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SORTANT DES TENEBRES. 427
& ponticité, alors ce Sperme, se trouvant
dans son propre vase, s'y réincruderait
sans doute par la voie de la putréfaction,
& passerait à une nouvelle génération.
Il en est de même de l'Argent-vif;
car quoi qu'il soit de même nature que l'Or
& que par son abondante humidité il s'insinue
aisément dans ses pores, & y fasse
une désagrégation des moindres parties, en
sorte qu'il paroisse dissout; toutefois ce
serait une grande erreur de croire une pareille
Dissolution bonne, qui proprement
n'est autre chose qu'une corrosion du Métal,
comme sont celles qui se font avec
les Eaux fortes vulgaires. Un tel Argent-
vif n'est pas notre Sang menstruel, & ce
n'est que pour tromper les Ignorants, que
les Auteurs se servent de ce nom équivoque.
L'Or & l'Argent-vif vulgaires ne conviennent point du tout à l'Oeuvre Physique,
non-seulement à l'égard de leur propre
Substance, mais encore parce qu'il leur
manque une chose, qui, dans notre Art,
est d'une absolue nécessité, à savoir un
Agent propre. Je n'entends pas parler ici de
cet Agent interne, qui est la vertu du Soufre
Solaire, dont nous parlerons ci-après;
mais de l'Agent externe, lequel doit exciter
l'interne, & l'amener de puissance en
acte. Or cet Agent a été séparé de l'Or;
N n ij
@

428 LA LUMIERE
dans la fin de sa décoction, c'est-à-dire
qu'à mesure qu'une nouvelle forme d'Or
a été introduite dans la Matière, cet Agent
s'est retiré, après y avoir toutefois imprimé
sa propre vertu, (comme dit très bien
sur cela l'Auteur du Livre intitulé Margarita
pretiosa) en sorte qu'il n'est resté
qu'une seule Substance matérielle; déterminée
par l'action de l'Agent interne après
son excitation. Si donc la Nature a séparé
de l'Or cet Agent, parce qu'ils ne
peuvent compatir ensemble, pourquoi voudrions-nous
le rejoindre derechef? En vérité
cela serait ridicule, tandis que nous
pouvons avoir un Corps, avec lequel cet
Agent se trouve uni par les Poids de la
Nature, auxquels, si on sait ajouter les
poids de l'Art, alors l'Art achèvera ce
que la Nature n'a pu faire. Zachaire parle
aussi fort doctement, dans son Opuscule,
de l'Argent-vif vulgaire, comme étant
privé de cet Agent externe, & nous enseigne
qu'il n'est demeuré tel que nous le
voyons, que parce que la Nature ne lui a
pas joint son propre Agent. Que se peut-il
de plus clair & de plus intelligible? Si
donc l'Or & l'Argent-vif vulgaire sont
destitués de leur Agent propre, que pouvons-nous
espérer de bon de leur cuisson?
Le Comte Bernard semble avoir eu la
même pensée, lorsque, défendant de prendre

@

SORTANT DES TENEBRES. 429
pour l'Oeuvre Physique, les Animaux,
les Végétaux, & les Minéraux, il ajoute,
& les Métaux, comme s'il voulait dire
les Métaux, qui sont restés seuls & sans
Agent (1), ainsi que l'explique l'Auteur

(1) Il paraît que le Tré- | mûre & plus active pour la visan pense autrement qu'on | digestion: De même, la ne le rapporte ici. Ce que je | Semence de la Femme, vais transcrire de lui à ce | contenant en soi plus actuel- sujet, quoi qu'un peu long, | lement les Eléments indi- n'en sera pas moins satisfai- | gestes & crûs, qui sont la sant pour ceux qui aiment | Terre & l'Eau, est passive les éclaircissements. Il est im- | & indigeste. Ces deux Se- possible, dit-il dans sa Ré- | mences étant mêlées dans ponse à Thomas de Boulo- | le Vase naturel de la Fem- gne, que l'Art produise les | me, sans aucune addition de Semences humaines, mais | choses étrangères, & étant il peut mettre l'Homme | aidées par la chaleur inter- dans l'état qu'il doit être | ne de la Femme, les Elé- pour engendrer son sembla- | ments actifs de la Semence ble. Les Semences vitales | de l'Homme digèrent & se digèrent seulement par | mûrissent les Eléments pas- la Nature dans les Vais- | sifs de la Semence de la seaux Spermatiques; mais | Femme, & par ce moyen nous pouvons mêler ces Se- | l'Homme est engendré par- mences dans la matrice par | fait en sa nature. Notre Art la Conjonction du Mâle & | divin est semblable à cette de la Femelle, & cette Con- | génération de l'Homme: jonction est comme l'Art, | parce que comme dans le qui dispose & mêle les Na- | Mercure, dont la Nature tures en Semences pour la | fait l'Or dans le Vase mi- génération de l'Homme. | néral, se fait la Conjon- Par exemple: La Semence | ction des deux Semences, de l'Homme, comme plus | masculine & féminine: De mûre, plus parfaite & plus | même, en notre Art se fait active, est conjointe par | une semblable Conjonction artifice avec la Semence pas- | de l'Agent, & du Patient; sive & moins digérée de la | car les Eléments actifs; qui Femme. La Semence de | font la Semence masculine, l'Homme, contenant en soi | & les Eléments passifs, qui plus actuellement les Elé- | font la Semence féminine, ments d'Agent, qui sont | se conjoignent naturelle- l'Air & le Feu, est plus | ment, en gardant toujours
@

430 LA LUMIERE
du Livre intitulé Arca aperta. Or il est
certain qu'entre tous les Métaux, ces deux
seulement, à savoir l'Or & l'Argent-vif,
peuvent être dits sans Agent propre; l'Or,

la proportion de la Nature. | artificiellement, quoi que Cette première Conjonction | l'Art ne puisse engendrer mercurielle s'appelle Dige- | les Semences. L'Art ne stion, durant laquelle la | peut savoir les propor- Puissance est mise en Acte; | tions requises dans la Mix- c'est-à-dire, la Semence | tion pour faire les Semences masculine est tirée de la Se- | & les Causes des Etres, mence féminine, ou autre- | qui se font dans la Terre, ment l'Air & le Feu sont | qui est le Lieu naturel de tirés de la Terre & de l'Eau, | leur génération; mais il par une Digestion & Subti- | conjoint les Semences, pro- liation qui se fait de ces | duites par la Nature, afin Eléments. Outre cette Con- | que de leur Conjonction jonction & Digestion natu- | soit produite la Chose, qui relles des Semences dans le | doit être engendrée, dans Mercure, les Philosophes | laquelle ces deux Semences ont imaginé une autre Con- | demeurent mêlées ensem- jonction & Digestion plus | ble, quoiqu'Aristote sem- subtiles: C'est pourquoi, | ble être d'une opinion con- non seulement ils font de | traire. Notre Soufre donc, l'Or, mais encore ils le font | on Semence masculine, ne plus excellent que le com- | se retire point après la mun. Ils commandent donc | Coagulation du Mercure, de prendre l'Or, qui con- | comme quelques-uns l'as- tient en soi les Eléments | sure faussement, en disant actifs, comme une Semen- | que cela se fait par la ce masculine, & le Mercu- | vertu du Soleil, dont la re, qui contient en soi | chaleur parfait sous la Ter- les Eléments passifs, comme | re la Forme de l'Or. Ils une Semence féminine, & | parleraient mieux s'ils di- de conjoindre dûment l'un | saient que c'est par le avec l'autre, afin de les | moyen de mouvement de dissoudre en leur admini- | son Globe & de celui de strant seulement une cha- | tous les Cieux, parce que leur, qui mette en mouve- | les rayons du Soleil n'é- ment celle de l'Or pour di- | chauffant que la superficie gérer le Mercure. Ainsi | de la Terre, n'échauffent donc, comme l'Homme s'en- | point sa profondeur, dans gendre naturellement, de | laquelle les Métaux sont même l'Or est engendré | engendrés.
@

SORTANT DES TENEBRES. 431
parce que son Agent en a été séparé dans
la fin de sa décoction; & l'Argent-vif,
parce qu'il n'y a jamais été introduit, &
qu'il est demeuré ainsi cru & indigeste.
Que les Chimistes apprennent donc de
là, combien ils se trompent lorsqu'ils travaillent
avec l'Or & l'Argent vif; prenant
l'un pour le Dissolvant, & l'autre pour ce
qui doit être dissous; & combien peu ils
entendent les Philosophes? Pour nous,
nous vous disons hardiment que ni l'Or
vulgaire, ni l'Argent-vif vulgaire, ne doivent
point entrer dans l'Oeuvre Philosophique,
ni en tout ni en partie. Qu'après
cela chacun fasse valoir tant qu'il voudra
son opinion, il me suffit de savoir que je
suis dans la vérité, & que je l'ai manifestée
au monde.

pict
@

432 LA LUMIERE
==========================================

CHANT DEUXIEME.
STROPHE II.
Mais s'ils pouvaient ouvrir les yeux de leur
esprit pour bien comprendre le sens caché des Auteurs, ils verraient clairement que l'Or & l'Argent vif de vulgaire sont destitués de ce Feu universel, qui est le véritable Agent, lequel Agent ou Esprit abandonne les Métaux dès qu'ils se trouvent dans les Fourneaux exposés à la violence des flammes; & c'est ce qui fait que le Métal hors de sa Mine, se trouvant privé de cet Esprit, n'est plus qu'un Corps mort & immobile.
CHAPITRE II.
N Otre Poète semble souscrire à l'opinion que nous venons d'expliquer, en disant que les Métaux vulgaires
sont sans Esprit ou Agent, parce qu'ils
l'ont perdu dans la fusion; ce qui insinue
que tous les Métaux, étant encore dans
leurs Mines, ont avec eux cet Agent, à
la réserve seulement de l'Or & de l'Argent-vif,
lesquels, quoique dans leurs
Mines, n'ont pourtant pas leur Agent
propre parce que, comme nous avons
fait voir, il a été séparé de l'Or par sa
décoction
@

SORTANT DES TENEBRES. 433
décoction finale, & n'a jamais été joint
à l'Argent-vif par la Nature. Mais afin que
le Lecteur ne retombe pas dans sa première
erreur, il est temps que nous disions quelque
chose de la Génération des Métaux.
Tous les Philosophes assurent unanimement que les Métaux sont formés par
la Nature de Soufre & de Mercure, & engendrés
de leur double vapeur: Mais la
plupart expliquent trop brièvement & trop
confusément la manière dont se fait cette
Génération. Nous disons donc que la vapeur
des Eléments, comme nous l'avons
ci-devant montré, sert de Matière à toute
la Matière inférieure, & que cette vapeur
est très pure & presque imperceptible,
ayant besoin de quelque enveloppe au
moyen de laquelle elle puisse prendre
corps, autrement elle s'envolerait & retournerait
dans son premier Cahos. Cette
vapeur contient en soi un Esprit de lumière
& de feu, de la nature des Corps
Célestes, lequel est proprement la Forme
de l'Univers. En sorte que cette vapeur,
ainsi imprégnée de l'Esprit Universel, représente
assez bien le premier Cahos, dans
lequel tout ce qui était nécessaire à la Création
était renfermé, c'est-à-dire la Matière
Universelle, & la Forme Universelle. C'est
elle qu'Hermès appelle Vent, lequel porte
en son ventre le Fils du Soleil. Lors
Tome III. O o *
@

434 LA LUMIERE
donc que par le mouvement des Corps
Célestes elle est poussée vers le Centre,
comme elle ne peut demeurer sans agir,
elle s'insinue dans la Terre, qui est le Centre
du Monde: Mais ayant besoin d'un
Corps pour se rendre sensible, elle prend
un Corps d'Air, qui est le même que nous
respirons, & se renferme en lui pour servir
d'aliment à la vie qui est en nous, &
en même temps pour nourrir & vivifier
toute la Nature. Cette vapeur est attirée
au travers de l'Air par notre Feu interne,
lequel la transmue & la convertit en sa
propre nature; mais toutefois après l'avoir
fait passer par des Milieux convenables,
comme nous le ferons voir plus amplement
quelque jour, en traitant de la véritable
Anatomie de l'Homme. Cet Air est
attiré si promptement & si naturellement
qu'il est impossible de concevoir aucun
temps, aucun lieu, aucun corps dans lequel
ne se fasse pas une telle attraction,
ce qui prouve invinciblement qu'il n'y a
point de vide dans la Nature, comme
l'attestent tous les Philosophes & tous les
Scolastiques; & bien que quelques-uns
tâchent de prouver le contraire par des expériences,
ce sont de mauvaises preuves,
fondées sur de fausses suppositions; car ils
ne prennent pas garde, que ce qu'ils appellent
vide, n'est qu'une simple raréfaction,

@

SORTANT DES TENEBRES. 435
qui n'empêche point qu'il n'y ait de
l'Air, ou une Substance semblable, dans
laquelle réside l'Esprit dont nous parlons.
Nul Corps au Monde ne pourrait avoir ni conserver son Etre substantiel, s'il n'était
doué de cet Esprit, lequel se spécifie
& revêt la nature de chaque Corps, pour
y exercer les fonctions déterminées de
Dieu, lequel a voulu que chaque chose
eût en soi son Esprit spécifique pour la
conservation de son Etre substantiel: Et
comme cet Esprit, qui réside en chaque
Corps, est de la nature du Feu, ainsi que
nous l'avons expliqué au Traité de la
Création, il est sans doute qu'il a sans
cesse besoin d'un aliment qui lui soit propre,
la nature du feu demandant qu'il soit
nourri & alimenté continuellement pour
remplacer ce qu'il dissipe aussi continuellement,
à cause du mouvement perpétuel
qui est en lui, aussi bien que dans les
Corps Célestes, doués de ce même Esprit.
Le mouvement de cet Esprit, tel qu'il se fait dans les Corps, est caché & ne peut
jamais s'apercevoir par les Sens, à moins
que l'Art ne conduise ce même Esprit à
une nouvelle génération par le ministère
de la Nature. A la vérité nous voyons
bien que les Animaux attirent cette vapeur
spirituelle, qui est dans l'Air; mais
O o ij
@

436 LA LUMIERE
à l'égard des autres Corps, dont la Nature
est plus grossière & plus impure, il
n'est pas si facile à cet Esprit de s'y insinuer
lorsqu'il n'est revêtu que du Corps
de l'Air: Il a donc besoin d'un Corps plus
solide, & qui ait plus d'affinité avec les
Corps Terrestres: C'est pourquoi cette
pure vapeur des Eléments s'insinue dans
l'Eau, & se revêt de son Corps, & par
ce moyen les Végétaux & les Minéraux
reçoivent bien plus facilement leur aliment,
à cause de cette conformité à leur
nature: Cet Esprit donc n'est pas seulement
renfermé dans l'Air, mais aussi dans
l'Eau.
L'Eau est dispersée par toute la Terre, & devient quelquefois salée, comme nous
l'avons fait voir. Or il arrive qu'en certains
Lieux où l'Air est renfermé, cet Air, par
la sympathie & la correspondance qu'il a
avec les Corps Célestes, est ému de leur
mouvement, & ce mouvement de l'Air
(ex)cite la vapeur renfermée dans cette Eau
salée, & raréfie l'Eau: Dans cette raréfaction,
il se fait une grande commotion,
& dilatation des Eléments: Et comme en
même temps d'autres vapeurs sulfureuses,
qui sont aussi répandues dans ces Lieux-
là, à cause de la continuelle génération
du Soufre qui s'y fait (comme nous l'avons
encore fait voir ci-dessus) viennent

@

SORTANT DES TENEBRES. 437
à s'élever, il arrive qu'elles se mêlent avec
la vapeur aqueuse & mercurielle, & circulent
ensemble dans la matrice de cette
Eau salée, d'où ne pouvant plus sortir,
elles se joignent au Sel de cette Eau, &
prennent la forme d'une Terre lucide, qui
est proprement le Vitriol de Nature; le
Vitriol n'étant autre chose qu'un Sel, dans
lequel sont renfermés les Esprits mercuriels
& sulfureux, & n'y ayant rien dans
toute la Nature qui contienne si abondamment
& si visiblement le Soufre que le Vitriol,
& tout ce qui est de la nature du
Vitriol.
De ces Eaux Vitrioliques, par une nouvelle commotion des Eléments, causée
par celle de l'Air, dont nous avons parlé,
s'élève une nouvelle Vapeur, qui n'est
ni mercurielle ni sulfureuse, mais qui est
de la nature des deux, & en s'élevant par
son mouvement naturel, elle élève aussi
avec elle quelque portion de Sel, mais la
plus pure, la plus lucide, & la mieux purifiée
par l'attouchement de cette Vapeur;
en suite de quoi elle se renferme dans des
Lieux plus ou moins purs, plus secs ou
plus humides, & là, se joignant à la féculence
de la Terre, ou à quelqu'autre Substance,
il s'en engendre diverses sortes de
Minéraux, de la génération spécifique
desquels nous traiterons, Dieu aidant, en
O o iij
@

438 LA LUMIERE
quelque autre occasion. Mais à l'égard de
la génération des Métaux, nous disons
que si cette double Vapeur parvient à un
lieu, où la graisse du Soufre soit adhérente,
elles s'unissent ensemble, & font
une certaine Substance glutineuse, qui
ressemble à une masse informe, de laquelle,
par l'action du Soufre, agissant sur l'Humidité
vaporeuse qui est abondante en ces
Lieux-là, se forme un Métal pur ou impur,
selon la pureté ou l'impureté des
Lieux: Car si ces Vapeurs sont pures &
les Lieux aussi très purs, il s'engendrera
un Métal très pur, à savoir l'Or, duquel
le propre Agent sera séparé à la fin de la
décoction; en sorte qu'il ne restera plus
que la seule Humidité mercurielle, mais
coagulée: Et s'il arrive que la décoction
ne s'achève pas, & que le Soufre ne soit
pas entièrement séparé, alors il s'engendrera
divers Métaux imparfaits, qui le seront
plus ou moins, à proportion de la
pureté ou de l'impureté de la Vapeur &
du Lieu, & tels Métaux sont dits imparfaits,
parce qu'ils n'ont pas encore acquis
une entière perfection par la dernière
Forme.
A l'égard de l'Argent-vif vulgaire, il s'engendre aussi de cette même Vapeur,
lorsque, par la chaleur du Lieu, ou la
commotion des Corps supérieurs, elle

@

SORTANT DES TENEBRES. 439
s'élève avec les plus pures parties du
Sel, mais séparée de son Agent propre,
dont l'Esprit s'est évaporé par un mouvement
trop subit, comme il arrive à l'Esprit
des autres Métaux dans la fusion: Et
cela fait qu'il ne reste dans l'Argent-vif que
la partie mercurielle, privée de son Mâle,
c'est-à-dire, de son Agent ou Esprit sulfureux,
& qu'ainsi il ne peut jamais être
transmué en Or par la décoction de la Nature,
à moins qu'il ne fût de nouveau imprégné
de cet Agent, ce qui n'arrive jamais.
Parce que nous avons dit, il est aisé de voir combien le Vitriol est éloigné, dans
la génération des Métaux, & quelle illusion
se font ceux qui travaillent sur lui
comme sur la véritable Matière de la Pierre,
dans laquelle doit résider actuellement
la véritable Essence métallique.
On voit aussi que les Métaux, tandis qu'ils sont dans leurs Mines, ont avec
eux leur propre Agent, mais qu'ils en sont
privés par la fusion, & ne retiennent que
l'écorce & l'enveloppe de ce Soufre, qui
est proprement la scorie du Métal, par où
est encore condamnée l'erreur de ceux qui
travaillent sur les Métaux imparfaits, après
qu'ils ont souffert la fusion.
Mais quelque misérable Chimiste inférera O o iiij
@

440 LA LUMIERE
peut-être de là, que les Métaux imparfaits,
étant encore dans leurs Mines,
pourraient donc bien être le Sujet sur
lequel l'Art doit travailler. Quand on lui
accorderait la conséquence, toujours serait-ce
mal-à-propos qu'il entreprendrait
de travailler sur eux, puisque nous avons
fait voir que les Vapeurs mercurielles,
dont ces Métaux imparfaits ont été formés,
où les Lieux de leur naissance étaient
impurs & contaminés. Comment donc
pourraient-ils donner cette pureté qu'on
demande pour l'Elixir? Il n'appartient
qu'à la seule Nature de les purifier, ou à
ce bienheureux Soufre aurifique, c'est-à-
dire, à la Pierre parfaite & achevée, laquelle,
en cet état, est un vrai Feu éthéré,
très pénétrant, qui dans un instant
donne la pureté aux Métaux, en séparant
d'eux leurs excréments, & en y introduisant
la fixité & la pureté, parce qu'il est
lui-même très fixe & très pur: Et si l'Artiste
prétendait séparer lui-même ces impuretés,
il arriverait qu'en y travaillant,
cet Esprit ou cet Agent, si nécessaire à
l'Oeuvre, s'enfuirait de ses mains. C'est
donc l'ouvrage de la Nature, & non pas
de l'Art: Mais ce que l'Art peut faire,
c'est de prendre un autre Sujet, déjà
préparé par la Nature, duquel nous traiterons
dans un Chapitre exprès, le plus

@

SORTANT DES TENEBRES. 441
clairement qu'il nous sera possible, pour
le soulagement des pauvres Etudiants, &
pour la gloire du très-Haut.

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CHANT DEUXIEME,
STROPHE III.
C'est bien un autre Mercure, & un autre
Or, dont a entendu parler Hermès; un Mercure humide & chaud, & toujours constant au feu. Un Or qui est tout feu & toute vie. Une telle différence n'est- elle pas capable de faire aisément distinguer ceux-ci de ceux du vulgaire, qui sont des Corps morts privés d'esprit, au lieu que les nôtres sont des Esprits corporels toujours vivants.
CHAPITRE III.
O N n'entend parler chez les Philosophes que d'Or-vif, d'Or Philosophique; mais bien loin de vouloir nous
expliquer ce que c'est, il semble qu'ils
prennent à tâche de le voiler, & de l'envelopper
sous des ombres. Cependant, comme
c'est en cela principalement que consiste
le véritable fondement de la Doctrine,
& même de la Pratique, j'ai cru ne
pouvoir mieux faire que d'en dire présentement
quelque chose.

@

442 LA LUMIERE
Ce n'est pas sans raison que les Philosophes lui ont donné le nom d'Or, car
il est réellement Or en Essence, & en
substance; mais bien plus parfait & plus
achevé que celui du Vulgaire: C'est un
Or qui est tout Soufre, ou plutôt, c'est
le vrai Soufre de l'Or: Un Or, qui est
tout feu, ou plutôt le vrai feu de l'Or,
qui ne s'engendre que dans les Cavernes
& dans les Mines Philosophiques: Un
Or, qui ne peut être altéré ni surmonté
par aucun Elément, puisqu'il est lui-même
le Maître des Eléments: Un Or très fixe,
en qui seul consiste la fixité: Un Or très
pur, car il est la pureté même: Un Or
tout-puissant, car sans lui tout languit:
Or balsamique, c'est lui qui préserve tous
les Corps de pourriture: Or animal, c'est
l'âme des Eléments, & de toute la Nature
inférieure: Or végétable, c'est le Principe
de toute végétation: Or minéral, car
il est sulfureux, mercuriel, & salin: Or
éthéré, car il est de la propre nature des
Cieux, & c'est un vrai Ciel Terrestre,
voilé par un autre Ciel: Enfin, c'est un
Or Solaire, car c'est le Fils légitime du
Soleil, & le vrai Soleil de la Nature: C'est
lui dont la vigueur fortifie les Eléments,
dont la chaleur anime les Esprits, & dont
le mouvement meut toute la Nature: De
son influence naissent toutes les vertus des

@

SORTANT DES TENEBRES. 443
Choses, car il est l'influence de la Lumière,
une portion des Cieux, le Soleil inférieur
& la Lumière de la Nature, sans
laquelle la Science même est aveugle: Sans
sa chaleur, la Raison est imbécile; sans
ses rayons, l'Imagination est morte; sans
ses influences, l'Esprit est stérile, & sans
sa Lumière, l'Entendement demeure dans
de perpétuelles Ténèbres. C'est donc très
à-propos que les Philosophes lui ont donné
le nom d'Or-vif, puisqu'il est lui-même,
comme j'ai dit, la vie de l'Or, &
de sa propre Substance: Car l'Or n'est
qu'une Substance mercurielle très pure,
séparée de ses excréments, & de son propre
Agent externe, dans laquelle le Soufre
interne, ou autrement le Feu intrinsèque
a introduit ses qualités, par lesquelles
les autres qualités élémentaires ont été
changées, & sont demeurées soumises à
la domination de celles-ci; ce qui fait que
l'Or est inaltérable; car toutes les qualités
des Eléments sont en lui dans un tel
équilibre, qu'il n'y a plus de lieu au mouvement;
en sorte que le Volatil étant surmonté
par la nature du Fixe, & le Fixe
également mêlé avec le volatil, il en résulte
une certaine homogénéité, qui fait
sa perfection & la pureté du Composé.
L'Or vif des Philosophes n'est encore autre chose que le pur feu du Mercure, c'est-

@

444 LA LUMIERE
à-dire la plus digeste & la plus accomplie
portion de la très noble Vapeur des Eléments:
C'est l'Humide radical de la Nature,
plein de son chaud inné: C'est une Lumière,
revêtue d'un Corps éthéré parfaitement
pur, comme nous l'avons expliqué au Chapitre
de la Création, où nous avons fait voir
que la Lumière ne pouvant résider dans
cette Région inférieure, le Créateur l'avait
renfermée dans le Feu, & l'avait revêtue
de son Corps: Or ce Feu est un
pur Esprit, qui fait sa demeure dans le
Centre des Eléments, & sert de véhicule
à la Lumière. Notre Esprit donc est joint
à l'Humide radical des choses, & réside
particulièrement dans le chaud inné; ce
qui fait qu'à bon droit les Sages ont dit de
leur Or-vif, que c'était la très pure Vapeur
des Eléments, sur laquelle l'Esprit
igné avait commencé d'agir, & y avait
imprimé la fixité, la faisant passer en nature
de Soufre, d'où elle a pris le nom de
Soufre des Philosophes, à cause de la
qualité ignée, qui domine en elle: Elle ne
laisse pas aussi d'être appelée très souvent
du nom de Mercure, parce que toute son
Essence dépend de la Substance mercurielle.
C'est ce Soufre qui agit en tout Composé, & qui ayant en soi la nature de la
Lumière Céleste, veut à son exemple,

@

SORTANT DES TENEBRES. 445
continuellement séparer la Lumière des
Ténèbres, c'est-à-dire le pur de l'impur:
C'est là le véritable Agent interne, qui agit
sur sa propre Matière mercurielle, ou Humide
radical, dans lequel il se trouve renfermé.
C'est la Forme informant toutes
choses; & dans l'ordre de la Génération,
c'est de son action & de l'altération qu'il
cause, que naissent toutes les diverses Couleurs,
selon les divers degrés de la digestion;
mais sa Couleur propre & naturelle
est le rouge parfait, auquel se termine toute
son action, & où se manifeste son entière
domination sur le Sujet altéré. C'est
le chaud inné, lequel se repaît continuellement
de son propre Humide radical;
& comme celui-ci fournit sans cesse la
Matière, l'autre agit aussi perpétuellement.
C'est enfin le véritable Artisan de la Nature,
par qui se manifestent les vertus sympathiques,
& par qui se font toutes les attractions;
d'où il nous est aisé de comprendre
la nature de la Foudre, qui n'est
autre chose qu'une exhalaison très sèche
de la Terre, laquelle étant répandue dans
les airs, ne demande qu'à s'élever, & dans
cette élévation, venant à se purifier & à
se dépouiller des fèces & des excréments
auxquels elle est jointe, elle commence à
sentir peu à peu ses forces sympathiques.
Cette exhalaison contient en soi cette Vapeur

@

446 LA LUMIERE
des Eléments, que nous avons dit être
répandue par toute la Nature, mais revêtue
d'un Corps, parce qu'elle a déjà acquis
quelque fixité au moyen de la siccité
terrestre: Et comme dans cette nouvelle
élévation, elle se trouve jointe à une autre
Vapeur plus volatile, qui exhale incessamment
de la Terre, elle est contrainte
de s'élever avec elle jusqu'au plus haut
de l'air, où se trouvant plus pure & plus
dégagée de ses excréments, comme j'ai
dit, elle prend une nature ignée, & continuant
à s'élever toujours d'avantage, à
cause de la Vapeur volatile à laquelle elle
est unie, elle s'échauffe enfin & s'altère
par le mouvement des Etoiles & des Corps
Célestes; en sorte qu'ayant attiré à soi
les plus subtiles parties terrestres de l'exhalaison,
& tout son Humide radical étant
consumé, elle est dans un instant transmuée
en un Soufre terrestre, lequel étant de nature
fixe, n'est plus porté en haut, comme
il arrive aux Soufres volatils, mais tombe
en terre avec tant d'impétuosité, qu'il n'y
a point d'obstacle assez fort pour lui résister.
La même chose arrive au Soufre des
Philosophes, lorsqu'il est projeté sur de
l'Argent-vif; car, par son feu, il change en
sa nature tout l'Humide radical, qui est
très abondant dans l'Argent-vif, après en
avoir séparé & rejeté les excréments; Et

@

SORTANT DES TENEBRES. 447
cet Argent-vif devient lui-même Soufre &
Médecine dans toutes les parties, pourvu
que l'Humidité se trouve inférieure à la
vertu & siccité du Soufre: Car, si la projection
se fait sur une trop grande quantité
d'Argent-vif, en sorte qu'elle absorbe &
surmonte la vertu du Soufre, alors il n'est
changé & fixé qu'en Or, dans lequel il se
fait un tempérament entre l'Humide radical
& le Chaud inné. Au reste, la Foudre
étant portée au travers de l'Air par sa propre
vertu, elle est attirée en Terre par un
autre Soufre qui se trouve fixe en elle,
parce que le Fixe s'éjouït de la Nature
fixe, & va avec précipitation l'embrasser,
se joindre à lui: Après quoi la Foudre,
étant tombée en Terre, son mouvement
cesse, & se trouvant dans un Lieu qui lui
est propre, & où, par la présence de l'Attirant,
il se fait plutôt une rétention qu'une
attraction, elle demeure en repos, se refroidit
& se concentre dans son propre
Corps, après avoir déposé la férocité, &
réprimé sa violence. A l'égard de ses effets
prodigieux, il ne s'en faut point étonner;
car comme c'est le Feu très fixe de
la Nature, il détruit en un clin d'oeil tout ce
qu'il touche, & en consume tout l'Humide
radical, à peu près comme une grande
flamme en dévore une moindre, & qu'une
grande Lumière en absorbe une médiocre.

@

448 LA LUMIERE
Il arrive aussi quelquefois, que la Foudre acquiert dans ces exhalaisons, une certaine
nature spécifique, suivant laquelle
elle détermine son action, en sorte qu'elle
détruira une chose, & ne fera aucun dommage
à une autre; ce qui provient de ce
qu'elle attire à soi, & absorbe seulement
ce qui est de sa nature, laissant ce qui lui est
étranger: Et quoique chaque Corps ait
en soi cet Humide radical des Eléments,
qu'il soit d'une seule & même nature partout,
& qu'il n'y en ait point de deux sortes,
toutefois parce qu'il se trouvera dans
quelque Corps des Esprits Spécifiques,
opposés à ceux de la Foudre, & qu'il sera
outre cela environné de divers excréments,
alors la Foudre, sentant une nature
contraire à la sienne, se portera ailleurs,
& s'attachera à un autre Sujet. A
l'égard de ces Esprits spécifiques, nous
en traiterons plus amplement ailleurs, il
suffit pour le présent d'avoir fait connaître
d'où proviennent les vertus sympathiques
& la force des attractions.
L'effet du Soufre, ou Chaud inné des Eléments, duquel nous traitons dans ce
présent Chapitre, se découvre encore
mieux dans la Poudre à Canon, car elle
abonde extrêmement en vapeur aérienne
mercurielle, à cause de la nature du Soufre
& du Salpêtre, qui y sont renfermés:
Mais
@

SORTANT DES TENEBRES. 449
Mais, parce que son Humide est cru, & plus volatil que fixe par sa nature aérienne;
quoique cet Humide ait pourtant en soi
son Chaud inné ou Feu interne, il arrive
que lorsqu'elle est embrasée, elle démontre
entièrement sa nature volatile, &
remonte en haut vers sa Patrie, à cause de
la conformité qu'elle a avec les choses supérieures,
enlevant avec soi des portions
d'exhalaison terrestre & ignée; mais elle
ne fait que vaquer au milieu des airs, sans
qu'il y ait en elle aucun sentiment d'attraction,
ni aucun mouvement, qui la porte
plus loin, & dans cet état indifférent elle
sert seulement à la Nature pour de nouveaux
usages. Mais si la Nature fixe était
en elle alors elle chercherait le Centre
de la Terre, & s'y précipiterait, comme on
voit qu'il arrive à la Foudre, ou à la Poudre
fulminante de l'Or, dont les Experts
savent bien extraire le Soufre fixe (suivant
ce qu'enseignent fidèlement plusieurs
Auteurs) lequel après qu'il a été mêlé
avec des choses inflammables & volatiles,
à la façon de la Poudre à Canon, devient
lui-même inflammable; mais étant enflammé,
il ne s'envole pas dans les Airs; au
contraire, devenu plus libre & dégagé de
ses excréments, il se précipite vers la Terre
à l'exemple de la Foudre; & malgré tous
les obstacles, il se cache en elle, à cause
Tome III. Pp
@

450 LA LUMIERE
que le Soufre de l'or, étant devenu fixe
par la Nature, est puissamment attiré par
le Feu fixe, qui est renfermé dans la Terre;
& ainsi par son propre mouvement, il
est entraîné vers le lieu de sa Sphère. Puisqu'on
discerne donc si visiblement de semblables
attractions, pourquoi ne voudra-
t-on pas que ce qu'on appelle Vertus occultes
& sympathiques, viennent de la même
Cause, quoique cela ne soit pas tout-à-fait
sensible aux Ignorants. O combien y a-t-il
de choses dans le cours ordinaire de la
Nature qu'on attribue fort mal à propos à
ces Vertus occultes! Mais il n'appartient
pas à de malheureux Philosophâtres de
connaître la nature des Choses; cet avantage
est réservé aux seuls vrais Philosophes.
Que ceux donc qui s'arrêtent ainsi aux
Causes occultes, s'en tiennent aux vaines
subtilités de l'Ecole; quoiqu'il faut beaucoup
mieux pour eux de passer pour Chimistes,
& que cela leur servît au moins à
la connaissance de quelque vérité, que
d'aboyer, comme ils font, contre la Lune,
faisant voir qu'ils ne sont au fond que
des Bêtes: Mais que chacun se berce à
son gré de ses propres chimères, j'y consens
de bon coeur.
Notre Soufre est à bon droit appelé Or vif, puisqu'il est en effet le mouvement &
la vie de toutes choses; & notre Poète

@

SORTANT DES TENEBRES. 451
en a très doctement décrit la nature, en
disant qu'il est chaud & humide, très fixe
au feu, & pourtant de nature spirituelle;
ce qui fait véritablement un Esprit corporifié.
Il n'est donc pas surprenant que les
Philosophes le cachent aux Ignorants, &
ne le découvrent que sous le nom d'Or
vif; parce qu'en lui consiste tout le Secret,
& toute la Science. Mais examinons un
peu en quel Lieu, & en quel Corps principalement
on peut le trouver, afin d'en
expliquer fidèlement toute la Théorie.
Le Soufre, dont il s'agit, est renfermé en tout Corps, & nul Corps ne peut
subsister sans lui, comme il est aisé de l'inférer
de sa nature; il est dans les Vallées;
il est dans les Montagnes; il est au profond
de la Terre, dans le Ciel, dans
l'Air, en toi, en moi, en tout Lieu enfin,
& en tout Corps; en sorte qu'on peut
fort bien dire que l'Or-vif des Philosophes
se trouve par tout; mais proprement
on le doit trouver dans sa Maison, & c'est
là qu'il faut la prendre, autrement ce sera
en vain qu'on le cherchera ailleurs. L'Or
la maison de l'Or est le Mercure, comme
l'enseignent tous les Philosophes: C'est
donc dans la maison du Mercure qu'il
faut le chercher; mais il ne faut pas entendre
ici le Mercure vulgaire; car quoiqu'il
s'y trouve aussi, & que son Corps le
P p ij
@

452 LA LUMIERE
renferme, toutefois ce n'est qu'imparfaitement
& en puissance seulement, comme
nous avons déjà dit. Apprends donc à connaître
le Mercure, & sache que là où
il réside principalement & plus abondamment,
c'est là que se trouve le Soufre:
Sache de plus que c'est un vrai Feu, &
que le Feu vit de l'Air: Où donc l'Air
abonde davantage, c'est là qu'il se nourrit,
qu'il croît, & qu'il se trouve facilement:
Mais prends garde à le bien discerner
dans les Lieux, où, quoi qu'emprisonné,
il ne laisse pas d'exercer quelque
sorte d'empire, & non pas en ceux où il
est absolument soumis aux autres, & souillé
par des excréments; car le Feu de la Nature
tend toujours à dominer sur les autres
Eléments, s'il n'en est empêché par l'abondance
d'Eau qui lui est contraire, ou qu'il
ne soit suffoqué sous les excréments: De là
vient qu'il est écrit: Ne mange pas du Fils,
dont la Mère abonde en menstrue.
Les Philosophes ont donc cherché leur Pierre dans les Minéraux, pensant y trouver
une Nature fixe, & une permanence
propre à conserver la vie dans son Etre,
parce que les Minéraux sont d'une nature
plus fixe, à cause de la grossièreté des
Eléments qui les composent, & l'abondance
d'Eau & de Terre, qui est en eux;
ce qui fait que leur Humide radical, approchant

@

SORTANT DES TENEBRES. 453
davantage de la fixité, se convertit
plus aisément en Soufre fixe. Outre
cela les Minéraux, & surtout les Métaux
s'engendrent aux entrailles de la Terre, où
l'Humide des Eléments, que les Influences
ont porté au Centre, se conserve en plus
grande abondance, d'où vient que les
Principes, dont les Métaux sont composés,
sont fort remplis de cet Esprit éthéré;
& outre cela encore à force de circuler
en vapeur, & de se sublimer, ils se
purifient davantage, au lieu que dans les
autres Composés, on ne saurait trouver
cette naturelle & parfaite Sublimation, à
cause de la porosité des Vases & de la débilité
des Matrices, qui ferait que tout ce
qui se sublimerait s'envolerait: Ou si la
Substance était plus corporelle, il se ferait
une Altération & une Corruption, tendant
à Génération, avec quelque déperdition
d'Esprits, qui, particulièrement
dans la génération d'un Enfant, pénétrant
la Matrice, causeraient divers symptômes,
ou à la tête, ou à quelqu'autre partie du
corps. Les Eléments donc ne s'élevant pas
en vapeur, ni ne se raréfiant pas, il ne se
fait aucune circulation, & par conséquent
point de purification; par où il est aisé de
savoir de quelle excellence doit être la Pierre
Physique, qui, par le moyen d'une seconde
sublimation, qui se fait dans le

@

454 LA LUMIERE
Vaisseau Philosophique, acquiert une bien
plus grande perfection, & une pureté, si
j'ose le dire, toute céleste; ce qui fait
qu'a bon droit les Philosophes l'ont appelé
leur Ciel.

==========================================

CHANT DEUXIEME.
STROPHE IV.
O grand Mercure des Philosophes, c'est en
toi que s'unissent l'Or & l'Argent, après qu'ils ont été tirés de puissance en acte; Mercure tout Soleil & tout Lune; triple Substance en une, & une Substance en trois. O chose admirable! Le Mercure, le Soufre & le Sel me font voir trois Substances en une seule Substance.
CHAPITRE IV.
N Ous avons déjà discouru brièvement du Mercure des Philosophes; mais afin de le donner mieux à connaître, il
faut savoir que c'est par les seuls Philosophes
que ce Mercure est tiré de puissance
en acte, la Nature n'étant pas capable
d'elle-même d'achever cette production,
parce qu'après une première Sublimation,
elle s'arrête, & sa Matière étant disposée,
elle y introduit la Forme, faisant de l'Or
ou quelqu'autre Métal, selon le plus ou

@

SORTANT DES TENEBRES. 455
le moins de Décoction, & aussi selon que
les Lieux sont purs ou impurs. Les Philosophes
ont pris soin de cacher ce Mercure
sous des voiles, & de l'envelopper de
Paraboles; n'en ayant jamais parlé que
par Enigme, & surtout sous le nom d'Amalgame
d'Or, & d'Argent vif vulgaires,
donnant au Soufre le nom d'Or, & au
Mercure celui d'Argent vif, & cela pour
mieux tromper les Ignorants. Tous leurs
mots sont équivoques, & c'est là leur façon
de parler; tellement que ce serait une
pure bêtise de vouloir travailler suivant le
son de leurs paroles. Si cet Amalgame ne
se faisait qu'avec l'Or & l'Argent vif vulgaires,
ô que de Gens deviendraient Possesseurs
de la Pierre Philosophale; tout le
monde serait Philosophe, & la Science
serait aisée à acquérir par cette seule Opération.
Mais, au fonds, que peut-on recueillir
d'un pareil Amalgame, quoique
fait avec beaucoup de soin? rien sans
doute, & il n'y a qu'un Esprit subtil &
pénétrant qui puisse bien comprendre le
Mercure & le Soufre des Philosophes,
aussi bien que leur union. Que les Chimistes
cessent donc de s'arrêter au son des
mots, & qu'ils sachent que de travailler
suivant leur sens apparent, c'est une pure
folie, & une dissipation de ses Biens, ce
qu'ils reconnaîtrons enfin à leurs dépens.

@

456 LA LUMIERE
Après que par la Sublimation l'Art a purifié le Mercure, ou la Vapeur des Eléments,
à quoi est requise une industrie
merveilleuse, alors il faut l'unir à l'Or vif,
c'est-à-dire y introduire le Soufre, afin
qu'ils ne fassent ensemble qu'une seule
Substance, & un seul Soufre. C'est cette
union que l'Artiste doit parfaitement connaître;
& les Points ou Milieux, par lesquels
il peut y parvenir; sans quoi il sera
frustré de son attente. Il a besoin pour
cet effet de savoir plusieurs choses; mais
surtout, si le Mercure & le Soufre sont
bien purifiés; ce qui n'est pas aisé, à moins
de connaître bien le principal Agent de
cet Oeuvre, le Vaisseau qui y est propre,
& plusieurs autres choses, enseignées par
les Philosophes au sujet de la Sublimation.
Quand donc ils seront bien purifiés, il
faudra les unir parfaitement & les amalgamer
ensemble, afin que, par l'addition de
ce Soufre l'Ouvrage soit abrégé, & la
Teinture augmentée. C'est ici où nous
devons imiter le silence des Philosophes,
de peur que la science ne soit profanée;
car il est écrit de laisser ceux qui errent,
dans leur erreur, & que ce n'est que par la
permission de Dieu qu'on parvient à la connaissance
de cet Oeuvre, lequel consiste
à savoir conjoindre le Soleil & la Lune
dans un seul Corps. Mais afin aussi qu'on
ne
@

SORTANT DES TENEBRES. 457
ne nous accuse pas d'envie? si nous n'en
disons pas davantage, nous protestons que
si à la vérité nous nous sommes réservés
quelque chose, il n'y a au moins aucun
mensonge dans tout ce que nous avons
dit: Que nous n'avons enseigné aucune
Opération Sophistique: Que nous n'avons
point proposé diverses Matières, &
Qu'enfin nous avons fait voir clairement
qu'il n'y a qu'une seule vérité, quoique,
par un juste jugement de Dieu, elle soit
voilée pour quelques-uns.
Nous ajoutons encore que ce Mercure est très souvent appelé par les Philosophes
leur Cahos, parce qu'en lui est renfermé
tout ce qui est nécessaire à l'Art:
Par la même raison encore ils l'ont nommé
leur Corps, le sujet de l'Art, la Lune
pleine, l'Argent vif animé, & d'une infinité
d'autres noms. Et parce que les trois
Principes y sont également balancés par
l'opération de la Nature, les Philosophes,
à cause de cette parfaite union des Principes,
l'ont quelquefois appelé Vitriol: En
effet le mariage du Soleil & de la Lune
s'y fait voir à l'oeil, on y voit le Roi dans
son bain, Joseph dans sa prison, & l'on y
contemple le Soleil dans sa Sphère; mais
l'explication de tous ces noms demanderait
un gros volume, ainsi nous la remettrons
à une autre fois.
Tome III. Q q *
@

458 LA LUMIERE
==========================================

CHANT DEUXIEME.
STROPHE V.
Mais où est donc ce Mercure aurifique,
qui, étant résolu en Sel & en Soufre, devient l'Humide radical des Métaux, & leur Semence animée? Il est emprisonné dans une prison si forte, que la Nature même ne saurait l'en tirer, si l'Art industrieux ne lui en facilite les moyens.
CHAPITRE V.
L E Soufre des Philosophes est, comme nous avons dit, enclos dans l'intime de l'Humide radical, mais emprisonné
sous une si dure écorce, qu'il ne peut
s'élever dans les airs que par une extrême
industrie de l'Art; car la Nature n'a pas
dans les Mines un Menstruë convenable
ni capable de dissoudre & délivrer ce Soufre,
faute de mouvement local, & selon
que la vapeur s'élève, ou qu'elle demeure
renfermée, tout ce qui est de la première
Composition demeure aussi, ou s'envole;
mais si derechef elle pouvait dissoudre,
putréfier & purifier le Corps métallique,
sans doute elle nous donnerait elle-même
la Pierre Physique, c'est-à-dire un Soufre
exalté & multiplié en vertu. Tout fruit,

@

SORTANT DES TENEBRES. 459
ou tout grain, qui n'est pas derechef mis
dans une terre convenable pour y pourrir,
ne multipliera jamais, & demeurera
tel qu'il est. Or l'Artiste, qui connaît le bon
grain, prend ce grain, & le jette dans sa
terre après l'avoir bien fumée & préparée,
& là il se pourrit, se dissout, & se subtilise
tellement, que sa vertu prolifique s'étend
se multiplie presque à l'infini: Et au lieu
que d'abord cette vertu était renfermée
& comme assoupie dans un seul grain, elle
acquiert dans cette régénération tant de
force & d'étendue, qu'elle est contrainte
d'abandonner sa première demeure, pour
se loger dans plusieurs autres grains. Que
les Disciples de l'Art considèrent donc
attentivement comment, par le seul acte
de la Putréfaction & de la Dissolution, ce
Soufre interne acquiert une si grande vertu,
renfermée dans le premier grain, qui
est si simple d'abord, & à laquelle on n'en
ajoute point de plus grande, est tellement
fortifiée & purifiée par elle-même, qu'elle
passe aisément de la puissance à l'acte en
multipliant son Humide radical par l'Humide
radical des Eléments, auquel elle se
joint, car c'est en cela que consiste la vertu
spécifique, & point du tout en autre
chose. Tout de même, si l'on sait prendre
le Grain Physique; & qu'on le jette
dans sa terre bien fumée, bien purgée de
Q q ij
@

460 LA LUMIERE
ses Soufres impurs, & amenée à une parfaite
pureté, il est sans doute qu'il pourrira;
que le pur se séparera de l'impur dans
une véritable Dissolution, & qu'enfin il
passera à une nouvelle Génération beaucoup
plus noble que la première.
Si tu sais trouver cette Terre, mon cher Lecteur, il te reste peu de chemin à
faire pour atteindre à la perfection de
l'Oeuvre. Ce n'est point une terre commune,
mais une Terre Vierge; ce n'est
pas non plus celle que les Fous cherchent
dans la terre sur laquelle nous marchons,
où il n'y a nul Germe & nulle Semence;
mais c'est celle qui s'élève souvent au-dessus
de nos têtes & sur laquelle le Soleil terrestre
n'a point encore imprimé ses actions.
Cette Terre est infectée de vapeurs pestilentielles,
& de venins mortifères, desquels
il faut la purger avec beaucoup de soin
& d'artifice, & l'aiguiser par son Menstrue
cru, afin qu'elle acquière plus de vertu
pour dissoudre: Au reste il ne faut pas entendre
ici cette Terre des Sages, où les vertus
des Cieux se trouvent ramassées, &
dans laquelle le Soleil & la Lune sont ensevelis;
car une pareille Terre ne s'acquiert
que par une véritable & complète Calcination
Physique; mais celle, dont il s'agit
ici, est une Terre qui appète les embrassements
du Mâle, c'est-à-dire la Semence

@

SORTANT DES TENEBRES. 461
Solaire; en un mot elle est désignée chez
les Philosophes par le nom de Mercure.
Mais prends garde, cher Lecteur, de ne
pas confondre ce nom de Mercure, &
prends pour ton Maître & ton Guide le
Chapitre cinquième du premier Chant,
afin que par son moyen tu te débarrasses
de ces filets; car cet Art est un Art mystérieux,
qui ne peut s'apprendre, qu'après
avoir bien connu ses véritables Principes.
Attache-toi donc à les connaître, & tu
parviendras à la fin que tu désires.

==========================================

CHANT DEUXIEME.
STROPHE VI.
Mais que fait donc l'Art? Ministre ingénieux
de la diligente Nature, il purifie par une flamme vaporeuse les sentiers qui conduisent à la prison. N'y ayant pas de meilleur guide ni de plus sûr moyen que celui d'une chaleur douce & continuelle pour aider la Nature, & lui donner lieu de rompre les liens dont notre Mercure est comme garrotté.
CHAPITRE VI.
L A Nature a toujours accoutumé de se servir de chaleur pour la Génération des choses, & cette chaleur est manifeste
& sensible dans les Animaux. A l'égard
Q q iij
@

462 LA LUMIERE
des Végétaux, elle est à la vérité insensible,
mais elle ne laisse pas d'être compréhensible
suivant que le Soleil s'avance ou
se recule; ce qu'on appelle les Saisons;
quoi qu'il ne faille pas croire que la chaleur
du Soleil soit une Cause efficiente,
mais seulement une Cause occasionnelle;
le Feu externe de la Nature étant excité
par le mouvement du Soleil & des autres
Sphères. Mais pour ce qui est des Minéraux,
la chaleur n'y est jamais perceptible,
si ce n'est par accident, lorsque les
Soufres s'enflamment. Une telle chaleur
ne contribue point à la Génération, au
contraire, elle brûle & détruit ce qui est
déjà engendré dans les lieux voisins: Ainsi,
il faut chercher pour eux une autre chaleur,
& l'on trouvera qu'elle ne doit pas
s'apercevoir par les Sens, parce que si
cela était, l'Ouvrage de la Nature serait
trop prompt, mais elle doit être telle qu'on
s'aperçoive plutôt du froid, comme il
arrive dans les Mines, ou règne un froid
perpétuel, malgré lequel (ce qui est admirable)
la Nature conserve toujours la
Cause de la Génération; c'est-à-dire, une
chaleur, qui ne répugne point au froid,
qui étant de la nature des Etres supérieurs,
est plutôt intelligible que sensible;
mais ce n'est pas merveille que nos Sens,
étant renfermés dans un Corps grossier,

@

SORTANT DES TENEBRES. 463
ne puissent discerner ce qui est d'une Substance
spirituelle. Nous concevons bien,
par exemple, dans les choses artificielles,
que l'aiguille d'une Montre se meut sans
cesse, & nous jugeons de son mouvement
par les effets qu'il produit; cependant il n'y
a personne qui ait le Sens assez Subtil pour
apercevoir ce mouvement, quelque application
qu'il ait à l'observer. On peut donc
aisément conclure, par un argument tiré du
petit au grand, que le mouvement de la
Nature, beaucoup plus subtil que celui de
l'Art, doit être imperceptible à nos sens.
Enfin, c'est une chaleur de la nature des
Esprits, qui est d'être toujours en mouvement:
& comme le mouvement est la Cause
de la chaleur, elle a une faculté innée
d'échauffer. On en peut trouver quelque
idée dans les Eaux fortes, & dans de semblables
Esprits, qui ne brûlent pas moins
en Hiver, que le feu fait en tout temps,
& qui font de tels effets, qu'on les croirait
capables de détruire toute la Nature, & la
réduire à rien; toutefois l'Humide radical
des Eléments ne craint point leur voracité,
car en lui, comme nous avons dit, réside
un feu d'une nature beaucoup plus noble,
qui méprise cet autre feu. De là vient que
l'Or, qui abonde en cet Humide radical,
n'est point détruit par de telles Eaux, &
quoi qu'il paroisse quelquefois dissous par
Q q iiij
@

464 LA LUMIERE
elles & réduit en nature d'Eau, ce n'est
qu'une illusion des Sens, puisqu'il sort de
ces mêmes Eaux aussi beau qu'auparavant,
en conservant son même poids; ce qui
n'arrive pas aux autres Corps, parce que
leur Humide n'est pas si terminé ni si digéré
par le feu intrinsèque de la Nature,
lequel se trouve suffoqué en eux par l'Humidité
trop crue, ce qui le rend languissant,
& susceptible d'altération par le Feu
de ces Eaux fortes, en sorte qu'il s'envole
aisément, & que le Composé est réduit
à rien, ne restant plus qu'une cendre corrodée.
A l'égard de ces Esprits corrosifs,
ils sont appelés Feux contre Nature, par
ce qu'ils détruisent la Nature. Que les Ignorants
apprennent donc de là combien ils
errent, quand ils prennent de pareilles Eaux
pour dissoudre les Métaux, ou d'autres
Matières semblables, au lieu de se servir
du même Feu, dont se sert la Nature, lequel
il faut seulement savoir bien aiguiser,
afin de le rendre plus actif, & plus
convenable à la nature du Composé. Au
reste, la construction de ce Feu est très
ingénieuse, & en cela consiste presque tout
le Secret Physique, les Philosophes n'en
ayant rien dit, ou très peu de chose. Pour
nous, nous en parlerons ci-après, nous
contentant pour le présent d'avertir les
Chimistes de se donner bien de garde de

@

SORTANT DES TENEBRES. 465
construire leur Feu avec les Eaux fortes &
vulgaires, car ce n'est pas avec un tel Feu
qu'il faut secourir la Nature, mais avec un
Feu doux, naturel & administré à propos.

==========================================

CHANT DEUXIEME.
STROPHE VII.
Oui, oui, c'est ce seul Mercure que vous
devez chercher, ô Esprits indociles! puisqu'en lui seul vous pouvez trouver tout ce qui est nécessaire aux Sages. C'est en lui que se trouvent en puissance prochaine & la Lune & le Soleil, qui sans Or & Argent du vulgaire, étant mis ensemble, deviennent la véritable Semence de l'Argent & de l'Or.
CHAPITRE VII.
I L est dit dans le Dialogue de la Nature, & ailleurs, qu'on juge aisément du principe qui fait agir, par la fin qu'on se
propose. Mais à l'égard des Chimistes, il
n'est pas difficile de voir que le but auquel
ils aspirent, est de faire de l'Or, & qu'ils
ne sont portés à l'acquisition de cet Art
que par ce seul motif. La tyrannie que l'Or
exerce sur les coeurs, s'est tellement emparée
du Monde, qu'il n'y a aucun Pays,
aucune Ville, aucun endroit où l'Or ne

@

466 LA LUMIERE
manifeste son pouvoir: Il n'y a point de
Savant, point de Paysan, point d'Enfant
même qui ne soit réjoui par son éclat, &
ne soit attiré par sa beauté; & cela parce
qu'il est de la Nature Humaine de désirer
le bien, & de rechercher ce qu'il y a de
plus parfait. Or il n'y a rien sous le Soleil
de plus parfait que ce Fils du Soleil, dans
lequel est gravé le véritable caractère du
Père: Ce n'est point un Enfant adultérin,
mais son Fils légitime, & sa véritable Race,
revêtue de toute sa splendeur, qui a
réuni en soi toutes ses Vertus, & qui les
départ ensuite libéralement aux autres.
Rien n'est si beau dans le Ciel que le Soleil,
rien de si parfait sur la Terre que
l'Or; aussi toute la Troupe Chimique n'aspire
qu'à sa possession; d'où il arrive que
telle qu'est leur fin, tel est leur travail;
c'est-à-dire, que leur intention étant d'avoir
de l'Or, le fondement de leur travail
est l'Or; mais ils ne savent pas que pour
la multiplication des choses, on ne demande
pas le Fruit ni le Corps, mais le
Sperme & la Semence du Corps, avec laquelle
il se puisse multiplier. Mais il est
temps d'expliquer en peu de mots ce que
c'est que ce Sperme & cette Semence.
Nous avons déjà dit ci-devant en plusieurs endroits, que le véritable Sujet de
la Nature, ou Substance des Corps, était

@

SORTANT DES TENEBRES. 467
l'Humide radical, & nous avons si bien
fait voir la Nature de cet Humide radical,
qu'il ne reste plus à savoir que l'ordre
de sa Spécification, & la manière de
sa Multiplication. Pour y parvenir, il faut
regarder comme une chose constante que
le Feu de la Nature, ou autrement le Soufre
de Nature, réside dans cet Humide
radical, & qu'il est le grand Artisan de la
Nature, auquel elle obéit absolument;
car ce qu'il veut, la Nature le veut aussi.
Or ce Feu, ainsi renfermé dans les Corps,
ne désire que de s'étendre en vertu, & en
quantité; c'est pourquoi il convertit sans
cesse en soi l'Humide radical; & se multiplie
en le consumant; mais cela se fait imperceptiblement;
& à mesure, autrement
la nature du Corps se détruirait, si on ne
lui fournissait pas toujours un nouvel Humide
pour remplacer l'Humide consumé.
Ce Feu est le Chaud inné, toujours plein
de vie & de chaleur: mais il est gouverné
par des Effets spécifiques, lesquels
sont de la nature de la Lumière surcéleste,
& ont reçu cette Spécification dans le
point de la Création par la vertu ineffable
de Dieu, & selon son bon plaisir, auquel
la Nature ne fait qu'obéir, en suivant sans
relâche ses Lois éternelles. Ces Esprits
spécifiques demeurent constamment dans
les Corps jusqu'à ce qu'ils soient entièrement

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consumés, & réduits à rien; c'est-à-
dire, tant que l'Humide radical subsiste
en tout ou en partie; mais lui, étant une
fois détruit, la vertu spécifique est aussi
détruite. Ce Chaud inné, enrichi de son
Esprit spécifique, réside, comme nous
avons dit, dans le Domaine royal de l'Humide
radical, comme le Soleil dans sa
propre Sphère: La nature du Corps lui
obéit, & l'Humide radical lui fournit sans
cesse sa matière, son aliment, lequel est
aussi sans cesse dévoré par ce Feu, & converti
dans sa propre nature; mais cette coction
est plus ou moins forte, & la Nature
opère plus ou moins facilement, selon
le plus ou le moins d'excréments qu'elle
rencontre. Cet Humide est dispersé par
tout le Corps, & se conserve dans le Centre
de la moindre de ses particules; &
lorsqu'il abonde en Humidité, c'est le
Sperme du Corps: Mais si cette Humidité
est terminée & plus cuite, alors c'est
proprement la Semence du Corps. La Semence
n'est donc autre chose qu'un Point
invisible du Chaud inné, revêtu de son
Esprit spécifique, lequel réside dans l'Humide
radical, & cet Humide; après quelque
altération, est proprement le Sperme
du Corps.
Cette Semence, en quelque Règne que ce soit, Animal, Végétable ou Minéral,

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SORTANT DES TENEBRES. 469
veut sans cesse se multiplier autant qu'elle
en a le moyen; mais elle est souvent
contrainte de demeurer en repos & sans
action, renfermée dans son Corps, à cause
que la Nature n'a pas de mouvement
local, à moins que l'Art industrieux
n'excite la chaleur interne par quelque
moyen externe, & ne lui donne lieu par
cet aiguillon de rassembler ses forces, &
de réveiller sa vertu pour s'en servir à
dévorer son Humide radical, & ainsi se
multiplier: Mais l'Humide radical, qui
est l'aliment propre de la Semence, est
aussi quelquefois tellement enveloppé d'excréments,
qu'il ne saurait aider au Chaud
inné; en sorte qu'il demeure tout languissant
& sans action, quoique le propre
de sa nature soit d'agir, & lors,
ne pouvant attirer à soi qu'une très petite
portion de l'Humide radical, & encore
avec beaucoup de peine & de temps, il
arrive enfin, par l'émotion naturelle & l'intempérie
des Eléments, qu'il se détruit entièrement,
& retourne vers sa Patrie; d'où
il revient dans de nouveaux Corps: Ainsi
la Corruption de l'un est la Génération de
l'autre, par une continuelle vicissitude des
choses.
Dans le Règne Animal, le Chaud inné attire des aliments l'Humide, qui lui est
nécessaire pour sa restauration; & par cette

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470 LA LUMIERE
attraction, les parties du Corps affaiblies,
se refournissent d'un nouvel Humide à la
vérité, mais pourtant plus cru, quoi qu'il
soit de même nature, & qu'il ait d'autant
plus d'affinité avec lui, que ces aliments
sont plus souvent pris du même Règne: Ils
sont quelquefois pris aussi du Végétable,
où cet Humide a reçu une spécification
particulière, mais plus convenable pourtant
à la Nature Animale, que celui qui
se trouve, dans les Minéraux ou dans les
Eléments, dont la nature est trop universelle.
Au reste, tous ces Humides radicaux
sont d'une même Substance & Essence,
à la différence que quelqu'uns n'ont
reçu aucune coction, & que les autres
l'ont reçue en partie.
La Nature, dans ses Opérations, passe toujours par des Milieux, & ne va jamais
d'une extrémité à l'autre, si elle n'y est
forcée; ce qui arrive très rarement, comme
on le remarque dans les Gens, qui, au
rapport de quelques Auteurs, ont vécu
pendant un certain temps d'air seulement,
ou de terre appliquée sur leur estomac,
d'où on prétend qu'ils aient tiré l'Humide,
qui y était renfermé: Mais quand cela
serait vrai, il n'en faudrait pas faire une
règle. Quoiqu'il en soit, l'Humide radical
est attiré de toutes les parties du Corps
pour le rétablissement du Chaud inné, qui

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SORTANT DES TENEBRES. 471
a été consumé, & toutes ces diverses parties,
se trouvant pleines de cet aliment,
rejettent un certain superflu aqueux, qui a
quelque affinité avec l'eau, lequel demeure
répandu par tout le Corps, jusqu'à
ce que, par la faculté attractive de certaines
parties, il y soit attiré & conservé
pour l'usage du Sperme: Ensuite de quoi,
venant à recevoir sa détermination dans
les Vases Spermatiques, il devient enfin
un véritable Sperme, lequel ayant été répandu
par tout le Corps, & en ayant ramassé
en soi toute la vertu, contient, à
cause de cela, en puissance tous les membres
du Corps distinctement: Et de là s'établit
la vérité de cette Doctrine, Que le
Sperme est le dernier & le plus parfait excrément
de l'aliment.
Ce Sperme veut toujours être séparé du Corps grossier, pour être porté dans
un lieu pur, où il puisse servir à la génération
de l'Animal, & comme c'est l'Extrait
& la Quintessence du Corps, il est nécessaire
qu'il soit dissous par quelque chose
de fort pur, afin que le Chaud inné,
ou le Point Séminal, contenu en lui, puisse
aisément se fortifier & multiplier en vertu.
Pour donc y parvenir, la Nature a
donné cet instinct à l'Animal de s'accoupler
avec sa Femelle, afin que, par cet
accouplement, ce Sperme fut porté hors

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472 LA LUMIERE
de son lieu, & jeté dans une matrice convenable.
Le Sperme masculin, étant entré dans la matrice, s'unit dans l'instant avec le
Sperme féminin, d'où résulte un certain
Sperme de nature hermaphrodite. Dans le
Sperme féminin dominent les Eléments passifs,
& dans le Sperme masculin dominent
les Eléments actifs, ce qui leur donne lieu
d'agir & de pâtir entr'eux; car autrement
s'ils étaient de même qualité, il ne se ferait
pas d'altération, ni si facilement ni si
promptement, & il serait à craindre que
la vertu Spécifique de la Semence, qui est
très subtile, ne s'évanouit.
Ces spermes, venant à recevoir quelque altération, à quoi contribue la qualité
acide du Menstrue, alors le Chaud inné
commence à agir sur l'Humide & l'assimile
à soi; & ainsi croissant en vertu & en quantité,
il devient plus mûr & plus actif; en
sorte que recevant toujours un nouvel aliment
du Menstrue, il le transmue en chair,
en os, & en sang. Mais comme nous traiterons
de cela dans son lieu, il suffit pour
le présent de savoir, que ce Sperme s'augmente
par la transmutation du sang menstruel,
& que ce sang menstruel abonde en
Humidité, laquelle sert à faire corrompre
le Sperme; c'est-à-dire, que par sa crudité
& son acidité, il corrompt les Eléments
humides
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