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Réfer. : AL0024B
Auteur : Anonyme (Abbé Langlet Dufresnoy).
Titre : Histoire de la Philosophie Hermétique.
S/titre : Accompagné d'un Catalogue raisonné des
Ecrivains de cette Science. Avec le véritable Philalethe, revû sur les originaux. (Tome II).
Editeur : Chez Coustelier. Paris.
Date éd. : 1742 .


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H I S T O I R E
D E L A
P H I L O S O P H I E
H E R M E T I Q U E
Accompagnée d'un Catalogue raisonné des
Ecrivains de cette Science.
Avec le Véritable Philalethe, revû sur
les Originaux.
TOME SECOND
pict
A P A R I S, Chez C O U S T E L I E R, Libraire, Quay
des Augustins. ------------------M. DCC. XLII. Avec Approbation et Privilege du Roi.

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pict

P R E F A C E.
pict OMME chacun de mes
Volumes contient une matière particulière, il est juste aussi de les décorer chacun
d'une Préface, qui ait rapport au
sujet qu'on y traite. Celui-ci renferme
deux Parties; la première
purement Historique ne comprend
pas moins de curiosités que le premier
Volume. Mais je ne réponds
pas plus de l'un que de l'autre; cependant
j'ai pris les précautions
nécessaires dans l'examen des faits,
qui peuvent être contestés. Je n'emploie
que des témoins sûrs & dont
l'attention la probité sont reconnues. Si tout en est faux, j'en suis
a ij
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iv PRE'FACE.
fâché, autant pour le Public que
pour les Auteurs, dont je me sers.
Il est triste de se voir contraint de
donner intérieurement un démenti
à des gens d'honneur: au lieu qu'il
serait satisfaisant pour nous d'avoir
au moins des richesses en idée;
c'est un contentement pour l'imagination,
qui se repaît souvent d'agréables
chimères. Mais en ce
genre rien n'est plus désolant que
la fausseté. Si tout en est vrai, nous
sommes à plaindre, qu'un certain
nombre de personnes de mérite,
n'aient pas cette clef précieuse de
tous les trésors; pour en faire un
sage & légitime usage pour le bien
de la Patrie; car il ne conviendrait
pas qu'elle tombât entre les mains
du peuple.
La Seconde Partie de ce Volume est une matière de Pratique. Oh,
si je voulais donner carrière à mon
imagination, que je dirais de choses
singulières! on me prendrait

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PRE'FACE. v
presque pour un Adepte; je passerais
pour un autre Chevalier de
Nouveaumont: mais heureusement
je n'ambitionne pas ce titre. Il me
suffit de donner au Public quatre
Traités d'un Auteur, qui passe
pour l'avoir été lui-même.
J'ai annoncé dans le troisième Volume les Oeuvres du Philalèthe;
mais de ce grand nombre de
livres qu'il a écrits, je n'en ai choisi
que Quatre, pour les présenter au
Public. Le Premier est son INTROITUS;
ou sa Porte ouverte au
Palais fermé du Roi; livre curieux,
qui explique avec clarté, & qui
contient en abrégé tout ce que les
plus habiles Philosophes ont écrit
obscurément sur la Science Hermétique;
il y parle avec beaucoup
de méthode & de précision. Toute
la suite du travail y est même simplement
exposée. C'est dommage
que sous les apparences d'une si
grande ingénuité, on puisse douter
a iij
@

vj PRE'FACE.
de sa bonne foi, & qu'il ait
mis des choses étrangères à son
sujet. Il n'en disconvient pas.
Il faut avouer cependant que le Philalèthe est obscur en une
chose: & par malheur cette chose
est, dit-on, la clef de la Science
Hermétique. Il dit tout à l'exception
de la première matière;
d'où dépend la réussite de l'Ouvrage.
Il parle du Mercure; mais
qu'entend-il par ce Mercure? On
sent bien qu'il en établit deux, l'un
est le premier dissolvant de la nature;
l'autre est le corps dissous &
mollifié.
Il avertit néanmoins que malgré sa sincérité affectée, il faut avoir
de la prudence & de la pénétration,
pour concevoir ce qu'il veut
faire entendre; en quoi je trouve
qu'il est beaucoup plus sincère que
les autres. On croirait, dès qu'on
l'a lu, qu'il n'y aurait qu'à prendre
du Mercure vulgaire, & travailler:

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PRE'FACE. vij
plusieurs l'ont fait, &
ont été trompés: mais il a soin de
vous arrêter, en marquant qu'avant
d'opérer, il faut comprendre
ce qu'il veut dire par ce Mercure,
sans quoi on travaillerait (1) inutilement.
J'ai lu un autre Ouvrage de ce Philosophe: c'est là qu'il s'explique
plus clairement sur ce Mercure,
& parle comme les autres Artistes.
» Il y a, dit-il, une (2) montagne
» au Sud-Ouest, d'où il sort
» une eau très claire. Cette eau est
» celle qui nous est propre: c'est
» notre vaisseau, notre feu, notre
» fourneau, c'est enfin notre Mercure,
» & non pas le Vulgaire.
» C'est une liqueur chaude & humide,
» qui vient d'un sel très pur.
» Nous la nommons notre Mercure,
» parce qu'en comparaison

----------------------------------
(1) Introitus Chap. XVIII. num. 1. (2) Philaletha, Fons Chemicae Philosophiae. a iiij
@

viij PRE'FACE.
» du Sol (ou de l'or) elle est froide
» & indigeste, & je puis vous
» assurer, comme une vérité certaine,
» que si le Tout-Puissant
» n'avait pas créé ce Mercure, il
» serait impossible de travailler à
» la transmutation des métaux....
» O bienheureuse humidité, qui
» est le Ciel Philosophique, &
» d'où les Sages ont tiré leurs délices!
» O Eau permanente, qui dissout
» & purifie le Sol, notre nitre
» & notre salpêtre admirable, qui
» est sans prix, quoique peu estimé.
» C'est une chose vile & cependant
» très précieuse, uniquement
» chérie de notre Sol, comme
» son épouse: c'est un or très
» cher; vivant & pénétrant, qui
» convertit le corps du Sol en esprit,
» &c. Le Philalèthe joint à
ce Mercure la Saturnie, dont il a
parlé dans les Chapitres 3. & 4. de
son Introitus; & dont parle aussi
Artefius.

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PRE'FACE. ix
Voici maintenant ce que dit le Cosmopolite, (3) » faites dissoudre
» le corps, séparez-en les matières
» étrangères, & le purifiez,
» joignez les matières pures avec
» ce qui est pur, selon le poids de
» la nature. Car sachez que le
» nitre central ne retient de la terre
» que ce qui lui est nécessaire. »
Et le même Auteur continue dans
son Epilogue, & dit: » ce qu'on
» emploie est une chose vile &
» précieuse, c'est l'eau de notre
» rosée, dont on tire le salpêtre
» des Philosophes, qui donne la
» nourriture & l'accroissement à
» toutes choses.... C'est notre aimant
» & notre acier.... Le sujet
» que nous demandons est devant
» les yeux de tout le monde, &
» n'est pas cependant connu. O
» notre Ciel, notre Eau, notre
» Mercure, notre Nitre, qui nage

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(3) Novum Lumen Chimicum, Tractatu XII, ad finem.

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x PRE'FACE.
» dans la mer de ce (4) monde.
» O notre soufre fixe & volatil!
» sans lui rien ne peur être engendré,
» rien ne peut naître; rien ne
» peut vivre.
Voici un endroit parallèle du bon Trévisan dans sa parole délaissée,
» la matière dont est extraite
» la Médecine souveraine & secrète
» des Philosophes, est seulement
» or très pur, & argent très
» fin, & notre vif-argent: tous lesquels
» tu vois journellement, altérés
» toutefois, & mués par artifice,
» en nature d'une matière

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(4) Ce parallèle se confirme par les paroles même de Morien: Jam abstulimus nigredinem;
ce sont ses paroles, & cum sale Anatron, id est,
sale nitri & Almizadir cujus complexio est frigida
& sicca, fiximus nigredinem.... inprimis est
nigredo: postea cum sale Anatron sequitur albedo.
Et plus bas il dit encore: sapientes autem
dixerunt, quòd si hoc quod quaeris in sterquilinio
inveneris, illud accipe: si verò in sterquilinio non
inveneris, tolle manum tuam à marsupio. Omnis
enim res quae magno emitur pretio in hujusmodi.
Artificio mendax & inutilis reperitur.

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PRE'FACE. xj
» blanche & sèche, en manière de
» pierre, de laquelle notre argent
» vif & soufre est élevé, & extrait
» avec forte ignition, par réitérée
» destruction d'icelle, en résolvant
» & sublimant; & en cet argent
» vif sont l'air & le feu....
» Donc le premier degré de
» la Pierre Physique, est de faire
» notre Mercure Végétal, net &
» pur; qui est aussi nommé par les
» Philosophes soufre blanc, non
» brûlant, lequel est moyen de
» conjoindre les soufres avec le
» corps: & Mercure véritablement;
» bien qu'il soit aussi de nature fixe,
» subtil & net, est uni avec
» les corps, & adhère & se joint
» au profond d'iceux, moyennant
» la chaleur & l'humidité d'icelui,
» duquel les Philosophes ont dit:
» qu'il est moyen de conjoindre les
» teintures, & non pas de l'argent
» vif vulgaire, à cause que tel
» Mercure est froid & flegmatique,
a vj
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xij PRE'FACE.
» & par conséquent destitué de
» toute opération de vie.
Qui lira & méditera bien ces trois endroits, les trouvera parallèles,
& renfermant la même doctrine.
Et c'est là ce que les Philosophes
Grecs ont nommé leur Arsenic:
& c'est le Mercure des Philosophes,
sans lequel rien ne se
fait dans l'art, non plus que dans
la nature. C'est néanmoins ce que
n'explique pas le Philalèthe dans
son Introitus. Mais je le rapporte
ici, & je le rapproche de ce qu'en
ont dit les autres Philosophes. C'en
est assez: travaille à présent qui
voudra.
Les Colombes de Diane sont une autre Enigme du Philalèthe, sur
lesquelles il y a quatre Explications.
Les uns prétendent que ce
sont deux Marcassites, blanches à
peu près comme l'argent; savoir,
le Bismuth & le Zinc; d'autres prétendent
que c'est le sublimé corrosif,

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PRE'FACE. xiij
travaillé avec le nitre & le
vitriol; quelques-uns veulent que
ce soit l'eau forte, faite de nitre
& de vitriol; ce qui se rapporte à
ces Colombes qui sont inséparablement
unies dans les embrassements
de Vénus. Enfin les plus
sensés assurent que ce sont deux
parties d'argent contre une de Régule
martial d'Antimoine: on peut
éprouver ces quatre moyens, &
s'en tenir à celui qui réussira. Mais
le Savant Olaüs Borrichius croit
que cette voie des Colombes de
Diane est trop longue & trop ennuyeuse;
d'autres disent qu'elle est
fausse, je n'en sais rien. On l'éprouvera
donc si l'on veut.
Telles sont les plus grandes difficultés que j'ai trouvées dans l'Introitus
du Philalèthe; venons maintenant
au fond de l'Edition même.
Celle que je publie est fort différente
de toutes les précédentes,
soit Latines, soit Françaises.

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xiv PRE'FACE.
La première que nous en ayons fut méditée à Hambourg en 1666.
& imprimée l'année suivante à
Amsterdam. M. Langius qui l'a
donnée, ne fait pas difficulté de
reconnaître qu'elle est extrêmement
imparfaite: & comme le
Philalèthe était encore vivant, il
le prie de lui communiquer, ou de
publier lui-même son Ouvrage
dans un meilleur état, que l'Edition
qu'il en faisait paraître. Elle
est néanmoins la base de toutes
celles qui ont été données, soit
dans le Musaeum Hermeticum de
1677. soit dans le Recueil de
M. Manget.
Le Savant M. Wedelius en publiant de nouveau cet Ouvrage en
1699. avoue qu'il n'a copié que la
première Edition. Sa Préface qui
est assez curieuse, se borne à rapporter
quelques exemples de transmutations
métalliques, & à faire
une exhortation très sérieuse, non

@

PRE'FACE. xv
seulement aux Médecins, mais
même aux Théologiens, aux Jurisconsultes,
aux Historiens & aux
Littérateurs, pour les engager à
cultiver la science Hermétique.
Cela est bon en Allemagne, mais
rien n'est plus contraire à nos
moeurs, que de se livrer à de pareilles
chimères. Enfin la dernière
Edition que j'ai vue, est celle du
Docteur Jean-Michel Faustius de
Francfort, avec une longue & ennuyeuse
Epître Dédicatoire aux
Magistrats de cette Ville, où il
rapporte que le savant M. Becher
avait vu faire publiquement en
1700. la transmutation en or chez
l'Electeur de Mayence. D'ailleurs
j'ai renfermé dans l'Histoire du
Philalèthe ce qu'il rapporte de singulier
au sujet de cet Artiste. Mais
quant à l'Edition il avoue que c'est
toujours le même fond, que celle
de Langius. Ainsi toutes sont également
fautives.

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xvj PRE'FACE.
Il n'en est pas de même de celle que je donne aujourd'hui: Elle est
conforme à l'Edition Anglaise de
1669. qu'on doit regarder comme
originale & qui est extraordinairement
rare. C'est par là que j'ai
corrigé les contre-sens, qui se trouvaient
dans toutes les autres Editions
Latines. C'est de là que j'ai
tiré les additions essentielles, que
conformément à l'esprit de l'Auteur,
je n'ai pas fait difficulté d'insérer
dans le texte. Mais afin qu'on
soit sûr des endroits que j'ai corrigés,
j'en fais des observations particulières
à la fin de ce Volume.
Par ce moyen on aura non-seulement
les anciennes Editions, quoique
fautives; mais on trouvera
aussi dans le corps de l'Ouvrage
le véritable sens de l'Auteur. Ainsi
le Lecteur intelligent sera en état
d'en faire la comparaison.
La Traduction Française du Sieur Salmon Médecin, outre les

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PRE'FACE. xvij
fautes de l'Edition Latine, y a
encore ajouté celles qui viennent
d'un mauvais Traducteur, qui n'entendait
ni son texte, ni sa propre
langue. On peut donner son travail,
pour un parfait modèle d'une
médiocre traduction. Il parle Latin
en Français; au lieu que j'ai
fait parler le Philalèthe comme il
ferait lui-même, s'il écrivait aujourd'hui
en notre langue. La comparaison
des deux versions doit
faire la preuve de ce que j'avance.
Le Second Traité que je publie du Philalèthe est fort succinct: ce
sont des Expériences, qu'il a faites
pour la préparation du mercure
des sages. J'y ai joint également
le Latin, afin que l'Artiste examine
lui-même la fidélité de ma traduction.
Je publie ce traité d'après
l'Edition d'Elzevir de 1678.
Le Troisième Ouvrage un peu plus étendu que le précédent, est un
Commentaire du Philalèthe, sur

@

xviij PRE'FACE.
l'Epître que Georges Ripley écrivit
sur la science Hermétique au
Roi d'Angleterre Edouard IV.
c'est une traduction de l'Anglais
qui n'avait jamais paru, ni en Latin,
ni en Français. On y retrouve
toujours le même système de
l'Auteur, qui ayant pratiqué longtemps,
était fixe dans ses principes.
L'Edition Anglaise fut publiée à
Londres en 1678. dans un recueil de
quelques Ouvrages du Philalèthe.
Enfin le Quatrième Traité renferme vingt Règles ou maximes, que
cet Artiste a jointes à son Commentaire
sur Ripley. Il s'y explique
avec une précision dogmatique,
qui doit satisfaire le vrai Philosophe,
qui ne hait rien tant que
les longs discours. Le même esprit
règne dans tous ces Traités, &
c'est ce qui fait plaisir à un Lecteur
attentif, qui se rebute aisément
d'un Auteur, qui varie dans ses sentiments
& dans ses opérations.

@

PRE'FACE. xix
J'aurais pu donner un plus grand nombre d'ouvrages de cet habile
Artiste; mais ce ne seraient que
des répétitions de ceux que je produis
ici. On n'en découvrirait pas
plus d'une manière que de l'autre.
Je rapporte dans cette Préface ce
qui peut éclaircir les endroits obscurs
ou douteux de cet Ecrivain;
& quiconque ne comprendra rien
aux Quatre que je publie, n'avancerait
point davantage par les
autres: ils sont même beaucoup
moins clairs, que ceux qui paraissent
dans ce Volume.
Tout ce qu'on vient de lire, & ce qu'on trouve expliqué dans
ces quatre Traités, est plus que
suffisant pour satisfaire l'Artiste
visionnaire; s'il n'était pas content
de toutes ces chimères, je
pourrais lui en produire beaucoup
d'autres. Peut-être ne seraient-elles
pas aussi folles; peut-être même
le seraient-elles davantage. Il

@

xx PRE'FACE.
y en a cependant quelques-unes
qui sont utiles par les remèdes
qu'on en tire & par d'autres usages
qu'on en peut faire; d'autres
sont purement curieuses & ne satisfont
que les yeux & l'imagination,
d'autres enfin sont folles &
extravagantes. Je parle sincèrement
& je me flatte qu'on m'en
croira.
Pour une plus grande instruction, on aurait pu mettre dans ce
Volume les Supercheries qu'emploient
ordinairement les faux Adeptes,
pour tromper les personnes
avides de biens & de richesses:
mais M. Geoffroy de l'Académie
Royale des Sciences, les a expliquées
dans un si grand détail &
avec tant de précision, que je me
ferais tort à moi-même de remanier
cette matière après un aussi
excellent homme: ainsi je renvoie
à sa Dissertation, insérée ci-après,
& les Mémoires de L'Académie des

@

PRE'FACE. xxj
Sciences. Comme ce savant & habile
Artiste est commis par Sa Majesté,
pour examiner tous les Phénomènes
Métalliques, que l'on
propose à la Cour, il est plus en
état que personne de connaître
toutes les tromperies des faux Artistes,
qui présentent leurs folles
idées & leurs imaginations chimériques
aux Ministres du Roi.
Je ne dois pas omettre ici une observation particulière, sur quelques
termes du Prince de la Mirandole,
rapportés ci-après, page
18. de l'Histoire des Transmutations
Métalliques, soit même dans
l'Histoire du nommé Delisle. On
prétend faire entendre dans ces
deux endroits, que l'Oeuvre Hermétique
se peut accomplir par des
simples, c'est-à-dire, par le suc
ou le sel des Herbes & des Plantes.
Rien n'est plus contraire, je
ne dis pas seulement aux Maximes
des véritables Philosophes; mais

@

xxij PRE'FACE.
encore au procédé constant & uniforme
de la nature.
Tous les Etres ne se perfectionnent & ne se multiplient que par
des Spermes, qui sont dans leur
espèce, ou du moins dans leur
genre: Natura non emendatur nisi
in naturâ. C'est l'axiome inviolable
des plus habiles Artistes; la
multiplication ne passe point d'un
genre à l'autre. Que l'on considère
la propagation des Plantes, elle se
fait toujours dans l'espèce qui lui
est propre. Un rosier ne produira
jamais du blé; jamais un oranger
ne donnera des melons: on doit
pareillement être persuadé que tout
se passe avec la même uniformité
dans le genre des minéraux. Le
germe du blé, de l'orge, ou de
la semence des légumes, ne saurait
produire de l'antimoine; comme
le plomb, l'or & l'argent, ne
feront jamais naître des pêches,
des abricots, ni des oranges. C'est

@

PRE'FACE. xxiij
sur quoi on fit une excellente Dissertation
dans le temps même de
l'aventure de Delisle, pour montrer
la fausseté de ses prétendues
préparations. Je l'aurais publiée si
je l'avais pu recouvrer; mais peut-
être l'occasion se présentera-t-elle
d'y revenir.
Il est bon néanmoins de montrer d'où vient cette fausse idée.
On sait combien d'allégories les
Chimistes répandent dans leurs Ecrits:
chacun d'eux emploie celles
qui lui font le plus de plaisir,
ou qui se présentent les premières
à leur imagination. Nicolas Flamel
se sert, dans ses figures, de
l'idée d'un jardin, où l'on trouve
une belle fleur au sommet d'une
haute montagne, une autre fois
un rosier fleuri; dans une autre
figure, c'est un Roi qui fait
égorger des innocents, dont le
sang sert à former un bain pour le
Roi des métaux: il y met même

@

xxiv PRE'FACE.
des serpents & des dragons, qui
courent avec précipitation, & qui
enfin se dévorent mutuellement.
Tous ces symboles sont de pures
imaginations, pour désigner obscurément
leurs matières & leurs
opérations.
Ceci est d'autant plus vrai à l'égard du nommé Delisle, que
c'est l'idée perpétuelle, qui se
trouve dans le Livre du Jardin des
Richesses, (Hortus Divitiarum,)
qu'il avait eu du Philosophe, qu'il
avait servi. Ce Livre a passé manuscrit
entre mes mains, après
avoir été au nommé Aluys, &
depuis à M. de Percel, que j'ai cité
à la fin de l'Histoire des Transmutations
Métalliques. J'en parle
néanmoins encore dans le même
endroit.

pict
TABLE
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pict

T A B L E
Des Articles contenus dans ce deuxième Volume. ----------------------------------

I.
D ISCOURS Préliminaire, ou Histoire des Transmutations Métalliques. 3 I. Arnauld de Villeneuve, ibid. II. Raymond Lulle, 6 III. Des suites de ces Transmutations,
10 IV. Jean Pic, Prince de la Mirandole,
15 V. Le Cosmopolite & Sendivoge, 22 VI. Transmutation faite par Dubois,
26 VII. Gustenhover de Strasbourg,
28 Tome II. b
@

xxvj T A B L E
VIII. Berigard de Pise, 31 IX. Jean Baptiste Van-Helmont, 33 X. Transmutation faite à Pragues
en 1648. par l'Empereur Ferdinand III. 35 XI. Gustave Adolfe, Roi de Suède,
44 XII. M. Helvetius, premier Médecin
du Prince d'Orange, 46 XIII. Dispute du P. Kircher, Jésuite
Allemand, avec quelques Philosophes Hermétiques, 51 XIV. Transmutations faites à Berlin
& à Dresde, 62 XV. Histoire du nommé De Lisle,
Provençal, prétendu Adepte, 68 Lettre écrite par M. de Cerisy, Prieur
de Châteauneuf, au Diocèse de Riez en Provence, le 18. Novembre 1706. à M. le Vicaire de S. Jacques du Haut-Pas, à Paris, 69 Autre Lettre du dit Sieur de Cerisy
au même, 27. Janvier 1707.
72
@

DES ARTICLES. xxvij
Lettre de M. de Lions Chantre de
Grenoble, du 30. Janvier 1707. 74 Copie de la Lettre écrite à M. Desmaretz,
par M. l'Evêque de Senez, le 1709. 76
Extrait d'une Lettre du 19. Juillet
1710. écrite à M. Ricard, Gentilhomme provençal, demeurant rue Bourtibourg, 84 Certificat de M. de S. Maurice,
Président de la Monnaie de Lyon, 86 Rapport du Monnayeur de la Monnaie
de Lyon, 94 Suite de l'histoire du nommé Delisle,
95 XVI. Des supercheries concernant
la Pierre Philosophale, par M. Geoffroy. 104
II.
Le Véritable Philalèthe, ou l'Entrée
au palais fermé du Roi, revu & b ij
@

xxviij T A B L E
augmenté sur l'Original Anglais, 1 PRE'FACE de l'Auteur, 3 CHAPITRE I. De la nécessité du Mercure
des Sages, pour faire l'Elixir, 7 CHAPITRE II. Des Principes qui
compose le Mercure des Sages, 13 CHAPITRE III. De l'Acier des Sages,
19 CHAPITRE IV. De l'Aimant des
Sages, 21 CHAPITRE V. Le Cahos des Sages,
25 CHAPITRE VI. De l'Air des Sages,
29 CHAPITRE VII. De la première
Opération, pour la préparation du Mercure des Philosophes par les Aigles volantes, 35 CHAPITRE VIII. Du Travail &
de l'ennui, que cause la première Préparation, 43 CHAPITRE IX. Du pouvoir de notre

@

DES ARTICLES. xxix
Mercure sur tous les Métaux,
49 CHAPITRE X. Du Soufre, qui se
trouve dans le Mercure Philosophique, 53 CHAPITRE XI. Comment on a trouvé
le parfait Magistère, 57 CHAPITRE XII. De la manière générale
de faire le parfait Magistère, 75 CHAPITRE XIII. De l'Usage du
Soufre mûr dans le travail de l'Elixir, 77 CHAPITRE XIV. Des Circonstances
qui surviennent & qui sont requises à l'Oeuvre en général, 121 CHAPITRE XV. De la Purgation
accidentelle du Mercure & de l'Or, 127 CHAPITRE XVI. De l'Amalgame
du Mercure & de l'Or, & du poids convenable de l'un & de l'autre, 137 CHAPITRE XVII. De la Proportion
du vase, de sa forme & de
@

xxx T A B L E
sa matière, & de la manière de le boucher, 145 CHAPITRE XVIII. De l'Athanor
ou Fourneau Philosophique, 153 CHAPITRE XIX. Du progrès de
l'Oeuvre pendant les quarante premiers jours, 169 CHAPITRE XX. Quand la noirceur,
arrive dans l'Oeuvre du Soleil & de la Lune, 195 CHAPITRE XXI. Comment on peut
empêcher la Combustion des fleurs, 203 CHAPITRE XXII. Du Régime de
Saturne, & pourquoi il est ainsi nommé, 211 CHAPITRE XXIII. Des différents
Régimes de l'Oeuvre, 215 CHAPITRE XXIV. Du premier Régime
de l'Oeuvre, qui est celui de Mercure, 217 CHAPITRE XXV. Du second Régime
de l'Oeuvre, qui est celui de Saturne, 227 CHAPITRE XXVI. Du troisième

@

DES ARTICLES. xxxj
Régime ou de Jupiter, 233 CHAPITRE XXVII. Du quatrième
Régime, de la Lune, 237 CHAPITRE XXVIII. Du cinquième
Régime ou de Vénus, 241 CHAPITRE XXIX. Du sixième Régime
ou de Mars, 247 CHAPITRE XXX. Du septième Régime,
du Soleil, 249 CHAPITRE XXXI. De la Fermentation
de la Pierre, 255 CHAPITRE XXXII. De l'Imbibition
de la Pierre, 259 CHAPITRE XXXIII. De la Multiplication
de la Pierre. 263 CHAPITRE XXXIV. Manière de
faire la Projection, 267 CHAPITRE XXXV. Des différents
Usages de la Pierre, 269
III.
EXPERIENCES sur la Préparation du
Mercure Philosophique pour la Pierre, par le Régule Martial étoilé d'antimoine & l'argent, par
@

xxxij TABLE DES ARTIC.
Irenée Philalèthe, 275
IV.
EPITRE de Georges Ripley & Edouard
IV. Roi d'Angleterre, expliquée par Eyrenée Philalèthe, traduite d'Anglais en Français, 296
V.
REGLES du Philalèthe, pour se conduire
dans l'Oeuvre Hermétique, traduites de l'Anglais, 327
VI.
REMARQUES sur les différences, qui
se trouvent entre cette nouvelle Edition du Philalèthe & les anciennes, 343
HISTOIRE
@



H I S T O I R E
D E L A
P H I L O S O P H I E H E R M E T I Q U E
T O M E S E C O N D.
@
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pict

D I S C O U R S P R E L I M I N A I R E o u H I S T O I R E D E S TRANSMUTATIONS METALLIQUES. ==================================

I.
Arnauld de Villeneuve.
pict 'HISTOIRE des Transmutations
Métalliques, vraies ou fausses, est une suite naturelle de celle que je viens de donner de
la Philosophie Hermétique. Mais
A ij
@

4 TRANSMUTATIONS
pour en faire la preuve, je prétends
me conduire suivant les maximes
du droit; je ne me servirai
pas du témoignage des artistes,
qui pourraient assurer l'avoir faite;
ce sont des gens trop suspects;
personne en cette occasion, ne
saurait être ni témoin, ni juge
en sa propre cause. Je me servirai
donc toujours de témoins étrangers
aux artistes, ou même de
faits publics & reconnus, ou du
moins certifiés par des personnes,
qui pourraient en être crues en
Justice. Mais en rapportant ces témoignages,
je ne veux rien garantir.
Tout doit être sur le compte
des Auteurs que je cite; & des
titres que je rapporte.
Je ne remonterai pas plus haut qu'Arnauld de Villeneuve; c'est
même aller encore assez loin, que
de commencer la preuve de ces
Transmutations dès le XIII ou
XIV siècle. Un de ses Contemporains,

@

METALLIQUES. 5
c'est Jean André célèbre
Jurisconsulte, reconnaît donc que
de son temps Arnauld étant à Rome,
y convertissait des Verges de
fer en or, & qu'il le soumettait à
toutes les épreuves. Ce témoignage
célèbre, que j'ai rapporté ci-
dessus, est annoncé dans tous nos
livres; c'est même ce qui a porté
Oldrade & l'Abbé Panorme illustres
Canonistes (1) à conclure
que l'Alchimie ou Chimie Métallique
est un art permis, n'y ayant
aucun inconvénient de changer
un métal imparfait en un métal
parfait, parce qu'ils viennent tous
des mêmes principes. Savoir du
Mercure & du soufre métallique;
& se trouvent tous par conséquent
dans le même genre. (2)

----------------------------------
(1) Oldrad. Consilio 69. Panormitan In V. Decretal. Tit. de Sortilegiis. C. 2. ex tuarum
tenore.
(2) Alchimia est ars perspicaci ingenio inventa, ubi expenditur tantum pro tanto &
tale pro tali, sine aliqua falsificatione formae
A iij
@

6 TRANSMUTATIONS
II.
Raymond Lulle.
L'EXEMPLE de Raymond Lulle suit de près celui d'Arnauld de
Villeneuve. J'ai déjà fait connaître
que ce pieux Philosophe avait
fait, à ce qu'on prétend, plusieurs
Transmutations en Angleterre,
au commencement du XIV siècle.
Nous n'avons pas seulement le
témoignage de Jean Cremer Abbé
de Westminster: mais le célèbre
Camden excellent critique & très
habile dans les antiquités de sa
Nation, ne fait pas difficulté de

----------------------------------
vel materiae: secundum Andream de Isernia &
Oldradum. Idem etiam tenet Joannes Andreas.
Hoc in super firmavit Abbas siculus (Panormitanus)
ubi allegat Oldradum, quod licet non
possit una species in aliam commutari, nisi à
Deo, tamen hîc una non transmutatur in
aliam, cum omnia metalla procedunt ex eodem
fonte & origine, scilicet ex sulphure & argento
vivo. D. Fabianus de Monte S. Severin. In
tractatu de emptione & venditione quaest. 5. num. 8.

@

METALLIQUES. 7
reconnaître que les pièces, nommées
des Nobles à la rose, fabriquées
au temps d'Edouard, sont
un effet du travail & de l'industrie
de Raymond Lulle. Je dirai même
que ces espèces sont moins
rares dans le nord d'Angleterre
que dans la Capitale. Un de mes
amis en a eu plusieurs, & quelques-
unes sont du poids de dix ducats.
Telle pourrait être la pièce suivante,
dont voici l'empreinte que
le célèbre Jean Selden * en a publiée:

----------------------------------
* In Mare clauso Libro. III.
A iiij
@

8 TRANSMUTATIONS
pict
Mais ce Savant est fort embarrassé à donner l'explication de la
Légende, qui est autour de la
pièce; Jesus autem transiens per
medium illorum ibat. Il ne laisse

@

METALLIQUES. 9
pas de rapporter après Camden;
mais sans le croire, que l'on a pris
ces paroles de l'Evangile pour une
devise des Chimistes: mais je n'ai
lu en aucun endroit que les artistes
de la science Hermétique s'en
soient servi pour les accommoder
à leur art; en voici une explication
plus simple.
Raymond Lulle après son opération trouva moyen de s'évader
de la tour de Londres, où il était
détenu; & avec une barque ou un
vaisseau il sut franchir le passage
de la mer & sortir de l'Angleterre,
sans qu'on s'en aperçut. C'est à
quoi se rapportent ces paroles de
l'Evangile, ou Edouard paraît insinuer,
que l'Auteur de la matière
de ces pièces d'or avait passé au
travers de ses vaisseaux, comme
Jésus-Christ avait fait an milieu
de ses Disciples, sans qu'on le vît,
ou sans qu'on le connu.
Il est vrai cependant, que ce A v
@

10 TRANSMUTATIONS
ne fut que sous Edouard III. ou
Ve. que l'on commença en Angleterre
à frapper des monnaies d'or;
mais ce pourrait être de celui que
Raymond avait fait sous le Règne
précédent, ou de celui que Cremer
instruit par Raymond Lulle, pouvait
avoir produit à ce Prince, sous
lequel il a vécu.

III.
Des suites de ces transmutations.

LES Transmutations faites dans les premières années du XIVe
siècle par Arnauld de Villeneuve
& Raymond Lulle, produisirent
dans le même temps une infinité
d'Artistes, qui voulurent opérer.
On s'empressait à prendre le titre
de Philosophe Hermétique. Et
comme très peu réussissaient dans
le vrai, ils se jetaient dans le
faux, ainsi que l'ont fait depuis
ceux qui se mêlent de travailler

@

METALLIQUES. 11
sans connaître. Ces sortes de falsificateurs
régnèrent en France & sur
tout à Avignon; ce qui donna lieu
au Pape Jean XXII. de publier une
(1) Bulle en 1317. pour abolir un
abus aussi pernicieux à la société.
Il savait combien il était
difficile de connaître les opérations
des véritables Philosophes,
& combien au contraire il était

----------------------------------
(1) Spondent pariter quas non exhibent divitias pauperes Alchymistae, pariter, qui se sapientes
existimant, in foveam incidunt, quam
fecerunt: nam haud dubie hujus Artis (Alchymiae)
alterutrum se professores ludificant, cum
suae ignorantiae conscii, eos qui supra ipsos aliquid
hujus modi dixerint, admirantur; quibus
cum veritas quaesita non suppetat, diem cernunt,
facultates exhauriunt, iidemque verbis dissimulant
falsitatem, ut tandem quod non est in
rerum natura, esse verum aurum, vel argentum
Sophisticâ Transmutatione confingant: eoque
eorum temeritas damnata & damnanda progreditur,
ut fidis metallis cudent publicae monetae
characteres fidis oculis, & non aliàs Alchymicum
fornacis ignem vulgum ignorantem eludant.
Haec itaque perpetuò volentes exulare
temporibus, hâc edictali constitutione sancimus,
ut quicunque hujus modi aurum, vel argentum
fecerint.... perpetuae infamiae nota respersis,
Joan. XXII. Extra de Crimine falsi.
A vj
@

12 TRANSMUTATIONS
facile d'altérer & de falsifier le
titre des espèces & des métaux.
C'est ce qui lui fit prendre soin de
l'intérêt public. Et il nota d'infamie
tous ceux qui s'appliqueraient,
ou qui contribueraient à ces altérations.
Il alla même jusques à
condamner à une prison perpétuelle
ceux qui pourraient le mériter.
C'est le sens de sa Bulle, qui
attaque les pauvres Alchimistes
qui promettent des richesses, qu'ils
ne sauraient ni produire, ni donner.
Et c'est là tout ce que pouvait
faire un Pape: il laissait aux
Princes & aux Juges séculiers le
soin d'imposer de plus grandes
peines. Le Pape qui avait prévu
les conséquences dangereuses de
ces fausses opérations, se vit obligé
par une autre Bulle donnée en
1322. d'agir contre les faux monnayeurs
qui altéraient la monnaie
du Royaume.
Et s'il est permis de raisonner
@

METALLIQUES. 13
en matière de faits, on doit croire
que les faux métaux, produits par
les prétendus Philosophes, étaient
une preuve qu'il s'en était fait de
véritables par la science, dont ces
Artistes ne connaissaient qu'une
partie. On ne donne dans de fausses
opérations que pour imiter les
véritables qui se sont faites; comme
on ne fabrique de la fausse Monnaie,
que parce qu'on veut imiter
la véritable pour tromper les
hommes. Le faux dans ces occasions
est la preuve du vrai.
Mais le souvenir des transmutations dura beaucoup plus longtemps
en Angleterre. Les idées
de celles de Raymond Lulle & de
Cremer n'étaient pas encore effacées
vers la fin du XIV. siècle.
C'est ce qui porta Henri IV. Roi
d'Angleterre à publier quatre
Edits, ou lettres Patentes adressées
aux Seigneurs, aux Nobles, aux
Docteurs & Professeurs & sur tout

@

14 TRANSMUTATIONS
aux Prêtres, pour les engager à
chercher la pierre Philosophale &
pour porter ceux qui la savent ou
qui la sauront à la lui découvrir,
en ayant besoin pour payer les
dettes de l'Etat, qui était extrêmement
obéré. Il prie même les
Prêtres plus particulièrement que
les autres de s'y appliquer, par un
motif qu'aucun Souverain Catholique
ne se serait jamais avisé d'imaginer
& d'exprimer, sur tout dans
des lettres Patentes. Parce que
dit-il en parlant des (2) Prêtres,
qu'ayant le bonheur de convertir
le pain & le vin au Corps & au
Sang de Jésus-Christ, il leur sera facile
de changer un métal imparfait
en un métal pur & parfait. Un
Prince qui a des sentiments de
religion, peut-il ainsi mêler les
choses Saintes avec des sujets aussi
profanes & aussi chimériques?

----------------------------------
(2) Joh. Petty fodinae Regales parte I. cap. 27.

@

METALLIQUES. 15
IV.
Jean Pic Prince de la Mirandole.

C'est descendre bien bas que de passer tout à coup de Raymond
Lulle à Jean Pic Prince de la Mirandole:
mais je le fais, pour n'employer
aucune preuve équivoque,
& ne prendre que des témoins
hors de tout soupçon. Ce Prince
qui avait exactement étudié toutes
les parties de la Philosophie, fut
convaincu par lui-même du succès
des opérations Hermétiques. C'est
ce qui lui fit entreprendre un traité
fort curieux sur l'or, (de Auro libri
tres.) Il marque donc au chapitre
2 . du troisième Livre, la conviction
qu'il a eue de la transmutation
des métaux imparfaits en argent
& en or, non seulement par
des personnes dignes de foi; mais
encore par sa propre expérience;
quoique lui-même n'en sût pas le
secret.

@

16 TRANSMUTATIONS
Je viens maintenant, dit ce (3) Prince, à ce que mes yeux ont vu
de ce prodige, sans voile & sans
obscurité. Un de mes amis qui vit
encore à présent, a fait plus de
soixante fois en ma présence de l'or
& de l'argent, je l'ai même vu
opérer par différents moyens, jusque-là
qu'avec une eau métallique,
où il n'entrait ni or, ni argent,
pas même du vif-argent, qui
est le principe des métaux, il faisait
de l'or & de l'argent, il est
vrai que par cette dernière opération,
il en faisait en petite quantité

----------------------------------
(3) Picus Mirandulan, de auro libro. 3. cap. 2. circa medium Venio ad ea quae nostris oculis,
citra velamen patuere, vivit ad hanc diem vit
mihi notus & amicus, qui plus sexagies suis
manibus ex rebus metallicis aurum & argentum
me presente, nec unâ tantùm via, sed multis
id est assecutus; vidi etiam in confectione aquae
metallicae, inqua nec argentum, nec aurum,
nec etiam sulphur, aut hydrargyron, auri principia
ponerentur, ex insperaro argentum simul
& aurum generatum fuisse; sed non eâ quantitate
ut frequentari posset, minus enim lacrum
quàm impensa.

@

METALLIQUES. 17
& que la dépense excédait le
profit.
Un autre, continue ce Prince, & que je crois (4) encore vivant,
fait en peu de jours & à peu de frais
dans un petit fourneau de l'or, qu'il
vend aux orfèvres, qui le trouvent
très pur: comme il est riche
& très habile, il ne s'applique point
à ce travail par aucun besoin, mais
seulement pour examiner les opérations
de l'art & de la nature.
Il en est un qui est encore (5) en vie, à ce que je crois, par lequel
j'ai vu, à l'aide d'un feu violent,

----------------------------------
(4) Est alius, ut existimo, inter vivos adhuc, neque enim constat illum inter eos versari
desiisse, cui quoties libuerit suis ex furnulis
promitur aurum, parvâ impensâ, paucisque
diebus, quod pro auro purissimo vendit
publicis in officinis, artis & naturae beneficio
magis imitatus, quàm egestate, quippe cui
satis amplae sunt opes, amplissimae vero artis
industria. Picus Mirandulanus. Ibid.
(5) Virit adhunc temporis articulum, nisi parvo ante à diem obierit intervallo, vir cui non
defunt opes ad tolerandam personae seminobilis
conditionem, cujus manibus aes vidi conversum

@

18 TRANSMUTATIONS
convertir du cuivre en argent & en
or, par le moyen de quelques herbes
ou de quelques sucs.
Je ne puis m'empêcher de raconter (c'est toujours le Prince (6)
de la Mirandole qui parle) ce que
m'a dit un bon homme, qui n'était
pas riche. Il se trouvait réduit à la
dernière extrémité & n'avait aucune
ressource, soit pour payer ses
dettes, soit pour nourrir dans un
temps de disette une famille nombreuse,
dont il était chargé. Dans
ses agitations il ne laisse pas de se
livrer au sommeil: dans le même
temps un Bienheureux s'apparaît à

----------------------------------
in argentum & aurum quodam succo,
sive herbae sive fruticis, & igne praepotenti vim
suam in id metallum adigente. Picus Mirandulanus
ibid.
(6) Non desinam referre, quod mihi narravit inops quidam sese per quietem assecutum, atque
opere mox idem comprobavit. Is dum anxius
esset animi, ne satis intelligeret quo se
verteret pro toleranda fame, premebatur enim,
annonae caritate maximâ, premebatur aere alieno,
premebatur ingenti numero filiorum; sese tradidit

@

METALLIQUES. 19
lui en songe, & lui enseigne par
quelques énigmes le moyen de faire
de l'or, & lui indique au même
instant l'eau dont il devait se servir
pour y réussir, à son réveil il
prend cette eau, en fait de l'or,
en petite quantité à la vérité, mais
assez pour nourrir sa famille. Il en
fit deux fois avec du fer & trois ou
quatre fois avec de l'orpiment. Et
il m'a convaincu par mes propres
yeux, que le secret de faire de l'or
artificiellement n'est pas un mensonge,
mais un art véritable.
J'en ai vu d'autres qui de deux (7) manières ont converti en véritable

----------------------------------
sopori, conspexit que Coelitem quemdam
catalogo sanctorum adscriptum, qui faciendi
auri artem per aenigmata docuit, deinde aquam
subindicavit, primùm ex sese, non tamen magni
ponderis, sed talis tum ut inde paraverit
victum familiae; ex ferro quoque bis aurum fecit,
ex auripigmento ter, vel quater, & experimento
mihi fecit manifestum, auriferam artem
non vanam esse, sed veram. Ibidem.
(7) Vidi alium, qui duodus modis in verum argentum, cui mixtum erat aurum verteret vivum

@

20 TRANSMUTATIONS
argent du mercure où ils
avaient mis de l'or; d'autres qui
tiraient de l'or du Cinabre, d'autres
convertissaient en or & en argent
le mercure qu'ils tiraient du
plomb & du cuivre. Enfin depuis
peu de jours j'ai tenu & touché de
l'or, qui en ma présence avait été
fait en moins de trois heures par
le seul argent, sans néanmoins le
réduire, non plus que l'or en sa
première matière, comme le disent
les Philosophes.
Tel est le témoignage d'un Prince qui n'avait pas moins de sagesse
& de probité, que de lumières &

----------------------------------
argentum; vidi ex Cinabari, quibusdam
adjectis rebus, excluso & argento & auro, simul
aurum fieri, simul argentum;... vidi saepe
hydrargyron, & qui erat ex plumbo & aere detractus,
& in argentum & in aurum transformari.
Demum superioribus diebus & oculis
hausi & contrectavi manibus aurum, quod me
inspectante factum fuit ex argento trium circiter
horarum spatio, nullâ prius argenti factâ
vel in vivum argentum, vel in aquam conversione,
hoc est in primam metallorum materiam.
Picus mirandulanus ibidem.

@

METALLIQUES. 21
de discernement. C'est même ce
qui l'engage à donner des avis salutaires
à tous ceux qui attaquent
la Chimie Hermétique; il en donne
même de très Chrétiens à ceux
qui possèdent ou qui s'appliquent
à cette science: & il décide enfin
qu'il est permis de vendre l'or &
l'argent que l'on a fait par cette
voie, dès que par des épreuves
suffisantes on est certain de leur
bonté, qui surpasse même à ce qu'il
dit celle de l'or & de l'argent qui
se tirent des mines. Ce témoignage
est d'autant plus fort, que Pic
de la Mirandole ne dit pas qu'il en
ait lui-même le secret, ni qu'il se
mette en peine de le chercher.
Ainsi il ne parle pas de son propre
fait, mais du fait des Artistes, qui
ont opéré devant lui. Cependant
en rapportant son témoignage je
ne prétends pas répondre de toutes
les circonstances dont il est accompagné.

@

22 TRANSMUTATIONS
V.
Le Cosmopolite & Sendivoge.
ON A vu par l'histoire du Cosmopolite, que son malheur ne vint
que d'avoir fait imprudemment
des projections: celle qu'il fit à
Enkusen en 1602. & dont la preuve
se trouve dans le fait rapporté
au Tome premier de cet ouvrage
page, 324 & 325. ne tira point
à conséquence pour lui, non plus
qu'une pareille, qu'il fit à Basle en
Suisse en 1603. & dont M. Manget
rapporte la preuve dans la préface
de sa Bibliothèque Chimique.
Il assure même après Wedelius
qu'une partie de l'or de cette transmutation
se conserve à Basle dans
la famille de Messieurs Zwingers.
Mais une dernière opération qu'il
fit en Saxe, fut cause de sa perte,
comme je l'ai marqué dans la vie
de ce Philosophe à la page 325.

@

METALLIQUES. 23
du premier volume. Michel Sendivogius
avec beaucoup moins de
lumières, fit cependant beaucoup
plus de bruit, parce qu'il parut
plus longtemps dans le monde. M.
Desnoyers nous certifie le fait
d'une transmutation particulière,
faite devant Sigismond III. Roi
de Pologne, marquée ci-dessus au
Tome I. page 341. Ce fut une Richedale,
ou un Ecu pour parler
selon notre manière, qu'il fit rougir
au feu & dont il trempa une
partie dans l'Elixir qu'il avait reçu
du Cosmopolite. La partie trempée
se trouva changée en or & cette
pièce passa depuis du cabinet du
Roi de Pologne entre les mains
de M. Desnoyers lui-même, qui
la rapporta à Paris.
Et pour m'expliquer sur cette pièce par un Auteur contemporain,
je ne ferai que rapporter les termes
mêmes de Pierre Borel en son
livre du Trésor des Antiquités Gauloises
@

24 TRANSMUTATIONS
page 488. » M. Desnoyers,
» dit-il, a montré cette pièce à
» tous ceux qui ont voulu la voir
» & qui plus est en a fait examiner
» divers morceaux, qu'on a trouvé
» de pur or & sans alliage, tel
» qu'est tout celui des monnaies,
» faites de l'or de ces Philosophes
» (car on le distingue par ce
» moyen) vu qu'il n'y a point de
» monnaie commune sans alliage.
» Et pour faire voir que cette pièce
» a été effectivement convertie &
» non ajoutée de deux pièces,
» c'est qu'outre qu'il n'y parait
» pas de soudure, elle est toute
» poreuse en la partie convertie;
» parce que l'or étant plus serré &
» plus pesant que les autres métaux,
» il ne pouvait tenir le même
» volume de la Richedale,
» ni en conserver la figure sans
» devenir spongieux comme il
» fait. «
La seule différence est que M. Desnoyers
@

METALLIQUES. 25
Desnoyers attribue cette transmutation
à Sendivoge, au lieu que
Borel la croit du Cosmopolite,
mais je m'en rapporterais plutôt à
M. Desnoyers, témoin qui était sur
les lieux, qu'à Borel qui s'en trouvait
fort éloigné, & qui n'a pu
examiner le fait par lui-même.
Mais par rapport au fond, la chose
est toujours égale de quelque
manière que ce soit, ou le Cosmopolite
ou Sendivoge, c'est toujours
une transmutation prouvée.
Un autre fait, qui regarde Sendivoge, est pareillement certifié par
M. Desnoyers dans sa lettre imprimée
au premier volume page 339.
» Il fit ensuite un voyage à Pragues,
» dit M. Desnoyers, où était
» l'Empereur Rodolphe, devant
» lequel il fit la transmutation, ou
» plutôt il la fit faire à l'Empereur
» même, lui donnant pour cela
» de la poudre; en mémoire de
» quoi l'Empereur fit enchâsser
Tome II. B
@

26 TRANSMUTATIONS
» dans la muraille de la Chambre,
» ou cette opération se fit, une
» table de marbre, où il fit graver
» ces mots; FACIAT HOC » QUISPIAM ALIUS, QUOD
» FECIT SENDIVOGIUS POLONUS;
» & cette table de
» marbre s'y voit encore aujourd'hui.
» «
Ce fait qui se trouve appuyé sur une inscription publique, doit être
de l'an 1604. puisque Sendivoge
fit imprimer cette même année à
Pragues le Novum lumen Chimicum,
qu'il avait eu du Cosmopolite.

VI.
Transmutation faite par Dubois.

JE Peux joindre ici la transmutation faite devant Louis XIII.
Roi de France, par Dubois, marquée
aussi par Borel à la même
page du livre, que je viens de citer;
en voici les paroles. » L'or

@

METALLIQUES. 27
» fait par la poudre, que Dubois
» avait eue de Perrier son parrain,
» mis à la coupelle augmenta au
» lieu de diminuer, selon l'ordinaire
» des métaux qu'on coupelle;
» parce qu'il convertit une partie
» plomb de la coupelle en sa propre
» nature, à cause qu'il contient
» en soi de l'élixir plus qu'il
» ne lui en faut; parce que Dubois
» n'en savait pas les véritables
» doses, & en mettait plus
» qu'il n'en fallait, de peur de manquer
» à en faire voir l'effet.
Mais Borel à la page 163. du même livre dit quelque chose de
plus sur ce fait » on sait, dit-il
» qu'un médecin appelé Perrier
» (descendu peut être * de là) a
» possédé cet oeuvre, comme le
» montre la triste histoire de Du»

----------------------------------
(*) De-là; C'est-à-dire de Nicolas Flamel, qui donna le secret de la transmutation à un donné
Perrier, neveu de Perrenelle sa femme; & c'est
de, cet homme que pouvait descendre M. Perrier le
Médecin, suivant la conjecture de Borel.
B ij
@

28 TRANSMUTATIONS
bois son neveu & filleul; qui
» ayant trouvé de la poudre parmi
» ses papiers après sa mort, &
» n'en sachant pas le prix, parce
» qu'elle ne lui avait rien coûté,
» la profana malheureusement;
» & ne gardant pas le silence requis
» en cette science, en fit voir
» beaucoup de projections à Paris:
» & s'étant engagé d'en faire voir
» la composition, & n'y ayant pas
» réussi, faute d'adresse ou de bons
» mémoires, se fila le cordeau,
» dont peu après il fut pendu.

VII.
Gustenhover de Strasbourg.
L'HISTOIRE de Gustenhover est du même temps que celle du Cosmopolite.
C'était une orfèvre de
Strasbourg, qui pendant un fort
mauvais temps avait reçu charitablement
chez lui, vers l'an 1603,
un bon Religieux. Et comme heureusement

@

METALLIQUES. 29
ce dernier avait de la
reconnaissance, il fit présent à son
hôte d'une partie de poudre transmutatoire.
Gustenhover fit assez
inconsidérément plusieurs transmutations
devant des personnes
qui le déférèrent à l'Empereur
Rodolphe II. Ce Prince avait du
goût pour la science Hermétique,
& s'y appliquait même un peu plus
que ne doit faire un Empereur.
Il écrivit donc aux Magistrats de
Strasbourg, qu'on eut à lui envoyer
Gustenhover. Sur le champ les
Magistrats aveuglément soumis
aux ordres du Prince, font arrêter
l'orfèvre; & de peur qu'il n'échappe
à leur servile obéissance, ils le
confinent dans une tour, où il est
étroitement gardé, lui marquant
néanmoins que c'était pour l'envoyer
à Pragues, ou Rodolphe résidait
alors.
Gustenhover vit bien de quoi il s'agissait: il fait donc assembler ces
B iij
@

30 TRANSMUTATIONS
Magistrats & leurs marque de faire
apporter des creusets & du charbon,
& sans y toucher, il les prie
lui-même de faire toute l'opération.
Les creusets ayant donc été
placés entre des charbons allumés,
ils y mirent eux-mêmes des balles
de mousquet; & dès qu'elles furent
fondues, ils reçurent des mains
de l'orfèvre un peu de poudre,
qu'ils jetèrent chacun séparément
sur le plomb fondu dans leur creuset:
à l'instant le tout fut converti
en or très pur. Mais l'histoire ne
dit pas ce que fit l'orfèvre devant
l'Empereur Rodolphe.
Ce fait est rapporté par M. Manget, après Jean-Jacob Heilman,
Editeur du tome VIe. du
Théâtre Chimique, dans la préface
duquel on trouve cette histoire.

pict
@

METALLIQUES. 31
VIII.
Berigard de Pise.
L'AVENTURE arrivée au fameux Berigard célèbre Philosophe
Italien, n'est pas moins remarquable:
il avait toujours douté
de la transmutation des métaux;
mais un de ses amis lui ôta sa prévention.
Pour m'expliquer à ce sujet,
je me servirai de ses propres paroles
& le ferai parler lui-même.
Je ne croyais pas, dit-il, que l'on put (1) convertir le vif argent
en or, mais un amateur crût
me devoir ôter ce doute; il me
donne donc une dragme d'une poudre

----------------------------------
(1) Referam tibi fideliter, quod olim mihi contigit, cùm vehementer ambigerem, an aurum
ex hydrargyro fieri posset; accepi à viro
industrio, qui hunc mihi scrupulum aufferrae
voluit, drachmam pulveris, colore non absimilis
flori Papaveris sylvestris, odore verò falmarinum
adustum referentis, atque ut abesset
omnis suspicio jocosae fraudis, vasculum è multis
B iiij
@

32 TRANSMUTATIONS
de la couleur à peu près du
Pavot sauvage, & qui avait l'odeur
de sel marin décrépité ou
calciné. Et pour éviter toute supercherie,
j'achète moi-même des
creusets, du charbon & du vif argent,
dans lequel je suis certain
qu'il n'y a point d'or mélangé;
comme le font ordinairement les
charlatans.
Dix dragmes de vif argent que j'avais mis moi-même sur le feu
furent en un instant converties en
presque autant d'or très pur, qui
a soutenu toutes les épreuves des
orfèvres. Et si je n'avais pas fait

----------------------------------
venalibus unum accepi, carbonem & hydrargyrum,
quibus nihil auri occultè, ut fit a
circulatoribus, subjectum esset. Decem istius
drachmis pulverem injeci, subjectis igne satis
valido, statim que omnia exiguo intertrimento
in decem fere drachmas auri optimae naturae
coaluerunt: quippe quod aurificum judicio
nullam non subiit tentationem. Hoc nisi in
solo loco & remoto ab arbitris comprobassem,
suspicarer aliquid subesse fraudis: nam fidenter
testari possum, rem ita esse. Claudius Berigardus
in circulo Pisano. 25. in 4°.

@

METALLIQUES. 33
cette expérience en un endroit
secret de ma maison & à l'insu de
tout le monde, j'y aurais soupçonné
quelque tromperie. Mais je puis
assurer, continue ce Philosophe,
que la chose est telle que je la rapporte.
On sait que Claude Berigard n'était pas un homme crédule, &
le livre même, où il marque ce
fait est recherché par les esprits
forts, comme une des bases de
leur incrédulité. C'est le Circulus
Pisanus, ouvrage peu commun à
la vérité, mais qui se trouve dans
les meilleurs Cabinets.

IX.
Jean-Baptiste Van Helmont.
Si Van Helmont avait assuré que lui-même était possesseur de
la Pierre ou de l'Elixir des Philosophes,
peut être ne l'aurais-je pas
cru sur sa parole mais il ne va point
B v
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34 TRANSMUTATIONS
jusques là. Il se contente seulement
de dire qu'un Artiste, qu'il
n'avait connu que depuis peu de
jours (1) lui avait donné un demi
grain de poudre de projection,
avec quoi il transmua en pur or
neuf onces six gros de vif argent
qu'il en a fait plusieurs fois l'opération
en public, & toujours avec
un heureux succès, que c'est ce
qui l'a déterminé à croire (2) la
transmutation qu'une autre fois il
a fait la projection avec le quart
d'un grain sur huit onces de vif

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(1) Dabat enim mihi fortè semigranum illius pulveris, & inde unciae novem atque
3/4 argenti vivi transmutatae sunt. Istud autem
aurum dedit mihi peregrinus unius vesperi
amicus, Helmontius de Arbore vitae.
(2) Cogor credere lapidem aurificum & argentificum esse, quia distinctis vicibus, manu
meâ unius grani pulveris super aliquot mille
grana argenti vivi ferventis projectionem feci,
astanteque multorum coronâ nostri omnium,
eum titillante admiratione negocium in igne
successit, prout promittunt libri, &c. Helmontius
ibidem.

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METALLIQUES. 35
argent en ébullition (3) & que
tout fut converti en or, à l'exception
d'onze grains qu'il y eut
de diminution sur le tout. Il assure
qu'un de ceux qui la lui avait donnée,
en avait assez pour faire deux
cents milliers (4) pesants d'or.

X.
Transmutation faite à Pragues en 1648. par L'Empereur Ferdinand III.
L'HISTOIRE de la transmutation
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(3) Enim verò vidi illum pulverem aliquoties ... hunc ergo quadrantem unius grani
chartae involutum projeci super uncias octo argenti
vivi fervidi in crucibulo, & confestim
totus Hydrargyrus, cum aliquanto rumore stetit
a fluxu, congelatumque resedit, instar flavae
cerae, post fusionem cum ejus, flante folle,
repertae fuerunt octo unciae auri purissimi
granis undecim minus, Helmontius de Vita
aeterna fol. 590.
(4) Qui mihi primùm dabat pulverem aurificum, habebat saltem ad minimùm, ejus
tantumdem, quantum ad ducenta millena librarum
auri commutanda sat forent. Idem de
Arbore vitae.

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36 TRANSMUTATIONS
faite à Pragues en 1648. par
l'Empereur Ferdinand III. est attestée
par une médaille même, que
ce Prince en fit frapper alors. Elle
à deux pouces cinq lignes de diamètre
sur trois lignes & demie d'épaisseur:
en voici l'empreinte.

pict
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METALLIQUES. 37
Sur le revers de cette médaille se lit l'inscription suivante, dans la
même forme que je la marque ici.

RARIS HAEC UT HOMINIBUS EST ARS: ITA RARO IN LUCEM PRODIT: LAUDETUR DEUS IN AETERNUM, QUI PARTEM SUAE INFINITAE POTENTIAE NOBIS SUIS ABJECTISSIMIS CREATURIS COMMUNICAT.
En voici maintenant l'histoire. Un nommé la Busardiere, qui demeurait
à Pragues chez un Seigneur
de la Cour, étant tombé malade
& se sentant à l'extrémité,
écrivit à Vienne (1) au nommé
Richthausen son ami, de se rendre
incessamment auprès de lui; mais

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(1) Monconis Voyage d'Allemagne. Tome 2. in. 4. Lyon 1666.

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38 TRANSMUTATIONS
ce dernier n'arriva qu'après la mort
de son ami: il demanda néanmoins
si la Busardiére n'avait rien laissé.
Le maître d'Hôtel de ce Seigneur
lui montra une poudre, que son
Maître lui avait expressément ordonné
de bien conserver, quoi
qu'il n'en sut pas l'usage: Richthausen
se saisit adroitement de
cette poudre. Mais le Seigneur,
c'était comme on l'assure le Comte
de Schlick d'une maison très
illustre (2) & très puissante en
Bohême, l'ayant demandée à son
maître d'Hôtel, qu'il menaçait de
pendre lui-même, s'il ne la lui remettait,
sur le champ ce dernier,
qui sentit bien qu'il n'y avait que
Richtausen, qui eut pris cette poudre,
le va trouver avec deux pistolets
chargés, lui marquant qu'il
fallait ou mourir ou lui rendre à

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(2) Philipp, Jacob. Sachs aurum Chimicum, apud Manget Tom. I. pag. 193.

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METALLIQUES. 39
l'instant la poudre, dont son maître
était en peine; & qu'il était le
seul qui l'eut prise. Richthausen
vit bien qu'il n'y avait pas d'autre
moyen d'éviter la mort, qu'en
remettant la poudre. Il en garda
néanmoins une bonne partie, &
peut être même en supposa-t-il de
la fausse: c'est ce qui ne fut pas
éclairci. Richthausen possesseur
d'un trésor, dont il connaissait tout
le mérite, se fait présenter à l'Empereur
Ferdinand III. Prince extrêmement
curieux dans l'histoire
naturelle & la Philosophie. C'était
beaucoup risquer à Richthausen
de faire une démarche aussi
délicate, & il fallait qu'il eût une
grande confiance en la probité
de l'Empereur, pour risquer une
pareille ouverture.
L'Empereur prit toutes les précautions nécessaires pour n'être
pas trompé, & fit lui-même la projection
avec un seul grain de poudre

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