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Réfer. : AL0303A
Auteur : Le Breton.
Titre : Les Clefs de la Philosophie Spagyrique.
S/titre : .

Editeur : Claude Jombert. Paris.
Date éd. : 1722 .


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LES C L E F S D E LA PHILOSOPHIE S P A G Y R I Q U E,
Q U I D O N N E N T L A
connoissance des Principes & des véritables Operations de cet Art dans les Mixtes des trois genres,
Par feu M. L E B R E T O N,
Medecin de la Faculté de Paris.
pict
A PARIS, ruë S. Jacques; Chez Claude Jombert, au coin de la ruë
des Mathurins, à l'Image Nôtre-Dame.
-------------------------- M. DCCXXII. Avec Approbation & Privilege du Roy

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pict

T A B L E

Des Sections & Chapitres.

D E la calcination en général, pag. 1 Calcination du végétal, 15 Calcination des animaux, 30
De la putréfaction en général, 33 Putréfaction des végétaux, 40 Putréfaction des animaux, 46
De la solution en général, 51 Solution des végétaux, 55 Solution des animaux, 61
De la distillation en général, 68 Distillation du végétal, 86 Distillation de l'Animal, 99
De la sublimation en général, 105 Sublimation des végétaux, 116 Sublimation des animaux, 126 a ij
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T A B L E.
De l'union en général, 139 L'union des végétaux, 159 L'union des animaux, 167
De la coagulation en général, 189 Coagulation de l'élixir végétal, 203 Coagulation de l'élixir animal, 225
Calcination des minéraux, 235
Putréfaction des minéraux, 262
Solution des minéraux, 283
Distillation des minéraux, 317
Sublimation des minéraux, 334
L'union des minéraux, 350
Coagulation des minéraux, 374
Multiplication des élixirs, 388
Fin de la Table.
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pict

A P P R O B A T I O N De M. Andry, Censeur Royal des Livres.
J 'AY lû par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, ces Manuscrits intitulez, Formules de Medecine: les Clefs de
la Philosophie Spagyrique: & la Medecine
Statique de Sanctorius, lesquels trois
titres sont écrits de suite au premier feüillet,
numeroté 1320. Je n'y ai rien trouvé
qui en puisse empêcher l'impression.
Fait à Paris ce 12 Février mil sept cens
vingt. A N D R Y.
--------------------------------------

PRIVILEGE DU ROY
L OUIS par la Grace de Dieu Roy de France & de Navarre: A nos amez
& feaux Conseillers, les Gens tenans nos
Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes
ordinaires de nôtre Hôtel, Grand-
Conseil, Prevôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux,
leurs Lieutenans Civils & autres
nos Justiciers qu'il appartiendra: Salut.
Nôtre bien amé CLAUDE J O M B E R T
Libraire à Paris, Nous ayant fait remontrer
qu'il lui auroit été mis en main un
Ouvrage, qui a pour titre, Formules de
Medecine: les Clefs de la Philosophie Spagyrique

@

& la Medecine Statique de Sanctorius,
qu'il souhaiteroit faire imprimer
& donner au Public, s'il Nous plaisoit
lui accorder nos Lettres de Privilege sur
ce nécessaires: A CES CAUSES voulant
favorablement traiter ledit Exposant: Nous
lui avons permis & permettons par ces
Présentes de faire imprimer lesdits Livres
ci-dessus spécifiés en tel Volume, forme
marge caractère, conjointement ou séparément,
& autant de fois que bon lui semblera,
& de les vendre, faire vendre &
débiter par tout nôtre Royaume pendant
le temps de cinq années consécutives, à
compter du jour de la datte desdites Présentes.
Faisons défenses à toutes sortes de
personnes de quelque qualité & condition
qu'elles soient d'en introduire d'impression
étrangère dans aucun lieu de nôtre obéïssance,
comme aussi à tous Imprimeurs &
Libraires & autres d'imprimer, faire imprimer,
vendre, faire vendre, débiter ni
contrefaire lesdits Livres ci-dessus expliqués
en tout ni en partie, ni d'en faire
aucuns extraits, sous quelque prétexte que
ce soit d'augmentation, correction, changement
de titre ou autrement, sans la permission
expresse & par écrit dudit Exposant,
ou de ceux qui auront droit de lui,
à peine de confiscation des Exemplaires
contrefaits, de trois mille livres d'amende
contre chacun des contrevenans, dont un

@

tiers à Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu
de Paris, l'autre tiers audit exposant, &
de tous dépens, dommages & intérêts; à
la charge que ces Presentes seront enregistrées
tout au long sur le Registre de la
Communauté des Imprimeurs & Libraires
de Paris, & ce dans trois mois de la datte
d'icelles: que l'impression de ce Livre sera
faite dans nôtre Royaume & non ailleurs,
en bon papier & en beaux caractères comformément
aux Reglements de la Librairie;
& qu'avant que de l'exposer en vente, le
manuscrit ou imprimé qui auront servi de
copie à l'impression desdits Livres, seront
remis dans le même état ou l'Approbation
y aura été donnée, és mains de nôtre trés
cher & féal Chevalier, Garde des Sceaux
de France, le sieur de Voyer de Paulmy,
Marquis d'Argenson, Grand Croix,
Chancelier Garde des Sceaux de nôtre Ordre
militaire de saint Louis, & qu'il en
sera ensuite remis deux Exemplaires dans
nôtre Bibliotheque publique, un dans
celle de notre Château du Louvre, & un
dans celle de nôtre dit trés cher féal
Chevalier Garde des Sceaux de France, le
sieur de Voyer de Paulmy, Marquis d'Argenson,
Grand-Croix, Chancelier &
Garde des Sceaux de France, de nôtre
Ordre militaire de Saint Loüis; le tout à
peine de nullité des Presentes. Du contenu
desquelles vous mandons & enjoignons

@

de faire iouir l'Exposant ou ses
ayant cause, pleinement & paisiblement
sans souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble
ou empêchement: Voulons que la copie
desdites presentes, qui sera imprimée
tout au long au commencement ou à la fin
desdits Livres, soit tenuë pour duëment
signifiée, & qu'aux copies collationnées par
l'un de nos amez & féaux Conseillers & Sécretaires,
foi soit ajoutée comme à l'Original:
Commandons au premier nôtre
Huissier ou Sergent de faire pour l'execution
d'icelles tous actes requis & nécessaires,
sans demander autre permission,
& nonobstant Clameur de Haro, Charte
Normande, & Lettres à ce contraires,
Car tel est notre plaisir. DONNE' à Paris
le huitième jour du mois de Mars,
l'an de grâce mil sept cent vingt, & de
notre Regne le cinquième. Par le Roy en
son Conseil .
N O B L E T.
Registré sur le Registre IV. de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de
Paris, page 573. N .613. conformément
aux Reglemens, & notamment à l'Arrest
du Conseil du 13. Aoust 1703. A Paris
le 12 Mars 1720.

G. Martin, Adjoint du Syndic.
L E S
@

pict

L E S C L E F S D E LA PHILOSOPHIE SPAGYRIQUE -------------- PREMIERE SECTION
De la Calcination
CHAPITRE PREMIER.
De la Calcination en général


Aphorisme I.
pict A véritable Chimie,
la Spagyrie ou Alchimie, sépare la substance pure de chaque
mixte de tout ce qu'il a
A
@

2 Les Clefs
d'impur ou étranger.

II.
Le Type ou le modèle de cet art sublime, n'est autre
que la nature elle-même,
qui pour la conservation des
individus qu'elle spécifie, sépare
incessamment les substances
hétérogènes. Tous ces efforts
dans chaque être se terminent
à cette fin.

III.
L'art plus puissant que la nature, par les mêmes voies
qu'elle lui marque, dégage
plus parfaitement les vertus
naturelles des corps de tout
ce qui leur faisait obstacle;
il amplifie leur sphère d'activité,

@

de la Philosophie spagyrique. 3

& rassemble les principes
qui les vivifient. Telles sont
les vues de la Chimie: l'exemple
de la nature, qui semble
exercer cet art dans l'ouvrage
de la nutrition, comme
on voit par les grossièretés
qu'elle rejette qui étaient
contenues dans les aliments
& par les superfluités de toutes
les digestions, dont elle se
décharge par les couloirs destinés
à cet effet.

IV.
Les opérations de la nature ne diffèrent qu'en termes
seulement des opérations de
la Spagyrie. Celles-ci sont 1°.
Calcination, 2°. Putréfaction,
3°. Solution, 4°. Distillation,
A ij
@

4 Les Clefs
5°. Sublimation, 6°. Union,
7°. Coagulation ou fixation.

V.
Calciner c'est réduire par le feu un mixte en chaux ou
en cendres, qui ne peuvent
être davantage brûlées.

VI.
Il y a dans les cendres deux substances pures, une terrestre,
l'autre ignée; la première
se convertit en verre
par la violence du feu, celle-
ci se dissipe en l'air.

VII.
Le mixte avant la Calcination, possédait une substance
aérienne, sous la consistance

@

de la Philosophie spagyrique. 5

d'huile ou d'eau huileuse,
que l'on peut fixer à l'épreuve
de tout feu.

VIII.
La substance ignée, qui est le principe de la multiplication,
extension & génération
de l'espèce, ne peut se séparer
que par le plus grand feu.

IX.
Cette substance ignée fixe de sa nature, est la semence
innée du mixte, que les Philosophes
appellent l'Astre naturel
de chaque corps; qui tend
toujours d'elle-même à la génération;
mais qui ne peut
agir qu'autant qu'elle est excitée
par la chaleur céleste.
A iij
@

6 Les Clefs
X.
Ce feu céleste est universel, il est partout; c'est la
principale cause de la pierre,
si vantée des Philosophes. De-
là vient qu'ils ont dit que leur
pierre se trouve partout, &
qu'elle est commencée par la
nature sans le secours de l'art.

XI.
Toutes les parcelles du sel fixe de chaque mixte jouissent
de quelques étincelles de ce
feu; & il est contenu comme
dans son corps naturel; mais
incapable d'agir sans être excité.

@

de la Philosophie spagyrique. 7

XII.
Il y a un feu céleste volatil qui a la puissance d'exciter le
feu caché dans la terre; il se
tire par la distillation d'une
terre que les Philosophes connaissent,
& qu'ils appellent la
Mère de leur pierre.

XIII.
Ce feu même, après qu'il est extrait de la terre, mène
la terre à la perfection de
pierre, & il est nommé le père
de la pierre.

XIV.
La pierre est la plus forte de toutes les substances composées
des éléments; c'est la
A iiij
@

8 Les Clefs
plus vieille en supposant la
vieillesse à la force; c'est la
plus parfaite en attribuant la
perfection à la vieillesse. Les
autres mixtes sont plus faibles,
plus jeunes, & moins
parfaits.

XV.
Les corps élémentés sont d'autant plus faibles ou plus
forts, qu'ils contiennent plus
ou moins du feu céleste; les
degrés de sa quantité se rapportent
à ceux de leur puissance.
C'est le ciel de chaque
corps, & le ressort de leur
sphère.

XVI.
La longue durée du mixte
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de la Philosophie spagyrique. 9

dépend de la forte union de
l'esprit céleste, avec l'humide
radical. La mort ou la corruption
du mixte, est la solution
de ce noeud par la puissance
d'un magnétisme contraire
& supérieur. La génération
est l'union d'un nouvel
esprit qui s'est rendu tributaire
du magnétisme vainqueur,
& en augmente l'énergie.

XVII.
La force de cette union se détruit par la chaleur interne
ou l'action impatiente du même
esprit, ou par l'humidité
externe & étrangère, à laquelle
l'énergie du mixte n'ait
pu résister, de sorte qu'elle
en soit suffoquée.

@

10 Les Clefs
XVIII.
Parce que cette union est plus forte dans quelques corps
& plus faible en d'autres, ils
durent aussi plus ou moins.

XIX.
Quand l'union d'un esprit est rompue, l'humide radical
reçoit aussitôt, & conçoit,
pour ainsi dire, un autre esprit
qui chasse le premier.
Ainsi la corruption d'une chose
est la génération d'une autre.

XX.
La nature tend toujours à produire d'une semence déterminée,
un individu semblable
à celui dont est sorti

@

de la Philosophie spagyrique. 11

la semence; mais il arrive souvent
qu'elle en est détournée,
& qu'elle produit une espèce
différente, à proportion que
cette semence a perdu de son
premier état, & a dégénéré
de sa nature, par l'impression
& la puissance corrompante
des agents extérieurs. Ainsi le
froment dégénère en ivraie;
ainsi s'engendrent les animaux
imparfaits & les monstres.

XXI.
Lorsque les agents externes conviennent avec la nature
interne, toujours les semblables
naissent des semblables;
ainsi les abeilles se produisent
des cendres d'abeilles.

@

12 Les Clefs
XXII.
Le seul esprit fixe est cause de la vie & auteur de
la génération: Le volatil ne
sert de rien s'il n'est rendu
fixe.

XXIII.
L'esprit volatil répare & augmente l'esprit fixe, autant
qu'il se convertit en la nature
du fixe. Ainsi le suc des aliments,
& l'esprit de l'air que
les poumons attirent, entretiennent
la vie des animaux.

XXIV.
L'union de l'esprit avec l'humide radical, est d'autant plus
forte que le mixte est plus libre

@

de la Philosophie spagyrique. 13

des impuretés excrémentielles;
c'est, disent les Philosophes,
le ciel & la terre
conjoints & réunis; c'est le
frère & la soeur, l'époux &
l'épouse qui s'embrassent très
étroitement.

XXV.
Ce qui peut dégager le mixte de ses impuretés, c'est l'abondance
& la force de son
esprit. De-là vient que certaines
pierres sont plus solides
& durent plus que les autres.
C'est aussi pourquoi les végétaux
& les animaux, ont plus
ou moins de force & de vigueur.

@

14 Les Clefs
XXVI.
Les végétaux se renouvellent au Printemps; parce que
le Soleil ouvre leurs pores &
influe de nouveaux esprits qui
les pénètrent & les vivifient.

XXVII.
Le secret que la Chimie propose pour prolonger la vie,
se fait d'un sel fixe très pur
avec le volatil très pur, dans
lesquels sont cachés l'esprit fixe
& le volatil.

XXVIII.
La pratique générale de cet arcane consiste à séparer, purifier,
& fixer les esprits du
mixte. Le secret des Philosophes

@

de la Philosophie spagyrique. 15

se peut tirer de tout
corps élémenté, & les vertus
en sont admirables.

XXIX.
Le sel fixe végétal mis en terre, reproduit bientôt le végétal
dont il est tiré, parce
qu'il attire de l'air, de l'eau,
& de la terre, des esprits de
sa nature qu'il détermine à
son magnétisme.

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CHAPITRE II.
De la Calcination du Végétal

Aphorisme I.
La première Calcination, qui n'est qu'imparfaite,
sépare tout le volatil d'avec

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16 Les Clefs
le fixe; mais lorsque l'un &
l'autre est purifié, tout est fixé
par la dernière Calcination,
qui est parfaite.

II.
Il y a des individus, qui pour la calcination imparfaite,
ont besoin d'un plus grand
feu que d'autres.

III.
La méthode pour l'extraction de l'humide radical consiste
dans la séparation des
deux esprits, fixe & volatil,
leur purgation & réduction.

IV.
La méthode particulière sur les végétaux, est la digestion,
la
@

de la Philosophie spagyrique. 17

la distillation de l'eau ardente,
d'une humidité aqueuse,
d'une huile par degrés de feu,
la purification de l'esprit &
de l'huile, l'extraction & la
purgation du sel fixe, la fixation
du volatil sur le fixe, la
multiplication.

V.
La vertu du sel fixe s'augmente par la coagulation du
volatil, & cette opération
rend le volatil constant & permanent
dans son action.

VI.
La Calcination imparfaite est de deux sortes, l'une est
douce, & se fait avec digestion;
l'autre est violente

@

18 Les Clefs
& sans digestion.

VII.
L'esprit volatil ne peut être utile à la restauration de végétaux,
que lorsqu'il est fixé.

VIII.
La Calcination imparfaite est nécessairement requise avant
la parfaite, parce qu'elle
purifie les deux esprits.

IX.
Les deux Calcinations sont violentes aux excréments: mais
ni l'une ni l'autre ne l'est à
la pure substance du mixte;
car le sperme des éléments &
la forme du mixte ne sont pas
détruits par elles, & au contraire

@

de la Philosophie spagyrique. 19

ils en deviennent plus
parfaits.

X.
Le sperme des éléments, qui est la matière très générale,
est commun à tous les mixtes
& indifférent à toute forme;
mais les esprits de diverse nature
le déterminent aux différents
genres de mixtes.

XI.
Cette matière très générale est incorruptible, la particulière
ou déterminée est corruptible.
L'une & l'autre est
séparable de l'humide radical
par la violence du feu.

B ij
@

20 Les Clefs
XII.
Le sperme particulier ne s'envole que par la Calcination
vitrifiante.

XIII.
Ce sperme est le sujet & la matière très prochaine, qui
reçoit immédiatement la forme
essentielle, & le contact
de ces deux principes fait une
union inséparable.

XIV.
La corruption du sperme particulier n'est autre chose
que l'expulsion des esprits,
qui avaient déterminé la matière
générale aux qualités
d'être du premier composé;

@

de la Philosophie spagyrique. 21

& cette expulsion est produite
par l'ingrés d'autres esprits,
qui déterminent ce sperme
aux qualités d'être de tel ou
de tel autre mixte.

XV.
La Calcination Chimique ne détruit point les cendres,
& ne les vitrifie pas; mais au
contraire elle purifie le sperme
particulier & le rend plus
parfait.

XVI.
Le sperme très général est rendu particulier par certains
esprits particuliers volatils,
& cette matrice peut être dépouillée
de ces esprits, & être
déterminée à un autre genre
B iij
@

22 Les Clefs
de mixte par d'autres esprits
particuliers & volatils d'un autre
genre.

XVII.
Ainsi un esprit chasse l'autre, dispose la matière à une
autre forme, & produit en
elle cette forme d'un nouveau
composé. Telle est la source
des successions de figure dans
la matière; tel est l'ordre des
générations & des corruptions
qui y arrivent.

XVIII.
Les ignorants se trouvent souvent frustrés de leurs espérances
par la dissipation des
esprits spécifiques des matières
qu'ils travaillent; ce qui

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de la Philosophie spagyrique. 23

arrive par la violence du feu
qui chasse le sperme spécifique
avec ses esprits, ou de la
corruption de ce même sperme
par la mixtion d'autres
agents externes & étrangers,
plus forts que ceux du mixte
particulier.

XIX.
Le sperme particulier ou déterminé est de deux sortes;
savoir, le visible & l'invisible:
Le sperme visible
contient en soi la forme du
mixte particulier, & produit
toujours un mixte de même
nature.

XX.
Le sperme invisible ne contient B iiij
@

24 Les Clefs
pas la forme du mixte,
mais il est indifférent et
indéterminé à toute espèce de
mixte. C'est l'aliment du sperme
visible, il est rendu particulier
par l'action de celui-
ci.

XXI.
L'invisible est volatil & le visible est fixe.

XXII.
Le sperme invisible ne reçoit pas sa détermination seulement
du sperme visible qui
se fixe; mais encore des autres
agents extérieurs qui produisent
souvent, par le concours
de leur magnétisme,
des formes imparfaites, ainsi

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de la Philosophie spagyrique. 25

s'engendrent les animaux imparfaits.

XXIII.
Les animaux imparfaits sont ainsi appelés par le défaut des
organes ou des membres que
l'on voit dans les parfaits; car
on remarque de ces monstres
qui n'ont que les organes nécessaires
à la vie.

XXIV.
Les agents généraux & indéterminés ne peuvent se conformer
à la nature spécifique
du sperme particulier, parce
que l'espèce de leur magnétisme
est différente.

@

26 Les Clefs
XXV.
La cause commune ne produit pas le semblable d'un semblable
composé sans le sperme
du semblable. Ainsi l'animal
ne produit point un animal
de son espèce, sans le
sperme de son espèce.

XXVI.
L'action non interrompue du sperme produit les organes
parfaits dans l'espèce multipliée.

XXVII.
Le sperme est le corps dans lequel est cachée la semence:
elle y est nourrie de l'aliment
que lui prépare son corps,

@

de la Philosophie spagyrique. 27

tout le temps que son corps
dure & subsiste.

XXVIII.
La semence demeure, quoique son corps soit corrompu,
& alors elle se nourrit d'aliments
de nature dissemblable,
c'est ce qui fait qu'elle dégénère,
& produit un mixte
dissemblable au premier.

XXIX.
Ainsi lorsque le sperme visible est séparé du corps vivant,
ou qu'il est corrompu
par des agents externes la production
d'un mixte semblable
manque nécessairement.

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28 Les Clefs
XXX.
Lorsque le sperme ou le corps de la semence est corrompu,
il est changé en un
autre corps, & la semence de
même en une autre semence;
ce qui produit une génération
différente. Ainsi l'ivraie s'engendre
du froment.

XXXI.
Ainsi pour engendrer semblable de semblable, il est
nécessaire de conserver le sperme
sans aucune corruption,
comme on voit que le grain
de froment se conserve, &
demeure sans altération de
son espèce attaché à la racine
de sa tige.

@

de la Philosophie spagyrique. 29

XXXII.
Le grain de blé lorsqu'il rejette n'est pas corrompu en
la substance; mais altéré seulement,
& par cette altération
la semence est digérée,
& disposée à la génération du
blé.

XXXIII.
Les arcanes des Philosophes sur les végétaux produisent
des effets admirables, comme
on voit par les exemples de
Palingénésie sur les roses &c.
& par l'arcane de l'aliment
qui conserve la vie & chasse
toute maladie.

@

30 Les Clefs
----------------------------

CHAPITRE III.
De la Calcination des Animaux

Aphorisme I.
Dans la Calcination la forme vitale, soit de l'animal
ou du végétal ne peut
se conserver.

II.
Le Chimiste ne cherche pas la forme, mais seulement
le sujet ou la matière qui contient
la forme, & qui est conservée
avec la puissance de recevoir
d'autres formes.

III.
Cette matière n'est
@

de la Philosophie spagyrique. 31

autre que l'humide radical avec son
feu ou sa chaleur naturelle,
lequel est le dernier aliment
de toutes les parties du mixte;
matière prochaine à la semence
& au sperme, & la
moyenne substance composée
de tous les éléments.

IV.
La pratique des Spagyristes sur le sang, consiste dans la
séparation d'une substance
semblable au lait, d'un sel
volatil, d'une huile rouge,
d'un sel fixe; dans la purification
de toutes ces substances,
& dans leur réunion &
fixation.

@

32 Les Clefs
V.
Le secret animal est figuré par un cercle fait de deux
serpents, l'un ailé, l'autre sans
ailes; qui signifient les deux
esprits, fixe & volatil, unis ensemble.

VI.
L'esprit volatil est l'esprit du monde: Il est vert de sa
propre nature; père néanmoins
de toutes les couleurs,
& l'aliment de l'esprit fixe.

VII.
L'esprit volatil cru est venin; mais lorsqu'il est cuit,
c'est une thériaque contre toute
maladie.
VIII.
@

de la Philosophie spagyrique. 33

VIII.
Chaque secret mène à la perfection les mixtes de son
règne, & non pas les autres.

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SECONDE SECTION.
De la Putréfaction.
CHAPITRE I.
De la Putréfaction en général.
Aphorisme I.
L A putréfaction est la purgation de l'humide radical par la fermentation naturelle
& spontanée des principes
purs & homogènes, avec
les impurs & hétérogènes,
C
@

34 Les Clefs
l'aide des feux naturels & innés,
ou d'une chaleur externe
& contre nature.

II.
La terre pure fixe est cristalline & facile à résoudre
en liqueur.

III.
L'impureté de la terre consiste en deux terres; l'une est
noire & l'autre blanche.

IV.
L'une & l'autre terre empêche les deux racines de se
toucher immédiatement, &
de s'unir parfaitement.

@

de la Philosophie spagyrique. 35

V.
La purification du mixte ne se peut faire sans sa mort ou
putréfaction.

VI.
Les principes selon Aristote doivent être simples, & selon
les Spagyristes, ils doivent être
purs & sensibles, c'est-à-
dire, dégagés de leur écorce
& hétérogénéités.

VII.
Tout corps mixte est immédiatement composé d'humide
& de sec.

VIII.
Tout corps mixte se réduit C ij
@

36 Les Clefs
en poussière, sans continuité,
à mesure qu'il perd son humide
radical.

IX.
Dans l'humide & le sec sont contenus sel, soufre,
& mercure, aussi bien que les
quatre éléments.

X.
Dans ces trois principes les qualités des quatre éléments
dominent différemment: dans
le sel la frigidité & siccité;
dans le Mercure la frigidité
& l'humidité; & dans le soufre
la chaleur & la siccité.

XI.
Cette domination de qualités
@

de la Philosophie spagyrique. 37

est aisée à découvrir par
les sens en l'extérieur des trois
principes: mais en leur intérieur
tous trois sont chauds &
secs.

XII.
Les principes ne peuvent se séparer sans putréfaction.

XIII.
La putréfaction est principe de génération de semblable
mixte: ce qui ne s'entend
point de la putréfaction intime
des principes, & de la
substance propre du composé:
mais de celle qui produit la
solution du sperme extérieur
qui liait & embrassait les
principes non de l'entière
C iij
@

38 Les Clefs
putréfaction mais de la
moyenne seulement.

XIV.
Que si le mixte était corrompu dans sa substance intime,
il ne pourrait engendrer
un mixte semblable.

XV.
Les diverses espèces de mixte dégénèrent réciproquement
l'une en l'autre, comme le
froment en ivraie: l'ivraie
en froment: ce qui arrive par
l'action des esprits célestes.

XVI.
L'esprit interne conserve le mixte; & cet esprit est souvent
chassé de son siège par

@

de la Philosophie spagyrique. 39

un autre esprit de dehors plus
puissant que lui.

XVII.
Nul mixte ne peut arriver à sa dernière perfection, sans
la mort accidentelle.

XVIII.
Quand le mixte est arrivé à son entière perfection, il
n'a plus en soi de mouvement,
& les parties qui le composent
sont dans leur plus parfait repos.
Mais alors les esprits de
son magnétisme, libres de
tout obstacle, sont dans leur
action la plus vive, & ne souffrent
aucune interruption de
leur mouvement.
C iiij
@

40 Les Clefs
----------------------------

CHAPITRE II.
De la Putréfaction des Végétaux.
Aphorisme I.
L A putréfaction entière ou substantielle, est l'extinction de la forme du mixte.

II.
La cause principale de cette mort absolue n'est autre
que l'hétérogénéité, & la discordance
des éléments.

III.
Les éléments qui constituent l'aliment du mixte, ne
sont pas toujours également

@

de la Philosophie spagyrique. 41

purs; la nature du mixte attire
confusément les purs &
les impurs que son aliment lui
fournit.

IV.
L'esprit du monde qui est interne au mixte réside immédiatement
dans les éléments
purs, où par la force du magnétisme
particulier qu'il y
exerce, il repousse incessamment
les impurs, & s'il ne
peut les chasser, il se les assujettit,
& supprime leur énergie:
mais s'il vient à être
lui-même inférieur en puissance,
il cède à l'effort de ses
adversaires, il s'échappe, & le
mixte périt.

@

42 Les Clefs
V.
Le pur & l'impur se combattent par l'opposition de
leurs qualités, qui, par la continuation
du combat, diminue
peu à peu.

VI.
Dans la putréfaction naturelle le pur se dégage de ses
excréments, plus ou moins selon
la condition du lieu où la
putréfaction se fait.

VII.
La putréfaction qui se fait par la nature seule & sans l'aide
de l'art, ne purifie jamais
parfaitement, parce que l'air
ouvert dans lequel elle se fait

@

de la Philosophie spagyrique. 43

y est un puissant obstacle.
Mais la putréfaction artificielle
qui se fait dans des vaisseaux
clos, purifie jusqu'à la
perfection.

VIII.
La purification artificielle se fait par calcinations, lotions,
& distillations.

IX.
La calcination, séparation, & putréfaction se trouvent
toujours ensemble, soit que
ce soit ouvrage de la nature
seule, ou opération de l'art.

X.
L'on sépare du vin après la putréfaction diverses humidités,

@

44 Les Clefs
dont trois sont le corps,
l'esprit & l'âme du vin; la
quatrième est un phlegme
inutile.

XI.
L'Alchimie tue le mixte & ensuite lui rend la vie.

XII.
Dans ce changement de la mort à la vie, toutes les parties
essentielles sont perfectionnées;
& les excréments seuls
sont séparés: Ainsi les substances
propres & déterminées
à l'être spécifique des mixtes,
s'embrassent & se lient plus intimement.
Ainsi leur magnétisme
est d'autant plus puissant
& plus actif, que l'esprit du

@

de la Philosophie spagyrique. 45

monde qui traverse les pores
de ces substances élémentées,
y rayonne avec moins d'obstacle;
& par conséquent avec
plus de vitesse. Cette nouvelle
activité se peut appeler
avec raison, vie nouvelle ou
résurrection du mixte.

XIII.
Pendant que la forme sensible du mixte est altérée,
quoique les premières parties
élémentées ne le soient pas en
même temps par les opérations
de l'art, il semble que le mixte
soit mort; mais il ne l'est
pas véritablement, parce que
les formes particulières qui résident
dans les premières élémentations,
ne sont pas détruites,

@

46 Les Clefs
& que tous les magnétismes
spécifiques qui en résultent
peuvent encore se réunir,
après la séparation des parties
dissemblables à leur nature,
& contribuer tous ensemble
avec plus de puissance à une
forme universelle & plus parfaite
que la première.

----------------------------

CHAPITRE III.
De la Putréfaction des Animaux.
Aphorisme I.
L E Hylé n'est autre chose que le magnétisme qui résulte de la composition, &
du mélange des premiers éléments,
& c'est le principe matériel

@

de la Philosophie spagyrique. 47

dont toutes les formes
sont composées; mais on excepte
les âmes raisonnables.

II.
On croit même que l'âme raisonnable n'est attachée au
corps organisé que par le
moyen de cet Hylé.

III.
La nature ne peut unir ensemble les extrêmes, sans les
altérer auparavant; mais Dieu
le peut, & ainsi l'âme raisonnable
ne reçoit pas l'altération.

IV.
Il y a trois natures dans chaque mixte; & il en est de

@

48 Les Clefs
même du grand monde où
ces trois natures se rencontrent.

V.
En tout mixte l'esprit, l'âme, & le corps ne sont qu'une
même chose en nature, & ne
sont éloignés entr'eux que par
le mélange des excréments.

VI.
Les excréments ne sont pas moins composés des éléments
que la pure substance; mais
leur composition est différente,
& leur magnétisme dissemblable,
d'où dépend leur
hétérogénéité, & la discordance
réciproque de la pure
substance avec eux.
VII.
@

de la Philosophie spagyrique. 49

VII.
La force & la durée du mixte consiste dans sa pureté,
& dépend de la séparation des
excréments.

VIII.
La séparation des excréments se fait aux animaux
comme aux autres mixtes.

IX.
Entre les trois parties de l'humide radical, la plus subtile
& la plus prompte à s'enflammer
est appelée âme.

X.
Cette âme n'est pas la dernière perfection du corps organique
D
@

50 Les Clefs
ou le magnétisme spécifique
qui lui donne la vie;
mais seulement la principale
partie matérielle qui spécifie
& entretient cette perfection,
& cette âme vivifiante de la
machine organisée.

XI.
Le hylé entier du mixte, ou le sujet du magnétisme
spécifique est le foyer de la
vitale.

XII.
L'âme végétante & l'âme sensitive sont produites le cet
hylé; mais non pas l'âme raisonnable;
ainsi l'âme raisonnable
est immortelle, comme
les Païens eux-mêmes l'ont
cru.

@

de la Philosophie spagyrique. 51

----------------------------

SECTION TROISIE'ME.
De la Solution.
CHAPITRE I.
De la Solution en général.

Aphorisme I.
L A solution est la conversion de l'humide radical
fixe en un corps aqueux.

II.
La cause qui produit cette solution est l'esprit volatil
qui est caché dans la première
eau.

III.
Quand cette eau a fait la solution D ij
@

52 Les Clefs
parfaite du fixe, elle
est appelée fontaine de vie,
nature, Diane, nue & libre.

IV.
La nature, qui est le principe de tous les mouvements
& action dans le mixte, est
immédiatement cachée dans
le sel fixe seul.

V.
On le dissout pour le dégager de son épaisseur grossière,
& le rendre par ce
moyen capable de pénétrer.

VI.
L'eau est le lien de l'esprit volatil.

@

de la Philosophie spagyrique. 53

VII.
L'eau superflue est rejetée par les distillations, & l'on
n'en retient qu'autant qu'il en
est besoin pour rendre l'esprit
à sa terre.

VIII.
Par cette solution le sel pur qui peut se résoudre, est séparé
d'une terre impure qui
ne peut être résolue par l'eau.

IX.
Après cette solution on fait monter par la dissipation, les
deux racines ensemble en forme
d'eau pesante.
D iij
@

54 Les Clefs
X.
L'eau pesante est une moyenne substance, dans laquelle
les deux teintures le corps &
l'âme, le corps & l'esprit, les
deux racines de la pierre des
Philosophes sont unies ensemble.

XI.
Après la distillation de l'eau pesante suit la sublimation,
par une nouvelle conjonction
de cette eau pesante pure avec
le sel fixe pur.

pict
@

de la Philosophie spagyrique. 55

----------------------------

CHAPITRE II.
De la Solution des Végétaux.

Aphorisme I.
L A substance fixe qu'on doit dissoudre est cachée dans les cendres, & la volatile
qui fait la solution est cachée
dans l'eau.

II.
La vertu générative est cachée dans la substance fixe,
dont l'aliment est la substance
volatile.

III.
L'esprit volatil faisant la solution du fixe par son abondance,
D iiij
@

56 Les Clefs
sépare en même temps
l'hétérogène.

IV.
Chaque mixte contient trois substances, savoir, le corps,
l'esprit & l'âme.

V.
L'esprit ou la substance volatile tire son origine de la
première nature constitutive
de tous les mixtes; & cet esprit
est de trois sortes de genres
par une domination d'éléments
différente dans chacun
des trois règnes.

VI.
L'esprit volatil est la plus subtile partie du sel fixe &

@

de la Philosophie spagyrique. 57

réside dans l'eau ardente.

VII.
L'eau que l'on appelle ardente ou brûlante est telle en
effet, & prend flamme si elle
est du règne végétal ou animal;
mais non pas celle du
règne minérale. Du moins
ces eaux minérales s'enflamment
rarement, quoiqu'on les
appelle également eaux ardentes,
à cause qu'elles sont semblables
aux autres, par la
composition de leur substance.

VIII.
L'eau ardente d'Etain & celle de plomb, prennent flamme,
non pas celles des autres
métaux.

@

58 Les Clefs
IX.
La vraie solution chimique se fait par le seul esprit
de sel dissous en eau, & non
autrement.

X.
Le sel fixe est la cause de la coagulation, & le volatil
est cause de la solution; parce
que la chaleur du sel fixe est
accompagnée de sécheresse,
& celle du volatil est humide.

XI.
Il n'y a rien au monde, capable de faire la solution
qu'autant qu'il contient en soi
de l'esprit de sel, dissous par
l'humide, ou de l'esprit volatil.

@

de la Philosophie spagyrique. 59

XII.
La rosée, l'esprit de vin, les eaux fortes, le vinaigre,
font solution, parce qu'ils contiennent
l'esprit volatil de sel,
qui est l'esprit du sel fixe dissout.

XIII.
L'esprit de sel dissous est doué d'une vertu céleste dissolvante,
parce qu'il est subtil
& de même substance que
le sel fixe de chaque corps.

XIV.
L'esprit volatil se trouve, non seulement dans les liqueurs
chaudes mais encore
dans les froides, comme est le

@

60 Les Clefs
vinaigre, le verjus, le jus de
citron, &c.

XV.
Dans les liqueurs chaudes l'esprit volatil est susceptible
de flamme, parce qu'il consiste
dans la partie aérienne,
& ignée du sel.

XVI.
Dans les liqueurs froides il n'est pas capable de s'enflammer,
parce qu'il consiste
dans la partie terrestre & aqueuse
du sel.

XVII.
La solution des végétaux se fait par l'union du fixe &
du volatil, & par la continuation

@

de la Philosophie spagyrique. 61

d'une chaleur externe
très lente.

XVIII.
Les deux racines jointes ensemble, deviennent eau par cette
solution; & cette eau est
le dernier aliment, & la seconde
substance des végétaux.

----------------------------

CHAPITRE III.
De la Solution des Animaux.

Aphorisme I.
L Es deux racines ou spermes des éléments, qui sont le fixe & le volatil sont
comme des boîtes dans lesquelles
sont enfermés les deux
esprits de chaque règne.

@

62 Les Clefs
II.
Dans le procédé spagyrique sur l'animal, ces deux
spermes doivent être séparés,
purgés, & réunis ensemble.

III.
Mais en cet oeuvre il n'est pas possible de conserver la
plus subtile partie de l'animal
vivant, laquelle contenait le
plus d'esprit animal.

IV.
La substance naturelle des animaux perd même cette partie
plus subtile, aussitôt qu'elle
est séparée du corps vivant.

@

de la Philosophie spagyrique. 63

V.
Un animal semblable ne peut naître du corps mort,
ni de la semence séparée de
l'animal; & cela, parce que
ce sperme très subtil s'est dissipé.

VI.
L'esprit animal est si subtil qu'il ne peut être aperçu
par les sens, quoiqu'il soit la
cause de tous les mouvements
des animaux, & le sujet de
l'âme sensitive.

VII.
La solution animale se fait des deux esprits ensemble, du
fixe & du volatil, comme aux
autres mixtes.

@

64 Les Clefs
VIII.
La séparation des esprits étant faite, la forme individuelle
périt, & la même ne
revient plus quand les mêmes
esprits sont réunis.

IX.
Mais une meilleure forme succède, quand le corps est
purifié & l'esprit multiplié.

X.
Dans les corps vivants, tant sensitifs que végétaux,
l'Artiste ne recherche point
la forme; mais seulement le
corps pur, c'est-à-dire, l'humide
radical.
XI.
@

de la Philosophie spagyrique. 65

XI.
L'humide radical est le sujet immédiat de toutes les formes,
divers en l'essence de
chacune, indifférent à toutes,
& composé de deux parties intégrantes,
l'une fixe & l'autre
volatile.

XII.
Ces parties viennent de l'assortissement des éléments; elles
sont premières dans la composition
& dernières dans la résolution,
& de même essence
entre elles.

XIII.
De ses parties dépendent toutes les vertus du mixte; &
E
@

66 Les Clefs
de toutes les autres choses qui
y sont mêlées, il ne tient que
l'empêchement de ses vertus.

XIV.
Dans l'oeuvre animal il faut exactement déphlegmer la matière,
en sorte qu'aucun esprit
ne monte avec l'eau; car il
demeurerait toujours dissous
& inséparable de l'eau.

XV.
La déphlegmation étant achevée, l'esprit monte ensuite
en forme sèche; puis par une
dissolution aussi sèche il dissout
sa terre.

XVI.
Si cet esprit volatil animal
@

de la Philosophie spagyrique. 67

est l'humide, il faut le cohober
souvent sur le fixe & le
déphlegmer toujours, tant
qu'il soit bien sec.

XVII.
Le seul humide aérien est celui qui dissout son humide
terrestre, & le convertit en
air.

XVIII.
La pratique de l'oeuvre animal sur la chair des animaux
est d'en faire la digestion,
la déphlegmation, une
triple infusion de nouveau
sang, la sublimation d'une
fleur de sel très pur, l'extraction
du sel fixe, la purification
des deux sels; la sublimation
E ij
@

68 Les Clefs
du sel fixe par son sel
volatil.

----------------------------

SECTION QUATRIE'ME.
De la Distillation.
CHAPITRE I.
De la Distillation en général.

Aphorisme I.
L A distillation est l'ascension ou descension de l'humide radical pour le purifier.

II.
La nature purifie les exhalaisons de la terre par une fréquente
distillation; puis elle
unit le volatil pur avec le fixe

@

de la Philosophie spagyrique. 69

pur, & par cette voie engendre
tous les mixtes.

III.
Les vapeurs qui s'exhalent de la terre, de toutes les liqueurs
tirées des végétaux, ou
qui transpirent de tous les
corps animés, s'élèvent en l'air
sous les ailes des esprits qu'elles
renferment; elles se confondent
dans l'air même; puis
se rassemblent les unes avec
les autres par l'égalité de leur
magnétisme, & bientôt retombent
en pluie ou en rosée.

IV.
Les météores ne s'engendrent que d'une subtile matière
que l'ébullition, & la décoction
E iij
@

70 Les Clefs
poussent & chassent avec
violence hors de la matière
fixe.

V.
Les météores ne peuvent être des éléments purs; puisqu'ils
s'enflamment & se détruisent
eux-mêmes.

VI.
Rien ne se peut détruire soi-même, tandis qu'il est puissant
& stable dans son être
propre; & rien n'est plus puissant
en sa nature dans cet univers
qu'un élément pur.

VII.
Ce qui se convertit en météores n'est autre chose que la

@

de la Philosophie spagyrique. 71

partie spirituelle de l'humide
radical de tous les mixtes, laquelle
ne peut souffrir l'ébullition,
ni soutenir le choc des
particules d'un magnétisme opposé.

VIII.
Toute la substance de l'humide radical ne se dissipe pas;
autrement les générations des
mixtes cesseraient.

IX.
Comme la matière spiritueuse est différente selon les
diverses dominations des éléments;
ainsi les météores sont
différents par les différences de
cette même matière.
E iiij
@

72 Les Clefs
X.
Les météores ignés contiennent le feu ou le soufre,
principe dominant plus ou
moins.

XI.
Si ce soufre principe ne domine pas en un degré supérieur,
le magnétisme propre
de ces particules les réduit
en une substance glutineuse,
qui bientôt, par l'évaporation
de l'humide superflu, devient
susceptible de flamme.

XII.
La flamme est de plus ou moins longue durée dans les
météores ignés selon la subtilité

@

de la Philosophie spagyrique. 73

ou la densité de la matière,
& à proportion de la
consistance de l'eau & de la
terre, comme on remarque
aux huiles, eaux, soufre,
nitres, & autres choses semblables.

XIII.
Les météores aériens contiennent l'air plus ou moins
dominant.

XIV.
Cet air excité par le magnétisme des autres principes
sort violemment hors de la
matière qui le contient, pousse
puissamment notre air commun,
ce qui produit les vents;
puis se convertit en eau, retombe

@

74 Les Clefs
sur la terre, ranime le
magnétisme des végétaux trop
secs, se cuit & s'intime avec
l'esprit fixe; & donne l'accroissement
aux végétations,
& la perfection aux générations
commencées.

XV.
Après les météores ignés, il arrive de grands vents par
le choc violent que l'air reçoit
des esprits volatils. Il
arrive aussi souvent des maladies
épidémiques par les exhalaisons
corrompues, dont
l'air se trouve rempli, qui introduisent
dans les liqueurs
des animaux des magnétismes
ou des mouvements opposés à
ceux qui entretiennent leur

@

de la Philosophie spagyrique. 75

fluidité & leur équilibre, avec
les parties solides de la machine.

XVI.
La substance spiritueuse qui s'élève du centre de la terre,
heurte les molécules de l'eau
qu'elle rencontre, & cause ainsi
des tempêtes sur la mer par
les différentes réfractions qu'elle
y souffre, de même qu'elle
produit les vents par le choc
de l'air.

XVII.
Cette substance spiritueuse domine suivant l'accroissement
qu'elle reçoit aux phases de
la Lune, dont le tourbillon,
par rapport à la terre & à leurs

@

76 Les Clefs
illuminations réciproques, est
tantôt plus & tantôt moins
vif, plus ou moins capable
d'interrompre & repousser les
saillies de cet esprit qui fait
le magnétisme de la terre, & qui
la roule dans la vaste mer des
eaux raréfiées qui la soutiennent.

XVIII.
Ainsi l'humide radical des mixtes a coutume de suivre
la Lune. Il est plus abondant
quand elle repousse avec plus
de force l'esprit central de la
terre, & qu'il trouve moins
d'issue vers la sphère lunaire.

XIX.
Le flux & reflux de la mer
@

de la Philosophie spagyrique. 77

suit ces aspects, qu'on appelle
les quartiers de la Lune, parce
qu'il est causé par cette substance
spiritueuse.

XX.
Le flux de la mer arrive, lorsque cette substance spiritueuse,
cherchant à s'échapper
au travers des eaux, les bouffit,
pour ainsi dire; il dure
autant de temps que le magnétisme
de ces eaux grossières &
pesantes, balance l'effort de
cet esprit; mais il cesse aussitôt
que celui-ci s'est suffisamment
élargi & frayé des routes
plus aisées, & les eaux qui
refluent alors se rendent pour
quelque temps à leur niveau.

@

78 Les Clefs
XXI.
De-là vient que le flux & le reflux se trouve dans l'Océan,
& n'arrive point dans
la Méditerranée; parce que
les eaux de l'Océan sont épaisses
ou grossières, & celles de
la Méditerranée plus subtiles,
& incapables de faire contrepoids
avec la substance spiritueuse.

XXII.
Les Rivières qui contiennent beaucoup de cet esprit
volatil, & une eau grossière
sont agitées, comme l'Océan,
du flux & reflux.

@

de la Philosophie spagyrique. 79

XXIII.
Les Fontaines auxquelles on remarque un flux & reflux ne
peuvent en avoir, à cause que
leurs eaux soient grossières,
puisqu'elles sont toutes fort
subtiles: mais bien à cause des
esprits volatils minéraux qui
bouillonnent sous la terre.

XXIV.
Telle est une Fontaine qui se trouve entre les Monts Pyrénées,
qui a un flux & reflux
d'heure en heure, parce
que l'eau remplit les pores de
la terre, & ainsi empêche l'esprit
minéral de s'évaporer, lequel
s'aigrissant, pousse l'eau si
rudement hors de son canal,

@

80 Les Clefs
que dans une heure de temps,
elle est toute épuisée; puis
dans l'heure suivante le canal
se remplit d'eau nouvelle venant
de sa source & autres petits
ruisseaux, & ainsi le flux
& reflux se fait toujours réciproquement.

XXV.
Cela n'arrive pas en hiver, parce que l'esprit minéral n'est
pas alors si abondant dans la
terre, ou parce qu'étant moins
excité par le soufre principe,
qui influe moins dans cette
saison, il se condense en
eau ou en fumée dans la terre,
& s'élève en moindre quantité
& avec moins d'effort.
XXVI.
@

de la Philosophie spagyrique. 81

XXVI.
On peut dire aussi que cet esprit minéral est en plus petite
quantité, parce que les
pores de la terre étant fermés
& remplis d'air grossier, le soufre
élémentaire la pénètre
moins, pour se mêler avec
l'eau élémentaire, & composer
l'humide radical, qui engendre
tout, & augmente la quantité
des esprits minéraux.

XXVII.
Les animaux au contraire contiennent en hiver plus de
substance spiritueuse, parce
qu'ils sont nourris sans empêchement,
& que leurs pores
étant plus fermés, les parties
F
@

82 Les Clefs
transpirables ne s'évaporent
pas si facilement, & ne peuvent
s'échapper, que lorsqu'elles
sont parvenues à une extrême
ténuité.

XXVIII.
Ainsi cette Fontaine des Pyrénées n'est pas poussée en
hiver, ni agitée par la quantité
& l'impétuosité des esprits
métalliques.

XXIX.
Le lac de Genève est plutôt agité dans un temps calme
& serein, que lorsque l'air est
troublé & couvert, parce que
dans le calme & la sérénité,
l'impression du poids de sa colonne
d'air est directe; & que

@

de la Philosophie spagyrique. 83

n'étant pas interceptée par les
vents ni les nuées, les eaux du
lac en sont plus fortement pressées,
& ne permettent pas une
issue également libre à l'esprit
central de la terre.

XXX.
Si lorsque cette substance spiritueuse s'élève, elle est occupée
des esprits spécifiques
de différents animaux; il s'engendre
en l'air des animaux
de ces espèces, qui retombent
sur la terre avec l'eau des vapeurs
qui les avait élevés.

XXXI.
Les météores aqueux contiennent l'eau dominante: ainsi
leur substance spiritueuse
F ij
@

84 Les Clefs
s'épaissit par le froid en eau,
grêle, neige, &c.

XXXII.
Les météores terrestres contiennent la terre dominante
plus ou moins; ainsi lorsque
cette substance spiritueuse est
occupée par des esprits métalliques
ou pierreux, il s'engendre
en l'air des métaux & des
pierres, qui tombent ensuite
sur la terre.

XXXIII.
Ainsi l'on conçoit que la nature élève cette substance
spiritueuse, pour la purifier &
l'unir ensuite à la matière fixe
pour produire toutes choses.

@

de la Philosophie spagyrique. 85

XXXIV.
Ainsi le Chimiste sépare les deux racines du mixte, les
purifie, les unit de nouveau
pour en composer son arcane.

XXXV.
Le caractère qui signifie la distillation, est celui du Lion
céleste pict & l'eau distillée des
Philosophes est aussi appelée
Lion; les deux cercles inférieurs
signifient les deux esprits,
& le cercle supérieur
qui unit les deux autres, signifie
l'eau, dans laquelle le
soleil chimique est exalté par
plusieurs distillations, de même
que le Soleil céleste est exalté
dans le signe du Lion céleste.
F iij
@

86 Les Clefs
----------------------------

CHAPITRE II.
De la Distillation du Végétal.

Aphorisme I.
L A distillation des végétaux est la purification de leur humide radical dissout.
II.
Cette distillation se fait, tant par le froid que par la
chaleur; le froid resserre le
corps, & ainsi la chaleur se
rassemble au centre & s'augmente;
puis s'échappe & em-

porte avec soi les plus subtiles
parties de la matière. Alors
l'eau ayant perdu son esprit

@

de la Philosophie spagyrique. 87

chaud se congèle.

III.
Cela arrive au vin & aux autres sucs des végétaux, &
si l'on en conserve les esprits
par un alambic, on les aura
distillés par le froid dans le
récipient.

IV.
Par cette évasion des esprits causée par le froid, les plantes
meurent dans l'hiver.

V.
Lorsqu'après la putréfaction la substance fixe est dissoute,
l'une & l'autre racine devenue
volatile, monte par la distillation.
F iiij
@

88 Les Clefs
VI.
Il faut dans la distillation que la chaleur soit fort modérée,
autrement les esprits s'élèvent
trop abondamment, avec
précipitation & cassent
le vaisseau.

VII.
Par cette opération les deux racines sont exactement purifiées,
& deviennent une même
substance aqueuse inséparables,
permanente, & qui,
selon les Philosophes, est susceptible
de flamme; mais inextinguible
ou incombustible.

VIII.
De-là, sont inventées les
@

de la Philosophie spagyrique. 89

lampes qui brûlent toujours,
sans consumer l'huile. Telle
était celle qu'on trouva dans
le tombeau de Tullia fille de
Cicéron, & qui n'était pas
encore éteinte depuis près de
deux mille ans qu'elle brûlait;
lorsqu'on la découvrit sous le
Pontificat de Paul troisième,
qui vivait dans le seizième siècle
de l'Ere Chrétienne. Telle
était encore celle dont il est
rapporté dans l'histoire de Padoue,
qu'on la trouva encore
brûlante avec cette inscription
latine, autour du vase de terre,
qui servait de lampe dans
un tombeau très ancien.

Plutoni sacrum munus ne attingite fures.
@

90 Les Clefs
Ignotum est vobis hoc quod in orbe latet. Namque elementa gravi claudit digesta labore. Vate sub hoc modico Maximus Olibius. Adsit foecundo custos sibi copia cornu. Ne pretium tanti dispereat laticis.
IX.
Le secret de lampe incombustible se peut tirer de tout
animal & végétal; mais particulièrement
du vin, parce
qu'il contient plus des deux
racines que tout autre mixte.

X.
Cette eau distillée & faite
@

de la Philosophie spagyrique. 91

des deux racines est l'humide radical,
dans lequel la chaleur naturelle
est fixe & permanente.

XI.
Ainsi cette eau est un aliment très propre à conserver la vie.

XII.
Tout ce qui est animé tire sa vie de l'humide radical le
plus général; les plantes attirent
cet humide du suc de
la terre, & les animaux le tirent
du suc des plantes.

XIII.
Cet humide très général est une matière spiritueuse composée
des éléments qui se sont
unis & assemblés dans le sein

@

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