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DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 373
Célestes, & qui se mène aussi sur les autres
(Froid & Moite du Mercure) & les
digère, selon les degrés des altérations,
en diverses Formes Métalliques. Et la
première est Plomb, la moins chaude &
moite; la seconde Etain; la troisième Argent;
la quatrième Airain; la cinquième
Fer; la sixième Soleil, lequel Soleil est à
sa perfection de Nature Métallique, & est
pur Feu digéré par le Soufre, étant dedans
le Mercure.
Et ainsi tu peux voir clairement que Soufre n'est pas une chose à part hors de la
Substance du Mercure, & que ce n'est pas
Soufre vulgal. Car si ainsi était, la Matière
des Métaux ne serait point d'une nature
homogène, qui est contre le dire de
tous les Philosophes. Mais les Philosophes
ont appelé ceci Soufre; parce qu'ès Qualités
dominantes, c'est une chose inflammable;
comme Soufre; chaude & sèche,
comme Soufre. Et pour cette similitude
l'appelle-t-on Soufre; mais non pas que
ce soit Soufre vulgal, comme cuident aucuns
Fous.
Ainsi tu peux voir clairement que la Forme Métallique n'est autrement créée par
Nature, que de pure Substance Mercurielle,
& non pas étrange. Et Géber le dit clairement
en sa Somme, ainsi: Au profond de nature
du Mercure est le Soufre, qui se fait par

@

374 LE LIVRE DU TREVISAN,
longues attentes ès veines de la Minière de la
Terre. Item, tout clair le disent Morien &
Aros: Notre Soufre n'est pas Soufre vulgal,
mais est fixe & ne vole point, & est de la
nature Mercuriale; & non d'autre chose.
Et ainsi, disent-ils, faisons-nous comme
Nature; car Nature n'a en la Minière,
autre Matière pour besogner, que pure Forme
Mercuriale; comme appert par raison,
autorité, & expérience. Et audit Mercure
est le Soufre fixe & incombustible, qui parfait
notre Oeuvre, sans qu'autre Substance y
soit requise, que pure Substance Mercurielle.
Semblablement le disent Calib, Bendégid,
Jésid & Marie tout clair ainsi. Nature fait
les Métaux de Chaleur & sécheresse, surmontant
la Froideur & Moiteur du Mercure,
en l'altérant; non pas qu'autre le parfasse.
Ainsi appert-il clairement par tous
les Philosophes, qui seraient longs à réciter.
Mais aucuns Fous cuident qu'en la procréation
des Métaux, il y advienne une Matière
Sulfureuse.
Ainsi il appert clairement que dans le Mercure, quand Nature besogne, est le
Soufre enclos; mais il n'y domine point,
sinon par le Mouvement chaleureux, où
ledit Soufre s'altère, & les deux autres
Eléments du Mercure. Et Nature, par ce
Soufre (ès veines de la Terre) fait selon
le degré des Altérations, diverses Formes
des Métaux.

@

DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 375
Ainsi pareillement nous ensuivons Nature. Nous ne mettons rien d'étrange en
notre Matière. Mais en notre Argent-vif
est Soufre fixe, incombustible, mercuriel;
lequel toutefois ne domine point
encore: car l'Humidité & Froideur du
Mercure volatil domine encore. Mais par
continuelle action de chaleur, sur ce notre
Vif-argent persévérant, le fixe mêlé par
tout le Volatil domine, & vainc la Froideur
& Humidité de Mercure: Et la Chaleur
& Sécheresse du Fixe, qui sont ses
Qualités, commencent à dominer; & selon
les degrés de cette altération du Mercure
par son Soufre, se font diverses Couleurs
Métalliques; ni plus ni moins que
Nature fait ès Minières. Car la première
est la noirceur Saturnelle; la seconde est
blancheur Joviale; la troisième est Lunaire,
la quatrième Airaineuse, la cinquième
Martiale, la sixième Soldique, & la septième
nous la menons un degré par notre
Art, plus que ne fait Nature. Car nous la
faisons un degré en perfection Métallique
plus parfaite en rougeur sanguine & très
hautaine. Et de ce qu'il est ainsi plus que
parfait, il parfait les autres. Car s'il n'était
parfait, sinon seulement au degré que
Nature simple le parfait; de quoi nous servirait
la longueur de ce temps de neuf
mois & demi? Car nous prendrions aussi

@

376 LE LIVRE DU TREVISAN,
bien ce Corps-là comme Nature l'a créé.
Mais, comme par ci-devant je vous ai
montré, il faut que le Corps masculin soit
plus que parfait par Art, ensuivant Nature.
Et ainsi de son Outre perfection, il
peut parfaire les autres Imparfaits, de son
abondante & plantureuse radiation en Poids,
en Couleur, en Substance, en Racines &
en Principes Minéraux.
Et pourtant, qui serait tant *ventueux de cuider le parfaire, tel que nous le demandons,
par autres choses étranges, là où il
n'y a point de Commixtion en ses Racines?
Car, comme dit la Tourbe, là où la
vanité est élevée de toute fausseté; & par
Arisléus, qui fut Gouverneur seize ans du
Monde Universel par son grand savoir &
entendement, lequel était Grec, & fut Assembleur
des Disciples de Pythagoras, lequel,
comme on lit ès Chroniques de Salomon,
fut le plus sage, après Hermès,
qui onques fut; & si lit-on, que jamais il
ne mentait, & parce qu'il s'appelait en aucuns
Livres d'Astrologie le Véridique; &
trouve-t-on dans son Livre, Que Nature
ne s'amende qu'en sa nature. Comment
donc voulez-vous amender notre Matière,
sinon en sa propre nature? Regarde-bien
aussi Parmenides comment il en parle. Car
je te dis, en mon Dieu, que ce fut celui
qui fut mon premier Adresseur de mes erreurs.
Ainsi
@

DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 377
Ainsi donc il appert que Nature Métallique ne s'amende qu'en sa nature métallique,
& non en autre chose, quelle qu'elle
soit. Et par notre Art, nous achèverons
en quelques mois, là où Nature met milliers
d'ans. Car premier la Chaleur ès Minières
est nulle, partant que si elle y était, il
se ferait à coup: mais en notre Oeuvre,
nous avons Chaleur double; c'est à savoir,
du Soufre & du Feu, aidant l'un à
l'autre. Non pas, comme dit Constantin
& Empedocles, que le Feu soit de la Substance
de la Matière, qui augmente l'Oeuvre;
car il s'ensuivrait qu'elle percerait de
jour en jour plus, qui est une chose pleine
d'erreur. Mais seulement le Feu est tout
l'Art de quoi s'aide Nature; car nous n'y
saurions faire autre chose. Et pour ce sachez
que le Feu fort ne les altère point l'un
l'autre, & aussi Feu fort les garde d'avoir
mouvement l'un avec l'autre.
Mais faites Feu vaporant, digérant, continuel, non-violent, subtil, environné, aéreux,
clos, incomburant, altérant. Et (en
mon vrai Dieu) je t'ai dit toute la manière
du Feu, & récapitule mes mots, mot à
mot. Car le Feu est tout, comme tu peux
voir par tous les dits du Code de toute vérité.
Item, A ce propos, regarde ce que
dit le Grand-Rosaire: Gardez que vous ne
veuillez parfaire votre Solution avant le
Tome II. * I i
@

378 LE LIVRE DU TREVISAN,
temps requis, car cet avancement est signe
de privation de Conjonction. Et pour ce,
dit-il, soit votre Feu persévérant & doux
en degré de la Nature, & amiable au Corps,
digérant froideur. Item, A ce propos dit
aussi Marie la Prophétesse. Le Feu fort
garde de faire la Conjonction; le Feu fort
teinte le blanc en rouge de Pavot champêtre.
Et ainsi tu peux imaginer de toi-même,
comme moi-même l'ai fait. Car je l'ai mis
en chaleur de fiente, & en rien ne valait,
& en Feu de Charbon sans nul moyen, &
ma Matière se sublimait, & ne se dissolvait
point. Mais en Feu, comme je t'ai
dit, vaporeux, digérant, continuel, non
pas violent, subtil, environné, aéreux,
clair & enclos, incomburant, altérant, pénétrant
& vif. Et si tu es Homme, tel que
doit être un vrai Etudiant, tu entendras,
par ces paroles, ce que ce doit être. Et même,
regarde ce que dit la Tourbe, sans aucune
envie: L'expérience artificielle te montre
quel il sera. Regardez aussi, comme dit
la Lumière d'Aristote: Mercure se doit
cuire en triple Vaisseau, & c'est pour évaporer
& convertir l'activité de la Sécheresse
du Feu en l'Humidité vaporeuse de l'Air
*circuiant la Matière. Regardez à ce propos
ce que Géber & Sénéque afferment.
Le Feu ne digère point notre Matière; mais
sa chaleur altérante & bonne, qui est estimée

@

DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 379
sèche par l'Air, qui est le moyen là où
le Feu sert à mouvoir & à moitir.
Mais de ceci n'en ai-je rien voulu parer. Car c'est le Feu qui le parfait, ou qui
le détruit. Et comme disent Aros & Calib.
En tout notre Ouvrage, notre Mercure
& le Feu te suffisent au milieu & à la fin.
Mais au commencement n'est-il pas ainsi,
car ce n'est pas notre Mercure, ce qui est
bon à entendre. Item, Morien dit: Sachez
que notre Leton est rouge, mais nous n'en
avons nul profit, jusqu'à ce qu'il soit blanc.
Et sachez que l'Eau tiède le pénètre &
blanchit, comme elle est, & que le Feu humide,
& vaporeux fait le tout. Item, Regardez
ce que disent Bendégid, Maître
Jean de Meun, & Haly: Aussi entre vous,
qui toutes nuits & jours cherchez & dépendez
vos pécunes & consommez vos biens,
& perdez votre temps, & rompez vos entendements,
& étudiez en tant de subtilité
de Livres: Je vous certifie & fais à savoir
en charité & pitié, comme ferait le Père
à son Enfant unique, que blanchissiez le Léton
rouge, par l'Eau blanche étouffée &
tiède: & rompez tant de Livres Sophistiques,
& tant de Régimes, & tant de subtilités,
& me croyez. Car autrement ce n'est
que rompement de cervelle, & tous viennent
à ce que je dis. Et ainsi tu peux voir
clairement que cette parole est une des
I i ij
@

380 LE LIVRE DU TREVISAN,
meilleures paroles qui onques fut dite. Regardez
aussi ce que dit le Code de toute
vérité: Blanchissez le rouge, & après rougissez
le blanc: car c'est tout l'Art, le commencement
& la fin: Et moi, je te dis que
si tu ne noircis, tu ne peux blanchir. Car
noirceur est le commencement de blancheur;
& la fin de noirceur est signe de
putréfaction, & altération, & que le Corps
est pénétré & mortifié. Et à mon propos
dit Morien, le Sage Philosophe Romain:
S'il n'est pourri & noirci, il ne se dissoudra
point; & s'il ne se dissout, son Eau ne le
pourra par tout pénétrer ni blanchir: &
ainsi il n'y aura point de Conjonction &
Mixtion, & par conséquent d'Union. Car
il faut Mixtion avant qu'y aie Union; &
faut Altération avant Mixtion: & faut
Composition avant Altération. Et ainsi,
par ces degrés, notre Matière est faite à l'exemple
de Nature, en tout & par tout,
sans y rien ajouter ni diminuer; comme tu
peux voir par mes dits.
Mais pour ce qu'aucuns pourraient parler & demander du Poids de notre Matière,
aussi comment Nature prend ce Poids: Je
leur réponds qu'ès Lieux de la Minière il
n'y a nul Poids, comme je vous dis: Car
Poids est quand il y a deux choses. Mais
quand il n'y a qu'une chose & qu'une Substance,
il n'y a point de regard au Poids;

@

DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 381
mais le Poids est quand au regard du Soufre
qui est au Mercure: Car, comme je
t'ai dit, l'Elément du Feu, qui ne domine
point au Mercure cru, est celui qui digère
la Matière. Et pour ce, qui est bon
Philosophe, sait combien l'Elément du
Feu est plus subtil que les autres, & combien
il peut vaincre en chacune Composition
de tous les autres Eléments. Et ainsi
le Poids est en la Composition première
élémentale du Mercure, & rien autre
chose.
Il faut donc que premièrement la Composition ou Conjonction se fasse, puis Altération,
puis Mixtion, puis l'Union se
fera. Et pour celui qui veut bien ressembler
Nature en tout, & par tous ses Faits,
doit proportionner son Poids à celui de
Nature, & non autrement. Et à ce propos,
regardez ce que dit le Code de toute
vérité: que si vous faites Confection
sans Poids, il y viendra retardement, par
laquelle tu seras découragé si tu le fais.
Item, dit très bien à ce propos Abugazal,
qui fut Maître de Platon en cette Science:
La puissance terrienne sur son Résistant, selon
la Résistance différée, c'est l'action de
l'Agent en cette Matière. Lesquelles paroles
sont mots dorés sur le fondement du
Poids, & autrefois les ai bien épiloguées:
Et qui ne sera Clerc, ne les entendra pas

@

382 LE LIVRE DU TREVISAN,
sitôt: Or, si tu n'es Clerc, fais-les toi exposer
par un Sage & Discret (1). Moi-
même je te les exposerais; mais j'ai voué
& promis à Dieu, à Raison & aux Philosophes,
que jamais par moi, en paroles
claires & vulgaires, ne serait mis le Poids,
ni la Matière, ni les Couleurs, sinon en
Paroles paraboliques, lesquelles vous aurez
tantôt. Et je te dis bien que cette Parole
est toute vraie, sans aucune diminution
ni superfluité, en suivant la coutume
des Sages.
Donc je t'ai parlé en mon Livre des Inventeurs de cette Science, & de ceux
qui l'ont eue, & je t'ai dit & révélé comment,
moi-même, l'ai eue du commencement
jusqu'à la fin, & aussi des Trompeurs
& de mes dépens & peines. Et je te dis
que j'avais bien soixante-quatre ans avant
que je la susse, & si j'avais commencé depuis
que j'avais dix-huit ans. Mais si j'eusse
eu tous les Livres que j'ai eus depuis, je
n'eusse pas tant tardé, & ne tardais que
par défaut de Livres: Et n'avais, sinon
quelques Recettes erronées, fausses &
faux Livres; & si ne communiquais & sermonnais
qu'avec Gens faux & Larrons


(1) Plus la Matière est | ou Dissolvant, qui agit sur dense & serrée, dit l'Auteur | elle. Tout Agent ajoute- de l'Harmonie Chimique, | t-il, agit selon la force de plus elle résiste à | la Matière, contre laquelle la puissance de l'Agent, | il doit prévaloir.
@

DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 383
ignorants, maudits de Dieu & de toute la
Philosophie. Mais après que je sus cette
Science, j'ai bien eu l'accointance de
quinze Personnages, qui la savaient vraiment.
Mais entre autres, il y avait un Barberin,
lequel, comme nous en parlions
ensemble, & toutefois je la savais jà deux
ans auparavant, mais je ne l'avais point
faite, & ainsi que d'aventure il m'échappa,
en nous disputant, de dire que je ne
l'avais point faite, il me voulait depuis
dévoyer & détourner. De sorte que pour
cette cause je le laissai: Car je la savais
aussi bien que lui. Mais nous en disputions
comme Frères, & la plus grande chose
de quoi nous parlions, était de celer cette
Science précieuse. Et ainsi, comme je vous
dis, après que je l'ai sue, j'ai eu l'accointance
d'assez de ceux qui la savaient, auparavant
encore que je l'eusse faite, & parlions
clairement. Mais quant à la manière
du Feu, les uns étaient divers aux autres,
combien que la fin fût toute une chose.
Ainsi, comme te le dit la Tourbe: Que le
Fuyant ne s'envole devant le Poursuivant,
quoique le Feu se fasse de mainte manière,
comme il veut être fait.
Ainsi je conclus & m'entends. Notre Oeuvre est faite d'une Racine & de deux
Substances Mercurielles, prises toutes crues,
tirées de la Minière, nettes & pures, conjointes

@

384 LE LIVRE DU TREVISAN,
par feu d'amitié, comme la Matière
le requiert; cuites continuellement, jusqu'à
ce que deux fassent Un; & en cet Un-ci,
quand ils sont mêlés, le Corps est fait Esprit,
& aussi l'Esprit est fait Corps. Adonc
vigore ton feu, jusqu'à ce que le Corps fixe
teigne le Corps non fixe en sa couleur & en
sa nature. Car sachez que quand il est bien
mêlé, il surmonte tout, & réduit à lui & à
sa vertu. Et sachez qu'après il teint & vainc
mille, & dix fois mille, & mille fois mille.
Et qui l'a vu le croit: & aussi se multiplie-
t-il en vertu, & en quantité, comme le vénérable
& très véritable Pythagoras, &
Isindrius, dans le Code de toute vérité,
en parlent très évidemment.
Et sachez qu'oncques en nuls Livres je ne trouvai la Multiplication, fors en
ceux-ci; c'est à savoir au Grand-Rosaire,
en la Pandecte de Marie, au Véridique,
au Testament de Pythagoras, en la Benoîte
Turbe, en Morien, en Avicenne,
en Bolzain, en Albugazar, qui fut Frère
de Bendégid, en Jésid, qui était de Constantinople
Cité. Et autres Livres, si elle y
était, jamais ne l'ai pu apprendre. Et si
ai bien vu un de la Marche d'Ancône, qui
savait très bien la Pierre; mais la Multiplication,
il ne la savait pas: & me poursuivis
bien par seize ans; mais jamais
par moi il ne la sue, car il avait les Livres
comme moi. Je
@

DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 385
Je t'ai parlé de toute la Spéculative, & t'ai informé des Principes Minéraux, &
raisons nécessaires, par lesquelles tu peux
élever ton entendement à connaître les
faussetés d'avec les vérités; & être informé
& assuré en cette Oeuvre. Maintenant
je te veux mettre practicalement la Pratique
en obscures Paroles, ainsi comme je
l'ai faite quatre fois & composée. Et je te
dis bien que quiconque aura mon Livre,
il sera ou devra être hors de toutes angoisses,
& devra savoir la vérité accomplie,
sans nulle diminution: Car (en mon Dieu)
je ne te saurais plus clairement parler que
je t'ai parlé, si je ne te le montrais; mais
raison ne le veut pas. Car toi-même, quand
tu le sauras (je te dis vrai) tu le cèleras
encore plus que moi: Outre ce, seras-tu
courroucé de ce que j'ai parlé si ouvertement:
Car c'est la volonté de Dieu qu'elle
soit cachée, ainsi comme dit la Tourbe
par tout.

pict
TOME II. K k
@

386 LE LIVRE DU TREVISAN, ----------------------------------------

Q U A T R I E M E P A R T I E
Où est mise la Pratique en Paroles paraboliques.
O R tu dois savoir que quand j'eus tant étudié, que je me sentis un peu Clerc, je commençai à chercher Gens vrais
de cette Science, & non pas erreux: Car
un Homme savant demande un autre savant,
non pas le contraire. Pour conclusion,
chacun demande son semblable. En
allant, je passai par la Ville d'Appullée,
qui est en Inde, & ouïs dire qu'il y avait
là un des grands Clercs du Monde en toutes
Sciences, lequel avait pendu pour Joïel
ès Disputations, un beau petit Livre de
très fin Or, les feuillets & la couverture,
& tout ledit Livret. Et cela était pendu
à tous venants qui en sauraient arguer.
Alors, moi allant par la Ville, toujours
désirais parvenir à chose d'honneur. Mais
sachant que sans me mettre en avant &
avoir courage, jamais ne parviendrais à
*los & honneur, pour Science que susse:
Si est-ce que je pris courage, par *l'enhortement
d'un Homme vaillant. De sorte,
qu'étant en chemin, je me mis en train pour
aller aux Disputations, là où je gagnai ledit

@

DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 387
Livret devant tout le monde pour bien
disputer: lequel me fut présente par la Faculté
de Philosophie, & tout le monde commençait
à me regarder très fort. Alors je
m'en allai pensant par les champs, parce
que j'étais las d'étudier.
Une nuit advint que je devais étudier, pour le lendemain disputer: Je trouvai
une petite Fontenelle, belle & claire,
toute environnée d'une belle pierre. Et
cette pierre-là était au-dessus d'un vieux
creux de Chêne, & tout à l'environ était
bordée de murailles, de peur que les Vaches
ni autres Bêtes brutes, ni Volatiles,
ne s'y baignassent (1). Adonc j'avais grand
appétit de dormir, & m'assis au-dessus de
ladite Fontaine, & je vis qu'elle se couvrait
par-dessus & était fermée.


(1) Cette Fontaine, c'est | Vaisseau de Verre, appelé le Mercure Principe, ou | Oeuf Philosophique, dans lequel l'Eau Mercurielle, cette | sont les Substances Substance moyenne entre | d'une même Racine, dont la Mine & le Métal, qui | le Magistère est composé. contient en soi l'Embryon | Le creux de Chêne, en cet des Métaux, & le Feu végétal, | endroit, car ailleurs il signifie animal & minéral, qui | autre chose, c'est la anime le Mercure Métallique, | cendre sur laquelle on pose qui est le Médium ou | ce Vaisseau dans une écuelle Moyen, dont l'Artiste se sert | de terre. Les Murailles,
pour extraire cette Eau | qui empêchent les Animaux Mercurielle du sujet Minéral, | de venir se baigner dans lequel elle est | dans la Fontaine, c'est l'Athanor, comme absorbée dans un | ou un autre Fourneau, Soufre arsenical. La Pierre | tel qu'il plaît à l'Artiste de
qui l'environne, c'est le | le construire. K k ij
@

388 LE LIVRE DU TREVISAN,
Et il passa par là un Prêtre ancien & de vieil âge: & je lui demandai pourquoi est
ainsi cette Fontaine fermée dessus & dessous,
& de tous côtes. Et il me fut gracieux
& bon, & me commença tout ainsi à
dire: Seigneur, il est vrai que cette Fontaine
est de terrible vertu (1), plus que
nulle autre qui soit au monde; & est seulement
pour le Roi du Pays (2) qu'elle
connaît bien, & lui elle. Car jamais ce
Roi ne passe par ici qu'elle ne le tire à soi.
Et est avec elle dedans icelle Fontaine à
se baigner deux cens quatre vingt-deux
jours. Et elle rajeunit tellement ledit Roi
(3) qu'il n'y a Homme qui le puisse vaincre.


(1) La vertu de ce Dissolvant, | première Matière, que la qui est une production | Fontaine connaît, parce des Influences Célestes, | qu'elle est de même nature surpasse en effet les vertus | que lui: c'est par cette
des autres Dissolvants, | raison qu'il la connaît aussi, puisqu'il est le seul qui | & qu'il se dissout en elle puisse dissoudre les Corps | seule, la Nature, disent les parfaits, sans corrosion, | Philosophes, ne s'éjouissant sans violence, sans détruire | qu'en sa nature.
leur Substance, & qui s'incorpore | (3) La Fontaine rajeunit si intimement avec | le Roi; c'est-à-dire, que eux dans leur Dissolution, | par la Dissolution elle réincrude qu'ils ne font plus ensemble | l'Or, ou le réduit en qu'une même Matière, | Mercure, tel qu'il était propre à prendre une Forme | avant que la Nature en eût plus parfaite que celle | fait un Métal; après quoi qu'ils avaient auparavant. | le Philosophe le remet en (2) Le Roi du Pays, c'est | une espèce de Corps d'Or, l'Or, préparé selon les Principes | & l'exalte à un si haut degré
de l'Art, pour être | de perfection, qu'il en réincrudé, ou remis en sa | communique alors une


DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 389
Et il y passe ainsi. Et ainsi ce Roi a fait
clore ladite Fontaine, tout premier d'une
Pierre blanche & ronde, comme vous
voyez. Et la Fontaine y est si claire que
fin Argent, & de céleste couleur. Après,
afin qu'elle fut plus forte, & que les Chevaux
n'y marchassent, ni autres Bêtes brutes,
il y éleva un creux de Chêne, tranché
par le milieu, qui garde le Soleil, &
l'Ombre de lui (1). Après, comme vous
voyez, tout à l'entour elle est d'épaisse muraille
bien close; Car premier elle est enclose
en une pierre fine & claire, & puis
en creux de Chêne. Et cela est parce qu'icelle
Fontaine est de si terrible nature,
qu'elle pénétrerait tout, si elle était enflammée
& courroucée. Et si elle s'enfuyait,
nous serions perdus.


portion aux Métaux imparfaits, | dont nous venons de parler dont il réunit les | dans la Note première
parties aurifiques, & les | de cette Parabole, laquelle convertit en sa propre | Eau est la véritable Lune Substance d'Or, ce qu'il ne | des Philosophes, la Femelle,
pouvait faire avant cette | qui conçoit, par la vertu exaltation, parce que la | du Soufre Solaire, l'Enfant Nature ne lui avait donné | Philosophique, qui, de perfection que pour lui- | après avoir été allaité & même. | nourri avec prudence, devient (1) L'Ombre du Soleil, | enfin d'une nature selon Démocrite, c'est la | plus excellente que celle Corporéité de l'Or, & selon | de ses Père & Mère. Celui,
d'autres Philosophes, c'est | dit Richard, Anglais, qui
leur Lune, qui n'est pas | teint le Venin, c'est-à-dire, l'Argent, qu'on appelle | le Mercure, avec le Soleil communément de ce nom; | & son Ombre, parachève mais l'Eau Mercurielle, | notre Pierre.


390 LE LIVRE DU TREVISAN,
A donc je lui demandai s'il y avait vu le Roi. Et il me répondit que oui, & qu'il
l'avait vu entrer: Mais que depuis qu'il y
est entré, & que sa Garde l'a enfermé, jamais
on ne le voit, jusqu'à cent & trente
jours. Alors il commence à paraître & à
resplendir. Et le Portier, qui le garde, lui
chauffe son Bain continuellement, pour
lui garder sa chaleur naturelle, laquelle
est mussée & cachée dedans cette Eau claire,
& l'échauffe jour & nuit sans cesser.
Adonc je lui demandai de quelle couleur le Roi était. Et il me répondit, qu'il
était vêtu de Drap d'Or au premier. Et
puis avait un Pourpoint de Velours noir,
& la Chemise blanche comme neige, & la
Chair aussi sanguine, comme sang (1).
Et ainsi je lui demandai toujours de ce
Roi.
Après lui demandai quand ce Roi venait à la Fontaine, s'il amenait grande
Compagnie de Gens étranges, & de menu
Peuple avec lui. Et il me répondit amiablement,


(1) Par ce Vêtement de | tion des Substances d'une Drap d'Or, Le Trévisan désigne | même Racine. Par la Chemise le Corps, dont on | blanche, il marque le doit se servir pour faire la | passage du Noir au Blanc,
base de la Composition du | après que les Matières se Magistère. Par le Pourpoint | sont unies ensemble indivisiblement. de Velours noir, il | Par la Pierre entend parler du Régime, | Sanguine, il démontre la pendant lequel se fait la | Pierre, exaltée jusqu'à la Putréfaction ou Conjonc- | Couleur Rouge.
@

DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 391
en soi souriant: Certainement ce
Roi, quand il se dispose pour venir, il
n'amène que lui, & laisse tous ses Gens
étranges; & n'approche nul que lui à cette
Fontaine, & nul n'y ose aller sinon sa Garde,
qui est un simple Homme; & le plus
simple Homme du Monde en pourrait être
Garde: Car il ne sert d'autre chose, sinon
de chauffer le Bain; mais il ne s'approche
point de la Fontaine.
Alors je lui demandai s'il était Ami d'elle, & elle Amie de lui. Et il me répondit:
Ils s'entr'aiment merveilleusement,
la Fontaine l'attire à elle, & non pas lui
elle: car elle lui est comme Mère.
Et je lui demandai de quelle Génération était ce Roi. Et il me répondit: On sait
bien qu'il est fait de cette Fontaine-là: &
cette Fontaine l'a fait tel qu'il est, sans autre
chose. (1)
Et je lui demandai: Tient-il guères de Gens? Et il me répondit: Que six Personnes,
qui sont en attente, que s'il pouvait
mourir une fois, ils auraient le Royaume
aussi bien que lui. Et ainsi le servent & ministrent,


(1) Le Trévisan dit ici, | ceux qui la cherchent dans comme tous les Philosophes | un autre Règne que le Minéral, le disent dans leurs | travaillent contre Ecrits, Qu'il n'entre aucune | l'intention des Philosophes, Matière étrangère | & contre les Principes dans la Composition de la | de la Nature. Pierre Physique. Ainsi, | K k iiij
@

392 LE LIVRE DU TREVISAN,
car ils attendent tout leur Bien de
lui.
Adonc je lui demandai s'il était vieux. Et il me répondit qu'il l'était plus que la
Fontaine (1), & plus mûr que nul de ses
Gens, qui sont sous lui.
Et je lui dis: Pourquoi est-ce donc que ses six Compagnons & Sujets ne le tuent,
& ne le mettent à mort, puisqu'ils attendent
tant de Biens de lui par sa mort, &
aussi puisqu'il est si vieux? & adonc il me
répondit: Combien qu'il soit bien vieux,
si n'y a-t-il nul de ses Gens ni Sujets, qui
tant endurât froid & chaud comme lui, ni
pluie ni vent, ni aucune peine.
Et je lui dis: Au moins que ne le tuent- ils, & ne le mettent à mort? & il me répondit
que tous six, ni toute leur force
ensemble, ni chacun à part soi, ne le sauraient
tuer.
Et comment donc, dis-je, auraient-ils

(1) Ceux, dit l'Auteur | rempli de l'idée formelle anonyme de la Généalogie de | & du caractère spécifique
la Mère du Mercure des Philo- | de tous les Etres corporels,
sophes, qui ont connaissance | est porté dans le ventre
de cette précieuse & vile | de l'Air du Ciel dans
Matière, qui se trouve partout, | la Terre, où il engendre à
ne sont guères en | son tour cette Mère Universelle; peine d'expliquer cette Enigme. | (cette Eau Mercurielle) Ils savent que ce | qui doit après le régénérer Fils, plus vieux que la Mère, | dans ses entrailles
étant engendré par l'Influence | virginales, pour le mettre
& le Concours des | au jour, & le manifester Astres & des Eléments, & | aux Enfants de la Science.
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DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 393
le Royaume qu'il tient, puisqu'ils ne le
peuvent avoir jusqu'après sa mort, & qu'ils
ne le peuvent tuer? Donc il me dit: Tous
six sont de la Fontaine, & en ont eu tous
leurs Biens, aussi bien que lui: Et ainsi,
pour l'amour qu'ils en sont, elle le prend
& tire à elle, & le tue, & le met à mort. Puis
il est ressuscité par elle-même. Et puis de la
Substance de son Royaume, qui en est très
menues parties, chacun en prend sa pièce.
Et chacun, pour petite pièce qu'il en ait,
il est aussi riche comme lui, & l'un comme
l'autre.
Et je lui demandai: Combien faut-il qu'ils attendent? & il commença à sourire,
& dire ainsi: Sachez que le Roi y
entre tout seul, & nul Etranger, ni nul de
ses Gens n'entre dedans la Fontaine: Combien
qu'elle les aime bien, ils n'y entrent
point. Car ils ne l'ont encore point desservi.
Mais toutefois, quand le Roi y est entré,
premièrement il se dépouille sa Robe de
Drap de fin Or, battu en feuilles très déliées,
& la *baille à son premier Homme,
qui s'appelle Saturne. Donc Saturne la
prend & la garde quarante jours ou quarante-deux
au plus, quand une fois il l'a
eue. Après le Roi dévêt son Pourpoint de
fin Velours noir, & le second Homme,
qui est Jupiter, & il le lui garde vingt jours

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394 LE LIVRE DU TREVISAN,
bons. Donc Jupiter, par commandement
du Roi, le *baille à la Lune, qui est la tierce
Personne, belle & resplendissante, & le
garde vingt jours: Et ainsi le Roi est en
sa pure Chemise, blanche comme neige,
ou fine fleur de Sel fleuri. Alors il dévêt
sa Chemise blanche & fine, & la *baille à
Mars, lequel pareillement le garde quarante,
& aucunes fois quarante-deux jours.
Et après cela, Mars, par la volonté de
Dieu, la *baille au Soleil jaune, & non
pas clair, qui la garde quarante jours. Et
après vient le Soleil très beau & sanguin,
qui la prend bientôt. Et donc celui-là
la garde.
Et je lui dis: & puis, que devient tout ceci? Donc, me répondit-il, la Fontaine
s'ouvre, & puis ainsi comme elle leur a
donné la Chemise, la Robe, & le Pourpoint;
elle, à *tretous, & à un coup, leur
donne sa Chair sanguine, vermeille & très
hautaine à manger. Et alors ont-ils leur
désir.
Et je lui dis: Attendent-ils jusqu'à ce temps-là, ne peuvent-ils avoir rien de bien
jusqu'à la fin? & il me dit: Quand ils ont
la Chemise, s'ils veulent, quatre d'iceux
en feront grande chère: mais ils n'auraient
que le demi-Royaume. Et ainsi, pour un
petit davantage, ils aiment mieux attendre

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DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 395
la fin, à cette fin qu'ils soient couronnés
de la Couronne de leur Seigneur (1).
Et je lui dis: N'y vient-il jamais nul Médecin ni rien? Non, dit-il, Personne n'y
vient autre qu'un Gardien, qui au-dessous
fait chaleur continuelle, environnée & vaporeuse,
sans autre chose.
Et je lui dis: Ce Gardien-là a-t-il guères de peine? Et il me répondit: Il a plus
de peine à la fin qu'au commencement;
car la Fontaine s'enflamme.
Et je lui dis: L'ont vue beaucoup de Gens? Et il me dit: Tout le monde l'a
devant les yeux, mais ils n'y connaissent
rien (2).


(1) Par cette Allégorie, | sent les Philosophes, & on doit entendre que quand | l'Artiste doit tirer l'Eau de la Pierre est au Blanc l'Artiste | cette Fontaine, le Bain du
peut la fermenter avec | Roi & de la Reine, des entrailles
l'Argent, pour être projetée | de ce Sujet, où elle sur les Métaux imparfaits, | est comme étouffée dans qu'elle convertirait | une grande abondance de
ensuite en véritable | Soufre impur. On peut aussi Lune: mais le Philosophe | la tirer d'une Substance patient aime mieux la | Céleste que les Astres communiquent pousser jusqu'au Rouge pour | par le moyen
les convertir en Soleil. | de quelques Aimants, & (2) Tout le monde a devant | elle demeure invisible, les yeux la Fontaine, | comme celle dont nous sans la connaître: Parce | venons de parler, jusqu'à qu'elle est renfermée dans | ce que l'Artiste la corporifie le Centre du Sujet Minéral, | & la rende palpable. que tout le monde a | Il est presque impossible, entre ses mains, ou peut | dit l'Auteur de la Lumière avoir pour un prix très | sortant des Ténèbres, de travailler modique, ainsi que le di- | sur l'Or, à moins


396 LE LIVRE DU TREVISAN,
Et lui dis: Que font-ils encore après? Et il me dit: S'ils veulent, ils peuvent encore
eux six, purger le Roi par trois jours
en la Fontaine, *circuiant, & contenant le
lieu au contenu de la contenante contenue;
en lui baillant le premier jour son
Pourpoint, le jour après sa Chemise, & le
jour après sa Chair sanguine (1).
Et je lui dis: De quoi sert ceci? & il me dit: Dieu fit un & dix, cent & mille,
& cent mille, & puis dix fois tout le multiplia.
Et je lui dis: Je ne l'entends point. Et il me dit: Je ne t'en dirai plus, car je suis ennuyé.
Et alors je vis qu'il fut ennuyé, moi
aussi avais appétit de dormir, parce que le
jour précédent j'avais étudié, & le convoyai.
Ce Vieillard était si sage, que tout le Ciel
lui obéissait, & tout tremblait devant lui.
Donc je m'en revins à la Fontaine tout secrètement, & commençai à ouvrir toutes
les fermetures, qui étaient bien justes;
& commençai à regarder mon Livre, que


que d'avoir cette Eau éthérée, | dans le suivant, le Trévisan
& Ciel des Philosophes, | parle de la Multiplication & leur vrai Dissolvant. | de la Pierre, qui se fait de Quiconque la sait | la manière que l'enseigne tirer, peut se vanter d'avoir | Philalèthe. Et comme ce la parfaite connaissance | Philosophe en parle clairement, de la Pierre, & d'avoir | je renvoie l'Amateur atteint les Bornes Authentiques. | de la Science au Chapitre
| qu'il a écrit sur ce Sujet. (1) Dans cet Article, & |
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DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 397
j'avais gagné, & de la resplendeur de lui,
qui était tant fin, (aussi que j'avais appétit
de dormir) il chut en la Fontaine devant
dite, & j'en fus tant courroucé que
ce fut grande merveille. Car je le voulais
garder pour louange de mon honneur, que
j'avais gagné. Donc je commençai à regarder
dedans, & j'en perdis la vue totalement.
Et moi, de commencer à puiser
ladite Fontaine, & la puisai si bien & discrètement,
qu'il n'y demeura que la dixième
partie sienne, avec les dix parties.
(1) Et moi, *cuidant tout puiser, ils
étaient fort tenants ensemble. Et en mettant


(1) Le Cosmopolite explique | ties de cette Eau, & incontinent nettement cet Article. | il prit du fruit de Dans ce lieu-là, dit- | l'Arbre Solaire, & le mit il dans son Enigme ou Parabole, | dans cette Eau, & je vis le on ne pouvait avoir | fruit de cet Arbre se consumer d'Eau, si l'on ne se servait | & se résoudre dans
de quelque Instrument | cette Eau, comme la glace moyen: & si l'on en avait, | dans l'eau chaude. Ces dix elle était venimeuse, à | parties d'Eau, tirées des moins qu'elle ne fût tirée | Rayons du Soleil & de la des rayons du Soleil & de | Lune. sont, si l'on veut, la Lune; ce que peu de | comme l'enseignent quelques Gens ont pu faire. Et si | Philosophes, les quelques-uns ont eu la | dix parties d'Eau Mercurielle, Fortune assez favorable | qu'on emploie pour y réussir, ils n'en ont | dans les Sublimations pour
jamais pu tirer plus de dix | la Dissolution de l'Or,
parties: car cette Eau était | qu'on veut réduire en sa
si admirable, qu'elle surpassait | première Matière, pour la neige en blancheur. | animer & spécifier le Mercure Il ajoute un peu | double des Philosophes, plus bas: Saturne, prenant | dont le Trévisan a le Vase, puisa les dix par- | parlé le premier.

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398 LE LIVRE DU TREVISAN,
peine à faire cela, il survint des Gens
promptement, & je n'en pus plus tirer.
Mais avant que je m'en allasse, j'avais très
bien fermé toutes les ouvertures, afin
qu'ils ne vissent point que j'avais puisé la
Fontaine, ni aussi que je l'eusse vue, &
aussi qu'ils ne *m'emblassent mon Livre.
Alors, la chaleur du Bain, qui était à
l'environ pour baigner le Roi, s'échauffait
& allumait, & je fus en prison pour un
méfait quarante jours. Donc, quand à
la fin des quarante jours, je fus hors de
la prison, je vins regarder la Fontaine. Et
je vis *nubles noires & obscures, lesquelles
durèrent par longtemps; mais bref, à la
fin je vis tout ce que mon coeur désirait, &
n'y eus guères de peine. Aussi, n'auras-tu
pas, si tu ne te dévoies en ce mauvais chemin
& erreux, ne faisant pas les choses que
Nature requiert.
Et je te dis, en mon Dieu, que quiconque lira mon Livre, s'il ne l'entend par lui,
jamais par autres ne l'entendra, quoiqu'il
fasse. Car en ma Parabole tout y est, la
Pratique, les Jours, les Couleurs, le Régime,
la Voie, la Disposition, la Continuation;
tout au mieux que j'ai pu faire
pour votre digne Révérence, en pitié, en
charité & en compassion des pauvres Labourants
en ce précieux Art.
Ainsi est achevé mon Livre, par la grâce
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DE LA PHILOS. NAT. DES METAUX. 399
de Dieu le Créateur, qui donne à toutes
Gens de bonne volonté, grâce & puissance
de l'entendre. Car, en mon Dieu, il
n'y a guères de difficulté pour l'entendre,
à qui a bon sens, sans s'imaginer tant de
fantaisies ni de subtilités. Car tant de subtilités
(je le dis à toi) ne sont point de
mon intention, ni de celles des Sages. Mais
le plein chemin naturel, comme je t'ai déjà
dit & déclaré en ma Spéculative.
Par quoi, mes Enfants, à qui ce Livre parviendra, après celui à qui je l'adresse,
veillez prier Dieu pour mon Ame. Car par
mon Livre je prie assez véritablement pour
vos Corps & pour vos Biens; mais que
vous le veillez croire sans erreur, & fuir
des Errants & leur opinion, aussi leur compagnie.
Car vous ne sauriez penser le
dommage qui vous en peut advenir, de la
déviation totale.

F I N.
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