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Réfer. : AL0410
Auteur : Canseliet Eugène.
Titre : Deux Logis Alchimiques.
S/titre : En marge de la Science et de l'Histoire.

Editeur : Pauvert Jean-Jacques.
Date éd. : 1979 .




**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****



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DEUX LOGIS ALCHIMIQUES
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DEUX LOGIS ALCHIMIQUES
En marge de la Science et de l'Histoire par Eugène Canseliet F.C.H.
Pauvert
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(C) Société Nouvelle des Éditions Pauvert, 1979

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AUX FRERES D'HÉLIOPOLIS
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POUR LES CHERCHEURS ET LES CURIEUX, AUX ÉTUDIANTS JEUNES OU VIEUX, dans le seul but de leur offrir un peu de Sel du Christ, qui fait que les études sont agréables et fructueuses.
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LÉGENDE LIMINAIRE
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Cette apparition, merveilleuse et née de toutes les couleurs, ne se rapporte, aucunement, au simple et fort ballon de verre dans lequel le mercure et l'or, en un amalgame savant, sont longuement soumis à la digestion de la voie humide; celle dont parlent les auteurs, de préférence, puis par analogie avec la route sèche et de l'aridité.

1. Le vaisseau du Grand OEuvre
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LÉGENDE LIMINAIRE

L'exquise et pure création qu'incarne cette jeune femme, c'est-à-dire la Pierre ou la Médecine Philosophales, prend naissance,
se dégage et s'élève de la masse vitreuse qui est le matras de
la coction finale, selon les Adeptes inscrits en lettres d'or, sur deux
colonnes, à l'intérieur et de chaque côté de la composition (pl. I).
Certes nul autre document ne pouvait mieux s'offrir, en frontispice, à notre livre revu et très abondamment augmenté, ainsi
qu'à la série magnifique de ses images en couleurs, que l'allégorique
tableau duquel Fulcanelli ordonna la pensée, et Julien
Champagne fut le réalisateur fidèle et prestigieux, il y aura bientôt
soixante-dix années. Nous utilisons à son heure, et sans doute
selon que cela devait être, cet important témoignage philosophique
qui consiste donc en une peinture à l'huile exécutée sur
toile et mesurant 57 sur 81 centimètres.
Assurément, cette oeuvre d'art et de pensée fut bénéficiaire d'un positif miracle, quand nous songeons qu'elle resta, en 1940,
sous les yeux des pillards qui se contentèrent de brutaliser au pubis
la femme bénie parmi toutes -- benedicta in mulieribus. La blessure,
quoique grave, nos chers amis Michel et Catherine Binda, magistralement
chirurgiens de tout chef-d'oeuvre endommagé, l'ont
guérie parfaitement, sans qu'ils eussent délaissé, ici et là, quelques
autres ecchymoses inhérentes au viol quel qu'il puisse être. C'est à
ce couple de déjà vieux amis, que nous devons également la
superbe diapositive ayant permis l'image excellente que Jean-
Jacques Pauvert, sans hésiter, a réunie aux autres planches en quadrichromie,
dans sa résolution constante de ne faire que du livre à
la fois beau et efficace.
L'amateur d'art, l'étudiant, l'amoureux de Science, seront heureux de contempler leur Grande Dame; ils le seront aussi d'admirer

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16 Légende liminaire
la personne qui, sur la terre, devint, pour la circonstance, le
modèle du peintre. Nous devons ajouter, devant cette photographie
qui remonte à 1913, que cette jeune Dame appartenait à
une famille de la meilleure société, et qu'elle fréquentait chez
Mme Erlanger (pl. II).
Hélas ! les lustres nombreux se sont écoulés, qui furent pareillement impitoyables pour les humains et pour les choses, de
sorte que nous n'avons rien à redouter, quant au respect de la
banale discrétion. C'est ainsi que, sans nous étendre davantage,
nous pouvons maintenant publier ces images que le poète Paul
Éluard, de son patronyme Eugène Grindel, s'il était encore vivant,
ne regarderait pas sans la plus profonde émotion. C'est au moins
ce que nous pensons, surtout à la suite de l'inattendue confidence
que nous fit ce cher André Breton, il y a de cela quelques années,
alors que nous examinions ensemble la question de Joël Joze et de
ses Voyages kaléidoscopiques, à l'occasion d'une de nos bien trop
rares rencontres.
Ce jour-là, en échange, nous ne dissimulâmes pas, à l'auteur de Nadja, qu'au nombre des diverses gens, toujours de haute qualité,
que nous voyions auprès du Maître, avenue Montaigne, ce fut
Raymond Roussel qui nous impressionna le plus.
Cela de telle sorte que nous paraissait très déplacé, que notre vieux Julien Champagne pût appeler « la classe », cet homme distingué.
Il est vrai que tous deux étaient du même contingent de
1877, et que « Monsieur Roussel », passionné du moteur à explosion,
avait beaucoup d'estime pour le dessinateur de Fulcanelli et
de Bertrand de Lesseps. Il y avait aussi qu'avec le fils aîné de Ferdinand,
Champagne restait l'inventeur du traîneau à hélice que Raymond
Roussel admirait avenue Montaigne, et que, d'ailleurs, il fit
photographier (pl. III).
Lorsque, huit ans plus tard, en 1927, nous eûmes acheté La Poussière de Soleils, qui venait de sortir à la librairie Alphonse
Lemerre, passage Choiseul, nous eûmes bientôt l'explication du
prestige, laquelle n'entraîna, pour nous, la moindre des surprises.
La Poussière de Soleils ! le titre est singulier, bien sûr, exprimant,

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Voici la jeune femme qui, elle aussi, se tient parmi nos fantômes, c'est-à-dire au nombre des êtres que nous avons connus, aimés et qui sont morts, au cours de notre existence déjà longue et très peu commune.

II. Le modèle du peintre, en costume de ville
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Cet appareil, en avance sur son époque, était, pour Raymond Roussel, une source de grand plaisir. Cela nous rappelle cette fin d'après-midi, où l'auteur fastueux de La Poussière de Soleils, nous conduisit, Champagne et moi, jusqu'à la rue de Rochechouart. En cette année de grâce 1925, ce fut un bel attroupement qui se forma autour de l'énorme voiture automobile, et qui gêna fort le tramway allant et revenant sur une voie unique.

III. Le traîneau à hélice
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Légende liminaire 21
selon nous, la division jusqu'à l'extrême, de l'or philosophique,
qui est l'astre des sages, celui des vrais poètes, et dont chacune des
particules, telle l'hostie de la messe latine et catholique de naguère,
malgré toute rupture, reste le Christ et le Soleil dans leur entier.
Étonnamment doté de l'alchimique perception, André Breton nous « envoya », au cours de l'été 1948, l'exemplaire pur fil des
Cahiers de la Pléiade, dans lequel Fronton Virage fournit l'aperçu convaincant
d'une exégèse insoupçonnée. Fulcanelli en eut sans doute
connaissance et grand plaisir, au sein du monde où l'Adepte est
conduit dans l'Assomption glorieuse, si parfaitement figurée, en sa
quinzième image, par Le Livre muet -- Mutus Liber.


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AVANT-PROPOS
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AVANT-PROPOS

Greffe, ô Daphné, les poiriers; la postérité cueillera tes fruits -- Inscre, Daphni, piros; carpent tua poma nepotes. Virgilii Bucolica X.
Trente-trois années ont passé, depuis que nous réalisâmes le dessein d'étudier, en un même livre, deux demeures assurément
philosophales. L'existence pour l'une, qui est l'aînée, se poursuit
toujours aussi sereine et belle; pour l'autre, qui est plus jeune, elle
s'est réfugiée, combien mourante et misérable, en un morceau
d'architecture, chargé d'arcanes que la Providence voulut conserver
.
Oui, trente-trois ans ont passé. pendant lesquels tant d'événements se sont produits, que ce serait une impiété, que nous n'en
préservassions pas les choses et les souvenirs; ceux-ci, pour
l'homme, ne valent et ne perdurent, que par l'action secrète de
celles-là.
Lorsque nous disons l'homme, sur le plan alchimique, il est bien entendu que, simultanément, nous entendons la femme;
homme étant pris avec le sens de vir, qui est différent de celui
d'homo, dans la langue latine, dont viennent le féminin vira, et surtout
virago utilisé par saint Jérôme, pour sa traduction de la Bible,
dite Vulgate :

Haec (mulier) vocabitur virago.
Celle-ci (la femme) sera nommée virago.
Les commentateurs embarrassés déclarèrent, unanimement, que ce substantif virago ne pouvait être rendu en français, qui, cependant,

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26 Avant-propos
selon Maccius Plautus et Ovidius Naso, désigne une femme
de nature virile. De même que nous, l'étudiant ne sera pas sans
remarquer, que le terme Virgo -- la Vierge -- apparaît comme la
contraction de virago qui, lui-même, se décompose en vir-ago,
c'est-à-dire vir(um) ago -- je pousse, je conduis l'homme. Considérations
linguistiques qui, au demeurant, incitent le philosophe hermétique
à beaucoup réfléchir, et à compléter son raisonnement,
par l'image du couple laborieux qui officie dans Le Livre muet --
Mutus Liber -- et qui n'est pas sans rappeler celui que composaient,
avec tant de bonheur, Nicolas Flamel et sa femme Perrenelle.


Au seuil de notre deuxième édition, il nous a paru à la fois plus judicieux et préférable, que nous récrivissions les trois pages
initiales de 1945, auxquelles si nous allons ajouter, en revanche,
nous n'aurons pas grand'chose à reprendre. Rien n'y sera
contraire à ce que nous disions, tout au début de l'été de 1939,
devant l'imminence d'une guerre non plus justifiée que la précédente.
En effet, était-il vraiment inévitable, ce conflit nouveau et
générateur d'une folie réelle d'extermination, et que Dieu refusa
pour les soldats français, dans le souci qu'Il eut, que ne se renouvelât
pas, le terrifiant duel, de 1914 à 1918.
Quatre interminables années, au cours desquelles les parents, les plus proches et les plus chers, des troupiers de 1939, furent les
fantassins du monde immense de l'anglophonie ! L'hécatombe
pouvait se reproduire et longuement durer, quelle importance,
Grand Dieu ! pourvu que chez les Britanniques, on en restât toujours
au seul volontariat.
Dame les Anglais de l'Amérique septentrionale, en 1940, sitôt la métropole menacée, cette fois n'attendirent pas quatre ans,
avant qu'ils envoyassent les secours (en l'occurrence des avions) qui
étaient immédiatement nécessaires à la sauvegarde de la Grande-
Bretagne. Ce ne fut pas du tout l'arrivée en fanfare « La Fayette

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LA VILLA PALOMBARA
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INTRODUCTIVES RÉFLEXIONS

Qui nous dira jamais jusqu'où peuvent s'étendre, dans la prémonition, au-delà des images, les phénomènes qui se produisent
durant le sommeil ? Ainsi surviennent des choses étranges qui
dépassent, séduisent ou inquiètent la raison, et que celle-ci, soumise
à l'ignorant préjugé ou au scepticisme de mode, rejette et
condamne d'emblée. Soeur de la logique et de l'incrédulité, la raison
conserve parfois, sans l'avouer, la secrète émotion de ces
choses qu'elle dissimule. Lors même que le fait soit évident, s'il
n'est rigoureusement contrôlable en ses plus petites parties, mieux
vaut le taire, afin de n'être pas victime de la critique acerbe et de la
facile dérision. Alphonse Daudet, qui connaissait bien ces choses,
demande au négateur qu'il ferme le livre où, sous l'impression de
la réalité, intimement perçue, s'exerça le mieux son grand talent
de peintre et de poète, sa vivante et délicate psychologie frappant
au plus haut point la sensibilité :
« Lecteur, si tu es plus raisonnable que le petit Chose, si les rêves te font sourire, si tu n'as jamais eu le coeur mordu par le pressentiment
des choses futures; si tu es un homme positif, une de ces
têtes de fer que la réalité seule impressionne et qui ne laissent pas
traîner un grain de superstition dans leurs cerveaux; si tu ne veux
croire au surnaturel, admettre l'inexplicable,
n'achève pas de lire ces mémoires. »
Ceci, par exemple, n'est-il pas du ressort des sciences secrètes, dites aussi maudites, que l'humain subconscient agisse pendant le
sommeil, entraînant des actions précises que la mémoire n'a pas
enregistrées .
Notre présent ouvrage prit naissance, il y a plus de soixante ans, du même genre de prestige qui est à la fois psychique et
physique. En effet, ceci n'est-il pas proprement merveilleux, qu'au

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40 La Villa Palombara
courant de la nuit et peut-être du rêve, un tout jeune garçon, de
classe de sixième, écrivit sans erreur l'apophtegme latin d'épigraphie
savante, qu'il ne connaissait pas. L'écriture haute et ferme
ne présentait rien qui fût commun avec la sienne...
Petit miracle, assurément, auquel aida la présence continuelle d'un carnet et d'un crayon, sur la tablette de chevet; clairvoyance
télépathique, exactement, que favorise la méditation et dont le
fruit tangible ne fut expliqué, que vingt années plus tard. Cela par
Paul Lecour qui avait fondé le mouvement d'ATLANTIS, qui le
présidait et que nous voyions quelquefois à Vincennes, ou bien au
cours des réunions diverses qu'il organisait au Quartier latin de la
capitale.
A la faveur d'une de ces rencontres, toujours intéressantes, nous soumîmes au philosophe de l'incessante recherche d'un
monde perdu, le sibyllin message que voici et que nous répéterons en
son lieu, tant il a d'importance :

Quando in tua domo nigri corvi parturient albas columbas tunc vocaberis sapiens
Paul Lecour, tout de suite, se souvint de la sentence dont il avait la connaissance, parmi les autres également relevées sur le
linteau, les pieds-droits et le seuil d'une porte, reconstituant
ensemble le superbe vestige, en un lieu de jardin public, à Rome,
qui prend souvent, hélas ! l'aspect d'un dépotoir.
On veut pourtant qu'elle soit la porte alchimique, dont il ne fallait rien moins, pour que nous en apprissions l'existence, que
l'étrange phénomène qui concourt si fortement à établir la preuve
matérielle de la transmigration de l'âme. Semblablement, le profond
et troublant mystère des enfants prodiges appelle l'explication
logique des successives réincarnations, selon qu'en sa
metensomatose, les conçut Origène de qui la doctrine domina
l'Église, jusque dans l'Occident.
Quant à l'enfance prodigieusement précoce, il est bien difficile de ne pas admettre un acquis antérieur qui devient utilisable

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Quel inexplicable abandon du noble et vénérable vestige qui appartient autant à l'Histoire, qu'aux sciences physique et chimique, jetant l'artiste sensible, qu'il soit poète ou philosophe, dans la surprise et la consternation. Pourquoi ne pas mieux protéger contre les surcharges impies, ces élégantes gravures qui furent faites à la façon ancienne des tombiers ? Pourquoi ne pas disposer, à l'intention du passant, une note explicative ? Enfin que signifie, auprès du rare monument épigraphique, la présence de deux monstres humains, hideux et de suspecte provenance ?

IV. La porte alchimique (état actuel)
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Introductives réflexions 43
immédiatement, pour quelque cause ignorée et peut-être pathologique.
Nul cas n'illustre mieux ce domaine éloigné et combien
méconnu, que celui de Jean-Philippe Baratier de qui l'éloquente et
courte carrière, officiellement vérifiée, reste trop près de notre
époque, pour être contestable. Cet enfant extraordinaire naquit le
19 janvier 1721 à Schwabach, près de Nuremberg, dans le margraviat
d'Anspach, d'un écrivain français et réfugié, bientôt élu pasteur
et de qui l'on n'aurait jamais parlé, s'il n'avait eu ce fils.
Jean-Philippe Baratier se montra, dès sa prime jeunesse, et quoique à peu près dépourvu de livres, d'une éblouissante précocité.
A quatre ans, il savait le français, l'allemand et le latin, auxquels
il ajoutait, trente-six mois plus tard, la parfaite connaissance
du grec et de l'hébreu. Mais que penser de ce petit garçon qui, à
neuf ans, devait bientôt mettre sur pied deux dictionnaires de chacun
400 pages in-quarto, donnant, l'un pour la langue grecque,
l'autre pour la langue hébraïque, les mots les plus rares et les plus
difficiles ! A l'âge de onze ans, il traduisit la relation du voyage de
Benjamin de Tudèle, rabbin de Navarre, nous laissant l'unique
translation française qui fut directement effectuée sur le texte
hébreu original. En outre, il connaissait alors les langues chaldaïque,
syriaque et rabbinique. Si quelque livre lui arrivait dans les
mains, il y découvrait immanquablement de quoi exercer sa critique,
soit qu'il eût à dénoncer la fausseté, l'erreur, l'inexactitude
ou le plagiat. En 1735, Jean-Philippe Baratier fut reçu magister à
l'université de Halle et fait membre de l'académie de Berlin.
Auteur de diverses dissertations savantes, sur les lettres et l'astronomie
en particulier, il venait de donner à l'édition une étude très
importante, exactement La recherche chronologique de la succession très
antique des évêques romains (1), lorsqu'il mourut à dix-neuf ans, d'une
sorte d'affection de langueur.


1 A partir de Pierre jusqu'à Victor... Quatre dissertations s'ajoutent; deux relatives aux constitutions dites apostoliques, une aux écrits de Denys le Pseudo- Aréopagite et une aux années du plus jeune Agrippa, roi des Juifs. Par l'auteur
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LE CHATEAU DU PLESSIS-BOURRÉ

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MONSIEUR DU PLESSIS (JEAN BOURRÉ)

Plessis, anciennement plaisseis, placeis :
« Il brocha son cheval qui estoit fort et isnel (vif) et se mist a la fuytte par devers ung chastel qui estoit assis en ung placeiz enclos d'espinoys si hors de tous chemins que nul ne sy embatoit qu'il ne fust devoyé. »
Perceforest, roman anonyme de La Table ronde, passage de la deuxième partie, cité par Frédéric Godefroy.

I

Le château du Plessis-Bourré (pl. XV), qui était peu connu il y a quarante ans, semble, aujourd'hui, l'être beaucoup. Il est probable
que nous y soyons pour quelque chose, sans doute aidé que
nous fûmes par le destin plus favorable et las, finalement, de ces
siècles d'obscurcissement et d'oubli, qui avaient également
absorbé le souvenir du constructeur laborieux, savant et charitable.
Effectivement, de Messire Jean Bourré, encyclopédies et dictionnaires,
même les plus complets et les plus réputés, se montrent
unanimes à taire le nom, quand ils mentionnent nombre de gens
sans mérite réel, ni guère d'intérêt, et, parmi eux, quantité de chenapans
et de criminels.
Est-il possible enfin, que les vrais monuments que constituent les biographies de Firmin Didot et de Michaud, qui sont tous deux
à la portée du travailleur aux Imprimés de la Bibliothèque nationale,
ne contiennent pas le patronyme du ministre angevin ? Semblablement,

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144 Le château du Plessis-Bourré
Louis Moreri et Pierre Bayle, eux-mêmes qui furent
cependant si prolixes, rejetèrent délibérément Jean Bourré, car il
serait difficile qu'on crût que les deux fameux historiens n'eussent
pas connu son existence. Le premier, principalement, qui reste
doté de la solide réputation, qu'il n'ait rien oublié, dans la marche
du temps, pour son Grand Dictionnaire historique dont la bonne édition
est celle de Paris, en 1759, réunissant dix volumes de format
in-folio. Qui plus est, fort séduit par les choses étranges, combien
demeurons-nous surpris qu'il n'eût pas cité Jean Bourré, ce polygraphe
que les veilles constantes firent mourir à 37 ans !
C'est ainsi qu'on n'aurait rien su du Grand Argentier de Louis XI, si, durant les dernières années du siècle écoulé, trois auteurs ne
s'étaient honnêtement intéressés à son attachante personne. Paul
Marchegay fut le premier qui lui consacra deux courtes chroniques,
dans le Bulletin de la Société industrielle d'Angers (1). Ensuite
Joseph Vaesen rédigea une notice qui reproduit, à peu de choses
près, les indications fournies par le précédent et que suit un catalogue
des manuscrits du fonds Bourré, conservé rue de Richelieu à
Paris (2). Enfin Georges Bricard écrivit un ouvrage dont le titre
donne bien l'idée et qui constitue un excellent résumé du règne de
Louis XI (3).
Nous indiquons, en pied de page, ces productions qui furent, on s'en doute, tirées à petit nombre, et qui, épuisées depuis longtemps,
sont introuvables aujourd'hui. L'objective bonne foi des
trois érudits renforce, tout naturellement, notre façon de voir et
vient même accentuer la solidité de notre thèse. Celle-ci, nul
d'entre eux pourtant ne sut seulement l'entrevoir, quand la vérité,
seule et simplement, nous contraignit à la construire. Aussi bien la


1 XXVIIIe année, n° 3 et 6. 2 Extraits de la « Bibliothèque de l'École des Chartes », années 1882-1885. 3 Un serviteur et compère de Louis XI. Jean Bourré, seigneur du Plessis. Paris, Alphonse Picard et fils, 1893.
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Les grandes périodes de l'Histoire relèvent des Universaux, dirons-nous comme les Anciens. La détérioration de la foi réelle, avant-courrière de la Renaissance dont Fulcanelli parla si justement, ne laissa pas de faire que la Philosophie et les Sciences ne logèrent plus chez le Bon Dieu. Elles se transportèrent dans les demeures particulières, en une conséquence dont le Maître encore fit la démonstration. Quel écrin, plus riche que le burg du Plessis, pouvait mieux convenir aux surréalistes emblèmes de l'Adepte angevin, et surtout à ceux qu'il proposa sans paroles, à l'intention des humains de bonne volonté ?

XV. Le château du Plessis (vue extérieure)
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Monsieur du Plessis (Jean Bourré) 147
soutiendrons-nous, dans son objet profond et condamné, sans
autres guides, que le fait historique et sûr, que le document nécessaire
et tout à fait irréfutable; sans autre but également, que de lui
assurer une irréprochable valeur qui soit en rigoureux rapport
avec sa portée transcendante.
C'est bien ce que nous fîmes, dans notre première édition, que nous poursuivrons, pour ce deuxième tirage, et ce pourquoi, en
1956, le Dictionnaire de Biographie française, édité par la Librairie
Letouzey et Ané, sous la direction de M. Prevost et Roman d'Amat,
archivistes paléographes, contient, sur Jean Bourré, une courte
mais bonne notice qu'il semble bien, que nous ayons quelque peu
inspirée.
Quelle raison humaine et insaisissable s'accorda donc avec le destin implacable et qui parut complice, en une sorte de silencieuse
conspiration, jetant ensemble, dans l'ombre épaisse, l'artiste
méconnu et son oeuvre toujours vivante ? Nous n'exagérons rien,
car nous restons fort éloigné de cette orientation d'esprit, qu'on
pourrait nous prêter, de tout considérer à travers le miroir déformant
d'une imagination trop féconde. C'est qu'il y a surtout que
nous n'étions pas seul à conserver cette opinion d'une injustice, à
la fois énorme et révoltante, et nous possédons, en particulier, de
M. le baron de Fontenay, une lettre courtoise et obligeante qui, en
post-scriptum, résume le plus parfait accord :
« Comme vous, j'estime que Bourré n'a pas dans l'histoire la place qu'il mérite. »
Dans cet autographe, l'ancien président du Conseil municipal de Paris nous précisait le 21 de septembre 1937, en réponse à la
requête que nous lui avions adressée, que le portrait de Jean
Bourré ne se trouvait plus dans son propre château de Jarzé, mais
dans celui de M. Vaisse, au Plessis-Bourré, par Cheffes dans le
Maine-et-Loire.
Hélas ! il faut bien que nous le disions, à cette époque, personne ne pouvait mieux s'appliquer à l'isolement de cette
magnifique demeure, que le couple misanthrope, et farouche
jusque dans son mutisme, qui en habitait tristement la vastité


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Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.

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TABLE DES ILLUSTRATIONS

I. Le Vaisseau du Grand OEuvre .................. 13 II. Le modèle du peintre, en costume de ville .... 17 III. Le traîneau à hélice ......................... 19 IV. La porte alchimique (état actuel) ............ 41 V. La porte alchimique (dessin gravé) ........... 45 VI. La porte alchimique (état ancien) ............ 63 VII. Villa Palombara (vers 1840) .................. 69 VIII. « Envoi » de Pierre Dujols à Fulcanelli ...... 73 IX. Porte cochère de la villa Palombara (1870) ... 79 X. Détail de la porte de l'immeuble (boulevard Pereire) ..................................... 91 XI. Frontispice du traité de Mynsicht ............ 99 XII. Dessin d'après le croquis de Henri de Linthaut 103 XIII. Le sacrifice du pélican ...................... 109 XIV. La colombe attachée à la pierre .............. 133 XV. Le château du Plessis (vue extérieure) ....... 145
XVI. Autographe de M. du Plessis .................. 165 XVII. L'échanson de l'escalier ..................... 179 XVIII. Les deux béliers ............................. 185 XIX. Les graffiti de Chinon ....................... 189 XX. L'ourse et les deux singes ................... 193 XXI. Le blason de Jean Bourré ..................... 197 XXII. Les roses sur l'étoile ....................... 199 XXIII. L'âne chantant sa messe ...................... 209 XXIV. Le cerf soumis ............................... 213 XXV. La fontaine indécente ........................ 221 XXVI. Le combat de l'aigle et du lion .............. 229 XXVII. La jeune fille et la tortue .................. 233 XXVIII. La page de titre de Senlecque ................ 239 XXIX. La laie musicienne ........................... 247
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342 Table des illustrations
XXX. La sirène noire .............................. 251 XXXI. La tortue, la sirène et le dragon ............ 255 XXXII. Le chariot à voile ........................... 263 XXXIII. Le phénix .................................... 275 XXXIV. Les deux chiens .............................. 279 XXXV. L'homme-lion ................................. 287 XXXVI. L'anguipède et la fileuse .................... 299 XXXVII. L'éléphant, le singe et les bahuts ........... 303 XXXVIII. La licorne domptée ........................... 311 XXXIX. Les graffiti de la lucarne ................... 321 XL. Le livre ouvert .............................. 323 XLI. « Envoi » de Claude de Lonlaye ............... 327

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TABLE DES MATIERES

Dédicace ..................................... 7 Destinataires ................................ 9 Légende liminaire ............................ 11 Avant-propos ................................. 23
I. La villa Palombara ........................... 37 Introductives réflexions ..................... 39 Le vestige du jardin Victor-Emmanuel ......... 48 L'inscription extérieure ..................... 50 La petite porte .............................. 67 Christine de Suède, G. F. Borri et l'herbe de transmu- tation ..................................... 77 La matière et l'esprit ....................... 87 Le saturne des philosophes et la purification. 94 La conversion des éléments ................... 97 L'homunculus ou le fils de l'homme ........... 106 La rosée des philosophes et la Toison d'Or ... 112 La trinité minérale et le secret philosophique 118 Sagesse et noblesse .......................... 124 Odon et Maximilien Palombara ................. 127 La dame du philosophe ........................ 129 La voie courte ou sèche ...................... 132 La vérité éternelle .......................... 139
II. Le château du Plessis Bourré ................. 141 M. du Plessis (Jean Bourré) .................. 143 Les peintures de la salle des gardes ......... 176 Les deux béliers ............................. 183
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344 Table des matières
L'ourse et les deux singes ................... 192 L'âne chantant sa messe ...................... 203 Le cerf soumis ............................... 211 La fontaine indécente ........................ 218 Le combat de l'aigle et du lion .............. 226 La jeune fille et la tortue à longue queue ... 232 La laie musicienne ........................... 243 La sirène noire et enceinte .................. 250 Le chariot à voile et son guide féminin ...... 261 Le phénix .................................... 271 Les deux chiens .............................. 278 L'homme-lion ................................. 285 L'homme anguipède et la fileuse .............. 294 L'éléphant, le singe et les deux bahuts ...... 302 La licorne domptée ........................... 309

Épilogue codicillaire ........................ 317 Index analytique ............................. 329 Table des illustrations ...................... 341
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L'impression de ce livre a été réalisée sur les presses des Imprimeries Aubin à Poitiers/Ligugé
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Achevé d'imprimer le 10 novembre 1979 Dépôt légal N° 9845.-- 4e trimestre 1979 N° d'imprimeur : L 11994
51.23.1082.01 ISBN 2.7202.0075.1 51.1082.0
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