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Réfer. : AL0706B
Auteur : Flamel.
Titre : Le sommaire philosophique.
S/titre : .

Editeur : Xxxxx.
Date éd. : 1xxx .


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PETIT TRAITE D'ALCHYMIE,
INTITULE
LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE

DE NICOLAS FLAMEL

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Qui veult avoir la cognoissance Des metaulx & vraye science Comment il les fault transmuer Et de l'un à l'aultre muer, Premier il convient qu'il cognoisse 5 Le chemin et entiere addresse De quoy se doivent en leur miniere Terrestre former, & maniere. Ainsi ne faut-il point qu'on erre, Regarder ès veines de terre 10 Toutes les transmutations, Dont sont formez en nations. Par quoy transmuer ils se peuvent Dehors les minieres où se treuvent Estans premier en leurs esprits: 15 Assavoir, pour n'estre repris, En leur soulphre & leur vif argent, Que nature a faict par art gent. Car tous metaulx de soulphre sont
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NICOLAS FLAMEL
20 Formez & vif argent qu'ils ont. Ce sont deux spermes des metaulx, Quels qu'ils soyent, tant froids que chaulds; L'un est masle, l'autre femelle, Et leur complexion est telle.
25 Mais les deux spermes dessusdicts Sont composez (c'est sans redicts) Des quatre elemens, seurement Cela j'afferme vraiement. C'est à scavoir le premier sperme 30 Masculin, pour scavoir le terme, Qu'en Philosophie on appelle Soulphre, par une façon telle, N'est autre chose que element De l'air et du feu seulement. 35 Et est le soulphre fix, semblable Au feu sans estre variable, Et de nature metallique: Non pas soulphre vulgal inique: Car le soulphre vulgal n'a nulle 40 Substance (qui bien le calcule) Metallique, à dire le vray, Et ainsi je le prouveray. L'autre sperme qu'est feminin, C'est celuy, pour scavoir la fin, 45 Qu'on a coustume de nommer Argent vif, & pour vous sommer, Ce n'est seulement que eau & terre, Qui s'en veult plus à plain enquerre. Dont plusieurs hommes de science
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LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
Ces deux spermes-la, sans doubtance, 50 Ont figurez par deux dragons, Ou serpens pires, se dict-on: L'un ayant des ailes terribles, L'autre sans aile, fort horrible. Le dragon figuré sans aile, 55 Est le soulphre, la chose est telle, Lequel ne s'en vole jamais Du feu, voila le premier mets. L'autre serpent qui ailes porte, C'est argent vif, que vent emporte, 60 Qui est semence feminine, Faicte d'eau & terre pour mine. Pour tant au feu point ne demeure, Ains s'envole quand veoit son heure. Mais quand ces deux spermes disjoincts, 65 Sont assemblez & bien conjoincts, Par une triomphante nature, Dedans le ventre du mercure, Qu'est le premier metal formé, Et est celuy qui est nommé 70 Mère de tous autres metaulx. Philosophes de monts & vaux L'ont appellé dragon volant: Pour ce qu'un dragon, en allant, Qu'est enflambé avec son feu, 75 Va par l'air jectant peu à peu Feu & fumée venimeuse, Qu'est une chose fort hydeuse, A regarder telle laydure: Ainsi pour vray faict le mercure, 80

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NICOLAS FLAMEL
Quand il est sur le feu commun, C'est-à-dire en des lieux aulcun, En un vaisseau mis & posé, Et le feu commun disposé, 85 Pour luy allumer promptement Son feu de nature asprement, Qu'au profond de luy est caché. Alors si vous voulez tacher, Veoir quelque chose véritable 90 Par feu commun dict vegetable; L'un enflambera par ardure Du mercure feu de nature. Alors, si estes vigilant, Verrez par l'air jectant, courant 95 Une fumée venimeuse, Mal odorante & maligneuse, Trop pire, enflambe et en poyson, Que n'est la teste d'un dragon, Sortant à coup de Babylonne, 100 Qui deux ou trois lieues environne.
Autres philosophes scavans Ont voulu chercher tant avant, Qu'ils l'ont figuré en la forme D'un lyon volant, sans difforme; 105 Et l'ont aussi nommé lyon: Pource qu'en toute region Le lyon devore les bestes, Tant soient gentes & propretes En les mangeant à son plaisir, 110 Quand d'elles il se peut saisir,
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LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
Sinon celles qui ont puissance Contre luy se mettre en deffence, Et resister par grande force A sa fureur, quand il les force: Ainsi que le mercure faict. 115 Et pour mieux entendre l'effect, Quelque metal que vous mettez, Avecques luy (ces mots notez,) Soudain il le difformera, Devorera & mangera 120 Le lyon faict en telle sorte. Mais sur ce point, je vous enhorte Qu'il y a deux metaulx de priz, Qui sur luy emportent le priz En totale perfection, 125 L'un on nomme or sans fiction, L'autre argent, ce ne nye aulcun; Tant est-il notoire à chascun, Que si mercure est en fureur, Et son feu allumé d'ardeur, 130 Il devorera par ses faitz Ces deux nobles metaulx perfaictz, Et les mettra dedans son ventre: Ce nonobstant, lequel qu'y entre, Il ne le consumera point. 135 Car, pour bien entendre ce poinct, Ilz sont plus que luy endurciz Et perfaictz en nature aussi. Mercure est metal imperfaict: Non pourtant qu'en luy ayt de faict 140 Substance de perfection.
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NICOLAS FLAMEL
Pour vraye declaration L'or commun si vient du mercure, Qu'est metal perfaict, je l'asseure. 145 De l'argent je dy tout ainsy Sans alleguer ne cas ne si. Et aussi les aultres metaulx, Imperfectz, croissanz bas & haultz, Sont trestous engendrez de luy. 150 Et pource il n'y a celuy Des philosophes, qui ne dise Que c'est la mere sans fainctise De tous metaulx certainement. Parquoy convient asseurement 155 Que dès que mercure est formé, Qu'en luy soit sans plus informé Double substance metallique; Cela clairement je replicque. C'est tout premierement, pour l'une, 160 La substance de basse Lune, Et après celle du Soleil, Qui est un metal non pareil. Car le mercure, sans doubtance, Est formé de ces deux substances, 165 Estantz au ventre en esperit Du mercure que j'ay descript. Mais tantost après que nature Ha formé iceluy mercure, De ces deux espritz dessusdictz 170 Mercure, sans nulz contreditz, Ne demande qu'à les former Tous perfaitz, sans rien difformer,
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LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
Et corporellement les faire, Sans soy d'iceulx vouloir deffaire. Puys quand ces deux espritz s'esveillent 175 Et les deux spermes se reveillent, Qui veulent prendre propre corps: Alors il fault estre records, Qu'il convient que leur mere meure, Nommé mercure, sans demeure: 180 Puis le tout bien vérifié, Quand mercure est mortifié Par nature, ne peult jamais Se vivifier: je prometz, Comme il estoit premierement, 185 Ainsi que dient certainement Aulcuns triomphans alchymistes, Affermantz, en paroles mistes, De mettre les corps imperfaictz, Et aussi ceux qui sont perfaictz, 190 Soudain en mercure courant. Je ne dys pas que aulcun d'eulx ment: Mais seulement, sauf leurs honneurs, Pour certain ce sont vrays jengleurs. Il est bien vray que le mercure 195 Mangera par sa grande cure L'imperfaict metal, comme plomb, Ou estaing: cela bien scait-on: Et pourra sans difficulté Multiplier en quantité; 200 Mais pour tant sa perfection Amoindrira sans fiction, Et mercure ne sera plus
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NICOLAS FLAMEL
Perfaict, notez bien le surplus: 205 Mais si mortifié estoit Par art, autre chose seroit, Comme au cynabre, ou sublimé, Je ne le veux pas animé, Que revifier ne se peusse. 210 Telle verité ne se musse: Car en le congelant par art, Les deux spermes, soit tost ou tard, Du mercure point ne prendront Corps fix, ny aussi retiendront 215 Comme ès veines ilz font de la terre. Ains pour garder que nully n'erre, Si peu congelé ne peult estre, Par nature à dextre ou senestre, Dedans quelque terrestre veine, 220 Que le grain fix soudain n'y vienne, Qui produira des deux espermes Du mercure, entier & vray germes: Comme ès mines de plomb voyez, Si vous y estes convoyez. 225 Car de plomb il n'est nulle mine En lieu où elle se confine Que le vray grain du fix n'y soit, Ainsi que chascun l'appercoit, C'est ascavoir le grain de l'or 230 Et de l'argent, qu'est un thresor En substance et en nourriture: A chascun telle chose est seure. La prime congelation Du mercure, est mine de plomb,
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LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
Et aussi la plus convenable 235 A luy, la chose est veritable, Pour en perfection le mettre, Cela ne se doit point obmettre, Et pour tost le faire venir Au grain fix & tousjours tenir. 240 Car comme paravant est dict, Mine de plomb sans contredict N'est point sans grain fix pour tout vray D'or et d'argent, cela je scay; Lesquels grains nature y a mis, 245 Ainsi comme Dieu l'a permis, Et est celuy-là seurement, Qui multiplier vrayement Se peult, sans contradiction, Pour venir en perfection 250 Et en toute entiere puissance, Comme scay par l'experience. Et cela pour tout vray j'asseure, Luy estant dedans son mercure, C'est-à-dire non séparé 255 De la mine, mais bien paré; Car tout metal en mine estant Est mercure, j'en dis autant, Et multiplier se pourra, Tant que la substance il aura, 260 De son mercure en verité. Mais si le grain fix est osté Et separé de son mercure, Qui est sa mine, bien l'asseure. Il sera ainsi que la pomme 265
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NICOLAS FLAMEL
Cueillië verde, & voilà comme Dessus l'arbre, en verité, Avant qu'elle ayt maturité, Quand vous voyez passer la fleur, 270 Le fruict se forme, soyez sur, Lequel après pomme est nommée De toutes gens, & renommée. Mais qui la pomme arracheroit Dessus l'arbre, tout gasteroit 275 A sa prime formation: Car homme n'a eu notion Par art ny aussi par science, Qu'il sceusse donner la substance, Ne jamais la peusse perfaire 280 De meurir, comme pouvoit faire Basse nature bonnement, Quand elle estoit premierement Dessus l'arbre, où sa nourriture Et substance avoit par nature. 285 Pendant doncques que l'on attend La saison de la pomme, estant Sur son arbre, où elle s'augmente Et nourrist venant grosse & gente, El' prend agréable saveur, 290 Tirant toujours à soy liqueur, Jusques à ce qu'elle soit faicte De verde bien meure & perfaicte. Semblablement metal perfaict, Qu'est or, vient à un mesme effect. 295 Car quand nature a procréé Ce beau grain perfaict & créé
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LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
Au mercure, soyez certain Que toujours tant soir que matin, Sans faillir il se nourrira, Augmentera & perfera 300 En son mercure luy estant; Et faut attendre jusques à tant Qu'il y aura quelque substance De son mercure sans doubtance, Comme faict sur l'arbre la pomme. 305 Car je faiz scavoir à tout homme Que le mercure en verité Est l'arbre, notez ce dicté, De tous metaulx, soyent perfaictz, Ou aultres qu'on dict imperfaictz; 310 Pourtant ne peuvent nourriture Avoir, que de leur seul mercure. Par quoi je dy pour deviser Sur ce pas, & vous adviser, Que si voulez cueillir le fruict 315 Du mercure, qu'est sol qui luist, Et Lune aussi pareillement, Si qu'ilz soyent separément Loingtains en aucune maniere, L'un de l'autre sans tarder guiere, 320 Ne pensez pas les reconjoindre Ensemble, n'aussi les y joindre Ainsi comme avoit faict nature Au premier, de ce vous asseure, Pour iceulx bien multiplier, 325 Augmenter sans point varier; Car quand metaulx sont separez
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NICOLAS FLAMEL
De la mine, à part trouverez Chascun comme pommes petites, 330 Cueillies trop verdes & subites De l'arbre, lesquelles jamais N'auront grosseur, je vous promectz. Le monde a assez cognoissance, Par nature & experience, 335 Du fruict des arbres vegetaulx Et ne sont point ces mots nouveaulx, Que dès que la pomme, ou la poire Est arrachée, il est notoire, De dessus l'arbre, ce seroit 340 Folie qui la remettroit Sur la branche pour r'engrossi Et perfaire; folz font ainsi, Et gens aveuglés sans raison, Comme on veoit en mainte maison; 345 Car l'on scait bien certainement, Et à parler communement, Que tant plus elle est maniée, Tant plus tost elle est consommée. C'est ainsi des metaulx vrayement; 350 Car qui vouldroit prendre l'argent Commun & l'or, puis en mercure Les remettre, seroit stulture. Car quelque grand'subtilité Qu'on aye, aussi habilité, 355 Ou regime qu'on penseroit, Abusé on s'y trouveroit: Tant soit par eau, ou par ciment, Ou aultre sorte infiniment,
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LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
Que l'on ne scauroit racompter, Tousjours ce seroit mescompter, 360 Et de jour en jour à refaire, Comme auscuns folz sur cest affaire, Qui veulent la pomme cueillie Sur la branche estre rebaillée, Et retourner pour la perfaire, 365 Dont s'abusent à cela faire.
Nonobstant que aucuns gens scavants; Philosophes & bien parlans, Ont très bien parlé par leurs dictz, Disant sans aucuns contredictz, 370 Que le Soleil avec la Lune, Et mercure, qu'est opportune, Conjointz, tous metaulx imperfaictz Rendront en oeuvre bien perfaictz: Où la plus grand part des gens erre, 375 N'ayant aultre chose sur terre, Soient vegetaulx, animaulx, Ou pareillement mineraulx, Que ces trois estans en un corps; Mais les lisantz ne sont records, 380 Que iceulx philosophes entenduz, N'ont pas telz motz dictz, ni renduz, Pour donner entendre à chascun Que ce soit or, n'argent commun, Ny le vulgal mercure aussi: 385 Ils ne l'entendent pas ainsi; Car ils scavent que tels metaulx Sont tous mortz, pour vray, sans defaulx,
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NICOLAS FLAMEL
Et que jamais plus ne prendront 390 Substance, ainsi demeureront, Et l'un à l'autre n'aydera Pour le perfaire, ains demeurera; Car il est vray certainement, Que ce sont les fruictz vrayement 395 Cueilliz des arbres avant saison: Les laissant-là pour tel raison: Car dessus iceulx en cherchant, Ne trouvent ce qu'ilz vont querant. Ils scavent assez bien que iceulx 400 N'ont aultre chose que pour eulx: Parquoy s'en vont chercher le fruict Sur l'arbre qui à eux bien duict, Lequel s'engrosse et multiplie De jour en jour, tant qu'arbre en plie. 405 Joye ont de veoir telle besongne, Par ce moyen l'arbre on empoigne, Sans cueillir le fruit nullement, Pour le replanter noblement, En autre terre, plus fertile, 410 Plus triumphante & plus gentille Et que donnera nourriture En un seul jour par adventure Au fruict, qu'en cent ans il n'auroit, Si au premier terrouer estoit. 415 Par ce moyen donc fault entendre, Que le mercure il convient prendre, Qui est l'arbre tant estimé, Veneré, clamé & aimé, Ayant avec luy le Soleil
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LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
Et la Lune d'un appareil, 420 Lesquelz separez point ne sont L'un de l'autre, mais ensemble ont La vraye association: Après sans prolongation Le replanter en autre terre 425 Plus près du Soleil, pour acquerre D'iceluy merveilleux prouffit, Où la rosée luy suffit; Car là où planté il estoit, Le vent incessamment battoit 430 Et la froidure, en telle sorte, Que peu de fruict fault qu'il rapporte: Et là demeure longuement, Portant petitz fruitz seulement.
Les philosophes ont un jardin, 435 Où le Soleil soir & matin, Et jour & nuict est à toute heure, Et incessamment y demeure Avec une doulce rosée, Par laquelle est bien arrosée, 440 La terre pourtant arbres & fruictz, Qui là sont plantez & conduictz, Et prennent deuë nourriture, Par une plaisante pasture. Ainsi de jour en jour s'amendent, 445 Recepvantz fort doulce prebende, Et là demeurent plus puissantz Et fortz, sans estre languissantz En moins d'un an, ou environ,
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NICOLAS FLAMEL
450 Qu'en dix mil, cela nous diron, N'eussent faict là où ilz estoyent Plantez, où les froictz les battoyent; Et pour mieux la matiere entendre, C'est-à-dire, qu'il les faut prendre 455 Et puis les mettre dans un four Sur le feu où soyent nuict & jour. Mais le feu de bois ne doit estre, Ny de charbon; mais pour cognoistre Quel feu te sera bien duisant, 460 Fault que soit feu clair & luisant, Ny plus ny moins que le Soleil. De tel feu feras appareil, Lequel ne doit estre plus chauld, Ny plus ardent, sans nul default; 465 Mais tousjours une chaleur mesme Fault que soit, notez bien ce thème; Car la vapeur est la rosée, Qui gardera d'estre alterée La semence de tous metaulx. 470 Tu vois que les fruictz vegetaulx, S'ilz ont chaleur trop fort ardente, Sans rosée en petite attente, Sec & transy demourera Le fruict sur la branche, & mourra, 475 Ou en nulle perfection Ne viendra, pour conclusion. Mais s'il est nourry en chaleur, Avec une humide moisteur, Il sera beau & triumphant 480 Sur l'arbre où prend nourrissement;
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LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
Car chaleur & humidité Est nourriture en verité De toutes choses de ce monde Ayant vie, sur ce me fonde, Comme animaulx & vegetaux, 485 Et pareillement mineraux. Chaleur de bois & de charbon, Cela ne leur est pas trop bon: Ce sont chaleurs fort violentes, Et ne sont pas si nourrissantes, 490 Que celle qui du soleil vient, Laquelle chaleur entretient Chascune chose corporelle, Pour autant qu'elle est naturelle; Parquoy philosophes scavans, 495 Et de nature cognoissans, N'ont autre feu voulu eslire Pour eulx, à la verité dire, Que de nature aulcunement, Laquelle ilz suivent mesmement; 500 Non pas que philosophe face Ce que nature fait & trace; Car nature ha toute chose Créé, comme ici je l'expose, Tant vegetaulx que mineraulx, 505 Semblablement les animaulx, Chacun selon son vray degré, Génerante, où elle ha pris gré, Comme s'estend sa dominance, Non pas que je donne sentence, 510 Que les hommes par leurs artz font
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NICOLAS FLAMEL
Choses naturelles et perfont; Mais il est bien vray quand nature A formé par sa grand' facture, 515 Les choses devant dictes, l'homme Luy peut ayder, & entendz comme, Après par art, à les perfaire Plus que nature ne peut faire. Par ce moyen les philosophes 520 Scavans, & gens de grosse estoffe, Pour du vray tous vous informer, Autrement n'ont voulu oeuvrer, Qu'en nature avec la Lune, Au mercure mere oportune: 525 Duquel après en general Font mercure philosophal, Lequel est plus puyssant & fort, Quand vient à faire son effort, Que n'est pas celuy de nature. 530 Cela scavent les creatures Car le mercure devant dit De nature, sans nul desdit, N'est bon que pour simples metaulx Perfaicts, imperfaicts, froids ou chaulds. 535 Mais le mercure du scavant Philosophe, est si triumphant, Que pour metaulx plus que perfaictz Est bon, & pour les imperfaictz: A la fin pour les tous perfaire, 540 Et soudainement les refaire, Sans y rien diminuer, Adjouster, mettre, ny muer:
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LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
Comme nature les a mis Les laisse sans rien estre obmiz, Non que je dye toutesfoys, 545 Que les Philosophes tous trois Les conjoignent ensemble pour faire Leur mercure, & pour le perfaire, Comme font un tas d'alchymistes, Qui en scavoir ne sont trop mistes; 550 Ny aussi beaucoup sage gent Qui prennent l'or commun, l'argent, Avec le mercure vulgal: Puis après leur font tant de mal, Les tourmentant de telle sorte, 555 Qu'il semble que fouldre les porte; Et par leur folle fantaisie, Abusion & resverye, Le mercure en cuydent faire Des philosophes & perfaire; 560 Mais jamais parvenir n'y peuvent, Ainsi abusez ilz se trouvent, Qui est la premiere matiere De la pierre, & vraye miniere. Mais jamais ilz n'y parviendront, 565 Ni aulcun bien y trouveront, S'ilz ne vont dessus la montaigne Des sept, où n'y a nulle plaine, Et par dessus regarderont Les six que de loin ilz verront; 570 Et au-dessus de la plus haute Montaigne, cognoistront sans faulte L'herbe triomphante royale
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NICOLAS FLAMEL
Laquelle ont nommé minerale 575 Aulcuns philosophes et herbale, Appellée est saturniale. Mais laisser le marc il convient, Et prendre le jus qui en vient Pur & nect: de cecy t'advise, 580 Pour mieulx entendre ceste guise; Car d'elle tu pourras bien faire La plus grand' part de ton affaire. C'est le vray mercure gentil Des philosophes très subtil, 585 Lequel tu mettras en ta manche. En premier toute l'oeuvre blanche, Et la rouge semblablement. Si mes ditz entends bonnement, Esliz celle que tu voudras, 590 Et soyez seur que tu l'auras; Car des deux n'est qu'une practique Qu'est souveraine & authentique, Toutes deux se font par voye une; C'est à scavoir, Soleil & Lune. 595 Ainsi leur practique rapporte Du blanc & rouge, en telle sorte, Laquelle est tant simple & aysée, Qu'une femme fillant fuzée, En rien ne s'en destourbera, 600 Quand telle besongne fera; Non plus qu'à mettre elle feroit Couver des oeufz quand il fait froit, Sous une poulle sans laver Ce que jamais ne fut trouvé.
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LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
Car on ne lave point les oeufz 605 Pour mettre couver vieilz, ou neufz; Mais ainsi comme ilz sont faict Sous la poulle on les met de faict. Et ne fait-on que les tourner Tous les jours & les contourner 610 Sous la mere, sans plus de plait, Pour soudain avoir le poullet. Le tout je l'ay declaré ample, Puis après se met un exemple; Premierement, ne laveras 615 Ton mercure; mais le prendras Et le mettras avec son pere, Qui est le feu, ce mot t'appere, Sur les cendres, qui est la paille; Cest enseignement je te baille, 620 En un voyrre seul qu'est le nid, Sans confiture ny aviz. En seul vaysseau, comme dit est, De l'habitacle, entens que c'est, En un fournel faict par raison, 625 Lequel est nommé la maison, Et de luy poullet sourtira, Qui de son sang te guerira Premier de toute maladie; Et de sa chair, quoy que l'on dye, 630 Te repaistra, pour ta viande; De ses plumes, afin qu'entende, Il te vestira noblement, Te gardant de froid seurement: Dont prieray l'hault Createur, 635
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NICOLAS FLAMEL
Qu'il doint la grace à tout bon coeur, D'alchymistes qui sont sur terre, Briesvement le poullet conquerre, Pour en estre alimenté, 640 Nourry & très-bien substanté. Comme ce peu que icy déclare, Me vient du hault Dieu nostre Pere, Qui pour sa benigne bonté, Le m'a donné en charité: 645 Donc vous faiz ce present petit Afin que meilleur appetit, Ayez cherchantz & suyvantz train, Qu'il vous monstre soir & matin: Lequel j'ay mis sous un sommaire, 650 Afin qu'entendiez mieux l'affaire, Selon des philosophes sages, Les ditz, qu'entendez d'avantage. Je parle un peu ruralement: Parquoy je vous prie humblement 655 De m'excuser, & en gré prendre, Et à fort chercher tousjours tendre.

FIN
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