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Réfer. : AL1904G
Auteur : Anonyme (Philovite).
Titre : Lettre Philosophique.
S/titre : B. d. Ph. C. T-IV.

Editeur : André Charles Cailleau.
Date éd. : 1754 .


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510 Lettre Philosophique.
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L'U N I T E' T E R N A I R E D E
la Vertu céleste, infuse dans les principes principiés du quadruple élément, est l'unique & véritable Médecine. Paracelse.
Crede videre bona in terrâ viventium. Ps. 26. v. 19
Foelix, qui potuit rerum cognoscere causas. Virgile.
A..anos mihi crede sensus. Ne fidos inter amicos sit, qui dicta foràs elimines,
Est & fideli tuta silentio merces; Vetabo, qui Cereris sacrum vulgarit arcanae.
Horace. L. 2. Ode 3.
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511
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L E T T R E PHILOSOPHIQUE.
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AVERTISSEMENT DU LIBRAIRE
AU LECTEUR.
E St-ce folie, témérité, & imprudence, ou bien sagesse, charité, & humanité, de mettre au jour une Lettre philosophique
cachetée du sceau d'Hermès, qui m'est tombée
entre les mains, par occasion fortuite!
Un Philosophe inconnu, sans doute de ces Phénix errants dans ce vaste Univers,
desquels les Romans nous vantent le Phénomène,
l'a adressée, sous un nom Cabalistique,
à un de ses amis, qu'il semble vouloir
engager & initier à son occulte sagesse, non
pas comme un plat de la Philosophie vulgaire,
mais comme un mets exquis de la
table des Dieux; & je n'en sais point savourer
les délices, n'osant pas même y porter
la main profane; (j'ai cela de commun
avec bien d'autres. Il y a quelques sentiments
partagés sur le pour & le contre, le
oui ou le nom de la réalité de cette Science,
parmi certains Connaisseurs; mais le reste
du monde, le plus nombreux avis, & l'opinion
la plus commune, presque générale,
V u iiij
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512 Lettre
logent un Philosophe de cet acabit aux Petites
Maisons, & sa Lettre au magasin des
Contes des Fées, comme illusion de belles
& flatteuses chimères.
Pour moi j'opine du bonnet, car je ne suis point du tout endoctriné des secrets de la
Cabale Judaïque, pour pouvoir juger par
moi-même, en connaissance de cause, de la
vérité, ou de l'erreur de cette Philosophie
naturelle, énigmatique, & obscure.
Je connais la sagesse, & sa pratique envers notre souverain Créateur & conservateur,
& pour la conduite morale à l'égard
de notre prochain, & de nous-même; j'en
fais mon devoir & mon observance, d'honnête
homme & de Chrétien, & n'en sais
point d'autre que celle qui y a rapport.
Si la Nature & l'Art ont quelqu'individu, ou partie secrète de cette Sagesse en leur
département, dans la main & au pouvoir
de l'homme, enfin une Science cachée sous
des énigmes pour les effets merveilleux
que l'Auteur nous annonce, c'est ce que
j'ignore absolument, & j'en remets l'épilogue
aux vrais connaisseurs, curieux & censeurs.
Le sujet m'a paru si intéressant, & la nouveauté de cette Philosophie par elle-
même si curieuse & savante, que j'ai cru
pouvoir en faire part au Public, avec quelques
autres Ouvrages sur le même sujet
pour les soumettre à toutes ses épreuves, &
à son jugement.

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Philosophique. 513
Si cette matière ne satisfait point sa curiosité, son intelligence & son désir, au
moins elle remplira son esprit d'étonnement
de la profonde folie qu'il y trouvera
doctement enluminé.
Mais si par hasard, quelque Partisan de cette secrète Sagesse reconnaît dans les
ténèbres la lumière véritable, qu'il sache
cueillir des roses dans les épines, & en faire
son profit, il m'en saura bon gré, &
m'aura obligation de ses découvertes.
A ce double motif, je joins celui d'en attendre la décision impartiale & équitable;
& ce sera ma Pierre de touche, & celle
des gens sensés.

pict

L E T T R E P H I L O S O P H I Q U E,
PHILOVITE A HELIODORE,
Salut.
S Tudieux investigateur, Disciple d'Hermès, enfant de la Science philosophique, ne t'imagine point qu'il soit aisé de
monter aux échelons de l'échelle de la Sapience,
& d'atteindre au sommet, pour remporter
la palme de victoire sur les infirmités
terrestres, qui est attachée à sa hauteur.
Le chemin du Ciel est étroit, épineux, rude,
& escarpé; il en est de même de celui de la

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514 Lettre
sagesse; l'on n'y parvient pas, & l'on n'y
entre point sans des ailes du génie, c'est-à-
dire sans s'élever par le moyen d'un esprit
supérieur, très pénétrant, droit & simple
au-dessus du fol vulgaire, & des doctes insensés
de la terre; car cette science est fine
& passe les forces ordinaires de l'esprit.
Le caractère d'un véritable & parfait Philosophe ne consiste pas à posséder la pratique
de l'Oeuvre hermétique & son objet
désiré, sans la théorie, la science & la connaissance
des vertus & propriétés que Dieu
y a répandu, ni à réputer leur souveraine
excellence, & leurs merveilles comme un
secret indifférent à sa toute puissance, & à
la grâce qu'il veut bien accorder au salut
des âmes & des corps; car la dignité d'un
si grand don de la grâce, constitue en la
personne du sage & de l'adepte, un vrai
caractère d'illuminé du Père des lumières,
d'interprète de ses oracles, de ministre de
ses merveilles, de connaisseur de la Nature,
& de ses principes invisibles & visibles.
Un aussi heureux mortel doit donc par état,
reconnaître la Divinité même dans son ouvrage
& dans ses effets, comme la source
de toute sagesse & perfection, puisque selon
S. Paul rien n'est privé, rien n'est dépourvu
de la parole spirituelle salutaire,
cachée au fond de l'essence de tous les êtres,
& qui fait leur lumière & leur vie.
Il n'appartient qu'aux vrais Sages, ces Astres
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Philosophique. 515
de la terre, par leurs profondes méditations
& pénétrations des choses faites &
visibles de la Nature, de passer conséquemment
à comprendre des oreilles de l'intelligence,
& à voir des yeux de l'esprit, les
choses invisibles, & en puissance opérante,
& à contempler la vertu éternelle & la divinité,
qui en sont nécessairement & absolument
les agents secrets. C'est ainsi qu'ils
lisent aisément dans le grand Livre de vie
cette parole divine, qui fait tous les miracles
du monde; car l'âme est dans l'esprit
de l'homme ce que l'oeil est dans son
corps; tous les deux voient, l'une les choses
intelligibles & compréhensibles, l'autre
les choses sensibles, & la raison le veut
sans contradiction.
Fils de la Science, puisque la curiosité de tes pénétrations, par une heureuse disposition
& une naturelle émulation, qui semblent
venir du fond de ton âme, te porte à
approfondir les hauts secrets & les sublimes
mystères des Sages, nous serions ravis de
joie de voir en ta personne accroître le
petit nombre des Elus de la Philosophie naturelle;
d'autant plus, comme le dit fort
bien notre cher frère le docte Cosmopolite,
que la compagnie des Sages ne doit pas être
bornée par un lieu, ni par le nombre des
enfants de la Science, lorsqu'il est possible
de trouver & former de vrais Prosélytes &
Sectateurs, puisqu'il est à souhaiter que cette

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516 Lettre
noble Compagnie pût se répandre par toute
la terre habitable, & principalement ou
Jésus-Christ est adoré, où règne sa Loi, où
la vertu est connue, & où la raison est suivie;
enfin par tout où il se rencontre des
sujets propres à recevoir la saine doctrine
sans indiscrétion, & sous la fidélité du secret
harpocratique de leur part, si fort recommandé
par Salomon, Prov. Ch. XX,
v. 19. lequel prononce l'anathème, & lance
la foudre de la voûte céleste contre celui
qui par une conduite frauduleuse, révélera
vulgairement les arcanes mystérieux de la
sagesse, & de la science qui doit être dissimulée;
& suivant les termes de ce grand
Sage, la multitude des possesseurs de cette
sapience est le salut & la santé du monde
entier; Sapience, Ch. VI. v. 26. & Proverbes
Ch. X. v. 14. Ch. XII, V. 23. Ch. XIV.
v. 8. & 33. Ch. XV. v. 2. & 7. Ch. XX. v,
15. & 19. Ch. XXV. v. 2. & 9.
Tu dois donc par la force de ton intelligence fouiller & pénétrer dans les plus secrets
ressorts spirituels de la Nature, pour
y pouvoir découvrir & trouver les vertus
des influences célestes & sur-célestes, que le
très Haut a infus en tous ses Ouvrages, &
en toute chair dès le commencement; elles
y sont l'assemblage des propriétés & puissances
supérieures dans les choses inférieures;
car il y réside une double force, qui
fait la sagesse & l'admirable économie de

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Philosophique. 517
cet immense Univers, avec l'harmonie que
tu vois distribuée, & régner dans toutes ses
parties.
Dieu a créé la matière unique de la Sapience avec un esprit de vie vivifique qu'il
y a répandu, & toute vertu sanative & médicinale
qu'il lui a donnée; il a voulu joindre
à ces propriétés & puissances, celles d'avoir
les instruments propres à son oeuvre pour
toutes les générations, qu'il a considéré dans
ses idées éternelles; & il l'a mise & répandue
en toute la Nature, comme son principe
d'animation, & de salut des âmes & des corps.
Le Verbe divin, au plus haut des Cieux, en la source de la Sagesse, qui par la vertu
énergique & universelle de son influence se
pousse & porte à tous les êtres, qu'elle remplit
de la fécondité vivifiante, & de l'esprit
salutaire dont elle est douée; pourquoi
Salomon en sa Sapience Ch. VII. v. 25. 26.
l'atteste une vapeur de la vertu de Dieu,
une candeur de la lumière éternelle, un miroir
sans tache de la Majesté du Tout-puissant,
& l'image de sa bonté.
De cette pure émanation de la clarté du très Haut, venant de l'Empirée, son Trône
sur-céleste, dans les éléments & dans tous
les mixtes, il se forme un fluide spirituel de
quatre parties élémentées, sous trois principes
célestes, & trois principes sublunaires,
que les Sages appellent; savoir les premiers,
principes principiants & premiers

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518 Lettre
agents, triple, ou trine vertu de l'archée en
unité; & les seconds, principes principiés,
seconds agents, soufre, mercure & sel,
aussi en unité, mais non pas les vulgaires
terrestres; & ce qu'il y a d'admirable, en
quoi l'on ne doit cesser d'adorer la Divinité,
c'est que par un amour & une grâce du
Dieu des vertus pour ses créatures, les premiers
agents sont infus & incorporés dans
les seconds, avec une mutuelle magnésie &
sympathie, qu'il leur a donné de s'adhérer
pour la composition, constitution, & ordination
de tous les corps.
L'union harmonieuse de ces substances initiales & incrémentales fait notre naissance,
notre vie, & notre conservation;
car leur mission & séjour en la matière corporelle,
sous la forme d'une essence centralissime,
crée toutes choses, les forme, les
meut, les anime, les spiritualise & conserve;
voilà notre feu de vie par essence, non
spécifiée ni déterminée, quoique propre &
personnelle au sujet dans lequel elle habite;
car elle est l'âme générale du grand monde,
comme du microcosme & de tous les êtres
vivants, plus ou moins ordonnée & dignifiée
dans chaque individu, où elle pénètre
& passe en toute la circonférence & en la
capacité du tout, ainsi qu'en les portioncules
les plus fines & déliées, par un travail
circulaire de la puissance motrice de l'Esprit
éternel archectypimotivivitectonique: &

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Philosophique. 519
c'est aussi notre nourriture quotidienne qui
nous vient de la bouche, & nous est gratifiée
de son règne pour notre santé, & l'extermination
des esprits impurs de la corruption
terrestre, ennemie de notre chair, &
ouvrière de destruction; car cet Esprit de
sagesse a la vertu & la puissance de les renvoyer
dans les bas lieux assignés à leur demeure,
& de les empêcher de nous nuire
par les maux & les fléaux mortifères, qui
d'inclination font tout leur apanage & leur
milice continuelle.
Dans le fluide spirituel nous reconnaissons un Esprit moteur & de vie, & une
terre vierge spirituelle en laquelle il se corporifie
par amour: ce qui est pur esprit ne
se corrompt point, & ne se porte à aucune
macule; pourquoi, de l'expression de Salomon,
Sapience Chap. VII. v. 22. 23. 24.
25. rien de souillé n'entre dans cette divine
science.
Nous y voyons par les yeux de l'esprit la vertu du Ciel, le mouvement perpétuel &
circulaire dans tout, & dans ses plus modiques
particules; & la vertu sublunaire qui
retient en soi la force ignée du Ciel, & en
est le tabernacle, laquelle les Philosophes
ont appelée magnésie, comme étant remplie
de sympathie à s'unir pour opérer toutes les
productions & générations, & les conserver.
Cette double force, que nous nommons spirituelle, est corporelle & moyenne nature,

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520 Lettre
animée & animante, parce qu'elle est
un minéral spirituel, qui a vie, & donne
vie, un être vivant & salutaire: elle aime
la pureté, parce que de soi elle est pure; &
quoiqu'elle s'offense de l'impureté, elle est
incorruptible: elle se plaît avec toutes les
créatures & séjourne en elles, tant qu'elles
peuvent la préserver des impressions de la
corruption, son ennemie incompatible, &
la rendre intacte des accès & des assauts
des qualités peccantes, vénéneuses & meurtrières
du démon infernal, & des légions
de ses esprits impurs, qui cherchent sans cesse
à ravager & détruire son séjour, en désordonnant
l'harmonie & l'homogénéité des qualités
élémentées, & des principes constitutifs.
Elle fait les délices, ainsi qu'il est dit aux Proverbes, Chap. VIII. v. 31. d'habiter &
de s'enraciner avec les enfants des hommes,
comme le sujet, suivant l'Ecclésiastique chap.
XXIV. v. 16. 18. 19. & 25. le plus honoré &
dignifié de la Nature, & le plus capable d'en
conserver la grâce & le dépôt: celui qui péchera
contre elle, ajoute Salomon en ses
proverbes Ch. VIII. v 36. blessera son âme
vitale, & tous ceux qui la haïssent, la négligent
ou la méprisent, aiment la mort. Pourquoi
l'Ecclésiastique nous assure Ch. IV.
v. 12. 13. 14. que celui qui aime la Sagesse
aime la vie, & Salomon en les Proverbes
Ch. IV. v. 10. 13. 22. en donne la raison,
en disant que c'est parce que la Sagesse
est
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Philosophique. 521
est sa propre vie; l'homme a le choix du
bien ou du mal, de la vie ou de la mort,
qui sont à son libre-arbitre, en son pouvoir,
& devant lui, & il aura en partage ce
qu'il lui plaira opter; l'Ecclésiastique nous
en avertit encore Ch. XV. v. 17 & 18. &
Ch. XXXIII. v. 15. la seule intelligence de
l'esprit nous fait concevoir ces vérités, car
elles sont trop éloignées des sens vulgaires.
Tout est d'un, par un, & en un seul, principe sans principe, animateur & conservateur
de toutes choses: tous les êtres, tant
physiques que métaphysiques ne peuvent
subsister sans leur principe, & tombent en
décomposition & résolution de leurs éléments;
parce que leurs principes naturels qui
étaient animés & vivifiés, & ordonnés en
homogénéité, avec les qualités élémentées
par le premier agent, tombent aussi en confusion,
& cesse d'enclouer & fixer le quatrième
élément, de le spiritualiser, ignifier,
& harmoniser en corps individuel: la vertu
de Dieu est cet unique instrument, principe
ou agent, opérant l'union & incorporation
des parties spirituelles & matérielles, c'est-
à-dire des trois principes naturels & des
quatre qualités élémentées individuellement,
lesquels constituent & organisent avec harmonie,
relative à celle des Cieux; tous les
corps terrestres, plus ou moins parfaitement,
Tome IV. X x
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522 Lettre
selon la force & la dignité que la Sagesse
éternelle y a partagée.
L'effusion de l'influence sur-céleste du souffle divin est une puissance active, vivifiante
& invisible, qui par la volonté & l'amour
de Dieu pour ses créatures, descend
d'en haut, & se mêle, selon Basile Valentin,
avec les vertus & propriétés des Astres,
& d'icelles mêlées ensemble il se forme
un tiers entre terrestre & céleste, qui
est la première production que l'air & les
éléments traduisent à tous les individus,
dont ils ne sont que les tisserands; car les
principes agents, fondamentaux & constitutifs
administrent l'oeuvre & le travail, en
portant avec eux l'âme & l'esprit moteur
dont le très Haut les a vivifiés, sous la forme
d'un sel liquide de sapience, que les Sages
appellent sel de nitre vital, essence catholique,
esprit universel, vital & nutritif,
mercure de vie, & pierre triangulaire donnée
par la libéralité du souverain Dieu.
Le principe spirituel de vie est donc dans la nature de chaque être, pour son existence
& sa conservation, mais il y est aussi
pour sa réparation; heureux passage de la
Mer Rouge, pour quiconque la sait passer
ou traverser & franchir à pied sec: voilà
le Livre, le flambeau, le miroir, le précepteur
& le guide de la Philosophie naturelle,
la connaissance de la Nature entière; de notre
Auteur & de nous-même, où nous apprenons

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Philosophique. 523
le moyen de saupoudrer comme
de sel céleste, tous les malheurs de ce bas
monde.
Dans les feuilles & les pages de ce grand Livre de vie, nous voyons le signe de l'alliance
de Dieu avec les hommes, & l'objet
adorable de la rédemption de notre salut,
qu'il a bien voulu nous envoyer & accorder
pour laver nos offenses dans le mérite du
Sang précieux de notre divin Sauveur, lumière
du monde, & qui donne toute vie;
effet de la bonté de la sagesse infinie, qui
est le signe de l'âme catholique, & la piscine
probatique, comme l'esprit en l'homme
est le chariot de son âme & le réservoir
de la vie, roulant les eaux de la rosée salutaire
& de régénération dans tous les couloirs
des corps.
Le défaut de connaissance des premiers principes & agents de la Nature, est cause
de toutes les ignorances qui sont dans le
monde, & cela ne provient que d'inapplication
à l'étude de la même Nature; car
elle contient tout, & rien des propriétés
célestes ne lui manque: cette science est la
seule qui n'emprunte rien des autres, car
elle est supérieure à toutes, qui pour être
vraies & solides, ne peuvent dériver que
d'elle, puisqu'elle fait le fondement & la
règle de tout. L'homme insensé, dit David,
Psaume XCI. v. 5. & 7. ne connaîtra ni ne comprendra point ces merveilles de Dieu: la
X xij
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524 Lettre
Sagesse enseigne les choses, & non pas les
paroles; c'est à l'enfance de la Science qu'il
appartient de comprendre les unes, & d'obtenir
la révélation des autres, cachés aux méchants
& indignes sous des paraboles, par
des raisons divines, dont il ne faut point
demander compte à la sainte Providence,
qui gouverne tout, en mesure, en nombre,
& en poids, & n'ouvre les trésors qu'où,
à qui, & quand il lui plaît; pourquoi les réprouvés
en voyant, ne verront point, & en
entendant, ne comprendront point les mystérieux
arcanes de la Sagesse.
Les insignes attributs, qualités & propriétés que les Sages ont reconnus dans la
matière de la Sagesse, la leur ont fait appeler,
selon Chopinel, la fontaine vivificative,
le fleuve de tout remède, l'eau régénérative,
qui purge & purifie de tout
vieux ferment immonde, & renouvelle la
vie; ils l'ont encore dite; eau qui donne
vie à la minière, eau végétable, eau-de-
vie spirituelle, terre des vivants, terre philosophale,
terre adamique, parce qu'elle
est aussitôt faite que l'homme, qu'il n'est
que par elle, & ne vie point sans elle; ce
qu'il a de commun, sous quelques caractères
& distinction, avec tous les êtres animés
qui en sont constitués, & s'en nourrissent,
plus ou moins parfaitement, selon
la dignification qu'il a plu au Souverain
Créateur de leur distribuer & partager; car

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Philosophique. 525
elle n'est qu'une à tous les règnes & à toutes
les familles de la Nature, & à la composition
de tous les mixtes, où sous la forme
d'une vapeur candide, spirituelle & invisible,
elle découle & circule par divers
canaux, selon la forme, l'espèce & le genre
de leurs semences particulières.
Dans le centre de l'intérieur de la double force céleste & sublunaire, les Sages savent
extraire, préparer, & opérer par la
vertu de leur acier magique, & l'épée ardente
de Pythagore, les principes instrumentaux
de la sagesse hermétique, faire jaillir
de son giron virginal, & de son oeuvre
exaltée en perfection, le fruit de vie ou la
vie active, vivifiante tout individu, parce
qu'elle en est le fondement universel; &
comme cette sapience a l'infusion du don
des sept Esprits de Dieu, & des sept vertus,
Salomon a qualifié sa science, de science
des Saints; pourquoi les Philosophes y ont
trouvé les symboles des plus adorables Mystères
de la Religion chrétienne, seule, unique
& vraie, puisqu'elle est fondée sur la
Divinité même, & sur les principes spirituels
de vie des âmes & des corps.
Il est vrai que lorsque nous avons tiré la matière philosophique de sa minière, pour
en faire les confections de l'Art, la quintessence
élémentaire repose comme dans
son sabbat, ou en léthargie, sans développer
ni exercer sa vertu vivifique & ouvrière,

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526 Lettre
jusqu'à ce que l'Artiste l'ayant convenablement
employée en la matrice vitrée des
Philosophes, qu'ils nomment la coiffe du
foetus, l'habitacle du poulet, ou le nid de
l'oiseau d'Hermès, il ait excité & mis en
mouvement son agent, qui, quoique se véhiculant
en repos sur le suc de l'eau marine
& pontique, a âme & esprit, lesquels après
la grande éclipse du Soleil & de la Lune,
doivent faire sortir la lumière des ténèbres
par la volonté de Dieu, qui le permet & le
veut ainsi.
Notre extraction spirituelle, corporelle, & moyenne nature, en cet état est dite cahos,
matière première, cahotique, hyléale,
hylé primordial, & saturnie végétable,
parce que la confusion du liquide avec le solide,
ressemble à l'image de l'ancien cahos,
& en représente toutes les opinions & les
événements: elle a vie, parce qu'elle est véritablement
chose vive; elle donne, conserve
& fortifie la vie, parce qu'elle est le
principe prolifique de vie, c'est-à-dire qu'il
est inclus en elle, comme la chaleur naturelle
animale est insite dans l'oeuf d'où sort
le poulet; car si cette chaleur était une fois
éteinte, suffoquée, ou dissipée, pour retourner
à nouvelle iliade dans l'immensité universelle,
il n'y aurait plus de végétation, de
production & génération dans l'oeuf.
Cependant la vie de notre Embryon philosophique a les limbes à subir; & si elle

@

Philosophique. 527
ne semble mourir, elle ne renaîtra point à
une vie plus glorieuse, & ne produira point
de fruit; ainsi il est expédient nécessairement
que cette vie paroisse se perdre & s'éteindre
dans les ténèbres, pour ressusciter
plus triomphante, & communiquer ses vertus
mondifiées & parfaites, aux corps qui
en ont soufferts altération; l'on ne peut dissimuler
qu'il faut bien aimer son âme, avoir
un grand amour pour la vie, bien du courage,
de la foi, de la patience, pour une
régénération plus excellente, de faire un
semblable sacrifice à l'image de la Mort,
dans la quadrature élémentaire du cercle du
Serpent Egyptien dévorant sa queue; cependant
sans corruption, il n'y a point de
génération à espérer, parce que c'est son
commencement, & la destruction d'une
forme & la naissance d'une autre, par une
vicissitude du Cercle, de la Sphère, & de
l'ordre de la Nature, qui n'est jamais oisive,
& dans ses opérations continuelles tend
toujours au plus parfait.
Notre divine matière donne une quintessence & un Elixir de vie, qui ont le pouvoir
& la vertu admirable, invisible, de croître
& de multiplier visiblement l'être où elle
agit, parce que le principe de mouvement,
qui fait & constitue la vie est son agent moteur,
le seul ordonnateur de son Oeuvre &
de ses travaux: il est parfaitement uni à une
nature vierge, la matrice dans laquelle &

@

528 Lettre
avec laquelle il opère, l'Artiste n'y fait, manipule,
ni laboure rien en manière quelconque;
il lui suffit d'employer son industrie
à l'extraction, préparation, clôture &
simple administration par l'agent externe
excitant, à l'imitation d'une poule, qui
couvant les oeufs y met & introduit par les
pores sa propre chaleur naturelle, laquelle
réveille, excite & meut le principe de vie
génératif, endormi dans la masse compactée
de chaque oeuf: cette industrie n'est pas petite,
l'on en convient; elle est même essentielle,
& le succès de l'Oeuvre en dépend;
mais un habile Philosophe connaissant
les instruments de la Nature, s'aide aisément
du filet d'Ariane pour trouver l'issue
de ce dédale ou labyrinthe.
Ne crois pas cependant que la connaissance de cette quintessence, ainsi que l'acquisition
de son Oeuvre divine, soient données
aux impies, aux ignorants, aux insipides,
aux méchants, ni aux indignes & profanes;
Dieu ne le permet point, & le défend
même très expressément; les Sages qui
n'en parlent qu'avec crainte, pour en éviter
la profanation & l'abus, les leur ont cachés
sous des énigmes & paraboles, qu'ils
n'ont souvent expliquées que par d'autres
énigmes cabalistiques, & qui ne peuvent
être comprises que par le studieux Méditateur;
il est en effet de la dernière importance,
que cette Science ne soit jamais entendue
tendue
@

Philosophique. 529
ni sue ouvertement des ineptes &
ignorants, non plus que du vulgaire; & il
est du devoir du Sage de la tenir secrète,
sans jamais la révéler indiscrètement; car
si ce malheur arrivait au monde, tout périrait,
tout serait renversé & confondu; &
les précautions que les Philosophes ont prises
& soigneusement apportées, pour ne confier
leur secret qu'au silence d'Harpocrates,
ou pour le subtiliser par des hiéroglyphes, sont
une prudence très louable, & une fidèle
obéissance aux ordres de la volonté suprême.
La connaissance d'une si haute Science, n'est que le partage des âmes favorites du
Ciel, des génies transcendants, des personnes
laborieuses & patientes, des esprits raffinés,
séquestrés du bourbier du siècle, &
nettoyés de l'immondicité du terrestre fangeux,
qui est l'avarice, par laquelle les ignorants
sont attachés, le nez vers la terre, en
ce monde, domicile de toute pauvreté, folie,
ou aveuglement; pourquoi dit fort à
propos Philalèthe, les fous & les ignorants
sont si obstinés en leur erreur, & d'une cervelle
si dure à pouvoir comprendre, que
quand même ils verraient des signes marqués
& des miracles, ils n'abandonneraient
pas leurs faux raisonnements & leurs sophismes,
pour entrer dans le droit chemin de
la vérité.
Salomon de son temps déplorait ce malheur, en disant, Ecclésiaste ch. 7. v. 30. avec
Tome IV. Y y
@

530 Lettre
l'Auteur de l'Ecclésiastique, ch. 1. v. 6. qu'il
y a bien peu d'Elus de Dieu qui aient la
révélation de la racine de la Sagesse, & qui
connaissent les astuces & les subtilités:
heureux celui qui la trouve, car elle est la
propre vie & la santé de toute chair, ajoute
le même en ses Proverbes Ch. 3. v. 2. 8. 13.
14. 15. 16. 18. 22. 35. & Ch. 8. V. 10. 11. 17.
18. 19. 20. 34. 35. & ch. 14. v. 6. 12. 30. &
l'Ecclésiastique Ch. 25. v. 13.
Si tu es une fois assez heureux de posséder ce précieux dépôt des vertus divines, tu posséderas
tout: car Salomon te proteste en sa
Sapience Ch. 7. v. 8. 9. 11. 12. 14. 27. &
ch. 8. v 4. 5. 6. 7. 8. 13. 17. que c'est un
trésor infini, & sans prix pour les hommes;
qu'il n'y a rien au monde de plus
riche, opulent & abondant, puisque la Sagesse
seule opère & procure toutes choses:
le reste des Scènes, des félicités humaines
& terrestres, ne sont plus après cela que des
fables transitoires, dont le monde, hôpital
de malades d'esprit & d'insensés moribonds,
se repaît avidement avec ridicule
vanité en son ignorance, soit dit sans
être cynique. Le genre humain a cette perversité,
qu'il donne tête baissée, & se
perd dans la dépravation & dans les choses
qui lui sont contraires: l'on ne désire point
en effet ce que l'on ignore; l'insipidité fait
l'inconnaissance, & l'inconnaissance la raison
négative. Le vulgaire endurcit de ses
préjugés, ne veut point croire qu'il y a dans

@

Philosophique. 531
la Nature un moyen occulte de remédier à
tous ses maux & à tous les malheurs, &
que le seul Sage en a la clef qu'il se réserve.
Un fou, dit Salomon, estime, répute,
& appelle fous tous les autres hommes:
tel est un homme ivre, de qui la
raison égarée du cerveau, n'est plus connue,
lequel croit voir la terre & les objets
tourner, & ne trouve personne plus
raisonnable que lui.
L'Univers est inondé d'erreurs, & une infinité d'ignorants ont avili notre divine
Philosophie; c'est pourquoi un investigateur
prudent doit toujours veiller, & être
sur ses gardes pour éviter & fuir les gens
pétris de préjugés mondains, les Sophistes
du temps, les infâmes Chimistes, les
Charlatans & les faux Philosophes, ainsi
que leurs trompeuses recettes, qui déshonorent
& rendent même honteuse & méprisable
la sainte science de l'Alchimie, par
leurs procédés contraires au sujet & à la
voie de la belle & simple Nature; car tous
leurs travaux, dans l'Océan de la Science
superficielle du siècle où ils nagent, les y
noient & submergent, en les précipitant
à la perdition & à la mort, puisque sur la foi
de Salomon en ses Proverbes Ch. 12. v. 28.
& chap. 13. v. 14. la vie n'est que dans
la Sagesse & en son Oeuvre: toute autre
voie, toute autre ressource, tout autre sujet
conduisent infailliblement l'homme à sa
Y yij
@

532 Lettre
perte; & il ne la peut éviter, ni réparer sa
ruine sans le secours de cette source de Vie:
celui qui aime le péril y périra.
Sache donc, Enfant d'adoption & de prédilection, que les Philosophes envieux
& jaloux d'une Science si relevée & importante,
en ont voilé le sujet, la théorie & la
pratique, sous différents noms allégoriques,
soit à l'origine & à l'influence, soit à la résidence
& aux opérations, soit enfin aux
vertus & propriétés pour embarrasser les cervelles
sans jugement, & n'être entendus que
des Studieux de la Nature, en ne s'ouvrant
qu'aux personnes capables; ils disent communément
le composé, une liqueur divine,
une Eau pesante, visqueuse, lustrale, & le
grand dissolvant universel, l'esprit & l'âme
du Soleil & de la Lune, l'Essence, la Fontaine,
la Citerne, le Puits, l'Eau Pontique,
l'Eau du Paradis terrestre, le Bain Marie,
l'Arbre & le Bois de Vie; le Feu contre nature,
le Feu humide secret, occulte, invisible;
le Vinaigre très fort des Montagnes du
Soleil & de la Lune; le crachat de ces deux
grands luminaires, la cinquième Essence, l'Antimoine
Saturnial réincrudant tous corps,
avec la conservation de leur espèce, en forme
& en génération plus noble & meilleure:
& tous ont raison à leur sens, & dans
la subtile signification qu'ils l'entendent;
car toutes ces qualifications, & bien d'autres,
y conviennent, où y sont analogues.
Le terme plus usité, est le double Mercure,
@

Philosophique. 533
distingué sous trois qualités: la première,
la plus infirme, est aux Minéraux &
Métaux, dont l'Or & l'Argent vulgaires
sont les plus exaltés; la seconde, assez dignifiée
& vertueuse, est aux végétaux, qui regardent
particulièrement la Vigne & le
Blé, sang & graisse de la terre, comme
étant les plus avantagés de la rosée vivifique
du Ciel pour la nourriture de l'homme:
la troisième, infiniment plus noble, puissante
& divine, est aux animaux, chez lesquels
la rosée du souffle de vie, beaucoup plus
triturée, poussée & rectifiée, c'est-à-dire dégagée
des crasses enveloppées qu'elle a contractées
dans l'air, & la commotion des Eléments
opère plus merveilleusement, ce qui
doit s'entendre surtout du chef, qui domine
sur tous les autres des trois règnes, ou la
substance mercurielle & ignée est très puissante,
puisque le sujet porte le caractère &
le Sceau royal que le Tout-puissant a imprimé
à son plus bel ouvrage, fait à son image
& ressemblance, & qui même a son Diadème,
en signe de souveraineté sur tous les
Etres premiers créés.
Ainsi dans l'animal parfait les principes essentiels sont aussi plus parfaits, parce qu'il
rassemble, se compose, rectifie & dignifie
les qualités du minéral métallique, & du végétable
vineux & fromental; il est même
un extrait de toutes les Créatures célestes &
terrestres, dont la création a précédé la
Y yiij
@

534 Lettre
sienne; il les suce encore, & se les corporise
journellement; ce qui s'engendre au foie
principalement, d'où la décoction dérive, en
se parfaisant dans les Cavernes à ce destinées.
Apprends donc, Amateur des Vérités hermétiques, apprends à pénétrer la vérité des
natures dans l'intérieur; tu trouveras que la
nature des Minéraux terrestres participe le
plus de la qualité de la terre; & comme la
terre d'elle-même n'engendre point une autre
terre, semblable à elle, pareillement les
corps Minéraux & Métalliques, après qu'ils
ont tirés de leurs minières, ne croissent plus,
& ne peuvent plus d'eux-mêmes engendrer
leurs semblables; d'autant moins qu'ils perdent
la vie minérale par la fusion dans la géhenne
& le martyr du feu.
Cette incapacité & impuissance n'advient point aux Plantes, qui ont la nature plus
pure & parfaite, participant le plus de la
qualité de l'Eau; par conséquent par leurs
racines & semences, elles peuvent d'elles-
mêmes, sans autres artifices humaines, procréer,
engendrer & pulluler leurs semblables.
Il en est de même, & plus supérieurement des animaux, qui ont leur semence
première & spécifiée en eux-mêmes, non
enracinée ni attachée à la terre; leur souffre
est plus spiritualisé & subtil que celui des
Plantes même, & leur mercure plus pur &
parfait: leur sel est aussi plus spiritueux &
dignifié, & leur terre minérale porte plus de

@

Philosophique. 535
vertu & propriété, que celle des végétaux:
mais parmi les animaux, la famille privilégiée
a encore ces attributs beaucoup en supériorité,
dignité, commandement, & empire
sur toutes les autre; familles de ce règne,
lesquelles lui sont subordonnées de
l'ordre de Dieu, ainsi qu'il est dit en la Genèse,
selon la naturelle propriété des Eléments
de la Nature, dont chaque Etre participe
plus ou moins.
La raison de ces différences est bien simple, & je t'en fais donner un autre exemple,
qui te doit ouvrir les yeux, & te convaincre
de la vérité.
Les Minéraux, ainsi que les Métaux qui sont leur production, ou plutôt qui sont minéraux
perfectionnés, tiennent le plus de la
nature & qualité de la terre, laquelle est la
base infime, & comme la lie des autres Eléments,
Eau, Air, & Feu; par conséquent,
les Minéraux & les Métaux sont un composé
terrestre, & ainsi les moindres en dignité,
en vertu & en propriété; donc ils
sont impropres à servir de principes à la génération,
à moins qu'ils ne soient réincrudés,
réanimés & spiritualisés par leur premier
& souverain principe; ce que la nature,
dans les entrailles de la Terre, ne saurait
faire, & dont l'Artiste vient à bout, par
sa Science; en cela il peut, & fait plus que
toute la force de la nature minérale: cependant
il n'opère point une si haute merveille,
Y y iiij
@

536 Lettre
sans les premiers & seconds Agents bien disposés;
car l'Oeuvre est un merveilleux concours
de la Nature animée & animante &
de l'Art; l'une ne le peut achever sans l'autre,
& celui-ci ne l'ose entreprendre sans
elle; ainsi c'est un chef-d'oeuvre qui borne
la puissance des deux; pourquoi l'on a raison
de dire, que le grand Oeuvre des Sages
tient le premier rang entre les plus belles
choses, les plus sublimes & relevées; aussi
est-ce le plus haut point, où la force du génie
humain ait jamais pu pénétrer.
Les Végétaux, de la nature & qualité de l'Eau, sont plus purs, moins imparfaits que
les minéraux, mais ils n'ont point le degré
d'exaltation & de perfection impérative, &
absolue; ils ne les peuvent acquérir que par
le même moyen, & le principe universel de
toute la nature en souveraine puissance.
Les animaux, qui tiennent le plus de la nature & qualité de l'Air, qui est l'enveloppe
& le véhicule du feu, sont beaucoup plus
purs, parfaits & subtils que l'Eau, où que les
corps qui en sont principalement & copieusement
composés; & par la même raison,
ils sont infiniment plus ignifiés & spiritualisés,
vertueux & accomplis que les Plantes.
L'on pourrait dire que les Habitants des Airs, les Corps aériens, Célestes, l'Aigle,
la Salamandre, l'Oiseau du Paradis, qui participent
le plus de la nature & qualité du
Feu céleste, auxquels ils sont plus proches,

@

Philosophique. 537
& qui portent en eux une ignition plus
dégagée des levains des Eléments subordonnés,
sont aussi plus purs, plus spirituels,
parfaits, puissants & vertueux, que les Etres
de l'infériorité de l'Air, & ce n'est pas sans
sujet que les Sages les ont nommés des Esprits
aériens, des Génies célestes, dont les
principes essentiels sont extrêmement spiritualisés,
raréfiés, potentiels, volatils & actifs;
aussi ont-ils rapport à notre Oeuvre.
Il faut donc réputer & juger les minéraux métalliques & terrestres, comme imparfaits,
n'ayant que l'être, & non la faculté
de croître & multiplier par eux-mêmes, c'est-
à-dire, étant privés de la vertu prolifique,
générative, & multiplicative; car s'ils l'avaient,
toute la terre serait couverte de
Minéraux & de Métaux parfaits & imparfaits,
ainsi que de pierres qui n'ont pareillement
que l'être; c'est pourquoi l'oeuvre de
la formation du minéral en terre, quoiqu'elle
soit comme la source & l'origine de
l'oeuvre de la production du végétal, & de
l'oeuvre de la génération de l'animal sur terre,
leur est toutefois beaucoup inférieure;
d'autant que les corps qui approchent le plus
de la privation & du non être, ont moins
de perfection que les autres plus éloignés de
ce néant; parce que ceux qui tiennent le
plus à l'existence, & au principe vital &
animant, ou à leur proximité, sont par conséquent
plus avantagés de la vertu prolifique,

@

538 Lettre
spermatique & séminale; car les minéraux
font comme l'apprentissage, pour ainsi
dire, de la Nature ouvrière, & comme le
composé des grosses & impures matières,
qu'elle dignifie il est vrai, mais sans y admettre
une âme & un esprit de vie de soi
prolifique: les végétaux & les animaux, sont
comme le chef-d'oeuvre de cette même nature,
engendrés de la plus pure & parfaite
substance des minéraux, par résolution naturelle,
quoiqu'invisible, conjointe à la nature
& qualités des Eléments plus spiritualisés,
desquels ils participent plus qu'eux.
La vertu minérale, par une fusion universelle dans l'immensité des Globes, & qui
nous est invisible, mais que nous concevons,
se joint volontiers à la vertu séminale des
Plantes; & l'une & l'autre par divers Iliades
se joignent aussi magnétiquement à la
vertu animale, qui les pousse, exalte, perfectionne
& virtualise, en se les corporisant:
leur liaison en unité, & homogénéité,
fait que le corps animal spirituel participe
de la lumière des minéraux, & la contient
plus parfaitement qu'elle n'est contenue en
eux: parce que par résolution, la plus subtile
partie du minéral a été transmuée au
corps spirituel, avec le mélange de l'Eau;
ainsi l'animal contient en soi la vertu minérale
& la vertu végétale très éminemment,
avec puissance virtuelle de les amener, réduire
& convertir despotiquement à sa qualité

@

Philosophique. 539
d'homogénéité vivante & de perfection
animée, en les faisant passer en acte effectif
identiquement à sa substance, par les triturations
& coctions naturelles, ou fonctions
de la nature.
Ces effets merveilleux & admirables s'opèrent par l'action de la circulation universelle,
qui en est l'instrument principal, dans
les quatre Eléments, & les quatre qualités
élémentées, ou tempérament de la nature,
où ces mêmes Eléments agissants les uns
sur les autres, par l'action des contraires,
sont souvent transmués par la force du supérieur
dominant, en sa qualité; car tout le
travail de la nature roule sur quatre pivots
perpétuels, que le Créateur lui a assignés,
comme les quatre termes, à savoir le descendant,
l'ascendant, le progrédient & le
circulaire; mais ces mêmes quatre termes,
& l'action des contraires, n'ont leur motion
que par la vertu pulsive & répulsive de l'Esprit
Eternel, qui, selon Salomon, Ecclésiaste,
c. 1. v. 5 & 6. Eclairant toute l'immensité
en circuit, se pousse dans tout, &
perpétuellement retourne dans les cercles
qu'il parcourt.
Fils de la Science, tu dois bien reconnaître, par les Arcanes que je t'ai révélé,
que le mercure sulfureux des minéraux
& des végétaux, n'est qu'un avec le
soufre mercuriel des animaux, & qu'il y est
minéral; les principes de ces trois règnes y

@

540 Lettre
étant enchaînés & incorporés par un chaînon
merveilleux de la toute-puissance adorable
de Dieu: infère de-là, & conclue combien
plus grandes dont la vertu & la puissance
des Esprits célestes & ignés, & combien
plus merveilleux sont leurs effets: ainsi
sois attentif à trouver un Or Solaire & Lunaire,
dans un Fleuve que Moïse appelle
Phison, & qui circule dans le Jardin délicieux
de toute la Terre, qu'il nomme Hevilath,
en arrosant & environnant tout le
continent, l'Or y naît, & l'Or de cette terre
est très bon; mais c'est un Or minéral
spirituel, en puissance virtuelle seulement,
& qui n'est point le vulgaire; c'est-à-dire,
qu'il est un feu de nature, caché dans la
moelle du mercure, & que le Vent a porté
dans son ventre pour être la vraie Magnésie
des corps, & l'Orient philosophique.
Dans le choix que tu feras des principes essentiels qui doivent composer ta matière,
unique par l'homogénéité des différentes qualités
des éléments & des règnes de la nature,
il faut s'appliquer à les trouver dans une
parfaite sérénité, pour en faire ton admirable
quintessence, que la nature t'administrera
en ta plus favorable effervescence,
moyennant ton industrie; car un méchant
Corbeau, dit le Cosmopolite, pond un mauvais
oeuf.
Pour plus de précaution à la préparation de ta Confection philosophique, considères

@

Philosophique. 541
bien, & sois en état de juger, si elle est
amenée aux degrés de sa coction, aux dispositions
& qualités requises par les Philosophes;
tu le reconnaîtras par les symboles
& caractères qu'ils lui ont donnés lors de
son élaboration, en la disant Eau mercurielle,
Eau sulfureuse, Feu & Eau, sèche
& humide, chaude & froide, Feu végétal
animal & minéral, l'âme du monde, l'élément
froid, feu lumière & chaleur, mouvement
& principe de vie, Eau bénite,
Eau des Sages, Eau Minérale, Eau de céleste
grâce, Lait virginal, Eau vive, Puits
des Eaux vivantes & végétables, Mercure
philosophique, minéral corporel, minière
de l'Or & de l'Argent, le Mercure généralissime,
la vertu, le ferment, le corps
vivant, la Médecine parfaite en spiritualité,
qui ne se trouve & ne se prend que
dans la Citerne de Salomon, selon ses Prov.
ch. 5. v. 15. & Cantique des Cantiques, &
dans le Puits de Démocrite, d'où on l'a tiré
sans corde & sans poulie, enfin une substance
de genre minéral.
Ce compost Hermétique doit être Amalgamé d'un Sperme élémentaire, que les
Adeptes ont nommé Rebis, Hermaphrodite,
Agent & patient; car si la matière n'avait
une cause instrumentale en elle, il n'y
aurait point de mouvement, d'action, d'opération
& de génération; l'instrument étant
l'Agent de la conception & végétation;

@

542 Lettre
pourquoi les Sages ajoutent que dans leur
matière ils ont le secret de trouver Feu solaire
& Eau lunaire, âme, esprit, & corps;
& qu'entr'eux est désir, amitié & société
sympathique, magnésie, concupiscence spirituelle,
amour comme entre mâle & femelle,
à cause de la proximité de leur semblable
nature; & dans ce sens l'Eau est dite
le vaisseau de Feu, le ventre, la nourrice, le
réceptacle de la teinture ignée solaire, la
terre vierge, la Nourrice, la Fontaine de
l'ignition céleste, qui la virtualise & la fait
concevoir, & par lequel la nature a en soi
un mouvement inhérent certain, & selon
la vraie voie, meilleur qu'aucun ordre qui
puisse être imaginé par l'homme.
Prends donc garde dorénavant de t'égarer en tes recherches & en tes procédés,
que Flamel t'explique fort bien sous le mot
de processions de l'Oeuvre Hermétique; profite
de ces éclaircissements; lis, relis, &
médite souvent les Auteurs de bonne note,
surtout ne t'éloigne jamais du sujet que
tu veux traiter; voilà l'unique point nécessaire;
Philalèthe te recommande un seul
vaisseau, une seule matière & un seul fourneau;
il dit vrai, & jamais Philosophe tel
jaloux qu'il soit, n'en impose: il peut être
fin, rusé & subtil, mais non pas menteur;
car il est Partisan juré & fidèle de la vérité;
s'il semble avoir des contradictions, la raison
est qu'on ne peut démêler & comprendre

@

Philosophique. 543
aisément ses énigmes obscures; & lorsque
l'on est parvenu à en avoir la clef, par
la concordance & la conciliation avec ce
que d'autres ont dit, car un Livre s'explique
par un autre, l'on trouve & l'on reconnaît
qu'il ne s'est point impliqué, & qu'il a
parlé avec justesse, d'accord avec lui-même,
& avec tous les Sages unanimement & d'une
commune voix, ingénieuse à chacun selon
sa façon; c'est la méthode que Philalèthe a
suivie; mais il n'explique point clairement
toutes les autres conditions que l'art requiert,
& que l'industrie te doit fournir;
ainsi tu peux l'apprendre, ou y suppléer par
ton génie & ta prudence.
Réfléchis bien au but que tu te proposes; tu désire acquérir la Médecine de vie & de
santé, le Catholicon souverain, le Baume
de vie pour remédier efficacement à toutes
maladies, infirmités, & à la vieillesse même;
tu ne pourras recueillir que ce que tu
auras semé; si tu as semé la vie, tu moissonnera
la vie, & l'on ne répare la santé
des individus de la nature, que par son propre
principe universel, dans les différents remèdes
qu'on y apporte: la sagesse est ton
objet, & le fruit de son ventre est la Médecine
universelle, qui seul a, & produit toutes les
vertus des autres médecines, par un effet
bien plus supérieur, puissant & prompt, radicalement:
car la Sapience seule, selon les
termes de Salomon, peut tout, & à un pouvoir

@

544 Lettre
Infini pour guérir de tous maux; ouvre
donc le Livre de vie, & souviens-toi de la
maxime des Sages, que nature contient nature,
nature s'éjouit en nature, nature surmonte
nature, nulle nature n'est amendée
sinon en sa propre nature; mais n'y prend
point l'action pour la cause, ni l'effet pour
le principe, comme l'ont fait tous les grands
Philosophes du temps.
Cependant, par pure bonté, je t'avertis donc de ne pas prendre à la lettre absolument,
ce que je t'ai dit sous l'enveloppe de
quelques subtilités philosophiques, dont j'ai
été obligé de me servir, pour ne pas encourir
la malédiction de Dieu, & l'anathème
des Sages; la lettre tue; le sens caché vivifie;
c'est-à-dire, qu'il ouvre & enseigne un
moyen de conserver & prolonger la vie par
la vie au-delà des bornes ordinaires, & tu
dois bien me comprendre; car jamais Sage,
depuis le vénérable Hermès, n'a parlé &
écrit de sa science aussi clairement & sincèrement
que je le fais en ta faveur, par un
pur mouvement de charité & de pitié, qui
part du profond des entrailles de mon humanité
pour mon prochain; mon langage &
mon style sont peu communs, & au-dessus
de la Sphère du vulgaire: l'amour propre,
ni le désir d'avoir l'approbation des demi-
Savants, des insipides, des ignorants & incrédules,
ne me donnent point d'aiguillon
flatteur, pour être connu, ni me faire valoir
loir
@

Philosophique. 545
en ce que je sais, & que je ne tiens que
de la grâce Divine, à qui j'en rends l'hommage
& le tribut: cette Science se soutiendra
toujours par elle-même, les portes de
l'Enfer ne prévaudront jamais contre la vérité
Evangélique, non plus que contre celle
de la Sagesse: qui attaque l'une attaque l'autre,
car elles se défendent mutuellement,
& en corps, comme étant toutes deux filles
du même Père, qui les tient en sa main &
en sa garde, & dont elles soutiennent les
droits, & manifestent la puissance & les
vertus à sa gloire. Au surplus mon intention
n'est point d'attirer personne à mon parti,
s'il ne le mérite, & n'en est capable, car il
y a trop de disproportion entre le génie du
Siècle & les merveilles que je t'annonce, &
confie à ta prudente discrétion sur la doctrine
d'Hermès, & le Magistère des Sages
si vanté par les Sibylles.
Les travaux d'Hercule que tu as à essuyer, les difficultés à surmonter, & les écueils à
éviter dans les trajets de cette Mer philosophique
couverte de naufrages, méritent toute
ton attention; c'est pourquoi avant d'entreprendre
& de mettre la main à l'oeuvre, que
tes idées soient bien digérées, & ta conduite
parfaite dans l'esprit, comme un habile Architecte
a dans la tête un Edifice immense,
qu'il n'a pas encore commencé de fonder &
d'élever; depuis l'excavation, dont les matériaux
doivent soutenir sept colonnes de
Tome IV. Z z
@

546 Lettre
ton bâtiment, jusqu'au faîte qui doit couronner
l'oeuvre, souviens-toi qu'il faut être
vigilant à soigner aux travaux, pour l'ordre régulier de leur Géométrie Astronomique,
car il y entre plus d'esprit que de matière.
Lorsque par illustration Divine, car c'est un don de l'Esprit Saint, tes méditations
t'auront acquis la connaissance de ces sublimes
Arcanes, profite de la grâce de Dieu;
& muni de l'instrument de da Sapience, oeuvre
en sa crainte & en son amour, à l'imitation
de l'ordre & du simple travail de la nature,
dont un Sage doit être le singe, puisque
tout ce qui se fait au contraire, n'est jamais
rectement fait: & n'oublie pas qu'incrédulité
& impatience sont ennemis de la Science.
Si tu ne parviens à la perfection, comment voudrais-tu commander à une puissance
terrestre, faite & constituée pour dominer
les autres: car les règnes & les familles
inférieures de la Nature ne peuvent rien,
ou peu, sur le règne & la famille supérieure:
ainsi il est essentiel de trouver la double clef
de la source de vie, & des richesses tout ensemble,
laquelle ouvrira & fermera toutes
les portes de la nature, dont elle est l'abrégé,
le thélême, l'épithème, & l'arc-boutant;
mais ne mets point tout ton coeur dans l'Or,
au détriment de ton âme & de ton salut.
C'est ainsi que l'Arbre de vie, selon Philalèthe, au milieu du Paradis terrestre, donnera
des feuilles & des fruits pour la santé

@

Philosophique. 547
des Nations de la Terre; car suivant Salomon
en sa Sapience, Ch. 1. v. 7. 13. & 14. Dieu les
a rendues toutes capables de se procurer la santé,
par la Médecine que, de l'expression de
l'Ecclésiastique, Ch. 38. v. 4, il a mis sur terre,
& que l'homme sage ne méprisera point
pour la conservation & prolongation de ses
jours, jusqu'au terme le plus reculé, assigné
par la volonté du très Haut.
En effet, par ce seul moyen tu acquerras la sagesse, plus précieuse que tous les biens
du monde entier, qui ne lui sont point comparables,
& un trésor qui te fera mépriser
toutes les vanités du monde, objets de la
convoitise & des passions du commun des
hommes; car tu n'as rien de plus désirable
sur terre, & de bonheur plus grand, qu'une
très longue vie en parfaite santé: elles sont
en ton pouvoir & en ta main par cette sapience,
promises & assurées par Salomon, en
son Ecclésiaste, Chap. 7. v. 13. en ses Proverbes,
c. 3. v. 2. & 18, c. 4. v. 5. 9. & 10.
c. 5. v. 15. c. 8. v. 35. Chap. 9. v. 11.
c. 12. v. 28, c. 13. v. 14, c. 44. v. 30,
c. 28. v. 2.; & en sa Sapience, Chap. 8. v. 5.
c. 10. v. 9. c. 14. v. 4, c. 16. v. 7. 8. 12. &
13. David son père, en rend le même témoignage,
Psaume 90. v. 16. Ses autres Psaumes
en retentissent, ainsi que toutes les Prophéties.
Lorsqu'au terme philosophique, tu tireras le sang de ton Pélican, tu auras la bienheureuse
Z z ij
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548 Lettre
possession de la seule & vraie Médecine
salutaire, efficace & universelle; &
par son usage, selon l'art & la prudence, le
pouvoir merveilleux de restaurer & rétablir
la chaleur naturelle débilité & dissipée, ou
éteinte, & de réparer l'humide radical épuisé
par le cours de la nature, ou bien par accident;
tu éloigneras la caduque vieillesse, &
rappelleras la fleurissante jeunesse, enfin tu
régénéreras toute nature & tout tempérament,
en les mettant en état parfait, en
vigueur & en fonctions bien ordonnées.
Admire en cela la Providence, qui a bien voulu départir aux simples & aux humbles
méprisés du monde, un si grand don de sa
vertu toute-puissante; car ce remède souverain
à toutes maladies, conservateur de nos
vies & de nos santés, contient toute propriété
Médicinale exubérée en parfaite salubrité,
puissance & acte, par excellence infiniment
supérieure à toutes les Médecines
vulgaires, qui pèchent toujours contre le
tempérament, par quelque défaut d'homogénéité
& d'exaltation, lesquelles se trouvent
dans celle-ci parfaitement.
C'est par cette raison, que ce Catholicon cabalistique réintroduit aux corps un Baume
analogique de vie, qui fait la juste homogénéité
des éléments de nos constitutions,
en virtualise & exalte les principes, & les
entretient en incolumité, dans un bon régime.

@

Philosophique. 549
il tempère tellement les qualités, qu'il n'y
en a aucune qui puisse prédominer sur les
autres; la colère devient sans violence, &
la mélancolie sans malignité; il corrobore
toutes les parties intérieures & extérieures
du corps & expulse toutes mauvaises humeurs
peccantes & toute lèpre extérieure, toute corruption
centrale & excentrale, extirpe
tout mauvais levain, venin, & poison; guérit
radicalement toutes maladies & infirmités,
telles chroniques, invétérées, & désespérées
de secours, qu'elles puissent être; &
cela sans aucune violence, ni perturbation
de la Nature, parce qu'il lui est aimable,
onctueux, & balsamique, & la régénère entièrement.
Dans tout paroxysme dangereux, incurable à tous les remèdes vulgaires, cette divine
Médecine opère promptement & parfaitement
la guérison & la santé, si l'Arrêt
n'est prononcé d'en haut.
C'est un excellent & singulier préservatif de la malignité des vapeurs de la terre &
de l'air, de l'impureté & pourriture: de toute
peste & contagion, & corruption; & le
Démon, non plus que ses esprits malins, ne
pourront avoir aucun accès sur ceux qui
auront le bonheur de s'en servir.
C'est ici le triomphe de l'humanité, par le culte, la possession, & la portion vivifique
& salutaire de la Sagesse.
Maintenant, bénis le Seigneur notre Dieu,
@

550 Lettre
& le remercie à chaque instant de ta vie,
d'un talent si précieux, qu'il te fait la faveur
de t'accorder, par la voie de mes ouvertures
& révélations de sa bonté signalée.
Consacre le fruit de ton travail, à sa gloire, & à l'utilité & soulagement de ton prochain,
des infirmes nécessiteux, des pauvres
de la république Chrétienne, & de tous les
affligés du genre humain, par de bonnes
oeuvres qui répandront sur toi la bénédiction
de Dieu; afin qu'au dernier jour, tu
ne sois pas trouvé ingrat de tant de bienfaits
qu'il t'a donnés, par prédilection à une
infinité de Sages de la terre, auxquels il n'a
point fait la même grâce; & que tu ne sois
point réprouvé au Tribunal de ce souverain
juge équitable, auquel soient éternellement
rendus gloire, honneur, & louange dans les
Cieux & sur la terre.
C'est ce que je souhaite, en finissant ma Lettre & mes réflexions symboliquement à
quelques Textes qui concluront l'attestation
de la vérité que je t'écris pour ta félicité.
Sapiens exultat in facturâ. Salomon Sap. In manu artificum opera laudabuntur, Ecclésiastiq. Ch. 9. v. 24.
Execratio autem peccatoribus cultura Dei, Idem. Ch. 1. v. 32.
Nihil melius est, quam laetari hominem in opere suo, ut pergat illuc, ubi est vita;
Ecclesiaste, Ch. 3. v. 22. & ch. 6. v. 8.
Quia delectasti me, Domine, in facturâ
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Philosophique. 551
tuâ, & in operibus manuum tuarum exaltabo,
Psaume 91. v. 5.
Qui operatur terram suam, satiabitur panibus, Proverbes Ch. 28. v. 19.
Quaerit derisor Sapientiam, & non inveniet; perverso huic ex templo veniet perditio
sua, & subito conteretur, nec habebit
ultra medicinum, Proverbes. Ch. 6. v. 15.
Viro, qui corripientem durâ cervice contemnit, repentinus ei superveniet interitus,
& eum sanitas non sequetur, Proverbes
Ch. 29. v. 1.
Altissimus creavit de terrâ medicinam, & vir prudens non abhorrebit eam. Ecclésiastiq.
Ch. 38. v. 4.

PHILOVITA, ô, Uraniscus.
Cosmocola. 1751.
pict

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