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Réfer. : AL2010
Auteur : Anonyme.
Titre : Lettre Philosophique.
S/titre : Traduite d'Allemand en François par Antoine du Val .

Editeur : Laurent d'Houry. Paris.
Date éd. : 1723 .


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L E T T R E
P H I L O S O P H I Q U E
Très estimée de ceux qui se plaisent aux Verités Hermétiques.

TRADUITE d'Allemand en François par
ANTOINE DUVAL
Avec l'Extrait d'une autre LETTRE assez curieuse sur le même sujet.
pict
A P A R I S Chez Laurent d'HOURY, ImprimeurLibraire, Rue de la Harpe, vis-à-vis la
rue S. Severin, au Saint Esprit. ----------------- M. D C C. XXIII Avec Privilege du Roy.
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LETTRE @

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L E T T R E
P H I L O S O P H I Q U E
pict ous ayant vû douter d'une
science dont vous devriez être mieux persuadé, il m'a semblé necessaire de vous en tracer les fondemens, suivant que la lecture des
vrais Philosophes & l'experience me l'ont
enseigné. Je n'use pour cet effet d'aucune
Rhétorique, jugeant superflu d'orner la
matiere du monde, qui est la plus belle de
soi-même. La Ste Ecriture, qui est dictée
par le Saint Esprit, contient la parole du
grand Dieu, méprise l'ornement, & se
plaît seulement aux sentences veritables
& simples. L'ignorance, au contraire, & le
mensonge, dont le pere de mensonge a
jetté la semence dans les Ecoles modernes,
veut être plâtrée d'attifets pour cacher ses
défauts; l'art & le fard sont pour les
beautés imparfaites. Vous verrez dans la
A
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2 L E T T R E
suite de cette Lettre une Physique qui paroîtra
extravagante & impertinente au
sens de ces mêmes Ecoles, & je vous dis
par avance que le moindre Pédant la condamnera
aussi hardiment que s'il l'entendoit
très-bien, & que mes sentimens seront
bannis de sa raison aussi librement
qu'il pourroit faire, si notre sainte Science
étoit soumise à sa juridiction.
Mais je laisse à chacun son jugement libre, & je ne veux punir les présomptueux
& les ignorans, que de leurs propres qualités
qu'ils garderont pour pénitence.
Aussi ne prétens-je écrire cette lettre qu'à
vous qui avez la clef pour en déchiffrer le
contenu misterieux, afin que vous puissiez
confirmer votre connaissance, & l'appuyer
sur un fondement inébranlable,
pour donner gloire à Dieu & servir votre
prochain. Vous trouverez la plûpart de ce
que je vous écris chez les Philosophes;
mais vous ne le verrez en nulle part entassé
de cette manière, & en si peu de paroles.
Elles sont simples, mais importantes
& véritables. Lisez, relisez & pensez
le bien, rapportant le tout à la pierre
de touche qui est la nature: elle vous cautionnera
pour moi de la vérité. Mettez ses
démarches en parallele avec mes paroles, &

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gardez pour vous-même les observations
que vous en tirerez. Afin donc de comprendre
ce dont il est question, sçachez
que la Physique est une science moyennant
laquelle on explique les substances naturelles
entant que naturelles, avec leur harmonie:
c'est la science de la nature, ou une
habitude moyennant laquelle nous connoissons
la nature, & les choses qui tiennent
leur être d'elle.
L'auteur de cette nature est Dieu, qui subsiste naturellement de par soi-même,
sans commencement ni fin. Il est souverainement
& uniquement Sage, Puissant
& Bon. Comme il est infini, & que nous
sommes finis, nous ne pouvons rien dire
de lui qui ne soit trop au-dessous de sa
gloire & perfection; une partie ne pouvant
aucunement comprendre le tout:
l'excellence de ses oeuvres le magnifie
beaucoup plus que la foiblesse de notre expression.

Du Chaos.

Quand nous contemplons ses oeuvres en general, nous y observons dès leur
principe, le Chaos, les Elemens, & les
choses élementées. Le Chaos étoit un composé
agité de l'eau & du feu vivifiant, à
Aij
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4 L E T T R E
ce que toutes choses de ce monde fussent
produites par le Verbe éternel de Dieu.
C'étoit la matiere contenant toutes les
formes en pouvoir, qui ensuite se manifesterent
quand sa volonté se réduisit en
acte. Ce corps informe étoit aquatique,
& appellé par les Grecs ὕλη, dénotans
par le même mot l'eau et la matiere. Cette
matier a été distinguée de Dieu en trois
Classes: en supérieure, moyenne & basse
région. La superieure est absolument illuminée,
éminente & subtile: la basse absolument
ténebreuse, crasse, impure &
grossiere. La moyenne est mêlée de l'une
& de l'autre de ces qualités. La derniere
classe ou région basse contient néanmoins
toutes les essences & vertus des créatures
de la superieure, en sorte que ce que les
créatures superieures sont actuellement
& en forme manifeste, les créatures inferieures
le sont en pouvoir & en essence
occulte. La classe & région superieure réciproquement
est créée, en sorte qu'il n'y
a rien dans l'inferieure dont elle ne contienne
la nature & les vertus: ce que les
essences superieures sont exterieurement,
les inferieures le sont interieurement.
L'une & l'autre toutefois ne peut pas agir
également; car les créatures superieure

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intellectuelles peuvent agir si elles veuent,
de même façon que les inferieures;
mais les inferieures sont empêchées par la
crasse tenebreuse de leur corps, d'agir
comme feroient les Anges, à moins que
d'être illuminées d'en haut, & douées de
vertus divines & plus qu'humaines. En
tout ce que dessus il est à remarquer que la
région inferieure n'est pas entierement
destituée de lumiere, ni la superieure de
quelque mélange (bien que délicat) de
tenebres, n'y ayant que le Créateur seul
qui habite une lumiere pure & inaccessible.
La créature, bien qu'opposée l'une à
l'autre, ne manque jamais de mélange
pour procréer par cette puissance étendue
& remise, comme le bras court & long
en Géométrie; & c'est par le moyen de
cette operation admirable que le mouvement
a commencé le Chaos. La parole
éternelle du Pere en ayant premierement
separé les élémens, & puis les choses
élementées superieures & inferieures,
tant terrestres que celestes & sur-celestes.
Car la création du Ciel présuppose celle de
ses habitans, qui sont les Anges bien-heureux,
ausquels l'ame des hommes devient
semblable, lorsque séparée des sens materiels,
& épurée des impuretés ténebreuses
A iij
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6 L E T T R E
par le St Esprit, elle s'élève en ferme
foi à Dieu, cherchant & trouvant dans le
Pere des lumieres cette clarté surnaturelle
inconnue à l'homme sensuel. Par ce chemin
la grace du Seigneur a manifesté * à
son serviteur Moïse cette création merveilleuse:
c'est par cette même grace que
mortifiant notre chair perverse, & ressuscitant
en une nouvelle vie, nous élevons
le vol de notre ame par-dessus tout ce
qu'il y a de materiel, pénetrant les tenebres
confuses du chaos, pour observer,
tant par la parole relevée de Dieu, que
par la lumiere de sa clarté reluisante éminemment,
& en ses grandes oeuvres, &
en l'homme créé à sa ressemblance, les
démarches de cette operation merveilleuse,
jusqu'à ce que cette étincelle de lumiere,
dont nous sommes capables en
cette mortalité, vienne à croître pour
nous éclairer pleinement dans l'Eternité.
Il y a trois choses à observer dans ce chaos: 1. L'eau premiere & informe: 2. Le
feu vivifiant, dont l'eau a été agitée. Et
3. La façon dont les êtres particuliers ont
été produits de ce chaos ou être general.
Cette eau informe & imparfaite étoit incapable,
sans le feu vivifiant, de rien pro*
I Gen.
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P H I L O S O P H I Q U E 7

duire; elle étoit avant l'eau élementaire,
& contenoit le corps & l'esprit qui conspiroient
ensemble à la procréation des
corps subtils & grossiers. Cette eau premiere
étoit froide, humide, crasse, impure
& tenebreuse, * & tenoit dans la création
le lieu de la femelle, de même que le
feu, dont les étincelles innombrables comme
des mâles differens, contenoit autant
de teintures propres à la procréation des
créatures particulieres. Ce feu qui a devancé
l'élementaire, a vivifié tout ce qui
est produit du chaos; c'est celui de la nature,
ou pour mieux dire, l'esprit de l'Univers
subtilement diffus dedans cette eau
premiere & informe. On peut appeller ce
feu la forme, comme l'eau la matiere,
confondus ensemble dans le chaos. Il ne
subsistoit pas séparément sans l'eau, qui
est proprement son habitacle, & la matiere
ou le vehicule qui le contient. Toutefois
ce feu n'est qu'un instrument subalterne,
& qui ne peut agir en aucune façon
de soi-même, n'étant qu'un outil materiel
de la grande main immaterielle de Dieu,
ou de sa parole non créée qui est issue de
lui, & en procede continuellement, comme
nous voyons au 1 & 2 de la Genese,
* 2 Gen. A iij
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8 L E T T R E
faisant par ce feu les impressions de diverses
teintures sur diverses especes. J'appelle
teintures les puissances astrales &
ponctuelles. Car la teinture est comme un
point essentiel, duquel comme du centre
sortent les rayons qui se multiplient dans
leur operation. Mais comme ces rayons
ne sçauroient operer en eux-mêmes, pour
leur proximité & ressemblance, il leur a
fallu un corps aquatique dissemblable à
leurs proprietés, à ce que sa masse par ce
feu central, & moyennant la disposition
de la parole de Dieu, ainsi que les autres
choses, prissent forme. Le feu n'est pas
un corps, mais il en prend un ailleurs,
qu'il dispose à sa fin destinée: il demeure
plus volontiers dans un corps parfait que
dans un autre; il contient les définitions
de toutes choses, & reçoit en soi, suivant
les vertus de son imagination que le Verbe
éternel de Dieu lui a imprimé, les dispositions
de diverses semences; il est chaud,
sec, pur & diafane: les deux dernieres
qualités sont les sources de toute lumiere:
sa chaleur le fait agir sur l'eau, comme
étant le principe de toute la chaleur des
élemens & des choses élementées; sa sécheresse
est le principe de constance ès
créatures: sa diafanité marque sa subtilité,

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qui lui rend toute sorte de corps penetrables;
sa pureté exclut toutes imperfections,
car le feu les chasse loin de soi, &
aspire à la constance de l'Eternité, comme
la fin du monde & la nouvelle création
fera voir. Aristote l'appelle assez improprement
le principe du mouvement. Le
feu donc est la nature qui ne fait rien en
vain, qui ne sçauroit errer, & sans qui
rien ne se fait. Car cet esprit agissant,
bien qu'il soit inherent en des corps differens
de ce monde, est pourtant toujours
le même; & bien qu'il serve à vivifier des
teintures diverses, selon qu'elles sont distinguées
dans les créatures par le Créateur,
il ne fait que les disposer suivant
leur capacité.
Ce chaos ainsi créé, Dieu commença à travailler sur ce corps tenebreux, lui infusant
quelques rayons de lumiere par le
moyen de l'esprit de Dieu qui se mouvoit
dessus les eaux, séparant les tenebres de
la lumiere, & donnant aux tenebres la
demeure inferieure & moyenne, comme
à la lumiere la superieure. Il separa * les
eaux d'avec les eaux, plaçant la materielle
& la grossiere dans la mer & dans la terre,
& élevant la subtile & spirituelle au-dessous
* Gen. 1, vers. 6.
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& au-dessus du firmament, * à ce
qu'elle pût servir de vehicule, d'instrument
& de mediatrice à l'Esprit universel,
pour porter les ordres & les aides actives
aux esprits passifs & particuliers des
sublunaires. Cela ne suffisant pas, Dieu
donna le troisiéme degré de lumiere, séparant
la terre, ou le sec des eaux & de la
mer, afin que la terre ne fût empêchée
par le mélange excessif des eaux, de produire
les herbes & les arbres portans
fruits. Il sépara aussi par l'étendue des
Cieux, les eaux inferieures des superieures,
& assembla de la lumiere diffuse, des luminaires
pour distinguer les tems & les
saisons, afin d'operer par leurs rayons ou
influences mesurées sur les créatures, lesquelles
il créa de leurs élemens distingués
pour vivre en iceux, & habiter cet édifice
admirable dont il donna la Seigneurie
à l'homme fait à son image & selon sa ressemblance
pour le servir & benir.

Des Elemens en general

L'élement est un corps séparé du chaos, afin que les choses élementées consistent
par lui & en lui: c'est le principe d'une
chose, comme la lettre de la syllabe. La
* Gen. 148. vers. 4.
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doctrine des élemens est très importante,
étant la clef des sacrés mysteres de la nature.
Les élemens conspirent ensemble,
& se changent facilement l'un en l'autre,
& nous voyons la terre se changer en eau,
l'eau en air & l'air en feu. La terre se
change en eau, quand l'eau par le mouvement
de la chaleur, du centre de la terre
en pénetre les conduits en forme de vapeur,
& en reçoit par cette exhalaison
l'essence subtile, en sorte qu'il n'apparoît
aucune difference entre l'eau et la terre.
Cette terre réduite en eau par la chaleur
du Soleil, & élevée en la région moyenne
de l'air, y étant quelque tems digérée, se
change en feu, & forme les tonnerres &
les foudres. Celui qui connoît le moyen
de changer un élement en l'autre, & rendre
les choses pesantes legeres, & les legeres
pesantes, se peut dire vrai Philosophe.
Cela ne se peut que moyennant un
certain chaos universel, dont le centre
contient les vertus des choses superieures
& inferieures, réduisant la terre en eau,
l'eau en air, & l'air en feu. Jamais un
élement n'est sans l'autre, car le feu sans
air s'éteint, l'eau sans air se pourrit, la
terre même ne sçauroit faire un globe
sans l'eau, qui sans les autres élemens ne

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produit quoi que ce soit. Le feu purge
l'air, l'air l'eau, & l'eau la terre, & par le
mouvement du feu l'un se perfectionne
dans l'autre. Le feu est toujours le moindre
en quantité, comme le premier en
qualité; où il domine il engendre des choses
parfaites, & où il est dominé ne viennent
que les imparfaites. Les élemens sont
actifs, quand ils travaillent sur un corps
pour en former quelque chose de nouveau;
passifs quand l'un souffre, que l'autre en
fasse quelque chose, & l'un agissant l'autre
pâtit. L'eau agit sur le feu, le concentrant
par la reclusion dans son corps; le
feu travaille sur la terre, afin de l'élever à
sa propre dignité, & cela durera jusques à
tant que tous les élemens, par une action
mutuelle atteignent la souveraine perfection.
Les élemens superieurs agissent bien
plus parfaitement que les inferieurs, comme
il appert par les actions du Ciel ou du
feu, à cause de sa pureté & élévation, en
vertu de laquelle ils exaltent les élemens
inferieurs, comme les inferieurs en échange
abaissent ou attirent & humilient les
superieurs. Et c'est par le moyen de cette
attraction & expulsion, que le monde respire
& vit, communiquant l'être des choses
superieures (comme dit est) aux inferieures,

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& ainsi reciproquement. Cette
opération merveilleuse se fait moyennant
l'esprit de l'Univers invisible & impalpable
en soy, si ce n'est qu'il se rend tel, à
raison de sa situation & de son vehicule.
D'autant que ce Mercure, ce messager du
Ciel, & qui en porte les Ordonnances en
terre, prend de certaines aisles propres à
faciliter son vol. Cet instrument est visible
& palpable, mais l'esprit en soi-même
ne l'est pas, pour être d'une nature absolument
spirituelle, & dont l'essence fuit
les sens. Pour mieux comprendre ce mystere,
qui est très grand & excellent, considerons
que la terre, & l'eau occupent
l'habitacle inférieur, pour être moins excellent
que le Ciel, qui est le feu, & est situé
au-dessus, comme l'air qui est un élement
moyen entre le feu subtil & la terre;
& l'eau grossiere se place entre-deux. Or
afin que la terre fût exaltée par le feu &
élevée à la souveraine perfection, il étoit
nécessaire que le feu la repurgéât de sa
crasse immonde, & qu'à cet effet il fût
posé dans son ventre pour y opérer jusqu'à
tant qu'ayant séparé toute l'impureté
de la terre, il en attirât l'essence pure &
sans fêces. Mais cette terre vierge ne pouvant
agir sans les élemens moyens, le feu

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14 L E T T R E
agit sur l'eau, qui compose un même globe
avec la terre & ce moyennant l'air,
subtilisant cette eau par sa chaleur, & la
reduisant en vapeur, unissant à même
tems la terre à sa nature. Ainsi la nature,
qui procede toûjours avec ordre, tend depuis
les choses basses par les moyennes au
sommet de perfection, & comme la terre
est un corps compacte, l'eau ne la peut pas
tout à la fois transformer en sa propre nature:
c'est pourquoy elle s'éleve souvent
moyennant la chaleur du Soleil, la distillant
& la renvoyant sur la terre, afin d'y
porter la vertu du feu, à ce que par ses aspersions
réitérées, la terre se résolve dans
ses semences; car les semences de la terre
inherentes, ont en soy le feu de la nature,
participant du feu celeste, lequel resout
moyennant des vapeurs très subtiles, la
terre en eau, pour pouvoir penetrer & vivifier
les entrailles des semences. Après cela,
il la convertit par une digestion continuelle,
en une huile cristalline, qui represente
l'air par sa clarté diaphane, & l'allume
enfin, après l'avoir dépouillée de toutes
ses impuretez, de sa flâme ardente, la
faisant expirer de jour en jour, & monter
aux lieux superieurs à travers de l'air, &
la réduisant à la même essence du feu. Voilà

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P H I L O S O P H I Q U E 15
comme un élement participe de la nature
de l'autre: l'élement donc est un corps
spirituel contenant une matiere & grossiere
& visible; ils ne peuvent reposer, mais
sont dans un mouvement perpetuel, pour
mouyenner la procreation des choses: les
uns panchent plus dans leurs inégalités vers
la forme corporelle, les autres vers la nature
spirituelle. Quand ces élemens seront
un jour (par l'émotion nouvelle de la nouvelle
création) dénuëz de toute impureté,
alors leur corps & leur esprit seront en
juste balance, et attachez ensemble par le
lien sacré de l'éternité; l'inégalité ôtée,
le mouvement le sera pareillement, qui
compose le tems, & là où il n'y en a plus,
l'éternité apparoît d'elle-même. De toutes
les matieres que nous connoissons, la
plus également composée est l'or, qui ayant
des élemens purs & destituez d'inégalité,
approche plus de l'éternité, qu'aucune autre
matiere, & donne, étant rendu spirituel
& applicable au corps humain, une
Medecine qui surpasse de bien loin toutes
autres Medecines. Et sans l'obstacle de la
malediction que le peché attire, & sur nos
propres élemens & sur nos alimens, cette
excellente Medecine feroit bien un autre
effet encore. Parlant tantôt de l'harmonie,

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16 L E T T R E
je toucherai cette corde plus distinctement,
faisant voir qu'il n'est pas impossible
de representer mécaniquement le
Macrocosme avec les élemens de cet Univers,
sous la forme d'un mouvement perpetuel:
j'avoue cependant que nous ne le
connoissons qu'en partie, le peché nous
ayant chassé hors du Paradis, dont l'entrée
nous est défendue en cette vie caduque
& miserable. Nous essayerons neantmoins
d'attraper quelque branche qui passe
par dessus la muraille du jardin d'Eden,
& ne pouvans y entrer ni manger du fruit
de l'arbre de vie, nous tâcherons d'en avoir
du moins quelque feuille, bien que
(comme dit est) sechée & corrompue par
nôtre iniquité malheureuse.

Des Elemens en particulier & du Feu
Elementaire, ou du Ciel.
Le feu & l'air sont les élemens superieurs. Le feu est le premier, préferablement
à tous autres, à cause de sa pureté,
subtilité & perfection causée de sa simplicité,
qui le rend plus noble & plus puissant;
l'esprit de l'Univers le possede &
fortifie merveilleusement. L'air pour être
moins pur ne le penetre jamais à fonds, ni
ne s'unit totalement à lui, si ce n'est après
être
@

P H I L O S O P H I Q U E 17
être purifié de ses fêces. Le feu élementaire
n'agit que quand il est concentré, c'est
alors que ces rayons prennent force, &
jettent puissamment leurs influences. Après
que Dieu eût concentré Gen. I. vers.
10. les élemens & vers. 11. les choses élementées;
concernant le feu ou le point
astral dedans les semences particulieres, il
concentra aussi vers. 14. la lumière diffuse
en des certains luminaires pour envoyer
ver. 15. leurs rayons en terre, & les y
faire opérer. Quand il veut agir, il chasse
(s'il est le plus fort en un corps) les vapeurs
impures & superflues dans l'air,
pour y être digerées; s'il est le plus foible,
les vapeurs l'oppriment & le suffoquent.
Car le feu tâche de purifier toutes
choses & les reduire à la souveraine perfection,
comme les Philosophes sçavent; Et
tant plus qu'un élement est penetrant, tant
plus aussi est il agissant. Il est pur & ne
souffre point d'impureté. Il y en a de deux
sortes; car il est ou interieur ou exterieur:
l'exterieur subvient à l'interieur, l'excitant
pour agiter les qualitez différentes du
corps qu'il penetre, & parachever l'oeuvre
de la nature; ces deux feux sont si familiers
& collateraux, que se rencontrant
avec leurs forces en un même sujet, l'un
B
@

18 L E T T R E
fortifie l'autre pour atteindre au sommet
de la perfection. Le feu est un élement qui
agit dans le centre de chaque chose, par le
mouvement de la nature, qui cause l'émotion,
l'émotion l'air, l'air le feu, & le feu
separe, purge, digere, colore, & meurit
chaque semence dans la matrice & dans la
situation que le Createur lui a assigné dès
le commencement. Cet élement ne peut
souffrir l'eau crue, mais il la chasse & réduit
en vapeur moyennant sa chaleur. Ce
n'est pas qu'il soit impossible de rendre
l'eau compatible avec le feu; & de la faire
durer dans la plus grande flame, jusqu'à
rendre l'eau inséparable du feu, mais le
chemin en est connu à très peu de gens, &
appartient à la cabale de la Philosophie secrette.
Le feu élémentaire est le Ciel ou le
firmament même où resident les astres,
dont les influences visibles convainquent
d'erreur ceux qui le nient. Il contient abondamment
l'Esprit de l'Univers, qui
est le feu, & se communique par le vehicule
de l'air aux choses sublunaires, & leur
donnant vie: car la vie n'est qu'un flux de
feu naturel dans le corps vivant. Ceci se
doit entendre de la vie animale; car la vie
de l'ame raisonnable est un flux de feu bien
plus noble & plus pur de substance sur celeste

@

P H I L O S O P H I Q U E 19
tirant son feu exterieur immédiatement
de l'Esprit de Dieu, qui la vivifie &
purifie, commençant par l'attraction des
rayons de sa foy, & par la communication
ou impression des rayons de sa grace & lumiere,
à lui inspirer les principes de la vie
éternelle, en attendant qu'accompagnée
d'un corps dépouillé de toutes impuretez,
elle puisse comparoître glorifiée devant le
trône de Dieu. Les corps qui subsistent
dans le Ciel, en attirent leur nourriture,
& envoyent ensuite leurs rayons ou influences
sur la terre, pour empêcher que
par cette émission leur vertu ne vienne à
diminuer, l'Eternel a ordonné par sa sagesse
ineffable, qu'ils attirassent autant
d'élemens purifiez de la terre qu'ils y en
renvoyent. Et c'est ainsi que se fait la circulation
admirable de la nature, dont cette
opération de rayons est la grande roue. Le
feu suprême est le Ciel empirée, où resident
les Astres spirituels, qui n'ont point
de corps de lumiere compacte; ils sont
d'une essence plus subtile & éminente que
les astres visibles, & ont bien plus de pouvoir:
ce sont des Esprits qui representent
chacun les forces & les Vertus de cet Univers,
jouissans à raison de leur grande simplicité,
B ij
@

20 L E T T R E
pureté & perfection d'une beatitude
permanente.
Les tenebres qui voilent nos ames dans ce monde corruptible, nous rendent les
Astres, qui assistent devant la Majesté Sacrée
de l'Eternel, invisibles; ils voyent
(hors du tems) à même tems & tout à la
fois, & ce que nous connoissons, & ce que
nous ne connoissons pas. Les eaux sur celestes
avec leur air & leur feu souverainement
purs, composent le Ciel empirée. Il est
parlé de ces eaux sur celestes. Gen 1. Dan.
3. 6. Psal. 104, vers. 3. C'est une substance
très pure, luisante, subtile, enflammée,
mais non pas consommée, qui constitue
l'habitacle des Anges Schamaijm
& des bien-heureux, le vrai Paradis composé
d'élemens incorruptibles & parfaits,
comme étoient ceux dont Adam jouissoit
avant le péché. Le Macrocosme superieur
contient tout ce qu'a l'inferieur. C'est de
l'influence continuelle de cette eau incorruptible
que s'animent & disposent toutes
choses en ce bas monde. S'étant communiquée
aux Astres visibles, elle passe des
Astres en l'air, de l'air & de l'eau, & par
l'eau en la terre, de sorte qu'il appert clairement
que le monde inferieur est l'image

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P H I L O S O P H I Q U E 21
du monde superieur. & comme en ce monde
l'air se tient sur l'eau, & le feu sur l'air,
ainsi dans le monde Angelique, l'air sur-
celeste est par-dessus les eaux sur celestes,
& au lieu le plus éminent est le feu souverainement
pur, qui compose la lumière
inaccessible, où Dieu a constitué l'habitacle
de Sa Majesté. Que personne ne nous
blâme d'entamer une matiere si haute, outre
qu'on ne dit rien qui soit indigne de
nôtre Dieu, ni qui contrarie à sa sainte
Parole: il y a une clef secrette qui ouvre
la porte de ces secrets, elle est cachée dans
un corps très commun, et contemptible
aux yeux du vulgaire, mais très precieuse
à ceux des vrais Philosophes.


De l'Air.
L'air est un Element subtil, diafane, leger & invisible, le lien entre les choses superieures
& inferieures, le domicile des
Meteores. Il n'y a rien au monde qui puisse
se passer de cet élement. Toutes les creatures
en tirent leur vie & leur nourriture,
il fortifie l'humide radical et alimente les
esprits vitaux. Rien ne viendroit en ce
monde, si l'air ne penetroit & attiroit la
nourriture multiplicative; l'air contient
un esprit congelé, meilleur que toute la

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22 L E T T R E
terre habitable; cet élement est plus pur
que l'eau & moins pur que le Ciel; il participe
de la pureté de l'élement superieur,
et de l'impureté des inferieurs, & est
richement douéé de l'Esprit de l'Univers.


De l'Eau.
Les Elemens inferieurs sont l'eau & la terre; leur exaltation dépend de l'éminence
des superieurs, & est necessaire que
pour se perfectionner ils soient souvent
élevés & enrichis des vertus superieures:
il faut, dis-je, que la terre s'éleve souvent
par le moyen de l'eau, afin que le feu résidant
dans les entrailles de la terre, apparoisse
dans ses operations: l'eau ne revient
jamais à la terre qu'elle ne soit
amandée, & ne porte quelque nouvelle
vertu. La pluye opere plus que l'eau simple
dont le Jardinier arrose. L'eau ne pénétreroit
pas la terre, si elle n'étoit animée
de la chaleur superieure ou inferieure,
comme en Eté que la chaleur du Soleil
& la centrale subtilisent l'eau, & la font
monter par les racines dans les vegetaux,
pour l'achever de digerer & réduire en
plantes, fleurs & fruits: la chaleur fait
monter l'humidité de la terre en brouillard,
qui étant levé retombe en pluye par

@

P H I L O S O P H I Q U E 23
sa pesanteur, & rend l'humidité à la terre
pour la faire fructifier: car cette marée
universel s'engrosse du Ciel, & en rapporte
à chaque fois de nouvelles vertus.
L'eau est un élement humide & grossier,
il est l'habitacle des poissons, la nourriture
des plantes & des mineraux, le rafraîchissement
des animaux, l'aide de la
generation, et le vehicule par le moyen
duquel les corps consistent des élemens
inferieurs, & reçoivent les influences du
Ciel. Cet élement contient les trois autres,
& sert à produire, conserver &
augmenter tous les corps que nous voyons.
Il contient une Medecine excellente,
douée des vertus superieures & inferieures.
Heureux celui qui la fait fixer avec
son esprit. Comme le feu sépare les choses
qui sont jointes, l'eau rejoint celles qui
sont séparées; la nature joignant les choses
superieures avec les inferieures par
les moyennes, se sert de l'eau pour communiquer
à la terre ce que le feu distille en
eau par le moyen de l'air: car l'essence du
feu tombant en l'air, celle de l'un & de
l'autre se jette dans l'eau, & celle-là dans
la terre qui est le réceptacle de toutes les
semences; si l'eau ne passoit & repassoit
incessamment par les conduits de la terre,

@

24 L E T T R E
le feu astral la consommeroit par l'intemperie
de son mouvement, & en passant
par la terre elle en attire la nature, s'habillant
de son essence la plus délicate, &
aidant à la putrefaction qui est la mere de
la generation; car sans eau il ne se fait
point de putrefaction. Passant par des
bitumineux & ensoufrés, elle en attire cette
chaleur & vertu que nous voyons aux
bains chauds de Ballaruc & ailleurs. Passant
par des veines enrichies de mineraux
ou sources métalliques, elle en attire
pareillement la vertu, & produit les eaux
salutaires, dont les fontaines se voyent à
Spaa & ailleurs. Car l'eau sent toûjours ce
qui a été échauffé avec elle, comme l'on
voit dans la composition des bouillons que
les cuisiniers apprêtent tous les jours. La
chaleur centrale fait (comme dit est) tous
les jours le même avec l'eau élementaire,
& les fruits des entrailles de la terre. Voilà
comment l'Oeconome & le Seigneur absolu
du monde fait sa distillation dans le
Macrocosme; un jour sa bonté paternelle
exaltera sa Majesté glorieuse par sa toute
puissance, rehaussant ce feu très pur qui
sert de firmament aux eaux sur celestes,
& renforçant le degré de la chaleur centrale
pour réduire toutes les eaux en air,
&
@

P H I L O S O P H I Q U E 25
& calciner la terre, à ce que toutes les impuretés
consommées par le feu, il rend à
la terre purifiée une eau circulée dans l'air,
& pareillement purifiée pour composer
un nouveau monde, consistant en un nouveau
Ciel & en une nouvelle terre. Apoc.
21,7. ou dans des élemens souverainement
purs, immuables & exaltés, vivront les
corps glorifiés des Elûs de Dieu, après
qu'ils seront changés 1 Cor. 15, 51. pour
être glorifiés, c'est-à-dire purifiés de la
crasse perissable & peccante qui voile nos
ames en cette vie miserable, pour la rendre
capable de jouir de la clarté divine
immediatement Es. 60, 19, 20. O Seigneur!
Quand verrons nous ta sainte face?
Jusqu'à quand croupirons-nous dans
les tenebres de l'ignorance où le peché
nous tient enchaînés? En somme l'eau par
un sel imperceptible aux sens, dissout les
semences que la terre contient: cette dissolution
separe les corps, cette separation
les mene à la putrefaction, & cette putrefaction
à une nouvelle vie.


De la Terre.

Le dernier élement est la terre, dure, crasse, impure, aride, l'habitacle des
animaux, des plantes, des metaux & des
C
@

26 L E T T R E
mineraux, remplie de semences infinies,
moins simple que les autres élemens, dont
la terre est proprement le rebut & le receptacle.
C'est un corps fixe qui retient
les impressions des influences d'enhaut,
plus parfaitement que ne font les autres
élemens. L'eau & l'air ne les retiennent
pas si bien, car elles penetrent jusqu'au
centre de la terre, d'où elles reviennent
copieusement à la superficie. La terre &
l'eau constituent un même globe, & operent
conjointement ensemble à la procréation
des animaux, des vegetaux & des
mineraux; elle possede un esprit nourrissant
les corps materiels; comme il est de
la nature du sel, il se dissout aisement par
l'eau qui penetre les pores de la terre, pour
prendre la nature des vegetaux: la terre
consolide les corps, & temperant l'humidité
de l'eau, à ce qu'ils prennent la forme
à quoi ils sont destinés; l'eau & le feu contestent
incessamment dans cet élément
moyennant l'air: si l'eau prédomine, il
en naît des choses corruptibles; si le feu,
il en vient des choses durables: la terre
enserre les choses pesantes en soi, & jette
les légères; c'est la mere & la matrice de
toutes les semences & de toutes les compositions.
C'est, aussi-bien que l'eau, la

@

P H I L O S O P H I Q U E 27
matrice de la Medecine universelle: car
l'esprit de l'Univers se trouve fixe en elle,
mais ce n'est pas universellement & partout.
Pour cet effet il faut changer la terre
en eau, l'eau en air, et l'air en feu. On
tire de la terre qui nous vient d'enhaut, le
mouvement perpetuel, si elle se dissout
dans son eau, moyennant le feu Philosophique,
aprés qu'elle a repris la forme du
chaos qu'avoient les élemens avant la separation
des choses élémentées.


Des choses élementées, & premierement des Esprits.
Ayant ainsi ébauché le chaos & les élemens, faisons en de même des choses élementées.
Ce sont des substances qui proviennent
des élemens, & ont de l'affinité
avec eux; ils sont, ou spirituelles, ou corporels.
Les premiers sont créés de l'essence
des élemens les plus subtils; tant plus
ils sont subtils, tant plus ils ont de force
& de pouvoir, l'excellence de l'operation
dépendant absolument de la subtilité de
l'essence. Les élemens les plus purs ont les
esprits les plus subtils, qui servent d'instrument
à la parole éternelle de Dieu.
Les Esprits sont superieurs ou inferieurs:
les premiers habitent dans le Ciel, & sont
C ij
@

28 L E T T R E
de la premiere ou de la seconde classe:
ceux de la premiere sont trés-purs, & habitent
le Ciel empirée; & comme ils sont
au-dessus du firmament & du mouvement
mesuré des Astres, ils ne sont point sujets
au tems; ils entendent & comprennent
les choses, non successivement, mais
tout à la fois; ils sont distingués par ordres
& par Puissances Cor. 1, 16, y ayant
des Archanges I Thess. 4, 16, les Anges
étant distingués des Puissances, Rom. 8,
38. Les Esprits de la seconde classe sont
ceux qui habitent dans le Firmament ès
Astres visibles: comme ils président ès
operations du feu astral, on les a appellés
des Salamandres; ils servent d'instrumens
aux operations que les Anges bien heureux
exercent dans les créatures basses, la lumiere
d'enhaut parfaite ne se communiquant
à la basse imparfaite que par ce
moyen ou milieu. Ces esprits sont innombrables,
& ont leurs fonctions distinctes
& déterminées comme les créatures
qui habitent le globe de la terre. Autant
qu'il y a d'Etoiles differentes au Firmament,
autant y a-t-il d'ordres divers
d'Esprits: il y en a de Solaires, de Lunaires,
de Saturniens, Mercuriaux, qui dominent
le globe de la terre par leur influences:

@

P H I L O S O P H I Q U E 29
ce sont eux qui exploitent même
les fonctions morales dans l'homme, le
portant aux actions de probité civile, dont
nous avons vû les Payens ornés; mais comme
cela ne vient que du Ciel subalterne,
il faut des rayons de la lumiere de l'Esprit
suprême, pour crucifier notre propre
chair, & la sacrifier même pour la gloire
divine, renonçant à toutes nos félicités
corruptibles pour l'incorruptible, jusqu'à
aimer nos ennemis, et haïr notre propre
nature corrompue. Les affections qui vont
au-delà de l'ordre de la nature, viennent
immediatement de la lumiere non creée de
l'Esprit de Dieu. Les esprits qui president
dedans l'air, consomment en eux &
convertissent en leur propre nature ce
chaos qui est composé de toutes choses,
dont aucune des choses creées ne se peut
passer: ils conduisent les Meteores, &
produisent souvent par la volonté du souverain
Créateur, les effets prodigieux du
vent & du tonnerre; ils ne sont pas tous
mauvais, ni sujets au Prince de ce monde
qui regne dans l'air; ils ne sont point universels,
mais distribués en de certaines
dispositions pour differentes fonctions.
Le remanent des Esprits terrestres &
aquatiques ont pareillement les leurs, suivant
C iij
@

30 L E T T R E
les ordres de l'Eternel; ils sont de
part & d'autre moins puissants que les aërés.
Ce que les Esprits operent de bon
dans le cours de la nature, provient de
ceux qui sont bons, & que Dieu a creés
élementaires à cet effet; ce qu'il y a de
mauvais & de sinistre vient des Esprits
malins jettés hors du Ciel empirée à cause
de leur rebellion, pour laquelle ils sont
condamnés de vivre, aussi-bien que l'homme
pecheur, au lieu des élemens purs &
incorruptibles, dans les impurs & perissables.
Les Esprits malins qui sont les diables,
jouent artificieusement des élemens
spirituels & corporels dans les choses élementées
pour les ruiner, & surtout l'homme,
dans lequel ils haïssent l'image de
l'Eternel, qu'ils tâchent par une envie
malicieuse de corrompre, aneantir & plonger
dans les tenebres; mais comme les
tenebres ne servent qu'à rendre l'excellence
de la lumiere plus apparente & plus
belle, aussi leur malice noire ne fait que
servir à exalter d'autant plus la bonté & la
lumière du Tout-Puissant, qui les fait
cooperer même dans leur damnation, malgré
eux, à glorifier la justice & la gloire
de son pouvoir infini, par leur vaine resistance
& infructueuse.

@

P H I L O S O P H I Q U E 31
Des trois Principes de la nature.
Ayant traité de tout ce que dessus, il faut descendre pour contempler les corps
palpables & sujets à nos sens. Après les
élemens spirituels, considerons les corps
tirez des élemens exterieurement d'une
nature corporelle, interieurement d'une
nature spirituelle; car les corps ne sont
que les prisons qui enferment les esprits
interieurs & actifs pour les limiter: ils
sont limitez de vie & de mort; tant plus
ils ont d'organes, tant plus ils sont corruptibles,
la seule unité étant immortelle,
car la composition présuppose la separation.
La premiere chose qui se doit contempler
en ceci, sont les principes hypostatiques;
ce sont des substances actives
tirées des élemens convenans de temperament,
afin de composer les choses élementées.
Nous appellons ces trois principes
le Sel, le Soufre & le Mercure. Là où
ils sont bien proportionnez, ils forment
une substance durable; là où ils ne le sont
pas, la chose se dit, & est impure & perissable.
La pureté consiste dans l'harmonie
& proportion des trois, l'impureté
dans l'inégalité.
Le Sel est la substance des choses, & un C iiij
@

32 L E T T R E
principe fixe comparable à l'élement de
la terre. Il nourrit le soufre & le Mercure
qui agissent sur lui, jusqu'à ce qu'ils
l'ayent rendu volatil quant & eux, l'élevant
à leur perfection. Le sel les retient en
recompense & les coagule, leur communiquant
sa nature fixe; & comme il est
fixe & sec, il assemble ce qui est liquide:
étant dissolu dans une liqueur convenable,
il aide à dissoudre les corps solides, comme
sa nature fixe d'autre part les consolide:
sa vigueur naissante lui donne des forces
alors qu'il est dissolu par le moyen du
Mercure et du soufre: il n'est actif qu'entant
qu'il est rendu tel par le ministere des
deux autres principes; alors sa puissance
se réduit en acte. Car à force que l'harmonie
est grande entre les trois principes,
l'une ne sçauroit être ni agir sans l'autre.
c'est le sel & le soufre qui préservent les
corps de putréfaction, déchassant les humiditez
superflues capables de causer
cette pourriture. Nul corps solide n'est
destitué de sel, qui se dit le principe fixe,
sec & ferme; il est impossible que sans ce
principe on puisse former un corps.
Quand on brûle du bois, l'humidité grossierement
mercuriale et superflue s'évapore,
la matière grossièrement sulfurée &

@

P H I L O S O P H I Q U E 33
bitumineuse le consomme par le feu &
évapore pareillement, tendant à la perfection
par son élevation; mais le sel demeure
dans les cendres avec l'humide radical
fixe, qui ne se peut consommer ni
détruire.


Du Soufre.
Le soufre est un principe gras & huileux, qui lie les deux autres principes entierement
differens pour l'excès de leur
secheresse & humidité, de sorte qu'il leur
sert de milieu et de ligament pour les
joindre & faire tenir ensemble: car il
participe de l'une & de l'autre substance,
ayant partie de la solidité du sel, & partie
de la volatilité du Mercure; il est susceptible
du feu operant par la dessication, &
consomme le superflu; c'est en vertu de
cette operation qu'il coagule le Mercure:
mais il ne l'achève pas seul, car le sel qui
lui est incorporé intimement l'assiste puissamment.
Le soufre produit les odeurs,
mais la substance entiere du Sel fixe, tirée
de l'interieur du soufre, se trouve également
diffuse par toutes les parties du
corps, il aura coagulé son Mercure en telle
sorte, que ce corps-là ne donnera nulle
odeur, comme nous voyons dans l'or &
dans l'argent .

@

34 L E T T R E
Du Mercure.
Le Mercure est une liqueur spirituelle, aërée, rare, engrossée d'un peu de soufre,
& l'instrument le plus proche de la chaleur
naturelle: il donne vie & vigueur aux
creatures sublunaires, & fortifie celles
qui sont debiles; il tient de la nature de
l'air, & se montre tel par son évaporation,
alors qu'il sent la moindre chaleur,
quoiqu'il soit accomparable à l'eau par sa
fluxibilité, & ne se contient pas dans ses
propres termes, mais dans des termes
étrangers, c'est-à-dire, dans l'humidité;
il domine dans les corps imparfaits &
corruptibles, car il possede trop peu du
sel & du soufre; mais là où il est réduit
en une même nature bien proportionnée
avec les deux autres principes, il compose
un corps incorruptible, comme nous
voyons dedans l'or, dont à cause de cette
admirable proportion, on peut tirer une
Medecine tres-excellente & salutaire.
Après la contemplation des trois principes de la nature, il faut dire deux mots
de la semence. C'est un extrait tiré, exalté
& separé d'un corps par le moyen d'une
liqueur convenable, meuri dans les vases
propres pour la propagation de son espece.

@

P H I L O S O P H I Q U E 35
Le baume naturel qui est une essence spirituelle
des trois principes, un Esprit celeste,
cristallin & invisible, habitant un
corps visible, anime la semence. Cette semence,
entant que semence, n'est pas un
corps sensible, mais plûtôt son receptacle;
il se produit moyennant la chaleur, &
cela non pas par l'art, mais par la nature:
il ne sçauroit durer s'il est procreé d'élemens
corruptibles: c'est ce que devroient
noter ceux qui cherchent une Medecine
incorruptible dans des corps corruptibles
& imparfaits des animaux, vegetaux &
mineraux. Aucune semence ne peut croître
ni multiplier, si on la prive de sa vertu
active par une chaleur étrangere; le poulet
rôti n'engendre plus. Chaque semence
ne se mêle jamais hors de son regne; les
metaux ne souffrent aucun mêlange des
vegetaux, ni les vegetaux des animaux
dans leur procreation. Toutes sortes de
semences sont spirituellement instruites
du Créateur, pour achever mechaniquement
le cours de leur procreation du tems
determiné, moyennant leur teinture &
leur pouvoir, qui se manifeste quand les
empêchemens sont levez; car il les faut
ôter, si une generation legitime se doit faire,
& il n'y a point de matiere qui n'ait

@

36 L E T T R E
ses vertus particulieres & designées pour
cooperer (si elle est pure) à la semence, &
marcher de concert avec elle à la fin destinée
par le souverain Créateur; étant impossible
que cette vertu interieure & exterieure
demeure infructueuse, si elle est
bien disposée. La semence s'habille d'un
corps élementaire propre à soi, attirant
par sa vertu magnétique la nourriture
dont elle a besoin. Tout ce que dessus agit
sur les élemens passifs, qui sont la terre,
massive & grossiere, & l'eau de mêmes
qualitez, dont la concentration avec les
principes actifs en une même matiere inseparable
est le chef-d'oeuvre des Philosophes,
ou plutôt de la grace & de la toute-
puissance de l'Eternel notre Dieu.
Des trois principes de la nature ainsi ébauchez, il y a les trois accidens de la
nature ès choses élémentées à considerer,
qui sont la generation, la conservation &
la destruction. La generation de chaque
corps en particulier se fait de sa propre
semence, & cela dans sa propre matrice;
car si la semence n'est pas correcte, ou la
matrice pure & naturelle, il ne se peut
faire aucune generation. La semence animale
requiert une matrice animale; la semence
vegetale demande une matrice

@

P H I L O S O P H I Q U E 37
vegetable, & la semence minerale veut
une matrice minerale, ce qui se doit bien
observer pour éviter les erreurs vulgaires;
& c'est-là proprement une bonne matrice
& sortable, qui répond absolument à la
semence de son regne: & comment se
pourroit-il qu'une semence naturelle &
legitime, purifiée dûement de ses accidens
étranger & nuisibles, posée ou par la nature
sans artifice, ou par l'artifice selon la
nature dans sa véritable matrice, faillît à
produire son semblable? Ne voyons-nous
pas journellement les Jardiniers & les
laboureurs operer en entant en greffe, &
semant en bonne terre, produire ce que
ceux qui se disent à grand tort grands Philosophes,
ignorent de faire dans le regne
mineral. Mais il est aussi impossible sans la
nature, d'augmenter & de faire croître
par tous les artifices imaginables, un
boeuf, que de la laitue ou de l'or. Au contraire
il est absolument necessaire, si quelque
generation se doit faire par artifice,
que cet artifice se conforme totalement à
la nature, qui contient l'ordre que le
Créateur Eternel a prescrit dès le commencement
aux creatures; aucune desquelles
ni même les Anges bien-heureux
n'ont le pouvoir de rien changer en cet
ordre.

@

38 L E T T R E
Que ceux donc qui ignorent cet ordre l'apprennent, avant que de hazarder de
rien tenter contre cet ordre; & s'ils ne
peuvent le comprendre ou apprendre, ils
feront bien de laisser operer la generation
à la nature sans eux, puisqu'aussi bien se
fera-t-elle sans eux, quand ils n'en seroient
point d'avis. Je plains ces miserables
qui veulent copier un original qui
leur est inconnu, & travailler en une operation
dont ils ne sçauroient parler seulement.
Je conclus donc que ceux qui veulent
operer en imitant la nature, doivent
en connoître premierement les semences
& puis aussi les matrices, & alors s'ils
choisissent la veritable semence, telle que
la nature l'a formée dans son habitacle, &
pareillement la matrice ainsi que la nature
l'a formée, & qu'ils mettent cette semence
bien purgée & bien conditionnée dans
cette matrice, remettant la decoction à la
nature du feu inherent en eux; alors, dis-
je, ils pourront en attendre un succès favorable.
En cet article il ne suffit pas de
connoître la semence particuliere de chaque
corps des trois regnes de la nature,
qui l'a ordinairement inherant en soi-
même, il faut encore connoître la semence
de l'Esprit universel qu'il infuse admirablement

@

P H I L O S O P H I Q U E 39
aux animaux, aux vegetaux &
aux mineraux, sans que rien ne subsiste
ni ne s'engendre: car cet Esprit, ce cinquiéme
Element, cet instrument de l'Eternel
est absolument requis dans la procréation
des choses. Ainsi comme il contient
la teinture universelle des semences,
il a pareillement le pouvoir d'operer sur
l'universel, & doit raisonnablement servir
de base à la Medecine universelle, laquelle
jamais personne n'a tirée ni ne tirera
d'un corps particulier des animaux, des
vegetaux, ni des mineraux. Rien ne peut
naître d'aucune semence, qui ne se pourisse
moyennant une chaleur douce & naturelle
& douce, quand son sel étant résolu
dans une liqueur convenable, penetre
par ce chemin la substance de la semence,
à ce que l'esprit inclus se forme de sa matière
un habitacle propre à la multiplication
de son espece. Les animaux se multiplient
par les animaux, les vegetaux par
les vegetaux & les mineraux par les mineraux;
il faut que cela se fasse par ordre
dans chaque espece, comme on voit que
l'Eternel l'a ordonné Genese. 24; il ne se
fait point de putrefaction sans solution,
& point de solution sans liqueur; mais
cette liqueur doit être proportionnée à

@

40 L E T T R E
chaque espece, premierement suivant son
essence ou sa qualité, après selon sa quantité.
Le second article necessaire à cette
generation, est le feu, qui doit être lent
& doux, à ce que la liqueur qui contient
le sel naturel de la matiere, ne s'en sépare
en évaporant, ce qui causeroit, au lieu de
la vie, la mort. La matrice contenant la
semence doit être bien fermée, pour concentrer
la vertu de l'esprit agissant, & la
matiere ne doit point être sortie de sa matrice,
où elle travaille à la putréfaction;
car si vous sortez le grain de bled dissolu
pendant sa putrefaction de sa terre, il périra.
La vertu des semences varie suivant
celle des matrices. Les semences doivent
être égales, tant le mâle que la femelle
sans mélange, de peur que la confusion
des especes n'engendre des monstres. La
generation est suivie de la regeneration:
elle est ou naturelle, ou artificielle. La naturelle
se fait par la seule nature, quand
les semences mûries tombent en terre, &
renaissent en se multipliant. L'artificielle
est quand l'ouvrier opere moyennant la
nature, & en l'imitant & préparant les
matrices, comme fait le Laboureur en bêchant,
fumant, arrosant & préparant la
terr
@

P H I L O S O P H I Q U E 41
terre. Ainsi le Philosophe doit traiter sa
terre Philosophique, dont les pores sont
resserrés & compactes, il les doit humecter,
penetrer, amolir, rendre subtile,
nourrir & faire meurir moyennant cette
nourriture, la rendant plus que simplement
parfaite & capable, moyennant cette regeneration,
de se multiplier à une seconde
vie. C'est là le Phénix qui renaît de ses
cendres: c'est là la Salamandre qui subsiste
dans le feu: c'est là le Cameleon
universel, qui a le pouvoir de se revêtir
de toutes les couleurs & propriétés qu'on
lui oppose. Considerez le rapport admirable
qu'ont les choses éternelles & les temporelles,
les spirituelles & les corporelles,
les immaterielles & les materielles; &
voyez suivant les lumieres que Dieu nous
a données, si vous ne trouverez pas l'image,
bien qu'imparfaitement, des choses
superieures dans les inferieures. L'homme
corrompu par le péché & sujet à perdition,
devroit moyennant la regeneration
remonter à la gloire de la vie éternelle,
& rapprocher de la vie & clarté divine
dont il étoit séquestré; c'est pourquoy,
pour y atteindre, il a fallu que la parole
immaterielle de Dieu descendît (à parler
ainsi) du Ciel & fût faite chair, afin qu'elle
D
@

42 L E T T R E
satisfît en cette chair parfaite & sacrée
pour les hommes imparfaits et damnés,
lesquels, pourvû qu'ils s'incorporent
spirituellement par la foy, la perfection
& le merite de cette parole incarnée, participent
de son éternité & de sa Gloire; là
où ceux qui n'y participent pas, demeurent
en perdition. Voyez, dis-je, comment
cette merveille ineffable & incomprehensible
de la sage Providence de Dieu
nous est ébauchée & dépeinte dans la
créature subalterne. Pour donner (par
exemple) aux corps imparfaits & corruptibles
la perfection et la consistance qui leur
manque, ne faut-il pas que l'Esprit universel
& celeste prenne leur forme, & les
fasse renaître pour subsister, moyennant
la regeneration dans la seconde vie, comme
nous voyons journellement ès règnes
des animaux & des vegetaux? Et la caballe
de la Philosophie secrette ne fait-elle pas
voir à ceux qui en sont, que cet Esprit
universel incorporé par une manipulation
aussi admirable que cachée à la secte Philosophique,
la menne par les degrés que
lui dicte le cours prescrit de la nature, à
cette perfection qui étant ensuite appréhendée
par les corps défectueux & perissables,
les fait renaître en une nouvelle

@

P H I L O S O P H I Q U E 43
vie, où ils sont hors de la juridiction des
élemens transitoires? Cette reflexion a
dépeint l'Incarnation du Fils Eternel de
Dieu, avant qu'il fût manifesté en chair
aux Philosophes payens, & a obligé les
Mages d'Orient dans le tems de son apparition,
à distinguer & reconnoître son
étoile, & à le venir adorer à Bethléem.
Cette mûre reflexion nous doit aussi porter
à reconnoître l'harmonie misterieuse
de la parole non creée avec la créature subalterne
de la parole revelée immediatement,
& de la volonté divine en acte mediatement,
& en un mot des oeuvres spirituelles
& materielles de l'Eternel notre
Dieu, dont nous devons incessamment
louer la Majesté très-haute qui s'est manifestée
à nous, pauvres créatures indignes,
d'une façon souverainement excellente,
pour nous préparer à le magnifier un jour
parfaitement dans son regne spirituel,
comme nous le magnifions maintenant
imparfaitement dans son regne materiel.
S'ensuit la conservation des créatures
élementées, qui se fait par les mêmes
choses que la generation. Mais comme
cette conservation se fait moyennant l'assomption
des matieres exterieures, il y a
toujours quelque matiere qu'elle s'approprie
D ij
@

44 L E T T R E
& incorpore comme convenable à sa
nature, & quelque matiere qu'elle rejette
comme mal propre à sa nature. La nourriture
qui opere cette conservation est
spirituelle ou corporelle: la derniere est
visible & palpable, la premiere invisible
& impalpable, mais de deux differentes
sortes, dont l'une inherente à la matiere
nourrissante est moins épurée, la seconde
bien plus pure, puisque ce n'est que l'Esprit
universel present à toutes choses,
qui est comme le Gouverneur de cet Esprit
particulier, & le lien qui attache le
materiel visible avec le materiel invisible,
c'est-à-dire, le corps & l'esprit ensemble.
Tant plus que les élemens & les alimens
qui nourrissent quelque corps sont purs &
séquestrés d'impuretez, tant plus que la nourriture
en est elle parfaite. Ce qui est le
plus capable de perfectionner cette nourriture,
est la simplicité de sa composition,
quand elle n'est pas faite de beaucoup de
differentes especes. Quand cette nourriture
est excellente, elle peut causer une rénovation
entiere dans le corps qui se l'approprie.
Le serpent se renouvelle ou rajeunit
en changeant de peau, l'homme en
fait autant, quand pour l'assomption d'une
Medecine excellente & universelle, son

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poil blanc se change en noir, & sa peau
ridée en un teint frais. Les plantes de même
reverdissent par l'application de la
Medecine universelle, & l'or rajeunit
alors qu'il se change en liqueur dans le
Mercure par le benefice du feu. Je pourrois
dire beaucoup de choses de cette conservation,
si je ne craignois de faire un
Livre au lieu d'une Lettre.
Reste la destruction des choses élementées, qui se fait d'ordinaire par son contraire,
quand l'une des qualités surmonte
l'autre. Elle se fait, ou par la dissolution,
ou par la coagulation: cette dissolution
étant grossiere, la destruction se fait par
blessures, chute, fraction, dissection;
la dissolution délicate se fait par corrosion
& par inflammation. Il y a pourtant une
solution douce qui se fait par le chemin de
la nature, & transplante le corps à une
nature plus constante & parfaite. La coagulation
cause en échange une destruction
quand le liquide se coagule, en sorte que
cela tire la destruction en consequence,
alors que les Esprits & les vapeurs se dessechent
ou s'enferment par des obstructions.

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Des Astres.
Cette consideration finie, on jette avec justice les yeux vers les operations superieures
des Etoiles destinées à infuser
leurs proprietés distinctes ès trois regnes,
pour la propagation de leurs semences distinctes.
La lumiere inherente en ces corps
ne peut reposer, mais elle travaille continuellement
à élever la lumiere inherente
dans les corps particuliers, comme celui-
ci travaille à attirer la superieure. Cette
influence est un esprit doué du pouvoir de
se communiquer par le moyen des rayons
aux corps sublunaires. Quand ces influences
sont simples, c'est-à-dire, d'une seule
Etoile, elles n'operent que simplement.
Mais l'influence jointe des rayons de differentes
Etoiles qui unissent leurs rayons,
opere diversement ès corps inferieurs, ou
pour en hâter, ou pour en empêcher les
actions. Les Etoiles fixes sont celles dont
le mouvement est moins perceptible, à
raison de sa tardiveté, qui représente les
intervalles & les figures toujours de même.
Pour abreger, je vous renvoye à ceux qui font profession d'en traiter plus amplement,
ne voulant dire que deux mot
des Planettes, qui sont des Etoiles dont le

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mouvement est visible, & l'effet remarquable,
tant à nuire qu'à profiter; leur
aspect étant très-puissant, soit qu'il soit
droit ou collateral, qu'il opere par conjonction
ou par opposition. Les principeux
sont le Soleil & la Lune, dont le premier
se peut dire une source abondante de
lumiere & de chaleur. L'ame du monde ou
l'Esprit universel possede puissamment
cet astre, qui se décoche par ses rayons
pour donner vie & mouvement à l'Univers.
Les vertus de toutes choses sont inherentes
au Soleil, & son mouvement regle
celui des Saisons & des corps qui sont
sous la classe des Saisons. Et comme Dieu
a voulu que les choses superieures eussent
leurs images dans les inferieures, il se
trouve qu'on en voit une du Soleil dans
l'or, qui possede les vertus dilatées du Soleil,
resserrées dans son corps, lesquelles si
on les réduit de puissance en acte, ont dequoi
rendre largement aux corps imparfaits
ou malades, la vertu solaire & vivifiante
qui leur manque. Le Soleil attire
par la vertu magnétique les esprits les plus
purs, & les perfectionne pour les renvoyer
par ses rayons, afin de restaurer &
faire augmenter les corps des créatures
particulieres. La Lune tire sa lumiere &

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ses influences du Soleil, les renvoyant la
nuit en terre, & marque par son mouvement
racourci les mois. Cette Eve tirée
de la côte d'Adam (ou Soleil) fait dans
l'operation susdite l'office de la femelle,
& preside dans la matiere humide, feminine
& passive, comme le Soleil fait dans
la matiere seche & active.
Les planettes moindres sont premierement les Heterodromes, qui font leur
cours par un mouvement divers & inégal:
Ce sont Jupiter, Saturne & Mars. Le
premier acheve son cours en douze ans, le
second en trente, & le troisième en deux
années.
Les Homodromes qui font leur chemin d'une vitesse presque égale, sont Venus &
Mercure. Le premier acheve son cercle
dans une année, & le second de même.
Parlant des métaux, peut-être, toucherai-
je un mot de leur affinité & harmonie
avec les Plantes. Cependant laissant à part
les Meteores, je me contente de vous dire
generalement qu'ils s'engendrent dans
l'air comme les mineraux en terre, des
vapeurs, & se réduisent par la vertu des
Etoiles en de certaines formes: ils sont de
quatre sortes, suivant les Elemens: les
Cometes & Etoiles tombantes, qui sont
des
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des foudres, tenans du feu; le vent de
l'air; la pluie & la grêle, de l'eau; les
pierres, des foudres & de la terre.


Des trois regnes de la Nature. Du regne Mineral.
Cette contemplation, où je laisse le champ libre à vos meditations, finie,
restent à considerer les choses élementées
inferieures, qui composent les trois regnes
de la Nature, sçavoir l'Animal, le
Vegetal & le Mineral.
Commençons par le dernier, & observons que chaque metal cache spirituellement
tous les autres en soy, d'autant
qu'ils proviennent tous d'une même racine,
sçavoir du soufre, du sel & du
mercure. Le mercure est une liqueur
crasse, laquelle bien préparée, le feu ne
peut consommer: elle est engendrée dans
les entrailles de la terre, & est spirituelle,
blanche en apparence, humide & froide,
mais en effet & en pouvoir chaude, rouge
& seche. Le Mercure reçoit volontiers en
soi les choses qui sont de sa nature, & se
les incorpore. Cette eau métallique engloutit
avidement les metaux parfaits,
afin de se servir de leur perfection pour sa
propre exaltation; la nature lui ayant imprimé
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cet instinct, comme à toutes créatures,
de tendre par la voye legitime à l'amandement
& à la multiplication de son
espece. Le soufre qui engrosse le Mercure,
est le feu qui lui est inherent & naturel,
& qui moyennant le mouvement exterieur
de la nature, l'acheve de digerer & meurir.
Il ne fait pas un corps séparé, mais
une faculté separée du mercure, & lui est
inherent & incorporé. Le sel est une consistance
seche et spirituelle, pareillement
inherent au mercure & au soufre, donnant
à ce dernier le pouvoir de digerer le
premier en metal. Or comme dans le cours
de la nature ordinaire & avant la coagulation
du metal, le sel est très-infirme,
Dieu a inspiré aux Philosophes la voye
d'ajoûter au mercure un sel pur, fixe &
parfait, pour operer en peu de tems ce
que la nature ne fait qu'avec un travail de
plusieurs années. La generation des metaux
se fait comme il s'ensuit: l'Esprit
universel se mêle à l'eau & à la terre, &
en tire un esprit gras qu'il distile dans le
centre de la terre, pour le rehausser de-
là, & le placer dedans sa matrice convenable,
où il se digere en mercure, accompagné
de son sel & de son soufre, dont
ensuite se forme le metal, ce qui se fait

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quand la teinture cachée dans le mercure
se montre & vient à naître, car alors le
mercure se trouve congelé & changé en
metal. Souvent le Mercure se charge dans
cette matrice d'un soufre impur qui l'empêche
de se perfectionner en pur or ou argent,
en quoi l'influence des Planetes
moindres, & la constitution de la matrice
contribuent, & le font devenir plomb,
ou fer, ou cuivre, qui ne souffrent point
l'examen du feu. Cette décoction requiert
une chaleur exterieure temperée & continuelle,
laquelle secondée de l'esprit metallique
interieur, atteint finalement sa
maturité. La conservation des metaux se
fait moyennant le soufre metallique interieur,
& alors qu'ils subsistent dans un
lieu qui leur est propre. La destruction
des metaux se fait par le moyen des choses
qui n'ont aucune harmonie avec eux, comme
sont les eaux & matieres corrosives,
ce que les Curieux ont bien à noter.
L'or est un metal parfait, & dont les élemens sont si generalement balancés,
que l'un ne prédomine point l'autre;
c'est pourquoi les anciens Philosophes ont
cherché dans ce corps parfait une Medecine
parfaite, & qui ne se trouve en aucun
autre corps sujet à être détruit par quelque
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inégalité, car une chose sujette d'elle-
même à destruction, ne sçauroit donner à
d'autres une santé ou un amandement de
consequence. La question est de rendre
l'or vivant, spirituel & applicable à la
nature humaine, ce qu'il n'est pas en sa
nature simple & compacte: pour parvenir
à cette perfection, il doit être réduit
dans sa femelle à sa première nature, &
refaire par sa rétrogradation le chemin de
la regeneration, dont j'ai parlé ci-dessus.
L'or mort en soi même n'est bon à rien &
est stérile; mais rendu vivant, il a dequoi
germer & se multiplier. L'esprit métallique
vivifiant est caché tant qu'il réside dans
un corps compacte & terrestre; mais réduit
de son pouvoir en acte, il est capable
d'operer non seulement en la propagation
de son espece, mais encore à cause de ses
élemens également proportionnés, il rétablira
la santé & la vigueur dans le corps des
animaux. Comme le Soleil celeste communique
sa clarté aux Planettes, ainsi l'or peut
communiquer sa perfection & sa vertu aux
metaux imparfaits. C'est pourquoi les anciens
Cabalistes ont désigné les plantes &
les metaux par des mêmes caractères, & ce
n'est pas sans grande raison que le Soleil & l'or ont été figurés par un cercle entier &

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son centre, à cause que l'un & l'autre contient
en soi les vertus de tout l'Univers: le
centre signifie la terre, le cercle le ciel. Celui
qui sçait réduire les vertus centrales de
l'or à sa circonference, acquiert les vertus
de tout l'Univers dans une seule Medecine.
L'or paroît & est exterieurement fixe,
mais interieurement il est volatil; cette
nature spirituelle & volatile proprement
contient sa vertu medicinale & penetrante:
car sans solution il ne fait rien. L'or
a une affinité très grande avec le mercure,
& il n'y a qu'à les les joindre après les
avoir rendus purs & sans macules, pour
les unir ensemble, étant l'un & l'autre incorruptibles
& parfaits: l'un de ces corps
est l'inferieur, & l'autre le superieur,
dont parle Hermès: mais notez que l'or
en sa nature compacte, massive & corporelle,
est inutil à aucune Medecine ou
transplantation. C'est pourquoy il le faut
prendre en sa nature volatile & spirituelle.
La rotondité de désignant par la perfection
de l'or, qui jette ses rayons diamétralement
mesurés du centre à la circonference,
& les quatre qualités également
balancées dans l'or, représentant
les quatre lignes égales posées en rectangle,
qui forme le quarré équilatéral. La Cabale
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