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Réfer. : AL0803B
Auteur : Glauber Iean Rudolphe.
Titre : La Seconde Partie de l'Oeuvre Minérale.
S/titre : de la naissance & origine de tous les métaux.

Editeur : Thomas Iolly. Paris.
Date éd. : 1659 .


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L A S E C O N D E P A R T I E D E L'O E V V R E M I N E R A L E,

D E L A N A I S S A N C E
& Origine de tous les Metaux & Mineraux; de quelle façon ils dont produits par les Astres, sont compo- sés d'eau & de terre, & reçoiuent diuerses formes.
En faveur des Curieux.
PAR IEAN RVDOLPHE GLAVBER.
Et mise en François par le Sr DV TEIL,
pict
A P A R I S,
Chez T H O M A S I O L L Y, Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Par- cheminerie, aux Armes d'Hollande. --------------------------------- M. D C. L I X.
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
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pict

P R E F A C E A V L E C T E V R.
pict YANT fait mention, Ami
Lecteur, de ce petit traité de la Génération des Métaux dans le liure que j'ai donné ci-devant au Public, & mes affaires ne m'ayant pas donné le loisir de le mettre au jour jusqu'à présent:
Enfin à la sollicitation de plusieurs personnes de
petite & de grande condition, j'ai dérobé à mes
autres affaires le temps qu'il a fallu pour en
faire part au Public, personne ne doutant que
quoi que mes sentiments sur la génération des
métaux ne soient pas conformes à l'opinion de
tous les Philosophes, les plus éclairés pourtant
ne se trouvent de mon parti. Ce que je mets
ici en avant, je ne l'ajuste & ne l'embellis pas
avec les paroles choisies, ni par les écrits &
témoignages d'autrui; mais je le donne dans
une simplicité toute pure, en laquelle consiste
A ij
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Au Lecteur.
l'entière vérité: C'est pourquoi je me suis
étudié à être le plus court que j'ai pu dans ce
Traité; & qu'on ne croie pas que notre dessein
ait été de choquer l'opinion des autres
Auteurs sur cette matière, rien moins que cela;
au contraire je laisse la liberté à chacun de
conférer ce qu'ils en ont dit avec mes écrits,
afin de pouvoir mieux juger par là, qui se trouvera
le plus conforme aux expériences de la
Nature, & au témoignage de la vérité. Je
ne prétends en tout ceci aucun honneur ni profit,
& ce que j'en fait n'est purement que pour
éclaircir, & donner un peu plus de lumière à
mes écrits précédents, dans lesquels j'ai particulièrement
fait mention de ce Traité de la
Génération les métaux; car je souffrirait avec
beaucoup de peine, qu'on interprète mal mes
écrits, & qu'ils servissent d'achoppement à personne;
au contraire je souhaite & j'espère que
plusieurs en tireront de grandes lumières, & se
rendront plus sages & plus avisés dans leur
travail. Dieu, qui est le père commun de tous
les hommes, & qui remplit le Ciel & la Terre
de ses merveilles, veuille que le tout se termine
à son honneur & à notre profit.

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pict

L A S E C O N D E PARTIE DE L'OEUVRE MINERALE.
De l'origine & naissance des Métaux.
pict OUR ce qui est de l'origine des
métaux & des minéraux, de quelle façon ils sont engendrés dans les entrailles de la terre, & parviennent enfin à une si grande fixation, les opinions ont été toujours fort différentes & en grand nombre:
de sorte que les nouveaux étudiants dans les mystères
de la Philosophie & de la Nature, ont été
toujours fort en peine à qui ils s'en doivent rapporter.
Et comme il y a aujourd'hui quantité de
personnes de toute sorte de condition qui cherchent
à établir leur fortune par les métaux, & que
pourtant ils ne peuvent jamais réussir dans leur
dessein, sans en avoir une connaissance parfaite.
j'expliquerai ici entièrement leur naissance &
leur origine. Car de grâce, comment peut-on
améliorer les métaux & les mettre en un état plus
parfait, si on ignore de quelle matière ils sont
composés, & en quelles parties ils doivent être
A iij
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6 La seconde Partie
résous, plutôt que d'acquérir une forme plus
noble, & être poussés à un plus haut degré de
perfection?
Quoi que la plupart des Philosophes assurent par des écrits fort courts, fort obscurs &
énigmatiques, que les métaux sont engendrés
d'en haut, par la force des astres dans les entrailles
de la terre, il y en a toutefois d'assez ignorants
pour contester qu'ils soient pourvus de
semence, comme les végétaux & les animaux;
par conséquent qu'ils aient aucune vertu d'en
générer, mais que Dieu les a produits tels qu'ils
sont, dés la première création du monde dans le
sein de la terre. Mais cet erreur est trop palpable,
trop grossier & trop contraire à l'expérience
journalière. Car lors que les Mineurs ont tiré les
métaux hors de la terre, on connaît à vue-d'oeil
qu'ils croissent tous les jours, & que cette vertu
& mouvement ne se perd en eux, qu'après qu'ils
ont été privés par des accidents éternels de cette
vie & force végétative. D'autres croient que
Dieu dés la création du monde ne mit pas les métaux
dans le ventre de la terre, mais seulement
qu'il y infusa leur semence pour servir à leur propagation
& génération. Mais si cela était il y
aurait déjà long-temps que par une végétation
parfaite cette semence nous aurait donné une
nouvelle moisson, de laquelle pourtant nous ne
voyons aucune trace en aucune part. Il faut donc
savoir qu'il y a grande différence entre la semence
des métaux, & la semence des végétaux & des animaux
qui sont palpables & visibles. Les métaux
n'ont pas été crées tous ensemble dés le commencement

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de l'Oeuvre Minérale. 7
du monde; mais par la longueur du
temps ils sont engendrés des éléments, auxquels
Dieu a communiqué cette vertu de donner l'accroissement
à toutes choses. D'où vient qu'ils ne
peuvent pas se passer du mélange continuel &
accouplement réciproque les uns des autres. Car
les astres & l'élément du feu jettent la semence
métallique de leurs entrailles, cette semence est
portée par l'air jusqu'à l'eau, où elle prend une
forme palpable, ou un corps que la terre couve,
nourrit, & augmente de forme en forme, jusqu'à
ce qu'elle en ait fait un métal parfait; lequel enfin
elle met au jour comme une mère fait son enfant
lors qu'il est en sa perfection.
Cette conception & génération des métaux a commencé avec le monde, & durera jusques à
sa fin. Car par la vertu & par la force des éléments
il s'engendre tous les jours de nouveaux métaux,
& les vieux tout au contraire se corrompent à
même temps. Ce qui n'arrive pas seulement dans
les métaux mais est aussi visible journellement
dans les végétaux & dans les animaux. Puisque
personne ne peut nier que plusieurs sortes d'herbes
& de petits animaux ne soient engendrés sans
aucune semence par la seule vertu des éléments.
De ceci je pourrais donner plusieurs enseignements,
& plusieurs exemples, si la chose n'était
assez connue de tout le monde. Or qui est celui
qui ne croira pas que la même chose se puisse
faire dans les métaux?
Dieu a mis & implanté dans les astres ou élément du feu, la vertu séminale & vivifiante de
toutes choses; laquelle vertu le feu ne retient pas
A iiij
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8 La seconde Partie
enfermée en lui, mais par le commandement de
Dieu, au moyen de l'air & de l'eau, il la pousse
au centre de la terre. Ces rayons ignées par leur
propre mouvement ne cessent d'aller jusqu'à ce
qu'ils aient rencontré un lieu au delà duquel
ils ne sauraient passer, & n'arrêtent pas longtemps
dans ce lieu, mais glissant & se réfléchissant
du centre jusqu'à la circonférence dans
toutes les parties de la terre, la fomentent, échauffent,
& engrossissent. Que si cela n'arrivait de la
sorte, & que ces vertus & ces influences astrales
s'arrêtassent au centre de la terre, sans jamais
remonter en haut, il ne se ferait point de production
ni de génération sur la terre. Mais d'autant
que c'est la nature de la chaleur, & de tout ce
qui pare du feu, de pousser aussi avant qu'il se
peut, lors qu'il ne peut passer outre, il se répercute
& réfléchit du centre à la superficie. Comme
on voit évidement dans un miroir sur le
quel les rayons du venant à tomber, & ne
pouvant percer & passer à travers la solidité du
métal, ils remontent & se réfléchissent vers leur
principe.
Or comme ces rayons ignées remontent & se réfléchissent du centre vers la superficie de la
terre, ils prennent en montant dans les porosités
de la terre une humidité grasse & onctueuse, s'arrêtent
par ce moyen & sont coagulés par ce
mélange en une certaine essence impalpable, de
laquelle en suite, selon la pureté ou impureté du
lieu s'engendre un métal pur ou impur au bout de
certain temps (car le métal ne vient pas dans un
moment; mais la semence métallique est nourrie

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de l'Oeuvre Minérale. 9
insensiblement dans la matrice de la terre par
la chaleur du feu central, & s'augmente comme
cela peu à peu, jusqu'à ce qu'elle soit venue à sa
perfection) tout de même qu'il arrive dans les
métaux & dans les animaux, dont la semence
étant reçue dans une matrice convenable, elle
commence d'abord à prendre de là son accroissement,
jusqu'à ce qu'ayant rompu tous obstacles,
elle ait acquis la forme parfaite à laquelle
elle est destinée. Les métaux donc sont diversifiés
selon la pureté ou impureté du lieu; car la semence
de tous les métaux & de tous les minéraux
est la même; mais la diversité du lieu où ils
sont engendrés, & autres accidents causent leur
différence. Comme nous prouverons ci-après.
Plusieurs trouveront étrange ce que je dis qu'il y a un lieu ou milieu de la terre, que rien
ne peut pénétrer ni passer outre, mais que tout y
est arrêté; le pesant demeure, & le léger rebrousse
chemin. Laquelle opinion il est nécessaire que
j'explique en peu de mots. A la création du monde,
avant que les éléments fussent séparés du cahos,
Dieu voulant faire leur séparation établit un
lieu propre & particulier pour le plus pesant d'entre
eux, à savoir la terre; ce qui fut fait en fort
peu de temps. Car les choses pesantes, à savoir
toute la terre, s'alla coller à son point marqué &
destiné, d'où fut fait ce globe sur lequel nous habitons.
Ce qui était en suite de plus pesant après
la terre, comme l'eau, se sépara des autres éléments,
& environna la superficie de la terre avec
laquelle elles ont un même centre; en telle sorte
que si la terre n'était point, l'eau environnerait

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10 La seconde Partie
immédiatement ce point ou cet aimant établi
pour les choses pesantes. Mais parce que la
terre est plus pesante que l'eau, elle occupe ce
lieu avec justice, & porte les eaux sur son dos.
Dieu sépara de même les autres éléments; le feu
comme le plus léger, fut placé au lieu le plus reculé
du centre des choses pesantes; l'air un peu
moins léger tint le milieu entre l'eau & le feu.
Dieu plaça en sorte ces 2. éléments, l'air & le feu,
afin que se touchant ils circulassent ensemble
continuellement, se soutinssent, & ranimassent
l'un l'autre, jusqu'à ce qu'étant tout-à-fait résous
ils viennent en leur premier néant duquel
ils sont sortis. Car le feu ne saurait brûler sans
l'air, ni l'air se conserver sans l'eau, ni l'eau se
nourrir sans la terre; ni la terre comme étant
morte de soi même produire quelque chose, si
l'élément du feu ne l'engraissait plutôt spirituellement
de sa semence, laquelle en suite devient
corporelle & sensible dans la matière de la terre,
comme il est nécessaire pour toutes les choses qui
croissent.
Or afin qu'on ne croie pas que ce soit un conte ce que je viens de dire, que la terre a son centre
au delà duquel rien ne peut passer, & auquel
les rayons célestes venant à tomber sont resserrés
& repoussés ou réfléchis, se subtilisant & distillant
par toute la terre; d'où vient la production
de tous les métaux & les minéraux à l'aide de
l'eau & de la terre qui leur donnent un corps; Il
faut savoir que cette philosophie peut être
démontrée par des raisons invincibles, & que je
ne tiens pas seulement cette opinion, mais plusieurs

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de l'Oeuvre Minérale. 11
autres avec moi, entre lesquels le fameux
Sendivogius n'est pas des moins considérables,
ayant écrit qu'il y a un lieu vide au centre de la
terre, auquel rien ne peut reposer. Ce qui semble
même être évident par la raison naturelle.
Car il faut qu'il y ait au milieu de ce point une espèce
vide, auquel toutes les vertus des astres
soient jetées, agissant mutuellement entre-elles,
& excitant une extrême chaleur, un mouvement,
& flux continuel, ne souffrant pas que rien demeure
enclos dedans ce lieu, duquel les vertus
astrales étant repoussées reculent & remontent
vers la superficie de la terre, & se joignant par
le chemin à une substance humide & terrestre,
produisent le métal. Il ne faut pas s'étonner
qu'il y ait une extrême chaleur dans ce lieu; puis
que tous les astres, le la avec les autres planètes,
& un nombre infini d'étoiles y jettent à
l'envi leurs rayons: quand on ne considérerait
que le seul qui est 64. fois plus grand que la
terre, sans parler d'une infinité d'autres grands
astres qui jettent leurs influences dans le sein de
la terre où ils ramassent leurs forces, les rendent
manifestes & efficaces, quelle puissante chaleur
ne devrait-il pas exciter dans ce lieu, Considère
la force d'un petit nombre ou assemblage de
rayons du par le moyen d'un miroir ardent,
qui les ramasse & les unit en un point. Car un
petit miroir bien fait, bien proportionne & poli
est capable de brûler du bois ou autre matière
combustible. S'il est un peu grand, il fondra le
plomb & l'étain, & plus grand encore il fondra
le cuivre, & ramollira aussi le fer pour être forgé

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12 La seconde Partie
sur l'enclume. Si donc l'expérience nous
montre; qu'un petit monceau de rayons ramassés
peut fondre les métaux, réduire en fumée le
, l'antimoine, l'orpiment, l'arsenic, & autres
semblables métaux crus, non meurs & volatils,
que sera-ce des milliers innombrables de tous
les rayons du ramassés au centre de la terre,
sans parler de ceux que les autres astres y contribuent?
Certainement il n'y aura rien d'assez fixe
qui puisse résister à cet incendie, comme en effet
rien n'y résiste. C'est pourquoi ce point est nécessairement
vide auquel rien ne peut reposer
ni demeurer.
Tu diras que je t'en conte beaucoup, mais que je ne prouve rien. Car qui a jamais été en ce lieu
là pour voir cette grande concavité? à cela je réponds,
qu'encore qu'il n'y ait point de témoins
oculaires de ce que je propose, toutefois la philosophie
naturelle donne des preuves assez puissantes
pour démontrer qu'il y doit avoir un tel
lieu. Car personne ne nie que le & les autres
étoiles, ne fassent le tour de la terre, & ne lui
impriment ou jettent leurs rayons. Cela étant
accordé, comme tout homme de bon sens avouera
toujours, il faut concéder en suite que ces
rayons chauds & invisibles poussent toujours
avant de leur propre mouvement naturel, jusqu'à
ce qu'ils soient arrêtés en quelque endroit, &
ne puissent passer outre; ce qui arrive au centre
de la terre: ou bien il faut donner un démenti à
tous les Philosophes, qui disent d'un commun
accord, que la chaleur est toujours portée en
avant, & n'a point son mouvement en derrière.

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de l'Oeuvre Minérale. 13
En voici un exemple bien clair. Mets des charbons
ardents sur une lame de fer ou de cuivre, &
lors que le dessous de la lame commencera de
s'échauffer, ôte les charbons, & mets la main
par dessus la lame, tu la trouveras beaucoup plus
chaude que par dessous: quelque temps après
que la chaleur aura eu le temps de passer &
de pénétrer, mets derechef la main par dessous, &
tu trouveras cette partie beaucoup plus chaude,
que celle de dessus où avait été le charbon. Ce
qui prouve assez que la chaleur avance toujours,
& n'a jamais son mouvement en derrière. Ainsi
bon gré, mal gré que tu en aie, tu confesseras que
la chaleur astrale de même n'arrête pas à la superficie
de la terre, mais pénètre jusques à son
centre.
Tu me feras cette objection. Comment se peut il donc faire que toute la terre ne soit pas
échauffée, puisque les rayons du descendent
jusqu'au centre, ou du moins que n'est elle aussi
chaude par tout, comme à la superficie? Car les
Mineurs trouvent par expérience que descendant
dans la terre creusée, elle n'est point chaude,
& ne montre aucune traces des rayons du
? A cela je te réponds, que les rayons du
étant dispersés, n'agissent, & n'exercent leur
force qu'aux lieux où ils sont ramassés & rendus
sensibles, comme il se voit sur la superficie de la
terre, de laquelle à cause de son épaisseur & de la
dureté des pierres & des rochers, ne laisse pas de
passage libre aux rayons; d'où vient que la chaleur
est redoublée, en sorte que bien souvent il
arrive que des morceaux de bois tombés par hasard

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14 La seconde Partie
sur des rochers s'allument & s'embrasent
par la seule ardeur & réflexion des rayons du
qui y sont reçus. Ce qui n'arrive jamais dans
l'air pour proche qu'il puisse être du , parce
qu'il est rare & ne peut pas arrêter & réfléchir
les rayons. Ainsi plus on monte haut en la
région de l'air, & plus on sent de froid. Tellement
que les montagnes les plus hautes, mêmes
dans les climats les plus chauds, sont couvertes
de neige & de glace au dessus, pendant que leurs
valons, quoi que plus éloignés du se trouvent
échauffés & produisent mille sortes de fruits. Ce
qui provient de la réflexion des rayons qui se
fait en bas dans les valons, & ne peut se faire au
sommet des montagnes.
Ces rayons du qui se trouvent joints & multipliés sur la superficie de la terre par le
moyen de la réflexion venant à pénétrer dans la
terre, s'affaiblissent insensiblement, & viennent
enfin dans leur première simplicité; d'où vient
que les parties du globe terrestre un peu trop
éloignées du centre, n'ont pas en elles plus de
chaleur que l'air le plus haut & le plus élevé.
Que si quelqu'un pouvait aller vers le , il sentirait
peu à peu que la chaleur s'augmenterait à
mesure qu'il en approcherait, en sorte qu'il la
trouverait extrême quand il y serait parvenu. Il
en est de même de la terre dont les parties qui
se trouvent entre le & le centre, où tous les
rayons du sont ramassés, ont moins de chaleur
que les autres parties, qui approchent davantage
de l'un ou de l'autre de ces extrêmes.
La preuve & la démonstration de ceci se voit
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de l'Oeuvre Minérale. 15
clairement aux jours d'Eté les plus chauds, auxquels
les vapeurs aqueuses venant à être portées
par le vent un peu plus haut en l'air qu'à l'ordinaire,
elles viennent à se convertir en grêle, &
en glace, par le moyen du froid qu'elles y trouvent.
Si donc la moyenne région de l'air
n'était extrêmement froide, comment se ferait
cette coagulation, & congélation de la nue? Et
qui peut savoir la grandeur du plus grand froid
qui se trouve dans les parties de l'air qui tiennent
le milieu. Le froid sans doute est tellement excessif,
qu'aucun animal n'y saurait subsister un
seul moment; mais d'abord converti en pierre.
Comme nous expérimentons souvent que les
exhalaisons terrestres étant portées jusqu'à la
moyenne région de l'air, elles s'y coagulent &
convertissent en pierre, de sorte qu'on a vu bien
souvent pleuvoir des pierres, qui pesent des livres
entières, & non seulement des pierres, mais
encore a-t-on vu tomber de grands morceaux de
métal, qui représentaient la forme de plusieurs
gouttes d'eau collées ensemble. On peut voir
plus au long de pareilles histoires dans plusieurs
Auteurs. Il est donc constant que les rayons du
ne produisent point de chaleur dans les endroits
où ils ont le passage libre; mais quand ils
viennent à trouver de la résistance, & à rencontrer
une matière dure & solide, ils excitent de la
chaleur plus ou moins selon que la résistance est
plus grande, & la matière plus épaisse. Ainsi le
bois ne reçoit pas une si forte impression de chaleur
comme la pierre, ni la pierre comme le
métal, selon que l'un est plus dur que l'autre, &

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16 La seconde Partie
se trouve avoir moins de pores pour laisser passer
les rayons, le propre de la chaleur étant
(comme nous avons dit) de pousser toujours en
avant tant qu'elle ne trouve pas de résistance, &
de ne s'en retourner en arrière qu'avec beaucoup
de peine. L'exemple, & la preuve de ceci
se voit, & dans le feu commun de la cuisine, &
dans le feu du , & dans celui de la foudre. Car
si quelqu'un a quelque pièce d'argent ou autre
métal à la poche, & qu'il arrête quelque temps
auprès du feu, il trouvera que la chaleur ayant
passé facilement les habits s'est arrêtée & augmentée
dans ce métal, y trouvant plus de résistance;
en sorte qu'à peine le pourra-on tenir à la
main, quoi que les habits beaucoup plus proches
du feu ne soient guères chauds. Il en est de
même du foudre, dont le feu partant avec une
vitesse extrême n'a pas le temps, ni le moyen de
chercher les trous & les pores d'un corps solide,
pour passer peu à peu; c'est pourquoi il brise
tout ce qui lui fait résistance, sa nature n'étant
pas de rebrousser chemin, d'où vient qu'il fondra
quelquefois une épée dans le fourreau, sans toucher
& sans altérer le fourreau, où il n'a point
trouvé de résistance. Ainsi donc le feu trouvant
de la résistance à l'épée ou à un autre corps, force
& détruit l'élément le plus faible. Car le feu
seul est le plus puissant de tous les éléments, incapable
de céder aux autres trois, lesquels sont
obligés de céder à la force que Dieu lui a donnée
dés sa création.
Je fais le même raisonnement de la chaleur du , de la , & des autres astres, & de leurs vertus
cachées,
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de l'Oeuvre Minérale. 17
cachées, à savoir qu'elles poussent toujours en
avant jusqu'à ce qu'elles trouvent de la résistance,
alors elles s'arrêtent, se ramassent, & sont
contraintes de rebrousser chemin, cherchant un
lieu où elles puissent se reposer & devenir corporelles.
Car la chaleur centrale de la terre est extrême,
& ne souffre rien dans son centre, mais à
l'instant qu'il y vient quelque chose, elle la repousse
tout autour vers ses parties humides &
poreuses de la terre, ou les rayons étant sublimés
& cachés, prennent un corps sensible, avancent
d'une forme en une autre; jusqu'à ce que ne
trouvant point d'empêchement ils soient cuits
dans la perfection métallique.
Qu'on ne croie pas pourtant que j'entende parler par ce feu central de la terre, du feu du
Purgatoire, destiné pour le tourment des Ames
malheureuses; je ne connais point du tout ce lieu
là, ni ne me soucie d'en savoir rien. Le lieu que
je décrits est de la recherche de la philosophie
naturelle; de l'autre la sainte Ecriture en a parlé,
lequel je laisse avec les Théologiens pour en
épouvanter les impies. Car véritablement il y a des
peines réservées pour les méchants, que personne
ne méprise point ces menaces, Dieu est juste,
& ne veut point être moqué; il viendra & mettra
fin à toutes choses, lors que le monde qui est
si corrompu & si perverti y songera le moins
Puisque nous sommes tombés sur le discours du feu du Purgatoire, je ne saurais m'empêcher
d'examiner un peu les opinions faibles, &
frivoles, de certains faux Docteurs sur cette matière.
Il se trouve plusieurs montagnes qui jettent

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18 La seconde Partie
grande quantité de flamme, de fumée, de
cendres, & de cailloux. Dans l'Europe se trouve
Mont Gibel en Sicile, en Islande, cela proche
de Norvège, le Vésuve proche Naples, & plusieurs
autres en d'autres parties de la terre; dont
les vues à divers temps, & les autres continuellement
brûlent & fument. Ces lieux passent
dans l'esprit de plusieurs personnes pour des cheminées
d'Enfer, ou de ce lieu auquel Lucifer a
été précipité avec tous ceux de son parti, à cause
de son orgueil, & où les damnés sont tourmentés:
Mais cela ne peut être conforme à la
vérité, parce que ces montagnes brûlantes ont
une cause naturelle de leur incendie, connue pourtant
de peu de personnes: Il faut donc savoir
qu'il se trouve en certains endroits des montagnes
entières de soufre, lesquelles étant allumées, ou
par le feu central, par la foudre, ou par quelque
autre accident, il faut nécessairement qu'elles
brûlent. Et lors qu'elles ont une fois commencé,
personne ne peut éteindre ce feu, à cause de
sa grandeur & du danger qu'il y a de s'en approcher.
Estant donc laissé en sa liberté, il brûle &
mine continuellement, pour ce qu'il ne manque
pas de matière.
Que si quelqu'un s'étonne de ce qu'il y a de ces montagnes qui brûlent depuis des siècles
entiers, voire même depuis plus de mille ans,
selon les mémoires & les traditions que nous en
avons; qu'il sache que cela se peut faire facilement,
non seulement à raison de la grandeur de
la montagne qui est remplie de bitume, de soufre,
& choses semblables; mais encore à cause du

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de l'Oeuvre Minérale. 19
mouvement continuel des astres, lequel répare
incessamment cette perte & consomption de
matière, n'engendrant pas seulement des minéraux,
mais aussi toute sorte de matière combustible,
par le moyen de laquelle ce feu s'augmente
& s'entretient.
Ils prétendent encore de prouver leur opinion sur ce qu'ils disent qu'en certains temps on
entend proche de ces montagnes des gémissements
& des hurlements, que le peuple simple &
crédule s'imagine partir des ames damnées: mais
ce sont des contes de vieille; & l'on n'entend
ces gémissements qu'alors que la montagne fait
effort pour jeter une quantité extraordinaire de
flamme: hors de cela elle brûle & fume sans
bruit fort paisiblement. Les habitants du lieu dés
qu'ils entendent ces gémissements & ce bruit, savent
fort bien qu'ils auront bien-tôt une moisson
de cendres, de feu, & de pierres, & tâchent
de se mettre à couvert. Souvente fois près
de ces montagnes, les habitants apprêtent quantité
de soufre pour l'usage commun des hommes,
& en gagnent leur vie. Pour ce qui est de ces
gémissements, ce n'est autre chose que le feu qui
fait effort pour passer à travers des rochers & des
conduits fort étroits.
Ils disent encore qu'autour de ces montagnes brûlantes, on voit souvent paraître des spectres
& des esprits. Cela est vrai, je l'avoue, & fondé
même dans la nature: mais on ne prouvera
jamais que ces esprits soient des démons infernaux,
puisque ailleurs aussi on voit paraître de
tels esprits dans les entrailles de la terre, qui
B ij
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20 La seconde Partie
blessent souvent les Mineurs, quelquefois les
tuent, les estropient, ou les empoisonnent, d'autrefois
ils ne font point de mal, mais les regardent
travailler paisiblement; se jouent des instruments
des Mineurs, & leur aident même quelquefois
dans leur travail. Ces esprits paraissent
en plusieurs formes, tantôt en forme d'un cheval,
d'un chien, ou d'autre animal; tantôt en
forme d'un petit homme vouté, souvent avec
le froc & l'habit de Moine. Tels esprits sont pour
l'ordinaire les marques d'une grande félicité &
d'une extrême richesse de la mine. Souvent ils
sont fort méchants, étouffent les Mineurs par des
mauvaises exhalaisons, ou les précipitent dedans
des puits, & sont cause qu'on a été contraint d'abandonner
plusieurs mines très bonnes & très
fertiles, parce que le trésor en était gardé trop
opiniâtrement par ces esprits.
On les nomme Pygmées, ou petits hommes terrestres, & ne sont point du tout esprits infernaux,
mais esprits terrestres qui sont des choses
merveilleuses dessous la terre. Ainsi dans ces
montagnes brûlantes il y peut avoir des esprits
ignées, de même qu'on tient aussi qu'il y a des
esprits d'air & d'eau. Ce n'est pas que personne
nie que le démon ne se mêle bien souvent avec
ces esprits élémentaires pour dresser des embûches
aux hommes: car il est toujours comme un
lion rugissant qui se promene cherchant quelqu'un
pour le dévorer, contre lequel il de faut armer
de veilles & d'oraison, selon le précepte de
saint Pierre.
Que ceci soit dit par parenthèse touchant les

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de l'Oeuvre Minérale. 21
esprits, tant ceux qui sont autour des montagnes
brûlantes que ceux qui habitent dedans les mines
& se laissent voir en plusieurs figures. Je reviens
maintenant à ma proposition, savoir que
le feu qui sort de ces montagnes brûlantes n'a
rien de commun avec le feu central ou infernal,
mais qu'elles jettent un feu grossier & matériel.
Ce que je prouve en cette sorte.
Premièrement, ces montagnes de temps en temps, cessent de flamber, & ne jettent que de
la fumée, tantôt plus, tantôt moins. Quelquefois
elles s'éteignent tout-à-fait faute de matière
à brûler. Mais le feu central ne peut jamais
se diminuer ni s'éteindre pendant le temps que
le Soleil & les Etoiles luisent & jettent leurs
vertus au centre de la terre; de même que le feu
d'Enfer, dont parle la sainte Ecriture, ne s'éteindra
jamais. Le feu donc de ces montagnes
pour si violent qu'il soit, n'est ni le feu central
ni le feu d'Enfer; mais il est un feu purement
matériel qui croît & décroît, & se perd enfin
faute de matière. De plus le feu de ces montagnes
n'est pas chaud extraordinairement, mais
est pour la plupart rempli de fumée, & la terre
tout autour environ mille pas est fort chaude, en
force qu'on ne peut pas marcher dessus sans se
brûler. Les eaux qui passent par dessus ces montagnes,
ou qui en sortent, sont toutes bouillantes,
& sentent le soufre qu'elles contiennent en
abondance.
Outre ces montagnes brûlantes & fumantes, il se trouve des antres & des cavernes qui ne
jettent ni flamme ni fumée; mais poussent seulement
B iij
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22 La seconde Partie
une grande chaleur, qui est une autre espèce
de feu duquel il est traité dans les Chroniques
des Métalliques, où il est rapporté entre
autres choses qu'il se fit un grand trou dans une
montagne, lequel jetait une grande chaleur, &
donnait seulement de nuit quelque petite & fertile
clarté, & de jour on ne remarquait qu'une
exhalaison chaude.
La curiosité prit là dessus un Moine d'y jeter un vaisseau de cuivre attaché au bout d'une chaîne
de fer, croyant d'en retirer de l'or tout fondu;
mais dés que le vaisseau eut touché le feu il
fondit en un moment, & le Moine ne retira
que sa chaîne. Il ne fut pas pourtant satisfait de
ce seul essai, il y plonge en suite un pot de fer au
bout d'une grosse chaîne de fer; mais il ne retira
que sa chaîne, & encore y en laissa il une bonne
partie, laquelle fut brûlée avec le pot dans
un moment comme de la paille, & s'en alla à
même temps en fumée, avec un bruit si épouvantable
que le Moine eût peine à se sauver. Or
ce feu si violent que dans un moment il réduisait
un pot de fer en fumée, ne pouvait pas être,
le feu commun & matériel, parce qu'il jette
de la fumée, il faut donc dire que c'était un feu
purement astral & céleste.
Ceux qui travaillent aux mines savent assez que le feu central pousse en haut à travers les cavernes
des montagnes où il produit les métaux
les mûrit; de telle façon que plus ils descendent
bas, plus ils sentent de chaleur, laquelle ne
provient pas entièrement de l'action des minéraux
qui y croissent, mais pour la plus grand

@

de l'Oeuvre Minérale. 23
part elle provient du feu central, & le feu central
vient des astres. Or de quelle façon les astres
engendrent ce feu central, & ce feu central engendre
les métaux & les minéraux, je vais l'expliquer
aux ignorants le plus brièvement qu'il
me sera possible.
Nous lisons dans la Genèse que lors que Dieu fit le monde, il tira premièrement du cahos les
éléments, leur assigna un lieu à chacun, & un office
particulier. Or de quelle manière ils sont
conservés par une circulation continuelle, &
comme quoi toutes choses en sont engendrées
la Philosophie naturelle nous l'enseigne; il n'est
donc pas nécessaire de le traiter ici au long, &
je me contenterai d'expliquer brièvement la
naissance & l'origine des métaux, autant qu'elle
m'est connue, à savoir de quelle façon le genre
métallique tire son origine des éléments, son accroissement,
son augmentation, & enfin sa perfection.
J'ai montré ci-devant comme quoi l'élément du feu à savoir le la , & les autres
astres, envoient leurs vertus invisibles & leurs
rayons de feu jusqu'au centre de la terre, où ils
sont ramassés, causant une extrême chaleur, & ne
se pouvant arrêter dans ce lieu, sont réfléchis
& dispersés dans tout le globe terrestre, où ils
font ces belles productions des métaux & des
minéraux; de quelle façon cela ce fait, je vais l'expliquer
en peu de mots.
Toute chose spirituelle de quelque corps qu'elle ait tiré sa, naissance, étant invisible &
impalpable, d'elle seule il ne s'en peut rien faire,
B iiii
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24 La seconde Partie
mais elle demeure toujours esprit, jusqu'à ce
qu'elle rencontre quelque sujet où elle s'attache,
s'unisse, & prenne un corps par son moyen, pur
ou impur, selon la pureté de l'esprit & de la matière.
L'esprit tient le lieu de semence, le sujet,
ou matière, répond à la terre, ou à la matière
dans laquelle il est cuit, & converti en un corps
conforme à sa nature.
Il faut remarquer que la conception & la génération des métaux, est fort différente de celle
des végétaux & des animaux car en plusieurs végétaux
qui font déjà parfaits, la nature pour
propagation de l'espèce prépare une semence
qui est la partie la plus noble de la plante; laquelle
semence étant mise en terre au Printemps,
vient à produire une autre terre toute pareille
à la première, qui pousse derechef une nouvelle
semence, ce qui continue toujours. Que s'il
y a quelques herbes qui se multiplient par racine,
& non par semence, la racine sert de semence
à ces herbes, & celles qui naissent sans semence,
& sans racine, naissent par la vertu des
éléments qui ont la faculté d'engraisser la terre
d'eux-mêmes, & de faire naître toute sorte de
plantes. Il en est de même des animaux, les uns
ont leur propre semence, les autres sont engendrés
des éléments immédiatement par le moyen
de la putréfaction.
Les minéraux s'engendrent pareillement en ces deux façons, à savoir par l'imprégnation
universelle faite par les astres au commencement
de la création du monde, & l'autre par
l'imprégnation journalière. Et comme la première

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de l'Oeuvre Minérale. 25
génération des animaux & des minéraux
est beaucoup plus noble que l'autre génération
accidentelle & journalière; de même en est-il
des minéraux. Car comme il y a des végétaux
qui acquièrent plutôt leur perfection les uns
que les autres, & meurent aussi plutôt, de même
les métaux & les minéraux plus vite ils
croissent, & plutôt ils meurent, & tout au contraire.
Comme l'animal raisonnable & mobile,
surpasse mille fois le végétable en fixité & noblesse;
de même le minéral surpasse en fixité l'animal.
Et lors que les végétaux, les animaux &
les minéraux viennent à se corrompre & détruire,
retournant dans le néant, dans cette dissolution,
chaque élément reprend ce qui lui appartient;
les astres retirent l'esprit; la terre, le corps
qu'elle avait donné; & chaque principe retourne
à son principe, dont il était sorti au commencement.
C'est de cette façon que toutes choses
meurent & se régénèrent continuellement selon
l'expérience journalière.
Je parle ici en Physicien & Philosophe naturel, & ne prétends pas d'enfermer dans ce discours
l'âme raisonnable, laquelle partant de
Dieu immédiatement, est par conséquent immortelle,
n'ayant ni sa naissance, ni sa mort
commune avec le reste des choses, lesquelles
étant engendrées des éléments, meurent dans la
dissolution de leurs principes, & ces principes
périront aussi à la fin. Hors de cela les métaux
l'emportent en noblesse & perfection sur toutes
les autres productions de la nature. Car tout ce
qui produit en peu de temps, meurt aussi en peu

@

26 La seconde Partie
de temps, & n'est de longue durée, comme les
végétaux & les animaux; mais les métaux demeurent
long-temps à être produits, & subsistent
aussi long-temps. C'est pourquoi ils sont
les plus fixes & les plus nobles de tous les trois
règnes végétal, animal, & minéral.
Quelqu'un me dira que j'estime extrêmement la nature des métaux, & que les animaux
qui vivent & se meurent, approchant de plus
prés de la nature de l'homme, sont bien plus nobles;
mais c'est une opinion qui ne provient que
de l'ignorance & peu de connaissance qu'on a
des minéraux, animaux & végétaux. On acquerra
cette connaissance, quand on aura bien
compris comme quoi le monde est un animal,
& a été appelé tel par les anciens & par les modernes
Philosophes. Or entre le monde qu'on
appelle Macrocosme, c'est à dire, grand-monde,
& l'homme qui est appelé Microcosme, c'est à
dire petit monde, il y a une parfaite ressemblance;
car tout ce qui est dans le macrocosme se
trouve aussi parfaitement dans le microcosme,
comme tous les Philosophes ont démontré, & serait
inutile ici de le répéter. Je dirai seulement ceci
en passant, qui regarde le sujet que nous traitons;
à savoir, que si la terre est un grand animal,
& comparable à l'homme, il faut qu'elle
vive aussi & se meure, jouissant des mêmes avantages
que l'homme. On remarque premièrement
dans l'homme les sept membres principaux,
le coeur, le cerveau, le foie, le poumon,
& le reste. Il a en suite du sang, des os mols &
dures, des muscles & des ligaments que l'anatomie

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de l'Oeuvre Minérale. 27
démontre. Il est couvert de poil au dehors,
dans lequel se trouvent souvent des poux,
& des puces; il faut que la même chose se trouve
dans le monde, puisque c'est un grand animal,
lequel rapport, je passe ici sans silence, par ce
qu'il est amplement démontré par plusieurs autres.
Je prouverai seulement ici que les végétaux
& les animaux peuvent être comparés
avec les métaux.
Celui qui accordera qu'un sang très bon & très-pur, qui est le siège & le domicile de la vie
est plus excellent & plus noble que les chevaux
& les insectes qui s'y pourrissant, avouera aussi
que les métaux sont plus nobles que les arbres &
toute sorte de végétaux, qui sont la dernière des
animaux: Les métaux sont la plus précieuse partie
du monde, tirant leur origine du coeur venant
du feu central. Car le feu central excité &
allumé par les astres supérieurs, répond au coeur
des animaux, lequel est toujours en haut, &
conserve le corps par le moyen des esprits
chauds & vivifiants. Et comme le sang des veines
est épandu par tout le corps pour le conserver
ainsi les métaux sont épandus dans la terre. Car
si le feu du coeur terrestre central n'envoyait ses
esprits qui sont extrêmement chauds par toute
la terre pour l'échauffer, toutes choses seraient
mortes & stériles & ne se ferait aucune génération.
Or la terre est fertile d'arbres, de fruits, &
d'herbes pour la nourriture des animaux, & les
végétaux & les animaux qui s'en nourrissent,
font la dernière & la plus vile partie de ce grand
animal, Pour les métaux, ils représentent le

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28 La seconde Partie
meilleur sang: car, comme les veines sont épandues
dans tout le corps, étant plus grosses dans
le tronc, duquel sortent plusieurs rameaux qui
devenant insensiblement plus minces & déliés,
représentent par tout le corps la forme d'un
arbre: La même chose font les métaux dans le
ventre de la terre. Pour ce que les vertus des
astres étant descendues jusqu'au centre de la
terre, & n'y pouvant pas s'arrêter à cause de la
chaleur excessive, elles, en sont repoussées & réfléchies
de toutes parts vers la circonférence, où
ils forment les métaux par le moyen d'une humidité
solide & compacte. Ces métaux s'épandent
en mille rameaux par toute la terre, comme des
arbres, en sorte que bien souvent le sommet de
ces arbres métalliques s'étend jusqu'à la superficie
de la terre, & se laisse voir, principalement
s'il arrive quelque grande inondation au
haut des montagnes, qui emporte une partie de
la terre, & découvre à nu les veines solides des
métaux.
Il y a encore plusieurs autres moyens par lesquelles les mines métalliques viennent à être
découvertes; tels que sont les grands embrasements,
lors que tout un bois vient à se brûler par
la négligence d'un pasteur qui y-a mis le feu sans
y penser, alors la terre s'ouvre à cause de la chaleur
excessive, & le métal étant fondu sort, &
se découvre. Souvente fois aussi il se découvre
par de grands tremblements de terre, souvent en
creusant des puits, ou labourant la terre; souvent
les vaisseaux passant par les mines emportent
du sable métallique, & donnent occasion

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de l'Oeuvre Minérale. 29
d'en chercher la racine. Souventes fois par le
moyen des animaux. Car un cheval venant à
battre du pied sur une montagne, peut découvrir
la veine, comme il est arrivé autrefois à
Rametsbergue. D'autrefois des pourceaux en
cherchant du gland, ont découvert des mines.
Ou bien quelquefois le métal tout pur s'élever
hors de la terre, & c'est de cette façon que la
mine très-riche de Kuttemberg en Bohème a
été découverte par un Moine, lequel se promenant
dans un bois, ayant rencontré un petit
chalumeau d'argent qui sortait hors de la terre,
y laissa son froc dessus pour marque, & fut en
avertir ceux de la maison. Souvente fois aussi
de grands orages venant à déraciner des arbres
tous entiers, découvrent les endroits où les mines
sont cachées.
On en peut juger aussi par de petites flammes bleuâtres, qui s'allument & voltigent dessus la
terre. La raison de cela est, que les petites vapeurs
sulfurées, qui s'élèvent continuellement
des mines, s'allument par la chaleur de l'air, &
ces mêmes vapeurs sulfurées sont cause que
l'herbe qui croît en ces endroits est plus grêle,
plus seiche, & plus déliée; que les arbres sont
plus petits, ont leurs feuilles plus minces & plus
pâles qu'à l'ordinaire des autres lieux, La même
où la neige, la rosée & la grêle se fondent, &
disparaissent plus vite; C'est une marque qu'il
y a des mines métalliques, dont les vapeurs chaudes
venant à monter dessèchent ainsi la superficie
de la terre.
Les mines métalliques peuvent être aussi découvertes
@

30 La seconde Partie
par la vertu d'une verge de Coudrier
en voici le procédé dont j'ai souvent fait expérience.
Fondez les métaux sous certaine constellation,
& en faites une boule trouée par le milieu,
dans le trou fiché un rejeton de Coudrier de
l'année, & qui n'ait point de branches, portez
cette verge étendue droit devant vous parmi
les lieux où vous croyez qu'il y ait du métal, &
lors que la verge se fléchissant, la boule viendra
à s'abaisser vers la terre, ce sera un signe qu'il y
a du métal là dessous; ce procédé est très-véritable,
& comme il a son fondement dans la physique,
il est préférable à toutes les autres façons
de découvrir les métaux. Ne vous étonnez pas
de ceci, puis qu'il y a tant de choses qui nous
sont cachées. Qui sait la raison pour laquelle
l'aimant attire le fer, & l'ambre échauffé attire le
sel, & les autres végétaux? La terre est toute
pleine de merveilleux & incomparables secrets
que nous devons diligemment observer.
Les Auteurs sont fort différents touchant les causes de la diversité des métaux. Ils en donnent
diverses raisons. Les uns disent qu'il n'y a que
7. métaux, parce qu'il n'y a que 7. planètes qui
les engendrent. Ils donnent le plomb à ; l'étain
à : le fer, à : l'or au : le cuivre à : l'argent
vif à : & l'argent à la . Mais cette opinion
ne semble pas vrai semblable. Car de quelle
façon chaque planète chercherait-elle son lieu
propre, & particulier pour y jeter sa semence,
& produire son métal, puisque nous ne trouvons
jamais dans la terre aucun métal tout seul & sans
mélange des autres? Car jamais la mine de

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de l'Oeuvre Minérale. 31
plomb n'est sans argent; la mine d'étain, sans or
& sans argent, la mine de cuivre & de fer contient
toujours en soi de l'argent, & quelquefois
de l'or. Jamais l'or n'est sans argent ou sans
cuivre; l'argent est rarement sans or & sans mélange
des autres métaux. Que si chaque planète
en particulier engendre son propre métal, d'où
vient le mélange des autres? On ne pourra tenir
cette opinion que des métaux qui se trouvent
seuls dans les veines, ou qui se trouvent en petits
grains parmi le sable. J'ôte de ce nombre les
métaux qui se trouvent quelquefois 2. & 3. joints
ensemble: chacun pourtant dans sa propre veine
mis les uns sur les autres, souvent même ils
s'entrelacent & mêlent ensemble, ne faisant
qu'une même veine, & en suite se séparent en
plusieurs petites branches. Mais si chaque planète
produisait son propre métal, elle choisirait
aussi son lieu propre & particulier, dans lequel
elle ne fut pas interrompue dans son travail.
Accordons que chaque métal ait sa planète. Mais qu'elle étoile donnerons-nous au Bismuth,
au Cobalt, à l'Antimoine & au Zinc, qu'on rejette
sans raison du nombre des métaux, & qui
sont toutefois plus métalliques que le Mercure;
puis qu'ils fondent comme les autres métaux, &
se travaillent par la main de l'ouvrier à divers
usages? Ce que le Mercure ne fait pas. A la vérité
il se trouve quelques métaux seuls dans les
veines, comme le plomb & l'argent. L'or aussi
se trouve en plusieurs endroits séparé parmi le
sable; mai s'il n'est jamais sans argent & sans cuivre.
Le fer & l'étain de même se trouvent souvent

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32 La seconde Partie
dans la terre, ou dans le sable en petit
grains; mais ils ne sont jamais purs, étant toujours
mêlé avec la pierre. On tire de ces
grains un étain excellent, qui contient beaucoup
plus d'or que l'autre étain tiré des mines;
parce que lors qu'on lave ces petits lopins d'étain
granulés, il s'y mêlé plusieurs autres petits
grains contenants de l'or, lesquels viennent
après à être cuits & fondus avec l'étain: ainsi
les grains de fer détachés donnent un fer excellent.
Les Mineurs trouvent bien souvent du Mercure coulant ou enfermé dans une pierre rouge,
lequel il faut revivifier; quelquefois ils trouvent
du cuivre en petits grains. Autrement tous les
métaux naissent & croissent dans leurs mines, &
& dans les veines des montagnes, desquelles on
les tire avec de grands travaux, de grands frais
& de grands dangers, en le brûlant, le lavant &
le repurgeant. Mais de quelle façon se fait cette
préparation? Quelle est la marque pour connaître
quand elle est bien faite? Comme quoi
est ce qu'il faut chercher les métaux, briser la
mine, la laver, la fondre, & la séparer de ces excréments?
Il y a de très-considérables Auteurs
qui l'enseignent amplement, comme Géorgius
Agricola, & Lazarus Erker.
Je conclus donc que tous les métaux & demi- métaux ou minéraux proviennent d'une même
semence, mais qu'ils sont diversifiés par accident
en plusieurs espèces; d'autant que les vertus
des astres étant portées toutes ensemble au
centre te la terre, ne demeurent pas seules &
séparée,
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de l'Oeuvre Minérale. 33
séparées, mais se mettant ensemble les unes avec
les autres, elles sont réfléchies vers les cavernes
des montagnes, & cherchent un lieu de repos où
elles se battissent un corps, lequel est engendré
pur ou impur, selon la pureté ou impureté du
lieu. Ce lieu est comme la matrice qui reçoit la
semence pour la mûrir & pour la cuire. Les
esprits astraux sont comme la semence virile,
laquelle par le concours d'une terre humide est
reçue dans les cavernes comme dans sa matrice,
où elle est cuite, nourrie, & convertie en
diverses formes métalliques & corps palpables,
le tout selon la bonté & pureté du lieu. Ce qui
prouve encore que tous les métaux proviennent
d'une même semence; c'est que dans leur commencement
ils sont encore crus, mûrissent insensiblement,
ils se perfectionnent tous les jours,
Ce que l'on voit par expérience non seulement
dessous, mais même dessus la terre. De là vient
que les mineurs rencontrant une mine crue,
comme par exemple de Bismuth ou de Cobalt, ou
de Zinc, venant à l'examiner à la façon de l'argent,
& n'y trouvant rien, disent qu'ils sont venus
trop tôt, & après avoir exposé la mine à
l'air par quelques années, ils y trouvent quantité
d'argent.
Toutes ces raisons prouvent assez que si la semence des métaux trouvait une matrice pure &
propre, qui ne fut point empêchée par des accidents,
elle ne produirait jamais que de l'or,
comme le plus parfait des métaux. Or que ce
soit toujours l'intention de la nature de pousser
ce qu'elle a commencé jusqu'à sa dernière perfection,
& qu'il n'y ait que l'or qui soit parvenu

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34 La seconde Partie
à ce souverain degré métallique, tous les autres
métaux étant imparfaits, lesquels il y a moyen
de porter à la perfection par le moyen de la
vraie chimie; c'est ce que je démontrerai amplement
dans ma troisième Partie. Que si on
ne pouvait pas prouver comme quoi les métaux
imparfaits peuvent être perfectionnés par le
moyen de l'art & du feu, il faudrait vraiment
croire pour lors que chaque métal avait sa semence
ou sa planète appropriée. Mais s'il y a
moyen de tirer beaucoup d'argent du plomb
après quelques digestions & coctions, par le
moyen des sels, & même d'en tirer de l'or, après
une plus longue digestion, au lieu qu'auparavant
selon la preuve commune des coupelles il
contenait très-peu d'argent; on voit par là évidemment
que la nature ne voulait pas simplement
faire du plomb, mais qu'elle voulait poursuivre
& pousser cette matière jusqu'à la perfection
de l'argent & de l'or, On peut tout de
même fixer les métaux bâtards, ou autrement
minéraux; comme l'Antimoine, le Cobalt, le
Zinc, le Bismuth & semblables; en sorte qu'ils
donnent de fort bon or à la coupelle. Ce qui
s'enseignera clairement dans la troisième Partie.
Tu vois donc que s'il y a tant de métaux imparfaits, ce n'est pas faute de la nature, mais des
accidents externes qui l'ont empêchée. Car si
l'or n'était pas en puissance dans les métaux
imparfaits; comment l'en pourrait-on tirer
par l'industrie ? Il n'est pas au pouvoir de l'arc
de créer l'or, ou l'argent; la nature le peut
sous la terre: mais sur la terre, elle ne le peut sans
l'aide de l'art. Lors que le Jardinier laisse sécher

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de l'Oeuvre Minérale. 35
la semence, & la racine de ses plantes, faute
d'arroser la terre, & de lui donner ce qui lui
manque; ce n'est pas la faute de la semence, si
elle vient à périr contre le dessein de la nature,
c'est la faute du Jardinier. La nature a bien souvent
besoin d'aide, comme il se voit dans les
fruits des animaux & des végétaux; pourquoi
les métaux n'auront-ils pas aussi besoin de l'assistance
de l'art & de l'industrie de l'homme? Il est
donc constant que la nature veut faire de l'or des
minéraux & des métaux imparfaits; tout de
même qu'elle veut faire d'un enfant, un homme;
& d'un noyau, un arbre; que s'il en arrive
autrement, ce n'est pas sa faute, c'est celle des
accidents externes qui l'en ont empêchée.
Je pense avoir suffisamment prouvé, comme tous les métaux sortent d'une même semence
ou racine, & qu'ils peuvent être réduits &
ramenés: que les minéraux peuvent être fort
bien comparés aux premiers germes des végétaux;
les métaux imparfaits, aux plantes qui
sont à demi élevées, & l'or à la semence, ou plutôt
au fruit achève dans sa dernière perfection.
Mais ceci se doit entendre de l'origine & de la
génération universelle des métaux, dont la plus
grande quantité est engendrée dans les cavernes
des montagnes, & en est tirée avec de grands
frais, de grands dangers & de grands travaux.
L'autre génération des métaux se fait d'une façon toute différente sans semence commune
centrale, mais seulement par la vertu des astres
sur la superficie de la terre, & par cette voie il
ne s'engendre que fort peu de métal. Nous avons
dit que les végétaux & les animaux s'engendraient
C ij
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36 La seconde Partie
en deux différentes façons; il en est de
même des métaux. La première est ordinaire &
sensible; l'autre est rare & insensible. Les plantes
sont produites, ou par la propagation de
leur semence ou racine, ou elles sont produites
toutes de nouveau par la seule influence des
astres, & par la vertu des éléments. Comme si
l'eau de pluie vient à être desséchée par la chaleur
du ou de l'air, la terre reste au fonds, laquelle
par sa propre vertu naturelle sans le secours
d'aucune semence produit diverses plantes,
divers petits animaux, vermisseaux & mouches.
La même chose arrive aux métaux: lors que
le ou un autre astre, agissent sur une terre humide,
les vertus astrales s'assemblent, & étant devenues
corporelles produisent divers minéraux
& métaux selon la pureté de la matrice ou terre
humide; l'eau étant comme la matrice, & l'astre
comme le père qui répand sa semence.
Il n'est pas possible qu'il s'engendre aucun métal dans le centre de la terre, à cause de la grande
sécheresse; mais bien loin du centre où la terre
est humide par les eaux qui l'arrosent, auxquelles
les esprits se peuvent joindre, & être en suite
convertis en métal. Car l'esprit sec ne peut pas
se coaguler de soi même, à cause de la sécheresse,
il a besoin d'une matière propre à lui faire
prendre corps, qui est l'eau; dès aussi-tôt que
l'esprit sulfureux est mêlé en l'eau, ce n'est
plus de l'eau commune, c'est le principe & premier
ébauchement de la génération métallique,
que les Philosophes appellent Mercure: non ce
Mercure commun métallique; mais une eau visqueuse,
que les Chimistes appellent écume fermentante,

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de l'Oeuvre Minérale. 37
laquelle étant reçue dans un lieu
propre, & entretenue par une douce chaleur &
humidité centrale, se convertit enfin en métal.
Cette conception donc & cette génération des métaux ne se font pas seulement sous la terre, par
le moyen des esprits centraux élevés en haut:
mais elles se font aussi sur la superficie de la terre
les astres venant à jeter leurs invisibles rayons
sur une terre subtile & grasse, sur laquelle étant
arrêtés ils deviennent corporels. Car le feu
astral ne cesse jamais d'envoyer ses vertus à la
terre & de l'engraisser de divers embryons de végétaux,
minéraux, & métaux, selon qu'il trouve
la matrice disposée. Et cette imprégnation &
génération ne se fait pas seulement dans la terre
très-propre pour la génération des métaux; mais
encore dans l'air & dans les nues. D'où nous
voyons qu'il pleut bien souvent de petits animaux,
comme sauterelles, grenouilles, &c. Il y
a même des histoires dignes de foi, qu'on a vu
tomber des nues jusqu'à plus de cent pierres, &
même de gros morceaux de fer malléables, faits
en forme de gouttes d'eau collées les unes aux autres.
C'est ainsi que les comètes & autres substances
ignées, après avoir été élevées en l'air,
venant à être resserrées par le froid qui les environne,
s'allument, brûlent, & meurent enfin,
descendant en bas sur la terre en guise d'une fumée
arsenicale, & empoisonnent la terre & leurs
fèces, d'où provient en suite une infinité de maladies.
La foudre même n'est qu'un nitre subtil
allumé de même aussi que les pierres qui tombent
avec si grand bruit. Il est par là évident que
le feu central ne fait pas seulement des générations
C iij
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38 La seconde Partie
dans les entrailles de la terre; mais le feu
astral aussi cherche en l'air & dans les nués, un
lieu pour y engendrer des métaux; or entre tous
les lieux les plus propres sont véritablement les
cavernes de la terre.
Je sais bien que touchant la génération de ces métaux qui se trouvent sur la terre parmi le sable,
il y a plusieurs différentes opinions, mais
elles sont presque toutes erronées. Plusieurs
estiment que l'or qui se trouve sur le bord des
ruisseaux n'a pas été produit, mais qu'il y
a été porté des veines ou du haut des montagnes
par la force des eaux qui en découlent avec
violence, & cela peut être vrai quelquefois;
mais que tout l'or qui se trouve le long des ruisseaux,
y soit porté par les eaux des fontaines qui
découlent des montagnes, cela n'est pas raisonnable;
il y a bien plus d'apparence qu'il a été
engendré là même, puis qu'il s'en trouve en
certains endroits extrêmement éloignés de toute
sorte de fontaines, & qu'il s'en trouve sur le
haut des montagnes parmi la terre & parmi le
sable, où il n'y a jamais eu de fontaine. Tel
qu'est la plupart de l'or que les Hollandais
achètent des Indiens. Il y a eu encore de semblables
lieux en Allemagne, à savoir des lieux
élevés & éloignés de toute sorte d'eaux; d'où il
fallait apporter la terre & le sable au bord des
ruisseaux pour les laver & pour en séparer l'or.
Et encore aujourd'hui autour des montagnes où
l'on a accoutumé de laver les grains d'étain, il
se trouve parmi ces grains, des grains d'or. La
raison par laquelle l'or se trouve plus ordinairement
le long des fleuves & des ruisseaux, est parce

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de l'Oeuvre Minérale. 39
que l'eau emporte par sa rapidité le sable le
plus léger, laissant les grains d'or comme les plus
pesants; lesquels sont après lavés facilement &
séparés du reste du sable. Or cette sorte d'or qui
se trouve ici en Allemagne & autres lieux, est
rarement sans mélange d'argent & de cuivre, &
n'est pas toujours fin & pur métal, mais il se
trouve en forme de poudre soufrée, lequel
soufre étant brûlé & emporté par la fusion,
cette matière acquiert la couleur, la mollesse, la
ductilité, & pureté de l'or. Celui qu'on apporte
des Indes a des grains qui approchent fort
de la pureté; mais de toutes sortes d'or le plus fin
est estimé celui qui vient de l'Hongrie & de
Transylvanie, lequel j'ai éprouvé aller à la pureté
du ducat.
Je pense avoir suffisamment démontré comme quoi l'or ne s'engendre pas seulement dans
les entrailles de la terre par le feu central, mais
aussi sur la superficie de la terre, par la vertu des
astres. Et non seulement l'or s'y engendre; mais
encore tous les autres métaux & minéraux, principalement
le fer & le cuivre, & particulièrement
le fer, lequel se trouve par tout & abondamment
enfermé dans certaines pierres rondes
ou faites à angles qui tiennent fort ordinairement
de la nature de l'or. Ce qui est méprisé &
négligé de tout le monde, & à quoi pourtant il
faudrait prendre garde. Telles sont aussi les pierres
jaunes ou rouges, qui contiennent de l'or &
du fer ensemble. Car il y a grande familiarité &
amitié entre le fer & l'or, sous laquelle est cachée
un très-grand secret que j'enseignerai dans
ma troisième Partie.
C iiij
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40 La seconde Partie
Afin de convaincre plus fortement les incrédules, & de leur faire voir que les métaux s'engendrent
souvent sur la superficie de la terre dans
des lieux humides & limoneux, sans l'aide d'aucune
semence centrale, je leur rapporterai l'exemple
suivant, lequel prouve assez que les astres
trouvent par fois une matière propre à la génération
des métaux dans des lieux toujours humides
& marécageux. En Flandre on creuse tous
les ans de la terre pour brûler à la place du bois;
elle est appelée tourbe, outre le soufre elle contient
de l'arsenic, du fer & du cuivre. Ce n'est
pas pourtant toute terre indifféremment, mais
celle là seule qui est un peu basse & profonde. Or
quoi que cette sorte de terre est jusqu'à 20. 30.
ou 40. pieds de profondeur, on n'en tire pas
pourtant plus bas que cinq ou six pieds, ou tout
au plus 10. parce que dans son fonds elle n'a
point du tout de soufre, & n'est pas propre à
brûler. Que si quelquefois ils veulent savoir la
profondeur de cette terre bitumineuse, & qu'ils
la creusent profondément pour cet effet: plus ils
vont en avant dans la terre, moins ils la trouvent
ensoufrée, de sorte qu'étant assez jusqu'au bas
dans les fonds sablonneux, ils la trouvent tout à
fait exempte de soufre: D'où il est évident que
ce soufre, & arsenic, ce minéral & ce métal, n'a
pas pris son origine d'en bas, mais d'en haut, &
qu'il est vrai de dire que la plus grande abondance
des métaux s'engendre dans le profond de
la terre, & qu'il s'en engendre très-peu proche
la superficie, la semence métallique étant bien
plus forte & plus active au centre de la terre
qu'à la superficie: car comme nous avons dit

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de l'Oeuvre Minérale. 41
plusieurs fois, les vertus astrales sont poussées
continuellement au centre de la terre, & là ne
pouvant passer outre, se choquent, se resserrent,
excitent une chaleur extrême, dont la répercussion
échauffe tout le globe terrestre, & l'engraisse
de toute sorte de minéraux. C'est donc de cette
manière que toute sorte de minéraux & métaux,
soit dans les entrailles de la terre, soit en sa superficie,
sont produits d'une semence astrale,
subtile, & d'une humeur propre, qui leur sert de
corps. Et que personne ne s'étonne pas de ce
que les métaux sont engendrés d'une insensible
& très-subtile vapeur, chaude, mêlée avec de
l'humidité, ils ne tombent pas du Ciel tous faits
comme une pierre d'un toit de maison; ils descendent
en esprit, & rencontrant dans la terre un
lieu propre, ils se corporisent par le moyen de
l'eau, & prennent leur pesanteur de la terre. De
même que les semences des végétaux & des animaux,
ne fournissent que la forme, l'accroissement
& la vie, & non pas le corps.
Ceux là se trompent grandement qui tiennent que les métaux sont composés de soufre & de
mercure. Il est bien vrai qu'ils sont composés
de soufre & de mercure: mais ce n'est pas de ce
soufre & de ce mercure commun, c'est de ceux
dont nous avons parlé ci-devant, à savoir de
cette âme astrale, spirituelle, soufreuse, chaude,
& seiche; & de l'eau terrestre & visqueuse, de
conjonction desquelles, comme du mâle avec la
femelle, tous les métaux sont engendrés. Cette
fausse opinion a été cause de plusieurs travaux
qui se sont faits sur le mercure par diverses personnes
qui ont dépensé tout leur bien à cette

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42 La seconde Partie
philosophie, essayant de fixer le mercure commun
dans l'or & sans l'argent, ou bien avec l'or
& l'argent, & le convertir à même temps en or
& en argent. Je l'ai essayé moi-même, mais
vainement; dans ma troisième Partie je dirai
jusques où je suis parvenu. Il y en a eu beaucoup
encore qui ont essayé de tirer le mercure des métaux,
afin de le fixer après en or & en argent, comme
étant à leur avis la première matière de
tous les métaux: mais ils n'ont rien avancé, & la
fin de ce travail n'a valu non plus que son commencement
qui était très-mal fondé. Ils ont
particulièrement essayé de tirer le mercure du
saturne & de l'antimoine; séduits peut être par
cette sentence des Philosophes, que le saturne
père commun des métaux, étant réduit en mercure,
est facilement converti en or. Mais les
Philosophes, n'ont pas entendu parler de ce
mercure commun, ils ont parlé de cette eau visqueuse
qui est la semence de tous les métaux, &
qui peut recevoir quelque forme que ce soit par
l'industrie & par l'adresse de l'artisan; Je ne
sais d'où vient la folie des hommes, de s'amuser
à tirer le mercure du saturne & de l'antimoine,
dans l'espérance de le fixer plus facilement,
puisque jamais le ni l'antimoine n'ont été
mercure ni ne le seront jamais, selon mon sentiment.
Accordons-leur que le se puisse convertir
en , en vertu de quoi sera il meilleur
que le saturne, n'étant pas rendu plus fixe que
lui, mais au contraire plus volatil? ils disent que
le est d'une substance plus pure que le saturne,
& qu'ainsi il peut s'amalgamer, & fixer plus
facilement avec l'or & l'argent. Mais cela est

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de l'Oeuvre Minérale. 43
faux; voici bien ce qui est vrai, & que j'ai expérimenté,
savoir est que le & l'antimoine
convertis philosophiquement en mercure, c'est à
dire, réduits en une eau visqueuse, se joignent facilement
à l'or & à l'argent, & se fixent avec eux,
& sans eux. Mais d'avoir jamais vu faire rien
qui vaille à ce prétendu mercure de saturne, c'est
ce que je n'ai jamais vu; je sais bien par expérience,
qu'avec addition du mercure commun
il se peut tirer du mercure des métaux; mais le
profit qui en revient, demandes-le à ceux qui
l'ont fait à leur grand dommage.
Si le mercure commun était le principe universel de tous les métaux, il s'en trouverait toujours
peu ou prou dans toutes les mines, ou dans
la plupart. Et comme il ne s'y en trouve point,
il faut conclure que cette opinion est très-fausse;
mais qu'un esprit astral & une eau terrestre
soient le commencement de tous les métaux,
c'est ce que tous les Philosophes protestent, disant
que les choses peuvent être réduites par
art en ce dont elles ont été premièrement composées.
Or les métaux peuvent être réduits sans
l'aide d'aucun corrosif en eau visqueuse, laquelle
par vue chaleur & digestion réglée, passera
dans des formes métalliques plus parfaites qu'auparavant.
Il faut donc conclure que c'est de cette
eau visqueuse que les métaux sont sortis, & non
seulement les métaux, mais encore plusieurs
pierres & autres choses minérales, soit qu'elles
contiennent ou ne contiennent point de métal,
trouvées dessus ou dessous la terre, tirent leur
origine de la même eau. Comme j'ai vu par
expérience dans certaines montagnes sablonneuses,

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