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Réfer. : AL0711
Auteur : Figuier Louis.
Titre : L'Alchimie et les Alchimistes.
S/titre : .

Editeur : S.G.P.P. Denoël. Paris.
Date éd. : 1970 .


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L'Alchimie et les Alchimistes
L'Alchimie et les Alchimistes est un essai historique
sur les doctrines,
les biographies et les
oeuvres des philosophes
hermétiques. Ce livre
est devenu introuvable
en librairie. Faut-
il attribuer cette disparition
aux révélations
qu'il contient sur l'histoire
des transmutations
des métaux vulgaires
en or?
On y expose en effet, d'extraordinaires expériences
de ce genre, qui
eurent pour témoins
d'illustres personnalités
scientifiques, voire

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BIBLIOTHECA HERMETICA
ALCHIMIE - ASTROLOGIE - MAGIE



Collection dirigée par René Alleau pict
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BIBLIOTHECA HERMETICA

pict UCUN spécialiste ne conteste plus
l'importance de la Magie dans les anciennes civilisations. La Mésopotamie, l'Egypte, l'Inde, le Mexique, le Pérou, la Chine, le Japon et même
le Moyen Age européen ne peuvent révéler les
secrets de leurs arts, ni les principales étapes
de leur histoire culturelle si l'on ignore les coutumes
et les usages magiques sur lesquels furent
fondées leurs principales institutions ou qui
subsistèrent pendant des millénaires dans leurs
moeurs, à peine changées par l'évolution des
religions.
L'Homo divinans, l'homme magique, le « devin » a précédé l'Homo faber, l'« artisan »,
l'homme technique et le savant des temps
modernes. Entre ces deux tendances s'est développée
une opposition fondamentale, si nombreux
qu'eussent été les échelons intermédiaires.
Ainsi, au XIXe siècle, âge du positivisme,
la censure rationnelle a-t-elle exclu et rejeté
dans l'ombre des « sciences occultes » ce qui
aurait été plus justement désigné sous le nom
d'« arts magiques traditionnels ». En effet,
la Magie fut la source commune de l'Astrologie,
de l'Alchimie et de toutes les pratiques qui leur
furent plus ou moins directement associées
dans les anciennes sociétés de type traditionnel,
Il n'aura pas fallu moins de cent ans de travaux d'érudition et de recherches historiques,

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4. Bibliotheca Hermetica
de fouilles archéologiques et d'enquêtes ethnologiques,
pour découvrir que les conceptions du
positivisme et du « scientisme » du XIXe siècle,
n'étaient pas moins fausses que celles des
« occultistes » en ce qui se rapportait aux arts
magiques et aux civilisations dites « primitives ».
En réalité, ceux-ci et celles-là ne peuvent être séparés de la notion de tradition qui fonde, en
des sociétés souvent plus complexes que les
nôtres, la transmission initiatique d'un savoir
ésotérique, l'ordre des institutions, la hiérarchie
des valeurs des collectivités et jusqu'au
moindre détail de la vie quotidienne.
Ainsi s'est-on aperçu qu'il est impossible d'interpréter ces connaissances, ces pratiques
et ces structures sociales en fonction de nos
systèmes de référence. Il faut changer notre
mentalité comme notre logique afin de mieux
comprendre d'autres hommes, tout aussi « évolués
» que nous, mais qui ont donné des
réponses entièrement différentes des nôtres aux
problèmes posés par la nature et par leurs rapports
avec l'univers.
Dans cette perspective élargie, l'antique magie n'apparaît plus comme une « préfiguration
de notre science expérimentale » avec laquelle,
en fait, elle ne présente aucun rapport. On
sait maintenant qu'il faut étudier, alchimiquement
l'alchimie et non plus chimiquement, astrologiquement
l'astrologie, magiquement la
magie, ce dont le simple bon sens aurait dû
suffire à nous persuader. A la notion de « fausses
sciences » tend à présent à se substituer

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Bibliotheca Hermetica 5.
la conception d'un savoir traditionnel, essentiellement
ésotérique et symbolique, que rendent
manifeste des arts et des pratiques, un
langage et des images dont la valeur poétique
nous dispense d'une critique scientifique arbitraire
et inadéquate, par rapport à leurs objets
et à leurs buts.


Un retour aux sources des arts hermétiques
traditionnels.

En fonction de cet état actuel des recherches il nous a semblé nécessaire de présenter au public
une collection constituée par deux types
d'ouvrages. Le premier, d'un propos historique
général et d'une exposition du sujet aisément
accessible, rappellera l'essentiel de ce qu'il faut
savoir sur les arts magiques étudiés et sur leurs
principaux maîtres connus. Le second répondra
à des besoins d'information documentaire du
lecteur en lui offrant de nouvelles éditions critiques
de textes anciens devenus introuvables
en librairie, suivies des renseignements bibliographiques
indispensables à des études ultérieures
plus détaillées. Si nous ne prétendons
pas constituer ainsi tout l'appareil critique
nécessaire à des publications scientifiques proprement
dites, du moins avons-nous chargé des
spécialistes compétents de préparer et de revoir
les ouvrages à paraître, en comparant les différentes
versions des éditions anciennes. Ces
travaux, longs et difficiles, ne peuvent être parfaits
mais ils ont été entrepris et ils seront poursuivis

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6. Bibliotheca Hermetica
avec toute la sérieuse attention qu'ils exigent.
Ainsi espérons-nous que cette collection
encyclopédique des chefs-d'oeuvre de l'hermétisme
contribuera utilement à une connaissance
plus exacte et plus juste du sens et de la valeur
de l'enseignement traditionnel de l'Alchimie,
de l'Astrologie et de la Magie, lequel ne présente
aucun rapport avec les confusions et les
erreurs de l'« occultisme » et du « scientisme »
des temps modernes.


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BIBLIOTHECA HERMETICA


Alchimie
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Louis Figuier


L'ALCHIMIE ET LES ALCHIMISTES
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Avant-propos et notes de René Alleau

S.G.P.P. DENOëL 42, Rue de Berri Paris VIIIe
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(c) 1970, by Editions S.G.P.P. Paris.
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Avant-propos
L'Occultisme et le Scientisme au XIXe siècle.

pict es inconvénients méthodologiques des
notions de science occulte et d'occultisme, lesquelles ne sont liées véritablement ni à l'évolution des sciences expérimentales ni à l'histoire de la philosophie, sont devenus assez évidents
par rapport à l'état actuel des connaissances, pour
qu'il paraisse souhaitable de les exclure de notre vocabulaire
et de nos références historiques, en raison de leur
usage relativement récent. Le mot « occultisme » était
inconnu, en effet, avant le XIXe siècle. Il n'apparaît pas,
à notre connaissance, avant 1853, époque de la « Revue
progressive », fondée par Alphonse-Louis Constant, plus
connu sous le pseudonyme d'Eliphas Lévi. La « Science
occulte » fut enseignée par ce littérateur de talent, principalement
entre 1853 et 1861, dans ses trois chefs-
d'oeuvre : « Dogme et Rituel de la haute magie », « Histoire
de la magie » et « La clef des grands mystères ».
Mais ce fut surtout grâce à Papus, le docteur Gérard
Encausse, que l'occultisme fut largement vulgarisé, dans
les dernières années du XIXe siècle.
Il importe de rappeler qu'à cette époque, l'alchimie n'avait produit aucune oeuvre importante depuis près
de deux cents ans. L'astrologie était fort peu pratiquée
en Europe, à l'exception de l'Angleterre. Son dernier
maître français connu avait été, au XVIIe siècle, le comte
de Boulainvilliers. Les « rénovateurs des sciences occultes »
dans la seconde moitié du XIXe siècle, étaient assez
fraîchement accueillis dans les milieux maçonniques eux-

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12. Avant-propos
mêmes. Dans son discours de réception, le 14 mars
1861, à la Loge « Rose du parfait silence », du Grand-
Orient, ce fut au grand étonnement de l'assistance
qu'Eliphas Lévi déclara :
« Je viens rapporter au milieu de vous les traditions perdues, la connaissance exacte de vos signes et de vos
emblèmes, et par suite, vous montrer le but pour lequel
votre association a été constituée... » (1).
Eliphas Lévi essaya, par la suite, de prouver à ses auditeurs que le symbolisme maçonnique était emprunté
à la Kabbale. Ce fut peine perdue : on ne le crut pas.
Il faut prendre en considération, d'une part, cet état de décadence des études ésotériques au XIXe siècle,
et d'autre part, la « mode scientiste » de ce temps, si l'on
désire comprendre l'origine des notions confuses de
« sciences occultes », d' « hyperchimie » et d' « astrologie
scientifique », défendues alors par des « occultistes éclairés »
comme Jollivet-Castelot et Choisnard.
Au XIXe siècle, en effet, l'enseignement universitaire était entièrement dominé par le positivisme et par l'impérialisme
culturel d'un Occident conquérant qui justifiait
ses annexions colonialistes des civilisations « traditionnelles »
par la prétendue supériorité de la philosophie
« scientifique », seule capable d' « émanciper » les sociétés
« primitives » et « attardées ».
Dans ces conditions, tout ce qui, de près ou de loin, à l'intérieur de l'Occident, présentait quelque danger
de déviation idéologique par rapport à la ligne de pensée
et d'intérêts de la bourgeoisie industrielle européenne,
devait être soit exclu et rejeté par l'analyse critique
dans le domaine des superstitions des « âges obscurs »,
soit assimilé culturellement en tant que « préfiguration
historique » de la méthode expérimentale et de la raison
modernes, soit annexé en tant que « science future »
au capital des connaissances positives. Aussi était-il inévitable
qu'une confusion de longue durée fût entretenue
entre des « arts magiques traditionnels », oubliés ou devenus
suspects, et de prétendues « sciences occultes » qui
n'étaient, en réalité, ni des sciences, ni « occultes » ou


1. Caubet : « Souvenirs » (1860-1889). Paris, 1893, p. 4.
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Avant-propos 13.
cachées, puisque leur littérature, devenue, au XIXe siècle,
le plus souvent philosophiquement indigente et évidée
de tout contenu spirituel, connaissait une large diffusion
dans tous les milieux sociaux.


Un précieux document historique.

Afin de permettre au lecteur de mesurer le chemin parcouru par l'histoire des sciences depuis le XIXe siècle
jusqu'à notre époque, il nous a paru nécessaire de faire
connaître, d'abord, aussi objectivement que possible, le
témoignage et l'attitude d'un savant strictement rationaliste
comme Louis Figuier, vers 1860, à l'égard de
l'alchimie et des alchimistes.
Dans son ouvrage, publié en 1854, Figuier a traduit et résumé, d'ailleurs, l'importante étude d'un savant
professeur de Cassel, Schmieder : Geschichte der Alchemie,
paru à Halle en 1832. Les sources bibliographiques
de Schmieder sont généralement sérieuses et les faits
relatés par cet auteur au sujet des transmutations métalliques
sont d'autant plus dignes d'intérêt que certains
de leurs témoins appartenaient à des sociétés secrètes
allemandes où ils exerçaient de hautes fonctions. On
ignore généralement que François-Etienne, duc de Lorraine,
époux de Marie-Thérèse d'Autriche et devenu,
en 1745, empereur d'Allemagne (1706-1765), initié en
1731 à la Franc-Maçonnerie lors d'un voyage en Angleterre,
consacra les dernières années de sa vie à des
travaux alchimiques.
Les titres scientifiques de L. Figuier, né à Montpellier en 1819, mort à Paris en 1894, doivent être rappelés.
Docteur en médecine en 1841, il fut nommé, en 1846,
professeur à l'Ecole de pharmacie de Montpellier, puis
à celle de Paris, car cet érudit était aussi docteur-ès-
sciences et agrégé de chimie. Opposé aux thèses de
Claude Bernard, il entreprit à Paris une série d'expériences
physiologiques afin d'établir que le rôle du
foie, dans l'organisme, est de condenser le sucre qui
existe dans le sang. Cette joute scientifique ayant tourné

**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****


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Préface

pict ALGRE le profond discrédit dans
lequel elle est tombée depuis la fin du dernier siècle, l'alchimie n'a pas perdu le privilège d'éveiller la curiosité et de séduire l'imagination. Le mystère
qui l'enveloppe, le côté merveilleux que
l'on prête à ses doctrines, le renom fantastique
qui s'attache à la mémoire de ses adeptes, tout
cet ensemble à demi voilé de réalités et d'illusions,
de vérités et de chimères, exerce encore
sur certains esprits un singulier prestige. Aussi,
depuis Aurèlius Augurelle, qui composa, en
1514, son poème latin Chrysopoïa, jusqu'à
l'auteur de Faust, les poètes et les faiseurs de
légendes n'ont pas manqué d'aller puiser à cette
source féconde, et l'imagination a régné sans
partage dans ce curieux domaine, dont les
savants négligeaient l'exploration. L'alchimie
est la partie la moins connue de l'histoire des
sciences. L'obscurité des écrits hermétiques,
l'opinion généralement répandue que les recherches
relatives à la pierre philosophale et à la
transmutation des métaux ne sont qu'un assemblage
d'absurdités et de folies, ont détourné de
ce sujet l'attention des savants. On peut cependant
écarter sans trop de peine les difficultés

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16. Préface
que le style obscur des alchimistes oppose à
l'examen de leurs idées. Quant à l'opinion qui
condamne tous leurs travaux comme insensés
ou ridicules, sur beaucoup de points elle est
fausse, sur presque tous elle est exagérée. L'alchimie
fût-elle, d'ailleurs, le plus insigne monument
de la folie des hommes, son étude n'en
serait point encore à négliger. Il est bon de
suivre l'activité de la pensée jusque dans ses
aberrations les plus étranges. Détourner les
yeux des égarements de l'humanité, ce n'est
point la servir ; rechercher, au contraire, en
quels abîmes a pu tomber la raison, c'est ajouter
à l'orgueil légitime que ses triomphes nous
inspirent. Disons enfin que l'alchimie est la
mère de la chimie moderne ; les travaux des
adeptes d'Hermès ont fourni la base de l'édifice
actuel des sciences chimiques (1). Ces doctrines
intéressent donc l'histoire des sciences autant
que celle de la philosophie.
L'ouvrage, ou plutôt l'essai que je soumets au jugement du public, a pour but d'attirer
l'attention sur cette période de la science des
temps passés. Voici l'ordre que j'ai cru pouvoir
adopter pour la distribution des matières.


1. Ces conceptions de L. Figuier qui furent aussi celles de M. Berthelot et de toute l'école historique du XIXe siècle,
résultaient d'une confusion entre la spagyrie et l'alchimie.
La première, seule, constituait une pré-chimie
expérimentale ; elle fut développée surtout au XVIe siècle
par les disciples de Paracelse. Notre chimie actuelle
s'est constituée en tant que science expérimentale au
XVIIe siècle, grâce aux recherches et aux travaux des
apothicaires.

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Préface 17.
La première partie est consacrée à un exposé analytique des opinions et des doctrines professées
par les philosophes hermétiques. On y
trouvera le tableau sommaire des travaux exécutés
par les alchimistes pour la recherche de
la pierre philosophale, et le résumé des principales
découvertes chimiques qui leur sont dues.
La seconde partie est une sorte d'étude historique
où l'on essaye de fixer le rôle que l'alchimie
a joué dans la société du moyen âge et
de la renaissance, époque où, comme on le sait,
elle exerça le plus d'empire sur les esprits.
La troisième partie, intitulée Histoire des
principales transmutations métalliques, est un
résumé des événements étranges qui ont entretenu
si longtemps en Europe la croyance aux
doctrines de la science transmutatoire. On a
eu soin de donner de chacun de ces faits, si
merveilleux en apparence, l'explication qui
paraît aujourd'hui la plus probable (1).
Le sujet que j'ai traité pouvait donner matière à des développements plus étendus.
J'ai cru devoir m'imposer, pour cet essai, des
limites qu'il serait facile de dépasser plus tard.
Je me fais un devoir, en terminant, de signaler
les sources auxquelles j'ai eu recours pour
cette suite d'études. Le savant ouvrage de


1. Une quatrième partie de l'ouvrage de L. Figuier, l'Alchimie au dix-neuvième siècle, ne présentant aucune
liaison avec les précédentes, n'a pas été reproduite dans
la présente édition. Elle sera publiée ultérieurement dans
une étude plus générale.
2
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EXPOSE DES DOCTRINES ET DES TRAVAUX DES ALCHIMISTES
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pict

Gravure extraite du « Grand Livre de la distillation » par
Hieronymus Brunschwig, Strasbourg, 1519.
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pict 'OBJET de l'alchimie, c'est, comme
personne ne l'ignore, la transmutation des métaux ; changer les métaux vils en métaux nobles, faire de l'or ou de l'argent par des moyens artificiels, tel fut le
but de cette singulière science qui ne compte pas
moins de quinze siècles de durée (1).
Le principe de la transmutation métallique a probablement trouvé sa source dans l'observation des
premiers phénomènes de la chimie. Dès que l'expérience
eut fait connaître quelles modifications,
quelles transformations surprenantes provoque l'action
mutuelle des corps mis en présence, l'espoir
de faire de l'or dut s'emparer de l'esprit des hommes.
En voyant les altérations nombreuses que les
métaux éprouvent sous l'influence des traitements
les plus simples, on crut pouvoir produire dans leur
nature intime une modification plus profonde, former
de toutes pièces des métaux précieux, et imiter
ainsi les plus rares productions de la nature. Au
début de la science, un tel problème n'avait rien
au fond que d'assez légitime ; mais, dans une question
semblable, l'entraînement des passions humaines
suscitait un élément trop opposé aux dispositions
philosophiques. Ces tentatives, qui n'auraient
dû offrir à la chimie naissante qu'un problème


1. Contre cette opinion de L. Figuier sur le but de l'alchimie, on a opposé des documents et des faits qui
ont été rappelés et analysés par les meilleurs spécialistes
modernes. Cf. Article Alchimie, in Encyclopaedia Universalis,
T. I., 1968.

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22. L'alchimie et les alchimistes
secondaire et passager, devinrent le but de tous
ses travaux, et pendant douze siècles la résumèrent
en entier. Ce n'est que vers le milieu du
XVIe siècle, que quelques savants, découragés de
tant d'efforts inutiles, commencèrent d'élever les
premières barrières entre l'alchimie, ou l'art prétendu
des faiseurs d'or, et la chimie considérée
comme science indépendante et affranchie de tout
but particulier.
A quelle époque et chez quelle nation faut-il placer la naissance de l'alchimie ? Pour donner de
leur science une imposante idée, les adeptes ont
voulu reporter son origine aux premiers âges du
monde. Oloeus Borrichius, dans son ouvrage latin
sur l'Origine et les progrès de la chimie, fait
remonter cette science aux temps de la création,
puisqu'il place son berceau dans les ateliers de
Tubalcaïn, le forgeron de l'Ecriture. Cependant
le commun des alchimistes se contentait d'attribuer
cette découverte à Hermès Trismégiste, c'est-à-dire
trois fois grand, qui régna chez les anciens Egyptiens,
et que ce peuple révérait comme l'inventeur
de tous les arts utiles, et avait, à ce titre, élevé au
rang de ses dieux.
On comprend sans peine que les premiers partisans de l'alchimie aient tenu à honneur d'ennoblir
leur science en confondant ses débuts avec
ceux de l'humanité et en lui accordant l'antique
Egypte pour patrie. Mais ce qui a lieu de surprendre,
c'est qu'un écrivain moderne ait adopté une
telle opinion et lui ait fourni le poids de son autorité
et de ses lumières. Dans son Histoire de la
Chimie, M. le docteur Hoefer s'est efforcé de
démontrer que les recherches relatives à la transmutation

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Travaux des alchimistes 23.
des métaux remontent aux temps les plus
reculés, et qu'elles faisaient partie de cet ensemble
de connaissances désigné sous le nom d'art
sacré, qui fut, dit-on, cultivé depuis les temps historiques
au fond des temples égyptiens. Nous sommes
peu disposés, en principe, à nous rendre à cette
opinion si répandue, que les anciens Egyptiens
ont possédé les trésors de toute la science humaine.
De ce qu'un mystère profond a toujours dérobé
aux yeux de l'histoire les travaux auxquels se
consacraient, dans leurs silencieuses retraites, les
prêtres de Thèbes et de Memphis, on n'est point,
il nous semble, autorisé à leur accorder la notion
de tout ce que le génie humain peut enfanter. Le
raisonnement contraire nous semblerait plus logique.
Les Egyptiens ont fait usage, sans doute, de
procédés pratiques, de recettes empiriques applicables
aux besoins des arts. Mais tous ces faits
n'étaient point liés en un corps de science. Si,
depuis le moyen âge, ce préjugé s'est répandu que
les Egyptiens possédaient en chimie des connaissances
profondes, c'est que les emblèmes singuliers,
les caractères bizarres qui couvraient l'extérieur de
leurs monuments, demeurant alors impénétrables
pour tous, firent penser au vulgaire que ces signes
mystérieux étaient destinés à représenter, sur les
diverses branches de la science humaine, des révélations
perdues depuis cette époque. Mais l'absence
de tous documents positifs propres à dévoiler la
nature et l'étendue des travaux scientifiques de ces
peuples, permet de leur contester de si hautes
connaissances. En ce qui touche particulièrement
l'alchimie, comme tous les documents écrits qui la
concernent ne remontent pas au-delà du IVe siècle

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24. L'alchimie et les alchimistes
de l'ère chrétienne (1), il est d'une saine critique historique
de ne point fixer son origine plus haut
que cette époque.
Les ouvrages dont nous parlons appartiennent aux auteurs byzantins. Il est donc probable que
l'alchimie prit naissance chez les savants du Bas-
Empire, dans cette heureuse Byzance où les lettres
et les arts trouvèrent un refuge au IVe siècle contre
les agitations qui bouleversaient alors tous les
grands Etats de l'Europe.
Les premiers écrits alchimiques émanés des écrivains de Byzance appartiennent au VIIe siècle.
L'Egypte était, alors, considérée comme le berceau
de toutes les sciences humaines. Pour prêter plus
d'autorité à leurs ouvrages, les auteurs byzantins
eurent la pensée de les attribuer à la plume même
du dieu Hermès. C'est ainsi que la bibliographie
alchimique s'enrichit d'un nombre considérable de
traités qui furent faussement rapportés à des personnages
appartenant à des époques fort antérieures.
Ces traités, dont le plus grand nombre existe
en manuscrit, se trouvent aujourd'hui dans diverses
bibliothèques de l'Europe, et M. le docteur Hoefer
en a mis quelques-uns au jour dans son Histoire
de la chimie. Mais il est facile de se convaincre
d'après le style, l'écriture, le papier de ces manuscrits,
que ce ne sont là que des oeuvres apocryphes
dues à la plume des moines des VIIIe, IXe et Xe siècles.


1. L. Figuier, ignorant l'existence de l'alchimie chinoise, comme M. Berthelot, d'ailleurs, se trompe sur ce
point capital. Un édit impérial, en 175 avant J.-C., menace
d'exécution publique tous ceux qui seront surpris en flagrant
délit de contrefaire de l'or. Au IVe siècle avant
notre ère, la recherche de l' « Elixir d'immortalité »
semble avoir été liée à l'art magique des forgerons chinois.

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Travaux des alchimistes 25.
C'est donc aux savants de Constantinople qu'il convient de rapporter les premières recherches
relatives à la transmutation des métaux. Mais les
savants grecs entretenaient des relations continuelles
avec l'école d'Alexandrie ; aussi l'alchimie fut-
elle cultivée presque simultanément en Grèce et
dans l'Egypte. Au VIIe siècle, l'invasion de l'Egypte
par les Arabes suspendit quelque temps le cours
des travaux scientifiques ; mais une fois le peuple
nouveau solidement établi sur le sol de la conquête,
le flambeau des sciences fut rallumé. Les Arabes,
continuant les recherches de l'école d'Alexandrie,
s'adonnèrent avec ardeur à l'étude de l'oeuvre hermétique.
Bientôt l'alchimie fut introduite chez toutes
les nations où les Arabes avaient porté le triomphe
de leurs armes. Au VIIIe siècle, elle pénétra
avec eux en Espagne, qui devint, en peu d'années,
le plus actif foyer des travaux alchimiques. Du
IXe au XIe siècle, tandis que le monde entier était
plongé dans la barbarie la plus profonde, l'Espagne
conservait seule le précieux dépôt des sciences.
Le petit nombre d'hommes éclairés disséminés en
Europe allait chercher dans les écoles de Cordoue,
de Murcie, de Séville, de Grenade et de Tolède, la
tradition des connaissances libérales, et c'est ainsi
que l'alchimie fut peu à peu répandue en Occident.
Aussi, quand la domination arabe se trouva anéantie
en Espagne, l'alchimie avait déjà conquis sur
le sol de l'Occident une patrie nouvelle. Arnauld
de Villeneuve, saint Thomas, Raymond Lulle,
Roger Bacon, avaient puisé chez les Arabes le
goût des travaux hermétiques. Les nombreux écrits
de ces hommes célèbres, l'éclat de leur nom, la
renommée de leur vie, répandirent promptement

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CHAPITRE PREMIER
PRINCIPES FONDAMENTAUX DE L'ALCHIMIE. -- PROPRIETES ATTRIBUEES A LA PIERRE PHILO- SOPHALE.
pict UR quelle base, sur quel fondement
théorique reposait la doctrine de la transmutation des métaux ? Elle s'appuyait sur deux principes que l'on trouve invoqués à chaque instant dans les écrits
des alchimistes : la théorie de la composition des
métaux, et celle de leur génération dans le sein
du globe.
Les alchimistes regardaient les métaux comme des corps composés (1); ils admettaient de plus que
leur composition était uniforme. D'après eux,
toutes les substances offrant le caractère métallique
étaient constituées par l'union, de deux éléments
communs, le soufre et le mercure ; la différence
de propriétés que l'on remarque chez les
divers métaux ne tenait qu'aux proportions variables
de mercure et de soufre entrant dans leur
composition. Ainsi l'or était formé de beaucoup
de mercure très pur, uni à une petite quantité de
soufre très-pur aussi ; le cuivre, de proportions à


1. On voit ici l'opposition radicale de ces théories à celles de Lavoisier et, en revanche, leur analogie avec
celles des physiciens modernes.

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30. L'alchimie et les alchimistes
peu près égales de ces deux éléments ; l'étain, de
beaucoup de soufre mal fixé et d'un peu de mercure
impur, etc.
C'est ce que Geber nous indique dans son Abrégé du parfait magistère :

« Le soleil (l'or), dit-il, est formé d'un mercure très-subtil et d'un peu de soufre très-pur, fixe et clair, qui a une rougeur nette ; et comme ce soufre n'est pas également coloré et qu'il y en a qui est plus teint l'un que l'autre, de là vient aussi que l'or est plus ou moins jaune... Quand le soufre est impur, grossier, rouge, livide, que sa plus grande partie est fixe et la moindre non fixe, et qu'il se mêle avec un mercure grossier et impur de telle sorte qu'il n'y ait guère ni plus ni moins de l'un que de l'autre, de ce mélange il se forme Vénus (le cuivre)... Si le soufre a peu de fixité et une blancheur impure, si le mercure est impur, en partie fixe et en partie volatil, et s'il n'a qu'une blancheur imparfaite, de ce mélange il se fera Jupiter (l'étain). »
Ce soufre et ce mercure, éléments des métaux, n'étaient point d'ailleurs identiques au soufre et
au mercure ordinaires. Le mercurius des alchimistes
représente l'élément propre des métaux, la
cause de leur éclat, de leur ductilité, en un mot
de la métalléité ; le sulphur indique l'élément
combustible.
Telle est la théorie sur la nature des métaux qui forme la base des opinions alchimiques. On
comprend en effet qu'elle a pour conséquence
directe la possibilité d'opérer des transmutations.
Si les éléments des métaux sont les mêmes, on
peut espérer, en faisant varier, par des actions
convenables, la proportion de ces éléments, changer

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Travaux des alchimistes 31.
ces corps les uns dans les autres, transformer
le mercure en argent, le plomb en or, etc. (1).
On ignore quel est l'auteur de cette théorie, remarquable en elle-même comme la première
manifestation de la pensée scientifique, et qui a
été admise jusqu'au milieu du XVIe siècle. L'Arabe
Geber, au VIIIe siècle, la mentionne le premier,
mais il ne s'en attribue pas la découverte ; il la
rapporte « aux anciens » (2).
La théorie de la génération des métaux est assez clairement formulée dans la plupart des traités
alchimiques. Conformément à un système d'idées
qui a joui d'un crédit absolu dans la philosophie
du moyen âge, les écrivains hermétiques comparent
la formation des métaux à la génération animale,
ils ne voient aucune différence entre le développement
du foetus dans la matrice des animaux
et l'élaboration d'un minéral dans le sein du
globe.

« Les alchimistes, dit Boerhaave, remarquent que tous les êtres créés doivent leur naissance à d'autres de la même espèce qui existaient avant eux ; que les plantes naissent d'autres plantes, les animaux d'autres animaux et les fossiles d'autres fossiles. Ils prétendent que toute la faculté génératrice est cachée dans une semence qui forme les matières à sa ressemblance et les rend peu à peu semblables à l'original... Cette semence est d'ailleurs si fort immuable, qu'aucun feu ne peut la détruire ; sa vertu prolifique subsiste

1. Toutes les transmutations possibles des métaux ont été réalisées expérimentalement à notre époque dans les
laboratoires des physiciens modernes.
2. Selon les résultats de nos propres recherches, encore inédites, les Phéniciens auraient joué un rôle essentiel
dans la transmission des connaissances scientifiques relatives
à la métallurgie.

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32. L'alchimie et les alchimistes
dans le feu, par conséquent elle peut agir avec la plus grande promptitude et changer une matière mercurielle en un métal de son espèce. »
Pour former un métal de toutes pièces, il suffisait donc de découvrir la semence des métaux.
C'est par une conséquence de cette théorie que
les alchimistes appellent oeuf ou oeuf philosophique
(ovum philosophicum), le vase dans lequel
on plaçait les matières qui devaient servir à l'opération
du grand oeuvre.
On professait en outre, au sujet de la génération des substances métalliques, une idée qu'il
importe de signaler. La formation des métaux vils
tels que le plomb, le cuivre, l'étain, était considérée
comme un pur accident. La nature, s'efforçant
de donner à ses ouvrages le dernier degré de perfection,
tendait constamment à produire de l'or,
et la naissance des autres métaux n'était, selon les
alchimistes, que le résultat d'un dérangement fortuit
survenu dans la formation de ce corps.

« Il faut nécessairement avouer, dit Salmon, que l'intention de la nature en produisant les métaux n'est pas de faire du plomb, du fer, du cuivre, de l'étain, ni même de l'argent, quoique ce métal soit dans le premier degré de perfection, mais de faire de l'or (l'enfant de ses désirs) ; car cette sage ouvrière veut toujours donner le dernier degré de perfection à ses ouvrages, et, lorsqu'elle y manque et qu'il s'y rencontre quelques défauts, c'est malgré elle que cela se fait. Ainsi ce n'est pas elle qu'il en faut accuser, mais le manquement de causes extérieures... C'est pourquoi nous devons considérer la naissance des métaux imparfaits comme celle des avortons et des monstres, qui n'arrive que parce que la nature est détournée dans ses actions, et qu'elle trouve une
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Travaux des alchimistes 33.
résistance qui lui lie les mains et des obstacles qui l'empêchent d'agir aussi régulièrement qu'elle a coutume de le faire. Cette résistance que trouve la nature, c'est la crasse que le mercure a contractée par l'impureté de la matrice, c'est-à-dire du lieu où il se trouve pour former l'or, et par l'alliance qu'il fait en ce même lieu avec un soufre mauvais et combustible (1). »
Ainsi les alchimistes partaient de ce principe fondamental, que les métaux, et en général toutes
les substances du monde inorganique, étaient
doués d'une sorte de vie (2). Comme les êtres animés,
ces substances avaient la propriété de se développer
au sein de la terre, et de passer par une série
de perfectionnements qui leur permettait de s'élever
de l'état imparfait à l'état parfait. Pour les
alchimistes, l'état d'imperfection d'un métal était
caractérisé par son altérabilité ; son état de perfection,
par la propriété de résister à l'action des
causes extérieures. Le fer, le plomb, l'étain, le
cuivre, le mercure, métaux facilement altérables,
ou oxydables comme nous le disons aujourd'hui,
étaient les métaux vils ou imparfaits ; l'or et l'argent,
inaltérables au feu et qui résistent à la
plupart des agents chimiques, représentaient les
métaux nobles ou parfaits.
Les diverses modifications par lesquelles les métaux devaient passer pour arriver à l'état d'or
ou d'argent, étaient provoquées, selon les alchimistes,
par l'action des astres. C'est à la secrète
influence exercée sur eux par les grands corps
célestes qu'était dû le perfectionnement graduel


1. Bibliothèque des philosophes chimiques. -- Préface. 2. La science moderne, on ne l'ignore point, a confirmé sur ce point la théorie de l'unité de la matière vivante,
telle qu'elle fut, au moins, pressentie par les alchimistes.
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**** A T T E N T I O N ****

Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.
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TABLE
EXPOSE DES DOCTRINES ET DES TRAVAUX DES ALCHIMISTES.

CHAPITRE I. Principes fondamentaux de l'alchi-
mie. -- Propriétés attribuées à la pierre philosophale 29 CHAPITRE II. Moyens employés par les alchimis-
tes pour la préparation de la pierre philosophale 64 CHAPITRE III. Preuves invoquées par les alchimis-
tes à l'appui de leurs doctrines 96 CHAPITRE IV. Découvertes chimiques des philoso-
phes hermétiques 108 CHAPITRE V. Adversaires de l'alchimie. -- Déca-
dence des opinions hermétiques 120
L'ALCHIMIE DANS LA SOCIETE DU MOYEN AGE ET DE LA RENAISSANCE
CHAPITRE I. Importance de l'alchimie pendant
les trois derniers siècles. -- Pro- tecteurs et adversaires de cette science. -- L'alchimie et les sou- verains. -- Les monnaies hermé- tiques 151 CHAPITRE II. La vie privée des alchimistes 172
HISTOIRE DES PRINCIPALES TRANSMUTATIONS METALLIQUES.
CHAPITRE I. Nicolas Flamel 221
CHAPITRE II. Edouard Kelley 248
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406 L'alchimie et les alchimistes
CHAPITRE III. Transmutations attribuées à Van
Helmont, à Helvétius et à Béri- gard de Pise. -- Martini. -- Richtausen et l'empereur Ferdi- nand III. -- Le pasteur Gros. 259
CHAPITRE IV. Le Cosmopolite 271 Alexandre Sethon ... 272 Michel Sendivogius 295
CHAPITRE V. La Société des Rose-Croix 310
CHAPITRE VI. Philalèthe 334
CHAPITRE VII. Lascaris et ses envoyés 349 Bötticher 375 Delisle 386 Gaëtano 394
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ACHEVE D'IMPRIMER SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE CARLO DESCAMPS - CONDE-SUR-ESCAUT
D.L. 2e TRIM. 1970 - N° D'EDITION : 109
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de hauts dignitaires et même des souverains. Louis Figuier a publié, ici le texte des procès- verbaux qui furent signés par ceux qui assistèrent à ces phénomènes.

Cette nouvelle édition présente, en outre, la reproduction photographique des médailles et des monnaies d'or et d'argent qui furent frappées pour commémorer ces mystérieuses opérations alchimiques, et qui ont été conservées jusqu'à notre époque dans les collections allemande et autrichienne des musées de Nuremberg et de Vienne.
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