire de Dieu, & pour
l'instruction des hommes. Plût à Dieu
que sa Sainte Église fût éclatante
de quantité de tels Docteurs! Plût à
Dieu qu'elle fût brillante de beaucoup
de telles Lumières! Plût à Dieu qu'en
vous & sur vous, ceux qui la gouvernent
se réglassent, pour se conformer à
la Vie de votre Maître & du leur!
& à telle fin que les Peuples qui leur
sont soumis, eussent toujours devant

@

Épître
les yeux, quelques Exemples de vertu
& de Sainteté à imiter: mais plût
à Dieu, M O N S E I G N E U R, que
vous dussiez si long temps enseigner,
comme vous faites, que tout le Monde
fût par vous converti à Dieu, &
qu'ayant ouvert le Ciel à tous les hommes,
ils allassent devant vous jouir de
la Gloire, qui leur est préparée, si tant
est qu'ils vous imitent; & que vous
fussiez le dernier, qui fissiez le nombre
des Bienheureux, en la Mansion sublime
& élevée, qui vous est due au-dessus
de celle de tous les autres hommes.
Lors seulement M O N S E I G N E U R,
je vous souhaiterais le Paradis, car ne
pouvant plus profiter aux hommes,
vous devriez aller jouir avec les hommes,
de la Béatitude Éternelle, qui est
pour vous, & pour les hommes qui
Vous imiteront & vivront comme
Vous. Lors seulement voudrais-je que
vous augmentassiez la gloire des Anges

@

Épître
& des Ames Fortunées, quand il
n'y aurait plus personne, qui peut tomber
dans les pièges de l'Ennemi juré du
Genre humain. Si cette prière, M O N-
S E I G N E U R, que je fais à Dieu pour
Vous, semble être en quelque façon à
aucun non recevable, ni faisable; toutefois
elle est juste, & serait il a souhaiter,
qu'elle fût impétrable. Que si le
secret Éternel est que le Monde dure
encore plusieurs siècles, qu'il lui plaise,
pour la gloire de son Saint Nom: pour
la splendeur de son Église, pour la
conversion des pécheurs, & pour la consolation
des pauvres affligés, de vous
prolonger la Vie, autant qu'il a fait
aux Saints Patriarches de l'ancien
Testament, par l'usage du Baume des
Astres, qu'ils attiraient, recevaient &
unissaient avec le Corps le plus Parfait,
que le Ciel eût engendré au Centre
de la Terre. Je vous découvre
M O N S E I G N E U R, clairement le

@

Épître
Sujet & la Matière de cette Excellente
Médecine, & vous déclare tout ce
qui se passe en son Opération: à ce que
contribuant pour la conservation de
Votre Santé tout ce qui est en moi, je
puisse être participant de quelque échantillon
de la Gloire, que vous vous
acquerrez à tout les instants, que vous
respirez, & mérite le titre de me dire,


M O N S E I G N E U R,



Votre très humble, très obéissant & très affectionné serviteur, Jean COLLESSON.
@

pict

O B S E R V A T I O N S pour l'intelligence des Principes & Fondements de la Nature, & de la Philosophie Hermétique.
pict L y a deux
voies assurées par lesquelles on peut arriver à la connaissance des Principes des choses: la première
est celle de la Composition,
& l'autre celle de la Résolution. Il
n'y a point de doute que l'une & l'autre
ne soit certaine, attendu que
par la Composition on sait d'une
connaissance antécédente les parties
qui constituent la chose; & que
par la Résolution on apprend par

@

2 Observations sur l'Idée
expérience & d'une science postérieure
de combien de Principes &
parties le Mixte est composé.
II On ne peut savoir d'une connaissance antécédente quels ont
été les Principes de la fabrique du
Monde & composition des choses;
car personne n'assistait à la Sapience
Éternelle, lorsqu'elle les créa de
Rien: mais on les connaît infailliblement
par l'Écriture Sainte, par
ce qu'en ont laissé à la Postérité les
Philosophes Illuminés, & par les
Expériences & Résolutions des Corps
Parfaits Métalliques, que font les
vrais & fidèles Enfants de la pure
& sincère doctrine.
III Moïse, Esdras, S. Pierre, Mercure Trismégiste, Thalès, Milésien, Héraclite,
Hésiode, Hippocrate & les
Chimistes par leurs Expériences &
résolutions enseignent que l'Eau a
été la Matière Universelle de toutes

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de la Philosophie Hermétique. 3
choses, & que l'Esprit ou Feu Vif de
Nature en a été la forme Générale.
IV La Matière seule sans l'Esprit, et l'Esprit seul sens la Matière ne pouvaient
rien composer, & n'eussent servi
aucunement pour la structure, composition,
distinction & diversité des
parties de l'Univers, ni des choses
naturelles, si le très sage Créateur
n'eut marié ces deux Principes ensemble,
lorsqu'il les eût créés de
Rien, par sa toute puissance: à cause
de quoi le divin Hippocrate enseigne
au commencement du livre
premier de Diaeta, que tous les Animaux
sont composés d'Eau & de
Feu; que ces deux substances alliées
l'une à l'autre suffisent pour toutes
choses, & mutuellement à elles-mêmes;
& que séparées l'une de l'autre
elles ne suffisent ni à elles-mêmes, ni
à aucune autre chose. Constituuntur,
dit-il, quidèm igitur tùm Animantia

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4 Observations sur l'Idée
alias omnia, tùm homo ipse ex duobus
diffirentibus quidem facultate, concordibus
verò & commodis usu, Igne inquam
& Aquâ. Haec autem ambo simul
sufficientia sunt tùm aliis omnibus,
tùm mutuò sibi ipsis. Vtrumuuis verò
seorsum, neque sibi ipsi, neque ulli alteri
sufficiens est.
V Selon la diverse actuation & information que l'Esprit fît en la
Matière, non seulement le Macrocosme
a été distinct en diverses parties
& étages, qu'on appelle communément
Ciel, Air, Eau & Terre,
mais aussi les prochains Principes
des corps Naturels ont été constitués.
Or comme on peut dire qu'universellement
toute la Substance
Matérielle du Chaos a été divisée en
Cinq Portions, desquelles les Trois Supérieures
sont le Globe Céleste, divisé
en Trois Cieux, savoir en l'Empyrée,
l'Éthéré, & l'Aérien, différents les

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de la Philosophie Hermétique. 5
uns des autres selon que leur Matière
est plus ou moins subtile & raréfiée,
à cause qu'elle est plus ou moins actuée
& informée de l'Esprit; & les
Deux autres Portions Inférieures sont
le Globe Élémentaire composé d'Eau
& de Terre, qui ne sont que les Matrices
& Réceptacles des Semences,
qui leurs sont envoyées des Corps Célestes
à cause que sans les Semences
& Influences Célestes, elles ne sont
que des Corps Morts, stériles & inutiles:
on peut aussi avec analogie &
correspondance établir de la même
Matière Première, actuée & informée
en trois diverses façons de
l'Esprit, les trois Principes des Chimistes,
qui selon leur doctrine composent
prochainement & immédiatement
toutes choses: & celui qui
participera plus de l'Esprit & moins
de la Matière pourra être appelé
Mercure, & répondra au Ciel Empyrée:

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6 Observations sur l'Idée
l'autre qui aura moins d'Esprit
& déjà plus de Matière, mais avec
proportion anatique de Matière
& d'Esprit, sera nommé Soufre,
& conviendra avec le Ciel Éthéré;
& le troisième qui aura plus de Matière
que d'Esprit aura le nom de Sel,
& pourra être comparé au Ciel
Aérien. Pour ce qui est des deux diverses
substances matérielles, que les
Chimistes rencontrent en la Résolution
des Mixtes, après qu'ils en ont
séparé les trois susdits Principes; desquelles
l'une est Aqueuse, qu'ils nomment
Phlegme, & l'autre est Terrestre,
laquelle ils appellent Terre Damnée,
elles répondent à l'Eau & à la
Terre, qui composent le Globe Élémentaire,
& ne méritent le nom de
Principe, vu qu'elles ne sont que les
Matrices Réceptacles, les lieux & les
Écorces des Principes, sans lesquels
elles sont stériles, inutiles & infécondes,

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de la Philosophie Hermétique. 7
n'ayant aucun pouvoir ni
activité de produire la moindre chose
que ce soit.
VI La Matière n'est aucunement Active, & ne peut causer aucun mouvement
de génération l'Esprit seul
est celui qui fait & produit toutes
choses en la Matière. C'est pourquoi
on lui attribue à bonne raison
le nom de Feu & de Nature, en tant
que la Nature ou le Feu est ce qui
meut toutes choses. Ignis, dit Hippocrate
au livre ci-dessus, rite omniae
per omnia mouere potest.
VII La Matière Première est Active selon les Philosophes Hermétiques,
d'autant qu'ils ne la considèrent
pas selon ses seuls attributs essentiels,
mais en tant qu'elle est actuée
& informée d'Esprit ou du Feu
Vif de Nature. C'est pourquoi conformément
à Hippocrate, ils enseignent
que le Feu ne subsiste pas séparé

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8 Observations sur l'Idée
de l'Eau.
VIII La Matière Première des Chimistes contient les trois Principes hypostatiques
de toutes choses; & ils
la nomment Principe Vital, & Réel
de toutes choses, Mercure de Vie,
Baume de Nature, Mumie Balsamique,
Humide Radical & Primitif, &
de plusieurs autres noms.
IX Chaque chose appète sa conservation & multiplication: & de
fait se conserve & multiplie par le
bénéfice de son Esprit Séminal, qui
doué de la Science & de l'Idée de sa
propre Espèce, attire à soi par sympathie,
& digère une substance humide,
teinte & actuée d'Esprit, laquelle
il se rend homogène & co-naturelle,
pour se conserver, nourrir, & avoir
de quoi multiplier son Espèce.
X Toutes les Matières Particulières, & toutes les Formes qui les actuent
dérivent de la Matière Première
mière
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